LA MALÉDICTION : L’ORIGINE (2024)

Que s’est-il passé avant La Malédiction ? D’où le maléfique Damien Thorne vient-il ?Voici les réponses…

THE FIRST OMEN

 

2024 – USA

 

Réalisé par Arkasha Stevenson

 

Avec Nell Tiger Free, Ralph Ineson, Sonia Braga, Tawfeek Barhom, Maria Caballero, Charles Dance, Bill Nighy, Nicole Sorace, Ishtar Currie-Wilson

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA LA MALÉDICTION

Rien ne nous disposait particulièrement à porter le moindre intérêt à cette Malédiction : l’origine, tentative de résurrection tardive d’une franchise qui s’achevait en 2006 sur un remake sans saveur, et dont la démarche ne semblait pas très éloignée de L’Exorciste – Dévotion qui, lui aussi, jouait la carte de la prequel avec un résultat globalement médiocre. Autre motif de perplexité : le choix de la réalisatrice. Arkasha Stevenson n’ayant jusqu’alors réalisé qu’une poignée de courts-métrages et quelques épisodes de séries TV, était-elle la personne appropriée pour redonner un coup de fouet à cette saga en stand-by depuis près de deux décennies ? Rien n’était moins sûr. C’est donc avec beaucoup de circonspection que nous appréhendons ce film co-écrit par la réalisatrice, Tim Smith et Keith Thomas d’après une histoire de Ben Jacoby. Pourtant, le prologue parvient à capter notre attention en distillant une efficace atmosphère d’angoisse sourde. Cette entame nous laisse quelques espoirs. Peut-être parce qu’elle cherche à retrouver le climat anxiogène que Richard Donner créait dans la première Malédiction. Peut-être aussi parce que les effets de style du William Friedkin de L’Exorciste nous viennent à l’esprit. La musique atonale et volontiers stressante composée par Mark Korven (The Witch) n’est pas totalement étrangère à cette sensation.

Dans cette scène introductive, située dans l’Italie du début des années 1970, le père Brennan (Ralph Ineson) écoute l’étrange confession du père Harris (Charles Dance) à propos d’une conspiration occulte et recueille de ses mains la photo d’un bébé sur laquelle est inscrit un mot énigmatique : « Scianna ». Cet entretien s’achève d’une manière abrupte et sanglante, avant que nous soit présentée notre protagoniste : Margaret Daino (Nell Tiger Free), une novice américaine qui débarque dans l’orphelinat Vizzardeli à Rome. Là, dans une atmosphère austère qui évoque plus les années 40-50 que ces seventies naissantes où se libèrent les mœurs, la jeune religieuse se lie avec Carlita (Nicole Sorace), une orpheline solitaire et maltraitée en proie à de très inquiétantes visions. Selon le père Brennan, cette jeune fille est au cœur d’une sinistre machination visant à provoquer la naissance de l’antéchrist. « Comment contrôler un peuple qui ne croit plus aux tourments de l’enfer ? », dit-il à notre héroïne. « En créant une nouvelle peur. »

Une nouvelle peur

Il faut bien reconnaître qu’Arkasha Stevenson nous surprend agréablement par ses partis pris de mise en scène qui – à quelques exceptions près – refusent les « jump scares » faciles pour chercher des sources de peur plus insidieuses et moins frontales. Sa démarche s’appuie sur la photographie somptueuse d’Aaron Morton et sur le jeu convainquant de Nell Tiger Free dont la beauté discrète, masquée la plupart du temps sous un voile sévère, évoque une certaine idée de l’innocence. L’arrivée de l’ingénue américaine dans une institution européenne rigide qui semble cacher des secrets inavouables n’est d’ailleurs pas sans nous évoquer Suspiria. Les fulgurances horrifiques n’en sont que plus saillantes, notamment deux séquences d’accouchement monstrueuses convoquant le « body horror » cher à David Cronenberg, quelques visions choc servies par les maquillages spéciaux d’Adrien Morot et un grand moment d’hystérie intense qu’on imagine très influencé par l’un des passages les plus célèbres de Possession. Ramenons tout de même les choses à leurs justes proportions. Faire écho aux travaux de Richard Donner, William Friedkin, Dario Argento, David Cronenberg ou Andrzej Zulawski ne signifie pas que La Malédiction : l’origine leur arrive à la cheville. Disons que cet opus dont nous n’attendions rien est une heureuse surprise qui aurait tout gagné à exister de manière autonome sans sa prestigieuse ascendance. D’ailleurs, son plus gros défaut est de tenter de se raccorder maladroitement à La Malédiction premier du nom, via un épilogue un peu vain conçu comme une scène post-générique de chez Marvel.

 

© Gilles Penso

 

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DÉLIVRANCE (1972)

Quatre amis en canoë dans les rapides, un duo de guitare et de banjo, une agression sauvage en pleine nature… et John Boorman réinvente le « survival »

DELIVERANCE

 

1972 – USA

 

Réalisé par John Boorman

 

Avec Jon Voight, Burt Reynolds, Ned Beatty, Ronny Cox, Ed Ramey, Billy Redden, Seamon Glass

 

THEMA TUEURS

Paru en 1970, le roman « Délivrance » de James Dickey serait inspiré d’un fait réel. Cette information est cependant difficile à vérifier, l’écrivain se distinguant par son caractère exubérant doublé d’un fort penchant pour la bouteille. Toujours est-il que Sam Peckinpah s’intéresse fortement à ce livre qu’il souhaite adapter à l’écran avant de découvrir que John Boorman en a déjà obtenu les droits. Peckinpah s’en va donc réaliser Les Chiens de paille (qui aborde plusieurs thématiques communes) et Boorman s’attaque aux préparatifs en envisageant plusieurs têtes d’affiche pour satisfaire le studio Warner Bros. Contactés, Jack Nicholson et Marlon Brando risquent cependant de réclamer des salaires impensables pour une telle production. Le cinéaste revoit donc ses ambitions à la baisse. Son quatuor d’acteurs vedettes sera constitué de Burt Reynolds (qui cherche à échapper au ghetto des séries B et des séries TV), Jon Voight (qui connaît un passage à vide depuis sa remarquable prestation dans Macadam Cowboy) ainsi que Ned Beatty et Ronny Cox qui n’ont encore jamais joué au cinéma et que Boorman découvre sur les planches. Tous les quatre incarnent un groupe d’amis désireux de rompre la routine de leur vie citadine le temps d’un week-end. Leur projet consiste à descendre en canoë une grande rivière de Georgie, dans un splendide cadre sauvage. Mais la balade va basculer dans le cauchemar.

Même si la plupart des dialogues du film reprennent quasiment mot à mot ceux du roman, Boorman tient à une approche spontanée et naturaliste, poussant ses comédiens à proposer des idées nouvelles (notamment pendant la fameuse séquence du viol). Le tournage s’effectue sur la rivière Chatooga, à la frontière de la Georgie et de la Caroline du Nord. Chaque jour, une heure et demie de trajet en 4×4 s’avère nécessaire pour transporter l’équipe et les canoës jusque sur ce site naturel. Pleinement impliqués, les acteurs effectuent leurs propres cascades pour éviter des coûts supplémentaires à la production (qui, du reste, n’a contracté aucune police d’assurance). C’est donc Jon Voight qui escalade lui-même la falaise et Burt Reynolds qui tombe dans les rapides – avec à la clé une fracture du coccyx ! Ces partis-pris donnent clairement aux spectateurs le sentiment que tout ce qui se passe à l’écran se déroule vraiment sous leurs yeux. L’impact de Délivrance n’en est que plus fort.

Le jeu des contrastes

Délivrance appuie toute sa construction sur le jeu des contrastes. Le premier, évident, provient de l’intrusion presque anachronique de ces quatre citadins américains dans un cadre rural et sauvage, habité par des gens dont on a du mal à dire qu’ils sont leurs semblables. Mais cette confrontation ne laisse rien augurer de funeste dans un premier temps. Elle se teinte même d’humour, Bobby (Ned Beatty), le plus moqueur des quatre amis, n’hésitant pas à souligner ces différences avec cynisme. A travers la formidable séquence des « duelling banjos », les hommes des villes et les hommes des champs finissent par trouver un terrain d’entente et même une certaine harmonie. Mais la violence et la barbarie surviennent soudain, marquant un nouveau contraste, à la fois avec ce prologue paisible et avec le site magnifique et luxuriant qui sert de cadre à l’action. Le spectateur est d’autant plus surpris que le film semblait vouloir dégager une philosophie écologique en prônant un salutaire retour à la nature. Délivrance bascule donc sans préavis dans l’horreur sordide, aussi saugrenue et réaliste que les premières œuvres de Wes Craven et Tobe Hooper. Le film de John Boorman redonne alors ses lettres de noblesse au « survival », sous-genre cinématographique qui s’attache aux efforts de protagonistes fuyant la mort dans un milieu hostile. Il en deviendra dès lors le nouveau mètre étalon, la référence absolue.

 

© Gilles Penso


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THÉÂTRE DE SANG (1973)

Vincent Price incarne un comédien raté qui décide d’assassiner un groupe de critiques de théâtre en s’inspirant des pièces de Shakespeare…

THEATER OF BLOOD

 

1973 – GB

 

Réalisé par Douglas Hickox

 

Avec Vincent Price, Diana Rigg, Ian Hendry, Harry Andrews, Robert Morley, Jack Hawkins, Diana Dors

 

THEMA TUEURS

Après le succès de L’Abominable docteur Phibes et de sa suite, Vincent Price reprend un rôle très similaire dans Théâtre de sang dont le scénario fonctionne une fois de plus sur le principe de la vengeance méthodique et raffinée d’un homme passé pour mort. Sollicité pour diriger le film, Robert Fuest – à la tête des deux Docteur Phibes – préfère passer son tour pour ne pas être catalogué « réalisateur de films avec Vincent Price qui tue les gens en série ». La mise en scène est donc confiée à Douglas Hickox, qui vient de réaliser le thriller La Cible hurlante avec Oliver Reed. Price lui-même aurait pu être rebuté à l’idée de se plagier lui-même. Mais il tombe littéralement amoureux du scénario d’Anthony Greville-Bell et se délecte à l’idée de pasticher quelques grands classiques du répertoire de William Shakespeare. Jouer dans Théâtre de sang lui permet en effet de combler une frustration, celle de ne pas avoir pu jouer du Shakespeare sur scène en Angleterre à cause de sa carrière cinématographique. Réciter la prose de son écrivain préféré tout en détournant les codes du cinéma d’horreur qui fit sa gloire, voilà une belle revanche.

Le charismatique comédien moustachu incarne ici Edward Kendal Sheridan Lionheart, un comédien de théâtre au jeu ampoulé et excessif que la critique éreinte systématiquement. Le jour où la récompense suprême – le Grand Prix de la Critique – lui échappe au profit d’un jeune premier prometteur, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Dans son plus bel apparat, il rend visite aux huit membres du jury, leur déclame le fameux monologue d’« Hamlet » puis, en guise de sortie, se jette par la fenêtre. Quelques mois plus tard, une série de meurtres abominables défraient la chronique. Les victimes sont des critiques de théâtre, tous membres du fameux trophée annuel du meilleur acteur. Il devient vite évident que Lionheart n’est pas mort et qu’il lance une terrible campagne vengeresse contre ceux qui ont brisé sa carrière. Recueilli par un groupe de sans abri qu’il a transformé en troupe de théâtre hétéroclite, l’acteur déchu s’est mis en tête de tuer un à un ceux qui l’ont humilié en s’inspirant des crimes les plus spectaculaires décrits dans l’œuvre de son mentor William Shakespeare.

Gore et burlesque

Ce concept donne l’occasion à Douglas Hickox de mettre en scène des meurtres outranciers où le gore et le burlesque se partagent équitablement la vedette : décapitation à la scie, noyade dans une barrique de vin, électrocution sous une permanente, cœur arraché, torse transpercé… Bourreau caricatural, Vincent Price s’en donne à cœur joie, cabotinant plus que de raison, comme son rôle l’exige, et paraissant sous les grimages les plus variés, le plus exubérant d’entre eux étant sans conteste le coiffeur efféminé affublé d’une coupe afro ! A ses côtés, on retrouve avec bonheur Diana Rigg, inoubliable Emma Peel de Chapeau melon et bottes de cuir et James Bond Girl d’Au service secret de Sa Majesté, dans le rôle de la fille et complice de Lionheart. Le final est à l’image du héros : grandiloquent et exagérément théâtral. De tous les personnages qu’il incarna à l’écran, Vincent Price avoua que Lionheart, summum d’excès et d’exubérance, fut l’un de ses préférés. Son enthousiasme – comme celui de Diana Rigg – est parfaitement perceptible à l’écran, même si nous serions tentés de préférer Price dans des registres plus subtils.

 

© Gilles Penso


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FANTOMAS CONTRE SCOTLAND YARD (1967)

Cette troisième aventure consacrée au célèbre super-vilain et à son gesticulant adversaire incarné par Louis de Funès s’installe en Ecosse…

FANTOMAS CONTRE SCOTLAND YARD

 

1967 – FRANCE / ITALIE

 

Réalisé par André Hunebelle

 

Avec Louis de Funès, Jean Marais, Mylène Demongeot, Jacques Dynam, Robert Dalban, François Christophe, Jean-Roger Caussimon, André Dumas

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA FANTOMAS

Pour leur troisième aventure orchestrée par André Hunebelle, Fantomas, le super-vilain au masque bleu, et l’inspecteur Juve, son intraitable adversaire, s’éloignent de l’influence des James Bond pour une sorte de retour à l’esprit des romans originaux. Du moins pour ce qui est du cadre géographique, autrement dit un huis-clos dans une ambiance gothique. Pour le reste, la farce burlesque et les péripéties abracadabrantes sont toujours au menu, loin donc du ton des récits de Feuillade. Si Fantomas contre Scotland Yard se déroule en Ecosse, seules les images du générique sont tournées au Royaume-Uni. Car la grande majorité des prises de vues sont réalisées en France, autrement dit dans le château girondin de Roquetaillade pour certains intérieurs, la forêt de Fontainebleau pour les extérieurs champêtres et les plateaux des studios de Boulogne pour le reste. Cet ultime épisode souffre de la dégradation des relations entre Louis de Funès et Jean Marais. Le magnifique héros de La Belle et la Bête a bien compris qu’il était tombé de son piédestal depuis longtemps, passant du statut de superstar à celui de faire-valoir du clown vedette. Son âge ne l’autorisant plus à effectuer certaines cascades, une rancœur croissante s’installe et se ressent fatalement pendant le tournage.

Cette fois-ci, Fantomas décide de taxer les propriétaires de grandes fortunes d’un impôt sur le droit de vivre. Il prend l’identité du richissime Walter Brown, qu’il assassine, et annonce cette nouvelle taxe à Lord McRashley (Jean-Roger Caussimon), l’une des plus grosses fortunes d’Ecosse. Fandor (Marais), accompagné de sa fiancée Hélène (Mylène Demongeot), et Juve (De Funès), flanqué de son adjoint (Jacques Dynam), se rendent donc sur place, l’un pour un reportage, l’autre pour assurer la sécurité des lieux. Or Rashley décide de se servir d’eux comme appât pour piéger Fantomas et les invite dans son château, en compagnie de plusieurs millionnaires taxés eux aussi par le super-vilain. Nous voilà plongés dans une Ecosse bizarre où tout le monde parle français et où les mystères de Paris des épisodes précédents cèdent le pas à l’atmosphère des « ghost stories » à l’anglaise. La mécanique du vaudeville peut donc s’y installer tranquillement. Le gag récurrent de Juve qui voit des cadavres dans sa chambre mais qui, lorsqu’il alerte tout le monde, constate que les corps ont disparu, est répété jusqu’à épuisement. Tout comme celui des fantômes drapés qui apparaissent et disparaissent dans les couloirs.

« Tout fantôme aperçu dans le château sera arrêté sur le champ ! »

Bien sûr, De Funès reste désopilant, que ce soit à travers ses répliques absurdes (« Désormais, tout fantôme aperçu dans le château sera arrêté sur le champ ! ») ou dans son exercice favori des mimiques éberluées (lorsqu’il croit que son cheval parle notamment), mais cet épisode est clairement inférieur aux deux autres. Le remplacement du cadre urbain par la campagne écossaise y est pour beaucoup. Le manque de rebondissements du scénario aussi. Quelques moments non comiques fonctionnent pourtant bien, comme la révélation du visage de Fantomas face à l’amant de la femme de McRashley, en pleine chasse à courre, ou cette spectaculaire poursuite à cheval qui s’achève par l’accrochage de Jean Marais aux roues d’un avion en train de décoller. Le final voit le super-vilain prendre la fuite grâce à une fusée dissimulée dans l’une des tours du château, à grand renfort de stock-shots de l’armée pour décrire l’attaque de l’engin par une escouade d’avions militaires. Le film rapporte 3,5 millions d’entrées en France, soit un million de moins que le premier opus. Malgré sa fin ouverte, la saga en reste là et le quatrième volet envisagé, Fantomas à Moscou, reste dans les tiroirs. Les relations conflictuelles entre De Funès et Jean Marais auraient du reste joué aussi en défaveur de ce projet abandonné.

 

© Gilles Penso

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LA FILLE DE JACK L’ÉVENTREUR (1971)

Et si la progéniture du célèbre assassin de Whitechapel était animée par les mêmes pulsions meurtrières que lui ?

HANDS OF THE RIPPER

 

1971 – GB

 

Réalisé par Peter Sasdy

 

Avec Eric Porter, Angharad Rees, Jane Merrow, Keith Bell, Derek Godfrey, Dora Bryan, Marjorie Rhodes, Lynda Baron

 

THEMA TUEURS

Après avoir réalisé Une Messe pour Dracula et Comtesse Dracula, Peter Sasdy retrouve la Hammer pour revisiter sous un jour inattendu la figure du plus célèbre des tueurs en série du monde. La même année, le sinistre Jack fera aussi une apparition dans une autre production Hammer, le très impertinent Docteur Jekyll et Sister Hyde. « Les personnages et les incidents décrits ainsi que les noms utilisés ici sont fictifs et toute ressemblance avec les noms, le caractère ou l’histoire d’une personne est entièrement accidentelle et non intentionnelle. » C’est sur ce texte que s’ouvre La Fille de Jack l’éventreur. Nous suivons alors les pas d’une prostituée qui est soudain assassinée dans une ruelle sombre de Whitechapel. Après le meurtre, le criminel encapuchonné s’éloigne d’un pas alerte, rentre chez lui, se dispute avec sa femme et finit par la tuer à son tour, sous les yeux de sa fille Anna, avant de finir abattu par la police. Quelques années plus tard, la jeune fille est recueillie par une tenancière d’auberge qui la fait participer à de fausses séances de spiritisme pour collecter quelque menue monnaie. C’est alors qu’intervient un psychiatre, bien décidé à chasser ses pulsions morbides.

Tourné en grande partie aux studios Pinewood, dans une grande reconstitution de la rue Baker Street utilisée un an plus tôt pour La Vie privée de Sherlock Holmes, La Fille de Jack l’éventreur prend le parti audacieux de mêler l’épouvante à la psychanalyse. En ce sens, cette relecture inhabituelle des forfaits du tueur de Whitechapel n’est pas sans évoquer Pas de printemps pour Marnie. Car à l’instar de l’héroïne d’Alfred Hitchcock, la fille de l’assassin (incarnée par Angharad Rees) cède à la violence inconsciente lorsqu’elle est stimulée par des chocs visuels et sonores lui rappelant le traumatisme qu’elle vécut dans sa jeunesse. Lorsque le professeur Pritchard, interprété avec un charisme impérial et un sérieux imperturbable par Eric Porter, décide de prendre la malheureuse sous son aile, il se heurte vite à l’incompréhension de son entourage. « Bon sang, vous avez un être possédé sous votre toit, aussi sauvage que n’importe quelle bête féroce », s’entend-il dire.

« Vous avez une possédée sous votre toit »

Mais malgré ses apparences affables et altruistes, Pritchard ne s’occupe pas uniquement d’Anna dans un but philanthropique. Ses véritables intentions sont d’appliquer les théories d’un certain Sigmund Freud, et de vérifier si la jeune fille se laissera inconsciemment dominer par son Ça. La réponse ne tarde pas à venir lorsqu’Anna se met à perpétrer de sanglants assassinats, comme le fit jadis son géniteur. Comme dans les meilleurs longs-métrages estampillés Hammer, le monstre et ses exactions sont en réalité les révélateurs d’une société victorienne hypocrite et corrompue. Finalement, Pritchard n’est pas si éloigné du docteur Frankenstein incarné par Peter Cushing, prêt à tout pour confirmer ses théories scientifiques, quitte à multiplier les dommages collatéraux. Les séquences de meurtres, pour stylisées qu’elles soient, s’avèrent assez sanglantes et évoquent les excès graphiques du giallo italien. La censure américaine exigera d’ailleurs certaines coupes pour alléger l’impact de ces scènes. Pour son climax sombre et théâtral, le film s’achève dans la nef vertigineuse d’une église reconstruite en studio, la cathédrale St Paul initialement prévue ayant refusé d’accueillir l’équipe de tournage. Le film sera exploité en double programme avec Les Sévices de Dracula.

 

© Gilles Penso


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ATLAS (2024)

Jennifer Lopez affronte un redoutable androïde terroriste dans un monde futuriste où l’intelligence artificielle s’est implantée partout…

ATLAS

 

2024 – USA

 

Réalisé par Brad Peyton

 

Avec Jennifer Lopez, Simu Liu, Sterling K. Brown, Gregory James Cohan, Abraham Popoola, Lana Parrilla, Mark Strong, Briella Guiza, Adia Smith-Eriksson

 

THEMA ROBOTS I FUTUR

Brad Peyton n’est pas réputé pour son sens de la finesse. Plus proche de l’habile pyrotechnicien que du metteur en scène au sens noble du terme, il orchestra les feux d’artifices délirants de Voyage au centre de la Terre 2, San Andreas et Rampage pour Dwayne Johnson. Le savoir à la tête d’Atlas, qui marque le grand retour de Jennifer Lopez dans un film de science-fiction, 24 ans après The Cell, avait donc de quoi laisser perplexe. Ce spécialiste de l’action musclée primitive allait-il pouvoir rendre justice au scénario de Leo Sardarian et Aron Eli Coleite s’attachant aux relations complexes nouées entre les humains et les intelligences artificielles ? Rien n’était moins sûr. Atlas se déroule une centaine d’années dans le futur. Harlan (Simu Liu, le héros de Shang-Chi), un androïde rebelle, a soulevé les machines contre les humains, provoquant une guerre aux terribles répercussions. Plusieurs millions de morts plus tard, le robot psychopathe est vaincu mais parvient à s’enfuir sur une lointaine planète. Jennifer Lopez incarne Atlas Shepherd, fille de la scientifique qui conçut Harlan. Brillante analyste ayant développé une méfiance bien compréhensible à l’égard de l’intelligence artificielle, elle accepte de se joindre à une mission militaire qui a pour objectif la capture du terroriste humanoïde. Or rien ne va se passer comme prévu…

Il n’est pas difficile de déceler les sources d’inspiration d’Atlas. Les premiers titres qui nous viennent logiquement à l’esprit sont Blade Runner et Terminator. Brad Peyton assume totalement, incapable de nier son admiration pour le cinéma de SF des années 80. L’entrée en scène d’un « mecha » qu’Atlas va être contrainte de piloter pendant la grande majorité du film évoque d’autres classiques du genre. On pense notamment au « power loader » d’Aliens et aux « AMP suits » d’Avatar, des exosquelettes robotiques qui sont entrés dans la légende. Le cinéaste avoue aussi s’être laissé influencer par le jeu « Titanfall » et même par Robot Jox de Stuart Gordon. Malgré tout, Atlas parvient à ne pas totalement crouler sous les poids de ses multiples références. Pour y parvenir, le film s’efforce de développer des péripéties qui lui soient propres tout en prenant les allures d’un « survival ». Car l’infortunée Atlas se retrouve bientôt seule dans un environnement particulièrement hostile, contrainte de se lier à une machine si elle veut avoir une chance d’en sortir vivante.

Bad Robot

« C’était mon premier film presque entièrement tourné sur fond vert », raconte Jennifer Lopez. « J’ai passé près de sept semaines dans cet exosquelette, donc toute seule, sans aucun autre acteur. C’était une manière de jouer différente de mes précédents projets » (1). À la fois actrice principale et productrice d’Atlas, elle semble effectivement s’investir corps et âme dans un tournage qu’on imagine complexe. L’efficacité du film s’appuie beaucoup sur sa performance. L’aventure prend la forme inattendue d’une sorte de voyage initiatique, d’une introspection au cours de laquelle, entre deux bastons explosives menées avec beaucoup de virtuosité, notre protagoniste s’interroge sur ses propres sentiments refoulés et sur son rapport d’amour/haine vis-à-vis de l’intelligence artificielle. En ce sens, Atlas dénote agréablement par rapport aux films précédents de Payton qui ne cherchaient jamais à dépasser leur simple statut d’attractions foraines. Dommage cependant que le film ne pousse pas plus loin la réflexion sur ce sujet brûlant d’actualité et ne cherche jamais à gratter au-delà de la couche purement récréative de son intrigue. Il aurait pourtant été passionnant d’explorer de plus près les motivations de ce robot supra-intelligent qui cherche à éradiquer la grande majorité de la population terrienne non par soif de pouvoir mais parce que c’est la seule solution, selon lui, pour sauver la race humaine. Un supplément d’âme et un peu plus d’audace n’auraient pas nui à cet Atlas qui, en l’état, s’apprécie sans déplaisir mais ne marquera pas les mémoires.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur TF1 info en mai 2024.

 

© Gilles Penso


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SOUS LA SEINE (2024)

Parisiennes, parisiens, vous êtes priés d’évacuer de toute urgence les quais et les berges : un requin géant se faufile entre les péniches !

SOUS LA SEINE

 

2024 – FRANCE

 

Réalisé par Xavier Gens

 

Avec Bérénice Bejo, Nassim Lyes, Léa Léviant, Sandra Parfait, Aksel Ustun, Aurélia Petit, Marvin Dubart, Daouda Keita, Ibrahima Ba, Anne Marivin, Stéphane Jacquot

 

THEMA MONSTRES MARINS

Xavier Gens n’est plus à un défi près. Un premier long-métrage choc qui marche sur les traces de Tobe Hooper (Frontière(s)), de l’action musclée et survitaminée (Hitman, Farang), un récit post-apocalyptique nihiliste (The Divide), de l’horreur surnaturelle (The Crucifixion), une fable marine aux confins des univers de Lovecraft (Cold Skin)… Alors pourquoi pas une version parisienne des Dents de la mer ? Le projet est amené par les producteurs Édouard Duprey et Sébastien Auscher, mais pour pouvoir financer une telle entreprise, il faut « pactiser avec le diable », autrement dit accepter une diffusion directe sur la plateforme Netflix sans passer par la case cinéma. Xavier Gens n’est pas dupe. Réunir près de 20 millions d’euros pour un tel film via un circuit de distribution classique aurait été impossible. Si le concept peut faire sourire (« un requin sous la Tour Eiffel »), le cinéaste n’entend pas s’inscrire dans la lignée de Sharknado. « J’avais envie de prendre ce genre de films au premier degré », explique-t-il. « Je me suis servi d’un pitch de série Z un peu nanardesque, qui peut être casse-gueule, pour pouvoir raconter un film qui fait part de mes obsessions et de mes convictions écologiques, qui propose une ironie dramatique sur la réalité » (1). Car depuis le classique de Spielberg, les requins n’ont plus si mauvaise presse et font partie d’un écosystème qu’il est urgent de préserver.

Le scénario de Sous la Seine s’inscrit donc dans une prise de conscience environnementale. C’est d’ailleurs dans l’épouvantable vortex de déchets en plastique du Pacifique Nord que démarre le film, siège du trauma initial de Sophia, l’héroïne campée par Bérénice Bejo. L’équipe de plongeurs dont elle fait partie est décimée par un squale à la croissance accélérée et au comportement anormalement agressif. Nous la retrouvons trois ans plus tard, désormais guide dans un aquarium parisien et toujours très marquée par le drame (elle vit seule, déprime en revoyant les vidéos du bon vieux temps et se nourrit de bonbons Haribo). Comme la formule établie par Herman Melville dans « Moby Dick » a fait ses preuves, Sophia va subitement se retrouver confrontée à son ennemi juré dans la mesure où le monstre marin a encore muté et se love désormais sous la Seine, prêt à bondir sur la première proie qui croisera ses mâchoires. Un malheur n’arrivant jamais seul, la ville de Paris s’apprête à accueillir pour la première fois les championnats du monde de triathlon, autrement dit des centaines de nageurs prêts à se transformer en amuse-gueule sous les yeux du public…

Bête de Seine

L’audace d’un tel projet, l’ampleur de ses ambitions artistiques et techniques et les moyens mis à sa disposition (autorisant un large déploiement d’effets spéciaux numériques et animatroniques) forcent le respect et permettent de passer outre ses personnages gentiment archétypaux, ses répliques qui ne sonnent pas toujours très justes et ses rebondissements un peu abracadabrants. C’est surtout là que se mesure l’écart abyssal entre l’accueil reçu par un tel film sur sa terre natale et outre-Atlantique. Alors que les critiques américains louent le caractère résolument divertissant de Sous la Seine, leurs homologues français s’offusquent violemment et crient au nanar. Bien sûr, le huitième long-métrage de Xavier Gens n’a rien d’un chef d’œuvre et le Bruce de Steven Spielberg peut tranquillement dormir sur ses deux ouïes. Mais pourquoi ne pas accepter cette distrayante série B pour ce qu’elle est ? Côté acteurs, donnons une mention spéciale à Anne Marivin, génialement détestable en maire de Paris à mi-chemin entre Murray Hamilton dans Les Dents de la mer et Anne Hidalgo (dont nous serions curieux de connaître la réaction face à cette caricature pas très flatteuse). Quant au climax, il prend des proportions dantesques impensables en rejouant les cartes de l’équilibre alimentaire de la planète.

 

(1) Extrait d’un entretien diffusé sur BFM en juin 2024

 

© Gilles Penso


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BLAIR WITCH 2 : LE LIVRE DES OMBRES (2000)

Le miracle du Projet Blair Witch ne pouvait se produire qu’une fois. C’est du moins ce que tend à prouver cette suite pétrie de maladresses…

BOOK OF SHADOWS 2 : BLAIR WITCH 2

 

2000 – USA

 

Réalisé par Joe Berlinger

 

Avec Kim Director, Jeffrey Donovan, Erica Leerhsen, Tristine Skyler, Stephen Barker Turner, Kurt Loder, Chuck Scarborough

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA BLAIR WITCH

Blair Witch 2 est né d’une série de compromis qui permettent de mieux comprendre sa nature décousue et son style incertain. L’idée de départ est assez simple : Artisan Entertainment, distributeur et détenteur des droits du Projet Blair Witch, veut profiter très rapidement du succès inespéré du film pour en initier une suite. Mais Daniel Myrick et Eduardo Sánchez, les deux réalisateurs à l’origine de ce petit miracle, préfèrent attendre que l’engouement retombe pour concocter un second épisode auquel ils auront le temps de mûrement réfléchir. L’équipe d’Artisan décide alors de se passer d’eux et de lancer cette séquelle dans les plus brefs délais, coûte que coûte. S’ils sont crédités comme producteurs exécutifs de Blair Witch 2, Myrick et Sánchez ne jouent en réalité aucun rôle dans son élaboration (et s’avoueront d’ailleurs très déçus par le résultat). C’est Joe Berlinger qui hérite de la réalisation. Désireux de se lancer dans un premier long-métrage, il courtise déjà depuis quelques temps les producteurs d’Artisan Entertainment avec ses propres scénarios originaux. Mais pour l’heure, seule la suite de Blair Witch compte. Berlinger accepte le défi, écrit cette séquelle en deux mois et se lance dans un tournage marathon pour une sortie prévue fin octobre 2000.

Étant donné que Le Projet Blair Witch fixait assez rapidement les limites de son concept et de son script anémique, il faut bien reconnaître qu’on voyait mal l’intérêt d’un deuxième épisode, au-delà de son potentiel financier. Au vu du film, les craintes sont confirmées. Cette séquelle se révèle non seulement pataude mais aussi un brin prétentieuse. Car elle ne cesse de citer Le Projet Blair Witch comme étant un film culte, une œuvre marquante, un objet d’admiration pour une horde de fans. Et de fait, les protagonistes sont ici un groupe d’aficionados tellement marqués par le film en question qu’ils ont décidé de reprendre l’enquête dans les bois de Burkitsville, suréquipés en matériel vidéo et ne cessant de se référer au Projet Blair Witch. Le but de ce nombrilisme effarant est double : entretenir le jeu du vrai du faux autour de la légende urbaine de la fameuse sorcière champêtre, et clamer haut et fort à quel point le premier film était un chef d’œuvre. Cet exercice d’autosatisfaction et de vantardise outrancière finit vite par lasser. D’autant que Blair Witch 2 lui-même ressemble plus à un produit dérivé qu’à un film à part entière.

Autosatisfaction

Après une nuit bien arrosée au beau milieu des bois, nos cinq protagonistes se rendent compte qu’ils ont un gros trou de mémoire sur ce qui s’est passé au cours des dernières heures. Et lorsqu’ils rentrent au bercail, c’est pour constater que leurs bandes vidéo présentent d’étranges artefacts. Bientôt, ils doivent se rendre à l’évidence : ils ont ramené une entité maléfique avec eux. Voilà pour le pitch. Rien de bien neuf, donc, d’autant que la mise en scène est paresseuse, les comédiens assez peu supportables et les dialogues volontiers indigestes. Quant au fameux livre des ombres du titre, il brille ici par son absence. Joe Berlinger a beau cligner de l’œil vers ses références cinématographiques principales, en l’occurrence La Malédiction, L’Exorciste, Evil Dead, la mayonnaise ne prend pas. Mais il est difficile d’appréhender pleinement sa vision de cinéaste, dans la mesure où les producteurs, mécontents de son travail, font tourner de nouvelles séquences qu’ils jugent plus commerciales et refusent plusieurs de ses choix artistiques. Blair Witch 2 est donc un film bancal qui n’aura guère permis à son réalisateur de rebondir facilement. Berlinger ne réalisera par la suite qu’un autre film de fiction, Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile, le reste de sa carrière se concentrant sur les programmes télévisés et les documentaires.

 

© Gilles Penso


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MYSTÉRIEUSE PLANÈTE (1982)

Grand amateur des films de monstres de Ray Harryhausen et Willis O’Brien, Brett Piper se lance dans une version spatiale de « L’île mystérieuse »…

MYSTERIOUS PLANET

 

1982 – USA

 

Réalisé par Brett Piper

 

Avec Paula Taupier, Boydd Piper, Michael Quigley, Bruce Nadeau, Vance Dallas, Hanna Landy, Marilyn Mullen, Bernard Nero, George Seavey, Cynthia Vacca

 

THEMA SPACE OPERA

Pour son premier long-métrage, Brett Piper voit grand. Il souhaite adapter « L’île mystérieuse » de Jules Verne tout en y intégrant des éléments du « Monde perdu » de Conan Doyle, le tout dans l’espace pour surfer sur la vague lancée par La Guerre des étoiles. Le scénario concerne un équipage d’astronautes qui atterrit sur une planète mystérieuse, suite à un orage magnétique. En l’explorant, ils découvrent des sauriens monstrueux et une indigène, puis s’opposent à une flotte ennemie, avant de quitter enfin ces lieux hostiles. Brett Piper n’a plus qu’un petit problème à régler : trouver l’argent pour réaliser son film. « J’ai trouvé un investisseur dans le New Hampshire pour le financer », nous raconte-t-il « Dix de ses amis pouvaient mettre chacun quelques centaines de dollars dans le projet » (1). Au bout d’un an d’attente, le jeune cinéaste se retrouve donc avec un budget de 5000 dollars et se lance sans plus tarder dans la préparation de son film. Les comédiens sont tous des amateurs, le compositeur fait là ses premiers pas et tous les autres postes sont occupés par Piper lui-même, qui achète à l’occasion une caméra Bolex 16 mm pour 125 dollars.

Soucieux de truffer son film d’effets spéciaux, Piper passe outre son manque d’expérience et, c’était à craindre, le résultat, pour ambitieux qu’il soit, laisse souvent à désirer. Ni les peintures sur verre figurant les paysages extra-terrestres (avec un clin d’œil manifeste à la montagne du crâne de King Kong), ni les timides scènes de vaisseau spatial (qui évoquent celles de Star Crash), ni les effets de rayons laser réalisés en décolorant des portions de pellicule image par image ne s’avèrent très convaincants. Mais le film vaut surtout pour ses nombreuses créatures inspirées par les travaux des rois de la stop-motion Ray Harryhausen et Willis O’Brien. Si leur animation et leur intégration dans les prises de vues réelles sont toujours à la limite du passable, l’originalité de leur morphologie et l’enthousiasme évident de Piper au moment de leur conception sont appréciables. La première créature qu’ils rencontrent est un escargot géant à deux têtes qui rampe sur la plage, dévore l’un d’entre puis retourne dans l’océan, à la façon de l’archélon d’Un million d’années avant JC.

« Tu n’as rien senti d’inexplicable par ici ? »

Au cours de leurs errances sur la planète mystérieuse, nos astronautes (quatre hommes, une femme et un grand type avec une cagoule qui représente visiblement un robot ou un cyborg) passent devant un serpent démesuré qui escalade les arbres et un gros dinosaure quadrupède au crâne cuirassé qui se nourrit sans leur prêter attention, puis sont attaqués par une créature volante aux allures de dragon. Avec ses serres d’aigle à trois doigts longs et griffus, ses grandes ailes de chauve-souris, sa queue de reptile et sa grosse tête de tyrannosaure, le monstre ressemble à un mélange du rhédosaurus du Monstre des temps perdus et des harpies de Jason et les Argonautes. Ce bestiaire fantaisiste se complète avec un plésiosaure qui émerge d’un lac à la manière de celui du Fils de Kong et un lézard cyclope affublé d’une longue queue et de tentacules. On ne pourra pas reprocher à Piper son manque d’inventivité et de générosité. Alors certes, le montage, la photographie, le jeu des acteurs, les dialogues (« Tu n’as rien senti d’inexplicable par ici ? ») et la musique électronique sentent l’amateurisme à plein nez, mais comment ne pas saluer l’audace d’un tel projet ? Malgré toutes ses faiblesses, Mystérieuse planète finit d’ailleurs par rapporter 20 000 dollars, soit quatre fois son prix de revient, un bénéfice qui sera partagé entre Piper et son producteur.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juin 1998

 

© Gilles Penso

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MISE À MORT DU CERF SACRÉ (2017)

Colin Farrell et Nicole Kidman campent un couple faussement tranquille dont la vie bascule suite à une malédiction terrifiante…

THE KILLING OF A SACRED DEER

 

2017 – USA / GB

 

Réalisé par Yorgos Lanthimos

 

Avec Colin Farrell, Nicole Kidman, Barry Keoghan, Raffey Cassidy, Sunny Sujlic, Alicia Silverstone, Bill Camp

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Porté à bout de bras par un casting prestigieux, Mise à mort du cerf sacré est une œuvre profondément perturbante dont le titre énigmatique se réfère au mythe d’Iphigénie tel qu’il fut revisité dans la tragédie d’Euripide. Cette pièce classique conçue en l’an 405 avant JC donne quelques pistes et une poignée de clefs susceptibles daider à mieux comprendre le scénario à priori hermétique élaboré par Yorgos Lanthimos. Très remarqué grâce à Canine et The Lobster, le cinéaste a su fédérer autour de lui une importante communauté d’aficionados parmi lesquels se trouvent les actrices Nicole Kidman et Alicia Silverstone. Ces dernières le supplient quasiment de les engager pour son nouveau fait d’arme. Voilà comment toutes deux se retrouvent en tête d’affiche de Mise à mort du cerf sacré, aux côtés de Colin Farrell qui connaît déjà le réalisateur puisqu’il vient justement de tourner The Lobster avec lui. Farrell avoue avoir été saisi de nausée après avoir lu le script. Loin de le décourager, ce sentiment affûte son intérêt et attise son envie de participer à un long-métrage qui s’annonce résolument inclassable.

Farrell incarne Steven Murphy, un chirurgien renommé qui s’attache à Martin (Barry Keoghan), un adolescent obséquieux dont le père est mort sur sa table d’opération. Steven est-il responsable de ce décès ? Ses penchants pour la boisson l’ont-ils poussé à prendre de mauvaises décisions ? Toujours est-il que les relations qui commencent à s’établir entre lui et Martin prennent une tournure bizarre, un peu possessive, dictée par un sentiment de culpabilité. Bientôt le jeune homme s’immisce dans la famille du chirurgien, rencontre son épouse (Nicole Kidman) et ses deux enfants… L’atmosphère du film devient de plus en plus pesante, rythmée par une bande originale stressante à base de violons hurlants et de percussions agressives. Empruntant une méthodologie proche de celle de William Friedkin pour L’Exorciste, le réalisateur ne fait pas appel à un seul compositeur pour la musique de son film mais choisit d’alterner des créations originales et des morceaux classiques. Ainsi sollicite-t-il le violoniste Oleh Krysa et l’accordéoniste Janne Raettya pour écrire des morceaux extrêmement angoissants, muant les instruments en générateurs de plaintes dissonantes suscitant un malaise immédiat et durable.

Malaise, inconfort et rejet

Le personnage du chirurgien campé par Colin Farrell est lui-même un peu trouble. Lorsque nous découvrons qu’il demande régulièrement à sa femme de simuler l’anesthésie générale avant de lui faire l’amour, L’Effroyable secret du docteur Hichcock de Riccardo Freda nous revient en mémoire. Le fantastique s’installe progressivement, sous forme d’un dilemme impensable assorti d’une malédiction terrible et insidieuse. La direction artistique de Mise à mort du cerf sacré se révèle très soignée – visiblement inspirée par les peintures d’Edward Hopper -, les acteurs sont impeccables, la mise en scène volontairement glaciale, et certaines séquences véhiculent un humour noir un peu désespéré (le tête-à-tête du chirurgien avec la mère de l’adolescent), mais l’on ne comprend pas bien où le réalisateur veut en venir. Lanthimos parvient certes à engendrer l’inconfort et les réactions de rejet viscérales (dès le générique avec son gros plan sur une opération à cœur ouvert bien réelle), mais la démarche excessivement « auteurisante » semble un peu vaine, dans la mouvance de certains films de Michael Haneke dont la provocation facile semble être la raison d’être principale. C’est donc sur un sentiment très mitigé que nous laisse cette Mise à mort nébuleuse.

 

© Gilles Penso

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