LE CERVEAU DE LA FAMILLE (1996)

Un homme au crâne hypertrophié et au corps minuscule règne sur une bien étrange famille…

HEAD OF THE FAMILY

 

1996 – USA

 

Réalisé par Robert Talbot (alias Charles Band)

 

Avec Blake Bailey, Jacqueline Lovell, Bob Schott, James Jones, Alexandria Quinn, Gordon Jennison Noice, J.W. Perra, Vicki Skinner, Robert J. Ferrelli

 

THEMA FREAKS I POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA CHARLES BAND

Grand amateur du dessinateur Jack Kirby (qui créa avec Stan Lee les Quatre Fantastiques, Thor, Hulk, les X-Men et tant d’autres), le producteur Charles Band signe avec lui un accord en 1986 pour l’adaptation de deux de ses concepts. Faute de moyens, les films ne pourront jamais se concrétiser. Mais chez Band, rien ne se perd, tout se transforme. Ces idées non utilisées sont donc recyclées sous forme d’adaptations officieuses : Docteur Mordrid et Mandroid. Dans un esprit voisin, Le Cerveau de la famille s’inspire grandement d’une histoire créée en 1954 par Jack Kirby et Joe Simon pour le magazine « Black Magic ». Son personnage principal ? Un homme monstrueux cloué sur un fauteuil, affublé d’un corps minuscule et d’une tête disproportionnée. Le titre de l’histoire ? « Head of the Family » ! A ce stade, direz-vous, ce n’est plus de l’inspiration, c’est du plagiat ! Même si le scénariste Benjamin Carr, familier des productions Band, tente de se réapproprier ce personnage et ce titre pour raconter une histoire relativement différente du récit initial, les similitudes sautent aux yeux. Pourtant, le comic book original n’est cité nulle part dans les crédits, ce qui fit logiquement grincer les dents des amateurs du grand Kirby, mort deux ans à peine avant la sortie du Cerveau de la famille.

Tourné pendant deux semaines au printemps 1996, le film se situe dans une petite ville américaine et concentre son action dans trois décors principaux : un petit restaurant, un appartement et la sinistre maison de la famille Stackpools. Personne ne sait vraiment ce qui se passe dans cette demeure un peu à l’écart où vivent des quadruplés d’un genre très particulier : Otis le colosse (Bob Schott), Enestina la bimbo (Alexandria Quinn), Wheeler dont la vue et l’ouïe sont hyper-développées (James Jones), et enfin Myron l’hydrocéphale paraplégique qui contrôle par télépathie ses frères et sa sœur (J.W. Perra). Un soir, Lance (Blake Adams), propriétaire du restaurant de la ville, assiste à une scène inquiétante. Les Stackpools agressent un automobiliste et le cachent dans la cave de leur maison où se pratiquent d’étranges expériences. Lance décide alors de les faire chanter : pour qu’il accepte de garder le silence, ils doivent kidnapper le voyou Howard (Gordon Jennison Noice) dont l’épouse Loretta (Jacqueline Lovell) est sa maîtresse. À partir de là, les choses se mettent à dégénérer…

La grosse tête

Si Charles Band est tout à fait conscient que son film (produit et réalisé sous le pseudonyme de Robert Talbot) plagie Jack Kirby, son scénariste cherche l’inspiration ailleurs, notamment dans plusieurs vieux films d’épouvante tels que Bedlam, The Uneartly ou Les Monstres se révoltent. Pour autant, la tonalité générale du Cerveau de la famille reste très proche de celle d’une bande dessinée façon EC Comics, mêlant l’humour noir et l’horreur, avec en prime des pointes d’érotisme. Il faut dire qu’Alexandria Quinn et Jacqueline Lovell (spécialisée jusqu’alors dans le X) ne sont pas avares de leurs charmes, offrant au métrage quelques séquences de nu intégral d’une parfaite gratuité. Car il faut bien combler les vides d’un scénario qui peine un peu à se développer sur la durée d’un long-métrage. D’où de longues scènes de dialogues qui auraient gagné en efficacité si elles étaient plus courtes. L’attraction principale du film reste « le chef de famille » Myron, qui bénéficie d’un excellent maquillage de Chris Bergschneider et interagit avec les autres personnages grâce à d’astucieux effets de perspectives forcées. Le compositeur Richard Band concourt beaucoup à l’atmosphère insolite du Cerveau de la famille, retrouvant à l’occasion le grain de folie de Re-Animator, même si l’on ressent sa frustration de ne pas pouvoir bénéficier d’un orchestre plus ample pour donner corps à son inventivité. En charge des thèmes principaux, il est épaulé par Steven Morrell pour les musiques additionnelles. Charles Band chercha longtemps à produire une séquelle du film, Bride of the Head of the Family, pour laquelle il fit même réaliser un poster promotionnel. Mais ce projet est resté inachevé.

 

© Gilles Penso

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PETER PAN (2003)

Pour célébrer les cent ans de la pièce de James Barrie, P.J. Hogan offre au célèbre conte une adaptation somptueuse…

PETER PAN

 

2003 – USA

 

Réalisé par P. J. Hogan

 

Avec Jason Isaacs, Jeremy Sumpter, Rachel Hurd-Wood, Lynn  Redgrave, Richard Briers, Olivia Williams, Geoffrey Palmer

 

THEMA CONTES

Steven Spielberg, pourtant toujours prompt à raviver avec talent la flamme de la magie enfantine, s’était tant égaré dans son Hook de sinistre mémoire qu’on n’espérait plus rien d’une version « live » des aventures de Peter Pan. Or la surprise vint justement d’un cinéaste qu’on n’imaginait pas dans un tel registre, l’Australien P.J. Hogan jusqu’alors spécialisé dans les comédies trentenaires comme Muriel ou Le Mariage de mon meilleur ami. Dodi Al-Fayed, à qui le film est dédié, convoitait ce projet depuis plusieurs années, avant même que Hook ne se concrétise. Suite à son décès, c’est son père Mohamed Al-Fayed qui reprit les rênes du projet, ce Peter Pan s’inscrivant dans une commémoration centenaire de la pièce de J.M. Barrie, au même titre que le Neverland de Marc Foster, qui s’attache pour sa part à romancer la vie de l’auteur.

Wendy Darling (Rachel Hurd-Wood) et ses deux frères John et Michael (Harry Newell et Freddie Popplewell) passent une grande partie de leur temps libre à s’inventer des histoires de pirates et à les jouer, ce qui n’est pas du goût de la revêche tante Millicent (Lynn Redgrave). Un soir, leurs jeux attirent Peter Pan (Jeremy Sumpter), un garçon volant tout droit venu du Pays Imaginaire. Wendy l’aide à récupérer son ombre rebelle, et grâce à un peu de poussière magique, tous quittent la maison en volant au-dessus des toits de Londres. Parvenus au Pays Imaginaire, ils rencontrent les Garçons Perdus, la petite Indienne Lili la Tigresse, de redoutables sirènes, et l’ennemi juré de Peter Pan : l’infâme capitaine Crochet.

Les deux visages de Jason Isaacs

Les deux univers antithétiques décrits dans Peter Pan – l’Angleterre rigide et victorienne d’un côté, le Pays Imaginaire de l’autre – sont mis en scène avec le même panache par un metteur en scène visiblement très inspiré. La direction artistique, les effets spéciaux et le casting sont d’indéniables réussites. En ce dernier domaine, outre les enfants débordant de justesse et de charisme, on apprécie tout particulièrement l’interprétation de Jason Isaacs dans le double rôle du timoré Mr Darling et de l’exubérant capitaine Crochet. Cette idée, qui semble empruntée au Magicien d’Oz, aurait cependant eu plus de cohérence si tous les personnages du « monde réel » trouvaient leur correspondance dans le Pays Imaginaire. Limiter ce dédoublement au père des jeunes héros et au redoutable pirate manchot réduit du coup l’impact de ce choix artistique, et induit même en filigrane un sous-texte psychanalytique freudien résolument étranger à l’univers de Barrie. Comment interpréter autrement ce personnage gémellaire qui incarne dans un univers le père aimant de la jeune Wendy et dans l’autre un « Grand Méchant Loup » n’hésitant pas à la séduire pour attirer Peter Pan dans ses filets ? Le film ose ainsi dépasser le cadre du texte initial à bien des égards, s’offrant de savoureuses satires de la haute bourgeoisie londonienne et quelques sous-entendus érotiques liés à la relation Peter/Wendy/Clochette. Cette dernière, incarnée par Ludivine Sagnier, s’avère d’ailleurs mille fois plus pertinente que l’embarrassante Julia Roberts d’un Hook définitivement à côté de la plaque.

 

© Gilles Penso

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LIFE : ORIGINE INCONNUE (2017)

À bord de la station spatiale internationale, une forme de vie étrangère ramenée de Mars commence à croître et se déployer…

LIFE

 

2017 – USA

 

Réalisé par Daniel Espinosa

 

Avec Jake Gyllenhaal, Rebecca Ferguson, Ryan Reynolds, Hiroyuki Sanada, Ariyon Bakare, Olga Dihovichnaya, Naoko Mori

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Un groupe d’astronautes coincés dans un huis-clos spatial et décimés un à un par une forme de vie extra-terrestre : de prime abord, le postulat de Life se contente de reproduire servilement celui d’Alien. La référence est ouvertement assumée par l’affichage du titre sur fond cosmique, lettre par lettre, imitant fidèlement les premières minutes du classique de Ridley Scott. Mais à peu de choses près, les ressemblances s’arrêtent là. Les décors industriels, sombres et suintants de 1979 cèdent ici le pas à un environnement clair, sobre et presque clinique. Aux designs biomécaniques quasi-surréalistes de H.R. Giger succède un univers technique réaliste et fonctionnel qui s’appuie sur l’imagerie réelle des missions de la station spatiale internationale que le grand public connaît bien depuis son inauguration en 1998. Le cadre est familier, connu, tangible. L’horreur s’y immiscera avec d’autant plus d’impact. L’idée de ce film s’appuie d’ailleurs sur un événement réel : l’exploration de la planète Mars par l’astromobile Curiosity. Que se serait-il passé si le petit véhicule avait découvert un organisme vivant et l’avait ramené à bord de l’ISS ? En partant de ce postulat, les producteurs David Ellison et Dana Goldberg confient à Rhett Reese et Paul Wernick (Bienvenue à Zombieland, Deadpool) l’écriture d’un scénario qui sera mis en scène par le réalisateur suédois Daniel Espinosa, dirigeant là son quatrième long-métrage pour un studio américain. La finesse et la noirceur de Life surprennent d’autant plus que son duo d’auteurs semblait jusqu’alors spécialisé dans la bonne grosse comédie, à mille lieues de l’atmosphère oppressante de Life.

C’est par un plan-séquence qui semble vouloir prendre le contrepied de ceux de Gravity (l’agoraphobie suscitée par Alfonson Cuaron se mue ici en claustrophobie) que commence Life. Nous y découvrons une ISS en tous points conforme à celle de la réalité. Six collègues complémentaires venus d’horizons différents y travaillent main dans la main : une commandante russe (Olga Dihovichnaya), un officier britannique (Rebecca Ferguson), un pilote japonais (Hiroyuki Sanada), un exobiologiste, un ingénieur et un médecin américains (Ariyon Bakare, Ryan Reynolds et Jake Gyllenhaal). Un vent d’excitation secoue la petite équipe lorsqu’une sonde de retour de Mars ramène un échantillon de sol de la planète rouge qui pourrait contenir des signes de vie extra-terrestre. Après analyse, un organisme pluricellulaire fait en effet son apparition. La nouvelle se propage sur Terre et provoque un enthousiasme planétaire. Un concours est même lancé auprès des écoles pour nommer cet organisme, qui se retrouve donc baptisé « Calvin ». Mais le gentil petit « blob » ne tarde pas à grandir et à manifester un comportement hostile qui finit par mettre en danger tout l’équipage…

Le septième passager

C’est lentement, étape par étape, que la situation du film dégénère. La perte de contrôle est progressive, et si l’angoisse diffuse se mue progressivement en cauchemar inexorable, le récit ne perd jamais son caractère plausible. La force de Life réside justement dans sa quête permanente du comportement crédible, du dialogue juste, de la péripétie réaliste, loin des canons traditionnels du cinéma d’horreur qui n’hésite pas à forcer le trait pour secouer leurs spectateurs. Les effets visuels eux-mêmes sont d’autant plus réussis qu’ils ne sont jamais ostentatoires, qu’il s’agisse de ces très beaux panoramas spatiaux au-dessus de la Terre, de ces prises de vues acrobatiques suivant les astronautes dans leurs évolutions en apesanteur à l’intérieur ou à l’extérieur de la station, mais aussi et surtout de la visualisation de cette entité extra-terrestre dont la forte personnalité est parfaitement détectable malgré sa forme délibérément non-anthropomorphe. On pense d’abord à un organisme monocellulaire, puis à une plante, puis à un céphalopode. Plus « Calvin » évolue, plus il montre sa force, sa rapidité, son endurance, son intelligence et son absence de pitié. « Il ne fait que survivre » dit le biologiste qui culpabilise encore plus que les autres pour avoir éveillé et stimulé cette chose sans en mesurer les conséquences. « L’existence de la vie passe par la destruction ».  Malgré l’absence d’un visage où pourrait se nicher une quelconque expression, il nous semble à tout moment pouvoir lire les pensées, les volontés et la détermination de cette créature qui ne ressemble à rien de connu. Life se vit donc comme une expérience éprouvante dont le dénouement glaçant hante longtemps les esprits…

 

© Gilles Penso

 

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LES FEMMES PRÉHISTORIQUES (1967)

Un jeune explorateur se retrouve dans une jungle africaine peuplée de jolies femmes des cavernes que dirige une cruelle souveraine…

SLAVE GIRLS / PREHISTORIC WOMEN

 

1967 – GB

 

Réalisé par Michael Carreras

 

Avec Martine Beswick, Edina Ronay, Michael Latimer, Stephanie Randall, Carol White, Alexandra Stevenson, Yvonne Horner

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Un an après Un million d’années avant JC, Martine Beswick, qui y affrontait l’ingénue Raquel Welch, devient tête d’affiche à part entière, endossant le rôle d’une autre femme préhistorique dans ce remake d’un film homonyme des années 50 dont elle constitue, il faut bien l’avouer, le seul véritable intérêt. Œuvre de Michael Carreras, patron du studio Hammer qui produisit et réalisa le film lui-même, le scénario des Femmes préhistoriques, d’une absurdité et d’une platitude à toute épreuve, a bien du mal à captiver l’attention. Sans raison aucune, si ce n’est après avoir touché la corne d’une statue de rhinocéros, le jeune explorateur David Marchant (Michael Latimer) bascule, comme à travers une faille spatio-temporelle, dans une jungle africaine peuplée de femmes brunes, dirigées par la cruelle reine Kari (un rôle qui sied à merveille à la belle Martine). Ces dernières réduisent en esclavage leurs congénères blondes, ainsi qu’une poignée d’hommes préhistoriques hideux, et adorent un dieu rhinocéros dont la grande corne est un symbole phallique à peine camouflé. S’éprenant d’une jeune esclave nommée Saria (Edina Ronay), Marchant prend le parti des opprimés et la tête de la révolte.

Au mépris de toute logique, tout le monde – indigènes africains, Amazones, hommes des cavernes – parle dans ce film un anglais impeccable, ce qui règle bien des problèmes de communication. Quelques trucages optiques abominables (notamment le matte-painting de la montagne en forme de rhinocéros et l’éclipse) donnent le ton dès les prémices. Puis l’histoire se contente de décrire les misères du peuple asservi jusqu’à l’incontournable rébellion. Heureusement, Martine Beswick est là, illuminant chacun des plans où elle paraît d’une aura envoûtante dont rien ne semble pouvoir rompre le charme. Le film a au moins le mérite de lui offrir un rôle à sa mesure. D’ailleurs, à l’exception de la plastique impeccable de ses comédiennes à peine vêtues d’affriolants bikinis en peau de bête, on voit mal où réside l’intérêt d’une telle entreprise. D’autant que contrairement à Un million d’années avant JC, aucun monstre antédiluvien digne de ce nom ne vient égayer le récit.

Un film féministe ?

L’un des moments mémorables des Femmes préhistoriques est la danse érotique de Kari autour de son esclave (elle cherche visiblement à s’accoupler avec lui, et n’importe qui craquerait en quelques secondes, mais le bougre résiste !). Les nombreuses autres chorégraphies du film, qui s’imposent à l’écran presque tous les quarts d’heure, semblent surtout faire office de remplissage pour obstruer tant bien que mal les lacunes d’un scénario anémique. Sans parler de cette cérémonie de mariage où courbettes et révérences n’en finissent plus, se prolongeant jusqu’au bâillement inévitable de tout spectateur normalement constitué. Parmi les moments d’humour involontaire les plus délectables, on retiendra cette scène où Kari s’enveloppe dignement dans son manteau de fourrure alors qu’elle est encore recouverte de mousse après son bain. La comédienne n’était visiblement pas dupe du haut potentiel d’humour involontaire dégagé par le film. « Michael Carreras était un cinéaste adorable », raconte-t-elle. « Je me suis immédiatement entendu avec lui, et je ne compte plus le nombre d’éclats de rire que nous avons eu pendant le tournage des Femmes préhistoriques. Ce film était grotesque, mais les dialogues que Michael Carreras m’avait écrits faisaient mouche, notamment lorsque mon personnage s’offusquait qu’on puisse la considérer incapable d’effectuer des tâches “d’homme“. Lorsque le personnage masculin tente de régner à ses côtés, elle se ressaisit et lui dit : “Tu vois, tu veux déjà m’imposer ta volonté. Tu veux me dominer. Je serais folle de laisser n’importe quel homme agir de la sorte“. C’était très féministe, quand on y pense. » (1) Le dénouement du film, joliment naïf, est une fausse surprise que la plupart des spectateurs auront anticipée depuis longtemps. Un bien étrange film, en vérité.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2019

 

© Gilles Penso


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LE DÉMON AUX TRIPES (1975)

Un mixage italien entre Rosemary’s Baby et L’Exorciste où Satan choisit une femme pour qu’elle tombe enceinte du futur antéchrist…

CHI SEI ? / BEYOND THE DOOR

 

1975 – ITALIE / USA

 

Réalisé par Ovidio Assonitis

 

Avec Juliet Mills, Gabriele Lavia, Nino Segurini, Richard Johnson, Elizabeth Turner, Barbara Fiorini, Carla Mancini

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Producteur italien aguerri, Ovidio G. Assonitis fit ses débuts de metteur en scène avec Le Démon aux tripes, qui met bien en évidence les grandes lignes de sa politique artistique : le recyclage des grands succès du cinéma international. Ses deux films suivants, Laure et Tentacules, allaient confirmer ce « plan de carrière » en surfant respectivement sur la vague d’Emmanuelle et des Dents de la mer. Ici, c’est évidemment L’Exorciste qui sert de source d’inspiration majeure, même si le scénario prend d’étranges détours pour surprendre ses spectateurs. Le film commence donc avec la voix off de Satan en personne, lequel ricane plus que de raison en s’adressant à l’un de ses serviteurs, Dimitri, incarné par Richard Johnson (héros de La Maison du diable quinze ans plus tôt). Ce dernier a la lourde tâche de veiller sur Jessica (Juliet Mills), une femme que le diable convoite et qu’il a choisie pour porter son futur fils. Mais au cours de la messe noire qui constitue le prologue du film (elle est nue sur un autel lumineux entouré de bougies), la jeune femme s’échappe, avec l’aide de Dimitri qui en pince pour elle. Pour le punir, Satan précipite son disciple en voiture du haut d’une falaise, mais le temps suspens soudain son vol. Le diable décide finalement d’accorder à Dimitri un sursis pour retrouver Jessica et reprendre sa mission. Dix ans plus tard, celle-ci a tout oublié et est désormais mariée et mère de deux enfants. Mais soudain, la voilà enceinte alors que rien ne laissait présager une nouvelle grossesse. C’est évidemment l’antéchrist qui grandit en elle…

Toute la première partie du film s’éloigne ainsi du récit classique d’exorcisme popularisé par William Friedkin pour lorgner plutôt du côté de Rosemary’s Baby. Mais ce n’est que reculer pour mieux sauter. Car bientôt, tous les clichés d’usage se bousculent. Possédée par le petit démon dont elle est enceinte, Jessica est donc prise d’accès de violence, insulte son entourage avec une voix caverneuse, vomit des matières gluantes, projette les gens et les objets à distance, lévite au-dessus de son lit… Assonitis calque même la séquence de l’électro-encéphalogramme de L’Exorciste, le maquillage et les attitudes de Juliet Mills plagiant à outrance ceux de Linda Blair.

« Une force au-delà de la compréhension »

« Elle est la victime d’une force qui est au-delà de la compréhension » affirme Dimitri à Robert (Gabriele Lavia), l’époux de Jessica qui se laisse bientôt totalement dépasser par les événements. Le Démon aux tripes bénéficie d’une réalisation soignée qui n’est pas exempte d’idées originales ou insolites, comme le visage de Juliet Mills qui se transforme furtivement en celui de Richard Johnson le temps d’un fondu enchaîné déstabilisant, les jouets qui s’agitent seuls dans la chambre des enfants (une scène qui annonce Poltergeist avec sept ans d’avance), l’œil droit de la possédée qui tourne dans tous les sens tandis que le gauche reste immobile ou encore le « gag » final qui déborde d’humour noir. Mais le film ne convainc pas vraiment, entravé par un scénario un peu laborieux et une confusion totale liée aux motivations exactes de Satan et au rôle censé jouer son serviteur taciturne.

 

© Gilles Penso

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THE TOMORROW WAR (2021)

Chris Pratt part dans le futur pour tenter de sauver l’humanité décimée par une horde de créatures extra-terrestres…

THE TOMORROW WAR

 

2021 – USA

 

Réalisé par Chris McKay

 

Avec Chris Pratt, Yvonne Strahovski, Ryan Kiera Armstrong, J.K. Simmons, Betty Gilpin, Sam Richardson, Edwin Hodge, Jasmine Mathews, Keith Powers

 

THEMA FUTUR I VOYAGES DANS LE TEMPS I EXTRA-TERRESTRES

Jusqu’alors, Chris McKay s’était principalement fait connaître dans le monde de l’animation. Réalisateur d’une quantité astronomique d’épisodes de Moral Orel, Titan Maximum et Robot Chicken, il co-dirigea La Grande aventure Lego et mit en scène en solo Lego Batman le film. Pour son passage aux prises de vues réelles, il se frotte à un blockbuster ultra-ambitieux bourré de séquences d’action et d’effets spéciaux. Baptisé provisoirement Ghostdraft (« le projet fantôme »), The Tomorrow War passe par de nombreux titres provisoires avant son appellation définitive qui insiste sans ambiguïté sur deux aspects clés du récit : la guerre et le futur. L’auteur du scénario est Zach Dean, à qui nous devons les thrillers Cold Blood et 24H Limit. Entre deux Gardiens de la galaxie et deux Jurassic World, Chris Pratt tient le premier rôle et occupe même pour la première fois le poste de producteur exécutif, ce qui lui permet de mettre un peu son grain de sel dans cette superproduction que Paramount Pictures devait distribuer en salles en décembre 2020. L’épidémie du Covid-19 bouleversa tous les plans, les droits de distribution ayant finalement été acquis par Amazon pour la modique somme de 200 millions de dollars (le budget complet du film). C’est donc sur la plateforme de streaming Prime Video que The Tomorrow War fut proposé aux spectateurs à partir de juillet 2021. Cette décision est peut-être viable financièrement, mais elle prive le film du grand écran qui semblait bien mieux adapté à ses ambitions spectaculaires qu’un visionnage sur téléviseur, ordinateur portable, tablette ou smartphone.

Nous sommes en décembre 2022. Dan Forester (Chris Pratt), professeur de biologie et ancien membre des forces spéciales, vient d’essuyer un nouveau refus pour un poste dans un prestigieux centre de recherche. Il se console auprès de sa famille et d’un groupe d’amis réunis autour de la diffusion de la finale de la coupe du monde, le soir du réveillon de Noël. Soudain, au milieu du match, un portail temporel s’ouvre et un bataillon de soldats venus du futur débarque sur le terrain pour mettre en garde l’humanité : dans trente ans, l’humanité sera entièrement décimée à cause d’une guerre perdue d’avance contre une race de créatures extra-terrestres redoutables ayant envahi les quatre coins du monde. En désespoir de cause, tous ceux qui sont en âge de se battre sont sollicités de force pour s’enrôler dans l’armée et partir dans le futur grossir les rangs des belligérants. Dan fait partie des conscrits et se retrouve projeté dans le monde de demain, sans imaginer à quel point la menace qui est en train d’éradiquer le monde sera difficile à vaincre…

Demain ne meurt jamais

Le moins qu’on puisse dire, c’est que The Tomorrow War est un long-métrage généreux, à défaut d’être subtil. Chris McKay ne nous trompe cependant jamais sur la marchandise. Laissant la satire politique antimilitariste à Paul Verhoeven, le réalisateur se concentre sur l’ampleur d’une épopée qui évoque finalement moins Starship Troopers qu’Edge of Tomorrow. Si ce n’est que les circonvolutions temporelles ne prennent pas ici la tournure d’une boucle mais d’une passerelle bâtie entre 2022 et 2051. Plutôt juste dans ses séquences intimistes, très habile dans ses moments de tension et de suspense, la mise en scène de McKay exprime surtout sa virtuosité dans les nombreux morceaux de bravoure consacrés aux combats contre les terribles « Whitespikes ». Ces monstres insectoïdes et tentaculaires, conçus par le designer Ken Bathelmey (la trilogie Le Labyrinthe, Bright, The Predator, Godzilla vs Kong) ne nous sont révélés qu’assez tardivement, pour laisser monter la tension et travailler l’imagination des spectateurs. Lorsqu’ils s’exhibent enfin dans toute leur splendeur, ils se déchaînent sans discontinuité au sein de scènes d’action particulièrement mouvementées : la poursuite dans la cage d’escalier, la fusillade dans la ville dévastée, la capture dans le puits (variante très énervée du prologue de Jurassic Park), la destruction de la plateforme pétrolière fortifiée ou encore le combat final dans le glacier. Bien sûr, le scénario prend l’eau de toutes parts si on l’examine à la loupe, quelques idées et une poignée de personnages sont oubliés en cours de route et la finesse n’est pas la qualité numéro un du film. Mais pour qui veut assister à une échauffourée musclée et explosive entre des militaires intrépides et des aliens agressifs pendant plus de deux heures de spectacle bouillonnant, le contrat est allègrement rempli.

 

© Gilles Penso

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TETSUO 2 (1992)

Et si la colère était capable de transformer n’importe quel citoyen en machine à tuer mi-organique mi-mécanique ?

TETSUO II – BODY HAMMER

 

1992 – JAPON

 

Réalisé par Shinya Tsukamoto

 

Avec Nobu Kanaoka, Tomoro Taguchi, Shinya Tsukamoto, Iwata, Sujin Kim, Keinosuke Tomioka, Hideaki Tezuka, Tomoo Asada, Torauemon Utazawa

 

THEMA MUTATIONS

L’accueil très enthousiaste de Tetsuo auprès d’une communauté d’amateurs l’ayant principalement découvert en festival poussa Shinya Tsukamoto à poursuivre ses expérimentations biomécaniques et à élargir son champ d’action. D’où Tetsuo 2 qui, comme son titre ne l’indique pas, n’est pas une suite du premier opus mais plutôt une variante sur les mêmes thématiques. Cette fausse séquelle aurait même les allures d’une sorte de remake à plus grande échelle qui présente deux différences majeures avec son prédécesseur : une approche plus narrative et le passage du noir et blanc à la couleur. Cette ambition revue à la hausse empêche Tsukamoto de financer le film lui-même, comme c’était le cas pour le premier Testuo tourné quasiment dans les conditions d’un court-métrage amateur. Il se rapproche donc de la productrice Hirmo Ahara qui parvient à intéresser plusieurs sponsors grâce à la réputation montante de ce jeune réalisateur appréhendé comme un artiste underground très prometteur. C’est finalement Toshiba-EMI qui offre la proposition financière la plus attrayante et permet ainsi à Tetsuo 2 de se concrétiser tout en offrant à son auteur la possibilité de garder le contrôle total de son film. Car Tsukamoto continue d’occuper tous les postes clés : l’écriture, la réalisation, la production exécutive, la photographie, le montage, la direction artistique et même l’un des rôles principaux.

Tetsuo 2 remet donc les compteurs à zéro. Tomoro Taguchi, Nobu Kanaoka et Shinya Tsukamoto reprennent leurs personnages respectifs du héros transformé en homme-machine, de sa compagne et de son adversaire, mais dans une configuration un peu différente. Les deux premiers interprètent un couple tranquille vivant au cœur d’une cité japonaise. Soudain, en pleine rue, leur jeune fils est kidnappé par deux brutes qui ont préalablement injecté dans le corps du père une substance inconnue à l’aide d’une sorte de pistolet expérimental. Cet enlèvement et la course-poursuite qui s’ensuit ressemblent à une mise à l’épreuve visant à pousser l’homme à bout et à exprimer sa colère. En pareille circonstance, le docteur Bruce Banner se transformerait en Hulk. Notre protagoniste, lui, voit l’un de ses bras se métamorphoser en canon mi-organique mi-mécanique à la puissance de feu spectaculaire. Le voilà devenu cobaye d’une expérience étrange. Mué en machine destructrice, il se retrouve pourchassé par un tueur aussi puissant que lui. « « La grandeur du désir meurtrier est le point critique » affirme ce dernier, prélude d’un duel entre les deux êtres qui prend vite des proportions titanesques.

La guerre des hommes-machines

Plus que jamais, l’influence de Videodrome transpire sur l’univers de Tsukamoto, qui s’éloigne d’un traitement graphique à la Eraserhead sans se départir de sa fascination pour l’imagerie industrielle. Si ce n’est qu’avec un traitement désormais en couleur, les prises de vues d’usines sont rougeoyantes, voire incandescentes lorsque la caméra s’attarde sur les fonderies. Quant à la ferraille et aux façades d’immeubles, elles prennent une teinte bleutée blafarde. En agrandissant le scope de son récit, le cinéaste semble vouloir cibler un public moins restreint. D’où une trame narrative plus « lisible » que celle du film précédent et une certaine retenue concernant le gore et le sexe. Même si en ce double domaine Tsukamoto se rattrape dans le dernier acte, notamment à travers un flash-back perturbant. En filigrane du film, il nous semble déceler une satire du culte du corps, comme en témoignent tous ces hommes-esclaves adeptes de la musculation qui ont troqué leur individualité contre une anatomie surdéveloppée, tous identiques comme autant d’automates moulés sur le même modèle. L’augmentation de l’enveloppe charnelle, de ses performances et de son agressivité sont au cœur de Tetsuo 2, avec comme point culminant un hallucinant affrontement entre deux hommes-métal, sous les yeux effarés de Nobu Kanaoka qui semble devenue le dernier rempart entre la machine et l’homme.

 

© Gilles Penso


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SPIDERS 2 (2001)

Dans cette fausse suite de Spiders, des araignées géantes génétiquement modifiées envahissent un vieux cargo…

SPIDERS 2 : BREEDING GROUND

 

2001 – USA

 

Réalisé par Sam Firstenberg

 

Avec Stephanie Niznik, Greg Cromer, Daniel Quinn, Richard Moll, Harel Noff, Yuri Safchev, Dimiter Kuzov, Miroslava Bonjeva

 

THEMA ARAIGNÉES

Sans déborder d’originalité, le postulat de cette fausse séquelle du Spiders de Gary Jones laissait espérer une série B énergique et déjantée, comme l’était son réjouissant modèle. Un jeune couple de naufragés, Jason et Alexandra, y est repêché par un cargo en piteux état. A son bord, un savant fou déguisé en médecin respectable, le docteur Gabec, crée des araignées géantes génétiquement modifiées et les accouple à des cobayes humains involontaires dans le but de concevoir une race hybride indestructible. Voilà qui était plutôt prometteur, l’intrigue semblant osciller entre Tarantula de Jack Arnold et Alien la résurrection de Jean-Pierre Jeunet. Hélas, la majeure partie du métrage est consacrée à des bavardages plutôt insipides entre les fades protagonistes et des déambulations sans fin dans les coursives du rafiot poussiéreux. Quant aux araignées du titre, elles se contentent, pour leur part, de figurations furtives et frustrantes.

Les vingt dernières minutes renversent heureusement la vapeur, car l’héroïne, se prenant pour la Ripley d’Aliens comme celle du précédent Spiders, décide d’affronter les immondes bestioles pour sauver son époux, sur le point d’accoucher d’une charmante progéniture à huit pattes. Des arachnides gros comme des bœufs déambulent alors un peu partout dans le bateau, attaquant tous ceux qui passent à leur portée et proliférant de fort inquiétante manière. Les effets spéciaux qui donnent vie aux gigantesques invertébrés varient de l’efficace au passable, et utilisent toute la palette des techniques possibles : marionnettes mécaniques grandeur nature qui bavent abondamment, images de synthèse dynamiques mais pas toujours incrustées avec bonheur dans les décors réels, ou encore tarentules réelles cavalant sur des bouts de maquettes pour quelques plans très furtifs.

Œufs gluants et mandibules fatales

Pour distraire un peu le spectateur engourdi, le film n’hésite guère à verser dans le gore qui éclabousse, accumulant quelques séquences peu ragoûtantes comme la ponte des œufs arachnéens dans la poitrine des cobayes humains involontaires. Dans le rôle du médecin agité du bocal, Richard Moll (abominable homme des neiges dans L’Homme des cavernes, zombie dans House et fantôme dans Scary Movie 2) en fait des tonnes, crispant son visage buriné comme un bouledogue en colère, et finit bien entendu entre les mandibules d’une de ses créatures affamées. On préfèrera de loin le film de Gary Jones, dont cette séquelle a conservé les maladresses mais pas vraiment les qualités, le réalisateur Sam Firstenberg (dont les titres de gloire se nomment Cyborg Cop ou American Ninja) assurant ici le service minimum. Notons tout de même une partition intéressante de Serge Colbert, qui emploie des chœurs féminins et des sonorités arabisantes du plus étonnant effet.

 

© Gilles Penso

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STARMAN (1984)

John Carpenter conte la romance impossible entre une jeune veuve et une entité extra-terrestre réincarnée dans le corps de son défunt époux…

STARMAN

 

1984 – USA

 

Réalisé par John Carpenter

 

Avec Jeff Bridges, Karen Allen, Charles Martin Smith, Richard Jaeckel, Robert Phalen, Tony Edwards, John Walter Davis 

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA JOHN CARPENTER

En 1982, John Carpenter réalise ce que beaucoup considèrent comme son meilleur film : The Thing, érigé aujourd’hui au statut de classique indétrônable dans le double domaine de l’horreur et de la science-fiction. Mais le jour de sa sortie, le film passe complètement inaperçu. Le public du monde entier n’a alors d’yeux que pour E.T., personne ne veut entendre parler d’extra-terrestre agressif et The Thing est un bide retentissant. Carpenter aura du mal à se relever de ce fiasco commercial. Passer aux commandes de Starman est donc une manière pour lui de renverser la vapeur et de prendre sa revanche en brossant – de prime abord – les spectateurs d’E.T. dans le sens du poil. Il s’agit d’ailleurs d’une œuvre de commande pure, développée pendant cinq ans et destinée par le studio Columbia à des cinéastes aussi variés que Peter Hyams, Adrian Lyne, Tony Scott ou John Badham. En héritant du film, Carpenter teinte le récit d’amertume et de bizarrerie. À l’histoire d’amitié entre un petit garçon et une créature extra-terrestre de E.T., Starman substitue une love story désespérée entre une jeune veuve (Karen Allen) et une entité venue des étoiles qui a pris l’apparence de son défunt époux (Jeff Bridges).

Pour pouvoir adopter un langage corporel imprévisible, Jeff Bridges a l’excellente idée d’étudier l’attitude des oiseaux, et notamment leurs brusques mouvements de tête. D’où une prestation « autre » qui concourt beaucoup à la crédibilité de son personnage (et qui lui vaudra même une nomination aux Oscars, mais il était difficile de lutter face à F. Murray Abraham dans Amadeus). En centrant son intrigue sur le motif du couple en cavale (pris en chasse ici par des membres du gouvernement qui, pour le coup, semblent s’être échappés d’E.T.), le film prend vite la tournure d’un road movie. C’est l’occasion pour John Carpenter de saisir la photogénie de sites extérieurs captés aux quatre coins des États-Unis. Magnifiquement cadrés en Cinémascope sous la supervision du directeur de la photographie Donald Morgan (déjà à l’œuvre sur Christine), ces décors naturels servent d’écrin à deux composantes jusqu’alors rares dans la filmographie de Carpenter : la romance et la comédieCe récit de science-fiction peut par ailleurs s’appréhender comme une métaphore du processus de deuil. 

Lyrisme spatial

Comme à l’époque de The Thing, Carpenter cède ici la bande originale à un autre musicien, en l’occurrence Jack Nietzsche. Si les tonalités synthétiques si chère au cinéaste sont toujours là, leur usage est aux antipodes des compositions minimalistes et obsédantes auxquelles il nous a habitués. « Nous étions arrivés à un point où la technologie des synthétiseurs était capable de prélever une note, chantée par Bobbie St Marie, l’épouse de Jack Nietzsche, ce qui permettait de la jouer à différentes hauteurs », raconte Carpenter. « Sa voix incroyablement pure a servi le film. Ce qui est étrange, c’est que Nietzsche est un compositeur habituellement très cynique, très sombre, or sa composition pour Starman est merveilleusement romantique » (1). Nous nous permettrons de tempérer quelque peu l’enthousiasme du cinéaste. Pour avant-gardiste qu’elle soit, cette musique n’en demeure pas moins artificielle et exagérément lyrique, entamant la suspension d’incrédulité des spectateurs. Le même sentiment concerne les effets spéciaux cosmétiques, qui sollicitent pourtant trois des plus grands maquilleurs spéciaux de tous les temps (Rick Baker, Dick Smith et Stan Winston). Ce trio de prestige concocte en effet une séquence de transformation de nouveau-né en adulte certes spectaculaire mais absolument pas crédible. Une approche moins démonstrative eut été plus pertinente. C’est donc cette absence de subtilité qui nuit le plus à Starman, comme si Carpenter, en terrain peu familier, se sentait obligé de forcer le trait. Et pourtant, allez savoir pourquoi, le charme opère. Sans doute parce que Karen Allen nous touche dans un registre très éloigné de la Marion des Aventuriers de l’arche perdue, que Jeff Bridges est irrésistible en « poisson hors de l’eau » à la candeur si rafraîchissante, et que les maladresses du film se transforment presque en force. En cherchant le ton juste, le réalisateur de The Thing se retrouve dans une position de déséquilibre qui fait de son dixième long-métrage une œuvre rare, unique et finalement incomparable.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 1995

 

© Gilles Penso


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LA VENGEANCE DE FU MANCHU (1967)

Christopher Lee revient sous la peau du maître du crime asiatique, utilisant l’hypnose et la chirurgie esthétique pour étendre son royaume du mal

THE VENGEANCE OF FU MANCHU

 

1967 – GB

 

Réalisé par Jeremy Summers

 

Avec Christopher Lee, Douglas Wilmer, Tsai Chin, Tony Ferrer, Wolfgang Kieling, Susanne Roquette, Horst Frank

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA FU MANCHU

Fu Manchu nous avait promis qu’on réentendrait parler de lui à la fin des 13 fiancées de Fu Manchu. Il n’avait pas menti ! Le revoilà, dirigé cette fois-ci par Jeremy Summers, dont la carrière s’est surtout concentrée à la télévision entre 1960 et 1998. Cette troisième aventure du maléfique Asiatique fait donc figure d’exception dans la filmographie de Summers, aux côtés de quatre ou cinq obscurs longs métrages. Et de fait, l’inventivité de Don Sharp brille ici par son absence, un sentiment de routine s’installant peu à peu dans cette franchise à bout de souffle. Tourné principalement dans les studios irlandais Ardmore et sur les plateaux de la compagnie hongkongaise Shaw Brothers, La Vengeance de Fu Manchu nous montre le sinistre maître du crime (toujours incarné avec panache par Christopher Lee) se réinstaller dans le village de ses ancêtres, aux côtés de sa fille Lin Tang (Tsai Chin), qui dirige désormais une partie des opérations pour lui. Alors que Fu Manchu planifie encore une machination diabolique, le commissaire Nayland Smith (Douglas Wilmer), figure héroïque de Scotland Yard, se rend à Paris pour inaugurer la création d’Interpol. Cette réunion des polices du monde occidental vise à éradiquer le mal, dont Fu Manchu est le symbole.

Le super-vilain moustachu étant officiellement trépassé, l’enquête en cours se concentre sur un chef du banditisme organisé nommé Rudolph Moss. Cet Américain pur jus, qui arbore fièrement un chapeau de cowboy et distribue des castagnes à tour de bras, est bizarrement interprété par un acteur allemand, en l’occurrence Horst Frank, pour des raisons de co-production germano-britannique. Quand sa blonde maîtresse l’interroge sur ses projets, il répond jovialement : « je vais à l’autre bout du monde pour rencontrer le diable et lui proposer de devenir mon associé », autrement dit devenir le complice de Fu Manchu. Ce dernier, qui a la dent dure contre Nayland Smith, le fait enlever et remplacer par une doublure, dont le visage a entièrement été modifié par l’un des meilleurs chirurgiens du monde, le docteur Lieberson (Wolfgang Kieling). Sous hypnose, ce faux Smith assassine la délicieuse assistante asiatique Jasmine (Mona Chnog) et se retrouve logiquement accusé de meurtre.

Meurtre sous hypnose

Dès lors, le scénario de La Vengeance de Fu Manchu s’appuie sur un suspense faussé. En effet, l’intrigue s’attarde plus que de raison sur le procès et la condamnation de Nayland Smith. Or c’est le sosie qui comparait, qui est emprisonné et qui risque la peine capitale. L’enjeu n’a donc rien de bien palpitant, dans la mesure où le sort de cet avatar hypnotisé nous importe peu. Comme en outre le film s’encombre de péripéties sans envergure, de sous-intrigues inutiles (la maîtresse du gangster qui est employée dans un night-club) et ne nous offre que de molles bagarres en guise de scènes d’action, autant dire que cette Vengeance de Fu Manchu ne suscite que peu d’intérêt. Et lorsque Christopher Lee déclame en fin de métrage sa traditionnelle réplique « bientôt, le monde entendra parler de moi de nouveau », alors que sa forteresse vient de partir en fumée, les spectateurs appréhendent les futurs épisodes sans enthousiasme particulier. La suite leur donnera raison.

 

© Gilles Penso


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