LES PASSAGERS DE L’ANGOISSE (1987)

Une famille d’extra-terrestre s’échoue dans la campagne texane et se voit contrainte de prendre en otage une jeune femme et sa grand-mère…

STRANDED

 

1987 – USA

 

Réalisé par Tex Fuller

 

Avec Ione Skye, Joe Morton, Cameron Dye, Brendan Hughes, Maureen O’Sullivan, Susan Barnes, Michael Greene, Gary Swanson, Harry Caesar, Kevin Haley

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Aujourd’hui, un film comme Les Passagers de l’angoisse passerait totalement inaperçu, perdu dans le marché abondant des petits produits « direct to video » ou « direct to VOD ». Mais en 1987, ce genre de long-métrage avait droit à une sortie en salles dans le monde entier et même à une campagne marketing digne de ce nom. Si le film a aujourd’hui sombré dans l’oubli, ceux qui le découvrirent à l’époque en gardent un souvenir mi-nostalgique mi-amusé. Derrière le nom du metteur en scène Tex Fuller se cache Fleming B. Fuller, qui n’a pas réalisé grand-chose auparavant (si ce n’est un documentaire et un épisode de série TV) et pas grand-chose non plus après (si l’on excepte le téléfilm Prey of the Chameleon). Depuis, il a totalement disparu de la circulation, tout comme le scénariste Alan Castle dont c’est le seul titre de gloire. Les Passagers de l’angoisse est donc l’œuvre de parfaits inconnus. Un seul nom ressort vaguement dans les crédits techniques, celui du maquilleur spécial Brian Wade, qui participa notamment à La Galaxie de la terreur, Piranha 2, The Thing, Starfighter, Dreamscape ou encore Terminator. Face à la caméra, des comédiens relativement obscurs côtoient des visages plus familiers, comme le spécialiste du cinéma d’action Joe Morton (Speed, Terminator 2) et surtout Maureen O’Sullivan, qui fut l’inoubliable Jane Parker des Tarzan avec Johnny Weissmuller.

Nous sommes en rase campagne dans le Texas. La jeune Deirdre Clarke (Ione Skye) coule des jours tranquilles avec sa grand-mère Grace (Maureen O’Sullivan) dans une ferme isolée. Mais le calme cède à la tempête lorsqu’une famille d’extra-terrestres s’écrase avec son vaisseau près de leur maison. Ces créatures d’outre-espace se sont échappées d’une planète déchirée par une guerre impitoyable et espèrent trouver refuge sur la Terre. Hélas, à la suite d’un malentendu, le petit-ami de Deirdre perd la vie. Aussitôt, la population locale (principalement des rednecks à la gâchette facile, comme il se doit) s’en prend aux extra-terrestres. La situation vire à l’émeute et les aliens se retrouvent contraints de prendre en otage Grace et sa petite-fille. Alors que les esprits s’échauffent dangereusement, le shérif Hollis McMahon (Joe Morton) s’efforce tant bien que mal de ramener un peu d’ordre dans ce chaos. Mais les événements deviennent rapidement incontrôlables…

Des kidnappeurs venus d’ailleurs

L’absence manifeste de prétention des Passagers de l’angoisse est l’un de ses atouts majeurs. Le postulat de départ semble certes vouloir emprunter les sentiers battus par E.T., et pourtant de nombreux partis pris originaux parviennent à nous prendre par surprise. La première singularité du film concerne l’aspect de ses créatures. Humanoïdes, le visage bleuté, le front haut, les cheveux blancs, elles ont des traits étrangement angéliques.  A leurs côtés se tiennent une créature hirsute et joyeuse ainsi qu’un redoutable garde du corps femelle. La seconde nouveauté consiste à traiter l’assaut de la maison comme une prise d’otage traditionnelle, avec tout ce que cela comporte de tensions et de dilemmes. Si les autochtones versent volontiers dans le stéréotype hargneux et intolérant, la situation dicte logiquement un tel comportement. Quant au manichéisme, il n’a pas vraiment droit de cité. Pas d’optimisme béat chez les détenues consentantes, pas de prise de position tranchée chez les policiers, pas de quête absolue de fraternité chez les aliens. Certes, l’idée intéressante selon laquelle l’expérience passée des extra-terrestres peut être communiquée à autrui par le biais d’un diamant lumineux aurait mérité d’être mieux exploitée (du double point de vue des enjeux dramatiques et du langage cinématographique). Mais Les Passagers de l’angoisse sait tenir en haleine. D’autant que l’intervention au cours du troisième acte d’un extra-terrestre prédateur déguisé en humain et armé d’un bras fusil dévastateur (une idée empruntée à Rayon laser ?) relance l’intrigue et la pousse vers son dénouement minimaliste et efficace.

 

© Gilles Penso


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WINNIE THE POOH : BLOOD AND HONEY (2023)

Et si le plus célèbre et le plus gourmand des petits ours se transformait en tueur sanguinaire et psychopathe ?

WINNIE THE POOH : BLOOD AND HONEY

 

2023 – GB

 

Réalisé par Rhys Frake-Waterfield

 

Avec Craig David Dowsett, Chris Cordell, Amber Doig-Thorne, Nikolai Leon, Maria Taylor, Natasha Rose Mills, Danielle Ronald

 

THEMA MAMMIFÈRES

Un film d’horreur avec Winnie l’ourson ? Comment cela est-il possible ? Tout simplement grâce à une opportunité que le réalisateur Rhys Frake-Waterfield a su saisir au vol. Avant d’être le héros ultra-populaire d’une série animée des studios Disney, Winnie est l’œuvre de l’auteur pour enfants Alan Alexander Milne qui lui donne naissance en 1946 en s’appuyant sur les dessins d’Ernest Howard Shepard. Or à partir du 1er janvier 2022, le premier livre consacré à l’ourson amateur de miel tombe dans le domaine public. Frake-Waterfield saute aussitôt sur l’occasion et développe son projet fou : Winnie the Pooh : Blood and Honey. Rien ne l’empêche désormais d’accommoder le sympathique ursidé et ses compagnons à la sauce qui lui chante, du moment qu’il ne reprend pas les designs de Disney. Amateur de concepts délirants que ne réfrène jamais l’anémie des budgets à sa disposition, l’audacieux metteur en scène avait déjà signé par le passé quelques micro-productions autant anecdotiques qu’improbables comme The Area 51 Incident (une histoire d’extra-terrestres), Firenado (un film catastrophe avec une tornade de feu) ou l’impensable Killing Tree (un slasher avec un sapin de Noël psychopathe !). Alors pourquoi pas un survival sanglant avec Winnie dans le rôle du croquemitaine ? Avec un budget inférieur à 100 000 dollars (la plus grosse enveloppe qu’il ait eu à sa disposition jusqu’alors), Rhys Frake-Waterfield s’installe pendant dix jours dans les forêts du Sussex avec sa petite équipe de tournage.

Un prologue à base de croquis animés nous raconte la genèse de cette histoire abracadabrante. Au début, tout va bien. Le jeune Christopher se lie d’amitié avec un groupe d’animaux anthropomorphes dans les bois : l’ourson Winnie, le cochon Porcinet, l’âne Bourriquet ainsi qu’un lapin et un hibou. La situation nous est familière. Mais l’enfant grandit et part à l’université, laissant ses amis livrés à eux-mêmes en cessant de leur rendre visite. Sans Christopher pour les nourrir ou les guider, Winnie et ses compagnons souffrent d’une famine extrême et sont réduits à tuer Bourriquet pour le manger ! Traumatisé par cet acte barbare, le petit groupe se met à développer une haine viscérale contre l’humanité en général et contre Christopher en particulier. Ils retournent à leurs instincts sauvages, décident de ne plus parler et se muent en assassins de la pire espèce. Ignorant tout du drame, Christopher décide un jour de revenir dans les bois avec sa fiancée, tout guilleret…

Laid comme un Pooh

On note d’emblée un saut qualitatif par rapport aux films précédents du réalisateur. La photo s’avère plus soignée, la mise en scène plus nerveuse, le rythme un peu plus serré. Le long prégénérique distille ainsi une atmosphère anxiogène efficace. Assez tôt, Rhys Frake-Waterfield assume l’une de ses références majeures, en l’occurrence Massacre à la tronçonneuse dont il convoque une grande partie de l’imagerie : le décor rural glauque, la station-service abandonnée, les crochets de bouchers, le grand marteau mué en arme, les squelettes, les carcasses, les restes humains… Même les silhouettes balourdes et primitives de Winnie et Porcinet évoquent Leatherface. Les designs de ces derniers laissent cependant perplexes dans la mesure où ils ressemblent exactement à ce qu’ils sont : des hommes en salopette avec des masques en plastique sur la tête. Jamais nous ne parvenons à les appréhender comme les créatures hybrides qu’ils sont censés êtres. Sans doute Rhys Frake-Waterfield aurait-il dû opérer un choix narratif tranché : en faire de véritables monstres semi-anthropomorphes (ce qui aurait nécessité des effets spéciaux beaucoup plus performants) ou alors de simples psychopathes humains se prenant pour des animaux (ce à quoi ils ressemblent en fin de compte). L’autre parti-pris bizarre du film – qui finit par jouer en sa défaveur – est son obstination à rester très sérieux, quitte à convoquer les grands sentiments, les traumas et même la psychanalyse. Un peu plus de gore exubérant (comme avec la scène de la voiture) d’idées visuelles originales (le selfie qui révèle la silhouette des monstres) et de second degré auraient été largement appréciables. En l’état, ce Winnie nous laisse un peu sur notre faim…

 

© Gilles Penso

 

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MEN IN BLACK : INTERNATIONAL (2019)

La franchise lancée au cinéma par Barry Sonnenfeld se décline avec un nouveau réalisateur et un nouveau casting…

MEN IN BLACK: INTERNATIONAL

 

2019 – USA

 

Réalisé par F. Gary Gray

 

Avec Chris Hemsworth, Tessa Thompson, Liam Neeson, Kumail Nanjiani, Rafe Spall, Rebecca Ferguson, Laurent et Larry Bourgeois, Emma Thompson

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA MEN IN BLACK

Certaines sagas devraient savoir s’interrompre à temps. Bien sûr, cette logique imparable entre en conflit avec la politique des studios qui préfèrent exploiter jusqu’à plus soif les franchises dont ils sont propriétaires, quitte à émousser progressivement l’intérêt des spectateurs. Men in Black aurait pu rester une trilogie, s’achevant sur le troisième épisode réussi que Barry Sonnenfeld réalisa en 2012. Il n’en est rien. Désormais, le concept s’élargit sur d’autres continents. En théorie, pourquoi pas ? Le principe d’autres agences dédiées au traitement des affaires extra-terrestres se tient. Encore aurait-il fallu un élan créatif suffisamment fort pour transformer cette idée en film digne de ce nom, et non en simple produit. Le réalisateur F. Gary Gray n’est pas seul en cause. Signataire de Négociateur, Braquage à l’italienne et Fast and Furious, il avait déjà eu l’occasion de succéder à Sonnenfeld en dirigeant Be Cool, la suite de Get Shorty. Pour Men in Black : International, il envisage un film ironique et très politisé, s’inspirant des débats réels concernant l’immigration sur le territoire américain. Mais le producteur Walter F. Parkes ne l’entend pas de cette oreille. Les conflits permanents entre les deux hommes ne vont cesser de ponctuer la fabrication de ce quatrième Men in Black, au grand dam des acteurs obligés de se réadapter à un scénario en perpétuelle réécriture.

Men in Black : International s’intéresse à la branche londonienne de l’agence des hommes en noir, menée avec autorité par l’agent High T (Liam Neeson). L’un des employés modèles de ce bureau britannique est l’agent H (Chris Hemsworth), qui n’a pas son égal pour régler les problèmes aliens sans se départir de son bagout, de son charme et de son élégance. Alors qu’une nouvelle menace venue d’outre-espace se profile à l’horizon, une jeune femme fascinée par les extra-terrestres depuis son enfance, Molly (Tessa Thompson), s’introduit illicitement chez les Men in Black et se fait immédiatement intercepter. Mais son obsession pour la vie sur d’autres planètes, ses connaissances scientifiques et son absence de vie privée en font une recrue idéale. La voilà donc engagée comme stagiaire sous le nom d’agent M. Bien sûr, notre nouvelle venue va devoir faire équipe avec l’agent H pour affronter un double danger : une intrusion extra-terrestre malveillante et la présence d’une taupe au sein du bureau londonien des Men in Black…

L’épisode de trop ?

Pour assurer le lien avec les trois films précédents, Danny Elfman se trouve une fois de plus en charge de la musique (épaulé par Chris Bacon), Steven Spielberg et Barry Sonennfeld assurent le post de producteurs exécutifs, Emma Thomson reprend son rôle d’agent O et Tim Blaney prête une nouvelle fois sa voix à l’agent canin Frank. Si Will Smith et Tommy Lee Jones brillent par leur absence, un tableau les décrivant en train de lutter contre « Edgar-bug » trône fièrement dans le bureau anglais. A vrai dire, le changement de casting n’est pas le problème principal du film. Liam Neeson campe un patron d’agence très charismatique et le duo Chris Hemsworth/Tessa Thompson (déjà vu dans Thor Ragnarok) fonctionne plutôt bien. Mais les acteurs n’ont pas grand-chose à défendre, à tel point qu’Hemsworth se laisse rapidement aller en roue libre au numéro d’idiot sympathique et charmeur qu’il a rôdé en incarnant Thor pour Marvel. Incapable de trouver le ton juste, Men in Black : International tire tous azimuts : clins d’œil balourds (à Thor, à la trilogie Taken), suspense éventé, tragédie existentielle… Même l’approche visuelle est indécise, à mi-chemin entre l’exubérance dictée par Barry Sonnenfeld et une esthétique plus réaliste empruntée au cinéma d’espionnage. Si l’on ajoute à ce cocktail déjà peu digeste une tendance aux effets spéciaux 100% numériques nous privant des folles créations du génial maquilleur Rick Baker, on comprend aisément que ce quatrième Men in Black est l’épisode de trop. Le public et la critique lui réserveront d’ailleurs un accueil glacial.

 

© Gilles Penso

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VIRTUAL ENCOUNTERS (1996)

Pour venir à bout des inhibitions de sa petite-amie, un jeune homme lui offre une expérience virtuelle qui va bouleverser sa vie…

VIRTUAL ENCOUNTERS

 

1996 – USA

 

Réalisé par Cybil Richards

 

Avec Elizabeth Kaitan, Taylor St. Clair, Rob Lee, Micky Ray, Lori Morrissey, Jim Caciola, Jacqueline Lovell, Tricia Yen, Brittany Andrews

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I SAGA CHARLES BAND

Au milieu des années 90, les petites productions de Charles Band inondent abondamment le marché de la vidéo, à travers les labels Full Moon (les films d’horreur et de science-fiction) et Moonbeam (les aventures fantastiques tout public). Pour rajouter une corde à son arc, Band se laisse convaincre par l’un de ses acheteurs principaux, la chaîne de magasins Hollywood Video. Cette dernière lui fait savoir que les titres qui se louent ou se vendent le mieux sont les films érotiques façon Playboy ou Penthouse. Pourquoi ne pas s’engouffrer dans cette brèche en produisant des séries B fantastiques ou de science-fiction intégrant généreusement des séquences de nudité ? « Ce n’était pas une idée particulièrement séduisante pour moi, mais je n’étais évidemment pas étranger à la présence d’un peu de contenu sexuel dans mes films », confesse Charles Band. « De plus, j’avais déjà fait des contes de fées musicaux érotiques par le passé. Et si on pouvait ajouter un peu de science-fiction… » (1) Ainsi naît le label « Surrender Cinema », dans la lignée de la collection Torchlight pour laquelle Band avait produit d’autres bandes érotico-fantastiques comme Les Créatures de l’au-delà. Le premier film de cette nouvelle série est Virtual Encounters, dont la réalisation est confiée à Cybil Richards (pseudonyme probable du producteur Rick Britzelberger).

Michael (Rob Lee) est frustré par les inhibitions de sa petite-amie Amy (Elizabeth Kaitan), qui refuse de passer à l’acte sous prétexte qu’elle ne se sent « pas encore prête ». Le jour de son anniversaire, alors qu’il est en déplacement au Mexique pour trois jours, il lui offre « la surprise d’anniversaire ultime », autrement une carte de membre d’un luxueux club des rencontres virtuelles. Perplexe, Amy découvre un équipement futuriste étrange constitué d’un fauteuil, d’un clavier, d’un écran, d’un casque et d’une combinaison complète. Après avoir été scannée des pieds à la tête, elle empoigne le casque et s’exclame : « Je ressemble à une figurante dans un film de science-fiction à petit budget ! ». Sitôt qu’elle l’enfile, l’expérience commence. Elle consiste, on l’a compris, à vivre ses fantasmes les plus secrets et à réaliser ses désirs cachés. Les séquences contemplatives érotiques s’enchaînent alors, dans toutes les positions possibles et imaginables et dans les décors les plus variés : forêt tropicale minimaliste, chambre à coucher éclairée à la bougie, environnement zen, club de strip-tease pour policiers, caverne préhistorique, donjon sadomasochiste…

« La surprise d’anniversaire ultime »

Tout au long de l’expérience, une voix masculine suave guide Amy pas à pas. Elle finit par lui livrer le fond de ses pensées, comme si ces séances virtuelles avaient de véritables vertus thérapeutiques. Simple spectatrice, elle devient de plus en plus entreprenante en essayant toutes sortes de situations, y compris celles où elle change de sexe. Car dans les univers virtuels, tout semble possible. Dans le monde réel, ses inhibitions finissent naturellement par disparaître. La mission est donc accomplie : Michael est heureux et le spectateur a eu sa dose de doux frissons. Évidemment, Virtual Encounters n’a rien de palpitant mais il présente l’avantage de ne jamais nous tromper sur la marchandise. C’est un petit show érotique sans prétention, une collection de séquences de charme à l’érotisme généreux mais toujours soft. L’argument de science-fiction n’est bien entendu qu’un prétexte, mais il n’est finalement pas très éloigné de ce que la réalité virtuelle pourrait offrir comme expérience interactive aux amateurs de sensations ardentes. C’est déjà ce qu’évoquait à sa manière, sous l’angle comique, l’une des séquences mémorables mettant en scène Sylvester Stallone et Sandra Bullock dans Demolition Man. Ce sera le premier pas d’une série de films fantastiques coquins produits à la chaîne par le boulimique Charles Band.

 

(1) Extrait de l’autobiographie de Charles Band « Confessions of a Puppet Master » (2022).

 

© Gilles Penso

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DISTRICT 9 (2009)

Et si des migrants extra-terrestres s’échouaient sur notre planète sans autre possibilité que d’y résider au sein de ghettos insalubres ?

DISTRICT 9

 

2009 – NOUVELLE ZELANDE / USA / AFRIQUE DU SUD

 

Réalisé par Neill Blomkamp

 

Avec Sharlto Copley, Jason Cope, Nathalie Boltt, Sylvaine Strike, Elizabeth Mkandawie, John Sumner, William Allen Young, Greg Melvill-Smith

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Tout est parti de l’idée de porter à l’écran l’univers développé dans la série de jeux vidéo « Halo ». Ce projet naît dans la tête du producteur Peter Jackson et du réalisateur Neill Blomkamp, jusqu’alors signataire de plusieurs courts-métrages et de films publicitaires. Mais le travail de préproduction finit par s’interrompre faute de financements. Les deux hommes ne réfrènent pas pour autant leur envie de travailler ensemble et transforment finalement leur adaptation de « Halo » en autre chose. Ce sera District 9. Plusieurs designs sont récupérés du projet abandonné, déclinés d’abord dans le court-métrage Alive in Joburg, que Blomkamp réalise en 2005, puis réexploités à plus grande échelle dans District 9, dont le metteur en scène co-écrit le scénario avec son épouse Terri Tatchell. Ce récit s’inspire de nombreux éléments socio-politiques réels survenus pendant l’apartheid, notamment la création du District 6 du Cap, un quartier décrété « zone réservée aux blancs » duquel furent expulsés de force 60 000 habitants. En toute logique, Blomkamp choisit de tourner son premier long-métrage en Afrique du Sud, non seulement à cause du passé historique du pays mais aussi parce qu’il y est né. S’il se laisse influencer par plusieurs classiques musclés des années 80 (Aliens, Terminator, Predator, Robocop), District 9 développe un univers très personnel qui fera date dans l’histoire du cinéma de science-fiction.

En tout début de métrage, nous apprenons qu’un gigantesque vaisseau spatial extraterrestre a débarqué sur terre en 1982 (ironiquement l’année de la sortie de E.T.) pour rester suspendu dans le ciel au-dessus de Johannesburg. Plus d’un million d’extraterrestres en très mauvaise santé y sont découverts et parqués par le gouvernement sud-africain dans un camp terrestre baptisé District 9. Au fil des ans, cette zone se mue en bidonville insalubre et dangereux. Le gouvernement décide alors d’expulser manu militari toute cette population alien dans un nouveau camp à l’extérieur de la ville. L’idée d’une cohabitation forcée et banalisée entre une minorité migrante extra-terrestre et des terriens n’est pas nouvelle. Elle avait notamment été traitée dans l’efficace Futur immédiat de Graham Baker. Mais l’originalité de District 9 repose sur son approche ultra-réaliste favorisée par une mise en forme très originale qui détourne les codes du « found footage ». Dans un premier temps, toutes les images du film sont des assemblages de faux reportages, documentaires, vidéos amateur, images d’actualité ou rushes de caméras de surveillance qui, une fois assemblés, donnent à cet ensemble composite un parfum de crédibilité étonnant. Le naturalisme des acteurs, les prises de vues accidentées et le soin extrême apporté aux effets visuels renforcent ce sentiment troublant.

Aliénation

Les aliens, volontairement hideux, sortes de crustacés bipèdes au comportement vaguement anthropoïde (que les humains surnomment « crevettes »), sont conçus par le biais de la motion capture grâce au savoir-faire des artistes de la compagnie Weta Digital. Ce sont d’incroyables réussites, qui s’intègrent avec un naturel désarmant dans les prises de vues réelles. La grande force du film réside aussi dans son traitement plausible de cette situation complexe de flux migratoires incontrôlables, de ghettoïsation dans des taudis insalubres puis d’expulsions à main armée. Toutes ces images, bien que drapées d’une couche de science-fiction, sont terriblement familières. En s’appuyant sur ce terreau, le film peut progressivement intégrer un langage cinématographique de fiction pure et délaisser peu à peu les codes du « found footage » pour faire évoluer son intrigue vers une direction totalement inattendue. L’acteur Sharlto Copley livre ici une prestation étonnante, dans un registre complexe en perpétuelle évolution – ou plutôt en « mutation », puisqu’une métamorphose héritée de La Mouche finit par s’opérer. Car ici, la notion de tolérance inter-espèces est poussée plus loin que dans Futur immédiat ou Enemy Mine. Pour pacifier avec l’étranger, il ne suffit pas de le comprendre mais de littéralement devenir comme lui. La misanthropie apparente de District 9 nous renvoie une image bien peu reluisante de la nature humaine, même si ce pessimisme manifeste s’éclaire d’une ultime image désespérée, certes, mais très poétique…

 

© Gilles Penso


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MERIDIAN (1990)

Charles Band réinvente la Belle et la Bête avec l’une des stars de Twin Peaks et un costume de monstre « emprunté » à Francis Ford Coppola…

MERIDIAN: KISS OF THE BEAST / THE RAVAGING

 

1990 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Sherilyn Fenn, Malcolm Jamieson, Hilary Mason, Charlie Spradling, Alex Daniels, Phil Fondacaro, Vernon Dobtcheff, Isabella Celani

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I FANTÔMES I SAGA CHARLES BAND

Meridian est un projet que Charles Band prépare depuis le lancement de sa compagnie Full Moon. C’est l’occasion pour lui de repasser derrière la caméra, deux ans après Future Cop, de profiter de son propre château italien pour bénéficier d’un décor gothique sur-mesure (expérience qu’il vient de tenter avec bonheur à l’occasion du Puits et le pendule de Stuart Gordon) et de s’essayer à un style un peu différent. « Ce n’était pas le menu typique des productions Full Moon », raconte-t-il. « Bien sûr, il y avait des monstres, de la magie et des seins nus. Mais Meridian était une romance gothique. Les romans de la collection Harlequin marchaient très fort à l’époque, et certains d’entre eux possédaient des éléments surnaturels. Pourquoi ne pas se positionner sur ce marché ? » (1) Le cahier des charges est très clair, et il sera suivi à la lettre. En plus de son château, Band installe sa caméra dans le « Parc des Monstres », un jardin bizarre, surréaliste et extrêmement photogénique situé dans les alentours de la ville de Bomarzo où des artistes du seizième siècle édifièrent d’immenses sculptures représentant des personnages, des animaux et des créatures fantastiques. C’est ce qui permet au film de démarrer sur l’image saisissante d’une sarabande de personnages pittoresques émergeant au ralenti d’une statue en forme de gargouille à la gueule grande ouverte d’où émerge une lueur surnaturelle, au beau milieu d’une forêt nocturne.

Sur le point de devenir une star grâce à la série Twin Peaks, Sherilyn Fenn tient le premier rôle de Meridian. Elle incarne Catherine Bomarzini, une italo-américaine qui vient prendre possession du château familial après la mort de son père. Lorsque sa meilleure amie Gina (Hilary Mason) la rejoint, toutes deux décident de s’encanailler un peu en visitant un carnaval local dont le beau magicien Lawrence (Malcolm Jamieson) ne les laisse pas insensible. Les jeunes femmes invitent toute la troupe au château pour le dîner, mais elles finissent par perdre le contrôle de la situation. Lawrence drogue en effet Catherine et Gina pour pouvoir abuser d’elles. La longue séquence qui suit nous laisse perplexes. L’imagerie des téléfilms érotiques soft est convoquée, avec son lot de ralentis, de filtres, de regards énamourés et de soupirs, le tout aux accents langoureux d’une musique au synthétiseur. Pour peu, on se laisserait gagner par le jeu de la séduction. Pourtant, il s’agit clairement d’un double viol orchestré par Lawrence et sa bande ! Malgré les râles de désir des filles (visiblement dans un état second) et les accords suaves du compositeur Pino Donaggio, nous ne sommes pas dupes. Pas certains de comprendre sur quel terrain Band cherche à nous transporter, nous assistons alors à la transformation subite du magicien en gros monstre velu. Nous voici donc en présence d’une relecture déviante et topless de La Belle et la Bête.

Les nuits fauves

Visiblement pas très à l’aise avec le sentimentalisme de la collection Harlequin qui lui sert de référence, le producteur/réalisateur brosse ainsi une histoire romantico-bizarre qui manque singulièrement de finesse et peine à nous convaincre. Quelques idées éparses – le fantôme d’une jeune femme qui hante le château, un jumeau maléfique, une peinture secrète cachée sous la couche d’une autre peinture, une malédiction ancestrale – tentent de s’imbriquer les unes aux autres, face au joli regard un peu lointain de Sherilyn Fenn, qui semble ne pas totalement comprendre ce qu’on attend d’elle (elle pleure et crie plus que de raison, mais paraît la plupart du temps un peu absente). Une fois n’est pas coutume, Charles Band ne sollicite pas John Buechler pour sa créature mais Greg Cannom. Habitué aux séries B (Terreur extra-terrestre, L’Épée sauvage), ce grand expert des maquillages spéciaux est en train d’entrer dans la cour des grands en signant les effets du Dracula de Francis Ford Coppola. Mais il n’a pas oublié le sens de la débrouille de ses origines et propose donc à Band une solution à bas prix pour son fauve amoureux : recycler le costume de loup-garou qu’il vient de créer pour Coppola (et qui n’est plus sollicité pour le tournage), le modifier légèrement, changer sa couleur, et le tour est joué ! La supercherie ne sera révélée que bien plus tard, sans que personne ne semble s’en être offusqué.

 

(1) Extrait de l’autobiographie de Charles Band « Confessions of a Puppet Master » (2022).

 

© Gilles Penso

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MEN IN BLACK II (2002)

Face à une nouvelle menace extra-terrestre, les hommes en noir incarnés par Will Smith et Tommy Lee Jones reprennent du service…

MEN IN BLACK II

 

2002 – USA

 

Réalisé par Barry Sonnenfeld

 

Avec Will Smith, Tommy Lee Jones, Rip Torn, Lara Flynn Boyle, Johnny Knoxville, Rosario Dawson, Tony Shalhoub, Patrick Warburton, Jack Kehler, David Cross

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA MEN IN BLACK

Toutes les planètes semblaient s’être alignées pour la sortie de Men in Black, immense succès ayant trouvé aux yeux du public l’équilibre idéal entre la comédie, la science-fiction et la mécanique éprouvée du « buddy movie ». Le scénariste David Koepp est donc chargé de plancher rapidement sur l’écriture d’un deuxième film. Mais l’auteur (très courtisé après ses travaux sur Jurassic Park et Mission impossible) doit passer son tour pour partir œuvrer sur Panic Room et Spider-Man. Le scénario de Men in Black II est donc confié à Robert Gordon, puis à Barry Fanaro qui révise la première version en y ajoutant des touches d’humour référentielles et en positionnant le retour de l’agent K (Tommy Lee Jones) plus tôt dans le récit. Une relation amoureuse est prévue entre J (Will Smith) et le témoin d’un phénomène extra-terrestre (Rosario Dawson). Le réalisateur Barry Sonnenfeld, qui rempile derrière la caméra, n’est pas très chaud pour cette sous-intrigue sentimentale peu conforme aux personnages tels qu’il les conçoit, mais ses protestations n’ont pas beaucoup d’impact auprès du studio. Will et Rosario se feront donc les yeux doux dans le film. Dans le rôle de la grande méchante venue d’ailleurs, c’est d’abord Famke Janssen qui est sélectionnée. Mais la « bad girl » de Goldeneye n’est pas disponible et cède sa place à Lara Flynn Boyle, transfuge de la série Twin Peaks.

C’est un agent J un peu blasé que nous découvrons en début de métrage. Avec sa désinvolture habituelle, Will Smith retrouve la veste et les lunettes noires de l’homme du gouvernement chargé de régler le plus discrètement possible les affaires extra-terrestres sur Terre. Mais depuis que son mentor K s’est volontairement fait effacer la mémoire pour couler des jours tranquilles loin des aliens de tous poils, J a beaucoup de mal à trouver un partenaire à la hauteur. Pendant un temps, il fait équipe avec Frank (un chien très bavard). Or une nouvelle menace venue de l’espace se profile bientôt. Il s’agit de Serleena (Lara Flynn Boyle), une redoutable créature végétale ayant pris l’apparence d’un mannequin de lingerie fine. Pour la combattre, il n’y a qu’une seule solution : faire revenir l’agent K.

Mauvais alien

L’idée principale de Men in Black II consiste donc à inverser les rôles que tenaient Will Smith et Tommy Lee Jones dans le premier film. Cette fois-ci, J est l’homme en noir expérimenté qui ne s’étonne plus de rien et K l’individu candide et ordinaire qui va devoir tout redécouvrir avec stupeur. Bien sûr, l’effet de surprise n’a plus vraiment cours et l’on sent bien l’embarras des différents scénaristes qui se sont succédé pour écrire ce second épisode, cherchant en vain à retrouver l’alchimie du film original. Les ficelles sont un peu grosses, les rebondissements très modérément convaincants et les acteurs eux-mêmes semblent n’y croire qu’à moitié, comme s’ils se livraient un peu à contrecœur à l’exercice obligatoire de la séquelle. Bien sûr, quelques passages drôles parviennent toujours à se frayer un chemin au fil du film, notamment les facéties canines de l’agent Frank ou les interventions de Peter Graves dans son propre rôle, mais la spontanéité n’est pas toujours au rendez-vous. Même les effets spéciaux manquent de finesse, notamment cette profusion d’images de synthèse excessives ou ces incrustations très approximatives. Prévu pour se situer au beau milieu des tours jumelles du World Trade Center, le final du film a été relocalisé suite aux attentats du 11 septembre. Men in Black II s’achève donc par une espèce de feu d’artifice au-dessus de la Statue de la Liberté. La troisième aventure des hommes en noir redressera fort heureusement la barre qualitative de la franchise.

 

© Gilles Penso


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LA FAMILLE ADDAMS (1991)

Les joyeux freaks imaginés par Charles Addams vivent leur première aventure sur grand écran sous la direction de Barry Sonnenfeld…

THE ADDAMS FAMILY

 

1991 – USA

 

Réalisé par Barry Sonnenfeld

 

Avec Anjelica Huston, Raul Julia, Christopher Lloyd, Jimmy Workman, Christina Ricci, Carel Struycken, Judith Malina

 

THEMA FREAKS I MAINS VIVANTES

Le succès des aventures de la famille Addams, d’abord sous forme dessinée à partir de 1938 puis dans la fameuse série TV de 1964, allait tôt ou tard se décliner sur grand écran. Le sujet semblait à priori taillé sur mesure pour Tim Burton. Mais ce dernier est occupé au début des années 90 à préparer Batman le défi et doit donc se désister. Le second réalisateur contacté est Terry Gilliam. Son grain de folie et son style singulier pourraient a priori se prêter sans trop de mal à l’univers créé par Charles Addams. Mais l’ex-Monty Python passe lui aussi son tour, sans doute pour éviter justement de se conformer à un concept déjà existant. La production change alors son fusil d’épaule et se tourne vers un metteur en scène débutant : Barry Sonnenfeld. Il s’agit cependant d’un risque mesuré, dans la mesure où ce n’est pas un nouveau venu à Hollywood. Sonnenfeld a en effet a signé la photographie d’un grand nombre de longs-métrages à succès tels que Sang pour sang, Arizona Junior, Big, Quand Harry rencontre Sally, Miller’s Crossing ou Misery. Après la valse des réalisateurs vient celle des scénaristes. Caroline Thompson et Larry Wilson écrivent une première version du script, remanié ensuite par toute une batterie d’auteurs.

La qualité de la direction artistique de La Famille Addams saute d’emblée aux yeux. Visuellement – mais aussi musicalement avec la très belle partition de Mark Shaiman -, le film est une réussite indiscutable dont l’esthétique évoque inévitablement celle de Tim Burton. Le penchant naturel que le film exprime pour les êtres atypiques, marginaux et macabres est une autre réminiscence directe des obsessions du réalisateur de Beetlejuice. Pour autant, Sonnenfeld parvient à exprimer sa propre personnalité et à imposer une vision originale. L’autre point fort du film est son casting. Il n’était pas simple de faire oublier les visages immortalisés par le show télévisé des années 60. A contre-courant de la femme fatale vampirique qu’incarnait jadis Carolyn Jones, Anjelica Huston campe une Morticia mélancolique d’une classe absolue. Face à elle, le Gomez que revisite Raul Julia est un hidalgo fier et ardemment romantique. Christopher Lloyd excelle en Fester blafard et grimaçant, tandis que la toute jeune Christina Ricci (dix ans au moment du tournage) est une parfaite Mercredi.

Les liens du sang

Si la patine du film est irréprochable, on ne peut en dire autant du récit lui-même. A la fois anecdotique et alambiqué, le scénario accuse sa rédaction hétérogène par une infinité de plumes successives. Cette histoire de faux Fester tentant de profiter de la crédulité de la famille Addams pour s’emparer de leurs biens n’a rien de foncièrement palpitant, et c’est dans les détails que le spectateur trouvera matière à se réjouir : les nombreux éléments fantastiques qui hantent le manoir par exemple (le portail animé d’une vie propre, la peau d’ours féroce, les tableaux qui s’animent, les livres vivants, des plantes un peu trop affectueuses) ou les saynètes satiriques tournant en dérision les gens « bien comme il faut ». Dans ce domaine, on n’est pas près d’oublier le spectacle des enfants Addams s’entretuant sur scène, avec force jets de sang, au beau milieu d’une très conventionnelle fête d’école ! On saluera aussi les superbes et discrets effets visuels qui donnent vie à la Chose. Mise en mouvement avec dextérité par le mime Christopher Hart et parfois remplacée par une figurine en stop-motion pour les plans les plus acrobatiques, cette « bête aux cinq doigts » se révèle bien plus dynamique que la version des sixties qui restait généralement confinée dans sa boîte. Malgré un tournage un peu chaotique et plusieurs dépassements budgétaires, La Famille Addams est un succès planétaire. La carrière de réalisateur de Barry Sonnenfeld part ainsi sur des chapeaux de roue. Les Valeurs de la famille Addams sortira sur les écrans deux ans plus tard.

 

© Gilles Penso

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L’ANGE EXTERMINATEUR (1962)

Luis Buñuel enferme les invités d’un dîner mondain dans une luxueuse demeure qui refuse soudain de les laisser sortir…

EL ANGEL EXTERMINADOR

 

1962 – MEXIQUE

 

Réalisé par Luis Buñuel

 

Avec Silvia Pinal, Jacqueline Andere, Augusto Benedico, Luis Beristain, Antonio Bravo, Claudio Brook, Cesar Del Camno, Enrique Rambal, Rosa Elena Durgel

 

THEMA FANTÔMES I MAINS VIVANTES

Aujourd’hui considéré comme un classique et comme l’une des œuvres les plus marquantes de Luis Buñuel, L’Ange exterminateur fut réalisé dans des conditions très précaires. Tout est parti d’une histoire co-écrite par Buñuel et Luis Alcoriza sous le titre « Los Náufragos de la Calle Providencia », autrement dit « Les Naufragés de la rue Providence ». Le titre définitif, L’Ange exterminateur, est emprunté à une pièce de théâtre que José Bergamin, ami de Buñuel, est en train d’écrire mais ne parvient jamais à finir. Le dramaturge ne voit aucun inconvénient à céder ce titre au cinéaste, dans la mesure où il l’a lui-même trouvé dans la Bible, plus précisément dans le Livre de l’Apocalypse. Le film est tourné en moins de six semaines, du 29 janvier au 9 mars 1962, dans les studios mexicains de Churubusco, où Buñuel s’afflige de découvrir qu’il manque de tout. L’équipement est rare ou absent, les accessoires réduits à leur plus simple expression, bref il va lui falloir bricoler s’il veut parvenir à ses fins. En contrepartie, le réalisateur possède pour la première fois un contrôle total sur son œuvre et peut se permettre de demander à ses acteurs d’improviser des séquences entières.

L’Ange exterminateur s’ouvre sur une réception mondaine que donne le riche Nobile (Enrique Rambal) dans son hôtel particulier après une soirée à l’Opéra. Une vingtaine de personnes de la meilleure société se trouve ainsi réunie autour d’une table abondamment garnie. Assez curieusement, tous les domestiques, sans raison valable, ont abandonné leur poste, poussés par une volonté inconnue. Seul reste le maître d’hôtel, qui effectue le service. Au moment de partir, personne ne peut se décider à prendre congé. Après une nuit étrange, il devient évident qu’une force invisible les retient prisonniers. Incapables de franchir le seuil de la riche demeure, l’hôte et ses invités sombrent peu à peu dans l’épuisement, la faim et la haine… Et Luis Buñuel saisit l’occasion pour se livrer à l’une de ses activités préférées : la satire de la haute bourgeoisie. Car dans une telle situation, le vernis craque assez rapidement. Les clans se créent, les instincts les plus bas se révèlent, jusqu’à ce que des envies de viol et de meurtre ne commencent à sourdre sérieusement.

Un hôtel très particulier

Jamais le scénario n’explique pourquoi nos vingt protagonistes sont incapables de s’échapper. Hallucination collective ? Autosuggestion ? Esprit maléfique empêchant toute évasion ? Toujours est-il que l’hôtel particulier agit comme une maison hantée, animée d’une vie propre, refusant subitement de libérer ses captifs. Buñuel se laisse même aller à une autre de ses disciplines favorites, le surréalisme, au cours d’une scène qu’on croirait issue de La Bête aux cinq doigts : épuisée et en proie à d’étranges rêves, une femme voit une main ramper sur le sol et l’agresser au milieu de la nuit ! Cet oppressant huis-clos est servi par un jeu d’acteur impeccable, avec en tête Enrique Rambal, et par une très belle photographie en noir et blanc signée Gabriel Figueroa. Le dénouement est une sorte de gag teinté d’humour noir qui laisse entendre que le cauchemar est sur le point de recommencer. Présenté en avant-première au Festival de Cannes de 1962, L’Ange exterminateur sort dans les cinémas mexicains deux ans plus tard. La critique du monde entier l’acclamera. En 2016, l’auteur Tom Cairns et le compositeur Thomas Adès en tirent un opéra qui fera le tour du monde avec un certain succès.

 

© Gilles Penso


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CRAZY BEAR (2023)

Un grand ours noir des montagnes ingère des kilos de cocaïne largués par l’avion d’un trafiquant et se mue en monstre incontrôlable…

COCAINE BEAR

 

2023 – USA

 

Réalisé par Elizabeth Banks

 

Avec Keri Russell, O’Shea Jackson Jr., Alden Ehrenreich, Christian Convery, Brooklynn Prince, Isiah Whitlock Jr., Ray Liotta

 

THEMA MAMMIFÈRES

Aussi étrange que ça puisse paraître, Cocaine Bear (très bizarrement « traduit » Crazy Bear pour sa sortie en France) s’inspire de faits réels. En décembre 1985, le trafiquant de drogue Andrew C. Thornton, ancien agent de la brigade des stupéfiants ayant viré de bord, largue depuis son avion un sac de sport empli de cocaïne pour éviter de surcharger son appareil en difficulté. Il saute ensuite en plein vol mais son parachute ne s’ouvre pas et la chute est fatale. L’affaire se corse lorsqu’un ours noir de 80 kilos qui se promène tranquillement dans la forêt, au nord de la Georgie, tombe sur le sac de sport et en avale le contenu. Trois mois plus tard, la pauvre bête est retrouvée morte, manifestement suite à une overdose. Mais que ce serait-il passé si l’ours avait survécu à son ingestion de cocaïne au point de devenir accro ? Tel est le postulat du scénario de Cocaine Bear écrit par Jimmy Warden (The Babysitter : Killer Queen). La réalisation du film est confiée à Elizabeth Banks, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle. Si les fantasticophiles apprécient depuis longtemps cette actrice versatile (elle était notamment la Betty Brant de la trilogie Spider-Man de Sam Raimi, l’héroïne de Horribilis ou encore l’Elfie Trinket de la saga Hunger Games), ses travaux de mise en scène se limitent jusqu’alors aux très dispensables Pitch Perfect 2 et Charlie’s Angels version 2019. Cocaine Bear lui permettra-t-il de passer à la vitesse supérieure ?

Le scénario de Cocaine Bear (ou Crazy Bear pour les francophones, donc) commence exactement comme le fait réel sur lequel il s’appuie mais bifurque ensuite rapidement vers la fiction la plus débridée, empruntant dès lors ses codes au survival, au film d’horreur, à la comédie et au thriller. Car dans cette forêt où rôde un énorme plantigrade devenu fou, accro et très agressif suite à une trop forte ingestion de cocaïne se retrouvent pêle-mêle des randonneurs, des enfants qui font l’école buissonnière, des gardes forestiers, des secouristes, des délinquants à la dérive, des policiers et des trafiquants bien décidés à remettre la main sur la cocaïne égarée dans les bois (dont le chef est incarné par Ray Liotta, qui connaissait déjà des petits soucis avec la poudre blanche dans Les Affranchis). Une fois cette petite bande hétéroclite savamment éparpillée dans la nature, le jeu de massacre peut tranquillement commencer.

La poudre aux yeux

On le voit, Crazy Bear recelait un formidable potentiel. Malheureusement, Elizabeth Banks ne parvient pas à trouver le ton juste. Les traits d’humour, les personnages exubérants et les gags visuels sont souvent appuyés sans finesse, dans l’espoir manifeste de muer le film en œuvre culte. Mais la démarche est trop artificielle, trop voyante. Tous ces coups de coude adressés au spectateur, avec ce qu’il faut d’éléments politiquement incorrects pour afficher de l’impertinence, semblent finalement bien dérisoires. Les séquences de suspense et d’épouvante elles-mêmes peinent à susciter le moindre frisson, malgré la qualité des effets visuels (l’ours numérique de Weta est une formidable réussite) et le recours à une pincée de membres arrachés et de tripes à l’air pour faire bonne mesure. « J’aime le gore », confesse Banks. « J’ai grandi avec Evil Dead. Le gore fait partie du plaisir de l’aventure. » (1) On ne peut pas lui en vouloir, tout comme on apprécie la démarche culottée d’une réalisatrice jouant des coudes pour s’imposer sur un terrain cinématographique généralement très masculin. On regrette d’autant plus les maladresses de cet ours sous coke qui avait pourtant tout pour nous plaire. Mais à force d’hésiter entre l’approche brutale de The Revenant et le grain de folie d’un Sharknado, Crazy Bear peine à convaincre. Le film est dédié à Ray Liotta, qui s’est éteint quelques mois après la fin du tournage.

 

(1) Extrait d’un entretien d’Elizabeth Banks avec Adam B. Vary publié dans le magazine Variety

 

© Gilles Penso

 

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