SPOOKIES (1986)

Une grande foire aux monstres grimaçants et dégoulinants bricolée avec les moyens du bord

SPOOKIES

 

1987 – USA

 

Réalisé par Eugenie Joseph, Thomas Doran et Brendan Faulkner

 

Avec Felix Ward, Maria Pechukas, Dan Scott, Alec nemser, A.J. Lowenthal, Pat Wesley Bryan, Peter Dain, Nick Gionta, Lisa Friede 

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I ZOMBIES I SORCELLERIE ET MAGIE I ARAIGNÉES I FANTÔMES I MORT PETITS MONSTRES

Au milieu des années 80, Thomas Doran et Brendan Faulkner commencent le tournage d’un petit film d’horreur baptisé Twisted Souls. Après l’abandon du projet suite à plusieurs problèmes juridiques, la productrice Eugenie Joseph décide de récupérer les séquences déjà en boîte et de tourner elle-même trois quart d’heure d’images additionnelles, avec un casting différent. Le résultat, retitré Spookies, est fatalement décousu et confus. Mais cet état de fait justifie-t-il l’incroyable médiocrité de la mise en scène, des dialogues et du jeu des comédiens ? Lorsque le film commence, l’influence du Phantasm de Don Coscarelli semble planer sur le métrage. Le petit Billy, déçu que ses parents aient oublié son anniversaire, a décidé de s’enfuir dans un cimetière en pleine nuit. Il pénètre bientôt avec curiosité dans un grand manoir attenant, y trouve un gâteau et des jouets qui semblent disposés là à son attention, mais lorsqu’il entreprend d’ouvrir un des paquets duquel surgit une tête coupée lui souhaitant un bon anniversaire, Billy prend naturellement ses jambes à son cou.

Au bout d’un quart d’heure, notre tête blonde est sauvagement agressée par un monstre au visage grimaçant et aux oreilles pointues qui le défigure à coups de griffes puis l’enterre vivant ! La scène pourrait être choquante, mais la maladresse de sa mise en scène ne provoque qu’une vague indifférence. Entre-temps, un vieux sorcier au visage frippé, Kréon, veille amoureusement sur le corps de sa jeune promise Isabelle, qui sommeille telle la Belle au Bois Dormant depuis soixante-dix ans. Pour la ramener à la vie, allez savoir pourquoi, il va devoir multiplier les sacrifices humains. Ça tombe bien, puisque deux voitures pleines d’adolescents stupides viennent faire halte dans les parages.

La salsa des démons

En s’installant dans le manoir, les nouveaux venus deviennent les proies d’une impressionnante collection de monstres tous plus bizarres les uns que les autres : un démon femelle hideux à la Evil Dead, des morts-vivants particulièrement dégoulinants, trois zombies difformes et boueux qui émettent des flatulences ridicules, le cadavre grimaçant d’une pendue, un affreux gremlin reptilien particulièrement vorace, une créature lovecraftienne et gluante dont les tentacules électrocutent et décomposent ceux qu’ils touchent, une statue de la Mort armée d’une faux, une sorcière qui crache du feu et, clou du spectacle, une séduisante Asiatique qui se transforme en araignée géante au cerveau hypertrophié… Dix minutes avant la fin, le film se débarrasse de tous ses protagonistes et se concentre alors sur Isabelle, enfin revenue parmi les vivants, qui prend la poudre d’escampette dans les bois et se retrouve coursée par des dizaines de zombies, jusqu’à un dénouement confinant au grand n’importe quoi. Du coup, Spookies s’apprécie principalement comme un train fantôme enchaînant à un rythme généreux les effets spéciaux rigolos et variés (maquillages spéciaux, marionnettes mécaniques, animation image par image, voire même grattage sur pellicule). L’emploi de la touche « accéléré » de la télécommande est donc vivement conseillé.

 

© Gilles Penso

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CANNIBAL FEROX (1982)

Le cinéaste Umberto Lenzi surfe sur le succès controversé de Cannibal Holocaust en jouant la carte de la surenchère

CANNIBAL FEROX

 

1982 – ITALIE

 

Réalisé par Umberto Lenzi

 

Avec John Morghen, Lorraine de Selle, Brian Redford, Walter Lloyd, Meg Fleming, Zora Kerowa, Robert Kerman, John Bartha

 

THEMA CANNIBALES

Umberto Lenzi étant spécialisé dans la photocopie des films à succès américains ou italiens, il était logique qu’il surfe tôt ou tard sur la vague anthropophage remise au goût du jour par Cannibal Holocaust. D’où ce Cannibal Ferox aux forts relents de déjà vu, qui narre l’expédition en Amazonie d’une étudiante en anthropologie, Gloria Davis, cherchant à démontrer pour les besoins de sa thèse que le cannibalisme n’est qu’une affabulation raciste des colons et qu’il n’a jamais existé de manière organisée. Elle entraîne dans son aventure son frère Rudy et son amie Pat, une blonde stupide et un peu nymphomane qui pense pouvoir profiter de l’occasion pour passer des vacances originales. Autant dire qu’elle ne va pas être déçue ! Sur leur chemin, les trois jeunes Américains rencontrent deux compatriotes qui racontent avoir été capturés et blessés par une tribu cannibale. Mais la vérité est tout autre. L’un de ces hommes, cocaïnomane impénitent appâté par le gain, a en réalité torturé et assassiné l’un des membres de ladite tribu pour lui faire avouer l’emplacement d’un gisement d’émeraudes dans la jungle. Un tel crime ne pouvant demeurer impuni, les indigènes, amateurs de toutes sortes de viandes animales ou humaines, vont préparer une terrible vengeance.

Oscillant entre son intrigue principale dans la jungle amazonienne et de petites péripéties parallèles liées à un trafiquant de drogue recherché par la police new-yorkaise, le film de Lenzi met en avant une théorie particulièrement intéressante : le cannibalisme chez les tribus primitives aurait été provoqué par réaction à la sauvagerie et la cruauté de l’homme dit civilisé. Cette idée, qui fait écho à la trame de Cannibal Holocaust, n’est hélas qu’à demi-exploitée, Cannibal Ferox ayant surtout pour ambition de collectionner les séquences de torture et de mutilation pour pouvoir rivaliser avec le film choc de Ruggero Deodato. Nous avons donc droit à notre lot d’énucléations, d’éventrements, d’éviscérations, de castrations, de mains coupées ou de crânes décalottés d’un coup de machette, le tout en gros plan, sous la houlette du maquilleur attitré des films gore de Lucio Fulci, le très inventif Gianetto de Rossi (L’Enfer des zombies, Frayeurs, L’Au-delà).

Le film le plus violent jamais réalisé ?

Quant à la fameuse séquence d’empalement de Cannibal Holocaust, elle trouve ici écho dans un supplice où l’abominable le dispute à l’improbable : une femme est suspendue à des crochets de boucher par les seins et se vide lentement de son sang ! Pour faire office de remplissage dans un film où, par ailleurs, il ne se passe pas grand-chose, Lenzi croit malin de ponctuer son aventure de massacres d’animaux qui sont proprement intolérables. Tapirs, tortues, crocodiles et singes passent ainsi un très mauvais quart d’heure, sans le secours hélas du moindre effet spécial. Vulgaire, racoleur, manichéen et xénophobe, Cannibal Ferox est finalement la triste somme de tout ce qu’il est censé dénoncer. Interdite d’exploitation dans une trentaine de pays, cette troisième incursion d’Umberto Lenzi au pays des cannibales (après Au pays de l’exorcisme et Eaten Alive) s’autoproclama « film le plus violent jamais réalisé », un titre autant présomptueux qu’injustifié.

 

© Gilles Penso

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INVASION PLANÈTE X (1965)

Godzilla et Rodan affrontent le redoutable dragon tricéphale Ghidrah dans cette fantaisie de SF pop destinée au jeune public

KAIJU DAISENSO

 

1965 – JAPON

 

Réalisé par Inoshiro Honda

 

Avec Nick Adams, Akira Takarada, Jun Tazaki, Akira Kubo, Kumi Mizuno, Keiko Sawai, Yoshio Tsuchiya

 

THEMA DINOSAURES I EXTRA-TERRESTRES I DRAGONS I SAGA GODZILLA

 

Ghidrah avait donné le ton : désormais, les films de la série Godzilla s’adressent principalement aux enfants et le monstre vedette est un gentil défenseur de l’humanité s’insurgeant contre les menaces de toutes sortes. Invasion Planète X s’enfonce dans cette brèche, redonnant la vedette à trois des quatre créatures du film précédent. Mothra est même envisagé pour compléter la joyeuse équipe, mais les contraintes budgétaires éliminent finalement du script la chenille géante. Pendant le prologue, deux astronautes se rendent sur la planète X, ravagée par le redoutable monstre tricéphale Ghidrah (qui n’aura donc pas tardé à refaire parler de lui). Ils acceptent d’aider les habitants de cette planète en faisant voyager depuis la terre, en vaisseau spatial, Godzilla et Rodan afin de vaincre Ghidrah. Extraits de l’océan et enfermés dans des bulles par de jolies soucoupes volantes en pastique, nos monstres vedettes ne sont à vrai dire que des figurants durant la première heure du film, malgré un bref affrontement sur la planète X.

L’intrigue concerne surtout le face-à-face entre les Terriens et les habitants de la planète X, vêtus de skaï, portant des visières noires sur les yeux, et parlant parfaitement notre langue, même entre eux. Ils vivent sur un satellite où l’eau est aussi rare que l’or sur Terre, et toutes leurs femmes ont le même visage, charmant au demeurant. De toutes façons, chez eux, l’amour est interdit, ce qui nous laisse dans l’expectative quant à leurs moyens de reproductions. Toujours est-il qu’ils ont tendu un piège aux humains. Ils comptent en effet utiliser les trois monstres pour envahir la Terre en les contrôlant avec des ondes radio. La traitrise est donc de taille. La dernière demi-heure nous donne enfin droit aux attaques spectaculaires des trois monstres au Japon, maquettes de villes et de paysages variés à l’appui.

La danse de la victoire de Godzilla

Au cours d’une scène qui semble désormais obligatoire, les maquettes de tanks défilent et tirent dans tous les sens, accompagnés pesamment par la musique martiale d’Akira Ifukube. Lorsqu’il s’en prend à Ghidrah avec l’aide de son compagnon d’arme Rodan, Godzilla multiplie des grimaces et des mimiques qui lui attirent à coup sûr les grâces d’un tout jeune public rieur, tandis que les partisans de la noirceur du tout premier Godzilla nagent forcément en pleine perplexité. Le producteur Tomoyuki Tanaka insiste même auprès du réalisateur Inoshiro Honda et du responsable des effets spéciaux Eiji Tsuburaya pour que Godzilla se livre à quelques pas de danse joyeux après avoir vaincu Ghidrah une première fois ! D’ailleurs, son design a encore été modifié, toute agressivité ayant été gommée au profit d’une bonhomie presque disneyenne. Au final, un jeune savant parvient à neutraliser les ondes sonores qui contrôlent les monstres. Rodan et Godzilla, libérés de l’influence des extra-terrestres, livrent ainsi un ultime combat contre Ghidrah et en sortent vainqueurs. Les trois soucoupes volantes explosent, le dragon à trois têtes s’enfuit dans le ciel… Quant à Godzilla et Rodan, ils restent couchés sous la surface de la mer, attendant tranquillement le prochain épisode. On note la présence en tête d’affiche du comédien américain Nick Adams, qui venait de tenir la vedette de Frankenstein conquiert le monde, et qui s’éteignit quelques mois seulement après la fin du tournage.

 

© Gilles Penso

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I SPIT ON YOUR GRAVE (2010)

Un remake violent, brutal et sanglant du célèbre « revenge movie » qui défraya la chronique à la fin des années 70

I SPIT ON YOUR GRAVE

 

2010 – USA

 

Réalisé par Steven R. Monroe

 

Avec Sarah Butler, Chad Lindberg, Daniel Franzese, Rodney Eastman, Jeff Branson, Andrew Howard, Tracey Walter, Mollie Milligan

 

THEMA TUEURS I SAGA I SPIT ON YOUR GRAVE

Steven R. Monroe est un réalisateur touche à tout qui s’est spécialisé depuis la fin des années 90 dans les productions à petit budget, des court-métrages aux documentaires en passant par les thrillers d’action, les films catastrophe ou les « creature features » (Sasquatch Mountain, Ogre, Wyvern). Lorsqu’il apprend que la compagnie Cinetel a acquis les droits d’un remake de I Spit on your Grave (Œil pour œil), il saute sur l’occasion. Notre homme voit là l’occasion de passer à la vitesse supérieure mais aussi de rendre hommage à ce classique du « rape and revenge » qui le marqua tant dans son adolescence. Sa conviction et son obstination convainquent les producteurs, parmi lesquels se trouve Meir Zarchi, réalisateur du film original. En s’attaquant à une nouvelle version de I Spit on your Grave, Monroe sait cependant qu’il s’apprête à arpenter un terrain miné. Le double sujet du viol et de la vengeance qui alimenta tant de films d’exploitation des années 70 est toujours aussi délicat à traiter – voire plus – en ces années 2010 naissantes. D’autre part, il sait que le tournage sera éprouvant physiquement et nerveusement pour son casting, notamment pour l’actrice principale qui acceptera d’entrer dans la peau de la victime muée en bourreau. En ce sens, Sarah Butler est une trouvaille inespérée. Quasiment inconnue au moment de son audition, elle convainc immédiatement l’équipe de production et s’avère posséder l’endurance nécessaire pour affronter un tournage qui se vivra comme un véritable parcours du combattant.

Reprenant la trame de son modèle de 1978, I Spit on your Grave raconte l’arrivée de l’écrivain Jennifer Hills dans une petite ville perdue au fin fond de la campagne américaine (filmée en Louisiane). Elle souhaite s’isoler pour s’atteler tranquillement à l’écriture de son nouveau roman. Mais dès son arrivée dans une station-service en quête d’essence et d’indications pour trouver son chemin, la tension est palpable. Jennifer est jolie, fraîche, candide, et la testostérone flotte autour d’elle comme une menace invisible mais terriblement tangible. Les hommes la regardent, la détaillent, la jaugent… On sent bien que l’agneau s’est égaré dans le territoire des loups. Le film alterne dès lors l’installation de la nouvelle venue dans sa maison de location et l’errance des quatre garçons du coin, frustrés, blessés dans leur orgueil viril, ne tenant plus en place, ressassant un refrain trop connu : « toutes les mêmes ». Et l’inévitable survient : l’invasion de la maison de la belle par les quatre monstres en chaleur. Tellement peu à l’aise avec leur sexualité, les agresseurs utilisent tous les substituts qui leur tombent sous la main : le canon d’une arme, le goulot d’une bouteille, une batte de baseball. La fatidique scène du viol est intense, pénible et interminable. On pourrait accuser le réalisateur de complaisance, mais tout spectateur normalement constitué n’a qu’une envie : en finir au plus tôt avec cette séquence éprouvante. Ramenée à l’état de bête meurtrie, Jennifer se jette à l’eau avant qu’ils aient pu l’abattre et disparaît dans les flots. Une partie d’elle meurt avec ce plongeon, et une nouvelle facette de sa personnalité s’apprête à émerger.

Un catalogue de pièges mortels

Dans sa seconde partie, le métrage oublie petit à petit tout réalisme pour aborder un traitement de l’horreur à la limite du surnaturel. Car dès qu’elle entame sa quête vengeresse, Jennifer devient une sorte de croquemitaine à la force surhumaine, à la rapidité digne d’un fauve et à l’agilité exceptionnelle. Capable de nouer des cordes avec la dextérité d’un marin, soudain spécialiste du bricolage, apte à concocter des pièges élaborés dignes de la saga Saw, elle perd du coup une grande partie de sa crédibilité. On sent bien que Steve Monroe cherche à surenchérir par rapport au film original en proposant des visions gore à la hauteur de ce que propose le cinéma horrifique de l’époque. Mais I Spit on your Grave se mue du coup en simple catalogue de séquences de torture sophistiquées. L’impact de ces scènes est certes très fort, et les effets spéciaux de maquillage particulièrement impressionnants, mais le mécanisme un peu vain de ce dernier acte amenuise l’implication des spectateurs et fait perdre peu à peu au film toute sa cohérence. Reste une mise en forme impeccable et la prestation étourdissante de Sarah Butler.

 

© Gilles Penso

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MANDIBULES (2020)

Que faire lorsqu’on découvre une mouche géante coincée dans le coffre d’une voiture ? Essayer de l’apprivoiser, bien sûr !

MANDIBULES

 

2020 – FRANCE / BELGIQUE

 

Réalisé par Quentin Dupieux

 

Avec Grégoire Ludig, David Marsais, Adèle Exarchopulos, India Hair, Coralie Russier, Romé Elvis, Bruno Lochet, Raphaël Quenard

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Chaque nouveau film de Quentin Dupieux semble partir d’une blague, ou du moins de l’idée la plus absurde et la plus grotesque possible, avec comme challenge ultime la possibilité d’en tirer un scénario de long-métrage. Ce type de pari fou jalonne la filmographie du plus atypique des réalisateurs de sa génération. Et si un pneu se transformait en serial killer ? Qu’à cela ne tienne, ce sera Rubber ! Et si un cinéaste partait à la recherche du meilleur gémissement de l’histoire du cinéma ? Banco, voilà le pitch de Réalité ! Et si un homme se laissait dominer par son blouson en daim ? Parfait, appelons ce film Le Daim. C’est sur le même principe d’un « et si… ? » extravagant que repose Mandibules. Fidèle à son habitude, Dupieux signe l’écriture, la réalisation, la photographie, le montage et la musique de son neuvième long-métrage, plantant à l’occasion ses caméras dans la garrigue du sud de la France. En tête de casting, il retrouve le moustachu Grégoire Ludig (déjà à l’affiche de Au poste !) auquel il adjoint David Marsais, son fidèle complice du Palmashow. Et voici nos deux hommes embarqués dans une sorte de road-movie fantastico-délirant dont les péripéties semblent presque s’improviser au fur et à mesure.

Ludig interprète Manu, un loser sans le sou qui dort sur la plage dans un sac de couchage en attendant des jours meilleurs. Lorsqu’on lui propose un petit boulot rémunéré 500 euros, il n’hésite pas bien longtemps. Il lui suffit de récupérer une mallette chez un certain Michel Michel et de la transporter en voiture quelques kilomètres plus loin chez un mystérieux commanditaire. Manu vole donc une vieille voiture et embarque dans l’aventure son ami d’enfance Jean-Gab (Marsais). Mais en chemin, un bruit étrange venu du coffre de la voiture attire leur attention. C’est avec une stupeur bien compréhensible que les deux compères découvrent à l’arrière du véhicule une mouche grosse comme un Saint-Bernard. Au lieu de s’affoler face à ce monstrueux insecte bourdonnant, Manu et Jean-Gab échafaudent un plan parfaitement aberrant : essayer de dresser cette mouche géante pour lui apprendre à dérober des richesses et leur permettre ainsi de faire fortune ! Le point de départ de Mandibules est donc joyeusement loufoque, mais ce n’est qu’un début, et le pire est encore à venir…

Éloge de la simplicité

Ce qui fascine de prime abord, dans Mandibules, c’est la manière dont Quentin Dupieux assume pleinement l’argument fantastique de son film et l’inscrit dans le quotidien de ses deux héros simples d’esprit qu’il choisit de ne jamais traiter avec condescendance. Car si le réalisateur de Rubber aime mettre en scène les idiots et les marginaux, c’est toujours avec une sorte de tendresse qui évacue tout cynisme. Bien sûr, la bêtise exaspérante du duo incarné par Ludig et Marsais nous arrache régulièrement des rires francs, mais Dupieux semble surtout vouloir traduire à travers cette balourdise partagée la force des liens d’une amitié que rien n’est susceptible d’ébranler. En ce sens, Mandibules semble nous ramener treize ans en arrière, à l’époque où un autre duo comique (Eric et Ramzy) se prêtait aux folies douces de Mr Oizo dans Steak. De fait, les raisonnements absurdes de nos deux « héros » finissent par devenir la norme, en contradiction avec l’apparente rationalité des autres protagonistes qu’ils croisent au beau milieu de la campagne provençale. A ce titre, la prestation d’Adèle Exarchopulos s’avère hallucinante. Tour à tour hilarante et émouvante, voire les deux en même temps, la comédienne césarisée offre ici une prestation délibérément excessive. Quant à la mouche, c’est un véritable monstre de cinéma fantastique, conçu par les génies de l’animatronique de l’atelier 69 avec quelques renforts numériques supervisés par Jean-François Fontaine (Dobermann, Les Visiteurs 2, Babylon A.D. et bon nombre de de spots de pub et de clips). Mais, comme toujours, Dupieux n’en fait qu’à sa tête et transforme le diptère surdimensionné en animal de compagnie drôle et attachant, démontrant une nouvelle fois que la normalité reste une notion toute relative.

 

© Gilles Penso

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GHIDRAH, LE MONSTRE À TROIS TÊTES (1964)

Dans cet épisode décisif qui marque l’entrée en scène d’un redoutable dragon tricéphale, Godzilla passe du côté des « monstres gentils »

GHIDORAH SANDAï KAIJU CHIKYU SANDAÏ NO KESSAN

 

1964 – JAPON

 

Réalisé par Inoshiro Honda

 

Avec Yosuke Natsuki, Yuriko Hoshi, Hiroshi Koizumi, Niroshi Shimura, Emi Ito, Yumi Ito, Eiko Wakabashi

 

THEMA DINOSAURES I EXTRA-TERRESTRES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I DRAGONS I SAGA GODZILLA

Ghidrah : le Monstre à Trois Têtes est un épisode décisif de la série Godzilla, dans la mesure où il fut le premier à mettre en scène simultanément les quatre monstres les plus célèbres de la saga (on pourrait d’ailleurs traduire son titre original par « La plus grande bataille des monstres »), tout en marquant un revirement de situation quasi-historique : dès lors, Godzilla n’est plus une créature destructrice mais un défenseur de l’humanité. Alors qu’une incompréhensible vague de chaleur frappe le monde en plein hiver, la princesse Salno est victime d’un attentat qui pulvérise son avion, puis réapparaît peu après sur Terre sous forme d’une prédicatrice martienne annonçant la fin du monde. Entre-temps, une météorite s’abat sur Terre et l’émission télévisée « Incroyable mais Vrai » montre les deux fées jumelles Alilenas chanter une ode à la chenille géante Mothra. Tous ces événements disparates étant en place, les monstres peuvent faire leur apparition.

Le ptérodactyle Rodan ouvre le bal. Réveillé par des gaz volcaniques au sommet d’une montagne après des mois d’hibernation, ce monstrueux reptile volant (« héros » d’un film à son nom en 1956) fait fuir les touristes et saccage tout ce qu’il survole à cause des rafales provoquées par ses ailes supersoniques. En Antarctique, la fonte des glaces déclenche la réapparition de Godzilla, qui surgit de l’océan et attaque un navire avant de s’en prendre instinctivement à Rodan. Surprenant, l’affrontement nous offre l’étrange spectacle de deux monstres aux traits un peu cartoonesques qui s’agitent de mouvements frénétiques et ne nous épargnent aucun effet « comique », notamment ce rocher qu’ils se renvoient à la manière d’un ballon, sous les yeux déconfits de Mothra. Surgissant d’une météorite incandescente via une belle animation de flammes en dessin animé façon Planète interdite, le quatrième monstre du film n’est autre que King Ghidorah, faisant là ses premiers pas à l’écran en semant une belle panique.

Le dragon de l’apocalypse

Redoutable dragon tricéphale à la puissance quasi-illimitée, il s’agit là d’une création très inspirée du designer Akira Watanabe, mixant le comédien costumé traditionnel et la marionnette mécanique actionnée par une quinzaine de manipulateurs. On sent, à travers sa morphologie composite, l’influence de l’imagerie traditionnelle des dragons orientaux – ce qui était déjà le cas avec le design de Godzilla lui-même. Après avoir détruit toute forme de vie sur sa planète natale Mars cinq mille ans plus tôt, Ghidrah s’en prend maintenant à notre Terre, et le seul moyen d’éradiquer la menace qu’il représente est d’unir les forces de Godzilla, Rodan et Mothra. D’où une séquence surréaliste de négociations houleuses entre les monstres, refusant dans un premier temps de se faire des excuses et s’accusant des pires griefs ! Certes, les grosses bêtes ne parlent pas, et leurs grognements sont traduits par les minuscules Alilenas, mais la série franchit là un pas inévitable vers l’infantilisation d’un mythe qui démarra pourtant sous un angle très sérieux. Ghidrah restera surtout dans les mémoires pour la réorientation de la franchise Godzilla vers le public en culottes courtes, malgré le monstre magnifique qui donne son nom au titre, et qui sera finalement vaincu au sommet du mont Fuji, s’envolant dans les airs en attendant sa revanche.

 

© Gilles Penso



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BOULEVARD DE LA MORT (2007)

Un ancien cascadeur devenu serial killer se sert de son véhicule comme arme pour multiplier les victimes

GRINDHOUSE’S DEATH PROOF

 

2007 – USA

 

Réalisé par Quentin Tarantino

 

Avec Kurt Russell, Rose McGowan, Zoe Bell, Rosario Dawson, Vanessa Ferlito, Jordan Ladd, Michael Bacall, Eli Roth

 

THEMA TUEURS

Lorsque Quentin Tarantino et Robert Rodriguez décidèrent de rendre hommage aux séances en double programme qui bercèrent leur adolescence dans les drive-in américains, le projet fit saliver toute une horde de fans enthousiastes. Baptisé Grindhouse, ce film composite est constitué de deux moyens-métrages, Planète terreur de Rodriguez et Boulevard de la mort de Tarantino, ainsi que d’une série de fausses bandes-annonces signées notamment par Eli Roth (Hostel), Rob Zombie (The Devil’s Rejects) et Edgar Wright (Shaun of the Dead). Le résultat ne convainquit pas tout à fait un public trop jeune pour comprendre l’hommage, et les frères Weinstein, producteurs de cet étrange objet filmique, décidèrent d’exploiter séparément Planète terreur et Boulevard de la mort sur la plupart des territoires autres que les États-Unis, sous forme de deux longs-métrages indépendants rallongés spécialement pour l’occasion.

Le slasher routier de Tarantino fut le premier à connaître les honneurs d’une distribution autonome, et force est de constater que le résultat laisse perplexe. Pourtant, le concept de base était alléchant : Kurt Russel, le visage traversé par une balafre, est Stuntman Mike, un ancien cascadeur devenu serial killer qui tue ses victimes avec sa voiture, un bolide au moteur surgonflé, au capot orné d’une tête de mort et à la carrosserie renforcée de toutes parts. Un véhicule « à l’épreuve de la mort » en quelque sorte, ce qui explique le titre original du film. Sauf qu’au lieu de s’intéresser aux exactions sanglantes de ce tueur hérité de Duel et Hitcher, Tarantino s’attarde outre mesure sur ses futures victimes, autrement dit la DJ délurée Jungle Julia et ses meilleures amies Shanna et Arlene, qui se retrouvent dans un bar d’Austin pour vider quelques bouteilles. Les dialogues fusent, les filles sont jolies (le réalisateur en profite pour s’adonner sans la moindre retenue à son fétichisme des pieds féminins) et la mise en scène empreinte d’une belle patine années 70 (dans la typo du générique, la musique, les départs de bobine et le grain de la pellicule). Mais la situation traîne en longueur, l’action tarde, et l’intérêt du spectateur s’émousse progressivement, jusqu’à un climax ultra-violent et extrêmement spectaculaire qui rattrape les pertes de rythme précédentes.

Une voie sans issue

Sauf que nous ne sommes alors qu’au milieu du métrage, et que Tarantino n’a visiblement plus rien à raconter. Il recommence donc son récit, avec d’autres victimes féminines (une actrice, une maquilleuse et deux cascadeuses) et le même Stuntman Mike à l’affût. Malgré la sympathie qu’on peut éprouver pour ces nouveaux personnages, plus intéressants que les précédents (avec une mention spéciale pour la cascadeuse Zoe Bell dans son propre rôle), le sentiment de déjà vu l’emporte et confine au laxisme d’un metteur en scène ne sachant visiblement pas comment étirer son film pour lui donner la durée voulue. Le moyen-métrage jubilatoire qu’aurait pu être Boulevard de la mort se mue ainsi en interminable long-métrage à peine rattrapé par une hallucinante poursuite automobile finale et un nouveau climax sanglant visiblement inspiré de Faster Pussycat Kill Kill. En l’état, l’exercice semble un peu vain.

 

© Gilles Penso

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MOTHRA CONTRE GODZILLA (1964)

Le quatrième opus de la saga Godzilla place sur le chemin du dinosaure radioactif un gigantesque papillon mythologique

GOJIRA TAI MOSURA

 

1964 – JAPON

 

Réalisé par Inoshiro Honda

 

Avec Akira Takarada, Yuriko Hoshi, Hiroshi Koizumi, Yu Fujiki, Emi Ito, Yumi Ito

 

THEMA DINOSAURES I INSECTES ET INVERTEBRES I SAGA GODZILLA

Même s’il s’inscrit logiquement dans la saga du grand dinosaure atomique initiée en 1954, Mothra contre Godzilla est aussi une suite/remake du film Mothra que Inoshiro Honda réalisa en 1961 et qui racontait le surgissement d’une chenille colossale, symbole de la révolte de l’environnement contre la cupidité humaine. Le scénario de Mothra inspira d’ailleurs en partie les péripéties de King Kong contre Godzilla. Ce quatrième opus de la série Godzilla capte l’intérêt dès ses premières séquences. Via d’impressionnants effets visuels, un œuf aux proportions gigantesques est rejeté par la mer sur une plage. Les pêcheurs de la côte le vendent à un peu scrupuleux homme d’affaire qui décide de l’exhiber dans un parc d’attractions afin d’en tirer de juteux profits. Entre-temps, Godzilla surgit et lutte contre Mothra, le papillon géant à qui appartient l’œuf, et contre ses deux gardiennes, les minuscules fées jumelles Alilenas soutenues par un couple de journalistes. Déployant toute son énergie, le dinosaure radio-actif sort victorieux de l’affrontement.

Les spectateurs attentifs remarqueront que Godzilla a subtilement changé d’apparence, son costume en latex accentuant la férocité de son faciès, la noirceur de son regard et le froncement de ses arcades sourcilières. Le bref pugilat des deux titanesques créatures s’avère plutôt réussi, la morphologie du papillon géant permettant d’éviter l’anthropomorphisme des combats de King Kong contre Godzilla. D’autant qu’Inoshiro Honda et le concepteur d’effets spéciaux Eiji Tsuburaya optent pour des prises de vues efficaces et un montage très habile. Mais on ne peut pas en dire autant de l’intervention tant attendue des rejetons de Mothra, deux larves géantes en plastique affublées d’un gros nez arrondi et d’yeux bleus ! Au cours de leur interminable combat contre Godzilla, elles n’en finissent plus de le recouvrir d’une toile de soie visqueuse. Et le « Roi des Monstres », insensible auparavant aux armes les plus sophistiquées déployées contre lui par les militaires japonais, s’avère tellement empêtré dans ce cocon qu’il tombe à l’eau et disparaît au beau milieu de l’océan. Il faut bien sûr voir là le symbole des forces de la nature l’emportant sur celles de l’homme, l’écologie étant l’une des thématiques récurrentes de la saga Godzilla.

Les forces de la nature

Compositeur attitré des premiers Godzilla, Akira Ifukube reprend ici les thèmes musicaux écrits par Yuji Koseki dans Mothra, renforçant ainsi le lien mélodique et thématique entre les deux films. La touche exotique est assurée par « l’île des enfants », habitée par des indigènes qui parlent couramment le japonais, et par les Alilenas qui passent le plus clair de leur temps à chanter à deux voix des odes au papillon géant. Incrustées dans les arrière-plans via des blue screens hélas très maladroits, ces dernières sont incarnées par Emi et Yumi Ito, célèbres chanteuses du groupe japonais The Peanuts. Leurs longs discours humanistes sont tellement naïf que, pour un peu, on se laisserait charmer. Lors de sa première distribution en salles en France, Mothra contre Godzilla portait le titre de Godzilla affronte la Chose. Le succès du film fut si retentissant au Japon qu’un nouvel épisode fut mis en chantier dans la foulée, ce qui explique pourquoi le Godzilla suivant, Ghidrah : le monstre à trois têtes, sortit la même année. Une aubaine pour les amateurs de kaiju-eiga !

 

© Gilles Penso



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LE MONSTRE DU TRAIN (1980)

Un réveillon costumé à l’intérieur d’un vieux train à vapeur est ensanglanté par les méfaits d’un tueur psychopathe

TERROR TRAIN

 

1980 – USA / CANADA

 

Réalisé par Roger Spottiswoode

 

Avec Jamie Lee Curtis, Ben Johnson, Hart Bochner, David Copperfield, Derek McKinnon, Sandee Currie, Timothy Webber, Anthony Sherwood

 

THEMA TUEURS

Le succès international de La Nuit des masques ne pouvait laisser personne indifférent. Alors que la mode du slasher commence à se répandre comme une traînée de poudre, le producteur exécutif Daniel Grodnik ne veut pas rester sur le bas-côté et initie un projet qu’il résume en quelques mots : « Halloween dans un train ». Grodnik décide ainsi de reprendre les ingrédients clé du film de John Carpenter, autrement dit un tueur masqué ayant vécu un traumatisme, un groupe de jeunes déguisés destinés à se muer en chair à saucisse pendant une soirée festive (le jour de l’an remplaçant le 30 octobre) et la comédienne principale Jamie Lee Curtis. Celle-ci accepte, alors qu’elle vient tout juste de finir le tournage du Bal de l’horreur, tandis que le scénariste T.Y. Drake rédige un script complet en un temps record. La mise en scène est confiée à Roger Spottiswoode, monteur de Sam Peckinpah et Walter Hill qui effectue ici son baptême de réalisateur (et qui signera plus tard des films tels qu’Under Fire, Randonnée pour un tueur, Air America ou Demain ne meurt jamais). Tourné en novembre 1979 à Montréal, Terror Train sera rebaptisé par certains distributeurs After Halloween, histoire d’accentuer artificiellement la filiation avec La Nuit des masques. En France, on préfère le titre Le Monstre du train, comme pour semer le doute quant à une éventuelle nature surnaturelle de l’assassin.

Tout commence par une très mauvaise blague. Pour célébrer leur première année de médecine, des étudiants surexcités festoient gaiement et incitent les plus inexpérimentés d’entre eux à perdre leur virginité. Timide et introverti, Kenny (Derek McKinnon) est ainsi attiré par la voix enjôleuse d’Alana (Jamie Lee Curtis) qui lui propose de le rejoindre dans la pénombre d’une chambre à coucher. Mais la silhouette féminine qui l’attend dans le lit est un cadavre ensanglanté qui a été dérobé à la morgue. La farce macabre tourne mal et s’achève sur les hurlements hystériques de Kenny. Trois ans plus tard, l’eau a coulé sous les ponts et nos étudiants euphoriques décident de fêter la nouvelle année en organisant un grand réveillon costumé dans un vieux train à vapeur. Au programme : des déguisements, de l’alcool, de la drogue, un groupe de rock et un magicien (interprété par un tout jeune David Copperfield). Toute la joyeuse bande est là, y compris Alana qui regrette encore de s’être prêtée à la plaisanterie glauque ayant provoqué l’hospitalisation du pauvre Kenny. Or le bal masqué itinérant commence à virer au cauchemar lorsqu’un tueur caché parmi les fêtards se met à assassiner un à un les étudiants en liesse…

Le monstre aux mille visages

L’idée d’un slasher se déroulant dans un décor en perpétuel mouvement apporte une certaine originalité au film sans pour autant lui permettre de transcender ce genre alors en plein essor. Car même si le train roule pendant la quasi-totalité du récit, l’enchaînement des compartiments s’appréhende comme autant de huis-clos à la topographie familière (couloirs, pièces sombres, cloisons). La véritable nouveauté du scénario est à chercher du côté de l’enveloppe physique du tueur. Celui-ci change en effet sans cesse d’apparence, adoptant à chaque fois le déguisement de sa dernière victime. Tel un serpent en mue permanente, il devient tour à tour Groucho Marx, une vieille sorcière ou une créature reptilienne. D’où un titre français finalement pas si inapproprié. Mais ce n’est pas un simple gimmick cosmétique. Car la nature même de l’assassin est liée à sa quête d’identité et au travestissement. Du coup, la présence de David Copperfield et de ses tours de passe-passe prend tout son sens, puisque l’illusion et le faux-semblant sont au cœur de l’énigme. Finalement moins routinier qu’il n’y paraît, Le Monstre du train s’achève sur une confrontation riche en rebondissements entre le psycho-killer et Jamie Lee Curtis, confirmant ici un statut de « scream queen » qu’elle prolongera avec Fog, Déviation mortelle et Halloween 2.

 

© Gilles Penso

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LES ANIMAUX FANTASTIQUES (2016)

La saga Harry Potter s’étant achevée, l’univers magique imaginé par J. K. Rowling se déploie sous d’autres formes…

FANTASTIC BEASTS AND WHERE TO FIND THEM

 

2016 – USA / GB

 

Réalisé par David Yates

 

Avec Eddie Redmayne, Katherine Waterston, Dan Fogler, Alison Sudol, Colin Farrell, Ezra Miller, Samantha Morton, Jon Voight, Ron Perlman

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA HARRY POTTER

En 2001, entre l’écriture du quatrième et du cinquième tome de la saga « Harry Potter », J.K. Rowling rédige un guide fantaisiste répertoriant un certain nombre de créatures étranges. Son titre : « Les Animaux fantastiques ». Tout comme « Le Quidditch à travers les âges », écrit quasiment en même temps, ce court livre permet d’accompagner la lecture des aventures du plus célèbre sorcier à lunettes de tous les temps. Cette œuvrette ludique ne fait pas beaucoup d’éclat, mais dix ans plus tard, alors que le dernier film de la saga Harry Potter sort sur les écrans du monde entier, les cadres de Warner commencent à se creuser la tête : comment continuer à capitaliser sur cette franchise maintenant que tous les romans ont été adaptés ? Et pourquoi ne pas ressortir « Les Animaux fantastiques » pour tenter d’en faire un film ? Fait suffisamment remarquable pour être noté, J.K. Rowling elle-même se charge de transformer son guide en scénario, exercice auquel elle ne s’était jamais livrée jusqu’alors. Aussitôt, Alfonso Cuaron, qui avait signé l’excellent Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, exprime publiquement son intérêt pour passer derrière la caméra. Hélas, la production lui préfère le plus docile David Yates, signataire des épisodes les plus anecdotiques de la saga Harry Potter – autrement dit les quatre derniers.

Située dans le New York des années 20, soit 65 ans avant les premières aventures du jeune Harry, l’histoire des Animaux fantastiques s’intéresse à Norbert Dragoneau (Eddie Reydmayne, oscarisé pour son rôle de Stephen Hawking dans Une brève histoire du temps). Cet expert britannique des créatures magiques débarque dans la Grosse Pomme sur les traces d’un spécimen rare, mais un concours de circonstance provoque l’évasion de plusieurs animaux magiques qui étaient enfermés dans sa valise. Dans sa quête pour remettre la main sur ces bêtes insaisissables, il embarque involontairement l’enquêtrice magicienne Tina Goldstein (Katherine Waterston), sa sœur télépathe Queenie (Alison Sudol) et le « non-maj » (autrement dit « moldu ») Jacob Kowalksi (Dan Fogler). Parallèlement, Percival Graves (Colin Farrell) est chargé par le Congrès magique des États-Unis d’enquêter sur les méfaits inquiétants d’une entité invisible qui sévit dans les rues de New York et risque de révéler à la population l’existence des sorciers…

L'orgie numérique

Comme on pouvait le craindre, la mise en scène anonyme de David Yates ne joue pas en faveur de ce « spin-off » qui peine à capter l’attention des spectateurs malgré une direction artistique particulièrement soignée qu’assure le vétéran Stuart Craig. Le cadre urbain dans lequel se déroule le film permet certes d’offrir quelques intéressantes variantes sur l’imagerie fantastique déployée habituellement au sein d’un environnement rétro-gothique dans la saga Harry Potter, et le bestiaire facétieux qui s’agite tout au long du métrage déborde d’originalité. Mais le scénario de J.K. Rowling manque singulièrement de rigueur et de liant, démontrant le manque d’expérience de l’auteur dans le domaine de l’écriture cinématographique mais aussi le faible potentiel dramatique du livre qui sert de support au film. L’intrigue centrale liée à la récupération des animaux est donc traitée par-dessus la jambe, l’histoire parallèle tournant autour de la force destructrice qui sème la panique en ville reste reléguée à l’arrière-plan, et le tout s’achemine vers un dénouement indécis qui ne sait visiblement plus quoi faire du personnage incarné par Colin Farrell. La dramaturgie n’ayant visiblement plus son mot à dire en fin d’intrigue, les effets spéciaux prennent le relais en une orgie d’images de synthèse indigestes qui cachent difficilement la misère d’un fil narratif désespérément ténu. Voici donc un « produit dérivé » sympathique mais parfaitement facultatif.

 

© Gilles Penso



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