HITCHER 2 : RETOUR EN ENFER (2003)

Dix-sept ans après l’excellent thriller horrifique de Robert Harmon, cette séquelle à petit budget tente de prolonger le cauchemar sur route…

THE HITCHER II : I’VE BEEN WAITING

 

2003 – USA

 

Réalisé par Louis Morneau

 

Avec C. Thomas Howell, Kari Wuhrer, Jake Busey, Shaun Johnston, Marty Antonini, Darcy Dunlop, Duncan Fraser, Mackenzie Gray, Stephen Hair, Terry King

 

THEMA TUEURS

Une séquelle d’Hitcher était en soi une idée étrange, étant donné que le climax de l’excellent thriller horrifique de Robert Harmon fermait toutes les portes envisageables. Mais le producteur Charles Meeker, capable du meilleur (Aux frontières de l’aube) comme du pire (Golden Child), en décida autrement et s’attela lui-même à l’écriture d’un second chapitre, s’efforçant tant bien que mal de trouver un prétexte scénaristique susceptible de reproduire les situations du premier film. Comme on pouvait le craindre, son script – co-rédigé avec Molly Meeker et Leslie Scharf – est tiré par les cheveux et ne recule devant aucune invraisemblance. L’ambition de cette séquelle est d’ailleurs très réduite, puisqu’elle se limite au marché vidéo. Il y avait pourtant dans Hitcher 2 deux éléments susceptibles d’attirer quelque peu l’attention des spectateurs : la présence de C. Thomas Howell et de Louis Morneau. Le premier, ancien jeune premier prometteur (E.T. l’extra-terrestre, Outsiders, L’Aube Rouge, Soul Man) reprend le rôle qu’il tenait dans le premier Hitcher. Le second, excellent réalisateur de séries B originales et nerveuses (Rétroaction, Fausse donne, La Nuit des chauves-souris), a toujours su dynamiser des œuvrettes souvent entravées par leurs budgets anémiques.

 

Nous retrouvons donc Jim Halsey dix-sept ans après les événements traumatisants qui le frappèrent dans Hitcher. L’infortuné automobiliste est devenu policier de l’Iowa, mais sa funeste rencontre avec l’auto-stoppeur psychopathe incarné par Rutger Hauer continue de le hanter. Lorsqu’il tire sur un homme qu’il croit armé, ses supérieurs sont contraints de le suspendre. Poussé par sa petite amie Maggie (Kari Wuhrer), pilote d’avion, il décide de revenir sur les lieux du drame dans l’espoir d’exorciser ses démons. Les voilà donc partis pour le Texas, avec pour objectif d’aller rendre visite à leur ami le capitaine Esteridge (Stephen Hair). Bien sûr, Jim redevient très nerveux lorsqu’ils prennent la route, croyant voir des dangers partout. Mais ses inquiétudes ne vont pas tarder à prendre corps. Un motard accidenté qu’ils acceptent de dépanner (Jake Busey) s’avère en effet être un dangereux tueur fou prêt à tout pour transformer leur vie en enfer…

On the road again…

Le faux-départ par lequel commence Hitcher 2 est habile et prometteur. Mais bien vite, le scénario fixe ses propres limites et révèle surtout son incohérence majeure. En effet, quelle était la probabilité, pour ce pauvre Jim Halsey, de retomber sur un auto-stoppeur psychopathe sur la route texane ? D’autant que cet émule du tueur précédent – qui ne présente pourtant aucun lien avec lui – est affublé du même look, du même manteau, de la même coupe de cheveux et du même comportement. Laissé visiblement en roue libre, Jake Busey en fait des tonnes, cherchant à singer sans subtilité la performance inoubliable de Rutger Hauer dans le premier film. C. Thomas Howell lui-même (hélas tombé bien bas dans sa carrière en enchaînant les séries Z anecdotiques et oubliables) livre une prestation caricaturale, les réactions de son personnage redoublant d’excès et d’incohérence. Honnêtement, on espérait que Louis Morneau sache tirer quelque chose d’intéressant de cette suite sans prétention. Certes, ses mouvements de caméra amples dotent la moindre séquence d’action ou de suspense d’un dynamisme indéniable. Personne ne semble mieux que lui savoir capter la photogénie du désert américain. Mais c’est bien sûr insuffisant pour qu’Hitcher 2 puisse entrer dans les mémoires.

 

© Gilles Penso

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FANTOMAS SE DÉCHAÎNE (1965)

Jean Marais et Louis de Funès crèvent une seconde fois l’écran dans cette parodie gorgée de science-fiction et de gags visuels…

FANTOMAS SE DÉCHAÎNE

 

1965 – FRANCE / ITALIE

 

Réalisé par André Hunebelle

 

Avec Louis de Funès, Jean Marais, Mylène Demongeot, Jacques Dynam, Robert Dalban, Albert Dagnant, Christian Toma, Michel Duplaix, Olivier de Funès

 

THEMA SUPER-VILAINS I ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I SAGA FANTOMAS

Conçu majoritairement à la gloire de Jean Marais, de son art de la métamorphose et de son audace le poussant à exécuter de nombreuses cascades lui-même, le Fantomas d’André Hunebelle avait été presque « parasité » de l’intérieur par un trublion qui n’était initialement qu’un second rôle : Louis de Funès. Son personnage de commissaire Juve n’était d’ailleurs pas prévu dans ce second épisode. Mais entre-temps, Le Gendarme de Saint-Tropez et Le Corniaud ont transformé De Funès en superstar. Impossible de se passer d’un tel atout dans Fantomas se déchaîne. Le personnage de Juve est donc réintégré dans le scénario et devient même le personnage principal, au grand dam d’un Jean Marais s’offusquant d’être relégué au second plan à cause d’un clown ! De Funès est désormais tout-puissant, imposant même son fils Olivier dans un petit rôle. L’apprenti-acteur jouera en tout six fois aux côtés de son père, avant d’abandonner le cinéma pour une carrière lui seyant mieux. Il deviendra pilote de ligne. Fantomas se déchaîne se centre donc sur les élucubrations du petit policier nerveux, s’ouvrant d’abord sur un générique en dessin animé qui résume les péripéties du film précédent tandis qu’explosent les cuivres du big band du compositeur Michel Magne.

Quand le film commence, le commissaire Juve reçoit la Légion d’Honneur pour être venu à bout de Fantomas. Or ce dernier choisit justement ce moment solennel pour refaire des siennes. Ses hommes vêtus de combinaisons antiradiations kidnappent le professeur Marchand (Albert Dagnant) et s’échappent à l’aide d’un petit véhicule blindé et robotisé qui détruit tout sur son passage. Ridiculisé, Juve décide de réviser ses méthodes à l’aide de gadgets dernier cri inspirés évidemment de ceux de James Bond, notamment un cigare-pistolet et un troisième bras propice à une infinité de gags à répétition. Si Marchand intéresse tant Fantomas, c’est parce qu’il a mis au point avec son confrère le professeur Lefèvre un procédé hypnotique permettant de prendre le contrôle du cerveau humain. Il est donc évident que le super-vilain au masque bleu va maintenant s’efforcer de kidnapper Lefèvre. Le reporter Fandor décide donc de se faire passer pour lui afin de servir d’appât pendant un congrès scientifique qui se tient en Italie. Étant donné que Fantomas se déguise lui aussi en Lefèvre et que le vrai scientifique décide de se rendre sur place à son tour, les quiproquos vont bon train, d’autant que c’est Jean Marais qui incarne les trois « sosies ».

En avance sur James Bond

Dans ce second opus, le grimage n’est plus le seul apanage de Fantomas. Louis de Funès se prête en effet lui-même volontiers au jeu du déguisement, se muant tour à tour en vieux militaire, en employé ferroviaire, en curé ou en pirate. Pour ne pas rester dans l’ombre, Jean Marais participe activement à bon nombre de bagarres musclées au cours desquelles il donne beaucoup de sa personne, même si les actions les plus dangereuses nécessitent une doublure, en l’occurrence Gil Delamare. L’acteur a désormais passé la cinquantaine et se doit d’être prudent, réglant lui-même les cascades avec son vieux complice Claude Carliez. Plus exubérant encore que le film précédent, Fantomas se déchaîne bâtit son climax dans le repaire du vilain, édifié dans une ancienne cité oubliée sur le versant d’un volcan (avec en insert des images d’éruptions empruntées au film Les Rendez-Vous du Diable de Haroun Tazieff). Ce splendide décor délicieusement sixties, conçu par Max Douy, annonce la tanière de Blofeld dans On ne vit que deux fois (qui sortira sur les écrans deux ans plus tard). Douy œuvrera d’ailleurs sur les décors de Moonraker en 1979. Quant au final mémorable, il prend lui aussi James Bond de court, puisque le grand méchant s’enfuit ici dans une voiture volante, comme le fera le vil Scaramanga à la fin de L’Homme au pistolet d’or. Cette « saga » ne pouvait s’arrêter en si bon chemin. Fantomas contre Scotland Yard achèvera donc la trilogie en 1967.

 

© Gilles Penso

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PEARL (2022)

Ti West dirige une nouvelle fois l’étonnante Mia Goth dans une fable champêtre faussement idyllique servant de prélude au sulfureux X

PEARL

 

2022 – USA

 

Réalisé par Ti West

 

Avec Mia Goth, David Corenswet, Tandi Wright, Matthew Sunderland, Emma Jenkins-Purro, Alistair Sewell

 

THEMA TUEURS I SAGA X

Ti west et son actrice principale / co-productrice / co-scénariste Mia Goth pensaient déjà à Pearl avant d’entamer le tournage de X. C’est pendant la quarantaine de deux semaines qui leur est imposée en pleine pandémie du Covid 19, au cœur de la Nouvelle-Zélande, que tous deux développent à distance le script de cette « prequel » racontant la jeunesse trouble de la vieille texane patibulaire que rencontreront les protagonistes de X à la fin des années 70. Ce projet est approuvé par la compagnie de production A24 juste avant le début du tournage de X. Les deux longs-métrages sont donc filmés simultanément, bien qu’ils se situent aux antipodes d’un point de vue stylistique. Pour préparer Mia Goth au ton de Pearl et à l’élaboration de son personnage, West lui suggère le visionnage de deux films bien spécifiques, Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (pour le caractère psychotique et oppressant du récit) et Le Magicien d’Oz (pour le cadre champêtre et fermier dans lequel se situe l’intrigue). Armée de ces deux références, l’actrice entre dans la peau d’une adolescente naïve et profondément perturbée qui cherche sa place dans le monde, au beau milieu du Texas rural de 1918, soit six décennies avant les événements racontés dans X.

Pearl est une jeune femme un peu étrange qui rêve de devenir danseuse mais que la dure vie à la campagne contraint à des tâches ingrates, auprès de sa mère austère et autoritaire (Tandi Wright) et de son père infirme, muet et paralysé (Matthew Sunderland). Malgré son jeune âge, elle est déjà mariée, même si son époux est parti au front et risque sa vie dans les tranchées. Reviendra-t-il un jour ? Perdue dans ses songeries, Pearl se réfugie donc dans un monde fantaisiste, danse et fait l’amour avec un épouvantail au milieu d’un champ qu’on croirait échappé des Démons du maïs, s’imagine star d’un film musical et se lie d’amitié avec un grand crocodile qui erre dans les marais (on en vient à se demander si ce saurien, qui fait aussi une apparition remarquée dans X, n’est finalement pas le fruit de son imagination). La confusion entre la réalité et le monde imaginaire s’accroît, le trouble mental s’installe, la psychopathie guette et la mort ne saurait tarder à frapper…

Au seuil de la folie

Le prologue de Pearl semble vouloir pasticher les films de princesses Disney, avec cette jeune fermière qui rêve d’être une star et parle aux animaux, accompagnée d’une musique exagérément lyrique de Tyler Bates. Le décor est idyllique, coloré, champêtre. Mais très vite l’étrangeté et le malaise surgissent. Le film prend pourtant son temps pour basculer dans l’horreur, laissant d’abord à Mia Goth toute la latitude nécessaire pour construire ce personnage distendu et décalé. Soignant avec méticulosité son look, sa démarche et sa diction, Goth aborde un registre qu’elle connaît bien, celui de la femme-enfant (on se souvient de sa prestation dans A Cure for Life), qu’elle décline sur une palette large, de la minauderie espiègle à l’exubérance burlesque en passant par la rage, l’hystérie et la psychose. À ses côtés, Tandi Wright campe une mère épouvantablement rigide dont la bigoterie n’est pas sans rappeler celle de la mère de Sissi Spacek dans Carrie. L’actrice (qui était en charge de superviser les séquences d’intimité dans X) se compose ici un accent allemand plus vrai que nature et lance des regards glaçants sans jamais se départir de sa rigidité intransigeante. Quant à Matthew Sunderland, il hérite du rôle complexe d’un homme muet et quasiment immobile, dont le visage reste pourtant très expressif – avec une prédilection pour la frayeur et l’épouvante. Plus l’intrigue avance, plus l’angoisse s’immisce, plus la situation dégénère, à l’image de ce cochon qui n’en finit pas de se décomposer sur le porche de la jolie maison texane, symbole de la putréfaction qui contamine tout. Le motif de la pandémie (alors très présente pendant le tournage) est intégré dans le film, tout comme celui des premiers films pornographiques (avec l’extrait d’un véritable court-métrage « olé olé » des années 10) et plusieurs clins d’œil à la lettre X. Ce bel exercice de style abordant sans fard le basculement dans la folie meurtrière est donc un complément idéal à X, le diptyque ayant vocation de se muer bien vite en trilogie.

 

© Gilles Penso

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LA MARQUE DU VAMPIRE (1935)

Bela Lugosi reprend la cape et le teint blafard de Dracula pour une variante surprenante gorgée de mystère et d’épouvante…

MARK OF THE VAMPIRE

 

1935 – USA

 

Réalisé par Tod Browning

 

Avec Bela Lugosi, Lionel Atwill, Lionel Barrymore, Elizabeth Allan, Jean Hersholt, Carol Borland, Donald Meek, Holmes Herbert, Henry Wadsworth

 

THEMA VAMPIRES

Quatre ans après Dracula, Tod Browning et Bela Lugosi se retrouvent pour une nouvelle histoire de vampire d’un genre un peu différent, quittant Universal pour le studio MGM qui cherche lui aussi à capitaliser sur la vogue croissante de l’épouvante. Le scénario semble être une variante de celui de Londres après minuit, que Browning réalisa en 1927. Dans une contrée nimbée de superstitions ancestrales, Karell Borotyn (Holmes Herbert), riche propriétaire, est retrouvé assassiné, vidé de son sang, avec deux marques écarlates sur le cou. D’après le médecin du village, le docteur Doskil (Donald Meek), il s’agit de l’œuvre d’un vampire. Mais l’inspecteur Neumann (Lionel Atwill), envoyé de Prague, souhaite une explication plus rationnelle. Il commence à suspecter l’entourage de Karell, notamment Fedor Vincente (Henry Wadsworth), le fiancé de sa fille Irena (Elizabeth Allan), et son tuteur et exécuteur testamentaire. Les villageois rapprochent cette mort de celle d’un paysan, retrouvé dans un état similaire. D’après eux, le comte Mora et sa fille Luna, un couple de vampires, sont les coupables. Un an plus tard, le château est laissé à l’abandon…

La première apparition du couple de vampires est mémorable. Bela Lugosi, arborant la même allure que dans Dracula (avec en prime une tache de sang sur la tempe), et sa fille Luna (Carol Borland), ancêtre blafard de Morticia Adams et de Vampira, y traversent lentement un château empli de toiles d’araignées, d’insectes, de chauve-souris et de rongeurs, au son d’un vent murmurant sinistrement comme une voix humaine sépulcrale. Chacune des déambulations nocturnes de la femme vampire dans la forêt embrumée, drapée de blanc, le visage livide, est un grand moment d’épouvante gothique. Lorsque Fedor puis Irena sont agressés, on mande le professeur Zelin (Lionel Barrymore), une sorte d’émule de Van Helsing qui déclare : « L’homme n’a pas d’ennemis plus répugnants et implacables, dans le monde occulte, que ces morts-vivants sortis d’outre-tombe. » Il recommande aussitôt de suspendre des épineux pipistrelle aux fenêtres. Pour tirer l’affaire au clair, Neumann fait ouvrir le cercueil de Karell. Or son corps a disparu…

Les morts-vivants d’outre-tombe

La Marque du vampire est empli de visions saisissantes, comme celle du comte Mora et de Karell vampirisé qui errent dans les bois, ou encore Luna qui descend du plafond du château et atterrit au sol, sa robe prenant alors des allures d’ailes de chauve-souris. Tod Browning s’amuse de la frayeur de ses protagonistes, comme lorsqu’ils font face à une armure dont la visière bouge seule pour révéler la présence d’un chat. Dix minutes avant la fin, un twist monumental remet tout en question et rationnalise les aspects fantastiques du film. Mais nous ne sommes pas éloignés pour autant des thématiques chères à Browning, notamment le travestissement et la mascarade. Et bizarrement, cette chute n’ôte rien au caractère résolument fantasmagorique du film. La MGM prend ainsi l’Universal à son propre jeu, démontant ses mécanismes avec beaucoup de brio en empruntant justement quelques-unes des figures les plus importantes des « Universal Monsters » (Browning, Lugosi et Atwill en tête). L’imagerie de La Marque du vampire est tellement forte qu’elle sera amplement utilisée à travers les ans pour illustrer le mythe des suceurs de sang, bien plus que celle du Dracula original.

 

© Gilles Penso


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LE RETOUR DES TOMATES TUEUSES (1988)

Dix ans après L’Attaque des tomates tueuses, cette suite s’autorise tous les délires et réserve un rôle secondaire à un certain George Clooney…

RETURN OF THE KILLER TOMATOES

 

1988 – USA

 

Réalisé par John DeBello

 

Avec Anthony Sarke, George Clooney, Karen Mistal, Steve Lundquist, Charlie Jones, John Astin, Frank Davis, Ian Hutton

 

THEMA VÉGÉTAUX I SAGA LES TOMATES TUEUSES

Le succès inattendu de L’Attaque des tomates tueuses, conçu principalement comme une blague potache muée en long-métrage semi-amateur bricolé avec les moyens du bord, ne pouvait rester sans suite. Après avoir tenté de varier les plaisirs avec la comédie Happy Hour (passée totalement inaperçue), le scénariste / réalisateur / producteur John DeBello se ravise et décide de bâtir la quasi-totalité de sa carrière (et de son fonds de commerce) autour des tomates tueuses. Voici donc venir, dix ans après le premier film, sa première séquelle : Le Retour des tomates tueuses. Le film n’a rien pour entrer dans les mémoires, mais il aura généré autour de lui un culte disproportionné, moins pour son scénario absurde que pour la présence, au beau milieu du casting, d’un jeune premier nommé George Clooney. Alors en tout début de carrière, la future star d’Urgences, Une nuit en enfer et Ocean’s Eleven se livre à une prestation joyeusement caricaturale, sa coupe « mulet » typique des années 80 en ayant traumatisé plus d’un ! La distribution du film nous réserve d’autres surprises, notamment la présence de John Astin, inoubliable Gomez de la série La Famille Addams dans les années soixante.

Tout commence par un faux départ : le film imaginaire Les filles aux gros nénés vont à la plage et enlèvent le haut (tout un programme !) s’interrompt aussitôt pour céder la place au long-métrage qui nous intéresse. Depuis « La Grande Guerre des Tomates » racontée dans le film précédent, le commerce du légume tueur a été définitivement interdit. Tandis que le prix des tomates flambe sur le marché noir, le professeur Gangrène (John Astin), un chercheur en biogénétique, réussit à leur donner une apparence humaine. Il constitue ainsi une armée de tomates à sa solde, déguisée en milice bodybuildée aux allures d’émules de Rambo. De son côté, Chad Finletter (Anthony Sarke), condamné à faire des pizzas sans tomates, tombe amoureux fou de Tara Boumdea (Karen Mistal), l’assistante et maîtresse de Gangrène. Tara s’échappe bientôt du labo avec VT, une grosse tomate velue, fruit d’une expérience ratée que Gangrène s’apprête à jeter. Elle en fait son animal de compagnie et s’installe chez Chad et son frère Matt (George Clooney). Mais Igor (Steve Lundquist), un homme-tomate idiot à la solde de Gangrène qui rêve de devenir présentateur télé, les suit partout à bord de son camion poubelle…

Clins d’œil

On le voit, l’intrigue du Retour des tomates tueuses part dans tous les sens, profitant d’un prétexte scénaristique invraisemblable (les légumes assassins sont transformés en simulacres d’humains) pour éviter les effets spéciaux trop complexes. Ceux qui espéraient des séquences épiques de tomates géantes prenant en chasse des passants affolés en sont pour leurs frais. En guise de trucages, nous n’avons droit qu’à des effets lumineux rudimentaires symbolisant la métamorphose des légumes en humanoïdes. Partisan de la mise en abîme permanente, le film brise sans cesse le fameux quatrième mur pour faire du spectateur son complice. Le tournage du Retour des tomates tueuses s’interrompt ainsi faute de budget, les acteurs exhibant alors toutes sortes de sponsors en gros plan pour renflouer les caisses (une séquence qui annonce un gag similaire dans Wayne’s World) ; les stock-shots du film précédent sont dénoncés comme une technique facile pour économiser de l’argent ; les héros se servent du scénario pour écrire un message ; l’éventualité d’une séquelle est évoquée… Bref on cligne de l’œil vers le public de manière appuyée, sans que les effets comiques y gagnent beaucoup en efficacité. Il faut dire que le look de soap opéra du film, sa musique atroce et sa mise en scène peu inspirée jouent cruellement en sa défaveur. Le concept fera pourtant recette, générant d’autres suites et des adaptations télévisées.

 

© Gilles Penso

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HELLRAISER (2022)

La saga imaginée par Clive Barker renaît de ses cendres sous forme d’une réadaptation surprenante et audacieuse…

HELLRAISER

 

2022 – USA

 

Réalisé par David Bruckner

 

Avec Odessa A’zion, Jamie Clayton, Adam Faison, Drew Starkey, Brandon Flynn, Aoife Hinds, Jason Liles, Yinka Olorunnife, Selina Lo, Zachary Hing, Kit Clarke

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA HELLRAISER

À partir de son quatrième opus, la franchise Hellraiser s’est mise à dégringoler lentement mais sûrement jusqu’à ne plus présenter aucun rapport avec la mythologie créée par Clive Barker. Pour redonner à cette saga un éclat depuis longtemps terni, l’idée d’un remake se formula dès l’automne 2007, les deux réalisateurs pressentis étant alors Alexandre Bustillo et Julien Maury (À l’intérieur, Livide). « Nous avons voyagé à Los Angeles pour rencontrer Clive Barker en personne, qui nous a immédiatement soutenus », raconte Bustillo. « Il nous a fait savoir qu’il aimait la direction que nous voulions donner à la franchise, et qu’il était prêt à nous aider pour réinventer visuellement le personnage de Pinhead. » Mais en lisant le scénario, les frères Weinstein sont rebutés par l’aspect radical et malsain que s’apprête à prendre le film. « Petit à petit, nous avons compris que l’ambition des producteurs était tout simplement de faire un slasher dans lequel des teenagers étaient victimes de Pinhead », poursuit Bustillo. « Nous avons rapidement déchanté. » (1) Exit donc les duettistes français. Le projet patine quelques années, cédant provisoirement la place à un anecdotique Hellraiser Révélations n’existant que pour pouvoir sécuriser la continuité des droits de la franchise auprès des producteurs, puis redémarre officiellement en 2019 à la suite du succès de l’Halloween de David Gordon Green. C’est finalement David Bruckner (réalisateur de The Signal, Le Rituel et La Proie d’une ombre) qui se retrouve à la tête du film.

S’il est conçu comme une nouvelle adaptation du roman « The Hellbound Heart » de Clive Barker, le scénario de Ben Collins et Luke Piotrowski, d’après une histoire qu’ils ont coécrite avec David S. Goyer, ne s’appréhende pas comme un remake du premier Hellraiser. Les personnages et les péripéties diffèrent. Quant à Pinhead, il s’est féminisé, prenant désormais les traits de Jamie Clayton. Ce parti pris inattendu s’approche des intentions du texte original, qui décrivait le fameux Cénobite à tête d’épingles comme un être asexué aux attributs féminins. Doug Bradley lui-même, interprète historique du personnage, se fendra d’une déclaration très encourageante à ce sujet, vantant sans retenue les mérites du nouveau Pinhead et de son look à la fois « dérangeant et sexy ». C’est en découvrant une étrange boite en forme de puzzle mécanique, au cours d’un cambriolage organisé par son petit-ami Trevor (Drew Starkey), que la jeune toxicomane Riley (Odessa A’zion) va déchaîner les forces du mal. En modifiant la configuration du mystérieux objet, elle provoque la venue des monstrueux Cénobites, lesquels exigent immédiatement plusieurs sacrifices humains. Dès lors le cauchemar semble ne plus pouvoir s’arrêter…

Sang neuf

Malgré ses maladresses, ses imperfections et son évident manque de budget, le tout premier Hellraiser de Clive Barker possédait une flamboyance, une démesure et un grain de folie primitif qui font défaut au film de David Bruckner, lequel se prive au passage de l’érotisme déviant et des jeux de séduction malsains présents à la fois dans le livre et dans son adaptation de 1987. Pour autant, cette relecture possède beaucoup d’attraits et se positionne aisément comme l’un des meilleurs volets d’une franchise ayant sombré depuis trop longtemps dans le grand n’importe quoi. La mise en scène soignée, l’atmosphère trouble, l’approche réaliste et sociale, la réinvention visuelle des Cénobites et le soin tout particulier apporté aux effets gore (mués en véritables œuvres d’art douloureuses et sanglantes) emportent assez rapidement l’adhésion. Certes, on aurait préféré une actrice principale plus charismatique, des rebondissements moins téléphonés et une approche plus baroque de la bande originale (qui se contente ici de citer sans éclat les thèmes somptueux de Christopher Young). Mais voilà une manière tout de même intéressante de redonner un peu de sang neuf à la saga Hellraiser et d’ouvrir la voie vers une réinvention prometteuse de cette mythologie fascinante.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2011

 

© Gilles Penso


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HALLOWEEN ENDS (2022)

Pour clore sa trilogie inspirée par le classique de John Carpenter, David Gordon Green prend une voie pour le moins surprenante…

HALLOWEEN ENDS

 

2022 – USA

 

Réalisé par David Gordon Green

 

Avec Jamie Lee Curtis, Andi Matichak, James Jude Courtney, Rohan Campbell, Kyle Richards, Nick Castle, Will Patton, Jesse C. Boyd, Michael Barbieri

 

THEMA TUEURS I SAGA HALLOWEEN

Écrit en même temps qu’Halloween Kills et tourné dans la foulée, cet ultime chapitre de la trilogie inaugurée en 2018 reprend en toute logique une partie du casting des deux films précédents. Jamie Lee Curtis revient donc jouer la grand-mère « badass » Laurie Stode, Andi Matichak sa petite-fille Allyson, Will Patton le sympathique officier de police Frank Hawkins et James Jude Courtney le monolithique Michael Myers (avec comme toujours quelques apparitions de Nick Castle, interprète original du tueur au masque blanc). Désireux de rendre plusieurs hommages à John Carpenter, le film multiplie à outrance les clins d’œil à La Nuit des masques mais aussi à The Thing (à travers un extrait diffusé à la télévision pendant le prologue) et surtout à Christine. Le personnage central Corey Cunningham (Rohan Campbell) s’inspire en effet du Arnie Cunningham qu’incarnait en 1983 Keith Gordon et suit le même parcours, muant progressivement le sympathique garçon sage en être maléfique mû par des pulsions incontrôlables. Même sa métamorphose physique prend une tournure similaire. S’il est soucieux de se référer à ses aînés, Halloween Ends cherche parallèlement à briser les habitudes en aventurant ses péripéties là où on ne les attend pas. La démarche n’est pas inintéressante. En théorie du moins…

L’intrigue d’Halloween Ends se situe quatre ans après les événements décrits dans Halloween Kills. Les derniers meurtres perpétrés par Michael Myers et sa disparition mystérieuse ont laissé la ville d’Haddonfield dans un bien piteux état. Une ambiance oppressante s’insinue ainsi parmi les habitants, comme laissés hagards à la suite du chaos dont ils furent frappés. Pour panser ses blessures et exorciser les démons intérieurs qui la rongent, Laurie Strode a décidé d’écrire ses mémoires. D’où une voix off récurrente qui pousse Jamie Lee Curtis à philosopher sur les notions de bien et de mal comme le faisait jadis Donald Pleasence dans le rôle du psychiatre Loomis. Une autre voix off vient régulièrement scander le récit, celle d’un animateur radio trublion et impertinent incarné par Keraun Harris. Bientôt, le film centre tous ses enjeux sur le jeune Corey, traumatisé par un accident survenu un soir où il jouait les baby-sitters et devenu dès lors une sorte de paria introverti. C’est là que ce bon vieux Michael Myers décide de ressurgir de sa tanière pour plonger une fois de plus Haddonfield dans le cauchemar…

La contagion du mal

On ne pourra pas reprocher à Halloween Ends son manque d’audace, le film s’efforçant de proposer une variante inattendue sur un motif usé jusqu’à la corde. L’intention est bonne, mais le résultat est hélas complètement à côté de la plaque. Tout le récit tourne autour des malheurs de ce pauvre Corey Cunningham victime des circonstances et d’un environnement hostile, en opposition avec la thématique du « mal absolu » qui caractérise le personnage de Michael Myers dès sa petite enfance. Ici, la psychopathie meurtrière n’est plus innée mais acquise. Or le scénario, indécis, semble vouloir coupler à cette idée première (« on ne nait pas tueur, on le devient ») une seconde notion complémentaire (contradictoire ?) selon laquelle le Mal et la folie meurtrière sont contagieux. Ce motif nous rappelle les exubérances joyeuses de Jason va en enfer, si ce n’est qu’Halloween Ends prend son sujet très au sérieux. Le film joue même la carte du drame psychologique, comme s’il cherchait à tout prix à s’élever au-dessus de son sujet. Après un prégénérique absurde et un gigantesque passage à vide (près de quarante minutes sans la moindre péripétie palpitante), le scénario part dans tous les sens, s’acheminant vers un climax grotesque digne d’un épisode de Tom et Jerry puis vers un final totalement invraisemblable. Nous n’étions pourtant pas contre une sortie de route osée transportant la franchise hors des sentiers battus (comme à l’époque du Halloween 3 de Tommy Lee Wallace). Mais Halloween Ends donne le sentiment de vouloir faire le grand écart entre l’innovation radicale et l’asservissement aux codes de la saga sans parvenir à trouver un juste milieu satisfaisant.

 

© Gilles Penso

 

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DANSE MACABRE (1964)

Un journaliste accepte le pari de passer une nuit dans un château à la sinistre réputation et y rencontre des êtres très étranges…

DANZA MACABRA

 

1964 – ITALIE

 

Réalisé par Antonio Margheriti et Sergio Corbucci

 

Avec Barbara Steele, Georges Rivière, Margarete Robsahm, Henry Kruger, Montgomery Glenn, Sylvia Sorrent, Ben Steffen

 

THEMA FANTÔMES

Après ses prestations très remarquées chez Mario Bava (Le Masque du démon), Roger Corman (La Chambre des tortures) et Riccardo Freda (L’Effroyable secret du docteur Hichcock), la comédienne Barbara Steele replonge de plain-pied dans l’épouvante gothique avec cette envoûtante Danse macabre. Nous sommes dans un Londres enfumé à la Jack l’éventreur, serti dans une belle photographie noir et blanc de Riccardo Pallotini et soutenu par une musique inquiétante de Riz Ortolani. Alan Forster (Georges Rivière), journaliste au Times, rencontre dans une auberge l’écrivain Edgar Allan Poe (Silvano Tranquilli) et Lord Thomas Blackwood (Umberto Raho). Ce dernier parie avec lui 100 livres sterling qu’il ne pourra pas passer une seule nuit dans son château de Providence, duquel personne n’est jamais ressorti vivant. Pragmatique, le journaliste accepte le pari. Au bout d’un quart d’heure d’exploration des lieux, il est témoin de phénomènes étranges qu’il attribue à des effets d’optique.

C’est alors que surgit en robe de nuit diaphane la belle Elizabeth (Barbara Steele), la sœur de Blackwood. Le noir et blanc contrasté renforce la pâleur de son teint, la noirceur de sa chevelure et de son regard soutenu par de longs faux cils. Un jeu de séduction s’opère entre eux, bientôt troublé par l’arrivée de la mystérieuse Julia (Margarete Robsahm), dont la beauté se veut plus stricte que celle d’Elizabeth. Les cheveux ne sont pas lâchés mais serrés en chignon, la robe de chambre cède le pas à une robe de soirée seyante. D’autres personnages inattendus font leur apparition, comme l’éminent docteur Carmus (Arturo Dominici) ou encore un énigmatique colosse torse nu (Giovanni Cianfriglia), ce qui ne laisse pas de surprendre le journaliste. Ce dernier finit par se demander – tout comme le spectateur – si tous ces êtres sont bien réels. Ne s’agirait-il pas plutôt de spectres, d’apparitions d’outre-tombe ?

Le corps, l’esprit et les sens

Un grand flash-back en milieu de métrage clarifie la situation, tandis que Carmus explique le phénomène des fantômes par le biais de la science. « Dans tout être humain, il existe trois formes », dit-il. « Celle du corps, c’est la plus faible. Ensuite celle de l’esprit, elle est indestructible. Et celle des sens, laquelle peut durer pour l’éternité. » Sis dans de beaux décors décrépits, le film s’appuie sur son atmosphère, étirant sans complexe les longues déambulations dans le château de ses héros, un chandelier à la main, ce qui n’empêche pas le surgissement de quelques visions frappantes, comme la chambre à coucher jonchée de cadavres ou le corps décomposé dans sa tombe qui bouge et respire. Cette belle œuvre macabre, dont la mise en scène fut amorcée par Sergio Corbucci puis reprise au bout d’une semaine par Antonio Margheriti, n’adapte aucune prose d’Edgar Poe, contrairement à ce qu’indique le générique, mais s’y réfère épisodiquement, à travers la présence du personnage de l’écrivain en début de métrage ou d’un chat noir errant dans la cour du château. Dans le rôle d’un de ces êtres qui « vivent dans un autre espace, dans une dimension différente », pour reprendre les mots du docteur Carmus, le charme étrange de Barbara Steele opère bien sûr à merveille.

 

© Gilles Penso


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LES CRÉATURES D’UN MONDE OUBLIÉ (1971)

La trilogie préhistorique de la Hammer s’achève sur une fable sauvage évacuant les dinosaures au profit d’un peu plus de violence et d’érotisme…

CREATURES THE WORLD FORGOT

 

1971 – GB

 

Réalisé par Don Chaffey

 

Avec Tony Bonner, Robert John, Julie Ege, Brian O’Shaughnessy, Sue Wilson, Rosalie Crutchley

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Malgré le charme indéniable de leurs actrices vedettes en peaux de bête, l’intérêt majeur d’Un million d’années avant JC et Quand les dinosaures dominaient le monde, les deux « films préhistoriques » précédents produits par la compagnie britannique Hammer Films, était la présence de superbes dinosaures animés en stop-motion par Ray Harryhausen puis Jim Danforth. En supprimant les grands monstres pour faire des économies, le producteur Michael Carreras émousse fatalement les attraits des Créatures d’un monde oublié, achevant cette trilogie atypique sur une note mitigée. Pour essayer de mettre un maximum de chances de son côté, Carreras (qui signe le scénario), sollicite une fois de plus le talentueux réalisateur Don Chaffey et le compositeur Mario Nascimbene, dont la musique tribale emprunte parfois ses envolées au « Sacre du Printemps » de Stravinsky. Le film s’ouvre sur une double éruption volcanique à base de maquettes et d’effets pyrotechniques efficaces, dont plusieurs plans sont directement empruntés à Un Million d’années avant JC. Ce type de séquence, généralement réservé au climax de ce genre de film, permet de faire démarrer le métrage sur des chapeaux de roue.

Nous sommes dans un monde préhistorique sauvage et austère. Une femme meurt en donnant naissance à deux jumeaux. Dès l’enfance, ces derniers passent leur temps à s’affronter et à s’opposer. Lorsqu’ils deviennent adultes, cette rivalité ne s’est pas calmée. Rool est brutal et veule tandis que Toomak montre une attitude largement plus héroïque. Cette rivalité ne va évidemment pas se calmer lorsque leur père meurt, embroché par un mammifère cornu… Hélas, l’aventure tourne bien vite à l’exotisme d’opérette. Les personnages, qui ne s’expriment qu’avec des grognements et des borborygmes, sont visiblement très primaires et s’habillent pourtant avec des manteaux en fourrure, portent des sandales, arborent des bijoux en ossements et pratiquent les sépultures. Nous nageons donc en plein anachronisme…

Rituels primitifs

Les cérémonies rituelles, quant à elles, prennent une tournure surréaliste avec leurs danseuses aux seins nus, leurs hommes déguisés en arbres et leur trône en forme de requin/dinosaure. Pour sacrifier à la tradition, Chaffey met en scène un combat de catch féminin en peaux de bêtes. En guise de monstre préhistorique, nous n’avons hélas à nous mettre sous la dent qu’un homme costumé en ours des cavernes qui affronte très placidement l’un des protagonistes dans une grotte. Seul point véritablement intéressant à noter dans Les Créatures d’un monde oublié : certaines scènes primitives témoignent d’une brutalité et d’une sauvagerie (dépeçage des bêtes, combats à l’arme blanche, rites barbares) qui semble préfigurer la vogue des films de cannibales italiens prête à se déployer sur les écrans quelques années plus tard. Le film est également connu en France sous un titre alternatif qui n’hésite pas à en faire des tonnes : Violence et sexe aux temps préhistoriques !

 

© Gilles Penso


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LA PETITE FILLE AU BOUT DU CHEMIN (1976)

Une toute jeune Jodie Foster se frotte aux penchants pervers de Martin Sheen dans cet exercice de style trouble et angoissant…

THE LITTLE GIRL WHO LIVES DOWN THE LANE

 

1976 – CANADA / USA / FRANCE

 

Réalisé par Nicolas Gessner

 

Avec Jodie Foster, Martin Sheen, Mort Shuman, Alexis Smith, Scott Jacoby, Dorothy Davis, Clesson Goodhue

 

THEMA ENFANTS

Entre une poignée de comédies et de polars français (La Blonde de Pekin avec Mireille Darc, Quelqu’un derrière la porte avec Charles Bronson) et le soap opéra Le Château des oliviers diffusé en 1993, La Petite fille au bout du chemin fait un peu figure d’exception dans la carrière du cinéaste Nicolas Gessner. Pas fantastique au sens strict du terme, le scénario (adapté par Laird Koenig d’après son propre roman) exhale malgré tout un fort parfum de mystère, d’étrangeté et d’épouvante, en se concentrant sur Rynn Jacobs, une fille de treize ans qui vit recluse dans une maison de la Nouvelle-Angleterre. Avec déjà une vingtaine de longs-métrages à son actif (parmi lesquels Taxi Driver et Bugsy Malone), Jodie Foster lui prête sa silhouette adolescente et sa frimousse déjà incroyablement mature (elle se double d’ailleurs elle-même dans la version française). Rynn vient d’emménager avec son père, un poète de renom. Son autonomie, son refus de se mêler aux autres et son effronterie excitent la curiosité des voisins. Notamment celle de Madame Hallet, revêche et autoritaire propriétaire de la maison interprétée par Alexis Smith, et surtout son fils Frank, un père de famille qui dissimule derrière son apparente respectabilité une perversité sournoise et d’inquiétants penchants pédophiles.

C’est Martin Sheen qui incarne ce peu recommandable individu. Chacune de ses apparitions provoque un véritable courant d’air glacial dans l’échine du spectateur. Et ce dès sa toute première intervention en pleine soirée d’Halloween, lorsqu’il tourne autour de Rynn tel un prédateur, roulant des yeux lubriques, caressant ses cheveux sans retenue, bref à deux doigts d’aller déjà trop loin. Le père de Rynn demeurant désespérément invisible, la curiosité se mue progressivement en soupçons, et la police commence à se poser des questions. D’où de régulières visites de l’inspecteur Miglioriti incarné par Mort Shuman, future figure incontournable de la chanson populaire française. Le neveu du policier, l’apprenti-magicien Mario (Scott Jacoby), se lie d’amitié avec Rynn, et accepte de partager avec elle le terrible secret qu’elle a enfoui au fond de la cave de la maison. Un secret d’autant plus redoutable que ceux qui s’y frottent de trop près passent illico de vie à trépas…

Le secret dans la cave

L’impact de La Petite fille au bout du chemin repose évidemment beaucoup sur les épaules de Jodie Foster et de Martin Sheen, ce dernier assurant quasiment le rôle du Grand Méchant Loup des contes de Grimm et Perrault. Le scénario évoque en substance le racisme et l’intolérance, se positionnant sans détour comme un plaidoyer pour l’indépendance et le droit à la différence. Dommage que la mise en scène de Gessner, terne et dénuée de véritable point de vue, gâche un peu le potentiel d’une telle histoire. Tout comme la partition de Christian Gaubert, datée et fort peu subtile, qui se complète d’extraits empruntés au concerto n°1 en mi mineur de Chopin. Thriller atypique préférant ouvertement l’atmosphère oppressante à l’épouvante pure, La Petite fille au bout du chemin généra autour de lui un petit culte malgré son passage quasiment inaperçu aux yeux du grand public.

 

© Gilles Penso


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