CHARLIE ET SES DRÔLES DE DAMES (2000)

Une adaptation survoltée de la série Drôles de dames dont le cinéaste McG reprend les gimmicks pour nous offrir un spectacle étourdissant

CHARLIE’S ANGELS

 

2000 – USA / ALLEMAGNE

 

Réalisé par McG

 

Avec Cameron Diaz, Drew Barrymore, Lucy Liu, Bill Murray, Tim Curry, John Forsythe, Sam Rockwell, Kelly Lynch, Crispin Glover

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

Mc G. Derrière ces trois lettres énigmatiques se cache Joseph McGinty Nichol, un réalisateur spécialisé dans le domaine du clip musical et du film publicitaire qui décide en 2000 de s’attaquer à son premier long-métrage : une adaptation sur grand écran de la série télévisée Drôles de dames. La pertinence d’un tel projet ne sautait pas immédiatement aux yeux. D’abord parce qu’à l’époque la plupart des tentatives de passages du petit au grand écran s’étaient soldées par de redoutables échecs artistiques (pour un Fugitif et un Mission impossible réussis, combien comptait-on de médiocres Chapeau melon et bottes de cuir, Wild Wild West, Le Saint ou même Belphégor ?). Ensuite parce que la série originale, pur produit des années 70, avait pris un sacré coup de vieux et avait moins marqué les mémoires pour l’originalité de ses intrigues ou la profusion de ses idées visuelles que pour le charme de ses comédiennes. Or c’est justement là que McG accomplit un véritable miracle.  Dynamitant le show original créé par Ivan Goff et Ben Roberts, il en exploite le concept au maximum de son potentiel, n’hésitant jamais à en faire des tonnes dans le domaine des séquences d’action (le « bullet time » de Matrix est passé par là), des effets spéciaux (avec ce plan-séquence d’ouverture hallucinant s’achevant sur un clin d’œil à Mission impossible), de l’humour au second degré (jamais les protagonistes ne se prennent au sérieux) et du sex-appeal de ses trois actrices principales, Drew Barrymore, Cameron Diaz et Lucy Liu.

L’action se situe plusieurs décennies après les faits narrés dans la série TV originale, dont la diffusion s’était arrêtée en juin 1981. L’agence d’espionnage Townsend, dirigée par le mystérieux Charlie, poursuit inlassablement ses activités, recrutant régulièrement de nouveaux « Anges » pour accomplir des missions secrètes souvent délicates et périlleuses. Le nouveau trio d’espionnes aux talents multiples est désormais constitué de Natalie Cook (Cameron Diaz, révélée à l’époque dans The Mask), Dylan Sanders (Drew Barrymore, qui restera pour beaucoup de spectateurs l’éternelle fillette de E.T.) et Alex Munday (Lucy Liu, célébrée pour son rôle récurrent dans la série Ally McBeal). Si le visage de Bosley a aussi changé (l’irrésistible Bill Murray prenant la relève de David Doyle), c’est toujours John Forsythe qui prête sa voix chaleureuse et énigmatique à Charlie. La nouvelle mission des « Anges de Charlie » consiste à mener l’enquête sur la disparition inexpliquée d’un génie de l’informatique, Eric Knox (Sam Rockwell), fondateur et dirigeant de la compagnie Knox Technologies. Apparemment, notre homme aurait été kidnappé par Roger Corwin (Tim Curry), à la tête d’une société de communication par satellite. Les trois espionnes de choc se lancent donc dans une opération dangereuse et mouvementée au cours de laquelle elles se heurtent à un redoutable assassin campé par l’inimitable Crispin Glover, qui fut le père de Marty McFly dans Retour vers le futur

Le saut des anges

Force est de constater que chacun des 95 millions de dollars investis dans le film est visible à l’écran. Généreux jusqu’à l’outrance, McG sature son film de séquences musclées où l’espionnage, la science-fiction, l’action et la comédie cohabitent avec un rare bonheur, loin de la mise en scène sage et académique de la série d’origine. Pour autant, Drew Barrymore (non seulement comédienne mais aussi et surtout productrice du film) insista pour qu’aucune arme à feu ne soit utilisée par les « Anges », ce qui place Charlie’s Angels à contre-courant de la majorité des blockbusters d’action de l’époque. Soumises à une formation intensive aux arts martiaux pendant les trois mois qui précédèrent le tournage, les trois stars sont épaulées par des seconds rôles masculins de choix. Outre Bill Murray, Tim Curry, Sam Rockwell et Crispin Glover, les amateurs de la série Friends reconnaîtront l’interprète de Joey, Matt le Blanc, dans un registre comique qui lui sied à merveille. Certes, tout n’aura pas été rose pendant le tournage, les défaillances du scénario et la vacuité de certaines répliques ayant même entraîné quelques tensions entre acteurs (Bill Murray et Lucy Liu en tête) que Drew Barrymore et McG s’employèrent à calmer. Crispin Glover lui-même demanda que l’on supprime ses dialogues – jugés ineptes – au profit d’un personnage devenu muet. Réécrit une bonne trentaine de fois par presqu’une vingtaine d’auteurs, ce scénario composite est sans conteste l’un des points faibles du film, et le résultat à l’écran aurait pu frôler l’indigestion. Mais McG parvient à conserver une cohérence parfaite du double point de vue du style et du ton, enthousiasmant un public qui n’en espérait pas tant. Charlie’s Angels sera de fait l’un des champions du box-office américain en l’an 2000.

 

© Gilles Penso

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MUTANT (1982)

De la science-fiction, du gore et des filles nues : le producteur Roger Corman tente le tiercé gagnant pour cette imitation d’Alien décomplexée…

FORBIDDEN WORLD / MUTANT

 

1982 – USA

 

Réalisé par Alan Holzman

 

Avec Jesse Vint, June Chadwick, Dawn Dunlap, Fox Harris, Linden Chiles, Raymond Oliver, Mike Paulin, Michael Bowen

 

THEMA MUTATIONS I FUTUR

Au début des années 80, Roger Corman est dans sa période « spatiale ». Motivé par les succès de La Guerre des étoiles et Alien, il tire tous azimuts. Après Les Mercenaires de l’espace et La Galaxie de la terreur, et juste avant Androïde et Space Raiders, il se lance dans Mutant dont il confie la réalisation à Alan Holzman, monteur familier des productions New World placé pour la première fois sur la chaise du réalisateur. Problème : il n’y a pas encore de scénario et il faut commencer à tourner un prologue. Holzman récupère donc les rushes des Mercenaires de l’espace dont il recycle un certain nombre de séquences d’effets spéciaux pour concevoir une mini-bataille spatiale en début de métrage (assez incompréhensible, il faut bien l’avouer). Pour le reste, il dispose d’un modeste décor de cockpit de vaisseau spatial et des comédiens Jesse Vint et Don Olivera. L’un incarne le fier mercenaire Mike Colby (un énième succédané de Han Solo), l’autre s’engonce dans un costume de robot en plastique et joue l’androïde SAM-104. Entretemps, Tim Curnen s’empare d’une histoire co-écrite par Jim Wynorski et R.J. Robertson pour en tirer le scénario définitif. L’idée de départ (un Lawrence d’Arabie dans l’espace) est rapidement revue à la baisse pour se muer en une nouvelle imitation d’Alien. Et si Wynorski avoue s’être laissé inspirer par L’Attaque des crabes géants pour structurer le récit, on note que de nombreuses composantes du film annoncent The Thing de John Carpenter, qui sera tourné quelques mois après Mutant.

Après la bataille spatiale qui sert d’entrée en matière, nous apprenons que Mike Colby est réquisitionné sur la planète Xarbia pour venir en aide à une équipe de chercheurs. Il pose donc sa soucoupe volante fluorescente au sommet de la station et se retrouve dans des coursives futuristes que le spectateur attentif reconnaîtra sans mal : ce sont celles conçues par James Cameron pour La Galaxie de la terreur, que Corman réutilise tranquillement pour faire des économies. Afin de développer une nouvelle source d’alimentation visant à contrecarrer la faim dans le monde, les scientifiques sur place ont opéré un croisement audacieux entre une bactérie et des cellules humaines. Évidemment, l’expérience tourne mal et le fruit de leurs recherches, baptisé « Sujet 20 », s’échappe en mutant. Semant son chemin de victimes décomposées, la bête passe de l’état de limace visqueuse à celui de mâchoire gigantesque garni de dents acérées, surplombant un corps gélatineux orné de tentacules…

Chair fraîche

Tourné en studio pendant une petite vingtaine de jours, avec quelques extérieurs captés dans le parc naturel californien de Vasquez Rocks, Mutant ne peut pas se contenter de son scénario basique aux répercussions pseudo-scientifiques risibles (avec des dialogues abracadabrants tels que : « il nous transforme en protéine pour nous dévorer ! »). Roger Corman en est bien conscient. Il décide donc de tout miser sur le sexe et l’horreur. D’où le choix de deux comédiennes girondes et pas pudiques pour un sou, Dawn Dunlap et June Chadwick, qui, lorsqu’elles n’essaient pas maladroitement de courir dans les décors en talons hauts, se déshabillent intégralement à la première occasion venue et s’exhibent joyeusement face à la caméra d’Alan Holzman. Côté gore, une belle brochette d’artistes se met à l’œuvre, notamment John Carl Buechler (Re-Animator), Don Olivera (Androïde), Steve Neill (Vampire vous avez dit vampire), Mark Shostrom (Evil Dead 2) et Bart Mixon (Ça). Au-delà des différentes métamorphoses du monstre mutant, cette équipe talentueuse en début de carrière nous offre un certain nombre de visions choc comme un corps décomposé et grimaçant qui remue encore, une victime hurlante au visage à moitié dévoré ou encore l’extraction d’une tumeur sans anesthésie. Visiblement désireux d’apporter lui-même une touche personnelle, le réalisateur/monteur Alan Holzman donne dans l’expérimental le temps d’une poignée de séquences bizarres truffées d’images subliminales qui n’apportent rien mais suscitent la curiosité. Bref, une œuvrette anecdotique dont le directeur de production Aaron Lipstadt passera à son tour à la mise en scène l’année suivante pour les besoins du très sympathique Androïde.

 

© Gilles Penso

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L’HISTOIRE SANS FIN 3 : RETOUR À FANTASIA (1994)

Pouvait-on faire pire que L’Histoire sans fin 2 ? Ce n’était pas simple, mais cette séquelle y parvient sans peine, hélas !

THE NEVERENDING STORY 3

 

1994 – ALLEMAGNE / USA

 

Réalisé par Peter MacDonald

 

Avec Jason James Richter, Melody Kay, Jack Black, Carole Finn, Ryan Bollman, Freddie Jones, Julie Cox, Moya Brady

 

THEMA CONTES I DRAGONS I SAGA L’HISTOIRE SANS FIN

Pour ce troisième opus, dont on n’attendait sincèrement pas grand-chose, George Miller cède le pas à Peter MacDonald, un choix qui peut surprendre dans la mesure où ce dernier, réalisateur de Rambo 3, est à priori plus à l’aise avec les gros bras musclés qu’avec les têtes blondes et les monstres gentils. Mais le plus étrange, c’est probablement que le scénario ait été confié à Jeff Lieberman, dont les titres de gloire sont Le Rayon bleu, La Nuit des vers géants et Survivance ! Ces « contre-emplois » étonnants, au lieu de rehausser le niveau d’une saga en perte de vitesse, l’enfoncent définitivement six pieds sous terre. Bastien, qui a désormais les traits de Jason James Richter (le héros de Sauvez Willy), est maintenant collégien, ce qui ne l’empêche pas d’être toujours le bouc émissaire de ses petits camarades. Cette fois-ci, c’est la bande des « Nasties » qui lui mène la vie dure. Leur chef, qui répond au doux nom de Slip (!), est interprété par un tout jeune Jack Black (qui tiendra dix ans plus tard le premier rôle du King Kong de Peter Jackson). Pour échapper à ces vauriens – ô surprise – Bastien se réfugie dans la bibliothèque de l’école et retrouve le livre « L’Histoire sans Fin » de son vieil ami Koreander. Mais les Nasties le retrouvent, et Bastien, en désespoir de cause, formule le vœu de leur échapper. Le résultat ne se fait pas attendre : le voilà aussitôt propulsé à Fantasia. Conscient du pouvoir immense de ce livre, Slip le récupère et entend bien l’utiliser à ses propres fins…

Le pari était difficile, mais il a été remporté haut la main : cette troisième Histoire sans fin est encore pire que la seconde ! D’abord, comment croire en des personnages qui changent du tout au tout d’un épisode à l’autre ? Ce Bastien-ci est encore plus insipide que son prédécesseur, l’impératrice est devenue une adolescente inexpressive, et ce n’est pas tant le changement d’acteurs – compréhensible étant donné l’âge des héros – que l’écriture de leurs rôles qui est en cause. Même chose en ce qui concerne le look et le caractère des créatures de Fantasia, conçues ici par un atelier Henson qu’on connut plus inspiré : Falkor s’est mué en caricature rigide en quête de dragonnes et le Mange-Pierre en un bibendum gigotant qui pousse la chansonnette sur sa moto !

La fête du Slip

La majeure partie du film se déroule dans le monde réel, Bastien affrontant des méchants pas crédibles pour un sou (déjà, avec un chef qui s’appelle Slip, difficile pour le public français de prendre tout ça très au sérieux). Ses aléas familiaux avec sa demi-sœur, sa belle-mère et son père semblent se référer directement à la mécanique narrative des sitcoms, dont le public est visiblement ciblé (on y trouve les mêmes choix musicaux, le même humour de bas étage, les mêmes mésaventures collégiennes). Les lutins Engywook et Urgl font de la présence « comique » sans jamais intervenir dans l’histoire, Falkor se mêle à un défilé de dragons chinois (l’une des seules idées intéressantes du film), les créatures passent inaperçues au beau milieu des costumes bigarrées de la soirée d’Halloween (merci E.T.) et au moment du dénouement, Bastien leur fait ses adieux comme Dorothy dans Le Magicien d’Oz (ou plutôt comme Lucy Gutteridge à la fin de Top Secret, même si la référence n’est sans doute pas volontaire). Et Koreander de conclure par « l’histoire n’est pas finie ». Effectivement, l’œuvre de Michael continuera d’être malmenée, d’abord sous forme d’une série animée en 1996, puis d’une série live cinq ans plus tard.

 

© Gilles Penso

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BLACK CHRISTMAS (1974)

L’un des tout premiers slashers de l’histoire du cinéma met en scène les méfaits d’un tueur psychopathe dans une résidence étudiante

BLACK CHRISTMAS

 

1974 – CANADA

 

Réalisé par Bob Clark

 

Avec Olivia Hussey, Keir Dullea, Margot Kidder, John Saxon, Andrea Martin, Marian Wadman, James Edmond, Lynne Griffin, Leslie Carlson, Douglas McGrath

 

THEMA TUEURS

Après le coup d’éclat du Mort-vivant, Bob Clark s’attaque à un film d’horreur d’un genre très différent sur lequel il souhaite apposer une patte personnelle. Lorsqu’il découvre le scénario de Roy Moore titré Stop Me (« Arrête-moi »), le cinéaste entrevoit un fort potentiel mais aussi de nombreux ajustements nécessaires à sa propre vision. Pour son script, Moore s’est laissé inspirer par deux sources principales : la fameuse légende urbaine de la baby-sitter dans la maison et du tueur qui la menace au téléphone (recyclée avec beaucoup de talent dans l’inoubliable prologue de Terreur sur la ligne), mais aussi un fait divers qui ensanglanta la ville de Montréal pendant les fêtes de Noël de l’année 1943. Si Clark aime l’idée de base, il souhaite y injecter de l’humour, mettre en scène des personnages d’étudiants crédibles qui ne se contentent pas de jouer le rôle de « chair à saucisse » et changer le titre. D’où le choix de Black Christmas, la juxtaposition de ces deux mots (« Noël » et « Noir ») sonnant bien à ses oreilles. Les rôles principaux sont confiés respectivement à Olivia Hussey (la Juliette du Roméo et Juliette de Franco Zeffirelli), Keir Dullea (le héros de 2001 l’odyssée de l’espace) et Margot Kidder (révélée dans Sœurs de sang et future Loïs Lane de Superman). John Saxon est aussi de la partie, incarnant le rôle d’un policier qu’il reprendra presque tel quel dans Les Griffes de la nuit. Ce que personne ne sait alors, c’est que Black Christmas, tourné à Toronto pour un budget modeste de 620 000 dollars, s’apprête à faire date dans l’histoire du cinéma de genre.

Comme son titre l’indique, le film se situe pendant la période de Noël. L’action se déroule majoritairement dans une résidence pour étudiantes. La plupart d’entre elles sont parties rejoindre leurs familles respectives pour les fêtes de fin d’année, mais toutes ne sont pas dans ce cas. Certaines s’apprêtent donc à passer quelques jours ensemble sur place. L’ambiance festive est gâchée par une série de coups de fils anonymes de plus en plus sordides. À l’autre bout du fil, un interlocuteur passablement dérangé parle avec des voix différentes, hurle, insulte, pleure, bref crée un climat particulièrement anxiogène. Si certaines des étudiantes, dont la délurée Barb (Margot Kidder), tournent la situation en dérision, d’autres plus impressionnables comme Jess (Olivia Hussey) prennent les choses plus au sérieux. Plus étrange : leur amie Clare (Lynn Griffin), qui vient de faire sa valise et s’apprêtait à quitter les lieux, a disparu sans laisser de trace. Les spectateurs ont un coup d’avance, puisque Bob Clark nous a montré l’agression de la jeune fille par un assassin caché dans sa penderie, mais les étudiantes n’en savent rien et commencent légitimement à s’inquiéter. Épaulé par un assistant d’une désespérante incompétence, le lieutenant de police Ken Fuller (John Saxon) est mis au courant des coups de fil menaçants et de la disparition de Clare. Le téléphone est donc mis sur écoute et une grande battue s’organise dans le voisinage. Déjà peu rassurante, la situation ne va pas tarder à virer au cauchemar…

L’inspiration majeure d’Halloween

Soucieux de la maîtrise visuelle de son film, Bob Clark storyboarde toutes les séquences majeures et dote Black Christmas d’une très belle patine. La photographie sophistiquée de Reg Morris et la musique stressante de Carl Zittrer (construite principalement autour de glissandos dissonants sur des cordes de piano) contribuent grandement à l’atmosphère oppressante du métrage, que le réalisateur contrebalance avec un décalage humoristique permanent : l’exubérante Madame Mac (Marian Waldman) qui cache des bouteilles d’alcool partout dans la résidence, les excès de langage de Margot Kidder, la gêne du très prude Mr Harrison (James Edmond) face aux mœurs dépravées de la maison des étudiantes… Ces touches de légèreté ne sont pas là pour provoquer une lecture au second degré du récit mais bien pour brosser un portrait honnête de la vie étudiante des années 70. Ici, les filles ne sont pas filmées comme des victimes potentielles promptes à se déshabiller pour titiller la libido des spectateurs mâles – un cliché que Clark écarte d’emblée – mais possèdent une personnalité forte et se comportent de manière crédible. De même, si les meurtres sont inventifs et stylisés, le réalisateur ne cherche pas l’impact immédiat du gore mais plutôt l’établissement d’une angoisse durable. D’où l’utilisation de cette image répétitive perturbante : la première victime, figée dans un hurlement muet, le visage recouvert d’un sac plastique transparent, assise dans le grenier de la maison. Par ses audaces et ses partis pris atypiques (y compris un dénouement très ambigu), Clark vient sans le savoir de définir les codes d’un genre qui s’apprête à saturer les écrans quelques années plus tard : le slasher. John Carpenter s’inspirera d’ailleurs très largement de Black Christmas pour La Nuit des masques, réutilisant même l’idée d’un prologue en caméra subjective qui adopte le point de vue du tueur. Black Christmas aura droit à deux remakes officiels, l’un en 2006, l’autre en 2019.

 

© Gilles Penso

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L’HISTOIRE SANS FIN 2 : UN NOUVEAU CHAPITRE (1990)

Loin du charme et de la poésie du premier film, cette séquelle réalisée par « l’autre » George Miller accumule beaucoup de maladresses…

THE NEVERENDING STORY 2 : THE NEXT CHAPTER

 

1990 – ALLEMAGNE / USA

 

Réalisé par George Miller

 

Avec Jonathan Brandis, Kenny Morrison, Clarissa Burt, John Wesley Shipp, Martin Umbach, Alexandra Jones

 

THEMA CONTES I DRAGONS I SAGA L’HISTOIRE SANS FIN

L’Histoire sans fin ayant connu un succès planétaire, les producteurs de ce conte à grand spectacle ne pouvaient en rester là. Ils confièrent donc la réalisation d’un second chapitre à George Miller, homonyme australien du créateur de Mad Max. Depuis la mort prématurée de sa mère, Bastien, douze ans, quête en vain l’affection de son père, trop distant et trop occupé pour dialoguer avec lui. Sa fragilité, son caractère solitaire et son manque d’assurance le mettent fréquemment dans des situations humiliantes et lui font redouter les petites épreuves de la vie quotidienne. Pour surmonter ce handicap, l’enfant retourne un jour dans la librairie du vieux monsieur Koreander, où il redécouvre le livre magique qui l’avait entraîné, deux ans auparavant, dans la plus exaltante des aventures : « l’Histoire sans fin ». Mais aujourd’hui, les pages de ce récit enchanteur sont à demi effacées et porteuses de troublantes visions. Le Pays Fantastique dont elles ouvrent les frontières semble atteint d’un mal mystérieux, et sa jeune et douce souveraine implore urgemment l’aide de Bastien. Une redoutable sorcière, Xayide, tient en effet la Petite Impératrice en otage et a entrepris de faire régner l’ordre au royaume de l’imaginaire, en dépeuplant et privant celui-ci de ses ressources naturelles. Appelant à la rescousse le vaillant chasseur Atreyu et le dragon volant Falkor, Bastien entreprend de délivrer la Petite Impératrice.

Le film de Wolfgang Petersen était simplificateur et enfantin, dans la mesure où il schématisait un peu le texte original pour mieux le conformer aux besoins d’un spectacle universel et tout public. Celui de George Miller est simpliste et infantilisant. La différence est de taille. A partir d’un prétexte invraisemblable, Bastien se retrouve dans Fantasia pour une nouvelle aventure dont les éléments sont puisés au hasard dans la seconde partie du pourtant très riche livre de Michael Ende. Depuis la première Histoire sans fin, tout le casting – à l’exception de ce bon vieux Monsieur Koreander incarné par Thomas Hill –  a été bouleversé. Sans doute les enfants ont-ils trop grandi au cours des six ans qui séparent les deux films. Mais était-ce une raison pour verser à ce point dans l’archétype et la caricature ? Les trois jeunes héros ont été dépouillé de leur fragilité, de leur charisme et de leurs failles au profit d’une tranquille bonhommie de soap opera. Quant au père de Bastien, il s’est mué en beau gosse charmeur et musclé, amateur de dialogues édifiants, notamment le fameux : « je suis ingénieur, et ce que je vois, je le vois ».

Une suite sans âme

Question créatures, nous découvrons en vrac un Falkor tout ridé, un Mange-Pierre doté d’une progéniture au look très discutable, un homme-oiseau qui semble échappé du Muppet Show et des Gardiens dont le look évoque le mutant des Survivants de l’Infini. Cette ménagerie étrange s’agite dans un récit déséquilibré et un peu puéril indigne de la plume de Michael Ende ou du premier long-métrage de Wolfgang Petersen (parti de son côté plonger avec le sous-marin de Das Boot avant de s’attaquer aux rebondissements du thriller Trouble). Restent de très beaux effets visuels et une intéressante partition de Robert Folk, dont les envolées symphoniques contrastent agréablement avec la pop synthétique que Giorgio Moroder composa six ans plus tôt. Dommage que les ambitions de ce second chapitre n’aillent pas plus loin. Il y avait pourtant beaucoup à faire avec la partie du roman non adaptée par Petersen. L’écrivain détestait déjà cordialement le premier film, qu’il qualifiait de « gigantesque mélodrame kitsch et commercial plein de peluche et de plastique ». Il serait intéressant de connaître son sentiment vis-à-vis de cette séquelle. Hélas, le pire restait encore à venir avec un troisième opus battant tous les records de bêtise.

 

© Gilles Penso

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DANGER, PLANÈTE INCONNUE (1969)

Gerry Anderson produit cette aventure futuriste où le héros des Envahisseurs découvre une planète très étrange…

DOPPELGÄNGER / JOURNEY TO THE FAR SIDE OF THE SUN

 

1969 – GB

 

Réalisé par Robert Parrish

 

Avec Roy Thinnes, Ian Hendry, Patrick Wymark, Lynn Loring, Loni von Friedl, Franco De Rosa, George Sewell, Ed Bishop, Philip Madoc, Vladek Sheybal, Herbert Lom

 

THEMA SPACE OPERA I FUTUR

Célèbres grâce à leurs séries télévisées de science-fiction interprétées par des marionnettes (Supercar, Stingray, Les Sentinelles de l’air, Captain Scarlett), Gerry et Sylvia Anderson décident de varier les plaisirs à la fin des années soixante en s’orientant vers un public plus adulte. Les époux scénaristes et producteurs conçoivent donc une histoire futuriste qu’ils baptisent Doppelgänger et qu’ils destinent au petit écran, sous forme d’un téléfilm d’une heure incarné cette fois ci par des acteurs en chair et en os. Mais leur investisseur Lew Grade pense que cette histoire mérite le grand écran. Sollicité pour produire ce film, Jay Kanter d’Universal n’est pas tout à fait convaincu par le script. Il se ravise lorsqu’on lui propose à la mise en scène le vétéran Robert Parrish (qui vient de co-réaliser le James Bond parodique Casino Royale) et donne son feu vert, à condition que le scénario soit révisé. L’auteur Donald James (fort de son expérience sur des séries telles que Le Saint, Les Champions, Chapeau Melon et bottes de cuir, ou Mission impossible) vient donc prêter main forte aux époux Anderson et le tournage est programmé entre juillet et octobre 1968. Il se déroulera aux studios Pinewood, avec quelques extérieurs captés en Angleterre et au Portugal. Le rôle principal est immédiatement attribué à Roy Thinnes, que Gerry Anderson a beaucoup apprécié dans la série Les Envahisseurs. C’est sa propre épouse, Lynn Loring, qui jouera sa femme à l’écran. Ian Hendry et Patrick Wymark, tous deux vus dans le Répulsion de Roman Polanski, donneront la réplique à Thinnes. Bien plus tard, Anderson avouera que le sérieux penchant pour la boisson de ces deux comédiens les rendait très peu efficaces pendant les après-midis de tournage !

L’intrigue se situe en 2069. Une sonde du centre spatial européen Eurosec ayant découvert une planète inconnue située sur la même orbite que la Terre de l’autre côté du soleil, on décide de mettre sur pied une expédition habitée afin d’aller l’explorer. Le scénario s’intéresse d’abord aux problèmes administratifs liés au financement de ce voyage spatial (estimé à 3000 millions de livres sterling de l’époque). Les partenaires européens refusant d’investir autant d’argent, l’opiniâtre Jason Webb (Patrick Wymark) se tourne vers les États-Unis, qui déclinent la proposition à leur tour. Mais le ton change lorsqu’on découvre qu’un espion (Herbert Lom) s’est infiltré dans les locaux d’Eurosec et connaît l’existence de cette planète. Désormais, il devient urgent de partir l’explorer avant les autres. L’identité de ces « autres » n’est jamais révélée, mais en pleine Guerre Froide il n’est pas difficile de savoir de qui l’on parle. L’équipage sera donc anglo-américain : le colonel Glenn Ross (Roy Thinnes) et le professeur John Kane (Ian Hendry). Tous deux sont placés en hibernation pendant trois semaines, ignorant que ce qui les attend de l’autre côté du soleil dépasse l’entendement…

De l’autre côté du soleil

L’un des moindres attraits du film n’est pas son approche « réaliste », les Anderson visant de toute évidence un autre public que celui des Thunderbirds et se laissant inévitablement inspirer par 2001 l’odyssée de l’espace. Ainsi, après avoir abordé en détail les problèmes politiques et financiers liés à ce voyage spatial victime d’espionnage industriel, Danger planète inconnue s’attarde sur l’entraînement éprouvant des astronautes et sur toutes les phases de préparatifs du décollage. Un futurisme amusant – et parfois prophétique – constelle le film à travers une série de technologies qui relevaient encore à l’époque de la pure spéculation : rayons X intégral, visioconférence, appareil photo miniaturisé, visiophone, montre qui contrôle le rythme cardiaque, voitures aérodynamiques… La mode vestimentaire, pour sa part, reste modelée sur celle des années soixante : costumes cintrés pour les hommes, minijupes seyantes pour les femmes. Fidèle au poste, le génial superviseur des effets visuels Derek Meddings se surpasse dans le domaine des modèles réduits. Les avions futuristes, les aérodromes, les bâtiments immenses, les véhicules roulants et les engins spatiaux s’animent sous ses mains expertes, avec un charme fou qui ne cherche jamais l’hyperréalisme au profit d’un émerveillement permanent. Autre collaborateur régulier des Anderson, le compositeur Barry Gray se lance dans une partition épique à mi-chemin entre Les Sentinelles de l’air et Cosmos 1999… avec en prime des passages musicaux quasi-psychédéliques au moment où le voyage prend une tournure kaléidoscopique, une nouvelle fois sous l’influence de 2001. Le concept qui sous-tend le récit s’avère passionnant, digne d’un épisode de La Quatrième dimension, mais Danger planète inconnue sera un échec cuisant, avant d’être réévalué plus tard et considéré comme une date importante dans le cinéma de science-fiction. Gerry Anderson recyclera de nombreux accessoires du film (et même plusieurs membres du casting) pour sa série UFO.

 

© Gilles Penso

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L’ATTAQUE DES SANGSUES GÉANTES (1959)

Roger Corman persiste et signe dans le domaine du film de monstres géants avec des parasites gluants infestant les marais d’une bourgade de Floride

ATTACK OF THE GIANT LEECHES

 

1959 – USA

 

Réalisé par Bernard L. Kowalski

 

Avec Bruno Ve Sota, Yvette Vickers, Michael Emmet, Ken Clark, Gene Roth, Jan Shepard, Tyler McVey, Dan White

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Deux ans après L’Attaque des crabes géants, Roger Corman réitère dans le domaine des invertébrés démesurés avec cette Attaque des sangsues géantes dont il confie cette fois la mise en scène à Bernard Kowalski, vétéran de séries télévisées telles que Gunsmoke ou Les Incorruptibles. Prometteurs, le titre et les posters d’époque dissimulent hélas un film ennuyeux et longuet malgré sa modeste durée de 62 minutes. Nous sommes dans une petite ville de Floride, où les autochtones viennent volontiers traîner derrière le comptoir du ventripotent barman Dave Walker (Bruno VeSota), sosie quelque peu amorphe d’Orson Welles. L’épouse de ce dernier, Liz (Yvette Vickers), est une bimbo provocante qui fait saliver tous les habitués du bar, notamment l’athlétique Cal (Michael Emmet). Tandis que le drame conjugal couve, un accident secoue les chaumières. Un chasseur a en effet été retrouvé défiguré dans les marais. Attribuant ce décès violent à un crocodile, la police classe rapidement l’affaire. Mais Steve Benton (Ken Clark), un agent chargé de chasser les braconniers et de préserver l’environnement, décide de mener sa propre enquête. Comme il s’agit d’un beau gosse blond et musclé, et qu’il est amoureux d’une jolie brunette dont le père est scientifique, les amateurs des clichés de la science-fiction à l’ancienne ne sont pas dépaysés.

Au-delà de son désespérant premier degré, le film s’efforce tout de même de dresser une série de portraits pittoresques pour le moins récréatifs, notamment le shérif alcoolique, les piliers du bar et l’apathique barman. Ce dernier finit par surprendre son épouse aux bras de Cal. Sortant enfin de sa léthargie, il les mène jusqu’aux marais du bout de son fusil… Jusqu’à ce que les deux partisans de l’adultère ne soient soudain engloutis par des sangsues géantes, comme le titre l’indique assez bien. Sauf qu’en guise de monstres assoiffés de sang, nous n’avons droit qu’à de grands morceaux de caoutchouc qui flottent dans l’eau. Les deux victimes suivantes sont des pêcheurs, et il faudra attendre un certain temps avant de voir les sangsues géantes plus distinctement, autrement dit deux comédiens engoncés dans des costumes en plastique truffés de ventouses.

Sens dessus dessous

Après avoir capturé leurs proies humaines, les monstres les emmènent dans une grotte souterraine pour leur sucer le sang. D’où une séquence assez dantesque où tout le monde hurle, le visage blafard et couvert de plaies, sous les assauts répétés des sangsues pataudes (dont l’une met deux bonnes minutes à s’extraire maladroitement de l’eau). Une fois que les autorités comprennent à quel type de monstruosité elles ont affaire, le vieux professeur nous gratifie d’une explication scientifique de dernière minute : les sangsues ont probablement été irradiées, car Cap Canaveral n’est pas loin, or la NASA a parfois utilisé l’énergie atomique pour le lancement des fusées. CQFD. Quant au climax, il est pour le moins expéditif : un corps à corps sous l’eau, Ken Clark imitant Johnny Wessmüller dans les vieux Tarzan, puis une explosion finale à la dynamite réglant définitivement leur compte à ces improbables sangsues.

 

© Gilles Penso

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LOOKER (1981)

Un « techno-thriller » prophétique qui anticipe avec des décennies d’avance les dérives de l’imagerie numérique et des clonages virtuels

LOOKER

 

1981 – USA

 

Réalisé par Michael Crichton

 

Avec Albert Finney, Leigh Taylor-Young, James Coburn, Susan Dey, Dorian Harewood, Tim Rossovich, Kathryn Witt, Terry Welles, Ashley Cox

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION

En 1973, Michael Crichton passait pour la première fois à la mise en scène avec Mondwest, un film de science-fiction habile et efficace qui présentait entre autres particularités celle d’être pionnier dans l’utilisation des images de synthèse. Encore discrètes, très sommaires, uniquement en 2D, elles étaient tout de même avant-gardistes et servaient à visualiser la vision robotisée du cowboy mécanique incarné par Yul Brynner. Deux ans plus tard, l’écrivain/réalisateur commence à élaborer l’idée d’un thriller futuriste situé dans le milieu publicitaire, avec pour postulat la possibilité de reproduire en imagerie numérique des comédiens plus vrais que nature. Mais en 1975, une telle idée semble ridicule. Six ans plus tard, elle n’est pas beaucoup plus réaliste. Crichton décide malgré tout de franchir le pas. Il écrit et réalise donc Looker, qui sera son quatrième film après Mondwest, Morts suspectes et La Grande attaque du train d’or. Pour le rôle principal, il choisit Albert Finney, à l’affiche la même année de Wolfen. L’Hercule Poirot du Crime de l’Orient-Express donne ici la réplique au vétéran James Coburn (Les Sept mercenaires, La Grande évasion) mais aussi à Susan Dey (La Loi de Los Angeles), Leigh Taylor-Young (Soleil vert) et plusieurs mannequins échappés des pages glacées de Playboy. En quête d’une atmosphère en accord avec le sujet high-tech du film, Crichton sollicite le compositeur Barry De Vorzon (Légitime violence, Les Guerriers de la nuit) dont la bande originale majoritairement électronique évoque parfois certains travaux de Jerry Goldsmith.

Les prémices de Looker sont troublantes. Après avoir demandé à Larry Roberts (Albert Finney), l’un des chirurgiens esthétiques les plus réputés de Beverly Hills, d’opérer sur elle des changements microscopiques, la top-modèle Lisa Convey (Terri Welles) rentre chez elle. Mais visiblement quelqu’un s’est introduit dans son appartement. Après avoir été déstabilisée par un « flash » venu de nulle part, la jeune femme est prise de panique et se jette par la fenêtre. Cet « accident » n’est pas un cas isolé. Deux autres patientes du docteur Roberts, elles aussi mannequins spécialisés dans les spots publicitaires, sont mortes dans d’étranges circonstances après qu’il ait très légèrement altéré leur physique. Alors que la prochaine sur la liste semble être Cindy Fairmont (Susan Dey), le médecin mène sa petite enquête et tombe sur la compagnie Digital Matrix, possédée par le richissime John Reston (James Coburn) et dirigée par Jennifer Long (Leigh Taylor-Young). Spécialisée dans l’utilisation de l’imagerie numérique et des outils digitaux pour maximiser l’impact des spots publicitaires, cette entreprise ne laisse rien au hasard. « A un million de dollars la minute, nous voulons que vous regardiez ce que nous vendons » explique avec pragmatisme Jennifer à notre chirurgien fasciné. Pour être certains que les téléspectateurs regardent là où il faut, les mouvements des pupilles sont ainsi analysés en détail et un ordinateur ajuste au millimètre près la position des modèles ainsi que leur physionomie. Et pour pouvoir contrôler à la perfection leur gestuelle, des avatars numériques permettent de ne plus avoir besoin des acteurs/mannequins une fois que leur corps a été numérisé…

Avatars

Un film comme Looker permet de mesurer le caractère incroyablement avant-gardiste de l’œuvre littéraire et cinématographique de Michael Crichton, qui n’oubliait jamais d’intégrer dans les spéculations scientifiques de ses techno-thrillers des questions éthiques, morales et sociétales. Particulièrement en avance sur son temps, Looker anticipe sur la technologie de la motion capture et soulève déjà les problèmes moraux liés à la création des clones virtuels et à la réappropriation de l’image d’autrui sans son consentement. Ce sujet ne sera d’actualité que deux décennies plus tard. Une scène particulière du film montre Susan Dey se faire scanner à 360°, une technologie qui relevait alors de la science-fiction. En adéquation avec son sujet, le film utilise des images de synthèse inédites, un an avant Tron, dix ans avant Terminator 2 et douze ans avant Jurassic Park qui ouvrira définitivement la voie aux effets numériques… et dont le scénario s’appuie comme par hasard sur un roman de Michael Crichton. Le discours de Looker est d’une force que les années n’ont pas atténué (voir cette scène édifiante où les parents de Cindy sont quasi hypnotisés par une émission stupide qui passe à la télé sans voir la détresse de leur fille). Mais passée la première moitié du film, Crichton peine à construire des péripéties solides autour de ce concept. Un nombre incalculable d’incohérences jalonne ainsi le récit, lui ôtant peu à peu toute crédibilité. De fait, Looker sera un gros flop au box-office et sa chanson générique « She’s a Looker », pourtant conçue comme un tube parfait des années 80, sombrera dans l’oubli. Mais le film mérite d’être redécouvert, ne serait-ce que pour constater à quel point son postulat était vertigineusement prophétique.

 

© Gilles Penso

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TERREUR AVEUGLE (1971)

Richard Fleischer dirige Mia Farrow dans le rôle d’une jeune femme aveugle traquée par un tueur psychopathe

SEE NO EVIL / BLIND TERROR

 

1971 – GB

 

Réalisé par Richard Fleischer

 

Avec Mia Farrow, Dorothy Alison, Robin Bailey, Diane Grayson, Brian Rawlinson, Norman Eshley, Paul Nicholas, Christopher Matthew, Lila Kaye, Barrie Houghton

 

THEMA TUEURS

S’il y a bien deux composantes dans la filmographie de Richard Fleischer qui frappent, c’est son éclectisme et sa capacité d’adaptation. Touche-à-tout, il sut tourner avec la même maestria des films noirs, des westerns, des épopées d’aventure, des péplums, des fables de science-fiction ou des films de guerre en injectant dans chacune de ces œuvres une touche extrêmement personnelle, sans pour autant faire la démonstration d’un style trop voyant. C’est dans les détails qu’on reconnaît un film de Richard Fleischer : une attirance récurrente pour les figures du Mal, une approche sociale des comportements, un sous-texte psychanalytique… Au tout début des années 70, Fleischer s’attaque à un scénario écrit par Brian Clemens (élément créatif clé de la série Chapeau melon et bottes de cuir) et pose les jalons d’un genre qui atteindra le summum de sa popularité la décennie suivante : le slasher. Avant Black ChristmasLa Nuit des masques, Vendredi 13 et même La Baie sanglante (réalisé la même année mais sorti plus tard sur les écrans américains)Terreur aveugle met en place les mécanismes de ce cocktail très particulier mixant les codes du film policier avec ceux du film d’horreur. La cécité était déjà un support d’épouvante fort dans Seule dans la nuit de Terence Young. Richard Fleischer la reprend à son compte, éliminant l’argument policier du thriller qui mettait en vedette Audrey Hepburn pour s’intéresser au profil insaisissable d’un désaxé frappé de pulsions meurtrières incontrôlables.

La première image de Terreur aveugle est celle d’un cinéma qui projette un double programme explicite : « Meurtre au couvent » et « Le Culte du violeur » (deux films imaginaires). Les spectateurs dévalent l’escalier et se répandent dans la rue nocturne. La caméra s’abaisse alors pour s’approcher d’une paire de bottes de cowboy. L’homme à qui elles appartiennent – dont nous ne verrons jamais le visage – passe devant des vitrines de jouets guerriers, des journaux qui parlent de fusillades, des téléviseurs qui diffusent un film d’horreur (Le Jardin des tortures), bref est exposé à la violence réelle et fictive qui, on l’imagine, s’emmêlent dans sa tête. Une voiture passe et l’éclabousse. Nerveusement, il essuie ses bottes. Cet incident est visiblement vécu comme un affront. En quelques secondes, Richard Fleischer nous a montré le chasseur et sa proie. La voiture, rutilante, appartient à George et Sandy Rexton (Brian Rawlinson et Diane Grayson), l’oncle et la tante de Sarah (Mia Farrow). Cette dernière est devenue aveugle après un accident d’équitation. Dès lors, elle s’installe avec eux dans leur grande maison au cœur de la campagne anglaise. Là, elle retrouve son ami Steve (Norman Eshley) qui tient un ranch à proximité. Alors que Sarah se remet en selle (au propre comme au figuré) avec Steve, l’homme aux bottes pénètre dans la maison et se lance dans un sanglant massacre. La jeune aveugle sera sa prochaine proie…

L’assassin sans visage

Très tôt, Richard Fleischer nous présente plusieurs suspects possibles. Autour de la candeur de Sarah, les regards sont louches, les attitudes étranges, certaines remarques déplacées. Un fossé social se creuse naturellement entre la famille de l’héroïne et cet entourage immédiat fait de modestes employés et de gitans. Les petites jalousies, les animosités et l’intolérance s’affirment de manière insidieuse, concourant à créer un climat anxiogène avant même que le tueur ne frappe. La virtuosité de Fleischer éclate dans ce long passage (qui commence le soir et s’achève au petit matin) où Mia Farrow évolue dans la grande maison jonchée de cadavres sans s’en rendre compte. Les spectateurs distinguent un par un les indices qui mènent au massacre, sans qu’elle-même en ait conscience. C’est là la définition la plus pure du suspense tel que le définissait Alfred Hitchcock. Lorsqu’enfin elle découvre l’étendue du carnage, c’est hors champ, derrière une porte close. Un bref instant, le spectateur devient à son tour aveugle, privé de l’information visuelle. Le chassé-croisé qui suit sera vécu comme un éprouvant parcours du combattant, rabaissant Sarah plus bas que terre, la traînant littéralement dans la boue, comme si elle devenait à elle seule le symbole de toutes les horreurs que les hommes peuvent faire subir aux femmes (un sujet que Fleischer avait déjà abordé dans La Fille sur la balançoire et qu’il allait décliner de manière surprenante dans Soleil vert). Le tueur est d’ailleurs sur-virilisé (les bottes, le jean, la cigarette à la bouche, le fusil à la main). Trois ans après sa performance inoubliable dans Rosemarys’ Baby, Mia Farrow est une fois de plus exceptionnelle, au cœur de séquences d’angoisse particulièrement éprouvantes. Mais Terreur aveugle n’est pas dénué de faiblesses, en particulier une caractérisation caricaturale de l’assassin (étonnant de la part de Fleischer) et surtout une résolution très décevante. Le film sera l’un des rares flops de son réalisateur, avant d’être réévalué par les cinéphiles y décelant une œuvre charnière dans l’histoire d’un genre cinématographique que John Carpenter allait porter aux nues.

 

© Gilles Penso

 

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HORROR OF THE BLOOD MONSTERS (1970)

Un film totalement absurde dans lequel des astronautes atterrissent sur une planète préhistorique où sévissent des créatures improbables

HORROR OF THE BLOOD MONSTERS

 

1970 – USA

 

Réalisé par Al Adamson

 

Avec John Carradine, Robert Dix, Vicki Volante, Joey Benson, Jennifer Bishop, Bruce Powers, Theodore Gottlieb

 

THEMA VAMPIRES

Grand spécialiste du cinéma d’exploitation à tout petit budget, Al Adamson fonde la compagnie Independent International Production avec Samuel M. Sherman et enchaîne les productions fauchées comme Satan’s Sadists, Blood of Dracula’s Castle ou cet hallucinant Horror of the Blood Monsters dont le scénario part dans tous les sens et n’atterrit finalement nulle part. Il s’agit en réalité d’un patchwork assez confus structuré autour de larges extraits du film philippin Tagani, réalisé par Rolf Bayer en 1956, qui conte la rivalité entre deux peuplades d’hommes préhistoriques. Adamson rachète ce film obscur pour une bouchée de pain, récupère au passage d’autres extraits en vrac et se creuse la tête pour pouvoir bricoler un long-métrage à peu près cohérent à partir de cette matière disparate. Il lui faut d’abord trouver un moyen de recycler tous ces extraits en noir et blanc au sein d’un film couleur. C’est là que vient l’idée de génie : l’intrigue se situera sur une autre planète dont l’atmosphère est saturée de « radiations chromatiques ». Du coup tout ce qui s’y déroule semble être en noir et blanc avec un filtre de couleur jaune, bleu, rouge ou vert. Adamson pousse le vice jusqu’à inventer le nom d’un procédé technique totalement imaginaire qui s’affiche fièrement sur le générique et les affiches du film : le « Color Effect Spectrum X ».

Lorsque le film commence, nous apprenons qu’un fléau vampirique a gagné la Terre et que les citoyens se transforment les uns après les autres en suceurs de sang. C’est ce que nous raconte une voix off qui en fait des tonnes en prenant une sorte d’accent de l’est indéfinissable, tandis que s’égrènent à l’écran quelques saynètes répétitives où des figurants s’affolent face à des comédiens arborant des dents pointues. Or le mal vient visiblement d’une autre planète. Il faut donc organiser un voyage dans l’espace jusqu’au système solaire de Spectrum. L’expédition est montée par le docteur Rynning (un John Carradine vieillissant qui acceptait à l’époque de jouer dans tout et n’importe quoi). Après d’interminables bavardages avec le centre de contrôle (deux acteurs filmés devant un fond noir) et quelques images spatiales empruntées à The Wizard of Mars (1965), le vaisseau XP13 atterrit enfin sur la fameuse planète. Et c’est parti pour un festival de stock-shots en noir et blanc filtrés de toutes les couleurs. Tout commence avec des images de dinosaures empruntées à Tumak fils de la jungle (1940) et L’île inconnue (1948), autrement dit des lézards qui se battent dans un décor miniature et des hommes costumés en cératosaures au milieu des broussailles. Mais ce n’est qu’un avant-goût du délire qui attend les spectateurs…

Hommes écrevisses et vampires des cavernes

Car nos fiers voyageurs de l’espace assistent bientôt à une série de pugilats entre plusieurs tribus préhistoriques. Les uns sont athlétiques et courageux, les autres plus sauvages et affublés d’un petit serpent qui semble greffé sur leur épaule. Ces images improbables proviennent de Tagani, comme la grande majorité de celles qui suivent. Car dès lors, les comédiens dirigés par Al Adamson se contentent de regarder au loin, de s’asseoir en fumant ou de commenter vaguement ce qui se passe hors-champ. Une femme préhistorique en maillot de bain se joint à eux, histoire de varier les plaisirs, et se met à parler parfaitement anglais après qu’ils lui aient injecté plusieurs produits dans le corps. Le reste du temps, nous découvrons donc la guerre que se livrent les gentils Taganis et les méchants Tubetons (des hommes de Néanderthal vampires avec des crocs aussi gros que ceux des tigres à dents de sabre). Parmi les scènes mythiques de Horror of the Blood Monsters (toujours issues de Tagani), on note l’attaque des hommes-chauves-souris dans une caverne et surtout le surgissement des hommes-écrevisses dans un lac ! Un très grand moment de n’importe quoi. L’action est parfois interrompue par des séquences déconnectées du reste de l’intrigue où un couple fait l’amour dans une chambre pleine d’ampoules multicolores qui font bip-bip. Finalement, l’équipage quitte la planète en ayant totalement oublié l’objectif premier de sa mission, qui était d’éradiquer le fléau vampire s’étant abattu sur la Terre. De toute façon, à ce stade, plus personne ne semble savoir à quoi rime ce film, ni les acteurs, ni le réalisateur, ni bien sûr les spectateurs. En France, cette production « autre » fut parfois affublée du titre Les Monstres de la planète des singes !

 

© Gilles Penso

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