SOUVIENS-TOI L’ÉTÉ DERNIER (1997)

Dans la foulée de Scream, le scénariste Kevin Williamson concocte un autre slasher bourré d’ados ex-stars de sitcoms…

I KNOW WHAT YOU DID LAST SUMMER

 

1997 – USA

 

Réalisé par Jim Gillespie

 

Avec Jennifer Love Hewitt, Sarah Michelle Gellar, Ryan Philippe, Freddie Prinze Jr, Bridgette Wilson, Anne Heche, Johnny Galecki

 

THEMA TUEURS I SAGA SOUVIENS-TOI L’ÉTÉ DERNIER

Tout auréolé par le triomphe de Scream, le scénariste Kevin Williamson croit soudain détenir la formule magique du succès et se lance donc aussitôt dans un autre slasher obéissant exactement aux mêmes recettes. Ainsi naît Souviens-toi l’été dernier. Williamson avait d’ailleurs commencé à développer ce script avant celui de Scream en adaptant librement le roman du même nom écrit par Lois Duncan en 1973. Son approche était alors celle d’un film d’horreur classique raconté au premier degré, comme dans ses modèles des années 80. Mais entretemps le raz-de-marée Scream a tout renversé sur son passage. Le scénariste revoit donc sa copie pour y intégrer une solide dose de satire et de références, avec la bénédiction des producteurs Erik Feig, Neal H. Moritz et Stokely Chaffin. Pour suivre le modèle du film de Wes Craven, ces derniers décident d’embaucher des stars de sitcom pour les rôles principaux. D’où la présence en tête d’affiche de Jennifer Love Hewitt (transfuge de La Vie à cinq comme Neve Campbell) et de Sarah Michelle Gellar, qui commençait alors à connaître la consécration dans le rôle-titre de Buffy tueuse de vampires.

Souviens-toi l’été dernier part du postulat suivant : alors qu’ils fêtent leur diplôme le 4 juillet 1996 à Southport, en Caroline du Nord, quatre lycéens se rendent en voiture vers la plage. L’humeur est festive, mais nos joyeux lurons heurtent un piéton sur une route côtière. Ne sachant que faire du corps, ils le jettent à la mer et effacent toute trace du drame, se promettant de ne jamais reparler de cet accident. Mais un an plus tard, chacun d’entre eux commence à recevoir des lettres anonymes annonçant : « je sais ce que tu as fait l’été dernier ». La paranoïa gronde tandis que les soupçons se focalisent sur plusieurs lycéens. L’un d’entre eux a-t-il assisté au drame et décide-t-il de les faire chanter ? À moins que la victime soit revenue d’entre les morts pour exercer sa vengeance ? Alors que les théories vont bon train, nos quatre héros sont pris en chasse par un tueur fou engoncé dans un imperméable de pêcheur et armé d’un crochet acéré…

Secrets inavouables

Le postulat semble prometteur, cultivant le sentiment de culpabilité de ses protagonistes en les muant en architectes de leur propre malheur, mais les connaisseurs du genre auront reconnu la trame à peine transformée du Bal de l’horreur de Paul Lynch. L’originalité a donc battu en retraite. Comme en outre le second degré et la mise en abyme qui faisaient la force de Scream se sont également évaporés (en dépit des efforts de Williamson pour adopter une approche post-moderne), Souviens-toi l’été dernier perd une grande partie de son intérêt. Rien de neuf à l’horizon, donc, malgré une réalisation soignée signée Jim Gillespie (dont c’est le premier long-métrage) et des acteurs qui essaient d’y croire. Les moments d’anthologie (la prise en chasse éprouvante de Sarah Michelle Gellar, le pugilat dans la ruelle au milieu de la fanfare) n’empêchent pas les clichés de s’aligner sans surprise. Williamson fixe déjà les limites de son talent dans le renouveau du genre, comme si tout avait été déjà dit dans Scream. La suite de sa filmographie confirmera hélas cet état de fait, jusqu’à ce qu’il change de registre et retrouve un vent de fraîcheur avec la série Dawson.

 

© Gilles Penso


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LE COBAYE 2 – CYBERSPACE (1996)

Une suite pataude qui n’entretient plus aucun rapport avec Stephen King et sacrifie son potentiel sur l’autel des effets spéciaux numériques…

THE LAWNMOWER MAN 2 : BEYOND CYBERSPACE

 

1996 – USA

 

Réalisé par Farhad Mann

 

Avec Patrick Bergin, Matt Frewer, Ely Pouget, Austin O’Brien, Kevin Conway, Camille Cooper, Patrick LaBrecque, Crystal Celeste Grant

 

THEMA MONDE PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS I SAGA STEPHEN KING

Les liens qui unissent ce film avec Le Cobaye de Brett Leonard sont si ténus qu’on peut difficilement parler de séquelle. Jobe est interprété ici par Matt Frewer, ex-Max Headroom, lequel cabotine au point que son personnage devient vite irritant, perdant par là-même toute la dimension pathétique que Jeff Fahey avait su lui insuffler à l’origine. Ce changement de visage est justifié dans le récit par une opération chirurgicale destinée à sauver Jobe d’une mort certaine. Moribond, muet, amputé des deux jambes et en grande partie paralysé, celui-ci retrouve l’usage de tous ses membres de l’autre côté du miroir… dans la réalité virtuelle. Cette thérapeutique peu conventionnelle est pratiquée par le docteur Cori Platt (Ely Pouget), sous la tutelle de Jonathan Walker (Kevin Conway) qui se soucie bien moins de la guérison de Jobe que du moyen qu’il voit en lui de devenir maître du cyberespace. L’idée ne manque pas d’intérêt, mais il eut fallu que Farhad Mann se concentre davantage sur ses implications sociales et politiques que sur la quantité d’images de synthèse contenues dans son film. On se prend à rêver à ce que Michael Crichton ou Peter Hyams auraient pu faire d’un tel point de départ.

L’intrigue se corse lorsque Jobe, au fur et à mesure du développement de ses facultés dans l’au-delà virtuel, est pris d’une mégalomanie croissante et décide de coiffer Walker au poteau en se muant en dieu omniprésent. Et de prouver l’ampleur de ses pouvoirs en déclenchant des catastrophes à distance, comme le crash d’un avion dont il a dérouté l’ordinateur de bord, un peu comme Richard Burton dans La Grande menace. Sauf qu’ici, signe des temps, l’informatique a pris le pas sur la parapsychologie. Le scénario se complique jusqu’à virer à l’imbroglio lorsqu’interviennent pêle-mêle Benjamin Trace (Patrick Bergin), pionnier de la réalité virtuelle, et Peter (Austin O’Brien), un ado fan de jeux vidéo.

La grande menace

L’intrigue n’offre en fin de compte que peu d’intérêt, dans la mesure où aucun des personnages n’inspire une réelle sympathie, les motivations de chacun d’entre eux demeurant assez évasives. Pour compenser, le réalisateur cherche à combler l’amateur d’effets visuels spectaculaires en ouvrant le film sur la vision gigantesque d’une mégapole du futur, inspirée comme il se doit par celle de Blade Runner. Et pour mieux époustoufler le spectateur, il tourne les premières scènes du film en format « carré » 1.33 (celui d’un écran de télévision), afin de pouvoir élargir son image sur toute la latitude du Cinémascope dès que démarre vraiment le film. Une idée intéressante, si ce n’est qu’elle avait déjà brillamment servi dans Mad Max 2 et Brainstorm. Les images de synthèse interviennent aussi – et surtout – dans les séquences de réalité virtuelle, ce Cobaye 2 comblant les frustrations engendrées par le film précédent, dont les immersions dans l’univers 3D étaient souvent très brèves. Ici, la caméra virevolte à loisir dans des paysages intégralement synthétiques, procurant parfois au spectateur les joies d’un « ride » de parc d’attractions. La thématique des dangers encourus par l’informatisation à outrance n’est hélas qu’à peine effleurée, le film n’ayant ni la rigueur ni l’ambition nécessaires pour dépasser son stade de feu d’artifice à l’impact très éphémère.

 

© Gilles Penso

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LE MONSTRE DU MARÉCAGE (1957)

Un cowboy mexicain mène l’enquête sur la disparition d’un cadavre et se heurte à un homme-poisson qui sévit dans un marais sinistre…

EL PANTANO DE LAS ANIMAS

 

1957 – MEXIQUE

 

Réalisé par Rafael Baledon

 

Avec Gaston Santos, Manola Saavedra, Manuel Dondé, Sara Cabrera, Salvador Godinez, Pedro de Aguillon, Lupe Carriles

 

THEMA MONSTRES MARINS

Ismael Rodriguez et Edouard Nassour avaient ouvert la brèche du western fantastique mexicain en 1956 avec La Montagne mystérieuse, dans lequel les propriétaires d’un ranch se retrouvaient nez à nez avec un saurien préhistorique. Un an plus tard, le scénariste Ramon Obon imagine le personnage de Gaston, un cow-boy détective flanqué d’un faire-valoir comique, et Rafael Baledon porte à l’écran leurs premières aventures dans cet inénarrable Monstre du marécage. D’emblée, le cinéaste installe une ambiance oppressante du meilleur effet. « Le Marécage aux Âmes » qui donne son nom au titre original est un point d’eau sinistre que doivent traverser à la barque Maria et Ignacio, respectivement l’épouse et le frère de Fabrique Mendoza qui vient de succomber à la peste. La musique de Gustavo Carrion, les cris sinistres des oiseaux et ce crâne grimaçant savamment disposé à l’avant-plan nous mettent immédiatement dans le bain. Avant que le corps ne soit mis en terre, son fils Adrian demande à voir une dernière fois son père. Et là, surprise : le cercueil est vide !

Gaston mène l’enquête et son esprit cartésien se heurte bien vite aux croyances locales. « Mon mari est mort et les âmes l’ont emporté pour son châtiment éternel » : telle est l’opinion de Maria, qui en veut toujours à Fabrique de l’avoir épousée pour son argent. Même le médecin du village y va de sa petite phrase nébuleuse : « il est des forces surnaturelles que la culture moderne ne comprend pas. » En fait, Gaston soupçonne une arnaque à l’assurance et reste persuadé que le corps a été subtilisé au moment opportun. A moins que Fabrique lui-même ne soit dans le coup… Julietta, amie d’enfance du beau cow-boy et nièce du défunt, partage cette théorie. Parallèlement à l’enquête, et de la manière la plus incongrue qui soit, un monstre marin surgit régulièrement du marécage pour attaquer les autochtones et terrifier nos héros.

L’étrange créature du Far West

Démarcage très maladroit de L’Étrange créature du lac noir (qui triomphait trois ans plus tôt sur les écrans du monde entier), cet homme-poisson est engoncé dans un costume caoutchouteux parfaitement grotesque, tandis que sa tête disproportionnée et rigide arbore de gros yeux fixes, une gueule immobile et deux espèces d’oreilles d’écureuil du plus curieux effet parachevant son costume de carnaval. Autant dire qu’à chacune de ses apparitions, le film sombre aussitôt dans le ridicule, notamment lorsque le valeureux Gaston l’affronte sous l’eau, un couteau à la main, à la manière de Johnny Weissmuller affrontant des crocodiles en caoutchouc dans les bons vieux Tarzan. L’aspect improbable du monstre et certains de ses comportements anthropomorphiques (il utilise un harpon pour attaquer les héros, ainsi qu’un télégraphe pour communiquer !) trouvent leur explication au moment de la révélation finale. Mais celle-ci, au lieu de justifier la présence de la créature dans le scénario, la rend au contraire définitivement absurde, voire tout à fait inutile. Au second degré, Le Monstre du marécage se savoure donc sans modération, et son succès fut suffisant pour entraîner une nouvelle aventure fantastique de Gaston deux ans plus tard, Le Cri de la mort.

 

© Gilles Penso


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CARNOSAUR 2 (1995)

Les dinosaures de Roger Corman reviennent surfer sur le succès de Jurassic Park dans une suite sous haute influence d’Aliens

CARNOSAUR 2

 

1995 – USA

 

Réalisé par Louis Morneau

 

Avec John Savage, Cliff de Young, Don Stroud, Rick Dean, Ryan Thomas Johnson, Arabella Holzblog, Miguel A. Nuñez Jr., Neith Hunter, Guy Boyd

 

THEMA DINOSAURES I SAGA CARNOSAUR

Avant même que le premier Carnosaur ne soit terminé, le producteur Roger Corman envisage déjà d’en faire une suite, anticipant sur la « dino-mania » que va inévitablement provoquer la sortie de Jurassic Park. Un scénario est donc commandé à Michael Palmer qui s’acquitte du premier jet en trois semaines. L’histoire est basique et aurait nécessité de toute évidence d’être affinée, mais Corman n’est pas trop regardant : il faut aller vite, tant pis pour les petits détails. La réalisation est confiée à Louis Morneau, qui était déjà pressenti pour le premier film mais avait dû y renoncer à cause d’un conflit de calendrier. Le voilà donc à la barre de Carnosaur 2, ce qui aurait pu être une bonne nouvelle. Morneau est tout de même le réalisateur de séries B réjouissantes telles que Rétroaction, Fausse donne ou La Nuit des chauves-souris. Mais ce second Carnosaur semble faire office de galop d’essai pour le cinéaste (c’est son quatrième film) et bien malin sera celui qui pourra y déceler son style, son énergie et son talent. Il faut dire que le scénario anémique, le casting fadasse et les conditions de ce tournage marathon (une dizaine de jours pour boucler la majorité des séquences dans une centrale électrique en Californie) ne lui facilitent pas la tâche.

Carnosaur 2 raconte l’histoire d’un groupe de techniciens qui sont sollicités d’urgence pour enquêter sur un problème d’alimentation et de communication sur une installation minière de Yucca Mountain. Cette petite équipe caricaturale aux allures de mercenaires post-Rambo ne recule devant aucun cliché. Ainsi écoutent-ils au volume maximum « La Chevauchée des Valkyries » lorsqu’ils survolent le site en hélicoptère ! Arrivés sur place, ils découvrent un spectacle de désolation. Tout est sens dessus dessous, les murs sont éclaboussés de sang et un gamin traumatisé semble être le seul survivant du massacre. Le commanditaire de l’expédition, qui n’a que le mot « top secret » à la bouche, est bien obligé de leur avouer la véritable nature des lieux : un centre de recherche et d’élevage de dinosaures ressuscités génétiquement. Bientôt, comme on pouvait s’y attendre, les bébêtes clonées décident de passer à l’attaque…

Alienosaurus

Frustrant, Carnosaur 2 prend tout son temps avant de daigner laisser entrer ses dinosaures dans le champ. Il nous faut d’abord nous contenter d’acteurs très modérément crédibles qui hurlent face à la caméra tandis que des objets voltigent en tous sens. Une patte griffue apparaît enfin de manière furtive au bout d’une demi-heure. Jurassic Park étant sorti entre-temps, le créateur d’effets spéciaux John Buechler doit revoir le look de ses deinonychus pour les faire ressembler aux vélociraptors du film de Steven Spielberg. La technique la plus communément employée (un homme dans un costume de dinosaure) s’avère plutôt efficace, en grande partie grâce au montage nerveux adopté par Louis Morneau. Mais les créatures restent très discrètes au fil du métrage, la majorité des séquences consistant à montrer les acteurs qui arpentent les couloirs, discutent et appuient sur des boutons. Un peu de gore nous secoue ponctuellement de notre torpeur, via des gros plans s’attardant sur les victimes dévorées à belles dents par les sauriens. Avec ce commando dépêché d’urgence, ce site à l’abandon, ces monstres tapis dans l’ombre qui attaquent tout ce qui bouge, ce complexe militaro-industriel aux motivations troubles ou encore cet enfant en état de choc qui a survécu par miracle, il n’est pas difficile de comprendre quelle est l’influence principale du film : Aliens, bien sûr. Le final imite d’ailleurs le climax du film de James Cameron, déjà gentiment pillé dans le premier Carnosaur. Un grand tyrannosaure intervient donc à la toute fin, comme jadis la reine des aliens, se frottant à un engin de chantier pour un ultime duel qui sent forcément le déjà-vu.

 

© Gilles Penso


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DAY THE WORLD ENDED (1956)

Roger Corman tourne avec un budget ridicule la mésaventure de sept survivants de la fin du monde menacés par un mutant monstrueux et affamé…

DAY THE WORLD ENDED

 

1956 – USA

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Richard Denning, Lori Nelson, Adele Jergens, Mike Connors, Paul Birch, Raymond Hatton, Paul Dubov, Jonathan Haze

 

THEMA MUTATIONS

Comment raconter les ravages d’un holocauste nucléaire sur toute la surface de la planète et la mutation d’hommes en créatures monstrueuses lorsqu’on ne dispose que de neuf jours de tournage, de sept acteurs et d’un budget de moins de 100 000 dollars ? Réponse : en confiant le film à Roger Corman ! Et tandis que le producteur James H. Nicholson prépare une campagne publicitaire alléchante laissant imaginer un film de science-fiction spectaculaire garni de monstres baveux, Corman, alors aux commandes de son quatrième film en tant que réalisateur, s’acquitte sans complexe des moyens anémiques à sa disposition pour conter ce drame pessimiste, dont le texte d’introduction nous annonce qu’il commence par la fin. En effet, après quelques stock-shots d’explosions atomiques, nous apprenons que le monde a été contaminé par les radiations, et que les survivants sont rares. Le capitaine Maddison (Paul Birch, héros de The Beast with a Million Eyes) et sa fille Louise (Lori Nelson, vue dans La Revanche de la Créature) ont réchappé à la catastrophe et se réfugient dans leur petite maison au milieu des bois.

Ces deux rescapés miraculeux sont bientôt rejoints par d’autres survivants qui n’échappent ni aux archétypes, ni à la caricature : Tony, un gangster à l’accent italien (Mike Connors, futur héros de Mannix), sa copine strip-teaseuse Ruby (Adele Jergens), le beau et blond géologue Rick (Richard Denning, vu dans L’Étrange Créature du lac noir), le vieux chercheur d’or Pete (Raymond Hatton), et un homme nommé Radek (Paul Dubov), en partie contaminé. Celui-ci a le visage à moitié défiguré, et il réclame instamment de la viande rouge, seule susceptible de le soulager. Le huis-clos s’avère rapidement étouffant, la tension montant peu à peu entre les protagonistes. Bientôt, il devient évident que les sept survivants ne sont pas seuls et qu’une entité étrange rode à proximité, prête à fondre sur eux. D’après le capitaine Maddison, il s’agit d’un mutant. Car lui-même a assisté à des essais nucléaires sur des animaux. Tous ont péri, sauf trois spécimens victimes alors de terribles mutations. Rien n’empêche donc d’imaginer que la chose dehors est un homme transformé par les radiations.

Le début de la fin

Lorsqu’enfin la bête montre le bout de son nez, les amateurs de rire au second degré ne sont guère déçus, tant son costume s’avère grotesque. Conçu et interprété par Paul Blaisdell, le mutant est une espèce de bibendum au front cornu, au museau pointu, aux trois yeux globuleux et aux nombreux bras qui pendouillent assez lamentablement. Comme il se doit, le monstre emporte dans ses bras la belle blonde du film puis est pris en chasse par l’intrépide héros. Faute de temps et de budget, Corman réduit donc l’action à deux décors (la maison et les bois avoisinants) et opte pour une mise en scène statique, quasi-théâtrale. Comme visiblement le scénario n’offre pas matière à maints développements, les situations finissent par se répéter jusqu’à la lassitude complète du spectateur. Ainsi Tony ne cesse-t-il de déclarer en vain sa flamme à Louise, Ruby n’en finit-elle pas de danser sur le même disque de swing et le capitaine ne se lasse-t-il pas de délivrer des dialogues sentencieux à fort caractère biblique. Reste à sauver une atmosphère oppressante plutôt réussie et un dénouement ouvert sur de nouveaux Adam et Ève, le film ne s’achevant pas, une fois n’est pas coutume, par « The End » mais par « The Beginning ».

 

© Gilles Penso


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MACISTE CONTRE LE CYCLOPE (1961)

Le célèbre héros antique aux muscles saillants affronte un géant à l’œil unique dans cette épopée fantaisiste pseudo-mythologique…

MACISTE NELLA TERRA DEI CICLOPI

 

1961 – ITALIE

 

Réalisé par Antonio Leonuilo

 

Avec Gordon Mitchell, Chelo Alonso, Vira Silenti, Dante DiPaolo, Aldo Bufi Landi, Giotto Tempestini, Paul Wynter

 

THEMA MYTHOLOGIE

Alter-ego imaginaire du demi-dieu Hercule, avec lequel il partage de nombreux attributs, Maciste promena sa colossale silhouette dans une longue série de péplums plus ou moins inspirés par les mythes gréco-romains. En 1961, il jouait des muscles à la fois dans Maciste l’homme le plus fort du monde (sous les traits de Mark Forest), Le Triomphe de Maciste (incarné par Kirk Morris), Maciste contre le fantôme (avec Gordon Scott), Toto contre Maciste (avec Samson Burke) et Maciste contre le Cyclope où cette fois-ci le rôle est endossé par Gordon Mitchell. Ce don d’ubiquité et cette capacité à changer de visage à loisir prouve l’universalité d’un héros absolu symbolisant mieux que personne l’altruisme, le courage et la lutte face à l’adversité. Chaque film de la série possède sa propre personnalité, son propre style et ses propres ambitions, d’où une inévitable inégalité qualitative d’un long-métrage à l’autre.

Maciste contre le Cyclope, hélas, n’occupe pas le dessus du panier. Quelques grandes figures de la mythologie sont pourtant convoquées dès le prologue, lorsqu’une voix off narrative nous apprend que depuis l’aveuglement du cyclope Polyphème et la trahison de la sorcière Circé par Ulysse, une revanche de longue date se prépare. Les siècles se sont écoulés, mais les deux créatures n’ont guère étanché leur soif de vengeance. Ainsi la reine Capiste, lointaine descendante de Circé, traque-t-elle impitoyablement tous les membres de la lignée d’Ulysse. Sa dernière victime en date, la reine Pélope, est promise aux appétits voraces du cyclope. C’est à cet instant précis que Maciste, surgi de nulle part, décide de prendre part au drame. En s’efforçant de sauver Pélope, il va tenter de communiquer sa bienveillance à Capiste, qui n’est selon lui que la victime de décisions ancestrales la dépassant allègrement.

L’œil du cyclope

Le sujet est loin d’être inintéressant, d’autant que dès son apparition, Maciste est déifié. A moitié nu, comme échoué au bord des flots à la manière d’une contrepartie masculine de la Venus de Botticcelli, il semble envoyé par les dieux de l’Olympe pour régler le conflit. Hélas, l’aspect fantastique de l’intrigue s’évapore bien vite au profit de péripéties d’une grande banalité collectant un à un tous les clichés inhérents au genre : poursuites à cheval, démonstrations de force dignes d’un Hercule de fête foraine, combats de catch assez ridicules, scènes de séduction amusantes où Maciste bombe un poitrail exagérément saillant… Quant au cyclope promis par le titre, il pointe son nez à la toute fin du film. Bizarrement, son œil est intact – n’a-t-il pas été aveuglé par Ulysse ? Grâce à un habile jeu de perspectives forcées, l’affrontement entre ce géant grognant et le sculptural héros fonctionne plutôt bien. Mais sa brièveté le rend très frustrant. D’autant que quelques années plus tôt, le cinéma avait su nous offrir des cyclopes autrement plus impressionnants, notamment celui d’Ulysse avec Kirk Douglas, ou ceux du 7ème voyage de Sinbad, superbement animés par Ray Harryhausen. Ce combat furtif resservira pourtant – en tant que stock-shot – dans l’anachronique Maciste en Enfer de Riccardo Freda.

 

© Gilles Penso


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THE MANGLER 2 (2002)

Une fausse suite du film de Tobe Hooper qui ne présente plus aucun rapport avec Stephen King et décrit les méfaits d’un virus informatique…

THE MANGLER 2

 

2002 – USA

 

Réalisé par Michael Hamilton-Wright

 

Avec Lance Henriksen, Chelse Swain, Philippe Bergeron, Dexter Bell, Daniella Evangelista, Miles Meadows, Will Sanderson

 

THEMA OBJETS VIVANTS I SAGA STEPHEN KING

Avec un (télé)film portant le titre The Mangler 2, on s’attendait à un récit présentant un minimum de points communs avec la nouvelle « La Presseuse » de Stephen King ou au moins avec l’adaptation qu’en tira Tobe Hooper en 1995, La Presseuse diabolique. Pourtant il n’en est rien. Nous sommes à l’aube des années 2000 et le réalisateur et scénariste Michael Hamilton-Wright décide de jouer la carte des nouvelles technologies, à grand renfort de musique électronique et d’effets numériques. Un CD à la main, un intrus pénètre dans les locaux de la société Newton Corporation et injecte le virus Hunta dans le système informatique de la société. Ainsi commence The Mangler 2. L’intrus en question est Joanne Newton (Chelse Swain), la fille du chef d’entreprise William Newton (Ken Camroux). Son objectif : pirater le site web de son lycée privé. Or le lycée en question est justement équipé par un système informatique dernier cri fourni par la Newton Corporation, à la grande satisfaction du proviseur Mr Bradeen (Lance Henriksen, qui promène ici son charisme désabusé sans être dupe quant à la qualité du film dans lequel il tourne).

Sécurisé par un système baptisé N2K utilisé habituellement sur les sites militaires, le campus regorge ainsi de capteurs, de caméras et d’écrans. « Nous avons tous besoin d’un système de protection à la Big Brother de nos jours », affirme fièrement le proviseur. Un ordinateur équipé d’intelligence artificielle gère toutes ces nouvelles installations. Joanne et quatre de ses amis sont consignés au lycée à cause du piratage du site web. S’ils ne dénoncent pas lequel d’entre eux est coupable, ils seront même privés de bal de fin d’année, une punition qui n’est pas sans évoquer Carrie. C’est à peu près le seul point commun qu’entretient le film avec Stephen King. Car à vrai dire The Mangler 2 n’a pas plus de rapport avec « La Presseuse » que n’en avait Le Cobaye 2 avec la nouvelle « La Pastorale ». Ici, le « Mangler » n’est plus une machine à repasser et à plier mais un virus informatique expérimental doté d’une volonté propre que Joanne charge dans le système de son école sans se douter des conséquences de son acte.

Le massacre des sous-doués

Bientôt, le Mangler 2.0 commence à traquer ses victimes via les caméras et à les assassiner en contrôlant toutes sortes d’appareils, tandis que Bradeen est directement infecté par le virus. Il finira le film suspendu à des fils électriques comme une marionnette loufoque. Truffé d’adolescents stupides et archétypaux qui semblent vouloir faire tardivement écho aux lycéens collés de The Breakfast Club (le black comique, la blonde délurée, l’athlète courageux, la brune intelligente) et de personnages absurdes (le cuisiner français caricatural), The Mangler 2 multiplie les scènes de meurtres grotesques : un technicien menacé par des fils électriques, un paraplégique éjecté de son fauteuil, une femme agressée par une machine à laver, un lycéen ébouillanté par un système anti-incendie, une fille étranglée par un câble, un homme électrocuté par une barrière électrique. Il s’agit sans conteste d’un des pires films jamais réalisés qui aient été liés de près ou de loin à l’univers de Stephen King.

 

© Gilles Penso


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LA GUERRE DES CERVEAUX (1968)

Dans ce film d’espionnage qui préfigure le Scanners de David Cronenberg, des hommes doués de pouvoirs paranormaux s’affrontent…

THE POWER

 

1968 – USA

 

Réalisé par Byron Haskin

 

Avec George Hamilton, Gary Merrill, Suzanne Pleshette, Earl Holliman, Arthur O’Connell, Nehemiah Persoff, Michael Rennie

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

La fin des années 60 étant plus propice aux thrillers modernes qu’aux contes de fées colorés et naïf, le cinéaste et producteur George Pal, habitué aux féeries telles que Les Aventures de Tom Pouce, Les Amours enchantées ou Le Cirque du Dr Lao, décide de changer de registre en 1968 avec La Guerre des cerveaux. Le scénario se concentre sur un groupe de savants américains engagés dans une série d’expériences sur les limites de l’endurance humaine. L’un d’eux, Hallson, a l’impression qu’une super-intelligence, un mystérieux « pouvoir », se joue d’eux et tend à dominer leur volonté. Il confie ses soupçons à ses collègues, mais son corps est retrouvé mort dans une centrifugeuse avant qu’il n’ait eu le temps de révéler au professeur Jim Tanner le nom de la personne qu’il suspectait. Aidé par sa collègue et petite amie Marge Lansing, Tanner, qui devient le suspect numéro un, commence son enquête personnelle. Ses investigations convergent toutes vers un personnage énigmatique nommé Adam Hart. Peu à peu, tous les scientifiques de son équipe sont tués dans d’étranges circonstances, et Tanner lui-même échappe à plusieurs tentatives spectaculaires d’assassinat. Pour sauver sa peau et se disculper, il va devoir mettre la main sur ce « cerveau » capable d’influencer le comportement des gens et de provoquer des phénomènes paranormaux.

Ils sont bien loin, les dragons et les elfes des films précédents de George Pal ! Avec La Guerre des cerveaux, supporté par un casting de haut niveau, le cinéaste/producteur se place plutôt dans la mouvance des James Bond et autres films d’action de l’époque. D’où certaines séquences échevelées, comme la fuite du héros au milieu d’un champ de tir de l’US Air Force, la course-poursuite en voiture qui s’achève dans un fleuve ou l’escalade au-dessus d’un ascenseur défectueux. Byron Haskin, qui avait déjà collaboré avec Pal à l’occasion de La Conquête de l’espace et La Guerre des mondes, signe là une mise en scène nerveuse et stylisée, jouant à varier les motifs visuels autour de divers mouvements circulaires (la centrifugeuse, un disque sur un électrophone, un papier qui tourne sur son axe, un manège qui s’emballe).

Le combat des télépathes

Miklos Rozsa, pour sa part, concocte une partition surprenante, symbolisant les manifestations surnaturelles par l’usage du cymbalum (l’instrument est d’ailleurs présent physiquement pendant le générique de début et au cours de quelques séquences clef). Incapable de refouler totalement ses premières amours, George Pal recourt malgré tout à quelques trucages artisanaux à base d’animation image par image, notamment lorsque Tanner découvre que des jouets s’animent seuls dans la vitrine d’un magasin (les petits soldats qui marchent en formation et font feu évoquent irrésistiblement la série Les Puppetoons), et au cours d’un climax surréaliste où notre héros est confronté aux pouvoirs du dangereux télépathe, imaginant son corps en train de geler et de se briser en morceaux, puis de brûler avant de se muer en squelette grimaçant. De toute évidence, David Cronenberg se souviendra de La Guerre des cerveaux lorsqu’il s’attellera à Scanners.

 

© Gilles Penso


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GAMERA, GARDIEN DE L’UNIVERS (1995)

Après avoir cessé ses activités dans les années 70, la tortue géante fait un retour fracassant dans cet excellent film aux proportions titanesques…

GAMERA DAIKAIJ$U KUCHU KESSEN

 

1995 – JAPON

 

Réalisé par Shunsuke Kaneko

 

Avec Tsuyoshi Ihara, Akira Onodera, Ayako Fujitsani, Shinobu Nakayama

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I SAGA GAMERA

Créée par le studio Daei pour concurrencer Godzilla, la tortue géante Gamera fut la vedette de huit films assez puérils au cours des années 60 et 70. Sa résurrection en 1995 n’avait rien de bien enthousiasmant. Pourtant, ce Gamera, gardien de l’univers est une excellente surprise. Le scénario oublie d’ailleurs les films précédents pour mieux réinventer la créature mythique et ses origines. Ainsi découvre-t-on qu’elle fut fabriquée de toutes pièces par le peuple des Atlantes afin de protéger la Terre contre les attaques des Gyaos, de redoutables monstres volants à mi-chemin entre le dragon, la chauve-souris et le ptérodactyle (déjà présents en 1967 dans Gamera contre Gyaos). Or ces hideuses créatures ailées font soudain leur apparition au Japon et se pourlèchent les babines à l’idée de transformer les humains en casse-croûte. Après avoir été confondu avec un atoll inconnu par une expédition marine, Gamera émerge des flots, bien décidée à en découdre avec les sinistres nués de Gyaos, mais se heurte à l’incompréhension de la population et à l’armée qui la considère comme une menace à éradiquer sur le champ.

Les fans de destructions de maquettes en ont ici pour leur argent. Certaines d’entre elles sont certes très identifiables, leur échelle réelle s’avérant immédiatement perceptible, mais d’autres étonnent par leur réalisme, au point qu’il faille attendre qu’un monstre ne les mette en pièces pour qu’elles révèlent leur nature de décors miniatures. Les créatures elles-mêmes ont singulièrement évolué depuis les années 60. Toujours incarnées par des acteurs costumés, elles bénéficient toutefois de l’adjonction d’effets numériques visualisant les redoutables charges d’énergie destructrice que vomissent leurs gueules reptiliennes. Si Gamera ressemble toujours à une tortue démesurée, son faciès jadis grotesque et enfantin prend ici des atours bestiaux du plus bel effet. Le regard s’est chargé de férocité, la gueule s’orne de dents acérées et le museau effilé n’a plus grand-chose à voir avec la gentille baudruche de 1965.

Chaos sur Tokyo

Les Gyaos, hélas, ne bénéficient pas d’un design aussi élaboré. Démarcation à peine voilée du Rodan d’Inoshiro Honda, ils trahissent immédiatement leur nature de marionnettes mécaniques (ou d’acteurs costumés selon les séquences). Pourtant, c’est à l’un d’entre eux – le plus grand de tous les Gyaos, adversaire ultime de Gamera – que nous devons la scène la plus graphique et la plus iconique du film tout entier. Comment oublier la splendide vision de ce volatile géant nichant en contre-jour sur la tour de Tokyo décapitée, tandis qu’un soleil couchant ensanglante les cieux de la cité dévastée ? Encombré de quelques maladresses et d’une poignée de dialogues frisant le comique au second degré (« un jour, je t’emmènerai dans un Tokyo sans monstres » clame ainsi un jeune homme énamouré à sa dulcinée émue), Gamera, gardien de l’univers n’en marque pas moins la renaissance flamboyante d’une franchise qu’on croyait morte et enterrée. Le talent du metteur en scène Shusuke Kaneko y est pour beaucoup, comme allaient le confirmer les excellents épisodes suivants.

 

© Gilles Penso


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DREAM (2008)

Le réalisateur coréen Kim Ki-duk conte la romance impossible entre deux êtres dont les rêves influent l’un sur le comportement de l’autre…

BI-MONG

 

2008 – CORÉE

 

Réalisé par Kim Ki-duk

 

Avec Joe Odagiri, Lee Na-young, Ji-A Park, Kim Tae-hyeon, Chang Mi-hee, Tae-Hyun Jin

 

THEMA RÊVES

Les personnages qui luttent pour ne pas s’endormir, de peur que le pire ne survienne, sont des figures souvent marquantes du cinéma fantastique, comme en témoignent notamment les héros de L’Invasion des profanateurs de sépulture ou des Griffes de la nuit. Mais le sommeil finit toujours par l’emporter, et la lutte contre les forces du mal s’impose coûte que coûte. S’il n’est pas question d’aliens voleurs de corps ou de tueurs aux griffes acérées dans Dream, le combat de l’homme contre l’endormissement est toujours au cœur du récit. Car en s’abandonnant dans les bras de Morphée, on perd le contrôle de soi-même, on laisse le subconscient prendre le pas, on oublie les barrières morales et sociales. Tel est le sujet du quinzième long-métrage de Kim Ki-duk, reposant sur un concept insolite et fascinant. Jin (Jo Odagiri) se réveille après un cauchemar dans lequel il cause un accident de voiture. En se rendant sur les lieux, il découvre qu’un accident identique à celui de son rêve vient de se produire, et qu’une jeune femme nommée Ran (Na-yeong Lee) est accusée de délit de fuite. Or cette dernière affirme qu’elle a dormi toute la nuit. Bientôt, Jin et Ran découvrent une étrange corrélation entre eux : quand Jin rêve, Ran agit inconsciemment dans son sommeil. Or Jin ne peut s’empêcher de rêver à son ancienne compagne, dont il est toujours amoureux, poussant nuitamment Ran à se rendre chez son ex-fiancé, qu’elle déteste…

Le lien inexplicable qui unit Jin et Ran va déboucher, on s’en doute, sur une histoire d’amour, et l’on imagine sans peine ce que des scénaristes hollywoodiens rompus à l’exercice de la comédie romantique auraient pu tirer d’un tel point de départ. Mais Kim Ki-duk n’a jamais cherché la linéarité au sein de son œuvre, et ceux qui ont pu découvrir son glacial long-métrage L’île savent que chez le cinéaste coréen, les idylles ont tendance à prendre des teintes rouge sang. A ce titre, les séances de torture que Jin s’inflige pour ne pas s’endormir sont souvent à la limite du supportable, opérant un lent basculement de la romance fantastique vers le drame psychologique et l’horreur.

La planète des songes

D’emblée, la « love story » qui s’amorce semble vouée à l’échec puisque le salut de Jin et Ran repose sur leur désynchronisation, chacun s’endormant à tour de rôle pour éviter que les rêves de l’un n’influent sur le comportement de l’autre. Dream repose beaucoup sur le jeu habité et intense de Jo Odagiri (Shinobi) et Na-yeong Lee (Dream of a warrior). La mise en scène elle-même joue la carte de la sobriété, voire de l’austérité, Kim Ki-duk ne cherchant jamais à esthétiser à outrance son propos ni à gommer les ralentissements de rythme qu’il estime nécessaires au bon déroulement de son récit. Du coup, Dream laisse une impression mitigée, le film n’exploitant pas avec autant d’efficacité qu’on l’aurait souhaité son concept extraordinaire, et s’achevant sur des images certes très poétiques, mais franchement frustrantes d’un point de vue scénaristique. Quoiqu’il en soit, ce récit hors norme continue à trotter longtemps dans l’esprit du spectateur après son générique de fin, preuve que Ki-duk sait marquer les esprits et imprégner chacun de ses films d’une indéniable personnalité.

 

© Gilles Penso


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