MIRACLE SUR LA 34ème RUE (1947)

Un sympathique vieil homme embauché par un grand magasin affirme qu’il est le véritable Père Noël…

MIRACLE ON 34th STREET

 

1847 – USA

 

Réalisé par George Seaton

 

Avec Maureen O’Hara, John Payne, Edmund Gwenn, Gene Lockhart, Natalie Wood, Porter Hall, William Frawley, Jerome Cowan, Philip Tonge

 

THEMA CONTES

C’est pendant les fêtes de fin d’années, alors qu’il brave la foule de consommateurs massés dans les grands magasins en quête de cadeaux, que le scénariste Valentine Davies se met à se demander comment agirait le véritable Père Noël s’il se retrouvait au beau milieu de cette « fièvre acheteuse ». Peu à peu, cette idée se transforme en histoire complète que Davies soumet à la Twentieth Century Fox. George Seaton (ancien collaborateur des Marx Brothers et co-auteur non crédité du Magicien d’Oz) est alors chargé d’en tirer un scénario complet et de diriger lui-même le film, sous la houlette du puissant producteur Darryl Zanuck. La très influente Motion Picture Association, qui veille alors aux intérêts de l’industrie cinématographique américaine afin de favoriser l’exportation des films, passe quatre mois à scruter le script et à le commenter, incitant le studio à le réviser tout en envisageant toutes sortes de titres possibles, de The Big Heart (« Le grand cœur ») à Meet Me at Dawn (« Retrouvez-moi à l’aube ») en passant par It’s Only Human (« C’est humain »). Celui qui est finalement sélectionné, A Christmas Miracle on 34th Street, change encore à la demande de Zanuck, qui souhaite sortir le film au mois de juin et non pendant l’hiver (au prétexte que les spectateurs sont plus nombreux dans les salles en été). Toute allusion à Noël sera donc effacée du matériel publicitaire et le film s’appellera Miracle on 34th Street (Miracle sur la 34ème rue).

Maureen O’Hara, qui fut une très convaincante Esmeralda face à Charles Laughton dans le Quasimodo de 1939, incarne Doris Walker, une employée du grand magasin Macy’s de la 34ème rue de New York. Elle élève seule sa fille Susan (Natalie Wood, à l’affiche la même année de L’Aventure de Madame Muir) et porte la responsabilité d’une grande parade de Thanksgiving qui doit traverser toute la ville. En découvrant que le père Noël qu’elle a engagé est complètement ivre, elle le renvoie et le remplace au pied levé par un vieil homme affable qui se porte volontaire (Edmund Gwenn). Il s’avère tellement convaincant que le magasin Macy’s l’embauche pour en faire son père Noël officiel. Le problème, c’est que cet homme affirme sans sourciller qu’il s’appelle Kris Kringle et qu’il est le vrai père Noël. Le psychiatre Granville Sawyer (Porter Hall), chargé de son évaluation psychologique, déclare que cet homme est déséquilibré et potentiellement dangereux. Mais le doute finit s’immiscer, face à la bonté, la bonhomie et la malice de ce Kringle plus vrai que nature…

L’affaire Kringle

Le film joue sans cesse sur la suspension d’incrédulité de ses personnages mais aussi de ses spectateurs. Après tout, pourquoi ce sympathique bonhomme ne serait pas vraiment le Père Noël ? Des deux côtés de l’écran, personne n’y croit mais tout le monde veut y croire. A ce titre, la prestation incroyablement convaincante d’Edmund Gwenn (qui fut pourtant un second choix, après le refus de l’acteur Cecil Kellaway) s’avère renversante. Si Santa Claus existait vraiment, c’est sans conteste à cet homme qu’il ressemblerait. Habile, le scénario nous laisse libres de faire notre choix, même si les indices faisant pencher la balance vers la fantasmagorie et le merveilleux s’accumulent sans cesse. C’est là toute la force de ce conte moderne qui s’amuse à questionner la foi et les croyances de chacun, quitte à ridiculiser les sceptiques les plus virulents en retournant contre eux leur propre logique. D’où cette dernière demi-heure consacrée à un procès absurde et pourtant crucial au cours duquel le jeune avocat Fred Gailey (John Payne) va devoir prouver l’impensable face à une cour stricte et conservatrice : non seulement le Père Noël existe mais en plus il s’agit de ce vieil homme assis sur le banc des accusés. Film totem du public américain depuis sa sortie en 1947, Miracle sur la 34ème rue a remporté l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Edmund Gwenn, de la meilleure histoire originale pour Valentine Davies et de la meilleure réalisation pour George Seaton. Joli tiercé gagnant.

 

© Gilles Penso

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VIOLENT NIGHT (2022)

Imaginez une variante de Piège de cristal dans laquelle Bruce Willis serait remplacé par un Père Noël massif et brutal…

VIOLENT NIGHT

 

2022 – USA

 

Réalisé par Tommy Wirkola

 

Avec David Harbour, John Leguizamo, Alex Hassell, Alexis Louder, Edi Patterson, Cam Gigandet, Leah Brady, Beverly D’Angelo, Brendan Fletcher, André Eriksen

 

THEMA CONTES

Un Père Noël vulgaire, impertinent et politiquement très incorrect n’est pas un concept inédit au cinéma. Il suffit de se souvenir du fameux Bad Santa de Terry Zwigoff. Mais dans le cas présent, nous avons affaire au vrai Santa Claus, celui qui se déplace en volant dans son traîneau tiré par huit rennes et qui distribue des cadeaux aux enfants du monde entier. Un bonhomme désabusé, fatigué et cynique qui va se retrouver plongé dans une échauffourée sanglante très éloignée du fameux « esprit de Noël ». L’entrée en matière de Violent Night donne le ton. Entre deux livraisons, ce bon vieux père Noël se saoule dans un bar de Bristol, persuadé que les enfants – devenus désespérément matérialistes – se comportent désormais face à leurs cadeaux comme des junkies sans joie. Après avoir vidé sa pinte, il s’envole avec son attelage dans les cieux nocturnes du mois de décembre puis vomit tout ce qu’il a sur l’estomac, direct sur la tête de la propriétaire du bar qui n’en croit pas ses yeux. Voilà donc un Kris Kringle bien peu orthodoxe. Et c’est David Harbour, coqueluche des geeks du monde entier grâce à son personnage de shérif Jim Hopper dans Stranger Things et successeur plutôt honorable de Ron Perlman dans le reboot d’Hellboy, qui hérite du rôle. Un rôle qui lui va comme un gant, il faut bien l’avouer.

La soirée de Noël de la famille Lighstone s’annonce glaciale, hypocrite et bien peu festive. La matriarche Gertrude (Beverly D’Angelo), richissime, a convoqué ses enfants et leurs « pièces rapportées » dans son manoir. Il y a là Jason (Alex Hassell) qui essaie de se rabibocher avec sa femme Linda (Alexis Louder), tous deux accompagnés de leur fille Trudy (Leah Brady). La sœur de Jason, alcoolique (Edi Patterson), est venue avec son flirt du moment, l’acteur insipide Morgan Steel (Cam Gigandet), et avec son fils adolescent Bert (Alexander Elliot). Tout ce beau monde, qui semble se détester cordialement, voit la routine des fêtes de fin d’année brutalement secouée par l’intrusion d’un commando de mercenaires armés jusqu’aux dents. Leur chef, qui se fait appeler Scrooge (John Leguizamo), prend la famille en otage. Son objectif : forcer le coffre-fort de Gertrude et récupérer les 300 millions de dollars en espèce qui s’y trouvent. Or le Père Noël vient de débarquer dans le manoir pour y déposer ses cadeaux et se retrouve donc dans une situation bien épineuse. Va-t-il se retirer sur la pointe des pieds pour continuer sa livraison ou intervenir manu militari pour sauver les Lighstone ?

Une soirée en enfer

Le scénario co-écrit par Pat Casey et Josh Miller (Sonic, le film) repose donc sur une idée délirante qui pourrait se résumer ainsi : « Piège de cristal avec un Père Noël. » Assumant ses références, le film fait des allusions directes au premier Die Hard mais aussi à Maman j’ai raté l’avion et à 58 minutes pour vivre (dans lequel jouait d’ailleurs John Leguizamo). Mais au-delà de ce concept décalé, le film allait-il pouvoir tenir la distance sur la longueur ? L’ajout d’une couche de second degré postmoderne, de violence crue et de vulgarité allait-il suffire à faire fonctionner cette intrigue en équilibre instable ? Bizarrement, le cocktail prend plutôt bien, en grande partie grâce au savoir-faire du réalisateur Tommy Wirkola (Dead Snow, Seven Sisters) qui dote son long-métrage d’une énergie folle exempte de temps mort et trouve miraculeusement le ton juste entre l’action violente, la comédie satirique et la féerie pure. David Harbour porte lui aussi une partie de la réussite du film sur ses épaules, véhiculant un mélange complexe de désœuvrement, de bienveillance refoulée et de furie endormie. L’étonnante backstory dont le dote le scénario (avant d’être Père Noël, il fut un guerrier viking sanguinaire, vil et cupide, désormais en quête de rédemption) aide à mieux comprendre l’état d’esprit du personnage. Bien sûr, Violent Night n’est pas exempt de défauts, de raccourcis scénaristiques un peu faciles et de caractérisations souvent caricaturales. Mais il remplit son contrat, honore ses ambitions somme toute modestes et nous offre un conte de Noël d’un genre résolument inédit.

 

© Gilles Penso

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FANTÔMES EN FÊTE (1988)

Richard Donner et Bill Murray réinventent le classique de Charles Dickens dans ce conte de Noël moderne et satirique…

SCROOGED

 

1988 – USA

 

Réalisé par Richard Donner

 

Avec Bill Murray, Karen Allen, John Forsythe, John Glover, Bob Goldthwait, David Johansen, Carol Kane, Robert Mitchum, Nicholas Philips, Michael J. Pollard

 

THEMA FANTÔMES I CONTES

Richard Donner hésita un moment avant de se lancer dans Scrooged, variante moderne et humoristique du fameux « Christmas Carol » écrit par Charles Dickens en 1843. Après avoir pesé le pour et le contre, le cinéaste décida finalement de s’embarquer dans l’aventure, histoire de varier les plaisirs entre L’Arme fatale et L’Arme fatale 2. Sollicité pour le rôle principal, Bill Murray se laisse lui aussi le temps de la réflexion, pas sûr de vouloir reprendre ses activités d’acteur après les quatre ans de pause qui suivirent S.O.S fantômes. Le scénario co-rédigé par Mitch Glazer et Michael O’Donoghue le séduit, mais il souhaite y ajouter son grain de sel et le fait entièrement retravailler. La présence du comédien dans le film pousse les distributeurs à capitaliser sur sa popularité gigantesque acquise grâce à Ghostbusters. Les posters américains annoncent donc fièrement : « Bill Murray est de retour parmi les fantômes, mais cette fois, c’est trois contre un ! » La France, quant à elle, choisit le titre Fantômes en fête pour évoquer le plus frontalement possible S.O.S. fantômes, quitte à oublier au passage toute référence au célèbre conte de Noël dont s’inspire le scénario.

Tout commence sur des chapeaux de roue. Après un plan aérien soutenu par des chœurs féerique à mi-chemin entre Beetlejuice et L’Étrange Noël de Monsieur Jack, nous assistons à une séquence de fusillade au cours de laquelle le Père Noël et ses lutins prennent les armes face à une armada d’assaillants, jusqu’à ce que Lee Majors (L’Homme qui valait trois milliards lui-même, dans son propre rôle) ne vienne leur prêter main forte. Cette séquence invraisemblable est extraite d’un des nombreux programmes absurdes que s’apprête à diffuser IBC pour la soirée de Noël. A la tête de cette chaîne de télévision, Frank Cross (Murray) est un président odieux, cynique, arriviste et âpre au gain. Pour couronner sa programmation, il décide de produire une version personnelle du « Christmas Carol » de Charles Dickens en y ajoutant tous les ingrédients racoleurs susceptibles d’attirer l’audience. Il ne se doute évidemment pas qu’il s’apprête à vivre lui-même les mésaventures du détestable Scrooge, héros du classique de Dickens. Trois fantômes sont en effet sur le point de lui rendre visite pour ouvrir ses yeux et sa conscience sur ses erreurs passées, présentes et futures…

En roue libre

Habitué jusqu’alors au travail d’équipe (pour le petit et le grand écran), Bill Murray se retrouve ici seul en tête d’affiche, ce qui le pousse à en faire des caisses, à surcharger le tournage d’une énergie dévastatrice, à improviser la majeure partie de ses répliques et finalement à épuiser Richard Donner. Car les deux hommes ont beaucoup de mal à s’accorder pendant le tournage. Le réalisateur n’a aucun contrôle sur sa star, l’acteur essaie sans cesse d’apporter de nouvelles idées pour tenter d’enrichir le scénario, et Fantômes en fêtes finit par ressembler à un produit hybride en quête d’identité. Alternant les passages cyniques et les moments gorgés de bons sentiments, sous-exploitant la présence pourtant toujours réjouissante de Karen Allen, le film cherche la bonne tonalité et finit par ressembler à une fausse bonne idée. Il y a pourtant de belles choses dans Scrooged : une partition lyrique de Danny Elfman, des spectres surprenants (dont l’impressionnant fantôme des Noëls futurs aux allures de grande Camarde dont les entrailles abritent des visages grimaçants et difformes, œuvre du maquilleur Tom Burman) et quelques gags qui font mouche (les sans-abris qui confondent le héros avec Richard Burton). Et puis il y a Bill Murray. Souvent agaçant, cabotin jusqu’au point de non-retour, il sait aussi se montrer irrésistible, drôle et même touchant, comme toujours. Modeste succès au box-office, Fantômes en fête s’est depuis mué en programme incontournable des fêtes de fin d’année, grâce à ses innombrables diffusions sur les chaînes américaines.

 

© Gilles Penso

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DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT 2 (1987)

Le jeune frère de l’assassin psychopathe du film précédent prend fièrement la relève, bien décidé à châtier tous les « vilains »…

SILENT NIGHT DEADLY NIGHT PART 2

 

ANNEE – USA

 

Réalisé par Lee Harry

 

Avec Eric Freeman, James L. Newman, Elizabeth Kaitan, Corinne Gelfan, Michael Combatti, Jill K. Allen, Darrel Guilbeau, Brian Michael Henley, Ken Weichert

 

THEMA TUEURS I SAGA DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT

Face aux résultats honorables de Douce nuit sanglante nuit, les producteurs souhaitent capitaliser sur ce petit succès mais n’ont pas le budget nécessaire pour la mise en chantier d’un nouveau long-métrage. Ils demandent donc au monteur Lee Harry de partir tourner quelques scènes avec le comédien Eric Freeman, dans le rôle d’un malade mental enfermé dans un institut psychiatrique qui raconterait les péripéties principales du premier film. L’idée initiale est donc de ressortir Douce nuit sanglante nuit dans un nouveau montage, comme une sorte d’« édition spéciale ». Mais Harry trouve cette proposition frustrante. À l’aide du micro-budget à sa disposition, il décide de tourner beaucoup plus de séquences que prévu, notamment une série de meurtres perpétrés par ce nouveau personnage et racontés sous forme de flash-back, et de mêler ce nouveau matériau avec de larges extraits du premier film. Le résultat – très étrange – est donc une suite officielle baptisée Douce nuit sanglante nuit 2. L’action prend place la veille de Noël dans la chambre d’un hôpital psychiatrique où sévit Ricky Caldwell (Eric Freeman). Un psychiatre flegmatique, le docteur Henry Bloom (James Newman), vient écouter son témoignage et l’enregistre sur un magnétophone à bande. Rick raconte alors son enfance et celle de son frère, puis les méfaits de ce dernier à l’âge adulte. Les quarante premières minutes du métrage ressemblent ainsi à une version accélérée du premier film, entrecoupée régulièrement de brefs dialogues entre le jeune homme et le médecin.

Pour qui est déjà familier avec Douce nuit sanglante nuit, cette première partie n’offre donc qu’un intérêt très limité, si ce n’est les roulements d’yeux et les soulèvements de sourcil excessifs d’Eric Freeman. Mais à mi-parcours, les choses évoluent enfin. Le récit du jeune désaxé s’achevant sur la mort de son frère, il s’emploie ensuite à raconter ses propres méfaits. Traumatisé lui aussi dans son enfance par le meurtre de ses parents des mains d’un assassin déguisé en père Noël, martyrisé à son tour par la mère supérieure tyrannique d’un orphelinat, il a suivi le même parcours que son aîné. Sous ses allures de jeune homme bien comme il faut, Ricky s’est donc parfois laissé aller à des accès de folie meurtrière, s’en prenant à tous les « vilains » (brutes, malotrus, voyous) qui croisent son chemin. Cette croisade vengeresse prend une tournure encore plus inquiétante lorsque toute notion de bien et de mal finit par s’effacer dans son esprit malade…

« Ramassage des poubelles ! »

Les flash-backs de cette seconde partie sont bien sûr les éléments les plus réjouissants (toutes proportions gardées) du film, car leur exubérance n’a pas de limite. Le rouge excite Ricky comme un taureau dans une arène parce que cette couleur lui rappelle le Père Noël. De fait, dès qu’un rideau, une carrosserie ou un mouchoir écarlate traverse son champ de vision, le meurtre n’est pas loin. Il fait alors justice en criant « vilain ! » à tous ceux qu’il punit. Avant d’opter pour la hache comme le fit son frère, Ricky varie les plaisirs en matière d’arme du crime (l’assassinat au parapluie et le meurtre à la batterie de voiture sont gratinés !). Lorsqu’il bascule définitivement dans la folie, tirant sur tout ce qui bouge en ricanant et en lâchant des phrases absurdes (dont le fameux « ramassage des poubelles ! » qui a fait la grande joie d’Internet), Douce nuit sanglante nuit 2 devient un grand film comique involontaire. Si Eric Freeman n’est pas un acteur d’une grande subtilité, il faut reconnaître qu’il ne fut guère aidé par les indications contradictoires de l’équipe du film. Lee Harry le dirigeait comme s’il était Freddy Krueger, le co-scénariste Joseph Earle le poussait à en faire des tonnes. Le comédien, lui, penchait plutôt pour une approche taciturne et introvertie. D’où une prestation hybride du plus curieux effet. Le dernier acte du film reprend à son compte l’imagerie de Noël, quelque peu délaissée en cours de route, et nous offre un climax mouvementé dans la maison de la mère supérieure qui habite au numéro 666 ! La saga ainsi amorcée donnera suite à trois autres épisodes et un remake.

 

© Gilles Penso


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DON’T OPEN TILL CHRISTMAS (1984)

Panique dans la ville : tous ceux qui sont habillés en Père Noël sont sauvagement assassinés les uns après les autres, au grand dam de Scotland Yard…

DON’T OPEN TILL CHRISTMAS

 

1984 – GB

 

Réalisé par Edmund Purdom

 

Avec Edmund Purdom, Alan Lake, Belinda Mayne, Gerry Sundquist, Mark Jones, Kelly Baker, Caroline Munro, Kevin Lloyd, Pat Astley, Wendy Danvers

 

THEMA TUEURS

Don’t open till Christmas est le seul film qu’Edmund Purdom ait réalisé, et ce ne fut pas une partie de plaisir. Connu pour ses rôles dans des films aussi variés que Le Château de l’horreur (le préfet), Horrible (le père), Le Sadique à la tronçonneuse (le doyen) ou 2019 après la chute de New York (le président de la confédération pan-américaine), cet acteur charismatique alors quasiment sexagénaire accepte de jouer le rôle principal de Don’t open till Christmas si on lui en confie la réalisation. Le tournage commence en 1982 et ressemble à un parcours du combattant. Incapable de s’entendre avec la production, Purdom finit par jeter l’éponge et c’est le scénariste du film, Derek Ford, qui est chargé de le remplacer. Mais au bout de deux jours, Ford est remercié et remplacé par le monteur Ray Selfie. Le script est alors en grande partie réécrit par Alan Birkinshaw. L’acteur vedette n’étant plus là, l’intrigue est revue de fond en comble. Or Purdom décide finalement de revenir pour terminer le tournage et reprendre son rôle. Les prises de vues se seront donc étalées sur deux années, et l’on comprend mieux pourquoi le film peine à conserver sa cohérence jusqu’au bout. Cela dit, quand on connaît les conditions chaotiques de sa création, le fait que Don’t open till Christmas possède un début, un milieu et une fin tient déjà presque du miracle.

C’est la nuit. Un homme en costume de Père Noël et une jeune femme se rejoignent dans une ruelle puis trouvent refuge sur la banquette d’une voiture pour se livrer à des ébats fébriles. Mais quelqu’un hors-champ les observe et respire fort comme Michael Myers dans Halloween, puis s’approche d’eux, accompagné d’une musique qui plagie le thème des Dents de la mer version synthétiseur des années 80. La caméra tourne autour de la voiture et les deux tourtereaux finissent poignardés. Cette introduction en plan-séquence, prometteuse, annonce la couleur. D’autres hommes déguisés en Santa Claus sont violemment assassinés au cours des journées suivantes, frappés par un tueur psychopathe qui cache son visage derrière un masque en plastique souriant et qui aime varier les plaisirs dans ses mises à mort, pourvu qu’elles soient inventives et spectaculaires. À New Scotland Yard, l’inspecteur principal Ian Harris (Edmund Purdom) et le sergent-détective Powell (Mark Jones) mènent l’enquête, notamment auprès de Kate (Belinda Mayne), dont le père fut l’une des victimes de l’assassin…

« Ne pas ouvrir avant Noël »

Le concept est assez amusant, dans la mesure où le film prend le contrepied des slashers habituels situés pendant la période des fêtes de fin d’année. Contrairement à Christmas Evil ou Douce nuit sanglante nuit, par exemple, le Père Noël n’est donc pas le meurtrier mais la victime. Tous ceux qui ont le malheur de revêtir la panoplie rouge et la barbe blanche (fêtards, vendeurs, poivrots) sont donc des cadavres potentiels. Brutaux, parfois même un peu gore, les meurtres obéissent à la mécanique définie par les sagas Halloween et Vendredi 13 et se complètent d’une enquête policière menée avec flegme par deux policiers « so british ». Les suspects possibles se profilent donc progressivement au fil d’une intrigue laissant la part belle à l’humour noir et à une pointe d’érotisme. Quelques scènes de poursuite se déroulent dans des décors très photogéniques – à défaut d’être vraisemblables – comme un sinistre « donjon de l’horreur » délicieusement gothique ou les coulisses d’une salle de spectacle sur la scène de laquelle se produit une chanteuse sexy incarnée par Caroline Munro. Le film souffre surtout de sa direction d’acteur approximative (le jeune couple joue sans une once de subtilité) et de l’absurdité des situations liées à des comportements souvent incompréhensibles (la fille à moitié nue sous sa cape de père Noël qui fuit la police dans la rue puis réagit de manière parfaitement invraisemblable face au tueur, ou encore l’assassin qui décide subitement d’agir à découvert et sans la moindre discrétion pour éliminer un témoin gênant). Les dernières séquences accusent la confusion dans laquelle le film fut réalisé, s’agençant sans logique et s’acheminant vers un final décevant expédié en deux coups de cuiller à pot.

 

© Gilles Penso


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SUPER NOËL (1994)

Un père de famille irresponsable et inconsistant provoque involontairement la chute du Père Noël depuis son toit… et doit donc le remplacer !

THE SANTA CLAUSE

 

1994 – USA

 

Réalisé par John Pasquin

 

Avec Tim Allen, Eric Lloyd, Wendy Crewson, Judge Reinhold, David Krumholtz, Paige Tamada, Peter Boyle, Larry Brandenburg, Jayne Eastwood, Kenny Vadas

 

THEMA CONTES

Après avoir circulé sur les bureaux de plusieurs studios hollywoodiens, le script de Super Noël, co-écrit par Steve Rudnick et Leo Benvenuti (auteurs d’un certain nombre de programmes télévisés et futurs co-scénaristes de Space Jam), tape dans l’œil des exécutifs de Walt Disney qui aimeraient en faire un véhicule comique pour Bill Murray. La star de S.O.S. fantômes et Un jour sans fin se laisse tenter, mais la lecture du script le refroidit, d’autant qu’après Fantômes en fête il craint d’être catalogué « vedette des films de Noëls ». Exit donc Bill Murray, place à Chevy Chase, deuxième choix sur la liste. Le héros de Fletch aux trousses et des Aventures d’un homme invisible aurait sans doute fait l’affaire, mais son calendrier l’empêche de s’engager. C’est finalement Tim Allen qui hérite du rôle principal. Le pari est osé, car si l’acteur est très populaire aux États-Unis, notamment grâce à la série Papa bricole, son expérience sur grand écran est alors quasi-nulle. Derrière la caméra, c’est aussi le jeu des chaises musicales. Disney aurait aimé confier la mise en scène à Chris Columbus, dont le carton Maman j’ai raté l’avion a fait bien des envieux. Mais le scénariste de Gremlins a d’autres projets en tête, en l’occurrence la comédie Madame Doubtfire. La réalisation de Super Noël échoit donc à John Pasquin, qui n’avait travaillé jusqu’alors que pour le petit écran. Disney se contente ainsi des seconds couteaux et des plans B, mais c’est une bonne pioche : le film va cartonner au cinéma.

Tim Allen incarne Scott Calvin, un vendeur de jouets qui a beaucoup plus de succès dans sa vie professionnelle que personnelle. Père divorcé, il doit s’occuper de son jeune fils Charlie (Eric Lloyd) le soir de Noël, au grand dam de son ex-femme Laura (Wendy Crewson) et de son nouveau mari Neal (Judge Reinhold), un psychiatre pédant adepte de pulls moches. La soirée est un fiasco : Scott brûle la dinde dans son four, raconte sans conviction une histoire à son fils pour l’endormir, et se réveille au milieu de la nuit en entendant des bruits étranges sur le toit. A leur grande surprise, Scott et Charlie découvrent que le Père Noël et son traîneau ont atterri au-dessus de chez eux. Mais le vénérable bonhomme en rouge glisse sur les tuiles et s’écoule au sol. Paniqué, Scott trouve sur ce bon vieux Santa une carte lui intimant d’enfiler son manteau. Lorsqu’il le fait, c’est pour découvrir qu’il vient d’accepter sans le vouloir une mission de la plus haute importance : il va devoir remplacer le Père Noël…

Santa barbera

The Santa Clause : le titre original du film, impossible à traduire en français, joue sur les mots pour évoquer la clause du contrat qui signifie l’accord tacite pour notre héros cynique d’endosser le rôle du Père Noël. Incapable de prendre la moindre responsabilité, ce protagoniste agaçant est bien sûr le candidat idéal pour la mécanique narrative classique qui le fera passer par toutes les étapes attendues : la surprise, l’incrédulité, le refus et enfin l’acceptation, à l’issue d’un parcours du combattant semé d’obstacles comiques exempts hélas de la moindre finesse. Car Super Noël (notons la subtilité du titre français) enfonce toutes les portes ouvertes, nous assénant frontalement sa cohorte de bons sentiments aux accents d’une bande originale gentiment sirupeuse signée Michael Convertino. Les idées absurdes abondent, comme la métamorphose physique de Tim Allen. Puisque le Père Noël est censé être ventripotent, Scott va grossir subitement pour pouvoir entrer dans le rôle (d’où quelques gags navrants à base de flatulences et de boulimie), puis voir apparaître sur son menton une belle barbe blanche. Il y a certes quelques situations amusantes dans le film (dont l’une, l’identification des Pères Noël suspects dans le commissariat, vient tout droit du slasher Christmas Evil), mais elles se comptent péniblement sur les doigts de la main. Super Noël sera pourtant un grand succès au box-office, générant deux suites (Hyper Noël en 2002 et Super Noël méga givré en 2006) et une série TV en 2022.

 

© Gilles Penso

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AUDREY ROSE (1977)

Robert Wise filme les tourments d’une petite fille de douze ans qui pourrait bien être la réincarnation d’une enfant au destin funeste…

AUDREY ROSE

 

1977 – USA

 

Réalisé par Robert Wise

 

Avec Anthony Hopkins, Marsha Mason, John Beck, Susan Swift, Norman Lloyd, John Hillerman, Robert Walden, Philip Sterling

 

THEMA MORT

Audrey Rose aborde avec un maximum de sérieux et de réalisme un cas clinique de réincarnation. C’est là son atout majeur et son intérêt principal. Son metteur en scène Robert Wise, dont le talent et l’éclectisme surent jaillir tous azimut à partir des années 40 (Le Jour où la Terre s’arrêta, La Maison du diable, West Side Story, La Mélodie du bonheur), était alors en fin de carrière. Si l’on sent sa virtuosité un peu en retrait, comme s’il cherchait à effacer sa mise en scène derrière le sujet, Wise a encore de beaux restes. Mais Audrey Rose souffre surtout d’un trop-plein de dialogues saturant des séquences qu’on aurait aimé plus visuelles. L’auteur de ce script bavard, Frank de Felitta (qui allait écrire plus tard l’excellent scénario de L’Emprise), adapte ici son propre roman publié en 1975, lequel s’inspire d’une expérience que l’écrivain aurait réellement vécu au sein de sa propre famille. « Supposez qu’un étranger vous dise que votre fille était sa fille dans une autre vie ? Supposez que vous commencez à le croire ? Supposez que c’est vrai ? » C’est en ces termes prometteurs que l’affiche d’Audrey Rose aguichait avec efficacité un public intrigué, avec en guise de sous-titre : « née en 1959, morte en 1964, née en 1964 ». L’enfant star Brooke Shields, qui avait servi de modèle pour la couverture du livre, a logiquement postulé pour tenir le rôle principal d’Audrey Rose, mais c’est finalement Susan Swift qui fut sélectionnée.

La toute jeune actrice incarne donc Ivy Templeton, une petite fille de douze ans que sa mère (Marsha Mason) conduit régulièrement à l’école. Or un jour, celle-ci se rend compte qu’un homme guette l’enfant matin et soir. Cet homme, Elliot Hoover (Anthony Hopkins), est persuadé qu’Ivy est la réincarnation de sa fille Audrey Rose, morte brûlée vive onze ans auparavant dans un accident de voiture. De fait, Ivy, en pleine nuit, a régulièrement des crises au cours desquelles elle revit l’accident d’Audrey Rose. Hoover, qui guette toujours la petite fille, est le seul à pouvoir arrêter ces crises. Mais les parents refusent d’admettre la thèse de Hoover. Un soir, mû par l’énergie du désespoir, celui-ci enlève Ivy et s’enferme dans une chambre d’hôtel. La police intervient, les parents portent plainte et l’affaire se termine au tribunal. La première partie du film s’efforce donc de faire adhérer le spectateur et le couple Templeton à la thèse de la réincarnation, aidée par le jeu efficace d’Anthony Hopkins et par quelques séquences de cauchemars nocturnes d’Ivy, notamment celle où elle se brûle les mains contre la vitre de sa fenêtre, comme jadis le fit Audrey Rose, prisonnière d’une voiture en flammes. Pour renforcer le réalisme du film, Wise n’hésite pas à laisser les acteurs recourir à l’improvisation, dans l’espoir de saisir quelques bribes de naturalisme inattendues.

« Il n’y a pas de fin… »

La seconde partie d’Audrey Rose intègre les mécanismes codifiés du film de tribunal. Les Templeton s’y opposent à Hoover, à grands coups d’avocats, de témoins et de médecins. C’est au cours du dernier acte que la science reprend ses droits. L’état de santé d’Ivy empirant et le juge ne parvenant guère à trancher, on se résout en effet à une séance d’hypnose régressive, afin de déterminer une bonne fois pour toutes si Ivy fut Audrey Rose dans une vie antérieure. Cette ultime séquence, éprouvante, laisse protagonistes et spectateurs sur les rotules. Car si d‘aucuns considèrent la réincarnation comme la perspective pleine d’espoir de survie de l’âme à son enveloppe corporelle, le film, lui, en donne plutôt la vision d’un fardeau terrible. Certaines critiques de l’époque taxèrent Audrey Rose de plagiat de L’Exorciste, mais il s’agit d’un procès d’intention étant donnée l’indéniable différence d’approche stylistique entre les deux œuvres. En guise d’épilogue, le film reprend l’ultime citation du roman de De Felitta, empruntée au « Bhagavad-Gita » : « Il n’y a pas de fin. Pour l’âme, il n’y a jamais de naissance ni de mort. Et, ayant été une fois, elle ne cesse jamais d’être. Elle n’est pas née, elle est éternelle, immortelle et primordiale. »

 

© Gilles Penso

 

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AVATAR, LA VOIE DE L’EAU (2022)

James Cameron plonge dans les profondeurs aquatiques de la planète Pandora pour nous offrir un second épisode époustouflant…

AVATAR : THE WAY OF WATER

 

2022 – USA

 

Réalisé par James Cameron

 

Avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver, Stephen Lang, Cliff Curtis, Kate Winslet, Joel David Moore, CCH Pounder, Edie Falco, Jermaine Clement

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I FUTUR I SAGA AVATAR

L’univers décrit dans Avatar fusionnait avec tant d’emphase la somme des passions et des obsessions de James Cameron que le cinéaste ne pouvait se contenter d’un seul film pour en explorer tout le potentiel. Encore fallait-il que ce premier long-métrage soit un succès. Ce problème étant réglé (près de trois milliards de dollars au box-office), le père de Terminator put prendre tout son temps pour préparer la suite de cette saga protéiforme. Treize ans de réflexion, 1500 pages de notes, d’innombrables réunions d’écriture, une multitude de nouveaux tests techniques, et voilà non pas une mais trois suites mises en chantier par Cameron et son fidèle co-producteur Jon Landau. La franchise Avatar se déploie donc à très grande échelle, laissant entendre que le monde aperçu dans le premier film n’était que la partie émergée d’un iceberg à la richesse insoupçonnée. En attendant le troisième et le quatrième épisode de la saga, voici donc Avatar, la voie de l’eau qui permet à Cameron de retrouver l’un des motifs les plus récurrents de l’ensemble de son œuvre : l’élément aquatique. Déplacer l’intrigue en bord de mer puis au cœur de l’océan de la planète Pandora permet ainsi de tisser un lien avec d’autres films-clés de sa filmographie, notamment Abyss et Titanic vers lesquels plusieurs scènes et situations de ce second Avatar entrent en résonance. Ces entités marines fluorescentes, ces submersibles futuristes, ces naufrages dont les conséquences dramatiques font effet de révélateur sont autant de composantes de ce qu’il faut bien considérer comme le « Cameron Cinematic Universe ».

Le récit d’Avatar, la voie de l’eau prend place une décennie après les événements racontés dans le premier film. Jake Sully s’est tant intégré dans la société des Na’vis qu’il a fini par fonder une famille avec Neytiri. Voilà donc nos deux parents aimants à la tête d’une petite tribu turbulente et hétéroclite : les frères Neteyam et Lo’Ak, qui aspirent à devenir de fiers guerriers comme leur père, la petite Tuk et l’hybride Kiri qu’ils ont adoptée. L’équilibre de ce foyer sylvicole menace cependant d’être brisé par une nouvelle menace venue du ciel. Car les humains n’ont pas dit leur dernier mot. Après avoir tenté de piller les ressources minières de la planète Pandora pour alimenter une Terre moribonde, leur ambition prend désormais des proportions hégémoniques. Une nouvelle troupe de soldats armés jusqu’aux dents débarque donc dans les forêts paisibles de l’exolune pour y faire le ménage et préparer la colonisation. Jake Sully doit dès lors prendre une décision difficile. Doit-il mener une guerre brutale pour repousser l’envahisseur ou s’enfuir afin de protéger les siens ?

Les aliens titanesques des abysses

Les péripéties du film s’installent bientôt sur les rives de la peuplade Metkayina, qui vit en parfaite harmonie avec les océans. Dès lors, l’écosystème de Pandora s’élargit et prend une ampleur nouvelle, à tel point que James Cameron stoppe par moment le déroulement de l’intrigue pour mieux nous immerger dans cette partie aquatique de la planète que nous ne connaissions pas et nous faire découvrir sa faune, sa flore, ses interconnections, ses règles et son fonctionnement. Les passages magnifiquement contemplatifs s’alternent avec des séquences de batailles incroyablement épiques. Le tout nouveau bestiaire marin (notamment les cétacés Tulkun) se heurte ainsi à une armada guerrière inédite (en particulier d’étonnants exosquelettes en forme de crabes géants), comme pour nous offrir des variantes surdimensionnées du fameux affrontement final d’Aliens. Si la mise en scène des baleiniers appâtés par le gain permet de décliner la thématique de la sauvegarde de l’environnement qui faisait déjà battre le cœur du premier Avatar, un autre motif vient s’y greffer en charriant son propre lot de complexités : la préservation des liens distendus de la cellule familiale. Tout étant relié dans le monde de Pandora, les conflits existent à toutes les échelles et se répondent comme autant d’échos. La trajectoire du héros, quant à elle, prend une tournure inattendue. Pour assurer la sécurité de sa famille (ce qu’il estime être son rôle de père), il courbe l’échine, refuse le combat, évite les obstacles et accepte la régression. Vertigineux jusque dans les replis les plus subtils de sa dramaturgie, Avatar, la voie de l’eau trouve le moyen audacieux de réintégrer dans son casting Stephen Lang et Sigourney Weaver, offre un rôle savoureux à Kate Winslet (qui retrouve Cameron 25 ans après Titanic) et rend un vibrant hommage au regretté compositeur James Horner à travers une symphonie mi-orchestrale mi-tribale concoctée par son ancien collaborateur Simon Franglen.

 

© Gilles Penso

 

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CHRISTMAS EVIL (1980)

Traumatisé par un souvenir d’enfance, l’employé d’une usine de jouets devient obsédé par le Père Noël et bascule dans la psychopathie…

CHRISTMAS EVIL

 

1980 – USA

 

Réalisé par Lewis Jackson

 

Avec Brandon Maggart, Jeffrey DeMunn, Dianne Hull, Gus Salud, Wally Moran, Joe Jamrog, Peter Neuman, Mark Chamberlin, Scott McKay, Peter Friedman

 

THEMA TUEURS

Lewis Jackson est un scénariste et réalisateur dont la carrière est restée très confidentielle. Par le passé, il avait réalisé deux longs-métrages obscurs, la comédie The Deviates en 1970 et la série B d’horreur The Transformation : A Sandwich of Nightmares en 1974. Christmas Evil est son troisième et dernier film, sans conteste le plus connu, même s’il n’a rien pour marquer durablement les mémoires. Sa genèse laisse rêveur. Lewis Jackson aurait en effet eu l’idée de départ de ce conte sanglant après avoir fumé de la marijuana une nuit dans les années 70 et avoir eu la vision effrayante du Père Noël brandissant un couteau dans sa direction ! Le projet s’appelle d’abord You Better Watch Out (« Tu as intérêt à faire attention ») puis Terror in Toyland (« Terreur au pays des jouets »), mais il ne se concrétise qu’après le succès inespéré de La Nuit des masques de John Carpenter. Le film trouve finalement son financement et porte son titre définitif de Christmas Evil. Certaines affichent inscrivent alors officiellement le troisième long-métrage de Lewis Jackson dans la vogue croissante du slasher en annonçant en lettres rouge sang : « d’abord vint Halloween, puis Vendredi 13, voici maintenant Christmas Evil ! ». Or lorsqu’on se penche sur son cas, on découvre que ce « Noël maléfique » ne doit pas grand-chose aux deux films cités précédemment, si ce n’est un flash-back d’ouverture traumatique, et construit sa propre atmosphère insolite loin des canons du genre.

Tout commence dans la banlieue de New Jersey le soir du 24 décembre 1947. Réveillé au milieu de la nuit, le tout jeune Harry Stadling est extrêmement choqué en voyant sa mère se faire tripoter par le Père Noël (en réalité son père costumé). Trente-trois ans plus tard, nous retrouvons Harry adulte, sous les traits de Brandon Maggart (aperçu la même année dans le Pulsions de Brian de Palma). Visiblement obsédé par les fêtes de fin d’année, il dort dans un pyjama rouge et blanc, vit dans un appartement saturé de décorations de Noël et espionne tous les enfants de son voisinage pour savoir lesquels sont sages et lesquels se comportent mal, informations qu’il consigne ensuite consciencieusement dans ses cahiers. La journée, il travaille dans une usine de jouets, chagriné d’être le seul à se soucier de la future joie des enfants lorsqu’ils recevront ces présents au pied de leur sapin. On sent bien que quelque chose cloche chez ce pauvre Harry, mais le trouble reste longtemps latent, entre deux eaux. Comme on pouvait s’y attendre, les choses basculent le soir du 24 décembre. Notre homme décide alors de s’habiller en Père Noël, de prendre le volant d’un van spécialement redécoré et de partir accomplir sa mission sacrée : distribuer des cadeaux aux enfants sages et préparer la punition des autres…

Bad Santa

Malgré son démarrage proche de celui d’Halloween, dans lequel se met en place le traumatisme d’enfance qui mènera à la psychopathie, Christmas Evil n’évolue pas selon les mécanismes hérités de John Carpenter. Le film prend son temps pour bâtir son ambiance glauque et décrire le quotidien de son héros pathétique. Pour autant, nous ne combattons pas non plus dans la même catégorie que le Maniac de William Lustig. L’horreur n’éclabousse d’ailleurs que très tardivement le métrage. Il faut d’abord subir de longues séquences erratiques qui semblent de mener nulle part et s’armer de beaucoup de patience. Et si les meurtres finissent par survenir à l’aide d’armes blanches (une hache), de jouets modifiés (un petit soldat à la baïonnette acérée) ou d’objets divers (une étoile de sapin tranchante), ils restent relativement périphériques à l’intrigue. Jackson a d’ailleurs toujours affirmé que son film n’appartenait pas à la catégorie des slashers, revendiquant plutôt l’influence de Frankenstein. Pour être honnête, cette référence ne saute pas aux yeux non plus, si l’on excepte le climax au cours duquel le paria prend la fuite devant une populace hystérique armée de torches. Quelques traits d’humour inattendus affleurent parfois, comme la confrontation d’une ribambelle d’hommes costumés en Père Noël dans un commissariat pour tenter d’identifier l’assassin, ou cette image finale poétique et savoureusement ironique. Christmas Evil aurait sans doute sombré dans l’oubli, comme les autres œuvres de son instigateur, si le cinéaste culte John Waters (Pink Flamingos, Cry-Baby) n’en avait pas fait publiquement l’un de ses films de chevet.

 

© Gilles Penso

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LE CALENDRIER (2021)

Une jeune femme fait l’acquisition d’un vieux calendrier de l’avent en bois dont chaque case renferme un secret terrifiant…

LE CALENDRIER

 

2021 – FRANCE / BELGIQUE

 

Réalisé par Patrick Ridremont

 

Avec Eugénie Derouand, Honorine Magnier, Clément Olivieri, Janis Abrikh, Cyril Garnier, Vladimir Perrin, Fabien Jegoudez, Jérôme Paquatte-Fremy

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Faire basculer la période festive de Noël dans l’horreur est une tradition connue dans le cinéma de genre, surtout depuis que les années 80 se sont amusées à ensanglanter les écrans avec des films tels que Black Christmas, Christmas Evil, Douce nuit sanglante nuit ou Don’t open till Christmas, pour n’en citer qu’une poignée. Mais l’un des éléments clés de cette imagerie gentiment sirupeuse avait jusqu’alors échappé aux radars des cinéastes amateurs de frissons : le calendrier de l’avent. 24 petites fenêtres s’ouvrant sur des surprises généralement sucrées, voilà autant de possibilités de faire fonctionner l’imagination des scénaristes pour transformer les promesses en cauchemars. Cette transgression d’une tradition germano-finlandaise qui semble remonter au 19ème siècle n’est pas l’œuvre d’un cinéaste anglo-saxon – une fois n’est pas coutume – mais d’un réalisateur, scénariste et acteur belge à qui nous devons la comédie dramatique Dead Main Talking mettant en scène François Berléand, son épouse de l’époque Virginie Efira et lui-même dans le rôle principal. Avec Le Calendrier, il change de registre et s’enfonce dans la brèche attrayante de la légende urbaine pour concocter un film d’épouvante surprenant s’appuyant sur les failles physiques et psychologiques de son personnage principal.

Eva (Eugénie Derouand) est une ancienne danseuse, mais un accident l’a brutalement rendue paraplégique. Désormais clouée sur un fauteuil roulant, elle travaille dans un cabinet d’assurance pour un patron détestable, s’est éloignée de son père frappé de sénilité qui vit avec une femme odieuse et cupide, essuie régulièrement des remarques condescendantes, bref le tableau n’est pas très reluisant. Pour l’heure, ses rayons de soleil sont son chien fidèle Marvin et sa meilleure amie Sophie (Honorine Magnier). De retour d’un voyage en Allemagne, cette dernière a ramené à Eva un cadeau très spécial : un vieux calendrier de l’Avent en bois déniché par hasard sur un marché de Noël. Cet objet mécanique étrange, qui n’aurait pas dépareillé dans un film de Guillermo del Toro, annonce d’emblée trois règles immuables écrites en allemand. Règle numéro 1 : si on avale l’un des bonbons que contient le calendrier, il faut tous les avaler. Règle numéro 2 : il est impératif de respecter toutes les règles jusqu’à l’ouverture de la dernière fenêtre. Règle numéro 3 : il ne faut pas le jeter. La sanction en cas de non-respect des règles est simple : c’est la mort.

La 24ème porte

L’entame du Calendrier est très intrigante, dessinant rapidement les contours d’un motif classique du cinéma et de la littérature fantastique : le pacte avec le diable. En acceptant de respecter les règles de cette relique d’un autre âge dont les mécanismes n’en finissent pas de révéler leurs secrets enfouis, Eva découvre que tous ses souhaits, y compris les plus intimes ou les plus inavouables, finissent par s’exaucer. Mais de tels prodiges n’existent évidemment pas sans contreparties. Pour aller au bout de ce jeu malsain s’égrenant progressivement au fil de chaque journée du mois de décembre jusqu’au 24 fatidique, Eva sait qu’elle devra accepter des sacrifices de plus en plus difficiles. Ce dispositif narratif n’est pas sans évoquer celui de 13 jeux de mort (et de son remake 13 Sins) qui lui aussi faisait lentement glisser son protagoniste sur la pente d’une dangereuse descente aux enfers. La présence surnaturelle d’un être démoniaque répondant au nom sommaire de « Ich » (« Moi » en allemand) est d’emblée assumée par une série de plans furtifs révélant progressivement sa morphologie inquiétante qui semble tout droit échappée de Silent Hill. Reste à savoir si ce monstre est réel ou s’il flotte dans l’esprit fébrile d’une héroïne campée avec beaucoup de justesse et de sensibilité par Eugénie Derouand (vue dans la série Paris Police 1900). La solidité des acteurs est justement l’un des points forts du film, qui s’appuie également sur une mise en scène très soignée (jouant habilement sur ses cadres, ses focales, ses lumières et ses effets visuels discrets pour susciter le malaise). Le Calendrier est donc une variante très recommandable sur le thème protéïforme du Noël sanglant.

 

© Gilles Penso

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