LES 13 FIANCÉES DE FU MANCHU (1966)

Le super-vilain asiatique incarné par Christopher Lee menace le monde avec un rayon destructeur et se heurte à un policier campé par Roger Hanin !

THE BRIDES OF DU MANCHU

 

1966 – GB

 

Réalisé par Don Sharp

 

Avec Christopher Lee, Douglas Wilmer, Howard Marion Crawford, Marie Versini, Heinz Drache, Roger Hanin, Tsai Chin

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA FU MANCHU

Le Masque de Fu-Manchu ayant connu un petit succès, Don Sharp embraye dès l’année suivante sur cette séquelle proposant quelques variantes sur les motifs du film précédent. Comme tout bon super-vilain qui se respecte, le maléfique Oriental incarné par Christopher Lee a survécu à sa pseudo-mort et continue à perpétrer ses méfaits. Toujours friand de kidnappings de jolies filles, il détient dans son antre les épouses ou les filles de plusieurs grands savants et les maintient sous son emprise grâce à l’hypnose. Sous son contrôle, et sous les yeux de son propre père, l’une d’entre elles fait ainsi tomber une autre demoiselle dans une fosse pleine de serpents venimeux. Nayland Smith enquête à nouveau en compagnie du docteur Richard Peter, leur duo ressemblant plus que jamais à Sherlock Holmes et au docteur Watson. Malgré leur sagacité, ils ne peuvent empêcher un nouvel enlèvement au beau milieu d’une représentation théâtrale, à l’occasion d’un des moments forts du film.

Ne reculant devant aucun des clichés propres au genre, les dialogues ne font guère dans la dentelle. Du coup, alors qu’il est soumis à un sérum de vérité afin de lui faire révéler les objectifs du sinistre Chinois, le savant Jules Merlin, qui travaille à contrecœur avec Fu Manchu pour sauver la vie de sa fille, révèle simplement : « il veut dominer le monde ». Un autre protagoniste lâchera un laconique : « cet homme est démoniaque ». Comment ne pas raisonner autrement, lorsque Fu Manchu envoie tout le monde sur une fausse piste en annonçant que sa prochaine cible est le Windsor Castle ? Car au lieu de détruire le château, il désintègre un navire qui porte le même nom, avec 123 personnes à bord. Désormais, son ultimatum est on-ne-peut plus clair : toutes les nations qui lui résisteront seront rayées de la carte grâce à son rayon destructeur capable d’anéantir des régions tout entières. Venu prêter main forte à nos héros, le policier français Pierre Grimaldi est interprété par ce bon vieux Roger Hanin ! Si la présence du futur interprète de Navarro peut sembler incongrue en tel contexte, il faut savoir que le comédien triomphait à l’époque dans une série de polars d’action un tantinet parodiques (Le Tigre aime la chair fraîche, Le Tigre se parfume à la dynamite).

« Vous réentendrez parler de moi ! »

Moins novatrice que Le Masque de Fu-Manchu, cette première séquelle accentue le racisme latent inhérent au concept initial. Ainsi, dès qu’ils aperçoivent un Asiatique, nos héros cognent dessus sans retenue ni préavis. Et le scénario ne leur donne pas tort, dans la mesure où tous les Chinois du film sont des vilains à la solde de Fu Manchu (si l’on excepte Lotus, la servante dévouée de Nayland Smith). Réfugié dans le « Temple du Dieu Karma », le terroriste à longues moustaches s’apprête à frapper au cœur d’une conférence sur le désarmement qui se tient à Londres. Mais ses plans seront finalement contrecarrés par Abdul, un traître parmi ses serviteurs qui fomente la révolte et l’évasion des prisonnières, tandis que Smith se prépare à donner l’assaut en compagnie de la légion étrangère. Et le film de s’achever sur la phrase gimmick désormais célèbre : « vous réentendrez parler de moi ! »

 

© Gilles Penso


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THE DEEP HOUSE (2021)

Les duettistes Alexandre Bustillo et Julien Maury se lancent dans un concept inédit : un film de maison hantée tourné sous l’eau !

THE DEEP HOUSE

 

2021 – FRANCE

 

Réalisé par Alexandre Bustillo et Julien Maury

 

Avec James Jagger, Camille Rowe, Éric Savin

 

THEMA FANTÔMES I SAGA BUSTILLO & MAURY

Les amateurs de cinéma d’épouvante se souviennent bien de cette scène mythique de l’Inferno de Dario Argento où la poétesse Rose Elliott, incarnée par Irène Miracle, plongeait dans les fondations immergées d’un immeuble newyorkais et débouchait dans une salle inondée à la beauté lugubre – des statues, des lustres, des tableaux, une cheminée – sans pouvoir regagner la surface… Imaginez une telle séquence surréaliste étalée sur la durée d’un long-métrage et vous aurez une idée du spectacle inédit qu’offre The Deep House. L’idée est venue d’une discussion à bâtons rompus entre Alexandre Bustillo et Julien Maury, en quête d’un nouveau projet de long-métrage, aboutissant à la question suivante : pourquoi ne pas concevoir un film de maison hantée qui se déroulerait entièrement sous l’eau ? L’idée est simple et géniale à la fois, d’autant qu’elle relève du jamais vu tout en s’appuyant sur une certaine réalité, celle de villages entiers engloutis dans plusieurs régions de France. Le sixième film des duettistes est donc particulièrement ambitieux, surtout au regard de son budget très raisonnable estimé à 5 millions d’euros. Pour parvenir à concrétiser cette idée, l’équipe s’installe dans les studios Lites en Belgique, qui abritent le plus grand réservoir de cinéma d’Europe (9 mètres de profondeur et 21 de large), pour 33 longues journées de tournage, les prises de vues « en surface » étant captées quant à elles dans l’Hérault, le Tarn et les studios de Bry-sur-Marne.

Les protagonistes de The Deep House sont Tina (Camille Rowe, qu’on a pu apprécier dans Rock’n Roll et Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part) et Ben (James Jagger, vu dans la série Vinyl et accessoirement fils d’un chanteur prénommé Mick). Youtubeurs spécialisés dans l’exploration de lieux abandonnés, tous deux se lancent dans une nouvelle aventure pour leur prochaine vidéo : partir à la découverte d’une maison submergée dans les profondeurs d’un lac isolé du sud de la France. Revêtus d’un équipement de plongée sophistiqué, munis de caméras embarquées sur leurs masques et d’un drone aquatique qui les suit partout, capables de communiquer grâce à système de micros et d’écoute, ils s’immergent. Mais rien ne les prépare à ce qu’ils vont découvrir dans les profondeurs…

Quand Abyss rencontre Shining

À partir du moment où le couple s’enfonce dans les eaux, The Deep House assume définitivement son concept fou, au point de se dérouler dès lors en temps réel. Nous savons que Tina et Ben n’ont que soixante minutes d’oxygène à leur disposition, qu’il reste une heure de métrage et que la sympathique randonnée aquatique s’apprête à se transformer en cauchemar… Habiles, Alexandre Bustillo et Julien Maury jouent sur l’attente du spectateur, construisant lentement mais sûrement un climat insolite qui passe par plusieurs phases successives : l’étrangeté, l’inquiétude, la peur et enfin la panique. Une fois n’est pas coutume, les auteurs d’À l’intérieur et Aux yeux des vivants s’éloignent du gore et de l’horreur graphique qui sont presque devenus leur signature au profit d’une terreur plus insidieuse. D’ailleurs, les vecteurs majeurs d’effroi sont ici le décor immergé (d’une incroyable photogénie) et l’eau elle-même (transformée en entité quasiment organique), bien plus que les apparitions spectrales qui, pour le coup, empruntent des sentiers plus familiers. Au-delà de l’incroyable challenge logistique que représente The Deep House, les deux cinéastes parviennent à rendre la topographie des lieux parfaitement lisible et identifiable, sauf dans les brefs moments d’affolement qui désorientent volontairement les spectateurs et les personnages. C’est en soi un véritable exploit, preuve de la virtuosité d’un film tellement audacieux et immersif qu’on en oublie volontiers les quelques facilités qui jalonnent son dernier acte. Il fallait tout de même oser le mixage entre Abyss et Shining ! À découvrir de préférence en salles, bien sûr.

© Gilles Penso

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LE MASQUE DE FU MANCHU (1965)

Christopher Lee incarne avec panache le célèbre super-vilain asiatique imaginé par Sax Rohmer…

THE FACE OF FU MANCHU

 

1965 – GB

 

Réalisé par Don Sharp

 

Avec Christopher Lee, Nigel Green, Joachim Fuchsberger, Karin Dor, James Robertson Justice, Howard Marion Crawford

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA FU MANCHU

À l’occasion de Frankenstein s’est échappé et La Malédiction des pharaons, Christopher Lee avait prouvé sa capacité à se réapproprier sans rougir deux rôles mythiques immortalisés par Boris Karloff. Le producteur britannique Harry Alan Towers lui proposa donc de réitérer l’expérience en endossant la défroque du maléfique Fu Manchu, que Karloff incarna en 1932 dans le mémorable Masque d’or. Dès le prologue, situé dans la Chine du début du vingtième siècle, nous assistons à l’exécution du super-vilain asiatique, accusé de crimes organisés et décapité par un vigoureux bourreau sous la surveillance de Sir Dennis Nayland Smith (Nigel Green), inspecteur de Scotland Yard. Mais quelques années plus tard, une vague de crimes et de trafics de drogues est en recrudescence, et Smith croit voir là la marque de Fu Manchu. Suite à l’enlèvement du savant allemand Müller (Walter Rilla) l’inspecteur n’a plus de doute : Fu Manchu est toujours vivant, et c’est un comédien chinois hypnotisé qui a été exécuté à sa place, comme dans les bons vieux serials des années 30.

L’objectif du vil empereur du crime est d’obtenir une substance mortelle, tirée de la graine du pavot de la colline noire que cultivent les moines tibétains. Müller est chargé de créer ce produit, et pour l’inciter à coopérer, Lin Tang (Tsai Chin) la propre fille de Fu Manchu, fait enlever Maria (Karin Dor), la fille du savant, ainsi qu’un vieux professeur excentrique possédant des documents indispensables à la création de la substance. Dès qu’il possède sa redoutable arme chimique, Fu Manchu s’adresse à la population, à la manière d’un Fantomas, et annonce qu’il s’apprête à démontrer l’étendue de son pouvoir dans le petit village de Fleetwick, dans l’Essex. Aussitôt, un avion bombarde de gaz la région, et trois mille personnes passent illico de vie à trépas. Hommes, femmes et enfants jonchent ainsi le pavé, le film ne faisant pas dans la dentelle malgré ses allures de bande dessinée caricaturale. Fier de son petit effet, Fu Manchu déclare qu’il fera dix mille victimes de plus si on ne lui obéit pas. La tension monte et Nayland Smith devra faire preuve de beaucoup de perspicacité pour déjouer les plans de ce parfait archétype du Péril Jaune tel qu’en raffolait l’Occident alors obnubilé par la guerre froide.

Le Péril Jaune

Ponctué de bagarres plutôt bien troussées, Le Masque de Fu Manchu joue beaucoup sur les conventions du genre, truffant le repaire du méchant de passages secrets, de portes cachées, de statues qui pivotent ou d’yeux d’angelots qui remuent, des gimmicks qu’on croirait presque échappés d’un épisode de Scooby-Doo. Le film se pare d’un casting de haut niveau, Lee bénéficiant d’un maquillage très réussi et nimbant chacune de ses apparitions d’un charisme à toute épreuve. En adversaire pugnace et retors, Nigel Green forme avec Howard Marion Crawford un duo à la Holmes et Watson, et poursuivra le super-vilain jusqu’au Tibet, l’aventure s’achevant de fort explosive manière. Et Fu Manchu de conclure en voix off : « Le monde entendra encore parler de moi ». Ce que confirmera Les 13 fiancées de Fu Manchu, une première séquelle réalisée dès l’année suivante.

 

© Gilles Penso


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CITIZEN TOXIE – THE TOXIC AVENGER IV (1999)

Un quatrième épisode où Lloyd Kaufman ne se réfrène plus, poussant le gore, le sexe et le mauvais goût à leur paroxysme…

CITIZEN TOXIE – THE TOXIC AVENGER IV

 

1999 – USA

 

Réalisé par Lloyd Kaufman

 

Avec David Mattey, Clyde Lewis, heidi Sjursen, Paul Kyrmse, Joe Fleishaker, Michael Budinger

 

THEMA SUPER-HÉROS I MUTATIONS I SAGA TOXIC AVENGER

Le concept du Toxic Avenger ressemblait à l’origine à une simple blague de potache, et le fait d’en tirer trois films relevait déjà de l’exploit. Alors comment donc les joyeux drilles de la Troma allaient-ils pouvoir concocter un quatrième épisode susceptible de renouveler un mythe au potentiel tout de même assez limité ? Réponse : en jouant la carte de la surenchère. Le sang, les tripes, le sperme et les excréments giclent donc plus que de raison tout au long du métrage. Et de fait, on découvre ce quatrième Toxic Avenger  avec un regard mi-amusé mi-navré, celui qu’on adopterait en observant un enfant jouer avec son caca. Pour varier un peu les plaisirs, le scénario tente de jouer la carte de la science-fiction burlesque. Tout commence par l’attaque d’une école d’handicapés mentaux par un groupe de terroristes adultes en couches culottes. Ça démarre donc assez fort. Toxie arrive à la rescousse, sous le déguisement d’une affriolante journaliste en bikini, mais il ne peut empêcher l’explosion d’une gigantesque bombe. La déflagration est tellement violente qu’elle ouvre la porte entre deux dimensions parallèles.

Ce bon vieux Toxie se retrouve donc propulsé dans Amortville, version trash de Tromaville où toute la population est soit droguée, soit psychopathe, soit désaxée sexuelle, soit les trois à la fois. Pendant ce temps, dans Tromaville, c’est Noxie qui fait son apparition, une version meurtrière et lubrique du Toxic Avenger qui va semer la terreur dans son sillage. Voilà pour l’argument de départ, qui se complique avec l’intervention d’autres super-héros tous plus ridicules les uns que les autres : le sergent Kabukiman NYPD, un homme-dauphin stupide, un homme-vache au pis dégoulinant, une femme équipée d’un énorme vibromasseur et un homme qui éjacule à tout va (oui, tout ça est très subtil, on vous avait prévenu). Pour le reste, le film accumule allégrement les séquences ultra-gore et les gags d’adolescents boutonneux situés évidemment juste au-dessous de la ceinture.

Toxie contre Noxie

Au milieu de ce fatras déliquescent et boursouflé, Lloyd Kaufman s’essaie à la parodie pure, lorgnant tour à tour du côté des Austin Powers (l’homme vache que l’on croit mort mais qui se relève toutes les trente secondes pour interrompre la tirade de Noxie) ou des Naked Gun des ZAZ (le faux arrêt sur image final où tous les acteurs se figent, sauf Kabukiman). Le sous-titre Citizen Toxie trouve lui-même sa justification dans un pastiche du célèbre film d’actualités qui servait de prologue à Citizen Kane. Au cours du final, Toxie et Noxie s’empoignent violemment, tandis que dans le ventre arrondi de la fiancée du vengeur toxique, deux fœtus accrochés à leur cordon ombilical s’affrontent eux aussi. C’est évidemment le bien qui triomphe, et de la dépouille écrabouillée de Noxie surgit soudain le Melvyn en tutu du premier Toxic Avenger, qui se jette par la fenêtre, tombe dans un fût radioactif et s’enfuit en criant : « on se reverra… s’il y a une séquelle ! ». L’histoire se boucle donc, en un gag étrange, l’un des seuls qui soient vraiment drôles au beau milieu de ce bazar mal écrit, mal filmé, mal joué, à côté duquel les programmes de MTV ressemblent à du Arte.

 

© Gilles Penso

 

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AVALON (2001)

Le réalisateur de Ghost in the Shell nous plonge dans un univers virtuel addictif qui capture l’esprit des joueurs trop accros…

AVALON

 

2001 – JAPON / POLOGNE

 

Réalisé par Mamoru Oshii

 

Avec Malgorzata Foremniak, Wladyslaw Kowalski, Jerzy Gudejko, Dariusz Biskupsi, Bartlomiej Swiderski, Katarzyna Bargielowska, Alicja Sapryk, Michael Breitenwald

 

THEMA MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS I FUTUR

Porté aux nues aux quatre coins du monde grâce à son splendide film d’animation Ghost in the Shell, Mamoru Oshii décide d’aborder à l’aube des années 2000 le sujet de la réalité virtuelle. C’est en prises de vues réelles qu’il choisit cette fois-ci de s’exprimer, comme pour mieux brouiller les pistes entre le monde physiquement tangible et celui des pixels. Et si le sujet de l’isolement d’une partie de la population accro aux jeux vidéo semble toucher de près la société nippone, Oshii préfère un cadre européen, plus propice selon lui à la mise en place d’un monde rétro-futuriste proche de celui décrit par Michael Radford dans son adaptation de 1984. D’où l’installation de son équipe à Varsovie et Wroclaw et la présence d’un casting exclusivement polonais. Le gouvernement prête d’ailleurs main-forte à la production en mettant gracieusement à sa disposition tout l’équipement et les véhicules militaires nécessités par les reconstitutions des séquences guerrières. Un film japonais tourné dans la langue d’Andrzej Wajda : décidément, Mamoru Oshii n’est pas un cinéaste comme les autres. Rétif à toutes les étiquettes, l’homme concocte un long-métrage de prime abord austère et hermétique, sans se priver pour autant de clins d’œil qu’on aurait plus volontiers imaginés chez un cinéphile compulsif adepte de post-modernisme, comme par exemple l’utilisation des noms Ash et Bishop en hommage aux deux robots d’Alien et Aliens. Oshii ne se prive pas non plus de faire intervenir dans son récit un basset, l’animal fétiche qui l’accompagne dans presque tous ses films.

Avalon se situe dans un avenir indéterminé, où la technologie semble avoir fait un bond en avant mais où la société donne le sentiment de s’être figée quelque part entre deux guerres. Emprunté aux légendes celtes, le nom d’« Avalon » est celui d’un jeu vidéo illégal sur lequel les participants branchent directement leur cerveau et où ils se lancent dans des opérations militaires musclées. Certains joueurs, victimes de comportements addictifs irrépressibles, se plongent dans cet univers virtuel avec tant d’intensité que leur esprit y reste bloqué, tandis que leurs corps inerte végète dans des hospices sinistres. Ce sont les « non revenus ». D’où le parallèle avec l’« Avalon » des légendes arthuriennes, cette île mythique où sont supposées se réfugier les âmes des grands guerriers. Dans ce monde peu reluisant qui n’est que le miroir déformant du nôtre, Ash, une jeune femme solitaire, multiplie avec succès les missions guerrières d’« Avalon », ce qui lui permet de gagner des biens matériels. « Pour les vrais joueurs, le jeu est une fin en soi » dit l’un des personnages du film, comme pour laisser entendre qu’Ash se plonge dans ces combats virtuels moins pour se constituer un petit pactole que pour s’y adonner à la manière d’une drogue.

« La réalité est ce qui nous paraît réel »

Le cadre dans lequel Mamoru Oshii situe son film est atemporel mais familier, comme emprunté à une page d’histoire uchronique. Tout y est gris, triste, délavé. Les rues sont mal éclairées, les vieux tramway grincent, les grues de chantier se dressent lugubrement au milieu des bâtiments spartiates, la pauvreté et les restrictions suintent partout. C’est dans cet environnement étouffant, éclairé par une photographie ouatée et quasi-monochrome, que l’héroïne Ash (dont le nom peut se traduire par « cendre ») s’astreint à une routine quotidienne, ne partageant sa vie qu’avec un chien, seul capable visiblement de lui arracher quelques sourires. Nous sommes très loin d’une imagerie futuriste clinquante. Même la visualisation du jeu vidéo baigne dans un certain désenchantement, à mille lieues des facéties virevoltantes d’un Matrix. C’est un terrain de jeu banal, fait de ruines et de champs asséchés, où surgissent tanks, hélicoptères et canons qu’il faut déjouer pour ne pas finir pulvérisé. Via plusieurs effets visuels surprenants qui ne cherchent pas l’hyper-réalisme mais plutôt la fusion des univers, les images de synthèse se mêlent aux prises de vues réelles jusqu’à la confusion. À l’avenant, la bande originale envoûtante alterne les morceaux électroniques et les pièces opératiques interprétées conjointement par l’orchestre philharmonique de Varsovie et le Tokyo Pop Orchestra. L’organique et l’électronique marchent ainsi main dans la main, jusqu’à un dernier acte surprenant qui remet définitivement en cause la notion de réel. « La réalité est ce qui nous paraît réel », dira l’un des interlocuteurs d’Ash. Fascinant, Avalon souffre malgré tout de son incapacité (son refus ?) à faire ressentir des émotions aux spectateurs. Dès le début du métrage, une distance se crée entre l’action et le public, et ce fossé ne sera jamais comblé. L’exercice de style aurait sans doute gagné à céder une part de son caractère cérébral contre un peu plus de cœur.

 

© Gilles Penso


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TOXIC AVENGER 3 (1989)

Bricolée avec des séquences non utilisées du film précédent, cette troisième aventure confronte Toxie au diable en personne !

TOXIC AVENGER PART III : THE LAST TEMPTATION OF TOXIE

 

1989 – USA

 

Réalisé par Michael Herz et Lloyd Kaufman

 

Avec Ron Fazio, Phoebe Légère, John Altamura, Rick Collins, Lida Gaye, Jessica Dublin, Tsutomu Sekine, Michael J. Kaplan, Traci Mann, Bonnie Garvin

 

THEMA SUPER-HÉROS I MUTATIONS I DIABLE ET DÉMONS I SAGA TOXIC AVENGER

Pour la troisième fois consécutive, Lloyd Kaufman et Michael Herz unissent leurs efforts et réalisent à quatre mains une aventure consacrée au personnage le plus célèbre de la minuscule compagnie Troma, selon une méthode de travail bien rodée. « J’étais plus spécifiquement responsable de l’écriture et de l’aspect technique du film, tandis que Michael prenait en charge la direction des acteurs », nous explique Kaufman. « Les choses se sont réparties naturellement entre nous, même si elles n’étaient pas totalement cloisonnées. » (1) Conçu majoritairement avec des chutes de Toxic Avenger 2, ce troisième opus commence par un résumé des deux premiers films puis installe son action dans un vidéoclub où des gangsters stupides saccagent les lieux (où l’amateur peut distinguer de nombreux posters de films Troma) jusqu’à ce que Toxie ne débarque pour redresser les torts. Un flash-back nous montre alors le vengeur toxique dans un bien piteux état. Comme au début du film précédent, il est déprimé à cause du manque de méchants à affronter. Pour pouvoir payer à sa petite amie Claire une opération qui lui rendra la vue, il accepte le pire des métiers : receveur des impôts. D’où un gag visuel très réussi de suicide manqué : le super-héros se place face aux phares d’un camion qui s’apprête à l’écraser… mais ce sont en réalité deux motos qui le contournent.

Hélas, le scénario se met vite à patiner, car on sent bien que le film est bricolé avec des bouts inutilisés du précédent. D’où un inévitable sentiment de déjà vu, comme si tout recommençait sans tenir compte de Toxic Avenger 2. Nous avons même droit à une version raccourcie de la grande réunion des méchants d’Apocalypse Inc. Si ce n’est que cette fois-ci, le président de la compagnie est un émule de Satan qui convainc Toxie de signer un pacte avec son sang en échange d’une coquette somme d’argent qui lui permettra de payer l’opération de Claire. Le héros boursouflé travaille donc naïvement pour les méchants sans se rendre compte qu’il participe à l’établissement d’un régime totalitaire. Bientôt, il devient la parfaite caricature d’un yuppie arriviste. Cet aspect-là du film est intéressant, mais il n’y a quasiment plus d’histoire, juste un enchaînement de saynètes plus ou moins distrayantes. Le film se rattrape avec de nouveaux excès gore cartoonesques (les intestins arrachés et transformés en corde à sauter, la main découpée dans le magnétoscope), des idées visuelles surprenantes (le cauchemar où Toxie affronte le Melvin du premier film incarné ici par Michael J. Kaplan) ou des gags absurdes (la scène d’amour avec Claire qui se termine en son et lumière avec des bulles, de la fumée et un feu d’artifice). Phoebe Légère elle-même prouve une nouvelle fois qu’elle n’est pas qu’une jolie bimbo mais aussi une chanteuse à la voix impressionnante et une musicienne qui taquine l’accordéon avec dextérité.

Tromatismes

La dernière partie du film prend une tournure spectaculaire avec la métamorphose du président d’Apocalypse Inc. en véritable diable. Le démon surgit littéralement de ses entrailles : d’abord une main griffue, comme à la fin de Evil Dead, puis une tête grimaçante vomissant des paquets de vers fumants. Son visage est hérissé de cornes, des ailes repliées derrière son dos, bref c’est un monstre digne de ce nom, que Toxie affronte vigoureusement, jusqu’à se décomposer pour se muer en squelette géant. Côté action, effets spéciaux et cascades (l’étonnante séquence du bus scolaire), le dernier acte de Toxic Avenger 3 s’avère donc généreux, même si le spectacle reste « sage » au regard du premier Toxic, pour que cet opus et son prédécesseur puissent bénéficier d’une distribution plus large. Les producteurs se rattraperont avec un quatrième épisode beaucoup plus graveleux et sanglant. « Effectivement, nous avons pu faire ce que nous voulions sans la moindre entrave dans Toxic Avenger 4 », nous confirme Lloyd Kaufman. « C’était une manière de nous racheter des compromis que nous avions fait sur le second et le troisième film. » (2)

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2018

 

© Gilles Penso

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PREHYSTERIA (1993)

Le jeune protagoniste de Last Action Hero rencontre une demi-douzaine de dinosaures miniatures dans cette production Charles Band

PREHYSTERIA !

 

1993 – USA

 

Réalisé par Charles et Albert Band

 

Avec Austin O’Brien, Brett Cullen, Colleen Morris, Samantha Mills, Tony Longo, Stuart Fratkin, Stephen Lee, Tom Williams

 

THEMA DINOSAURES I SAGA CHARLES BAND I PREHYSTERIA

Alors que Roger Corman avait exploité le filon Jurassic Park sous un jour sanglant et futuriste via son opportuniste et dispensable Carnosaur, Charles Band, lui, a choisi un style familial, presque disneyen. C’est l’occasion pour lui d’inaugurer Moonbeam Entertainment, une société sœur de sa compagnie de production Full Moon consacrée aux films pour enfants. Nous aurions largement tendance à préférer cette variation sur la vogue des dinosaures, cultivant l’originalité et la comédie là où Carnosaur jouait tranquillement la carte du déjà-vu. Assez curieusement, ce Prehysteria inspiré d’une idée du graphiste Peter Von Sholly serait même presque plus spielbergien que Jurassic Park lui-même, avec son prologue calqué sur celui des Aventuriers de l’arche perdue et ses créatures que les enfants cachent aux adultes comme ceux de E.T. Charles Band étant un très grand fan de Spielberg, ceci explique cela. Malin, le producteur/réalisateur sait que Jurassic Park va provoquer une « dinomania » mais que les plus jeunes spectateurs ne pourront pas aller le voir à cause de sa violence. Prehysteria a donc de bonnes chances de les attirer dans les rayons des vidéoclubs. Charles Band co-réalise le film avec son père Albert Band, mais leurs plannings respectifs les obligent à se passer le relais pendant le tournage sans jamais travailler simultanément. « C’était devenu une blague sur le plateau », se souvient le producteur. « Chaque matin, les acteurs se demandaient lequel des deux Band serait leur metteur en scène. » (1)

Ici, sous un prétexte très évasif, les dinosaures sont lilliputiens. L’archéologue Rico Sarno (Stephen Lee) les découvre d’abord sous forme de cinq œufs, dans une caverne inexplorée depuis l’aube de l’humanité. Par hasard, il perd sa fabuleuse cargaison qui échoue dans la ferme de Frank Taylor (Brett Cullen), père de Jerry (Austin O’Brien, partenaire d’Arnold Schwarzenneger dans Last Action Hero) et Monica (Samantha Mills). C’est là que les ennuis commencent. Le chien de la famille Taylor couve les œufs qui ne tardent pas à libérer des mini-dinosaures. Immédiatement adoptés par la progéniture du fermier, les cinq sauriens se voient affublés de noms de rock stars liés à leur physique (une idée drôle et finalement assez plausible de la part de deux enfants imaginatifs). Le T-Rex est donc baptisé Elvis (parce que c’est le « king » des dinosaures), le stégosaure Jagger (à cause de son bec rouge qui évoque la bouche du leader des Rolling Stones), le brachiosaure Paula (pour son regard charmant), le chasmosaure Hammer (son museau a des allures de bouc) et le ptéranodon Madonna (parce qu’il possède une crête décolorée). Ces créatures miniatures sèment une joyeuse zizanie dans la maison, jusqu’au jour où Rico Sarno et ses hommes surviennent pour les récupérer…

Chérie, j'ai rétréci les dinos !

Animés tour à tour en stop-motion ou mécaniquement par le talentueux David Allen et son assistant Chris Endicott, ces cinq sauriens miniatures sont crédibles et dotés de fortes personnalités – en particulier le tyrannosaure et le ptéranodon. « J’aurais préféré faire plus appel à l’animation sur ce film », avouait Allen quelques années plus tard, « mais Charles Band n’a mis à notre disposition que huit semaines pour la post-production complète du film. Les marionnettes nous ont donc permis de gagner du temps. » (2) Quand on sait que Ray Harryhausen passait en moyenne une année à animer les monstres de chacun de ses films, on comprend mieux les contraintes de temps évoquées par David Allen. Au-delà de ses effets spéciaux inventifs, Prehysteria présente l’avantage de mettre l’accent sur ses personnages humains et leurs caractères, au sein d’une famille un peu dysfonctionnelle : le père maîtrise moyennement son autorité parentale et le fils est partagé entre la complicité paternelle et celle de sa sœur. Comme en outre la mise en scène de Charles et Albert Band est tout à fait à la hauteur, Prehysteria demeure un divertissement fort réussi, qui sortira en France en VHS sous le titre Dinosaures Story et donnera naissance à deux séquelles tout à fait anecdotiques conçues elles aussi pour le marché de la vidéo.


(1) Extrait de l’autobiographie de Charles Band « Confessions of a Puppet Master » (2022)

(2) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso

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TOXIC AVENGER 2 (1989)

Le vengeur toxique de Troma revient lutter contre le mal et part chercher ses origines en plein Japon…

TOXIC AVENGER PART II

 

1989 – USA

 

Réalisé par Michael Herz et Lloyd Kaufman

 

Avec Ron Fazio, John Altamura, Phoebe Legere, Rick Collins, Rikiya Yasuoka, Tsutomu Sekine, Mayako Katsuragi

 

THEMA SUPER-HÉROS I MUTATIONS I SAGA TOXIC AVENGER

C’est pendant la promotion du premier Toxic à Tokyo que naît dans l’esprit de Lloyd Kaufman l’envie d’une séquelle majoritairement située au pays du soleil levant. « L’idée que Troma, la plus petite compagnie de production du monde ou presque, se retrouve au Japon, qui était à l’époque le pays le plus riche de la planète, ne manquait pas d’ironie », nous avoue-t-il (1). Gentiment satirique, le prologue nous offre la vision caricaturale d’une ville américaine idéale où les citoyens dansent dans la rue, fabriquent du jus d’orange, font du vélo et baignent dans la jovialité. Le crime ayant été éradiqué, notre vengeur toxique accepte un travail de concierge dans un centre pour aveugles. Mais c’est le calme avant la tempête. Car la sinistre multinationale Apocalypse Inc. menace de prendre le contrôle de Tromaville pour lui redonner son statut de ville la plus polluée du monde. Au cours de la réunion d’une impressionnante bande de malfrats dans une vaste demeure qui ressemble à celle d’Al Pacino dans Scarface (avec parmi les gangsters un homme aux allures de Robert de Niro dans Angel Heart), nous avons droit à une improbable explication scientifique : ce sont des particules biochimiques nommées Tromatons, présentes dans le corps de Toxie, qui le poussent à détruire le mal. Pour se débarrasser de ces particules (et donc de leur ennemi juré), le PDG d’Apocalypse Inc. mobilise les plus grands spécialistes de la section japonaise. « Tout le monde sait que si vous voulez quelque chose qui fonctionne, vous achetez un produit japonais » commente l’une des vilaines.

Victime d’une grave dépression à cause du manque de méchants à affronter, Toxie apprend que son père Phinneas T. Junko, alias Big Mac, vit au Japon. Il traverse donc l’océan sur une planche à voile, serpillère à la main, et débarque sur une plage nippone « à la manière de Godzilla », c’est-à-dire en terrorisant les Tokyoïtes. Prenant la relève de Mark Torgl, Ron Fazio endosse le costume du monstre dans ce second opus. Le maquillage ayant évolué, la physionomie de Toxie n’est plus tout à fait la même, avec notamment un œil gauche pendouillant plus mobile que dans le premier film. La petite amie du héros aussi a changé de visage. « Andree Maranda, qui jouait Sara dans le premier Toxic Avenger, a disparu de la circulation après le film », explique Lloyd Kaufman. « Nous avons perdu son contact et nous n’avons pas pu l’engager pour la séquelle. Un soir, dans un night-club, j’ai découvert la comédienne et chanteuse Phoebe Légère. Je me suis dit qu’elle s’intègrerait parfaitement à l’univers des films Troma. Elle n’avait pas d’expérience dans le cinéma, mais ça m’importait peu. Nous lui avons fait passer une audition et elle était parfaite. » (2) C’est effectivement une très bonne pioche, Phoebe Légère s’avérant bien plus pétillante et drôle que sa devancière.

Moins de gore, plus de gags

Bien sûr, la subtilité n’a pas fleuri depuis l’épisode précédent et la mise en scène reste très maladroite (assurément, Michael Hertz et Lloyd Kaufman sont meilleurs commerçants que réalisateurs). Pour autant, ce second Toxic Avenger se regarde avec entrain, en grande partie grâce à ses penchants burlesques pleinement assumés. L’humour omniprésent se partage entre les gags absurdes à la ZAZ (le nombre incalculable de méchants qui s’extraient d’une Limousine apparemment aussi grande que le sac de Mary Poppins), les gags scatos (Toxie déclenche des éclairs électriques lorsqu’il est aux toilettes) et les clins d’œil référentiels (le cinéma qui projette Apocalypse Now). Victime de son succès, le vengeur toxique est devenu depuis le premier film héros de bandes dessinées et de dessins animés, ce qui entraîne l’atténuation des effets gore par rapport au premier volet. « C’est l’une des raisons », avoue Kaufman. « L’autre est liée à l’accord que nous avons signé avec Warner Bros qui s’est occupé de la distribution du film en vidéo. Pour que cet accord soit accepté, il nous fallait une classification R au moment de la sortie au cinéma, autrement dit une autorisation aux mineurs accompagnés d’un adulte. Nous avons dû nous réfréner sur le sexe et l’horreur pour éviter l’interdiction aux moins de 18 ans. » (3) Le sort réservé aux malfrats qui se heurtent au héros radioactif relève donc plus du cartoon à la Tex Avery que du film d’horreur (l’un est coupé en morceaux par la machette d’un cuisinier, l’autre transformé en ballon de basket humain, un troisième a son nez réduit à l’état de friture en forme de poisson, un autre encore est plongé dans un jacuzzi bouillonnant devenu marmite pleine de légumes…). Face au premier montage du film – qui dure quatre heures – Herz et Kaufman prennent la sage décision de le couper en deux pour alimenter un troisième épisode post-produit dans la foulée.

 

(1), (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2018

 

© Gilles Penso

 

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BLACK WIDOW (2021)

Sacrifiée dans Avengers Endgame, la Veuve Noire de Marvel revient faire un tour de piste le temps d’une prequel centrée sur son passé…

BLACK WIDOW

 

2021 – USA

 

Réalisé par Cate Shortland

 

Avec Scarlett Johansson, Florence Pugh, David Harbour, Rachel Weisz, O.T. Fagbenle, William Hurt, Ray Winstone, Olivier Richters

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL I AVENGERS

Il fut longtemps question d’un long-métrage entièrement consacré à la pugnace Natasha Romanoff. Mais depuis son apparition sous les traits de Scarlett Johansson dans Iron Man 2, la Veuve Noire créée par Stan Lee s’est contentée de jouer les seconds rôles au sein des aventures collégiales des Avengers, laissant souvent la vedette à ses partenaires masculins. Il semblait légitime que l’espionne russe reconvertie en super-héroïne ait enfin droit à son propre film. Seulement voilà : Black Widow a-t-il été mis en chantier pour les bonnes raisons ? Après son décès spectaculaire dans Avengers Endgame, la fière combattante donnait le sentiment d’avoir fait son temps et de s’être inscrite dans tous les arcs narratifs susceptibles de la concerner. Alors pourquoi une prequel si tardive ? Manifestement, la réponse est liée à des raisons beaucoup moins scénaristiques que politiques. Si Black Widow existe, ce n’est pas tant pour enrichir narrativement le Marvel Cinematic Universe que pour sacrifier à la mode idéologique du moment qui, sous prétexte de lutter contre les discriminations, favorise un communautarisme excessif où chaque groupe se cloisonne et s’isole des autres. De fait, lorsqu’est née l’idée de Black Widow, Disney n’a pas cherché à se rapprocher d’un metteur en scène susceptible d’apposer une vision et un univers adaptés au scénario, mais s’est simplement mis en quête d’une réalisatrice – entendez une femme – peu importe laquelle ! Près de 70 candidates ont été interviewées pour le poste, preuve que le studio avançait à l’aveuglette, s’intéressant plus au sexe de son metteur en scène qu’à sa personnalité.

C’est donc la cinéaste australienne indépendante Cate Shortland qui hérite de la réalisation du film. Spécialisée dans les drames intimistes (Le Saut périlleux, Lore, Berlin Syndrome), on la sent fatalement comme un poisson hors de l’eau à la tête d’une telle production. Il lui semble surtout impossible d’imprégner le film de sa propre sensibilité, tant le scénario coche avec minutie les cases de son cahier des charges. Commercialement, Black Widow est conçu pour relancer la franchise Marvel en laissant éclore un nouveau personnage susceptible de succéder à Natasha Romanoff dans d’éventuelles séquelles (sa jeune sœur Yelena Belova incarnée par Florence Pugh). Pourquoi pas ? Après tout, il faudra bien combler le vide laissé par la mort de la Veuve Noire. Éthiquement, c’est plus compliqué. Sous couvert de pamphlet contre le sexisme, Black Widow opte pour la caricature sans jamais chercher la nuance (dans la même mouvance que le navrant Charlie’s Angels d’Elizabeth Banks). Tous les personnages féminins du film sont donc des combattantes émérites victimes de l’oppression que leur font subir les hommes. Les figures masculines, de leur côté, se divisent en quatre catégories : les super-vilains odieux (le général Dreykov), les montagnes de muscles stupides (Alexei Shostakov et tous ses compagnons de prison), les faire-valoir insipides (Rick Mason) ou les militaires hostiles (Thaddeus Ross et ses soldats). Quant à l’intrigue, elle raconte avec la finesse d’un marteau piqueur l’émancipation de la femme hors du joug du mâle dominateur qui se protège derrière ses phéromones (au sens propre) ! 

Être une femme libérée, c’est pas si facile !

Le pire, dans cette affaire, c’est que les dirigeants de Marvel se soucient probablement de la cause féministe comme de leur première liquette. Mais c’est dans l’air du temps, ça donne bonne figure et ça redore le blason d’un grand studio désireux de véhiculer une image progressiste aux yeux de l’opinion publique. Black Widow se complaît tant dans cet opportunisme qu’il en oublie de construire une intrigue digne de ce nom. Les scènes s’accumulent sans la moindre progression dramatique, les séquences d’action se parent de cascades certes audacieuses mais gâchées par une mise en scène dénuée de point de vue (ces plans très larges en plongée qui s’insèrent n’importe comment dans le montage pour tenter de le dynamiser), la quête de l’émotion facile fait long feu (une blague ici, une larme là) et la musique assommante de Lorne Balfe (qui recycle la cacophonie de Mission Impossible Fallout) parachève le massacre. La phase IV du Marvel Cinematic Universe démarre donc sans grand panache. C’est d’autant plus dommage que nous étions tout disposés à soutenir une super-héroïne féministe digne de ce nom. Mais en ce domaine, la Wonder Woman de Charles Moulton semble décidément indétrônable.

 

© Gilles Penso

 

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TETSUO (1989)

Un film expérimental et inclassable dans lequel un individu se métamorphose progressivement en « homme-métal »…

TETSUO

 

1989 – JAPON

 

Réalisé par Shinya Tsukamoto

 

Avec Tomorowo Taguchi, Kei Fujiwara, Nobu Kanaoka, Renji Ishibashi, Shinya Tsukamoto, Naomasa Musaka

 

THEMA MUTATIONS

Shinya Tsukamoto a de la suite dans les idées. Pendant ses études, il écrit et met en scène des pièces de théâtre expérimentales dans lesquelles le corps de ses héros se recouvre de pièces métalliques. Plus tard, il se lance dans des courts-métrages en 8 mm reprenant les mêmes thématiques (notamment Futsû saizu no kaijin et Les Aventures de Denchu Kozo). Il décide logiquement de creuser le même sillon à l’occasion de son premier long-métrage, qu’il réalise dans des conditions extrêmement modestes, avec un budget et une équipe technique réduits à leur plus simple expression. Abordant pour la première fois le format 16 mm, il finance Testuo avec ses propres deniers et tourne pendant près de deux ans. Deux des rôles principaux sont tenus par lui-même et Kei Fujiwara, qui s’occupe avec lui des prises de vues et prête son appartement pour une grande partie des séquences du film. Le reste des décors est principalement constitué de décharges publiques où le réalisateur puise la grande majorité de ses accessoires. Testuo se tourne dans des conditions si difficiles que les membres de l’équipes jettent l’éponge les uns après les autres, Tsukamoto se retrouvant quasiment seul avec son acteur Tomorowo Taguchi pour finir le film. L’expérience est douloureuse, à tel point que le réalisateur pense abandonner plus d’une fois. Mais il tient bon, et l’avenir lui donnera raison : Testuo est devenu une œuvre culte sur les cinq continents.

Dans le recoin sinistre d’une ruelle glauque où s’entremêlent des tuyaux, des câbles et de la ferraille, un homme s’isole, fébrile, s’entaille profondément la cuisse et y insère une grande tige filetée. Puis il bande sa plaie, souffre, transpire abondamment. Lorsqu’il découvre que sa blessure est infestée de vers grouillants, il panique, s’enfuit en hurlant et est violemment heurté par une voiture, tandis que résonne soudain une ritournelle enjouée au saxophone. Il ne faut pas plus de cinq minutes pour que Shinya Tsukamoto nous annonce la couleur : Testuo sera inconfortable, insaisissable et imprévisible. Nous changeons alors de protagonistes pour nous intéresser à celui qui – nous l’apprendrons plus tard – était au volant de la voiture au moment de l’accident. En se rasant le matin, il constate qu’un morceau de métal sort de sa joue. En essayant de l’extirper, il provoque une belle gerbe de sang. Poursuivi dans le métro par une femme dont le corps est envahi par le métal, il subit bientôt lui-même une terrible métamorphose…

Métal hurlant

Interrogé sur ses sources d’inspiration, Tsukamoto cite Federico Fellini, David Cronenberg et David Lynch. Si le caractère onirique des films du réalisateur de Huit et demi vient effectivement à l’esprit, on pense surtout aux expérimentations achromes d’Eraserhead et au concept de la « nouvelle chair » de Videodrome, où fusionnaient déjà l’homme et le métal. Pour autant, Testuo ne ressemble à rien de connu. Inscrit résolument dans la mouvance cyberpunk, porté par une musique industrielle, filmé dans un noir et blanc rugueux, cadré souvent par une caméra portée accidentée, le film est sans cesse déstabilisant. La pauvreté des moyens mis à la disposition du réalisateur finit par stimuler son inventivité, prompt à déployer toutes les techniques à sa disposition (montage nerveux, accélérés, hyperlapses, stop-motion, pixillation, mixage de 16 mm et de vidéo) pour renforcer le caractère expérimental de son premier long-métrage. Chacun sera libre de lire entre les lignes de ce récit chaotique les métaphores qu’il voudra (la déshumanisation de la société, la dépendance aux machines, l’addiction, la culpabilité, les déviances, le fétichisme), mais Testuo est une expérience bien plus viscérale qu’intellectuelle, ponctuée d’imageries biomécaniques démentielles où vient se nicher un étrange sens de l’humour (le pénis foreuse !) et un anarchisme insolent qui s’expose ouvertement au moment du dénouement. Chouchou des festivals du monde entier, Tetsuo fait connaître son instigateur aux amateurs d’un cinéma « autre » et sera suivi par deux séquelles : Tetsuo 2 en 1992 et Tetsuo : the Bullet Man en 2009.

 

© Gilles Penso

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