MAID DROID (2023)

Et s’il était possible désormais de faire appel à une compagnie offrant les services de robots féminins faisant le ménage… et plus si affinités ?

MAID DROID

 

2023 – USA

 

Réalisé par Rich Mallery

 

Avec Faith West, Jose Adam Alvarez, Kylee Michael, Anthony Rainville, Chris Spinelli, Elizabeth Chang, Quentin Boyer, Patricia Mizen

 

THEMA ROBOTS

Harrison (Jose Adam Alvarez) ne s’est toujours pas remis de sa rupture avec Julie (Kylee Michael). Voilà trois mois qu’ils se sont séparés, mais sa solitude est de plus en plus pesante. Régulièrement, il est assailli par des souvenirs (réels ou fantasmés ?) de son ex petite amie. Le fait que ces flash-backs furtifs insistent lourdement sur l’anatomie mise à nu de ladite Julie nous amène à une double conclusion : 1) C’est surtout le corps de la jeune femme qui manque à Harrison. 2) Le film va capitaliser sur le physique de ses actrices (sur ce point, le poster exhibant une pin-up en tenue de soubrette sexy nous donnait déjà quelques indices). Alors qu’Harrison traîne dans un bar en trimbalant son éternelle tête d’enterrement, l’un de ses amis lui conseille de faire appel aux services « Maid Droid » de l’entreprise Sandell Corporation : du ménage à la maison plus quelques « extras ». Harrison n’est pas intéressé. Mais un soir où il est plus imbibé d’alcool que d’habitude, il cède à la tentation et appelle. La standardiste lui explique le concept : « Nos unités X-5 sont conçues pour ressembler aux femmes humaines sous tous leurs aspects. Quoi que vous leur demandiez, elles le feront. » Harrison accepte de recevoir chez lui une de ces « unités » le lendemain après-midi, sans trop savoir à quoi s’attendre.

La suite des événements est conforme à ce que nous imaginons. Une femme de ménage taille mannequin débarque chez Harrison, dans une tenue de domestique très court-vêtue, et se plie à toutes ses demandes. Elle nettoie son intérieur, certes, mais se livre aussi avec lui à des galipettes qui lui feraient presque oublier Julie. Satisfait des services de ce joli robot qu’il a surnommé Mako, notre homme fait à nouveau appel à elle. La très photogénique Faith West se dévêt donc sans pudeur tout au long du film, Maid Droid prenant rapidement les atours d’un téléfilm érotique propre sur lui. Mais le réalisateur Rich Mallery, habitué aux petits films de genre à micro-budget souvent passés inaperçus (Sociopathia, Holy Terror, Wicked Game, Félines), hésite visiblement sur ce qu’il veut nous raconter et sur le ton à adopter. Incapable de choisir entre la romance coquine, le drame intimiste, la fable de science-fiction, la satire sociale ou l’épouvante, il stagne et finit par nous ennuyer profondément. D’autant que l’extrême austérité de sa mise en forme (des décors banals, des éclairages ternes, une réalisation minimaliste, un acteur principal inexpressif) ne joue pas en sa faveur.

Scènes de ménage

Dommage, parce qu’on sent bien que Mallery essaie de transcender le caractère racoleur de son film pour placer ses ambitions ailleurs. Au-delà des dérèglements à répétition de l’androïde servile adoptant un comportement inquiétant à cause de souvenirs traumatisants revenant à la surface de son cerveau électronique (la servante automate s’apprêterait-elle à devenir une émule de Terminator ?), Maid Droid aborde frontalement une problématique bien réelle qui se profile dans un avenir de moins en moins lointain : l’usage de robots humanoïdes pour des services sexuels. Il est aussi question de l’évaporation des libertés individuelles, puisque la compagnie qui loue les services des robots semble tout savoir de ses clients avant même d’entamer la moindre prestation : leur situation financière, la configuration de leur appartement, leurs conversations privées. Mais ces idées sont évoquées sans jamais se développer. Maid Droid ne se départit donc pas de ses allures de court-métrage amateur artificiellement étiré sur une heure et demie et provoque bien plus de lassitude que de frissons. Notons que ce film n’a aucun lien officiel avec le Maid-Droid japonais réalisé en 2009 par Naoyuki Tomomatsu, même s’il partage avec lui le même titre et plusieurs thèmes.

 

© Gilles Penso

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DOCTEUR JEKYLL ET MISTER HYDE (1941)

Un trio de superstars et un réalisateur prestigieux se réunissent pour l’une des plus belles adaptations du célèbre mythe…

DOCTOR JEKYLL AND MISTER HYDE

 

1941 – USA

 

Réalisé par Victor Fleming

 

Avec Spencer Tracy, Ingrid Bergman, Lana Turner, Donald Crisp, Barton Mac Lane, C. Aubrey Smith, Peter Godfrey, Ian Hunter

 

THEMA JEKYLL ET HYDE

Lorsqu’il s’attaque à Docteur Jekyll et Mister Hyde, Victor Fleming vient de signer coup sur coup deux des plus grands classiques de l’histoire du cinéma : Autant en emporte le vent et Le Magicien d’Oz. La Metro Goldwyn Mayer, chez qui il est sous contrat, lui propose alors de s’emparer du classique de Robert Louis Stevenson pour en livrer sa propre version. Si le scénario de John Lee Mahin (Scarface, Capitaines courageux) reprend dans les grandes lignes les péripéties du court roman de Stevenson, il s’appuie surtout sur le Docteur Jekyll et Mister Hyde réalisé par Rouben Mamoulian en 1931, dont le film de Fleming constitue donc un remake officiel. La trame de ces deux longs-métrages qu’une décennie sépare s’octroie de nombreuses libertés avec le texte original, reprenant une grande partie de la structure de la pièce de théâtre écrite par Thomas Russell Sullivan en 1887. Voilà pourquoi la relation de Jekyll / Hyde avec deux femmes que tout oppose (sa fiancée aristocratique Beatrix Emery et la serveuse délurée Ivy Petersen) occupe une place si importante chez Mamoulian et Fleming, alors qu’aucun de ces personnages n’existe dans la prose de Stevenson. Mais un cinéaste de la trempe de Fleming ne peut se contenter de reproduire servilement un film déjà existant. Son Docteur Jekyll et Mister Hyde développe donc un style et une personnalité bien à part.

Très tôt, Fleming s’amuse à dépeindre la rigidité de la haute société du 19ème siècle et l’étroitesse de son esprit. Aux yeux de l’aristocratie bien-pensante, les recherches avant-gardistes du docteur Harry Jekyll (Spencer Tracy) manquent d’éthique et de rigueur morale. « L’âme de l’homme civilisé est ainsi faite », dit-il lors d’un dîner mondain. « Le bien et le mal s’y affrontent. » Voilà un discours qui n’est pas du goût de tous. Mais Jekyll est un homme en avance sur son temps qui ne peut se limiter à la médecine traditionnelle. Lorsqu’il a réussi à transformer dans son laboratoire un lapin en bête sauvage et un rat en animal affectueux, il sait qu’il a trouvé la formule lui permettant de séparer le bien du mal. Or le patient sur lequel il prévoyait d’expérimenter son sérum passe de vie à trépas. Tant pis : il sera lui-même le cobaye. L’expérience est montée comme dans un film muet, sans aucun dialogue ni bruitage, parée d’une musique grandiloquente et ponctuée de gros plans très expressifs. La métamorphose elle-même nous est décrite de l’intérieur, à travers l’esprit tourmenté de Jekyll. Les visages de Beatrix et Ivy (la prude fiancée et la barmaid effrontée) s’immergent dans une sorte de boue indéfinissable puis se muent en chevaux sauvages que le docteur fouette comme un cocher devenu fou. Lorsque Jekyll revient à lui, son apparence a changé. Fleming ne nous montre d’abord que des reflets déformés et des ombres, puis enfin le visage. Le maquillage apposé par Jack Dawn sur Spencer Tracy durcit ses traits, déforme son sourire, le dote d’attributs bestiaux. Mais nous sommes loin de l’approche simiesque du film de Mamoulian. L’acteur est encore reconnaissable, et c’est justement la subtilité de l’altération qui rend ce Hyde si troublant.

Les femmes du docteur Jekyll

Prévue initialement pour incarner la fiancée vertueuse, Ingrid Bergman insiste pour jouer la serveuse, un rôle qu’elle juge plus intéressant et qui tranche avec sa filmographie passée. La future héroïne de Casablanca et des Enchaînés a vu juste. L’Ivy Petersen qu’elle interprète est bouleversante, la fille aguicheuse aux manières rustres qu’elle campe en début de métrage se muant progressivement en femme terrifiée, soumise et désespérée. Lana Turner ne démérite pas sous les traits de Beatrix, mais son personnage est moins complexe, plus monocorde. C’est à travers elles deux que se bâtit la tragédie du docteur Jekyll, dont elles seront les victimes principales. Dans le rôle-titre, Spencer Tracy prend des risques, quitte à déstabiliser le public qui le connaît sous des atours plus avenants. Son interprétation a ceci d’étonnant que même en Jekyll il possède déjà le regard halluciné et les mimiques de Hyde, ce dernier n’étant qu’un miroir déformant et brutal du bon médecin. La rupture entre les deux êtres est donc moins marquée que chez Mamoulian, et même si certains effets sont aujourd’hui très datés (les lents fondus enchaînés qui visualisent les transformations), le trouble demeure. Fleming n’hésite d’ailleurs pas à se soustraire au réalisme pour mieux construire son atmosphère, faisant usage de toiles peintes et de maquettes lorsque ses décors le nécessitent. Gros succès commercial, ce Docteur Jekyll et Mister Hyde mélodramatique fut nommé trois fois aux Oscars, pour sa photographie, sa musique et son montage.

 

© Gilles Penso

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LE DIABLE DES GLACES (1998)

Cette imitation de The Thing prend le prétexte d’une nouvelle de Stephen King pour semer la panique dans un centre de recherche en Antarctique…

SOMETIMES THEY COME BACK… FOR MORE

 

1998 – USA

 

Réalisé par Daniel Zelik Berk

 

Avec Claytin Rohner, Faith Ford, Max Perlich, Chase Masterson, Damian Chapa, Jennifer O’Dell, Michael Stadvec

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA STEPHEN KING

Après Vengeance diabolique et Les Enfants du diable, la nouvelle « Cours, Jimmy cours » de Stephen King continue à alimenter les distributeurs de films directement destinés au marché du DVD. Troisième et dernier épisode d’une saga protéiforme, Le Diable des glaces n’entretient plus aucun rapport avec le texte de King (même si son nom apparaît bien sûr en énorme sur la jaquette du film) et prend plutôt les allures d’une imitation à petit budget de The Thing. Son réalisateur, Daniel Zelik Berk, signe ici son premier long-métrage, après avoir produit d’autres séries B passées inaperçues comme Le Camp de l’enfer, Coup du sort ou Public Enemies. Le scénario est quant à lui co-écrit par Adam Grossman, déjà co-auteur des Enfants du diable, ce qui n’est pas fondamentalement un gage de qualité. L’intrigue s’appuie partiellement sur le projet Iceworm, un programme militaire bien réel mis en place pendant la guerre froide par l’armée américaine au beau milieu du Groenland.

Deux membres de la police militaire, le capitaine Sam Cage (Clayton Rohner) et le major Callie O’Grady (Chase Masterson) font irruption dans Erebus, une station de recherche isolée au milieu des montagnes enneigées de l’Antarctique, pour enquêter sur un drame survenu parmi les six membres de cette mission. Pour des raisons mystérieuses, ils ont disparu ou ont été retrouvés gelés, sauf deux d’entre eux : le capitaine Jennifer Wells (Faith Ford), officier médical, et le lieutenant Brian Shebanski (Max Perlich), officier technique. Étrangement, la base radio a été entièrement détruite. Les lieux s’avèrent en réalité être une base de forage secrète, et l’un des policiers commence à basculer dans la folie, assailli par des souvenirs – ou des cauchemars ? – de plus en plus effrayants. Un livre de sorcellerie et des zombies satanistes viennent se mêler confusément à cette histoire déjà passablement embrouillée.

Le retour de la revanche de la vengeance diabolique

Réalisé sans une once d’ambition ou d’originalité, Le Diable des glaces est un film de couloirs vides et de corridors répétitifs qui génère un ennui croissant et irréversible. Les protagonistes n’en finissent plus d’arpenter les mêmes coursives sombres et d’emprunter les mêmes ascenseurs, se courant les uns après les autres jusqu’à épuisement. A l’issue de 90 minutes éreintantes, le film s’achève par une lutte fratricide mais sans panache entre deux adorateurs de Satan. « Cours, Jimmy cours » n’a donc rien à voir là-dedans, même si les noms de Jim Norman et Jon Porter – héros des deux films précédents – sont brièvement évoqués au détour des dialogues. Fort heureusement, cette étrange « saga » engendrée par une nouvelle de Stephen King qui n’en demandait pas tant se sera arrêtée sur ce troisième épisode parfaitement facultatif.

 

© Gilles Penso


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AVENTURE AU CENTRE DE LA TERRE (1965)

Une expédition part explorer les entrailles de la terre et se retrouve nez à nez avec d’innombrables créatures terrifiantes…

AVENTURA AL CENTRO DE LA TIERRA

 

1965 – MEXIQUE

 

Réalisé par Alfredo B. Crevenna

 

Avec Javier Solis, Kitty de Hoyos, Columbia Dominguez, Jose Elias Moreno, David Reynoso, Carlos Cortez

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Généralement, les films qui s’inspirent des romans de Jules Verne et d’Edgar Rice Burroughs jouent la carte du cinéma d’aventure bon enfant. Or curieusement, Aventure au centre de la terre, adaptation composite de « Voyage au centre de la terre » et de « Au cœur de la terre » s’affirme plutôt comme un film d’horreur, préférant la claustrophobie oppressante à l’exotisme dépaysant, les monstres cauchemardesques aux bons vieux dinosaures traditionnels et les meurtres sanglants aux rebondissements tout public. Au cours du prologue, un groupe de touristes visite une grande grotte antédiluvienne. Un couple reste un peu à l’écart pour batifoler, mais ils glissent et se retrouvent isolés dans une cavité sous terre. Là, ils sont attaqués par une créature monstrueuse qui égorge l’homme avec ses griffes. Tous deux sont ramenés à la surface dans un bien triste état. Le malheureux a succombé et sa compagne, gagnée par l’hystérie, n’a plus que le mot « monstre » à la bouche. Voilà une entrée en matière pour le moins efficace.

Cet accident provoque la mise en place d’une expédition composée d’une dizaine de scientifiques qui décident d’aller explorer plus profondément le labyrinthe souterrain. Pour se préparer, nos savants regardent des images de films avec des dinosaures (autrement dit le fameux extrait du combat de lézards de Tumak, fils de la jungle et les hommes déguisés en tyrannosaures de L’île Inconnue). Très sérieux, l’un des hommes de science affirme que ces images pourraient être authentiques. Bien décidés à ne pas gâcher le spectacle, nous jouons le jeu en regardant l’expédition s’enfoncer sous terre avec un certain entrain (l’un d’eux pousse même la chansonnette). On se doute bien que le calme ne va pas durer. Les périls s’enchaînent en effet avec régularité. C’est d’abord une photographe qui perd l’équilibre et manque de tomber dans une fosse pleine de serpents. En développant ses clichés, elle découvre deux yeux monstrueux émergeant des ténèbres…

Lézards, chauves-souris, araignées et cyclopes

Lorsque les explorateurs effectuent une traversée au-dessus d’un torrent de lave, des chauves-souris les assaillent de toutes parts. Puis c’est le talkie-walkie grâce auquel ils gardaient un contact avec le monde extérieur qui ne répond plus. Pour couronner le tout, un traitre avide de diamants se dissimule parmi les membres de l’expédition. L’angoisse monte d’un cran lorsque surgissent diverses créatures antédiluviennes du plus curieux effet. De gros lézards monstrueux les observent à la dérobée, une araignée géante saigne à mort un des hommes tombés dans une fosse (en une sorte d’allusion à la fameuse scène coupée de King Kong), un affreux cyclope (aux oreilles pointues, aux dents énormes et aux mains en forme de pinces) les attaque, puis un homme chauve-souris aux crocs et aux griffes acérées enlève l’une des femmes de l’équipe pour l’emporter jusque dans son antre avec des intentions qu’on imagine bien peu catholiques. Le climat anxiogène du film s’assortit de décors magnifiques (notamment une ancienne cité perdue au milieu des rochers souterrains), d’une très belle photographie en noir et blanc et d’une bande originale inquiétante à souhait qui achèvent de faire de cette Aventure au centre de la terre un spectacle très recommandable.

 

© Gilles Penso


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LA MAIN (2022)

Un film-concept qui part d’un postulat horrifique original et attrayant mais peine à tenir toutes ses promesses…

TALK TO ME

 

2022 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Danny et Michael Philippou

 

Avec Sophie Wide, Alexandra Jensen, Joe Bird, Otis Dhanji, Miranda Otto, Zoe Terakes, Chris Alosio, Marcus Johnson, Alexandria Steffensen, Ari McCarthy

 

THEMA MORT I FANTÔMES

C’est le producteur et scénariste Daley Pearson qui est à l’origine de l’idée de La Main. Lorsqu’il en parle aux frères Danny et Michael Philippou, deux réalisateurs australiens dont la chaîne Youtube « RackaRacka » remporte un succès croissant, les compères se disent qu’ils tiennent là le sujet idéal de leur premier long-métrage. Avec l’aide de Bill Hinzman, ils tirent de cette idée un scénario s’appuyant sur une légende urbaine inventée de toutes pièces. Leur main embaumée souhaite de toute évidence s’inscrire dans la lignée de la cassette vidéo de Ring ou du livre des morts d’Evil Dead. Pour que leur script se concrétise à l’écran, les jumeaux Philippou se tournent vers Samantha Jennings, la productrice de Mister Babadook, film sur lequel ils firent leurs premières armes en tant que techniciens. C’est elle qui leur donne l’occasion de franchir le pas et de faire leur baptême de metteurs en scène dans la cour des grands. Le prologue de La Main montre le savoir-faire des deux hommes. Il s’agit d’un plan-séquence nocturne accompagnant les déambulations inquiètes d’un jeune homme, Cole, à la recherche de son frère cadet Duckett. Ses pas le mènent jusque dans une maison où une fête entre adolescents bat son plein. Duckett est bien là, fébrile, dans un état second. Il empoigne un couteau, frappe son frère puis se plante la lame dans le visage… le tout en temps réel, en continuité, sans coupure, jusqu’à ce que le titre apparaisse plein écran. Le ton est donné.

Après cette entrée en matière perturbante, La Main nous familiarise avec son personnage principal, Mia (Sophie Wilde), une fille de 17 ans qui souffre encore beaucoup de la mort de sa mère, suite à une overdose de médicaments, et de sa relation distante avec son père. Un soir, pour tromper sa tristesse et sa solitude, elle se rend avec sa meilleure amie Jade (Alexandra Jensen) et avec le jeune frère de celle-ci (Joe Bird) dans une soirée où se pratique le jeu de « la main ». Deux de leurs amis, Hayley (Zoe Terakes) et Joss (Chris Alosio), ont en effet récupéré un objet étrange qui semble provoquer des réactions anormales chez ceux qui s’y frottent – et qui alimente à foison les réseaux sociaux de tous les lycéens qui ont participé à l’une de ces fameuses soirées. L’objet a l’aspect d’une main crispée en céramique couverte d’inscriptions. La légende veut que sous cette couche se trouve la véritable main tranchée d’un médium qui était capable de communiquer avec les morts. Ceux qui osent serrer cette main puis prononcer les phrases « parle-moi » et « je te laisse entrer » sont soudain possédés par des esprits. Bien sûr, tout le monde est persuadé qu’il s’agit d’un canular savamment orchestré. Mia, estimant qu’elle n’a rien à perdre, accepte de jouer le jeu…

Jeux de vilains

Si le film semble s’amorcer comme une sorte de mixage entre Hérédité et Get Out, il s’affranchit rapidement de ce qui semble être cette double influence pour définir sa propre identité. La Main tire d’abord son originalité du cadre dans lequel surgit le surnaturel : dans des appartements ou des chambres d’adolescents, devant des dizaines de teenagers qui se prennent au jeu avec enthousiasme, smartphone à la main pour ne pas rater une miette du phénomène. Nous sommes plus proches de la soirée étudiante bien arrosée que de la séance de spiritisme austère et silencieuse. Les frères Philippou mettent là à contribution leur propre expérience de Youtube et des réseaux sociaux. Or personne ne revient indemne du jeu de la main, surtout lorsqu’on ne respecte pas la règle la plus importante : ne pas la tenir plus de 90 secondes. Car alors les esprits se lient aux humains et ceux qui se sont prêtés au jeu ramènent avec eux quelque chose de l’au-delà, une idée qui n’est pas sans rappeler L’Expérience interdite. La solidité de la mise en scène, la singularité du concept et l’efficacité des effets spéciaux de maquillage (furtifs mais très impressionnants, œuvre de Nick Nicolaou – Wolverine le combat de l’immortel – et Paul Katte – Le Hobbit) ne masquent hélas pas tout à fait les lacunes d’un scénario qui semble ne pas trop quoi savoir-faire avec son concept ni comment gérer ses éléments paranormaux. Ce problème est accru par le comportement de Mia, souvent irresponsable et absurde, ce qui ne facilite pas l’identification avec les spectateurs et joue donc en défaveur du film. La Main reste cependant un bel exercice de style, dont le gigantesque succès en salles laisse imaginer une future séquelle.

 

© Gilles Penso

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TRAIN EXPRESS POUR L’ENFER (1985)

Dans ce film à sketches fait de bric et de broc, Dieu et Satan discutent du bien et du mal en analysant trois cas de figure très étranges…

NIGHT TRAIN OF TERROR

 

1985 – USA

 

Réalisé par Jay Schlossberg-Cohen, John Carr, Philip Marshak, Tom McGowan et Gregg C. Tallas

 

Avec Gabriel Whitehouse, Tony Giorgio, Ferdy Mayne, John Philip Law, Richard Moll, Cameron Mitchell, Marc Lawrence, J. Martin Sellers, Merideth Haze

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I DIEU, LES ANGES ET LA BIBLE

Si Train express pour l’enfer semble si décousu, c’est parce qu’il s’agit d’un bricolage combinant des éléments prévus initialement pour trois longs-métrages distincts : Cataclysm (tourné en 1980), Scream Your Head Off (en 1981) et Death Wish Club (en 1983). Aucun de ces projets n’ayant pu être mené à terme, les rushes furent réunis pour ne faire qu’un, sous forme d’un film à sketches co-signé par les cinq réalisateurs originaux. Le fil conducteur entre les trois histoires est assuré par Satan (Tony Giorgio en smoking noir, le sourire carnassier) et Dieu (Ferdy Mayne avec costume et barbe blanche, le regard bienveillant) qui voyagent ensemble dans un train. Tous deux devisent tranquillement du bien et du mal et analysent plusieurs cas d’humains ballotés entre les deux, tandis que des intermèdes musicaux mettent en scène un groupe de rock médiocre au look improbable. Le premier sketch, réalisé par John Carr, s’appelle « The Case of Henry Billings » et se situe dans un institut psychiatrique où s’enchaînent les agressions sexuelles, les mutilations, les meurtres et les trafics d’organes au sein d’une trame confuse et incompréhensible. Ce récit improbable dénué d’une chute digne de ce nom ne laisse augurer rien de bon.

Le deuxième sketch, « The Case of Gretta Connors », est également réalisé par John Carr. Une musicienne sans le sou et un étudiant en médecine tombent dans les bras l’un de l’autre. Mais un homme jaloux de cette romance décide de se venger en utilisant les stratagèmes les plus improbables possibles. Il les fait ainsi participer à une étrange séance de « roulette russe » dans laquelle le revolver est remplacé par une guêpe grosse comme un chat (une figurine animée image par image sans beaucoup de finesse) dont le dard est mortel. Les traits un peu grossiers de l’insecte géant ressemblent à ceux d’un démon tandis que la bande son la dote de cris bizarres. Lorsqu’une des victimes est piquée par le monstre, sa blessure enfle et explose en libérant une énorme gerbe de sang. Parmi les autres expériences absurdes auxquelles se livre l’amant éconduit, on note un ordinateur qui électrocute les gens ou une boule de démolition qui menace de les écraser. Une fois de plus, ce scénario sans queue ni tête s’achemine vers une fin absurde et laisse perplexe quant à la nature du long-métrage qui était censé naître de ces séquences.

Guêpe géante, ancien nazi et démon-araignée

La troisième est dernière histoire, « The Case of Claire Hansen », est la plus intéressante. Un vieil homme dont la famille a été massacrée pendant la guerre reconnaît un ancien nazi en voyant un chef d’orchestre à la télévision. Or cet homme semble ne pas avoir pris une seule ride en quarante ans. Ce segment regorge de séquences surréalistes, comme celle d’une statue de cinq mètres de haut qui prend soudain vie (animée en stop-motion par Anthony Doublin). Ses yeux s’allument, elle descend de son piédestal et écrase un homme sous son pied. Variante horrifique d’un des passages de Jason et les Argonautes, cette scène très graphique est un peu gâchée par la figurine censée représenter la victime humaine, peu soignée et aux proportions évasives. Le problème est le même lorsqu’apparaît un autre démon en animation, un monstre humanoïde aux yeux brillants monté sur un corps d’araignée qui surgit du sol, attrape un moine et l’entraîne sous terre avec lui. L’abondance de créatures diaboliques de ce type égaie un peu cet ultime segment sans pour autant faire excessivement monter le niveau qualitatif de cette anthologie trop peu soignée pour convaincre, malgré son recours au gore et à la nudité pour tenter de réveiller le public de sa torpeur. Voilà sans doute pourquoi Train express pour l’enfer a sombré dans l’oubli.

 

© Gilles Penso

 

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GAPPA, LE DESCENDANT DE GODZILLA (1967)

Une expédition de scientifiques ramène d’une île sauvage un grand œuf préhistorique… provoquant la colère des parents dinosaures !

DAIKAIJU GAPPA

 

1967 – JAPON

 

Réalisé par Haruyasu Noguchi

 

Avec Tamio Kawaji, Yoko Yamamoto, Tatsuya Fuji, Koji Wada, Yuji Odaka

 

THEMA DINOSAURES

Produit par le studio Nikkatsu et réalisé par Haruyasu Noguchi, Daikaiju Gappa semble tant s’inspirer de la saga Godzilla que les distributeurs français n’hésitent pas à sortir le film sous le titre abusif de Gappa, le descendant de Godzilla. Les États-Unis optent de leur côté pour un énigmatique Gappa, the Triphibian Monster (qui saura nous dire ce qu’est un « monstre triphibien » ?) tandis que l’Allemagne n’y va pas par quatre chemins et convoque carrément Mary Shelley en osant Gappa, Frankenstein’s Fliegende Monster (autrement dit Gappa, le monstre volant de Frankenstein !). En réalité, le film s’inspire surtout de Gorgo d’Eugène Lourié, dont il reprend fidèlement la trame. Désireux d’inaugurer un parc garni d’animaux exotiques, le patron du magazine Playmate paie une équipe de scientifiques pour qu’ils lui ramènent des spécimens dignes d’intérêt. Pour bien nous faire comprendre que l’expédition est constituée de savants, le réalisateur les filme en train de regarder des tubes à essai et de remuer des pipettes. En partance vers les mers du sud, leur navire est soudain secoué par un séisme sous-marin. Les savants abordent bientôt une île volcanique sur le rivage de laquelle sont érigées de grandes statues de pierre évoquant une ancienne civilisation.s

La jungle semble abriter quelques créatures préhistoriques, ce que laisse supposer ce ptéranodon qui traverse brièvement les cieux. Comme dans King Kong, nos explorateurs entendent les tams-tams d’une cérémonie tribale et rencontrent les autochtones, une peuplade primitive qui adore le dieu Gappa – et qui parle couramment japonais, ce qui s’avère bien pratique pour communiquer. C’est alors qu’un grand tremblement de terre secoue l’île, provoquant l’effondrement d’une des statues géantes et révélant l’entrée d’une caverne où l’expédition trouve un œuf géant abritant un bébé dinosaure. « Gappa pas content ! » répète alors un enfant indigène à nos fiers explorateurs. Mais rien n’arrête la science, c’est bien connu. « Je veux l’utiliser pour une recherche sur l’évolution des reptiles » affirme donc le chef des scientifiques, avant de reprendre le cap pour Tokyo. Mais tandis que le navire regagne la civilisation, les deux parents du saurien préhistorique se déchainent, détruisant le village des indigènes avant de partir en direction de la capitale japonaise.

« Gappa pas content ! »

Au-delà du quasi-plagiat du film de Lourié, Gappa perd toute crédibilité au moment de révéler la morphologie de ses dinosaures, aux allures de tyrannosaures patauds affublés de becs de perroquets, d’yeux globuleux, d’ailes et d’une crête sur la tête. En gros, ils ressemblent vaguement à des variantes de Godzilla auxquelles auraient été ajoutés des attributs d’oiseaux. Tandis que l’expédition ramène le bébé Gappa en ville, à la grande joie du patron du magazine Playmate qui veut garder la découverte secrète pour pouvoir ménager un scoop, les parents en colère débarquent et mettent Tokyo à feu et à sang. Les séquences surréalistes abondent alors : des aéronefs à la Thunderbird qui survolent les monstres, des tanks qui les attaquent avant de finir fondus (car papa et maman Gappa crachent du feu), l’une des bêtes qui ramène un poulpe dans son bec, des avions de chasse qui les assaillent en pleine nuit… Il faut reconnaître l’admirable travail effectué sur les maquettes, supervisées par Akira Watanabe et garnies d’effets pyrotechniques réussis, ainsi qu’une poignée de décors plutôt inspirés, notamment la statue effondrée et la caverne enfumée abritant un lac intérieur très photogénique. L’amateur de kaijus en a donc raisonnablement pour son argent.

 

© Gilles Penso

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BLUE BEETLE (2023)

Le jeune super-héros latino de l’univers DC fait ses premiers pas au cinéma dans un film sympathique à défaut d’être mémorable…

BLUE BEETLE

 

2023 – USA

 

Réalisé par Angel Manuel Soto

 

Avec Xolo Maridueña, Bruna Marquezine, Adriana Barraza, Damian Alcazar, Raoul Max Trujillo, Susan Sarandon, George Lopez, Belissa Escobedo, Harvey Guilen

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA DC COMICS

Le scarabée bleu aura eu plusieurs vies avant de trouver sa forme définitive dans les pages des comics DC. Créé par Charles Nicholas Wojtkowski et Will Eisner, il vit ses premières aventures dans Mystery Men Comics en 1939 sous les traits du policier Dan Garret, se muant en super-justicier grâce à un équipement dernier cri et des vitamines dopantes. Après le dépôt de bilan de l’éditeur Fox Feature Syndicate, Blue Beetle atterrit chez Charlton Comics qui le ressuscite au milieu des années 60 et réinvente ses origines. Dan Garret est désormais un archéologue devenu super-héros grâce à un objet magique d’origine égyptienne en forme de scarabée. Au début des années 80, c’est DC Comics qui récupère les droits du personnage après la fermeture de Charlton, mettant en avant deux autres personnages : l’inventeur Ted Kord, disciple de Dan Garrett, et l’adolescent Jaime Reyes, son successeur. C’est sur cette variante plus récente de l’histoire que s’appuie l’adaptation cinématographique confiée par Warner et le studio DC au cinéaste portoricain Angel Manuel Soto. Le crédo des films DC post-Zack Snyder étant l’humour et la légèreté (comme en témoignent Shazam, The Suicide Squad ou The Flash), c’est cette voie qu’emprunte naturellement Blue Beetle.

Le héros du film est donc Jaime Reyes (Xolo Maridueña), jeune diplômé de l’université de droit de Gotham qui revient dans sa ville natale de Palmera et retrouve sa famille volubile. Malgré la chaleur et la bonne humeur ambiante, les nouvelles ne sont pas bonnes. Le père de Jaime a des problèmes cardiaques et les difficultés financières familiales les menacent d’une expulsion imminente. Acceptant un petit boulot d’agent d’entretien, Jaime fait la rencontre de Jenny Kord (Bruna Marquezine), membre d’une famille d’industriels fortunés dont la dirigeante, la redoutable Victoria Kord (Susan Sarandon), capitalise sur la vente d’armes ultrasophistiquées. Sa dernière trouvaille, un ancien artefact extraterrestre connu sous le nom de Scarab, va lui permettre de mettre au point le projet OMAC (One Man Army Corps), des exosquelettes biomécaniques capables de créer une armée de cyborgs indestructibles. Par un concours de circonstances rocambolesque, Jaime se retrouve en possession du Scarab et subit bientôt malgré lui une étrange mutation…

Beetlemania

L’entame du film nous séduit par sa fraîcheur et sa candeur. Cette famille latino est certes caricaturale et excessive, mais il est difficile de ne pas s’y attacher. On sent bien que cette simplicité ne va pas durer et que tôt ou tard les codes du film de super-héros vont s’inviter dans l’intrigue pour lui ôter tout ce qui pourrait faire son charme et son originalité. Et ça ne loupe pas. Dès que Jaime devient Blue Beetle, nous voilà face à un super-héros à mi-chemin entre Spider-Man et Iron Man qui se lance dans des combats musclés contre un adversaire possédant peu ou prou les mêmes capacités que lui, à grands renforts de doublures numériques en apesanteur et d’images de synthèse tous azimuts. Au-delà de l’inévitable effet de déjà-vu, le spectateur peine à s’impliquer dans les exploits du petit Scarabée dans la mesure où la nature même de ses pouvoirs nous échappe totalement. À la fois combinaison futuriste façon Tony Stark et symbiote extra-terrestre à la Venom, le costume dont il est revêtu semble à peu près capable de tout. Un peu blasés par ces démonstrations infographiques très modérément palpitantes, nous nous rabattons sur la famille Reyes qui reste diablement attachante. Certes, l’oncle complotiste Rudy (George Lopez) en fait des tonnes et se soustrait à toute logique (il devient en un clin d’œil virtuose de l’informatique, ingénieur et pilote de vaisseaux volants). Il n’empêche que c’est lui qui prononce les dialogues clés. Si sa réplique « l’univers t’a fait un don, à toi d’en faire bon usage » nous renvoie au crédo de Spider-Man, celle qui affirme « on va peut-être enfin avoir notre héros à nous » dit bien la volonté de positionner Blue Beetle comme représentant et défenseur d’une des minorités les plus importantes des Etats-Unis. A l’instar de Black Panther, fer de lance super-héroïque de la communauté afro-américaine, le scarabée bleu est donc le super-justicier mexicain que les latino-américains attendaient. C’est sa vocation principale. Mais il eut sans doute fallu un film mieux construit et moins bardé de clichés pour pleinement nous convaincre.

 

© Gilles Penso

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UNDER THE SHADOW (2016)

Dans le Téhéran des années 1980, une jeune mère et sa fille sont exposées aux affres de la guerre Iran-Irak… mais aussi à de redoutables démons…

UNDER THE SHADOW

 

2016 – GB / JORDANIE / QATAR

 

Réalisé par Babak Anvari

 

Avec Narges Rashidi, Avin Manshadi, Bobby Naderi, Arash Marandi, Aram Gashemy, Soussan Farrokhnia, Ray Haratian, Hamid Djavadan

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Ce film de terreur très efficace, qui évoque par moments le Dark Water de Hideo Nakata et le cinéma d’épouvante de James Wan, emprunte certes des mécanismes connus mais se les réapproprie avec panache, en s’appuyant sur une maîtrise indiscutable du hors champ, des effets sonores, du silence, bref de tout ce que le langage cinématographique offre comme latitude pour laisser s’installer une épouvante durable et intense. Ce travail d’orfèvre est d’autant plus remarquable que Babak Anvari réalise là son premier long-métrage, après une pratique intensive du format court pour « se faire les dents ». Financé avec des capitaux venus du Qatar, de la Jordanie et du Royaume Uni, Under the Shadow est tourné en langue perse et produit par la compagnie anglaise Wigwaw Films. Si l’intrigue se déroule en Iran (pays natal du réalisateur) le film est intégralement tourné en Jordanie. Under the Shadow se distingue avant tout par sa capacité à inscrire le fantastique dans un contexte historique, politique et social bien réel. Les phénomènes paranormaux n’interviennent d’ailleurs qu’après que les personnages et leurs problématiques tangibles nous aient été exposés.

En 1988, au cœur de la guerre qui oppose l’Iran et l’Irak, la condition de la femme à Téhéran est loin d’être idyllique. Empêchée de poursuivre ses études de médecine à cause de son implication dans un mouvement d’opposition étudiant, Shideh (Narges Rashidi) doit élever seule sa fille Dorsa (Avin Manshadi) pendant les bombardements incessants qui frappent la ville. Son époux médecin Iraj (Bobby Naderi), lui, est mobilisé sur le front. Malgré les protestations de ce dernier, Shideh décide de rester en ville au lieu de s’installer dans une région plus sûre du pays auprès de ses beaux-parents. Peu rassurée par ce climat de guerre permanent, la petite Dorsa se pelotonne contre sa poupée préférée Kimia, persuadée qu’elle pourra la protéger. Bientôt, un jeune garçon s’installe dans le voisinage. Ses parents ayant été tués pendant une attaque, il est désormais muet. Mais il semble cacher un lourd secret…

À l’ombre des démons

Faire intervenir des Djinns démoniaques en pareille situation aurait pu sembler incongru. Les monstres surnaturels ont-ils leur place dans un récit aussi tangible ? Mais les créatures mythiques ne se contentent pas de se juxtaposer à ce contexte historique et social. Elles s’y enracinent solidement et provoquent une terreur insidieuse, non seulement chez les deux protagonistes mais aussi auprès des spectateurs. La peur suscitée par les Djinns est d’autant plus efficace que le cinéaste décide de nous en montrer le moins possible, laissant l’imagination faire le plus gros du travail. Bien sûr, on ne peut s’empêcher d’apprécier la charge métaphorique de ce spectre aux allures de voile islamique attaquant sans relâche une femme musulmane moderne séduite par la culture occidentale, qui pratique la gymnastique devant son téléviseur et refuse les conseils de son mari au lieu de se soumettre comme le voudrait la tradition. Under the Shadow a fait la tournée des festivals, y remportant de nombreux prix à travers le monde avant d’être distribué sur de nombreux territoires.

 

© Gilles Penso


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THE CRATER LAKE MONSTER (1977)

Suite à la chute d’une météorite, un plésiosaure affamé surgit d’un lac pour croquer pêcheurs et touristes dans une petite ville américaine…

THE CRATER LAKE MONSTER

 

1977 – USA

 

Réalisé par William R. Stromberg

 

Avec Richard Cardella, Glenn Roberts, Mark Siegel, Bob Hyman, Richard Garrison, Kacey Cobb

 

THEMA DINOSAURES

Dans ce petit film indépendant au budget minuscule, estimé à moins de 20 000 dollars, le seul véritable intérêt réside dans les effets d’animation. Ces derniers donnent vie au monstre du titre, un plésiosaure qui n’apparaît à vrai dire que furtivement sur l’heure et quart que dure le film. William Stromberg, qui dirige là son premier et unique long-métrage, avait par le passé réalisé plusieurs films courts dans la même veine laissant la part belle aux créatures en stop-motion, notamment une adaptation intéressante de « A Sound of Thunder » de Ray Bradbury avec des dinosaures animés par un tout jeune Phil Tippett. Le scénario de The Crater Lake Monster, réminiscence des films de monstres des années 50, n’est donc qu’un vague prétexte pour mettre en scène son dinosaure aux pieds palmés (visiblement inspiré d’un des titans antédiluviens de Quand les dinosaures dominaient le monde). Alors que Dan (Richard Garrison), un paléontologue, et son assistante, Susan (Kacey Cobb), fouillent les environs du lac Crater à la recherche de traces de dinosaures, une météorite tombe justement au beau milieu de la lagune. Le jour suivant, le shérif, Steve (Richard Cardella), et les deux paléontologues constatent que l’eau du lac est bouillante.

Quelques mois plus tard, les membres d’un groupe de touristes entendent un grondement sourd au bord de l’eau. Arnie (Glenn Roberts) et Mitch (Mark Siegel), loueurs de bateaux, retrouvent une de leurs barques, prêtée à un pêcheur, vide et ensanglantée. Deux autres touristes sont retrouvés en état de choc. Lors d’une patrouille, Steve voit surgir du lac un plésiosaure. La bête est sortie d’un œuf préhistorique dont l’éclosion a été provoquée par la chute de la météorite à proximité. Dès lors, la créature détruit systématiquement tout ce qui se trouve sur son passage et se dirige vers la station de ski locale. Les autorités, qui se souviennent bien du climax de Dinosaurus réalisé dix-sept ans plus tôt, décident de placer face au monstre un chasse-neige géant, un final qui sera à nouveau imité dans le déplorable Carnosaur de Adam Simon quelque seize ans plus tard.

L’étrange créature du lac gris

Il faut bien avouer que le jeu des acteurs de The Crater Lake Monster est globalement exaspérant, notamment celui d’un duo à la Laurel et Hardy censé apporter une touche d’humour dans ce lac gris. Les effets visuels, eux, sont l’œuvre d’une belle brochette d’artistes dirigés par David Allen : Randy Cook (Le Seigneur des anneaux), Phil Tippett (Jurassic Park) et Jim Danforth (Jack le tueur de géants). Au beau milieu des plans animés vient s’intercaler quelque peu artificiellement une tête géante un peu trop figée dont les interventions se démarquent mal de celles du requin des Dents de la mer. La figurine d’animation, elle, est une belle réussite. « Si nous avons subi une influence dans le design de ce monstre, elle vient principalement du serpent avec lequel se battait King Kong », nous avouait David Allen. « Pour être franc, je ne me souviens pas de séquences d’animations particulièrement remarquables dans The Crater Lake Monster. Il doit y avoir à peine trois minutes d’animation en tout et pour tout dans le film » (1) Au moment de sa sortie, le film est annoncé avec des effets spéciaux en « Fantamation ». En réalité se dissimule derrière ce nom fantaisiste la fameuse technique de la Dynamation imaginée par Ray Harryhausen à l’époque du Monstre des temps perdus.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

© Gilles Penso


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