L’ÉTUDIANT DE PRAGUE (1926)

Un étudiant sans le sou accepte la proposition alléchante d’un homme louche qui n’est autre que le diable…

DER STUDENT VON PRAGUE

 

1926 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Henrik Galeen

 

Avec Conrad Veidt, Elizza La Porta, Fritz Alberti, Agnes Esterhazy, Ferdinand von Alten, Werner Krauss, Erich Kober

 

THEMA DOUBLES I DIABLE ET DÉMONS

En 1913, Hanns Heinz Ewers réalisait L’Étudiant de Prague, un conte moral inspiré à la fois de la légende de Faust, de la nouvelle « William Wilson » d’Edgar Allan Poe, de « L’homme qui a perdu son ombre » d’Adelbert von Chamisso et d’un des récits fantastiques d’E.T.A. Hoffmann, « L’Histoire du reflet perdu. » Malgré ces influences multiples, ce sujet original est entré dans l’inconscient collectif comme s’il s’agissait d’un conte folklorique ancré dans les traditions séculaires germaniques, alors que c’est pourtant une invention de pur cinéma. En 1926, Henrik Galeen en réalise un remake dans lequel Conrad Veidt, l’inoubliable somnambule du Cabinet du docteur Caligari, reprend le rôle tenu avant lui par Paul Wegener (Le Golem). Ces deux longs-métrages qui se répondent l’un l’autre présentent la particularité d’inaugurer et de clore la période dite du film expressionniste allemand, puisque L’Étudiant de Prague d’Ewers est l’une des œuvres qui ouvrit les hostilités de ce courant artistique singulier, alors que la version de Galeen marque d’une certaine manière son chant du cygne. Il est par ailleurs étonnant que le récit se soit ainsi dédoublé sur une période de 13 ans, le double étant justement le thème principal de cette histoire tourmentée.

Nous sommes dans le Prague de 1820. L’étudiant Balduin (Conrad Veidt) est un excellent escrimeur, sans doute le meilleur de toute la ville, mais c’est un jeune homme ténébreux et taciturne, dont le comportement tranche d’emblée avec celui de ses camarades, prompts à festoyer, chanter, boire de la bière et trousser quelques jupons. Si Balduin est si morose, c’est parce qu’il est sans le sou, et cette misère commence sérieusement à le peser, au point qu’il ne se rend même pas compte que la jolie fleuriste Liduschka (Elizza la Porta) lui fait les yeux doux. « Votre escarcelle est vide ? Laissez Satan la remplir ! » chante à son attention l’un de ses camarades en grattant sa guitare, nous annonçant déjà le drame qui couve. Car aussitôt, le mystérieux Scapinelli (Werner Krauss), un vieil homme affublé d’un grand chapeau et d’un parapluie, fait son apparition et propose son aide. Balduin le repousse, croyant avoir affaire à un vieil usurier. Mais Scapinelli lui fait une offre alléchante : contre 600 000 florins d’or, il achète son reflet dans le miroir. L’étudiant signe le contrat en éclatant de rire, bientôt pris de vertige par la pluie de pièces d’or qui se déverse sur sa table. Désormais, rien ne l’empêche de faire la cour à la comtesse Margit (Agnes Esterhazy) et de faire partie de la belle aristocratie tchèque. Mais ce pacte diabolique a bien sûr un revers très déplaisant…

Hanté par son propre reflet

C’est d’abord sous des atours très mélodramatiques que se construit l’intrigue de L’Étudiant de Prague, une de ces nombreuses histoires d’amours impossibles où chacun convoite celui qui lui est inaccessible (la fleuriste couve du regard l’étudiant qui n’a d’yeux que pour la comtesse, laquelle est déjà fiancée). Lorsque le diable entre en scène sous les traits du facétieux Scapinelli, la mise en scène d’Henrik Galeen se fait lyrique, à l’image de ce tableau très iconique dans lequel le tentateur observe le monde du haut d’un promontoire où se dresse un arbre tordu secoué par le vent. Sa gestuelle laisse imaginer qu’il manipule les humains comme des marionnettes. C’est sans doute lui qui provoque la rencontre fortuite de l’étudiant et de la jeune comtesse, au cours d’un accident de cheval qui nous surprend par son montage nerveux très moderne. Plus tard, c’est l’ombre gigantesque de Scapinelli qui se dressera sous le balcon où Balduin et celle qu’il aime se content fleurette. Très inspiré, Galeen joue aussi avec les miroirs (via des effets optiques très habiles) et avec le motif visuel du double. Car le reflet de Balduin ne tarde pas à venir le hanter, surgissant derrière les pierres tombales ou dans la forêt blême comme un fantôme sinistre et culpabilisateur. Au moment de sa sortie, L’Étudiant de Prague reçoit un accueil plutôt glacial de la part du public et de la critique, et il faut attendre quelques années avant qu’il ne soit enfin estimé à sa juste valeur, celle d’une des pièces maîtresses d’un courant cinématographique unique en son genre, alors sur le déclin.

 

© Gilles Penso

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TRAQUÉE (2023)

Seule dans sa grande maison isolée, une jeune femme doit faire face à une invasion extra-terrestre…

NO ONE WILL SAVE YOU

 

2023 – USA

 

Réalisé par Brian Duffield

 

Avec Kaitlyn Dever, Zack Duhame, Lauren Murray, Geraldine Singer, Dane Rhodes, Daniel Rigamer, Dari Lynn

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Scénariste de The Babysitter, Underwater et Love and Monsters, Brian Duffield écrit en 2019 No One Will Save You sans le support d’une compagnie de production particulière, persuadé que le concept finira par trouver acquéreur. Notre homme a le nez creux, puisque 20th Century Studio, filiale de Disney, a le coup de cœur pour son script et en fait l’acquisition en avril 2021. Cette histoire étant purement visuelle (huit mots de dialogue pour 90 minutes de métrage, il fallait oser !), Duffield a plein d’idées en tête pour la mise en scène et négocie auprès du studio pour réaliser le film lui-même. Ce sera son second long-métrage après la comédie fantastico-horrifique Spontaneous. Kaitlyn Dever incarne Brynn, une couturière qui vit toujours dans la maison de son enfance et qui pleure la perte de sa mère, Sarah, et de sa meilleure amie, Maude. Pour l’aider à faire son deuil, elle construit dans son salon une ville modèle en miniature. Son intérieur a ceci d’étrange qu’il a les allures d’une maison de poupée dans laquelle le temps se serait arrêté. Il est d’ailleurs difficile de comprendre à quelle époque se situe le film. Si un ordinateur portable apparaît furtivement dans le film, Brynn semble vivre dans un monde rétro où les téléphones sont filaires et analogiques, où les photos se prennent avec des polaroïds et où le courrier s’écrit sur papier et s’envoie par enveloppe. Des petites lampes éclairent les pièces, des peluches et des papillons ornent sa chambre, comme si elle refusait de sortir de l’enfance.

L’autre singularité liée au personnage est son statut de paria. Lorsqu’elle fait de brèves incursions dans la petite ville dont sa maison est séparée de quelques kilomètres, c’est pour croiser des regards hostiles, pour ne pas dire haineux. Que s’est-il donc passé pour isoler à ce point notre héroïne de ses semblables ? Il nous faudra beaucoup de temps pour le comprendre. Toujours est-il que le titre original, qu’on pourrait traduire par « Personne ne te sauvera », joue sur le double sens du verbe « save », évoquant à la fois le secours (autrement dit le sauvetage) et le salut (de l’âme ?). Les diffuseurs français, eux, se contentent du prosaïsme en choisissant Traquée, un titre déjà utilisé chez nous pour Someone to Watch Over Me de Ridley Scott. Mais alors pourquoi faut-il sauver Brynn ? Pourquoi est-elle traquée ? La réponse ne tarde pas à venir. Une nuit, seule chez elle comme toujours, elle est réveillée en sursaut par des bruits inquiétants. Un intrus est entré dans sa maison. Or ce n’est pas un être humain…

Histoire sans paroles

Brian Duffield connaît ses classiques. Il paie donc son tribut à plusieurs incontournables du genre, notamment du côté de Steven Spielberg (on pense beaucoup à la scène d’enlèvement du petit Barry dans Rencontres du troisième type et à la séquence de la planque de La Guerre des mondes) et du M. Night Shyamalan de Signes. Mais la démarche n’a rien du clin d’œil cinéphilique ni de la citation. Si le réalisateur s’empare de ce passif, c’est pour mieux le réinventer à sa manière. Inventive, sa mise en scène ne cesse de multiplier les trouvailles pour éviter la monotonie d’une situation qui finit par s’étirer. Car tel est le piège de Traquée : un film-concept au point de départ qui accroche ses spectateurs dès les premières minutes mais peine un peu à évoluer sans se répéter. Il faut certes saluer l’implication totale de l’actrice Kaitlyn Dever (qui joue quasiment le film sans aucun partenaire et sans le moindre dialogue), le recours chaque fois que possible aux effets animatroniques (toujours plus convaincants que leurs contreparties numériques, en tout cas dans le cas présent) et un final qui – s’il laissera beaucoup de monde perplexe – a le mérite de surprendre. En découvrant le film, Stephen King s’est fendu d’une de ses fameux dithyrambes prouvant son amour inconditionnel pour le genre. « Brillant, audacieux, impliquant, effrayant », s’exclame-t-il. « Il faut remonter soixante ans en arrière, à un épisode de La Quatrième dimension intitulé « Les Envahisseurs », pour trouver quelque chose de semblable » (1). Sans partager tout à fait l’enthousiasme du King, reconnaissons au film de Duffield son audace et ses partis pris radicaux qui changent un peu du tout-venant.

 

(1) Post de Stephen King sur Twitter le 25 septembre 2023.

 

© Gilles Penso


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SIMETIERRE : AUX ORIGINES DU MAL (2023)

Que s’est-il passé plusieurs décennies avant l’histoire terrifiante racontée dans le roman de Stephen King ? Voici la réponse…

PET SEMATARY : BLOODLINES

 

2023 – USA

 

Réalisé par Lindsey Anderson Beer

 

Avec Jackson White, Natalie Alyn Lind, Forrest Goodluck, Isabella Star LaBlanc, Henry Thomas, Jack Mulhern, David Duchovny, Samantha Mathis, Pam Grier

 

THEMA ZOMBIES I SAGA STEPHEN KING

Même s’il n’arrive pas à la cheville de celui réalisé par Mary Lambert, le Simetierre de 2019 a suffisamment déplacé les foules pour donner envie à son producteur Lorenzo di Bonaventura de capitaliser sur ce succès. Fallait-il se lancer dans une suite, exercice auquel Lambert s’était elle-même prêtée sans beaucoup de bonheur avec Simetierre 2 ? Plus prudemment, di Bonaventura choisit l’option de la préquelle, généralement bien accueillie par le public (le doublé X et Pearl de Ti West ne vient-il pas de le démontrer à nouveau ?). Le scénariste Jeff Buhler, déjà à l’œuvre sur Simetierre, se met aussitôt au travail. À la mise en scène, en revanche, on change de tête. Kevin Kölsch et Dennis Midmyer cèdent donc le pas à Lindsey Anderson Beer, qui avait écrit la comédie romantique Sierra Burgess is a Loser et la série The Magic Order et qui officie ici pour la première fois au poste de réalisatrice. L’intrigue du film précédent se déroulant en 2019, année de sa sortie en salles, Simetierre : Aux origines du mal raconte des événements survenus cinquante ans auparavant, soit en 1969, toujours à Ludlow dans le Maine.

Alors que la guerre du Vietnam fait rage, le jeune Jud Crandall (Jackson White) prend la décision de fuir sa ville natale pour partir dans le Michigan et rejoindre les casques bleus avec sa petite-amie Norma (Natalie Alyn Lind). Il fait donc ses adieux à ses parents (Henry Thomas et Samantha Mathis) et prend enfin la route, mais soudain Norma est violemment attaquée par un chien. Son propriétaire est Timmy Baterman (Jack Mulhern), un ancien ami d’enfance de Jud revenu du front avec une médaille. Or le prologue nous a fait comprendre que Timmy est rentré du Vietnam les pieds devants et que son père (David Duchovny) l’a ressuscité en utilisant les dangereux pouvoirs du cimetière indien en lisière de la petite ville. Timmy est donc un zombie au comportement de plus en plus étrange. C’est par lui que le mal va se propager à Ludlow, prélude à un sanglant massacre…

La bouche du diable

Inscrire l’histoire sur fond de guerre du Vietnam est une idée intéressante, même si elle n’est pas nouvelle. La préquelle Massacre à la tronçonneuse : le commencement jouait déjà cette carte. Toujours est-il que le personnage de Timmy évoque beaucoup Le Mort-vivant de Bob Clark. Si le scénario prend largement ses distances avec le roman original de Stephen King, l’esprit de l’écrivain tente d’émerger à travers une pincée de nostalgie familière (les retrouvailles troublées des trois amis d’enfance dans cette petite ville du Maine) et le détournement de certains de ses motifs (les champs de tournesol où résonnent d’inquiétants chuchotements évoquent irrésistiblement ceux des Démons du maïs). A mi-parcours, un flash-back situé en 1674 (la « préquelle de la préquelle » en quelque sorte) raconte les origines de la malédiction. « La forêt est comme la bouche du diable », y apprend-on. « Tout ce qu’on y enterre revient à la vie, comme recraché par l’enfer. » Malgré ses prémices prometteuses, le film n’échappe pas à une certaine routine. Quelques scènes réussies surnagent, comme celle de l’attaque du chien ou de l’assaut dans l’hôpital, mais ne parviennent pas à sauver les meubles. Pas plus que le recours à trois guest stars sur le retour (Henry Thomas, David Duchovny et Pam Grier) qui cachetonnent ici sans conviction. Quant aux incohérences en cascade qui ponctuent le dernier acte, elles achèvent d’enterrer cette préquelle finalement très dispensable.

 

© Gilles Penso


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EXCROISSANCE (2023)

Une jeune femme à l’équilibre mental fragile voit un jour un étrange appendice pousser sur son flanc…

APPENDAGE

 

2023 – USA

 

Réalisé par Anna Zlokovic

 

Avec Hadley Robinson, Emily Hampshire, Deborah Rennard, Brandon Mychal Smith, Desmin Borges, Kausar Mohammed, Annie Pisapia; Adam Butterfield

 

THEMA MUTATIONS I DOUBLES I PETITS MONSTRES 

Excroissance est le premier long métrage d’Anna Zlokovic, autour d’un sujet qu’elle avait déjà décliné en 2022 sous forme d’un film de six minutes – déjà très perturbant – mettant en scène Rachel Sennott et Eric Roberts. En passant au format long, la réalisatrice ne se contente pas d’étirer son concept. Elle l’enrichit, le développe et crée une sorte de légende urbaine s’appuyant sur une donnée scientifique bien réelle : la « chimère double ADN », autrement dit la fusion entre deux jumeaux. « Honnêtement, tout est parti de ma propre anxiété », dit-elle pour expliquer la genèse d’Excroissance. « C’était simplement l’anxiété, le syndrome de l’imposteur, le fait de ne pas savoir quoi faire avec ces émotions. J’ai eu une séance de thérapie au cours de laquelle mon thérapeute m’a dit : “Essayons cet exercice où nous séparons votre anxiété de vous-même afin d’avoir une conversation avec elle, comme s’il s’agissait d’un personnage à part entière”. Ça m’a marqué. Je me suis dit : “Hmm, ça pourrait être le sujet d’un film de monstres vraiment cool”. Et c’est de là qu’est venue l’idée » (1) Pour son baptême de mise en scène « dans la cour des grands », Anna Zlokovic frappe très fort, jouant avec les émotions et les attentes des spectateurs pour mieux les déstabiliser.

Le personnage central du film est Hannah (Hadley Robinson), une jeune styliste évoluant dans un environnement toxique qui est en train de la ronger. Entre les tensions croissantes qui bâtissent des murs invisibles entre sa mère très snob Stacy (Deborah Rennard) et elle et le comportement odieux de son patron Cristean (Desmin Borges) qui se comporte en diva du monde de la mode, Hannah n’est pas loin du burn-out. Elle peut certes s’appuyer sur la présence de son petit ami attentionné Kaelin (Brandon Mychal Smith) et de sa meilleure amie Esther (Kausar Mohammed) mais rien n’y fait, l’anxiété gagne du terrain. Soudain, son corps se met à réagir bizarrement. Chaque fois que l’angoisse ou la contrariété s’emparent d’elle, elle ressent une douleur violente sur le côté de l’abdomen, là où se trouve une tache de naissance. Bientôt, une chose se met à pousser à cet endroit du corps : une sorte d’excroissance de plus en plus grosse, de plus en plus douloureuse et de plus en plus mobile…

Malaise

Plusieurs références viennent à l’esprit des fantasticophiles que nous sommes pendant le visionnage d’Excroissance. Nous pensons d’abord à Chromosome 3 de David Cronenberg , puis à Frère de sang de Frank Henenlotter, et finalement au Double maléfique d’Avi Nesher. Ces sources d’inspiration sont d’autant plus assumées que la réalisatrice décide d’opter pour des effets spéciaux à l’ancienne exhalant volontairement une délicieuse patine « eighties ». Mais au-delà de l’effet nostalgique, les prothèses, l’animatronique, le latex et le faux sang créent un sentiment organique beaucoup plus palpable que n’importe quelle image de synthèse. Il n’était pas facile d’aborder un tel sujet aussi frontalement sans sombrer dans le ridicule, à moins d’opter pour un ton volontairement loufoque à la manière d’un Bad Milo par exemple. Or Excroissance parvient à trouver le juste équilibre, conservant son approche au premier degré tout en assumant à bras ouvert son concept « chimérique ». Comme dans les films cités ci-dessus, Excroissance expose la matérialisation physique des angoisses, des inquiétudes et des mauvais penchants, avec en filigrane l’idée d’un autre moi (le « ça » cher aux psychanalystes) capable de jouer la mouche du coche et d’assumer les instincts primaires que le « surmoi » ne peut accepter en pleine conscience. « C’est comme si ça validait nos pensées négatives » dira l’héroïne. La finesse du jeu des acteurs et la capacité d’Anna Zlokovic à créer un malaise permanent – cette sensation lancinante que le pire reste à venir, même dans les scènes les plus paisibles – ne sont pas les moindres atouts de cette Excroissance très recommandable.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans Comicbook.com en octobre 2023

 

© Gilles Penso

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UNTAMED WOMEN (1952)

Quatre militaires américains s’échouent sur une île peuplée par des femmes sauvages, des hommes hirsutes et des dinosaures…

UNTAMED WOMEN

 

1952 – USA

 

Réalisé par W. Merle Connell

 

Avec Mikel Conrad, Lyle Talbot, Doris Merrick, Richard Monahan, Mark Lowell, Morgan Jones, Midge Ware, Judy Brubaker

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Alors que Steve Holloway (Mikel Conrad), un soldat en convalescence dans un hôpital militaire, tente de se remettre d’un traumatisme crânien, la mémoire lui revient peu à peu, un flash-back nous transportant à bord d’un bombardier de l’US Air Force touché par un tir ennemi. Après son amerrissage en catastrophe, les quatre survivants s’échouent sur une île inconnue et sont capturés par une tribu de femmes préhistoriques. Le manque de crédibilité de ces dernières s’avère tellement flagrant que le spectateur n’a dès lors que deux options : soupirer d’exaspération ou rire en appréhendant cette aventure au second degré. Car ces jolies filles en peaux de bêtes, au maquillage et au brushing impeccable, dansent au son des tamtams sous l’autorité d’une prêtresse du dieu soleil et s’expriment dans un anglais parfait. Le scénario rocambolesque de George Wallace Sayre nous apprend qu’elles descendent de druides et qu’elles sont dirigées par la prêtresse du dieu soleil Sandra (Dorris Merrick). Sans aucune explication, cette dernière aide soudain nos héros à s’évader. À ce stade, il devient clair que le récit sera alambiqué et qu’il ne va pas falloir trop chercher à comprendre mais plutôt se laisser bercer par cette fable exotico-fantastique récréative.

Même si le titre du film nous annonce des « femmes sauvages », ces dernières ne tardent pas à faire les yeux doux à nos beaux mâles, à les cajoler, à sautiller en riant bêtement et à se tenir par la main pour gambader dans les bois. Ce n’est pas tous les jours que de fiers Américains en uniforme débarquent dans la jungle préhistorique ! D’autant que lorsque surgissent les représentants du sexe masculin, on comprend mieux le capital séduction des héros occidentaux. Les hommes de l’île sont en effet des guerriers primitifs à l’esprit atrophié dont les barbes, les perruques et les costumes semblent avoir été découpés dans du papier crépon. Il suffit de trois coups de feu pour se débarrasser – du moins momentanément – des vilains simiesques. « Le tonnerre magique a eu raison d’eux » s’extasie alors une Sandra de moins en moins farouche. « Maintenant que vous êtes là, nous n’avons plus à craindre les hommes velus. »

« Nous n’avons plus à craindre les hommes velus ! »

Le poster du film nous promettant une généreuse faune antédiluvienne, Untamed Women se devait d’offrir aux spectateurs son lot de dinosaures. Nos quatre militaires découvrent donc une vallée peuplée de créatures préhistoriques – autrement dit des stock shots en provenance directe de Tumak fils de la jungle. Face à ces éléphants déguisés en mammouths, ces tatous cornus, ces lézards géants et ces iguanes, l’un d’eux s’exclame : « c’est comme un zoo, mais d’il y a un million d’années. » Leur expédition est également ponctuée par l’attaque d’une plante carnivore grotesque (deux grandes feuilles qui se referment mollement sur un comédien qui fait semblant de se débattre) et par un traditionnel cataclysme final, emprunté lui aussi à Tumak. Les péripéties limitées, les dialogues simplistes, les personnages archétypaux et les moyens ultra-limités d’Untamed Women jouent évidemment en sa défaveur, d’autant qu’un certain sexisme typique des années 50 rend l’entreprise quelque peu antipathique.

 

© Gilles Penso


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LE BARON DE CRAC (1962)

Le réalisateur tchèque Karel Zeman s’empare des célèbres aventures du Baron de Munchausen pour en tirer un poème visuel délirant…

BARON PRÁSIL

 

1962 – TCHECOSLOVAQUIE

 

Réalisé par Karel Zeman

 

Avec Milos Kopecky, Jana Beejchova, Jan Werich, Rudolf Jelinek, Karel Höger, Nadesda Blazickova, Karel Effa, Josef Hlinomaz, Otto Simánek

 

THEMA CONTES

Historiquement, cette adaptation des aventures du mythique Baron de Münchhausen se situe exactement entre celle de Joseph Von Baky (1943) et celle de Terry Gilliam (1989). Et, tout naturellement, elle a subi les influences de la première, tout en servant de source d’inspiration à la seconde. Comme toujours chez Karel Zeman, le récit sert de prétexte à une accumulation de séquences fantastiques, drôles et joyeusement absurdes. Tout commence sur la lune, où le Baron de Munchausen (« Crac » dans la version française, incarné par Milos Kopecky) festoie avec Cyrano de Bergerac (Karel Höger) et Michel Ardan (Otto Simánek), le héros de Jules Verne. Là, le Baron est invité par Tonik (Rudolf Jelinek), un jeune cosmonaute, à faire un tour sur la Terre. Tonik et Crac visitent un palais à Constantinople, libèrent la jeune Princesse Bianca des griffes du sultan, prennent la fuite, sont avalés par une énorme baleine, rencontrent diverses créatures monstrueuses, participent à une bataille épique et se retrouvent finalement sur la lune.

Fidèle à ses habitudes, Zeman multiplie avec enthousiasme plusieurs modes d’expression visuelle, notamment l’incrustation des acteurs réels dans des environnements inspirés des œuvres de Gustave Doré, les maquettes, le dessin animé, les marionnettes mécaniques et les figurines animées image par image. Parmi les créatures mémorables du film, on note sept chevaux ailés qui tirent un drôle de navire dans les cieux étoilés (l’un d’entre eux ayant les allures d’un jouet en bois), un gigantesque serpent de mer qui vogue tranquillement à l’horizon en transportant dans sa gueule une pomme tentatrice, un dragon ailé qui a les allures d’une ancienne gravure, un araignée d’eau géante, un effrayant poisson volant, la baleine qui avale les héros (tour à tour figurine animée ou marionnette), un serpent qui s’échappe d’un tableau représentant Adam et Ève, un oiseau grand comme King Kong qui attaque le baron à la manière du Roc du 7e voyage de Sinbad, un cheval des mers aux pattes palmées, ou encore une sirène qui se transforme en requin. Tous ces animaux fantasmagoriques sont animés avec beaucoup de fluidité et combinés aux comédiens réels via de très habiles incrustations.

Folies surréalistes

Le Baron de Crac est donc un véritable festival de séquences délicieusement surréalistes où l’art du bricolage de Zeman et sa propension à mélanger toutes les techniques à sa disposition transportent le spectateur dans un univers inclassable, comparable à nul autre, à mi-chemin entre les prises de vues réelles, l’animation et le livre pour enfants. Les images folles abondent, comme ce cheval qui saute au-dessus d’un précipice titanesque ou cet astronaute et cet homme en armure qui s’envolent côte à côte. Bien sûr, l’un des moments clés du film est la célèbre séquence du vol du baron à cheval sur un boulet de canon. Face à la quantité astronomique de trucages du film, on comprend pourquoi il a fallu trois longues années pour le mener à bien. Le Baron de Crac permettra à Karel Zeman de remporter en 1962 la Voile d’Or du Festival International de Locarno.

 

© Gilles Penso

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RICHARD AU PAYS DES LIVRES MAGIQUES (1994)

Macaulay Culkin se transforme en personnage de dessin animé et pénètre dans un monde fantastique peuplé de créatures étranges…

THE PAGEMASTER

 

1994 – USA

 

Réalisé par Joe Johnston et Maurice Hunt

 

Avec Macaulay Culkin, Christopher Lloyd, Whoopi Goldberg, Patrick Stewart, Leonard Nimoy, Jim Cummings, Frank Welker, Ed Begley Jr., Mel Harris

 

THEMA CONTES I DRAGONS

Comment se fait-il que ce long-métrage ambitieux mêlant prises de vues réelles et dessin animé, co-réalisé par Joe Johnston (Chérie jai rétréci les gosses, Rocketeer, Jumanji) et mettant en vedette un casting de stars ultra-populaires (Macaulay Culkin, Christopher Lloyd, Whoopi Goldberg, Patrick Stewart, Leonard Nimoy, excusez du peu !) soit aujourd’hui complètement sorti des mémoires ? Pourquoi la plupart de ceux qui y ont participé l’ont-ils depuis effacé de leur filmographie ? Tout partait pourtant bien : un pitch alléchant proposé par le scénariste Charles Pogue (La Mouche, Mort à l’arrivée, Cœur de dragon), une coproduction assurée par Turner Pictures et Hanna-Barbera, une équipe artistique constituée de plusieurs transfuges de Fievel et le nouveau monde (dont le producteur David Kirchner et le compositeur James Horner), un mixage audacieux entre l’animation traditionnelle et les images de synthèse… Mais en cours de réalisation, le film semble échapper à tout contrôle. Le budget explose, les délais de fabrication se rallongent, le scénario est réécrit, la production change plusieurs fois de ligne directrice, le montage est revu sans le consentement de Johnston… bref rien ne va plus.

Finalisé par David Casci, David Kirschner et Erbier Contreras, le scénario du film s’intéresse à Richard Tyler (Macaulay Culkin), un garçon de dix ans qui a peur de tout et que ses parents envoient acheter des clous pour construire une cabane dans un arbre. Surpris par une violente tempête, il trouve refuge dans une bibliothèque municipale où Monsieur Dewey (Christopher Lloyd), un gardien excentrique, lui conseille vivement la lecture d’un livre très particulier. Malgré ses protestations, Richard se voit remettre une carte de bibliothèque et découvre à l’intérieur du bâtiment une grande rotonde sur laquelle est peinte une fresque représentant de nombreux personnages littéraires mythiques. Bientôt, ces peintures se mettent à couler et à le transporter dans un univers dessiné où trois livres anthropomorphes se joignent à lui : Aventure, Fantaisie et Épouvante…

Une page se tourne

Le thème sur lequel repose ce film, c’est-à-dire les joies de la lecture pour les enfants, est certes fascinant, mais le résultat peine à convaincre malgré de très belles idées visuelles, comme la transition entre le monde réel et le monde animé : des gouttes de peinture qui s’écoulent, forment un flot multicolore qui engloutit le jeune héros et le fait basculer dans la fantasmagorie pure. La partie centrale du film, en animation, n’a pas la finesse des longs-métrages Disney ou des productions Don Bluth dont elle s’inspire. Le rendu du relief, des ombres et des volumes se révèle souvent défaillant, malgré des jeux intéressants sur les zones de lumière. Cela dit, le gros défaut de Richard au pays des livres magiques reste sa structure évasive et la progression erratique de son intrigue, qui se résume bêtement à la recherche de la sortie de la bibliothèque. Comme enjeu dramatique, on a vu mieux. Malgré la richesse visuelle des royaumes de l’aventure, de l’épouvante et de la fantaisie et les nombreuses références aux classiques des genres convoqués (docteur Jekyll et mister Hyde, le capitaine Achab, Long John Silver, la Reine de Cœur ou encore un fort beau dragon), ce Pagemaster peine donc à passionner ses spectateurs.

 

© Gilles Penso

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LES TUEURS DE L’ÉCLIPSE (1981)

Trois enfants nés la même nuit, pendant une éclipse du soleil, révèlent à l’âge de dix ans de dangereuses tendances psychopathes…

BLOODY BIRTHDAY

 

1981 – USA

 

Réalisé par Ed Hunt

 

Avec Lori Lethin, K.C. Martel, Elizabeth Hoy, Billy Jane, Andy Freeman, Bert Kramer, Melinda Cordell, Susan Strasberg, Jose Ferrer, Julie Brown

 

THEMA ENFANTS

Ed Hunt ayant réalisé le peu mémorable L’Invasion des soucoupes volantes en 1977, on n’espérait pas grand-chose de sa part en le voyant s’aventurer sur le terrain du slasher. Pourtant, Les Tueurs de l’éclipse ménage son lot de surprises et d’audaces, malgré d’indiscutables maladresses. Le projet est né après la lecture d’un article consacré à l’astrologie. Hunt y apprend que, selon l’auteur, la position de la lune dans le ciel influerait sur les grands événements de notre société et sur les agissements des humains. Dans ce cas, pourquoi ne pas imaginer qu’une éclipse totale du soleil détermine le comportement déviant de trois enfants nés exactement en même temps ? Hunt se met à l’écriture et réunit sa petite équipe de tournage, avec un budget réduit à sa plus simple expression qui l’empêche de s’entourer de certains collaborateurs. James Horner, par exemple (Les Monstres de la mer, Les Mercenaires de l’espace, Wolfen), aurait pu composer la musique du film si les moyens mis à sa disposition n’étaient pas aussi étriqués. Il est finalement remplacé par le moins exigeant Arlon Ober (Le Monstre qui vient de l’espace, Paranoïd). Ce dernier s’en sort sans éclat mais avec efficacité, quitte à plagier un peu les violons de Psychose et les cuivres des Dents de la mer. Le malaise s’installe d’ailleurs dès le générique des Tueurs de l’éclipse, avec une espèce de ritournelle enfantine au piano dont certaines harmonies dissonantes annoncent déjà le climat anxiogène du film.

Nous sommes dans la petite ville de Meadowvale, en Californie, le 9 juin 1970. Trois femmes donnent simultanément naissance à leur enfant pendant une éclipse du soleil. Le réalisateur prend le parti de laisser sa caméra braquée sur le phénomène céleste, tandis que la bande son nous annonce la venue au monde des trois bambins : une fille et deux garçons. Nous voilà déjà intrigués. Le jour de leur dixième anniversaire, Debbie (Elizabeth Hoy), Steven (Andrew Freeman) et Curtis (Billy Jayne) se révèlent tels qu’ils sont : des assassins psychopathes. Un jeune couple est bientôt retrouvé étranglé avec une corde à sauter dans un cimetière où il flirtait. Lorsque le père de Debbie, le shérif Brody (aucun lien avec celui des Dents de la mer, à moins qu’il ne s’agisse d’un hommage ?), est chargé de l’enquête, la petite fille place son skateboard sur un escalier de façon à provoquer sa chute. Le pauvre homme est ensuite achevé à coups de gourdin par Steven et Curtis ! Ce n’est que le début d’une sanglante croisade. Personne ne peut bien sûr soupçonner ces trois sympathiques têtes blondes. Personne sauf le jeune Timmy (K.C. Martel), qui commence à émettre de sérieux doutes sur leur santé mentale, et sa sœur aînée Joyce (Lori Lethin), qui finit par se ranger à son avis. Tous deux vont donc devenir la cible du trio infernal…

Mauvaise graine

Ce qui effraie le plus, chez ces tueurs en culottes courtes, c’est le fait que leur esprit machiavélique ne semble obéir à aucune logique. Ils tuent sans distinguer le bien du mal, sans état d’âme, sans émotion, parce que c’est dans leur nature. Joyce étant férue d’astrologie, elle avance une théorie. « Le soleil et la lune cachaient Saturne quand ils sont nés », dit-elle. « Or c’est Saturne qui contrôle les émotions. » Voilà une explication qui en vaut bien une autre. Toutes les armes qui passent à leur portée sont les bienvenues : corde à sauter, batte de base-ball, pistolet, arc et flèche, fil de téléphone… Si Debbie et Curtis rivalisent de perfidité et de fourberie, leur troisième comparse reste très en retrait, ne se pliant que mollement aux exactions orchestrées par les deux autres. Rien n’explique cette implication restreinte du petit Steven, si ce n’est peut-être l’incapacité d’Ed Hunt à lui réserver une place satisfaisante dans son scénario. Si le film sait ménager d’efficaces séquences de suspense (l’attaque de la voiture dans la décharge publique, l’assaut final dans la maison), la finesse n’est pas toujours au rendez-vous. Plusieurs scènes de seins nus ponctuent par ailleurs le métrage, sans doute pour sacrifier sagement aux codes du genre. Les jeunes couples s’accouplent donc sans pudeur avant de finir les pieds devant et la grande sœur de Debbie se livre à de longs strip-teases devant son miroir en se trémoussant. Malgré sa fin ouverte, Les Tueurs de l’éclipse restera sans suite, faute d’un score satisfaisant au box-office.

 

© Gilles Penso


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TEENAGE CAVEMAN (1958)

Robert Vaughn incarne le jeune rebelle d’une tribu préhistorique qui se heurte à d’étranges créatures et découvre l’incroyable vérité sur son monde…

TEENAGE CAVEMAN

 

1958 – USA

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Robert Vaughn, Jonathan Haze, Robert Shayne, Frank De Kova, Darrah Marshall, Beach Dickerson, Leslie Bradley

 

THEMA DINOSAURES

Futur Napoléon Solo de la série Des agents très spéciaux, acteur prestigieux dont le visage familier apparut dans des films aussi divers que Les 7 mercenaires, La Tour infernale, Bullit ou Superman 3, Robert Vaughn démarrait tout juste sa carrière lorsque Roger Corman l’embarqua sur le tournage de Teenage Caveman. Vaughn avait certes déjà tourné dans une douzaine de séries TV et figurait même dans Les Dix Commandements de Cecil B. De Mille, mais le public ne connaissait pas encore son visage. Alors pourquoi ne pas tenir la vedette d’une série B fantastique susceptible d’attirer les jeunes spectateurs avides de sensations fortes ? Bien des années plus tard, Vaughn avouera que Teenage Caveman fut le pire film de toute sa carrière – voire le pire film de tous les temps ! Cette opinion tranchée est certes exagérée, même si personne ne criera au chef d’œuvre en visionnant Teenage Caveman. Il faut dire que le tournage ne fut pas une partie de plaisir pour le jeune acteur, qui se coupa avec du verre pendant une séquence et se fit mordre une autre fois par un chien, ce qui occasionna à chaque fois un aller-retour dans la clinique locale.

Corman étant le roi du marketing, il appâte ses spectateurs potentiels avec un poster promettant une sorte de dinosaure bipède gigantesque et agressif, de jolies filles préhistoriques à moitié nues et un héros musclé façon Maciste ou Hercule prêt à en découdre avec les monstres préhistoriques. Le film lui-même est bien sûr beaucoup moins excitant. Les fans de dinosaures risquent ainsi d’être fort déçus par Teenage Caveman, dans la mesure où la majeure partie du film est consacrée à une tribu d’une vingtaine de Cro-Magnons qui passent leurs journées à débattre – dans un anglais parfait ! – des lois de leur clan. Vaughn incarne le cadet de la tribu. C’est un rebelle, une sorte de James Dean en pagne. Fatigué par les préceptes des anciens, il décide d’aller déambuler dans une partie interdite de la forêt.

Les bipèdes velus au long museau

Les seuls monstres à pointer le bout de leur nez dans cette soporifique aventure préhistorique sont un homme déguisé en ours des cavernes, des lézards grimés en dinosaures – qui sont en réalités des extraits empruntés à Tumak fils de la jungle – et de drôles de créatures bipèdes et velues au long museau et aux yeux globuleux… dont l’identité ne sera révélée qu’à la toute fin, sous forme d’une chute façon La Quatrième dimension. Cette idée finale, assez séduisante, est hélas amenée assez gauchement, à l’issue d’un film d’une heure à peine, mais qui donne parfois la sensation d’en durer le triple tant ses péripéties sont mollassonnes. Tourné en dix jours dans le Bronson Canyon avec un budget anémique de 70 000 dollars, Teenage Caveman devait à l’origine s’appeler Prehistoric World, mais les Teenage Frankenstein et Teenage Werewolf qui fleurirent sur les écrans à cette époque poussèrent le distributeur American International Pictures à opter pour un titre plus « dans le vent ». Le film sera exploité en double programme en 1958 avec How to Make a Monster et fera l’objet d’un faux remake portant le même titre en 2002.

 

© Gilles Penso


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THE CREATOR (2023)

Le réalisateur de Monsters, Godzilla et Rogue One revient en force sur les écrans avec une épopée de science-fiction incroyablement ambitieuse…

THE CREATOR

 

2023 – USA

 

Réalisé par Gareth Edwards

 

Avec John David Washington, Madeline Yuna Voyles, Gemma Chan, Allison Janney, Ken Watanabe, Sturgill Simpson, Amar Chadha-Patel, Marc Menchaca

 

THEMA ROBOTS I FUTUR

Mais qu’était-il arrivé à Gareth Edwards ? Les fans de science-fiction s’impatientaient d’avoir des nouvelles du réalisateur britannique surdoué qui avait su bricoler avec un budget anémique le remarquable Monsters avant de s’embarquer dans deux blockbuster exceptionnels, Godzilla et Rogue One… Puis plus rien. Ce silence radio prolongé avait quelque chose d’inquiétant. Se frotter de si près à la machine Star Wars ne s’était certes pas fait sans mal. Pour réussir à mettre sur pied ce qu’il est convenu de considérer comme le meilleur opus de la saga depuis les années 80, Edwards a perdu quelques plumes, a dû se plier à beaucoup de concessions et céder à une infinité de compromis éreintants. Faisant fi des propriétés intellectuelles qui ne lui appartiennent pas, Edwards s’est donc mis en tête de prendre tout son temps pour concocter un nouveau projet personnel, comme à l’époque de Monsters. Ce film alors sans titre commence à se développer fin 2019, avec le soutien du studio Regency, et Edwards se paie un séjour en Asie pour effectuer un certain nombre de tests. « J’ai pris une caméra et un objectif anamorphique des années 1970, et nous sommes allés faire des repérages au Viêt Nam, au Cambodge, au Japon, en Indonésie, en Thaïlande et au Népal » raconte-t-il. « Notre objectif était d’aller dans les meilleurs endroits du monde, car le coût d’un vol est bien inférieur à celui de la construction d’un décor. Nous allions faire le tour du monde et tourner ce film, avant d’y ajouter une couche de science-fiction » (1).

Nous sommes dans un futur relativement proche (dans vingt-cinq ans tout au plus) et les intelligences artificielles se sont déployées partout dans notre société. Les robots ne sont plus une exception mais une généralité côtoyant harmonieusement les humains au quotidien. Cette utopie digne de certains récits d’anticipation des années 50 vole en éclats le jour où une de ces I.A. fait exploser une ogive nucléaire au-dessus de Los Angeles, provoquant une hécatombe sans précédent. En réaction, les États-Unis et leurs alliés occidentaux s’engagent à éradiquer toutes les intelligences artificielles de la planète. Leurs efforts sont contrés par la Nouvelle-Asie, un pays d’Asie du Sud-Est dont les habitants continuent la conception massive de robots malgré les protestations de l’Occident. L’armée américaine lance alors une vaste campagne militaire dont l’objectif est de neutraliser « Nirmata », le mystérieux architecte à l’origine des progrès de l’I.A. en Nouvelle-Asie. L’une des armes de pointe de l’Occident est le coûteux U.S.S. NOMAD (North American Orbital Mobile Aerospace Defense), une gigantesque station spatiale qui survole les cieux ennemis, scanne les cibles hostiles et lance des attaques destructrices en un clin d’œil. Mais cet arsenal sera-t-il suffisant au sein du conflit complexe qui se prépare ?

Edwards aux mains d’argent

Non, Gareth Edwards n’avait pas besoin de se mettre au service de la vision de George Lucas pour démontrer ses capacités de concepteur d’univers science-fictionnels. Le monde qu’il a conçu pour son quatrième long-métrage est à la fois si singulier, si cohérent, si original et si beau (bon nombre de plans du film mériteraient d’être encadrés et exposés dans un musée) qu’il y aura de toute évidence un avant et un après The Creator. Ces robots partiellement humanoïdes, ces « Simulants » qui imitent les traits des humains sans trahir leur origine artificielle, ces véhicules de guerre volants, ces chars d’assaut titanesques, ces architectures cyclopéennes et bien sûr cette monstrueuse station NOMAD placent Gareth Edwards au même niveau qu’un Ridley Scott ou qu’un James Cameron en matière de design futuriste révolutionnaire. Mais réduire les ambitions The Creator à celles d’une simple réussite visuelle serait une erreur. Certes, placer l’intelligence artificielle au cœur de son propos et nous interroger sur la place qu’elle occupera bientôt dans nos vies n’a rien de particulièrement nouveau. Là où le scénario d’Edwards surprend, c’est dans les circonvolutions qu’il adopte pour mettre à mal tout manichéisme. Dans le conflit qu’il nous décrit, les choses seraient simples s’il suffisait de choisir un camp en adoptant un seul point de vue, quitte à diaboliser et déshumaniser l’ennemi pour se soustraire aux états d’âme. Mais les choses ne sont pas forcément ce qu’elles semblent être, et les choix moraux doivent désormais composer avec ces êtres artificiels que l’homme a créés et dont il doit assumer la paternité. Passionnant, palpitant, vertigineux, The Creator est assurément un film qui va faire date.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans GameRadar en juillet 2023

 

© Gilles Penso

 

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