OZ, UN MONDE EXTRAORDINAIRE (1985)

Revenue du merveilleux monde d'Oz, Dorothy fuit l’internement que lui réservait sa tante pour regagner son univers… imaginaire ?

RETURN TO OZ

 

1985 – GB / USA

 

Réalisé par Walter Murch

 

Avec Fairuza Balk, Nicol Williamson, Jean Marsh, Piper Laurie, Matt Clark, Deep Roy, John Alexander, Brian Henson

 

THEMA CONTES

Dans les années 80, alors que le genre fantastique a désormais établi résidence dans les villes de banlieue américaines (les slashers et toutes les productions Amblin) et s’adresse volontiers aux adolescents, le corollaire de cette évolution est de chercher à rompre avec ce quotidien en offrant aux enfants de s’évader dans des mondes imaginaires. La Guerre des étoiles a déjà préparé le terrain, mais le conte connait un retour en grâce à sa suite avec Dark Crystal, Labyrinthe, L’Histoire sans fin, Legend ou Princess Bride. Le studio Disney, toujours en pleine traversée du désert depuis les années 70, apporte sa contribution au genre avec Oz, un monde extraordinaire. Le scénario trouve un habile équilibre pour satisfaire les parents ayant grandi avec Le Magicien d’Oz sans s’aliéner le jeune public. Les événements du film original sont ainsi évoqués dans le prologue, alors que Dorothy (Fairuza Balk) raconte ses aventures au docteur Woley (Nicol Williamson). Mais pour autant, il ne s’agit pas d’une suite puisque l’héroïne n’est âgée que de 9 ans (contre 16 dans le film original) et qu’il n’est plus question ici de numéros musicaux. Oz, un monde extraordinaire peut donc s’appréhender comme l’histoire indépendante d’une fillette soupçonnée d’affabulations. Ce qui pousse le médecin à lui prescrire une séance d’électrochocs dans ce qui ressemble plus à un asile qu’à un hôpital. Heureusement, un orage survient, causant une rupture de courant salvatrice. Une autre pensionnaire aide alors Dorothy à s’enfuir à travers bois mais elles chutent toutes deux dans une rivière et sont emportées. Ayant perdu connaissance, Dorothy se réveille dans le monde de Oz et découvre que ses habitants ont été pétrifiés par un méchant roi (interprété également par Nicol Williamson pour établir le lien entre réalité et rêverie), qui retient prisonnier l’épouvantail rencontré lors de son premier séjour. Accompagnée d’un soldat mécanique, d’un épouvantail et d’un homme-citrouille, Dorothy part au secours de son ami.

Le film nous emmène à Oz après une petite bobine – mais quelle bobine ! Pour un conte tout public, qui plus est produit par Disney, Dorothy n’est pas ménagée, promise à un calvaire proche de celui enduré par Baby Doll dans Sucker Punch. Un aspect cauchemardesque que l’on retrouve plus tard dans une scène qui marquera à coup sûr les plus jeunes, lorsque Dorothy s’infiltre dans une galerie arborant des têtes coupées sous vitrine que la maitresse des lieux, décapitée, peut utiliser à sa guise. Et la reine étêtée de se lancer à la poursuite de la petite intruse ! Terry Gilliam n’est pas loin et la séquence n’aurait pas dépareillé dans Le Baron de Munchausen. Force est d’ailleurs de reconnaitre que si Oz, un monde extraordinaire est une production américaine, il n’en exhale pas moins un parfum tout britannique. Et si le spectateur a envie de s’écrier : « j’ai l’impression que nous ne sommes plus au Kansas ! », c’est parce que le film a été tourné intégralement en Angleterre, ce que la photo de David Watkins et la direction artistique de Norman Reynolds semblent trahir à chaque instant. Le fait que le Kansas soit un brin plus verdoyant qu’on ne l’imagine n’entrave en rien la crédibilité des scènes du monde réel. En revanche, d’autres extérieurs intégrés dans le pays d’Oz contrarient notre suspension d’incrédulité car la lumière naturelle, très plate, contraste avec celle, plus travaillée et chaude, des séquences en studio et des divers décors peints. Néanmoins, bien que son film soit visuellement moins abouti que celui de son concurrent direct Labyrinthe, Walter Murch utilise tous les trucages à sa disposition pour raconter son histoire, dont un remarquable travail de marionnettes confié à Brian Henson, mais surtout l’omniprésence de la « claymation » – de la pâte à modeler animée image par image – une discipline rarement vue dans des productions de ce calibre.

Une production houleuse…

Les cinéphiles noteront qu’il s’agit de l’unique réalisation de Walter Murch, monteur (image et son) oscarisé de quelques classiques pour ses amis Francis Coppola et George Lucas. Bien que son implication personnelle dans ce projet l’ait amené à en cosigner le scénario, les pontes de Disney n’eurent de cesse de douter de ses compétences, si bien qu’il fut évincé après quelques jours de tournage. Il ne retrouvera son poste que grâce à l’intercession de ses deux amis susmentionnés, et la garantie que Lucas prenne la relève derrière la caméra si les choses devaient mal se passer. En revanche, Gary Kurtz, producteur émérite des deux premiers épisodes de La Guerre des étoiles ne sera pas repêché et se verra remplacé par Paul Maslansky, célèbre par la suite pour son « travail » sur la saga Police Academy. Malgré ces tensions en coulisse, Oz, un Monde extraordinaire propose une aventure cohérente dans son genre, et si personnages et effets spéciaux ne génèrent pas le même émerveillement que d’autres fantaisies produites à la même période, on peut regretter cette époque où certains films n’hésitaient pas à provoquer quelques sains et inoffensifs frissons chez les enfants. Un des buts du Fantastique n’est-il pas d’exorciser les peurs et les cauchemars ?

 

© Jérôme Muslewski

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LE CLANDESTIN (1987)

Un chat génétiquement modifié s’embarque sur le yacht luxueux d’un milliardaire mafieux et sème la terreur parmi les passagers…

UNINVITED

 

1987 – USA

 

Réalisé par Greydon Clark

 

Avec George Kennedy, Alex Cord, Toni Hudson, Rob Estes, Clu Gulager, Shari Shattuck, Clare Carey

 

THEMA MAMMIFÈRES

Greydon Clark est un prolifique cinéaste de genre habitué à composer avec des budgets ridicules sans pour autant réfréner ses ambitions. Si son film le plus réussi est probablement Terreur extra-terrestre, les amateurs de cinéma bis lui préfèrent souvent Le Clandestin pour son humour involontaire. L’idée de ce long-métrage impensable est née au milieu des années 80, alors que Clark est en train de tourner le western Final Justice. Dans le studio italien qu’il côtoie trône un grand bassin édifié par Dino de Laurentiis pour la simulation de séquences en mer. Pourquoi ne pas y tourner un film d’horreur qui se déroulerait à bord d’un bateau, avec un monstre attaquant tous les passagers ? Après avoir envisagé un temps de mettre en scène un rat mutant, le réalisateur penche finalement pour un chat, plus original et donc plus surprenant. Reste à dénicher le yacht qui accueillera sa petite équipe. Le bateau idéal étant introuvable en Italie, Clark est sur le point de renoncer, jusqu’à ce qu’il trouve la perle rare en Californie. Abandonnant l’idée de tourner dans un bassin, il loue donc la luxueuse embarcation pendant deux semaines pour 15 000 dollars et part tourner en mer. 75 000 autres dollars sont dépensés pour embaucher trois vétérans du petit écran dans les rôles principaux : George Kennedy (Le Virginien), Alex Cord (L’île fantastique) et Clu Gulager (La Grande caravane). Le budget se réduisant comme peau de chagrin, il reste moins de 110 000 dollars pour faire le film. Autant dire qu’il va falloir faire des concessions…

Dès l’entame du Clandestin, le ton est donné. Un chat parvient à échapper à la surveillance d’un groupe de scientifiques qui pratiquaient des expériences sur lui dans un laboratoire de Floride et rode dans le parking souterrain du bâtiment. Des hommes en combinaison antiradiations le cernent et tentent de l’endormir avec une flèche tranquillisante. Mais lorsque l’un d’entre eux s’approche trop près du félin, la bouche du matou s’ouvre pour révéler un second chat – monstrueux celui-ci – qui surgit et se jette sur lui. S’ensuivent les hurlements, les jets de sang… et les éclats de rire irrépressibles des spectateurs. Comment rester de marbre face à ce concept aberrant (un chat démoniaque caché dans le corps d’un autre chat) et devant les effets spéciaux désespérément simplistes sollicités pour lui donner corps (une rudimentaire marionnette à main conçue par Jim et Debi Boulden) ? Le potentiel comique du film est d’autant plus grand qu’il se prend très au sérieux, visiblement inconscient de cet humour au second degré qu’il véhicule constamment et qui lui vaudra des déclarations d’amour de la part des fans de nanars. Chaque attaque de la créature est plus drôle que la précédente, et l’on pense aux fausses pubs des Nuls pour le CCC (« comité contre les chats ») qui utilisaient abondamment des faux félins en peluche balancés devant la caméra et agrémentés de bruitages de cris hystériques. Greydon Clark n’utilise d’ailleurs que deux miaulements en tout et pour tout qui seront inlassablement répétés tout au long du film.

La croisière chat m’use

Mais il nous faut tout de même tenter de nous intéresser à l’histoire. Nous découvrons donc avec perplexité cinq étudiants (deux bimbos écervelées, deux abrutis invétérés et un spécialiste de la biologie beaucoup plus intelligent que les autres) qui s’embarquent sur le yacht d’un milliardaire véreux et de ses deux associés, accompagnés du chat qu’ils ont ramassé dans la rue. Le prétexte pour réunir ces personnages est saugrenu (les trois gangsters en route vers les îles Caïman proposent aux étudiants de servir d’équipage puisque les anciens employés ont pris la poudre d’escampette), mais nous ne sommes plus à ça près. La routine qui s’installe ensuite laisse rêveur : des amourettes entre ados filmées comme dans un téléfilm érotique du dimanche soir, des scènes de bagarre à mourir de rire (les trois acteurs vétérans ne sont plus dans leur prime jeunesse et chaque effort physique semble compliqué) et ce bon vieux chat mutant qui revient faire des siennes régulièrement. Chaque apparition de la méchante marionnette est un pur réjouissement, accompagnée des grimaces outrées des victimes qui n’en finissent plus de hurler et des maquillages spéciaux conçus à base de « bladders » (les fameuses vessies gonflables en latex) et de faux sang généreusement répandu. Tandis que l’étudiant en biologie s’efforce de nous donner des explications scientifiques, les morts violentes s’accumulent jusqu’à un climax inimaginable où le yacht est remplacé par une petite maquette filmée dans la piscine de Greydon Clark, visiblement à bout de ressources mais déterminé à finir coûte que coûte ce croisement délectable entre Alien et Titanic !

 

© Gilles Penso

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LA VIE EST BELLE (1946)

Au sortir de la guerre, Frank Capra réalise un conte fantastique, philosophique et résolument optimiste

IT’S A WONDERFUL LIFE

 

1946 – USA

 

Réalisé par Frank Capra

 

Avec James Stewart, Henry Travers, Donna Reed, Lionel Barrymore, Thomas Mitchell

 

THEMA DIEU, LA BIBLE, LES ANGES I CONTES

Seconde incursion de Frank Capra dans le genre fantastique après Les Horizons perdus, La Vie est belle s’inspire d’une nouvelle écrite en 1939 par Philip Van Doren Stern, « The Greatest Gift ». Le texte circula à Hollywood au début des années 40 et attira l’attention de David Hempstead, l’un des producteurs du studio RKO qui fut le premier à y entrevoir un potentiel cinématographique. Pressenti pour tenir le premier rôle de ce film hypothétique, Cary Grant préfère finalement jouer dans Honni soit qui mal y pense d’Henry Koster. C’est donc James Stewart qui le remplace, sous la direction de Frank Capra. La transformation de la nouvelle en scénario n’est pas un processus simple, fruit du travail successif d’une demi-douzaine d’auteurs. À partir du 16 avril 1946, le cinéaste s’installe avec son équipe de tournage pendant 90 jours dans les studios californiens de la RKO, où il a fait édifier le gigantesque décor extérieur de la ville imaginaire de Bedford Falls, théâtre des péripéties désormais légendaires de La Vie est belle. Deux ans avant qu’Alfred Hitchcock n’en fasse son héros fétiche pour quatre films mythiques (La Corde, Fenêtre sur cour, L’Homme qui en savait trop et Sueurs froides), James Stewart endosse pour la troisième fois consécutive le costume du personnage « caprien » par excellence (après Vous ne l’emporterez pas avec vous et Mr Smith au Sénat), un protagoniste qui affronte l’adversité pour en ressortir grandi. Cet élan d’optimisme semble plus que jamais vital à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, Capra ayant interrompu toute activité dans le cinéma de fiction entre 1942 et 1945 pour se consacrer pleinement aux documentaires destinés à soutenir le moral des troupes.

1945. Dans la petite ville américaine de Bedford Falls, la veille de Noël, George Bailey veut mettre fin à ses jours. Ayant toujours essayé de faire de son mieux il estime avoir tout raté. Mais ses proches et ses amis pensent à lui avec tant de ferveur que Clarence, un ange en formation, tombe du ciel pour tenter de lui venir en aide. Cette bonne action lui permettrait de gagner ses ailes. Clarence croise donc le chemin de George sur le pont duquel il avait décidé de sauter et tente de le dissuader de passer à l’acte. Le récit se structure dès lors sous forme d’un long flash-back qui commence alors que notre désespéré n’a que douze ans. Nous y découvrons une vie faite de sacrifices et de gestes altruistes, mais aussi une longue descente aux enfers provoquée par une malchance croissante et des malversations qui le plongent dans la ruine, l’alcool et le désespoir. C’est donc dans un état bien piteux que nous retrouvons George, sur ce pont qu’il a choisi comme dernier lieu de résidence terrestre avant le plongeon fatal dans la rivière. Mais Clarence a plus d’un tour dans son sac pour le faire changer d’avis…

Un peu plus près des étoiles

Le paradoxe de l’utilisation de l’argument fantastique dans La Vie est belle est à la fois son omniprésence et sa discrétion. La destinée désespérément humaine de George Bailey nous touche tant qu’on en oublierait presque en cours de route que toute son histoire est narrée sous l’œil attentif de témoins célestes, symbolisés à l’écran par des étoiles sur fond noir qui clignotent en parlant. De fait, l’apprenti-ange Clarence peut influer sur la décision de George mais ne peut choisir à sa place. Son registre d’intervention est assez limité, conformément au célèbre adage « aide-toi et le ciel t’aidera ». L’idée géniale du scénario consiste à montrer à notre héros à quoi aurait ressemblé le monde si lui-même n’avait jamais existé. Nous ne découvrons certes pas un univers parallèle totalement bouleversé. Loin de la théorie du chaos chère à Ian Malcolm et au fameux principe du battement d’ailes du papillon, ce monde sans George Bailey n’est à priori pas très différent de celui qu’il a connu. Mais à y regarder de plus près il est moins riche, plus triste, plus morose, plus désenchanté… Cette joie de vivre qui semble avoir déserté l’esprit assombri de George est justement ce qui manquerait à un monde alternatif privé de sa présence. L’ange – et le Fantastique dans son acceptation plus générale – est donc ici la métaphore de l’optimisme, seul recours lorsque tout semble perdu. Cette perception positive aurait dû logiquement faire mouche auprès d’un grand public s’éveillant tout juste des traumatismes de la guerre. La Vie est belle fut pourtant un échec cuisant au moment de sa sortie et ne se transforma en classique que plus tard. C’est désormais l’un des films favoris des spectateurs américains, rediffusé systématiquement chaque Noël et mué depuis longtemps en élément incontournable de la culture populaire.

 

© Gilles Penso

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ELFE (2003)

Un enfant humain élevé par erreur comme un elfe dans les ateliers du Père Noël décide à l’âge adulte de retrouver son père biologique…

ELF

 

2003 – USA

 

Réalisé par Jon Favreau

 

Avec Will Ferrell, James Caan, Bob Newhart, Edward Asner, Mary Steenburgen, Zooey Deschanel, Daniel Tay, Faizon Love

 

THEMA CONTES

Après deux téléfilms (Bad Cop Bad Cop, Smog) et un premier long-métrage (Made), le futur réalisateur d’Iron Man décide de revisiter les contes de Noël en donnant à Will Ferrell le rôle de Buddy, un bébé reparti par erreur au pôle Nord dans le sac du père Noël et élevé comme un elfe au beau milieu des petits assistants du vénérable Santa Claus. Bien vite, il devient clair que Buddy n’est pas comme les autres elfes. Il est beaucoup plus grand, plus maladroit, et inapte à la fabrication et à l’essayage des jouets. Lorsqu’il apprend ses origines humaines, Buddy décide de faire des adieux provisoires à la faune féerique qui l’entoure, de partir en quête de ses origines et de sonner à la porte de son père biologique, un certain Walter Hobbs. Mais ce dernier est un businessman acariâtre (incarné par James Caan) qui publie des livres pour enfants à échelle industrielle, siégeant dans un bureau spacieux de l’Empire State Building au cœur de New York. Ignorant tout de l’existence de Buddy, qui a été confié à un orphelinat après la mort de sa mère, Hobbs va forcément réserver un accueil glacial à cet enfant guilleret coincé dans un corps d’adulte.

La réussite d’Elfe repose en grande partie sur les larges épaules de Will Ferrell, et l’on imagine mal qui d’autre aurait pu incarner avec autant de candeur, de bonhomie et d’infantilisme cet archétype turbulent du « poisson hors de l’eau ». C’est pourtant Jim Carrey qui était initialement pressenti pour le rôle, dans une version plus sombre du scénario co-écrite par David Berenbaum et Chris Farley. Mais Favreau a une vision beaucoup plus joyeuse et « old school » du film, qui nécessite un gros remaniement d’écriture et un changement de star. C’est là qu’intervient Will Ferrell, alors surtout connu pour ses prestations dans le « Saturday Night Live », et qui tient donc ici l’un de ses premiers grands rôles pour le cinéma. Favreau profite de cette révision du script pour rendre hommage à un téléfilm d’animation qui lui fit grande impression dans son enfance : Rudolph the Red-Nosed Reindeer produit en 1964 par Jules Bass et Arthur Rankin Jr.

« Old school »

Cette volonté d’hommage passe par la mise en scène d’une poignée de créatures en stop-motion. D’où ce pingouin mignon, ce petit ours blanc et ce bébé morse qui apparaissent dès le générique de début, puis de manière récurrente dans l’environnement des elfes au cours des premières séquences du film. Dans le même esprit, le film met en scène Léon, un bonhomme de neige qui reprend presque trait pour trait l’un des personnages de Rudolph the Red-Nosed Reindeer. La création de toute cette galerie volontairement rétro est confiée aux frères Chiodo, maîtres d’œuvre des effets spéciaux de la saga Critters et créateurs des fameux Clowns tueurs venus d’ailleurs. « Les effets spéciaux que nous réalisions autrefois en stop-motion sont désormais conçus en image de synthèse, mais on nous demande parfois de continuer à pratiquer cette technique sous forme de clin d’œil », explique Edward Chiodo, le plus jeune de la fratrie. « Elfe est sans doute l’exemple le plus frappant dans ce domaine, puisque la volonté était de retrouver la saveur des vieux programmes de Noël de Rankin & Bass, où l’animation en volume jouait un grand rôle. » (1) Ces créatures dotent le film d’une touche de fraîcheur inattendue et savoureuse. Leurs allures de jouets vivants, leurs petits yeux noirs inexpressifs et leurs voies aigues à peine compréhensibles (dont l’une est interprétée par le génie de l’animation Ray Harryhausen) sont irrésistibles. Ils ne sont pas le moindre des atouts de cette production joyeusement divertissante qui fut l’un des plus gros succès critiques et commerciaux de l’année.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 2018

 

© Gilles Penso

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PÈRE NOËL ORIGINES (2010)

Une équipe de chercheurs exhume au cœur de la Laponie le corps d'une créature qui semble être le Père Noël…

RARE EXPORTS: A CHRISTMAS TALE

 

ANNEE – FINLANDE / FRANCE / SUÈDE / NORVÈGE

 

Réalisé par Jalmari Helander

 

Avec Onni Tommila, Jorma Tommila, Per Christian Ellefsen, Tommi Korpela, Rauno Juvonen, Ilmari Järvenpää, Peeter Jakobi, Jonathan Hutchings, Risto Salmi

 

THEMA CONTES

Tout commence en 2003 avec le court-métrage Rare Exports Inc., dans lequel le réalisateur et scénariste finlandais Jalmari Helander met en scène trois chasseurs à la recherche des origines du Père Noël au fin fond de la Laponie. Diffusé sur Internet par la compagnie Woodpecker Films, le film devient viral et remporte un tel succès qu’une séquelle est mise en chantier deux ans plus tard sous le titre Rare Exports : The Official Safety Instructions. C’est en 2007 que naît l’idée d’adapter ce concept sous forme d’un long-métrage. La compagnie finnoise Cinet récupère donc les droits auprès de Woodpecker Films et le producteur Petri Jokiranta se lance dans l’aventure avec Jalmari Helander. Le film sera co-financé par la Finlande, la France, la Suède et la Norvège. Fidèle au caractère atypique de ses modèles courts, Rare Exports : A Christmas Tale (rebaptisé Père Noël origines chez nous) est une œuvre totalement inclassable, à mi-chemin entre le conte de fée, la comédie et le film d’épouvante. Par bien des aspects, le premier long-métrage de Jalmari Helander nous rappelle les grandes heures des productions Amblin des années 80, l’époque glorieuse des Gremlins, Goonies et autres Secret de la pyramide. Le mélange des genres y était alors autorisé sans uniformisation, quitte à alterner en un claquement de doigts l’humour bon enfant et la terreur pure. Rare Exports est de cette trempe.

Le concept de Père Noël origines reprend dans les grandes lignes celui des courts-métrages qui l’inspirent. Au cœur de la Laponie, une équipe de chercheurs britanniques étudie des échantillons de forage et pense avoir découvert un ancien monticule funéraire. Bientôt, l’homme qui finance cette expédition se rend sur place, persuadé que le corps mis à jour est celui de Joulupukki, une entité mythologique finlandaise qui serait à l’origine de l’incarnation du Père Noël dans la culture populaire. Or peu après, des centaines de rennes qui ont été rongés jusqu’à l’os gisent dans la neige, et les loups ne sont visiblement pas responsables de ce carnage. Et si la créature qui vient de se libérer des neiges n’avait rien du personnage angélique que les enfants attendent chaque année au pied de leur cheminée ?

Les dents de la neige

Film fou qui détourne joyeusement l’imagerie du bienveillant Santa Claus pour le muer en effrayant père fouettard, Rare Exports a le bon sens de ne jamais cligner de l’œil vers le spectateur pour le rendre complice de l’énorme blague qu’il semble constituer. De fait, le caractère parodique de l’entreprise n’est pas perceptible au premier degré, puisque l’intrigue se suit comme celle d’un film d’horreur glacial, finalement assez proche dans l’esprit du séminal The Thing de John Carpenter. La bonne tonalité n’était pas simple à trouver. Si Père Noël origines y parvient, c’est parce que son réalisateur accepte d’aller au bout de son concept sans se réfugier derrière les facilités du pastiche et se donne surtout les moyens de ses ambitions. La photographie somptueuse, la musique ample et les séquences d’action à grande échelle placent la barre assez haut, ce qui ne retire rien au caractère totalement abracadabrant de cette aventure. Témoin cette scène impensable où des centaines d’elfes nus et vieillissants courent dans les bois pour rattraper le jeune héros, ou cet épilogue cynique et hilarant qui permet au titre original de trouver tout son sens.

 

© Gilles Penso

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TRON : L’HÉRITAGE (2010)

Le fils de Flynn, héros du premier Tron disparu sans laisser de trace, reçoit un message de son père provenant de l’univers virtuel qu’il avait jadis créé…

TRON : LEGACY

 

2010 –  USA

 

Réalisé par Joseph Kosinski

 

Avec Jeff Bridges, Garrett Hedlund, Olivia Wilde, Bruce Boxleitner, Michael Sheen, James Frain

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I SAGA TRON

Tron : l’héritage fait partie des projets Disney destinés à séduire les adolescents des années 80 devenus parents aujourd’hui, en misant sur la nostalgie et l’envie de partager une séance avec leurs petites têtes blondes. Bien que le premier Tron ne fut pas une affaire très juteuse en son temps, deux scènes impressionnèrent durablement les « gamers » : les motos lumineuses et les affrontements façon pelote basque électronique. Pas étonnant dès lors que Tron : l’héritage ait été vendu en grande partie sur la présence dans le film des versions 2.0 des dites séquences. Malheureusement, une fois passées ces deux jolies démonstrations survenant après une demi-heure de mise en place très schématique, cette suite tardive s’essouffle et s’enlise dans des considérations techno-mythologiques pour le moins absconses. Après un plan d’ouverture d’une efficacité incontestable, en partie grâce à la percutante bande originale électro-symphonique de Daft Punk, Tron : l’héritage procède à une exposition concise mais finalement suffisante : Flynn (Jeff Bridges) a disparu il y a dix ans et son fils Sam (Garrett Hedlund), actionnaire principal d’Encom, refuse de prendre la direction d’une société qui lui a littéralement volé son père. Alors que la multinationale s’apprête à célébrer en direct la mise en vente de son nouveau système d’exploitation, Sam s’introduit dans les locaux de la société et met en ligne gratuitement le code du nouveau logiciel. Le lendemain, il reçoit un message de son père le menant à son ancien ordinateur qui l’avait jadis propulsé dans le monde virtuel de Tron. Sam est à son tour happé par le système. Parviendra-t-il à retrouver son père et le ramener dans le monde réel ?

A l’instar de la majorité des films recyclant les titres-phares des années 80, Tron : l’héritage se veut autant une suite qu’un remake et un reboot. Pourtant, la « mise à jour » pouvait ici se justifier puisque les possibilités de l’informatique et la conceptualisation des mondes virtuels ont bien évolué depuis 1982. Malheureusement, Joseph Kosinski nous en propose une vision fantaisiste, certes dans la continuité du Tron original mais totalement archaïque pour la génération Playstation sevrée à Matrix. Force est de reconnaitre que sur le plan visuel, Tron : l’héritage nous en met plein les mirettes, avec plusieurs scènes tournées en IMAX et une 3D maîtrisée et pertinente (les possesseurs de vidéoprojecteurs 3D se doivent de posséder le film). Mais le scénario est d’une linéarité qui met en exergue son manque de matière, bien que les deux scénaristes Adam Horowitz et Edward Kitsis intègrent superficiellement quelques idées éprouvées comme la quête du père, l’utopie déçue, la foi et la divinité (des thèmes déjà présents dans leur travail pour les séries Lost et Once Upon a Time). Sont-ils de fervents disciples de Joseph Campbell, l’auteur de l’ouvrage de référence « Le Héros aux 1001 visages », ou simplement des fans régurgitant la synthèse clé-en-main qu’en avait déjà faite George Lucas ? On penche pour la dernière option, tant les références à La Guerre des étoiles abondent – voir ce « gag » ou Sam agite comme un sabre-laser un bâton dont il ignore l’utilité…

La victoire du système

La direction artistique repose entièrement sur l’opposition entre blanc et noir, une dichotomie cristallisée par la présence d’un jeu de Go dans le sanctuaire de Flynn (un décor directement « emprunté » à 2001 L’odyssée de l’espace). On s’attend dès lors à ce que l’issue du film soit inévitablement manichéenne mais c’est sur une inconfortable nuance de gris que se clôt l’affaire. Bien sûr, les films de studio font toujours preuve d’un certain conservatisme prudent. Mais comme dans Alice au pays des merveilles de Tim Burton ou même le plus ancien L’Ile sur le toit du monde de Robert Stevenson, tous deux produits par Disney, l’accomplissement du parcours héroïque de Sam s’accompagne de surprenantes velléités corporatistes. On notera pourtant que Tron : l’héritage s’autorise une saillie à Steve Jobs, en faisant une allusion directe à son légendaire désaccord avec Steve Wozniak, les deux hommes étant respectivement le businessman et le concepteur idéaliste d’Apple. D’autant plus surprenant que Steve Jobs siégeait au conseil d’administration de Disney depuis 2006. Mais bien que Flynn père soit lui-même décrit comme un hippie sur le retour (bracelet de perles à l’appui) dépassé par la société et le monstre technologique qu’il a créées, jamais Kosinski ne suggère de débrancher la machine ; juste de mettre à sa tête un jeune homme sans expérience et sans compétence particulière… Le monde de demain, c’était peut-être mieux avant ?

 

© Jérôme Muslewski

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LA LÉGENDE DES 7 VAMPIRES D’OR (1973)

Pour clore sur une note insolite la saga qu’il consacra à Dracula , le studio Hammer tente un mélange inédit : l’horreur et le kung-fu !

THE LEGEND OF THE 7 GOLDEN VAMPIRES

 

1974 – GB / HONG-KONG

 

Réalisé par Roy Ward Baker

 

Avec Peter Cushing, John Forbes-Robertson, David Chiang, Julie Ege, Robin Stewart, Szu Shih, Robert Hanna, Shen Chan

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES I SAGA DRACULA DE LA HAMMER

Dans l’espoir de raviver la flamme vacillante de son succès international, la compagnie britannique Hammer Films s’associa au studio chinois Run Run Shaw pour co-produire ce film étrange, mariant l’épouvante gothique au film de kung-fu. D’où ce slogan imparable : « Ceinture noire contre magie noire ! » Suite au désistement de Christopher Lee, bien décidé à raccrocher définitivement la cape de Dracula, c’est le comédien John Forbes-Robertson qui lui succède dans le rôle du comte vampire. Ce dernier ne démérite pas, bien qu’un peu trop âgé et trop maquillé, mais sa présence à l’écran demeure restreinte, car bien vite le vénérable amateur de sang frais « emprunte » l’enveloppe charnelle de Kah, l’un de ses adorateurs chinois. Si Lee ne participe pas à ce énième Dracula, son comparse Peter Cushing, lui, est fidèle au poste dans le rôle du professeur Van Helsing, ses traits émaciés et vieillissants n’altérant guère son éternelle vivacité. Professeur d’histoire occulte dans une université chinoise, il attire l’attention d’un de ses élèves, Hsi Ching, dont le village est menacé par les légendaires Sept Vampires d’Or, ramenés à la vie par Dracula. Toujours prompt à enfoncer son pieu dans la carcasse des suceurs de sang de tous bords, Van Helsing accepte de se mettre en quête du village maudit, en compagnie de son fils Leyland, de la riche veuve Vanessa Buren, et des frères et sœurs de Hsi Ching, tous passés maîtres dans l’art du combat et le maniement des armes.

Dès lors, l’intrigue emprunte une structure des plus linéaires, la petite expédition se heurtant régulièrement aux vampires armés de sabre et s’engageant donc dans une série de pugilats spectaculaires dans la grande tradition du film de cape et d’épée chinois. Assez curieusement, le mélange des genres fonctionne ici plutôt bien, dans la mesure où l’horreur et le kung-fu s’entremêlent sans heurt, et où la mythologie vampirique s’enrichit de nouvelles idées. Comme celle qui veut que les vampires soient allergiques à tous les symboles sacrés, quels qu’ils soient. Ainsi, en Chine, une statuette de Bouddha s’avère-t-elle aussi efficace qu’un crucifix en Transylvanie !

Dracula en Chine

Fort bien menés, les combats se parent de séquences sanglantes (les membres y sont allégrement tranchés), envoûtantes (la résurrection des vampires qui évoque beaucoup celle des zombies de La Révolte des morts-vivants et ses suites) ou étrangement émouvante. Témoin ce passage où une jeune femme vampirisée mord son bien aimé, ce dernier s’empalant avec elle sur une lance pour éviter de propager le fléau. Le film se pare aussi d’un érotisme un peu brut, au cours de séquences gratuites qu’on croirait issues d’un Fu-Manchu, dans lesquelles de jeunes asiatiques dénudées et ligotées s’agitent autour d’un chaudron bouillonnant ! Après les échauffourées mouvementées qui scandent le film, on est quelque peu déçu par l’affrontement final entre Dracula et Van Helsing, reprenant sobrement le final du Cauchemar de Dracula. Une séquelle exotique fut un temps envisagé, mais le studio Hammer ferma ses portes avant qu’elle ne puisse se concrétiser.

 

© Gilles Penso

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TIMERIDER, LE CAVALIER DU TEMPS PERDU (1982)

Alors qu’il croise par inadvertance le champ d’une expérience sur les voyages temporels, un motard se retrouve en plein Far West

TIMERIDER: THE ADVENTURES OF LYLE SWANN

 

1982 – USA

 

Réalisé par William Dear

 

Avec Fred Ward, Belinda Bauer, Peter Coyote, Richard Masur, Tracey Walter, Macon McCalman

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

C’est Michael Nesmith, ancien guitariste du groupe de pop rock The Monkeys, qui est à l’initiative de Timerider, dont il assure la production, la bande originale et la co-écriture avec le réalisateur William Dear. Le rôle principal de ce « western de science-fiction » est confié à Fred Ward. Le futur héros de Remo sans arme et dangereux prête ici ses traits burinés au personnage de Lyle Swann, une star du motocross dont l’engin utilise des technologies de pointe (un ordinateur de bord, un casque à visée électronique), le positionnant presque en précurseur du Jesse March de Tonnerre mécanique. Alors qu’il traverse le désert du Mexique pendant la compétition Baja 1000, Swann s’égare et se retrouve sans le savoir sur le terrain d’expérimentation de la compagnie International Computel, qui s’apprête à envoyer un singe cent ans dans le passé. Notre motard entre ainsi dans le champ de cette expérience de pointe et se retrouve en 1877 (plus précisément le 5 novembre, une date apparemment liée aux voyages dans le temps puisqu’on la retrouve dans C’était demain et Retour vers le futur). Ignorant qu’il a traversé plus d’un siècle, Swann cherche son chemin sans succès. Lorsque tombe la nuit, son surgissement au cœur de l’obscurité donne à sa moto les allures d’un vaisseau spatial, dans la droite lignée des OVNIS de Rencontres du troisième type, provoquant l’arrêt cardiaque d’un vieux paysan mexicain. Ce n’est que la première d’une série de réactions paniquées, affolées ou hostiles à son encontre…

Le parti pris surprenant du scénario de Timerider est de toujours laisser aux spectateurs un coup d’avance sur les héros. Ainsi, jamais le protagoniste ne prend-il conscience qu’il a voyagé dans le temps. Les mœurs archaïques des gens qu’il rencontre ne cessent certes de l’interloquer, mais il rationnalise comme le ferait sans doute n’importe qui, persuadé qu’il est tombé sur une communauté façon Amish ou sur des villageois n’ayant guère évolué depuis le Far West (ce qui est effectivement le cas dans certains coins reculés de l’Amérique profonde). Les autochtones, de leur côté, ne comprennent pas d’où viennent sa machine et son équipement, sans pour autant s’imaginer qu’ils ont affaire à un homme du futur, même si les plus superstitieux croient être en présence du diable (une crainte alimentée par sa combinaison rouge vif). C’est donc un quiproquo permanent, propice à quelques situations surréalistes dont certaines annoncent le troisième volet de la trilogie Retour vers le futur.

Motard vers le futur

Timerider souffre principalement de la caractérisation minimaliste de l’ensemble de ses personnages. Fred Ward campe un héros finalement assez passif qui se laisse porter par les événements, Belinda Bauer se contente d’être belle et farouche, Peter Coyote (qui joue la même année « l’homme aux clefs » de E.T.) est un méchant grimaçant et caricatural, L.Q. Jones endosse le rôle du sheriff bourru et taciturne, bref l’archétype domine sans finesse ni profondeur. Il nous est donc difficile de nous attacher pleinement à cette petite galerie de protagonistes. Pour autant, le film est un très sympathique divertissement, porté par une bande originale façon rock FM des années 80 (synthétiseurs, boites à rythme, guitares saturées) et sis dans un cadre de western finalement peu glamour. Les cowboys y sont sales, rustres, violents, plus proches de la vision d’un Sergio Leone que de celle d’un John Ford. Les morts brutales ponctuent d’ailleurs régulièrement l’intrigue. Si la narration s’autorise quelques allers-retours entre le passé et le présent, s’intéressant furtivement au co-équipier de Jesse et aux scientifiques qui cherchent à le ramener, le scénario de Nesmith et Dear reste principalement attaché aux mésaventures de Swann, dont le dossard frappé du numéro 82 rappelle l’année à laquelle il appartient. Le final, abrupt, expose un paradoxe temporel savoureux mais peu surprenant dans la mesure où la plupart des spectateurs l’auront vu venir depuis longtemps. Quelques années plus tard, le réalisateur William Dear connaîtra son heure de gloire en dirigeant Bigfoot et les Henderson et en signant le script de Rocketeer.

 

© Gilles Penso

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LA MAISON DES DAMNÉS (1973)

Quatre personnes s’installent dans une sinistre bâtisse pour tenter de déterminer si elle est hantée ou non…

THE LEGEND OF HELL HOUSE

 

1973 – GB

 

Réalisé par John Hough

 

Avec Pamela Frankin, Roddy McDowall, Clive Revill, Gayle Hunnicutt, Roland Culver, Peter Bowles

 

THEMA FANTÔMES

Parfois considéré comme une imitation maladroite de La Maison du diable, La Maison des damnés vaut plus que cette réputation réductrice, même si les similitudes avec le chef d’œuvre de Robert Wise sont indiscutables. Le film de John Hough s’inspire en fait du roman « Hell House » signé par le grand Richard Matheson. La maison du titre, bâtie en 1919, appartenait jadis à un certain Emeric Belasco, un être abominable auquel la légende prête maintes perversions. C’est « le Mont Everest des maisons hantées » d’après le parapsychologue Lionel Barrett (Clive Revill), missionné sur place par un milliardaire à l’article de la mort, dans le but d’en éclaircir le mystère et le cas échéant d’établir la théorie de la vie après la mort. Dans sa quête, le très cartésien Barrett est accompagné par son épouse Ann (Gayle Hunicutt) et deux autres compagnons aux méthodes bien moins orthodoxes que les siennes. Le premier est Ben Fischer (Roddy McDowall), seul survivant de la précédente expérience s’étant soldée par huit morts violentes. Le second est Florence Tanner (Pamela Franklin), une toute jeune médium caractérisée par son hypersensibilité. Tous les quatre vont ainsi cohabiter pendant cinq jours dans cette « Maison des Damnés » à la fort peu envieuse réputation.

Dès le deuxième jour, au cours d’une séance de spiritisme, une substance fantomatique apparaît puis se rétracte, fidèle à la description qu’en donnait Matheson : « le téléplasme avait couvert la tête de Florence et flottait au-dessus d’elle comme un sac humide et membraneux. » Dès lors, le spectre de Daniel, le fils de Belasco, viendra régulièrement rendre visite à la jeune femme dans sa chambre. S’ensuivent plusieurs séquences mémorables. Comme le mobilier qui s’affole subitement pendant le repas et s’en prend violemment à Barrett. Ou l’épouse de ce dernier qui, une nuit, se laisse gagner par d’étranges pulsions. Après avoir vu s’animer sur un mur la statuette dionysiaque d’un satire lutinant une jeune fille, puis avoir découvert un ouvrage sur les phénomènes autoérotiques, elle se met à séduire agressivement Fischer, soudain avide de nudité, d’ivresse et d’orgie. Autres scènes surprenantes : l’attaque de Florence par un chat possédé, puis la visite nocturne du spectre avec lequel elle accepte de faire l’amour !

La tension monte à tous les étages

Tandis que la tension monte à tous les étages et que l’on finit par découvrir le cadavre putréfié et enchaîné de Daniel Belasco, Barrett met en place une méthode radicale : le Reversor. Conçue pour annihiler toute l’énergie électromagnétique qui hante la maison, cette machine high-tech aura pourtant bien du mal à venir à bout des forces occultes déchaînées ici-bas. Si bien que le parapsychologue sûr de lui, face à des phénomènes échappant totalement à ses connaissances et à son contrôle, finit par décréter avec amertume : « c’est impossible, je ne l’accepte pas ! » Même si Roddy McDowall a tendance à en faire des tonnes, le casting s’avère excellent, avec en tête une Pamela Franklin très étonnante. Le film se pare également de dialogues savoureux, de cadrages et d’une photographie très soignés, et d’une musique stressante contribuant grandement à bâtir le climat oppressant de ce shocker guère révolutionnaire mais franchement efficace.

 

© Gilles Penso

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J’ENTERRE LES VIVANTS (1958)

Le nouveau directeur d’un cimetière a le pouvoir de provoquer la mort d’individus ayant souscrit à une concession auprès de son établissement

I BURY THE LIVING

 

1958 –  USA

 

Réalisé par Albert Band

 

Avec Richard Boone, Theodore Bikel, Peggy Maurer, Howard Smith, Herbert Anderson, Robert Osterloh

 

THEMA MORT

Nul doute que si les scénaristes de J’enterre les vivants avaient rencontré Rod Serling, sur le point d’ouvrir les portes de La Quatrième dimension un an seulement après la sortie de leur film, leur histoire aurait aisément pu être intégrée à la série, en particulier grâce à son approche sans fioritures ne se détournant jamais de son idée maitresse. La première scène introduit illico le personnage principal, Robert Kraft (Richard Boone) venu reprendre la gestion d’un cimetière en remplacement du vieil Andy (Thedore Bikel) qui en a assuré le gardiennage toute sa vie et se voit offrir une retraite méritée, mais un peu forcée. Sur le mur de son bureau est affiché un plan du cimetière indiquant le nom du propriétaire de chaque concession, les tombes déjà « occupées » étant marquées d’une épingle à tête noire, les parcelles « réservées » d’une épingle blanche. Après avoir replacé par erreur une épingle noire sur les noms d’un jeune couple, ceux-ci arrivent le lendemain au cimetières les pieds devant… Cruelle coïncidence ? Peut-être, sauf que Robert croit avoir provoqué cet accident, même si personne ne donne aucun crédit à sa superstition. Il tente alors de remplacer une autre épingle et la personne meurt cette fois d’une crise cardiaque. Pourrait-il alors ramener un mort à la vie en plaçant une épingle blanche sur son nom ?

Ce résumé ne couvre pas plus de la moitié du métrage, et bien que le scénario ne se résume finalement qu’à une succession de tests de la part d’un Robert qui peine à croire au pouvoir de cette carte vaudou, chaque nouvelle situation ajoute sa petite variante et si la tension va piano, elle n’en va pas moins crescendo. L’efficacité du film doit paradoxalement beaucoup à la modestie de son budget. Conscient des limites logistiques de la production, Albert Band (père de Charles avec qui il co-fondera Empire Pictures dans les années 80) tire le meilleur parti des moyens du bord, à savoir son décor principal (l’intérieur de la conciergerie du cimetière et un vrai cimetière pour quelques extérieurs) et une distribution limitée à une demi-douzaine de rôles. Quasi-unité de lieu et quasi-unité d’action : il n’en faut pas plus pour donner une certaine densité dramatique au film, dont la réalisation apparait dans un premier temps assez plate, avec un cadre fixe pour plusieurs séquences de dialogue filmées en continu, sans champs/contre-champs. Cet apparent manque de sophistication permet avant tout d’instaurer un certain rythme et de se focaliser sur les personnages qui sont le véritable moteur de l’intrigue, chaque décision de Kraft amenant au mort suivant. Toutefois, une fois la seconde victime enterrée, Albert Band passe alors à la vitesse supérieure et utilise avec application quelques bonnes idées de mise en scène qui, loin d’être d’être gratuites ou démonstratives, amplifient l’état d’esprit du personnage, convaincu d’être sous emprise maléfique. On remarque ainsi que les dimensions de la carte augmentent de façon d’abord imperceptible d’une scène à l’autre, jusqu’à cette image où Kraft semble debout  dans le plan alors qu’il se tient devant. Alors qu’il semble perdre raison, Band opte pour un montage fait de surimpressions et d’effets optiques qu’Hitchcock n’aurait pas reniés, comme l’ombre tournoyante des épingles parsemant la carte, à la lumière d’une ampoule qui se balançce au plafond.

L'une des sources d'inspiration de Stephen King

C’est le questionnement de Kraft à propos de sa santé mentale qui est à la base du rebondissement final. Mais l’histoire ne se clôt pas sur une traditionnelle fin ouverte mettant en doute la réalité des faits, pas plus qu’elle ne vire à la fable morale qui ferait payer un lourd tribut au héros pour avoir souhaité la mort d’un autre. Jamais Band ne cherche à « élever » sa série B. Il laisse son histoire se raconter d’elle-même, offrant à un autre personnage le loisir de jouer avec les doutes du héros pour le manipuler. J’enterre les vivants oscille alors entre fantastique pur et thriller psychologique. Loin d’affaiblir le film, ce contre-pied affirme la faculté du scénariste Louis Garfinkel (à l’origine de l’histoire de Voyage au bout de l’enfer vingt ans plus tard) et d’Albert Band à transformer le plomb de leur budget famélique en or – disons en argent. Réduite à la durée syndicale d’un épisode de La Quatrième dimension, l’histoire aurait encore gagné en efficacité. Et ça n’est pas le fan le plus célèbre du film, Stephen King en personne, qui dirait le contraire ; lui qui explique dans la préface du « Bazar des mauvais rêves » avoir été marqué par le concept du film et s’en être inspiré pour sa nouvelle «Nécro», dont le héros découvre qu’il peut provoquer la mort de quiconque en rédigeant sa nécrologie.

 

© Jérôme Muslewski

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