ALADDIN (1986)

Bud Spencer incarne un génie blagueur et castagneur dans cette relecture moderne du célèbre conte oriental…

SUPERFANTAGENIO

 

1986 – ITALIE / USA

 

Réalisé par Sergio Corbucci

 

Avec Bud Spencer, Luca Venantini, Janet Agren, Umberto Raho, Diamy Spencer, Raffaele Mottola, Julian Voloshin, Tony Adams

 

THEMA MILLE ET UNE NUITS

Superstar internationale grâce à la vingtaine de comédies d’action dans lesquelles il tint la vedette aux côtés de Terence Hill, Bud Spencer (de son vrai nom Carlo Pedersoli) voit sa carrière infléchir à partir du milieu des années 80. En s’impliquant dans une version modernisée et burlesque des célèbres aventures d’Aladin et de sa lampe magique, il pense pouvoir se remettre en selle. Le scénario s’appuie sur une histoire imaginée par Dardano Sacchetti et Elisa Briganti (qui écrivirent ensemble dans un registre très différent L’Enfer des zombies, La Maison près du cimetière et Les Guerriers du Bronx). Porté par Menahem Golan et Yoram Globus, les légendaires producteurs de Cannon Films, Aladdin est réalisé par le stakhanoviste Bruno Corbucci, déjà signataire d’une bonne cinquantaine de longs-métrages. Corbucci ayant dirigé Bud Spencer à quatre reprises (avec Pair et impair, Banana Joe, Escroc macho et gigolo et Les Super Flics de Miami), l’acteur est en confiance. Il propose même à sa fille Diamy Spencer de jouer un rôle dans le film, celui de la petite-amie du jeune héros. Pour se donner des allures américaines, Aladdin est tourné à Miami et joué en anglais, même si la quasi-totalité de l’équipe est italienne. Car Golan et Globus visent gros et entendent bien inonder le marché international.

Luca Venantini incarne un garçon de quatorze ans nommé Albert Hadin (dont le diminutif est Al Hadin, pour ceux qui n’auraient pas saisi le clin d’œil). Pour arrondir ses fins de mois après l’école, Al travaille dans la boutique hétéroclite d’un brocanteur, « Tony Buys It ». Un jour, au milieu d’un tas de ferraille qu’a ramenée son employeur après une visite auprès des pêcheurs du coin, l’adolescent découvre une vieille lampe qu’il commence à nettoyer. Aussitôt apparaît Bud Spencer en fondu enchaîné, raide comme un piquet, le visage rond et barbu. C’est le génie de la lampe ! Al n’en croit pas ses yeux. Invisible aux yeux des autres humains, il est capable d’exaucer tous les vœux de son nouveau « maître ». Ainsi, contrairement à la formulation traditionnelle du fameux conte des mille et une nuits, il n’y a ici aucune limitation dans le nombre de vœux. Pour le jeune Al, c’est « open bar » ! En revanche, les pouvoirs magiques du génie s’évanouissent à la fin du jour pour ne réapparaître que le lendemain. « Je suis le contraire de Dracula, je ne travaille pas la nuit », explique-t-il. Nouveau meilleur ami du jeune héros, le génie va l’aider à assouvir tous ses désirs puis s’opposer à des kidnappeurs d’enfants et à des mafieux qui sévissent dans le quartier.

« Ce rêve Bud… »

La grande majorité des vœux qu’exauce « Bud le génie » dans le film sont d’une désarmante trivialité : transformer Al en champion de basket ou de ski nautique, lui donner un collier pour la fille qu’il veut séduire, lui permettre de tabasser un groupe de garçons qui le maltraitent, faire apparaître une Rolls Royce rouge capable de voler, muer des chiens méchants en petits chiots, métamorphoser les méchants en cafards ou en cochons… On sent bien que le scénario a été écrit par-dessus la jambe, laissant les saynètes amusantes s’enchaîner de manière erratique et sans réelle progression. Quelques cascades cartoonesques et une poignée d’effets spéciaux comiques maladroits (la voiture en apesanteur, la fuite en tapis volant) égaient le métrage. Le temps d’une séquence parfaitement gratuite, Bud Spencer se transforme même momentanément en policier, sans doute en référence au rôle récurrent de « super-flic » qu’il joua aux côtés de Terence Hill. Mais le massif acteur ne semble que modérément convaincu par toute cette affaire. Lorsque nous le voyons apparaître pour la première fois dans son accoutrement pseudo-oriental, déclarant « je suis le génie de la lampe, fais ton vœu » avec une voix traînante et un regard las, il semble presqu’embarrassé. Le comédien bientôt sexagénaire se traîne d’ailleurs pendant tout le film, comme en bout de course. Il castagne certes encore quelques méchants, mais visiblement le cœur n’y est plus trop. Sympathique mais parfaitement facultative, cette comédie fantastique anecdotique est à réserver en priorité aux amateurs inconditionnels de ce bon vieux Bud.

 

© Gilles Penso


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PLUS MOCHE QUE FRANKENSTEIN, TU MEURS ! (1975)

Aldo Maccione incarne une créature monstrueuse et lubrique dans cette parodie italienne parfaitement improbable…

FRANKENSTEIN ALL’ITALIANA

 

1975 – ITALIE

 

Réalisé par Armando Crispino

 

Avec Aldo Maccione, Gianrico Tedeschi, Jenny Tamburi, Anna Mazzamauro, Lorenza Guerrieri, Ninetto Davoli, Aldo Valletti, Alessandra Vazzoler

 

THEMA FRANKENSTEIN

Après s’être délecté du Frankenstein Junior de Mel Brooks, comment ne pas s’affliger lorsque, l’année suivante, l’Italie nous livre Frankenstein all’Italiana ? Armando Crispino, qui vient tout juste de réaliser Frissons d’horreur, se lance donc dans la gaudriole en confiant le rôle du monstre de Mary Shelley à Aldo Maccione. Le public français connaît déjà le trublion grâce à L’Aventure c’est l’aventure et Mais où est donc passé la septième compagnie ?, mais il faudra attendre d’autres comédies « bien de chez nous » comme Je suis timide mais je me soigne, C’est pas moi c’est lui ou Tais-toi quand tu parles pour qu’Aldo « la classe » se mue en superstar du rire en nos contrées (son accent impayable et sa démarche légendaire déclenchant alors les zygomatiques de toute une frange de la population). Du coup, les distributeurs français décident d’exhumer cet obscur Frankenstein all’Italiana et de lui donner un titre qui claque. Au lieu d’un trop banal « Frankenstein à l’italienne » (traduction littérale de son appellation originale), on opte pour un clin d’œil éléphantesque au Plus beau que mois tu meurs de Philippe Clair qui vient alors de déplacer les foules dans l’hexagone. Place donc à Plus moche que Frankenstein tu meurs !

Aldo incarne donc le monstre de Frankenstein. Affublé d’un maquillage blafard, d’un crâne hypertrophié et de bottes compensées, il débarque dans la chapelle du château de son créateur (Gianrico Tedeschi) et interrompt ses noces, provoquant des évanouissements en cascade. La créature ne va pas bien : son organisme rejette les membres et les viscères qui lui ont été greffés. Il craquèle de partout, perd sa langue et une main, se démembre lamentablement, bref tout va mal. Frankenstein charge donc son valet bossu Igor (Ninetto Tamburi) de récupérer quelques litres de sang ainsi que les organes manquants dans l’espoir de ressusciter son « enfant ». Dans le « centre de récupération de cerveaux », l’assistant contrefait nous joue un remake de Frankenstein Junior, brisant plusieurs bocaux et récupérant en désespoir de cause la matière grise d’un dangereux maniaque sexuel. Quant au sang, il l’obtient par carafes entières dans l’auberge vampirique du coin. À l’issue d’une expérience mouvementée menée par Frankenstein, Igor et deux assistantes aux mœurs légères (Lorenza Guerrieri et Anna Mazzamauro), le monstre revient miraculeusement à la vie. Le voilà désormais pourvu d’un appétit sexuel inextinguible dont seront victimes plus ou moins consentantes toutes les femmes passant à sa portée.

Vas-y Frankie, c’est bon !

Un prêtre qui louche, un bossu maladroit aux mains baladeuses, un savant hystérique qui gesticule en tous sens, un monstre qui émet de généreuses flatulences, un interminable petit déjeuner où la créature s’efforce de rester cachée sous la table, un chat qui rugit comme un lion… voilà la nature des ressorts comiques déployés dans ce film dont le mot d’ordre, on l’aura compris, n’est pas la finesse. Quant à Aldo Maccione, il grogne, grimace et baragouine quelques mots confus, quasiment méconnaissable sous son grimage vaguement karloffien, sans bien sûr s’adonner à cette fameuse démarche chaloupée qu’esquisse pourtant abusivement l’affiche française. Pour faire bonne mesure, Armando Crispino saupoudre son film d’érotisme bon enfant et cligne vaguement de l’œil vers le classique de James Whale (la scène de l’affrontement entre Igor, une torche à la main, et le monstre enchaîné dans la cave). Les seules idées intéressantes sont hélas inexploitées, notamment ce passage où la fiancée de Frankenstein (Jenny Tamburi), perdue dans les catacombes du château, découvre toute une série d’anciennes créatures momifiées qui prennent la poussière (dont l’une ressemble à Hitler !). Mais cette séquence ne débouche sur rien et cède le pas à une sarabande de nouveaux gags poussifs jusqu’à un final pataud qui, une fois de plus, se réfère lourdement à Frankenstein Junior.

 

© Gilles Penso

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CE QUE VEULENT LES FEMMES (2000)

Mel Gibson excelle dans le rôle d’un publicitaire macho qui, du jour au lendemain, se découvre le pouvoir de lire les pensées féminines…

WHAT WOMEN WANT

 

2000 – USA

 

Réalisé par Nancy Meyers

 

Avec Mel Gibson, Helen Hunt, Marisa Tomei, Alan Alda, Ashley Johnson, Mark Feuerstein, Lauren Holly, Delta Burke

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

Aujourd’hui, le succès de Ce que veulent les femmes semble indissociable de la présence en tête d’affiche de Mel Gibson et Helen Hunt. Leur arrivée sur le film fut pourtant tardive. C’est sous le titre « Head Games » que le projet commence à circuler à partir de 1996. À l’époque, le scénario co-écrit par Josh Goldsmith, Cathy Yuspa et Diane Drake envisage l’acteur comique Tim Allen dans le rôle masculin principal. Le concept, très drôle, semble s’inspirer partiellement d’un des épisodes de La Quatrième dimension, « Un sou pour vos pensées », écrit par George Clayton Johnson et diffusé une première fois en 1961. Mais le projet traîne et ne se concrétisera qu’au tout début des années 2000. Réalisatrice de la comédie À nous quatre, Nancy Meyers hérite du film dont elle sent le fort potentiel mais qu’elle tient à se réapproprier. Sa première tâche consiste donc à revoir de fond en comble le scénario pour l’adapter à sa propre sensibilité, même si ce travail d’auteur reste officieux. Et c’est sous cette forme définitive que le script atterrit entre les mains de Mel Gibson et Helen Hunt, interprètes idéaux de deux créatifs publicitaires que tout sépare : le séducteur phallocentrique Nick Marshall et l’ambitieuse working girl Darcy Maguire.

Macho congénital, Nick Marshall a tout de même des circonstances atténuantes. Fils d’une showgirl de Las Vegas, privé de modèle masculin stable, notre homme s’est construit une image très stéréotypée de la femme. L’une de ses blagues préférées ? « Quelle est la différence entre ta femme et ton boulot ? Après dix ans, ton boulot te pompe encore ! » Voilà qui situe assez bien le personnage. Aujourd’hui, c’est le cadre d’une agence de pub visant ardemment le poste de directeur de création. Nick a eu son heure de gloire, concoctant des campagnes efficaces et fort rémunératrices. Mais les mœurs ont évolué, et sa tendance à vouloir objectifier les femmes pour vendre des produits n’est plus dans l’air du temps. Incapable de satisfaire les désirs et les attentes de la clientèle féminine, Nick risque de se retrouver sur la touche. De fait, le poste qu’il convoitait tant est attribué à une consœur, Darcy Maguire. Déstabilisé par ce retournement de situation, Nick s’enivre un soir chez lui, essaie des articles féminins dans l’espoir de comprendre la psyché des consommatrices et s’électrocute accidentellement. Le lendemain, il découvre avec stupeur que cet accident la métamorphosé. Il est désormais capable d’entendre distinctement les pensées de toutes les femmes qu’il croise…

La panique, l’acceptation et le renoncement

Ingénieux, le concept du film permet de transcender les lieux communs de la comédie romantique traditionnelle. Le surnaturel ouvre en effet des portes passionnantes sur le thème des différences séculaires entre le raisonnement des hommes et celui des femmes. Impeccable dans le rôle de ce publicitaire en passe de devenir obsolète, Mel Gibson explore à fond un potentiel comique qu’il n’avait jusqu’alors qu’effleuré (même si la saga L’Arme fatale lui permettait déjà de creuser habilement ce sillon). Grâce à Ce que veulent les femmes, il se révèle un formidable acteur de comédie et nous offre même un petit numéro musical extrêmement élégant sur le standard « I Won’t Dance » de Frank Sinatra. Au fil de ce récit initiatique, notre héros passe par trois étapes incontournables : la panique face à ce nouveau pouvoir, son acceptation et son exploitation au mépris de toute morale, et enfin son renoncement pour un retour à la normale à l’issue duquel il ressort changé et grandi. Malgré ce schéma attendu, le film surprend sans cesse et sait alterner adroitement l’humour et l’émotion, fermant au cours de son dernier acte toutes les portes ouvertes par son intrigue à tiroirs. Si la mise en scène de Nancy Meyers reste très discrète, laissant généralement les acteurs faire leur numéro sans entraver leurs performances, quelques effets de style intéressants affleurent lorsque la dramaturgie s’y prête, comme dans cette séquence où le héros découvre les pensées assassines de sa secrétaire (le montage nerveux alterne des plans de plus en plus courts des deux visages). Salué par le public et la critique, Ce que veulent les femmes sera l’un des derniers grands rôles de Mel Gibson, la suite de sa carrière perdant peu à peu de son éclat.

 

© Gilles Penso

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TAXIDERMIE (2006)

Trois générations d’hommes aux pulsions et aux obsessions monstrueuses se succèdent dans ce film provocateur et inclassable…

TITRE ORIGINAL

 

2006 – HONGRIE / AUTRICHE / FRANCE

 

Réalisé par György Pálfi

 

Avec Csaba Czene, Gergely Trocsanyi, Marc Bischoff, Gina Moreno, Istvan Gyuricza, Piroska Molnar, Gabor Maté, Geza D. Hegedüs, Zoltan Koppany

 

THEMA FREAKS

Il y a des films résolument atypiques, cultivant à la fois la beauté, la laideur, l’horreur et l’humour, le tout en un cocktail indéfinissable qui se soustrait à tout élément de comparaison. Taxidermie est de cette trempe. En se lançant dans une œuvre aussi inclassable, repoussant sans la moindre autocensure les limites de ce qui est généralement montrable sur un écran de cinéma, le réalisateur hongrois György Pálfi cherche de toute évidence la provocation, l’inconfort et le malaise, tout en développant une sorte de vision étrangement poétique du monde. Co-écrit avec Zsofia Ruttkay et inspiré par des nouvelles de Lajos Parti Nagy, le scénario se structure comme celui d’une grande fresque s’attachant à trois générations d’une même famille, depuis la seconde guerre mondiale jusqu’au 21ème siècle. Le grand-père, le père et le fils, tous plus bizarres et pervertis les uns que les autres, s’inscrivent ainsi dans les grands moments de l’histoire hongroise à travers leurs destins torturés et baroques. Ce sont leurs obsessions fiévreuses et leurs passions morbides qui dictent leur comportement, qu’il s’agisse de pulsions sexuelles primaires, d’un esprit de compétition jusqu’au-boutiste ou d’une quête artistique radicale et absolue.

Le grand-père de ce clan est Morosgoványi Vendel, un officier de l’armée hongroise dans les années 40. Soumis aux basses besognes que lui impose un lieutenant autoritaire, reclus dans une cabane non chauffée à côté des latrines, il développe une obsession pour le feu, les animaux morts et la sexualité déviante. Né d’une union adultère malsaine, son fils Balatony Kálmán est affublé d’une queue de cochon et devient obèse en grandissant. En quête de reconnaissance et d’un statut social digne de ce nom, il devient champion de concours très particuliers qui consistent à ingurgiter en un minimum de temps des quantités colossales de nourriture. Nous sommes alors en pleine guerre froide et Kalman donne naissance à un fils, Balatony Lajoska. Celui-ci devient un taxidermiste de grand talent dans la Hongrie des années 2000. Son père, toujours vivant, est désormais un monstre tellement volumineux qu’il ne peut plus bouger, entouré de chats ventripotents gardés en cage. Lajoska lui-même prépare un projet artistique aux conséquences inattendues…

L’esthétisme de l’obscénité

Sans cesse, Taxidermie ose le grand écart entre l’élégance et la vulgarité, l’esthétisme et l’obscénité. Le résultat est forcément déstabilisant. Quelques séquences somptueuses occupent parfois l’écran, comme cette baignoire qui se transforme tour à tour en berceau, en lit de mort, en lavoir ou en pétrin le temps d’un plan-séquence vertigineux. Ou ce livre en pop-up consacré à « La Petite fille aux allumettes » dans lequel évoluent de vrais personnages en chair et en os. Mais le glauque, le putride et le libidineux finissent par s’insinuer partout, convoquant les travers les plus inavouables de la psyché humaine : la zoophilie, la nécrophilie, la pédophilie… Les « héros » de Taxidermie crachent des flammes avec leur sexe, expulsent des hectolitres de vomi, s’automutilent. Mieux vaut avoir le cœur bien accroché pour se lancer dans un tel spectacle, dont la finalité nous échappe forcément au-delà d’un inévitable sous-texte politique confrontant l’homme à sa propre absurdité. Sans doute faut-il surtout y voir un geste artistique désespéré, ce que semble vouloir confirmer son étonnante séquence finale.

 

© Gilles Penso


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SHARK BAY (2022)

Cinq fêtards se retrouvent isolés au beau milieu d’une mer où rôde un requin vorace dans ce survival redoutablement efficace…

SHARK BAIT

 

2022 – USA

 

Réalisé par James Nunn

 

Avec Holly Earl, Jack Trueman, Catherine Hannay, Malachi Pullar-Latchman, Thomas Flynn, Manuel Cauchi, Joshua Takacs, Maxime Durand, Milo McDowell

 

THEMA MONSTRES MARINS

Tourné à Malte en pleine crise du Covid, Shark Bay (qui fut un temps annoncé sous le titre peu vendeur de Jet-ski) est produit par l’équipe de 47 Meters Down, visiblement désireuse de continuer à poursuivre l’exploration des dangers marins et de la voracité sans limite des grands requins blancs. À la mise en scène, on retrouve James Nunn, qui vient alors de réaliser le thriller d’action One Shot. Face à un tel projet, une question nous taraudait fatalement : comment parvenir encore à surprendre avec un sujet autant galvaudé, dont les bases furent jetées dès 1975 avec le séminal Jaws, mille fois imité mais évidemment jamais égalé ? L’entrée en matière joue ouvertement la carte du déjà-vu, comme pour assumer d’emblée les lieux communs du genre et l’héritage incontournable du classique de Spielberg. Le générique défile donc pendant que la caméra avance sous l’eau menaçante, aux accents d’une partition grondante et sourde. Puis nous découvrons un groupe de jeunes insouciants qui festoient sur la plage. Pas de doute, James Nunn connaît ses classiques.

C’est le dernier spring break de ces étudiants en liesse, alors l’alcool coule à flot et l’esprit est à la gaudriole. L’intrigue se resserre rapidement sur cinq d’entre eux, aux caractères suffisamment archétypaux pour être cernés en quelques minutes par les spectateurs : la délurée Milly (Catherine Hannay), la réservée Nat (Holly Earl), le ténébreux Tom (Jack Trueman), l’athlétique Tyler (Malachi Pullar-Latchman) et l’espiègle Greg (Thomas Flynn). Seule ombre au tableau : un inquiétant mendiant aux jambes amputées qui les met en garde en répétant « tiburon », autrement dit « requin ». Mais seule Nat est un tant soit peu intimidée par cet avertissement. Les autres veulent profiter jusqu’au bout de ce week-end mexicain, quitte à oser quelques petits coups de folie. En trouvant deux jet-skis amarrés sur la rive, ils décident de les « emprunter » sans demander la moindre autorisation. « C’est le spring break, il faut faire des trucs débiles ! » dit Tyler. Voilà pour la motivation. Nos joyeux drilles s’amusent donc à se courser en pleine mer, et ce qui devait arriver arrive : l’accident. Un seul jet-ski flotte encore mais son moteur est endommagé, l’un des étudiants est sévèrement blessé, ils sont perdus au large… Tout est en place pour le drame.

Les bronzés font du jet-ski

En nous rejouant un remake du « Radeau de la Méduse », désespérément agrippés à ce jet-ski transformé en épave flottante, les protagonistes s’éloignent brutalement de la mécanique héritée des Dents de la mer pour nous emmener ailleurs. Certes, le grand requin blanc qui ne tarde pas à passer à l’attaque toutes dents dehors est de toute évidence le descendant direct du « Bruce » de Spielberg, mais finalement on pense plutôt aux Dents de la mer 2ème partie de Jeannot Szwarc, et plus encore à Open Water ou Instinct de survie. Les interventions du squale sont parcimonieuses mais impressionnantes, au sein de séquences immersives d’une redoutable efficacité. Au beau milieu de la délirante déferlante de séries Z ayant transformé les requins en clowns croquemitaines accommodés à toutes les sauces (notamment sous l’impulsion de la franchise Sharknado), ce retour à une certaine sobriété fait du bien. Le suspense s’appuie principalement sur l’attente et le hors-champ. La chaleur, la peur de la noyade, la soif, puis le froid et l’obscurité viennent se mêler à la menace du monstre marin, et les vraies personnalités finissent par se révéler, le courage ou la lâcheté n’étant pas forcément nichés là où on les attend. Bref, malgré quelques facilités liées aux personnages, à leur backstory et à leurs réactions, voilà un survival prenant et oppressant qui tient toutes ses promesses de son concept.

 

© Gilles Penso

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JURASSIC WORLD : LE MONDE D’APRÈS (2022)

L’ancienne et la nouvelle génération de la saga jurassique se réunissent pour un épisode excessif conçu comme une gigantesque attraction de foire…

JURASSIC WORLD DOMINION

 

2022 – USA

 

Réalisé par Colin Trevorrow

 

Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Sam Neill, Laura Dern, Jeff Goldblum, Isabella Sermon, Campbell Scott, B.D. Wong, DeWanda Wise

 

THEMA DINOSAURES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I SAGA JURASSIC PARK

À l’encontre du concert de voix mécontentes clamant leur déception et leur amertume face à ce sixième opus de la franchise Jurassic Park, osons une note dissonante. Certes, Jurassic World : le monde d’après n’a rien d’un chef d’œuvre et ne marquera pas durablement l’histoire du cinéma. Comment pourrait-il en être autrement au sein d’une saga dont le tout premier épisode se suffisait amplement à lui-même, marquant déjà les limites du concept imaginé par Michael Crichton ? Même Steven Spielberg échouait à renouveler le miracle de son blockbuster préhistorique avec un Monde perdu à la dérive. Finalement, seul Colin Trevorrow sut donner un second souffle aux dinosaures clonés avec son spectaculaire Jurassic World concrétisant enfin sur grand écran le parc d’attractions dont rêvait le vénérable John Hammond. Mais avec Fallen Kingdom le soufflé retombait aussitôt, la mise en scène inventive de Juan Antonio Bayona ne parvenant guère à sauver les meubles. Que fallait-il donc attendre de Jurassic World : le monde d’après ? Honnêtement pas grand-chose. La démesure, la générosité et l’outrance du film n’en sont que plus appréciables, Colin Trevorrow reprenant les rênes de la saga sous la bénédiction de Steven Spielberg pour nous en mettre plein la vue et saturer l’écran de créatures préhistoriques échappées de toutes les époques de l’ère secondaire.

D’emblée, ce troisième Jurassic World tient à respecter la promesse tenue par le climax de l’épisode précédent. Notre planète est donc désormais envahie de dinosaures. Ces multitudes anachroniques s’efforcent tant bien que mal de cohabiter avec l’écosystème déjà en place mais créent un inévitable déséquilibre de forces au sein d’un environnement dès lors dangereusement fragilisé. Trevorrow nous offre alors une série de vues surréalistes décrivant ce fameux « monde d’après » : des panoramas aberrants où la faune du 21ème siècle gambade aux côtés d’immenses sauropodes, d’agiles ornithopodes ou de redoutables carnosaures. Mais c’est sans doute lorsque ces bêtes antédiluviennes s’invitent dans notre civilisation que le spectacle s’avère le plus surprenant. À ce titre, la course-poursuite délirante dans les rues de Malte, empruntant ses effets de style aux sagas James Bond, Mission impossible et Indiana Jones, est un mémorable morceau d’anthologie. Ces atrociraptors transformés en machines à tuer, véritables Terminators reptiliens lancés à vive allure sur les traces de nos deux héros – au sein d’un montage parallèle ébouriffant – nous en donnent largement pour notre argent. Bien sûr, nul besoin d’être un indécrottable cynique pour comprendre que l’abondance de nouvelles espèces mises en scène dans le film est en grande partie motivée par le potentiel commercial des jouets et des produits dérivés. Mais qu’importe : comment ne pas jubiler lorsque se déchaînent les dimétrodons, le giganotosaure, les nasotocératops, le pyroraptor, le quetzalcoatlus ou le therizinosaurus ?

Orgie préhistorique

Jurassic World : le monde d’après pousse si loin l’interaction entre les dinosaures et les humains qu’une enthousiasmante décision artistique et technique a présidé à la conception de ses effets spéciaux : un équilibrage entre les images de synthèse et l’animatronique (près d’une quarantaine de marionnettes sont sollicitées par le tournage, notamment un giganotosaure robotique de 13 mètres de long), ce qui nous ramène au tout premier Jurassic Park qui, à l’époque, faisait office de pionnier en ce domaine. Pour être honnête, toute cette opulence visuelle ne parvient pas à masquer les scories d’un scénario qui ne tient pas vraiment la route, convoquant les trois acteurs principaux du premier film sans leur donner grand-chose d’intéressant à faire, s’égarant dans des péripéties répétitives (notamment au cours d’un troisième acte interminable), cherchant à varier les plaisirs avec des nuées de sauterelles mutantes et un enfant clone, bref partant dans tous les sens sans parvenir à solidifier son intrigue. C’est donc là que le bât blesse. On comprend les esprits chagrins, dépités de voir Sam Neill, Laura Dern et Jeff Goldblum singer leur propre prestation de 1993 sans beaucoup de conviction, tandis que Chris Pratt et Bryce Dallas Howard adoptent des postures caricaturales de super-héros face aux grands sauriens qui leur barrent la route. Objectivement, tout ça ne vole pas bien haut. Mais subjectivement, un amoureux de dinosaures digne de ce nom peut difficilement rester insensible devant cette orgie d’écailles, de plumes, de cornes, de griffes et de mâchoires en furie. Jurassic World : le monde d’après n’est finalement rien d’autre qu’un tour de grand huit dans un parc d’attractions, sa valeur ne se mesurant qu’à la hauteur des sensations fortes qu’il procure.

 

© Gilles Penso

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30 ANS SINON RIEN (2004)

Une adolescente complexée qui rêve de devenir adulte se réveille un beau jour à l’âge de trente ans…

13 GOING ON 30

 

2004 – USA

 

Réalisé par Gary Winick

 

Avec Jennifer Garner, Mark Ruffalo, Judy Greer, Jim Gaffigan, Andy Serkis, Kathy Baker, Phil Reeves, Christa B. Allen, Sean Marquette, Alexandra Kyle, Alex Black

 

THEMA ENFANTS

Une comédie romantique fantastique : pour Jennifer Garner, c’était l’occasion rêvée d’obtenir son premier grand rôle au cinéma et de s’éloigner momentanément de la série Alias qui la fit découvrir du grand public. Engagée sur le long terme dans le show d’espionnage de J.J. Abrams, elle profita donc d’une pause pendant le tournage pour s’embarquer dans l’aventure de 30 ans sinon rien. À vrai dire, le réalisateur Gary Winick (Séduction en mode mineur, Le Petit monde de Charlotte) n’était pas spécialement fan d’Alias, mais le bagout, l’humour et le charme de la comédienne surent le convaincre. Le scénario de 30 ans sinon rien est l’œuvre de Josh Goldsmith et Cathy Yuspa, qui s’étaient déjà frottés au mélange des genres avec Ce que veulent les femmes. Officieusement, Niels Mueller (futur créateur de la série The Defenders) mit la main à la pâte pour peaufiner l’histoire. Le récit s’amorce à la fin des années 80. Jenny Rink (Christa B. Allen) est une jeune fille de 13 ans un peu à part qui rêverait de faire partie des « Six Misses », le groupe de filles le plus tendance et le plus élitiste de son lycée, quitte à s’éloigner de son meilleur ami Matt Flamhaff (Sean Marquette). Le jour de son anniversaire, Lucy (Alexandra Kyle), leader des Six Misses, lui joue un sale tour. Jenny fait alors le vœu de devenir « une femme de trente ans sexy et épanouie ». Contre toute attente, son souhait se réalise aussitôt…

Le concept du film évoque beaucoup celui de Big, source d’inspiration directe de 30 ans sinon rien. Ni le réalisateur, ni les scénaristes ne s’en cachent. L’intrigue marque tout de même une différence importante avec l’histoire imaginée par Anne Spielberg et Gary Ross. Ici, le personnage principal ne se contente pas de devenir adulte en un clin d’œil. En effet, le monde entier a grandi lui aussi d’un seul coup, passant des années 80 aux années 2000. Jenny a conservé l’esprit d’une fille de 13 ans, mais tout son environnement a évolué, comme si elle avait voyagé dans le temps et mûri physiquement sans s’en rendre compte (en prenant donc les traits de Jennifer Garner). Or l’adulte qu’elle est devenue, constat amer, est un personnage peu recommandable. Pour atteindre son rêve et devenir cette fameuse « femme de trente ans sexy et épanouie », Jenny s’est trahie elle-même. Lucy, la petite peste qu’elle admirait tant, est devenue sa collègue de travail (incarnée à l’âge adulte par Judy Greer). Quant à son meilleur ami Matt, qui a désormais pris les traits de Mark Ruffalo, il a définitivement disparu de sa vie.

La femme-enfant

L’élément fantastique qui permet ce prodige (une poudre magique achetée dans le commerce et censée exaucer tous les vœux) n’est qu’un prétexte scénaristique traité de manière évasive (un peu comme le ticket magique de Last Action Hero) car là n’est pas le point central du film. Ce qui intéresse Gary Winick, c’est moins le phénomène surnaturel que l’effet révélateur qu’il provoque chez ses personnages. Comme dans Big, l’enfant dans un corps d’adulte se retrouve employé dans une entreprise en bout de course (des fabricants de jouets dans le film de Penny Marshall, un magazine people ici) et lui apporte la fraîcheur, l’authenticité et le grain de folie nécessaires pour lui permettre de se renouveler. Une fois de plus, la candeur se heurte au cynisme et l’emporte. De fait, la fameuse scène de la chorégraphie sur le « Thriller » de Michael Jackson (qui au passage terrifia Mark Ruffalo pendant le tournage, pas sûr du tout de pouvoir se lancer dans une telle performance) fait écho de manière assumée à celle du piano géant de Big. Une foule de petits détails anodins nous font croire au postulat invraisemblable du film (la réunion de travail où Jenny écrit son nom en haut de la feuille comme s’il s’agissait d’une copie d’école, la scène du « strip-tease torride » de son petit-ami hockeyeur) tandis que le comique de situation s’appuie sur le statut anachronique de l’héroïne (qui se maquille par exemple comme une ado des années 80 pour participer à une soirée professionnelle). Jennifer Garner crève l’écran, Andy Serkis est savoureux en rédacteur en chef dépassé par les événements et Mark Ruffalo est touchant, comme toujours. Dommage que le soufflé retombe un peu au cours du troisième acte, évacuant peu à peu la comédie au profit de bons sentiments exprimés sans beaucoup de subtilité. Ironiquement – mais est-ce un hasard ? -, Jennifer Garner et Mark Ruffalo redeviendront un couple à l’occasion d’un autre film fantastique lié à un enfant se découvrant adulte : Adam à travers le temps.

 

© Gilles Penso

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SUPERARGO CONTRE LES ROBOTS (1968)

Pour sa seconde aventure, le super-héros catcheur affronte des machines humaines créées par un savant fou…

SUPERARGO – L’INVICIBILE SUPERMAN

 

1968 – ITALIE

 

Réalisé par Paolo Bianchi

 

Avec Giovanni Cianfriglia, Guy Madison, Luisa Baratto, Diana Lorys, Aldo Sambrell, Tomas Blanco, Sergio Testori, Valerio Tordi, Aldo Bufi Landi, Valentino Macchi

 

THEMA SUPER-HÉROS I ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I ROBOTS

Le sympathique Superargo contre Diabolikus connut un petit succès sur le marché international. Une suite fut donc mise en chantier dans la foulée pour capitaliser sur les exploits de ce super-héros coloré moitié catcheur moitié agent secret. Dans l’espoir un peu vain de nous faire croire que nous avons affaire à un film hollywoodien, l’intégralité de l’équipe – majoritairement italienne – porte un pseudonyme anglo-saxon. Le réalisateur Paolo Bianchi s’appelle ainsi Paul Maxwell, nom sous lequel il signa ses œuvres précédentes (les inénarrables Bagarre à Bagdad pour X-27, Devilman le diabolique et Hypnose ou la folie du massacre). Habitué aux séries B décomplexées, Bianchi prend donc le relais de Nick Nostro, réalisateur du film précédent, et imprime à cette suite un rythme plus dynamique, privilégiant souvent une caméra en mouvement et un montage nerveux pour porter à l’écran les nombreuses séquences d’action. Après un générique joyeusement psychédélique, Superargo contre les robots commence par un match de catch, sacrifiant ainsi à la mécanique instaurée par Superargo contre Diabolikus. L’habile lutteur Jo Brand l’emporte allègrement sur son adversaire, sous les acclamations d’un public en liesse. Mais après le combat, des hommes étranges au visage sans expression, dans des tenues improbables à mi-chemin entre le cosmonaute et le scaphandrier, kidnappent le champion. Les sinistres robots du titre viennent de faire leur apparition…

L’enlèvement du catcheur fait suite à la disparition de dizaines d’autres athlètes. La police est sur les dents et les services secrets, en dernier recours, décident de faire appel à Superargo (le fringuant Giovanni Cianfriglia, dissimulé derrière le pseudonyme de Ken Wood). Celui-ci vient justement de s’entraîner avec l’Indien Kamir (Aldo Sambrell) pour « augmenter son développement psychique. » Il est désormais doué de télépathie, de télékinésie et de précognition, ce qui ne peut pas faire de mal. Il n’empêche que les premières étapes de son enquête échouent lamentablement, jusqu’à provoquer le kidnapping de Claire Brand (Luisa Baratto), la sœur du catcheur. Le fier justicier tente alors le tout pour le tout : il remonte sur le ring avec force publicité pour attirer les kidnappeurs. Le scénario s’affranchit donc ici de l’influence de James Bond pour partir sur une intrigue de pure science-fiction avec des robots qui ne sont pas sans évoquer les Cybernautes de Chapeau melon et bottes de cuir. En coulisses, c’est un nouveau savant fou qui donne du fil à retordre à notre héros. Fasciné par la capacité à transformer les humains en machines, il s’est en effet installé dans un laboratoire futuriste au sein d’un château niché au sommet d’une montagne pour poursuivre ses expériences invraisemblables…

En rouge et noir

Plus assumé que jamais, l’aspect « pulp » de l’aventure nous offre des moments délicieusement kitsch propres à ravir tous les amateurs du cinéma bis décomplexé des années soixante. Comment ne pas se délecter du concept-même du film, parfaitement absurde, qui consiste à mettre en scène un agent secret censé fureter discrètement alors qu’il porte la tenue rouge et noir la plus voyante du monde ? Pour justifier cette panoplie qui lui colle à la peau jour et nuit, Superargo se lance dans une explication limpide : « C’était mon costume de catcheur professionnel. Comme il m’a porté chance, je le porte toujours. » Voilà qui entre en contradiction avec le prologue de Superargo contre Diabolikus, où il disputait dans cette fameuse tenue un combat de catch qui tourna au drame. Qu’importe : la logique et la cohérence ne sont pas les mots d’ordres d’un tel diptyque. Plus puissant que jamais dans ce costume qui s’avère à l’épreuve des balles, le super-agent soulève des troncs d’arbre comme si c’étaient des brindilles, arrache les poteaux télégraphiques et saute jusqu’au sommet des immeubles. Au-delà de son élégante voiture de sport, il utilise un break fabriqué sur mesure dont la carrosserie se hérisse de lames. Son fidèle co-équipier est ici Kamir, sorte de faire-valoir inutile (la plupart du temps il le ralentit et lui fait perdre du temps) supposé apporter une petite touche mystique à l’intrigue. Situés dans le très beau décor du repaire caverneux des vilains, les derniers rebondissements sont dignes d’un serial, jusqu’à la grande bagarre finale dans la forêt et le sable mouvant de circonstance, le tout aux accents d’une musique de Berto Pisano qui continue à se laisser inspirer par John Barry. Nous n’aurions pas été contre un troisième Superargo, mais la « saga » s’arrêta sur ce second opus.

 

© Gilles Penso


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FLESH FOR THE BEAST (2003)

Des chasseurs de démons s’introduisent dans une grande maison où sévissent des créatures lubriques et monstrueuses…

FLESH FOR THE BEAST

 

2003 – USA

 

Réalisé par Terry West

 

Avec Jane Scarlett, Sergio Jones, Clark Beasley Jr, Jim Cope, David Runco, Aaron Clayton, Michael Sinterniklaas, Caroline Munro, Aldo Sambrell

 

THEMA ZOMBIES I DIABLE ET DÉMONS

Spécialisé dans les films d’horreur sexy – souvent parodiques – à tout petit budget, Terry M. West possède une filmographie aux titres aussi imagés que The Sexy Sixth Sense, Witchbabe, Vampire Queen, Satan’s School for Lust ou The Lord of the G-Strings. Flesh For the Beast s’inscrit dans la même lignée, surfant sur la vogue des films de zombies tout en s’offrant un argument marketing de poids : la présence de Caroline Munro, héroïne inoubliable de Star Crash, Captain Kronos et Le Voyage fantastique de Sinbad. Le film démarre fort : deux hommes sont attaqués dans un manoir par des entités monstrueuses encore invisibles. Puis nous découvrons nos héros, un groupe de six parapsychologues émules des Ghostbusters. Équipés d’ordinateurs, de caméscopes et de systèmes intercoms, ils ont pour mission de partir chasser les démons qui hanteraient une grande demeure à la demande de sa propriétaire. Le récit s’amorce donc à la manière de La Maison du diable, mais les ressemblances s’arrêtent là. Car l’ambition de Terry West est simple : saturer l’écran de gore et de nudité, dans la limite des petits moyens à sa disposition. Une fois que le spectateur a compris de quoi il en retournait, il ajuste ses exigences et s’efforce de profiter du spectacle.

L’un des parapsychologues contemple ainsi une femme gironde qui se douche puis s’offre à lui avant de révéler un visage monstrueux, de le dépecer à mains nues et de le dévorer, le temps d’un remake excessif d’une fameuse séquence de Shining. Un autre membre de l’équipe se laisse séduire par une jeune fille à couettes qui plante ses ongles dans sa gorge et écrase une poupée vaudou à son effigie, ce qui a pour effet de faire vomir son sang et ses tripes au malheureux (une réminiscence de Frayeurs ?) qui s’effondre dans une mare rouge peu ragoûtante. Les morts violentes se succèdent ainsi avec une certaine générosité (l’homme étripé à mains nues par une furie, celui qui est crucifié au plafond et voit son ventre déverser des litres de sang et de tripailles sur ses collègues) jusqu’à ce que nous comprenions de quoi il en retourne. C’est là qu’intervient Caroline Munro, le temps d’un flash-back où elle incarne la gitane Carla et où sa beauté éternelle transparaît toujours malgré le poids des âges (l’ex Naomi de L’Espion qui m’aimait a à l’époque 54 ans). Nous sommes alors au début du siècle dernier et l’occultiste Alfred Fischer (Aldo Sambrell) lui achète une amulette qui fait apparaître des profondeurs de l’enfer un trio de succubes séduisantes et voraces en quête de proies humaines. Voilà pour la backstory…

Les belles bêtes

Une fois que l’on a compris la mécanique répétitive du film – toutes les vingt minutes l’un des scientifiques est dragué par une jeune fille qui se dévêt, fait l’amour avec lui puis le dévore -, l’effet de surprise finit fatalement par s’estomper. D’autant que les acteurs jouent sans conviction, que le rythme n’est pas très soutenu et que l’originalité du script s’avère toute relative. Restent des maquillages spéciaux plutôt réussis – même si le concept improbable de ces femmes nues affublées d’un faciès hideux rappelle irrésistiblement le calamiteux La Revanche des Mortes-Vivante – et une mise en image soignée. Pas inintéressante non plus, la bande originale composée par le groupe Buckethead s’appuie principalement sur les guitares : langoureuses sur les passages érotiques, inquiétantes pour les moments de suspense et déchaînées pendant les scènes gore. Flesh For the Beast resta sans suite, mais deux déclinaisons surprenantes lui succédèrent : un roman graphique publié par Media Blasters et une web-série (Flesh For the Beast : Tsukiko’s Curse) écrite et réalisée par Carl Morano.

 

© Gilles Penso


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SEVERANCE (2006)

Le réalisateur de Creep transporte dans la forêt six employés d’une grande entreprise pour un week-end de détente qui vire à l’horreur burlesque…

SEVERANCE

 

2006 – GB

 

Réalisé par Christopher Smith

 

Avec Danny Dyer, Laura Harris, Tim McInnerny, Toby Stephens, Claudie Blakley, Andy Nyman, Babou Ceesay, David Gilliam

 

THEMA TUEURS

Décidément, les pays de l’Est n’inspirent guère confiance aux cinéastes du début des années 2000 ! Dans Hostel, on s’y fait torturer à outrance. Dans Ils, on s’y fait agresser et occire. Dans Severance, le bilan n’est guère plus rassurant. Tout est parti d’un pitch intriguant : « La série The Office rencontre Délivrance. » Séduits par le scénario de James Moran, le producteur Jason Newmark et le réalisateur Christopher Smith se lancent dans l’aventure, un an seulement après Creep. Mais Smith, qui attaque là son second long-métrage, tient à se réapproprier le récit et apporte donc un certain nombre de modifications au scénario initial. Il souhaite notamment ajouter des personnages féminins, concevoir de nouvelles scènes de meurtres originales et plus de gags. En effet, si Creep était un film d’horreur dans la plus pure tradition du genre, Severance y ajoute une bonne dose d’humour. Les rires et les frissons s’équilibrent équitablement dans cette histoire mouvementée qui arpente les sentiers connus pour mieux réserver son lot de surprises. Après avoir passé plus de quatre mois à dénicher les acteurs susceptibles d’incarner les sept rôles principaux, Smith s’installe avec son équipe en Hongrie et sur l’île de Man en s’efforçant de retrouver la patine granuleuse des slashers de la période 70/80. Le chef opérateur Ed Wild y parvient admirablement, sa tache étant compliquée par le fait que Severance est tourné en format digital.

À la fois satire des codes du slasher et du monde du travail, Severance donne très vite le ton. Pour renforcer les liens au sein de leur équipe, six employés de la société de vente d’armes Palisade Defense participent à un week-end de motivation organisé par leur entreprise. Au programme : une partie de paint-ball, une course d’orientation et la construction d’un pont. Bref, le guide du parfait petit séjour de « team building ». Les choses commencent pourtant assez mal. Un arbre leur barre en effet la route et le chauffeur du car qui les transporte, refusant d’aller plus loin, laisse notre petite équipe en pleine cambrousse. À eux de se débrouiller pour retrouver à pied le lieu de leur rendez-vous. Malgré ce démarrage inattendu des festivités, l’étrangeté des lieux et les rumeurs qui s’y rapportent, chacun essaie de jouer le jeu du mieux qu’il peut. Mais bientôt les participants découvrent que ces bois sinistres sont truffés de pièges et qu’un tueur armé jusqu’aux dents rode dans les parages avec un seul objectif en tête : les éliminer un à un.

Collègues de bourreau

En s’appuyant sur ses excellents comédiens et sur les rapports qui se nouent entre eux – l’Américaine qui a toujours raison, l’Anglais que personne ne croit -, Smith construit une intrigue à tiroirs désopilante avec à la clé une véritable relation de cause à effet entre les victimes et leurs bourreaux. Voilà qui change des sempiternels autochtones consanguins et cannibales hérités de Massacre à la tronçonneuse. De fait, les meurtres eux-mêmes ont un rapport direct avec les victimes, puisant la plupart du temps leur originalité dans la personnalité, le métier et le caractère des victimes. Pour se soustraire au passage obligatoire de l’explication des origines du mal, le réalisateur concocte trois flash-backs complémentaires – ou contradictoires ? – liés au passé du chalet où logent les protagonistes. Il s’agissait donc d’un asile psychiatrique dans les années 10, d’une prison pour criminels de guerre dans les années 90 et d’une maison close pour vieillards dans les années 60. Cette manière détournée de contourner l’un des lieux communs du genre sème le doute chez le spectateur. Laquelle de ces histoires est-elle vraie ? Une seule ? Toutes ? Aucune ? Voilà donc un excellent survival bourré d’humour, de brutalité et de surprises qui confirme le savoir-faire de Christopher Smith et la vitalité du cinéma de genre britannique démontrée à l’époque par des œuvres telles que 28 jours plus tard ou Shaun of the Dead.

 

© Gilles Penso


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