L’ÉCHELLE DE JACOB (1990)

Le réalisateur de Flashdance, 9 semaines 1/2 et Liaison fatale signe l’un des films les plus terrifiants de tous les temps…

JACOB’S LADDER

 

1990 – USA

 

Réalisé par Adrian Lyne

 

Avec Tim Robbins, Elizabeth Peña, Danny Aiello, Matt Craven, Eriq La Salle, Ving Rhames, Makaulay Culkin

 

THEMA MORT

L’idée de L’Échelle de Jacob trotte dans la tête du scénariste Bruce Joel Rubin depuis les années 70, mais visiblement aucun producteur ne s’intéresse à cette relecture modernisée et macabre d’un des épisodes de la Genèse. Entretemps, Rubin (qui semble vouer une véritable obsession à la mort et à l’au-delà) écrit les scénarios à succès de Brainstorm, L’Amie mortelle et surtout Ghost. Désormais dans la ligne de mire des studios hollywoodiens, l’auteur ressort son script et finit par attirer du monde. Le réalisateur Adrian Lyne tombe aussitôt sous le charme (si l’on peut dire) de ce récit éprouvant et refuse aussitôt de mettre en scène Le Bûcher des vanités (qui atterrira finalement entre les mains de Brian de Palma) pour diriger L’Échelle de Jacob. Voilà qui peut surprendre de la part de l’homme qui signa des films aussi universels que Ça plane les filles, Flashdance, 9 semaines ½ ou Liaison fatale, même si ce dernier laissait déjà entrevoir une noirceur jusqu’alors insoupçonnée dans l’univers du cinéaste. Lyne travaille donc en étroite collaboration avec Rubin pour réécrire l’histoire et notamment l’alléger de ses références bibliques trop marquées. Dans le rôle principal, Tom Hanks est le premier choix du réalisateur, mais l’acteur préfère – via un jeu de chaises musicales qui ne manque pas d’ironie – jouer dans Le Bûcher des vanités ! C’est là qu’entre en scène Tim Robbins, heureux de pouvoir changer de registre après les nombreuses comédies où il promena sa silhouette.

Robbins entre dans la peau de Jacob Singer, un vétéran de la guerre du Vietnam rapatrié aux États-Unis après une blessure. Depuis son retour au pays, il est obsédé par les images de ce conflit qui hantent son esprit. Mais il y a bien pire. Désormais, il se sent pourchassé par des démons sans visage qui surgissent partout dans son quotidien et sent autour de lui des forces hostiles qui cherchent à le tuer. Contacté par ses anciens camarades de guerre, Jacob découvre des preuves que l’armée a secrètement expérimenté sur leur unité un hallucinogène qui développe des pulsions homicides. Les terrifiantes illusions dont il est victime s’expliqueraient-elles par la prise de cette drogue ? Tandis qu’il se perd en conjectures, sa capacité à faire le tri entre la réalité palpable et les visions infernales est de plus en plus amoindrie et sa vie finit par se muer en affreux cauchemar dont il ne voit aucune issue…

Les paliers de l’horreur

Le scénario à tiroirs de L’Échelle de Jacob, entrelaçant flash-backs, flash-forwards, rêves et hallucinations, propose à priori plusieurs interprétations. Mais l’imagination du spectateur ne vagabonde pas au hasard, car le nombre possible d’explications est limité et chacune d’entre elles fonctionne selon sa propre logique. Le plan final, cependant, n’en laisse subsister qu’une, remettant en cause tout ce que nous venons de vivre avec l’infortuné protagoniste de cet épouvantable parcours du combattant. En se laissant inspirer par de nombreux peintres aux styles variés tels que William Blake, H.R. Giger ou Francis Bacon, mais aussi par les photographes Diane Arbus et Joel-Peter Witkin, Adrian Lyne parvient à bâtir un climat de tension et de terreur d’une intensité rarement atteinte au cinéma. Une peur sourde et indicible s’empare bien souvent du spectateur, s’identifiant parfaitement aux tourments de Jacob. Les visions d’épouvante sont d’autant plus puissantes qu’elles sont furtives, atypiques, à la fois tangibles et surréalistes, soutenues par une bande son en dents de scie signée Maurice Jarre. Mixant un thème au piano minimaliste avec des nappes synthétiques, des percussions ethniques et des sonorités inquiétantes, la partition du compositeur de Lawrence d’Arabie accompagne pas à pas l’univers trouble du film de Lyne. Longtemps après son générique de fin, L’Échelle de Jacob continue à hanter les spectateurs, dont les nerfs et la sensibilité furent rarement soumis à si rude épreuve. Ce classique de l’horreur psychologique ne remporta pas le succès escompté lors de sa sortie mais gagna peu à peu ses galons mérités d’œuvre culte.

 

© Gilles Penso


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PARASITE (1982)

Demi Moore affronte des monstres mutants mangeurs de chair humaine dans cette série B de science-fiction en relief !

PARASITE

 

1982 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Robert Glaudini, Demi Moore, Luca Bercovici, Al Fann, Cheryl Smith, Cherie Currie, Vivian Blaine, Scott Thomson

 

THEMA MUTATIONS I FUTUR I SAGA CHARLES BAND

En 1982, Charles Band n’a que 31 ans mais c’est déjà un vétéran de la production, avec à son actif des films d’horreur, des films de science-fiction, des films d’action et même des comédies musicales érotiques ! Toujours avide de nouvelles expérimentations, il décide soudain de raviver le cinéma en relief qui le faisait tant frissonner dans les années 50. Le voilà donc qui concocte une série B futuriste et horrifique conçue pour projeter un maximum de choses à la figure des spectateurs. Pour le rôle principal, il rêverait d’une fille ravissante et énergique à l’image de Karen Allen qui triomphe alors dans Les Aventuriers de l’arche perdue. Chargée de trouver la perle rare, la directrice de casting Johanna Ray déniche une jeune inconnue qui s’appelle… Demi Moore ! La future star de Ghost et G.I. Jane tient donc la vedette de Parasite aux côtés de Robert Glaudini pour un tournage à l’économie qui durera trois semaines. L’intrigue se situe en 1992, donc dix ans après la date du film. Le futurisme de ce monde post-apocalyptique est très discret : des pistolets à la Buck Rogers qui tirent des rayons laser en dessin animé, une voiture noire aux lignes aérodynamiques qui roule en faisant un bruit d’avion, et c’est à peu près tout. Pour le reste, il faut se contenter de dialogues évoquant des explosions atomiques ayant frappé les grandes cités du monde.

 

Le docteur Paul Dean (Glaudini) a créé un parasite, autrement dit une créature rampante et carnassière qui peut être utilisée comme arme biologique. Son mode opératoire est fatal : elle rampe à l’intérieur des corps humains qu’elle fait exploser de l’intérieur lorsqu’elle surgit, la gueule grande ouverte. Pris en chasse par un homme mystérieux en costume noir envoyé par le gouvernement (James Davidson) qui convoite sa découverte, Dean doit contrôler l’un de ses monstres qui a pénétré accidentellement dans son estomac et qui doit, comme ses congénères, détruire pour survivre. Sur son ventre commencent ainsi à apparaître d’inquiétantes éruptions aux allures de tumeurs palpitantes. D’où une scène onirique d’introduction assez perturbante où il est attaché sur un lit, dans une ambiance enfumée et écarlate, attendant que la bête qui sommeille en lui jaillisse hors de son ventre. Demi Moore incarne Patricia Welles, la jolie et candide jeune fille du coin qui va prêter main-forte au docteur. Son aide ne sera pas superflue, dans la mesure où des voyous stupides ont ouvert le container qu’avait emporté avec lui le scientifique, libérant l’une des bêtes rampantes…

 

Il doit détruire pour survivre !

Au-delà du charme de Demi Moore, Parasite vaut surtout le détour pour ses créatures visqueuses dont le design de têtard géant à la gueule garnie de dents acérées évoque à la fois les chestbusters d’Alien et les monstres de Frissons. Le créateur de ces charmantes bestioles n’est autre que Stan Winston, futur maître d’œuvre des effets de Terminator et Jurassic Park. A l’époque, Winston a commencé à se faire un nom important dans le monde des maquillages spéciaux, remportant même quelques prestigieuses récompenses. Mais par amitié pour Charles Band (qu’il connaît depuis Massacre Mansion), il accepte de participer à ce micro-budget sans prétention et assure même une présence active pendant le tournage de toutes les séquences à effets, assisté par James Kagel et Lance Anderson. Il gratifie même au passage le film d’un soupçon de gore (corps transpercé, main coupée, tête qui explose) auquel Band croit bon d’ajouter quelques seins nus pour que la recette « film d’exploitation » soit complète. Relief oblige, le film a une propension systématique à faire surgir devant nous tout ce que le scénario offre comme prétexte : un corps qui passe à travers une fenêtre, un serpent à sonnettes qui saute vers la caméra, un tube planté dans un corps, du sang qui coule, le canon d’un fusil menaçant et bien sûr le parasite qui jaillit brutalement à maintes reprises. Malgré son triste décor de western sommaire, ses loubards stupides caricaturaux (dont le chef est interprété par Luca Bercovici, futur réalisateur de Ghoulies) et ses scènes de bagarre au ralenti un peu ridicules, Parasite se laisse regarder sans déplaisir, soutenu par une musique de Richard Band qui entretient efficacement le suspense, subissant par moments l’influence de la partition de Jerry Goldsmith pour La Planète des singes.

 

© Gilles Penso


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HELLRAISER : HELLSEEKER (2002)

Un sixième épisode qui sombre dans la routine et n’entretient que très peu de rapport avec la mythologie créée par Clive Barker…

HELLRAISER : HELLSEEKER

 

2002 – USA

 

Réalisé par Rick Bota

 

Avec Dean Winters, Ashley Lawrence, Doug Bradley, Rachel Hayward, Sarah-Jane Redmond, Jody Thompson, Kaaren de Zilva, William S. Taylor, Michael J. Rogers

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA HELLRAISER

Comme c’était déjà le cas pour Hellraiser Inferno, ce sixième opus se construit sur un scénario qui n’était initialement pas prévu pour faire partie de la franchise créée par Clive Barker. En découvrant ce script écrit par Carl V. Dupré et Tim Day, les cadres de Dimension Films se disent qu’ils tiennent là la possibilité de concocter un nouveau Hellraiser à moindres frais et demandent donc aux auteurs de réviser leur copie pour l’intégrer dans la saga. Ce rafistolage de dernière minute permet de comprendre pourquoi l’intervention du cube de Lemarchand et des Cénobites semble si artificielle, et pourquoi Pinhead (Doug Bradley, toujours fidèle au poste) n’apparaît que pendant cinq minutes de métrage. Dans l’espoir d’assurer un lien avec les épisodes précédents, l’actrice Ashley Lawrence est embauchée pour reprendre le rôle de Kirsty Cotton qu’elle tenait déjà dans les trois premiers Hellraiser. Mais ses interventions demeurent très limitées et n’assurent aucune véritable continuité avec les films précédents. Le salaire qu’on lui alloue est tellement maigre qu’il lui aurait tout juste suffi – de son propre aveu – à s’acheter un nouveau réfrigérateur ! Car Hellraiser : Hellseeker est tourné à l’économie, ne cherchant jamais à dépasser ses ambitions de simple produit « direct to video ». La mise en scène est confiée à Rick Bota, un chef opérateur expérimenté (La Malédiction du loup-garou, Les Contes de la crypte, Barbwire, L’Arme fatale 4) qui tourne ici son premier long-métrage.

Kirsty apparaît au tout début du film, en pleine conversation avec son époux Trevor (Dean Winters) au volant de leur grande voiture. Ils rient, se bécotent, et ce qui devait arriver arrive : un véhicule évité de justesse, un coup de volant trop abrupt… En perdant le contrôle de sa voiture, Trevor la précipite dans le vide et c’est le grand plongeon. S’il parvient à s’échapper de justesse, Kirsty n’a pas autant de chance et coule à pic. Notre époux éploré et partiellement amnésique erre donc comme une âme en peine en essayant de se concentrer sur son travail. Mais il est harcelé par la police qui se demande si cet accident n’est pas suspect. D’autant que le corps de la jeune femme n’a pas été retrouvé. Comme si ça ne suffisait pas, Trevor est régulièrement frappé par de terribles migraines et par une série de cauchemars de plus en plus effrayants. Bientôt incapable de faire le tri entre la réalité et les hallucinations, il se découvre plusieurs relations extraconjugales dont il n’avait pas idée, notamment avec sa patronne dominatrice et avec sa voisine nymphomane. Les scènes de sexe et de mort s’entremêlent ainsi confusément dans son esprit, ainsi qu’un flash-back bizarre au cours duquel il fait l’acquisition du fameux casse-tête en forme de cube…

Chercheur d’enfer

Le manque de surprise du scénario de cet Hellseeker (littéralement « chercheur d’enfer ») est timidement compensé par les effets spéciaux inventifs concoctés par Gary J. Tunnicliffe (Candyman, Blade, Sleepy Hollow). Plusieurs séquences choc surprenantes ponctuent ainsi le film, notamment l’opération du cerveau à vif de Trevor, l’énorme anguille visqueuse qui surgit de sa bouche, l’épingle que Pinhead lui plante en travers de la gorge ou encore l’impensable apparition d’un policier bicéphale ! Au détour de ces passages surréalistes, on découvre quelques clins d’œil inattendus, notamment à Basic Instinct et à L’Échelle de Jacob. Pinhead, lui, se fait attendre et délivre des monologues poétiques avec sa voix de ténor (réécrits par Doug Bradley lui-même, déçu de ne pas avoir assez de texte). L’un des problèmes majeurs de cet Hellraiser est la totale inexpressivité de son acteur principal. Le personnage qu’il incarne hérite de fait d’une sorte d’apathie qui n’aide pas les spectateurs à s’intéresser à son sort. On ne le sent jamais totalement troublé par la disparition de sa femme ni par les événements de plus en plus préoccupants qui surviennent autour de lui. Il flotte donc mollement dans toutes les situations. Ces dernières sont très limitées, dans la mesure où Trevor passe son temps à effectuer des allers retours répétitifs (et lassants) entre son appartement, son bureau et le commissariat. La toute fin du film s’articule sur un coup de théâtre intéressant qui permet de remettre en perspective les péripéties du film, mais c’est bien trop tard. La plupart des spectateurs auront hélas sombré dans la torpeur avant cette révélation finale.

 

© Gilles Penso

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FAIRY TALES (1978)

Un conte de fées parodique ponctué de numéros musicaux délirants et de séquences de nudité sans complexe… Ah, les années 70 !

FAIRY TALES

 

1978 – USA

 

Réalisé par Harry Hurwitz

 

Avec Don Sparks, Sy Richardson, Irwin Corey, Robert Harris, Simmy Bow, Robert Staats, Martha Reeves, Brenda Fogarty, Frank Ray Perilli, Angelo Rossitto

 

THEMA CONTES I SAGA CHARLES BAND

Le conte de fées érotico-musical Cinderella ayant connu un certain succès en 1977, le producteur Charles Band décide de retenter une expérience similaire, toujours sous l’impulsion du scénariste Frank Ray Perilli. Band retrouve à cette occasion une partie de l’équipe du film précédent, notamment le compositeur Andrew Belling qui est à nouveau chargé d’écrire la musique du film et les chansons qui ponctuent l’action. Sy Richardson, la « marraine fée » de Cinderella, revient cette fois dans le rôle de « Sirius le proxénète ». La mise en scène est signée Harry Hurwitz, réalisateur au début des années 70 des comédies The Projectionist et Richard, qui signe ici sous le pseudonyme de Harry Tampa. Comme pour Cinderella, Charles Band doit réunir un grand nombre d’acteurs en costumes pseudo-médiévaux, des chevaux, des carrosses et des décors baroques. Comme si ça ne suffisait pas, il ajoute un défi supplémentaire : la construction grandeur nature d’une maison close en forme de botte géante, la fameuse « Shoe of Pleasure ». Pour édifier ce décor surréaliste de quatorze mètres de haut, il trouve un volontaire – le charpentier Joe Chavez – et décide de l’installer dans Griffith Park, au cœur de Los Angeles, sans véritable autorisation. Toutes les scènes devant la chaussure géante sont bouclées en une journée et la botte à trois étages est lâchement abandonnée dans la nature par l’équipe qui prend aussitôt la poudre d’escampette !

La musique enchanteresse sur laquelle défile le générique de début, avec en image de fond un château médiéval, laisse d’abord imaginer un conte tout-à-fait traditionnel, d’autant que le titre Fairy Tales n’a rien de particulièrement subversif. Mais au bout de cinq minutes, une fille entièrement nue s’installe dans le lit d’un prince encore vierge (Don Sparks) qui vient de fêter ses 21 ans. Cette impudique intruse est un cadeau d’anniversaire offert par des médecins désireux d’initier l’ingénu aux plaisirs de la chair. Mais le prince est insensible à ses charmes. Seul le portrait d’une hypothétique « fille de ses rêves », suspendu au-dessus de son lit, semble susceptible de l’émoustiller. Or si le prince n’est pas capable de donner au royaume une descendance dans les jours qui viennent, il sera déchu. Pour trouver le moyen d’éveiller sa libido, il doit se rendre sur la « Terre des fées », dans une forêt où se dresse la célèbre « Shoe of Pleasure ».

The Love Botte

Cette improbable botte à trois étages abrite une Blanche-Neige lubrique et ses sept nains en maillot marin, un miroir magique dans lequel se reflète parfois une tête de dinosaure, un donjon SM où bourreaux et victimes dansent joyeusement, une sorcière vaudou et ses philtres d’amour, une Shéhérazade strip-teaseuse, une variante primitive de la Bête de Jean Cocteau et une belle au bois dormant incarnée par Linnea Quigley. Cette dernière, alors en tout début de carrière, aurait éprouvé quelques difficultés à jouer l’intégralité de ses scènes quasiment nue. Mais ce pied à l’étrier l’a transformée en « Scream Queen » beaucoup moins pudique au fil des ans (la fameuse punk aux seins nus du Retour des morts-vivants, c’est elle !). Si les numéros musicaux sont plus élaborés et plus réussis que dans Cinderella, Fairy Tales souffre lui aussi d’une gestion du rythme assez évasive. Régulièrement, entre deux séquences anecdotiques, le montage nous offre des scènes d’orgies parfaitement gratuites, sous l’œil égrillard d’un voyeur qui glousse bêtement. Le scénariste Frank Ray Perilli s’octroie un rôle de baron italien burlesque qui se lance dans une sorte de duo comique avec Angelo Rossitto. Fairy Tales s’achève sur un monologue du portier de « The Shoe » (Robert Staats) qui propose aux spectateurs des produits dérivés du film ! Quant au décor de la botte géante, il est resté dressé en plein Griffith Park comme une curiosité locale, attirant de nombreux curieux, avant d’être peu à peu démantelé pour disparaître définitivement.

 

© Gilles Penso

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CINDERELLA (1977)

Une comédie musicale burlesque et érotique qui revisite l’histoire de Cendrillon en déshabillant régulièrement tous ses personnages…

CINDERELLA

 

1977 – USA

 

Réalisé par Michael Pataki

 

Avec Cheryl Smith, Yana Nirvana, Marilyn Corwin, Jennifer Stace, Sy Richardson, Brett Smiley, Kirk Scott, Buckley Norris, Pamela Stonebrook, Ray Myles

 

THEMA CONTES I SAGA CHARLES BAND

En 1976, Bud Townsend réalise Alice in Wonderland : A Musical Porno qui, comme son titre l’indique très clairement, revisite le célèbre conte de fées sous un angle musical et érotique. Contre toute attente, cette bizarrerie produite par le spécialiste du cinéma d’exploitation Bill Osco remporte un succès suffisamment grand pour faire quelques émules. Parmi ces derniers se trouvent le scénariste Frank Ray Perilli et le distributeur Brandon Chase, qui aimeraient s’engouffrer dans la brèche. Les deux hommes parviennent à convaincre leur poulain Charles Band (avec qui ils viennent de collaborer sur Last Foxtrot in Burbank, Massacre Mansion et Crash) de produire son propre conte de fées dénudé et chantant. Armé d’un budget de 400 000 dollars, Band confie la réalisation à Michael Pataki (déjà signataire pour lui du film d’horreur Massacre Mansion) et se démène comme il peut pour réunir les figurants, les costumes, les chevaux, les carrosses et les décors nécessités par le scénario. Sans compter les nombreux numéros musicaux qui nécessitent des danses et des chants. De l’aveu même du jeune producteur, les scènes érotiques auront finalement été les plus simples à tourner. Il faut dire que les acteurs – et surtout les actrices – ne sont ni farouches ni pudiques et semblent passer un bon moment sur le plateau.

Le scénario écrit par Frank Ray Perilli suit à peu près la trame classique du conte tel qu’il fut popularisé par Charles Perrault en ajoutant chaque fois que possible de la nudité, des orgies, de la nymphomanie et de l’humour au ras des pâquerettes. Cendrillon est bien sûr une jeune fille ingénue et naïve (incarnée par Cheryl Smith, que Band allait retrouver dans Rayon laser et Parasite) tandis que ses belles-sœurs et sa belle-mère grimaçantes rivalisent de laideur et de vulgarité. Tout ça ne vole évidemment pas très haut, d’autant que les chansons aux paroles simplistes et les chorégraphies réduites à leur plus simple expression n’ont rien pour marquer durablement les mémoires. Alors que la routine commence tranquillement à s’installer, une séquence de cauchemar improbable vient secouer les spectateurs : un homme presse les seins de Cendrillon pour en faire jaillir du lait et ses belles-sœurs font pénétrer dans son intimité des épis de maïs qui se muent en popcorns !

Disco Party

L’intrigue prend une tournure un peu plus intéressante lorsque surgit chez Cendrillon un voleur (Sy Richardson) qui, face à la candeur de la jeune fille, se fait passer pour sa marraine. Cette version noire, funky et (faussement) efféminée de la bonne vieille fée annonce celle du calamiteux Cendrillon de 2021, si ce n’est qu’ici nous sommes au second degré. « Une marraine fée n’est-elle pas censée être une femme ? » s’interroge d’ailleurs l’héroïne. Ce à quoi il répond « Une fée peut être des deux bords ! » La chanson montée en parallèle entre le voleur (qui s’agite sur un tempo disco en pillant la maison) et l’ingénue (qui susurre innocemment dans son bain) est sans doute le meilleur morceau musical du film. Avec la baguette magique improbable qu’il trouve dans son sac (une sorte de vieux klaxon scotché à une tige en bois avec un papillon en plastique au bout et un préservatif qui se gonfle quand on l’actionne !), le voleur assume finalement son rôle usurpé de fée en donnant à Cendrillon les atours d’une princesse et en muant une pastèque et quatre escargots en carrosse tiré par un quatuor de chevaux. La scène du bal sollicite beaucoup de figuration costumée et un décor médiéval qui tient la route, preuve que Charles Band est déjà un virtuose dans l’art de la production bon marché. La danse baroque qui se tient à la cour se mue rapidement en « disco party », ce qui est parfaitement dans l’air du temps (La Fièvre du samedi soir sortira sur les écrans six mois plus tard). Rien de mémorable, certes, mais ce Cinderella déluré remportera tout de même un très honorable succès. Pour autant, le Cinderella part 2 annoncé dans le générique de fin ne verra jamais le jour, Band ayant décidé de se séparer de son distributeur Brandon Chase connu pour ses malversations financières.

 

© Gilles Penso

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CRASH (1976)

Un mari jaloux, une amulette mystérieuse, une femme aux pouvoirs paranormaux et une voiture démoniaque se télescopent dans Crash…

CRASH !

 

1976 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec José Ferrer, Sue Lyon, John Ericson, Leslie Parrish, John Carradine, Jerome Guardino, Paul Dubov, Reggie Nalder 

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I OBJETS VIVANTS I SAGA CHARLES BAND

« Tu devrais faire un film d’accidents de voiture », dit un jour Frank Perilli à Charles Band. Ce dernier est alors un tout jeune producteur qui vient de se lancer dans l’aventure cinématographique avec Massacre Mansion, dont Perilli a justement écrit le scénario. La mode étant aux films de poursuites automobiles (La Course à la mort de l’an 2000, Duel, French Connection, Point limite zéro, Police puissance 7, La Grande casse), pourquoi ne pas s’engouffrer dans la brèche ? Band décide de réaliser le film lui-même et de le titrer tout simplement Crash (à ne pas confondre avec le film homonyme de David Cronenberg). Ce sera son baptême officiel de mise en scène (si l’on excepte l’anecdotique Last Foxtrot in Burbank tourné en 1973 et tombé immédiatement dans l’oubli). Signé Marc Marais, le scénario de Crash nécessite la destruction d’un très grand nombre de véhicules. Charles Band achète donc des dizaines d’épaves à bas prix, les fait retaper, repeindre, remettre sur pieds (ou plutôt sur roues), puis les confie aux bons soins du roi des cascades Von Deming qui coordonne avec ses fils un impressionnant catalogue de séquences spectaculaire et explosives (la pyrotechnie étant assurée par Harry Woolman, dont le surnom « Dynamite Harry » est suffisamment éloquent). Tourné pour un modeste budget de 300 000 dollars, Crash est un film étrange dont le scénario erratique joue la carte de la confusion.

Tout commence par une musique funky d’Andrew Belling qui se déchaîne pendant le générique et s’inscrit parfaitement dans l’air du temps (nous sommes alors en 1976). Le personnage principal du film est Kim Denne, une ravissante jeune femme incarnée par Sue Lyon (la Lolita de Stanley Kubrick, c’était elle !). Alors qu’elle déambule longuement dans les allées d’un marché aux puces, elle est attirée par une petite amulette en forme de cyclope que lui vend un homme au sourire étrange (Reggie Nalder, le fameux tueur de L’Homme qui en savait trop). De retour chez elle, Kim veut offrir l’objet à son époux Marc (José Ferrer, oscarisé pour le Cyrano de Bergerac de 1950). Mais ce dernier est un vieil homme aigri cloué sur un fauteuil roulant depuis un accident de voiture dont il juge sa femme responsable. Il refuse le cadeau et envoie Kim au diable. Non content d’être acariâtre, Marc est un psychopathe qui lance aussitôt aux trousses de sa femme son grand chien noir qu’il a dressé pour tuer. D’où une séquence invraisemblable où Kim, au volant de sa voiture, est soudain attaquée par le molosse et subit un terrible accident. Recueillie dans un hôpital, elle est frappée d’amnésie et découvre que l’amulette la dote de pouvoirs paranormaux…

Enfer mécanique

Le problème du scénario de Crash est son manque d’équilibre. Si Charles Band avait respecté une progression dramatique classique, il aurait dû attendre le dernier quart du film pour mettre en scène les cascades automobiles. Or celles-ci constituent son argument marketing majeur. Le film joue donc la carte du flash-forward, quitte à semer une totale confusion dans l’esprit des spectateurs qui s’efforcent comme ils peuvent de recoller les morceaux. La voiture décapotable maléfique que Kim télécommande à distance au moment du climax surgit donc régulièrement en montage parallèle, au mépris de toute chronologie, pour faire des siennes sur le macadam et provoquer des collisions en série. De ce point de vue, le film est extrêmement généreux, ne faisant guère mentir son titre. Les véhicules s’entrechoquent, se retournent sur eux-mêmes, explosent, voltigent ou s’écrasent sur les bas-côtés avec une frénésie époustouflante. Certains morceaux de bravoure – comme le carambolage contre un semi-remorque ou la station-service qui s’embrase – causent quelques frayeurs à l’équipe et manquent d’échapper à tout contrôle, mais aucun accident ne sera à déplorer pendant le tournage. Au détour du casting, on note l’apparition de John Carradine dans le rôle d’un professeur d’anthropologie nous expliquant la nature de l’étrange amulette. « Le Kashkuh est d’origine hittite », affirme-t-il avec aplomb. « C’est une divinité étroitement liée à Mars, la planète rouge. C’est un personnage déplaisant voué à la vengeance, à la haine et à la violence. » Crash fait son petit effet lors de sa sortie en salle et annonce même par ses thématiques deux longs-métrages beaucoup plus connus : Enfer mécanique et Christine.

 

© Gilles Penso

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ASTÉRIX ET OBÉLIX AU SERVICE DE SA MAJESTÉ (2012)

Après Christian Clavier et Clovis Cornillac, Edouard Baer porte le casque et la moustache du plus célèbre des Gaulois pour sa quatrième aventure « live »…

ASTÉRIX ET OBÉLIX AU SERVICE DE SA MAJESTÉ

 

2012 – FRANCE

 

Réalisé par Laurent Tirard

 

Avec Edouard Baer, Gérard Depardieu, Guillaume Gallienne, Vincent Lacoste, Valérie Lemercier, Fabrice Lucchini, Catherine Deneuve, Charlotte Le Bon

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA ASTÉRIX ET OBÉLIX

Dans la foulée d’Astérix aux Jeux Olympiques, le producteur Thomas Langmann envisage de porter à l’écran pour sa société La Petite Reine une nouvelle aventure du célèbre Gaulois créé par Goscinny et Uderzo et porte son choix sur l’album « Le Tour de Gaule d’Astérix ». Éric Toledano et Olivier Nakache sont pressentis pour le scénario et Christophe Barratier pour la réalisation. Parallèlement, la compagnie concurrente Fidélité Productions lance son propre projet d’adaptation de l’album « Astérix chez les Bretons » et emporte le morceau. Si Gérard Depardieu reste fidèle au poste sous les nattes d’Obélix, il faut trouver un nouvel Astérix. Clovis Cornillac étant lié par contrat à Langmann, on cherche tous azimuts. Franck Dubosc et Lorant Deutsch sont les deux finalistes, mais c’est finalement Edouard Baer qui est sélectionné. Tout le monde se souvient de sa prestation savoureuse du scribe Otis dans Astérix et Obélix Mission Cléopâtre (et de son fameux monologue improvisé). Le voilà désormais sous le feu des projecteurs dans le rôle principal. La réalisation de cet Astérix et Obélix au service de Sa Majesté est confiée à Laurent Tirard, qui avait déjà su adapter avec succès une autre célèbre bande dessinée de René Goscinny, en l’occurrence « Le Petit Nicolas ». Tout est donc en place pour la quatrième version « live » des aventures d’Astérix.

Le générique de début, mis en musique par Klaus Badelt, induit d’emblée une approche pop, véhiculant une imagerie d’Épinal de l’Angleterre héritée de James Bond et des swinging sixties. Le titre lui-même cligne d’ailleurs de l’œil vers Au service secret de Sa Majesté. César ayant décidé de lancer une grande offensive contre la Bretagne, la reine Cordelia n’a pas d’autre solution que de quérir – à contrecœur bien sûr – l’aide des Gaulois qui résistent face à l’armée romaine grâce à leur arme secrète, la fameuse potion magique. Astérix et Obélix acceptent de prêter main-forte à leurs voisins, embarquant avec eux le jeune neveu bon à rien de leur chef Abraracourcix pour faire de lui un homme. Sur place, le choc culturel entre les Bretons et les Gaulois ne facilite guère le bon fonctionnement de la mission. Pour compliquer les choses, des guerriers Vikings qui souhaitent percer le secret de la peur débarquent à leur tour chez les Bretons…

Gaule Save the Queen

Égal à lui-même, l’indéboulonnable Depardieu campe toujours le même Obélix idiot, attachant et parfaitement en phase avec son modèle dessiné. Edouard Baer, de son côté, se réapproprie le personnage d’Astérix pour mieux le conformer à sa personnalité. Le Gaulois s’exprime donc avec élégance, opte pour les phrases à rallonge et les accumulations d’épithètes, a le sourire en coin et l’humour pince sans rire. S’il s’éloigne donc de l’approche « Splendid » de Christian Clavier, ses maladroites tentatives pour draguer tout ce qui bouge évoquent irrésistiblement le Jean-Claude Dus des Bronzés. Côté Bretagne, Catherine Deneuve incarne une reine exagérément flegmatique, Guillaume Gallienne un conseiller pédant en kilt et Valérie Lemercier une tutrice rigide et austère (tous prononçant leurs dialogues en français avec un faux accent anglais). Quant au rôle de César, il échoit cette fois à Fabrice Lucchini, qui en offre une variante délectable et volubile. Ce casting de premier ordre sait nous arracher quelques sourires, même si le scénario ne brille pas par sa finesse ou son originalité, intégrant artificiellement des éléments de l’album « Astérix chez les Normands » pour tenter de le dynamiser. Astérix au service de Sa Majesté est donc un opus en demi-mesure, certes beaucoup plus réussi que le précédent (qui se perdait lourdement dans ses propres boursouflures), mais pas foncièrement mémorable. Le Mission Cléopâtre d’Alain Chabat reste donc le mètre-étalon en la matière.

 

© Gilles Penso


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HERCULE À NEW YORK (1970)

Pour ses premiers pas face à une caméra, Arnold Schwarzenegger incarne un demi-dieu mythologique juvénile et farceur…

HERCULES IN NEW YORK

 

1970 – USA

 

Réalisé par Arthur Allan Seidelman

 

Avec Arnold Schwarzenegger, Arnold Stang, Deborah Loomis, James Karen, Ernest Graves, Tanny McDonald

 

THEMA MYTHOLOGIE

Hercule à New York est le premier film mettant en vedette Arnold Schwarzenegger, alors tout juste âgé de 22 ans. Désireux depuis longtemps de faire son entrée à Hollywood, l’ambitieux culturiste autrichien vit jusqu’alors grâce à l’entreprise de maçonnerie qu’il a mise sur pied et participe à tous les concours de musculation qui passent à sa portée. Sous les encouragements du vétéran Reg Park (un célèbre culturiste ayant lui-même prêté sa silhouette au plus fameux des demi-dieux mythologiques dans Hercule à la conquête de l’Atlantide et Hercule contre les vampires), Schwarzenegger passe un casting pour Hercule à New York, mentant sur sa longue expérience théâtrale (inexistante) pour décrocher le rôle. Au vu de cet incroyable nanar, on se demande sincèrement comment l’ex-Mister Univers a pu s’en servir de starting block pour lancer sa carrière cinématographique. Tout dans ce film respire l’amateurisme à plein nez. Il faut dire que le réalisateur Arthur Allan Seidelman effectue là ses premiers pas derrière une caméra, que le budget de 300 000 dollars ne permet pas de faire des miracles et que les prises de vues dans la ville de New York sont effectuées « à l’arrache » sans la moindre autorisation.

La scène d’introduction, à elle seule, vaut son pesant de cacahuètes, car le réalisateur s’efforce de nous faire croire que nous sommes sur le Mont Olympe en filmant une poignée d’acteurs en toge dans un jardin public ! Parmi eux, le jeune Arnold, la tignasse blonde bien peignée et les pectoraux exagérément gonflés, incarne un Hercule jouvenceau qui s’ennuie ferme parmi les dieux. Zeus l’envoie donc sur Terre, en plein New York, et le scénario s’efforce alors d’exploiter deux ressorts comiques archi-classiques : le « poisson hors de l’eau » et le faire valoir idiot, assuré ici par un insupportable vendeur de bretzels à la voix éraillée. Bien vite, il apparaît que l’argument fantastique ne sert qu’à accumuler des gags ratés (notamment la vieille dame dans l’avion qui devient hystérique parce qu’elle a vu Hercule flotter dans les airs à travers son hublot), des bagarres à la Terence Hill et Bud Spencer, des concours d’athlétisme et de musculation (histoire de rentabiliser les talents physiques du grand Arnold), ou encore des scènes d’action sans envergure. Parmi celles-ci, on retiendra notamment la poursuite en char dans les rues de Manhattan, ou encore le combat d’Hercule contre un figurant vaguement costumé en ours. Pour couronner le tout, la mise en scène accumule les faux raccords et la bande son est saturée de musique folklorique grecque, façon Zorba !

« Arnold Strong »

Soucieux de récupérer son fils, Zeus envoie bientôt une poignée de dieux à ses trousses pour le ramener à la maison, ce que le brave Hercule ne souhaite guère car il a trouvé ici-bas l’âme sœur. Finalement revenu sur le trône olympien, notre protagoniste outrageusement musclé raconte ses aventures parmi les new-yorkais. Très intrigué, Zeus troque alors sa couronne de laurier contre un costume étriqué et vole découvrir les curiosités de Manhattan. Bref, c’est du grand n’importe quoi, et à part les amateurs d’humour involontaire ou les inconditionnels de Schwarzenegger, on se demande bien à qui s’adresse cet Hercule à New York. On note que le nom de l’acteur principal – alors inconnu du public et jugé imprononçable – fut modifié au générique. Schwarzy est donc crédité comme « Arnold Strong ». Par ailleurs, son accent autrichien étant alors très prononcé, il fut entièrement doublé dans le film par un comédien américain resté anonyme. Plus tard, le film ressortit en DVD et en Blu-Ray avec une piste audio alternative reprenant la prise de son originale. Pendant longtemps, Schwarzenegger avouera être embarrassé par ce film difficile à assumer. Honnêtement, on le comprend. Mais il faut bien commencer quelque part.

 

© Gilles Penso


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MASSACRE MANSION (1976)

Fou de chagrin après que sa fille ait perdu la vue dans un accident de voiture, un médecin cherche des donateurs d’yeux non volontaires !

MANSION OF THE DOOMED

 

1976 – USA

 

Réalisé par Michael Pataki

 

Avec Richard Basehart, Gloria Grahame, Trish Stewart, Lance Henriksen, Al Ferrara, Jojo d’Amore, Donna Andresen, Marilyn Joi, Katherine Fitzpatrick

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I SAGA CHARLES BAND

En 1973, Charles Band, 22 ans, réalise et produit son premier long-métrage. Fils du cinéaste Albert Band, le jeune homme écoute les conseils de Frank Perilli, un ami de la famille, et se lance dans l’aventure cinématographique de Last Foxtrot in Burbank, une parodie du Dernier tango à Paris. Le film est un échec cuisant, passe totalement inaperçu et disparaît totalement de la circulation. Mais Band est opiniâtre et n’entend pas s’arrêter là. Son deuxième essai sera un film d’horreur, d’abord titré The Eyes of Dr. Chaney puis Mansion of the Doomed. Albert Band supervise la production, Frank Perilli écrit le scénario et Michael Pataki, qui jouait le rôle principal de Last Foxtrot in Paris, hérite de la réalisation. Quant à Charles Band, il assure le poste de producteur et découvre définitivement sa vocation. Cette modeste série B bénéficie d’une poignée d’acteurs solides, notamment Richard Basehart (Moby Dick), Gloria Grahame (La Vie est belle) et Lance Henriksen (le futur androïde Bishop d’Aliens). Massacre Mansion (tel qu’il fut titré en VHS en Angleterre et en DVD en France) est un film sous influence. Le personnage principal s’appelle Chaney (en hommage à l’acteur Lon Chaney bien sûr) et ses exactions s’inspirent de celles du docteur Genessier dans Les Yeux sans visage… Si ce n’est qu’ici, nous aurions plutôt affaire à des « visages sans yeux ».

La figure défaite du docteur Leonard Chaney (Richard Basehart) emplit d’abord l’écran, tandis que sa voix obsessionnelle soliloque lugubrement. D’horribles cauchemars le hantent, son visage est creusé et ses cheveux en bataille. Mais qu’est-il donc arrivé à ce prestigieux ophtalmologue de Los Angeles ? Un flash-back nous permet de comprendre l’origine du drame. En voulant éviter un chien qui traversait la route, Chaney fit une embardée qui envoya sa voiture dans le décor. Assise à ses côtés, sa fille Nancy (Trish Stewart), promise au jeune médecin Dan Bryan (Lance Henriksen), heurta le pare-brise et perdit la vue. Depuis, le bon docteur est inconsolable. Ses jours et ses nuits sont occupés à chercher une solution médicale pour rendre sa vue à Nancy. Pour un ophtalmologue de renom, l’ironie est cruelle. Alors qu’il croit avoir tout envisagé, il pense subitement à une transplantation d’yeux entiers. Après quelques expériences avec des animaux, il décide d’utiliser des cobayes humains. Mais pour que le résultat soit concluant, il faut que les sujets soient vivants…

Œil pour œil

Plutôt habitué aux rôles « respectables » (Ismael dans Moby Dick, Ivan dans Les Frères Karamazov, l’amiral Nelson dans Voyage au fond des mers), Richard Basehart se lâche sous la défroque de ce médecin dément perdant peu à peu tout sens moral, prêt à arracher les yeux de tous ceux qu’il croise – y compris ceux d’une gamine croisée dans un parc au cours d’une scène suscitant un fort malaise. Pour ses premiers pas dans la mise en scène, Michael Pataki s’en sort très bien, jouant habilement la carte de l’ellipse afin d’aller à l’essentiel (chaque fois que le docteur Chaney rencontre une victime potentielle, le montage la montre illico allongée sur la table d’opération) et ménageant quelques moments d’épouvante très dérangeants, notamment lorsqu’apparaissent les « cobayes » hurlants, gémissants, sombrant progressivement dans la folie, enfermés dans une cage et affichant des orbites désespérément vides. Pour donner corps aux nombreux maquillages spéciaux nécessités par le scénario (et notamment bon nombre d’énucléations), Charles Band fait appel à Stan Winston (alors crédité sous le nom de « Stanley Winston »). Le futur maestro des effets cosmétiques et animatroniques  de Terminator, Aliens, Predator et Jurassic Park est alors en début de carrière et fait déjà des miracles. Band montre là ses compétences de producteur habile, réunissant les talents adéquats, organisant la grande majorité du tournage dans un véritable manoir du quartier de Fremont Place loué pour l’occasion et concevant une campagne marketing efficace. On note que son frère Richard, futur compositeur attitré de ses productions, tient ici le poste d’assistant réalisateur.

 

© Gilles Penso

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TREMORS 3, LE RETOUR (2001)

Un troisième épisode joyeusement délirant qui s’inscrit dans la continuité du film précédent et nous fait découvrir de nouvelles mutations étonnantes…

TREMORS 3 : BACK TO PERFECTION

 

2091 – USA

 

Réalisé par Brent Maddock

 

Avec Michael Gross, Shawn Christian, Susan Chuang, Charlotte Stewart, Ariana Richards, Tony Genaro

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS I SAGA TREMORS

Après S.S. Wilson, c’est au tour de Brent Maddock, l’autre scénariste des deux premiers Tremors, de passer à la mise en scène. Ce sera son premier et seul film en tant que réalisateur, Wilson lui prêtant ici main-forte en dirigeant la seconde équipe. Jusqu’alors second rôle bruyant et pétaradant, Michael Gross passe ici sur le devant de la scène dans la peau de l’indécrottable fou des armes Burt Gummer. Désormais, ce sera lui le héros de la saga Tremors, Kevin Bacon et Fred Ward ayant tiré leur révérence. Cet épisode se situant à nouveau dans la petite ville de Perfection – contrairement au précédent qui transportait l’intrigue au Mexique -, plusieurs comédiens du tout premier Tremors reprennent leurs rôles : Charlotte Stewart (Nancy), Ariana Richards (Mindy), Tony Genaro (Miguel) et Robert Jayne (Melvin). Nouveau-venu, Shawn Christian incarne Jack Sawyer, un cowboy de pacotille qui a mis sur pied une petite attraction minable pour touristes en mal de sensations fortes, à l’aide de quelques trucages simulant la présence des redoutables graboïdes. Autre nouveau visage, Susan Chuang joue Jodi, une jeune commerçante qui essaie de faire fructifier sa petite boutique malgré une conjoncture pas très florissante. Entre Jack et elle, une petite idylle va s’installer. Ce seront eux les protagonistes principaux de Tremors 3, aux côtés de Burt Gummer bien sûr.

On ne peut s’empêcher de dresser un parallèle entre la démarche de ce film et celle des habitants de Perfection qu’il met en scène : une tentative un peu désespérée d’exploiter le filon des graboïdes jusqu’au bout. De fait, l’entame laisse flotter un inévitable sentiment de déjà-vu. Les vers géants reviennent donc ramper sous le sol en avalant au passage quelques victimes imprudentes, leurs rejetons les « hurleurs » font une brève apparition sous forme d’une horde nocturne qui n’est pas sans évoquer (toutes proportions gardées bien sûr) les arachnides de Starship Troopers et Gummer continue à jouer de la gâchette en tirant sur tout ce qui bouge. C’est sympathique et distrayant, certes, mais pas follement novateur. Il y a tout de même en cours de route quelques nouveaux éléments qui relancent l’intérêt et permettent de varier les plaisirs : l’apparition de « El Blanco », un graboïde blanc qui suit Burt partout en une sorte d’hommage à « Moby Dick », et surtout de toutes nouvelles créatures au design disons… surprenant.

Monstres pétomanes

Dans Tremors 2, les graboïdes donnaient naissance à des variantes bipèdes virulentes surnommées « hurleurs ». Ici, nous découvrons que ces derniers évoluent sous une autre forme que les protagonistes ne vont pas tarder à affubler d’un surnom très imagé : « les culs de voltigeurs » ! Bipèdes, montés sur des pattes de dinosaures, ils arborent une sorte de gueule osseuse effilée qui s’ouvre en quatre parties, une collerette membraneuse qui recouvre leur dos et une crête dorsale. Dotées d’une vision infrarouge proche de celle des Predators, ces bêtes hybrides possèdent une autre particularité : ils sont capables de s’envoler en expulsant un gaz incandescent par leur anus. Oui oui, vous avez bien lu ! Cette capacité physique parfaitement farfelue a tout de même le mérite de diversifier les séquences de suspense. Car désormais, les humains ne sont plus en sécurité en hauteur. La menace peut venir à la fois du sol et des airs. Si les créatures animatroniques du studio ADI tiennent toujours la route, les images de synthèse supervisées par Kevin Kutchaver pour Himani Productions sont moins convaincantes et gâchent un peu le plaisir. Tremors 3 n’est pas avare en séquences mouvementées invraisemblables, comme Burt englouti par un ver géant, qu’il faut ensuite extirper du corps gluant de la bête découpée à la tronçonneuse, ou encore l’assaut final des monstres volants. On note aussi un florilège de répliques de haut vol, en particulier « ça pue comme un slibard de bidasse » ou le très poétique « Sale péteur, c’est moi qui t’ai fait péter ! » La franchise Tremors continuera par la suite à faire des petits à un rythme effréné.

 

© Gilles Penso


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