LE CERCUEIL VIVANT (1969)

Vincent Price et Christopher Lee partagent l’affiche de cette fausse adaptation d’Edgar Poe au scénario rocambolesque…

THE OBLONG BOX

 

1969 – GB

 

Réalisé par Gordon Hessler

 

Avec Vincent Price, Christopher Lee, Rupert Davies, Uta Levka, Sally Geeson, Alister Williamson, Peter Arne, Hilary Heath

 

THEMA TUEURS

Vincent Price et Edgar Poe sont des mots qui vont très bien ensemble, grâce aux somptueuses adaptations réalisées par Roger Corman au début des années 60. Pour continuer à capitaliser sur cette formule gagnante, la compagnie AIP a confié à sa branche britannique la production de ce Cercueil vivant, qui ne présente en réalité aucun rapport avec la nouvelle de Poe dont il est censé s’inspirer, malgré l’emploi d’un des thèmes de prédilection de l’auteur : l’enterré vivant. Revenus d’un long séjour en Afrique, les frères Markham s’installent aux abords de Londres. Julian (Vincent Price, donc) retrouve sa jeune fiancée Elizabeth (Hillary Dwyer, qui a tout de même 34 ans de moins que lui !), mais Edward (Alister Williamson), à demi-fou et défiguré par une malédiction, reste enfermé dans les combles de la maison. Pourquoi les sorciers africains lui ont-ils jeté un sort ? A ce stade, le mystère reste entier. A cette situation déjà complexe s’ajoute l’avocat de la famille, Trench (Peter Arne), qui met au point un stratagème pour délivrer Edward et empocher au passage une joie somme d’argent.

Son plan consiste à droguer Edward afin de le faire passer pour mort, puis à venir l’exhumer après son enterrement. Mais le fourbe compte laisser le malheureux six pieds sous terre. Comme si ça ne suffisait pas, le docteur Newhartt (Christopher Lee, affublé d’une étrange perruque grisonnante) vient encore compliquer les choses. Pour les besoins de ses expériences, ce dernier fait appel à des résurrectionnistes qui pillent les tombes, à la façon des tristement célèbres Burke et Hare. Par une heureuse coïncidence scénaristique, il hérite ainsi du corps d’Edward, qui finit par surgir hors de sa tombe, libéré des effets de la drogue. « Mon esprit est dérangé, mon visage détruit, on m’a tué et miraculeusement ressuscité, je suis une créature remarquable, docteur », affirme-t-il pour résumer une situation au sein de laquelle même les plus attentifs commencent à perdre le fil. Ivre de vengeance, le miraculé dissimule désormais son visage contrefait sous un masque rouge et accumule les cadavres sur son passage.

« Mon esprit est dérangé, mon visage détruit… »

Puisant son inspiration un peu partout, le scénario rocambolesque du Cercueil vivant ressemble à une foire d’empoigne décousue que le metteur en scène Gordon Hessler, appelé à la rescousse après la mort prématurée de son collègue Michael Reeves, s’efforce de dynamiser en dramatisant notamment à outrance chaque meurtre. Mais l’intrigue s’étirant souvent artificiellement, le futur réalisateur du Voyage fantastique de Sinbad se voit contraint de faire durer jusqu’à l’épuisement des séquences accessoires, comme la cérémonie vaudou du prologue, qui n’en finit plus, ou cette interminable démonstration de débauche et de beuverie dans une auberge où tout s’achève par une bagarre générale totalement superflue. La déception qu’engendre le film se mue en frustration dans la mesure les deux géants en tête d’affiche restent chacun cantonnés dans leurs scènes respectives à l’exception d’une brève rencontre escamotée. Vincent Price et Christopher Lee ne se côtoient donc que virtuellement dans ce Cercueil vivant anecdotique.

 

© Gilles Penso


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SLEEP (2023)

Jason Yu, protégé du réalisateur Bong Joon-ho, signe un premier long-métrage récompensé par le Grand Prix du festival de Gérardmer…

SLEEP

 

2023 – CORÉE

 

Réalisé par Jason Yu

 

Avec Lee Sun-kyun, Yu-mi Jung, Kim Gook Hee, Yoon Kyung-ho

 

THEMA FANTÔMES

Après avoir fait une première mondiale remarquée à Cannes dans la sélection de la Semaine de la Critique, Sleep est un film qui démarrait sous les meilleurs augures avant que l’on apprenne avec une grande tristesse, le 27 décembre 2023, la terrible nouvelle de la mort de Lee Sun-kyun. Star de premier plan dans son pays, diplômé de la prestigieuse université des arts de Corée, l’acteur bénéficiait d’une reconnaissance internationale pour ses collaborations avec Hong Sang-soo et pour son rôle dans Parasite, Palme d’or et Oscar du meilleur film étranger en 2020. Dans Sleep, l’acteur de 48 ans incarne un père de famille aimant, forcé d’affronter une série de difficultés qui mettent sa famille en péril et son couple à rude épreuve. Lee y est particulièrement touchant. Sa disparition affecte en plus de ses proches toute une famille de cinéma sud-coréenne et de nombreux fans autour du monde, inconsolables à juste titre. Bong Joon-ho ne tarit pas d’éloges au sujet de Jason Yu ho, qui a été son assistant sur Okja. Le réalisateur, bien qu’avant tout amateur de comédies (comme Sam Raimi), signe ici un premier film horrifique qui suscite l’intérêt par ses multiples degrés de lectures.

Soo-Jin (Yu-mi Jung, vue entre autres dans l’excellent film de zombies de Yeon Sang-Ho Dernier train pour Busan, sorti en 2016), est une jeune femme d’affaires séduisante et sûre d’elle. Elle forme avec son mari Hyun-su (Sun-kyun Lee), un couple bien décidé à rester soudé au-delà des épreuves de la vie, selon la formule consacrée « pour le meilleur et pour le pire ». Seulement le pire va arriver plus tôt que prévu. Enceinte, Soo-Jin voit d’abord son mari, acteur de profession, perdre confiance en lui à force d’enchaîner des rôles de figurant. Persuadée de son talent, elle ne doute pas le moins du monde de lui et l’encourage avec un tel enthousiasme que Hyun-su n’ose pas la décevoir. Ainsi, pensant la préserver, il commence à lui cacher que ce métier le met en proie au stress, cause probable de ses soudaines crises de somnambulisme. Hyun-su est en effet atteint de TCSP (Trouble du comportement en sommeil paradoxal) et ses crises se multiplient. Ce type de somnambulisme dit « à risque » pouvant conduire à des actes fatals, les jeunes mariés se voient dans l’obligation de sécuriser toute la maison et de cacher tout objet susceptible d’être dangereux. Malgré l’amour qui les soude et le fait que tout se passe bien dans la journée, Soo-Jin, en manque de sommeil, devient de plus en plus anxieuse. Aussi, lorsque leur bébé voit le jour, craignant de le mettre en danger suite aux faits divers sordides qu’elle a pu découvrir sur internet, les nerfs à vif, elle finit par craquer…

Le dernier film de Lee Sun-kyun

Après une première partie empreinte de réalisme, pour laquelle Jason Yu s’est beaucoup documenté, la tension monte d’un cran. Renvoyé de son travail, hospitalisé dans une clinique du sommeil, confié aux bons soins d’un médecin expérimenté qui le suit de près, Hyun-su se remet petit à petit de son trouble. Mais Soo-Jin n’est pas sereine pour autant. Alors qu’elle n’accordait jusque-là aucun crédit aux superstitions entendues, liées à la présence supposée d’un esprit fantôme qui voudrait prendre la place du somnambule auprès de sa femme, elle se laisse gagner par le doute, puis par l’inquiétude et finalement la terreur. Bientôt, la version la plus irrationnelle des faits s’impose à elle comme une évidence. Le couple va-t-il réussir à se sauver et rester fidèle à son serment de mariage qui promettait de toujours rester ensemble et de tout surmonter ? L’intrigue de Sleep s’inscrit dans les croyances les plus anciennes de la péninsule coréenne, et c’est en jouant sur plusieurs tableaux que le film tient haleine jusqu’au bout, servi par ses deux formidables interprètes. Si le suspense et l’horreur le sous-tendent, Sleep est aussi et surtout, de l’aveu même de son réalisateur, un film sur un couple et sur leur histoire d’amour. Le fait qu’il fasse soudain tragiquement écho à celui de l’acteur disparu (marié à la comédienne Jeon Hye-Jin dans la vie avec qui il avait deux enfants), le rend d’autant plus déchirant.


© Quélou Parente

 

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NIGHT SWIM (2024)

Une famille s’installe dans une nouvelle maison dont la piscine semble hantée par une force ancienne et maléfique…

NIGHT SWIM

 

2024 – USA

 

Réalisé par Bryce McGuire

 

Avec Wyatt Russell, Kerry Condon, Amélie Hoeferle, Gavin Warren, Jodi Long, Nancy Lenehan, Eddie Martinez, Elijah J. Roberts, Rahnuma Panthaky

 

THEMA FANTÔMES

Au départ, Night Swim est un court-métrage d’horreur de quatre minutes que Bryce McGuire écrit et co-réalise en 2014 avec Rod Blackhurst. On y voit une jeune femme, incarnée par Megalyn Echikunwoke, qui prend un bain nocturne dans une piscine puis croit apercevoir une inquiétante silhouette s’approchant d’elle inexorablement… Efficace et malin, ce petit bout d’essai ne révolutionne certes pas le genre mais fait son petit effet dès sa mise en ligne sur YouTube où son nombre de vues grandit de manière impressionnante. McGuire, qui connaît bien ses classiques, avoue avoir puisé son inspiration dans Les Dents de la mer, Poltergeist, Abyss, Christine, L’Étrange créature du lac noir et même dans plusieurs souvenirs d’enfance personnels. Vice-président exécutif de la compagnie de production Atomic Monster, Judson Scott pense flairer là une bonne affaire et conseille à son partenaire James Wan de jeter un coup d’œil à Night Swim. Séduit, le créateur des franchises Saw et Conjuring en achète les droits pour en tirer un long-métrage. Et c’est Bryce McGuire lui-même qui est invité à écrire et réaliser le film.

Après un prologue nous annonçant immédiatement la couleur – une fillette est attaquée un soir dans la piscine familiale par une force inconnue et visiblement diabolique -, nous découvrons la famille Waller. Ray (Wyatt Russell, le fils du célèbre Kurt, héros de la série Monarch : Legacy of Monsters) est une ancienne star du base-ball dont la carrière s’est brisée net à cause du développement d’une sclérose en plaque. Pour prendre un nouveau départ, il s’installe avec sa femme et ses deux enfants dans une nouvelle maison avec piscine… celle du prologue, bien sûr. L’équipe d’entretien qui est embauchée pour remettre le bassin en route découvre que la piscine tire son eau d’une source souterraine de la région. Ce phénomène naturel semble avoir un effet extrêmement bénéfique sur Ray. Plus il s’y baigne, plus son état de santé semble en effet s’améliorer. Mais il y a une terrible contrepartie à cette rémission…

 

Méfiez-vous de l’eau qui dort

Night Swim version longue démarre plutôt bien. Les personnages sont crédibles, solidement interprétés, et le capital sympathie de Wyatt Russell emporte l’adhésion. Mais si l’aspect « naturaliste » du récit s’amorce de manière cohérente, suscitant l’attachement des spectateurs pour cette poignée de protagonistes aux problématiques tangibles, le plongeon dans le surnaturel fait perdre au film toute sa substance. Car les mécanismes de la peur convoqués par Bryce McGuire ne fonctionnent pas, s’appuyant souvent sur des effets faciles, des gimmicks déjà vus et une certaine paresse que ne parvient pas à contrebalancer une mise en scène parfois inventive. McGuire est visiblement sous l’influence de son « parrain » James Wan dont il cherche à retrouver l’esprit (en se référant principalement aux atmosphères anxiogènes des Conjuring et Insidious), mais tout ce que le réalisateur échafaude finit par tomber à l’eau (oui, c’est le cas de le dire). Plus l’intrigue avance, moins on y croit, et le caractère « train fantôme » du long-métrage (la séquence d’inquiétude pendant la « pool party » qui doit tout aux Dents de la mer, le dernier acte qui s’inspire très largement de Shining, les nombreuses apparitions spectrales qu’on croirait surgies d’un épisode de Scooby-Doo) finit par devenir embarrassant. Finalement, Night Swim aurait sans doute dû se cantonner au format court.

 

© Gilles Penso

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12H01 : PRISONNIER DU TEMPS (1993)

Coincé dans une boucle temporelle, l’employé d’une compagnie énergétique tente d’empêcher l’assassinat d’une de ses collègues…

12:01

 

1993 – USA

 

Réalisé par Jack Sholder

 

Avec Jonathan Silverman, Helen Slater, Nicolas Surovy, Robin Bartlett, Jeremy Piven, Constance Marie, Glenn Morshower, Martin Landau, Paxton Whitehead

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

Publiée en décembre 1973 dans « The Magazine of Fantasy & Science-Fiction », la nouvelle « 12:01 PM » de Richard Lupoff jongle habilement avec le concept de la boucle temporelle. Dix-sept ans plus tard, le jeune réalisateur Jonathan Heap en tire un court-métrage de trente minutes qui sera nommé aux Oscars et que l’écrivain appréciera grandement. Heap est logiquement pressenti pour diriger dans la foulée une version longue de cette histoire, destinée à Fox Télévision, mais finalement c’est Jack Sholder (Dément, La Revanche de Freddy, Hidden) qui hérite du projet. « Le réalisateur du court devait diriger le film, mais sa première expérience dans la mise en scène n’a pas été un succès, ce qui explique qu’on m’ait impliqué au dernier moment », explique Jack Sholder. « L’idée de réaliser un téléfilm ne m’enchantait pas. Le planning serré ne m’attirait pas non plus. Mais les producteurs étaient des amis et j’ai beaucoup apprécié le script. Voilà pourquoi j’ai accepté » (1). Sholder n’aura pas à regretter cette décision, 12h01 demeurant pour lui un excellent souvenir de tournage. Le film lui permet en outre de démontrer de fortes affinités avec un genre qu’il n’avait encore jamais abordé frontalement : la comédie. Car si 12h01 est un récit de science-fiction riche en rebondissements, en retournements de situation et en suspense, l’humour y occupe une place de choix.

Au-delà de son scénario et de sa mise en scène, cet excellent téléfilm s’appuie sur un casting de haut niveau. En tête d’affiche, le trop rare Jonathan Silverman nous enchante, dans le registre du doux-dingue maladroit et séducteur dont le tempo comique n’est pas sans rappeler certaines facéties d’un Jim Carrey ou d’un David Schwimmer. Silverman incarne Barry Thomas, prisonnier d’un travail routinier au service du personnel d’une grande compagnie d’énergie. Un beau matin, il flashe sur une collègue scientifique qu’il ne connaissait pas, Lisa Fredericks. C’est avec joie que nous découvrons Helen Slater dans le rôle de la jeune femme. Débarrassée de la cape et de la jupette de Supergirl, la comédienne nous offre l’une de ses prestations les plus mémorables, tout en finesse et en retenue. Comment ne pas non plus nous réjouir en retrouvant ce bon vieux Martin Landau dans le rôle du docteur Thadius Moxley, chef de projet d’un accélérateur de particules plus rapide que la lumière ? Alors que cette découverte scientifique est sujette à plusieurs controverses, Barry assiste avec horreur à l’assassinat de Lisa… puis se réveille le lendemain pour découvrir que la même journée est en train de se répéter inlassablement. Pourra-t-il la sauver et confondre les coupables ?

Qui a plagié qui ?

Mené à un rythme effréné ne nous laissant que peu de répit, 12h01 est drôle, touchant, palpitant (Sholder trouve le moyen d’intégrer dans le film une poursuite de voiture tournée en à peine huit heures, planning télévisé oblige) et n’a pas pris une ride. Contournant la censure imposée par le petit écran, le réalisateur redouble d’inventivité, filmant par exemple au ralenti une envolée de pétales de roses rouges pour suggérer le sang qui jaillit du corps d’Helen Slater frappée par les balles assassines. En découvrant ce téléfilm aujourd’hui injustement tombé dans l’oubli, d’aucuns ont cru y voir un plagiat d’Un jour sans fin, sorti sur les écrans cinq mois plus tôt. Richard Lupoff, l’auteur de la nouvelle « 12:01 PM », pense plutôt le contraire. « Jonathan Heap et moi-même avons été indignés et avons essayé de poursuivre les coquins qui nous avaient volés, mais hélas, l’establishment hollywoodien a serré les rangs », raconte-t-il avec rancœur. « Après six mois de réunions d’avocats et de stress émotionnel, nous avons décidé de laisser l’affaire derrière nous et de reprendre le cours de notre vie » (2). Aujourd’hui encore, il est difficile de savoir si Un jour sans fin s’est inspiré de la nouvelle de Lupoff ou si 12h01 a surfé sur le succès de la comédie d’Harold Ramis. Une chose est sûre : ces deux films sont des régals qui se redécouvrent à chaque fois avec autant de plaisir.

 

(1) Extrait d’une interview réalisée par Luis Alcaïde pour « L’Écran fantastique » de mai 1994.

(2) Extrait d’un témoignage de Richard Lupoff publié en janvier 1995.

 

 

© Gilles Penso


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LE GUERRIER D’ACIER (1996)

Mario Van Peebles se prend à la fois pour Terminator et pour Rambo dans cette série B d’action pétaradante…

SOLO

 

1996 – USA

 

Réalisé par Norberto Barba

 

Avec Mario Van Peebles, William Sadler, Adrien Brody, Barry Corbin, Demian Bichir, Jaime Gomez, Seidy Lopez, Abraham Verduzco, Joaquin Garrido, Jaime P. Gomez

 

THEMA ROBOTS

Après avoir réalisé plusieurs longs-métrages dans les années 90 (New Jack City, La Revanche de Jessie Lee, Panther), Mario Van Peebles se met en quête d’un film dont il serait simplement acteur à condition de se voir offrir un rôle complexe et inattendu. Le projet Solo semble tomber à point nommé. Il s’agit de l’adaptation d’un roman de Robert Mason, « Weapon », paru en 1989 et adapté par le scénariste David L. Corley. On se perd honnêtement en conjectures sur ce qui a pu attirer Van Peebles à la lecture du script, tant celui-ci accumule les balourdises et les clichés. Peut-être l’acteur souhaitait-il marcher sur les traces de Jean-Claude Van Damme et de Dolph Lundgren suite au succès d’Universal Soldier ? Toujours est-il que ce mélange contre-nature de Terminator, Rambo, Predator et Robocop est très drôle au second degré, ce qui n’était évidemment pas son intention initiale. Son réalisateur, Norbero Barba, n’aura mis en scène qu’un seul autre film pour le cinéma, le thriller d’action Sous le signe du tigre, consacrant le reste de sa carrière (bien fournie) à la télévision américaine. Il est pourtant l’un des seuls atouts sérieux du Guerrier d’acier, sa réalisation solide – à défaut d’être très originale – jouant en faveur de ce qui n’aurait pu être qu’un film bis fauché. Il faut dire aussi que Barba bénéficie d’un budget honorable de 19 millions de dollars et de décors extérieurs très photogéniques captés à Puerto Vallarta.

Van Peebles incarne ici Solo, un prototype de robot de combat fabriqué de toutes pièces par l’armée américaine. Quinze fois plus fort et dix fois plus rapide que n’importe quel être humain, il est envoyé en mission avec un commando en Amérique centrale pour combattre des insurgés. Mais voilà que notre machine de guerre développe soudain une conscience et refuse de tuer des innocents. Alors que ses concepteurs décident de le rapatrier pour le déprogrammer, Solo (qui a peut-être lu les romans d’Isaac Asimov) suit l’une de ses directives, qui consiste à s’auto-préserver en priorité, et prend la fuite. Le voilà parachuté au beau milieu de paisibles paysans martyrisés par les guérilleros (avec notamment un petit garçon qui admire ce modèle masculin invincible et une jeune fille qui fait les yeux doux à cet hypothétique amant en acier trempé). Notre androïde se mue alors en une sorte de Terminator gentil, un équivalent moderne du Golem se dressant contre l’oppresseur pour protéger les faibles, une espèce de fusion des sept mercenaires ou des sept samouraïs préparant les gentils villageois à affronter les vils envahisseurs.

Super Mario

Les trois têtes d’affiches du film campent des archétypes évacuant toute finesse. Le fier Mario joue donc la carte de l’interprétation minimaliste et monolithique, déclamant ses répliques sur un ton monocorde et ne perdant jamais une occasion d’exhiber ses pectoraux. Son ennemi juré est campé par William Sadler, le colonel belliqueux qui fait nerveusement craquer les vertèbres de son cou quand il est contrarié et bascule sans aucune logique dans la folie destructrice. Quant à Adrien Brody, encore méconnu du grand public, il incarne le savant sympathique un peu geek sur les bords qui s’attache à sa création envers et contre tous. Le Guerrier d’acier nous offre son lot raisonnable de poursuites d’hélicoptère, de fusillades dans la jungle, de combats au corps à corps et d’explosions, ainsi que des dialogues philosophiques de haute volée (« Vous êtes vivant », « Non, j’existe »), des flash-backs distrayants (le robot, aux traits encore squelettiques, demande à son créateur de lui donner le visage de Michael Jordan) et des moments relativement embarrassants (Solo qui s’entraîne à rire bruyamment dans la jungle). Sans surprise, le film ne fera pas d’éclat au box-office et viendra alimenter les rayons des vidéoclubs où rien ne le distinguera foncièrement des Atomic Cyborg, Robowar, Cyborg Cop, R.O.T.O.R., TC-2000 et autres Robot Killer.

 

© Gilles Penso


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AQUAMAN ET LE ROYAUME PERDU (2023)

L’homme-poisson de chez DC revient faire plouf dans cette suite pataude et embarrassante…

AQUAMAN AND THE LOST KINGDOM

 

2023 – USA

 

Réalisé par James Wan

 

Avec Jason Momoa, Patrick Wilson, Amber Heard, Yahya Abdul-Mateen II, Randall Park, Dolph Lundgren, Temuera Morrison, Martin Short, Nicole Kidman

 

THEMA SUPER-HÉROS I MONSTRES MARINS I SAGA DC COMICS

Nous avions déjà touché le fond avec Aquaman, dont la balourdise, le scénario translucide et l’overdose d’images de synthèse semblaient avoir fait atteindre un point de non-retour aux films de super-héros. Que fallait-il espérer d’une suite ? Pas grand-chose, bien sûr. James Wan parvient pourtant à faire pire, dans une sorte de démarche autodestructrice qui nous laisse dubitatifs. Jason Momoa serait lui-même le premier à avoir proposé des idées d’intrigues pour ce second opus. Conçu comme une sorte de buddy movie aquatique, le film oblige notre massif héros barbu à collaborer avec son frère ennemi Orm (Patrick Wilson) pour affronter un vilain surpuissant, selon une mécanique narrative héritée du duo Thor / Loki de Thor Ragnarok. Leur mission commune, effectuée à contre-cœur (on râle, on fronce des sourcils, on s’envoie des piques), les plonge d’abord dans une jungle surdimensionnée où les insectes sont gros comme des éléphants, à la manière du monde dépeint dans Ant-Man et la Guêpe : Quantumania. Au lieu d’essayer de forger sa propre identité, le DC Cinematic Universe continue donc désespérément d’être à la traîne derrière son concurrent Marvel, pourtant lui-même en fâcheuse posture après plusieurs échecs répétés au box-office.

Conforme au personnage tel qu’il le jouait dans le premier film – et dans Justice League -, Momoa est un super-héros lourdaud et mal dégrossi, qui vante les mérites des burgers, des tacos, des pizzas et de la bière pour essayer de dérider son frère. Cette séquelle l’affuble désormais d’un bébé, ce qui n’a pas une folle incidence sur le scénario, pas plus que sa bien-aimée sirène incarnée par Amber Heard, laquelle pourrait facilement disparaître du film sans y changer grand-chose. Le grand méchant est désormais Black Manta (Yahya Abdul-Mateen II) qui a décidé de provoquer un cataclysme à l’échelle planétaire pour réveiller une ancienne civilisation diabolique parce qu’il est très énervé contre Aquaman. Voilà pour la motivation. L’intégration du réchauffement climatique et du danger environnemental que courent les océans dans cette histoire décousue n’est donc qu’un vague prétexte scénaristique asséné au public avec beaucoup de maladresse.

Aqua bon ?

Il y a certes un aspect qui semblait séduisant dans ce second Aquaman : la convocation d’une imagerie pop rétro inspirée notamment par La Planète des vampires de Mario Bava (les combinaisons en cuir des astronautes), L’île mystérieuse de Cy Endfield (les scaphandres, les céphalopodes géants) et tout un pan de la culture pulp de SF-fantasy (avec le déploiement d’un bestiaire original). Mais toutes ces références n’ont pas la moindre pertinence dans le contexte d’un film donnant en permanence le sentiment de chercher sa juste tonalité, son propre style, voire sa raison d’être. Que penser de ce quasi-plagiat du Retour du Jedi le temps d’une séquence reproduisant la cour bigarrée de Jabba the Huth ? Que dire de ces dialogues bourrés de clins d’œil référentiels (à Harry Potter, à Seul au monde et même à Thor) ? James Wan semble lui-même ne pas trop savoir ce qu’il fait, imitant parfois James Gunn en ponctuant sa bande originale de tubes pop et soul des années 70, projetant au visage de Jason Momoa de l’urine de bébé ou du crachat de pieuvre dans l’espoir un peu vain de faire rire son public. Et quelle tristesse de voir Nicole Kidman ou même Dolph Lundgren s’efforçant de prendre un air grave en déclamant des dialogues absurdes tandis que leurs faux cheveux en image de synthèse s’agitent mollement pour nous faire croire qu’ils sont sous l’eau ! Nous sommes clairement arrivés au bout d’une logique et au terme d’une franchise qui n’a plus rien à offrir à ses spectateurs. Un vent nouveau s’impose d’urgence.

 

© Gilles Penso

 

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WONKA (2023)

Timothée Chalamet incarne le plus célèbre des chocolatiers dans cette aventure qui précède celle de Charlie…

WONKA

 

2023 – USA

 

Réalisé par Paul King

 

Avec Timothée Chalamet, Calah Lane, Keegan-Michael Key, Paterson Joseph, Matt Lucas, Mathew Baynton, Sally Hawkins, Rowan Atkinson, Jim Carter, Hugh Grant

 

THEMA CONTES

Honnêtement, qui avait spécialement envie de savoir ce qui s’était passé avant Charlie et la Chocolaterie ? À part une triviale démarche commerciale cherchant à capitaliser à tout prix sur une franchise bien établie auprès du grand public, quelle pouvait être la plus-value d’une telle prequel ? La question se posait d’autant plus que Tim Burton, dans sa propre adaptation du célèbre roman de Roald Dahl, nous racontait déjà par l’entremise de plusieurs flash-backs le passé tourmenté de Willy Wonka (ses relations conflictuelles avec son père, ses expéditions exotiques en quête du meilleur chocolat possible, la création de son usine). Or malgré ce que pouvait laisser imaginer une campagne marketing capitalisant habilement sur le film de Burton, le long-métrage de Paul King (Paddington 1 et 2) se réfère beaucoup moins à cette version qu’à celle qui la précéda, réalisée en 1971 par Mel Stuart. À tel point d’ailleurs que plusieurs designs s’en inspirent et que quelques chansons en sont directement reprises. Car Wonka est une comédie musicale, ponctuant régulièrement sa narration de numéros musicaux qui alternent les réinterprétations de ceux de 1971 avec de tous nouveaux morceaux écrits par Neil Hannon sur une musique de Joby Talbot.

C’est donc en musique que commence le film, lorsque Wonka, aspirant magicien, inventeur et chocolatier, entonne tout guilleret une chansonnette, accroché au mat d’un navire, tandis qu’il débarque en Europe dans l’espoir d’ouvrir sa propre chocolaterie. Son rêve ? S’installer dans les prestigieuses Galeries Gourmet. Mais la concurrence est rude. Rapidement sans le sou après avoir épuisé ses maigres économies, Wonka s’installe dans la pension tenue par la sinistre Madame Scrubitt et son homme de main Bleacher. Là, il rencontre une galerie de pauvres hères qui, comme lui, sont incapables de payer les frais exorbitants demandés par les aubergistes et se retrouvent contraints de travailler du soir au matin dans le sous-sol reconverti en blanchisserie. Mais le brave Willy refuse d’abandonner ses rêves et fomente un plan pour s’évader…

Un chocolat fade

Conformément aux intentions initiales du réalisateur, le Wonka que joue Timothée Chalamet est un doux-dingue naïf et candide plus proche de celui campé par Gene Wilder que de celui – un tantinet inquiétant – qu’incarnait Johnny Depp. Cette naïveté truculente s’inspire largement de Charlie Chaplin mais aussi d’une certaine frange du cinéma de Frank Capra. « La plus grande référence que j’ai donnée à Timothée Chalamet était Monsieur Smith au Sénat », confirme Paul King. « Ces films sont très chers à mon cœur. Le petit gars dans le grand monde effrayant que Capra a si brillamment mis en scène correspondait vraiment à la sensation que je recherchais dans ce film » (1). On pense aussi à l’univers de Charles Dickens et même aux « Misérables » à travers ces vils aubergistes dignes des Thénardier. Plusieurs idées joyeusement absurdes ponctuent le film, comme le cercle secret des puissants chocolatiers qui se réunit dans un repaire souterrain sous une église pour comploter contre la concurrence, quelques flash-backs très graphiques ou encore les nombreux gadgets que Wonka semble sortir de nulle part : un chapeau aux mille ressources façon Mary Poppins, un bocal plein d’œufs en chocolat volants, une usine miniature pliable. Quelques guest stars viennent participer à la fête, comme Rowan Atkinson en curé corrompu, Hugh Grant en Oompa Loompa et surtout Keegan-Michael Key en policier accro au chocolat. Toute cette générosité se met hélas au service d’un scénario puéril ne facilitant guère l’implication des spectateurs, fait aggravé par des numéros musicaux quelconques et sans éclat. Wonka s’oublie donc aussitôt après son visionnage et n’arrive à la cheville ni du Charlie et la chocolaterie de 1971, ni de celui de 2005.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur le site du British Film Institute en décembre 2023

 

© Gilles Penso

 

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LES AUTRES (2001)

Alejandro Amenabar nous plonge dans un conte d’épouvante gothique oppressant porté à fleur de peau par Nicole Kidman…

THE OTHERS / LOS OTROS

 

2001 – USA

 

Réalisé par Alejandro Amenabar

 

Avec Nicole Kidman, Christopher Eccleston, Fionnula Flanagan, Alakina Mann, James Bentley, Alexander Vince, Eric Sykes, Elaine Cassidy, Keith Allen

 

THEMA FANTÔMES

En gros plan, Nicole Kidman pousse un hurlement déchirant puis revient lentement à elle, visiblement secouée par un cauchemar intense. Voilà comment commence Les Autres. Il ne faut donc pas longtemps à Alejandro Amenabar pour installer le climat anxiogène dans lequel baignera son film jusqu’à un dénouement choc qui a marqué les mémoires. L’angoisse est là dès l’entame, palpable, insidieuse, omniprésente. Les trois domestiques tapant spontanément à la porte d’une vieille demeure gothique perdue dans la campagne de Jersey, cette île anglo-normande occupée par les Allemands pendant la seconde guerre mondiale, ne nous inspirent pas foncièrement confiance, malgré les airs affables de la vénérable gouvernante Bertha (Fionnula Flanagan) et du sympathique jardinier Edmund (Eric Sykes). Sans doute la présence de Lydia (Elaine Cassidy), la jeune servante muette au visage blafard, concourt-elle à créer le malaise. Mais la maîtresse des lieux, Grace Stewart, campée par une Nicole Kidman glaciale, n’est pas non plus très avenante. Stricte, sévère, bigote, migraineuse, à fleur de peau, elle semble vivre dans une anxiété permanente due à la disparition de son époux au front et à la faiblesse de ses deux enfants, Anne et Nicholas, frappés d’une curieuse maladie qui leur interdit toute exposition à la lumière.

Cette idée scénaristique surprenante pousse l’homme-orchestre Amenabar (réalisateur, scénariste, compositeur) et son directeur de la photographie Javier Aguirresarobe à plonger la grande majorité des séquences du film dans la pénombre. C’est le moyen idéal d’alimenter ce climat de peur sourde, mais aussi de rendre hommage à plusieurs grands peintres maîtres du clair-obscur, les sources de lumière étant souvent de frêles bougies ou de simples lanternes vacillantes. Peu à peu, le sentiment d’isolation se renforce inexorablement. Les enfants ne peuvent pas sortir à cause de leur maladie, un épais brouillard encercle la maison… « Je me sens coupée du monde », avoue Grace dans un soupir. Elle ne croit pas si bien dire. C’est là que surviennent les phénomènes inexpliqués : des bruits de cavalcades dans les étages, des objets qui tombent, des portes qui s’ouvrent et se referment, des soupirs et des chuchotements, un piano qui semble jouer seul… S’agit-il de fantômes, comme finit par le croire Nicholas ? Qui sont ces visiteurs inconnus qui hantent les lieux et qu’Anne affirme apercevoir régulièrement ?

L’enfer, c’est les autres

Les Autres est un film concept qui ne révèle ses secrets qu’au moment de sa chute, sauf pour les quelques spectateurs perspicaces qui auront compris le fin mot de l’histoire à mi-parcours. Pour ces derniers, l’œuvre minutieuse d’Alejandro Amenabar perd beaucoup de sa force, s’appuyant tellement sur son ultime révélation qu’elle en oublie d’offrir au public la possibilité d’éprouver de l’empathie pour des personnages somme toute très hermétiques. Reste une mise en forme impeccable, une performance d’acteur impressionnante (Kidman en tête bien sûr, soutenue par son époux d’alors, Tom Cruise, ici producteur) et une intéressante opposition entre la foi catholique rigide et l’acceptation de phénomènes surnaturels. Lorsque la gouvernante avance « Je crois que parfois le monde des morts se mélange avec celui des vivants », Garce s’empresse de répondre « Le Seigneur ne permettrait jamais une telle aberration ». Or tout semble démentir ce qu’elle affirme. Amenabar met là à profit l’expérience de sa propre éducation catholique et ses convictions agnostiques personnelles. Nommé pour quinze Goyas (les Oscars espagnols) et récompensé dans huit catégories, dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur, Les Autres fut un colossal succès au box-office, provoquant dans les salles de cinéma un véritable raz de marée de spectateurs enthousiastes.

 

© Gilles Penso


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ACIDE (2023)

Après La Nuée, Just Philippot continue d’aborder le genre fantastique sous un angle ultra-réaliste en imaginant une terrible catastrophe écologique…

ACIDE

 

2023 – FRANCE

 

Réalisé par Just Philippot

 

Avec Guillaume Canet, Laetitia Dosch, Patience Munchenbach, Sulianne Brahim, Marie Jung, Martin Verset, Clément Bresson

 

THEMA CATASTROPHES

Acide est au départ un court-métrage que Just Philippot réalise en 2018 et qui remporte un certain succès. L’idée de l’adapter sous forme de long-métrage le titille dès 2019, mais les complications budgétaires qu’entraîneraient un tel projet le freinent dans son élan, le poussant à réaliser un film fantastique moins gourmand en effets spéciaux : La Nuée. L’idée d’Acide revient pourtant vite sur le tapis. En revoyant certaines de ses ambitions à la baisse (notamment concernant la visualisation du cataclysme, envisagée d’abord à beaucoup plus grande échelle), Philippot parvient à monter le film financièrement, avec l’aide du CNC et de la région Île-de-France. Si le scénario reprend le principe des pluies acides (déjà décliné entre autres dans le téléfilm Dark Skies de Ron Oliver en 2009), les personnages ne sont pas ceux du court-métrage initial. Avec l’aide de son co-scénariste Yacine Badday (Sous le ciel d’Alice, L’Été éternité), Philippot revisite donc son œuvre de 2018 en imaginant une nouvelle poignée de protagonistes plongés dans la tourmente. « J’y parle d’une famille décimée qui essaye de sortir d’une catastrophe », dit-il pour définir son second long-métrage. « C’est un film tendu, un drame familial fantastique » (1).

C’est sous un angle social, terre-à-terre, profondément ancré dans le réel, que Just Philippot fait démarrer Acide. À travers les images captées de manière accidentelle par des smartphones et des caméras embarquées, selon le principe du « found footage », une violente altercation entre un patron, ses ouvriers puis des CRS nous saute aux yeux. L’accident de travail de Karin (Sulianne Brahim) a provoqué la colère de tous ses collègues, notamment de Michal (Guillaume Canet) dont le comportement extrêmement brutal lui vaut des démêlées avec la justice. Désormais assigné à résidence avec un bracelet électronique, il gère comme il peut sa vie complexe entre une petite amie hospitalisée, une fille adolescente en révolte et une ex-femme dépassée par la situation. La tension monte sérieusement d’un cran lorsque des nuages de pluies acides dévastatrices s’abattent sur la région, provoquant mort et destruction sur leur passage…

Après eux… le déluge

Dès lors, le moindre nuage devient menaçant, chaque grondement du ciel est porteur d’inquiétude, et lorsque finalement la pluie se mue en vitriol mortellement corrosif, la panique s’empare du monde. Le portrait que le cinéaste dresse de son prochain n’est guère reluisant. Plongé dans une catastrophe dont il est seul responsable – à force de laisser sa planète dépérir en rejetant dans l’air tous les produits toxiques possibles et imaginables -, l’homme révèle des instincts primaires égoïstes. C’est le règne du « chacun pour soi », du « après moi le déluge ». Les transhumances forcées sont filmées avec beaucoup de réalisme, mot d’ordre du film qui refuse d’emprunter les voies classiques – ultra-spectaculaires et archétypales – du cinéma catastrophe traditionnel. Le film doit faire vrai parce que ce qu’il raconte est plausible, ce qui ne l’empêche pas de recourir à toute une batterie d’effets spéciaux (numériques, physiques, pyrotechniques, cosmétiques) pour asseoir visuellement sa crédibilité. Rien n’empêche par ailleurs d’appréhender ces pluies diluviennes fatales comme l’équivalent moderne de celles décrites dans la Bible, lavant la Terre de tout ce que l’être humain compte d’irresponsabilités, de bêtise et d’inconscience. Le drame ne se dénoue d’ailleurs pas vraiment, laissant le spectateur sur une note finale amère et désenchantée.

 

(1) Extrait d’un entretien publié dans « La Nouvelle République » en février 2021.

 

© Gilles Penso

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LE JOUR DE LA FIN DU MONDE (1980)

Paul Newman et Jacqueline Bisset s’allient à un casting de superstars pour affronter la monstrueuse éruption d’un volcan sur une île du Pacifique…

WHEN TIME RAN OUT…

 

1980 – USA

 

Réalisé par James Goldstone

 

Avec Paul Newman, Jacqueline Bisset, James Franciscus, William Holden, Barbara Carrera, Ernest Borgnine, Burgess Meredith

 

THEMA CATASTROPHES

Irwin Allen est le producteur de deux des plus grands films catastrophes de tous les temps : L’Aventure du Poséidon et La Tour infernale. Au tout début des années 80, alors que cette vogue commence à sérieusement décliner, il tente de varier les plaisirs en s’appuyant très librement sur le roman « The Day the World Ended » de Gordon Thomas et Max Morgan Witts, qui décrivait sous un angle quasiment documentaire la terrible éruption du Mont Pelé en Martinique. Le scénario du film, lui, se situe sur une île touristique du Pacifique et prend le temps de nous présenter une poignée de protagonistes et leurs histoires intimes avant que n’éclate le drame, conformément aux conventions immuables du genre. Nous apprenons ainsi que le businessman prospère Shelby Gilmore (William Holden) veut épouser son assistante Kay Kirby (Jacqueline Bisset), mais que celle-ci ne peut pas s’engager parce qu’elle vit une relation complexe avec l’ingénieur Hank Anderson (Paul Newman). Pendant ce temps, la belle polynésienne Iolani (Barbara Carrera) décide de repousser la date de son mariage, au grand dam de son fiancé Brian (Edward Albert), car elle a une liaison avec le scientifique Bob Spangler (James Franciscus), lui-même en couple avec Nikki (Veronica Hamel) !

Nous nageons donc en plein soap opera sur fond de tropiques. Cet imbroglio amoureux verse volontiers dans la caricature et n’incite guère à l’implication des spectateurs, malgré un casting extrêmement solide dominé par le charisme magnétique toujours intact de Paul Newman. A ce jeu des chaises musicales sentimentales viennent s’ajouter d’autres préoccupations. Un puits de pétrole vient ainsi de donner d’excellents résultats sur l’île, mais l’activité sismique souterraine est inquiétante. Faut-il poursuivre le forage ou tout stopper ? Paul Newman, qui a déjà vécu les tourments de La Tour infernale, craint que le grand volcan en sommeil qui se dresse à l’horizon n’entre en éruption. James Franciscus, qui affrontait des dinosaures dans La Vallée de Gwangi et des gorilles virulents dans Le Secret de la planète des singes, pense au contraire qu’il ne faut pas s’alarmer. C’est évidemment le premier qui a raison. Le désastre survient au beau milieu du film, à grand renfort de maquettes, d’effets pyrotechniques, de matte paintings et d’incrustations qui ne parviennent pas toujours à nous convaincre de leur réalité, à cause d’un budget limité.

Magma mia !

Car si Irwin Allen peut se payer une poignée de superstars qu’il a encore sous contrat, il lui faut resserrer les cordons de la bourse du côté des effets spéciaux. Le vétéran L.B. Abbott et son équipe font donc ce qu’ils peuvent avec les moyens à leur disposition. Le problème, c’est que les acteurs eux-mêmes ne semblent qu’à moitié convaincus par ces explosions de magma, ces tsunamis, ces pluies incandescentes et ces coulées de lave, visiblement pressés d’honorer au plus vite l’engagement qui les lie au producteur pour pouvoir passer à autre chose. Surtout habitué à la télévision (Au-delà du réel, Le Fugitif, Voyage au fond des mers, Star Trek), même s’il s’était déjà frotté au genre catastrophe avec Le Toboggan de la mort en 1977, le réalisateur James Goldstone emballe les scènes d’action, de suspense et de cascades (la cohue qui provoque un crash d’hélicoptère, la traversée du pont au-dessus de la lave) avec soin mais sans génie et livre un long-métrage très générique qui serait sans doute passé inaperçu sans ses têtes d’affiche. Résultat des courses : Le Jour de la fin du monde connaîtra un échec cuisant au box-office, ce qui aura deux conséquences majeures : la cessation des activités d’Irwin Allen pour le grand écran et la fin de la vogue du cinéma catastrophe amorcée au début des années 70.

 

© Gilles Penso

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