JE SUIS UN MONSTRE (1971)

Christopher Lee et Peter Cushing s’affrontent une fois de plus dans cette relecture du mythe de Jekyll et Hyde…

I MONSTER

 

1971 – GB

 

Réalisé par Stephen Weeks

 

Avec Christopher Lee, Peter Cushing, George Merritt, Kenneth J. Warren, Mike Raven, Susan Jameson, Richard Hundall

 

THEMA JEKYLL ET HYDE

Dix ans après Les Deux visages du docteur Jekyll produit par la Hammer, la compagnie concurrente Amicus, livrait sa propre version du roman de Stevenson qu’elle envisageait de tourner en relief, procédé finalement abandonné à cause de ses complications techniques. Problèmes de droits d’auteur ou volonté de se démarquer des adaptations précédentes ? Toujours est-il que le film évacue volontairement toute référence au livre dans son titre, et change même le nom des deux personnages principaux, Jekyll et Hyde se muant en Marlowe et Blake. Pour le reste, Je suis un monstre est l’une des retranscriptions les plus fidèles qui soient au texte initial. Stevenson est donc logiquement présent au générique en tant qu’auteur de l’œuvre qui a inspiré le scénario. Ici, le docteur Charles Marlowe crée ainsi un sérum capable d’altérer la personnalité. S’inspirant largement des théories échafaudées par Freud, il fait tomber les barrières de l’inconscient et annihile le Surmoi. Dès lors, plus de conscience, plus de morale ni même de jugement. Et c’est là que réside l’intérêt majeur du scénario, même si cette approche est hélas peu exploitée, se cantonnant à une poignée d’explications dialoguées.

Marlowe teste d’abord le produit sur un chat, qui se mue en bête féroce, puis sur une patiente timide, qui lui fait soudain des avances en se déshabillant, et enfin sur un patient agressif, qui devient doux comme un agneau. En toute logique, il se choisit lui-même comme cobaye suivant. La métamorphose s’opère progressivement. Dans un premier temps, il arbore un sourire sadique et écarquille les yeux, mu par d’incontrôlables instincts violents. Puis il se met à se dégrader physiquement, adoptant alors l’identité d’Edward Blake pour pouvoir librement perpétrer ses méfaits. Plus il agit mal, plus son visage s’enlaidit, à l’instar du Portrait de Dorian Gray, et via un maquillage simiesque aux dents proéminentes qui n’est pas sans évoquer celui de Frederic March dans la version de 1932 de Docteur Jekyll et Mister Hyde. Bientôt, Marlowe ne parvient plus du tout à contrôler ses transformations, s’acheminant inéluctablement vers une fin tragique…

Docteur Christopher et Mister Lee

A vrai dire, le choix de Christopher Lee dans le rôle du bon docteur Marlowe est un tant soit peu discutable, dans la mesure où sa silhouette altière, son visage crispé et son regard sombre n’exhalent guère la générosité et la philanthropie inhérentes au personnage. L’empathie du spectateur s’en trouve donc sérieusement amoindrie. Aux côtés de Lee, l’incontournable Peter Cushing mène l’enquête, dans le rôle de l’avocat Frederick Utterson, et le climax, passage obligatoire, prend la forme d’un affrontement entre les deux monstres sacrés. Le plus gros défaut de ce Je suis un Monstre est finalement lié au peu de surprise qu’il réserve aux spectateurs, étant donnée sa volonté de fidélité à un matériau d’origine tant de fois adapté par le passé, défaut qui se double d’une tendance à faire passer la majeure partie des informations par le biais du dialogue plutôt que de l’action. Sans doute le metteur en scène Stephen Weeks n’avait-il pas l’envergure nécessaire pour transcender les lieux communs de l’intrigue et pour tirer au mieux parti d’un casting pourtant de tout premier choix.

 

© Gilles Penso

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LES SEPT CITÉS D’ATLANTIS (1978)

Au 19ème siècle, une expédition marine se retrouve projetée dans l’Atlantide, où règnent des aliens préhistoriques et des monstres marins…

WARLORDS OF ATLANTIS

 

1978 – GB

 

Réalisé par Kevin Connor

 

Avec Doug McClure, Cyd Charisse, Daniel Massey, Michael Gothard, Peter Gilmore, Shane Rimmer, Lea Brodie, Hal Galili

 

THEMA MONSTRES MARINS I EXOTISME FANTASTIQUE

Délaissant un peu Edgar Rice Burroughs et son cycle de Pellucidar (Le Sixième continent, Le Continent oublié), le réalisateur Kevin Connor et le producteur John Dark restent pourtant fidèles à leur goût du fantastique exotique et rétro avec ce film délirant qui mêle le triangle des Bermudes, l’Atlantide, les extra-terrestres et les monstres préhistoriques mutants. Le récit se situe en 1896. Alors qu’ils partent en expédition en mer afin de tester une cloche de plongée expérimentale, le professeur Aitken (Donald Bisset), son fils Charles (Peter Gilmore) et l’ingénieur Greg Collinson (Doug McClure), sont attaqués par des monstres marins gigantesques et se retrouvent projetés dans le royaume de Vaar, l’une des sept cités englouties de la légendaire Atlantide (représentée dans les plans larges par un matte painting pas vraiment convaincant). Les habitants qu’ils y découvrent sont des aliens venus sur Terre du temps des hommes préhistoriques, qui influencent depuis des siècles notre société grâce à une technologie particulièrement élaborée. Et leur reine est interprétée par Cyd Charisse en personne, dont personne n’a oublié les déhanchements dans Ziegfeld Follies, Brigadoon et Chantons sous la pluie. L’Atlantide s’avère également peuplée de monstres hostiles : plésiosaures, pieuvre géante, dinosaures cuirassés, poissons préhistoriques, tous produits de mutations.

Héros récurrent des films du tandem Kevin Connor/John Dark, Doug McClure, un peu moins monolithique qu’à son habitude, se bat avec ses compagnons pour quitter cette Atlantide totalitaire, dont les habitants extra-terrestres semblent tout droit hérités de leurs homologues télévisés, dans des feuilletons de science-fiction psychédéliques de l’époque comme L’Âge de cristal ou Cosmos 1999. Les décors intérieurs de la cité, œuvre d’Elliott Scott, ne dépareilleraient d’ailleurs pas dans l’une de ces séries. Comme dans Centre Terre : septième continent (avec lequel Les Sept cités d’Atlantis comporte de nombreuses similitudes), les héros sont aidés par une jolie autochtone (ici incarnée par Lea Brodie) qui décide finalement de ne pas les suivre dans leur fuite.

Les tentacules attaquent

Contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer, les épisodes les plus palpitants du film ne se déroulent pas pendant le séjour à Atlantis – où finalement il ne se passe pas grand-chose – mais avant et après. Les monstres divers qui scandent le récit de leurs apparitions, œuvres de Roger Dicken, ne sont pas franchement réalistes, trahissant bien vite leur nature caoutchouteuse et leur animation mécanique, mais ils sont parfois mis en scène avec beaucoup de brio par un cinéaste rompu à la discipline (Les Sept cités d’Atlantis étant le quatrième film de monstres exotiques signé Kevin Connor). C’est le cas de cette pieuvre géante, descendante directe du calamar de 20 000 lieues sous les mers, qui attaque à deux reprises le navire des héros à l’occasion de séquences assez spectaculaires. Divertissant et dépaysant, le film (tourné principalement aux studios Pinewood et sorti aux États-Unis sous le titre Seven Cities to Atlantis) remplit donc généreusement son cahier des charges.

 

© Gilles Penso

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LA REVANCHE DES ANIMAUX (1977)

Rendus anormalement agressifs suite à un phénomène inexplicable, des animaux sauvages se révoltent soudain contre les humains…

DAY OF THE ANIMALS

 

1977 – USA

 

Réalisé par William Girdler

 

Avec Christopher George, Leslie Nielsen, Lynda Day George, Richard Jaeckel, Michael Ansara, Ruth Roman, Jon Cedar

 

THEMA MAMMIFÈRES I REPTILES ET VOLATILES

Les films catastrophe des années 70 ayant exploré tous les désastres possibles et imaginables, y compris du côté des attaques animales, William Girdler décide de jouer la carte de la surenchère en livrant ses protagonistes aux appétits de toute la faune à sa disposition dans cette ambitieuse Revanche des animaux. Dans les montagnes des High Sierras, le ranger Steve Buckner organise une randonnée pour touristes en mal de dépaysement et de retour à la nature. A peine ont-ils commencé à fouler le sol sauvage qu’un message émis à la radio par la communauté scientifique met en garde la population du coin : apparemment, le trou dans la couche d’ozone a des conséquences sur le comportement animal, notamment en haute altitude. Ici, la menace ne s’immisce que progressivement. Ainsi, le film suit-il plus volontiers la structure des Oiseaux que celle des Dents de la mer. C’est ce que confirme cette scène du snack où chacun y va de sa théorie sur les conséquences de cet inquiétant message radio.

Chaque membre de la randonnée nous est présenté succinctement en début de métrage, suivant une technique savamment éprouvée dans le genre. Parfois, ce survol des protagonistes frôle ouvertement la caricature, comme lorsque cet époux affirme à sa femme : « ce séjour va nous permettre de nous retrouver », laquelle rétorque : « si tu ne travaillais pas autant ce ne serait pas nécessaire ». Dans ce petit groupe, une personnalité se distingue nettement, celle d’un publicitaire en mal d’émotions, imbu de lui-même et quelque peu insupportable. Dans le rôle, Leslie Nielsen s’avère délectable, bien plus proche de sa prestation de Creepshow que des pantalonnades auxquelles il fut abonné depuis le succès de Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? L’ambiance est d’abord festive, autour d’un chaleureux feu de camp qui crépite dans les bois. Puis survient la première attaque, au bout d’une demi-heure de film. Agressée par un loup, une femme redescend la montagne avec son mari et se fait menacer par une horde de rapaces qui la précipitent dans le vide. Parallèlement, le vieux shérif est submergé par une horde de rats affamés…

Leslie Nielsen contre un ours !

Dès lors, le rythme va crescendo : des cougars pénètrent dans le campement, des serpents s’immiscent dans une voiture, une meute de chiens enragés se mêle à cette furieuse sarabande… Parfois inspirée (les beaux mouvements de grue s’élevant au-dessus des humains après les attaques, l’apparition presque surréaliste de la petite fille au bord de l’eau), la mise en scène de Girdler souffre parfois d’effets visuels maladroits, comme cette transparence ratée pendant une chute dans le vide, ou ce montage à l’envers de plans des rats qui tombent pour faire croire qu’ils sautent. Mais les agressions animales bénéficient souvent de montages très efficaces et d’effets sanglants réussis malgré leur furtivité. En outre, le scénario évoque une idée des plus intéressante : si les animaux sauvages deviennent soudain agressifs et impulsifs, pourquoi les humains seraient-ils épargnés ? D’où l’attitude anormalement bestiale de Leslie Nielsen lors de son mémorable combat contre un ours sous une pluie battante.

 

© Gilles Penso

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LA CRÉATURE EST PARMI NOUS (1956)

Le troisième et dernier volet de la mini-saga consacrée à l’étrange créature du lac noir marche sur les traces du mythe de Frankenstein

THE CREATURE WALKS AMONG US

 

1956 – USA

 

Réalisé par John Sherwood

 

Avec Jeff Morrow, Rex Reason, Leigh Snowden, Gregg Palmer, Maurice Manson, James Rawley, David McMahon

 

THEMA MONSTRES MARINS I MUTATIONS I SAGA LA CRÉATURE DU LAC NOIR

Pour sortir un peu de la routine qui commençait à s’installer dans La Revanche de la créature, cette troisième aventure du « Gill Man » s’efforce de créer la surprise en mâtinant son intrigue de science-fiction. Une nouvelle expédition est mise en place pour retrouver l’étrange créature dans les marécages d’Amérique du Sud où elle aurait été repérée par un chasseur d’alligators. Mais William Barton (Jeff Morrow), l’éminent chirurgien qui finance l’équipée, ne cherche pas seulement à étudier la bête. Il souhaite en effet la capturer et lui faire subir des mutations génétiques. Son idée est de tirer parti de son incroyable résistance afin de créer un être puissant, une sorte de nouveau chaînon de l’évolution humaine, capable à terme de subsister dans des environnements hostiles tels que l’espace. Même si son argumentation est solide et étayée, ses intentions ne sont pas très éloignées de celles d’un savant fou de base. « Nous sommes tous entre la jungle et les étoiles, à un croisement », avoue le docteur Morgan (Rex Reason), qui accepte de participer à cette expérience de son confrère en tant que témoin, même si l’aspect contre-nature de la chose le rebute quelque peu.

A vrai dire, la première demi-heure du film s’avère chiche en rebondissements et suscite un certain ennui. Ce n’est qu’au moment où la créature surgit enfin dans un marais nocturne, attaque l’embarcation des protagonistes, s’asperge accidentellement d’essence et s’enflamme telle une torche humaine avant de s’échouer dans les eaux stagnantes que l’intérêt est enfin attisé. Comme prévu, notre « Gill Man » est opéré et sa morphologie se modifie. Désormais, il ressemble à une espèce de bibendum écailleux engoncé dans un costume cousu à la va vite, et son rôle se limite à celui d’un gorille de série B, grognant de temps en temps, attaquant d’une démarche pataude quelques humains et s’échappant finalement pour regagner son berceau aquatique.

Jack Arnold cède sa place

Le scénario croit bon de s’adjoindre un personnage féminin parfaitement inutile, en la personne de Marcia Barton (Leigh Showden), la riche et oisive épouse du chirurgien. Aguichant tous les hommes de l’expédition, jouant du piano ou de la guitare, tirant sur les requins à coup de fusil et agitant ses gambettes sous l’océan, elle ralentit la plupart du temps l’intrigue et se contente de mettre en ébullition la testostérone ambiante. « Tu ne sers à rien ! » lui dira d’ailleurs son époux un brin éméché mais finalement très lucide. Le studio Universal lui-même semble ne plus croire au potentiel de son monstre marin, délaissant le relief qui agrémentait les deux épisodes précédents et remplaçant le talentueux Jack Arnold par John Sherwood, un assistant réalisateur qui ne dirigea que trois longs-métrages au cours de sa carrière : celui-ci, le western Raw Edge et le film catastrophe The Monolith Monster. Malgré un concept audacieux et franchement original, La Créature est parmi nous ne parvient donc guère à convaincre et marque la fin d’une saga qu’on aurait pu espérer plus florissante, étant donné l’extraordinaire potentiel de cette fort belle créature hybride.

 

© Gilles Penso

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BRAINSCAN (1994)

Un jeu vidéo d’un nouveau genre propulse ses utilisateurs dans un monde virtuel et les pousse à commettre des crimes sanglants…

BRAINSCAN

 

1994 – USA

 

Réalisé par John Flynn

 

Avec Edward Furlong, Frank Langella, T. Ryder Smith, Amy Hargreaves, James Marsh, Victor Ertmanis

 

THEMA MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS

Michael, seize ans, reçoit sur CD Rom un jeu appelé Brainscan qui promet de lui procurer une expérience inoubliable en matière d’épouvante. Michael est intrigué mais relativement sceptique. Une nuit, il introduit le disque dans son ordinateur et, après avoir subi un éclair aveuglant, il se retrouve propulsé dans un monde parallèle visiblement généré par l’ordinateur, dans l’arrière-cour d’une maison de banlieue. Michael s’introduit dans la maison, prend un couteau dans un tiroir de la cuisine, grimpe au premier étage et tue un homme endormi. Il se réveille d’un bond, surpris par le réalisme du jeu. Mais le lendemain, il apprend à la télévision qu’un meurtre atroce a été commis près de chez lui. Il reconnaît l’arrière-cour, la maison et la victime. Quand un second CD arrive par la poste, Michael le fracasse contre un mur, furieux. C’est alors que le Trickster, l’âme et le corps du Brainscan, se matérialise dans la chambre de Michael à travers l’écran de son ordinateur. Tel un Méphisto s’efforçant de tenter le docteur Faust, le Trickster veut convaincre Michael de continuer à jouer sur un second CD. Refusant catégoriquement, Michael menace de prévenir la police. Mais cela reviendrait à avouer le crime…

Plein d’humour et d’originalité, Brainscan trouve dans le CD Rom (un disque interactif qui venait alors de débarquer dans les foyers) un nouveau support d’épouvante. Quelques éléments rappellent Ghost in the Machine, mais le résultat s’avère bien supérieur au médiocre thriller technologique de Rachel Talalay, grâce à un scénario habile d’Andrew Kevin Walker (futur auteur de Seven), construit autour du principe toujours payant de la mise en abîme. L’intrigue ne cesse dès lors de réserver des surprises au jeune héros et au spectateur qui, immanquablement, s’identifie à lui. Edward Furlong, le John Connor de Terminator 2, est ce héros, affrontant ses démons intérieurs ainsi que le Trickster (incarné par T. Hyder Smith), une sorte de rocker monstrueux doté d’un étonnant maquillage conçu par l’équipe de Steve Johnson, mélange de Freddy Krueger et de Horace Pinker. D’habiles trucages numériques lui permettent de se matérialiser en sortant d’un écran TV, d’apparaître et disparaître au gré de sa volonté, ou encore d’absorber littéralement Furlong, dans l’une des scènes choc du film, qui évoque la métamorphose spectaculaire de La Revanche de Freddy.

Le choc des générations

Certains dialogues du film accentuent le choc des générations sur lequel repose une grande partie de l’intrigue. Notamment lorsque le lieutenant Hayden (Frank Langella, le Dracula de 1979) s’offusque en découvrant que Michael se délecte en regardant des films d’horreur, ce dernier rétorquant qu’il ne s’agit de rien d’autre que d’un mode d’évasion. « Une évasion ? » lance le policier buté. « Comme fumer de la marijuana et s’échapper du monde réel ? Comme regarder un film pornographique, avoir une érection et violer quelqu’un ? » « Je ne pense pas que les érections violent les gens » se contente de répondre le jeune homme. « Ce sont les gens qui violent les gens ». Brainscan est donc un film fantastique très marqué par son époque, celle de l’arrivée en masse des jeux interactifs, de la réalité virtuelle et du multimédia, l’éphémère support CD Rom remplaçant ici le traditionnel grimoire maléfique.

 

© Gilles Penso

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EX MACHINA (2014)

Le premier long-métrage d’Alex Garland est une réflexion fascinante sur l’intelligence artificielle et sur notre rapport aux machines…

EX MACHINA

 

2014 – GB

 

Réalisé par Alex Garland

 

Avec Domhnall Gleeson, Alicia Vikander, Oscar Isaac, Corey Johnson, Deborah Rosan, Evie Wray, Sonoya Mizuno, Elina Alminas

 

THEMA ROBOTS

Scénariste talentueux et éclectique, Alex Garland a notamment écrit 28 jours plus tard, Sunshine et Dredd. Ex Machina est sa première réalisation. Et quelle baptême du feu ! Le sujet lui trotte dans la tête depuis son enfance. Il faut dire que Garland, précoce, fait déjà de la programmation alors qu’il a une douzaine d’années. Mais ce n’est que bien plus tard, à l’époque où il travaille sur Dredd, qu’il saisit enfin le concept précis de l’histoire qu’il souhaite raconter. Sa volonté est de discourir sur l’intelligence artificielle en s’appuyant sur ses personnages, leurs états d’âme et leurs réflexions, sans besoin de recourir à la moindre séquence d’action. Le pari est difficile. Porté par l’esprit de films de science-fiction « à part » comme 2001 l’odyssée de l’espace ou Au-delà du réel, Garland effectue des recherches scientifiques intensives pour étayer son propos, s’entoure de consultants spécialisés et bâtit un huis-clos dans les studios britanniques de Pinewood où se déroule le tournage pendant quatre semaines consécutives, les extérieurs étant quant à eux captés en Norvège. Ironiquement, Oscar Isaac et Domhnall Gleeson, les deux acteurs masculins principaux du film, partagent la même année l’affiche de Star Wars : le réveil de la force, le premier dans le rôle du pilote Poe Dameron, le second sous l’uniforme du général Hux.

Caleb (Domhnall Gleeson) est programmeur pour Blue Book, l’une des plus importantes entreprises informatiques du monde. Il vient de gagner un concours organisé en interne qui attire toutes les convoitises. Le prix ? Une visite d’une semaine dans la luxueuse résidence de Nathan Bateman (Oscar Isaac), le président et fondateur de la compagnie, qui vit isolé au milieu de la forêt et jouit de la fortune gagnée grâce à son moteur de recherche révolutionnaire. Sur place, Nathan révèle à son visiteur qu’il a créé un androïde féminin doté d’une intelligence artificielle, Ava (Alicia Vikander). Caleb est chargé de la rencontrer derrière la vitre de sa cellule et de discuter avec elle pour l’évaluer. Le jeune homme se prête volontiers au jeu, mais cette créature robotique le fascine, le touche et le séduit… Ramené quasiment à l’épure d’une pièce de théâtre en huis-clos, Ex Machina s’articule ainsi autour de trois personnages dont les prénoms bibliques n’ont bien sûr pas été choisis au hasard : Nathan le prophète, Caleb l’espion et Ava/Eve la première femme. Le film peut aussi s’appréhender comme une relecture de « La Tempête » de Shakespeare, qui servait déjà d’inspiration au scénario de Planète interdite. Avec cette grille de lecture, Nathan se substitue au magicien Prospero, Ava à sa fille Miranda et Caleb au visiteur Ferdinand.

Qui manipule qui ?

Toute en retenue, la mise en scène d’Alex Garland crée sans cesse une distance entre les personnages, préférant souvent les plans larges aux gros plans, plaçant des vitres entre la caméra et les protagonistes, comme pour mieux marquer le fossé qui sépare la nature des intelligences de ce trio en équilibre instable. Et que dire de cette domestique étrange (Sonoya Mizuno) qui arpente silencieusement les couloirs de cette cage dorée sans jamais prononcer un mot ? Le cinéaste évite habilement le piège d’un film trop cérébral. Dans Ex Machina, c’est finalement l’émotion qui est sollicitée, bien plus que l’intellect. C’est elle qui dicte les actes et appuie les décisions, si irrationnelles semblent-elles. Dans le rôle de ce génie de l’informatique à la tête d’un véritable empire, Oscar Isaac est quasiment méconnaissable, l’acteur s’inspirant de Bobby Fischer et de Stanley Kubrick pour construire physiquement son personnage. Surpuissant, charismatique, richissime, son personnage nous est pourtant présenté comme un homme triste et seul, enfermé dans un paradis factice où il règne en maître sur des serviteurs muets qui lui renvoient l’image d’un démiurge reclus. Domhnall Gleeson est le pôle d’identification idéal, transportant avec lui une foule d’interrogations liées à notre rapport aux machines. « Un jour, les intelligences artificielles nous regarderont comme on regarde les squelettes fossiles des plaines d’Afrique » lui dit Nathan. Et l’on en vient à questionner la vraie nature des trois « héros ». Qui est humain ? Qui est artificiel ? Et surtout qui manipule qui ? Le visage désespérément humain de ce robot incarné avec finesse par Alicia Vikander ne fait qu’accroître le trouble. Le travail intensif des effets visuels, qui évide les membres d’Ava pour les transformer en cylindres transparents graciles où s’enchevêtrent câbles et circuits, est d’autant plus impressionnant qu’il s’efface totalement derrière la performance de la comédienne. La créature est tangible, crédible, tout à fait plausible, et nous ramène à l’éternel mythe du Prométhée moderne cher à Mary Shelley. Rares sont les films de science-fiction qui s’imposent d’emblée comme des classiques du genre. Ex Machina est l’un d’entre eux.

 

© Gilles Penso

 

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SASQUATCH (2002)

Lance Henriksen part en chasse contre une créature des bois velue et agressive dans cette production canadienne sans saveur

SASQUATCH / SASQUATCH MOUNTAIN / THE UNTOLD

 

2003 – CANADA

 

Réalisé par Jonas Quastel

 

Avec Lance Henriksen, Andrea Roth, Russell Ferrier, Philip Granger, Jeremy Radick, Mary Mancini, Taras Kostyuk

 

THEMA YETIS ET CHAÎNONS MANQUANTS

Directement conçu pour le petit écran, Sasquatch raconte l’histoire d’un avion qui s’écrase quelque part au beau milieu d’une forêt du Pacific Northwest. Aussitôt, Harlan Knowles (Lance Henriksen), puissant businessman à la tête de la compagnie Bio-Comp, monte une expédition pour retrouver les survivants, notamment sa fille qui se trouvait dans l’avion. Au fil du long bivouac qui s’ensuit, les personnalités des membres de la petite équipe de secours se révèlent. L’aventurier Winston Burg (Phil Granger), auteur de nombreux livres sur la jungle et les bêtes sauvages, s’avère être un alcoolique trouillard. Marla Lawson (Andrea Roth), la représentante de l’assurance, voit dans cette expédition l’occasion de servir son propre intérêt en monnayant des informations compromettantes. Quant à Knowles, il cherche autant à retrouver sa fille qu’à mettre la main sur une mystérieuse boîte noire qui était à bord de l’avion. Bientôt, tout ce beau monde comprend ce qui a provoqué le crash : l’avion semble avoir heurté et tué un homme-bête vivant dans les bois. A peine sortis de la carcasse, les occupants ont ensuite été décimés par une autre de ces créatures, îvre de vengeance. Or le monstre rôde toujours dans la forêt…

Sur le papier, tout ça semble plutôt intéressant. A l’écran, ça l’est nettement moins. Car la majeure partie du film est consacrée à des promenades sans fin dans les bois et des discussions ineptes autour du feu. Ne sachant pas trop comment filmer cette ennuyeuse aventure, Jonas Quastel, qui signe-là son premier long-métrage après une expérience de cadreur et de scénariste, essaie de faire du style, abusant des fondus, des jump-cuts, des ellipses et des ralentis qui ne font qu’ajouter à la lassitude générale. Du coup, les petites 85 minutes du métrage semblent en durer deux fois plus. Quant au Sasquatch du titre, c’est un peu l’arlésienne, puisqu’il se contente la plupart du temps de rares apparitions furtives, ne dévoilant pudiquement qu’un bout de crâne ou de mâchoire. Nous avons surtout droit à sa vision subjective, traduite par un effet visuel assez hideux sensiblement inspiré par Predator.

L’étrange créature du bois noir

Comme il se souvient de King Kong et de L’Étrange créature du lac noir, le monstre se laisse volontiers séduire par la blonde Marla, qui dort à moitié nue dans sa tente et se baigne en tenue d’Eve dans une source d’eau chaude, sans que cette « attirance » n’ait le moindre impact sur le scénario. Au moment du dénouement, la bête est un peu plus visible, son maquillage créé par Gene McCormick évoquant quelque peu celui de La Créature du marais. Elle s’agite vaguement derrière les arbres, menaçant un Lance Henriksen fatigué et bouffi, qui semble s’ennuyer presque autant que le spectateur, et cachetonne visiblement sans la moindre conviction (mais où est donc passé l’immense acteur d’Aliens et Aux frontières de l’aube ?). Quelques emprunts à Blair Witch et un casting sans saveur parachèvent le ratage de ce Sasquatch qui affirme fièrement s’inspirer de faits réels. Ce téléfilm tout à fait facultatif fut diffusé sous le titre Inexplicable au Quebec et The Untold dans le reste du Canada.

 

© Gilles Penso

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LOVE AND MONSTERS (2020)

Dans un monde post-apocalyptique où grouillent des insectes géants, un jeune homme part à la recherche de la fille qu’il aime…

LOVE AND MONSTERS

 

2020 – USA

 

Réalisé par Michael Matthews

 

Avec Dylan O’Brien, Jessica Henwick, Michael Rooker, Dan Ewing, Ariana Greenblatt, Ellen, Tre Hale, Pacharo Mzembe, Senie Priti, Amali Golden

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Le concept de Love and Monsters est né en 2012 sous la plume de Brian Duffield, scénariste de The Babysitter et Underwater. Cette comédie post-apocalyptique qui n’est pas sans présenter quelques points communs avec Bienvenue à Zombieland (avec des monstres géants à la place des morts-vivants) attire rapidement Shawn Levy (La Nuit au musée) qui en devient le producteur, aux côtés de Dan Cohen (Stranger Things). Si cette équipe est en terrain connu, leur filmographie ayant déjà cotoyé à plusieurs reprises la comédie, le fantastique et la science-fiction, le choix du réalisateur est plus surprenant. Michael Matthews s’est en effet fait remarquer par le western contemporain Five Fingers to Marseilles, tourné dans son Afrique du Sud natale et récipiendaire d’une foule de prix locaux. Love and Monsters est son second long-métrage, et la maestria avec laquelle il gère cet équilibre délicat entre la comédie romantique adolescente et le gros film de monstres prouve qu’il était l’homme de la situation. En tête d’affiche, nous retrouvons Dylan O’Brien, vu notamment dans la série Teen Wolf, la saga Le Labyrinthe et Bumblebee. Initialement, Love and Monsters était destiné à une sortie en salles, mais la pandémie du Covid-19 en a décidé autrement. Le studio Paramount a donc opté pour une distribution sur les plateformes de VOD et de streaming, Netflix en tête. C’est dommage, car la générosité du spectacle se serait parfaitement accordée à une projection sur (très) grand écran.

C’est en quelques minutes, à travers la voix off du jeune narrateur et les dessins griffonnés sur son cahier de bord, que nous découvrons la situation dans laquelle se déroule le film. Pour détruire un astéroïde menaçant de s’écraser sur la Terre, de nombreux missiles lancés dans sa direction ont provoqué des retombées chimiques aux conséquences désastreuses. Tous les animaux à sang froid se sont aussitôt transformés en monstres gigantesques et voraces, éradiquant la grande majorité de la population. Les rares survivants se sont regroupés dans des bunkers souterrains, ne sortant que pour ramener des provisions dans ce monde hostile où la nature a repris ses droits. C’est dans une de ces « colonies » que vit Joel Dawson (Dylan O’Brien). Sept ans plus tôt, pendant l’évacuation de Fairdield, ses parents ont été tués et sa petite amie Aimee (Jessica Henwick) a pris la fuite. Dès lors, il communique avec elle par radio en espérant un jour la retrouver. Mais il est incapable de se battre, se fige dès que le danger pointe le bout de son nez et se contente donc d’officier comme cuisinier pour ses compagnons d’infortune. Mais un jour, Joel prend son courage à deux mains et décide de quitter le bunker pour rejoindre celle qu’il aime, quitte à braver les redoutables créatures qui grouillent à la surface…

Mille et une pattes

Fidèle aux ambitions de son scénario prometteur, Love and Monsters nous offre une ménagerie très impressionnante qu’on pourrait situer quelque part entre les insectes de Starship Troopers, les monstres de The Mist et les créatures de Ray Harryhausen. Ce crapaud, ces vers, ce mille-pattes ou ce crabe, tous mutants et titanesques, crèvent l’écran avec une folie destructrice qui n’aurait pas dépareillé dans un film plus « sérieux ». De fait, si l’humour est omniprésent dans Love and Monsters, ce n’est jamais sous forme de clins d’œil au second degré ou de coups de coude post-modernes. C’est au contraire avec une étonnante sincérité qu’est traitée la mésaventure de cet adolescent attardé de 24 ans qui semble toujours en avoir seize, sa maturité ayant été considérablement entravée par le cataclysme et ses conséquences immédiates. Dylan O’Brien est parfait, appréhendant ce personnage maladroit mais opiniâtre avec une candeur surprenante. La romance elle-même évacue tous les clichés attendus. En sept ans, la fille qu’il aime et lui-même ont évolué différemment, n’ont pas muri à la même vitesse, ce qui ne garantit pas forcément les retrouvailles idylliques tant espérées. C’est donc avec cœur et sincérité que Michael Matthews aborde ce film de monstres, citant le jeu vidéo « The Last of Us » comme l’une de ses sources d’inspiration majeures. Et même si le final laisse la porte ouverte vers une éventuelle séquelle, il est rafraîchissant de ne pas se sentir « pris en otage » dans un produit filmique dont l’objectif majeur est de créer une franchise. Love and Monsters se suffit à lui-même, et c’est tout à son honneur.

 

© Gilles Penso

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MOTEL (2007)

Un couple au bord de la rupture est obligé de faire halte dans un motel qui sert de lieu de tournage à des films d’horreur… sans trucages !

VACANCY

 

2007 – USA

 

Réalisé par Nimrod Antal

 

Avec Kate Beckinsale, Luke Wilson, Frank Whaley, Kevin Dunigan, Andrew Fiscella, Dale Waddington Horowitz, Kym Stys

 

THEMA TUEURS

Dès le générique de début, qui semble emprunter son style à ceux de Saul Bass, Motel emporte l’adhésion, porté par une partition nerveuse évocatrice des travaux de Bernard Herrmann. Alfred Hitchcock est donc cité d’emblée, et le motel du titre nous renvoie évidemment à Psychose, mais bien vite Nimrod Antal s’extrait de l’ombre immense du maître du suspense pour révéler son propre style et son remarquable savoir-faire. En panne de voiture, David (Luke Wilson) et Amy (Kate Beckinsale), un jeune couple au bord du divorce, se retrouvent obligés de passer la nuit dans un motel miteux éloigné de tout. Entre deux scènes de ménage dans l’exiguïté de leur chambre sinistre, ils découvrent des cassettes vidéo montrant plusieurs meurtres violents commis exactement à l’endroit où ils se trouvent. D’abord perplexes, David et Amy finissent par se persuader que le réalisme extrême des scènes filmées n’est pas obtenu avec des effets spéciaux. Les meurtres qu’ils voient sur leur téléviseur sont bel et bien réels, et s’ils ne réagissent pas, ils seront très bientôt les vedettes du prochain film d’horreur du tenancier du motel…

Tourné avec une belle économie de moyens, dans des décors édifiés au sein des studios de Sony, Motel repose quasi-exclusivement sur la minutie de son scénario, la perfection de sa mise en scène (le découpage et le montage sont au cordeau) et l’extrême conviction de ses comédiens, dans des registres à contre-courant de leur filmographie habituelle. Car Luke Wilson et Kate Beckinsale échappent ici au registre auquel ils nous ont habitué, respectivement celui de l’anti-héros comique et de la super-héroïne intrépide, pour camper des protagonistes réalistes, humains, au sein d’un couple en pleine reconstruction après un drame passé. Avec beaucoup d’ingéniosité, Nimrod Antal sépare souvent ses deux protagonistes à l’écran, jouant sur la composition de ses cadrages et sur les reports de point, pour mieux les rapprocher au fil de l’intrigue, métaphore visuelle de leurs retrouvailles affectives.

Mortel motel

Si le concept de Motel est d’une extrême simplicité, l’intelligence et l’efficacité du traitement sont indéniables. Chaque cliché inhérent au genre est ainsi contourné à la dernière minute. On pense beaucoup à Ils, notamment dans les premières séquences au cours desquelles nos héros sont terrifiés par des agresseurs extérieurs très bruyants mais encore invisibles. La thématique du snuff movie donne cependant au récit un autre dimension, transformant même les spectateurs en voyeurs dans ce plan mémorable où le couple, assis par terre dans sa chambre, se tourne lentement vers nous, tandis que l’image devient celle d’un moniteur vidéo dans la salle de montage du propriétaire du motel. Autre excellente idée visuelle : l’électricité coupée par intermittence dans la chambre, provoquant la diffusion des extraits sanglants par saccades terrifiantes sur l’écran du téléviseur. Bien sûr, quelques incohérences et quelques raccourcis hasardeux parsèment le récit, notamment au moment d’un dénouement franchement ballot. Mais à cette réserve près, le film est une indéniable réussite, puisant sa force dans une vraie construction dramatique et des personnages dignes de ce nom.

 

© Gilles Penso

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LA REVANCHE DE LA CRÉATURE (1955)

Un an après L’Étrange créature du lac noir, la même équipe en réalise une séquelle sympathique mais anecdotique

REVENGE OF THE CREATURE

 

1955 – USA

 

Réalisé par Jack Arnold

 

Avec John Agar, Lori Nelson, Robert B. Williams, John Bromfield, Nestor Paiva, Grandon Rhodes, Dave Willock, Charles Cane, Clint Eastwood

 

THEMA MONSTRES MARINS I SAGA LA CRÉATURE DU LAC NOIR

Le succès de L’Étrange créature du lac noir ne pouvait décemment pas laisser indifférents les cadres d’Universal. Persuadés qu’ils tenaient là un nouveau monstre classique digne de Dracula, Frankenstein et le Loup-Garou, ils se dépêchèrent donc d’en initier une séquelle, qui fut confiée une fois de plus à Jack Arnold. Celui-ci s’acquitte de sa tâche fort honorablement, mais il faut bien reconnaître que le scénario de La Revanche de la créature, œuvre de Martin Berkeley, n’atteint pas les sommets de l’originalité. Pour des raisons non précisées, ce bon vieux « Gill Man », abattu à la fin de L’Étrange créature du lac noir, a survécu à ses blessures sans en conserver la moindre égratignure. Errant à nouveau dans les eaux troubles de l’Amazonie, il est capturé par une petite expédition et ramené dans un parc national de Floride. Sujet de diverses études scientifiques menées par l’ichtyologiste Helen Dobson (la toute belle Lori Nelson) et le professeur Clete Ferguson (John Agar, héros la même année de Tarantula), il est exhibé au grand public du Marinland. Le monstre nous est donc cette fois montré sous toutes ses coutures, perdant du coup une grande partie de son aura mystérieuse, et ce malgré la combinaison toujours aussi efficace conçue par l’équipe du maquilleur Bud Westmore.

En revanche, les observations menées sur son comportement soulèvent d’intéressantes interrogations sur ses origines et sa filiation avec l’être humain. Refrain connu, la créature finit par s’échapper et semer la panique aux alentours, se laissant séduire par la belle Helen. Nous retrouvons donc les motifs majeurs de King Kong, avec en prime une séquence directement inspirée du classique de Schoedsack et Cooper : la bête contemple la belle en pleine nuit à travers la fenêtre de son hôtel, avant de l’enlever dans sa belle robe blanche. Autour de cette intrigue basique, le scénario brode une vague querelle amoureuse entre deux prétendants courtisant la jolie demoiselle, mais de manière plus futile et plus artificielle que dans L’Étrange créature du lac noir.

Un débutant nommé Clint Eastwood

Les dialogues sont d’ailleurs souvent sans saveur, tout comme les héros eux-mêmes, qui semblent plus se chagriner pour la disparition mystérieuse d’un chien que pour la mort violente d’un de leurs amis. Sans compter des réactions et des attitudes pour le moins bizarres. Ainsi, lorsque le monstre s’enfuit de son bassin pour battre la campagne, notre couple de scientifiques se dit : « bah, il a dû rentrer chez lui en Amazonie ! » Et de fêter ça en partant tranquillement faire une petite croisière en mer… Le final, empruntant lui aussi les chemins les plus balisés, nous montre la battue nocturne organisée par les policiers, sous la direction du vigoureux héros. Tourné en relief comme son prédécesseur, La Revanche de la créature est donc une suite très facultative, en même temps qu’un des films les plus anecdotiques de Jack Arnold. Il gardera tout de même une petite place dans les manuels d’histoire du cinéma, ne serait-ce que parce qu’il met pour la première fois en scène le jeune Clint Eastwood, dans le rôle minuscule d’un scientifique maladroit.

 

© Gilles Penso

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