PIRATES DES CARAÏBES : LE SECRET DU COFFRE MAUDIT (2006)

Dans cette seconde aventure, Jack Sparrow et ses compagnons d’infortune affrontent des hommes-poissons et une pieuvre géante…

PIRATES OF THE CARIBBEAN 2 : DEAD MAN’S CHEST

 

2006 – USA

 

Réalisé par Gore Verbinski

 

Avec Johnny Depp, Orlando Bloom, Keira Knightley, Stellan Skarsgard, Naomie Harris, Alex Norton, Bill Nighy, Jonathan Pryce

 

THEMA MONSTRES MARINS I SAGA PIRATES DES CARAÏBES

Bien décidés à ne pas s’en tenir au succès inespéré du premier Pirates des Caraïbes, Jerry Bruckheimer et les studios Disney enclenchèrent rien moins que deux nouveaux épisodes tournés simultanément, tout en s’efforçant de retrouver la formule qui leur fut tant propice. Le brave Will Turner (Orlando Bloom), la belle Elizabeth Swann (Keira Knightley) et l’incontrôlable Jack Sparrow (Johnny Depp) se heurtent donc une nouvelle fois à une malédiction surnaturelle, les pirates morts-vivants du premier opus cédant ici le pas au Hollandais Volant et à son équipage fantôme. Les fantasticophiles ayant gardé en mémoire le très élégant capitaine spectral incarné par James Mason dans Pandora risquent fort d’être surpris par la réinterprétation du fameux mythe marin. Car ici, notre Hollandais a pris les allures d’un hideux corsaire mi-homme mi-pieuvre, tandis que ses hommes mixent dans l’anarchie la plus totale l’anatomie humaine et des éléments empruntés à toutes les espèces marines possibles et imaginables, du mollusque au crustacé en passant par le poisson et le céphalopode.

A cet infernal équipage mis en image par un très habile mélange de maquillages spéciaux et d’images de synthèse, le scénario mêle une autre légende des profondeurs : le bien nommé Kraken, une pieuvre colossale qui engloutit impitoyablement tous les navires croisant sa route. Née de l’imagination fertile des marins norvégiens du 12ème siècle, cette bête mythique nous donne droit à une poignée de séquences follement spectaculaires, sa morphologie lovecraftienne nous évoquant tour à tour le monstre mutant d’Un cri dans l’océan et le calamar géant de 20 000 lieues sous les mers. En matière de séquences d’action, Gore Verbinski n’y va d’ailleurs pas avec le dos du crochet, concoctant de véritables morceaux d’anthologie tels que l’hilarante course-poursuite sur la terre des cannibales (à mi-chemin entre Tex Avery et Les Aventuriers de l’arche perdue) ou l’incroyable combat d’escrime à trois sur une roue de moulin lancée à vive allure à travers champs, le tout aux accents d’une partition emphatique de Hans Zimmer reprenant à son compte tous les thèmes qu’il co-écrivit avec son poulain Klaus Badelt pour le premier opus.

Libérez le Kraken !

Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes engloutis si ce second épisode ne souffrait pas du syndrome généralement constaté dans la plupart des séquelles, autrement dit une perte générale de spontanéité (les grains de folie du premier Pirates des Caraïbes semblent s’être mués en ingrédients d’une recette à succès) et un penchant inévitable pour une surenchère (plus d’argent, plus d’effets spéciaux, plus de personnages, plus de péripéties) qui confine parfois à l’indigestion. Au chapitre des réserves, on regrette aussi de régulières pertes de rythme, au sein d’un métrage un tantinet longuet qui aurait largement mérité un délestage d’une bonne vingtaine de minutes. A ces réserves près, Le Secret du coffre maudit reste un spectacle de haute tenue, qui se clôt sur un cliffhanger digne des sérials d’antan, lequel atteint pleinement son objectif : donner très envie au public de découvrir le troisième volet de cette saga hors norme.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

LA CHOSE (1972)

Réalisée par Steven Spielberg entre Duel et Sugarland Express, cette histoire de maison hantée annonce Poltergeist avec dix ans d’avance

SOMETHING EVIL

 

1972 – USA

 

Réalisé par Steven Spielberg

 

Avec Sandy Dennis, Darren McGavin, Ralph Bellamy, Jeff Corey, Johnny Whitaker, John Rubinstein, David Knapp

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA STEVEN SPIELBERG

Sous contrat chez le studio Universal pour lequel il réalise des épisodes de séries TV depuis la fin des années 60, Steven Spielberg vient de mettre en scène Duel, vendu à la chaîne NBC pour une diffusion prévue le 13 novembre 1971. Avant que son thriller routier cauchemardesque ne soit découvert par le public et ne le révèle aux yeux du monde, le jeune réalisateur est « prêté » par Universal à CBS pour les besoins d’un téléfilm d’épouvante baptisé Something Evil (littéralement « quelque chose de maléfique »). Le scénario est l’œuvre de Robert Clouse, futur réalisateur d’Opération dragon, New York ne répond plus et Le Jeu de la mort. Le couple vedette est incarné par Sandy Dennis et Darren McGavin. La première partageait l’affiche avec Elizabeth Taylor, Richard Burton et George Segal dans Qui a peur de Virginia Woolf en 1966. Le second allait incarner quelques années plus tard le fameux Kolchak, reporter spécialisé dans le surnaturel de la série The Night Stalker. Tout ce beau monde se retrouve dans un téléfilm un peu routinier, où l’on sent que chacun cachetonne sans se donner vraiment à fond. Spielberg lui-même est déjà ailleurs, rêvant de sortir du ghetto de la télévision pour pouvoir s’épanouir sur grand écran. De fait, La Chose (titre un peu passe-partout choisi par les diffuseurs français) n’atteint jamais la maestria de Duel. Pour autant, les trouvailles y abondent et plusieurs futures « signatures » visuelles du metteur en scène y sont clairement décelables.

Sandy Dennis et Darren McGavin incarnent Marjorie et Paul Worden, un couple de citadins qui décide sur un coup de tête d’acheter une vieille maison dans la campagne de Pennsylvanie et de s’y installer avec leurs deux enfants. Publicitaire surchargé de travail, Paul est rarement chez lui et laisse souvent son épouse et ses enfants seuls dans la maison. Là, l’atmosphère commence lentement à s’alourdir. La nuit, Marjorie entend les pleurs d’un bébé sans pouvoir identifier leur source. Au matin, elle assiste au spectacle sinistre d’un voisin égorgeant des poulets pour inonder la terre de leur sang. La tension monte d’un cran lorsque deux amis des Worden, après une fête donnée dans la maison, prennent la route en pleine nuit et sont victimes d’un accident mortel. Marjorie commence à craindre qu’une présence maléfique hante les lieux, une théorie qu’alimente son vieux voisin collectionneur de livres anciens (Ralph Bellamy). « Si vous croyez en Dieu, vous devez croire au diable » lui affirme-t-il. Inquiète, elle se met à peindre un pentacle dans la chambre des enfants pour les protéger. Une panique insidieuse commence à la gagner peu à peu, la conduisant vers l’anxiété extrême, la paranoïa et l’hystérie…

Expérimentations

Pas particulièrement inventif, le scénario de Robert Clouse laisse peu de latitude d’expression à Steven Spielberg. C’est donc dans les détails que ce dernier impose son style, esquissant des effets de mise en scène qui deviendront plus tard de véritables marques de fabrique. C’est notamment le cas du jeu sur les reflets permettant dans un même plan de filmer un champ et un contre-champ : le propriétaire qui regarde par la fenêtre tandis que le petit garçon joue au loin, l’épouse qui observe son époux se disputer avec un voisin… Les vitres reflètent les visages contrits et se brisent généralement pour annoncer les plus grands malheurs (Marjorie casse son miroir avant de basculer dans la folie, un pare-brise se craquèle en mille morceaux juste avant que la mort ne frappe). Spielberg joue aussi avec les avant-plans suggestifs (visages, objets, formes imprécises), les reports de point ou la multi-angularité. Parfois-même, il donne dans l’expérimental, comme lorsqu’il accroche sa caméra à une lampe de poche ou laisse la chainette d’une porte dessiner des lunettes sur le visage d’un personnage ambigu. Pour toutes ces facéties, il s’appuie sur le savoir-faire du chef opérateur Bill Butler, qui signera plus tard les images des Dents de la mer. Par bien des aspects, La Chose prend les allures d’une sorte de brouillon de Poltergeist, dont Spielberg écrira le scénario exactement dix ans plus tard. Et même s’il se contente ici de mettre en scène l’histoire d’un autre, on ne peut s’empêcher d’y trouver d’étranges détails autobiographiques : le père absent, la mère artiste, la petite sœur impressionnable et surtout le grand frère turbulent qui se prénomme Steven ! La Chose est diffusé sur CBS le 21 janvier 1972 dans une certaine indifférence. Après un autre téléfilm passé un peu inaperçu, Chantage à Washington avec le couple Barbara Bain et Martin Landau, Spielberg entrera enfin dans la cour des grands en réalisant Sugarland Express.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LE MONDE PERDU (1960)

Dans cette version en couleurs du célèbre roman d’Arthur Conan Doyle, les dinosaures sont incarnés par des reptiles déguisés

THE LOST WORLD

 

1960 – USA

 

Réalisé par Irwin Allen

 

Avec Michael Rennie, Jill St John, David Hedison, Claude Rains, Fernando Lamas, Richard Haydn, Ray Stricklyn, Jay Novello

 

THEMA DINOSAURES

Le début de ce Monde perdu version 1960 ressemble beaucoup à celui réalisé 35 ans auparavant par Harry O’Hoyt. La scène de la conférence de presse du zoologiste britannique George Challenger, en particulier, est presque la réplique de celle de la version muette. Persuadé de la continuité de la vie préhistorique sur un haut plateau sud-américain encore inexploré, Challenger (Claude Rains, ex-Homme invisible et Fantôme de l’opéra) décide ainsi de s’y rendre. Le chasseur Lord Roxton (Michael Rennie, le Klaatu du Jour où la terre s’arrêta), les enfants du commanditaire, Jennifer et David Holmes (Jill St John et Ray Stricklyn), le reporter Ed Malone (David Hedison) et le professeur Summerlee (Richard Haydn), rival de Challenger, sont les membres de l’expédition. Mais dès que l’avion décolle, Irwin Allen s’écarte non seulement du film de O’Hoyt mais aussi du roman de Conan Doyle, avec lequel il n’a bientôt plus grand-chose à voir. Accompagnés de leur guide Costa, les explorateurs se retrouvent prisonniers sur le plateau hostile à cause de la destruction de leur hélicoptère.

Les dinosaures qu’ils y rencontrent sont hélas des plus ridicules. Au lieu d’opter pour l’animation image par image, comme prévu à l’origine, Irwin Allen a utilisé la même technique que dans le Voyage au centre de la terre d’Henry Levin qui venait de triompher sur les écrans. Nous avons donc droit à un varan affublé d’une collerette cervicale et de plaques dorsales en caoutchouc, que le professeur Challenger, éminent paléontologue, identifie formellement comme un brontosaure ! Cet animal affronte un petit crocodile recouvert de cornes et de membranes en plastique, dans un combat directement inspiré de celui de Tumak, fils de la jungle. Entre-temps, un iguane, encombré de deux fausses cornes, broute des touffes d’herbe. L’animal le plus spectaculaire du film est un varan – cornu et membrané – qui surgit de l’eau, dans le magnifique décor de la grotte souterraine bordée de lave, et dévore un homme (une petite figurine) avant d’être enseveli, comme dans le film précédent, dans un flot de lave.

La préhistoire en Cinémascope

Fort heureusement, le film ne repose pas entièrement sur les monstres préhistoriques, parmi lesquels on note aussi une tarentule « géante » très maladroitement incrustée. Le scénario s’adjoint des révélations concernant les héros, ainsi qu’une tribu indienne d’où s’extraira une belle sauvageonne pour venir en aide à l’expédition. Les décors filmés en Cinemascope sont souvent superbes, et les comédiens (à part un David Hedison visiblement peu concerné, qu’on retrouvera en Felix Leiter dans Vivre et laisser mourir et Permis de tuer) sont pleins d’attrait, avec une mention spéciale pour Vitina Marcus en femme préhistorique aussi séduisante qu’improbable. La fin du film, bien moins audacieuse que dans la version de 1925, montre Challenger décidant de ramener à la civilisation un bébé tyrannosaurus rex (en fait un petit lézard cornu), et s’arrête là. Contacté comme conseiller aux effets spéciaux, Willis O’Brien n’a malheureusement pas son mot à dire pendant le tournage, Irwin Allen ayant simplement utilisé son nom pour le prestige. Roi du recyclage, Allen réutilisera des extraits du film pour ses séries télévisées Voyage au fond des mers, Perdus dans l’espace, Land of the Giants et Au cœur du temps.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

LA NUIT DES TRAQUÉES (1980)

Jean Rollin délaisse provisoirement ses femmes vampires pour conter les horreurs secrètes de pratiques médicales nébuleuses

LA NUIT DES TRAQUÉES

 

1980 – FRANCE

 

Réalisé par Jean Rollin

 

Avec Brigitte Lahaie, Vincent Gardnère, Dominique Journet, Bernard Papineau, Rachel Mhas

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I SAGA JEAN ROLLIN

Nous sommes en 1980, en plein changement de décennie, et Jean Rollin prend alors une grave décision : abandonner provisoirement les vampires, l’épouvante classique et les petits villages de la France profonde pour s’inscrire dans un contexte urbain et flirter timidement avec la science-fiction. D’où La Nuit des traquées qui, hélas, ne ressort guère grandie de cette volonté de modernisme. Le film démarre sur une route de campagne nocturne, où deux jeunes filles dénudées courent à perdre haleine, fuyant un danger invisible. L’une d’entre elles, prénommée Elisabeth et interprétée par la peu pudique Brigitte Lahaie, est recueillie par Robert (Vincent Gardnère), un automobiliste ma foi fort sympathique. Après l’avoir ramenée dans son humble appartement et avoir longuement joué au docteur avec elle, comme dans un bon vieux téléfilm érotique du dimanche soir, le jeune homme découvre que son invitée surprise est parfaitement amnésique. Non seulement elle ne se souvient plus de son passé, mais en plus elle oublie tous les événements au fur et à mesure qu’ils se déroulent. « Nous appartenons à ce monde. Le seul qui existe. Le monde du moment présent », lui déclare-t-elle énigmatiquement, avant de lâcher, grave : « Tu es le seul souvenir que je possède. »

Alors que son hôte la quitte quelques heures pour aller travailler, Elisabeth est récupérée par un étrange docteur et son infirmière qui la ramènent dans une tour froide et moderne, laquelle n’aurait guère dénoté dans le mythique Buffet froid de Bertrand Blier. Là, elle côtoie des hommes et des femmes qui, comme elle, n’ont plus de mémoire. Le mystère s’épaissit, mais les faiblesses traditionnelles des films de Rollin semblent ici exacerbées, à tel point que les rares idées intéressantes du scénario sont noyées sous un flot de médiocrité et d’amateurisme. Acteurs catastrophiques, dialogues stupides, mise en scène maladroite, montage évacuant toute tentative de rythme, photographie hideuse, La Nuit des traquées est un véritable catalogue de ce qu’il faut éviter si l’on souhaite captiver un tant soit peu l’attention d’un spectateur.

La fuite des cerveaux

C’est d’autant plus dommage que quelques petits bouts de scène laissent entrevoir l’énorme potentiel d’une telle intrigue, notamment lorsque des dizaines de « patients » quasi-zombifiés feuillettent des albums de famille ou se raccrochent les uns aux autres pour tenter de retrouver des bribes de souvenir, si infimes soient-elles. Comme si les souvenirs existaient dans un monde parallèle, une autre dimension. Rollin ne renonce guère à l’horreur graphique de ses premières œuvres, notamment avec cette image inlassablement répétée d’une jeune femme aux yeux transpercés par une paire de ciseaux chirurgicaux. Mais son ambition semble surtout être, comme toujours, de déshabiller la quasi-totalité de son casting féminin tout au long du film. Le fin mot de l’histoire laisse rêveur : tous ces amnésiques ont été victimes des fuites d’une centrale atomique, et le docteur qui les a pris en charge est en réalité chargé par le gouvernement de les euthanasier discrètement pour ne pas ébruiter l’accident nucléaire. Mouais… Finalement, on préfère encore tes femmes vampires, Jean.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

AIRPORT 80 : CONCORDE (1979)

Alain Delon et Sylvia Kristel prennent les commandes d’un avion de ligne supersonique dans cette parodie involontaire…

AIRPORT ’79 – THE CONCORDE

 

1979 – USA

 

Réalisé par David Lowell Rich

 

Avec Alain Delon, Susan Blakely, Robert Wagner, Sylvia Kristel, George Kennedy, Eddie Albert, Bibi Anderson, John Davidson

 

THEMA CATASTROPHES I SAGA AIRPORT

Le premier Airport ayant déjà épuisé toutes les ficelles du film catastrophe, nous n’eûmes droit qu’à des redites au cours des deux épisodes suivants, même si Les Naufragés du 747 avait le mérite de savoir varier les plaisirs en aménageant savamment quelques efficaces moments de suspense et de tension. Comment savoir ce que les producteurs nous réservaient pour ce quatrième opus ? Réponse : du grand n’importe quoi, avec comme clé de voûte un scénario tellement absurde qu’il en deviendrait presque culte. Le Concorde étant plus à la mode que le Boeing 747 en ces seventies déclinantes, c’est désormais lui la vedette de cet ultime Airport, accompagné d’un slogan qui en dit déjà long : « Deux fois la vitesse du son et soudain… la terreur ! » Le premier exemplaire de ce prestigieux supersonique, tout juste acheté par la fédération World Airlines, s’apprête à se poser à Washington au cours du prologue du film. Mais une montgolfière, à bord de laquelle ont pris place trois écologistes, tente de le stopper. Signe des temps, les défenseurs de la planète ne sont donc plus des héros clairvoyants mais d’inconscients terroristes à l’aube des années 80. Finie la prise de conscience environnementale, place au capitalisme arrogant !

Notre avion au nez effilé atterrit de justesse, grâce à la dextérité de ses pilotes.  Mais diantre : voilà que le multimilliardaire Kevin Harrison (Robert Wagner) se rend compte que son amie Maggie Whelan (Susan Blakely) possède des documents prouvant que son entreprise a fait du trafic d’armes. Or Maggie va prendre le Concorde à destination de Paris. Pour éliminer les documents, Harrison décide de détruire le Concorde, tout simplement. Quand l’avion prend son vol, notre super-vilain sans scrupule fait donc décoller un missile à tête chercheuse qui le poursuit inlassablement. Comme moyen de se débarrasser discrètement de documents compromettants, c’est effectivement une méthode imparable ! Cette séquence délirante, inspirée apparemment des batailles spatiales de La Guerre des étoiles, souffre d’effets visuels assez maladroits. Mais ce n’est encore qu’un début. Car une fois que le Concorde parvient à esquiver le missile jusqu’à ce que l’armée de l’air le détruise, Harrison ne perd pas espoir. Il envoie carrément un jet qui bombarde le valeureux supersonique. Une fois de plus, l’armée sauve l’équipage et le Concorde endommagé atterrit en catastrophe en plein Paris.

Sabotages en série

Là, ce bon vieil Harrison tente la méthode des négociations, mais son entrevue avec Maggie tourne court. Tenace, il paie donc un homme qui trafique la soute à bagages. Et dès que le Concorde repart à Moscou avec Maggie à son bord, la soute s’ouvre et la décompression déchire le sol de l’avion ! Les pilotes sauront-ils sauver les passagers de cette ultime tentative de sabotage ? Rarement péripéties absurdes se sont enchaînées avec autant d’aplomb dans un film catastrophe. On en vient à se demander ce qu’Alain Delon et Sylvia Kristel, alors au faîte de leur gloire, sont venus faire dans cette galère. Sans doute la star française tentait-elle une manœuvre désespérée d’exportation de sa célébrité outre-Atlantique. Quant à la vedette d’Emmanuelle, elle était visiblement en quête de rôles l’éloignant du ghetto du cinéma érotique bon chic bon genre. Accueilli au mieux avec des éclats de rire, au pire avec indifférence par le public, Airport 80 : Concorde fut le moins rentable des quatre films de la saga, marquant logiquement la fin d’une franchise arrivée en bout de piste. Il était grand temps qu’une bonne parodie reprenne le flambeau. Jerry Zucker, Jim Abrahams et David Zucker s’en chargèrent dès l’année suivante avec l’indispensable Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LE CHAT NOIR (1981)

Lucio Fulci propose une version étrange de la célèbre nouvelle d’Edgar Poe sans renoncer à son goût de l’horreur graphique

IL GATTO NERO

 

1981 – ITALIE

 

Réalisé par Lucio Fulci

 

Avec David Warbeck, Al Cliver, Patrick Magee, Mimsy Farmer, Al Cliver, Dagmar Lassander, Bruno Corazzari, Daniela Doria

 

THEMA MAMMIFÈRES

L’affiche du Chat noir a beau clamer « d’après le chef d’œuvre d’Edgar Poe », cet exercice de style signé Lucio Fulci n’a pas grand-chose à voir avec la célèbre nouvelle dont il emprunte effrontément le titre. Certes, il y a bien un félin au pelage d’ébène dans le film, mais la ressemblance s’arrête à peu près là, à l’exception d’un climax s’affranchissant tardivement du texte original dont il est censé s’inspirer. Le récit, qui prend place dans un village anglais, démarre par la mésaventure d’un automobiliste constatant la présence incongrue d’un chat noir sur sa banquette arrière. Perdant le contrôle de son véhicule, il heurte une camionnette, traverse son pare-brise et brûle dans l’incendie de son moteur, tandis que l’animal s’en va tranquillement gambader plus loin. Nous découvrons alors nos deux héros : la photographe américaine Jill Trevers (Mimsy Farmer), qui prépare un reportage sur les pierres tombales, et l’inspecteur Gorly de Scotland Yard (David Warbeck), dépêché sur place pour enquêter sur la disparition d’un couple d’adolescents. Tous deux croisent bientôt la route de Robert Miles (Patrick Magee), un vieux médium excentrique persuadé qu’il peut communiquer avec les trépassés en appliquant un micro sur leur tombe. « La mort n’est pas la fin, ce n’est que le début d’un nouveau voyage », affirme-t-il à Jill, avant de se faire cruellement griffer par le fameux chat noir, qui se trouve lui appartenir, et qui semble le détester copieusement. « Nous sommes liés l’un à l’autre par la haine » explique Miles.

Si Patrick Magee interprète cet étrange scientifique avec son magnétisme habituel, il faut savoir que le rôle fut initialement proposé à Peter Cushing. Mais ce dernier déclina l’offre, associant le nom de Lucio Fulci à des films ultra-gore peu en accord avec ses propres goûts. Donald Pleasence refusa lui aussi d’endosser la défroque du savant fou. Aucun « grand nom » ne vient donc orner le générique du film, si ce n’est celui de Fulci lui-même, qui appose sa signature visuelle sur certaines séquences clés. Comme celle de l’ivrogne attaqué par le félin qui le pousse à se précipiter dans le vide et à s’empaler. Ou celle des jeunes disparus retrouvés morts et partiellement dévorés par les rats, enfermés dans un hangar à bateaux dont la clef a disparu et dont la climatisation a été mystérieusement coupée. Ou encore celle de la mère d’une des victimes qui meurt dans un brasier provoqué par le noir mammifère, son visage se consumant progressivement en gros plan. Pour ce bon vieux Miles, il n’y a pas de doute : son chat est l’auteur de tous ces assassinats. Il décide alors de faire cesser le massacre en empoisonnant puis en pendant son minou.

« Les chats ne reçoivent d’ordre de personne »

Dès lors, l’excentrique Miles est hanté par son geste et par des visions du gibet, tandis que la dépouille féline disparaît soudain sans laisser de trace. Le chat – visiblement un être surnaturel qui apparaît et disparaît au gré de sa volonté – serait-il possédé par un esprit humain ? Décevant, en regard des chefs d’œuvre horrifiques que Fulci réalisa à peine quelques années plus tôt, Le Chat noir se pare tout de même d’effets de mise en scène efficaces (la caméra rampe pour adopter le point de vue de la bête, les regards des comédiens sont souvent captés en très gros plans, le chef opérateur joue sur les reports de point). Saluons également le travail du dresseur qui obtient d’étonnantes performances de son matou, d’autant que, comme le déclare Miles dans le film, « les chats ne reçoivent d’ordre de personne ». Le cinéaste avoua plus tard qu’il accepta de réaliser Le Chat noir principalement pour rendre service à son producteur. Pour beaucoup, ce film marque un inexorable infléchissement artistique dans la carrière du maestro italien.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

LES NAUFRAGÉS DU 747 (1977)

Pris d’assaut par des pirates de l’air, un Boeing survole le Triangle des Bermudes et s’échoue au fond de l’océan…

AIRPORT 77

 

1977 – USA

 

Réalisé par Jerry Jameson

 

Avec Jack Lemmon, Olivia de Havilland, Joseph Cotten, James Stewart, Lee Grant, Darren Mc Gavin, Christopher Lee

 

THEMA CATASTROPHES I SAGA AIRPORT

Les Naufragés du 747 perpétue la saga Airport en s’efforçant d’aller toujours plus loin dans la démesure et le spectaculaire, sans malheureusement chercher à gagner en finesse et en profondeur. Spécialiste de la série télévisée et du téléfilm (il réalisa notamment un sous-Tour infernale pour le petit écran, Terreur au 40ème étage), Jerry Jameson se retrouve aux commandes de cette seconde séquelle. Le septuagénaire James Stewart y incarne Philip Stevens, un richissime industriel qui s’est fait fabriquer un Boeing à bord duquel il souhaite faire voyager ses toiles de maître, ses grands crus et ses voitures de collection. Cette luxueuse cargaison sera affrétée jusque dans sa somptueuse maison de Palm Beach reconvertie en musée. Une centaine de VIP se trouve également dans cet avion première classe équipé d’un salon, d’un bar, d’une bibliothèque et même de consoles de jeu vidéo. Tout ce beau monde décolle de Washington, sous le commandement du pilote Don Gallagher (Jack Lemmon). Parmi les passagers, on reconnaît plusieurs visages familiers, notamment Christopher Lee dans le rôle d’un businessman affublé d’une femme insupportable et alcoolique (Lee Grant), Joseph Cotten en riche financier et collectionneur, ou encore Olivia de Haviland incarnant la fille de Philip Stevens.

Comme toujours, la première partie du film nous présente tous les acteurs du drame, leurs relations et leur caractérisation ne dépassant pas le niveau d’un soap opera de bas-étage. Soudain, des pirates de l’air montés clandestinement à bord gazent tous les passagers et prennent les commandes. Leur but étant de voler la précieuse collection de Stevens, ils pilotent le plus bas possible afin d’éviter les radars. Hélas, en traversant la zone du Triangle des Bermudes, l’avion heurte la mer et coule à pic, provoquant la panique qu’on imagine. Le vernis craque parmi les prestigieux passagers, mais le scénario exploite fort mal ce qui aurait pu donner lieu à une savoureuse satire sociale. Le film renonce également à traiter la thématique des dangers du matérialisme, qu’il amorce pourtant en mettant en balance la vie des passagers contre les objets de valeur contenus dans la soute.

Un équipage sous pression

Mais l’on sent bien que les ambitions de ce troisième Airport ne dépassent guère le cadre du divertissement savamment dosé. Le film de Jameson s’attache donc avant tout à bâtir des séquences de suspense plus ou moins efficace, en particulier autour de l’eau qui menace de s’infiltrer progressivement à bord de l’avion. Mais là encore, il eut été intéressant de mettre en parallèle la pression physique subie par l’appareil sous l’océan et celle, psychologique, des survivants enfermés dans cette prison aquatique, au lieu de se contenter de faire crier le casting, de secouer la caméra et d’inonder le décor. La dernière partie du film est un sauvetage en grandes pompes organisé par l’US Navy, reposant sur un ultime suspense : pourra-t-on remonter le Boeing sans le briser en mille morceaux ? Dommage que Les Naufragés du 747 gâche autant son potentiel, car en matière de tension, de rebondissements et d’action, il s’avère bien supérieur à 747 en Péril.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LES DENTS DE LA MER 4 : LA REVANCHE (1987)

Le quatrième opus de la saga initiée par Steven Spielberg transforme le grand requin blanc en serial killer bien décidé à décimer la famille Brody

JAWS – THE REVENGE

 

1987 – USA

 

Réalisé par Joseph Sargent

 

Avec Michael Caine, Lorraine Gary, Mario Van Peebles, Lance Guest, Karen Young, Judith Barshi

 

THEMA MONSTRES MARINS I SAGA LES DENTS DE LA MER

Au milieu des années 80, la compagnie Universal n’est pas au mieux de sa forme et son célèbre parc d’attractions nécessite un regain d’intérêt. Le président du studio Sid Sheinberg pense aussitôt à une solution de la dernière chance : une nouvelle suite des Dents de la mer. Certes, le troisième opus ne fut pas un succès colossal, mais il rapporta tout de même quelques juteux bénéfices. Acculé, Sheinberg confie le bébé au producteur/réalisateur Joseph Sargent (En plein cauchemar) et exige une entrée en production la plus rapide possible. Le tournage commence donc sans scénario définitif. C’était certes déjà le cas des Dents de la mer 2ème partie. Mais Joseph Sargent n’est pas Jeannot Szwarc. En fin de carrière, ce vétéran de la télévision emballe donc sans enthousiasme un film étrange qui prend vite les allures d’une série Z à gros budget. Aucun des acteurs principaux des films précédents n’ayant envie de se commettre dans cette énième séquelle, Sheinberg se rabat sur la seule comédienne susceptible d’accepter : Lorraine Gary, sa propre épouse, qui incarnait Ellen Brody dans les deux premiers films de la saga. Charge à elle d’assurer comme elle peut le lien avec les opus précédents.

Ignorant ouvertement les événements survenus dans Les Dents de la mer 3, ce quatrième épisode commence dans la station balnéaire d’Amity (toujours filmée à Martha’s Vineyard), le soir de Noël. Endeuillée par la crise cardiaque qui a terrassé son mari (un prétexte pratique pour justifier l’absence de Roy Scheider), Ellen se réjouit du futur mariage de son fils cadet Sean (Mitchell Anderson, vu dans Cap sur les étoiles), qui a repris le poste de son père. Son autre fils Michael vit quant à lui aux Bahamas avec sa petite famille, où il travaille comme chercheur marin. Après Chris Rebello, Mark Gruner et Dennis Quaid, c’est désormais Lance Guest (le héros de Starfighter) qui reprend le rôle de Michael. Le drame frappe une fois de plus les Brody lorsque Sean est happé en pleine nuit par un nouveau grand requin blanc dans la baie d’Amity. Terrassée, Ellen est persuadée que ce monstre est celui qui a provoqué la mort de son mari et qu’il en veut à tous ses proches. Cette théorie délirante semble être celle d’une femme désespérée. Sauf que le scénario la prend pour argent comptant. De fait, le squale des Dents de la mer 4 est désormais une sorte de serial killer/Terminator qui est prêt à tout pour décimer les membres de la famille Brody… quitte à traverser 2000 kilomètres à la nage pour les retrouver dans les mers tropicales des Bahamas ! Cet angle scénaristique parfaitement farfelu place l’intrigue sous un jour surnaturel, ce que confirment les visions soudaines d’Ellen qui pressent le danger à distance – comme un médium – et revoit même en flash-back des séquences du premier film auxquelles elle n’a pourtant pas assisté ! On le voit, le script écrit par Michael de Guzman ne fait pas dans la dentelle, réservant des seconds rôles inconsistants à Mario Van Peebles (en faire-valoir comique) et Michael Caine (en baroudeur gouailleur dont va s’enticher Ellen Brody).

Un requin complètement marteau

Ne sachant visiblement pas trop comment aborder son film, Joseph Sargent ménage plusieurs passages intimes censés enrichir et approfondir ses personnages humains, comme ce remake de la célèbre scène où le jeune Sean Brody imitait les gestes de son père dans le premier Jaws. Mais faute d’écriture correcte et de caractérisation fine, ces moments sonnent creux et ralentissent inutilement l’intrigue. Quant aux séquences d’action, elles ne manquent pas d’ambition (la poursuite sous les eaux, l’attaque au milieu de la plage, le combat final contre le bateau et l’avion) mais tombent à plat à cause d’un requin peu convainquant aux allures d’attraction de foire (qui pousse des rugissements en sortant de l’eau !) et d’une mise en scène très approximative. Le climax, notamment, où Ellen Brody se prend pour Sigourney Weaver dans Aliens, est sabordé par d’horribles effets de ralenti qui rendent l’action illisible. La musique de Michael Small, de son côté, s’avère totalement anecdotique en dehors de ses reprises du thème de John Williams. Considéré comme l’un des films les plus involontairement risibles de tous les temps par une vaste communauté de spectateurs, Les Dents de la mer 4 ne fit pas beaucoup d’éclat au box-office et mit donc un point final à la franchise amorcée douze ans plus tôt… Si l’on excepte bien sûr le fictif Jaws 19 annoncé dans Retour vers le Futur 2 !

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

747 EN PÉRIL (1975)

Panique à bord : un avion de tourisme heurte un Boeing en plein vol et provoque une terrible fissure. Charlton Heston et Karen Black tentent le tout pour le tout…

AIRPORT 75

 

1975 – USA

 

Réalisé par Jack Smight

 

Avec Charlton Heston, Karen Black, George Kennedy, Helen Reddy, Dana Andrews, Roy Thinnes, Sid Caesar, Linda Blair

 

THEMA CATASTROPHES I SAGA AIRPORT

Malgré son titre original, 747 en Péril n’est pas une suite d’Airport ni même une nouvelle adaptation du roman d’Arthur Hailey, mais une variation sur le thème de la catastrophe aérienne et la réexploitation d’un sous-genre dans le but d’en créer une franchise. Airport se déclinera ainsi en quatre épisodes d’intérêt fort variable. Celui-ci met définitivement en place les canons du film catastrophe des seventies, collectionnant les clichés avec une telle ostentation qu’il deviendra cinq ans plus tard la cible rêvée de Y’a-t-il un Pilote dans l’Avion. La première partie du film s’emploie ainsi à nous présenter quelques-uns des 120 passagers du vol 747 n°409 de la compagnie Columbia. Chacun d’entre eux, futur acteur du drame, verse volontiers dans l’archétype caricatural. Nous avons donc la bonne sœur joviale qui joue de la guitare (au cours d’une séquence pour le moins interminable), la petite fille malade (Linda L’Exorciste Blair) qui attend une greffe de rein, la vieille gloire hollywoodienne sur le retour (Gloria Swanson dans son propre rôle), la mémère et son chienchien, le petit garçon qui sait tout, les blacks cool qui détendent l’atmosphère, les trois businessmen passablement éméchés qui veulent festoyer, la dame bien sous tous rapports mais qui s’avère alcoolique, le voisin de fauteuil excessivement curieux et bavard…

Tandis que le Bœing s’envole de Washington en direction de Los Angeles, les mauvaises conditions atmosphériques l’incitent à faire escale à Salt Lake City. Mais au-dessus des montagnes rocheuses, l’appareil heurte un avion de tourisme dont le pilote, victime d’une crise cardiaque, meurt sur le coup. Le choc ouvre une large brèche dans le cockpit, détruit une partie de l’équipement de vol, provoque une fuite de kérosène, blesse grièvement le commandant de bord (Efrem Zimbalist Jr) et éjecte le malheureux co-pilote (Roy Les Envahisseurs Thinnes). Livré à lui-même, le Bœing doit être repris en main par l’hôtesse Nancy (Karen Black et son inimitable coquetterie dans l’œil), qui ne sait évidemment pas piloter, mais qui n’a pas froid aux yeux. Grâce à la radio de bord et aux conseils de son petit ami Alan Murdock (Charlton Heston, en surplus de testostérone comme toujours), elle va s’efforcer de maintenir l’avion en vol.

Il n’y a plus de pilote dans l’avion !

Mais faire atterrir cet appareil est une autre paire de manche. Pour y parvenir, on tente une manœuvre de la dernière chance : faire passer le pilote d’un hélicoptère à bord du 747 par l’ouverture créée au moment de la collision. Cette séquence, servie par des effets spéciaux simples mais efficaces (maquettes, décors partiels grandeur nature et rétro-projections), vaut son pesant de suspense. Mais ensuite, la tension se relâche sérieusement et le reste du film n’offre plus beaucoup d’intérêt, s’achevant sur une happy end forcée et convenue. 747 en Péril n’a donc rien de transcendant, multipliant en outre les incohérences et ne s’intéressant que très superficiellement aux personnages longuement introduits une fois la catastrophe survenue. Mais il faut croire que le public de 1975 était fort demandeur de films de cet acabit, car outre ses séquelles officielles, il fit l’objet de maintes imitations pour le grand et le petit écran.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LES DENTS DE LA MER 2ème PARTIE (1978)

Le réalisateur des Insectes de feu s’attaque à la suite du chef d’œuvre de Spielberg et nous offre un second épisode de haut niveau

JAWS 2

 

1978 – USA

 

Réalisé par Jeannot Szwarc

 

Avec Roy Scheider, Lorraine Gary, Murray Hamilton, Joseph Mascolo, Jeffrey Kramer, Collin Wilcox, Ann Dusenberry

 

THEMA MONSTRES MARINS I SAGA LES DENTS DE LA MER

Steven Spielberg ayant refusé de réaliser la séquelle des Dents de la mer pour éviter les redites, la lourde responsabilité de ce second épisode repose d’abord sur les épaules du réalisateur John Hancock, qui avait signé le film d’horreur Let’s Scare Jessica to Death. Mais après quatre semaines de tournage, il devient clair qu’il n’est pas l’homme de la situation. Il faut donc le remplacer en quatrième vitesse, dans la mesure où la date de sortie des Dents de la mer 2ème partie est déjà fixée (début juin 1978) et ne peut pas changer. Qui sera capable de prendre la relève avec efficacité et de se plier aux contraintes d’un tel tournage ? C’est le directeur artistique Joe Alves qui suggère le nom de Jeannot Szwarc. Ce jeune réalisateur français expatrié outre-Atlantique, à qui l’on doit une tonne d’épisodes de séries télévisées ainsi que le long-métrage Les Insectes de feu, accepte le défi sans hésiter. Confronté aux mêmes problèmes techniques et logistiques que Steven Spielberg à l’époque du premier Jaws, Szwarc doit en outre commencer à tourner sans scénario, Carl Gottlieb réécrivant tout depuis le début après le faux-départ amorcé par la production. Ce ne sont évidemment pas des conditions idéales pour se lancer dans un tel projet. Les qualités de cette séquelle n’en sont que plus appréciables.

Même si Roy Scheider, Lorraine Garry et Murray Hamilton reprennent leurs rôles, l’action se centre surtout ici sur la jeune génération, celle des adolescents d’Amity, parmi lesquels on trouve un étonnant sosie de Steven Spielberg jeune (incarné par Keith Gordon, futur héros de Pulsions et Christine). Ne s’embarrassant pas de trop longs préliminaires (après tout, les spectateurs savent maintenant à quoi s’en tenir), Les Dents de la mer 2ème partie donne très tôt le ton : deux plongeurs sous-marins venus photographier l’épave de  l’Orca sont violemment attaqués par un énorme squale, puis vient le tour de deux skieuses nautiques dont le bateau finit par exploser, jusqu’à ce que l’impressionnant cadavre mutilé d’un orque ne s’échoue sur le plage et ne confirme les craintes viscérales du shérif Brody : un nouveau grand blanc rôde dans les parages. Bien sûr, le maire d’Amity fait à nouveau la sourde oreille, faute de preuves. Et tandis que Brody se transforme en émule du capitaine Achab de « Moby Dick », emplissant ses balles de revolver de cyanure en attendant d’en découdre avec cet ennemi qu’il appréhende à titre personnel, le film s’attarde sur les enfants dont les seuls passions estivales sont les flirts et la voile. Ils deviendront bien sûr les victimes potentielles idéales de ce nouveau monstre marin…

Szwarc Attack

Si on lui épargne la comparaison avec son indétrônable prédécesseur, ce deuxième opus ne démérite pas, Jeannot Szwarc alignant avec efficacité les séquences de suspense et bénéficiant toujours de l’excellente prestation de Roy Scheider. Le non-dit fonctionne à plein régime lorsque le shérif Brody apprend dans quelles conditions un hors-bord semble avoir explosé sans explication. Son jeu intériorisé, la caméra s’attardant sur son visage buriné et les accords sinistres de John Williams nous font comprendre sans ambiguïté la terrible intuition qui le taraude. Inutile d’être télépathe pour lire dans ses pensées. « Ça recommence », se dit-il. Pour pouvoir se montrer digne du chef d’œuvre de Spielberg tout en ménageant son lot de surprises, cette séquelle revisite à sa manière quelques moments clés du premier Jaws en collectant d’excellents moments de suspense : la découverte d’un cadavre calciné dans l’eau, l’attente angoissée de Brody du haut de sa tour de surveillance, la révélation des photos prises par les deux premières victimes… Le film joue aussi la carte de la surenchère côté action, depuis la menace qui pèse sur une praticienne du ski nautique jusqu’à l’attaque des voiliers en pleine mer en passant par l’impensable assaut d’un hélicoptère de sauvetage. Szwarc décide d’ailleurs de montrer beaucoup plus le requin que dans le film précédent, d’abord parce que la technique est plus au point qu’en 1975, ensuite parce que le public est désormais familier avec le grand blanc et veut le voir plus ouvertement à l’œuvre. Avec son faciès vorace à moitié calciné, ce nouveau requin s’affirme ouvertement comme un monstre de cinéma et se déchaîne au cours d’un climax qui aurait dû logiquement marquer le point final de cette franchise. Deux séquelles très facultatives seront pourtant mises en chantier dans les années 80.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article