LES FRÉNÉTIQUES (1982)

Une star de films d’horreur est prise en chasse par un tueur psychopathe en plein festival de Cannes…

THE LAST HORROR FILM

 

1982 – USA

 

Réalisé par David Winters

 

Avec Caroline Munro, Joe Spinell, Judd Hamilton, Devin Goldenberg, David Winters, Susanne Benton

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION I TUEURS

Juste après Maniac, voici à nouveau réunis Joe Spinell et Caroline Munro dans leurs rôles respectifs de tueur psychopathe et de victime sublimée. Mais cette fois ci, l’ambiance n’a rien à voir avec le shocker glauque et poisseux de William Lustig. En effet, David Wickes (signataire d’une version télévisée de Docteur Jekyll et Mister Hyde avec Kirk Douglas et d’un grand nombre d’épisodes de séries TV) décide d’opter pour un ton très léger, mêlant sans cesse l’épouvante et l’humour noir. Les clins d’œil au cinéma de genre (Psychose, Rien que pour vos yeux, Dracula 73, Sinbad et l’œil du tigre, sans compter les centaines de photos et d’affiches de films qui apparaissent dans les décors) abondent tout au long de cette intrigue sanglante à ne pas prendre au sérieux. D’ailleurs, à bien y réfléchir, le duo Munro/Spinell évoque ici tout autant l’antagonisme de Maniac que celui – beaucoup plus « pulp » – de Star Crash. Caroline y était déjà l’héroïne et Joe le grand méchant. C’est en effet la troisième fois consécutive que les deux acteurs se donnent la réplique.

La belle Caroline incarne Jana Bates, une star de films d’horreur invitée au festival de Cannes pour présenter son dernier film et recevoir un trophée. Joe Spinell, de son côté, joue Vinny, un chauffeur de taxi new-yorkais qui vit avec sa vieille mère (Filomena Spagnulo) et qui est éperdument amoureux de Jana. Il la suit à Cannes, armé d’une caméra 16 mm, pour lui présenter le film qu’il a imaginé avec elle. Bientôt, après avoir reçu des lettres de menaces, le producteur Bret Bates (Glenn Jacobson), ancien époux de Jana, meurt dans des conditions affreuses. Puis l’agent de la star, Marty Bernstein (Devin Goldenberg), connaît un sort similaire. Jana est paniquée, d’autant que son réalisateur et sa petite amie sont tués à leur tour. Or le soir de la remise des trophées du festival de Cannes, Jana est enlevée par Vinny qui l’emmène dans un vieux château afin de tourner enfin avec elle le film de ses rêves…

Du sang sur la Croisette

Si une grande partie du film, tournée caméra à l’épaule, semble avoir été improvisée au fur et à mesure, c’est parce que Les Frénétiques fut majoritairement filmé « à l’arrache », sans aucune autorisation, en plein Festival de Cannes (au cours de l’édition de 1981). Joe Spinell est merveilleusement pathétique en chauffeur de taxi persuadé qu’il peut devenir cinéaste, et Caroline Munro est comme toujours resplendissante dans un rôle quasiment autobiographique (puisqu’elle était réellement à l’époque considérée comme une superstar du cinéma d’épouvante). Les conditions détendues dans lesquelles fut réalisé ce film impliquent un certain « esprit de famille ». D’où la présence au casting de Judd Hamilton, l’époux de Caroline Munro à la ville, et de Filomena Spagnula, la véritable mère de Joe Spinell. L’idée d’un tueur fou qui sévit au sein du festival est très réjouissante, et sera d’ailleurs reprise presque telle qu’elle dans La Cité de la peur. Quant aux morts violentes qui ponctuent le métrage, elles s’avèrent particulièrement graphiques. Bien sûr, le postulat qui veut que le prix d’interprétation féminine de cette manifestation très sélecte aille à une actrice spécialisée dans l’horreur est très improbable. Mais nous ne sommes pas à une étrangeté près dans ce film décidément très insolite qui se clôt sur une espèce de gag bizarre.

 

© Gilles Penso

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THE ONE (2002)

Jet Li voyage d’un univers parallèle à l’autre pour éliminer tous ses doubles et devenir l’homme le plus puissant du monde…

THE ONE

 

2002 – USA

 

Réalisé par James Wong

 

Avec Jet Li, Delroy Lindo, Carla Gugino, Jason Statham, James Morrison, Dylan Bruno, Archie Kao, Richard Steinmetz

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I DOUBLES

Scénariste de nombreux épisodes de la série X-Files, James Wong s’était distingué avec son premier long-métrage Destination finale, traitant la mort sous un angle particulièrement novateur. The One, qu’il a co-écrit avec son fidèle partenaire Glen Morgan, s’efforce à son tour de jouer la carte de l’originalité, mais ici les lieux communs du blockbuster l’emportent largement sur l’innovation du concept. Nous sommes dans un monde futuriste visiblement inspiré des romans de SF de Michael Moorcock. L’homme a découvert l’existence des univers parallèle et a développé la possibilité technique de passer de l’un à l’autre, par franchissement de tunnels quantiques. Comme les voyages dans le temps de Timecop, ces passages d’un monde à l’autre sont contrôlés par une police spéciale. Chaque « plurivers » (!) porte un nom emprunté à l’alphabet grec, à des constellations ou à la mythologie. Et ce sont des formations de trous noirs – que l’on peut désormais prévoir de la même manière que les phénomènes météorologiques – qui permettent de jeter un pont entre les plurivers.

Ce postulat étant posé, nous faisons la connaissance de Yulaw (Jet Li, découvert aux États-Unis dans L’Arme fatale 4 et sous-exploité par bon nombre de productions Luc Besson). Ambitieux autant que psychopathe, cet homme a découvert que chaque être humain possède autant de doubles qu’il existe de plurivers. Or lorsque l’un d’entre eux meurt, son énergie est redistribuée à tous les autres. L’objectif de Yulaw est donc simple : passer illégalement d’un univers parallèle à l’autre, tuer tous ses doubles, et devenir l’homme le plus puissant du monde. Avec 123 victimes à son actif, il ne lui reste plus qu’à éliminer un policier nommé Gabe. Or ce dernier a acquis malgré lui la même force surhumaine que Yulaw. Les deux vont donc s’affronter, et il ne devra en rester qu’un, comme dans Highlander dont certaines idées semblent avoir été réutilisées dans The One.

Il ne peut en rester qu’un !

Audacieux et surprenant, le principe de base sert surtout de prétexte à une accumulation de scènes de combat impressionnantes. Les projectiles en 3D y volent en tous sens, Jet Li évite les balles comme dans Matrix, saute, vole et escalade à mains nues les parois en émule de Spider-Man. Les effets numériques qui mettent en avant la différence de vitesse entre Yulaw et ses adversaires s’avèrent très efficaces, notamment lorsqu’il les envoie valdinguer au ralenti tout en se déplaçant lui-même à vive allure. Le film nous gratifie également d’idées visuelles inédites, comme lorsque Jet Li se sert de deux motos de police comme gants de boxe géants et frappe ses adversaires avec, ou lors des passages d’un univers à l’autre, via l’explosion des corps en mille morceaux avant leur recomposition – un phénomène douloureux et spectaculaire à mille lieues des douces téléportations de Star Trek. The One offre ainsi un spectacle de premier ordre, s’achevant sur l’inévitable affrontement entre les deux doubles, et se pare d’un casting judicieux, avec en tête la belle Carla Gugino et le charismatique Jason Statham. Mais on ne peut s’empêcher de regretter le manque d’ambition scénaristique du film, en regard des problématiques passionnantes qu’un tel concept lui aurait permis de développer.

 

© Gilles Penso


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THE AMUSEMENT PARK (1973)

Face à la caméra de George Romero, ce plaidoyer en faveur des personnes âgées se transforme en film d’horreur surréaliste

THE AMUSEMENT PARK

 

1973 – USA

 

Réalisé par George A. Romero

 

Avec Lincoln Maazel, Harry Albacker, Phyllis Casterwiler, Pete Chovan, Sally Erwin, Jack Gottlob, Halem Joseph, Bob Koppler, Michael Gornick

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES I SAGA GEORGE ROMERO

Nous sommes en 1973. George A. Romero a réalisé trois films d’horreur au modernisme déterminant (La Nuit des morts-vivants, Season of the Witch, La Nuit des fous vivants) et une comédie dans l’air du temps passée quelque peu inaperçue (There’s Always Vanilla). Sa prochaine fiction, Martin, ne sera réalisée que quatre ans plus tard. Dans l’intervalle, il s’intéresse à plusieurs projets documentaires, notamment la série The Winners consacrée aux champions sportifs. C’est pendant cette période que la Lutheran Service Society of Western Pennsylvania lui passe commande d’un film éducatif abordant l’épineux sujet de la maltraitance des personnes âgées. Comme Romero aime travailler « en famille », on trouve au générique plusieurs de ses fidèles collaborateurs, en particulier le directeur de la photographie William Hinzman (qui signa les images de ses quatre premiers longs-métrages), l’homme à tout faire Michael Gornick (futur réalisateur de Creepshow 2, chargé ici du son et de la photographie additionnelle), le comédien Lincoln Maazel (qui jouera l’oncle de Martin) et le fidèle producteur Richard P. Rubinstein. Tourné dans le West View Park en Pennsylvanie, The Amusement Park s’appuie sur un scénario de Wally Cook. Un scénario tellement anxiogène que les commanditaires du film en seront proprement abasourdis.

Au cours du prologue, Lincoln Maazel joue son propre rôle, celui d’un comédien septuagénaire venu mettre en garde les spectateurs contre les mauvais traitements subis par les personnes âgées. Il énumère des faits, des données, des vérités pas forcément agréables à entendre, mais nous explique surtout que la vocation du film que nous nous apprêtons à voir n’est pas celle d’un documentaire ou d’un reportage garni de statistiques. Son but est de faire ressentir au public le mal-être des gens âgés de l’intérieur, au sein d’une expérience immersive inattendue. Dès lors, on se doute que The Amusement Park n’aura rien d’un film pédagogique classique. Aussitôt après le générique, nous voici plongés dans une pièce aussi blanche que les décors de THX 1138. Un vieil homme tout de blanc vêtu est assis, recroquevillé sur lui-même, les vêtements tachés, le visage blessé et couvert de pansements, la main posée sur une canne. Où sommes-nous ? Dans un hôpital ? Une salle d’attente ? L’antichambre de l’au-delà ? Un homme entre alors dans la pièce, en blanc lui aussi. C’est son exact sosie, mais dans une bien meilleure forme. Costume immaculé, visage jovial, cravate impeccable, il décide de mettre le nez dehors. Il ouvre donc la porte et se retrouve aussitôt dans un parc d’attractions bondé, laissant derrière lui son double défraîchi. Voici comment débute The Amusement Park.

Geriatric Park

Dans une atmosphère étrange à mi-chemin entre les futures expérimentations de David Lynch et celles de Herk Harvey dans Carnival of Souls, ce parc d’attractions faussement festif égrène les visions surréalistes : des retraités qui vendent leurs vieilles montres à un prêteur sur gage, l’établissement d’un constat pour une collision d’auto-tamponneuses (avec George Romero dans le rôle d’un « automobiliste » en colère), une salle où les visiteurs séniles son soumis à des exercices bizarres sur des appareils qui ressemblent à des instruments de torture… D’emblée, Romero crée le malaise en laissant passer sans cesse des badauds devant la caméra. Cette astuce, qui permet d’énonomiser des figurants en évoquant une foule beaucoup plus nombreuse qu’en réalité, crée une gêne visuelle permanente, un sentiment diffus d’être tenu à l’écart, balayé par un courant qui nous laisse sur le bas-côté. Car tel est le cœur du film : un cri déchirant contre l’indifférence des jeunes générations. Peu à peu, l’étrangeté cède le pas à l’inquiétude, et la figure sinistre d’un homme au visage monstrueux brandissant une faux apparaît de manière presque subliminale dans un petit train, dans un manège, dans la rue… Partout, la mort guette telle une épée de Damocles. La métaphore devient violente lorsque notre malheureux « héros » tombe sous les coups d’un trio de Hell’s Angels qui ressemblent à l’avant-garde de ceux qui surgiront dans Zombie. Comme on pouvait s’y attendre, la Lutheran Society prit peur en voyant le résultat final, à mille lieues du résultat espéré. The Amusement Park ne fut donc diffusé nulle part et disparut totalement de la circulation… jusqu’à ce qu’une copie 16 mm ne soit découverte en 2017 et restaurée en 4K. Désormais, le « film perdu » de George Romero est visible par tous. Et c’est une sacrée claque.

 

© Gilles Penso

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LE SEPTIÈME SCEAU (1956)

Un chevalier du moyen-âge rencontre sur son chemin la Mort en personne et lui propose une partie d’échecs…

DET SJUNDE INSEGLET

 

1956 – SUÈDE

 

Réalisé par Ingmar Bergman

 

Avec Max Von Sydow, Gunnar Björnstrand, Bengt Ekerot, Nils Poppe, Bibi Andersson, Inga Gill, Maud Hansson, Inga Landgré

 

THEMA MORT

Entre 1946 et 2003, Ingmar Bergman a réalisé une soixantaine de longs-métrages, mais Le Septième sceau est probablement celui qu’il préfère. Au milieu du quatorzième siècle, le chevalier Antonius Block (Max Von Sydow, aux traits ascétiques et burinés) revient de croisade avec son écuyer Jöns (Gunnar Björnstrand). Alors qu’Antonius est empli de doutes et d’incertitudes, Jöns est tout bonnement devenu athée. Sur une plage déserte, le chevalier rencontre la Mort en personne (Bengt Ekerot). Celle-ci est venue le chercher pour l’emporter avec elle au-delà du monde des vivants. « Êtes-vous prêt ? » s’enquiert-elle auprès de lui. « Mon corps est prêt, mais je ne le suis pas », rétorque Antonius qui réclame un petit délai. Accordée, cette requête prend la forme d’une partie d’échec entre la Faucheuse et lui (la Mort choisit bien entendu les pièces noires !). En se dirigeant vers son château, le chevalier et son écuyer rencontrent une famille de bateleurs, une jeune sorcière promise au bûcher, une procession de flagellants, une jeune fille muette, un forgeron alcoolique et sa femme infidèle. Le récit alterne dès lors le parcours des deux croisés avec celui des artistes de foire, leurs destinées se regroupant de manière inattendue…

Inscrit dans un moyen âge en proie aux affres de la peste noire et aux craintes de la sorcellerie, Le Septième sceau fonctionne sur le registre métaphorique, assimilant la partie d’échecs contre la Mort à un parcours initiatique ponctué de choix à effectuer, d’obstacles à contourner et de décisions à prendre. En organisant les pièces sur l’échiquier, Antonius Block semble vouloir ainsi donner un sens à son existence. La Mort prend non pas l’apparence classique d’un squelette encapuchonné armé d’une faux, mais les traits d’un homme au visage livide, tout de noir vêtu. Cette vision proposée par Bergman est restée inscrite dans l’inconscient collectif comme une nouvelle personnification possible de la Grande Faucheuse, et le faciès livide de Bengt Ekerot s’est littéralement mué en icône cinéphilique.

La danse macabre

Au cours d’une scène à la limite du burlesque (voire du dessin animé), la Mort quitte cependant ses atours austères pour scier le tronc d’un arbre sur lequel s’est juché un comédien dont la dernière heure a sonné. Comble de l’ironie, elle lui annonce que son ultime performance est « annulée pour cause de décès ». Baigné dans une somptueuse photographie en noir et blanc (signée Gunnar Fischer), Le Septième sceau s’articule autour d’une intrigue un peu chaotique (se contentant souvent de sa démarche intellectuelle au mépris de l’éveil des sens et des émotions du spectateur), mais regorge d’images de poésie pure, comme cette danse finale des convives, entraînés par la Mort au-dessus d’une colline. Bergman avoue avoir puisé ses références graphiques à la fois dans les fresques de l’église où prêchait son père ecclésiastique et dans tout un pan du cinéma d’époque d’Akira Kurosawa, auquel il vouait une admiration sans borne. Maintes fois primé, le Septième sceau fut notamment récipiendaire du Prix Spécial du Jury du Festival de Cannes en 1957, ex-aequo avec Kanal d’Andrzej Wajda.

 

© Gilles Penso


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PREHISTORIC TIGER (2002)

Des savants aux intentions indéfinissables utilisent de l’ADN fossilisé pour créer non pas un dinosaure mais un tigre à dents de sabre…

SABRETOOTH

 

2002 – USA

 

Réalisé par James D.R. Hickox

 

Avec David Keith, Vanessa Angel, Josh Holloway, John Rhys-Davis, Jenna Gering, Lahmard J. Tate, Nicole Tubiola

 

THEMA MAMMIFÈRES

Même les enfants de cinq ans savent que les tigres à dents de sabre vécurent longtemps après les dinosaures, donc pas du tout pendant la période jurassique, ce qui ne semble pas avoir gêné outre-mesure les distributeurs français de Sabretooth, osant l’improbable titre Jurassic Tiger lors de ses diffusions télévisées, dans une tentative désespérée de surfer tardivement sur la vogue Jurassic Park, avant de se rabattre vers un plus raisonnable Prehistoric Tiger pour l’exploitation vidéo. L’idée de donner la vedette à un de ces fauves préhistoriques monstrueux aux canines démesurées était plutôt intéressante, dans la mesure où les smilodons et les machairodus (petits noms dont les ont dotés les paléontologues) n’avaient jusqu’à présent été que seconds rôles dans une poignée de films tels que Sinbad et l’œil du tigre ou La Guerre du feu. Pour justifier la présence d’un tel fauve dans un contexte moderne, les scénaristes ne sont pas allés chercher bien loin. Des scientifiques utilisent en effet de l’ADN fossilisé afin d’en recréer un en chair et en os. Merci Michael Crichton !

Transporté dans un camion sur une route de montagne, l’animal s’échappe après un accident et s’en va gambader gaiement à travers les bois. Son futur festin est tout désigné. Il s’agit d’un groupe d’apprentis guides de montagne qui font une randonnée censée les former, sous la direction d’une athlétique monitrice. Les hommes sont machos ou idiots, les filles sont belles et stupides, bref les méninges des spectateurs sont charitablement ménagées. D’ailleurs, la bêtise semble être le point commun de la majeure partie des protagonistes de ce monster movie, que ce soient les premières victimes (un couple improbable qui vit dans une maison de campagne aux alentours), les responsables de l’expérience (menés par un John Rhys-Davies qui cachetonne en cabotinant pathétiquement), ou le chasseur dur à cuire embauché par les scientifiques pour capturer la bête au plus tôt. Seul Josh Holloway (futur interprète de Sawyer dans la série Lost) tire un peu son épingle du jeu dans le rôle d’un randonneur un peu moins niais que ses congénères.

« Ses dents sont comme des machettes… »

Reste le monstre. « Ses dents sont comme des machettes, elles pourraient couper un homme en deux » nous annonce une zoologiste avant de finir sous forme de gigot. Tête animatronique assez efficaces pour les gros plans, images de synthèse furtives pour les plans larges, le smilodon fait son petit effet, la mauvaise qualité des incrustations de la bête en 3D étant rattrapée par un montage nerveux et dynamique. Malheureusement, aucune péripétie du film ne s’avère assez palpitante pour générer le moindre suspense digne de ce nom, et Prehistoric Tiger s’achève sur un climax franchement ridicule. A la tête de ce téléfilm modérément convaincant se trouve James D.R. Hickox, qui réalisa la même année Blood Surf, preuve de son intérêt pour les bestiaux antédiluviens puisque ce dernier donnait la vedette à un crocodile géant préhistorique. Pour rentabiliser le travail des infographistes et des créateurs de la tête animatronique, une séquelle de Prehistoric Tiger fut réalisée en 2005 par George Miller (pas celui de Mad Max, l’autre) sous le titre Attack of the Sabretooth (Les Dents de sabre chez nous).

 

© Gilles Penso


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DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH (1999)

Un marionnettiste découvre un jour une porte dérobée qui donne accès à l’intérieur de la tête de John Malkovich !

BEING JOHN MALKOVICH

 

1999 – USA

 

Réalisé par Spike Jonze

 

Avec John Cusack, Cameron Diaz, Catherine Keener, John Malkovich, Mary Kay Place, Orson Bean, Ned Bellamy

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES

Spike Jonze se fait d’abord connaître comme réalisateur de clips, notamment pour les Beastie Boys, Björk, Fat Boy Slim ou Daft Punk. Sa famille cinématographique s’élargit lorsqu’il épouse Sofia Coppola, fille du grand Francis Ford et déjà réalisatrice d’un très remarqué Virgin Suicide. Pour son premier long métrage, Jonze a la brillante idée de s’associer au scénariste Charles Kaufman, dont l’univers atypique s’était jusqu’alors cantonné au petit écran. Dans la peau de John Malkovich nous offre une entrée en matière très poétique au cours de laquelle le marionnettiste de rue Craig Schwartz (John Cusack) crée des spectacles épurés mais magnifiques (l’animation de ses pantins de bois est très expressive malgré l’immobilité de leur visage). Mais cette activité artistique n’est pas vraiment rémunératrice, et Craig postule pour un poste administratif dans l’entreprise Lester. À partir de là, le film bascule dans un univers digne des Monty Pythons, car le bureau du jeune homme se situe à l’étage « sept et demi » de l’immeuble (poussant le perfectionnisme jusqu’à l’absurdité, Kaufman et Jonze situent cette information à sept minutes et demie du métrage !). Le plafond trop bas de cet étage oblige tous les employés à avancer en se courbant, et le bureau ferme ses portes à quatre heures onze précises. Nous sommes donc en pleine absurdie. Mais ce n’est encore qu’un début.

Un jour, en classant des dossiers, Craig découvre une porte dérobée et l’emprunte. Là se trouve un passage qui mène pendant quinze minutes à l’intérieur de la tête du comédien John Malkovich. Stupéfait par cette découverte, notre marionnettiste en parle à sa collègue Maxine (Catherine Keener) dont il est amoureux, et tous deux montent une entreprise très fructueuse qui propose aux gens d’entrer dans ce monde parallèle improbable. Mais un jour, Lotte (une Cameron Diaz méconnaissable), la femme de Craig, emprunte à son tour le passage, tandis que Maxine est en train de flirter avec Malkovich. Par l’intermédiaire de l’acteur, elles finissent par tomber amoureuses l’une de l’autre.

Peut-on entrer dans sa propre tête ?

Déjà vertigineux, le scénario s’emballe davantage lorsque Craig, jaloux, se rend compte qu’il peut manipuler Malkovich de l’intérieur, comme il le fait avec ses marionnettes à fil. Il se faufile donc dans le passage, entre dans la peau de l’acteur et, faisant croire que Lotte se trouve à sa place, fait l’amour avec Maxine. Ce bon vieux Malkovich finit peu à peu par sentir que quelque chose d’anormal se trame sur son dos, jusqu’à découvrir le pot aux roses. Passées la surprise puis l’indignation, il décide de tenter lui-même l’expérience, autrement dit entrer dans sa propre tête ! « Que se passe-t-il quand un homme emprunte lui-même son propre chemin ? » s’interroge alors Craig. Réponse : la plongée dans un univers alternatif où tout le monde a la tête de Malkovich et où un seul mot existe : « Malkovich »… Le scénario va ainsi au bout de son délire tout en développant en filigrane une métaphore liée à l’identité. Qu’est-ce qui nous définit de prime abord ? semble nous demander ce scénario à tiroirs. Notre enveloppe corporelle ou ce qui se trouve caché à l’intérieur ? « Sois toi-même » pourrait d’ailleurs en être le slogan. Fort de cette expérience joyeusement atypique, Charles Kaufman poursuivra ses expériences avec des œuvres aussi singulières qu’Adaptation, Human Nature ou l’extraordinaire Eternal Sunshine of the Spotless Mind.

 

© Gilles Penso

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FULL ECLIPSE (1993)

Un buddy movie d’un genre très spécial dans lequel Mario Van Peebles fait équipe avec un loup-garou…

FULL ECLIPSE

 

1993 – USA

 

Réalisé par Anthony Hickox

 

Avec Mario Van Peebles, Patsy Kensit, Bruce Payne, Anthony John Denison, Jason Beghe, Paula Marshall, John Verea

 

THEMA LOUPS-GAROUS

Conçu pour le petit écran (principalement via sa distribution en vidéocassettes), Full Eclipse s’amorce comme un classique « buddy movie » policier musclé, dans l’esprit de L’Arme fatale, si ce n’est que les traditionnelles fusillades sont ici assorties de cascades en apesanteur apparemment héritées du cinéma de Hong Kong. A la suite d’une descente de police, Jim Sheldon (Anthony John Denison), le partenaire de l’officier Max Dire (Mario Van Peebles), est abattu. Pourtant, deux jours plus tard, Jim est à nouveau sur pied, grâce à un sérum étrange qui lui a été injecté pendant qu’il était à la morgue. Un émule du réanimateur Herbert West est-il sur le coup ? Pas vraiment, car notre flic de choc n’a rien d’un zombie écervelé. Qui plus est, il semble maintenant doté d’une force surhumaine. Après une arrestation spectaculaire (filmée sous des angles de prise de vue souvent surprenants), Jim saute de voiture en voiture, se jette sur un side-car en pleine course puis se loge inexplicablement une balle en plein crâne sous les yeux de Max.

La vie de notre héros ne cesse du coup d’être chamboulée. Car en plus de la double mort de son partenaire (un traumatisme déjà conséquent en soi !), il doit subir la décision de sa femme qui vient de le quitter, les avances de la belle Casey Spence (Patsy Kensit) qui lui tourne autour avec insistance, et les choix de ses employeurs qui cherchent à l’affecter au département du détective Adam Garou (Bruce Payne), un flic de choc au patronyme laissant peu de place à l’ambiguïté, qui dirige un service dont les agissements sont pour le moins étranges. L’histoire vire alors au fantastique pur, à travers ce commando policier d’élite, mi-homme mi-loup, tandis que la bande son se met à regorger de cris de fauves, comme pour suggérer une présence bestiale permanente, même en dehors des moments de métamorphoses. On se souviendra en particulier de la scène de séduction très animale entre l’affriolante Patsy Kensit (rescapée de L’Arme fatale 2) et Mario Van Peebles, solide interprète d’un flic qui se laisserait presque tenter par les joies de la lycanthropie.

Le commando des hommes-loups

L’aspect des créatures, conçues par Tony Gardner, se limite le plus souvent à des dents pointues, un faciès plus ou moins animal et des griffes démesurées. Mais au cours d’une éclipse, le méchant, par le biais d’un morphing, se transforme en loup géant bipède, très semblable aux lycanthropes de Hurlements. Plutôt convaincant dans les plans serrés, ce monstre perd hélas de la crédibilité lorsqu’il est vu dans son entier, un travers que connaissait déjà la bête conçue par Rick Baker pour Le Loup-garou de Londres. Sans transcender le thème ni le genre, Full Eclipse, réalisé par un habitué du fantastique (Waxwork, Hellraiser 3, Warlock 2), lui-même fils d’un vétéran du cinéma de genre (Douglas Hickox, signataire entre autres de Théâtre de sang et Intervention Delta), se laisse regarder sans ennui, et place même la barre assez haut sous ses modestes allures de téléfilm.

 

© Gilles Penso


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JUNIOR (1994)

Arnold Schwarzenegger incarne un scientifique qui expérimente sur lui-même un médicament expérimental et tombe enceint !

JUNIOR

 

1994 – USA

 

Réalisé par Ivan Reitman

 

Avec Arnold Schwarzenegger, Danny de Vito, Emma Thompson, Frank Langella, Pamela Reed, Aida Turturro, James Eckhouse

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Enivré par le succès considérable de S.O.S. fantômes (un chef d’œuvre dont on ne vantera jamais assez les louanges), Ivan Reitman ne parvint jamais à réitérer un tel exploit, malgré quelques comédies séduisantes comme L’Affaire Chelsea Deardon, avec Robert Redford et Daryl Hannah, ou Président d’un jour, avec Kevin Kline et Sigourney Weaver. Un bel accueil au box-office lui fut cependant réservé en 1988 lors de la sortie de Jumeaux, une farce sommaire reposant sur une idée absurde mais efficace : demander à Arnold Schwarzenegger et Danny de Vito de jouer deux frères jumeaux ! Après avoir retrouvé le massif Arnold à l’occasion d’Un flic à la maternelle, Reitman décida de réunir une fois de plus son duo antithétique avec Junior, souvent considéré – à tort – comme une séquelle de Jumeaux. À vrai dire, le sujet de cette improbable comédie fantastique est tellement aberrant, son scénario tant truffé de clichés caricaturaux et sa mise en scène si maladroite qu’on se demande sincèrement comment Schwarzenegger, De Vito et Emma Thompson ont pu accepter de s’y compromettre. La seule lecture du synopsis aurait fait fuir le plus téméraire des acteurs. Il faut sans doute trouver la réponse dans les rapports amicaux qu’entretiennent le réalisateur et ses comédiens. Parfois, il n’en faut pas plus pour qu’un projet cinématographique – si improbable semble-t-il – voit le jour.

Soucieux de continuer à casser son image de macho au gros bras, Arnold Schwarzenegger incarne donc le docteur Alex Hesse, qui prépare depuis plusieurs années un médicament miracle censé assurer des grossesses sans risque : l’Expectane. Alors qu’il semble prêt à atteindre son but, la Food & Drug Administration lui refuse un permis d’expérimentation. Alex s’apprête alors à regagner son Autriche natale la queue entre les jambes lorsque son associé, le docteur Larry Arbogast (Danny de Vito), lui suggère de faire lui-même office de cobaye. Alex se laisse séduire par cette idée audacieuse qui fera de lui le premier homme « enceint » de l’histoire. Pour y parvenir, Larry s’introduit en catimini dans leur ancien laboratoire, désormais alloué à une jeune chercheuse britannique, le docteur Diana Reddin (Emma Thompson), et y subtilise un ovule cryogénisé…

Poussée d'hormones

Si Danny de Vito et Emma Thompson tirent leur épingle du jeu, dans leur rôle respectif de faire-valoir comique et de chercheuse excessivement maladroite, la performance de Schwarzenegger est franchement embarrassante. Lorsque son personnage enceint, victime de poussées d’hormone, se déguise en femme pour échapper au méchant du film (le toujours impeccable Frank Langella), il est difficile de réfréner des soupirs d’exaspération ! Seuls passages drôles à sauver de Junior : un cauchemar dans lequel Schwarzy donne naissance à un bébé qui a son visage et Danny de Vito lançant des fléchettes sur un poster d’Aerosmith, dont l’un des membres a mis enceinte son ex-femme. Pour le reste, le film s’oublie rapidement après son visionnage, même si Ivan Reitman le cite souvent comme l’un de ses films préférés. Permettons-nous de préférer l’Arnold Schwarzenegger gonflé à la testostérone de Conan, Terminator, Commando et Predator.

 

© Gilles Penso

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I WAS A TEENAGE WEREWOLF (1957)

Le futur Charles Ingalls de La Petite maison dans la prairie incarne un adolescent en pleine rébellion qui se transforme en loup-garou

I WAS A TEENAGE WEREWOLF

 

1957 – USA

 

Réalisé par Gene Fowley Jr

 

Avec Michael Landon, Yvonne Lime, Whit Bissell, Tony Marshall, Dawn Richard, Barney Philips, Ken Miller, Cindy Robbins

 

THEMA LOUPS-GAROUS

Au milieu des années 50, le producteur Herman Cohen décide qu’il est grand temps de donner un coup de jeune aux monstres classiques qui hantaient les productions Universal pendant les deux précédentes décennies. Damant ainsi le pion à la Hammer, il initie en 1957 I Was a Teenage Werewolf, un essai plutôt sympathique dans lequel Michael Landon (futur cow-boy dégoulinant de bons sentiments dans La Petite maison dans la prairie) joue Tony, un lycéen survolté et colérique. Une petite tape amicale sur l’épaule suffit pour déclencher chez lui une bagarre homérique que seule la police peut interrompre. « Je m’enflamme rapidement » avoue-t-il à l’inspecteur. Sa petite amie Arlene (Yvonne Lime) essaie de le convaincre de consulter l’éminent docteur Brandon (Whit Bissell) pour contrôler ses accès de fureur, mais il refuse catégoriquement.

Dès ses premières minutes, I Was a Teenage Werewolf prend la forme d’un véritable témoignage des années drive-in, exhalant une insouciance très réjouissante lors de ses séquences de « party » innocentes émaillées de morceaux musicaux qu’on croirait issus d’une comédie musicale. Les blagues bon enfant s’y accumulent, mais lorsque Tony est victime de l’une d’entre elles, il entre dans une nouvelle colère et frappe son ami Vic (Ken Miller). Il accepte alors de consulter. Mais Brandon, qui n’est autre qu’un bon vieux savant fou à l’ancienne, en profite pour en faire son cobaye. Il lui injecte un sérum puis, par hypnose, le faire régresser jusqu’à ses instincts les plus primitifs, malgré les protestations de son pleutre assistant. Au milieu de la nuit, un lycéen est attaqué et tué dans les bois. Son corps est retrouvé couvert de griffures et de traces de crocs. La police, perplexe, envisage d’enquêter auprès des cirques, des zoos et des ménageries. Mais le vieil homme de ménage du commissariat a sa propre théorie : d’après lui, c’est l’œuvre d’un loup-garou. Car selon les légendes que l’on raconte dans ses Carpates natales, « quand le mauvais œil est sur vous, la bête sauvage entre en votre possession, vous donnant l’apparence et les actes d’un loup ».

La bestialité refoulée

Contrairement à la mécanique habituelle de la pleine lune, la lycanthropie prend ici des allures psychanalytiques, s’apparentant du coup au thème de Jekyll et Hyde. Car depuis son traitement, Tony a un comportement plus paisible. Sa bestialité est refoulée, ne se déchaînant que lorsqu’il est agressé psychologiquement ou physiquement. La première métamorphose à laquelle nous assistons se déroule dans un gymnase du lycée. Irrité par une sonnerie, il attaque une fille en train de s’entraîner sur les barres parallèles. Son maquillage s’avère plutôt efficace, et son allure générale (visage poilu, dents extrêmement proéminentes, oreilles pointues et jaquette de lycéen) inspirera quelques années plus tard Teen Wolf. Finalement, sous ses allures de B-ovie récréatif, I Was a Teenage Werewolf raconte sous l’angle métaphorique les difficultés de l’âge adolescent, les complexités de l’intégration avec les autres et avec le monde adulte. Cette richesse thématique inattendue explique probablement le succès du film, réalisé avec un budget dérisoire de 82 000 dollars.

 

© Gilles Penso

 

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L’ANNEAU SACRÉ (2004)

Cette ambitieuse coproduction internationale conçue pour le petit écran adapte le célèbre mythe de Siegfried et de l’Anneau des Nibelungen

RING OF THE NIBELUNGS / DAS NIBELUNGENLIED

 

2004 – ALLEMAGNE / GB / USA / ITALIE

 

Réalisé par Uli Edel

 

Avec Benno Fürmann, Kristinna Loken, Alicia Witt, Julian Sands, Samuel West, Max Von Sydow, Robert Pattinson, Mavie Hörbiger

 

THEMA HEROIC FANTASY I DRAGONS

L’impact du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson fut tel qu’il déclencha immanquablement maints ersatz aux quatre coins du monde. L’Anneau sacré est l’un des plus audacieux, s’efforçant d’adapter pour le petit écran la célèbre légende de l’Anneau des Nibelungen. Réalisateur pour des séries culte telles que Twin Peaks, Les Contes de la crypte ou Oz, Uli Edel s’est efforcé ici de s’éloigner de la source d’inspiration traditionnelle, autrement dit le célèbre opéra de Wagner, pour puiser directement aux racines des mythologies nordiques et germaniques. Suite à l’assassinat de son père par deux maléfiques rois jumeaux, le prince Siegfried, héritier du trône de Xanten, est recueilli par le forgeron Eywind (Max Von Sydow) alors qu’il n’est qu’un enfant. En grandissant, il se mue en robuste gaillard, à qui le comédien Benno Fürmann prête dès lors ses traits mi brutaux mi angéliques. Ignorant tout de ses origines, il rencontre la belle Valkyrie Brunhilde, reine d’Islande, interprétée par la sculpturale Kristinna Loken, qui fut le redoutable cyborg femelle de Terminator 3.

Après une nuit d’amour passionnée, ils se déclarent mutuellement leur flamme et se jurent fidélité. En gagnant le royaume de Burgund, Siegfried apprend qu’un redoutable dragon nommé Fafner sème la terreur alentour. N’écoutant que son courage, il brave la bête dans son repaire, et parvient à la tuer après un combat épique. En se baignant dans le sang du dragon, Siegfried est désormais invincible, et il décide de ramener au royaume le gigantesque trésor des Nibelungen que gardait Fafner, notamment un anneau qu’il portera désormais. Mais ce trésor est porteur d’une malédiction, et dès lors la route de Siegfried sera pavée de duplicité, de jalousie et de trahisons l’acheminant vers un noir destin. L’ange exterminateur étant en l’occurrence le sinistre Hagen, campé par Julian Sands qui présente ici de nombreuses similitudes physiques avec l’Alan Rickman de Robin des bois.

Le sang de la bête

La première moitié de ce long téléfilm est ainsi ponctuée de séquences épiques, servies par des effets spéciaux haut de gamme. Le cœur du récit s’articule autour de l’affrontement contre Fafner, un dragon en image de synthèse très impressionnant qui rampe sur quatre pattes trapues comme un vrai reptile et dont la gueule se dilate démesurément au moment de cracher du feu. Le combat, situé au beau milieu d’une sinistre caverne, présente plusieurs réminiscences avec ceux des Amours enchantées et du Dragon du lac de feu, et s’achève par l’éventrement de la bête, Siegfried se retrouvant couvert d’un sang poisseux comme jadis Scott Carey sous l’araignée géante de L’Homme qui rétrécit. La seconde partie de l’intrigue, même si elle présente d’autres moments d’action héroïques comme le fameux combat sur les plaques de glace en mouvement, se centre plus particulièrement sur l’histoire d’amour complexe qui lie Siegfried et Brunhilde, et s’achève sur une note tragique et fort émouvante. L’Anneau sacré remplit donc très honorablement son contrat, sans trop souffrir de l’ombre immense de l’œuvre de Peter Jackson, malgré d’inévitables similitudes thématiques.

 

© Gilles Penso


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