VENOM : THE LAST DANCE (2024)

Eddie Brock et son alter-ego dégoulinant sont pris en chasse par des créatures extra-terrestres voraces et par des soldats armés jusqu’aux dents…

VENOM : THE LAST DANCE

 

2024 – USA

 

Réalisé par Kelly Marcel

 

Avec Tom Hardy, Chiwetel Ejiofor, Juno Temple, Rhys Ifans, Stephen Graham, Peggy Ku, Clark Backo, Alanna Ubach, Cristo Fernandez, Jared Abrahamson

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL COMICS

Certains succès hollywoodiens échappent à toute logique. Objectivement, comment expliquer que le public ait répondu aussi favorablement à un film aussi mal fagoté que le premier Venom ? Admettons qu’il s’agissait de l’effet de surprise. Mais sa suite calamiteuse, Venom Let There Be Carnage, provoqua un enthousiasme tout aussi invraisemblable. Allez comprendre. La mayonnaise prenant aussi bien, il n’y avait aucune raison de s’arrêter en si bon chemin. Andy Serkis, réalisateur du second opus, se prépare donc à rempiler pour un troisième épisode. Mais la pré-production de sa version de La Ferme des animaux lui prend beaucoup de temps et le contraint à céder sa place. C’est donc la scénariste Kelly Marcel (Dans l’ombre de Mary, Cinquante nuances de Grey, Cruella et les deux premiers Venom) qui prend le relais, effectuant du même coup ses premiers pas derrière la caméra. Avec à sa disposition un budget de 120 millions de dollars (l’enveloppe a encore augmenté depuis les deux films précédents), l’apprentie-réalisatrice peut se faire plaisir. Au détour du casting, on retrouve deux visages ayant déjà payé leur tribut aux adaptations Marvel en endossant d’autres rôles : Chiwetel Ejiofor (Mordo dans Doctor Strange) et Rhys Ifans (Curt Connors alias Le Lézard dans The Amazing Spider-Man).

Co-scénariste du film avec Kelly Marcel, Tom Hardy a visiblement trouvé une rente juteuse avec Venom. Le Mad Max de Fury Road semble pourtant se traîner sans la moindre conviction d’une scène à l’autre, comme s’il s’acquittait de mauvaise grâce de ce boulot routinier en attendant de pouvoir toucher son chèque. Comment interpréter autrement ses regards hagards, sa mine défaite et son jeu désincarné en pilote automatique ? Si le post-générique de Let There Be Carnage promettait un crossover avec le Marvel Cinematic Universe et notamment avec les Spider-Man interprétés par Tom Holland, cette suite se débarrasse des multiverses en quelques secondes. En vérité, le récit se résume à peu de choses : Eddie Brock et son alter-ego quittent le Mexique pour les États-Unis, traînent à Las Vegas puis dans la zone 51, tandis que des militaires veulent leur peau et que le Xenophage, un vilain monstre extra-terrestre en images de synthèse qu’il nous semble avoir déjà vu dans une centaine de films, cherche à se les mettre sous la dent. Voilà, c’est à peu près tout. Le film dure à peine un peu plus de 90 minutes, c’est une qualité indiscutable à mettre à son compte. L’une des seules, hélas.

« Nous ne sommes pas les méchants »

Kelly Marcel et Tom Hardy ne prenant même plus la peine de bâtir un semblant d’histoire, Venom : The Last Dance prend les allures d’un road movie erratique aux péripéties sans intérêt et aux enjeux inexistants. Certaines idées sont à peine explorées (un drame survenu dans le passé de la scientifique incarnée par Juno Temple) puis abandonnées aussitôt. Pour ne pas réclamer trop d’efforts de la part des spectateurs, on prône la simplicité : les militaires et les Xenophages sont vilains, les savants et Venom sont gentils. Et pour ceux qui seraient un peu distraits, l’un des symbiotes juge utile de dire au soldat belliqueux incarné par Ejiofor : « nous ne sommes pas les méchants ». Le principal objectif de ce scénario anémique semble être de multiplier les situations les plus ridicules possibles dans l’espoir de faire rire un public décidément jugé peu exigeant : Venom/Brock qui prépare un cocktail, s’accroche au fuselage d’un avion en plein vol, chante en chœur avec une famille de hippies, dépense tout son argent dans une machine à sous, fait des chorégraphies sur « Dancing Queen »… Nous avons aussi droit à des clins d’œil à Thelma et Louise et Rain Man, à un cheval-Venom, un piranha-Venom, une grenouille-Venom et tout un tas d’autres variantes pour le grand final pétaradant. Le succès de ce troisième opus ayant été très modéré, la formule semble enfin s’être épuisée…

 

© Gilles Penso

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SHAPESHIFTER (1999)

Après le kidnapping de ses parents agents secrets, un jeune homme découvre qu’il possède de très étranges pouvoirs…

SHAPESHIFTER / SHIFTER

 

1999 – USA

 

Réalisé par Philippe Browning

 

Avec Paul Nolan, Bill MacDonald, Catherine Blythe, Emmanuelle Vaugier, Theodor Danetti, Serban Celea, George Illie, Andrei Finti, Marioara Sterian

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I MAGIE ET SORCELLERIE I NAINS ET GÉANTS I SAGA CHARLES BAND

Au départ, le concept de Shapeshifter est déjà assez curieux, sorte de mixage improbable entre la série Manimal et la saga Spy Kids, puisqu’il s’agit de l’histoire d’un étudiant, fils de deux agents secrets, qui se découvre la capacité de se transformer en animal. Mais visiblement, ce postulat ne suffit pas au scénariste Louis DeLoach (inconnu au bataillon, s’agirait-il d’un pseudonyme ?) qui décide d’injecter un nombre incalculable de bizarreries dans son récit, faisant fi du budget ridicule que la production met à la disposition du film. Shapeshifter fait en effet partie de la collection des « direct-to-video » pour jeune public produits par Charles Band, le roi de l’oursin dans le portefeuille. Pour faire des économies, le film est tourné en Roumanie – plus précisément sur les plateaux de Castel Film où Band a ses habitudes – et confié à Philippe Browning. Ce dernier fut réalisateur de deuxième équipe sur Sanglante paranoïa et écrira plus tard plusieurs épisodes de séries TV, mais Shapeshifter est son seul long-métrage. Le prologue se situe quelques siècles dans le passé, dans une forêt où un groupe de tziganes festoie autour d’un feu de camp. Soudain, une météorite traverse les cieux et tombe dans les bois. Un jeune garçon la récupère aussitôt…

Le temps d’une ellipse, nous voilà à la fin des années 90, dans un avion en plein vol. Contraint de changer régulièrement de pays et d’identité, à cause de parents agents secrets qui sont sans cesse affectés à de nouvelles missions par la CIA, Alex Brown s’installe cette fois-ci à Glenville et apprend qu’il s’agit de leur dernier déménagement. Ses parents se sont en effet retirés du business. Or avant de démissionner, Monsieur et Madame Brown enquêtaient sur un trafic de plutonium et d’uranium fomenté par le redoutable général Petrov. Et voilà qu’ils sont kidnappés en pleine nuit et emprisonnés à Bucarest. Bien décidé à retrouver leur trace, Alex se rend sur place. À partir de là, il se met à improviser… et le scénariste semble en faire autant. En effet, notre jeune héros assiste à un concert de rock, puis erre dans les rues en pleine nuit, et se retrouve sans raison particulière dans la maison d’un alchimiste en haillons vieux de 363 ans qui doit sa longévité à la « pierre de vie » qui est tombée du ciel. Car le petit garçon du prologue, c’était lui.

Sans queue ni tête

Dès lors, il ne faut plus chercher à se raccrocher à la moindre logique. Le vieil homme joue en effet avec un instrument de musique étrange – l’harmonica de verre – et annonce à Alex qu’il peut changer de forme s’il le souhaite. Et hop ! Le temps d’un morphing, notre jeune homme devient un chien, part espionner le repaire de Petrov, reprend forme humaine et prend la fuite en scooter grâce à une jeune femme qui passait par là. Rien n’a donc de sens dans cette histoire sans queue ni tête. Plus tard, Alex se transformera en oiseau ou carrément en griffon (une créature en images de synthèse absolument hideuses), discutera avec un avatar digital venu du futur, s’associera à un résistant tzigane nain, découvrira qu’il peut changer les gens en cafard et se métamorphosera en flux digital pour entrer dans un ordinateur… Bref du grand n’importe quoi ! Le vil général Petrov, lui, utilise un pistolet laser qui réduit ses victimes en poussière et se fait aider par une sorcière aux allures de Cruella qui joue aux jeux vidéo dans des catacombes, peut se téléporter ou miniaturiser les êtres humains ! Certes, Shapeshifter semble un peu moins fauché que les productions pour enfants habituelles de Charles Band. Les décors sont relativement nombreux, tout comme la figuration et les scènes d’action, et l’approche esthétique n’est pas très éloignée de celle de la saga Subspecies. Mais comment s’intéresser à ce scénario absurde qui semble avoir été rédigé sous l’influence de puissants psychotropes ? La fin laisse la porte ouverte sur une suite qui – on ne s’en étonnera guère – ne se concrétisa jamais.

 

© Gilles Penso

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DON’T MOVE (2024)

Une jeune femme, dévastée par la mort de son fils, devient la proie d’un tueur en série qui lui injecte un puissant paralysant…

DON’T MOVE

 

2024 – USA

 

Réalisé par Adam Schindler et Brian Netto

 

Avec Kelsey Asbille, Finn Wintrock, Daniel Francis, Moray Treadwell, Denis Kostadinov, Kate Nichols, Skye Little Wing Dimov Saw

 

THEMA : TUEURS

Principalement produit par le légendaire réalisateur Sam Raimi, à qui l’on doit les trilogies Evil Dead et Spider-man, et distribué par Netflix, Don’t Move aligne au casting un solide duo avec Kelsey Asbille, repérée dans la série Yellostone, et Finn Wintrock, acteur récurrent de American Horror Story. Sur le papier, avec un concept fort de survival couplé à l’idée d’une héroïne prisonnière de son propre corps, le long métrage promettait un suspense serré, et la caution Raimi, lourdement appuyée, pouvait en effet allécher le chaland et susciter au minimum la curiosité. Le nom du réalisateur de Darkman, mis très en avant par le géant du streaming, était de fait devenu un argument marketing. Car la marque mise de plus en plus sur des noms célèbres pour enrichir son catalogue qui, sporadiquement, peut révéler quelques pépites comme Rebel Ridge de Jeremy Saulnier, mais qui malheureusement, dans la grande majorité des cas, se cantonne à enchaîner des séries B frileuses et sans grand intérêt. Si les deux acteurs principaux arrivent à sortir leur épingle du jeu dans des rôles sans grande consistance, la réalisation confiée à Adam Schindler et Brian Netto ne brille pas par son originalité. Pourtant habitués aux films d’horreur avec Intruders (2016) et la série anthologique 50 States of Fright, les deux hommes livrent un métrage plutôt plat et académique, surtout si l’on pense à leur fougueux producteur et à ses expérimentations filmiques.

Don’t Move nous plonge donc au cœur d’une forêt dans laquelle Iris (Kelsey Asbille), traumatisée par la mort de son fils, décide de mettre fin à sa vie en se jetant d’une falaise. Elle est interrompue par Richard (Finn Witrock), un homme charmant qui la dissuade de commettre l’irréparable, tout en évoquant la perte de sa petite amie, Chloé, dans un accident de voiture. Une fois revenus à leurs véhicules respectifs, Richard dévoile son vrai visage en agressant et tentant d’enlever Iris. La jeune femme parvient à s’enfuir mais le tueur lui fait une révélation effrayante : il lui a administré une drogue paralysante qui la rendra totalement inerte et impuissante dans les prochaines vingt minutes. Le concept même du film contient ses propres limites : la drogue paralysante, qui aurait pu être un ressort essentiel du récit, représente certes une contrainte pour l’héroïne, mais son utilisation et ses effets à géométrie variable évacuent inévitablement toute idée de tension. Iris perd rapidement l’usage de son corps et se retrouve à la merci du hasard. Des rencontres fortuites au moment le plus propice sauvent donc notre héroïne avant que les effets du paralysant ne se dissipent, là aussi au moment idéal. Si on ajoute à cela les poncifs inhérents au genre, comme les personnages qui ont une vision plus qu’étroite, ne voyant pas à plus d’un mètre d’eux, et des décisions incohérentes et fatales, ce thriller horrifique estampillé Raimi se prend rapidement les pieds dans le tapis. L’issue de chaque séquence est terriblement prévisible et la réalisation, bien trop sage, déçoit.

Don’t move, don’t see and don’t think

Alors que l’idée de départ aurait pu donner lieu à une course-poursuite toute en tension, le scénario se perd dans des péripéties inutiles, rallongeant juste un peu la sauce d’un film qui ne dure pourtant que 90 minutes. Autre point négatif, les personnages souffrent d’une écriture superficielle, les réduisant à des rôles-fonctions. Iris, mère endeuillée au bord du suicide, retrouve soudainement goût à la vie en luttant contre Richard, tueur en série dont on ne saura pas grand-chose au final. Le reste du casting ne servant qu’à rentabiliser le budget maquillage et faux sang, il est bien compliqué de s’impliquer dans cette histoire. Restent de beaux décors naturels, des acteurs convaincants comme Kelsey Asbille, qui arrive à insuffler un peu de vie dans ce rôle relativement mutique, jouant avec l’intensité de son regard, et Finn Wintrock, à l’aise en tueur manipulateur et chevronné, même si certaines de ses décisions relèvent de l’amateurisme ou de la stupidité. Malgré tout son potentiel, Don’t Move ne sera donc pas encore la grande révélation horrifique de Netflix. Peut-être devraient-ils investir dans des scénaristes…

 

© Christophe Descouzères


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31 (2016)

Rob Zombie recycle les recettes qui firent son succès en jetant une troupe de forains dans les griffes d’une horde de tueurs psychopathes…

31

 

2016 – USA

 

Réalisé par Rob Zombie

 

Avec Sheri Moon Zombie, Meg Foster, Lawrence Hilton-Jacobs, Jeff Daniel Philips, Malcolm McDowell, Torsten Voges, Richard Brake

 

THEMA TUEURS I CLOWNS

Après l’accueil glacial réservé à The Lords of Salem, Rob Zombie prend une décision radicale : il arrête sa carrière de cinéaste. Cette annonce suscite beaucoup d’émoi auprès de ses fans qui ne l’entendent pas de cette oreille et le lui font savoir, notamment à travers les réseaux sociaux. Zombie se ravise alors – mais n’était-ce pas là une manœuvre calculée ? – et décide de lancer un financement participatif pour son prochain long-métrage. Ce sera 31, budgété à deux millions de dollars grâce à une efficace campagne de crowdfunding très médiatisée. Dans l’espoir de retrouver les faveurs de son public, le cinéaste décide de recycler les recettes de ses premiers succès. L’atmosphère et l’approche visuelle de 31 seront donc très proches de La Maison des 1000 morts et The Devil’s Rejects. Pour étayer son scénario, Zombie s’appuie sur une statistique selon laquelle le jour au cours duquel les États-Unis recensent le plus grand nombre de personnes disparues est celui d’Halloween. Son sixième long-métrage se déroulera donc pendant la nuit du 31 octobre. D’où son titre. Tourné en 20 jours à Los Angeles, 31 sollicite une fois de plus les talents du maquilleur spécial Wayne Toth (un habitué des effusions de sang chères à Zombie) et réunit une petite poignée de visages familiers comme Malcolm McDowell (qui fut le docteur Loomis de son Halloween) et Meg Foster (la Margaret Morgan de The Lords of Salem). De toute évidence, l’ami Rob aime travailler « en famille ».

C’est sur une citation de Franz Kafka que s’ouvre le film : « Un premier signe du début de la compréhension est le désir de mourir ». Cet aphorisme lugubre installe une ambiance glauque que ne dément pas le prologue en noir et blanc, au cours duquel un tueur incarné par Richard Brake se lance dans un long monologue avant d’assassiner un révérend à la hache. Nous sommes le 31 octobre 1976 et nos protagonistes sont une troupe de forains qui traversent l’Amérique profonde. Au milieu du désert, ils tombent dans un piège et se retrouvent enfermés dans une prison labyrinthique. Les voilà soudain livrés à un jeu de massacre que mènent de riches psychopathes emperruqués et poudrés comme des aristocrates du 18ème siècle. Les malheureux ont douze heures pour survivre à l’assaut d’une série de tueurs plus redoutables et excentriques les uns que les autres, du nain nazi aux clowns armés de tronçonneuse en passant par le colosse teuton travesti et l’assassin maquillé comme le Joker…

La course à la mort

Le concept n’est pas d’une folle originalité – depuis Les Chasses du comte Zaroff jusqu’à Running Man en passant par Les Traqués de l’an 2000 et Manhunt, les chasses à l’homme spectaculaires ne manquent pas à l’écran – mais Rob Zombie aurait pu le détourner pour y injecter sa propre personnalité. Or le cinéaste semble se contenter de nous donner exactement ce qu’on attend de lui : des tueurs dégénérés, des meurtres brutaux, de la torture, mais finalement rien de bien neuf ni de vraiment subversif malgré les apparences. Zombie continue inlassablement à puiser son inspiration dans Massacre à la tronçonneuse (l’action se situe comme par hasard au milieu des années 70 et s’intéresse à un groupe de jeunes gens qui se perdent dans la cambrousse) et semble tourner en pilote automatique. De fait, les personnages caricaturaux, les situations grotesques et la vulgarité omniprésente jouent sérieusement en défaveur de ce film qu’on aurait aimé plus audacieux et moins simpliste. Dommage d’avoir réuni un financement participatif et une cohorte de fans très motivés pour n’accoucher finalement que d’une sorte d’auto-parodie sans âme. Dans le registre voisin du gibier humain traqué par des tueurs exubérants, nous aurions tendance à largement préférer le méconnu Slashers.

 

© Gilles Penso

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WITCHOUSE (1999)

Une sorcière revenue de l’au-delà massacre un à un les descendants de ceux qui, jadis, la mirent sur le bûcher…

WITCHOUSE

 

1999 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Matt Raftery, Monica Snow, Brooke Mueller, Ashley McKinney, Dave Oren Ward, Ryan Scott Greene, Marissa Tait, Dane Nothcutt, Kimberly Pullis

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA CHARLES BAND I WITCHOUSE

Tourné en Roumanie pendant huit jours pour un budget ô combien raisonnable de 250 000 dollars, Witchouse est d’abord censé s’appuyer sur un scénario de Benjamin Carr racontant les méfaits d’un démon déguisé en vieille femme qui s’installe dans une pension de famille dans le but de récolter les âmes des occupants. Mais David DeCoteau, engagé pour réaliser le film, aimerait cibler un public jeune et surtout s’inspirer de Night of the Demons dont il rêve de tourner une sorte de suite officieuse. À sa demande, le producteur Charles Band jette donc à la poubelle le scénario de Carr (qui sera recyclé pour le film Stitches) et engage un autre auteur, Matt Walsh. « Je ne savais même pas qu’il y avait un précédent scénario pour Witchouse avant celui que j’ai été engagé à écrire, et je pense que la version de Benjamin Carr aurait probablement été meilleure que le résultat final », avoue ce dernier (1). Le script de Walsh est en effet très ambitieux, riche en reconstitutions historiques de chasses aux sorcières, en effets sanglants, en scènes de foules dans des décors variés. Mais rien de tout ça n’est conservé pour respecter le budget minuscule prévu, et Witchouse se transforme en petit huis-clos bon marché. « La plupart des scènes que j’avais écrites ont été remplacées par des dialogues », reprend Walsh. « Bon, tant pis. Mon chèque a été encaissé ! »

Six jeunes gens se réunissent dans une grande maison sinistre à l’occasion d’une fête organisée par leur amie Elizabeth. La jeune femme, un peu gothique sur les bords, cache sous son tapis un pentagramme et décide d’organiser une sorte de séance de spiritisme avec ses invités qui se prêtent distraitement au jeu. Dans une ambiance mystérieuse, elle leur raconte comment sa grand-tante Lilith a été brûlée sur le bûcher par des chasseurs de sorcières. Un flash-back accompagne ce récit et s’agrémente de séquences infernales dignes de Dante ou de Gustave Doré avec force figurants, maquillages spéciaux et effets pyrotechniques. Le spectateur habitué aux productions de Charles Band n’est pas dupe : ces images n’ont pas été tournées pour Witchouse mais sont des extraits empruntés à Dark Angel : The Ascent de Linda Hassani. Nous apprenons au détour de ce long monologue que les invités de la fête d’Elizabeth sont des descendants des chasseurs de sorcières qui ont brûlé Lilith. Or cette dernière s’apprête à surgir d’outre-tombe pour massacrer tout ce beau monde…

Ma sorcière mal aimée

Il ne faut pas longtemps aux spectateurs pour comprendre que le niveau qualitatif de Witchouse sera très bas. Les acteurs rivalisent de médiocrité, échangeant d’interminables dialogues insipides et se lançant dans des tirades sans fin (notamment le fameux discours d’Elizabeth). Certes, il y a bien dans le film une poignée de répliques amusantes témoignant de la stupidité de certains personnages, comme lorsqu’une des filles confond Stephen Hawkins et Stephen King, mais ce genre de tentative reste très isolé. Les coups de tonnerre que David DeCoteau fait éclater toutes les cinq minutes dans son décor de maison vaguement hantée, les maquillages outranciers de la sorcière et de ceux qu’elle possède, le livre démoniaque par lequel le malheur arrive (bizarrement orthographié « Necrunimucun », l’accessoiriste roumain en charge de sa couverture était visiblement distrait), tout dans Witchouse concourt à une ambiance de train fantôme sympathique mais mal fagoté. Le succès sera pourtant au rendez-vous, le film étant l’un des plus rentables de la compagnie Full Moon depuis sa séparation avec le distributeur Paramount. D’où le lancement dans la foulée de Witchouse 2 et Witchouse 3.

 

(1) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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CARVED (2024)

Pendant les préparatifs d’Halloween dans une petite ville américaine, une citrouille mutante se met à massacrer la population…

CARVED

 

2024 – USA

 

Réalisé par Justin Harding

 

Avec Peyton Elizabeth Lee, Corey Fogelmanis, Carla Jimenez, Elvis Nolasco, Jonah Less, Wyatt Lindner, Sasha Mason, Marc Sully Saint-Fleur, Jackson Kelly

 

THEMA VÉGÉTAUX

Et si les citrouilles en avaient assez d’être défigurées pour les festivités d’Halloween et décidaient de se venger des humains ? Tel est le point de départ absurde duquel est parti Justin Harding pour mettre sur pied Carved, version longue d’un court-métrage qu’il avait réalisé en 2018. Après La Petite boutique des horreurs et L’Attaque des tomates tueuses, autant dire que les spectateurs ne s’étonnent plus de rien, question végétaux agressifs. Nous étions tout de même curieux de savoir si le réalisateur, dont il s’agit du second long-métrage après Making Monsters, allait pouvoir tenir les 90 minutes règlementaires sur un pitch aussi délirant. Après tout, le Carved original ne durait que 5 minutes, ce qui semblait amplement suffisant pour pousser jusqu’au bout son concept. Pour revisiter son propre travail, Harding imagine toute une galerie de nouveaux personnages qu’il réunit dans la petite ville de Cedar Creeks, dans le Maine, en pleins préparatifs des festivités d’Halloween, à la fin du mois d’octobre de 1993. Alors que l’ambiance est à la reconstitution historique, avec au programme une pièce de théâtre en costumes, des décorations dans toutes les rues et un concours de sculptures de citrouilles, un vieux drame que tout le monde voudrait oublier refait surface.

Quelques années plus tôt, en effet, un train a déraillé dans la ville, provoquant plusieurs morts et le déversement de déchets toxiques dans les terres voisines. Un reporter d’investigation envoyé par la chaîne UP24 tient absolument à rappeler la catastrophe et à susciter le scandale, s’entêtant à aborder les sujets sensibles et déplaisants alors que les habitants préfèreraient se concentrer sur la fête à la citrouille. Un marchand ambulant de maïs grillé, déguisé en épi géant et accroc aux space cakes, découvre justement dans un champ une bien étrange citrouille, surdimensionnée, boursouflée et presque grimaçante. C’est selon lui une candidate idéale au concours de sculpture dont le vainqueur remportera un prix de cinquante dollars. Mais cette citrouille n’est pas comme les autres. Ayant muté à la suite de la catastrophe ferroviaire, elle a développé des sentiments et une rancœur tenace contre tous ceux qui tailladent ses congénères. Le soir venu, elle décide de se venger des humains de la manière la plus sanglante possible…

Où cours-je ?

Cette citrouille vengeresse est sans conteste le personnage le plus intéressant du film. Conçue principalement à l’aide d’effets spéciaux physique, même si l’image de synthèse vient en renfort dès que ses mutations prennent des proportions trop complexes, elle se déplace sur ses racines comme une araignée et les balance vers ses victimes à la manière de tentacules. Malheureusement, les situations finissent par se répéter et le scénario se met rapidement à piétiner. D’autant que les protagonistes que Justin Harding met en scène se contentent d’obéir à des archétypes caricaturaux. Un soupçon de caractérisation supplémentaire aurait grandement aidé les spectateurs à entrer en empathie avec cette poignée de survivants. Leurs petites intrigues amicales ou sentimentales nous semblent trop superficielles pour fonctionner, preuve que Carved ne sait pas trop sur quel pied danser. Trop conformiste pour être le nanar éléphantesque que son concept laisse imaginer, trop exubérant pour être pris au sérieux, il navigue entre deux eaux et reste désespérément « tiède ». Pourtant, en quelques moments inspirés, Harding fait des étincelles, notamment lorsqu’il se laisse aller à des écarts gore réjouissants ou lorsqu’il place dans la bouche de ses acteurs des répliques joyeusement ridicules (le couple qui se parle avec des phrases empruntées aux chansons de Bryan Adams). Dommage que le potentiel fou du film n’ait pas été exploité de manière plus concluante.

 

© Gilles Penso


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THE LOVED ONES (2009)

Éconduite par un jeune homme dont elle est éprise, une lycéenne prend les choses très mal et décide de le séquestrer pour le faire changer d’avis…

THE LOVED ONES

 

2009 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Sean Byrne

 

Avec Xavier Samuel, Robin McLeavy, John Brumpton, Richard Wilson, Victoria Thaine, Jessica McNamee, Andrew S. Gilbert, Suzi Dougherty, Victoria Eagger

 

THEMA TUEURS

Après une série de courts-métrages, le réalisateur australien Sean Byrne franchit le pas et se lance dans son premier long avec The Loved Ones, budgété à 4 millions de dollars. Ses influences principales, lorsqu’il écrit cette comédie d’horreur qui vire au cauchemar, sont Massacre à la tronçonneuse, Misery et Audition. Que des classiques, donc. Dans le rôle principal des deux lycéens amenés à se confronter dans ce huis-clos oppressant, Byrne choisit Xavier Samuel, 25 ans, et Robin McLeavy, 23 ans. Le premier incarnera l’année suivante Riley dans le troisième volet de la saga Twilight, la seconde jouera Nancy Lincoln dans Abraham Lincoln : chasseur de vampires. Pour qu’elle puisse entrer dans la peau de son personnage, McLeavy est invitée à visionner Misery et Tueurs nés et à se documenter sur le tueur en série Jeffrey Dahmer. Le réalisateur l’engoncera pendant le tournage dans une robe rose directement inspirée de celle que porte Sissy Spacek à la fin de Carrie. The Loved Ones est donc un film sous influence. Mais Sean Byrne tient à se distinguer de ses prestigieux aînés en construisant une atmosphère singulière qui dote son premier film d’une personnalité bien à lui. Restrictions budgétaires oblige, il n’a que quatre semaines pour boucler les prises de vues. D’où la réduction du nombre de décors et de personnages principaux. La tension n’en sera que plus grande.

Lola Stone alias « Princesse » (Robin McLeavy), la fille la plus timide du lycée, propose au beau Brent (Xavier Samuel) de l’accompagner au bal de fin d’année, point d’orgue incontournable de toute saison scolaire anglo-saxonne qui se respecte. Étant donné qu’il avait prévu de s’y rendre avec sa petite amie Holly (Victoria Thaine), Brent décline poliment l’invitation. Il est lui-même encore sous le choc de l’accident de voiture qui provoqua la mort de son père et dont il se sent pleinement responsable (il percuta un arbre pour éviter un homme ensanglanté au milieu de la route). En proie à des idées noires, enclin à la scarification, Brent n’a pas tellement la tête à la fête. Alors qu’il s’isole sur une falaise, quelqu’un l’assomme. Lorsqu’il revient à lui, c’est pour découvrir que Lola lui a préparé une petite soirée en tête à tête. La jeune fille n’aime pas qu’on lui dise non et se prépare à lui faire vivre la nuit la plus épouvantable de son existence…

Le bal de l’horreur

Un étrange parfum de nostalgie se dégage de The Loved Ones, qui s’amorce comme un film de lycée des années 70/80, rythmé par une bande originale rafraîchissante, ciselé par une photographie élégante et ponctué d’une poignée de saynètes cocasses. Mais lorsque la folie meurtrière pointe le bout de son nez, The Loved Ones bascule dans le cauchemar pur, sans jamais se départir de cette légèreté insolite qui le nimbe en permanence. La séquestration façon Misery prend une tournure de plus en plus affolante, à mesure que la démence de Lola et de son géniteur (John Brumpton) s’affirme et que la liste de leurs exactions s’allonge. Maître du suspense horrifique et du jeu avec les nerfs de ses spectateurs, Sean Byrne parvient clouer son public sur le fauteuil pour ne le relâcher qu’après son générique de fin, lequel sonne dès lors comme un véritable soulagement. Quelques scènes particulièrement gratinées provoquèrent même plusieurs malaises à l’occasion des nombreux festivals où le film fut présenté aux quatre coins du monde. Voilà donc une très bonne surprise en provenance du pays natal de Mad Max et Razorback. Byrne n’enchaînera ses films suivants qu’avec parcimonie : The Devil’s Candy en 2015 puis Dangerous Animals en 2024.

 

© Gilles Penso

 

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PHANTOM TOWN (1999)

Trois gamins partent à la recherche de leurs parents disparus et se retrouvent coincés dans une ville de western peuplée de créatures étranges…

PHANTOM TOWN / SPOOKY TOWN

 

1999 – USA

 

Réalisé par Jeff Burr

 

Avec Taylor Locke, John Patrick White, Lauren Summers, Jim Metzler, Belinda Montgomery, Gabriel Spahiu, Jimmy Herman, Jeff Burr, Iuliana Ciugulea

 

THEMA MUTATIONS I SAGA CHARLES BAND

Les studios roumains Castel Film possédant un décor complet de western depuis le tournage de Oblivion, le producteur Charles Band fut prompt à le faire fructifier à l’occasion de films aussi variés que Oblivion 2, Petticoat Planet ou Virtual Encounters 2. Dommage de ne pas profiter d’un site aussi photogénique, quitte à tirer un peu les scripts par les cheveux pour justifier la présence de la grande rue, du saloon et de tout le reste. Ainsi nait Phantom Town (connu également sous le titre de Spooky Town), un opus de plus à ajouter à la collection Moonbeam destinée au jeune public. Deux familiers des productions Band sont derrière le film : le scénariste Neal Marshall Stevens sous son pseudonyme habituel de Benjamin Carr (Le Cerveau de la famille, Hideous, The Creeps, Le Retour des Puppet Master, Frankenstein Reborn !) et le réalisateur Jeff Burr (Nuits sanglantes, Leatherface, Puppet Master 4 et 5). Tous deux auraient pu traiter ce petit film par-dessus la jambe, s’acquittant sans enthousiasme de cette mission routinière entre deux autres séries B. Mais il semblerait que ce Phantom Town les amuse beaucoup. Stevens livre donc un script joyeusement délirant ouvert à tous les excès et Burr se prend au jeu en interprétant même un petit rôle dans le film, celui d’un oncle colérique.

Tout commence dans une ambiance survoltée. Alors que Mike (John Patrick White), seize ans, et ses deux jeunes frères et sœurs Arnie et Cindy (Taylor Locke et Lauren Summers) donnent une fête chez eux, à grand renfort de musique rock (ils jouent et chantent eux-mêmes en se prenant pour des superstars) et de feux d’artifice, leurs parents (Jim Metzler et Belinda Montgomery) rentrent tranquillement d’une convention. Mais, au cours de la nuit, ils s’égarent à bord de leur voiture et finissent dans une petite ville désertique absente des cartes routières qui s’appelle Long Hand. Le lendemain, ils ne sont toujours pas rentrés. Mike, Arnie et Cindy décident alors de partir à leur recherche. En suivant leurs traces, ils se retrouvent à leur tour dans Long Hand, où tout le monde semble vivre comme au temps du Far West. Se seraient-ils retrouvés au beau milieu d’une attraction pour touristes dans laquelle les gens se prendraient un peu trop au sérieux ? Ont-ils remonté le temps ? La vérité est-elle pire encore ?

Shérif, fais-moi peur !

Plus encore que The Werewolf Reborn ! et Frankenstein Reborn !, qui cherchaient ouvertement à capitaliser sur le succès de la série Chair de poule, Phantom Town assume pleinement son caractère de « film train fantôme » en reprenant littéralement le motif de la ghost story racontée au coin d’un feu de camp. D’où cet enfant qui, dès l’entame, s’adresse à la caméra, une lanterne à la main. La photographie soignée de Viorel Sergovici et la musique teintée de blues composée par Dennis Smith contribuent à l’atmosphère réussie de ce petit film sympathique emballé avec un budget de 800 000 dollars. Pour compenser la faiblesse de ses moyens, Burr met l’accent sur les effets spéciaux exubérants bricolés par une petite équipe de touche-à-tout inventifs : des cowboys zombies, un réceptionniste mutant qui semble échappé de chez Lovecraft, des tentacules visqueux, un grimoire qui marche sur six pattes, un œil géant qui n’est pas sans nous rappeler celui de The Killer Eye. Le récit s’achemine vers une espèce de relecture du thème des body snatchers mélangée avec le motif des morts-vivants et de la possession diabolique. L’influence du Stephen King de « Ça » affleure aussi au moment où les gamins pénètrent dans les entrailles souterraines de la ville, autrement dit l’antre caverneuse et gluante d’une bête tentaculaire. Rien d’inoubliable, bien sûr, mais de quoi passer un moment sympathique devant son écran.

 

 

© Gilles Penso

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LOUPS-GAROUS (2024)

Une adaptation du célèbre jeu de société avec Franck Dubosc, Jean Reno, une fille invisible, des super-pouvoirs… et des loups-garous

LOUPS-GAROUS

 

2024 – FRANCE

 

Réalisé par François Uzan

 

Avec Franck Dubosc, Suzanne Clément, Jean Reno, Jonathan Lambert, Grégory Fitoussi, Bruno Gouery, Lisa Do Couto Texeira, Raphael Romand, Alizée Caugnies

 

THEMA LOUPS-GAROUS I VOYAGES DANS LE TEMPS I POUVOIRS PARANORMAUX I HOMMES INVISIBLES

Depuis 2001, le jeu de société « Les Loups-garous de Thiercelieux » anime les soirées des petits et des grands avec un succès jamais démenti. Créé par Philippe des Pallières et Hervé Marly, cet affrontement ludique entre l’équipe des villageois et celle des lycanthropes s’inspire d’un autre jeu, « Mafia », imaginé en 1986 par le Russe Dimitry Davidoff et décliné depuis sous de nombreuses formes. Fallait-il pour autant essayer d’en tirer un film ? En 2021, déjà, Loups-garous de Josh Ruben adaptait le jeu vidéo inspiré par « Mafia », s’efforçant d’en recréer la mécanique « Cluedo » sur un ton léger. Lorsque François Uzan, réalisateur de la comédie On sourit pour la photo et scénariste de la série Lupin pour Netflix, décide à son tour de s’emparer du sujet, on ne sait honnêtement trop quoi penser d’une telle initiative. L’annonce du casting laisse perplexe : Franck Dubosc et Jean Reno occupent le haut de l’affiche. Tenterait-on de renouer avec l’esprit des Visiteurs tout en cherchant à caresser dans le sens du poil le public friand d’humour simple et franchouillard ? Bizarrement, ce film estampillé Netflix est diffusé conjointement à un programme voisin proposé par Canal + : un jeu de téléréalité tiré lui aussi des « Loups-garous de Thiercelieux ». Cette profusion soudaine de lycanthropes sera-t-elle source de réjouissances pour de public amateur de monstres ? Pas vraiment, hélas.

Le film commence par le portrait d’une famille recomposée et gentiment dysfonctionnelle : Jérôme (Franck Dubosc), professeur de musique, est marié avec Marie (Suzanne Clément), avocate. Chacun a un enfant d’une précédente union ainsi qu’une fille qu’ils ont eue ensemble. C’est moderne, dans l’air du temps, ça parle à tout le monde. Cette petite troupe part à la campagne pour rendre visite à Gilbert (Jean Reno), le père de Jérôme, un bon gars bourru qui souffre de la maladie d’Alzheimer. Jérôme tente d’agrémenter la journée en proposant à tout le monde une bonne vieille partie de « Loup-garou », mais personne ne semble vraiment intéressé. Il range alors la vieille boîte en bois, qui se met soudain à luire bizarrement et à trembler. L’influence de Jumanji n’aura échappé à personne. François Uzan semble d’ailleurs pleinement l’assumer. Après ce qui ressemble à un tremblement de terre, la petite famille se retrouve en plein moyen-âge, dans un village frappé par des attaques nocturnes de loups-garous…

Daniel Baladin et les Baladettes

Nous avions des réserves légitimes sur l’intérêt d’adapter le jeu en film. Et malheureusement, nous avions raison. L’entrée en matière laisse imaginer une petite comédie fantastique légère pas bien finaude, certes, mais au moins distrayante. Même pas. Le scénario sans queue ni tête de ces Loups-garous – qui ne cherche bizarrement pas à capitaliser sur l’essence même du jeu, autrement dit la quête de l’identité des bêtes – nous laisse parfaitement indifférents. Les traits d’humour de Franck Dubosc tentent bien d’égayer cette histoire qui prend l’eau de toutes parts, en vain, même si quelques clins d’œil qui se complaisent dans leur bêtise assumée (« Je suis le baladin Daniel Baladin, et voici les Baladettes ») savent épisodiquement nous dérider. Il ne suffit pas d’accumuler les références aux chanteurs diffusés sur Nostalgie et Chante France (Johnny Hallyday, Céline Dion, Jean-Jacques Goldman, Michel Sardou) pour réussir une comédie. Même les bêtes conçues par les talentueux artistes de l’atelier 69 peinent à nous convaincre. Ni drôles ni effrayantes, affublées d’effets numériques grossiers, ces créatures sont à l’image du film tout entier : incongrues et à côté de la plaque. Loups-garous n’était donc même pas une fausse bonne idée. C’était tout simplement une mauvaise idée. Vivement « Uno : le film », « L’Attaque du Scrabble » et « Les Mille bornes contre-attaquent ».

 

© Gilles Penso

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COLD PREY (2006)

Pour son premier long-métrage, le cinéaste norvégien Roar Uthaug isole cinq amis dans la montagne avec un tueur psychopathe…

FRITT VILT

 

2006 – NORVÈGE

 

Réalisé par Roar Uthaug

 

Avec Ingrid Bolsø Berdal, Rolf Kristian Larsen, Tomas Alf Larsen, Endre Martin Midtstigen, Viktoria Winge

 

THEMA TUEURS

Alors qu’il est encore lycéen, Roar Uthaug réalise déjà des courts-métrages avec des tueurs psychopathes armés de haches. C’est dire s’il a le cinéma d’horreur et les slashers dans le sang. Formé à la production vidéo dans le comté d’Akershus puis à la réalisation dans l’école de cinéma norvégienne de Lillehammer, il fait beaucoup parler de lui grâce à son film de fins d’études The Martin Administration et s’apprête à se lancer dans le format long. Après s’être rôdé pendant quelques années via la réalisation de films publicitaires et de clips musicaux pour la compagnie Fantefilm, il initie Cold Prey, dont le titre original Fritt Vilt pourrait se traduire par « la saison est ouverte » (sous-entendu la saison de la chasse). Pour un premier film, Uthaug ne choisit pas la facilité. Le lieu de tournage étant situé dans un hôtel de ski de Jotunheimen, dont les routes d’accès sont impraticables pendant les trois mois les plus rudes de l’hiver (et où la température atteint facilement les -25 degrés celcius), tout le matériel est acheminé en motoneige et l’équipe s’y installe nuit et jour pendant sept semaines. Voilà qui renforce les liens. Tous les murs sont peints de couleur sombre pour donner le sentiment que les lieux sont abandonnés depuis des années, puis remis dans leur état d’origine juste avant que les clients ne réintègrent l’hôtel le lendemain du dernier jour de tournage.

Dans les montagnes reculées de Jotunheimen, un garçon au visage marqué par une tache de naissance tente de fuir une mystérieuse entité dans le blizzard, mais il est finalement rattrapé et enterré vivant dans la neige. Voilà comment commence Cold Prey. Des années plus tard, cinq jeunes Norvégiens — Jannicke, son petit ami Eirik, Mikal, Ingunn et Morten Tobias — se rendent sur le même site pour des vacances sportives à base de descentes en snowboard. En cherchant à éviter les foules, ils se retrouvent dans une partie isolée de la montagne. Leur escapade tourne mal lorsque Morten Tobias se casse la jambe à cause d’une chute. Jannicke s’efforce de prendre les choses en main, mais elle se rend compte qu’ils seront incapables de s’occuper correctement de lui en plein air, d’autant qu’ils n’ont aucun réseau pour appeler de l’aide. Quant à leur voiture, elle est garée bien trop loin pour qu’il puisse l’atteindre avant la nuit. En partant explorer les alentours, ils tombent sur un gîte abandonné. Pensant y trouver refuge, ils découvrent rapidement que l’endroit est loin d’être désert. Un colosse armé d’une pioche (qui n’est pas sans rappeler le tueur de Meurtres à la Saint Valentin) rôde en effet dans l’hôtel, prêt à les traquer et à les éliminer un par un.

Froid comme la mort

Le film se distingue d’abord par l’empathie que suscitent les protagonistes, plutôt attachants et moins stupides que les teenagers de la grande majorité des slashers. À l’exception du personnage principal, campé par Ingrid Bolsø Berdal qui écume déjà depuis un moment les plateaux de tournage en jouant quelques petits rôles ici et là (et qui se révèle ici très juste et particulièrement convaincante), tous les autres n’ont qu’une expérience de théâtre amateur derrière eux. Roar Uthaug les dirige sans fausse note, soignant par ailleurs avec minutie sa mise en scène, sa lumière et ses décors (dans lesquels il glisse quelques clins d’œil à Shining, comme la chambre 237). Le suspense final au milieu de la montagne enneigé est lui-même très réussi, offrant à Cold Prey un climax haletant. C’est donc du travail très bien fait. Revers de la médaille : ce premier long-métrage n’apporte rien de très nouveau au genre. Les situations ont toutes été déjà vues ailleurs, plusieurs gimmicks empruntent des voies bien connues (les fameuses ombres qui passent très vite à l’avant-plan, accompagnées d’un son tonitruant pour faire sursauter les spectateurs), bref Uthaug n’évite ni clichés ni lieux communs. La maîtrise de son travail et ses indiscutables qualités plastiques seront récompensés par un joli succès au box-office. Neuvième film le plus rentable de l’année 2006 en Norvège, Cold Prey aura droit à une suite deux ans plus tard.

 

© Gilles Penso


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