SHAZAM ! (2019)

DC met sous le feu des projecteurs un super-héros des années 40 en optant pour une tonalité comique inspirée par Big

SHAZAM !

 

2019 – USA

 

Réalisé par David F. Sandberg

 

Avec Zachary Levi, Asher Angel, Mark Strong, Jack Dylan Grazer, Djimon Hounsou, Faithe Herman, Meagan Good, Grace Fulton, Michelle Borth, Ian Chen

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA DC COMICS

C’est au début des années 2000 que la compagnie New Line envisage pour la première fois de porter à l’écran les aventures de Shazam, un super-justicier créé en 1940 par C.C. Beck et Bill Parker (son premier nom étant Captain Marvel, sans lien bien sûr avec le personnage homonyme de chez Stan Lee). Mais à l’époque, les super-héros ont encore du mal à se frayer un chemin sur le grand écran et le projet reste au point mort. Après le succès des X-Men, Spider-Man, Iron Man et consorts, Shazam ! redevient d’actualité. En 2009, Peter Segal (La Famille Foldingue) est envisagé pour le réaliser et Dwayne Johnson (The Rock pour les intimes) pour y jouer l’adversaire du héros, autrement dit Black Adam. Les choses semblent bien engagées mais n’avancent pourtant pas beaucoup plus. Il faudra attendre 2017 pour que Shazam ! entre enfin en développement. L’équipe à la tête du film n’est plus la même. C’est finalement David F. Sandberg (Dans le noir, Annabelle 2) qui en signe la mise en scène et Zachary Levi (vu dans Alvin et les Chipmunks 2 et Thor Ragnarok) qui tient le rôle principal. Quant au Black Adam avec Dwayne Johnson, il se concrétisera en 2022 face à la caméra de Jaume Collet-Serra.

Toujours à la traîne de Marvel (comme en atteste l’accueil mitigé de Man of Steel, Batman V. Superman, Suicide Squad, Wonder Woman, Justice League et Aquaman), le studio DC tente cette fois ci de jouer la carte de l’humour adolescent. Le scénario un peu fourre-tout convoque la mythologie grecque (la force d’Hercule, l’endurance d’Atlas, la puissance de Zeus, la rapidité de Mercure, etc.), la Bible (les sept péchés capitaux) et une sorcellerie de bazar. On a beaucoup de mal à croire à ce magicien (Djimon Hounsou) qui vit dans un décor de théâtre depuis des siècles et cherche l’âme pure capable de devenir le nouveau sauveur de l’humanité. Sa première tentative échoue avec un gamin en 1974, qui deviendra le grand méchant de l’histoire (le docteur Thaddeus Sivana, incarné à l’âge adulte par Mark Strong). Mais il réussit son coup avec Billy Batson (Asher Angel), un enfant sans parents, qui fugue sans cesse d’une famille d’accueil à l’autre et se joue de la police. Ce petit voyou sympathique n’est pas plus crédible que la famille idéale multi-ethnique et politiquement très correcte qui finit par l’accueillir. Le film part donc sur des bases très fragiles.

Ça ne vole pas très haut

L’intrigue se met enfin en place lorsque Billy se retrouve soudain dans un corps de super-héros adulte (Zachary Levi) et teste ses nouveaux pouvoirs. C’est un peu plus trivial et du coup un peu plus drôle. Mais le film ne vole quand même pas très haut et reste très anecdotique. Le principe même du film évoque beaucoup Big, ce dont David F. Sandberg semble pleinement conscient puisqu’il glisse un clin d’œil direct au film de Penny Marshall, lorsque le héros et son adversaire marchent sur les touches d’un clavier géant dans un magasin de jouets. Mais Zachary Levi n’est pas Tom Hanks, et malgré la sympathie que l’acteur dégage, son registre reste très limité. Il faut dire que le scénario ne lui permet pas de sortir de la caricature. D’autant qu’une incohérence comportementale entrave sérieusement le récit. Enfant, Billy est un être taciturne et peu souriant. Pourquoi donc devient-il hystérique et exagérément jovial lorsqu’il entre dans le corps d’un adulte ? Ne serait-il pas logique qu’il conserve le même caractère tout au long du film ? A l’avenant, les effets visuels s’avèrent grossiers et excessifs, malgré le design réussi des créatures monstrueuses symbolisant les péchés capitaux. Il y a bien quelques scènes d’action qui se détachent du lot, comme le sauvetage du bus, mais c’est bien sûr insuffisant pour sauver le film. La fin très ouverte promet une suite, que le succès de Shazam ! en salles permettra de concrétiser en 2023.

 

© Gilles Penso

 

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LA MAIN DES TÉNÈBRES (1992)

Des rites vaudous, des âmes enfermées dans des corps d’oiseaux, une main volante aux doigts-serpents… Bienvenue dans les productions Charles Band !

NETHERWORLD

 

1992 – USA

 

Réalisé par David Schmoeller

 

Avec Michael Bendetti, Denise Gentile, Anjanette Comer, Holly Floria, Robert Sampson, Holly Butler, Alex Datcher, Robert Burr, George Kelly

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I MAINS VIVANTES I SAGA CHARLES BAND

Habitué des productions Charles Band, David Schmoeller avait déjà réalisé pour les compagnies Empire puis Full Moon quelques titres emblématiques comme Tourist Trap, Fou à tuer ou Puppet Master. Son projet suivant est un thriller hitchcockien baptisé Whispers & Seduction auquel il tient beaucoup mais qui ne convainc guère Band. « Le problème, lorsque vous travaillez avec Charlie, c’est qu’il ne comprend et ne s’intéresse qu’à la science-fiction, le fantastique et l’horreur », avoue Schmoeller. « Voilà pourquoi Whispers & Shadows ne s’est pas fait. » (1) Le réalisateur hérite donc d’un autre projet concocté par Charles Band sous le titre de Netherworld (qui sera traduit en français par La Main des ténèbres). Ce film, censé d’abord être dirigé par Ted Nicolaou en Roumanie, est sans cesse repoussé et entre enfin en production en 1992. Le scénario est signé Schmoeller (sous le pseudonyme improbable de Billy Chicago) et le rôle principal échoit à Michael Bendetti, l’un des acteurs récurrents de la série 21 Jump Street. Schmoeller lui-même fait une petite apparition dans le rôle d’un barman qui fait tourner une bouteille de bière sur son doigt comme s’il s’agissait d’une toupie (talent dont le réalisateur n’est pas peu fier et qu’il peut donc exhiber à l’écran !).

La photographie moite d’Adolfo Bartoli et la caméra rampante de Schmoeller saisissent dès les premières secondes l’ambiance interlope d’un établissement peu recommandable juché au milieu des bayous de la Louisiane : coups de feu et bagarres, prostituées à l’affut des clients, murs décrépits, serpents et poules qui se partagent le sol poisseux, sous-sol mystérieux… Le film s’intéresse à Corey Thorton (Michael Bendetti), un jeune homme qui vient d’hériter de la somptueuse propriété d’un père qu’il n’a jamais connu en Louisiane. Sur place, il fait la connaissance de l’avocat taciturne de son père (Robert Burr), de la gouvernante des lieux (Anjanette Comer) et de sa fille (Holly Floria). Un carnet manuscrit laissé à son attention par son père Noah (Robert Sampson) affirme qu’il a trouvé un moyen pour revenir d’entre les morts et qu’il compte sur son fils pour l’aider. La clé de cette résurrection serait détenue par une adepte de pratiques occultes nommée Delores (Denise Gentile)…

La main qui tue

Schmoeller s’investit comme il peut dans ce film, mais l’on sent bien qu’il n’y croit qu’à moitié. « Une partie de la notion de « père/fils » vient de ma propre biographie », avoue-t-il. « Mon père a quitté ma famille lorsque j’avais un an et n’a jamais regardé en arrière. J’ai donc pu injecter un peu d’émotions personnelles. C’était un film amusant à faire et les extérieurs naturels le rendaient encore plus intéressant, mais je n’ai jamais pu résoudre le problème du monde souterrain, le « netherworld » : comment le montrer de manière convaincante, surtout quand on ne dispose que de 2000 dollars pour construire les décors ? Ça ressemble à ce que l’on voit dans le film, c’est assez ridicule. » (2) Certes, le maquilleur spécial Mark Shostrom tente bien de nous secouer de notre torpeur avec cette main pétrifiée qui se détache d’un mur, vole dans les couloirs comme la sphère de Phantasm et attaque ses victimes avec ses doigts-serpents qui déchiquètent les visages. Mais ces petits passages insolites – au demeurant incompréhensibles – ne chassent pas totalement l’ennui des spectateurs, bien en mal de s’intéresser aux personnages insipides et à l’intrigue filiforme du film, dont chaque séquence est ponctuée par des roucoulements de colombes, des battements d’ailes, des cris de rapaces, des images d’oiseaux en cage et de plumes qui flottent. Peu mémorable, La Main des ténèbres fera une petite apparition dans les bacs des vidéoclubs avant de disparaître de la circulation.

 

(1) et (2) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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THIRST, CECI EST MON SANG (2009)

Après s’être porté volontaire pour une expérience médicale à but humanitaire, un jeune prêtre se transforme en vampire…

THIRST

 

2009 – CORÉE / USA

 

Réalisé par Park Chan-wook

 

Avec Song Kang-ho, Kim Ok-bin, Kim Hae-sook, Shin Ha-kyun, Park In-hwan, Song Young-chang, Oh Dal-su, Ra Mi-ran, Eriq Ebouaney, Hwang Woo-seul-hye

 

THEMA VAMPIRES

Fer de lance de la nouvelle vague des cinéastes coréens dont le talent a explosé sur les écrans du monde entier au début des années 2000, Park Chan-wook est un réalisateur incroyablement éclectique dont l’œuvre insaisissable se pare de films aussi marquants que Old Boy, Mademoiselle ou Decision to Leave. Rien ne semble à priori relier ces longs-métrages dissemblables, si ce n’est une virtuosité de mise en scène imparable, un portrait sans concession de la nature humaine, des retournements scénaristiques imprévisibles et une propension à réadapter sous l’angle coréen des grands thèmes littéraires classiques. Thirst ne fait pas exception, puisqu’il s’agit ouvertement d’une relecture très personnelle du « Thérèse Raquin » écrit par Emile Zola en 1867. La structure du scénario (co-écrit par Park Chan-wook et Chung Seo-kyung) est la même que celle adoptée par l’écrivain français, notamment le triangle amoureux qui s’installe en cours de récit et la culpabilité née d’un crime qui provoque remords, hallucinations et paranoïa chez les coupables. Dans le film, Thérèse devient la taciturne Tae-Ju, son époux Camille s’est transformé en jovial Kang-woo et son amant Laurent est remplacé par le tourmenté Sang-hyun.

Sang-hyun (Song Kang-ho) est un jeune prêtre dont la foi semble inébranlable. Il exerce dans les hôpitaux ou les dispensaires, priant pour les grands malades et accordant ses bénédictions aux cas les plus désespérés. Un jour, il se porte volontaire pour tester un vaccin susceptible d’éradiquer une maladie infectieuse très grave qui sévit en Afrique. Malgré les risques, il se laisse injecter le vaccin et décède, comme les cinquante autres volontaires. L’expérience est donc un terrible fiasco. Mais soudain, le prêtre se réanime. Une transfusion sanguine d’origine inconnue lui permet en effet de revenir d’entre les morts. Il y a tout de même un prix à payer pour cette résurrection qui n’a rien de divin. La transformation de Sang-hyun en vampire se découvre au fil d’indices troublants. Il se lèche ainsi spontanément un doigt taché par le sang d’une mourante ou voit sa peau surchauffer au contact du soleil. Lorsque son état ne fait plus aucun doute, les scènes cocasses, mi drôles mi pathétiques, s’enchaînent, comme lorsqu’il s’allonge au pied du lit d’un malade pour boire à grosses gorgées le sang qui coule dans sa perfusion !

Le mélange des genres

La mise en scène de Park Chan-wook se fait très inventive lorsqu’il s’agit de montrer les sens soudain accrus du prêtre. Son ouïe, son odorat, son goût, tout semble décuplé, y compris de nouvelles perceptions extrasensorielles à la lisière de la télépathie. Son vœu de célibat, lui, ne tient plus qu’à un fil. « Maintenant, j’ai soif de tous les plaisirs charnels » se désespère cet homme de foi en proie aux pulsions les plus incontrôlables. Mais même lorsqu’il essaie de se défenestrer pour en finir avec ce dilemme, il reste sain et sauf. Son attirance physique pour une jeune femme très réservée (Kim Ok-bin) va définitivement faire basculer sa vie. « Je ne suis pas une fille timide » dit-elle en lui dévoilant ses seins, juste avant de les cacher par pudeur, tandis qu’il s’auto-flagelle pour réfréner ses envies. Leur relation ne sera pas simple, ça saute aux yeux. Mais elle s’annonce bientôt passionnelle et fusionnelle. « Si on continue, on va aller en enfer » se plaint Sang-hyun tout en se lovant contre elle. Les choses se compliquent davantage par cette soif de sang irrépressible qui gronde au fond de lui et ne saurait tarder à le pousser au meurtre. Park Chan-wok s’amuse à changer sans cesse de tonalité tout au long du film, quitte à oser le grand écart entre l’horreur, la comédie, le drame et la romance. Tout s’achève sur un climax nihiliste dont l’élan désespéré et la photogénie grandiose annoncent le final tout aussi tragique de Decision to Leave qui, lui aussi, n’hésite pas à mélanger les genres pour mieux déstabiliser son public.

 

© Gilles Penso

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SHADOWZONE (1990)

Un capitaine de la NASA enquête sur la mort du cobaye d’une expérience top-secrète pratiquée dans un souterrain abandonné…

SHADOWZONE

 

1990 – USA

 

Réalisé par J.S. Cardone

 

Avec Louise Fletcher, David Beecroft, James Hong, Frederick Flynn, Shawn Weatherly, Miguel A. Nuñez, Lu Leonard

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I SAGA CHARLES BAND

Après avoir réalisé le thriller surnaturel The Slayer et le film musical Rock Star, J.S. Cardone fait la rencontre du producteur Charles Band, qui vient de lancer sa compagnie Full Moon avec Puppet Master et cherche de nouveaux talents pour rejoindre son écurie. L’un des projets qu’il a prévendus à son distributeur Paramount, sur la simple foi d’un titre et d’un poster, s’appelle Shadowzone. Cardone accepte de le réaliser afin de recycler l’idée d’un ancien scénario qui lui trottait dans la tête depuis quelques années. Band lui alloue un budget d’un million de dollars, vingt-quatre jours de tournage et un contrôle total du film. « La scène extérieure d’ouverture a été tournée dans le Bronson Canyon, un célèbre décor de westerns hollywoodiens », se souvient le réalisateur. « Les intérieurs ont été tournés dans un hôpital abandonné à Northridge, en Californie. L’endroit était glauque et dégoûtant. Il y avait des alcôves sombres pleines de vieilles seringues et de déchets médicaux. C’était parfait pour ce que nous voulions faire. » (1) Ce site sinistre apporte en effet une touche de réalisme idéale, d’autant que la grande majorité du film s’y déroule. Dans le scénario, il s’agit d’un centre de recherche souterrain pratiquement abandonné depuis le début des années soixante et abritant désormais dans le plus grand secret le projet « Shadowzone ».

Dépêché par le gouvernement, le capitaine Hickok de la NASA (David Beecroft) débarque sur place pour enquêter sur la mort inexpliquée d’un des sujets d’expérience. Dans cet endroit en décrépitude, Hickok rencontre la petite équipe en charge du projet : le docteur Van Fleet (James Hong), son bras droit le docteur Erhardt (Louise Fletcher), le docteur Kidwell (Shawn Weatherly), l’informaticien Wiley (Miguel A. Nuñez Jr.), le responsable de la maintenance Tommy Shivers (Frederick Flynn) et la cuisinière Mrs. Cutter (Lu Leonard). Ce microcosme vit en circuit fermé autour d’expérimentations de pointe liées au sommeil prolongé, susceptibles d’être appliquées aux voyages spatiaux. Les sujets sont placés dans des caissons et étudiés de près. Or lorsqu’ils sont plongés dans cet état second, il semble que les cobayes soient capables d’ouvrir la porte d’une dimension parallèle et de laisser entrer dans notre monde une entité fort peu recommandable… Même si on sent que les moyens sont très limités (comme toujours chez Charles Band), l’exigence du film semble aller au-delà des canons habituels des productions Empire ou Full Moon. Tout le monde prend visiblement le sujet au sérieux (les acteurs, l’équipe technique et artistique et bien sûr le réalisateur), d’où un niveau qualitatif accru, autour d’un postulat de science-fiction original convoquant les peurs primales et les possibilités inconnues du subconscient.

Les peurs primales

Si le point de départ est très intriguant, le film ne parvient pas à tenir toutes ses promesses. Lorsque l’intrigue prend la tournure d’un chassé-croisé dans des couloirs sombres, Shadowzone perd un peu de sa saveur et prête le flanc aux critiques l’accusant de plagier Alien. Fort heureusement, le maquilleur spécial Mark Shostrom (maître d’œuvre des folles créations d’Evil Dead 2) parvient à ponctuer le film de visions choc horrifiques. Dès l’entame, il nous offre la vision d’un cadavre autopsié particulièrement repoussant, puis plus tard un gonflement de veines et une tête qui explose directement hérités de Scanners. Au cours du dernier tiers du film, l’entité mystérieuse prend diverses apparences furtives, notamment celle d’un rat géant, d’un singe monstrueux ou d’un être difforme et dégoulinant qui n’est pas sans évoquer les créations de John Buechler sur From Beyond. Si la censure de l’époque se montra clémente sur les scènes d’horreur, elle tiqua en revanche sur les corps nus dans les caissons. « La nudité frontale du sujet masculin les a plus dérangés que celle du sujet féminin, mais j’étais déterminé à ne pas reculer devant l’un ou l’autre sexe », raconte Cardone. « Nous avons tenu bon et n’avons eu à faire que de petites coupes. » (2)

 

(1) et (2) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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JEEPERS CREEPERS 2 (2003)

Dans ce second épisode inventif, le monstre imaginé par Victor Salva s’en prend à un groupe d’adolescents coincés dans un bus scolaire…

JEEPERS CREEPERS 2

 

2003 – USA

 

Réalisé par Victor Salva

 

Avec Ray Wise, Jonathan Breck, Garikayi Mutambirwa, Eric Nenninger, Nicki Lynn Aycox, Marieh Delfino, Diane Delano

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA JEEPERS CREEPERS

Fort du succès de son Jeepers Creepers mué dès sa sortie en petit classique du genre, l’auteur/réalisateur Victor Salva se penche sur une suite et bénéficie de la présence prestigieuse de Francis Ford Coppola qui rempile en tant que producteur exécutif. Dans l’une des premières versions du scénario de Jeepers Creepers 2, les deux héros du film précédent, Trish et Jezelle, sont les personnages principaux, traquant le monstre qui leur fit tant de misères. Mais l’actrice Gina Philips décide finalement de ne pas participer au film, entraînant plusieurs réécritures. L’une des intrigues secondaires du premier script devient donc le moteur narratif principal : un bus scolaire rempli d’adolescents qui sont traqués par le Creeper. Quant au personnage de Jack Taggart, incarné par Ray Wise, il devient central alors qu’il n’était censé initialement ne tenir qu’un petit rôle dans une seule scène. Ces changements de cap induits par des contraintes logistiques vont s’avérer bénéfiques, empêchant ce second épisode de trop ressembler au premier pour véhiculer de nouvelles terreurs et se draper d’une atmosphère très singulière. Le récit s’installe trois jours après les événements décrits dans le premier Jeepers Creepers.

Tout commence par une scène étonnante où un petit garçon est emporté dans les airs par un épouvantail qui s’anime soudain et s’avère être le Creeper. Dès lors, tel le Achab de Moby Dick, son père le fermier Jack Taggart (Ray Wise, donc) ne vit plus que pour tuer le monstre. Entre-temps, la créature démoniaque s’en prend à un bus scolaire dont elle crève les roues à distance à l’aide de projectiles d’un genre particuliers (variante des étoiles de ninja avec quatre griffes acérées et, au centre, de macabres attributs humains tels qu’une dent ou un nombril !). Ce bus transporte une équipe de joueurs de basket-ball dont le nom, les « Bannon Bantams », est un hommage direct à Dan O’Bannon, le scénariste d’Alien et le réalisateur du Retour des morts-vivants. Tandis que la nuit tombe, les basketteurs, les cheerleaders, la conductrice et les coachs vont devoir surmonter leurs peurs afin de résister aux assauts répétés de ce monstre bien décidé à accomplir son rituel infernal. Mais Jack Taggart n’a pas dit son dernier mot et décide de se dresser sur son chemin.

Le bus en folie

En construisant ses personnages adolescents, Salva s’est attaché à représenter des stéréotypes soit victimes soit coupables de discrimination raciste et homophobe. Le bus scolaire se mue ainsi en microcosme, symbole à échelle réduite de la société et de ses travers. Le film collecte les séquences de suspense reposant sur le jeu subtil des comédiens et sur l’ingéniosité accrue de la mise en scène. Grâce à des effets spéciaux particulièrement impressionnants, le monstre déploie ses ailes pour prendre les allures d’un démon à l’envergure d’un ptérodactyle. Certaines séquences poussent l’outrance très loin, comme lorsque le Creeper, suite à une échauffourée avec ses jeunes proies, s’arrache la tête et la remplace par celle d’un adolescent qu’il décapite ! Rien ne semble pouvoir vaincre ou repousser cette effrayante créature au maquillage extraordinaire. Salva tire ainsi les meilleures leçons possibles du premier opus dont il a su conserver toutes les qualités, simplifiant son récit à l’extrême et contournant les clichés avec une belle effronterie. Les adolescents victimes d’un croquemitaine saturent pourtant les écrans depuis belle lurette.

 

© Gilles Penso

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TRANSFORMATIONS (1988)

Un astronaute séduit par une femme mystérieuse est bientôt victime d’une étrange mutation qui fait de lui une bête gluante…

TRANSFORMATIONS

 

1988 – USA

 

Réalisé par Jay Kamen

 

Avec Rex Smith, Lisa Langlois, Patrick Macnee, Christopher Neame, Michael Hennessy, Cec Verrell, Benito Stefanelli, Donald Hodson, Pamela Prati

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I DIABLE ET DÉMONS I FUTUR I SAGA CHARLES BAND

Transformations est l’un des derniers films produits par la compagnie Empire de Charles Band, alors au bord de la faillite après son départ en fanfare quatre ans plus tôt. Cette série B de science-fiction – qui intègre comme souvent chez Band des éléments horrifiques et érotiques – a donc été réalisée à la va vite avec les moyens du bord. Le rôle principal est tenu par Rex Smith, alors très populaire grâce à la série Tonnerre mécanique. Il entre ici dans la peau de John Wolf, un astronaute voguant dans l’espace à bord de son vaisseau spatial. Un soir, une rencontre inattendue vient briser sa solitude : une énigmatique jeune femme qui apparaît inexplicablement, le rejoint dans son lit et s’offre à lui dans ce qui ressemble à un rêve polisson permettant à la comédienne Pamela Pratti de s’exhiber sans pudeur. Mais ses traits finissent par se déformer, révélant sous sa peau des écailles gluantes. L’inconnue disparaît comme elle est apparue, laissant perplexe un Wolf qui doit soudain gérer les avaries de son vaisseau atterrissant en catastrophe sur la colonie pénitentiaire Hephaestus IV. Là, notre bel astronaute est pris en charge par l’accorte Miranda (Lisa Langlois, vue dans Class 1984 et Voyage au bout de l’horreur) qui n’est pas insensible à ses charmes. Mais bientôt, Wolf est en proie à des crises violentes, prélude aux transformations promises par le titre du film.

Quelle est la nature de la jeune femme ayant « contaminé » Wolf d’un étrange mal ? Un démon ? Un succube ? Une entité extra-terrestre ? Une mutante ? Nous n’en saurons rien, le scénario de Mitch Brian (futur co-auteur de l’excellente série animée Batman) ne s’embarrassant pas d’explications ni même de cohérence. Jay Kamen lui-même, le réalisateur (qui se spécialisera plus tard dans le montage son de nombreux blockbusters), n’a pas grand-chose à défendre et assure donc le service minimum, dans des décors futuristes minimalistes empruntés à d’autres productions Empire en cours, en l’occurrence Robot Jox et Arena, où des figurants aux looks post-punk anachroniques simulent des bagarres de rue théâtrales. Peu palpitant, répétitif, Transformations souffre aussi du manque de conviction global de ses comédiens. Rex Smith est transparent, Lisa Langlois se contente de lui lancer des regards langoureux en répétant « I love you » et Patrick Macnee cachetonne sous la défroque d’un prêtre mystique qui anone des versets en latin.

Brûlez le monstre !

Pour remplir son quota d’érotisme et d’horreur, le film multiplie les séquences où Wolf, en proie à des pulsions incontrôlables, fait l’amour avec toutes les femmes qu’il croise et se met à subir des mutations. Des boutons purulents apparaissent sur son corps, ses mains deviennent griffues, son teint blafard, puis son visage se mue en une bouillie de latex gluante et informe aux traits vaguement reptiliens. Rien à voir donc avec la métamorphose spectaculaire et surréaliste qu’essayait de nous vendre le poster du film, avec un homme empruntant sa morphologie à la fois aux insectes, aux serpents, aux chauve-souris et à d’autres créatures indéterminées. « Le costume du monstre final a été fabriqué à partir de restes d’autres films d’Empire, de même que tous les maquillages », raconte Michael Deak, superviseur des effets spéciaux sur le plateau et membre de l’équipe du maquilleur John Buechler. « Je crois que John avait un budget de 7000 dollars pour faire une tête et c’était à nous, sur place, de faire le reste. Le dernier jour du tournage, lorsque le monstre a été mis au feu pour le climax du film, tout le monde, y compris le personnel de bureau, s’est pressé pour le regarder brûler, tellement tout le monde le détestait. » (1) Car cette créature faite de bric et de broc symbolise alors la fin du studio et donc le futur renvoi de tous ses employés. Une poignée d’autres films sortiront pourtant en vitesse sous le label Empire avant sa fermeture définitive.

 

(1) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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TENDRE DRACULA (1974)

Peter Cushing côtoie Bernard Menez, Miou-Miou et Alida Valli dans cette comédie ponctuée d’érotisme, d’épouvante et de numéros musicaux…

TENDRE DRACULA / LA GRANDE TROUILLE

 

1974 – FRANCE

 

Réalisé par Pierre Grunstein

 

Avec Peter Cushing, Bernard Menez, Miou-Miou, Alida Valli, Nathalie Courval, Stéphane Shandor, Percival Russel, Brigitte Borghese, Valentina Cortese

 

THEMA VAMPIRES

Pierre Grunstein fait ses débuts dans le théâtre avant d’entamer à partir des années soixante une carrière d’assistant-réalisateur, notamment pour Claude Berri, Chris Marker ou Alain Resnais. C’est son ami chef opérateur Jean-Jacques Tarbès qui le convainc de passer à la mise en scène. Féru de poésie, de comédie, de musique, de théâtre, d’expressionnisme et de fantastique, Pierre Grunstein s’efforce de combiner tous ces ingrédients dans un scénario qui finit par s’appeler Tendre Dracula. Le célèbre seigneur des ténèbres popularisé par Bram Stoker brille certes par son absence, mais il y a bien un vampire dans le film, sous les traits du grand Peter Cushing (qui, paradoxalement, incarna bien souvent l’ennemi juré de Dracula, autrement dit Van Helsing, pour le compte de la Hammer). Comme le fera deux ans plus tard Christopher Lee avec Dracula père et fils, le prestigieux comédien britannique voit là l’occasion de s’autoparodier et de s’offrir une bulle d’air en France. Il côtoie sur place une jeune équipe de tournage pleine d’énergie malgré ses faibles moyens, une légendaire actrice en fin de carrière (Alida Valli, transfuge de chez Hitchcock, Bertolucci, Pasolini et Chabrol) et une petite troupe turbulente dominée par le trublion Bernard Menez (vu chez Pascal Thomas et François Truffaut) et la pétillante Miou-Miou (tout juste sortie du tournage des Valseuses).

Autant l’avouer tout de suite, le scénario de Tendre Dracula n’a ni queue ni tête et semble avancer un peu au hasard, au fil des idées éparses de Grunstein et de son co-auteur. Bernard Menez et Stéphane Shandor interprètent deux scénaristes au service d’un producteur tyrannique (Julien Guiomar). Celui-ci panique depuis que son acteur vedette, MacGregor (Peter Cushing) a décidé d’arrêter de tourner dans des films d’horreur pour se spécialiser dans les histoires romantiques. Les deux auteurs sont donc chargés de rendre visite à MacGregor dans son château pour le faire changer d’avis. Ils sont accompagnés dans leur mission par deux actrices très peu pudiques que jouent Miou-Miou et Nathalie Courval. Sur place, l’ambiance est sinistre à souhait, l’épouse de l’acteur (Alida Valli) adopte un comportement étrange, leur serviteur muet (Percival Russel) arbore une mine patibulaire et MacGregor lui-même se comporte comme un véritable vampire…

Et la tendresse ?

Féru d’expérimentations, Pierre Grunstein tente plein de choses avec plus ou moins d’efficacité. L’humour du film est généralement pesant, s’appuyant sur des gags répétitifs et poussifs qu’accentue une musique éléphantesque de Karl Heinz Schafer. Le caractère érotique cher à ces années de libération des mœurs est assuré par Miou-Miou et Nathalie Courval qui se dévêtent à la moindre occasion et poussent même la chansonnette, muant par moments Tendre Dracula en comédie musicale. On s’étonne forcément de voir Peter Cushing échoué dans ce long-métrage biscornu et incohérent, même si le réalisateur lui voue visiblement une admiration sans borne (l’une des séquences montre Bernard Menez feuilleter un album garni de photos issues des films d’horreur de la Amicus, comme Histoires d’outre-tombe ou Je suis un monstre). Formant un couple étrange avec Alida Valli, Cushing parvient à conserver sa classe et son élégance en toutes circonstances, même lorsqu’il s’affuble d’un maquillage outrancier lui donnant les traits de Bela Lugosi, ou lorsqu’il frappe les fesses nues de Miou-Miou pour la corriger ! Ce qui est indiscutable, c’est la beauté plastique du film, ses décors très graphiques aménagés dans l’observatoire de Meudon (notamment une incroyable salle à manger ornée de statues géantes conçues par le dessinateur Pierre Gourmelin) et sa poésie mi-surréaliste mi-grotesque (notamment cette séquence mémorable où Miou-Miou est coupée en deux, son torse reposant sur une table tandis que ses jambes coursent Menez). Légitimement désemparés face au résultat final, les distributeurs décident de changer le titre du film, au grand dam du réalisateur. Nous lui connaissons donc deux appellations : Tendre Dracula et La Grande frousse. Deux ans plus tard, Bernard Menez donnera cette fois-ci la réplique à Christopher Lee dans le fameux Dracula père et fils. Pierre Grunstein, lui, s’en tiendra là en matière de mise en scène et poursuivra avec succès une carrière de producteur.

 

© Gilles Penso

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MISTER FROST (1990)

Entre La Mouche et Jurassic Park, Jeff Goldblum entrait dans la peau d’un être énigmatique et démoniaque…

MISTER FROST

 

1990 – FRANCE / GB

 

Réalisé par Philippe Setbon

 

Avec Jeff Goldblum, Alan Bates, Kathy Baker, Jean-Pierre Cassel, Daniel Gélin, François Négret, Maxime Leroux, Vincent Schiavelli, Roland Giraud

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

C’est dans la bande-dessinée que Philippe Setbon fait ses débuts, notamment pour les mythiques revues « Pilote » et « Métal Hurlant ». Le début des années 80 marque son entrée dans le cinéma, d’abord en tant que scénariste. Il écrit entre autres Détective de Jean-Luc Godard, Parole de flic de José Pinheiro, Lune de miel de Patrick Jamain ou encore Mort un dimanche de pluie de Joël Santoni. En 1987, il passe lui-même derrière la caméra pour Cross, un buddy movie policier qu’il écrit et réalise avec en tête d’affiche Michel Sardou et Roland Giraud. Son second long-métrage est Mister Frost, une ambitieuse co-production franco-britannique mêlant des vétérans anglo-saxons (Jeff Goldblum, Alan Bates, Kathy Baker) et quelques seconds couteaux français que Setbon laisse surjouer à la lisière de la caricature : Roland Giraud (échappé de Cross) en directeur d’institut psychiatrique pédant, Jean-Pierre Cassel en chef de la police blasé et Daniel Gélin en villageois exagérément acariâtre. L’intrigue commence en Angleterre et nous familiarise avec Felix Detweiler (Alan Bates), un inspecteur de police dont Philippe Setbon accentue certaines manies, notamment sa propension à essayer de rouler ses cigarettes lui-même pour finalement abandonner avec lassitude. Ce genre de petit geste banal en dit souvent plus long que les mots. L’homme est indécis, nerveux et impatient.

Detweiler est envoyé enquêter dans la résidence luxueuse du mystérieux Mister Frost (Jeff Goldblum) chez qui deux jeunes gens qui projetaient de voler une voiture ont affirmé avoir vu un cadavre. Frost ne nie pas et admet même que plusieurs corps sont enterrés dans son jardin. Lorsque les autorités débarquent, pas moins de 24 cadavres mutilés sont exhumés chez Frost, dont plusieurs enfants. L’assassin est arrêté mais personne ne parvient à établir son identité. Officiellement, ce Frost n’existe pas. Après avoir gardé le silence pendant deux ans, il est finalement placé dans un institut psychiatrique en France, après avoir transité par l’Allemagne et la Suisse en désarçonnant tous les psychiatres. Seule le médecin Sarah Day (Kathy Baker) est capable de briser son silence. Frost ne veut parler qu’à elle. Mais pourquoi ? Et qui est-il vraiment ? Detweiller, qui a quitté la police, est persuadé qu’il s’agit du diable en personne. « Frost n’est pas dérangé » dit-il le regard exalté en s’entretenant avec le docteur Day. « Il n’a pas sa place dans votre hôpital. C’est le Mal que vous avez introduit chez vous. » Et s’il avait raison ?

Les voies du démon sont impénétrables

Jamais ostentatoire, la mise en scène de Philippe Setbon sait malgré tout se montrer inventive pour déstabiliser les spectateurs. L’usage de la demi-bonnette permet d’obtenir la mise au point à la fois sur un très gros plan de Goldblum et un plan large d’Alan Bates dans le même cadre, les contre-plongées extrêmes et les cadres serrés sur les regards suscitent le malaise, le jeu des reflets en forme de croix sur les pupilles évoque une idée de la propagation du mal… Mais le film repose surtout sur ses acteurs principaux. Si le casting français fait couleur locale sans beaucoup de subtilité et si Kathy Baker ne déborde pas foncièrement de charisme, Alan Bates et Jeff Goldblum crèvent l’écran. Le premier prête son regard de chien battu à un homme brisé au mysticisme amer, affirmant à qui veut l’entendre que « si les voies du Seigneur sont impénétrables, les voies du démon le sont tout autant. » Le second promène sa silhouette de dandy désinvolte avec la grâce d’un danseur, chemise ouverte, cheveux mi-longs, esquissant pas à pas la gestuelle du fameux Ian Malcolm auquel il donnera corps trois ans plus tard dans Jurassic Park. Le spectateur, lui, hésite entre le cartésianisme serein du docteur Day et la théorie satanique de Detweiler. Frost n’est-il qu’un manipulateur habile et sociopathe ou s’agit-il vraiment du diable ? Fascinant malgré ses maladresses, Mister Frost n’aura pourtant pas permis à Setbon de poursuivre sa carrière prometteuse sur grand écran, puisqu’il se tournera dès lors vers la télévision pour écrire plusieurs séries et téléfilms, notamment Fabio Montale, Le Lion et Frank Riva avec Alain Delon.

 

© Gilles Penso

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GUNGALA, LA VIERGE DE LA JUNGLE (1967)

Une expédition scientifique s’enfonce dans la forêt africaine où vit une sauvageonne élevée par les bêtes…

GUNGALA LA VERGINE DELLA GUNGLA

 

1967 – ITALIE

 

Réalisé par Romano Ferrara

 

Avec Kitty Swan, Linda Veras, Poldo Bendandi, Conrad Loth, Archie Savage, Alfred Thomas, Antonietta Fiorito, Bobby Rhodes, Valentino Macchi

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Romano Ferrara, réalisateur de l’inénarrable Monstre aux yeux verts avec Michel Lemoine, nous emmène cette fois-ci dans une aventure exotique délirante qui décline le mythe de Tarzan sous un angle féminin (à la manière de la fameuse Sheena des comic books). Pour brouiller les pistes, Ferrara signe le film sous le pseudonyme américanisé de Mike Williams. Aux frontières de l’Ouganda et du Kenya, deux explorateurs sans scrupules, Wolf (Poldo Bendandi) et Dany (Bobby Rhodes), pillent Bokani, l’idole de la tribu des Bakenda, en s’emparant de son œil gauche, autrement dit un diamant précieux. Mais l’aventure tourne mal. Dany tente en effet de tuer Wolf et disparaît lui-même dans la jungle. Une nouvelle expédition est montée plusieurs années plus tard, menée par Wolf. Ce dernier est bientôt rejoint par Chandler (Conrad Loth), un scientifique qui s’intéresse à la radioactivité des lieux, et sa jolie fiancée Fleur (Linda Veras), adepte du fusil de chasse. Or le joyau est désormais porté comme un médaillon par une sauvageonne baptisée Gungala. Cette dernière, incarnée par la sculpturale actrice danoise Kitty Swan, se promène nue dans la forêt, pousse des cris d’animal apeuré et vit avec des panthères.

Comme on pouvait s’y attendre, les origines de Gungala sont proches de celles de Tarzan. Alors qu’elle était presque bébé, l’avion qui la transportait avec ses parents s’est écrasé dans la jungle africaine, la laissant orpheline. Elle a donc grandi seule au milieu des bêtes. Ce qui est étonnant, c’est que malgré son statut de créature sauvage ayant évolué bien loin de la civilisation, elle porte de très jolis faux-cils et un maquillage soigné. Mais après tout, Raquel Welch nous avait déjà habitués à de tels effets de style l’année précédente avec Un million d’années avant JC. Belle et bronzée comme si elle s’était échappée du papier glacé d’un magazine de charme vintage, Gungala est le seul véritable attrait du film, même si la fiancée de l’explorateur campée par Linda Veras ne rechigne pas non plus à exhiber sa nudité pour attirer aussi les regards vers elle. Les hommes, de leur côté, se révèlent particulièrement inintéressants. Le fiancé, par exemple, est spectaculairement insipide. Quant au chef de l’expédition, c’est une brute antipathique qui passe tout le film à suer à grosses gouttes !

La belle et les bêtes

La tribu africaine de mise en pareil contexte – réduite à une quinzaine de figurants maquillés pour respecter le budget ridicule du film – obéit quant à elle à tous les clichés coloniaux du genre. Ce sont donc des gens peureux, sauvages, primitifs et stupides. On le voit, les choses n’ont guère évolué depuis les Tarzan des années trente. L’intrigue elle-même se résume à une chasse au trésor banale et répétitive. Gungala, la vierge de la jungle provoquerait donc un ennui durable s’il n’était égayé par la présence lumineuse de son héroïne. La scène la plus étonnante – et la plus charmante – du film est sans doute celle où la belle découvre pour la première fois une femme qui lui ressemble. Elle l’observe attentivement, non sans une certaine curiosité, puis se réfugie dans son petit coin de paradis, en compagnie de son singe fidèle et de ses panthères. Là, elle étudie son propre corps, prétexte à une saynète gentiment érotique. Gungala passe donc en revue sa poitrine et ses jambes, puis décide de s’habiller comme l’exploratrice, arborant dès lors une sorte de peau de bête ne masquant que partiellement sa parfaite anatomie. Et ce sera désormais sa tenue de sauvageonne. Le film parvint à réunir suffisamment de spectateurs pour motiver la mise en chantier d’une suite dès l’année suivante : Gungala, la panthère nue.

 

© Gilles Penso

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GINGERDEAD MAN (2005)

Gary Busey prête sa voix à un petit bonhomme en pain d’épice psychopathe bien décidé à décimer une famille de boulangers !

THE GIGNGERDEAD MAN

 

2005 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Gary Busey, Robin Sydney, Ryan Locke, Alexia Aleman, Jonathan Chase, Margaret Blye, Daniela Melgoza, Newell Alexander, James Snyder, Larry Cedar

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND I GINGERDEAD MAN

Grand amateur du show télévisé burlesque Mad TV, le scénariste William Butler imagine un sketch absurde dans lequel un bonhomme en pain d’épice assassine une famille le soir de Noël. Son titre : The Gingerdead Man, un jeu de mot intraduisible en français qui fusionne « Gingerbread » (pain d’épice) et « Dead » (mort). L’équipe de Mad TV apprécie mais décline son offre, dans la mesure où l’un de leurs sketches ressemble déjà beaucoup à l’idée de Butler (si ce n’est qu’un ourson remplace le biscuit assassin). Le scénariste se tourne alors vers le producteur Charles Band, avec qui il a eu l’occasion de travailler depuis le début des années 80. Band s’emballe et lui propose d’en tirer le script d’un long-métrage. Problème : en l’état, le film coûterait dans les trois millions de dollars, ce que Band ne peut pas se permettre en cette période de vaches maigres. Avec l’autorisation de Butler, le concept est donc entièrement revu et corrigé par l’auteur Brian Muir (Critters) pour se conformer à une enveloppe budgétaire minuscule. Seul le titre et l’idée d’un biscuit assassin sont conservés. Pour le reste, nous avons affaire à simple huis-clos classique : un seul décor, une poignée de personnages et un petit monstre qui se cache dans l’ombre. Band connaît bien cette formule, qu’il décline à loisir depuis longtemps, notamment avec les Puppet Master, les Ghoulies, les Demonic Toys, ou encore Hideous.

L’idée peut de prime abord faire penser à une variante pâtissière de Chucky : l’âme d’un tueur psychopathe qui se transfère dans un petit corps et le transforme en mini-monstre. Dans le rôle de l’assassin, Band porte son choix sur Gary Busey (le fameux vilain de L’Arme fatale) sans trop y croire. Or l’acteur accepte le rôle contre la modique somme de 25 000 dollars. Band se frotte les mains : il ne le sollicitera que pendant une seule journée de tournage, le fera revenir pour une session de doublage afin qu’il prête sa voix au cookie psychopathe et misera toute la promotion sur son nom. Hélas, l’acteur va s’avérer ingérable. « Il était capricieux, bizarre et impossible ! », se souvient Band. « Presque immédiatement, deux femmes de la garde-robe et du maquillage se sont approchées de moi et m’ont fait savoir qu’il disait des choses obscènes et qu’il était « accidentellement » tactile. » (1) La journée de tournage au cours de laquelle Busey incarne le désaxé Millard Findlemeyer qui assassine un homme et son fils dans un restaurant texan est donc cauchemardesque pour l’équipe. « Le reste du film a été beaucoup plus facile, parce qu’au lieu de Gary, nous avons travaillé avec le biscuit » (2), confesse Band.

L’attaque du biscuit tueur !

Comment le tueur se transforme-t-il en bonhomme en pain d’épices psychopathe ? Manifestement indécis, le scénario se perd dans une triple explication confuse. A priori, cette métamorphose survient à cause d’un sort jeté par la mère du tueur, qui a mêlé ses cendres à de la farine de pain d’épice et l’a déposée dans la boulangerie de la famille Leigh. Mais une autre explication survient plus tard dans le métrage : le sang d’un des employés s’écoule par accident dans la pâte et provoque une étrange réaction en chaîne. Puis c’est carrément un éclair à la Frankenstein qui frappe le four en train de cuire le bonhomme en pain d’épices. Le petit monstre est une marionnette conçue par John Carl Buechler. Son animation extrêmement limitée ne lui permet malheureusement pas de faire grand-chose, à part surgir ici et là en s’agitant modérément. C’est pourtant l’un des personnages les plus convaincants du film. Car à l’exception de Robin Sydney, qui tente tant bien que mal de mettre un peu de conviction dans son jeu, les acteurs jouent tous plus mal les uns que les autres, de la mère alcoolique à la rivale écervelée en passant par le businessman au chapeau de cowboy, le petit ami « bad boy » ou le « boulanger catcheur ». Très court (à peine plus d’une heure), le film semble pourtant très long, tant il est chiche en péripéties, préférant utiliser des dialogues insipides pour faire office de remplissage. Bref, voilà encore un concept amusant gâché par un scénario paresseux et une mise en scène bâclée. Gingerdead Man aura pourtant droit à plusieurs suites et même à un crossover avec la saga Evil Bong.

 

© Gilles Penso

 

(1) Extrait de l’autobiographie de Charles Band « Confessions of a Puppet Master » (2022).

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