LE NEUVIÈME CŒUR (1979)

Un étudiant sans le sou se lance dans une quête semée de danger pour libérer une jeune femme des griffes d’un vil alchimiste…

DEVÁTÉ SRDCE

 

1979 – TCHÉCOSLOVAQUIE

 

Réalisé par Juraj Herz

 

Avec Ondrej Pavelka, Anna Malova, Julie Juristova, Josef Kemr, Juraj Kukura, Frantisek Filipovsky, Premysl Koci, Josef Somr

 

THEMA CONTES

Le Neuvième cœur est le quatorzième long-métrage de Juraj Herz, un prolifique cinéaste tchèque formé à la photographie et à la mise en scène théâtrale qui alterne depuis le milieu des années 60 films et téléfilms. Ce conte de fées traditionnel, réalisé dans la foulée d’une relecture de La Belle et la Bête que Herz signa la même année (les deux tournages furent quasiment simultanés), Le Neuvième cœur donne la vedette à Martin (Ondrej Pavelka), un jeune étudiant sans le sou qui sympathise avec une troupe d’artistes de rue et notamment avec Toncka (Anna Malova), la fille d’un marionnettiste. Jeté en prison après avoir invité tous les saltimbanques à un fastueux déjeuner sans être capable de payer le restaurateur, il s’évade peu après mais le Grand-Duc (Premysl Koci) a juré sa perte. Effectivement, après une poursuite échevelée où Martin tente d’échapper aux gendarmes à travers le marché (aidé par le lanceur de couteaux, la montreuse de serpents et les comédiens), il tombe entre leurs griffes. Acculé, Martin tente le tout pour le tout : il propose au Grand-Duc de libérer sa fille, la belle princesse Adriena (Julie Juristova), de la terrible malédiction qui pèse sur elle. Huit vaillants gentilshommes ont tenté l’aventure avant lui et aucun n’est jamais revenu, mais Martin a-t-il vraiment le choix ?

Désormais hôte du palais royal, notre étudiant se lie d’amitié avec le bouffon de la cour (Frantisek Filipovsky), dont le maquillage n’est pas sans évoquer le diable du Faust de Murnau. Ce dernier lui propose de l’aider dans sa quête. Un soir, enveloppés dans un manteau magique qui les rend invisibles, Martin et le bouffon suivent la princesse, qui emprunte un bateau et traverse un fleuve, accompagnée par deux hommes aux allures de croque-morts blafards, tels deux nochers des Enfers ramant sur le Styx (la scène annonce d’ailleurs l’une des péripéties du Choc des Titans). Repéré, le bouffon est emmené dans un sinistre château où est organisé un grand bal décadent. Les invités, tous blafards, y ressemblent plus à des cadavres qu’à des vivants. C’est Aldobrandini (Juraj Kukura), l’ancien alchimiste du Grand-Duc, qui tire les ficelles de cette mascarade. Grâce à une essence recueillie dans le tombeau des pharaons, il vit depuis 300 ans. En la mélangeant avec l’extrait des cœurs qu’il a volés, il obtiendra un élixir lui donnant la vie éternelle. Et bien sûr, il compte épouser Adriena pour couronner son triomphe…

Poésie macabre

Très jolie réussite formelle, qui évoque parfois le Pinocchio de Comencini, Le Neuvième cœur bénéficie d’une direction artistique impeccable témoignant de l’exceptionnel savoir-faire de Juraj Herz en ce domaine, comme en témoignent par exemple ce magnifique décor de la salle du temps (orné d’une forêt de cierges, d’un grand escalier et d’un gigantesque mécanisme d’horlogerie) ou encore ces images exagérément filtrées à l’intérieur du château du Grand-Duc, comme si la vie s’y était figée dans du coton ou de la naphtaline. Cette relecture très personnelle des « Contes nocturnes » d’E.T.A Hoffman n’a décidément rien d’une traditionnelle fable pour enfants, véhiculant même une atmosphère sinistre avec laquelle les jeunes spectateurs occidentaux n’étaient guère familiers. D’ailleurs, la décomposition finale du méchant nous ramène directement aux classiques de la Hammer (on pense bien sûr au climax du Cauchemar de Dracula). Le Neuvième cœur déborde donc d’idées visuelles et de poésie, même si son scénario linéaire, ses péripéties faibles et son rythme assez languissant jouent fatalement en sa défaveur.

 

© Gilles Penso

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LE PEUPLE DE L’ENFER (1956)

Une expédition scientifique se rend dans une cité antique inexplorée et découvre une horde d’hommes-taupes aux yeux globuleux…

THE MOLE PEOPLE

 

1956 – USA

 

Réalisé par Virgil Vogel

 

Avec John Agar, Cynthia Patrick, Hugh Beaumont, Alan Napier, Nestor Paiva, Phil Chambers, Rodd Redwing, Robin Hughes

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Le prologue du Peuple de l’enfer, très didactique, est assuré par un professeur d’anglais (le docteur Frank Baxter, dans son propre rôle) nous expliquant les possibilités d’un monde intérieur caché quelque part dans le globe terrestre. Après un générique volcanique à souhait, nous voilà transportés « quelque part en Asie », où une équipe d’archéologues découvre une tablette vieille de cinq mille ans. « Quand je pense à ces innombrables civilisations perdues, englouties ou détruites, j’ai le vertige » lâche alors d’un air inspiré le professeur Bentley (incarné par ce bon vieux John Agar, héros de Tarantula et de La Revanche de la créature). Visiblement désireux de revenir aux sources de leur âge d’or, les studios Universal nous plongent ainsi dans une ambiance très proche de La Momie de 1932, d’autant que la tablette en question promet une malédiction à ceux qui auront l’outrecuidance de la déterrer. Im-Ho-Tep n’est pas loin… Nos chercheurs partent dès lors en quête d’une cité antique, quelque part dans les hauteurs montagneuses. Après un long périple, ils la découvrent, mais les ruines semblent habitées…

Si les premières péripéties du film savent piquer l’intérêt, et si la première apparition des inquiétants « hommes taupes », dont on n’aperçoit que les griffes et un bout de museau, est plutôt efficace, la suite du métrage frôle dangereusement le grotesque. Car les survivants de l’expédition découvrent bientôt toute une peuplade albinos adoratrice de la déesse Ishtar, vêtue de toges anachroniques, évoluant dans des décors de théâtre et s’exprimant dans un parfait anglais ! A partir de là, tous les clichés sont autorisés : le conseiller du roi qui complote avec duplicité contre son souverain, le héros qui tombe amoureux d’une belle autochtone soumise, la longue et inutile scène de danse exotique (à la chorégraphie joyeusement improbable), la révolte des esclaves contre l’autorité tyrannique ou encore l’inévitable cataclysme final.

Étranges créatures en caoutchouc

Les monstres eux-mêmes, lorsqu’ils se révèlent sous toutes leurs coutures, perdent beaucoup de leur superbe. Car leur grosse tête caoutchouteuse, leurs yeux globuleux et leur dos bossu engoncé dans une veste de costume noir suscitent plus volontiers le rire que la frayeur. C’est pourtant Bud Westmore, superviseur du fameux costume de L’Étrange créature du lac noir, qui en est l’auteur. Le film doit principalement sa notoriété à ces créatures souterraines venues s’ajouter au panthéon des monstres délicieusement rétro de la science-fiction des fifties, même si leur temps de présence dans le métrage demeure finalement très réduit. Faisant ici son baptême de metteur en scène, Virgil Vogel, monteur d’œuvres variées telles que Deux nigauds et l’homme invisible ou Les Survivants de l’infini, s’efforce de donner un peu de cohérence à ce récit en singulière perte de crédibilité. L’année suivante, Vogel allait signer un sympathique Oasis des tempêtes s’efforçant à son tour de varier les plaisirs autour du thème du monde perdu, avant de redevenir provisoirement monteur le temps d’un chef d’œuvre d’Orson Welles, le célèbre La Soif du mal.

 

© Gilles Penso

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LE CORRUPTEUR (1971)

Marlon Brando incarne un homme maléfique dans ce conte pervers se situant avant les événements paranormaux racontés dans Les Innocents

THE NIGHTCOMERS

 

1971 – GB

 

Réalisé par Michael Winner

 

Avec Marlon Brando, Stephanie Beacham, Thora Hird, Harry Andrews, Verna Harvey, Christopher Ellis

 

THEMA ENFANTS

Sulfureuse, subversive et ouvertement malsaine, cette œuvre britannique est conçue comme une « préquelle » du fameux roman d’Henry James « Le Tour d’Ecrou », dont la plus célèbre adaptation cinématographique fut Les Innocents de Jack Clayton, en 1961. Un an avant Le Parrain, Marlon Brando incarne ici l’un des rôles les plus étonnants et les plus injustement méconnus de sa prolifique carrière. Malgré sa réputation d’acteur « difficile », Michael Winner a toujours affirmé s’être fort bien entendu avec Brando, refusant poliment certaines de ses demandes excentriques (comme réécrire tout le scénario pendant le tournage) et le poussant même dans ses retranchements pour obtenir certaines performances (l’une de ses scènes fut ainsi tournée alors qu’il était totalement ivre). Nimbé d’une déliquescente duplicité, affublé d’un accent irlandais qui rend ses répliques à peine intelligibles, le futur Don Corleone de Francis Coppola incarne Peter Quint, palefrenier et homme à tout faire d’une grande propriété victorienne dont les propriétaires viennent de mourir, laissant derrière eux deux jeunes orphelins, Miles (Christopher Ellis) et Flora (Verna Harvey). Ces derniers sont confiés aux bons soins de la perceptrice Miss Jessel, incarnée par Stephanie Beacham, future héroïne de Dracula 73, après que Jennie Linden ait refusé un rôle aussi peu orthodoxe.

Mais c’est auprès de Quint que Miles et Flora découvrent toutes les expériences que les adultes camouflent d’ordinaire aux enfants. Ils apprennent ainsi les mystères de la vie, de la mort, de l’amour et de la haine, à travers cet homme à la moralité douteuse et aux penchants cruels. Peu à peu corrompus, les têtes blondes parachèvent ce douteux apprentissage en assistant aux ébats violents et sadomasochistes de Quint avec Miss Jessel. Miles et Flora s’amusent alors à recréer dans leur chambre à coucher les expériences érotiques de la perceptrice et du palefrenier, sous les yeux épouvantés de la vieille gouvernante de la maison, Madame Grose (Thora Hird), qui décide de faire renvoyer Quint et Jessel. Incapables d’empêcher cette irrévocable décision, perdant toute notion du bien et du mal, nos charmants bambins se mettent alors en tête de permettre aux amants de rester liés pour l’éternité… en les tuant !

Le parrain du mal

Ainsi, dans Le Corrupteur, le mal s’immisce progressivement, tel un virus, et gagne peu à peu l’esprit malléable des deux enfants. Mais l’œuvre de Michael Winner est surtout une fronde lancée contre les institutions rigoristes et aristocratiques, propices au développement des perversités de Peter Quint dont il sera l’ultime victime. Tous parfaits, les comédiens servent à merveille ce scénario audacieux, qui souffre tout de même d’un rythme un peu languissant, en accord il est vrai avec la triste campagne anglaise embrumée dans laquelle se traîne l’intrigue. Le Corrupteur reçut un accueil des plus mitigés au moment de sa sortie, dans la mesure où les amateurs du roman d’Henry James et du film de Jack Clayton ne souhaitaient pas qu’on leur montre de manière aussi explicite les événements précédant ceux décrits dans « Le Tour d’Ecrou ». Le mystère et le travail d’imagination du lecteur/spectateur étaient en effet très sollicités dans l’œuvre initiale. Or Winner n’en a cure ici, ce qui n’ôte rien aux qualités formelles de son film.

 

© Gilles Penso


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L’ÎLE DES DINOSAURES (1967)

À la recherche de l’Atlantide, une expédition se retrouve en pleine jungle sauvage peuplée d’hommes préhistoriques et de sauriens géants…

LA ISLA DE LOS DINOSAURIOS

 

1967 – MEXIQUE

 

Réalisé par Rafael Portillo

 

Avec Armando Silvestre, Alma Delia Fuentes, Manolo Fabregas, Elsa Cardenas, Genaro Moreno, Crox Alvarado

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

C’est du Mexique que nous vient L’Île des dinosaures, réalisé par Rafael Portillo en 1967 d’après un scénario d’Alfredo Salazar. Démarrant à la manière de L’Oasis des tempêtes de Virgil Vogel, le film s’intéresse à une expédition partie à la recherche de l’Atlantide. Au cours d’un prologue assez expéditif, leur avion traverse des intempéries puis s’écrase sur une île inconnue. Perdus dans la jungle, nos aventuriers installent un feu de camp, des tentes, des chaises pliantes, bref transforment aussitôt les lieux en terrain de camping. Les filles de l’expédition vont même faire trempette dans un lac voisin. Soudain, un montage parallèle nous fait découvrir une peuplade d’hommes et de femmes préhistoriques qui vivent sur cette île. L’un d’entre eux, Molo (Armando Silvestre), après avoir perdu un combat contre un de ses congénères, se retrouve banni par les siens. Errant dans la forêt, il croise Laura (Alma Delia Fuentes), l’une des exploratrices, la sauve des griffes d’un gorille (un homme s’agitant dans un costume velu) et l’emmène dans une caverne. Le film prend un ton surréaliste lorsque tous deux se muent en gentil petit couple préhistorique, se confectionnant avec les moyens du bord des tuniques à la coupe impeccable.

Dès lors, Molo et Laura arborent la même coiffure et la même tenue que Victor Mature et Carole Landis, les deux héros de Tumak fils de la jungle, ce qui permet au réalisateur Rafael Portillo d’utiliser de très larges extraits du classique d’Hal Roach réalisé 27 ans plus tôt, y compris de nombreux plans avec les acteurs originaux vus de dos. La supercherie – franchement culottée – est assez visible. Du coup, L’Île des dinosaures se mue purement et simplement en remake à peine déguisé de Tumak, voire en version mexicaine du film, comme à l’époque où les mêmes longs-métrages étaient tournés simultanément dans des langues différentes pour le marché international (l’un des exemples les plus connus étant le Dracula de 1931 tourné en anglais par Tod Browning et en espagnol par George Melford).

« Molo, te quiero ! »

Le plus gros du travail du scénariste Alfredo Salazar consiste ainsi à intégrer dans son script un maximum de séquences du mélodrame antédiluvien de 1940. Le célèbre combat de l’iguane contre le crocodile est évidemment recyclé, tout comme le surgissement du tatou géant, de l’éléphant déguisé en mammouth, du varan enseveli sous les rochers et du cataclysme final. Seule petite nouveauté : le combat de Molo contre le gorille, qui s’avère particulièrement frustrant dans la mesure où l’homme préhistorique transperce le singe d’une lance au bout de quelques secondes de face à face. Bien entendu, le volcan que l’on voyait fumer au début du film finit par entrer en éruption. Le climax n’oublie aucun passage obligatoire : le cataclysme, le tremblement de terre, les dinosaures qui tombent dans les fissures et la coulée de lave. Puis les éléments déchaînés se calment en un claquement de doigt. L’épilogue échappe enfin à l’influence de Tumak lorsque nos explorateurs, ayant réparé leur avion, décident de rejoindre la civilisation. Mais Laura, qui s’est entichée de son bel homme des cavernes, décide de rester, susurrant à son sauveur un irrésistible « Molo, te quiero ! » (à déguster en version originale bien sûr) avant de s’en aller joyeusement gambader dans les bois à ses côtés !

 

© Gilles Penso


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LES ÂMES PERDUES (2000)

Winona Ryder se met en quête de l’antéchrist dans ce long-métrage esthétisant réalisé par le chef opérateur attitré de Steven Spielberg…

LOST SOULS

 

2000 – USA

 

Réalisé par Janusz Kaminski

 

Avec Winona Ryder, Ben Chaplin, John Hurt, Sarah Wynter, Philip Baker Hall, Elias Koteas, Brian Reddy, John Beasley, John Diehl

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Chef opérateur attitré de Steven Spielberg depuis La Liste de Schindler, Janusz Kaminski s’est vu proposer, pour sa première mise en scène, un thriller surnaturel lié au thème de l’antéchrist, sous la tutelle de Meg Ryan reconvertie en productrice. Sans doute Kaminski eut-il préféré un sujet plus en accord avec sa sensibilité, mais celui-ci présentait l’avantage de mettre en avant son savoir-faire technique. Winona Ryder incarne ici Maya, une ex-délinquante « sauvée » par sa foi en Dieu. Depuis, elle participe activement à certaines opérations spéciales de l’église catholique, notamment des séances d’exorcisme. Lors de l’une d’entre elles, pratiquée sur un dangereux psychopathe, elle apprend que Satan est sur le point de revenir sur terre sous une forme humaine. En décodant des messages chiffrés laissés par le possédé, Maya trouve le nom du malheureux élu : Peter Kelson. Or le paradoxe veut que ce dernier, auteur de best-sellers plaçant sous le feu des projecteurs diverses affaires criminelles, défende ardemment une thèse abolissant les notions de Bien et de Mal. Pour lui, en effet, ce sont les déséquilibres psychiques qui font pencher la balance, mais en aucune manière un manichéisme ancestral. Or ses convictions vont peu à peu voler en éclats lorsque Maya viendra lui faire part de sa terrible découverte…

Tel est le point de départ accrocheur de cette première œuvre. Film de chef opérateur oblige, Les Âmes perdues est une petite merveille visuelle, tirant parti d’une photographie somptueuse quasi-monochrome signée Mauro Fiore (auteur de la lumière du remake de Get Carter la même année) et d’une mise en scène élégante et stylisée. Autre atout majeur : un trio de comédiens extrêmement convaincants, dans les rôles pourtant délicats de la croyante prophétisant l’apocalypse (Winona Ryder), de l’antéchrist malgré lui (Ben Chaplin) et du prêtre traumatisé (John Hurt). Et pourtant, malgré cette conjonction de talents, Les Âmes perdues ne parvient guère à captiver bien longtemps son public. La faute en incombe à un scénario frileux, ne s’écartant jamais des sentiers tracés par L’Exorciste, Rosemary’s Baby ou La Malédiction, sans jamais oser aller aussi loin qu’eux.

Le retour de l’apocalypse

Les clichés d’usage s’alignent donc sagement (le pentacle, la croix à l’envers, le nombre 666), et malgré quelques efficaces séquences choc (les hallucinations de Maya dans la salle de bains soudain couverte de sang), le film ne décolle jamais vraiment. On finit donc par suivre sans passion ce récit apocalyptique aux forts relents de déjà-vu, jusqu’à un dénouement attendu qui ne prend pas vraiment parti. En oubliant de ménager de la place pour la surprise et l’étonnement, Janusz Kaminski a ainsi raté le coche, ce qui explique aisément pourquoi son premier film est passé plutôt inaperçu sur les écrans. Le choix de la date de sortie américaine des Âmes perdues fut d’ailleurs un véritable casse-tête pour les distributeurs, dans la mesure où des films aux thèmes voisins surchargeaient les écrans. On opta finalement pour le 13 octobre 2000 qui, ironiquement, fut la même date de sortie que la réédition de L’Exorciste de William Friedkin.

 

© Gilles Penso


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TERREUR SUR LA VILLE (1976)

Un tueur en série sévit dans une petite bourgade tranquille du sud des États-Unis, laissant la police locale démunie…

THE TOWN THAT DREADED SUNDOWN

 

1976 – USA

 

Réalisé par Charles B. Pierce

 

Avec Ben Johnson, Andrew Pine, Dawn Wells, Jimmy Clem, Jim Citty, Charles B. Pierce

 

THEMA TUEURS 

Située à la frontière du Texas et de l’Arkansas, Texarkana (ça ne s’invente pas !) est une petite ville tranquille, la parfaite carte postale de l’Amérique rurale de l’après-guerre, loin du tohu-bohu des grandes villes. Pourtant, en cet été 1946, les habitants vont vivre dans la peur suite aux meurtres sans mobile apparent d’un tueur masqué s’en prenant à des jeunes gens dans les environs du lac. Dépassée, la police fait appel à un profiler du FBI mais l’enquête piétine. Tirée de faits réels, comme le stipule la sentencieuse la voix off intervenant régulièrement au cours du film afin de faire le point sur la situation, Terreur sur la ville brouille les pistes entre reproduction et reconstitution. Mais en l’absence de survivant ou de témoin lors de certains crimes, le spectateur est bien obligé de se demander si les faits relatés sont authentiques ou le fruit d’une inspiration sadique. Comme cette mise à mort gratinée au cours de laquelle le tueur attache un couteau à un trombone à coulisse avant d’entonner une mélodie aussi fausse que fatale en raison des coups portés lors des va-et-vient de l’instrument dans le dos d’une victime (la femme du réalisateur, vraisemblablement consciente que cette scène pourrait lui valoir le titre de « scream queen ») ligotée face contre un arbre. Le style sobre du « documenteur » s’efface alors momentanément au profit d’une mise en scène digne d’un giallo. Et bien que cette scène soit complètement fictive, elle constitue peut-être le moment le plus iconique et marquant du film.

Les premières images surprennent pourtant : la photographie, classique et même classieuse, en met plein les mirettes et ferait presque croire à un film de studio au budget conséquent. Le prologue, narré par une voix off annonçant sans détour que la paix apparente ne va pas durer, fait preuve d’un réel sens du cadre et du découpage. Pour un peu, on croirait voir un film à la maitrise digne du John Carpenter de Assaut. Hélas, sitôt les premiers personnages introduits à l’écran, une direction d’acteur hésitante, voire complètement hasardeuse lorsque le réalisateur s’essaie à la comédie (un policier aussi zélé qu’idiot donne envie de lever les yeux au ciel) vient doucher l’enthousiasme initial. Pour ne rien arranger, le montage s’avère très mal dégrossi, avec une fâcheuse tendance à traîner en longueur après certaines répliques au lieu d’enchaîner sur la suivante. Et pour les plus observateurs, le manque de moyens est trahi par la reprise systématique des mêmes véhicules d’époque d’une scène à l’autre, dans des « rôles » différents qui plus est ! Charles B. Pierce mène sa barque cahin-caha jusqu’au bout de la durée syndicale d’1h25, et s’il n’a pas le talent ou la personnalité de Tobe Hooper ou John Carpenter, il faut lui reconnaitre un certain savoir-faire et suffisamment d’aplomb en dépit d’un micro-budget.

Slasher année zéro

Terreur sur la ville jouit d’un certain statut « culte » en grande partie dû au fait qu’il fut longtemps invisible en salles et en vidéo. Mais soyons honnête : malgré son indéniable contribution à la définition du cahier des charges du slasher (tueur masqué et mise à mort aussi inventive que sadique à la clé), il n’arrive pas à la cheville de Massacre à la tronçonneuse ou Halloween sortis à la même période. Rétrospectivement, on peut voir le genre comme un révélateur inconscient de la prise de conscience, après le Vietnam et l’affaire du Watergate, du fait que l’Amérique triomphante de l’après-Seconde Guerre était elle-même gangrenée jusque dans ses propres campagnes par le mal et la violence. Une rupture entre l’Amérique de Kennedy et celle de Nixon, un contraste entre le cinéma hollywoodien et le cinéma indépendant émergeant, parfaitement illustrés ici bien que les faits relatés se passent en fait trois décennies auparavant. Le film débute avec des jeunes gens se rendant à un bal dans la parfaite lignée de celui de Retour vers le futur, puis enchaine sur une ambiance plus « redneck » avec ses scènes de meurtres champêtres et des policiers aussi peu fins que démunis face à ces meurtres en série. S’il reste une authentique série B de par son budget et ses méthodes de production (financement participatif local et totalement indépendant) et de distribution (les drive-in, principalement), Terreur sur la ville fait néanmoins preuve d’une approche formelle avant-gardiste. Il reste également le principal titre de gloire de Charles B.Pierce et fera l’objet d’un remake produit par Jason Blum en 2014.

 

© Jérôme Muslewski


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DEAD AGAIN (1991)

Un détective privé mène l’enquête pour aider une jeune femme hantée par les visions d’un meurtre commis 40 ans plus tôt…

DEAD AGAIN

 

1991 –  USA/ GB

 

Réalisé par Kenneth Branagh

 

Avec Kenneth Branagh, Emma Thompson, Wayne Knight, Derek Jacobi, Andy Garcia, Robin Williams, Campbell Scott

 

THEMA TUEURS I MORT

Kenneth Branagh a beau avoir débuté sa carrière comme nouveau prodige du répertoire shakespearien au théâtre et à l’écran (Henri V, Beaucoup de bruit pour rien et son Hamlet flamboyant et baroque), il aura également squatté le genre fantastique à deux reprises devant et derrière la caméra, puisqu’en plus de sa seconde réalisation qui nous intéresse aujourd’hui, on lui doit une adaptation très littérale et littéraire du roman Frankenstein, avec Robert de Niro dans le rôle de la créature. Dead Again se démarque toutefois dans sa filmographie car c’est l’un des seuls titres qui soient non adaptés d’un matériau existant, bien que lorgnant vers l’incontournable Chinatown et, par-là, vers tout un pan du film noir américain. Dead Again pourrait passer pour un film de détective privé classique mais son générique d’introduction nous plonge directement dans une ambiance quasi-horrifique, avec ces coupures de journaux évoquant le meurtre, dans les années 40 à Los Angeles, d’une femme (Emma Thompson), pour lequel son compositeur de mari, Strauss (Kenneth Branagh), est accusé et condamné à la chaise électrique. Avant de mourir, celui-ci déclare que « ce n’était pas fini. »

Après avoir posé de façon aussi efficace que facile tous les éléments sur lesquels le film tissera le reste de sa trame, le film reprend à notre époque : une jeune femme amnésique et mutique (Emma Thompson) vient frapper aux portes d’un orphelinat catholique de Los Angeles, un établissement qui fut autrefois la résidence de Strauss. Mike Church (Kenneth Branagh), un détective privé spécialisé dans les disparitions, est chargé de retrouver l’identité de la jeune femme mais une troublante familiarité s’installe entre eux. Son seul indice : sa peur panique des ciseaux, qui s’avérèrent être l’arme du crime de Mme Strauss. Aussi rationnel qu’il puisse être, Mike se résout à l’emmener chez un voyant (Derek Jacobi) qui, après une séance d’hypnose, est persuadé qu’elle est la réincarnation de la victime, tandis qu’un autre médium (Robin Williams, dont la participation fut « cachée » durant la promotion du film parce que Paramount craignait que le film ne soit erronément considéré comme une comédie à l’époque) suggère également que Mike lui-même a peut-être aussi déjà croisé cette femme dans une vie antérieure, mais pas forcément dans le rôle et sous l’identité qu’il imagine…

Feuille, papier, ciseaux

Il est une ficelle, une mécanique, utilisée dans de nombreux thrillers (en particulier dans les années 90) qui consiste à poser une paire de gros sabots au détour d’une scène d’introduction afin de mieux les chausser pour le dénouement : si un personnage principal explique de façon incongrue dans les cinq premières minutes qu’il n’a jamais le temps de jouer du violon, il y a fort à parier qu’il vienne à bout du méchant deux heures plus tard en lui plantant son archer dans le crâne ! Dans Dead Again, l’image des ciseaux est reprise jusqu’à plus soif, jusqu’à un final virant au grotesque totalement assumé par Kenneth Branagh. Mais l’insuccès du film proviendrait plutôt d’un aspect qui dérouta le public lors des projections-test : le scénario stipule en effet qu’un homme peut se réincarner en femme, et vice-versa, un concept qui ne manqua pas de dérouter une partie du grand-public et même la critique américaine, jugeant l’idée abracadabrante et farfelue. Toutefois, au-delà de cette variation originale et avant-gardiste, Branagh livre un film noir de bonne tenue, même si la déférence au genre donne au scénario un air de « points à relier » assez mécanique. Dead Again n’en reste pas moins plaisant grâce à l’inaltérable cinégénie de la Cité des Anges et la partition tonitruante de Patrick Doyle. Si Branagh aborde l’élément fantastique sans dédain ni snobisme, on peut néanmoins s’interroger sur l’impact narratif réel de la réincarnation par rapport à une simple amnésie, d’autant que la distribution des rôles interfère dans la logique même de l’idée selon laquelle l’âme et le corps ne sont pas liés. In fine, le réalisateur se focalise avant tout sur la résolution de l’enquête plutôt que sur les implications spirituelles ou philosophiques de son sujet.

 

 © Jérôme Muslewski


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TERRIFIER 2 (2022)

Art, le clown psychopathe amateur de mutilations et de meurtres en série, revient faire des siennes dans cette suite ultra-gore…

TERRIFIER

 

2022 – USA

 

Réalisé par Damien Leone

 

Avec Lauren LaVera, Elliott Fullam, Sarah Voigt, Amelie McLain, Chris Jericho, David Howard Thornton, Kailey Hyman, Casey Hartnett, Charlie McElveen

 

THEMA TUEURS I DIABLE ET DÉMONS I CLOWNS I SAGA ART LE CLOWN

La popularité du premier Terrifier, réalisé avec des moyens très limités dans la foulée du film à sketches All Hallow’s Eve, poussa son scénariste/ réalisateur/ producteur/ monteur/ créateur d’effets spéciaux Damien Leone à initier une suite beaucoup plus ambitieuse, malgré un budget toujours très modeste (estimé cette fois-ci à 250 000 dollars). C’est surtout l’occasion pour lui de donner corps à un personnage qu’il rêvait de porter à l’écran depuis de longues années : Sienna, une jeune femme habillée en guerrière angélique. Conscient des faiblesses scénaristiques de Terrifier (souvent critiqué pour le manque d’épaisseur de ses personnages), Leone passe beaucoup de temps sur l’écriture de Terrifier 2, bien décidé à professionnaliser une démarche qui, jusqu’alors, était surtout celle d’un amateur enthousiaste et turbulent. Lorsque le film commence, Sienna Shaw (Lauren LaVera) et son jeune frère Jonathan (Elliott Fullam) se préparent à fêter Halloween. La première s’est fabriqué un costume de Valkyrie ailée, le second veut se déguiser en Art, le clown qui provoqua un massacre épouvantable l’année précédente à Miles County. Le père des deux adolescents, un talentueux dessinateur, est mort dans des circonstances apparemment tragiques qui ont fatalement laissé des traces. Sienna se réfugie donc dans ses créations artistiques, comme pour prendre sa relève, tandis que Jonathan se passionne avec une insistance inquiétante pour les faits divers criminels. On le voit, Leone s’est attaché à construire des personnages plus complexes que par le passé, les bardant de phobies, d’obsessions et de failles.

Pour autant, Terrifier 2 n’a pas vocation de concourir pour l’Oscar du meilleur film (malgré une boutade entretenue par le réalisateur à ce propos). L’ambition de cette séquelle reste majoritairement d’être un conte sinistre d’Halloween secouant ses spectateurs de frissons tout en poussant très loin ses séquences gore, parfois jusqu’au point de non-retour (d’où les malaises qui se propagèrent apparemment dans certaines salles de cinéma américaines, mobilisant la venue d’ambulances et augmentant de manière substantielle le « buzz » autour du film). Les massacres perpétrés par Art le clown rivalisent en effet d’inventivité mais surtout de cruauté. Ce festival sanglant atteint des sommets dans une séquence d’anthologie au cours de laquelle une victime subit des mutilations insensées pendant trois minutes d’affilée, avec une propension à la surenchère qui se place dans la droite lignée des délires grand-guignolesques d’Herschell Gordon Lewis dans Blood Feast. La mort tarde à venir, le calvaire s’attarde indéfiniment et Leone s’amuse comme un fou, améliorant ses effets spéciaux par rapport à l’opus précédent en convoquant des marionnettes animatroniques élaborées et même un soupçon de trucages numériques.

Wonder Woman contre le Joker-zombie

À ce festival d’atrocités rythmant régulièrement le récit, Leone ajoute une touche de poésie macabre inattendue qui n’est pas sans rappeler les passages oniriques du Halloween 2 de Rob Zombie. C’est notamment le cas lorsque paraît la « petite fille pâle », une version féminine et enfantine du clown Art dont elle partage le même faciès blafard et grimaçant. Cette créature fantomatique est l’une des nombreuses énigmes que pose le scénario de Leone, laissant volontairement le mystère planer tout en esquissant les ramifications d’une mythologie insaisissable qui évoque à la fois le « Ça » de Stephen King et la saga Freddy. La nature réelle de ce croquemitaine muet continue de nous échapper – et il est permis de penser que le cinéaste reste très indécis à son propos. D’où ce dernier acte gothico-surréaliste situé dans un parc d’attractions abandonné qui multiplie un peu artificiellement les rebondissements jusqu’à convoquer tout un arsenal magique et paranormal dont la finalité nous échappe. Ce recours artificiel au surnaturel nous détache peu à peu de l’intrigue et s’affirme comme une solution de facilité, même si l’affrontement ultime entre Sienna et Art – aux allures d’un combat entre une apprenti Wonder Woman et un Joker-zombie – est joliment iconique.

 

© Gilles Penso

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LE BUS EN FOLIE (1976)

180 passagers embarquent dans un bus futuriste à propulsion nucléaire dans ce film catastrophe parodique…

THE BIG BUS

 

1976 – USA

 

Réalisé par James Frawley

 

Avec Joseph Bologna, Stockard Channing, Ned Beatty, John Beck, José Ferrer, Larry Hagman, Sally Kellerman, Ruth Gordon, Lynn Redgrave, René Auberjonois

 

THEMA CATASTROPHES

Le texte d’introduction du Bus en folie nous donne très vite le ton : « Après les films sur les grands tremblements de terre, sur les grands naufrages de navires, sur les grands incendies de buildings, sur les grandes explosions de dirigeables allemands, voici maintenant un film sur le Grand Bus. » Le Bus en folie est donc une réponse parodique à la vogue du cinéma catastrophe amorcée à l’aube des années 70, Tremblement de terre, L’Aventure du Poséidon, La Tour infernale et L’Odyssée du Hindenburg en tête. Pour faire bonne mesure, le casting du film s’orne – comme chez ses modèles « sérieux » – de visages familiers du public américain : John Beck (Rollerball), René Auberjonois (M.A.S.H.), Ned Beatty (Délivrance), José Ferrer (Lawrence d’Arabie), Ruth Gordon (Rosemary’s Baby), Harold Gould (L’Arnaque), Richard Mulligan (Little Big Man), Richard B. Shull (Klute) et même Larry Hagman (le futur J.R. de la série Dallas). Tout ce beau monde s’agite autour d’une intrigue récréative – à défaut d’être très subtile – prétexte pour mettre en avant un autobus futuriste d’un nouveau genre : le Cyclope. Fer de lance de la compagnie Coyote Bus, cet engin à deux étages contient des salles à manger, un bar, des salons, une salle de bains, un terrain de bowling, une piscine et une série de gadgets avant-gardistes. Propulsé grâce à un réacteur nucléaire, le Cyclope est orné au-dessus de son pare-brise d’un gros hublot en forme d’œil, d’où son nom.

Alors que ce monstre sur roues s’apprête à inaugurer le premier voyage sans escale entre New York et Denver, avec à son bord une galerie de passagers hétéroclites, une bombe qui explose dans l’usine blesse grièvement le professeur Baxter (Harold Gould), le scientifique en charge du projet, ainsi que le chauffeur et son co-pilote. En désespoir de cause, Kitty Baxter (Stockard Channing), fille du professeur et conceptrice du Cyclope, doit solliciter son ancien amant Dan Torrance (Joseph Bologna), un chauffeur tombé dans la disgrâce après un accident de bus fatal au cours duquel il fut accusé d’avoir mangé tous les passagers pour survivre ! Torrance accepte de conduire le Cyclope, à condition de s’adjoindre les services d’un co-pilote neurasthénique surnommé Shoulders (John Beck). On se doute que le voyage ne sera pas de tout repos, d’autant que le maléfique « Ironman » (José Ferrer) complote pour saboter l’engin…

Y’a-t-il un pilote dans le bus ?

Le Bus en folie regorge de gags visuels absurdes dont l’inventivité est hélas souvent entravée par un tempo mal géré : la chambre d’hôpital bricolée sur le trottoir de l’usine, la bagarre dans un bar réservé aux chauffeurs de bus, la cacophonie des gens qui parlent aux pierres tombales, le grand méchant allongé dans son salon avec un gigantesque poumon d’acier… En revanche, il faut saluer l’audace des effets spéciaux et des cascades, notamment le pick-up qui s’incruste dans le flanc du Cyclope lancé à pleine vitesse, le bus qui se retrouve en équilibre au bord d’un précipice et bien sûr le climax vertigineux au-dessus du vide repris sur les posters du film. Conçu par le directeur artistique Joel Schiller (Le Lauréat, Rosemary’s Baby, Lenny), l’engin vedette est un monstre de 75 tonnes fabriqué sur la structure de deux camions recouverts d’une carrosserie en fibre de verre. C’est lui, la véritable star du long-métrage. Pour rappeler les grands classiques du cinéma catastrophe, David Shire (déjà à l’œuvre sur L’Odyssée du Hindenburg) compose une partition parfaitement calibrée, évoquant le grand spectacle, l’aventure et le suspense, avec quelques clins d’œil apparents à la bande originale de la saga Airport. Un extrait du « Zarathustra » de 2001 est en outre convoqué pour donner un maximum de puissance à la première apparition du Cyclope, émergeant de son hangar avec emphase. Malgré les moyens déployés, Le Bus en folie reste un film mineur, qu’on peut envisager comme le brouillon maladroit de l’ultime parodie du cinéma catastrophe, également produite par le studio Paramount : l’indétrônable Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?

 

© Gilles Penso

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SEIZURE, LA REINE DU MAL (1974)

Le premier long-métrage d’Oliver Stone met en scène un écrivain hanté par trois personnages diaboliques de son invention…

SEIZURE !

 

1974 – USA

 

Réalisé par Oliver Stone

 

Avec Jonathan Frid, Martine Beswick, Joe Sirola, Christine Pickles, Hervé Villechaize, Anne Meecham, Roger de Koven

 

THEMA RÊVES

En 1967, le jeune Oliver Stone décide de s’engager dans l’armée. Il a alors 21 ans et ce qu’il va découvrir de la guerre du Vietnam aura un impact crucial sur son œuvre à venir. Après sa démobilisation, il s’intéresse au cinéma et fait deux rencontres déterminantes : Lloyd Kaufman, le fondateur de la compagnie Troma, et Martin Scorsese. Si son court-métrage de fin d’études, le très remarqué Last Year in Viet Nam, annonce déjà plusieurs de ses longs-métrages importants, ses premiers pas dans la mise en scène officielle et commerciale se déroulent dans le cadre d’une série B d’épouvante maladroite mais fascinante portant le nom évocateur de Seizure, la reine du mal. Le tournage se déroule dans des conditions très précaires. Le décor principal – qui sert aussi de logement pour l’équipe et les acteurs – est une maison au bord d’un lac au Québec dont les bruits de plomberie provoquent de sérieux problèmes pendant la prise de son des séquences de dialogues. Les extérieurs naturels atteignent de telles températures que les acteurs Mary Woronov et Troy Donahue manquent de geler sur place pendant des scènes de poursuite nocturne ou de saut dans un lac. Bref, c’est un tournage assez folklorique. Certaines rumeurs laissent par ailleurs entendre que l’un des producteurs est un gangster ayant investi dans le film pour blanchir de l’argent recherché par le FBI !

 

C’est donc dans une atmosphère très particulière que se réalise Seizure, la reine du mal, baptême du feu d’Oliver Stone portant ici – comme souvent par la suite – la double casquette de réalisateur et de scénariste. Ce récit d’épouvante teinté de sadisme s’intéresse à Edmund Blackstone (Jonathan Frid), un écrivain spécialisé dans les romans horrifiques dont l’activité littéraire annonce celle – bien réelle – de Stephen King. Notre homme est perturbé par un cauchemar récurrent dans lequel trois personnages sinistres issus de son imagination prennent vie sous ses yeux : le bourreau colossal Jackal (Henry Baker, Istvan dans la série Dark Shadows), le nain diabolique Spider (Hervé Villechaize, le Nick Nack de L’Homme au pistolet d’or et le Tattoo de L’Île fantastique) et la cruelle Seizure (Martine Beswick, inoubliable héroïne de Femmes préhistoriques et Docteur Jekyll et Sister Hyde). Alors qu’il a réuni quelques amis autour de lui dans le cadre jovial d’une accueillante maison de campagne, Blackstone découvre avec horreur que son rêve prend corps et que le trio infernal fait irruption dans sa vie…

3 From Hell

Il faut prendre Seizure pour ce qu’il est, c’est-à-dire un galop d’essai qui ne se prive ni de maladresses (la mise en scène n’est pas d’une grande finesse), ni de confusion (le scénario prend rapidement une tournure très chaotique). Mais il y a Martine Beswick, et sa présence vaut à elle seule le visionnage du film. En digne héritière de Barbara Steele, elle incarne le mal à l’état pur, égayant quelques séquences sanguinaires de son envoûtante présence. « J’ai toujours préféré jouer les personnages maléfiques plutôt que les victimes », nous avoue-t-elle. « A l’écran, j’ai commis un nombre incalculable de meurtres et d’actes sanglants ! Être une méchante est beaucoup plus drôle qu’être une héroïne gentille et innocente. A l’époque, on me surnommait d’ailleurs “Battling Beswick“ parce que j’avais souvent des scènes de bagarre. » (1) Dans Seizure, elle s’en donne à cœur joie, étranglant un jeune homme dans son lit en affichant un redoutable sourire, ou encore obligeant Blackstone à affronter l’une de ses amies à coups de couteau. « C’était passionnant de tourner dans le tout premier long-métrage d’Oliver Stone », nous confie-t-elle. « Nous étions assez proches pendant le tournage, et j’ai pu déjà entrevoir le génie de cet homme. Mais le tournage du film n’était pas de tout repos. Les incidents n’ont pas arrêté de se multiplier. Le spécialiste des maquillages spéciaux a quasiment sombré dans la démence du jour au lendemain. Même chose pour l’acteur Hervé Villechaize, l’homme le plus charmant du monde qui, soudain, est devenu fou furieux sans raison. C’est comme si la folie dont parlait le film finissait par déteindre sur nous. » (2) Voilà sans doute ce qui explique en partie l’ambiance si particulière – sulfureuse et claustrophobique – qui se dégage du film. Stone allait enchaîner avec un autre film d’horreur, La Main du cauchemar, avant de se pencher sur des récits plus personnels.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2019

 

© Gilles Penso


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