SKY SHARKS (2020)

Des zombies nazis chevauchent des requins volants génétiquement modifiés et partent à la conquête du monde !

SKY SHARKS

 

2020 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Marc Fehse

 

Avec Eva Habermann, Cary-Hiroyuki Tagawa, Tony Todd, Naomi Grossman, Amanda Bearse, Robert LaSardo, Dave Sheridan, Barbara Nedelkakova

 

THEMA MONSTRES MARINS I ZOMBIES

Voilà bien longtemps que les requins sont devenus les nouveaux clowns du cinéma fantastique, s’accommodant à toutes les sauces pour le plus grand plaisir des amateurs de nanars et de films déviants. Qu’elle est loin l’époque où le simple « grand blanc » des Dents de la mer suffisait à terrifier les spectateurs ! Aujourd’hui, les squales doivent atteindre des proportions démentielles, muter, voler, fusionner avec d’autres créatures, affronter des adversaires improbables… En pareil contexte, l’annonce d’un film mettant en scène des zombies nazis chevauchant des requins volants pour conquérir le monde n’étonne même plus ! La révélation de ce projet et la projection d’une première bande-annonce fit pourtant son petit effet au marché du film de Cannes en 2015, à la grande satisfaction de ceux qui produisirent quatre ans plus tôt l’invasion extra-terrestres de Spores. Nombreux furent ceux qui contribuèrent à la campagne de financement participatif du film, leur apport modeste permettant de boucler un budget estimé à 2,5 millions d’euros. Après un tournage amorcé en 2016 et une longue – très longue – post-production, Sky Sharks montre enfin le bout de son museau et semble vouloir tenir toutes les promesses de son concept fou, comme le montre cette scène d’introduction délirante où un avion de ligne est attaqué par une armada volante de nazis morts-vivants montés sur des squales mutants biomécaniques qui fendent les airs à une vitesse supersonique.

Le scénario, qui se résume finalement à peu de choses, s’intéresse à une équipe de géologues découvrant accidentellement au cœur de l’Antarctique un laboratoire caché dans les profondeurs de la glace depuis la seconde guerre mondiale. À l’intérieur se trouve le fruit d’une expérience secrète conduite par le docteur Hans Kammler pour assurer aux nazis une victoire certaine et une domination du monde. Tout est parti de l’invention du K7B, conçu pour régénérer les tissus afin de rendre les soldats invincibles. Avec une telle armée, pilotant de surcroît des requins génétiquement modifiés pour pouvoir échapper à la gravité, rien ne semblait pouvoir arrêter l’ascension du quatrième Reich. L’histoire en décida autrement. Mais aujourd’hui, cette terrible arme redoutable est libérée dans la nature et les avions de ligne en sont les premières victimes. Face à ce danger que rien ne semble pouvoir stopper, deux jeunes soldates découvrent avec désarroi que leur père centenaire, qui dirige un conglomérat industriel et s’injecte régulièrement un sérum pour stopper le vieillissement de ses cellules, n’est autre que l’homme qui supervisa cette opération pendant la guerre. Pour éradiquer cette menace rétro-futuriste, tous les pays vont devoir s’allier et mettre sur pied une opération commando de la dernière chance…

Les dents de l’amer

Qu’un tel film ait été conçu par des cinéastes allemands ne manque évidemment pas de sel. De toute évidence, nos voisins germains n’hésitent pas à exorciser leur propre passé, quitte à jouer la carte de l’autodérision, de la science-fiction et de l’horreur décomplexée. De ce point de vue, tous les excès sont permis. Les scènes de carnage en plein vol se parent ainsi d’effets gore extrêmes, mélange habile d’effets numériques et de maquillages spéciaux (plusieurs d’entre eux étant supervisés par le gourou Tom Savini lui-même) qui n’ont rien à envier à un Braindead. Les effets visuels eux-mêmes s’avèrent extrêmement soignés, supérieurs à ceux de n’importe quel épisode de la saga Sharknado. De fait, malgré son budget réduit, Sky Shark a du cachet. Mais sa tonalité reste difficile à appréhender. Ni totalement parodique, ni franchement drôle, le film a du mal à se positionner entre le premier et le second degré, ce qui finit par nuire à son impact. Quant aux circonvolutions artificielles du scénario (à grand renfort de flash-backs à répétition), elles semblent vouloir combler un vide narratif qu’on ne saurait appréhender autrement que comme un constat d’impuissance : de toute évidence, un tel concept s’adaptait mieux à un court qu’à un long métrage. Du coup, malgré sa profusion d’effets spéciaux high-tech, ses effets de montage dynamiques et sa musique électronique énergisante, Sky Sharks accumule les longueurs et les « ventres mous ». Entre deux attaques de requins volants, le spectateur aura du mal à réfréner quelques bâillements, malgré les fausses pubs qui scandent le métrage pour tenter de relancer l’intérêt en clignant manifestement de l’œil vers les spots TV parodiques de Robocop et Starship Troopers.

 

© Gilles Penso

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CASHBACK (2007)

Un étudiant qui travaille de nuit dans un supermarché pour arrondir ses fins de mois découvre qu’il peut arrêter le temps…

CASHBACK

 

2007 – GB

 

Réalisé par Sean Ellis

 

Avec Sean Biggerstaff, Emilia Fox, Shaun Evans, Stuart Goodwin, Michael Dixon, Michael Lambourne, Marc Pickering, Keeley Hazell

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

Avant d’être un cinéaste, Sean Ellis fut un talentueux photographe de mode, et son premier long-métrage Cashback peut tout à fait s’interpréter comme un mariage heureux entre ces deux modes d’expression. L’instant fugitif capté par l’obturateur d’un appareil photo et le défilement du temps enregistré par une caméra s’y télescopent en effet au sein d’un scénario étrange imprégné d’éléments autobiographiques. Étudiant aux Beaux-Arts, Ben Willis (Sean Biggerstaff) connaît toutes les peines du monde à se remettre de sa rupture avec sa petite amie Suzy (Michelle Ryan). Devenu totalement insomniaque, il décide de rentabiliser les huit heures nocturnes qu’il passe à ne pas dormir en acceptant un travail de nuit dans un supermarché. Menés par un patron fat et imbu de sa personne, les collègues de Ben rivalisent d’ingéniosité pour tromper leur ennui pendant leurs interminables heures de travail. Les uns s’interdisent de regarder les aiguilles des montres, les autres inventent des jeux stupides ou s’adonnent à des sports extrêmes entre les rayons du supermarché. C’est alors que Ben se découvre un don insoupçonné : celui de pouvoir arrêter le temps.

Très sensible à la beauté féminine, il utilise cette capacité incroyable pour contempler en mode « pause » les plus belles clientes du supermarché. Il n’hésite d’ailleurs pas à les déshabiller afin de reproduire leurs courbes généreuses sous forme de magnifiques esquisses. N’importe quel autre mâle se serait probablement servi de ce pouvoir pour assouvir ses plus vils instincts, mais Ben est un esthète, et le fait de pouvoir saisir à tout moment le caractère insaisissable de la beauté le comble de satisfaction. Bientôt, le jeune homme se laisse charmer par Sharon (Emilia Fox), la caissière du supermarché à laquelle il n’avait jusqu’alors prêté aucune attention, mais que ses « suspensions du temps » lui permettent de découvrir sous un nouveau jour…

Arrêt sur image

A mi-chemin entre la naïveté poétique d’un film de Michel Gondry et le raffinement ironique d’un American Beauty, Cashback est une œuvre résolument à part. A partir d’une idée pour le moins absurde, Sean Ellis parvient à tisser un récit enchanteur, alternant les séquences de comédie potaches et les moments d’intense beauté sans jamais perdre le fil de son propos, qu’on pourrait résumer en quelques mots : pour saisir la beauté du monde, il faut prendre la peine de s’arrêter pour le regarder. Nous ne saurons d’ailleurs jamais si le pouvoir de Ben est réel ou s’il n’est qu’une vue de l’esprit. Preuve que le réalisateur a de la suite dans les idées, Cashback fut d’abord un court-métrage de 18 minutes, réalisé en 2004 et maintes fois primé à travers le monde. La « version longue » que voici n’en est d’ailleurs pas une réadaptation mais plutôt une adjonction, dans la mesure où le court-métrage a été réutilisé dans son intégralité par Sean Ellis, lequel s’efforça ensuite d’y ajouter toute une série de nouvelles séquences, imaginées au cours d’une session marathon de sept jours d’écriture. Culotté, surprenant, bourré d’idées narratives et visuelles, Cashback est un véritable bol d’air frais et prouve une fois de plus l’incessante innovation du cinéma fantastique britannique.

 

© Gilles Penso

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THE SILENT HOUSE (2010)

Un oppressant huis-clos en plan-séquence concocté avec un budget anémique par le cinéaste uruguayen Gustavo Hernandez

LA CASA MUDA

 

2010 – URUGUAY

 

Réalisé par Gustavo Hernandez

 

Avec Florence Colucci, Gustavo Alonso, Abel Tripaldi, Maria Salazar

 

THEMA FANTÔMES

L’idée d’un long-métrage en temps réel constitué d’un unique plan séquence n’est pas nouvelle. Alfred Hitchcock, toujours friand de nouvelles expériences, s’était déjà frotté à l’exercice en 1948 avec La Corde, même s’il dérogeait parfois à la règle de la continuité de prise de vue en s’octroyant la liberté de quelques coupures dans son montage. La volonté d’adapter le concept à un film d’épouvante claustrophobique était cependant séduisante, d’autant que The Silent House (La Casa Muda dans sa langue d’origine, autrement dit « La Maison Muette ») est officiellement le premier film de genre produit en Uruguay. Avant même son premier tour de manivelle, il s’agissait donc d’un petit événement, bouclé pour un budget anémique équivalent à quelque six mille dollars. Le scénario lui-même, œuvre d’Oscar Estevez, cultive la simplicité. Laura (Florencia Colucci) et son père Wilson (Gustavo Alonso) s’installent dans une maison de campagne privée d’électricité pour la retaper avant sa mise en vente. La première nuit qu’ils passent sur les lieux est ponctuée d’étranges phénomènes. Car des bruits inexpliqués et particulièrement inquiétants proviennent soudain du dernier étage de la maison…

Voilà pour le point de départ. A partir de là, l’angoisse s’instille en douceur, captée par une caméra qui ne lâchera plus d’une semelle son héroïne plongée dans une pénombre rapidement étouffante. Tournant là dans son premier long-métrage, la jeune comédienne Florencia Colucci s’est heurtée à quelques contraintes techniques très particulières, le film ayant nécessité de longues répétitions proches de celles d’une pièce de théâtre avant un tournage marathon concentré en quatre jours seulement. « Il a fallu s’adapter à cette façon de filmer très particulière, dans la continuité », explique-t-elle. « Du coup, je faisais presque partie intégrante moi-même de l’équipe technique. Le moindre de mes mouvements était chorégraphié et je prenais en charge l’éclairage des plans puisque je portais une lanterne à la main. Selon les indications que me donnait le directeur de la photographie, je devais positionner cette lampe à telle ou telle hauteur, sans jamais perdre de vue le fil de l’émotion. C’était une double contrainte intéressante. Évidemment, il y avait aussi des câbles au sol et des obstacles un peu partout, que j’ai dû apprendre à éviter au fil de mes déplacements en temps réel. Chaque entrée et sortie de champ était calculée au millimètre. » (1)

La maison de l’horreur

La mécanique dramatique de The Silent House repose ainsi autant sur les circonvolutions de sa caméra que sur le jeu habité de sa jeune interprète. Certes, les effets de peur concoctés par le réalisateur Gustavo Hernadez s’écartent rarement des sentiers battus et les réactions de la jeune protagoniste manquent souvent de cohérence. L’exercice semble donc un peu vain… jusqu’à une révélation en fin de métrage qui remet en perspective l’intégralité du film et lui donne un nouveau souffle salvateur, quoique tardif. The Silent House a cependant rencontré son public, à tel point que les États-Unis se sont empressés d’en initier un remake, co-réalisé par Chris Kentis et Laura Lau.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2011

 

© Gilles Penso

 

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LE TESTAMENT D’ORPHÉE (1960)

Jean Cocteau joue son propre rôle et traverse l’espace-temps pour se confronter aux créations de son passé

LE TESTAMENT D’ORPHÉE

 

1960 – FRANCE

 

Réalisé par Jean Cocteau

 

Avec Jean Cocteau, Édouard Dhermitte, Henri Crémieux, François Perier, Maria Casarès, Jean-Pierre Léaud, Daniel Gélin, Yul Brynner, Jean Marais

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I MYTHOLOGIE I MORT

Contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, Le Testament d’Orphée n’est pas la suite d’Orphée mais un curieux film introspectif et surréaliste qui emprunte des éléments et des personnages du film précédent pour les réorganiser en brisant le quatrième mur qui sépare la réalité de la fiction. Dès l’entame, la voix off de Jean Cocteau s’adresse directement aux spectateurs pour livrer ses réflexions et ses états d’âme. « Le privilège du cinématographe, c’est qu’il permet à un grand nombre de personnes de rêver ensemble le même rêve » dit-il, avant d’annoncer que le film que nous nous apprêtons à voir est un véritable « strip-tease », une mise à nu de son auteur. Aussitôt, le poète nous apparaît en costume du 18ème siècle, jaillissant en fondu enchaîné devant un écolier qui n’en croit pas ses yeux. Ce fantôme du passé s’éclipse et ressurgit face à une femme qui, abasourdie, laisse tomber son bébé au sol. Cocteau se projette une fois de plus dans le temps pour se révéler à un vieillard sur un fauteuil roulant qui, avant de trépasser, laisse tomber une boîte de balles de révolver. Ces trois personnes visitées – l’enfant, le bébé et le vieil homme – sont un seule et même homme, un savant que Cocteau vient rencontrer une ultime fois, alors qu’il est dans la force de l’âge, pour lui raconter son voyage temporel. Fasciné, le scientifique récupère les balles, charge son revolver et tire sur le poète… qui ressuscite immédiatement dans un costume des années 60 et s’éloigne au ralenti. « Ne me demandez pas pourquoi » est le sous-titre du Testament d’Orphée. Voilà qui annonce la couleur !

L’ultime long-métrage de Cocteau est ainsi construit autour d’une collection de cadavres exquis s’enchaînant poétiquement au mépris de toute logique narrative. On ne s’étonnera donc pas outre-mesure de voir le cinéaste croiser sur son chemin un homme déguisé en cheval, de découvrir un camp de gitans où le feu se consume à l’envers, de voir surgir des flots le poète Cégeste, tout droit revenu du film Orphée et toujours incarné par Edouard Dhermitte… « Vous cherchez trop à comprendre, c’est un grave défaut » dit le personnage à l’attention du poète, visiblement aussi décontenancé que les spectateurs face à cet enchaînement de faits étranges et aléatoires. Échappés eux aussi d’Orphée, Maria Casarès et François Perrier interviennent à leur tour au sein d’un tribunal absurde dont Cocteau est le principal accusé. Au fil de ce récit labyrinthique, on croisera des vedettes invitées aussi disparates que Claudine Auger, Charles Aznavour, Nicole Courcel, Jean-Pierre Léaud, Daniel Gélin, Alice Sapritch, Françoise Sagan, Roger Vadim, Pablo Picasso, Jean Marais et même Yul Brynner !

Le sang du poète

Dans Le Testament d’Orphée, Cocteau utilise avec une répétition confinant à l’obsession les prises de vues en marche arrière pour inverser le cours du temps, des actions et des phénomènes naturels : les chutes sont inversées, les photos brûlées se reconstituent, les flots ouverts se referment, les toiles découvrent les tableaux, les éponges font apparaître la craie sur l’ardoise, les fleurs déchirées se reconstituent… Même certains dialogues sont entendus à l’envers. Le cinéaste chercherait-il à travers son art à concevoir l’impossible, autrement dit remonter le cours du temps pour retrouver une jeunesse qui s’échappe à grands pas ? Cet exercice de style a quelque chose d’enivrant. Il n’est pas interdit d’y trouver la source d’inspiration majeure d’un film comme Tenet. Certes, Le Testament d’Orphée laisse l’étrange impression d’écouter le poète parler sans cesse de lui à la troisième personne, de passer son temps à s’auto-citer, bref de se regarder un peu trop le nombril. Mais après tout, comme le dit Cégeste au milieu du métrage, « un peintre fait toujours son propre portrait ». Hermétique ou fascinant, selon l’état d’esprit dans lequel se trouve le spectateur au moment de son visionnage, ce testament prophétique, dans lequel Cocteau met en scène sa propre mort, ne pouvait porter titre plus approprié. Le poète s’éteindra en effet trois ans après la sortie du film.

 

© Gilles Penso

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THE GRUDGE (2004)

Le terrifiant remake d’un classique de l’épouvante japonaise réalisé par Takashi Shimizu et produit par Sam Raimi

THE GRUDGE

 

2004 – USA

 

Réalisé par Takashi Shimizu

 

Avec Sarah Michelle Gellar, Jason Behr, Kadee Strickland, Clea duVall, Bill Pullman, Grace Zabriskie, Ted Raimi

 

THEMA FANTÔMES I SAGA THE GRUDGE

A l’instar de Ring, Ju-On a tôt fait l’objet d’un remake hollywoodien. A la différence qu’ici, Sam Raimi, heureux producteur du projet, a souhaité maintenir l’action du film au Japon, et surtout confier la mise en scène au réalisateur de l’original, Takashi Shimizu. Le prologue est un véritable électrochoc, enchaînant deux séquences coup de poing qui montent en crescendo et laissent déjà le spectateur sur les rotules. Ainsi assistons-nous coup sur coup au suicide brutal d’un occidental interprété par Bill Pullman et à l’agression d’une jeune garde-malade japonaise par un fantôme effrayant dans un grenier obscur. L’intrigue se précise alors : Karen, une jeune étudiante américaine (Sarah Michelle Gellar), et Doug, son petit ami (Jason Behr), sont venus s’installer à Tokyo pour un stage d’études. Arrondissant ses fins de mois, Karen remplace une infirmière à domicile et se retrouve au chevet d’Emma (Grace Zabriskie), une femme âgée qui passe le plus clair de son temps à dormir et à parler seule. La maison semble paisible, mais en réalité deux spectres hantent les lieux et semblent animés d’une violente pulsion vengeresse, suivant le vieil adage japonais selon lequel ceux qui meurent avec rancœur reviennent tourmenter les vivants. D’abord terrifiée, Karen va progressivement reconstituer le puzzle qui pourra lui expliquer l’origine de la malédiction et l’empêcher de trépasser dans d’abominables circonstances comme tous ceux qui, avant elle, ont franchi le seuil de la maison.

Même s’il met en scène les peurs les plus classiques (le noir, la claustrophobie) et les situations les plus convenues en pareil contexte (personnages seuls menacés par une présence invisible, bruits inquiétants derrière une porte close), The Grudge peut se targuer de figurer parmi les films les plus terrifiants de sa génération. Car le climat de tension développé dès les premières minutes du métrage et les très nombreux effets chocs font systématiquement mouche, provoquant un phénomène alternatif déstabilisant : soit le spectateur est cloué sur son fauteuil, soit il sursaute violemment. A tel point que par moments, le visionnage de The Grudge s’apparente à une véritable épreuve pour les nerfs. Tout le mérite en revient à Shimizu, qui transcende les lieux communs du film de fantômes via ses cadrages, ses astuces de montage, sa gestion de la pénombre et son utilisation habile de la musique stressante de Christopher Young.

La virtuosité de la terreur

Sans compter ces idées visuelles surpenantes, comme l’enfant fantôme qui apparaît à tous les étages du même immeuble à travers la vitre d’un ascenseur, cette main crispée qui surgit de la chevelure de Sarah Michelle Gellar, ou cette inquiétante silhouette sur l’écran du téléviseur, directement héritée de Ring. A cette mise en scène virtuose, Shimizu ajoute une narration éclatée qu’il avait déjà expérimentée dans Ju-On. Le scénario accumule ainsi les flash-backs qui, peu à peu, permettent de comprendre quels événements tragiques ont généré les horreurs de la sinistre demeure. Hélas, la clef de l’énigme est décevante, car elle foule les sentiers battus. The Grudge vaut donc bien plus pour sa réalisation que pour son scénario, mais son impact demeure extrêmement fort, et résonne encore longtemps après son générique de fin.

 

© Gilles Penso

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CONTAMINATION (1980)

Sous l’influence d’Alien, Luigi Cozzi met en scène une menace extraterrestre à base d’œufs gélatineux provoquant moult morts dégoulinantes

CONTAMINATION

 

1980 – ITALIE / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Luigi Cozzi

 

Avec Ian McCulloch, Louise Marleau, Marino Masé, Siegfried Rauch, Gisela Hahn, Carlo de Mejo, Carlo Monni

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Le prologue de Contamination, très prometteur, évoque l’un des épisodes clés du roman « Dracula » de Bram Stoker mais aussi la fameuse scène d’introduction de L’Enfer des zombies de Lucio Fulci. On y voit un navire sans équipage entrer au port de New York. Cinq hommes l’inspectent et découvrent les cadavres atrocement déchiquetés d’une partie de l’équipage. Dans des caisses marquées « café », des sortes d’œufs verdâtres peu ragoûtants éclosent et provoquent la mort dégoulinante de quatre hommes de l’équipe. Décontaminé, Tony Harris (Marino Masé), le policier qui a survécu au drame, localise la société d’import dont le hangar abrite les mêmes caisses d’œufs. Il mène donc l’enquête aux côtés de Stella Holmes (Louise Marleau), une scientifique de l’armée. Collectant les indices au compte-goutte, tous deux finissent par relier les œufs au commandant Ian Hubbard (Ian McCulloch), l’un des cosmonautes ayant participé au dernier voyage sur Mars. Revenu traumatisé par la vue de son coéquipier hypnotisé par une forme de vie inconnue, notre homme a désormais sombré dans l’alcool et le discrédit. D’autant que son collègue a disparu sans laisser de trace peu après leur retour sur Terre. Parvenus à la plantation de café qui sert de couverture à la culture des œufs, le policier, la scientifique et l’astronaute font bientôt face à la menace du « cyclope », un monstrueux Martien qui semble à l’origine d’un vaste complot pour envahir notre planète.

Contamination souffre d’un évident manque de personnalité, laissant trop souvent planer l’ombre d’Alien auquel Luigi Cozzi (sous son pseudonyme habituel Lewis Coates) se réfère directement lorsqu’il fait exploser la poitrine des victimes de ces fameux œufs extra-terrestres. Le premier titre du scénario était d’ailleurs Alien Arrives on Earth, et le film fut distribué aux États-Unis sous le titre Alien Contamination afin d’en assumer ouvertement l’influence (et de laisser croire à certains spectateurs crédules qu’il s’agissait d’une sorte de séquelle du classique de Ridley Scott). Le scénario se met assez rapidement à collectionner les poncifs des mauvais films d’aventure italiens, qui étaient alors légion dans les années 80. Et malheureusement, la terreur de la contamination annoncée par le titre est complètement occultée aux profits d’une intrigue à l’intérêt finalement très limité. Seul véritable élément distractif : les explosions de poitrine qui ponctuent régulièrement le récit et qui respectent les règles du bon goût instaurées par les cinéastes transalpins de l’époque, Lucio Fulci et Joe d’Amato en tête. De fait, les intestins voltigent, le sang asperge le décor et les bruitages sont à l’avenant.

« Au secours, il y a un œuf ! »

Du coup, certains dialogues atteignent certains sommets de ridicule, notamment lorsque notre héroïne paniquée crie : « Au secours ! Laissez-moi sortir ! Il y a un œuf ! » Au moment du dénouement, la menace martienne n’est plus suggérée mais montrée sous toutes ses coutures. Hélas, le monstre en question (conçu par Claudio Mazzoli et construit par Giorgio Ferrari) est un amas de latex grotesque affublé d’un gros œil lumineux du plus mauvais effet et d’un appendice dévoreur dont l’aspect vaginal nous ramène aux designs de Giger et donc – une fois de plus – à Alien. Le réalisateur s’avouera très déçu par cette créature, qu’il imaginait plus mobile et plus crédible. Sa volonté initiale était d’ailleurs d’utiliser sa technique préférée, la stop-motion. La musique des Goblin, l’un des rares éléments réjouissants de Contamination, prend une tournure envoûtante au moment du flash-back sur Mars, orné de maquettes et d’effets visuels signés Armando Valcauda, déjà sollicité par Luigi Cozzi sur Star Crash. Les nombreuses incohérences du film s’expliquent en partie par les divergences d’opinion de Cozzi et de son producteur Claudio Mancini, le premier préférant accentuer le caractère science-fictionnel de Contamination et le second espérant une aventure d’espionnage à la James Bond.

 

© Gilles Penso

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GODZILLA CONTRE DESTROYAH (1995)

Dans cet ultime épisode du second cycle de la saga Godzilla, le « Roi des Monstres » affronte le plus destructeur de tous ses adversaires…

GOJIRA TAÏ DESTUTOROIA

 

1995 – JAPON

 

Réalisé par Takao Okawara

 

Avec Takuro Tatsumi, Yôko Ishino, Yasufumi Hayashi, Megumi Odaka, Sayaka Osawa, Saburo Shinoda, Akira Nakao

 

THEMA DINOSAURES I SAGA GODZILLA

Cet opus étonnant des aventures de Godzilla s’efforce non sans effronterie de bouleverser le mythe en redéfinissant certaines de ses données tout en retournant aux sources, à savoir le film original de 1954. Ainsi, extraits à l’appui, nous revoyons le docteur Serizawa venir à bout du monstre en le privant d’oxygène, et nous apprenons que le premier Godzilla est bel et bien mort. Tous les monstres similaires qui sont apparus depuis sont donc des descendants, ce qui expliquerait la présence dans certains épisodes d’un bébé Godzilla, assurant le rôle de relais au lieu de simple faire-valoir comique. Mais jouer aux apprentis-sorciers n’a jamais réussi aux hommes, et l’on découvre que l’annihilateur d’oxygène créé par Serizawa quelque 40 ans plus tôt a donné naissance à des créatures destructrices microscopiques, qui n’ont fait que croître avec le temps. D’où une séquence mémorable où, atteignant la taille de crustacés miniatures, elles réduisent en poussière les myriades de poissons d’un grand aquarium nippon. Grandissant encore, elles atteignent trois mètres de haut et sèment la terreur dans Tokyo.

L’armée se frotte à cette menace croissante, en un affrontement qui n’est pas sans évoquer Aliens. Hélas, l’efficacité de la mise en scène y est appauvrie par le manque de crédibilité des marionnettes mécaniques « interprétant » les monstres. Ces derniers ressemblent à des scorpions surmontés d’un long cou au bout duquel se dresse une tête de dragon, dont la bouche s’inspire à la fois de celle des aliens et des predators. Apparemment indestructibles, les bêtes mutent encore et deviennent un seul et même monstre : Destroyah. Un malheur ne venant jamais seul, voilà que Godzilla, suite à une catastrophe survenue sur son île, se charge plus que jamais en radioactivité. Son cœur agit désormais comme le moteur d’une centrale atomique sur le point d’exploser. Et la déflagration, inévitable, équivaudrait à des milliers d’Hiroshima, réduisant la Terre en cendres. Scientifiques et militaires proposent donc d’attirer les deux monstres l’un vers l’autre, afin qu’ils s’autodétruisent.

Autodestruction

S’ensuit un pugilat titanesque, dont la folie destructrice dépasse celle pourtant gratinée du film précédent. À cette bataille participent un bombardier futuriste capable de propulser des rayons réfrigérants, ainsi que le fils de Godzilla. Celui-ci n’a plus rien d’un évadé des Télétubbies ou des Tortues Ninja. Son allure de saurien carnassier au long cou effilé, à la queue de serpent et à la crête dorsale discrète en fait le monstre le plus réussi du film, d’autant que, pour une fois, il ressemble vraiment à un dinosaure. Si Destroyah est enfin vaincu à l’issue du film, les dommages collatéraux sont considérables. Car Godzilla Jr s’y écroule tristement, laissé pour mort, tandis que son père, rongé peu à peu par son cancer radioactif, se dissout douloureusement jusqu’à retourner au néant. Un climax surprenant et presque poignant, tempéré tout de même par une dernière image, magnifique : au milieu des fumées et des débris surgit bientôt la silhouette familière d’un grand dinosaure atomique. Godzilla renaît-il de ses cendres ? Son rejeton a-t-il assuré la relève ? Aucune réponse officielle ne sera donnée à ces interrogations, Godzilla contre Destroyah marquant la fin de l’ère « Heisei » avant le troisième cycle nippon des aventures du « Roi des Monstres » relancé en 1999.

 

© Gilles Penso

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CRIMES AU CIMETIÈRE ÉTRUSQUE (1982)

La femme d’un archéologue enquête sur un site antique autour duquel s’enchaînent les assassinats mystérieux

ASSASSINIO AL CIMITERO ETRUSCO

 

1982 – ITALIE

 

Réalisé par Sergio Martino

 

Avec Elvire Audray, Paolo Malco, Claudio Cassinelli, Marilu Tolo, John Saxon, Van Johnson, Wandisa Guida, Gianfranco Barra, Franco Garofalo

 

THEMA TUEURS I POUVOIRS PARANORMAUX I MORT

Dissipons tout de suite un malentendu : la superbe affiche de Crimes au cimetière étrusque, qui ornait jadis les boîtiers VHS du film et fit pâlir d’envie moult amateurs de vidéoclubs, n’a pas grand-chose à voir avec le spectacle que propose le film. Aucun zombie pétrifié au regard luisant ne vient hélas occire de victime féminine en brandissant un couteau à la lame tranchante. Tout ceci n’est que le délire d’un talentueux affichiste qui, une fois n’est pas coutume en cette époque bénie des jaquettes fantaisistes, nous vendit du rêve. Situé dans la prolifique filmographie de Sergio Martino quelque part entre Le Grand alligator et 2019 après la chute de New York, Crimes au cimetière étrusque (le mot « crime » s’orthographiant parfois au singulier au gré des distributions et rééditions du film) est d’abord conçu comme une série télévisée en huit parties, les titres pressentis étant Il Misterio degli Estruchi (« Le Mystère des Étrusques ») ou Lo Scorpione a due code (« Le Scorpion à deux queues »). Tournée en 16 mm pendant quatre mois, en extérieurs italiens et en studio à Rome (avec quelques séquences additionnelles filmées à New York pour assurer le caractère international de la chose), cette aventure fantastico-horrifico-exotico-policière se transformera finalement en long-métrage cinéma. Scénaristes de cette œuvre improbable, Ernesto Gastaldi (Mon nom est personne) et Dardano Sacchetti (L’Enfer des zombies) écrivirent probablement le script sous l’influence de substances hallucinogènes. Comment expliquer autrement cet enchaînement incompréhensible de péripéties invraisemblables ?

Le personnage principal est incarné par Elvire Audrey, qui apparaît là pour la première fois sur un grand écran (on la retrouvera peu après en co-tête d’affiche de Ironmaster… et aussi aux côtés d’Aldo Maccione dans Plus beau que moi tu meurs !). La belle joue avec autant de conviction que possible Joan Barnard, l’épouse d’un éminent archéologue joué par ce bon vieux routard de John Saxon (dans un rôle qu’on aurait aimé plus consistant). Alors que ce dernier explore les sites archéologiques italiens en quête d’un tombeau étrusque, elle est en proie à d’inquiétantes hallucinations où des asticots grouillants viennent envahir son quotidien (une idée que rien ne justifie dans le film mais qui permet de cligner de l’œil vers Lucio Fulci) et où se déroulent d’étranges sacrifices humains. Guidée par une voix mystérieuse qu’elle est seule à entendre, elle décide de quitter New York pour partir sur les traces de son époux. C’est alors qu’un tueur se met à multiplier les cadavres en suivant un mode opératoire très particulier : il saisit ses victimes par la tête qu’il fait tourner à 180 degrés ! Comme si les choses n’étaient déjà pas assez compliquées, Joan découvre que les recherches de son époux sont liées à un trafic de drogue et qu’elle est elle-même la réincarnation d’une déesse antique.

Le temple maudit

Tout n’est pas à jeter dans cet improbable mélange de giallo, de film d’aventure, de polar et de conte fantastique. La musique de Fabio Frizzi est diablement envoûtante, comme toujours, et dote le métrage d’une dimension onirique qu’il n’aurait sans doute pas tout seul. Les décors eux-mêmes – du moins ceux édifiés en studio – nimbent parfois le film d’une belle étrangeté, notamment cette grotte factice noyée dans les fumigènes (dans laquelle l’héroïne est attaquée par des rats et des chauve-souris) ou ce temple orné de quatre visages sculptés gigantesques au-dessus desquels flotte une sorte de concentré d’antimatière. Mais il s’avère très difficile de s’intéresser à des personnages dont les motivations nous échappent totalement. Car le scénario semble s’improviser au fur et à mesure, donnant une importance capitale à certains éléments (le bijou en forme de scorpion à double queue) pour les abandonner aussitôt. Du coup, les comédiens donnent l’irrépressible impression de n’avoir aucune idée de ce qu’ils sont censés jouer, y compris John Saxon qui cachetonne visiblement sans état d’âme. Si on ajoute au cocktail quelques bagarres et fusillades filmées par-dessus la jambe et une poignée de rebondissements impensables (l’homme qui surgit dans le temple avec une fausse tête inversée sur les épaules), on comprend que ce Crimes au cimetière étrusque n’est pas loin de mériter le statut de nanar. Très peu fier de ce film hybride, Martino le signera sous le pseudonyme de Christian Plummer.

 

© Gilles Penso

 

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DANS LA PEAU D’UNE BLONDE (1991)

Assassiné par trois de ses anciennes conquêtes, un macho de la pire espèce revient d’entre les morts… dans la peau d’une femme plantureuse

SWITCH

 

1991 – USA

 

Réalisé par Blake Edwards

 

Avec Ellen Barkin, Lorraine Bracco, JoBeth Williams, Jimmy Smits, Tony Roberts, Perry King, Bruce Payne, Lysette Anthony

 

THEMA MORT

Nous serons éternellement reconnaissants à Blake Edwards pour nous avoir gratifié d’inestimables éclats de rire avec des morceaux de choix comme La Party ou La Panthère rose. Il était alors au faîte de son talent, au beau milieu des chatoyantes sixties. S’il a depuis persévéré coûte que coûte dans le domaine de la comédie, l’impact de ses œuvres s’est quelque peu émoussé avec les ans. D’où des films aux concepts souvent extraordinaires s’essoufflant en cours de route faute d’un développement suffisamment rigoureux, tels que Victor Victoria, Boires et déboires ou L’Amour est une grande aventure. Réalisé au tout début des années 90, Dans la peau d’une blonde s’inscrit dans cette lignée, bénéficiant d’un point de départ extrêmement prometteur. Héros du fameux Class 1984, Perry King interprète Steve Brooks, un impénitent séducteur doublé d’un odieux macho. Un soir, il part tout guilleret participer à une fête organisée par trois de ses anciennes conquêtes, Margo (JoBeth Williams, agressée par des fantômes dans Poltergeist), Liz (Lysette Anthony, la princesse de Krull) et Felicia (Victoria Mahoney, reine Antinéa dans L’Atlantide de 1992).

En réalité, le trio de charme a décidé de mettre un terme définitif aux agissements haïssables de leur ex. Elles le convient donc à une ultime orgie, le gratifient d’un langoureux strip-tease, puis le noient dans une piscine à bulles. Plus coriace que prévu, Steve a survécu, et c’est d’un coup de feu tiré par Margo qu’il meurt pour de bon. Parvenu dans l’au-delà, il se voit accorder une deuxième chance : s’il trouve une femme susceptible de l’aimer vraiment, il gagnera son ticket pour le Paradis. Mais le Diable décide de corser un peu l’épreuve. Ainsi, lorsque Steve revient à la vie dans son appartement, il constate avec horreur qu’il s’est transformé en femme. Passée la surprise, il décide de se faire passer pour sa propre sœur et tente de retourner au bureau, où il occupe un poste de créatif dans une agence de publicité.

L'inversion des sexes

Comment cet indécrottable sexiste va-t-il parvenir à vivre dans la peau d’une belle blonde et à se faire aimer d’une autre femme, tout en résistant aux assauts de son meilleur ami Walter (Jimmy Smits) ? Tel est le passionnant point de départ de cette fable au riche potentiel en matière de situations comiques. Blake Edwards décuple ainsi le jeu de l’inversion des sexes de Victor Victoria, multipliant à outrance les dilemmes et les quiproquos. A vrai dire, l’impact du film repose énormément sur les épaules d’Ellen Barkin, absolument hallucinante dans le rôle de cet homme prisonnier dans le corps d’une femme. Ses attitudes exagérément masculines, ses impayables mimiques et son incapacité à marcher correctement sur des hauts talons sont proprement hilarantes. Sans elle, il y a fort à parier que Dans la peau d’une blonde eut disparu dans les limbes de l’oubli. Car en dehors de son génial postulat et de son prodigieux casting, cette comédie fantastique peine à exploiter son concept jusqu’au bout. Le scénario finit donc par tourner en rond, s’achevant même sur un épilogue mélo et convenu indigne de son illustre auteur.

 

© Gilles Penso

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HAPPY BIRTHDAY (1980)

À l’approche de son anniversaire, une jeune étudiante voit tous ses camarades mourir un à un dans d’horribles circonstances…

HAPPY BIRTHDAY TO ME

 

1980 – CANADA

 

Réalisé par Jack Lee Thompson

 

Avec Melissa Sue Anderson, Glenn Ford, Lawrence Dane, Sharon Acker, Frances Hyland, Tracey E. Bregman, Jack Blum, Matt Craven, Lenore Zann

 

THEMA TUEURS

Ce sont les duettistes John Dunning et André Link, responsables de Meurtres à la Saint-Valentin, qui sont à l’origine de Happy Birthday, produit par la compagnie canadienne Cinepix (à qui nous devons les premiers films d’horreur de David Cronenberg). Nous sommes donc entre gens spécialistes du genre. Ce qui surprend plus, c’est le nom du metteur en scène. Car Jack Lee Thompson n’est à priori pas le genre de metteur en scène à se lancer dans un slasher post-Vendredi 13. Signataire de plusieurs chefs d’œuvre du thriller et du film de guerre (Les Nerfs à vif, Les Canons de Navarone), solide artisan s’étant parfois essayé à la science-fiction de qualité (La Conquête de la planète des singes) ou au western ample mâtiné de film-catastrophe (Le Bison blanc), le vénérable Jack (ou John selon les génériques) a progressivement revu ses ambitions artistiques à la baisse à l’aube des années 80. A l’instar d’un Richard Fleischer boulimique préférant réaliser Amityville 3D plutôt que se mettre à la retraite, J.L. Thompson met ses décennies d’expérience au service d’un petit film d’horreur qui lui permet de rester dans le coup et dans l’air du temps, avant que sa fin de carrière ne soit placée à partir de 1983 sous la houlette de Menahem Golan et Yoram Globus. Autre nom surprenant au générique de Happy Birthday : Melissa Sue Anderson. Sans doute la douce Mary Ingalls de La Petite maison dans la prairie, héroïne récurrente de l’une des séries familiales les plus populaires – et les plus sirupeuses – de tous les temps, eut-elle envie de s’encanailler un peu en marchant sur les plates-bandes de la Jamie Lee Curtis de La Nuit des masques. Au détour du casting, on s’étonnera aussi de trouver le vétéran Glenn Ford (Gilda, 3h10 pour Yuma, Paris brûle-t-il ?, Superman), en dehors de son élément habituel dans le rôle d’un psychiatre s’interrogeant sur les meurtres en série qui ensanglantent son entourage.

Tourné principalement à Montréal, Happy Birthday s’intéresse à Virginia Wainwright, une étudiante de la Crawford Academy dont le cercle d’amis est constitué des universitaires les plus populaires, les plus riches et les plus élitistes de la ville. Adeptes de sport extrême et de blagues stupides, les membres de ce petit groupe sont bientôt décimés un à un par un mystérieux tueur, alors qu’approche la date d’anniversaire de Virginia. Celle-ci, dont le prénom semble vouloir l’absoudre de tout péché et la nimber de pureté, trimballe un traumatisme qui s’est logé quelque part dans son inconscient et ne demande qu’à ressurgir. En proie à d’inquiétantes hallucinations, elle devient à son tour la cible du meurtrier… Ce scénario écrit à quatre mains sert de prétexte à une succession de meurtres qui, à défaut d’être crédibles, s’avèrent excessifs et imaginatifs, chaque arme du crime étant plus improbable que la précédente (de la roue de moto à la paire d’altères en passant par la fameuse brochette qui apparaît sur tous les posters du film). Et si Happy Birthday semble vouloir gentiment surfer sur le succès d’Halloween et Vendredi 13, le lancement du projet précéda ces deux immenses succès, ce que laisse comprendre le gimmick des gants en cuir du tueur dont l’imagerie convoque plus volontiers le giallo italien que le slasher américain.

L’ultime souper

Formellement, Happy Birthday est très soigné. Miklos Lente (Les Espions dans la ville) signe une belle photographie principalement nocturne, Lance Rubin (Motel Hell, la série Dallas) compose un thème principal envoûtant qui sera repris sous forme de chanson pendant le générique de fin et Jack Lee Thompson semble se prêter au jeu avec bonne humeur, même si sa mise en scène assure le service minimum. S’amusant comme un petit fou sur le plateau, le sexagénaire balance volontiers des seaux pleins de faux sang pendant le tournage des meurtres. Du coup, même un coup de tisonnier sur le crâne d’une victime provoque des avalanches d’hémoglobine à l’écran. Abondant dans ce sens, le maquilleur spécial Tiom Burman concocte une cohorte de cadavres spectaculaires pour une scène de banquet final horriblement baroque. Mais le film ne tient guère la route à cause de protagonistes très peu attachants (des gosses de riches idiots au comportement souvent incohérent) et d’un scénario sans finesse. Malgré tous les efforts déployés pour brouiller les pistes, l’identité de l’assassin est facile à deviner, au point qu’elle nous est révélée à mi-parcours du métrage, le « whodunit » se muant dès lors en thriller horrifico-psychologique jusqu’à un climax intense qui boucle la boucle et justifie le titre du film. Mais les producteurs, visiblement conscients du manque de surprise de ce dénouement, décident à la dernière minute d’intégrer un double coup de théâtre invraisemblable en fin de film. Cette chute est certes inattendue, mais elle bascule d’un revers de main tout ce que le scénario essayait de construire et n’a pas une once de crédibilité, laissant le film s’achever de bien étrange manière.

 

© Gilles Penso

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