THE THEATRE BIZARRE (2012)

Sept réalisateurs s’associent pour livrer leur vision personnelle de l’horreur…

THE THEATRE BIZARRE

 

2012 – USA / CANADA / FRANCE

 

Réalisé par Douglas Buck, Buddy Giovinazzo, David Gregory, Karim Hussain, Jeremy Kasten, Tom Savini et Richard Stanley

 

Avec Udo Kier, Virginia Newcomb, Catriona MacColl, Shane Woodward, Victoria Maurette, Lisa Belle, André Hennicke, Suzan Anbeh, Tom Savini, Debbie Rochon

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I DIABLE ET DÉMONS I TUEURS I RÊVES I MORT I MÉDECINE EN FOLIE I CANNIBALES I LOVECRAFT

C’est en repensant à Au cœur de la nuit, un célèbre film à sketches britannique dirigé conjointement par quatre réalisateurs aux univers bien marqués, que David Gregory imagine un exercice de style voisin réunissant des talents différents et complémentaires. Une autre anthologie lui sert de source d’inspiration : Le Club des monstres de Roy Ward Baker. Avec cette idée en tête, le producteur/réalisateur (spécialisé dans les documentaires sur le cinéma) monte une co-production entre la France (via Métaluna Productions) et les États-Unis (avec Severin Films) et envisage un long-métrage constitué de six segments liés entre eux par un fil rouge. Pour donner corps à ce projet, il s’entoure de Douglas Buck (Sisters), Buddy Giovinazzo (Combat Shock), Karim Hussain (La Belle bête), Jeremy Kasten (Le Sorcier macabre), le génie des maquillages spéciaux Tom Savini (qui réalisa La Nuit des morts-vivants de 1990) et Richard Stanley (dont nous étions sans nouvelles depuis son éviction du tournage de L’Île du docteur Moreau). Chaque réalisateur doit s’astreindre à un budget identique (bien maigre étant donnée la modestie de la production), un planning de tournage de quelques jours et une durée finale n’excédant pas vingt minutes.

Réalisé par Jeremy Kasten, le fil conducteur (« Theatre Guignol ») se déroule dans un théâtre délabré où une jeune femme assiste à une sinistre représentation de comédiens outrageusement maquillés (à moins qu’il ne s’agisse d’automates vivants ?). Leur meneur est incarné par le grand Udo Kier (Du sang pour Dracula) et chaque tableau annonce les segments à venir. Le premier, « The Mother of Toads », est dirigé par Richard Stanley. Disparu des grands écrans depuis Le Souffle du démon, le futur réalisateur de La Couleur tombée du ciel paie déjà son tribut à H.P. Lovecraft mais aussi à son ami et confrère Clark Ashton Smith dont il adapte une des nouvelles macabres. Un jeune couple de touristes américains rencontre dans un village des Pyrénées une étrange femme (Catriona MacColl) qui dit posséder une copie du légendaire ouvrage le Necronomicon… Grâce aux paysages naturelles brumeux, à la photographie de Karim Hussain et au chœur féminin qui hante sa bande originale, ce sketch baigne dans une belle atmosphère envoûtante et trouble s’achevant sur le surgissement d’une créature conçue par le maquilleur David Scherer. « I Love You » de Buddy Giovanizzo change radicalement de cadre. Aux montagnes françaises succède un paysage urbain berlinois. Une femme et un homme se disputent. Elle est Française, il est Allemand, elle veut le quitter… Intéressant à défaut d’être transcendant, ce huis-clos intimiste laisse monter la tension jusqu’à son dénouement choc. « Wet Dreams » de Tom Savini bascule dans le gore outrancier cher aux EC Comics. D’emblée, le ton est donné : un homme est en proie à un terrible cauchemar où il est victime d’une jeune femme ayant des pinces d’insecte géant à la place du vagin ! Savini, qui joue lui-même le rôle d’un psychiatre, ne réfrène aucun effet gore, sous la supervision de l’atelier KNB : écartèlements, émasculations, massacre à la scie circulaire… Dommage que le scénario ne soit pas à la hauteur de ce déferlement d’excès à mi-chemin entre Creepshow et le « torture porn ».

La douche écossaise

C’est à une véritable douche écossaise que nous soumettent les trois derniers sketches. Si « The Accident » de Douglas Buck est un étrange segment mélancolique ceint dans une forêt hivernale où une fillette interroge sa mère sur la mort (un exercice atmosphérique un peu déstabilisant, sans chute ni véritable fil narratif), « Visions Stains » est conçu pour choquer les spectateurs (son réalisateur Karim Hussain n’en est pas à son premier coup d’éclat dans le genre). Son « héroïne » est en effet une paria qui s’en prend à des femmes suicidaires, sans abri ou toxicomanes, et aspire avec une seringue le liquide contenu dans leur œil pour l’injecter dans ses propres yeux et partager leurs visions. Glauque, un peu vain, cet épisode fit beaucoup parler de lui dans la mesure où il provoqua plusieurs malaises durant la projection du film en festival. David Gregory dirige le dernier opus, « Sweets », un délire orgiaque où l’amour démesuré pour la nourriture en général et les sucreries en particulier bascule dans la débauche anthropophage. Pas toujours convaincant d’un point de vue strictement dramatique, The Theatre Bizarre séduit tout de même pour ses audaces, son originalité et son absence de garde-fous, cette liberté de ton rafraîchissante étant l’apanage des productions indépendantes.

 

© Gilles Penso

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SACRÉES SORCIÈRES (2020)

Trente ans après la version culte de Nicolas Roeg, Robert Zemeckis s’empare à son tour du célèbre roman pour enfants de Roald Dahl

THE WITCHES

 

2020 – USA / MEXIQUE

 

Réalisé par Robert Zemeckis

 

Avec Anne Hathaway, Octavia Spencer, Stanley Tucci, Jahzir Kadeem Bruno, Chris Rock, Codie-Lei Eastick, Kristin Chenoweth, Charles Edwards, Morgana Robinson

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Le célèbre roman pour enfants « Sacrées sorcières » de Roald Dahl avait été adapté avec le succès que l’on sait par Nicolas Roeg en 1990, Anjelica Huston y incarnant avec panache une redoutable « super-vilaine » bien décidée à se débarrasser de tous les enfants de la Terre. Trois décennies plus tard, Robert Zemeckis, quelque peu éreinté par le flop injustifié de Bienvenue à Marwen, décide d’en offrir sa propre relecture, signant lui-même le scénario de cette adaptation avec Kenya Barris (le Shaft de 2019) et Guillermo del Toro (qui avait envisagé de le réaliser lui-même sous forme d’un film d’animation en stop-motion). La liberté majeure prise avec le roman de Dahl est d’avoir transformé le jeune héros et sa grand-mère en Afro-Américains et d’avoir situé l’action dans l’Amérique des années soixante, d’où l’emploi d’un certain nombre de standards de la soul pour enrichir une bande originale flamboyante signée par le fidèle Alan Silvestri. Sacrées sorcières est le dix-huitième long-métrage que Zemeckis et Silvestri ont en commun, point d’orgue d’une collaboration marquée par des œuvres aussi inoubliables que la trilogie Retour vers le futur, Qui veut la peau de Roger Rabbit ou Forrest Gump. Cette comédie fantastique est une nouvelle occasion pour le compositeur de lancer à l’assaut des spectateurs une charge orchestrale puissante, au service de séquences d’action très mouvementées, de passages d’épouvante au second degré et de moments ouvertement comiques.

Narré en voix off par Chris Rock, qui interprète vocalement le héros à l’âge adulte, le récit reprend la trame du roman original et – malgré ses quelques écarts – se veut plus fidèle au texte de Dahl, y compris dans ses moments les plus sombres. Le jeune héros (incarné par Jahzir Bruno) assiste ainsi à l’accident de voiture qui coûte la vie à ses parents, ce qui n’était pas le cas dans la version de Nicolas Roeg. Quant au final, il ne se conforme pas au happy-end imaginé en 1990 pour mieux coller à la prose de l’auteur de « Charlie et la chocolaterie ». Pour le reste, Sacrées sorcières prend les atours d’un remake des Sorcières qui le précédèrent. Devenu orphelin, notre pauvre protagoniste est ainsi emmené en vacances par sa grand-mère (Octavia Spencer) dans un grand hôtel où il découvre qu’une pseudo-conférence contre la maltraitance des enfants cache une réunion de sorcières menée par une redoutable souveraine, la fameuse Grandissime. Prenant la relève d’Anjelica Huston, Anne Hataway ne démérite pas. Aussi crédible en mégère hautaine à l’accent indéfinissable qu’en créature monstrueuse au corps extensible, la Reine Blanche d’Alice au pays des merveilles et la catwoman de The Dark Knight Rises assure le spectacle. Mais – signe des temps – les effets spéciaux 100% physiques de la version de Nicolas Roeg (maquillages spéciaux, prothèses, marionnettes) cèdent le pas aux trucages numériques. Et à ce jeu, la version de Zemeckis souffre de la comparaison. Car pour impressionnantes qu’elles soient, ces altérations de la morphologie de la Grandissime sorcière (une bouche démesurée, des mains à trois doigts griffus, des pieds mono-orteils, des narines extensibles) manquent singulièrement de caractère et de style. On le sait, l’imperfection des effets « analogiques » les dotait d’un charme qui fait souvent défaut à leurs contreparties digitales. C’est indiscutablement le cas ici. Ce qui n’empêche pas Zemeckis et son équipe de développer des idées visuelles audacieuses, la plus étonnante d’entre elles étant la métamorphose des humains en souris. Ces derniers s’éjectent dans les airs, puis leurs habits retombent au sol, jusqu’à ce qu’un rongeur hystérique ne s’en extraie frénétiquement.

Mes sorcières mal aimées

Au-delà du relatif manque de personnalité des effets du film, Sacrées sorcières semble trahir la paresse artistique d’un réalisateur qui fait pourtant objectivement partie des plus doués et des plus inventifs de sa génération. En pilote automatique, comme s’il signait une œuvre télévisuelle destinée à Netflix, il signe une mise en scène propre mais un peu anonyme… du moins jusqu’à ce que son jeune protagoniste se transforme en souris. Là, Zemeckis semble enfin pouvoir s’épanouir, mêlant animation et prises de vues réelles avec une maestria indiscutable, et maniant sa caméra immersive en virtuose. La bride sur le cou, il se lâche enfin, prolongeant même le récit que nous connaissons au-delà de son climax pour aménager de nouvelles séquences de suspense et d’action, notamment la délirante confrontation finale dans la chambre 666. Ces exubérances ne suffisent pas à surpasser Les Sorcières produites par Jim Henson mais permettent au moins aux jeunes spectateurs – à qui le film est principalement destiné, de toute évidence – de passer un bon moment, entre émerveillement et frissons, conformément au texte dont il s’inspire. Pandémie oblige, Sacrées sorcières ne sortit finalement pas au cinéma, comme initialement prévu, mais atterrit sur les petits écrans de la plateforme HBO Max.

 

© Gilles Penso

 

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K-SHOP (2016)

Le propriétaire d’un fast-food londonien décide de créer de nouveaux sandwiches à base de viande humaine…

K-SHOP

 

2016 – GB

 

Réalisé par Dan Pringle

 

Avec Ziad Abaza, Harry Reid, Darren Morfitt, Lucinda Rhodes Thakrar, Ewen McIntosh, Scott Williams, Reece Noi

 

THEMA CANNIBALES

Que se passerait-il si le propriétaire d’un fast-food londonien décidait de créer de nouveaux sandwiches à base de viande humaine ? Tel est le postulat saignant du premier long-métrage de Dan Pringle. K-Shop accroche le public dès son entame par la justesse de ses personnages et la relative simplicité de sa situation de départ. Nous sommes à Londres, dans une partie de la ville où la jeunesse s’enivre tous les week-ends jusqu’à sombrer dans une folie où le manque de discernement vire rapidement à la violence et l’agressivité. Pringle décrit ce cadre réel avec un sens de l’observation qui confine presque à l’étude sociologique, mêlant des images mises en scène spécialement pour le film avec des plans « volés » discrètement dans la ville de Bournemouth. « Lorsque vous êtes sobre et que vous assistez à la débauche que provoque l’alcool sur les londoniens dans certains quartiers dès qu’arrive le week-end, c’est un spectacle très étrange », explique-t-il. « Vous avez presque l’impression d’assister à des scènes d’émeutes. Je me suis dit qu’il serait intéressant de situer mon premier long-métrage dans ce contexte. Voilà comment est née l’idée de K-Shop. » (1)

Le cadre étant posé, le personnage principal peut entrer en scène. Il s’agit de Salah (Ziad Abaza). Étudiant brillant et prometteur, il ne veut pas laisser son père malade gérer seul le petit fast-food qu’il tient dans ce quartier en effervescence. Il tente donc de concilier ses études et la tenue du restaurant. Mais un soir, des clients un peu trop éméchés bousculent son père et le tuent involontairement. Dès lors, Salah part en croisade contre ceux qui multiplient les incivilités. Sans autre forme de procès, il les assassine, les découpe et les transforme à chair en kebab ! « J’aurais pu choisir un policier, un ambulancier ou un chauffeur de taxi » explique Dan Pringle. « Mais l’idée d’une sorte de Sweeney Todd dans une boutique de kebabs était trop tentante pour y résister ! » (2)

Sweeney Todd version kebab

Si l’on s’en tient à ce concept, on peut s’attendre à une comédie loufoque digne des productions Troma. Mais Pringle préfère cultiver un humour noir et désespéré, privilégiant l’horreur clinique (les gros plans de chair humaine débitée nous sont exposés dans toute leur crudité clinique) plutôt que le gore burlesque. Car la situation ne prête pas vraiment à rire. Le spectateur est amené presque malgré lui à éprouver beaucoup d’empathie pour le jeune homme, même s’il réprouve logiquement ses actes. Le film s’essouffle hélas à mi-parcours, alors que les motivations de Salah deviennent plus floues et que le scénario s’intéresse soudain aux activités illicites du club branché qui jouxte sa boutique. K-Shop piétine alors et ne retrouve plus la force de ses premières séquences, sans pour autant se départir de la qualité de sa mise en scène et de sa direction d’acteur.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2016

 

© Gilles Penso

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FISHER KING – LE ROI-PÊCHEUR (1991)

Jeff Bridges, animateur radio arrogant et alcoolique, réalise qu’il est responsable de la déchéance sociale de Robin Williams, en proie à de terrifiantes visions…

THE FISHER KING

 

1991 – USA

 

Réalisé par Terry Gilliam

 

Avec Jeff Bridges, Robin Williams, Mercedes Ruehl, Amand Plummer, David Hyde Pierce, Michael Jeter, Tom Waits

 

THEMA RÊVES

Commençons avec une question que certains se posent peut-être : que vient faire Fisher King dans cette encyclopédie du fantastique ? Si l’on s’en tient strictement à l’histoire, rien. Mais le fait qu’il s’agisse d’un film de Terry Gilliam lui octroie presque d’office une dérogation, justifiée qui plus est par la présence, certes limitée, de quelques visions cauchemardesques et surréalistes au menu. Celles-ci s’avèrent d’ailleurs moins intéressantes en soi que pour ce qu’elles traduisent du rapport du réalisateur au Fantastique, et donc de son état d’esprit à ce stade de sa carrière. Car Fisher King marque à plusieurs titres la rupture définitive de Terry Gilliam avec l’héritage pythonesque : il s’agit tout d’abord de son premier film 100% américain, ainsi que le premier dans lequel aucun de ses anciens compères n’apparait. Mais c’est aussi et surtout un film de commande : après les productions compliquées et tapageuses de Brazil et Les Aventures du Baron de Munchausen, le trublion Gilliam a-t-il voulu rentrer dans le rang ? Ou tenter de se faire une place à Hollywood en montrant qu’il était capable de boucler un projet dans les temps et le budget impartis ? Jack Lucas (Jeff Bridges), célèbre animateur radio new-yorkais provocateur et arrogant, incite malgré lui un auditeur déséquilibré à ouvrir le feu sur la clientèle d’un restaurant. Le temps passe mais Jack ne parvient pas à surmonter sa culpabilité. Devenu une véritable épave, alcoolique et même suicidaire, il a déserté les ondes. Agressé une nuit par une bande de voyous, il est secouru par Perry (Robin Williams), un ancien professeur devenu sans-abri après que sa femme ait perdu la vie dans la fusillade causée par Jack quelques années auparavant. Il s’avère que Perry est un illuminé convaincu que le Saint Graal se trouve à New-York et qu’il a pour mission de le retrouver. Jack décide d’aider ce pauvre hère afin de se racheter… Sur cette trame dramatique se greffe une autre intrigue qui voit Jack et sa compagne Anne (Mercedes Ruehl) jouer les entremetteurs en présentant Perry à Lydia (Amanda Plummer), une fille que celui-ci observe tous les jours à la sortie des bureaux mais qu’il n’a jamais osé aborder.

Terry Gilliam fait preuve d’une efficace sobriété de mise en scène dans les moments intimistes et de comédie (dramatique) du film, permettant à son quatuor d’acteurs principaux de développer leurs personnages. Bien sûr, Robin Williams en fait parfois trop. Gilliam déclarait d’ailleurs à la sortie du film qu’il suffisait de laisser l’acteur s’épuiser sur plusieurs prises afin d’obtenir un jeu plus sobre. Gageons qu’il reste un certain nombre de premières prises dans le film, même si le pire cabotinage concerne heureusement les moments durant lesquels Perry craque, en proie aux visions du chevalier rouge. Robin Williams recourt visiblement beaucoup à l’improvisation mais la folie douce de son jeu va évidemment de pair avec celle du personnage, qui séjournera dans un hôpital psychiatrique. Gilliam, au diapason, semblait n’attendre que ces débordements narratifs pour ressortir ses objectifs grand-angle type « fish eye » et livrer quelques gros plans et angles obliques dont il a le secret. De façon plus élégante, quelques scènes lui permettent de verser dans la pure poésie, comme le hall de la gare centrale en pleine heure de pointe se transformant en salle de bal, les passants entamant une valse sous les lumières miroitantes d’une boule à facettes, alors que Perry, transi d’amour, observe Lydia dans la foule. C’est sûrement là LA scène qui reste gravée en mémoire après la vision du film. D’autres visions fantastiques parsèment le film et les apparitions du Chevalier Rouge renvoient notamment aux travaux précédents de Gilliam, en partie grâce à Roger Pratt, chef opérateur fidèle qui signa déjà l’image de Sacré Graal et Brazil.

Sacré Graal

Le scénario n’envisage évidemment jamais la quête du Saint Graal comme une éventualité fantastique au premier degré. Tout ici n’est que symbole, comme le nom de Perry qui évoque un diminutif à l’américaine de Perceval, lequel terrassa justement le chevalier dans la légende du Roi Pêcheur – le gardien du Saint Graal, blessé, en attente de guérison. Mais si Robin Williams est Perceval, c’est donc Jack qui incarne le Roi Pêcheur, impliquant que lui aussi doit être sauvé. Fisher King avait tout du projet oscarisable pour la Columbia : en guise de Graal, c’est une statuette dorée que devaient convoiter ses deux interprètes principaux. Le film n’en est pas pour autant impersonnel, car la personnalité torturée de Gilliam le contamine et permet de traduire à l’écran les états d’âmes et le désespoir des personnages, tout comme la représentation de la rue et des sans-abris qui tient plus de l’asile à ciel ouvert que de la carte postale touristique de la Grosse Pomme. Mais si trahison il y a envers le genre Fantastique, dont Gilliam avait jusque-là été un fervent serviteur, elle provient du choix d’épouser le point de vue de Jack, le cynique, le rationnel. Avant ce film, Gilliam aurait au contraire épousé celui du « fou » et de l’affabulateur, comme il l’avait fait dans Les Aventures du Baron de Munchausen. On peut voir dans Fisher King une forme de doute ou de renoncement de sa part envers sa propre foi en la Fantaisie. Un phénomène similaire se produira chez Tim Burton avec Big Fish, dans lequel le héros refuse aussi de croire aux histoires de son père. Fisher King reste malgré tout un film foisonnant d’idées et dramatiquement riche. Certes, en termes de réalisation, la schizophrénie guette, entre sobriété et débordements, mais cette propension à opposer le chaos à l’ordre, à l’écran comme en coulisses, étant presque une marque de fabrique, nul ne peut nier que Fisher King est bel et bien un film de Terry Gilliam.

 

© Jérôme Muslewski

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LIVIDE (2011)

Trois jeunes gens décident d’aller cambrioler une vieille maison qui semble abriter de lourds secrets…

LIVIDE

 

2011 – FRANCE

 

Réalisé par Julien Maury et Alexandre Bustillo

 

Avec Chloé Coulloud, Felix Moati, Jérémy Capone, Catherine Jacob, Marie-Claude Pietragalla, Chloé Marcq, Béatrice Dalle

 

THEMA VAMPIRES I SAGA BUSTILLO & MAURY

À l’intérieur avait frappé très fort. Avec ce choc filmique assené sans concessions aux spectateurs, Julien Maury et Alexandre Bustillo avaient prouvé leur savoir-faire dans le domaine de l’horreur hardcore, mais aussi une sensibilité toute personnelle qui leur avait permis de tirer de leurs comédiennes principales des prestations intenses et à fleur de peau. Toujours à l’affut de nouvelles recrues, Hollywood se mit à leur promettre monts et merveilles, les associant à toutes les grandes franchises horrifiques du moment, notamment Halloween et Hellraiser. Rien de concret ne se profilant, les duettistes décidèrent de regagner leurs pénates pour concocter un nouveau conte d’épouvante hexagonal. Ici, le gore urbain cède le pas à une épouvante moins frontale, plus insidieuse… Du moins dans la première partie du métrage. « À l’intérieur était un thriller réaliste aux débordements gore excessifs, alors que Livide est plus ouvertement fantastique », explique Alexandre Bustillo. « Nous souhaitions faire un film d’ambiance ancré dans une réalité sociale, avec une exposition d’une quarantaine de minutes. Plus la première partie est réaliste, plus l’intrusion dans le fantastique pur est surprenante. C’est un peu comme si Ken Loach rencontrait Guillermo del Toro, toutes proportions gardées bien sûr ! » (1)

Nous sommes en Bretagne, le soir d’Halloween. Trois jeunes gens décident sur un coup de tête de cambrioler la maison de Deborah Jessel, ancien professeur de danse classique, aujourd’hui centenaire énigmatique plongée dans le coma. On raconte en effet que la vieille demeure abrite un inestimable trésor. Mais le larcin nocturne va vite se transformer en cauchemar. L’entame du long-métrage fonctionne à merveille, même si les dialogues sont sans doute trop explicatifs. On sent bien qu’un certain nombre d’informations doivent être délivrées aux spectateurs, quitte à ce que les répliques des personnages s’en chargent un peu artificiellement. À cette réserve près, le film démarre sous de bons auspices, en particulier grâce à ses jeunes comédiens au jeu vivifiant et naturel, auxquels s’adjoint la présence surprenante de la danseuse étoile Marie-Claude Pietragalla.

Une épouvante à l’ancienne

« Alexandre et moi sommes tombés par hasard sur l’affiche de son dernier spectacle », explique Julien Maury. « Son visage émergeait des ténèbres, et son regard y était incroyable, saisissant. Aussitôt, nous nous sommes dit : “pourquoi ne pas lui proposer le rôle, après tout ?“. Nous lui avons envoyé le scénario, et deux jours après elle acceptait. » (2) La grande demeure aux allures de maison hantée nous plonge dans une épouvante « à l’ancienne », non exempte d’influences manifestes du cinéma horrifique japonais et espagnol. Et puis peu à peu, avec l’intrusion d’un certain nombre de flash-backs et un traitement frontal des phénomènes surnaturels, le spectacle se gâte un peu, sombrant dans les clichés, les redites et la confusion. L’imagerie vampirique est convoquée, contournée et transcendée, mais le château de cartes s’effondre : bien vite, on n’y croit plus vraiment. Certes, Bustillo et Maury dotent leur film d’indiscutables qualités formelles (une belle musique de Raphael Gesqua, une photographie soignée de Laurent Barès), mais la cosmétique ne rattrape pas totalement les écueils dans lesquels Livide s’échoue.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2010

 

© Gilles Penso

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GODZILLA CONTRE KING GHIDORAH (1991)

Après deux films célébrant « sérieusement » le grand retour de Godzilla, ce troisième opus bascule dans la SF la plus délirante

GOJIRA TAÏ KINGU GIDORA

 

1991 – JAPON

 

Réalisé par Kazuri Omori

 

Avec Kosuke Toyohara, Anna Nakagawa, Megumi Odaka, Katsuhiko Sasaki, Tokuma Nishioka, So Yamamura

 

THEMA DINOSAURES I VOYAGES DANS LE TEMPS I DRAGONS I SAGA GODZILLA

Avec Le Retour de Godzilla et Godzilla contre Biollante, la Toho avait décidé de redonner ses lettres de noblesse au célèbre dinosaure radioactif en oubliant les excès des épisodes tournés dans les années 70. Mais dès Godzilla contre King Ghidorah, les scénaristes n’ont pas résisté à la tentation des délires science-fictionnels les plus absurdes. Lorsque le film commence, des hommes venus de 2204 remontent le temps jusqu’en 1992 pour annoncer que le Japon du futur sera entièrement détruit par Godzilla. Afin d’y remédier, ils proposent d’aller sur l’île de Ragos en 1944, époque où le monstre n’était qu’un tyrannosaure. En effet, ce n’est que dix ans plus tard, en se faisant irradier avec les essais de la bombe H, qu’il se transformera en Godzilla. Une petite expédition se forme et se retrouve donc en pleine seconde guerre mondiale. Au bout d’une demi-heure de film, le monstre apparaît enfin. Réminiscence des sauriens du Sixième continent, il a les allures d’un tyrannosaure de 30 mètres de haut, et si son design est plutôt réussi, sa texture en caoutchouc et la présence immédiatement détectable de l’homme sous le costume nuisent sérieusement à son réalisme.

Une fois que le dinosaure a attaqué et chassé les G.I. de l’île, assurant la victoire des Japonais, l’expédition venue du futur le téléporte au fond d’un océan de 1992. Mais en repartant, nos « futuriens » oublient sur l’île trois animaux domestiques issus de modifications génétiques, les Dorats, aux allures de Mogwaïs reptiliens affublés d’ailes de chauve-souris. En 1954, ce sont eux qui sont irradiés par la bombe, et ils fusionnent pour donner naissance à une créature redoutable : Ghidorah, le fameux dragon tricéphale. Lorsque le monstre se met à ravager les villes de Fukuoka et Okkaido, il devient clair que les intentions des visiteurs de futur sont loin d’être louables. C’est à dessein qu’ils ont créé Ghidorah, afin de détruire le Japon pour l’empêcher de devenir une puissance mondiale trop forte. En réalité, Godzilla n’a donc jamais détruit le Japon dans le futur.

L'influence de Terminator 2

Acculés, les hommes de 1992 ne voient plus qu’une solution : irradier le tyrannosaure qui gît au fond des eaux pour le muer en Godzilla et l’obliger à affronter Ghidorah. A l’issue du combat, le dragon à trois têtes est laissé pour mort, une aile déchirée et une tête en moins. Mais grâce à la technologie du 23ème siècle, il est ressuscité et revient sous forme de cyborg pour un ultime et homérique pugilat. Le scénario part donc dans tous les sens, subissant au passage la manifeste influence de Terminator 2 (d’où quelques ridicules séquences avec un androïde qui court comme Steve Austin), et prône ouvertement un anti-américanisme assez marqué. Car les maléfiques « futuriens » sont américains et ils veulent détruire le Japon afin que les États-Unis demeurent la première puissance mondiale. Au milieu de ce fatras incohérent, on note un gag plutôt surprenant : en voyant le vaisseau spatial du futur traverser le ciel de 1944, un gradé américain n’en croit pas ses yeux et demande au soldat qui l’accompagne de garder le secret pour éviter d’être ridiculisés. Et de terminer par « vous raconterez ce que vous avez vu à votre petit-fils, major Spielberg » !

 

© Gilles Penso

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WHAT WE BECOME (2016)

Dans une petite ville tranquille du Danemark, une soudaine épidémie transforme la population en zombies assoiffés de sang

SORGENFRI

 

2016 – Danemark

 

Réalisé par Bo Mikkelsen

 

Avec Troels Lyby, Mille Dinesen, Mikael Birkkjaer, Marie Hammer Boda, Benjamin Engell, Therese Damsgaard, Diana Axelsen

 

THEMA ZOMBIES

Le Danemark n’est pas un territoire connu pour sa production de films fantastiques. Certes, il y eut bien quelques exceptions au fil des ans, ainsi que les œuvres de Lars Von Trier et Nicolas Winding Refn flirtant souvent avec le genre qui nous est cher, mais ces tentatives restent isolées. Voici sans doute pourquoi What We Become a beaucoup fait couler d’encre au moment de sa mise en chantier. Dans la foulée d’autres films d’horreur issus des pays du froid et annonçant une émergence prometteuse de cinéastes nordiques attachés au fantastique, le réalisateur Bo Mikkelsen s’est ainsi lancé dans un des sous-genres les plus codifiés qui soient : le film de zombies. L’intrigue se situe dans la petite ville tranquille de Sorgenfi, qui donne son nom au titre original du film. La famille Johansson y passe un été idyllique jusqu’au jour où une épidémie de grippe virulente sème la mort dans le quartier. Les autorités décident aussitôt de délimiter un périmètre de sécurité, puis cèdent à la panique en imposant une mise en quarantaine drastique à tous les habitants du voisinage. Isolé du reste du monde, le jeune Gustav se rend vite compte que la situation est devenue incontrôlable. Il parvient à s’échapper, laissant les autres membres de sa famille à la merci d’une foule déchaînée et assoiffée de sang…

On pourra bien sûr reprocher à What We Become de s’inscrire trop respectueusement dans le sillon de ses prédécesseurs au point d’évacuer une grande partie de l’effet de surprise. La plupart des « lieux communs » sont ainsi convoqués, de la mise en quarantaine de la ville à l’isolation des principaux protagonistes dans une maison barricadée, en passant par les mécanismes habituels de contamination et même la figure emblématique de la petite fille infectée s’en prenant à ses parents. L’originalité n’est donc pas à chercher du côté des situations, mais plutôt des personnages. C’est là que Bo Mikkelsen réussit à nous surprendre. Sa mise en scène naturaliste et le portrait crédible qu’il dresse d’une famille de la middle-class danoise n’ont pas les atours classiques d’un film d’horreur. Lorsque le fantastique surgit, la collision entre le monde réel et celui des monstres n’en est que plus forte.

La lente montée de l’horreur

« Dans la plupart des films de zombies, les créatures surgissent au bout de deux minutes puis saturent l’écran », explique le réalisateur. « Je ne souhaitais pas adopter la même mécanique. Il me semblait plus intéressant de les évoquer, d’en parler, de les entendre, mais de ne les montrer que tardivement pour faire monter progressivement la tension. C’était presque un jeu de cache-cache entre les zombies et les humains. » (1) Malgré l’inévitable sentiment de déjà vu véhiculé par l’intrigue, la plupart des protagonistes demeurent attachants, même lorsqu’ils révèlent des failles et des faiblesses finalement très humaines qui les poussent à faire des choix catastrophiques, voire à se muer en monstres eux-mêmes. Le titre pourrait ainsi s’appliquer autant aux infectés qu’aux survivants. Personne ne peut sortir indemne d’un tel drame. C’est ce que George Romero clamait déjà en 1968, et c’est ce que Bo Mikkelsen continue à nous raconter près de cinquante ans plus tard.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2016

 

© Gilles Penso

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LE CONTINENT FANTASTIQUE (1977)

Le touche à tout Juan Piquer Simon réalise une adaptation très fantaisiste de Voyage au centre de la Terre

EL VIAJE AL CENTRO DE LA TIERRE

 

1977 – ESPAGNE

 

Réalisé par Juan Piquer Simon

 

Avec Kenneth More, Pep Munne, Yvonne Sentis, Franck Brana, Jack Taylor, Lone Fleming, José Cafarel, Ana Del Arco

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I DINOSAURES I SINGES

Les continents perdus étant en vogue au milieu des années 70 (Le Sixième continent, Centre Terre : septième continent, Le Continent oublié, tous signés Kevin Connor), le cinéaste espagnol Juan Piquer Simon nous offre en 1977 ce Continent fantastique qui adapte librement le « Voyage au Centre de la Terre » de Jules Verne. Le poster du film tire ouvertement profit du battage médiatique du King Kong de John Guillermin, affichant un gorille géant déchaîné qui n’apparaît en réalité que quelques secondes à l’écran, tout en promettant au public un procédé technique novateur : la Dinavision (dont le nom s’inspire visiblement de la Dynamation conçue par Ray Harryhausen). Le film commence dans une librairie de Hambourg, où le professeur Lindenbrock (Kenneth Moore) découvre un manuscrit étrange détaillant le chemin qui mène au centre de la terre, et que lui lègue un vieil homme mystérieux contre une poignée de pièces. Avec sa nièce Sophie (Ivonne Sentis) et André (Pep Munné), le fiancé de celle-ci, le professeur se rend en Islande pour y retrouver Fredericson (José Maria Caffarel), spécialiste de ce genre de question. Ils montent aussitôt une expédition, qui sera guidée par le berger Yann (Frank Braña).

Le petit groupe gagne alors le cratère d’un vieux volcan éteint. Bientôt, un lac en ébullition se met à émettre des vapeurs toxiques et une espèce de dinosaure montre timidement le bout de son museau. Alors qu’ils découvrent une source d’eau potable, Sophie fait la connaissance d’un certain Olsen (Jack Taylor) qui, sans véritable justification, se joint à l’expédition, portant pour tout bagage un mystérieux coffret métallique. La progression se poursuit difficilement et bientôt apparaissent des champignons géants aux spores particulièrement dangereuses. Puis l’expédition découvre un océan souterrain recouvert d’une voûte lumineuse, réminiscence du Voyage au centre de la Terre d’Henry Levin. En traversant les eaux, le petit groupe assiste à l’affrontement entre deux gigantesques tylosaures (des marionnettes à main, façon Le Sixième continent).

« Je suppose que sous terre, il faut s’attendre par principe à de l’inattendu… »

Ce ne sera que le prélude à une série d’événements inquiétants : l’apparition de tortues géantes préhistoriques, les ravages d’un gigantesque tsunami, l’attaque du fameux gorille géant qui s’exhibe fièrement sur le poster (dont le costume évoque celui de King Kong contre Godzilla), le surgissement d’un dinosaure aux allures de dragon (conçu avec une marionnette grandeur nature montée sur rails) et même la vision furtive d’un étrange laboratoire futuriste dans une grotte. « Je suppose que sous terre, il faut s’attendre par principe à de l’inattendu » dit alors Sophie avec pragmatisme, comme si une telle remarque suffisait à justifier un tel patchwork de visions surréalistes. Cette aventure très divertissante, calibrée pour le jeune public, baigne dans un humour bon enfant, bénéficie d’une direction artistique soignée et d’effets spéciaux pleins de charme signés Emilio Ruiz. Quelques jolis décors miniatures, des maquettes et des peintures sur verre dignes de Karel Zeman égaient ainsi le métrage. Le récit s’achève sur un amusant paradoxe temporel qui s’assujettit définitivement du texte initial de Jules Verne.

 

© Gilles Penso

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RAIDERS OF THE LIVING DEAD (1986)

Un enfant démonte un lecteur CD pour fabriquer un pistolet laser et lutter contre une horde de morts-vivants créés par un savant fou !

RAIDERS OF THE LIVING DEAD

 

1986 – USA

 

Réalisé par Samuel M. Sherman et Brett Piper

 

Avec Scott Schwartz, Robert Deveau, Donna Asali, Bob Allen, Bob Sacchetti, Zita Johann, Corri Burt, Leonard Corman

 

THEMA ZOMBIES

Raiders of the Living Dead : le titre du film évoque en vrac Steven Spielberg et George Romero. Le film, lui, n’évoque rien. Le jeu des « acteurs », les maquillages « spéciaux », le « scénario », la « musique » suffiraient, chacun indépendamment, à saboter irrémédiablement n’importe quel long-métrage. Le montage, dont un raccord sur deux en moyenne est faux, et l’éclairage, constellé de dominantes verdâtres et de sous-expositions bleutées, font songer aux vieux films amateurs tournés en super-8. L’intrigue elle-même s’avère difficile à résumer, car elle part un peu dans tous les sens sans parvenir à se stabiliser. Après un générique de début sous-tendu par une abominable chanson rock des années 80, nous avons droit à un commando des forces armées qui intervient pour contrecarrer les plans d’un malfaiteur sur le point d’acquérir une arme nucléaire, au cours d’un prologue mis en scène n’importe comment. Puis l’histoire se tourne vaguement vers un reporter enquêtant sur une île inconnue d’où proviennent d’étranges témoignages. Sur place, il s’avère qu’un scientifique digne des savants fous des années 30 fabrique des zombies à partir de corps qu’il récupère dans une prison. Les morts-vivants en question attendent bien une demi-heure avant d’intervenir, sans améliorer pour autant la qualité du métrage.

« A l’origine, ce devait être un film de zombies pur et dur », nous raconte Brett Piper, co-réalisateur, « et j’ai tourné toutes les séquences avec les morts-vivants qui surgissent de leurs tombes et se mettent à errer et attaquer les humains. Sam Sherman n’a gardé que quelques-unes de ces séquences et s’en est servi de stock-shots. Je décline donc toute responsabilité sur le reste. » (1) La grande idée du film consiste à faire démonter par un petit garçon bricoleur le lecteur CD de son grand-père pour le transformer en pistolet laser ! Après avoir testé le dispositif sur un malheureux hamster, le petit génie décide de s’en servir pour éliminer les zombies ! A ce stade du film, de toute façon, plus personne ne se fait d’illusion sur la cohérence du script. Quant aux rayons destructeurs de cette improbable arme de fortune, ils ressemblent sur l’écran à du grattage sur pellicule…

« C’est un film affreux ! »

Pour meubler, le réalisateur envoie ses protagonistes au cinéma et nous balance de larges extraits des Trois Stooges. « C’est un film affreux ! » nous avoue Piper en riant. « Je ne suis responsable que de 20% du résultat final. Il a complètement été modifié, et ils n’ont utilisé que peu des plans que j’avais tournés. Au générique, je suis crédité comme co-réalisateur avec Sam Sherman, mais c’est lui qui a réalisé la majeure partie du film. » (2)  Résultat des courses, le film pourrait aisément concourir dans une sélection des plus mauvais films du monde, toutes catégories confondues, et n’aurait gère de mal à se retrouver sur le podium. Assez bizarrement, Raiders of the Living Dead a connu une sortie DVD de luxe, dans un coffret présentant trois montages différents du film (qui aura le courage de tous les visionner ?!), accompagné du solgan qui tue : « Des chasseurs de zombies lancés dans une quête effrayante d’êtres non-morts ! » De là à crier au film culte, n’exagérons rien…

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juin 1998

 

© Gilles Penso

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PRISONNIERS DU TEMPS (2003)

Richard Donner adapte Michael Crichton et transporte une équipe de scientifiques en plein moyen-âge

TIMELINE

 

2003 – USA

 

Réalisé par Richard Donner

 

Avec Paul Walker, Frances O’Connor, Gerard Butler, Billy Connolly, David Thewlis, Anna Friel, Lambert Wilson, Neal McDonough

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

« Par l’auteur du best-seller Jurassic Park et le réalisateur de L’Arme fatale ». L’argument publicitaire de Prisonniers du temps était imparable, mais à l’écran l’alchimie ne prend pas vraiment. Le roman de Michael Crichton qui a inspiré le film recyclait bon nombre de mécanismes narratifs de son œuvre passée, notamment Mondwest et Jurassic Park. Mais il se tirait d’affaire par un don indiscutable pour créer des scènes d’action inédites, un talent certain dans l’art de ménager le suspense, et surtout une connaissance quasi-encyclopédique sur l’époque médiévale. A ce titre, soucieux de bousculer les idées reçues, il déclarait au sein du récit : « en réalité, la conception du Moyen Âge comme une époque brutale est une invention de la Renaissance dont les chantres ne ménageaient pas leurs efforts pour faire valoir un nouvel esprit, fût-ce au détriment des faits. » On imagine donc la somme de recherches historiques et scientifiques que l’écrivain effectua avant de se mettre à écrire, recherches dont on ne trouve hélas qu’un pâle reflet dans le film de Richard Donner.

Le récit nous familiarise avec ITC, l’une de ces multinationales imaginaires chères à Crichton, exploitant les découvertes scientifiques les plus révolutionnaires pour en tirer un maximum de profit. Sponsor des fouilles archéologiques du professeur Johnston sur le site de Castlegard en Dordogne, ITC a mis au point une machine capable d’ouvrir des portails temporels. Testant l’invention, Johnston se retrouve propulsé en l’an 1357, au beau milieu d’une guerre médiévale franco-anglaise. Pour le ramener vivant à son époque, il n’y a qu’une solution : envoyer à sa recherche une équipe de secours constituée d’étudiants spécialisés dans le moyen âge et chapeautée par un agent de sécurité rompu à diverses formes de combats.

Un spectacle médiéval de fête foraine

Prisonniers du temps souffre beaucoup de l’extrême fadeur de son casting. L’idée de ne recourir à aucune tête d’affiche n’est pas mauvaise en soi, et elle avait fait ses preuves dans Alien. Mais il aurait fallu choisir des comédiens charismatiques, ce qui n’est guère le cas ici. Même David Thewlis, excellent dans Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, joue en demi-mesure, composant sans le moindre panache un émule de Bill Gates autrement plus coloré dans le roman de Crichton. Richard Donner, quant à lui, assure le service minimum, livrant là une mise en scène propre et efficace mais sans le moindre sens de l’épopée. Du coup les nombreux combats qui scandent le film semblent presque issus d’un spectacle médiéval de fête foraine, tant ils manquent de violence, de suspense et de surprise. Et face à la partition peu inspirée de Brian Tyler, on ne peut que pleurer la disparition prématurée du grand Michael Kamen, qui collabora souvent avec le cinéaste. Reste un assaut de château final plutôt bien troussé, faisant office de climax explosif, et quelques paradoxes temporels intéressants liés à la modification du cours de l’histoire par nos héros. Mais tout ceci est bien en deçà du fort potentiel d’un récit initial dense, présentant quelques similitudes avec le palpitant « Jésus Vidéo » écrit par Andreas Eschbach.

 

© Gilles Penso

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