LES TROIS STOOGES CONTRE HERCULE (1962)

Le célèbre trio de comiques américains voyage dans le temps par mégarde et se retrouve plongé au milieu d’une guerre entre Hercule et Ulysse…

THE THREE STOOGES MEET HERCULES

 

1962 – USA

 

Réalisé par Edward Bernds

 

Avec Moe Howard, Larry Fine, Joe de Rita, Vicki Trickett, Quinn K. Redeker, George N. Neise, Samson Burke, Marlin McKeever

 

THEMA MYTHOLOGIE I VOYAGES DANS LE TEMPS

Si la France est complètement passée à côté des Trois Stooges, ce trio comique est une institution pour le public américain depuis sa création en 1922. Le casting a évolué au fil des temps mais l’impact de ces humoristes adeptes du slapstick, de la farce visuelle et du gag absurde sur la culture populaire U.S. est considérable. Après des centaines de courts-métrages humoristiques puis un petit passage à vide, les Stooges reviennent sur le devant de la scène sous les traits de Joe de Rita, Larry Fine et Moe Howard. À la fin des années 50, ils décident de passer l’étape du grand écran, d’abord avec Have Rocket – Will Travel (1959) puis avec Snow White and the Three Stooges (1961). Pour leur troisième aventure au cinéma, Les Trois Stooges contre Hercule, ils sollicitent le réalisateur Edward Bernds, habitué du genre fantastique (Un Monde sans fin, Queen From Outer Space, Le Retour de la mouche) et metteur en scène de nombreux sketches du trio par le passé. Ce long-métrage étant conçu comme une parodie des péplums musclés qui fleurissent alors sur les écrans, principalement issus d’Italie, le culturiste canadien Sam Burke (surnommé alors Samson Burke), héros de La Vengeance d’Ursus, est embauché pour entrer dans la peau d’Hercule. Le scénario d’Elwood Ullman et Norman Maurer s’efforce alors de mixer comédie, science-fiction et aventures mythologiques.

Nous sommes à Ithaque, dans l’Iowa, où Joe, Larry et Moe sont employés dans un drugstore. Ils y accumulent des gaffes très modérément drôles, tandis que nous sont présentés les principaux protagonistes du scénario. Pour venir en aide à leur voisin Schulyer Davis (Quinn Redeker), un jeune chercheur brillant mais timide, ils bricolent sa machine à voyager dans le temps. Aussitôt, tous trois décollent avec lui et avec sa fiancée Diane (Vicky Trickett) à bord de cette machine au look improbable, avant de se retrouver propulsés en pleine antiquité grecque, au cœur d’une lutte farouche entre deux troupes, l’une menée par Ulysse (John Cliff), l’autre par le roi Odius (George N. Neise) secondé par le massif Hercule (Samson Burke, donc). Pris pour des dieux, ils mettent en fuite les troupes d’Ulysse. Dès lors, les mésaventures délirantes s’enchaînent sur un rythme trépidant dans cette antiquité fantaisiste, tous les moyens étant bons pour que les Stooges puissent s’en donner à cœur joie.

Mythofolie

Le prologue des Trois Stooges contre Hercule ne fait guère dans la finesse, mais dès que le film bascule dans la science-fiction et transporte nos héros dans cette antiquité chère aux péplums, le récit prend enfin tout son intérêt. La reconstitution historique, qui cultive sans en abuser une poignée d’anachronismes, est servie par des costumes et des décors à la hauteur, ainsi que par deux ou trois peintures sur verre (le port de Rhodes) et maquettes (les galères) du plus bel effet. Hercule passe ici pour une brute écervelée, ses exploits étant réalisés à sa place par l’inventeur maladroit transformé en colosse à force de ramer dans les galères. Ce dernier est aidé par les trois Stooges, armés de pilules calmantes très efficaces. Parmi ses travaux, qui prennent les allures d’une tournée sportive, le faux Hercule affronte un taureau crétois, le lion de Némée, toutes sortes de fauves, ainsi que deux cyclopes siamois géants et velus (incarnés par Marlin et Mike McKeever sous des tonnes de grimages et de poils). L’inévitable affrontement des deux Hercule, dans une arène, se mue en véritable match de catch, tandis que la poursuite qui s’ensuit parodie la course de chars de Ben Hur. Pendant le voyage retour vers le 20ème siècle, le film collectionne les stock-shots, histoire de montrer des images emblématiques des croisades, de la piraterie, de la conquête de l’Ouest et des deux guerres mondiales. Énorme succès au box-office, Les Trois Stooges contre Hercule poussera la société de production des humoristes, Normandy, et leur prestigieux distributeur, Columbia, à mettre en chantier trois autres longs-métrages.

 

© Gilles Penso


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MACISTE CONTRE LE FANTÔME (1961)

Gordon Scott incarne un super-héros antique bien décidé à anéantir un monstre vampirique et fantomatique qui sème la terreur…

MACISTE CONTRO IL VAMPIRO

 

1961 – ITALIE

 

Réalisé par Giacomo Gentilomo et Sergio Corbucci

 

Avec Gordon Scott, Gianna Maria Canale, Jacques Sernas, Leonora Ruffo, Rocco Vidolazzi, Mario Feliciani, Annabella Incontrera

 

THEMA MYTHOLOGIE I VAMPIRES

Touche-à-tout depuis ses débuts derrière la caméra en 1937, Giacomo Gentilomo a montré une certaine prédilection pour les films d’aventure et les drames, même si peu d’entre eux (à l’exception peut-être des Frères Karamazov en 1947) ont marqué durablement les mémoires. De fait, nombreux furent ceux qui remirent en cause sa paternité dans ce Maciste contre le fantôme qui, s’il ne confine pas au chef d’œuvre, se distingue tout de même par de nombreuses qualités esthétiques. Beaucoup le considèrent même comme l’un des meilleurs péplums fantastiques italiens des années 60. La présence du co-réalisateur Sergio Corbucci, scénariste du film avec Duccio Tessari, explique peut-être la qualité d’un résultat qui n’est peut-être pas uniquement imputable à Gentilomo. Mais la répartition des rôles des deux hommes reste floue. Dans le rôle de la montagne de muscles en sandales, la production fait appel à l’Américain Gordon Scott, qui incarna Tarzan dans une demi-douzaine de séries B sympathiques. Maciste contre le fantôme lui ouvrira la voie du péplum, dont il ornera plusieurs fleurons de sa présence sculpturale (Romulus et Remus, Le Gladiateur de Rome, Cléopâtre une reine pour César, Goliath et l’Hercule noir, Hercule contre Moloch, La Terreur des gladiateurs, Le Colosse de Rome et bien d’autres).

Nous sommes dans un monde ancien et magique, quelque part au cœur d’une antiquité imaginaire. Après avoir sauvé un enfant des tentacules d’une pieuvre monstrueuse, le solide Maciste incarné par Scott revient dans son village. Mais il n’y découvre que ruines et désolation. Sa mère a été tuée, sa fiancée Guia (Leonora Ruffo) enlevée et tous les hommes massacrés. Ce saccage est l’œuvre du sultan Omar (Mario Feliciani) derrière lequel agit une force surnaturelle destructrice : le monstre Kobrak (Guido Celano) dont la particularité est de surgir du néant et de transformer les hommes en automates qui lui obéissent aveuglément. Maciste rencontre alors Kurtik (Jacques Sernas), le chef des hommes bleus, le seul qui ose s’opposer à ce monstre. Dès lors, en une belle fraternité musclée, Maciste et Kurtik unissent leur force pour combattre Kobrak…

Hommes bleus, insectes géants et guerriers sans visages

La première partie du film ne vaut que pour les exploits énergiques du héros du titre (combats divers, destructions en tout genre), le reste suscitant surtout l’ennui. Mais par la suite, tout bascule dans un fantastique réjouissant et naïf plein de surprises : hommes bleus, insectes géants (en caoutchouc), armée de guerriers sans visage, momification de la fiancée de Maciste, et enfin le grand méchant du film : un vampire/fantôme qui apparaît et disparaît dans des nuages de fumée rouge, arbore une cagoule écarlate hérissée d’une chevelure d’ébène et prend même l’apparence de Maciste pour nous offrir un combat de doubles franchement distrayant. Tout ceci est très kitsch, bien sûr, mais c’est justement ce qui donne au film un charme indicible sans lequel il eut semblé plutôt insipide. Les scènes d’action mettant en vedette Gordon Scott sont tout à fait maîtrisées et les décors de la séquence finale tirent une grande partie de leur beauté de leur singularité. La grande scène comique – involontaire ! – du film est la danse « orientale » dans la taverne, scandée par des guitares électriques très années 60 ! Aux États-Unis, le film fut distribué par American International Pictures quelques années après sa sortie européenne sous le titre Goliath and the Vampires, puis The Vampires pour sa diffusion ultérieure sur les petits écrans.

 

© Gilles Penso


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DAKOTA HARRIS (1986)

Dans cette imitation australienne d’Indiana Jones, un pilote de la seconde guerre mondiale se met en quête d’un artefact d’origine extraterrestre…

SKY PIRATES

 

1986 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Colin Eggleston

 

Avec John Harsgreaves, Meredith Philips, Max Phipps, Bill Hunter, Simon Chilvers, Alex Scott, Adrian Wright, Peter Cummins, Tommy Dysart, Arron Wayne Cull

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I EXTRA-TERRESTRES

Si Dakota Harris sonne un peu comme Indiana Jones, ce n’est évidemment pas un hasard. À partir du début des années 80, tout le monde veut capitaliser sur le succès des Aventuriers de l’arche perdue : les Américains (Allan Quatermain et les mines du roi Salomon), les Italiens (Les Aventuriers du cobra d’or), les Espagnols (Le Trésor des quatre couronnes) ou encore les Néo-Zélandais (Les Pirates de l’île sauvage). Côté Australie, Colin Eggleston, qui marqua de son empreinte la vogue « Ozploitation » avec le remarquable survival Long weekend, s’engouffre lui aussi dans la brèche en retrouvant son acteur masculin principal, John Harsgreaves, à qui il demande de jouer les émules d’Harrison Ford. Voix grave, sourire en coin, regard séducteur, attitude de mauvais garçon, costume d’aventurier, toute la panoplie est là. Non content de puiser largement son inspiration dans les deux premières aventures d’Indy, Dakota Harris cligne aussi de l’œil vers Les Dents de la mer (le temps d’une séquence sous-marine supervisée par Ron et Valerie Taylor, comme chez Spielberg) mais aussi vers Philadelphia Experiment et Voyage au bout de l’enfer. À la poursuite du diamant vert étant sorti sur les écrans entre-temps, la bande-annonce américaine du film d’Eggleston tente le tout pour le tout, avec une voix off qui ose : « The ark has been raided, the stone has been romanced » (que l’on pourrait traduire approximativement par « L’arche a été pillée, la pierre a été romancée », référence aux titres originaux Raiders of the Lost Ark et Romancing the Stone).

En 1945, alors que la Seconde Guerre Mondiale est sur le point de s’achever, l’armée australienne découvre une tablette précieuse aux pouvoirs surnaturels qui semble avoir été déposée sur Terre par une civilisation extra-terrestre il y a de nombreux millénaires. Les Alliés étant bien déterminés à empêcher les puissances de l’Axe de mettre la main dessus, le lieutenant Harris (Harsgreaves), aviateur expérimenté, est chargé de transporter cet artefact jusqu’à Washington. Il est accompagné dans sa mission par le révérend Mitchell (Simon Chilvers), le général Hackett (Alex Scott) et le major Savage (Max Phipps). Mais le vol est perturbé par le pouvoir hors du commun de la cargaison. Après un crash en pleine mer, Harris et ses co-équipiers se retrouvent dans une zone étrange et brumeuse, sorte de triangle des Bermudes abritant des épaves issues de toutes sortes d’époques différentes, tandis qu’au loin surgit ce qui ressemble à l’île de Pâques. De retour sur le sol occidental, Harris est mis à pied pour cause d’insubordination mais la tablette mystérieuse n’a pas dit son dernier mot. Harris décide alors de mener l’enquête en compagnie de Melanie Mitchell (Meredith Philips), la fille du révérend…

Les aventuriers de la tablette perdue

Il faut reconnaître que Dakota Harris nous offre quelques jolis tableaux surréalistes au cours de son premier acte, comme ces statues de l’île de Pâques qui volent devant le cockpit de l’avion en difficulté au milieu des cieux tourmentés, ou cette « mer des navires perdus » où se dressent des épaves au milieu d’un épais brouillard. Mais le film se révèle besogneux dans sa tentative désespérée de reproduire le succès de Spielberg et Lucas sans visiblement savoir par quel bout prendre le problème. Le scénario promène donc ses héros un peu au hasard, dans une quête chaotique et bien peu palpitante rythmée par une bande originale de Brian May (Mad Max) qui ne se gêne pas pour imiter le travail de John Williams. Les références à Indiana Jones abondent donc (l’héroïne terrifiée par une momie qui tombe d’un sarcophage, les séquences de voltige aérienne, la bagarre dans la taverne, la poursuite entre une jeep et un camion militaire, le tracé d’une carte qui se dessine avec un hydravion en surimpression, les coups de machette dans la jungle, la grotte truffée de pièges) tandis qu’alternent les séquences embarrassantes (le pêcheur hilare) ou involontairement comiques (le héros en tenue de plongée qui se retrouve en un clin d’œil revêtu de sa panoplie d’aviateur). Pas assez mauvais pour être considéré comme un nanar délectable, pas assez bon pour marquer les mémoires, Dakota Harris se regarde distraitement et s’oublie aussitôt.

 

© Gilles Penso

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LES TITANS (1962)

Dans ce péplum mythologique parodique, Zeus libère les Titans des Enfers pour précipiter la chute d’un roi mégalomane…

ARRIVANO I TITANI

 

1962 – ITALIE

 

Réalisé par Duccio Tessari

 

Avec Giuliano Gemma, Pedro Armendariz, Antonella Lualdi, Jacqueline Sassard, Serge Nubret, Gérard Séty, Tanya Lopert

 

THEMA MYTHOLOGIE

Alors que la vogue du péplum antique bat son plein en Italie, le prolifique scénariste Duccio Tessari (Les Derniers jours de Pompéi, Carthage en flammes, La Vengeance d’Hercule, Le Colosse de Rhodes) tente un mélange audacieux pour son baptême de metteur en scène : l’épopée mythologique et la comédie. Résultat : Les Titans, une œuvre totalement à part qui s’offre un casting de premier ordre dominé par Giuliano Gemma (Le Guépard), Pedro Armendariz (Bons baisers de Russie), Antonella Lualdi (Le Rouge et le noir) et le culturiste français Serge Nubret. Lorsque le film commence, nous apprenons que Cadmos (Armendariz), le roi de Crète, a fait assassiner son épouse pour pouvoir vivre heureux avec sa maîtresse Hermione (Lualdi), et récupère au passage leur bébé Antiope. Mais la Sybille annonce la terrible prophétie qui les guette : lorsqu’Antiope grandira et connaîtra l’amour, le cœur de Cadmos cessera de battre. Révolté contre les dieux d’Olympe, qu’il juge injustes de lui infliger pareil destin, le souverain les renie en bloc et s’auto-proclamme « seul dieu et seul seigneur sur la terre et dans les cieux ». Pour se rendre invulnérable, il se baigne avec sa nouvelle compagne dans des vapeurs sacrées. Dix-huit ans plus tard, Antiope (Jacqueline Sassard), qui est restée cloîtrée pendant toute son enfance, s’apprête à devenir prêtresse du temple de Cadmos. C’est le moment que choisit Zeus pour réagir aux affronts de Cadmos. Nous découvrons alors la partie la plus redoutable des Enfers, le Tartare, fidèle aux descriptions qu’en donne la mythologie antique, reconstitué en studio dans un magnifique décor de grotte souterraine.

Prométhée y est enchaîné tandis qu’un vautour se repaît de son foie, Tantale meurt de faim face à ces fruits qui s’éloignent inlassablement de lui, Sisyphe pousse toujours le même rocher en haut d’une colline. Plus loin, les Titans, qui osèrent jadis défier Zeus, sont enchaînés à un rocher. Mais le Dieu des dieux leur offre la possibilité de recouvrer la liberté en ordonnant au moins fort mais au plus rusé d’entre eux, Krios, de venir sur Terre pour précipiter la chute de Cadmos. Dans la peau de ce Titan gaffeur, Guliano Gemma excelle, redoublant de naïveté et de gaucherie. Semant le trouble dans la cité, il est pris en chasse par la garde royale, ce qui nous vaut une scène de poursuite échevelée et hilarante, le fougueux fugitif sautant sur les toits en toile comme sur autant de trampolines, évitant les lances et les flèches avec désinvolture puis se laissant tranquillement capturer. Ce qui devait arriver arrive : il tombe amoureux d’Antiope, qu’il aperçoit pendant la cérémonie faisant d’elle une prêtresse condamnée à la chasteté. « Lorsqu’elle sourit, c’est comme si l’aurore éclairait le monde », dit-il rêveur à l’un de ses compagnons de cellule…

« Place aux barbus ! »

Ceint dans un somptueux Technicolor mettant en valeur des décors colossaux et des costumes de toute beauté, Les Titans regorge de dialogues humoristiques. Lorsqu’on lui demande de s’exprimer plus clairement, le Grand Prêtre déclare ainsi : « Je ne serais pas Grand Prêtre si j’étais clair ». Plus tard, un commerçant dont on vient de renverser la marchandise s’exclame « Par Zeus ! », puis se reprend : « Euh… Par Cadmos ! » Quand les frères de Krios débarquent, l’un d’eux lance fièrement : « Place aux barbus ! ». Même la bande originale joue la carte du gag, clignant de l’œil vers celle du Pont de la rivière Kwaï au moment de la destruction d’un pont ou reprenant les accents de la Marseillaise pour accompagner la révolte du peuple contre la tyrannie. Le film n’oublie pas pour autant de réserver une place de choix aux éléments fantastiques de son intrigue, du géant hirsute que rencontre Krios au casque d’invisibilité qui lui permet de libérer Antiope en passant par la vieille Gorgone aux cheveux ornés de serpents ou le Cyclope au langage incompréhensible pourvoyeur d’éclairs. Réjouissant et totalement décomplexé, Les Titans se clôt sur un combat délirant qui semble presque issu d’une planche d’Astérix, les Titans castagnant la garde de Cadmos avec autant d’enthousiasme qu’Obélix face aux Romains !

 

© Gilles Penso


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HERCULE À LA CONQUÊTE DE L’ATLANTIDE (1961)

Reg Park campe un héros mythologique nonchalant et castagneur dans cette aventure peuplée de sortilèges et de magie…

ERCOLE ALLA CONQUISTA DI ATLANTIDE

 

1961 – ITALIE

 

Réalisé par Vittorio Cottafavi

 

Avec Reg Park, Fay Spain, Ettore Mani, Luciano Marin, Laura Efrikian, Mario Valdemarin, Mimmo Palmara, Salvatore Furnari, Raf Baldassare, Mino Doro

 

THEMA MYTHOLOGIE

Un an après La Vengeance d’Hercule, Vittorio Cottafavi rempile pour une nouvelle aventure mythologique aux gros bras. Succédant à Mark Forest, Reg Park incarne à son tour le demi-dieu taillé comme un culturiste. Très impliqué au point de faire toutes ses cascades lui-même faute de trouver une doublure aussi grande que lui (ce qui lui vaudra quelques sérieuses blessures lors du tournage d’une scène de naufrage), Park n’a pas beaucoup de charisme mais sa version débonnaire d’Hercule, sorte de gros nounours sympathique, emporte l’adhésion. Co-scénariste d’Hercule à la conquête de l’Atlantide, Duccio Tessari sera l’un des auteurs phares d’un genre cinématographique sur le point de dominer les écrans italiens puis mondiaux : le western spaghetti. Le film s’ouvre sur une improbable bagarre de saloon dans une auberge où Hercule déjeune imperturbablement tandis que tous les belligérants, hilares, se castagnent avec fracas. Le devin Tiresias (Nando Tamberlani) ayant prédit que la Grèce était menacée par un royaume inconnu, Androcles (Ettore Manni), roi de Thèbes, décide de partir affronter ce danger. Hercule se joindrait bien à lui, mais sa femme Déjanire (Luciana Angiolillo) et son fils Hylos (Luciano Marin) souhaitent qu’il reste près d’eux. L’intrigue pourrait s’arrêter là mais il faut bien reconnaître que le film n’aurait alors rien de particulièrement palpitant !

Androcles fait donc preuve de fourberie et drogue Hercule pour le forcer à partir avec lui en expédition. Au lieu de s’en offusquer, le demi-dieu prend ça à la légère et passe tranquillement le voyage à dormir et manger. Dès leur première escale, l’équipage – principalement constitué de brigands – tente une mutinerie, mais Hercule les arrête brutalement dans leur révolte et les abandonne sur la plage. Puis survient la terrible tempête nocturne (celle qui valut à l’acteur plusieurs sévères contusions). Abandonné à son sort sur un bout d’épave, Hercule débarque sur une île inconnue où l’attend une vision surréaliste : une jeune fille prisonnière de la roche. Pour la libérer, il va devoir affronter Prothée, un monstre multiforme qui prend tour à tour l’apparence d’un vieillard, d’un gros serpent, d’un lion, d’un vautour et d’un dragon franchement ridicule. Bipède, de taille humaine, affublé d’une grosse tête à mi-chemin entre l’iguane, le dinosaure et le crapaud, il crache feu et fumée. Hercule finit par le terrasser en lui arrachant sa corne nasale, aux accents d’une musique synthétique totalement anachronique qu’on croirait issue de Planète interdite.

Des trucages signés Mario Bava

C’est là que s’amorce vraiment l’histoire du film. Car en sauvant la prisonnière, notre héros découvre son monde, l’Atlantide, reconstitué à Cinecitta à grand renfort de figurants en toge, de décors immenses et de matte paintings. Les Atlantes sont des adorateurs du dieu Uranus et leur reine tyrannique, Antinéa, est interprétée par Fay Spain. Adepte du sacrifice humain, elle fait jeter les sujets qui ne la satisfont pas dans un bassin d’acide, duquel ils ressortent sous forme de squelettes immaculés. Cette souveraine dominatrice et manipulatrice n’est pas sans évoquer celle d’Hercule et la Reine de Lydie. Tout au long de l’aventure, le colossal barbu sera aidé par son fils Hylos et par le nain Timothéo (Salvatore Furnari). Pour fantaisiste qu’il soit, le scénario s’offre parfois quelques détours visant à refléter les mentalités de la société de l’époque. Ainsi note-t-on une salve amusante contre les politiciens lors de la séquence du conseil des trente, où chacun tente de tirer la couverture à soi au lieu de s’unir pour la même cause. Le pouvoir des Atlantes eux-mêmes, issu d’une goutte de sang solidifiée du dieu Uranus, semble vouloir faire écho à la force de destruction de la bombe atomique, alors au cœur des inquiétudes d’un monde plongé dans la Guerre Froide. Ponctué de séquences saisissantes (le palais d’Antinéa jonché de cadavres, Hercule face à une dizaine de guerriers invincibles qui ont tous le même visage, une vallée de lépreux qui rappelle ceux de Ben Hur, un cataclysme final spectaculaire), Hercule à la conquête de l’Atlantide bénéficie d’effets spéciaux inventifs conçus par Mario Bava. Ce dernier, déjà réalisateur officiel grâce au Masque du démon, dirigera la même année Hercule contre les vampires, toujours avec Reg Park.

 

© Gilles Penso

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LA VENGEANCE D’HERCULE (1960)

Cette aventure mythologique invraisemblable confronte son héros musclé à un bestiaire particulièrement farfelu…

LA VENDETTA DE ERCOLE

 

1960 – ITALIE

 

Réalisé par Vittorio Cottafavi

 

Avec Mark Forest, Broderick Crawford, Gaby André, Renato Terra, Federica Ranchi, Ugo Sasso, Sandro Moretti, Salvatore Furnari, Giancarlo Sbragia, Michele Gentilini

 

THEMA MYTHOLOGIE

En pleine vogue du péplum mythologique, Vittorio Cottafavi (Milady et les Mousquetaires, La Révolte des Gladiateurs, Les Légions de Cléopâtre) réalise cette Vengeance d’Hercule, dont le titre est un peu mensonger dans la mesure où le personnage principal s’appelle en réalité Emilius. C’est du moins ce que nous apprend le texte d’introduction du film, avant d’ajouter que sa force et sa puissance lui ont valu le surnom de Goliath. D’où le titre utilisé lors de son exploitation sur le territoire américain : Goliath and the Dragon. Et c’est le new-yorkais Mark Forest, héros la même année du Géant de la vallée des rois, qui entre dans la peau du demi-dieu. Le début du film évoque le dernier des douze travaux d’Hercule. Emilius/Hercule/Goliath s’enfonce dans une caverne souterraine et fumante qui pourrait bien être l’entrée des Enfers. Plusieurs inserts sur de la lave semblent confirmer cette impression. Là, il croise le chien tricéphale Cerbère, enchaîné à la roche. Cette marionnette grandeur nature un peu figée, qui se contente d’agiter ses longs cous et d’ouvrir ses trois gueules pour cracher du feu à la face de l’acteur, n’est pas très crédible, c’est le moins qu’on puisse dire. Ses yeux sont immobiles, son pelage peu réaliste et les petites truffes qui ornent le bout de ses museaux prêtent plutôt à rire. Ce n’est que le premier spécimen de la ménagerie farfelue qui s’apprête à déferler à l’écran.

Car ce premier affrontement précède le surgissement d’une chauve-souris géante et simiesque soutenue par deux énormes câbles, d’un figurant gesticulant dans un costume d’ours et d’une sorte de faune-centaure furtif, allusion probable au Nessus de la vraie légende d’Hercule. La mythologie grecque, on le sait, a toujours été malmenée par les péplums musclés venus d’Italie, puisant au hasard leurs péripéties dans les épisodes des légendes antiques. Ici, notre Hercule se trouve impliqué dans une vague histoire de conquête du trône, de trahison, d’amants maudits… Rien de très passionnant, certes, mais l’intrigue réussit malgré tout à susciter un certain intérêt. Mark Forest n’est pas le plus mauvais des Hercule et Broderick Crawford campe un fort honorable méchant, en l’occurrence le vil Eurystée, avide de pouvoir et adepte de duplicité ayant dérobé un précieux joyau sur le front du dieu païen de la vengeance…

Drôle de dragon

Vers la fin du film, la belle Déjanire (Leonora Ruffo) est enchaînée dans une caverne jonchée de squelettes et livrée à un dragon en stop-motion. Quadrupède, le dos hérissé d’écailles, il évoque ses homologues du 7ème voyage de Sinbad ou des Amours enchantées mais souffre hélas d’une animation extrêmement saccadée et de mouvements trop rapides qui lui ôtent toute crédibilité. C’est pourtant l’œuvre des talentueux Jim Danforth (Jack le tueur de géants, Quand les dinosaures dominaient le monde) et Marcel Delgado (King Kong) qui, par manque de temps et de moyens, n’ont guère la possibilité d’affiner leur création. D’autant que la figurine d’animation est alternée au montage avec une grosse tête mécanique pas du tout crédible, qui crache de la fumée par les naseaux et sur laquelle le héros balance des rochers en carton. « Au départ, la société de production American International Pictures souhaitait faire son propre film mythologique », explique Danforth. « Ils nous ont donc sollicité pour une scène de dragon. Mais ils ont finalement décidé de dépenser moins d’argent. Ils ont donc racheté ce film italien en y insérant artificiellement le dragon » (1). Voilà pourquoi cette séquence est absente des copies européennes du film. Sur sa lancée, Vittorio Cottafavi réalisera dans la foulée Hercule à la Conquête de l’Atlantide en 1961.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso

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CLASS OF NUKE’EM HIGH 2 (1991)

La joyeuse équipe qui avait créé Toxic Avenger donne une suite déjantée à Atomic College, pleine de monstres baveux et de filles dénudées…

CLASS OF NUKE’EM HIGH PART II: SUBHUMANOID MELTDOWN

 

1991 – USA

 

Réalisé par Eric Louzil

 

Avec Brick Bronsky, Lisa Gaye, Leesa Rowland, Michael Kurtz, Scott Resnick, Jacquelyn Rene Moen, M. Davis, Phil Rivo, Mark Richardson, Erica Frank

 

THEMA MUTATIONS

Si le premier Class of Nuke’Em High a traversé l’Atlantique pour sortir en salles chez nous sous le titre Atomic College, cette séquelle, en revanche, est restée confinée dans le semi anonymat d’une distribution vidéo restreinte et locale. Lloyd Kaufman et Michael Herz étant toujours derrière les manettes, via leur société Troma, le mauvais goût est de mise. Si le cadre du film précédent a été conservé, aucun des personnages d’Atomic College n’est de la partie, sans doute parce que le tournage s’est effectué en Arizona et non à New York, impliquant de fait un changement de casting. C’est donc Brick Bronsky, apparu dans Sergent Kabukiman N.Y.P.D. sous la défroque d’un voyou aux gros bras, qui tient ici la vedette. Son personnage, l’étudiant Roger Smith, tombe un jour amoureux d’une jeune inconnue, Victoria (Leesa Rowland), qui révèle bientôt sa nature étrange de mutante possédant une seconde bouche au niveau du nombril ! L’Institut Technologique de Tromaville est en effet utilisé par le professeur Holt (Lisa Gaye) et une corporation nucléaire pour créer une race de sous-hommes serviles dans le but de leur faire effectuer toutes sortes de tâches subalternes. Ce postulat n’est bien sûr qu’un prétexte pour une série de gags au-dessous de la ceinture, des effets spéciaux bien dégoulinants et un maximum de filles aux seins nus.

Pour montrer une demi-douzaine de créatures hybrides nées des expériences ratées du savant fou, la production décide de faire appel à l’animation image par image. Le talentueux Brett Piper, qui avait gratifié la Troma d’un mémorable Nymphoïd Barbarian in Dinosaur Hell et dont le manque de moyens n’a jamais bridé la créativité, se voit chargé de cette mission. Les créatures en question sont un homme-lézard affublé d’épines et de touffes de cheveux, un homme-mouche vert qui n’a pas grand-chose à voir avec celui de David Cronenberg, un homme-dauphin à la mâchoire proéminente, un mélange de bébé humain, d’insecte et de poisson, et enfin une chose humanoïde dotée de longs bras, d’ailes membraneuses et de crocs acérés. Toutes ces monstruosités, qui témoignent de l’originalité et de l’inventivité de Piper en matière de créatures fantaisistes, sont animées avec beaucoup de talent, même si les pauvres moyens financiers et le peu de temps alloué aux effets visuels ne permettent jamais de les mêler avec les acteurs et les décors réels. De fait, la « prestation » de ces jolis monstres reste très limitée.

L’attaque de l’écureuil géant

En réalité, la créature vedette de Class of Nuke’Em High 2 n’est pas animée en stop-motion mais incarnée par un acteur sous un costume volontairement grotesque. Il s’agit de « Tromie », un écureuil qui, après avoir absorbé des déchets radioactifs, se transforme en rongeur géant émule de Godzilla et sème une belle panique en fin de métrage, surgissant fièrement derrière les cheminées de la centrale nucléaire de l’Institut Technologique de Tromaville. Cette improbable bébête deviendra l’une des mascottes de la Troma, aux côtés de Toxie et du sergent Kabukiman. De nombreuses allusions aux films précédents de la compagnie de Lloyd Kaufman jalonnent d’ailleurs le métrage, notamment un t-shirt Toxic Avenger III et des posters de Toxic, Atomic College et Sergent Kabukiman. Face au relatif succès de ce deuxième opus, une suite sortira en 1994 sous le titre Class of Nuke’Em High III : The Good, the Bad and the Subhumanoid, avant que cette saga invraisemblable ne renaisse de ses cendres en 2013 à l’occasion de Return to Nuke’Em High. Car chez Lloyd Kaufman, comme chez Roger Corman ou Charles Band, rien ne se perd, tout se transforme !

 

© Gilles Penso

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METAMORPHOSIS : THE ALIEN FACTOR (1990)

Dans un laboratoire de recherche scientifique, un professeur est mordu par un mutant d’origine extra-terrestre et se transforme en abomination…

METAMORPHOSIS : THE ALIEN FACTOR

 

1990 – USA

 

Réalisé par Glen Takakjian

 

Avec Matt Kulis, Patrick Barnes, Tara Leigh, Dianna Flaherty, Katherine Romaine, John Marcus Powell, Tony Gigante, Greg Sullivan, George Gerard

 

THEMA MUTATIONS I EXTRA-TERRESTRES

Malgré ce que peut laisser imaginer son titre, cette série B de science-fiction n’est ni la suite de Metamorphosis de George Eastman (1989), ni celle de The Alien Factor de Don Dohler (1978), mais un film autonome produit par Ted A. Bohus (à qui nous devons déjà le sympathique The Deadly Spawn, alias La Chose). L’auteur et réalisateur de Metamorphosis : the Alien Factor, Glen Takakjian, a d’ailleurs fait ses premières armes dans l’équipe des effets spéciaux de La Chose. Ce sera son unique tentative de mise en scène d’un long-métrage, pas foncièrement concluante malgré quelques indiscutables attraits. La production de ce Metamorphosis va se révéler plutôt chaotique. Amorcé en 1987, le film prend beaucoup plus de temps que prévu à cause de l’importante quantité d’effets spéciaux nécessités par son script, notamment plusieurs passages en stop-motion qui, comme chacun sait, demandent une sacrée dose de patience. Parallèlement s’amorce une bataille juridique entre distributeurs dont ressortira vainqueur Trimark Pictures, habilité à sortir le film d’abord à travers plusieurs festivals de cinéma de genre puis en vidéo à partir de novembre 1990.

Nous sommes dans le laboratoire Talos (nommé ainsi en hommage au géant de bronze de Jason et les Argonautes) où se pratiquent des recherches secrètes sur des tissus extraterrestres modifiés génétiquement, d’où un certain nombre de bestioles hybrides bizarres qui ne sont pas sans évoquer le fruit des expériences du professeur de Piranhas. Or le savant à la tête des recherches de chez Talos, Michael Foster (George Gerard), est mordu accidentellement par l’un des mutants. Le malheureux se mue bientôt en créature hybride qui éjecte des masses de chair gluantes garnies de dents acérées. Progressivement, notre homme se transforme en un amas informe de chairs à vif pantelantes, puis prend l’apparence d’un monstre visqueux arborant un long cou de dinosaure, deux pattes d’éléphant et une immense mâchoire pleine de crocs pointus et baveux. Cette abomination met dès lors à errer dans les couloirs et à tuer ceux qui passent à sa portée, les harponnant avec ses appendices tentaculaires ou les avalant d’un bon coup de mâchoire.

Où est le monstre ?

Totalement illogique, le scénario de Metamorphosis : the Alien Factor part du principe que tout le monde est à la recherche de ce monstre alors qu’il mesure deux mètres de haut et n’est pas un modèle de discrétion ! Le décor du film se résume principalement à un seul couloir vu sous tous les angles et le casting est composé d’illustres inconnus qui jouent globalement comme des savates. Mais les monstres sont originaux et très distrayants, les effets gores réussis et les mutations presques dignes de celles de The Thing. La plupart du temps, le monstre vedette est une grande marionnette mécanique efficace conçue par Ron Cole (qui travailla entre autres sur les effets spéciaux de S.O.S. fantômes II, la série Monsters ou le film dynamique Back to the Future… the Ride). Pour une trentaine de plans larges, c’est une figurine animée image par image dans un décor miniature qui prend le relais. La stop-motion est aussi sollicitée pour montrer les évolutions d’une autre créature, sorte de mixage contre-nature entre une grenouille et une sauterelle qui finit par se muer en monstre affublé de huit pattes et d’yeux exorbités dont la gueule est pleine de dents pointues. Le visionnage de Metamorphosis : the Alien Factor est donc justifié, on l’aura compris, par le déchaînement de cette ménagerie fantasmagorique au sein d’une intrigue par ailleurs très modérément palpitante.

 

© Gilles Penso


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THE PHANTOM LOVER (1995)

Leslie Cheung incarne un émule du Fantôme de l'Opéra dans ce remake du premier film d’horreur de l’histoire du cinéma chinois…

YE BAN GE SHENG

 

1995 – HONG-KONG

 

Réalisé par Ronny Yu

 

Avec Leslie Cheung, Lei Huang, Philip Kwok, Fong Pao, Roy Szeto, Chien-lien Wu, Liwen Yu

 

THEMA SUPER-VILAINS

Ronny Yu, qui s’était distingué avec le magnifique Jiang Hu, la fiancée aux cheveux blancs, signe en 1995 ce remake prestigieux du classique Le Chant de minuit de 1937. Comme c’était le cas pour son modèle, le scénario présente de nombreuses similitudes avec « Le Fantôme de l’Opéra » de Gaston Leroux, tout en s’inspirant aussi partiellement du « Romeo et Juliette » de Shakespeare, lequel est fréquemment cité au fil du métrage. Tourné en mandarin, comme le film original, The Phantom Lover se situe dans la Chine des années 40. Song Dan Ping, campé par l’acteur et chanteur Leslie Cheung, est un artiste comblé qui interprète les grands classiques de la scène dans son propre prestigieux théâtre, face à un public largement acquis à sa cause. To Wan-Yin (Jacqueline Wu) tombe sous son charme, mais le père de la belle est un homme puissant, tyrannique et corrompu. La romance intense et secrète, facilitée par une dame de compagnie complaisante, vire au cauchemar lorsque Wan-Yin est séquestrée par son père tandis que Dan Ping est défiguré à l’acide puis livré à l’incendie de son théâtre. Désespérée et résignée, la belle sombre bientôt dans la folie.

Bien des années plus tard, une troupe d’étudiants en théâtre arrive de Pékin pour jouer sur scène des pièces du répertoire de Dan Ping, désormais entrées dans la légende. Ils s’installent dans les ruines du théâtre de l’ancien acteur, sans savoir que ce dernier rôde toujours dans les lieux, horriblement défiguré et profondément taciturne, mais bien vivant. Triste, tragique et touchant, The Phantom Lover s’écarte volontairement de l’horreur gothique dégagée par l’atmosphère du classique de Ma-Xu Weibang, alors sous influence du cinéma expressionniste allemand et des « Universal Monsters », pour s’orienter vers un romantisme mélodramatique plus proche du roman de Gaston Leroux tel qu’il fut réinterprété par Andrew Lloyd Webber.

« Lost You Forever »

Leslie Cheung nous émeut d’autant plus, en créature défigurée et recluse, dissimulée sous une sombre bure, que la beauté de son visage et la pureté de sa voix restent durablement ancrées dans la mémoire des spectateurs. La chanson « Lost You Forever », aux orchestrations quelque peu anachroniques pour une intrigue se situant dans les années 40, constitue le thème principal de la bande originale. Elle sera commercialisée sous forme de single et aura droit à son propre clip au moment de la sortie du film. La mise en scène de Ronny Yu privilégie l’esthétisme et le graphisme. Les décors, la photographie et les costumes sont particulièrement mis en valeur, Yu se plaisant à laisser voltiger au ralenti les éléments les plus variés (flammes, pluie, neige, bris de verre, étoffes portées par le vent). Il ne se départit pas pour autant d’une nervosité nécessaire lors des séquences les plus mouvementées, notamment l’agression de Dan Ping. Dans ces cas, la caméra s’agite volontiers pour plonger au cœur de l’action. Le cinéaste persévèrera par la suite dans la voie du fantastique en partant à l’assaut du public international avec notamment La Fiancée de Chucky et Freddy contre Jason.

 

© Gilles Penso


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LES LARMES DE LA MALÉDICTION (1963)

La célèbre légende de « la pleureuse » est ressuscitée dans l’une des œuvres phares du cinéma d’épouvante gothique mexicain…

LA MALDICION DE LA LLORONA

 

1963 – MEXIQUE

 

Réalisé par Rafael Baledon

 

Avec Rosita Arenas, Abel Salazar, Rita Macedo, Carlos Lopez Moctezuma, Enrique Lucero, Mario Sevilla, Roy Fletcher

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Des trois volets de la trilogie « malédiction ancestrale » mexicaine produite et interprétées par Abel Salazar (après Le Baron de la terreur et La Tête vivante), Les Larmes de la malédiction est probablement le plus abouti d’un point de vue à la fois esthétique et narratif. La photographie et les décors y sont somptueux, comme en témoigne cette marquante séquence pré-générique qui évoque rien moins que Le Masque du démon de Mario Bava et Les Yeux sans visage de George Franju. Deux chefs d’œuvre absolus du genre. Quoiqu’en l’occurrence il s’agirait plus ici de « visage sans yeux », dans la mesure où la première image du film est celle d’une femme blafarde aux orbites vides tenant en laisse trois énormes dobermans dans une forêt brumeuse et nocturne. Après le quadruple meurtre des occupants d’une carriole, nous faisons connaissance avec Amelia (Rosita Arenas), venue visiter le manoir de sa tante Selma (Rita Macedo) en compagnie de son époux Jaime (Abel Salazar). Or d’étranges rumeurs circulent sur les lieux.

Il faut dire que la bâtisse, inquiétante, n’aurait guère dépareillé dans les adaptations d’Edgar Allan Poe signées Roger Corman (on pense souvent à La Chambre des tortures et La Chute de la maison Usher). Le vent y balaie les feuilles mortes, la cave est emplie de toiles d’araignées et de rats, et d’étranges êtres hantent les lieux. Notamment un serviteur hideux et boiteux au visage à moitié défiguré, un homme bestial enfermé dans le grenier et une sorcière putréfiée figée dans la position de sa mort. Bientôt, le jeune couple doit se rendre à l’évidence : Selma pratique les sciences occultes et entend bien ressusciter « la pleureuse », une sorcière qui fut son ancêtre et dont elle espère acquérir tous les pouvoirs, en se servant de sa nièce pour accomplir un rituel nocturne. Les Larmes de la malédiction collectionne les images saisissantes, comme le miroir qui renvoie à Amelia un reflet morbide, la tête de mort entourée d’une cape noire qui flotte comme une chauve-souris, ou encore le squelette pétrifié qui reprend furtivement des traits vivants.

« La malédiction est dans mon sang, je la sens couler dans mes veines »

Aux références cinématographiques citées ci-dessus, il faut aussi citer le Frankenstein de James Whale, notamment lorsque le serviteur difforme fouette l’homme-bête dans le grenier. Ce dernier nous offre plus loin une séquence mi-émouvante mi-pathétique, au cours de laquelle il contemple avec trouble le portrait du bel homme respectable qu’il fut jadis. Fidèle à ses habitudes, le producteur joue le rôle masculin principal, mais il faut bien reconnaître que les hommes ne sont ici que des victimes, la part belle revenant aux personnages féminins partageant un héritage inéluctable. Et Amelia d’avouer : « La malédiction est dans mon sang. Je la sens courir dans mes veines » Ainsi, au cours d’une séquence étonnante, la jeune femme bat la campagne en quête d’un secours quelconque puis, saisie d’une soudaine pulsion meurtrière, se met à étrangler rageusement un vieil homme avant de se muer à son tour en sorcière aveugle, tandis que des centaines d’yeux se mettent à flotter dans le ciel autour d’elle. La poésie macabre est donc au rendez-vous, nimbant presque chaque image de ce petit chef d’œuvre gothique injustement méconnu.

 

© Gilles Penso


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