LA CITÉ DES MORTS (1960)

Christopher Lee nous sert de guide dans cette histoire de village embrumé porteur d’une lourde malédiction ancestrale…

THE CITY OF THE DEAD / HORROR HOTEL

 

1960 – GB

 

Réalisé par John Moxey

 

Avec Venetia Stevenson, Christopher Lee, Patricia Jessel, Dennis Lotis, Tom Naylor, Betta St John, Valentine Dyall

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Icône de la firme Hammer grâce à ses prestations inoubliables dans Frankenstein s’est échappé, Le Cauchemar de Dracula, Le Chien des Baskerville et La Malédiction des pharaons, Christopher Lee tourne en 1960 dans La Cité des morts pour la firme Vulcan Productions, alors sur le point d’être rebaptisée Amicus et de devenir le principal concurrent de la Hammer. Sous la direction de John Moxey, il incarne Allan Driscoll, un professeur d’histoire féru de sciences occultes qui conseille à l’une de ses étudiantes les plus assidues, Nan Barlow (Venetia Stevenson), de visiter le village de Whitewood, ou fut jadis brûlée la sorcière Elizabeth Selwyn. « La base du conte de fée est la réalité, et la base de la réalité est le conte de fée » affirme Driscoll pour convaincre le frère d’Ann, un scientifique renommé, que les histoires de sorcellerie ne sont pas des balivernes. La belle Nan ne va pas tarder à en faire les frais en gagnant ce village nocturne gorgé de fumigènes où chaque autochtone semble porter un lourd secret. S’agirait-il de la malédiction proférée par la suppliciée trois siècles plus tôt ? La jeune fille s’installe dans le seul hôtel du coin, le River’s Inn, tenu par l’austère Miss Newless (Patricia Jessel). Le spectateur attentif constatera que Newless épelé à l’envers donne Selwyn, ce qui ne peut-être qu’un mauvais présage…

Avec un certain talent, John Moxey entretient l’étrangeté et le malaise lorsque l’intrigue se transporte à Whitewood. La brume stagne obstinément dans les rues sombres, les passants hagards y traînent comme des âmes en peine, et le seul révérend du village vit aveugle et reclus dans une église abandonnée. Malgré des moyens limités, le film cultive ainsi un esthétisme et une photogénie de tous les instants, jouant sur le contraste du joli minois blond et souriant de son actrice principale avec les ténèbres, les ombres et la noirceur du village maudit. De beaux tableaux, comme cette procession encapuchonnée dans le cimetière brumeux, ponctuent le métrage, agrémenté d’audacieux effets de montage elliptiques. Comme en outre la bande originale se teinte de sonorités jazzy, en accord avec les goûts du début des années 60, La Cité des morts évoque souvent les films fantastiques que Roger Corman réalisa à la même époque.

Ma sorcière mal aimée

Le Psychose d’Alfred Hitchcock nous vient aussi à l’esprit, dans la mesure où la structure scénaristique de La Cité des morts s’en approche considérablement. Dans les deux cas, la blonde héroïne quitte son environnement familier pour s’aventurer dans un hôtel étrange, puis disparaît de la circulation, les protagonistes devenant alors ses proches menant l’enquête sur place (le fiancé et la sœur chez Hitchcock, le petit ami et le frère ici). Psychose et La Cité des morts étant sorti quasi simultanément sur les écrans, il est difficile de savoir si ces similitudes sont volontaires ou fortuites. Le film s’achève sur un climax spectaculaire, la croix portée par l’un des héros lançant des rayons enflammés sur les sorciers tout de noir vêtus. A vrai dire, Christopher Lee reste la plupart du temps à l’arrière-plan, laissant à Patricia Jessel le loisir d’incarner le Mal sous la double identité d’Elizabeth Selwyn/Newless.

 

© Gilles Penso


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LE CRÂNE MALÉFIQUE (1965)

Peter Cushing incarne un spécialiste des sciences occultes qui fait un jour l’acquisition du crâne du marquis de Sade…

THE SKULL

 

1965 – GB

 

Réalisé par Freddie Francis

 

Avec Peter Cushing, Patrick Wymark, Jill Bennett, Nigel Green, Patrick Magee, Michael Gough, George Coulouris, Christopher Lee

 

THEMA SUPER-VILAINS

S’il est passé à la postérité avec son roman « Psychose », Robert Bloch n’a pas limité sa création littéraire aux exactions de Norman Bates. Grand amateur de fantastique et de science-fiction, il concocta des centaines de romans et de nouvelles inventives, parmi lesquelles la compagnie anglaise Amicus choisit l’histoire courte « Le Crâne du Marquis de Sade », publiée en 1945, pour en tirer un film d’épouvante insolite. Peter Cushing y interprète le docteur Maitland, un spécialiste des sciences occultes qui collectionne tout ce qui touche à la sorcellerie et au surnaturel. Un soir, son fournisseur habituel, Anthony Marco (Patrick Wymark), lui vend un livre relié en peau humaine qui raconte la vie du marquis de Sade. Très fier de son acquisition, Maitland voit Marco débarquer chez lui le soir suivant avec un nouvel artefact unique au monde : le crâne du marquis ! Perplexe, notre savant demande conseil à son confrère Sir Matthew Philips (Christopher Lee). Ce dernier est formel : le crâne n’est pas un faux, puisqu’il lui appartenait et qu’on le lui a volé. Mais Philips ne veut pas le récupérer, car selon lui le crâne est manipulé par « d’invisibles puissances, des esprits venus d’un monde étrange et diabolique ». Le posséder, c’est donc devenir la proie du diable.

Un flash-back nous ramène alors au 19ème siècle, alors qu’un phrénologiste profane la tombe de Sade pour récupérer son crâne avant de mourir dans de mystérieuses circonstances. L’exécuteur testamentaire du défunt inspecte alors ses biens avant de tomber à son tour sous l’influence de la sinistre relique et de se muer en assassin. Maitland n’accorde que peu de crédit à de telles théories, jusqu’à ce que son destin ne bascule à son tour. Cette interpénétration subite du fantastique dans une réalité tangible se concrétise par une séquence incroyable au cours de laquelle Peter Cushing, dans un décor difforme digne de ceux de William Cameron Menzies dans Les Envahisseurs de la planète rouge, est contraint de se soumettre à une roulette russe. Freddie Francis filme dans des plans de plus en plus serrés le regard incroyablement bleu du comédien, étire le suspense en ne brisant le silence que par le cliquetis du revolver, et nous transporte littéralement ailleurs.

Le Bien ou le Mal ?

S’agit-il d’un rêve ? D’une hallucination ? D’une réalité parallèle ? Le mystère perdure lorsque, plus tard, les objets s’animent dans le salon de Maitland et que le crâne vole à sa rencontre. Une telle séquence pourrait sombrer dans le ridicule, d’autant que les effets spéciaux demeurent sommaires. Mais grâce au jeu habité de Cushing et au savoir-faire de Francis, le charme opère. Certains cadrages surprenants, comme les vues subjectives depuis l’intérieur du crâne, chargent l’atmosphère d’angoisse, tandis que notre scientifique ne distingue plus le bien du mal, et que le spectateur cherche une explication rationnelle à cette épouvante insidieuse, hésitant entre la possession diabolique, l’autosuggestions ou la folie pure. Prévu pour être distribué en France sous le titre « Les Forfaits du Marquis de Sade », le film fut rebaptisé à la dernière minute Le Crâne maléfique pour éviter un procès avec les descendants du célèbre marquis. Mais plusieurs posters de l’époque portant le premier titre prévu ont circulé un peu partout et font le bonheur de nombreux collectionneurs.

 

© Gilles Penso


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BABY OOPSIE (2021)

Le bébé en plastique monstrueux de la saga Demonic Toys se déchaîne dans son premier long-métrage solo…

BABY OOPSIE

 

2021 – USA

 

Réalisé par William Butler

 

Avec Libbie Higgins, Justin Armistead, Lynne Acton McPherson, Marilyn Bass, Michael Carrino, Shamecka Nelson, Christopher Joseph Meigs, Michael O’Grady

 

THEMA JOUETS I SAGA CHARLES BAND I DEMONIC TOYS

Le producteur Charles Band étant toujours prompt à faire fructifier tout ce qui pourrait ressembler à une franchise, il exploite souvent jusqu’à plus soif le moindre de ses films susceptibles de donner naissance à des suites, des crossovers et des spin-off. Le sympathique Demonic Toys – lui-même inspiré du succès de la saga Puppet Master – avait déjà été suivi par Dollman vs. Demonic Toys, Puppet Master vs Demonic Toys et Demonic Toys 2. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Après tout, la poupée tranchante de Puppet Master n’avait-elle pas eu droit à son propre film avec Blade the Iron Cross ? Pour l’affreux poupon Baby Oopsie, Charles Band conçoit d’abord une web série en sept épisodes destinée aux plateformes Full Moon et Amazon. Après leur diffusion en août 2021, les deux premiers épisodes sont remontés sous forme du long-métrage Baby Oopsie. Pour ressusciter le charmant bambin en plastique, William Butler, réalisateur de Demonic Toys 2, reprend du service. Dès l’entame, Baby Oopsie parvient à créer un sentiment de malaise durable qui semble vouloir s’inspirer du climat anxiogène de Psychose. Butler ne se prend pas pour Hitchcock, certes, mais force est de constater un important saut qualitatif depuis le très anecdotique Demonic Toys 2.

L’humoriste Libbie Higgins entre dans la peau de Sybil Pittman, une femme solitaire, réservée et en surpoids qui partage sa maison avec une mère tyrannique (Lynne Acton McPherson) et gagne chichement sa vie en tant qu’opératrice dans un call center sinistre. La seule passion de Sybil, ce sont les vieilles poupées qu’elle passe des heures à restaurer avec amour et auxquelles elle consacre une série de vidéos très appréciées sur les réseaux sociaux. Sa toute nouvelle acquisition est un poupon en plastique dans un bien piteux état, rapiécé grossièrement façon monstre de Frankenstein. Les amateurs auront bien sûr reconnu ce bon vieux Baby Oopsie à qui Libbie offre une nouvelle jeunesse, lui redonnant l’éclat de ses débuts. Le soin avec lequel elle le raccommode et le repeint n’est pas sans nous rappeler le zèle du réparateur de jouets de Toy Story 2. Lorsqu’elle récupère via un colis anonyme une pièce d’engrenage qui manquait pour faire fonctionner le mécanisme de la poupée, celle-ci s’anime enfin et révèle ses instincts meurtriers…

Bad Toy

Première production Charles Band tournée dans le Full Moon Manor, une vaste maison de plus de 2000 mètres carrés située à Ceveland Heights, dans l’Ohio, Baby Oopsie nous rappelle par bien des aspects le Willard de Daniel Mann dont il reprend de nombreux éléments scénaristiques. Ici aussi, notre protagoniste est un être introverti et socialement inadapté qui entretient un monstre (une nuée de rats chez Mann, une poupée tueuse ici) capable de le venger de tous ceux qui l’ont humilié. Plusieurs séquences nous montrent d’ailleurs Sybil qui s’imagine prendre violemment sa revanche sur les gens qui la brutalisent (sa mère, sa patronne, les voyous du quartier), un peu à la manière de Hal Holbrook dans Creepshow. Truffé de références aux productions maison (un tableau échappé de Troll, un jeu vidéo Puppet Master, des poupées empruntées à Dolls, un extrait de Subspecies à la télévision), Baby Oopsie sollicite l’inventivité du créateur d’effets spéciaux Greg Lightner qui doit composer avec un budget extrêmement réduit. Le bébé monstre est donc très limité dans ses actions mais bénéficie tout de même d’une série de têtes articulées qui permettent de faire varier ses expressions (du poupon candide au psychopathe aux dents acérées) et de synchroniser à peu près les mouvements de sa bouche avec les dialogues prononcés par Jill Bartlett. Les effets numériques, en revanche (textures, fumées, morphings), sont d’une laideur que tempère la furtivité de leur apparition. Raisonnablement distrayant, Baby Oopsie se regarde sans déplaisir. Deux longs-métrages recyclant eux aussi des épisodes de la web série lui donneront suite : Baby Oopsie 2 : Murder Dolls et Baby Oopsie 3 : Burn Baby Burn.

 

© Gilles Penso

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VERMINES (2023)

Pour son premier long-métrage, Sébastien Vaniček infeste un appartement de la banlieue parisienne avec une horde d’araignées monstrueuses…

VERMINES

 

2023 – FRANCE

 

Réalisé par Sébastien Vaniček

 

Avec Théo Christine, Sofia Lesaffre, Jérôme Niel, Lisa Nyarko, Finnegan Oldfield, Marie-Philomène Nga, Ike Zacsongo-Joseph, Emmanuel Bonami, Abdallah Moundy

 

THEMA ARAIGNÉES

Quand on sait que Vermines est un premier long-métrage, on peut s’étonner face à la virtuosité artistique et technique de ce spectacle à déconseiller très fortement aux arachnophobes, sous peine de quelques nuits blanches tourmentées. Mais Stéphane Vaniček n’en est pas tout à fait à son coup d’essai, puisqu’il traîne derrière lui une expérience intensive dans le domaine du court-métrage, exercice qui lui permet d’attirer notamment l’attention du producteur Harry Tordjman et de la plateforme Netflix. Le scénario de Vermines, qu’il écrit avec Florent Bernard, est moins une déclaration d’amour au cinéma d’horreur qu’une volonté de créer une expérience immersive extrême pour les spectateurs tout en jouant le jeu de la métaphore sociale. Le titre du film décrit les araignées qui s’apprêtent à semer la panique, bien sûr, mais aussi toute cette frange de la population marginalisée qui vit dans des HLM aux allures de cages à lapin (le parallèle avec les petites bêtes enfermées dans des boîtes saute aux yeux) et que le commun des mortels aurait tendance à considérer comme des êtres indésirables. Sans jamais chercher à discourir frontalement sur le sujet sensible des banlieues ni à se positionner de manière manichéenne lorsqu’interviennent les forces de police, Sébastien Vaniček choisit ce décor réel et tangible qu’il connaît bien pour y faire surgir la terreur.

C’est dans les « immeubles camemberts » de Noisy-le-Grand, en banlieue parisienne, que le réalisateur installe ses caméras. Ce panorama étrange et oppressant, conçu au début des années 80, sert de cadre de vie aux cinq protagonistes de Vermines : Kaleb (Théo Christine), qui vivote en revendant des chaussures de sport et se passionne pour les animaux exotiques, sa sœur Manon (Lisa Nyarko) avec qui il entretient des relations d’amour/haine depuis la disparition de leur mère, leur voisin Mathys (Jérôme Niel) et leurs amis Jordy (Finnegan Oldfield) et Lila (Sofia Lesaffre). Un jour, Théo découvre dans une petite boutique une araignée qui lui fait de l’œil et la ramène chez lui pour compléter sa collection de reptiles et d’invertébrés soigneusement conservés dans des vivariums de fortune. Mais cet arachnide n’est pas comme les autres. Arraché à son désert natal d’Afrique du Nord, c’est un spécimen particulièrement virulent qui s’échappe et pond des milliers d’œufs dans l’immeuble, prélude d’un massacre à grande échelle…

Arachnofolie

Des films d’attaques d’araignées, les amateurs de films de genre en ont déjà vu un certain nombre, des plus « mainstreams » (Arachnophobie, Arac Attack) aux plus « vintages » (Tarantula, The Spider) en passant par les séries B et Z (L’Invasion des araignées géantes, Spiders, Arachnid, Arachnia, Lavalantula, Big Ass Spider ! et consorts). Au beau milieu de ce foisonnement de pattes et de crocs, le terrifiant L’Horrible invasion de John « Bud » Cardos s’érigeait sans conteste comme le plus traumatisant de tous dans la mesure où il sollicitait de véritables arachnides et concoctait des séquences particulièrement angoissantes. Désormais, il faudra ajouter à ce palmarès Vermines qui se hisse sans mal au niveau du petit classique de John Cardos et fera date comme l’un des longs-métrages les plus impressionnants jamais consacrés aux bébêtes à huit pattes. Vaniček a déjà le bon goût de ne pas chercher à imiter ses modèles américains en installant son action dans un contexte français réaliste. Si ses jeunes héros n’échappent pas totalement à l’archétype, le naturel des comédiens emporte l’adhésion et rend crédibles et attachants des personnages qui auraient pu rapidement irriter les spectateurs. Une fois le mécanisme de l’empathie enclenché, les araignées peuvent entrer en piste. La précision de la mise en scène, la perfection des effets spéciaux (alternant sans cesse les arachnides réels, leurs contreparties numériques et les versions mécaniques), la minutie de la bande son (truffée d’effets cliquetants stressants) et la gestion impeccable du rythme font de Vermines un « must » du genre. Hollywood ne s’y trompera pas, déroulant aussitôt le tapis rouge à Sébastien Vaniček pour lui proposer d’apporter dans la foulée sa pierre à l’édifice de la franchise Evil Dead.

 

© Gilles Penso

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LOCH NESS (1996)

Ted Danson incarne un cryptozoologue envoyé bien malgré lui au fin fond de l’Ecosse pour enquêter sur le plus célèbre des monstres aquatiques…

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LOCH NESS

 

1996 – GB

 

Réalisé par John Henderson

 

Avec Ted Tanson, Joely Richardson, Kirsty Graham, Ian Holm, Nick Brimble, Harry Jones, Harris Yulin, James Frain

 

THEMA MONSTRES MARINS

Curieusement, le cinéma s’est montré assez peu prolifique vis-à-vis du monstre du Loch Ness, comme si cette énigme, ancrée dans une présumée réalité, perdait de son attrait lorsqu’elle devenait sujet de fiction. Il y eut bien quelques kitcheries comme The Secret of the Loch ou The Loch Ness Horror, et quelques apparitions furtives dans Le Cirque du docteur Lao, La Vie privée de Sherlock Holmes et Cheeseburger Film Sandwich, mais c’est assez maigre pour un si gros lézard. Finalement, le Loch Ness de John Henderson s’affirme comme l’un des premiers films centrés sur le célèbre monstre écossais et abordant le sujet avec un certain sérieux, même s’il s’inscrit avant tout dans le registre de la comédie sentimentale. Production principalement britannique, Loch Ness bénéficie de magnifiques extérieurs écossais et d’un confortable budget de douze millions de dollars. Ted Danson y interprète John Dempsey, un spécialiste des mystères zoologiques non élucidés qui, à contrecœur, est envoyé par son université pour percer la grisaille de l’Ecosse et y faire la preuve que le monstre du Loch Ness n’est qu’une légende.

Son ordre de mission est très clair : « Je veux que vous ne trouviez pas le monstre », lui demande le docteur Mercer (Harris Yulin), son supérieur. « Je veux que vous utilisiez le dernier cri de la technologie pour prouver qu’il n’est pas là ». Après avoir loué un bateau qu’il truffe d’équipements océanographique haut de gamme, John passe le lac au peigne fin et rentre effectivement bredouille de chacune de ses expéditions. « Je suis une blague », constate-t-il avec amertume. « Je suis le type qui pourchasse les Looney Tunes ! ».  S’il ne trouve aucun monstre, John se prend d’affection pour Laura (Joely Richardson), la propriétaire de l’auberge, et pour Isabel (Kirsty Graham), sa fillette de neuf ans. Mais qu’on se rassure : le monstre finira bien par pointer le bout de son museau, sinon le film n’aurait pas sa place ici. En accord avec la plupart des témoignages connus, il s’agit d’une très fidèle réplique du plésiosaure tel que le décrivent les paléontologues.

« Je suis le type qui pourchasse les Looney Tunes ! »

Mélange de marionnettes animatroniques grandeur nature et d’images de synthèse photo-réalistes, la créature est une belle réussite. « Il me semble qu’on peut dire que c’est un Jurassic Park européen, dans la mesure où les technologies employées sont similaires. », nous affirmait d’ailleurs à ce propos Ken Houston, superviseur des effets visuels. « L’animation des monstres tire parti du savoir-faire des marionnettistes du Jim Henson’s Creature Shop tout en profitant des dernières innovations en matière d’effets numériques. Pour la tête et le cou, un manipulateur entrait donc sa main dans une espèce de gant garni de capteur, et chacun de ses mouvements était ensuite reproduit par la créature en 3D » (1). Cette apparition tant espérée – et bien tardive – est la matérialisation d’un fantasme collectif ancré dans les esprits depuis plus de quinze siècles. Son impact est donc autant imputable à la réussite technique qu’au bouleversement dramatique qu’elle engendre au bout d’un récit un tantinet longuet. Car au-delà de ce climax purement fantastique, Loch Ness demeure une bluette gentille débordant de bons sentiments en tirant sans doute trop fort sur la corde sensible, d’où un succès et une popularité tout relatifs.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mai 1996.

 

© Gilles Penso


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DEMONIC TOYS 2 (2010)

Les méchants jouets de Charles Band s’associent à un pantin démoniaque pour semer la terreur dans un château italien…

DEMONIC TOYS 2

 

2010 – USA

 

Réalisé par William Butler

 

Avec Alli Kinzel, Lane Compton, Selene Luna, Michael Citriniti, Elizabeth Bell, Billy Marquart, Leslie Jordan, gage Hubbard, Jane Wiedlin

 

THEMA JOUETS I DIABLE ET DÉMONS I CLOWNS I SAGA CHARLES BAND I DEMONIC TOYS

L’année 2010 aura été généreuse en suites pour la compagnie Full Moon, désireuse de développer chacune de ses franchises pour pouvoir satisfaire les fans des productions Charles Band et remplir les tiroir-caisse. Les bacs vidéo se seront donc enrichis de Puppet Masters : Axis of Evil, de Killjoy 3 et de ce Demonic Toys 2 qui ouvre le bal dès le mois de janvier. La mise en scène est confiée à William Butler, ancien familier des programmes Disney et des Power Rangers reconverti dans le cinéma d’horreur à petit budget. L’homme ne cache pas son enthousiasme à l’idée de faire joujou avec les petits monstres nés dans le premier film de la saga réalisé par Peter Manoogian. « Je suis très excité, car Charles Band revient aux habitudes de ses films précédents, notamment un tournage en Italie », déclarait-il à l’époque. « Je suis vraiment ravi de faire partie de cette équipe, parce que Charles cherche à retrouver ses qualités d’antan en revigorant ses franchises » (1). Si les jouets démoniaques sont déjà apparus dans Demonic Toys (1992), Dollman vs. Demonic Toys (1993) et Puppet Masters vs. Demonic Toys (2004), ce nouvel opus ne tient pas compte du dernier des trois films, une « parenthèse » sur laquelle Charles Band n’avait qu’un rôle honorifique. Les événements de Demonic Toys 2 se déroulent donc juste après ceux racontés dans Dollman vs. Demonic Toys. C’est bon, vous suivez ?

Les vilains Baby Oopsie (le bébé maléfique) et Jack Attack (le clown carnassier) ayant été réduits en pièces dans le film précédent, une main gantée ramasse les morceaux et les répare. Et voilà nos joujoux presque comme neufs (avec quelques cicatrices, façon La Fiancée de Chucky) réunis dans une caisse à destination d’un richissime collectionneur spécialisé dans les bizarreries : le docteur Lorca (Michael Citriniti). Ce personnage étant déjà au cœur du délirant Hideous, on sent bien la volonté chez Charles Band d’entremêler les franchises entre elles pour jouer le même jeu que Marvel (toutes proportions gardées bien sûr). Lorca débarque donc en Italie avec sa nouvelle compagne (Elizabeth Bell), son beau-fils (Lane Compton), son chauffeur (William Marquart) et une médium lilliputienne (Selene Luna) pour récupérer la caisse tant convoitée mais également une relique encore plus précieuse : Divoletto, l’un des jouets les plus anciens et les plus énigmatiques du monde. Sur place, ils rejoignent la jeune femme qui a découvert cet inestimable pantin (Alli Kinzel) ainsi qu’un expert en objets anciens (Leslie Jordan). Bien sûr, tous ces démons miniatures ne tardent pas à s’éveiller pour transformer le séjour de ce petit groupe en jeu de massacre…

Tchao pantins

Succédant à John Carl Buechler, designer des « Demonic Toys » originaux, Gage Munster et son équipe relookent les petits monstres mais il faut bien reconnaître que les effets spéciaux mécaniques restent extrêmement basiques, obligeant les acteurs à s’agiter tandis que les prétendus jouets vivants s’accrochent mollement à eux. Nous avons certes droit à des plans furtifs au cours desquels les mini-tueurs courent dans les couloirs – une première dans la « saga » – mais ce sont des tentatives isolées et anecdotiques. Le reste du temps, la mise en scène de William Butler ne cherche pas à faire la moindre étincelle, même si le décor naturel du château italien se révèle très photogénique et apporte au film une inestimable « production value ».  Les problèmes majeurs du film sont son scénario extrêmement simpliste, n’apportant pas beaucoup de surprises, et ses acteurs tous plus insipides et inexpressifs les uns que les autres (à l’exception peut-être de Leslie Jordan qui parvient à nous dérider sous sa défroque de petit bonhomme acariâtre et irritable). Butler a beau convoquer toute une imagerie fantasmagorique pour varier les plaisirs (tableau hanté, grimoire d’exorcisme façon Livre des Morts d’Evil Dead, diable surgissant d’un puits), on s’ennuie ferme face à ce Demonic Toys 2 qu’on aurait aimé moins convenu et plus incisif.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans « Fangoria » en 2010.

 

© Gilles Penso

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BIS (2015)

Kad Merad et Franck Dubosc incarnent deux hommes redevenant miraculeusement lycéens et s’offrant une chance de changer leur destin…

BIS

 

2015 – FRANCE

 

Réalisé par Dominique Farrugia

 

Avec Franck Dubosc, Kad Merad, Alexandra Lamy, Gérard Darmon, Julien Boisselier, Anne Girouard, Eléonore Grosset, Antonin Chalon, Fabian Wolfrom

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

De Peggy Sue s’est mariée à 17 ans encore en passant par Camille redouble ou La Machine à démonter le temps, le concept de l’adulte qui redevient adolescent comme par magie pour que la vie lui offre une seconde chance est presque devenu un sous-genre à part entière de la comédie fantastique. Pour son sixième long-métrage en tant que réalisateur, Dominique Farrugia décide de s’engouffrer dans la brèche en s’appuyant sur deux têtes d’affiches extrêmement populaires auprès du grand public français. Franck Dubosc (déjà présent dans le précédent film de Farrugia, Le Marquis) et Kad Merad (hyperactif sur les écrans depuis le succès de Bienvenue chez les Ch’tis) incarnent Éric et Patrice, deux amis inséparables depuis le lycée. Au fil des années, leurs destinées se sont singulièrement éloignées. Si Éric gagne chichement sa vie dans un restaurant de sushis en multipliant les conquêtes féminines et en fuyant les impôts, Patrice est un homme rangé, marié, père d’une adolescente, gynécologue et auteur à succès. Difficile d’imaginer plus grand écart entre deux parcours de vie. Un soir, après une soirée très arrosée, les deux hommes se retrouvent propulsés en 1986, à l’âge où ils avaient 17 ans. S’ils ont conservé leur attitude et leur raisonnement d’adultes, tout le monde les voit désormais sous leur apparence de lycéens. Passée la surprise et l’incompréhension, Éric et Patrice se demandent si ce n’est pas l’occasion rêvée pour changer le cours de leur vie…

Le comique de situation est bien sûr le moteur principal de Bis, mais derrière l’argument vaudevillesque affleure une nostalgie manifeste que Farrugia assume pleinement en puisant dans ses propres souvenirs d’adolescence. « Éric, c’est moi », avoue le réalisateur. « Comme lui, je ne foutais rien à l’école et mes parents étaient tous les deux restaurateurs dans le neuvième arrondissement de Paris, où j’ai passé mon enfance et où a été tourné le film. La relation qu’entretient Éric avec son père est très proche de celle que je vivais avec le mien. Cette comédie évoque d’une belle façon mes parents. » (1) Effectivement, un soin tout particulier est apporté aux seconds rôles que tiennent Julien Boisselier et Gérard Darmon, interprètes des pères respectifs de Patrice et Éric. Bourrus, dépassés par les événements, peu causants et hermétiques à toute démonstration de sentiments, ces deux représentants d’une génération devenue obsolète permettent au film d’enrichir son ambition purement comique d’une petite couche d’émotion inattendue. En filigrane, Bis brocarde aussi l’éternelle insatisfaction inhérente à la nature humaine. L’homme tranquille, père de famille bien intégré dans la société, rêve d’une existence plus libre et moins prévisible. Son ami volage, aventurier et sans attaches envie au contraire cet équilibre apaisant. Comme si l’herbe était plus verte ailleurs. Comme si « appuyer sur la touche bis » allait tout changer.

On rembobine

Pour pousser jusqu’au bout sa démarche nostalgique, Dominique Farrugia, ses décorateurs, ses costumiers et ses accessoiristes effectuent un travail minutieux de reconstitution du milieu des années 80, des magazines aux posters dans les chambres d’ados en passant par les jeux, les gadgets, les journaux, les spots de pub, les véhicules, les tenues et bien sûr la musique. Dubosc et Merad assurent, dans un duo comique qui tombe sous le sens et auquel ils ne s’étaient pourtant encore jamais prêtés. C’est en effet la première fois que les deux acteurs partagent le haut d’une affiche, même s’ils apparaissaient dans Iznogoud sans s’y croiser. Le scénario leur laisse quelques zones d’improvisation, notamment dans les scènes au cours desquelles ils tentent de pitcher des films à succès (dont Bienvenue chez les Ch’tis et Les Visiteurs) à la société de production de Claude Berri ou de convaincre Eddy Barclay de financer la comédie musicale « Les Dix Commandements ». Si la mise en scène reste minimaliste, laissant les acteurs faire leur numéro, quelques astuces visuelles permettent de rappeler aux spectateurs l’argument fantastique du film, notamment les miroirs qui reflètent nos héros sous leur apparence d’adolescents, même si nous continuons à les voir avec leurs corps d’adultes. Dommage que le scénario peine à tenir les promesses de son postulat et finisse par patiner sans échapper aux clichés et aux situations attendues, jusqu’à un final prévisible qui semble emprunter sa structure à celle de l’épilogue de Retour vers le futur – l’une des nombreuses références d’un Dominique Farrugia dont la cinéphilie n’est plus à prouver.

 

(1) Extrait d’une interview parue dans Télé 7 Jours en 2015.

 

© Gilles Penso

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ARGYLLE (2024)

Une écrivaine à succès est embarquée par un agent secret dans des aventures qui ressemblent étrangement à ses écrits

ARGYLLE

 

2024 – USA/ GB

 

Réalisé par Matthew Vaughn

 

Avec Bryce Dallas Howard, Sam Rockwell, Henry Cavill, Bryan Cranston, John Cena, Catherine O’Hara, Dua Lipa

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

Trois ans après l’échec au box-office du troisième épisode de sa franchise Kingsman, King’s Man: première mission, Matthew Vaughn persiste et signe malgré tout avec un nouveau film d’espionnage, en délaissant momentanément les fantaisies uchroniques pour revenir au style « pop » de Kingsman – services secrets et Kingsman – le cercle d’or. Mais les temps changent et les hommes aussi : Vaughn n’est plus le cinéaste frondeur et « effronté » du premier Kick-Ass, et ses responsabilités de producteur semblent cette fois avoir pris définitivement le pas sur ses ambitions de réalisateur. Co-financé par Apple et Universal pour un budget hallucinant de 200 millions de dollars (King’s Man – première mission avait couté deux fois moins pour un résultat de meilleure tenue), le produit final ressemble malheureusement plus à du contenu pour plateforme qu’à du cinéma, sur le fond comme sur la forme. Et si la production pourrait hypocritement tenter de justifier le rendu grossier de la grande majorité des incrustations et effets spéciaux par le fait que l’histoire présente en partie des situations fantasmées ou imaginaires, l’argument ne tiendrait plus dès lors que la finition des effets des scènes se situant dans le monde réel ne s’avère jamais plus convaincante (mention spéciale au chat en images de synthèse…). Les Kingsman possédaient aussi leur lot de plans pas très réalistes mais ils compensaient leur manque occasionnel de moyens par une inventivité et une stylisation d’une efficacité imparable.

Elly Conway (Bryce Dallas Howard) est l’auteure d’une série de romans d’espionnage hyper-populaires mettant en scène l’agent Argylle (Henri Cavill). Dans le train qui l’emmène chez ses parents où cette célibataire endurcie espère trouver l’inspiration pour conclure son prochain manuscrit, un véritable agent secret du nom d’Aidan Wilde (Sam Rockwell) l’aborde pour lui expliquer que ses histoires ne sont pas uniquement des fictions issues de son imagination, mais que les évènements qu’elle décrit pourraient bien arriver… à moins qu’ils ne se soient déjà déroulés? D’où viennent ces hallucinations intempestives où Argylle lui apparait et s’adresse à elle lorsqu’elle est seule ? Pourquoi son visage se substitue-t-il parfois dans son imagination à celui d’Aidan ? Après avoir aidé Elly à échapper à des agents ennemis eux-mêmes inquiets des connaissances du milieu de l’espionnage dont elle fait preuve dans ses écrits, Aidan va l’aider à comprendre qui elle est vraiment… Nous n’en dirons pas plus pour ne pas gâcher la surprise car Argylle mise beaucoup, voire tout, sur ses retournements de situations et ses révélations. Ce qui, en soi, est une forme de générosité envers son public. Sauf que…

« L’espionne qui mémé »

S’il a toujours joué avec les codes des genres qu’il abordait, Vaughn s’appuyait sur les œuvres déjà très « méta » qu’il adaptait. Qu’il s’agisse de Stardust écrit par son compatriote anglais Neil Gaiman ou des comics « Kick-Ass » et « Kingsman – services secrets » de l’écossais Mark Millar, son cinéma a toujours fait preuve d’un iconoclasme et d’une sensibilité « so British », qui semblent tristement dilués dans Argylle. Si le film était sorti dix ou quinze ans plus tôt, on aurait applaudi Vaughn pour sa volonté de déjouer les codes du film d’espionnage en faisant d’une actrice non-athlétique une héroïne d’action, aux antipodes de Tomb Raider, voire Salt pour qui s’en souvient encore. Mais vue à travers le prisme du « wokisme » actuel, l’audace devient ici démagogie. Pour ne rien arranger, la mise en scène (en plus des effets spéciaux décevants) se repose beaucoup sur des « têtes qui parlent » lors de très statiques champs / contre-champs très télévisuels dans une surabondance de dialogues explicatifs : la marque de fabrique des plateformes de streaming qui savent que leurs « contenus » sont en concurrence directe avec les téléphones et les tâches domestiques de leurs spectateurs ! Vaughn retrouve sa verve filmique pour emballer quelques séquences d’action dont il a le secret même si, là encore, on est très loin de l’émotion qu’il était capable de transmettre à travers les ruptures de ton spontanées de ses précédents films. Argylle est tellement calibré et aseptisé qu’il en devient poussif et presque ringard. La prestation de Sam Rockwell vaudrait néanmoins presque à elle seule le détour, tant il incarne parfaitement l’esprit « Vaughn », en brouillant subtilement les pistes du premier et du second degré. On pourra aussi préférer revoir Des agents très spéciaux de Guy Ritchie qui, en raison de la présence d’Henry Cavill déjà dans le rôle d’un espion, force un peu la comparaison directe avec Argylle.

 

 © Jérôme Muslewski

 

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FINCH (2021)

Tom Hanks est l’un des derniers survivants de l’apocalypse, sillonnant une terre désertée avec un chien et un robot de son invention…

FINCH

 

2021 – USA

 

Réalisé par Miguel Sapochnik

 

Avec Tom Hanks, Caleb Landry Jones

 

THEMA FUTUR I ROBOTS

C’est d’abord sous le titre énigmatique de Bios que ce projet a commencé à faire le tour des studios. Les deux auteurs du scénario sont Craig Luck et Ivor Powell. Le premier est surtout connu pour ses travaux de technicien de l’image sur des films tels qu’Annihilation, Solo ou Doctor Strange, le second pour avoir participé à la production des premiers longs-métrages de Ridley Scott (Les Duellistes, Alien, Blade Runner). Ce script attire beaucoup de monde et c’est finalement Amblin Entertainment, la compagnie de Steven Spielberg, qui en acquiert les droits, Robert Zemeckis assurant le rôle de producteur exécutif. La double présence de Spielberg et Zemeckis en coulisses n’est sans doute pas étrangère à celle de leur acteur fétiche Tom Hanks en tête d’affiche, au sein d’un récit futuriste dont la mise en scène est finalement confiée à Miguel Sapochnik (Repo Men). Tourné au Nouveau-Mexique en 2019, le film est rebaptisé Finch et s’apprête à sortir en salles en octobre 2020. Mais la pandémie du Covid-19 survient sans crier gare, entrant bizarrement en correspondance avec le propos alarmiste du long-métrage (où il est question justement de catastrophe planétaire, de maladie et de confinement). Le distributeur Universal Pictures doit donc renoncer à une exploitation au cinéma. Finch sera finalement diffusé sur la plateforme Apple TV en novembre 2021.

Quinze ans après la gigantesque éruption solaire qui a détruit la couche d’ozone, la Terre n’est plus qu’un désert brûlant et hostile régulièrement ravagé par des phénomènes météorologiques violents. Finch Weinberg, ingénieur en robotique, est l’un des rares survivants du cataclysme. Isolé avec son chien Goodyear et son petit robot roulant Dewey dans un laboratoire de Saint-Louis qui appartenait à la société qui l’employait, il sillonne les alentours à bord de son camping-car spécialement customisé pour récupérer les quelques vivres encore disponibles dans le vaste dépotoir qu’est devenue la cité, engoncé dans une combinaison qui le protège des UV et des radiations. Le reste du temps, il s’affaire à son grand projet : la construction d’un robot humanoïde intelligent qui pourrait lui tenir compagnie et s’occuper de son chien en cas de malheur. Lorsqu’une monstrueuse tempête menace de dévaster leur repère, les membres de cette étrange « famille » humaine, canine et robotique, décident de prendre la route sans plus tarder…

Les rescapés de la fin du monde

Après des prémisses évoquant bon nombre de films post-apocalyptiques ayant déjà détaillé par le passé la difficile survie des rescapés de la fin du monde, Finch prend la tournure d’un road movie mélancolique au cours duquel la machine conçue par notre héros développe son apprentissage de la vie… tout en manifestant l’éveil d’une sorte de conscience. Craig Luck et Ivor Powell ont manifestement écrit leur script sous influence. L’incontournable Isaac Asimov est convoqué dès l’édiction des règles régissant le futur comportement de l’androïde. Silent Running, le space opera écologique de Douglas Trumbull, nous vient aussi à l’esprit, les deux films ayant en commun un homme solitaire se liant d’affection pour des robots humanisés. Rien n’empêche par ailleurs de voir chez Finch une relecture moderne de Gepetto. Ironiquement, Tom Hanks incarnera le fameux marionnettiste dans le Pinocchio que réalisera Robert Zemeckis l’année suivante. La prestation de Hanks est de toute évidence l’un des points forts de Finch, tout comme celle de Caleb Landry Jones qui prête sa voix et sa performance physique au robot vedette. Les effets visuels se révèlent d’ailleurs remarquables de réalisme. Le film a donc tout pour plaire, assumant la simplicité de son propos et une émotion à fleur de peau. Mais ce parti pris fixe aussi ses propres limites, dans la mesure où le scénario s’avère linéaire et prévisible. Sans doute manque-t-il à cette histoire un final digne de ce nom remettant en perspective la misanthropie du protagoniste. Un dernier acte abondant dans ce sens fut d’ailleurs tourné par Miguel Sapochnik puis finalement abandonné au profit d’une résolution plus minimaliste.

 

© Gilles Penso


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I’M YOUR MAN (2021)

Une scientifique accepte de participer à un test consistant à nouer une relation intime avec un robot conçu pour la satisfaire…

ICH BIN DEIN MENSCH

 

2021 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Maria Schrader

 

Avec Maren Eggert, Dan Stevens, Sandra Hüller, Hans Löw, Wolfgang Hübsch, Annika Meier, Falilou Seck, Jürgen Tarrach, Henriette Richter-Röhl, Monika Oschek

 

THEMA ROBOTS

Réalisatrice du thriller La Girafe, du drame Vie amoureuse, du biopic Stefan Zweig : adieu l’Europe et de la série Unorthodox, Maria Schrader se lance avec I’m Your Man dans une comédie dramatique intimiste laissant entrevoir comment la robotique et l’intelligence artificielle pourraient s’immiscer dans nos vies futures. Afin d’obtenir des fonds pour ses recherches, la spécialiste des langues anciennes Alma Felser (Maren Eggert) accepte de participer à une étude d’un genre très particulier. Pendant trois semaines, elle devra vivre avec Tom (Dan Stevens), un robot humanoïde conçu pour être le partenaire idéal, grâce à une programmation s’adaptant parfaitement à son caractère et à ses besoins. Dès que le test commence, Alma regrette sa décision. Le ridicule de la situation lui saute en effet aux yeux. Tom est certes un homme artificiel très séduisant, plein d’attentions délicieuses, d’un caractère égal et enjoué, d’une force surhumaine et d’une intelligence hyperbolique. Mais comment nouer avec lui une quelconque relation sérieuse, fut-elle temporaire ?

I’m Your Man s’efforçant de développer avec le plus de réalisme possible un postulat de science-fiction pure, il était nécessaire d’éviter la moindre fausse note pour que le château de cartes ne s’écroule pas. En ce sens, la prestation de Dan Stevens se révèle remarquable. Non content de posséder le sex-appeal indispensable au bon fonctionnement de son personnage et d’être capable de parler parfaitement l’allemand avec une petite pointe d’accent, l’acteur britannique parvient à nous faire croire dès les premières secondes à sa nature d’androïde grâce à un jeu subtil équilibrant au millimètre près les gestes mécaniques, les sourires un peu forcés, les regards fixes et les intonations légèrement décalées. Face à cette prestation à la froideur savamment calculée, Maren Eggert peut laisser s’exprimer sa pleine humanité, avec tout ce qu’elle comporte de failles, de contradictions et d’émotions refoulées. Car son personnage nous apparaît de prime abord glacial, antipathique, égoïste, cette carapace austère masquant des fêlures profondément enfouies. Paradoxalement, c’est au contact du robot qu’elle va pouvoir progressivement se libérer de tout ce poids.

L’homme idéal

Sous ses allures de « comédie romantique avec un robot », avec ce motif toujours fascinant de la possibilité utopique d’une idylle entre un être de chair et de sang et une machine intelligente (décliné dans des œuvres aussi dissemblables que Blade Runner, Electric Dreams, Edward aux mains d’argent, Her ou Ex Machina), I’m Your Man pose en substance une question brûlante d’actualité. Dans une société où la technologie et les algorithmes nous permettent désormais d’avoir un accès immédiat et adapté à chacun de nos besoins, ne risquons-nous pas de perdre peu à peu notre humanité ? Notre nature ne repose-t-elle pas justement sur la quête de désirs inassouvis, la frustration, les chemins de traverse, les détours et les compromis dont est jalonné un parcours de vie ? Ces interrogations existentielles ne trouvent bien sûr aucune réponse définitive, chaque spectateur étant invité à tirer ses propres conclusions de cette fable à peine futuriste aux ramifications vertigineuses malgré son approche naturaliste et sa mise en forme volontairement dénuée d’artifices.

 

© Gilles Penso

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