BLOODY CHRISTMAS (2012)

Un remake du fameux slasher Douce nuit sanglante nuit qui réinvente à sa manière la figure du Père Noël sanglant…

SILENT NIGHT

 

2012 – USA

 

Réalisé par Steven C. Miller

 

Avec Malcolm McDowell, Jaime King, Dona Logue, Rick Skene, Ellen Wong, Andrew Cecon, Courtney-Jane White, Erik Berg, Tom Anniko, Mike O’Brien, Curtis Moore

 

THEMA TUEURS I SAGA DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT

En 1984, Douce nuit sanglante nuit créait un petit événement – et soulevait au passage quelques polémiques – en décrivant les méfaits d’un tueur psychopathe habillé en Père Noël au beau milieu des fêtes de fin d’année. L’impact fut tel qu’une véritable saga finit par se déployer jusque dans les années 90, les derniers épisodes n’ayant plus grand-chose à voir avec le concept initial. L’idée de produire un remake du premier film de la série est née au début des années 2000. Contacté pour en écrire le scénario, Jayson Rothwell avoue n’avoir jamais vu le long-métrage de 1984. Ce pourrait être rédhibitoire, mais les producteurs sautent au contraire sur cette occasion pour demander au scénariste d’imaginer sa propre histoire. La seule contrainte est de mettre en scène un tueur habillé en Père Noël. Rothwell s’inspire alors d’un fait divers réel (le massacre perpétré par un désaxé déguisé en Santa Claus le soir de Noël de l’année 2008 à Covina, dans le comté de Los Angeles) et construit le récit d’une enquête policière ponctuée de meurtres particulièrement sanglants. Ainsi naît Silent Night (que les distributeurs français traduisent bizarrement par Bloody Christmas). Steven C. Miller, qui avait déjà réalisé une poignée de films d’horreur comme Automaton Transfusion, Scream of the Banshee ou Scary, se voit confier la mise en scène de ce slasher hivernal.

Dès le générique se met en place le rituel du monstre, dont nous ne voyons évidemment pas le visage afin que son identité reste un mystère jusqu’à la fin. L’homme découpe un masque en plastique qu’il affuble d’une barbe blanche et enfile la traditionnelle panoplie rouge tandis que retentit joyeusement « Up on the House Top » de Gene Autry. Mais l’ambiance n’est pas à l’euphorie. Tandis qu’une femme ligotée hurle sur le canapé, un homme immobilisé sur une chaise et relié à des guirlandes électriques crie pour qu’on le libère. Ce couple adultère n’en sortira pas vivant. Ce sont les premières d’une longue liste de victimes à mettre à l’actif de ce vilain Santa psychopathe ayant décidé de mettre la petite ville de Cryer, dans le Wisconsin, à feu et à sang. L’adjointe du shérif, Aubrey Bradimore (Jaime King), va s’efforcer de résoudre l’affaire, même si elle ne se sent plus à la hauteur depuis la mort inattendue de son époux. Mais son boss, le shérif Cooper (Malcolm McDowell), ne lui laisse pas de répit, bien décidé à mettre la main sur ce serial killer insaisissable avant la nuit de Noël…

Ce Père Noël est une ordure !

D’emblée, le film marque une rupture entre son héroïne – dont les failles, les doutes et les faiblesses sont explorés avec plus de profondeur qu’on aurait pu l’imaginer – et le tueur, volontairement déshumanisé et ramené au statut de machine à tuer dénuée d’état d’âme. Le masque en plastique dont il est affublé, noircissant son regard et figeant ses traits, renforce son caractère effrayant, inhumain et bestial. D’autant que ses meurtres sont particulièrement brutaux – avec une mention spéciale pour celui de la bimbo aux seins nus qui passe un très mauvais quart d’heure. Personne n’est épargné, pas même les enfants. Pourtant ce tueur sanguinaire semble obéir à un « code moral », puisqu’il ne s’en prend visiblement qu’à ceux qu’il considère comme des pécheurs : les amants adultères, les praticiens de la pornographie, les enfants gâtés, les curés libidineux. Il s’érige donc en juge et bourreau, utilisant tout ce qui passe à sa portée – hache, tison, lance-flamme et même bois d’une tête de cerf pour cligner de l’œil vers le film original – pour occire tous ceux qui « n’ont pas été sages ». Si Malcolm McDowell cachetonne gentiment dans le rôle de ce vieux shérif acariâtre et dur à cuire qui en a vu d’autres, Jaime King (Sin City, The Spirit, Meurtres à la Saint-Valentin) joue son personnage à fleur de peau et suscite l’empathie du spectateur, même si le scénario de Bloody Christmas n’échappe pas à la routine et s’achemine vers une révélation finale décevante.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

REBEL MOON – PARTIE 1 : ENFANT DU FEU (2023)

Zack Snyder se lance dans un space opera extrêmement ambitieux qui doit beaucoup à Star Wars et aux Sept samouraïs

REBEL MOON – PART 1: A CHILD OF FIRE

 

2023 – USA

 

Réalisé par Zack Snyder

 

Avec Sofia Boutella, Djimon Hounsou, Ed Skrein, Michiel Huisman, Bae Doona, Ray Fisher, Charlie Hunnam, Anthony Hopkins, Staz Nair, Fra Fee, Cleopatra Coleman

 

THEMA SPACE OPERA

Si Rebel Moon évoque tant Star Wars, ce n’est pas tout à fait un hasard. L’idée initiale de Zack Snyder est en effet de proposer à Lucasfilm d’ajouter sa pierre à l’édifice de La Guerre des étoiles à travers un long-métrage un peu plus adulte que les précédents. Nous sommes alors en 2012, peu de temps avant que la société de George Lucas soit rachetée par Walt Disney. Mais son projet est rejeté, manifestement pas en phase avec la ligne éditoriale que la maison de Mickey souhaite adopter pour relancer la franchise. Trois ans plus tard, J.J. Abrams réalisera Le Réveil de la Force. Opiniâtre, Snyder tente de séduire un studio concurrent, Warner Bros, sans plus de succès. C’est finalement Netflix qui ouvrira ses portes pour la seconde fois consécutive à « Mad Zack », après lui avoir laissé le champ libre sur Army of the Dead en 2021. Et comme pour son film de zombies déchaînés en plein Las Vegas, Snyder tourne Rebel Moon au format numérique pour mieux se conformer aux exigences techniques de Netflix, quitte à délaisser les formats 35 et 65 mm qu’il affectionnait tant. D’un commun accord avec la plateforme de streaming, le cinéaste conçoit Rebel Moon sous forme d’un diptyque. Le premier volet est programmé pour décembre 2023 et sa suite au printemps de l’année suivante. De quoi susciter l’attente des (télé)spectateurs et jouer sur leur attente… Pour peu que le public réponde présent, bien sûr.

Ce film choral se situe dans un univers de science-fiction heroic-fantaisiste, le « monde-mère », et se focalise sur le personnage de Kora (Sofia Boutella). Celle-ci, ancien soldat de l’armée de l’Imperium, a décidé de déserter pour se réfugier sur la lune Veldt, dans une petite colonie agricole paisible qui vit de ses récoltes. Mais un jour, une délégation de l’Impérium débarque, menée par le redoutable Atticus Noble (Ed Skrein), et réclame la mainmise sur l’intégralité des récoltes pour nourrir les soldats, quitte à affamer la colonie. Kora décide alors de lancer une quête pour recruter des guerriers dans toute la galaxie afin de s’opposer à l’Imperium. L’intrigue reprend donc dans les grandes lignes celle des 7 mercenaires, déjà déclinée à plusieurs reprises par le passé sous l’angle du space opera (notamment avec Les Mercenaires de l’espace et Les Évadés de l’espace). Snyder assume la référence, Les 7 samouraïs d’Akira Kurosawa figurant parmi ses films de chevet. Mais c’est surtout la version de John Sturges qui nous vient à l’esprit, dans la mesure où Rebel Moon se réapproprie à de nombreuses reprises les codes du western… comme le fit avant lui George Lucas.

Zack Wars

Pour bâtir son propre monde de toutes pièces, Zack Snyder brasse donc les sources d’inspiration et les mixe en un tout qu’il espère cohérent, quitte à assumer – au-delà de celles de Kurosawa et Sturges – l’influence de la saga Star Wars qui servit de starting-block au projet. L’empire galactique dictatorial, les rebelles, les chasseurs de prime, les duels au pistolet laser, les robots amicaux et les bars louches emplis de créatures aux morphologies exubérantes exhalent fatalement un parfum de déjà vu, ce qui n’empêche pas pour autant Rebel Moon de posséder sa propre atmosphère, sa propre saveur et son propre style (Snyder étant plus porté sur la violence et les allusions sexuelles que George Lucas et ses successeurs, on comprend mieux le rejet de Disney). En tête de casting, Sofia Boutella se révèle une solide héroïne d’action, Ed Skrein campe un super-vilain très charismatique, Djimon Hounsou semble cligner de l’œil vers son rôle dans Gladiator et Anthony Hopkins prête sa voix à un étonnant robot pacifiste. Le film est généreux dans son foisonnement d’idées et le réalisateur ne peut s’empêcher de disséminer quelques plans « signature » au fil de l’intrigue (les fameux plans-séquence en plein combat alternant l’ultra-ralenti et la vitesse réelle). Snyder n’a donc rien perdu de son sens visuel et de ses dons d’esthète. Mais son film souffre d’un déséquilibre narratif qui lui donne plus les allures du pilote d’une série TV que d’un long-métrage à part entière. La mise en place est relativement mécanique, jusqu’à un climax qui expédie les choses à la va-vite le temps d’un affrontement spectaculaire mais aux enjeux simplistes.  Il faudra donc attendre le second volet pour s’assurer que le récit de ce space opera tient vraiment la route au-delà de son effet d’annonce.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

JACK FROST 2 (2000)

Le bonhomme de neige psychopathe est de retour sur une île tropicale pour massacrer tout ce qui passe à sa portée…

JACK FROST 2 : REVENGE OF THE KILLER MUTANT SNOWMAN

 

ANNEE – USA

 

Réalisé par Michael Cooney

 

Avec Christopher Allport, Eileen Seeley, Chip Heller, Marsha Clark, Scott MacDonald, Ray Cooney, David Allen Brooks, Sean Patrick Murphy

 

THEMA MUTATIONS

Si le premier Jack Frost s’amusait à mixer l’horreur et la comédie en un jeu d’équilibre délicat, cette suite assume frontalement son caractère parodique, ce que le titre original indique de manière très explicite : Revenge of the Killer Mutant Snowman, autrement dit « La revanche du bonhomme de neige mutant tueur » ! Ce sous-titre s’avère en outre secourable pour tous les spectateurs qui, à l’époque, pouvaient croire que Jack Frost 2 était la suite du Jack Frost de 1998, un conte de Noël sirupeux avec Michael Keaton et Kelly Preston. Or ici, il n’y a pas de place pour les bons sentiments. Le mot d’ordre semble plutôt être : plus c’est bête et méchant, mieux c’est. Dès l’entame, nous comprenons que le ton a un peu changé. Reprenant le rôle du shérif Sam Tiler, Christopher Allport confie ses angoisses à un psychiatre, tandis que la secrétaire et tous les gens dans la salle d’attente s’esclaffent bruyamment en écoutant son témoignage à travers le haut-parleur du téléphone. Ce qui saute aussi aux yeux, dès les premières minutes, c’est que le budget semble encore avoir baissé depuis le premier film – pourtant déjà très « cheap ». La photographie, les décors, la mise en scène, tout accuse ce cruel manque de moyens et concourt à donner à cette séquelle les allures d’un film amateur réalisé entre copains – ce qu’il est presque, d’une certaine manière.

À la fin de Jack Frost, le redoutable tueur givré était réduit en morceaux grâce à une grosse dose d’antigel et enterré six pieds sous terre. Mais le FBI s’intéresse à sa structure moléculaire et engage deux profanateurs de sépulture pour déterrer ses restes et les ramener discrètement dans un de leurs laboratoire. Toutes les expériences qu’ils pratiquent se soldent par des échecs, jusqu’à ce qu’une tasse de thé tombe dans un aquarium où reposaient des bouts du monstre. Une étrange métamorphose s’opère, l’eau bouillonne… et Jack Frost est de retour ! Pendant ce temps, Tiler accepte de quitter sa petite ville pendant les fêtes de Noël pour aller se détendre avec son épouse et un couple d’amis sur le point de se marier sur une petite île tropicale paradisiaque. Manque de chance : aussi revanchard que le requin des Dents de la mer 4, Frost traverse les océans pour retrouver son ennemi juré avec qui il partage maintenant un lien psychique. Le massacre s’apprête donc à recommencer, mais cette fois-ci sous les cocotiers.

Batailles de boules de neiges

Les effets spéciaux n’étaient franchement pas le point fort du premier Jack Frost. Ils ont pourtant encore baissé d’un cran dans cette séquelle. Au costume approximatif et aux trucages mécaniques rudimentaires, le film adjoint désormais des images de synthèse bas de gamme qui n’arrangent rien côté crédibilité. Conscient de ces faiblesses techniques, l’auteur/réalisateur Michael Cooney transforme chaque scène de meurtre en gag de dessin animé version gore, dans l’espoir que le manque de sophistication de ses effets soit moins rédhibitoire. C’est donc un véritable défouloir sans queue ni tête, de la jeune femme écrasée par une enclume de glace jusqu’à la tête d’une bimbo qui explose, en passant par la langue qui reste accrochée à un poteau, le bras arraché à coups de boules de neige, les jets de pics glacés qui perforent tous azimuts ou encore les doigts goulument croqués. Pour faire bonne mesure, Cooney ajoute à son film un soupçon d’érotisme (c’est moins cher que des effets spéciaux et tout aussi vendeur). On note aussi une petite nouveauté amusante : l’éclosion de centaines de bébés Jack Frost aussi virulents que le grand modèle, qui permettent au film de lorgner un peu du côté des Gremlins ou des Critters. Quant à l’épilogue, il cligne de l’œil vers Godzilla, sans doute pour évoquer une idée possible pour une éventuelle nouvelle suite. Un bonhomme de neige grand comme un kaiju, pourquoi pas ?

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT : LES JOUETS DE LA MORT (1991)

Dans cet ultime volet de la saga qui ensanglante les fêtes de Noël, une armada de joujoux assassins se déchaîne…

SILENT NIGHT DEADLY NIGHT 5 : THE TOY MAKER

 

1991 – USA

 

Réalisé par Martin Kitrosser

 

Avec William Thorne, Jane Higginson, Van Quattro, Tracy Faim, Neith Hunter, Conan Yuzna, Mickey Rooney, Brian Bremer, Gerry Black, Clint Howard

 

THEMA JOUETS I SAGA DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT

Cinquième opus d’une saga horrifique multiforme ayant changé de cap à mi-parcours, Douce nuit sanglante nuit : les jouets de la mort raconte comme son prédécesseur une histoire autonome n’ayant rien à voir avec les codes du slasher mis en place dans les premiers épisodes. Brian Yuzna est toujours aux manettes, assurant pour la seconde fois consécutive le rôle de producteur et de co-scénariste, mais il cède sa place de réalisateur à Martin Kitrosser. Ce dernier effectue ici son baptême de metteur en scène après avoir été scénariste pour trois opus de la franchise Vendredi 13. Kitrosser deviendra par la suite le « script supervisor » attitré de Quentin Tarantino et Brett Ratner. La présence la plus inattendue, au générique de Douce nuit sanglante nuit 5, est celle de Mickey Rooney dans le rôle d’un vieux fabriquant de jouets porté sur la bouteille. En 1984, le vénérable comédien avait pourtant fait savoir publiquement – et à grand bruit – que le premier Douce nuit sanglante nuit était un film honteux et détestable qui souillait le caractère sacré de Noël. Selon lui, les « ordures » à l’origine de cette ignominie devaient être « chassés de la ville », rien que ça ! Il faut croire qu’il a entretemps changé d’avis – ou que ses besoins financiers l’ont incité à revoir ses positions morales à la baisse -, car le voilà à l’œuvre dans le cinquième épisode de la saga. Qui l’eut cru ?

Un soir, à l’approche des fêtes de Noël, le jeune Derek Quinn (William Thorne) entend sonner à sa porte et trouve sur le porche de sa maison un cadeau qui lui est adressé. Son père le réprimande pour s’être levé si tard et pour avoir ouvert à un inconnu. Curieux, ce dernier ouvre le cadeau et découvre une sphère rouge en forme de Père Noël qui l’attaque et le tue. Deux semaines après le drame, Sarah (Jane Higginson), la mère de Derek, essaie en vain de faire retrouver la parole au garçon qui, traumatisé, est devenu muet. Pour le distraire, elle l’emmène dans la boutique de jouets du vieux Joe Petto (les amateurs de Pinocchio apprécieront), en vain… À partir de là, les événements bizarres s’enchaînent. Il y a d’abord Pino (Brian Bremer), le fils de Petto, dont le comportement est franchement curieux. Il y a ensuite Noah (Tracy Fraim), cet homme mystérieux qui suit Sarah et Derek partout. Et puis, clou du spectacle, des jouets meurtriers débarquent régulièrement dans la maison de nos héros, avec pour cible manifeste ce pauvre Derek qui ne sait plus où donner de la tête.

Cadeaux empoisonnés

Les joujoux sanglants sont bien sûr l’attraction principale du film : le Père Noël sphérique aux dents acérées, la chenille en plastique aux mandibules tranchantes, un serpent en caoutchouc virulent, une main baladeuse assassine, une petite voiture équipée de scies circulaires, un tank et des petits soldats armés de munitions réelles… La plupart d’entre eux se déchaînent à l’occasion d’une scène de massacre dans une chambre à coucher qui n’est pas sans nous rappeler les délires de la saga Puppet Master. Fait surprenant : Neith Hunter et Conan Yuzna (le fils de Brian) reviennent faire de petites apparitions en reprenant le rôle qu’ils jouaient dans le film précédent, autrement dit la journaliste Kim et Lonnie, le fils de son ex-petit ami. Même Clint Howard revient brièvement jouer le vagabond Ricky (qui trépassait pourtant à la fin du quatrième Douce nuit sanglante nuit). Malgré de furtives allusions aux événements survenus l’année précédente (« Si je te disais ce par quoi je suis passée, tu n’y croirais pas », dit Kim à Sarah), la présence de ces personnages sert moins à créer une quelconque continuité narrative avec le quatrième épisode qu’à adresser des clins d’œil aux spectateurs. Brian Yuzna s’amuse d’ailleurs à distiller quelques références ici et là, la plus invraisemblable étant cette gamine (jouée par sa propre fille) qui demande au père Noël de lui apporter la cassette vidéo de Re-Animator 2 ! Avec ses jouets assassins, ses retournements de situation et son coup de théâtre final invraisemblable (il faut le voir pour le croire !), Douce nuit sanglante nuit 5 achève sur une note joyeusement exubérante cette saga inégale.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT : L’INITIATION (1990)

Le réalisateur de Society et Re-Animator 2 signe le quatrième épisode de la saga du Père Noël tueur en changeant totalement de registre et de style…

SILENT NIGHT DEADLY NIGHT 4 : INITIATION

 

1990 – USA

 

Réalisé par Brian Yuzna

 

Avec Neith Hunter, Maud Adams, Tommy Hinkley, Clint Howard, Reggie Bannister, Allyce Beasley, Hugh Fink, Richard N. Gladstein, Glen Chin, Jeanne Bates

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I INSECTES I SAGA DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT

Contrairement aux précédents opus de la « saga » Douce nuit sanglante nuit, ce quatrième épisode n’a strictement rien à voir avec le tueur psychopathe déguisé en Père Noël qui servait de fil conducteur (avec plus ou moins de cohérence) à la trilogie première. Le script, écrit par Zeph E. Daniel (sous le pseudonyme de Woody Keith), s’inspire d’un premier jet d’Arthur Gorson et S.J. Smith qui aurait dû servir à Douce nuit sanglante nuit : coma dépassé mais qui fut rejeté par le réalisateur Monte Hellman. Daniel ayant déjà collaboré avec Brian Yuzna à l’occasion de Society et Re-Animator II, il propose au cinéaste de s’embarquer dans l’aventure, avec la bénédiction de la compagnie Live Entertainment qui a récupéré les droits de la franchise. Yuzna accepte mais souhaite mettre son grain de sel dans l’histoire, y intégrant notamment le mythe biblique de Lilith, la première femme d’Adam bannie du jardin d’Éden, ainsi que certains éléments scénaristiques liés à l’émancipation des femmes. Les producteurs insistent pour faire participer au film Maud Adams, l’une des rares actrices ayant eu l’honneur de jouer deux rôles différents dans la saga James Bond (elle fut la petite-amie de Christopher Lee dans L’Homme au pistolet d’or et le personnage-titre d’Octopussy). L’équipe étant au complet, le tournage peut commencer… et Yuzna déchaîner son grain de folie horrifico-fantasmagorique sur l’écran.

Kim Levitt (Neith Hunter) rêve de devenir grand reporter mais est cantonnée à classer et rédiger des petites annonces pour le journal Los Angeles Eye. Son rédacteur en chef Eli (Reggie Bannister, transfuge de Phantasm), semble donner du fil à retordre à tous les hommes de son bureau, y compris à son petit ami Hank (Tommy Hinkley). Lorsqu’une femme est découverte morte sur le trottoir après s’être précipitée du haut d’un immeuble, à moitié brûlée dans un cas inexpliqué de combustion humaine spontanée, Kim décide d’enquêter sur cette histoire pour en tirer un reportage, quitte à se passer du feu vert de son patron. Au cours de ses investigations, elle croise le chemin de Fima (Maud Adams), propriétaire d’une librairie d’occasion qui lui fait cadeau d’un livre sur le féminisme et l’occultisme… Cette rencontre sympathique, qui se poursuit par un petit pique-nique champêtre, va progressivement se transformer en l’un de ces cauchemars poisseux et déstabilisants dont Brian Yuzna a le secret…

« L’esprit de tout ce qui rampe… »

Partant du principe que Lilith est « l’esprit de tout ce qui rampe », le cinéaste s’adonne à une série de séquences perturbantes jouant avec la phobie des insectes : appartement infesté de cancrelats, énormes larves visqueuses et gémissantes, cafard géant accroché à un plafond, surgissement d’un invertébré gluant en dehors d’une bouche, mutations organiques à mi-chemin entre La Mouche de David Cronenberg et « La Métamorphose » de Franz Kafka… Le concepteur de ces effets spéciaux inventifs n’est autre que Screaming Mad George, le génial maquilleur déjà à l’œuvre sur les mutations surréalistes de Society. En dehors de ces passages horrifiques démonstratifs, Douce nuit sanglante nuit 4 construit un climat anxiogène efficace, inspiré manifestement en partie par Rosemary’s Baby, et semble même vouloir s’ériger en pamphlet contre le machisme à travers le comportement lourdaud des hommes qui entourent notre héroïne : ses collègues de bureau, son petit-ami, son beau-père… Ce film étrange, qui se suffit à lui-même sans besoin de se rattacher à la saga dont il est censé constituer le quatrième opus, porte donc un titre abusif qui ne se justifie que par l’imagerie de la fête de Noël timidement distillée tout au long du récit. Malgré ses attraits, il s’agit d’une œuvrette très anecdotique dans la carrière de réalisateur de Yuzna, coincée entre le délirant Re-Animator II et le remarquable Le Retour des morts-vivants 3.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

JACK FROST (1997)

Exposé à des produits chimiques expérimentaux, un dangereux tueur en série se transforme en bonhomme de neige psychopathe !

JACK FROST

 

1997 – USA

 

Réalisé par Michael Cooney

 

Avec Christopher Alport, Stephen Mendel, F. William Parker, Rob LaBelle, Shannon Elizabeth, Jack Lindine, Zack Egniton, Brian Leckner, Marsha Clark, Eileen Seeley

 

THEMA TUEURS I MUTATIONS

C’est en fabriquant un bonhomme de neige en compagnie d’un groupe d’amis qui partagent avec lui une cabane à Big Bear Lake, en Californie, que le scénariste Michael Cooney pense pour la première fois à l’histoire de Jack Frost. Nous sommes alors en 1989 et son script commence à faire le tour des studios pendant plusieurs années infructueuses, jusqu’à atterrir entre les mains du réalisateur Renny Harlin (Prison, Le Cauchemar de Freddy, 58 minutes pour vivre, Cliffhanger). Le cinéaste n’a pas oublié ses affinités premières avec le genre horrifique et se laisse tenter par cette histoire de bonhomme de neige tueur. Le budget est estimé à une trentaine de millions de dollars et l’on envisage de recourir aux images de synthèse pour la majorité des effets spéciaux. Mais lorsqu’elle découvre le scénario, Geena Davis – alors épouse de Harlin – s’affole : selon elle, c’est la pire chose qu’elle ait jamais lue ! Elle convainc son mari de s’engager plutôt sur L’île aux pirates et Jack Frost revient alors à la case départ. C’est finalement la modeste compagnie Prism Entertainment qui récupère le projet et accepte de le financer à condition que le budget ne dépasse pas le million de dollars, que le tournage soit effectué avec des chutes de pellicule récupérées dans les rebuts des grands studios, que les effets spéciaux soient artisanaux et que Michael Cooney accepte de réaliser le film lui-même, exercice auquel il ne s’était encore jamais prêté. C’est donc dans des conditions très précaires que Jack Frost voit le jour.

Par une nuit enneigée de décembre, un véhicule de transfert pénitenciaire traverse la petite ville tranquille de Snowmonton. À l’intérieur se trouve le tueur en série Jack Frost (Scott MacDonald), qui a échappé à la police pendant des années et laissé derrière lui trente-huit cadavres à travers onze États avant d’être finalement arrêté par Sam Tiler (Christopher Allport), le shérif de la bourgade. Jack doit être exécuté à minuit, mais il parvient à tuer le garde tandis que le véhicule s’écrase contre un camion de recherche génétique. Jack est alors exposé à des produits chimiques, ce qui le dissout et le fait fusionner avec la neige. Les maquillages spéciaux excessifs visualisant la décomposition de son corps (dignes d’un film Troma) et l’emploi du dessin animé pour montrer la mutation de son organisme annoncent la couleur : l’artisanat, l’exubérance et le second degré seront de la partie.  Après ce prologue choc, le film prend le temps de nous présenter la population locale de cette petite ville américaine typique en pleins préparatifs de Noël. Le shérif, sa petite famille, ses collègues, les commerçants, le curé, le docteur, les jeunes du coin… Bref tout un échantillon de futures victimes pour le monstre neigeux !

Complètement givré

Les meurtres qui jalonnent Jack Frost sont inventifs mais le manque de moyens se fait cruellement ressentir. Maladroite, la mise en scène élude en effet beaucoup de choses pour éviter de solliciter des effets spéciaux trop élaborés. Michael Cooney joue donc très souvent la carte de l’ellipse (on devine les choses plus qu’on ne les voit) et recours à une astuce scénaristique qui lui facilite bien la tâche : le bonhomme tueur est capable de fondre et de se recongeler instantanément, se déplaçant à la vitesse de l’éclair d’un endroit à l’autre. Voilà qui est bien pratique pour ne pas avoir à montrer le monstre blanc en train de bouger ou de se déplacer. Les talentueux et inventifs Screaming Mad George (Society) et Michael S. Deak (Re-Animator II) sont pourtant en charge des effets spéciaux de maquillage. Mais manifestement, les moyens à leur disposition ne leur permettent pas de s’épanouir à la hauteur de leurs capacités. Le dernier tiers du film nous offre tout de même quelques passages joyeusement délirants, comme le lancer de stalactites mortelles, la transformation de Frost en boule de neige géante ou encore cette scène folle où une jeune femme prend son bain avant de se rendre compte que l’eau qui l’entoure n’est autre que ce bon vieux Jack Frost qui se resolidifie autour d’elle et n’en fait qu’une bouchée. En parfait émule de Freddy ou de Chucky, le tueur givré ricane à loisir et multiplie les mauvaises blagues chaque fois qu’il occis quelqu’un – donc assez souvent. Ce slasher sans queue ni tête qu’on croirait issu des années 80 est donc complètement stupide mais hautement sympathique.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

LE VAMPIRE A SOIF (1968)

Peter Cushing enquête sur une série de morts mystérieuses dont le coupable se révèle être une femme papillon en quête de sang humain…

THE BLOOD BEAST TERROR

 

1968 – GB

 

Réalisé par Vernon Sewell

 

Avec Peter Cushing, Robert Flemyng, Wanda Ventham, Vanessa Howard, David Griffin, Glyn Edwards, William Wilde, Kevin Stoney, John Paul, Russell Napier

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Ce film d’épouvante britannique au budget minuscule et au titre très imagé est réalisé par Vernon Sewell (qui signait la même année le très psychédélique La Maison ensorcelée avec Christopher Lee, Barbara Steele et Boris Karloff) et écrit par l’habitué des productions Hammer Peter Bryan (Le Chien des Baskerville, Les Maîtresses de Dracula, L’Invasion des morts-vivants). À la fin du siècle dernier, dans la banlieue londonienne, plusieurs corps exsangues sont découverts. Parmi les personnes interrogées par la police se trouve le Professeur Mallinger (Robert Flemyng, remplaçant au pied levé Basil Rathbone qui vient de décéder). Ce dernier semble uniquement accaparé par l’état de santé apparemment fragile de sa fille Clare (Wanda Ventham, future mère de l’acteur Benedict Cumberbatch). En effet, celle-ci n’est autre que le fruit de l’une de ses manipulations génétiques et se mue à volonté en immense Sphinx à tête de mort assoiffé de sang humain…  Lorsqu’elle se transforme en femme papillon, son look s’avère tellement ridicule qu’il aurait même fait rire les spectateurs des films de SF des années 50 : un masque en caoutchouc aux yeux globuleux surmontée d’une immense paire d’antennes !

Pour poursuivre tranquillement ses expériences bizarres, Mallinger se réfugie avec sa fille dans un coin de campagne isolé. Mais le policier Quennell (Peter Cushing), qui mène l’enquête avec une opiniâtreté digne de l’inspecteur Colombo, le suit à la trace, emmenant avec lui sa propre fille (Vanessa Howard), qui tombe bientôt sur un jeune chasseur de papillons aussi guilleret que celui de la chanson de Georges Brassens. À partir de là, le scénario se met à traîner en longueur, incapable de tenir la distance à partir d’un argument de base aussi mince. Manifestement inspiré par son collègue Frankenstein, notre savant décide bientôt de créer un mâle de la même espèce que sa fille afin qu’ils puissent convoler ensemble. Mais il finit par réaliser la tournure monstrueuse que prennent les choses. Hélas, il est bien trop tard pour faire machine arrière…

 

« C’est la morte saison ! »

Monté de manière très approximative, truffé d’ellipses bizarres, affublé d’une fin grotesque expédiée à la va-vite, Le Vampire a soif ne peut pleinement s’apprécier qu’au second degré, malgré les tentatives bien maladroites d’intégrer dans le film un personnage comique, en l’occurrence un employé de pompes funèbres qui multiplie les jeux de mots idiots (« c’est la morte saison ! ») en s’esclaffant grassement. Embarrassés par ce scénario stupide et par des conditions de tournage pénibles dues au manque de moyens du film (notamment des décors minuscules où ils peinent à trouver leur place), les acteurs reconnaîtront unanimement à ce film le statut de purge inassumable. Robert Flemyng ne se privera pas pour dire à quel point ce tournage fut détestable. Peter Cushing le classera pour sa part parmi les pires films de sa carrière. Mais à l’époque, ses motivations sont triviales : il accepte tout et n’importe quoi pour pouvoir payer les traitements médicaux coûteux de son épouse malade, la pauvre Helen qui succombera quelques années plus tard. On note que dans une scène du Vampire a soif, des acteurs jouent une représentation théâtrale faisant écho aux exactions des célèbres pilleurs de tombes William Burke et William Hare. Ironiquement, Vernon Sewell réalisera en 1972 Burke & Hare qui, comme son titre l’indique, est consacré à ces deux malfrats de sinistre mémoire.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

BIRD BOX (2018)

Sandra Bullock tient la vedette de ce drame post-apocalyptique où les survivants sont poussés au suicide par des entités mystérieuses…

BIRD BOX

 

2018 – USA

 

Réalisé par Susan Bier

 

Avec Sandra Bullock, Trevante Rhodes, John Malkovich, Sarah Paulson, Jacki Weaver, Rosa Salazar, Danielle Macdonald, Lil Ri Howery, Tom Hollander

 

THEMA FUTUR

« Bird Box : n’ouvrez jamais les yeux » est d’abord un roman de science-fiction de Josh Malerman écrit en 2013 et cultivant une atmosphère anxiogène proche de celle du « Jour des Triffides » de John Wyndham ou de « La Route » de Cormac McCarthy. Avant même que le livre soit publié, Universal Pictures met une option pour son adaptation à l’écran. Scott Stuber (Ted) est prévu au poste de producteur et Andres Muschietti (Ça) à celui de réalisateur. Mais en 2017, Stuber prend la direction de la division longs-métrages de Netflix et récupère le projet pour la plateforme de streaming. C’est finalement Susanne Bier (Open Hearts, After the Wedding, Revenge) qui hérite de la mise en scène. Le film démarre sans préambule, laissant aux spectateurs le soin de comprendre en cours de route la situation insolite dans laquelle se trouvent les personnages. Malorie (Sandra Bullock) élève ses jeunes enfants en se barricadant dans sa propre maison. À l’extérieur, un danger terrible les menace. S’ils ont besoin de sortir, il faut absolument qu’ils gardent les yeux bandés. Dans le cas contraire, une force mystérieuse les poussera à se donner la mort de la plus violente des manières. Bientôt, Malorie n’a plus que deux options : rester cachée avec ses enfants, isolée, ou se lancer dans un terrifiant voyage vers la rivière, dans une tentative désespérée, presque vaine, de rejoindre une hypothétique colonie de survivants…

Le concept est loin d’être inintéressant, même si l’on ne peut s’empêcher de l’appréhender comme une variante de tous les films post-apocalyptiques qui saturent les écrans depuis de nombreuses années, des innombrables attaques de zombies en tout genre (The Walking Dead en tête) en passant par les fous (The Crazies), les malades (Infectés), les monstres d’une autre dimension (The Mist) ou les mutants (Je suis une légende). Difficile par exemple de ne pas penser à Sans un bruit dont Bird Box semble vouloir inverser le principe. Au lieu de priver ses protagonistes de la possibilité de s’exprimer vocalement, ici on les empêche de voir. En effet, par le biais d’un postulat peu clair, ceux qui regardent à l’extérieur sont soit frappés de folie suicidaire (un enchaînement de morts qui évoque le M. Night Shyamalan de Phénomènes ou un épisode de X-Files) soit d’illumination bizarroïde. À vrai dire, on ne comprend pas bien pourquoi les symptômes ne sont pas les mêmes selon les individus, pas plus qu’on ne sait pour quelles raisons ceux qui restent enfermés sont protégés.

À l’aveuglette

La nature du mal reste mystérieuse (nous avons manifestement affaire à des créatures invisibles démoniaques) mais le scénario croit bon d’ajouter un personnage improbable, employé de supermarché et geek qui, comme par hasard, a développé une théorie très documentée sur ce phénomène et prépare même un livre sur le sujet (dont il trimballe le manuscrit avec lui !). Des énormités de ce genre, Bird Box en compte plus d’une, la plus grande étant cette résolution facile et peu satisfaisante. Restent d’excellentes séquences de suspense, une mise en scène très inspirée de Susan Bier, la pleine implication physique et émotionnelle de Sandra Bullock, le cabotinage délicieusement agaçant de John Malkovich et quelques rebondissements intéressants. Ça ne fait pas un grand film pour autant, et sans son statut de « superproduction Netflix » avec deux têtes d’affiches, sans doute Bird Box serait-il passé inaperçu. Pour autant, le nombre de visionnages sur la plateforme bat des records dès sa mise en ligne, au point qu’une suite/variante tardive sera mise en chantier en 2023 sous le titre Bird Box Barcelona.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

LE MONDE APRÈS NOUS (2023)

Que vaut le thriller apocalyptique produit par Barack et Michelle Obama avec Julia Roberts, Mahershala Ali et Ethan Hawke en tête d’affiche ?

LEAVE THE WORLD BEHIND

 

2023 – USA

 

Réalisé par Sam Esmail

 

Avec Julia Roberts, Mahershala Ali, Ethan Hawke, Myha’la, Farrah Mackenzie, Charlie Evans, Kevin Bacon

 

THEMA CATASTROPHES

« Le Monde après nous » est le troisième roman de Rumaan Alam, un huis-clos oppressant écrit avant la pandémie du Covid-19 et anticipant pourtant avec beaucoup d’acuité la peur panique et la paranoïa exacerbées par le confinement planétaire de 2020. Lorsqu’il découvre ce manuscrit avant sa publication, Sam Esmail tombe sous le charme. Créateur des séries Homecoming et Mr. Robot, notre homme compte passer au long-métrage et voit dans ce livre un énorme potentiel cinématographique. La première actrice qu’il a en tête est Julia Roberts, qu’il connaît bien grâce à Homecoming et qui s’engage immédiatement, non seulement en tant que comédienne mais aussi à la production. Pour soutenir le projet, elle pense à deux personnes de poids qu’elle compte parmi ses amis personnels : Barack et Michelle Obama. L’ex-président des Etats-Unis et son épouse ayant monté une structure de production et déjà initié quelques films politiquement et socialement engagés (Fatherwood, Worth, Rustin), ils donnent à leur tour leur feu vert. Voilà comment cet effet boule de neige permet au Monde après nous de se concrétiser et de réunir son budget de 25 millions de dollars. Prévu pour partager l’affiche avec Julia Roberts, Denzel Washington doit finalement se désister et cède sa place à Mahershala Ali. Ethan Hawke complète ce casting décidément très attrayant. Le sujet du film ne l’est pas moins.

Tout commence de manière simple, presque banale. Amanda et Clay (Roberts et Hawke), un couple newyorkais sans histoire, décide de quitter la ville pour des vacances improvisées dans une luxueuse maison de campagne à Long Island, avec leurs enfants Rose et Archie. Amanda travaille dans la publicité et cette coupure dans son quotidien lui semble vitale. Surtout que, comme elle l’exprime clairement dès l’entame du film, elle déteste les gens ! Cette misanthropie n’est pas partagée par Clay, un professeur plutôt enclin à apprécier son prochain, mais l’idée d’un week-end de dernière minute le séduit. Les voilà donc tous les quatre partis sur la route, prêts à débarquer dans ce havre de paix provisoire que l’annonce du Airbnb présente en ces termes : « Entrez dans notre splendide maison et laissez le monde derrière vous. » Sur place, ni le Wi-fi ni la télévision ne semblent vouloir fonctionner. Ce petit désagrément pourrait être dérisoire. Mais si c’était le début de la fin ? Et qui sont ces étranges George (Mahershala Ali) et Ruth (Myha’la) qui frappent à leur porte en pleine nuit ?

C’était mieux avant ?

Pas à pas, en prenant son temps, Sam Esmail parvient à construire un climat anxiogène fait de petits riens et de détails qui, une fois assemblés, suscitent un malaise tenace. La mise en scène sait se faire virtuose, jouer avec les plans-séquence et les prises de vues aériennes vertigineuses soit pour saisir en continuité une banalité apparente (la découverte de la maison par Amanda), soit pour collecter de spectaculaires morceaux de bravoure qui font brutalement basculer le film dans le genre catastrophe (ravivant le souvenir de quelques séquences mémorables empruntées à la série Lost, à Prédictions ou au cinéma de M. Night Shyamalan de manière plus générale). L’univers de Jordan Peele nous vient aussi à l’esprit. Et tandis que la nature reprend peu à peu ses droits (symbolisée par des cerfs qui s’obstinent à empiéter sur le territoire des humains), Esmail égrène tout ce que la civilisation porte en elle d’angoisses et de travers : dépendance addictive à la technologie, fracture sociale, racisme, crises géopolitiques, guerres, terrorisme, menace d’effondrement global… Sans doute le film aurait-il gagné à resserrer sa narration pour renforcer son efficacité (le sujet n’avait pas nécessairement besoin de se déployer pendant 2h20). Il eut également été préférable d’éviter certains monologues trop écrits pour sonner juste (Amanda qui discours sur sa propre misanthropie, George qui explique en détail les raisons possibles de la catastrophe qui s’abat sur eux) ainsi qu’une ou deux scènes disons embarrassantes (la « danse da la paix »). Il n’empêche que cet exercice de style reste fascinant et s’achève sur un épilogue aigre-doux qui utilise la série Friends à la fois comme vecteur nostalgique d’un passé heureux imaginaire et comme plaidoyer contre la dématérialisation – de la part d’un film Netflix, voilà qui ne manque pas d’ironie !

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

UN STUPÉFIANT NOËL (2023)

Éric Judor et Ragnar le Breton inversent leurs corps dans cette comédie aux gros sabots qui détourne les codes des contes de Noël…

UN STUPÉFIANT NOËL

 

2023 – FRANCE

 

Réalisé par Arthur Sanigou

 

Avec Eric Judor, Matthias Quiviger, Lison Daniel, Alex Lutz, Paul Deby, Jonas Dinal, Kim Higelin, Théodore Le Blanc, Catherine Hosmalin, François Vincentelli

 

THEMA CONTES

Réalisateur de sketches pour l’émission « Clique » et d’un téléfilm parodique pour Canal + (La Vengeance au triple galop), Arthur Sanigou se lance avec Un stupéfiant Noël dans une comédie déjantée conçue pour égayer les programmes de fin d’année sur la plateforme d’Amazon Prime. Le concept ? Faire partager le haut de l’affiche à un acteur comique populaire (Éric Judor) et à un humoriste/sportif apprenti-comédien (Matthias Quiviger plus connu sous son sobriquet de « Ragnar le Breton ») pour les plonger au cœur d’une aventure fantastique s’appuyant sur un concept saugrenu. Quiviger incarne Greg, un policier spécialisé dans les opérations musclées qui sacrifie sans cesse sa vie de famille à cause de son métier. Ce Noël encore, il va devoir laisser tomber sa petite fille pour une opération d’infiltration dans un gang de trafiquants de drogue. Facétieux, le Père Noël (Guy Lecluyse) décide alors d’intervenir en exauçant le vœu de la fillette : faire ressembler son père à Richard Silestone (Éric Judor), héros d’une série télévisée américaine sirupeuse et bourrée de clichés. Soudain, les deux personnages échangent leurs corps et se retrouvent chacun plongé dans l’univers de l’autre. Leur seul moyen d’entrer en contact est une montre talkie-walkie qui émet le même bruit que les communicateurs de Star Trek

L’effet comique principalement recherché dans ce Stupéfiant Noël est donc le décalage. Son principe même veut que deux protagonistes aux antipodes (le flic brutal dur à cuire et le père de famille gentiment niais) inversent leur rôle et vivent chacun la vie de l’autre. Par conséquent, les situations de « poisson hors de l’eau » s’accumulent abondamment : Judor qui prépare de la drogue en croyant être sollicité pour ses talents de pâtissier, Quiviger qui prend des cours de patinage artistique… Voilà pour le moteur principal du film. À l’unisson, les « vedettes invitées » jouent elles aussi ce jeu permanent du décalage, notamment Monsieur Poulpe en « gros bras » aussi maladroit que Pierre Richard, Alex Lutz en vieux milliardaire américain, Bruno Sanches en ancien militaire passablement dérangé ou Philippe Lacheau en assistant gaffeur du Père Noël.

Vis ma vie

Pour fonctionner pleinement, il aurait déjà fallu que le film puisse s’appuyer sur des performances d’acteur solides. Or si Éric Judor sait nous dérider avec son look improbable (moustache, grosse mèche et bronzage excessif) et son jeu puéril devenu une véritable marque de fabrique, Matthias Quiviger a bien du mal à faire exister son personnage. Car il ne suffit pas d’être un humoriste des réseaux sociaux spécialisé dans les paires de baffes pour être un comédien digne de ce nom. La mise en scène elle-même ne fait pas beaucoup d’éclats, jouant la carte prudente du fonctionnel, sauf peut-être au moment du climax qui, par la grâce d’un montage très habile, alterne une bataille mouvementée contre les trafiquants et une chorégraphie sur glace endiablée aux accents d’un morceau de hard rock. Le problème majeur du film reste son scénario pataud qui ne sait que faire de son postulat absurde et laisse donc traîner en longueur chaque scène supposément comique dans l’espoir d’atteindre le plus vite possible les 90 minutes réglementaires. Les dialogues sont médiocres, la caricature est le mot d’ordre général, bref, voilà clairement une fausse bonne idée qui aurait sans doute pu donner lieu à un sketch amusant mais certainement pas un long-métrage digne de ce nom.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article