PRINCESS BRIDE (1987)

Le quatrième long-métrage de Rob Reiner est un conte de fées pas comme les autres, jouant avec les codes du genre pour mieux les détourner…

THE PRINCESS BRIDE

 

1987 – USA

 

Réalisé par Rob Reiner

 

Avec Cary Elwes, Robin Wright, Peter Falk, Mandy Patinkin, Chris Sarandon, Christopher Guest, Billy Crystal, Wallace Shawn, André le Géant

 

THEMA CONTES

En 1973, le studio 20th Century Fox fait l’acquisition des droits d’adaptation du roman « Princess Bride » de William Goldman et prépare le film qui en sera tiré, avec Richard Lester derrière la caméra. Le projet part plutôt bien, jusqu’à ce qu’un changement de direction au sein du studio ne l’annule purement et simplement. L’auteur rachète alors lui-même les droits d’adaptation de son livre en attendant qu’un nouveau projet de film ne se concrétise. Les choses redémarrent lorsque Rob Reiner découvre le livre, que lui offre un jour son père, et en tombe amoureux. Tout auréolé des succès de Spinal Tap, The Sure Thing et surtout Stand By Me, Reiner a suffisamment de poids pour relancer la transformation du roman en film, travaillant de près avec Goldman pour s’assurer que son récit soit respecté à l’écran. Pour incarner son couple vedette, Reiner hésite. Si Cary Elwes s’impose assez rapidement dans le rôle de l’héroïque Westley (sa performance dans Lady Jane a convaincu le réalisateur), la princesse Bouton d’or est moins simple à trouver. Après un casting organisé auprès de nombreuses comédiennes (parmi lesquelles Uma Thurman, Courteney Cox et Meg Ryan), Reiner et Goldman tombent finalement sous le charme de Robin Wright (alors héroïne récurrente du soap opéra Santa Barbara). Elle sera engagée une semaine seulement avant le début du tournage.

Le film commence au milieu des années 80, dans notre monde. Un petit garçon malade (Fred Savage), entouré de jouets et de l’affection des siens, se morfond dans son lit. Son grand-père (Peter Falk) lui rend visite. L’enfant s’apprête à écouter un de ces récits d’autrefois, principalement pour lui faire plaisir. Plus attiré par les aventures de super-héros que par les contes de fées, il écoute distraitement cette histoire d’une princesse tombant amoureuse d’un palefrenier que des pirates assassinent. Certes, ce démarrage est assez atypique, mais le petit garçon n’est pas passionné pour autant. Toutefois, petit à petit, insidieusement, le grand-père parvient à capter l’attention de son petit-fils. Inconsolable, la princesse accepte d’épouser un jeune prince arrogant. C’est alors qu’elle est kidnappée par un trio de brigands eux-mêmes pris en chasse par un redoutable pirate…

Un conte défait

Princess Bride ressemble à première vue à un conte de fées des plus conventionnels. Mais le spectateur comprend vite qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Cette fausse fable candide et sirupeuse cache en réalité une comédie décalée, loufoque et atypique, jonglant en permanence entre le premier et le second degré. Autodérision, parodie, caricatures et gags ponctuent donc une histoire rocambolesque que l’on suit pourtant avec le même intérêt que si le récit était sérieux. En ce sens, notre identification avec l’enfant alité est totale. Rob Reiner joue à manipuler son spectateur, laissant toujours entrevoir la possibilité que – une fois n’est pas coutume – ce conte pourrait mal se terminer. Cary Elwes et Robin Wright s’amusent à détourner la mièvrerie qu’évoque de prime abord leur couple à l’écran. A leurs côtés, on se régale aussi de la prestation excessive de Mandy Patinkin, en escrimeur ibérique assoiffé de vengeance, et de la petite apparition de Billy Crystal, méconnaissable sous un maquillage de Peter Montagna et improvisant la grande majorité de ses dialogues. Soucieux d’une mise en forme soignée conforme à ce que les spectateurs attendent d’un conte de fées à l’écran, Reiner mise sur une direction artistique minutieuse et des effets spéciaux poétiques, à défaut d’être parfaits (le budget du film reste limité). On note ainsi des maquettes et des peintures sur verre de toute beauté, ainsi que l’insolite intervention de rats géants (en réalité des comédiens sous des costumes conçus par Nick Allder). La bande originale, signée Mark Knopfler, oscille entre les jolies balades à la guitare et les envolées synthétiques un peu ratées. Un orchestre et des instruments symphoniques auraient de toute évidence donné plus d’ampleur aux séquences épiques. Dommage aussi que l’histoire parallèle du grand-père et de l’enfant ne soit pas exploitée plus en profondeur, contrairement par exemple aux séquences de lecture de L’Histoire sans fin avec lequel Princess Bride entretient plusieurs similitudes. L’approche postmoderne du film ayant sans doute désarçonné une partie du public, Princess Bride ne connaît qu’un succès modeste au moment de sa sortie. Mais à l’aune des futurs succès populaires de Rob Reiner (Quand Harry rencontre Sally, Misery, Des hommes d’honneur), le film sera réévalué et deviendra culte, certaines de ses répliques entrant même dans la culture populaire.

 

© Gilles Penso

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CARNAGE (1981)

Gravement brûlé suite à une blague stupide, un gardien de camp de vacances sort de l’hôpital et décide de se venger…

THE BURNING

 

1981 – USA / HONG-KONG / CANADA

 

Réalisé par Tony Maylam

 

Avec Brian Matthews, Leah Ayres, Brian Backer, Larry Joshua, Jason Alexander, Ned Eisenberg, Holly Hunter

 

THEMA TUEURS

Quand on a Vendredi 13 comme principale source d’inspiration, il ne faut évidemment pas s’attendre à des merveilles. Certes, les instigateurs de Carnage ont visiblement élaboré le premier jet de leur scénario avant le slasher à succès de Sean S. Cunningam, s’inspirant initialement d’une légende urbaine tenace, mais le récit a entretemps été reformaté pour mieux se calquer sur le massacre de Crystal Lake. Partant, ce psycho-killer mâtiné de survival ne s’en sort pas si mal, s’ouvrant sur une séquence pré-générique assez nerveuse et fort prometteuse. Cinq jeunes campeurs, à cause d’une farce qui tourne mal, brûlent accidentellement Crospy, un gardien de camp de vacances qu’ils ont pris en grippe. Cinq ans plus tard, gravement brûlé et complètement défiguré, Crospy sort de l’hôpital, cherchant tous les moyens d’assouvir son désir de vengeance. Il commence ses meurtres par l’assassinat d’une prostituée, puis sème la terreur dans un camp de vacances, armé d’un redoutable sécateur. Le carnage promis par le titre français tarde à se manifester, le film se concentrant d’abord sur une petite galerie de personnages vivant quelques petits conflits sentimentaux et autres tracasseries triviales dans le cadre fort propice d’un camp de vacances en pleine forêt.

Lorsque le groupe se resserre et part pour une randonnée en canoë, la seconde source d’inspiration du film apparaît : il s’agit de Délivrance, ce qu’atteste la musique country accompagnant lesdits canoës. Le reste du temps, la bande originale, signée Rick Wakeman (du groupe Yes), est un imbroglio de sons synthétiques assez inaudibles. Après une série de fausses alertes et le meurtre nocturne d’une fille, dans une lumière tellement sous-exposée que le spectateur ne voit pratiquement rien, survient la scène la plus spectaculaire du film : l’attaque du tueur, caché dans un canoë, qui massacre au sécateur une poignée de teenagers voguant sur un radeau de fortune… Tom Savini s’en donne à cœur joie dans les effets gore – hélas coupés pour la plupart au montage pour sortir le film du ghetto de la classification X – et dote son assassin d’un visage défiguré impressionnant mais peu crédible, qui évoque évidemment celui de Jason Voorhees et n’apparaît qu’au cours du climax. Savini regrettera plus tard de n’avoir pas eu assez de temps pour élaborer un maquillage plus raffiné, la production ne lui ayant alloué que trois jours.

Holly Hunter face au tueur

Tourné avec un budget raisonnable d’un million et demi de dollars, Carnage est solidement réalisé et permettra à l’œil attentif de repérer quelques visages parmi le casting amenés à entrer plus tard dans la cour des grands, notamment Jason Alexander (future star de la série Seinfeld), Leah Ayres (partenaire de Jean-Claude Van Damme dans Bloodsport) et surtout Holly Hunter (oscarisée dix ans plus tard pour le très respectable La Leçon de piano, et rétrospectivement très heureuse de cette première expérience cinématographique). On note aussi que le montage de Carnage est signé Jack Sholder, futur réalisateur de Alone in the Dark, La Revanche de Freddy et Hidden. Quant au scénario, il est signé Harvey et Bob Weinstein, le film étant produit par une compagnie Miramax alors à ses tout débuts. Les slashers poussant comme des champignons en 1981, et Le Tueur du vendredi étant sorti accompagné d’une promotion assez importante, Carnage eut du mal à sortir du lot et n’engrangea pas les bénéfices escomptés par la production, ce qui annula logiquement la séquelle qui était pourtant prévue au départ. Au Japon, en revanche, ce fut un petit triomphe. Mais il ne gagna ses galons de petit classique du genre que plus tard, grâce à son exploitation remarquée en VHS.

  

© Gilles Penso

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NICK FURY : AGENT OF SHIELD (1998)

David Hasselhoff incarne le célèbre agent secret de Marvel dans un téléfilm aujourd’hui tombé dans l’oubli…

NICK FURY : AGENT OF SHIELD

 

1998 – USA

 

Réalisé par Rod Hardy

 

Avec David Hasselhoff, Lisa Rinna, Sandra Hess, Neil Roberts, Garry Chalk, Tracy Waterhouse, Tom McBeath, Ron Canada, Peter Haworth, Scott Heindl

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I ROBOTS I SAGA MARVEL

Nous sommes à la fin des années 90. À l’exception des téléfilms et de la série consacrés à L’incroyable Hulk, aucune adaptation live des personnages de l’écurie Marvel n’a encore réussi à convaincre le grand public. Le costume plissé de L’Homme-araignée, le casque de motard de Captain America, les facéties de Howard et les coups de sang du Punisher se sont en effet montrés indignes de la richesse de l’univers créé par Stan Lee. Pour tenter de contrer cette « malédiction », le studio 20th Century Fox tente sa chance en misant sur une tête d’affiche populaire et un personnage s’éloignant de la galerie classique des super-héros : Nick Fury, le fameux colonel borgne et acariâtre à la tête du S.H.I.E.L.D, que le David Hasselhoff de K 2000 et Alerte à Malibu est chargé d’interpréter. David S. Goyer, alors surtout connu pour son travail sur de modestes séries B d’action et de SF, est missionné pour écrire le scénario, tandis que la mise en scène est confiée à Rod Hardy (signataire du passionnant film de vampires Soif de sang). Fox pense avoir trouvé le bon concept et l’équipe adéquate, allouant à cet ambitieux téléfilm un budget de six millions de dollars.

En début de métrage, nous apprenons que Nick Fury est à la retraite dans le Yukon depuis la fin de la guerre froide. Le S.H.I.E.L.D. (Strategic Homeland Intervention Enforcement and Logistics Division) se passe donc de ses services. Bien sûr, les choses ne vont pas en rester là. Les agents de l’organisation terroriste HYDRA viennent en effet de se manifester, avec à leur tête les enfants du baron Wolfgang von Strucker, un ancien nazi dont le corps vient d’être subtilisé. HYDRA a créé une arme biologique redoutable : le « virus Tête de mort » aux effets mortellement efficaces. Mégalomane, psychopathe et digne descendante de son père, Andrea von Strucker, alias Viper, veut mettre en place rien moins que le quatrième Reich. Pour prouver qu’elle ne plaisante pas, elle menace de répandre dans Manhattan le « virus Tête de mort » à l’aide d’un lance-missiles caché quelque part dans la ville. Nick Fury est donc appelé à la rescousse. L’œil gauche sous son éternel patch, le cigare aux lèvres, les dents serrées, le colonel dur à cuire prend donc la tête des opérations anti-terroristes, au grand dam d’une hiérarchie qui n’apprécie pas du tout ses méthodes expéditives.

Mission non accomplie

Le Nick Fury incarné par David Hasselhoff est donc une espèce de brute sympathique à la gâchette facile, adepte de la réplique cinglante et du coup de poing impulsif, une sorte de cousin du John Spartan de Demoliton Man avec qui il partage un manque de respect effronté de l’autorité et une approche très frontale du danger. Même si la charge est ouvertement caricaturale, l’ex-Michael Knight a le physique de l’emploi et donne de sa personne. L’équipe de mercenaires qu’il met sur pied comprend son ancienne petite-amie Val (Lisa Rinna), la médium Kate Neville (Tracy Waterhouse) et l’agent Alexander Price (Neil Roberts). On note que ce dernier personnage fera son retour sur les écrans seize ans plus tard dans Captain America : le soldat de l’hiver, sous les traits de Robert Redford. Face à eux, Sandra Hess incarne une véritable super-vilaine de bande-dessinée, multipliant les tenues extravagantes et les éclats de rire sardoniques. Audacieux, le téléfilm n’est pas avare en effets visuels (la plateforme volante du S.H.I.E.L.D., les batailles aériennes, les robots), en décors imposants (la base des héros, le Q.G. d’HYDRA), en figuration costumée et en accessoires futuristes. Et il faut bien avouer que rétrospectivement, cet attentat qui se profile en plein New York avec deux missiles pointés vers les tours jumelles du World Trade Center, trois ans avant le 11 septembre 2001, fait un drôle d’effet. On retrouvera d’ailleurs certaines composantes de Nick Fury : agent du S.H.I.E.L.D. dans la série 24 heures chrono. Mais le public n’est pas au rendez-vous. La série prévue par Fox ne sera jamais produite et le téléfilm sombrera dans l’oubli, précipitant David Hasselhoff dans une seconde carrière ouvertement axée vers le second degré. Nick Fury représente donc une étrange parenthèse dans la carrière de scénariste de David S. Goyer, auteur la même année deux scripts beaucoup plus mémorables : Dark City, source d’inspiration majeure de Matrix, et Blade, premier succès au cinéma d’une adaptation Marvel qui finira par donner à la « maison aux idées » l’idée de fonder son propre studio… et de créer sa propre série consacrée aux hommes de Nick Fury, Les Agents du S.H.I.E.L.D., en 2013.

 

© Gilles Penso

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LA BAIE SANGLANTE (1971)

Le film le plus brutal et le plus sanglant de Mario Bava a directement influencé la vogue des slashers américains des années 80

ECOLOGIA DEL DELITTO / REAZIONE A CATENA

 

1971 – ITALIE

 

Réalisé par Mario Bava

 

Avec Claudine Auger, Luigi Pistilli, Claudio Camaso, Anna Maria Rosati, Cristea Avram, Leopoldo Trieste, Laura Betti, Brigitte Skay, Isa Miranda, Paola Montenero

 

THEMA TUEURS

La genèse de La Baie sanglante est à attribuer en partie au producteur Dino de Laurentiis, désireux de faire se rencontrer deux hommes qui, selon lui, s’entendront à merveille : le réalisateur Mario Bava (dont il a produit Danger Diabolik) et le scénariste Dardano Sacchetti (qui vient d’écrire Le Chat à neuf queues pour Dario Argento). Comme souvent, le mogul a du flair. Bava et Sacchetti sont sur la même longueur d’onde, ce dernier sollicitant son partenaire d’écriture Franco Barbieri pour rédiger la première ébauche d’un film d’horreur jalonné de meurtres brutaux. Mais Barbieri se dispute avec la production et quitte le navire, bientôt suivi par Sacchetti et même par De Laurentiis lui-même qui ne croit plus au projet. Pour ne pas laisser ce film en plan, Mario Bava demande à Giuseppe Zaccariello (Une Hache pour la lune de miel) de reprendre la production. Plusieurs auteurs se passent le relais pour finaliser le scénario, bâti autour de treize assassinats spectaculaires dans un lieu unique. Le budget restreint du film empêche en effet de multiplier les décors. Bava assure donc lui-même le poste de directeur de la photographie, bricole avec les moyens du bord (une poussette remplace le chariot du travelling, trois arbres à l’avant-plan simulent une forêt) et tourne en un temps record, principalement dans une villa qui appartient à son producteur. Pour autant, il sait que les effets gore doivent requérir une attention particulière dans la mesure où ils sont les points d’orgue du film. Pas encore spécialisé dans les bébêtes animatroniques hollywoodiennes (King Kong, Rencontres du troisième type, E.T., Dune), Carlo Rambaldi est donc sollicité pour les nombreux trucages sanglants qui jalonnent le métrage.

Orchestré comme une sorte de soap opera qui tourne mal, le scénario de La Baie sanglante tourne autour d’un magnifique manoir qui fait plus d’un envieux. Frank Ventura (Chris Avram) et sa maîtresse Laura (Anna Maria Rosati) aimeraient beaucoup en tirer profit en le transformant en lieu touristique. Mais la comtesse Federica Donati (Isa Miranda), propriétaire des lieux clouée sur une chaise roulante, s’oppose à ce projet. Les choses se compliquent – et la tension monte logiquement d’un cran – lorsque le mari de la comtesse, Filippo Donati (Giovanni Nuvoletti), l’agresse puis se retrouve poignardé. Attirés par ce parfum de scandales, deux jeunes couples s’introduisent dans le manoir sans y être invités et commencent à fouiner. À partir de là, le jeu de massacre va vraiment commencer. On le voit, l’intrigue n’est ouvertement que le prétexte à une série de meurtres très graphiques rythmant régulièrement le film. De l’aveu même de Bava et Sacchetti, leur méthode initiale d’écriture consistait d’ailleurs à imaginer d’abord les assassinats, puis à trouver le fil conducteur les reliant l’un à l’autre. D’où un effet inévitablement mécanique et un récit qui, par ailleurs, se traîne un peu pesamment.

Cadavres à la chaîne

La Baie sanglante peut se vanter d’avoir largement inspiré la vogue du slasher en général et la série des Vendredi 13 en particulier, notamment lorsque les quatre teenagers stupides se font massacrer gratuitement : un couple est transpercé par une lance en plein ébat amoureux, une fille qui se baigne nue est égorgée par une serpe, arme qui finira plantée dans la figure du quatrième joyeux drille. Parmi les autres charmantes images du film, citons une décapitation à la hache en gros plan, un éventrement à la lance ou encore le visage d’un cadavre sur lequel se promène un poulpe poisseux. Sans parler de l’insecte encore vivant transpercé d’un clou qui, lui, n’a hélas pas fait l’objet d’un effet spécial (Bava regrettera longtemps d’avoir tourné cette scène). Avec un jeu de décalage assez inattendu, une mélodie très lyrique, à base de piano et de violons, rythme ce catalogue d’atrocités. La raison de ces meurtres en série, à savoir la cupidité exacerbée de la majeure partie des personnages vis à vis de la Baie, aurait pu permettre, parallèlement aux délires gore, le développement d’une savoureuse intrigue policière teintée d’humour noir, une double possibilité que Mario Bava laisse complètement de côté. A vrai dire, seule l’accumulation ludique des assassinats semble l’intéresser. Les réactions souvent illogiques des personnages, leurs dialogues indigents et l’absence d’un protagoniste à travers lequel le spectateur puisse s’identifier amenuisent davantage l’impact du film. Tout comme cette chute incongrue conçue comme un gag final. Sur le marché international, La Baie sanglante est sorti sous un nombre incalculable de titres différents, de A Bay of Blood à Twitch of the Death Nerve en passant par Blood Bath ou même Last House on the Left 2 !

 

© Gilles Penso

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PETER ET ELLIOTT LE DRAGON (1977)

Un petit orphelin s’est lié d’amitié avec un compagnon hors du commun : un dragon invisible et farceur qui va lui attirer bien des ennuis…

PETE’S DRAGON

 

1977 – USA

 

Réalisé par Don Chaffey

 

Avec Sean Marshall, Helen Reddy, Jim Dale, Mickey Rooney, Red Buttons, Shelley Winters, Charles Tyner, Jeff Conaway, Gary Morgan

 

THEMA CONTES I DRAGONS

En 1957, le studio Disney fait l’acquisition d’une histoire courte de Seton Miller et S.S. Field, « Pete’s Dragon », pour pouvoir l’adapter sous forme d’un téléfilm en deux parties destiné au programme Le Monde merveilleux de Disney. Mais le film ne se fait pas et le projet traîne dans les tiroirs pendant deux décennies. C’est le producteur Jerome Courtland (La Montagne ensorcelée) qui remet la main dessus au milieu des années 70 et pense tenir là un sérieux émule de Mary Poppins et L’Apprentie-sorcière. Un scénario est aussitôt commandé à Malcom Marmorstein (auteur régulier des séries Dark Shadows et Peyton Place). Dans un premier temps, il est question que le dragon du film reste invisible pendant la quasi-totalité du métrage, à l’exception d’une courte scène. Mais un tel principe ne risque-t-il pas d’être lassant pour les jeunes spectateurs ? Motivé par les animateurs du studio, Courtland change son fusil d’épaule et décide de montrer la créature beaucoup plus généreusement, ce qui nécessitera au final plus de vingt minutes d’animation. Reste à trouver un réalisateur de poids. Le choix se porte assez naturellement sur le Britannique Don Chaffey. Non content d’être familier avec l’univers de Mickey (il dirigea quatorze épisodes du Monde merveilleux de Disney), c’est un habitué des effets spéciaux. Ne lui doit-on pas deux des meilleurs films animés par le magicien Ray Harryhausen, Jason et les Argonautes et Un million d’années avant JC ?

Nous sommes en Nouvelle Angleterre au début du 20ème siècle. Peter (Sean Marshall), un orphelin d’une dizaine d’années, vient de quitter les Googans, ses affreux parents adoptifs qui le martyrisaient, et se retrouve seul avec un ami d’un genre particulier : un dragon nommé Elliott qui peut se rendre invisible à volonté. Leur arrivée à Passamaquoddy ne va pas aller sans poser de problèmes car Elliott sème sur sa route une pagaille que l’on a vite fait de mettre sur le compte de Peter ! L’enfant se découvre cependant des alliés : Lampie (Mickey Rooney), le gardien du phare, et sa fille Nora (Helen Reddy), dont le fiancé a disparu en mer… Cette aide s’avèrera précieuse face à l’animosité croissante dont Peter fait l’objet. Non content d’être accusé par les habitants de la ville d’une pénurie soudaine de poissons, le garçon se heurte au docteur Terminus (Jim Dale) qui veut le ramener à ses parents adoptifs et mettre la main sur le dragon pour le couper en morceaux et le revendre à l’industrie pharmaceutique !

Un dragon à la traîne

Le dragon étant l’attraction principale du film, un soin particulier est apporté à sa création et à son incrustation dans les prises de vues réelles, obtenue à l’aide d’un système de fond jaune au sodium que Ray Harryhausen expérimenta lui-même avec succès pour Les Voyages de Gulliver. Loin du design reptilien et agressif habituellement attribué aux cracheurs de feu, Elliott est bedonnant, doté d’un long cou, d’une tête sympathique surplombée par une touffe de cheveux, d’un gros museau, d’oreilles tombantes qui lui donnent un peu les allures d’un gros chien, d’une langue pendante, de toutes petites ailes dans le dos et d’écailles hérissées le long de l’échine. Gourmand et farceur, c’est un personnage immédiatement attachant et ses relations avec Peter ne sont pas sans évoquer celles de Mowgli et Baloo dans Le Livre de la jungle. Le petit garçon lui grimpe en effet sur le ventre, lui donne à manger et chante avec lui (même si les vocalises du dragon se limitent à des « pom pom »). Ses capacités à cracher du feu sont détournées à des fins comiques, comme lorsqu’il fait griller de la nourriture en crachant dessus. Elliott s’avère aussi capable de voler, ce qu’il prouve à la fin du film, quittant Peter pour partir au secours d’un autre enfant en difficulté. Peter et Elliott déborde donc de charme, mais le film est de toute évidence en retard d’une décennie, sa tonalité bon enfant et sa mise en forme « old school » n’étant plus en accord avec les goûts d’un public qui vient de découvrir La Guerre des étoiles. Le charme rétro se mue donc en gaucherie un peu kitsch et le film n’est pas le succès escompté. Don Chaffey aurait volontiers partagé son crédit de réalisateur avec le superviseur de l’animation Don Bluth, mais le studio refuse. Bluth quitte alors Disney et devient metteur en scène de longs-métrages à succès (Brisby et le secret de NIMH, Fievel et le nouveau monde, Le Petit dinosaure et la vallée des merveilles). Quant à son assistant Don Hahn, il magnifiera la technique de mixage de dessin animé et de prises de vues réelles en œuvrant dix ans plus tard sur Qui veut la peau de Roger Rabbit ?

 

© Gilles Penso

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MESSE NOIRE (1981)

Humilié par ses camarades, le jeune élève d’une académie militaire convoque un démon par l’entremise de son ordinateur…

EVILSPEAK

 

1981 – USA

 

Réalisé par Eric Weston

 

Avec Clint Howard, R.G. Armstrong, Joseph Cortese, Claude Earl Jones, Don Stark, Charles Tyner, Hamilton Camp

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Même s’il évoque beaucoup Carrie à travers son personnage principal (un jeune homme réservé devenu souffre-douleur de tout son entourage scolaire) et sa structure narrative (qui s’achève sur une vengeance explosive et sanglante), Messe noire regorge d’originalité et de surprises. Dès le prologue, ce souci d’inventivité est affiché : après une messe noire médiévale au bord d’une plage, une tête est tranchée d’un coup d’épée, et se raccorde en plein vol avec un ballon de foot au cours d’un match d’école ! Mais c’est surtout dans sa volonté de mêler l’usage de l’informatique et le satanisme que le premier long-métrage d’Eric Weston se distingue, un cocktail dans lequel se mêlent allègrement un soupçon d’antimilitarisme, une pincée d’anticléricalisme et un refus manifeste du manichéisme. À la fois réalisateur, producteur et scénariste de cette œuvre étrange budgétée à un million de dollars, le futur metteur en scène du drame Marvin & Tige (avec John Cassavetes et Billy Dee Williams) et du film de guerre Le Triangle de fer (avec Beau Bridges et Johnny Hallyday !) tourne Messe noire en trois semaines, principalement à Santa Barbara.

Le film commence donc en plein moyen-âge, un moine et ses disciples étant sacrifiés pour avoir osé pratiquer la magie noire, le tout aux accents d’une bande originale ténébreuse de Roger Kellaway qui puise largement son inspiration dans celle de La Malédiction. Puis nous voilà transportés quatre-cents ans dans le futur, dans les années 80 donc. Stanley Coppersmith (Clint Howard, le frère cadet de Ron Howard) est le souffre-douleur de ses camarades de chambrée, dans une école militaire qui lui réserve son lot d’humiliations et de déconvenues. Le jeune homme taciturne encaisse patiemment les coups-bas, mais la vengeance sera largement à la hauteur. Car l’esprit maléfique invoqué pendant le prologue du film vient hanter son ordinateur puis son esprit. Carrie, La Malédiction et L’Exorciste semblent donc s’être donnés rendez-vous dans cette œuvre patchwork annonçant aussi les thématiques qui seront développés – beaucoup plus sagement – dans WarGames et Electric Dreams. À sa manière, Messe noire est donc dans l’air du temps, mais il tire son originalité du brassage de thèmes d’horreur et de science-fiction qui, jusqu’alors, n’avaient pas vraiment eu l’occasion de cohabiter.

Des scènes cochonnes

Même si l’usage de l’ordinateur s’avère assez évasif (comment peut-il posséder autant d’informations alors que Coppersmith n’y entre qu’un nombre limité de données ?), son intervention high-tech, opposée aux pratiques antiques de la sorcellerie médiévale, offre un intéressant décalage. La première vraie scène choc du film intervient assez tardivement, au moment où une fille est attaquée sous sa douche, non par Norman Bates mais par une meute de grands cochons noirs affamés ! La violence paroxystique attend les dernières minutes du film pour éclater : un prêtre est trépané par un clou échappé d’une statue de Jésus, le héros apparaît en lévitation armé d’un sabre, les têtes sont tranchées avec force jets de sang, les cœurs sont arrachés à main nue, et les grands cochons noirs se mêlent à cette joyeuse orgie. On remarquera au passage la grande qualité des maquillages gore, œuvre de Allan Apone, qui allait ensuite participer aux effets spéciaux de Meurtres en 3D, Le Retour des morts-vivants et la série Twin Peaks.

 

© Gilles Penso

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Y A-T-IL ENFIN UN PILOTE DANS L’AVION ? (1982)

Dans cette séquelle du film catastrophe le plus délirant de tous les temps, une navette spatiale touristique part pour la Lune…

AIRPLANE II : THE SEQUEL

 

1982 – USA

 

Réalisé par Ken Finkleman

 

Avec Robert Hays, Julie Hagerty, Lloyd Bridges, Chad Everett, Peter Graves, Rip Torn, William Shatner, Laurene Landon, Sonny Bono, Chuck Connors

 

THEMA CATASTROPHES I SPACE OPERA

Reprenons les mêmes et recommençons ! Tel semble avoir été le mot d’ordre du studio Paramount, suite au succès inespéré de Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Tout le monde se retrouve donc dans cette séquelle… Tout le monde sauf les principaux intéressés, c’est-à-dire David Zucker, Jim Abrahams et Jerry Zucker. Scénaristes et réalisateurs du premier opus, les trois gais lurons n’étaient pas opposés au principe d’une séquelle et commencèrent même à développer quelques idées. Mais finalement le studio décida de se passer de leurs services et convoqua l’auteur et metteur en scène canadien Ken Finkleman pour les remplacer. Ce dernier, coutumier du fait, avait déjà fait office de « remplaçant » pour Paramount un peu plus tôt la même année. À l’occasion de Grease 2, il s’était en effet substitué aux principaux artisans du succès colossal de la comédie musicale avec John Travolta et Olivia Newton-John, autrement dit le réalisateur Randal Kleiser et le scénariste Bronte Woodard. Ce changement de direction entraîne quelques désistements, le moindre n’étant pas celui de l’immense Leslie Nielsen. Préférant jouer la carte de la fidélité, il tient la vedette de la délirante série Police Squad de Zucker, Abrahams et Zucker, son personnage de médecin pince sans rire étant donc remplacé par un docteur qu’incarne John Vernon. Robert Stack aussi passe son tour, mécontent de découvrir un scénario qui, selon lui, se contente de plagier celui du premier Airplane. Mais les autres acteurs clés de Y a-t-il un pilote dans l’avion ? sont de retour.

Jouant ouvertement la carte de la science-fiction pour mieux se conformer à la vogue du space opera amorcée par La Guerre des étoiles, Y a-t-il enfin un pilote dans l’avion s’intéresse à Mayflower One, la première navette spatiale destinée au grand public. Celle-ci s’apprête à décoller en direction de la lune, pilotée par l’indéboulonnable commandant Over (Peter Graves). Échappé d’un hôpital psychiatrique après avoir été mis en cause dans une catastrophe aérienne, Ted Stryker (Robert Hays) se joint au voyage. Il y retrouve l’hôtesse Elaine (Julie Hagerty) qui l’a quitté pour un autre membre d’équipage, Simon (Chad Everett). Mais cette croisière spatiale tourne mal. L’un des passagers transporte en effet une bombe. Quant à l’ordinateur de bord, il donne d’inquiétants signes de rébellion. Bientôt, la navette part à la dérive vers le soleil. Elle finira par atterrir en catastrophe sur la base Alpha-Beta de la lune, dirigée par le psychotique commandant Murdock (William Shatner).

Cosmos 1982

Pour qui n’est pas au courant des coulisses du film, il semble difficile à priori d’imaginer que le trio ZAZ n’est pas aux commandes de Y a-t-il enfin un pilote dans l’avion ? Cette séquelle ressemble en effet énormément à son modèle… Un peu trop même. Si ce n’est la transposition de l’intrigue dans le futur et dans l’espace, qui apporte un considérable potentiel de références cinématographiques, les personnages, les situations et les gags sont minutieusement calqués sur le film précédent. L’effet de surprise et la spontanéité se sont fatalement effacés, et la subtilité n’est pas vraiment au rendez-vous. Cependant, les élèves ont parfaitement assimilé la leçon des maîtres et le délire ne faillit pas. De Star Trek à Mission impossible en passant par Cosmos 1999, 2001 l’odyssée de l’espace, L’Âge de cristal, L’Invasion des profanateurs de sépultures ou Godzilla, ce second opus passe à la moulinette un nombre incalculable de films et de séries, mêlant les clichés du film catastrophe à ceux de la science-fiction en un joyeux maelstrom de clins d’œil. Le générique lui-même reprend sans sourciller le thème principal de Galactica composé par Stu Philips. Logiquement désavoué par Zucker, Abrahams et Zucker, Airplane II sait nous dérider en jouant vertigineusement la double carte du déjà-vu, en se référant à la fois aux films parodiés et au premier Airplane. Mais le public ne sera que partiellement conquis. Les résultats au box-office s’avérant décevants, le Airplane III qu’annonçait déjà un générique de fin très optimiste ne sera donc jamais produit. Ken Finkleman disparaîtra finalement des radars hollywoodiens, les ZAZ continuant pour leur part à agiter les zygomatiques des spectateurs avec Top Secret, le diptyque Hot Shots et la trilogie Naked Gun.

 

© Gilles Penso

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LA MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE (1978)

Un croisement étrange entre Tarzan et Le Dernier monde cannibale dans lequel Ursula Andress joue de ses charmes en pleine jungle exotique

IL MONTAGNA DI DIO CANNIBALE

 

1978 – ITALIE

 

Réalisé par Sergio Martino

 

Avec Ursula Andress, Stacy Keach, Caludio Cassannelli, Franco Fantasia, Antonio Marsina, Helmut Berger, Dudley Wanaguru

 

THEMA CANNIBALES

A mi-chemin entre l’aventure exotique à la Tarzan et l’horreur crue façon Le Dernier monde cannibale, cette Montagne du dieu cannibale ne se prive d’aucun des clichés des deux genres qui l’inspirent, autour d’une intrigue empruntant elle aussi des sentiers maintes fois battus. Ursula Andress y incarne Susan, décidée à retrouver par tous les moyens son mari ethnologue, le professeur Henry Stevenson, lequel a disparu corps et biens en Nouvelle-Guinée. En compagnie de son frère Arthur (Antonio Marsina), elle se rend à Port Moresby et y rencontre l’anthropologue Edward Foster (Stacy Keach), ami du professeur Stevenson, pour qu’il les aide dans leurs recherches. Suivi de quelques porteurs commandés par Asaro (Dudley Wanaguru), le trio débarque à Roka Island où il se heurte à des tarentules, des serpents, des crocodiles et des cascades vertigineuses. Très vite, de mystérieux individus maculés de boue et recouverts de masques exterminent tous les porteurs de l’expédition. Il s’agit d’une tribu de cannibales, qui capture les survivants et les emmène dans son village. Là gît le cadavre du professeur Stevenson, vénéré comme un Dieu par les anthropophages, car un compteur Geiger accroché à lui ne cesse de crépiter. La raison de cette activité mécanique est simple : la montagne abrite un important gisement d’uranium, sur la trace duquel s’était lancé Stevenson avant de périr. Bientôt, la tension monte entre les rescapés de l’expédition, chacun s’avérant plus appâté par le gain que concerné par la survie de ses compagnons.

Filmé un peu à la va vite, généreusement truffé d’incohérences et désespérément avare en péripéties palpitantes, La Montagne du dieu cannibale a tout de même deux atouts majeurs : les décors naturels, très photogéniques, et le charme d’Ursula Andress qui, près de quinze ans après James Bond contre docteur No, se dévêt à nouveau pour nous rejouer la scène de Vénus surgie des eaux. Le film se teinte ainsi d’un soupçon d’érotisme, plus glamour et bien moins cru que dans les œuvres voisines de Ruggero Deodato ou Umberto Lenzi. Cette tendance est sans doute due au cinéaste lui-même, a priori plus porté sur le giallo sexy (comme en témoignent certaines de ses œuvres mettant en valeur l’indéniable photogénie d’Edwige Fenech) que sur le gore exotique. Les nombreuses séquences d’horreur conçues par le maquilleur Paolo Ricci dont nous gratifie La Montagne du dieu cannibale (éventrements, décapitations, castrations, écrasements et démembrements en tous genres) seraient même, selon les dires du cinéaste, des ajouts imposés par les producteurs. A ces « passages obligatoires » s’adjoignent les massacres d’animaux qui, hélas, semblent incontournables de la filmographie italienne cannibale. Ici, c’est notamment un iguane qui passe un mauvais quart d’heure, littéralement éviscéré devant la caméra.

Version « trash » et version « soft »

Plus ambitieux, un peu moins gore et largement plus fortuné que la majeure partie des autres films anthropophages transalpins, La Montagne du dieu cannibale a bien sûr subi les foudres de la censure, mais celle-ci facilita à terme sa distribution internationale, le muant en film d’aventure un peu violent (mais pas trop) et gentiment érotique (le strip-tease d’Ursula, toujours très en forme à 42 ans, a été conservé dans son intégralité) agrémenté de têtes d’affiches relativement « bankables » à l’export (Stacy Keach n’avait pas encore incarné Mike Hammer mais son visage était déjà familier du grand public). La Montagne du dieu cannibale existe donc dans une version « soft » qui lui permit de s’inviter en prime time sur nos téléviseurs à plusieurs reprises, et dans un montage plus cru qui le place en émule de Cannibal Holocaust et Cannibal Ferox sans pour autant le doter du statut culte de ces œuvres extrêmes.

 

© Gilles Penso

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LA MORT DE L’INCROYABLE HULK (1990)

Cet ultime téléfilm consacré à Bruce Banner et à son monstrueux alter-égo met en scène une émule de la Veuve Noire de Marvel

THE DEATH OF THE INCREDIBLE HULK

 

1990 – USA

 

Réalisé par Bill Bixby

 

Avec Bill Bixby, Lou Ferrigno, Elizabeth Gracen, Andreas Katsulas, Philip Sterling, Barbara Tarbuck, Anna Katarina, John Novak, Duncan Fraser

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL

Après le diptyque Le Retour de l’incroyable Hulk et Le Procès de l’incroyable Hulk, New World Entertainment enchaîne avec un troisième épisode qui, comme les deux précédents, est conçu pour que le géant vert puisse faire équipe avec un autre super-héros de l’écurie Marvel. Après Thor et Daredevil, le champ des possibles est encore large. Les producteurs jettent un temps leur dévolu sur She-Hulk mais abandonnent l’idée dans l’espoir de consacrer un film autonome à la super-héroïne verte, avec Brigitte Nielsen dans le rôle-titre. Des photos de la sculpturale comédienne en tenue de super-héroïne circuleront un temps, ainsi qu’un poster annonçant fièrement la sortie prochaine d’un long-métrage spectaculaire. Mais le projet n’ira pas plus loin. Iron Man est le prochain co-équipier envisagé, Tom Selleck étant pressenti comme l’interprète idéal du moustachu Tony Stark. Si l’idée est séduisante, elle ne sera hélas jamais portée à l’écran, sans doute pour des raisons de faisabilité technique. En ces temps pré-numériques, Iron Man n’est pas simple à mettre en scène. Après moult réécritures, La Mort de l’incroyable Hulk ne comportera donc aucun autre super-héros que le Titan vert, même si le scénario s’intéresse de près à une espionne internationale quittant ses employeurs mafieux pour se rallier à la bonne cause. Ce personnage, interprété par Elizabeth Gracen et surnommé Jasmin, est de toute évidence une réinterprétation libre de Natacha Romanov, la célèbre Veuve Noire qu’incarnera plus tard Scarlett Johansson sur le grand écran.

Plus triste, austère et affaibli que jamais, David Banner travaille comme agent d’entretien dans un grand complexe de recherche gouvernemental, sous le pseudonyme de David Bellamy. Mais ce n’est qu’une couverture. Le scientifique profite en effet de cette tâche subalterne pour s’introduire chaque soir dans un des laboratoires du bâtiment sous haute surveillance et trouver la formule qui lui permettra enfin de se débarrasser de Hulk. Jusqu’au jour où le vénérable docteur Ronald Pratt (Philip Sterling) le démasque. Au lieu de le dénoncer, ce dernier lui propose de l’aider à chasser définitivement le monstre vert qui lui gâche la vie. Les deux hommes unissent donc leurs efforts et leurs cerveaux pour mettre au point une expérience qui semble vouée au succès. Mais leurs travaux sont interrompus par l’irruption de Jasmin. Obligée de reprendre du service pour le commanditaire Kasha (l’impressionnant Andreas Katsulas) qui détient sa sœur en otage, cette espionne aux pattes de velours doit voler les inventions du docteur Pratt. La situation dégénère bientôt et Banner ne tarde pas à craquer sa chemise pour laisser libre cours aux rugissements de Hulk…

Un titre prophétique

Comme Le Procès de l’incroyable Hulk, cet opus est réalisé par Bill Bixby et tourné à Vancouver. Hulk y apparaît plus puissant que jamais, comme en témoigne cette scène délirante où il traverse un immeuble en défonçant les murs de plusieurs appartements consécutifs, au grand dam des habitants. Lou Ferrigno lui-même semble avoir encore gagné en masse musculaire. Hélas, l’impact de ses interventions est sérieusement amenuisé par une nouvelle perruque aussi peu seyante qu’une serpillère. La Mort de l’incroyable Hulk parvient à offrir aux téléspectateurs quelques séquences d’action inventives, comme l’attaque des bulldozers dans la casse automobile ou la poursuite finale sur le tarmac, mais cet épisode manque clairement d’énergie et d’enjeux dramatiques forts. Et même si Elizabeth Gracen est une co-équipière de poids, engoncée en fin de métrage dans une combinaison noire qui assume l’inspiration du personnage de Black Widow, l’absence d’un second super-héros digne de ce nom se fait cruellement ressentir. Ce troisième téléfilm ne connaîtra pas le succès espéré, freinant New World dans son envie d’en produire un nouveau dans la foulée. Bill Bixby s’éteindra trois ans plus tard, victime d’un cancer. La Mort de l’incroyable Hulk aura donc finalement porté un titre tristement prophétique, le Titan vert disparaissant dès lors des écrans jusqu’à sa résurrection au cinéma en 2003. Aujourd’hui encore, malgré les prestations ultérieures d’Eric Bana, Edward Norton et Mark Ruffalo, toutes très honorables, Bill Bixby reste pour beaucoup de fans le meilleur et le plus touchant des interprètes de Bruce Banner.

 

© Gilles Penso

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HOLOCAUST 2000 (1977)

Kirk Douglas incarne un ingénieur dont le projet de centrale nucléaire pourrait bien provoquer l’extinction de la race humaine…

HOLOCAUST 2000

 

1977 – ITALIE / GB

 

Réalisé par Alberto de Martino

 

Avec Kirk Douglas, Simon Ward, Agostina Belli, Anthony Quayle, Virginia McKenna, Spiros Focas, Ivo Garrani, Alexander Knox, Adolfo Celi, Romolo Valli

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Les années 70 étant propices à une prise de conscience écologique collective, Alberto de Martino a l’idée d’associer les dangers du nucléaire avec Satan en personne. Le scénariste-réalisateur italien avait déjà eu affaire avec le Malin à l’occasion de son Antéchrist marchant sur les traces de L’Exorciste. Ici, épaulé par ses coscénaristes Michael Robson (Hardcore) et Sergio Donati (Il était une fois dans l’Ouest), il semble plutôt se laisser porter par le succès de La Malédiction, sorti un an plus tôt avec le succès que l’on sait, tout en s’efforçant d’y adjoindre une prise de conscience environnementale. Pour autant, la confusion du diable avec la bombe atomique est une notion qui hante les esprits depuis Hiroshima, comme en témoignait notamment l’écrivain Walter Miller lorsqu’il écrivait en 1960, dans « Cantique pour Leibowitz » : « Le visage de Lucifer s’épandit au-dessus du banc de nuages en un immense et hideux champignon et s’éleva lentement comme un titan qui se serait redressé après des siècles d’emprisonnement au sein de la Terre ». Pour donner un maximum d’ampleur à ce qui n’aurait pu être qu’un film d’exploitation mineur, la production parvient à réunir un casting international dominé par Simon Ward (Les Trois Mousquetaires), Anthony Quayle (Lawrence d’Arabie), Agostina Belli (Parfum de femme) et surtout le sexagénaire Kirk Douglas, alors un peu moins regardant sur ses choix de carrière.

L’ancienne star de Spartacus et des Vikings joue le rôle de Robert Craine, un ingénieur sur le point de bâtir une centrale thermonucléaire dans un pays du tiers-monde. Son objectif est de pouvoir alimenter toute la planète en énergie électrique depuis ce réacteur extrêmement puissant. Plusieurs événements étranges contrecarrent peu à peu son projet. Ce sont d’abord des signes évoquant un exorcisme contre le Malin, puis la disparition mystérieuse de plusieurs personnes, et enfin la mort de tous ceux qui veulent s’opposer au lancement de l’usine. La clef de l’énigme s’avère terrifiante : la construction de cette centrale scellera le destin de l’humanité, provoquant une réaction en chaîne fatale à l’humanité ainsi que la venue de l’Antéchrist sur Terre. Et celui-ci n’est autre qu’Angelo Caine (Simon Ward), le propre fils de l’ingénieur !

Apocalypse Now !

Porté par une bande originale d’Ennio Morricone, le film dissémine un climat inquiétant dès son entame, véhiculant une idée visuelle très intéressante prenant corps au cours d’une séquence onirique spectaculaire : les sept cheminées de l’usine, surgissant soudain de l’océan, lui donnent les allures de la Bête de l’Apocalypse, généralement représentée sous l’aspect d’une hydre à sept têtes. Quant aux dix commutateurs et aux dix systèmes de contrôle de l’usine, ils semblent vouloir correspondre aux dix cornes et aux dix couronnes attribuées à cette bête dans le « Livre des Révélations ». Dans le rôle de ce père solide et cartésien dont le caractère en acier trempé s’ébranle progressivement, Kirk Douglas excelle. Face à lui, l’angélique et troublant Simon Ward ne démérite pas, leur affrontement final étant l’un des moments les plus forts du film. Fidèle à sa source d’inspiration majeure – La Malédiction, donc – le film d’Alberto de Martino collecte son lot de morts brutales (la décapitation par la pale d’un hélicoptère étant la cerise sur le gâteau en ce domaine) et de séquences anxiogènes (notamment celles situées dans l’hôpital). Pessimiste en diable, Holocaust 2000 s’achève sur un dénouement très noir mais étrangement anti-spectaculaire. En attente d’un climax digne de ce nom, les spectateurs furent dans leur grande majorité déçus par cette résolution frustrante, ce qui n’empêcha pas le film d’atteindre un petit statut d’œuvre culte auprès des fans du genre.

 

© Gilles Penso

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