DREAM (2008)

Le réalisateur coréen Kim Ki-duk conte la romance impossible entre deux êtres dont les rêves influent l’un sur le comportement de l’autre…

BI-MONG

 

2008 – CORÉE

 

Réalisé par Kim Ki-duk

 

Avec Joe Odagiri, Lee Na-young, Ji-A Park, Kim Tae-hyeon, Chang Mi-hee, Tae-Hyun Jin

 

THEMA RÊVES

Les personnages qui luttent pour ne pas s’endormir, de peur que le pire ne survienne, sont des figures souvent marquantes du cinéma fantastique, comme en témoignent notamment les héros de L’Invasion des profanateurs de sépulture ou des Griffes de la nuit. Mais le sommeil finit toujours par l’emporter, et la lutte contre les forces du mal s’impose coûte que coûte. S’il n’est pas question d’aliens voleurs de corps ou de tueurs aux griffes acérées dans Dream, le combat de l’homme contre l’endormissement est toujours au cœur du récit. Car en s’abandonnant dans les bras de Morphée, on perd le contrôle de soi-même, on laisse le subconscient prendre le pas, on oublie les barrières morales et sociales. Tel est le sujet du quinzième long-métrage de Kim Ki-duk, reposant sur un concept insolite et fascinant. Jin (Jo Odagiri) se réveille après un cauchemar dans lequel il cause un accident de voiture. En se rendant sur les lieux, il découvre qu’un accident identique à celui de son rêve vient de se produire, et qu’une jeune femme nommée Ran (Na-yeong Lee) est accusée de délit de fuite. Or cette dernière affirme qu’elle a dormi toute la nuit. Bientôt, Jin et Ran découvrent une étrange corrélation entre eux : quand Jin rêve, Ran agit inconsciemment dans son sommeil. Or Jin ne peut s’empêcher de rêver à son ancienne compagne, dont il est toujours amoureux, poussant nuitamment Ran à se rendre chez son ex-fiancé, qu’elle déteste…

Le lien inexplicable qui unit Jin et Ran va déboucher, on s’en doute, sur une histoire d’amour, et l’on imagine sans peine ce que des scénaristes hollywoodiens rompus à l’exercice de la comédie romantique auraient pu tirer d’un tel point de départ. Mais Kim Ki-duk n’a jamais cherché la linéarité au sein de son œuvre, et ceux qui ont pu découvrir son glacial long-métrage L’île savent que chez le cinéaste coréen, les idylles ont tendance à prendre des teintes rouge sang. A ce titre, les séances de torture que Jin s’inflige pour ne pas s’endormir sont souvent à la limite du supportable, opérant un lent basculement de la romance fantastique vers le drame psychologique et l’horreur.

La planète des songes

D’emblée, la « love story » qui s’amorce semble vouée à l’échec puisque le salut de Jin et Ran repose sur leur désynchronisation, chacun s’endormant à tour de rôle pour éviter que les rêves de l’un n’influent sur le comportement de l’autre. Dream repose beaucoup sur le jeu habité et intense de Jo Odagiri (Shinobi) et Na-yeong Lee (Dream of a warrior). La mise en scène elle-même joue la carte de la sobriété, voire de l’austérité, Kim Ki-duk ne cherchant jamais à esthétiser à outrance son propos ni à gommer les ralentissements de rythme qu’il estime nécessaires au bon déroulement de son récit. Du coup, Dream laisse une impression mitigée, le film n’exploitant pas avec autant d’efficacité qu’on l’aurait souhaité son concept extraordinaire, et s’achevant sur des images certes très poétiques, mais franchement frustrantes d’un point de vue scénaristique. Quoiqu’il en soit, ce récit hors norme continue à trotter longtemps dans l’esprit du spectateur après son générique de fin, preuve que Ki-duk sait marquer les esprits et imprégner chacun de ses films d’une indéniable personnalité.

 

© Gilles Penso


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LE PACTE DU SANG (2006)

Renny Harlin met en scène un groupe de jeunes sorciers menacés par l’un des leurs qui souhaite posséder tous leurs pouvoirs en les anéantissant…

THE COVENANT

 

2006 – USA

 

Réalisé par Renny Harlin

 

Avec Steven Strait, Laura Ramsey, Sebastian Stan, Chase Crawford, Toby Hemingway, Taylor Kitsch, Robert Crooks

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

À peine sorti du tournage de L’Exorciste au commencement, Renny Harlin enchaîne avec Le Pacte du sang, qui ressemble de prime abord à une version masculine de Dangereuse alliance ou de la série Charmed, ce qui n’est pas forcément bon signe. Les jeunes héros du film, « les fils d’Ipswich », y possèdent des pouvoirs spéciaux hérités de leurs lointains ancêtres, des sorciers chassés pendant l’inquisition. Ces capacités paranormales donnent lieu à des séquences spectaculaires portées par des effets numériques excessifs, comme lorsque la voiture de l’un d’entre eux entre de plein fouet en collision avec un poids lourd puis se reconstitue aussitôt sur la route. Pour donner corps à ces idées folles, six compagnies d’effets visuels sont conjointement sollicitées, dont les Français de chez Duran/Duboi. Pas spécialement réputé pour sa demi-mesure, le réalisateur d’Au revoir à jamais en fait ici des tonnes : musique tonitruante, projections lumineuses dignes d’un vidéoclip, trucages outranciers, effets sonores excessifs… Chaque fois qu’il fait nuit, des éclairs dignes de Zeus traversent les cieux. Dès qu’un personnage fait trois pas, la caméra fait des mouvements acrobatiques. Plus que jamais, Harlin appréhende la mise en scène comme une attraction de fête foraine, ce qui n’est pas désagréable mais ne comble évidemment pas les déficiences d’un scénario filiforme.

À l’âge de 18 ans, les pouvoirs de nos beaux gosses deviennent immenses (métaphore du passage à l’âge adulte ?). Or Caleb (Steven Strait, qui a des faux airs de Josh Hartnett et joue dans le même registre du beau ténébreux) est le prochain. Mais l’un d’entre eux semble se servir de ses pouvoirs à mauvais escient et cherche à récupérer les pouvoirs des autres pour pouvoir gagner en puissance et jeter des sorts à tout va, quitte à tuer tous ceux qui barreront sa route. Bref, c’est un méchant, un vrai, qui fait sien le leitmotiv de la saga Highlander : « il ne peut en rester qu’un ! » Certes, quelques séquences d’action font preuve d’une belle efficacité, comme ce saut périlleux au-dessus d’une voiture dont toutes les vitres explosent. Harlin ménage même une poignée de séquences d’angoisse réussies, notamment le cauchemar de Sarah (Laura Ramsey) qui voit sa chambre envahie par des milliers d’araignées en pleine nuit. Mais ce ne sont que des oasis dans le désert.

Aucune demi-mesure…

Lorsqu’ils ne s’envolent pas du haut des falaises, n’écoutent pas de la musique avec le volume à fond et ne draguent pas les filles, nos héros exhibent leurs muscles à la piscine ou dans les vestiaires, comme dans un film de David DeCoteau, le roi du fantastique à forte connotation gay. Quant au climax, il paie son tribut à Matrix, les deux antagonistes s’affrontant en apesanteur dans une grange en se balançant d’énormes jets d’énergie, tandis que la bande son se sature de guitares électriques énervées. La fin du Pacte de sang est volontairement ouverte, dans l’espoir de rentabiliser les vingt millions de dollars du budget en initiant une saga. Mais le succès n’est pas suffisant, et ce besogneux récit de jeunes sorciers se perd peu à peu dans les méandres de l’oubli. Mais où est donc passé le génial réalisateur de 58 minutes pour vivre et Cliffhanger ?

 

© Gilles Penso


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LE FANTÔME DE L’OPÉRA (1962)

Cette version Hammer du célèbre roman de Gaston Leroux peine à rivaliser avec les adaptations précédentes produites par Universal…

THE PHANTOM OF THE OPERA

 

1962 – GB

 

Réalisé par Terence Fisher

 

Avec Herbert Lom, Heather Sears, Thorley Walters, Michael Gough, Edward de Souza, Miles Malleson

 

THEMA SUPER-VILAINS

Le projet de cette version britannique du roman de Gaston Leroux, produite par la fameuse compagnie Hammer, est annoncé officiellement au début de l’année 1959. Christopher Lee est d’abord pressenti pour jouer le Fantôme, mais l’interprète de Dracula est surchargé par une série de tournages le sollicitant en Europe. Le producteur Anthony Hinds envisage alors Cary Grant dans le rôle, la coutume étant à l’époque d’intégrer dans des productions anglaises des guest-stars américaines. Mais c’est finalement Herbert Lom qui hérite du personnage. Le scénario d’Anthony Hinds relocalise l’intrigue en Grande-Bretagne, rebaptise les protagonistes et prend un certain nombre de libertés avec le roman. Pour compenser un budget modeste de 400 000 livres (plus important que la majorité des productions Hammer mais faible au regard du spectacle proposé), Anthony Hinds et Terence Fisher installent leurs caméras dans le théâtre de Wimbledon pour figurer l’Opéra de Londres et engagent une centaine de musiciens à un prix raisonnable. Le reste des décors est reconstitué dans les studios Bray. 

Les représentations d’un opéra de Lord Ambrose d’Arcy (Michael Gough) dans l’Opéra de Londres sont perturbées par un mystérieux inconnu, le Fantôme. Il s’agit en réalité du professeur Petrie, véritable compositeur de l’œuvre, que tout le monde croit mort, et dont le travail a été volé sans scrupule. Défiguré, portant un masque, il vit dans un repaire souterrain sous l’Opéra où il joue de longs solos d’orgue (à l’instar du capitaine Nemo qu’Herbert Lom campa l’année précédente dans L’Île mystérieuse). Bientôt, il tombe amoureux de la nouvelle vedette Christine Charles (Heather Sears) et s’emploie à lui donner clandestinement des cours de chant pour qu’elle puisse servir du mieux qu’elle le peut son œuvre. « Je vais te donner une nouvelle voix, une voix si merveilleuse que les théâtres du monde entier seront emplis de tes admirateurs », dit-il à la jeune fille. « Tu seras la chanteuse d’opéra le plus célèbre de tous les temps… Et lorsque tu chanteras, Christine, ce ne sera que pour moi ». Par sa reconstitution colorée de la belle époque et par certains éléments de son scénario (l’artiste dépossédé et défiguré dans un incendie, qui passe pour mort, et revient hanter les lieux), le film évoque L’Homme au masque de cire d’André de Toth. Moins terrifiant que la plupart des autres incarnations du personnage, ce Fantôme cultive une certaine mélancolie qui sollicite souvent l’empathie du spectateur. Le principe narratif utilisé ici consiste en premier lieu à décrire les méfaits du Fantôme, puis à le présenter peu à peu au spectateur, jusqu’au flash-back final, tout en cadrages obliques et en ellipses nerveuses. 

Le masque du démiurge

Avant le dénouement, Terence Fisher nous offre de larges extraits de l’opéra « Jeanne d’Arc » interprété par Heather Sears, qui ne manque pas de charme mais ne possède pas la beauté exotique de la plupart des vedettes de la Hammer. Dommage par ailleurs que le pourtant talentueux Herbert Lom manque singulièrement de panache et de prestance sous le masque du Fantôme. Sa relation avec Christine demeure ambiguë tout au long du film, comme s’il était finalement plus motivé par son intérêt propre (la reconnaissance de son œuvre) que par les sentiments qu’il éprouve pour la jeune soprano. Un peu entravé dans son élan par un scénario qui ne le convainc pas pleinement, Terence Fisher peine de fait à doter ses personnages de toute la consistance requise. Le masque lui-même, élément visuel capital, s’avère franchement disgracieux. Le maquilleur Roy Ashton n’est pas en cause, dans la mesure où les producteurs reportent indéfiniment leur décision sur le look définitif de ce masque. En désespoir de cause, Ashton est quasiment obligé d’improviser la fabrication de cet accessoire à la dernière minute. Malgré ses nombreuses qualités, ce Fantôme de l’Opéra britannique n’atteint donc jamais la maîtrise artistique de ses prestigieux prédécesseurs produits par la Hammer (Frankenstein s’est échappé, Le Cauchemar de Dracula, La Malédiction des Pharaons) et l’accueil critique s’avère assez mitigé. Aucune suite directe ne lui sera d’ailleurs donnée.

 

© Gilles Penso

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TERREUR SUR LA LIGNE (2005)

Ce remake d’un classique de l’horreur psychologique joue la carte du huis-clos mais peine à exploiter la force de son point de départ…

WHEN A STRANGER CALLS

 

2005 – USA

 

Réalisé par Simon West

 

Avec Camilla Belle, John Bobek, Molly Bryant, Madeline Carroll, Katie Cassidy, David Denmann, Tommy Flanagan, Brian Geraghty

 

THEMA TUEURS

Hollywood ne sachant plus où donner de la tête pour puiser son inspiration en ces années 2000 un peu chiches en innovations, les remakes de films d’horreur éclosent à tout va, pour le meilleur (Massacre à la tronçonneuse) ou pour le pire (Fog). Les classiques de Tobe Hooper, George Romero, Wes Craven et John Carpenter ayant déjà été ravalés, le producteur John Davis s’est rabattu sur une œuvre moins connue, Terreur sur la ligne de Fred Walton, que les aficionados ont surtout gardé en mémoire pour ses vingt premières minutes particulièrement anxiogènes. Prudents, Davis et le scénariste Jake Wade Wall ont décidé de reprendre la trame de ce fameux prologue (qui inspira entre autres celui de Scream) et de l’étirer sur 90 minutes de film, au lieu de s’intéresser au reste du métrage initial qui abordait la thématique du tueur psychopathe sous l’angle du drame humain. Nous suivons ainsi les mésaventures de Jill Johnson, une jeune et jolie baby-sitter engagée un soir pour garder deux enfants dans une somptueuse bâtisse isolée au beau milieu des bois. Bientôt, elle est harcelée au téléphone par un homme qui lui conseille d’aller voir si les enfants vont bien. Les policiers qu’elle a prévenus finissent par localiser les appels et informent Jill que ceux-ci proviennent de l’intérieur de la maison…

Le concept est toujours aussi fort, mais il est sabordé d’emblée par les choix de mise en scène de Simon West, dont la finesse ne fut jamais le maître mot (Les Ailes de l’enfer, Le Déshonneur d’Elizabeth Campbell et Tomb Raider en disent long à ce propos). Ainsi, à trop vouloir esthétiser son film, le réalisateur lui ôte toute atmosphère. Sa demeure, merveille architecturale que la caméra aérienne nous révèle fièrement sous toutes les coutures, est bien trop grande et trop stylisée pour que le spectateur puisse y puiser un pôle d’identification. La maison de ville du film original fonctionnait mille fois mieux, dans la mesure où elle était réaliste et facile à appréhender. Tout le film est à l’avenant, collectant les visuels qui sonnent faux : l’image d’Épinal des enfants en pyjama dans leur belle chambre colorée, le jardin intérieur où pépient joyeusement les oiseaux, la grande forêt qui s’étend tout autour…

En dépit du bon sens

Pour essayer de combler les vides d’un récit trop court pour s’adapter à un long-métrage, le scénario multiplie les personnages secondaires inutiles et caricaturaux, comme la gouvernante qui nettoie le jardin ou la meilleure amie de l’héroïne qui l’a trahie en embrassant son petit ami. Mais le problème majeur de ce Terreur sur la ligne demeure son incapacité à effrayer le spectateur, ce qui semble pourtant être son moteur principal, voire sa raison d’être. Ne sachant plus trop comment exploiter sur toute sa longueur le potentiel inquiétant des menaces téléphoniques, le film s’efforce ainsi de faire bondir le spectateur avec tout et n’importe quoi : un arrosage automatique, des glaçons qui tombent dans un frigo, voire un chat qui passe furtivement (dernier recours des scénaristes en manque d’inspiration !). Au bout d’un temps jugé suffisamment long, Simon West finit par exhiber son croquemitaine, achevant d’annihiler le potentiel d’un film décidément conçu en dépit du bon sens.

 

© Gilles Penso


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LE RETOUR DU VAMPIRE (1958)

Parfait émule mexicain de Christopher Lee, German Robles incarne une seconde fois le redoutable comte Duval aux dents acérées…

EL ATAUD DEL VAMPIRO

 

1958 – MEXIQUE

 

Réalisé par Fernando Mendez

 

Avec German Robles, Abel Salazar, Ariadna Welter, Yerye Beirute, Alicia Montoya, Carlos Ancira, Guillermo Orea

 

THEMA VAMPIRES

Conforté par le succès des Proies du vampire, Fernando Mendez en signa une séquelle dès l’année suivante, reprenant naturellement ses trois têtes d’affiches, autrement dit l’altier German Robles, l’allègre Abel Salazar et la toute belle Ariadna Welter. Dès les premières images, situées dans une crypte embrumée au beau milieu de la Sierra Negra, cette séquelle frappe par un esthétisme qui n’a rien à envier à celui de l’épisode précédent. On y découvre le visage karloffien du comédien Yerye Beirute, incarnant un peu scrupuleux voleur de cadavre venu prêter main-forte à un médecin soucieux d’étudier le fonctionnement cellulaire des vampires. Le comte Duval est donc ramené dans son cercueil, depuis sa terre natale jusque dans les locaux du sanatorium Louis Pasteur, en plein centre-ville. Appâté par la précieuse amulette qui orne le cou du vampire, le voleur de cadavre revient au sanatorium en pleine nuit pour la dérober, ôtant au passage le pieu fiché dans le cœur du vampire. Ramené à la vie, ce dernier fait du brigand son esclave et se met à hanter les lieux, soucieux de planter ses crocs dans la gorge de la belle Marta afin d’en faire son éternelle compagne au royaume des non-morts. Il verra ses plans machiavéliques contrecarrés par le docteur Enrique, héros du film précédent et « rival amoureux » du suceur de sang, et par la vieille tante Maria Teresa, venue affronter son bourreau dans son éternelle robe de deuil.

La terreur atemporelle qu’exhalait la campagne mexicaine des Proies du vampire est ainsi remplacée par une atmosphère d’épouvante moderne, réaliste et clinique. Et force est de constater que les couloirs d’hôpital aseptisés n’entament en rien l’impact de chaque apparition du vampire Duval, ce dernier continuant régulièrement à se muer en chauve-souris pour terrasser ses victimes humaines et révélant de redoutables dons d’hypnotiseur. La transposition de l’intrigue dans un univers contemporain rappelle par certains aspects les partis pris de Tod Browning qui, fidèle aux intentions de Bram Stoker, situait la majeure partie de son Dracula dans le Londres des années 30.

L’ombre et la proie

Mais une autre référence vient ici à l’esprit : les chefs d’œuvre du duo Jacques Tourneur et Val Lewton (La Féline, L’Homme léopard). Notamment au cours d’une magistrale séquence de prise en chasse d’une victime féminine apeurée dans les grandes rues nocturnes de la ville, les ombres du chasseur et de sa proie s’étirant jusqu’à l’excès sur les bâtiments et les pavés. La réussite graphique de cette séquelle est donc indéniable. Ce que confirme le décor gothique dans lequel se situe le climax, un musée des horreurs faisant la part belle aux figures de cire grimaçantes et aux instruments de torture en tout genre (de la potence à la guillotine en passant par la Vierge de Nuremberg). Pour tempérer quelque peu le propos, Abel Salazar (à la fois interprète du docteur Enrique et producteur du film) apporte parcimonieusement quelques touches de légèreté. Comme lorsqu’il tente d’expliquer à un policier borné la différence entre une chauve-souris et un vampire, affirmant sans sourciller : « l’une a des ailes, l’autre une cape » !

 

© Gilles Penso


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THOR LOVE AND THUNDER (2022)

Le super-héros viking et ses amis affrontent le redoutable « massacreur de dieux » dans cette aventure pseudo-parodique…

THOR LOVE AND THUNDER

 

2022 – USA

 

Réalisé par Taika Waititi

 

Avec Chris Hemsworth, Natalie Portman, Tessa Thompson, Christian Bale, Taika Waititi, Russell Crowe, Chris Pratt

 

THEMA SUPER-HÉROS I MYTHOLOGIE I SAGA MARVEL CINEMATIC UNIVERSE I MARVEL COMICS

La phase IV du Marvel Cinematic Universe aurait pu être celle de l’audace. Sans doute était-ce l’intention et le cahier des charges des cinéastes engagés pour donner un nouveau souffle à une franchise menaçant à tout moment de s’essouffler. Mais de l’audace à l’incongruité, il n’y a qu’un pas que le studio franchit allègrement au mépris de toute rigueur. Entre une prequel vide de sens (Black Widow), des seconds couteaux sans panache (Shang-Chi, Les Eternels), une attraction de fête foraine uniquement conçue pour faire exulter les fans (Spider-Man No Way Home) et un délire horrifique sans queue ni tête (Doctor Strange in the Multiverse of Madness), rien ne va plus au pays des super-héros de l’écurie Marvel. Le viking musclé incarné par Chris Hemsworth avait-il une quelconque chance d’inverser la tendance en créant une heureuse surprise ? Pourquoi pas ? Après tout, Taika Waititi était parvenu à donner un second souffle au dieu du tonnerre en concoctant un Thor Ragnarok impertinent en équilibre permanent entre le premier et le second degré. Le film n’était pas inoubliable mais présentait l’avantage d’apporter un peu de fraîcheur et de folie en un cocktail franchement sympathique. À la tête de Thor Love and Thunder, Waititi entend bien prolonger le plaisir en suivant une voie similaire. Mais la spontanéité un peu insolente de Ragnarok s’est évaporée au profit d’une approche plus calculée, plus consciente et moins sincère. Résultat : tout ce qui faisait mouche cinq ans plus tôt tombe ici lamentablement à plat.

D’emblée, on sent bien que le film cherche maladroitement la bonne tonalité. Tout commence par la mort d’un enfant affamé, sous les yeux de son père perclus de douleur (Christian Bale), puis par l’annonce du cancer incurable de Jane Foster (Natalie Portman) la condamnant sous peu à passer de vie à trépas. Passé ce double prologue tragique, la comédie débridée s’invite sans retenue. Sans doute Taikiki tente-t-il de retrouver l’équilibre fragile qui permettait à James Gunn de passer d’un drame (la mort d’une mère) à une fantaisie débridée (les aventures de Star-Lord et de ses coéquipiers) dans Les Gardiens de la galaxie. Cette tentative hasardeuse de rupture de ton aurait peut-être fonctionné si le scénario co-écrit par le réalisateur et Jennifer Kaytin Robinson s’était construit autour de personnages attachants aux arcs dramatiques solides. Mais les héros de Thor Love and Thunder ne sont que des pions décérébrés sur l’échiquier d’un récit abracadabrant ayant pour seule vocation la multiplication des gags et des morceaux de bravoure.

À Thor et à travers

Bien vite, une sensation de je-m’en-foutisme global entache l’intégralité du long-métrage. Thor s’est mué en une sorte de culturiste lourdaud tellement idiot que chacune de ses répliques semble avoir été écrite pour le Franck Dubosc de Camping ; Natalie Portman n’est clairement pas dans son élément lorsqu’il s’agit de jouer les gros bras ou de débiter des vannes à répétition ; Russell Crowe nous offre une apparition embarrassante en Zeus en jupette à l’accent indéfinissable qui manie sa foudre comme une majorette avec sa baguette ; quant aux Gardiens de la Galaxie, ils jouent les figurants dérisoires et se demandent visiblement ce qu’il font là. Seul Christian Bale semble y croire, s’impliquant à fond dans l’interprétation d’un super-vilain torturé en parfait décalage avec le détachement du reste du casting. Quelques idées amusantes ponctuent certes le métrage, comme New Asgard mué en village pour touristes (avec l’apparition de Matt Damon, Luke Hemsworth, Sam Neill et Melissa McCarthy en acteurs de théâtre) ou cette coloration « heavy metal » qui nimbe la totalité du film, notamment à travers l’utilisation de plusieurs morceaux de Guns N’Roses. Mais c’est bien insuffisant pour évacuer le sentiment de vide sidéral qui s’empare des spectateurs face à ce spectacle navrant.

 

© Gilles Penso

 

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LE FANTÔME VIVANT (1933)

Deux ans après sa prestation dans Frankenstein, Boris Karloff incarne un égyptologue vengeur revenu d’entre les morts…

THE GHOUL

 

1933 – GB

 

Réalisé par T. Haynes Hunter

 

Avec Boris Karloff, Cedric Hardwicke, Ernest Thesiger, Dorothy Hyson, Anthony Bushell, Kathleen Harrison, Harold Huth

 

THEMA ZOMBIES

Après son incroyable performance dans Frankenstein, il était normal que Boris Karloff se voie confier toutes sortes de figures monstrueuses, et notamment le rôle d’un mort-vivant, créature voisine du légendaire golem imaginé par Mary Shelley. Il interprète donc ici le professeur Morlant, un égyptologue obsédé par le pouvoir et l’immortalité des dieux de l’antiquité. Sur son lit de mort, alors qu’il exhale ses derniers soupirs, il dicte sa dernière volonté à son serviteur incarné par Ernest Thesinger (futur docteur Pretorius de La Fiancée de Frankenstein) : attacher à sa main un joyau secret nommé « La Lumière Éternelle », et empêcher quiconque de le lui ôter. Si un imprudent désobéit à cet ordre, Morlant promet qu’il sortira de sa tombe pour réclamer vengeance… Mais cette menace ne semble pas inquiéter la majorité du casting du film qui, sitôt le vieil excentrique décédé, va se mettre en tête de récupérer la pierre précieuse. Le Fantôme vivant vire alors au vaudeville d’épouvante, concentré dans sa dernière partie à l’intérieur de la maison de Morlant où chaque protagoniste lutte dans son propre intérêt, tandis que le zombie du professeur vient réclamer vengeance.

Le concept était intéressant, d’autant que le décor tourmenté créé par Alfred Junge (Les Mines du roi Salomon, Jeune et innocent), nimbé d’une photographie très contrastée jouant sur les zones d’ombre et les taches de lumière, se prête fort bien à l’atmosphère gothique qu’inspirait un tel récit. Mais cette production britannique financée par la branche anglaise de Gaumont souffre d’une mise en scène très statique signée T. Haynes Hunter (vétéran du cinéma muet dont ce Fantôme vivant sera l’un des derniers films avant son décès onze ans plus tard) et d’un jeu d’acteurs exagérément théâtral. Si le scénario de Roland Pertwee, John Hastings Turner et Rupert Downing s’inspire librement du roman « The Ghoul » de Frank King, l’une de ses sources d’inspirations majeure semble être La Momie de Karl Freund, où Karloff jouait déjà un « cadavre vivant » lié à l’Égypte antique.

D’entre les morts

Le film ne décolle qu’en de rares instants, à chaque apparition d’un Boris Karloff d’outre-tombe au visage en partie décomposé, au regard vitreux et au teint blafard. Très efficace, ce maquillage est l’œuvre de l’artiste allemand Heinrich Heitfeld. Hélas, ce mort-vivant féru d’égyptologie n’exerce qu’une molle vengeance dans son entourage, se contentant la plupart du temps d’effrayer les hommes et de faire crier les femmes. D’autant que le scénario juge utile de nous proposer finalement une explication rationnelle forcément décevante, avant l’incontournable incendie purificateur devenu l’un des lieux communs du genre. Karloff interprètera par la suite des zombies vengeurs bien plus mémorables, notamment dans Le Mort qui marche et The Man they Could not Hang. Le Fantôme vivant faillit bien disparaître corps et bien dans les limbes de l’oubli lorsque toutes les copies du film disparurent… Jusqu’à la découverte d’un exemplaire intact en 1969, qui permit aux cinéphiles de visionner enfin cette œuvre finalement assez anecdotique.

 

© Gilles Penso


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MEN (2022)

Le réalisateur d’Ex Machina et Annihilation nous plonge dans une campagne anglaise aux recoins très inquiétants…

MEN

 

2022 – USA / GB

 

Réalisé par Alex Garland

 

Avec Jessie Buckley, Rory Kinnear, Paapa Essiedu, Gayle Rankin, Sarah Twomey, Sonoya Mizuno, Zak Rothera-Oxley

 

THEMA FANTÔMES

Dès le tout début des années 2000, Alex Garland s’est affirmé auprès des amateurs de science-fiction et de fantastique comme un auteur à suivre de près. Après avoir signé les scénarios très remarqués de 28 jours plus tard, Sunshine et Dredd, il passait à la mise en scène avec deux œuvres d’exception : Ex-Machina et Annihilation. Pour son troisième long-métrage, Garland s’éloigne de la SF et de l’anticipation pour arpenter les sentiers de l’horreur psychologique. En apposant son style sur les mécanismes classiques de la « ghost story » campagnarde, le cinéaste semble vouloir ajouter une pierre à l’édifice d’une tendance popularisée par des films tels que The Witch, Under the Skin, Get Out, Hérédité ou Saint Maud : l’« elevated horror ». Derrière ce terme un peu pompeux s’abrite une sorte de nouvelle vague du film d’horreur détournant les codes du genre pour tenter une approche moins frontale, plus intellectuelle et plus minimaliste qu’à l’accoutumée. La plupart des exercices qui se rattachent à cette mouvance sont fascinants, sans évacuer tout à fait le risque de prendre l’horreur de haut en adoptant une posture condescendante et élitiste. Garland ayant lui-même abordé la science-fiction sous un angle réflexif et intime, il n’était finalement pas étonnant qu’il approche l’épouvante de la même manière.

Au début, le tableau est calme, paisible. Une femme regarde le paysage urbain crépusculaire depuis sa fenêtre, accompagnée par une chanson folk enjouée qui semble s’être échappée de Wicker Man. Il y a bien ce détail dérangeant, un peu de sang sur sa lèvre, mais à part ça rien de bien étrange. Londres semble sommeiller dans un soleil orange tandis que goutte une pluie timide. Soudain l’incongru surgit : un homme tombe dans le vide au ralenti en poussant un cri muet. Leurs regards se croisent l’espace d’un instant avec incrédulité. Puis il s’écrase au sol quelques dizaines de mètres plus bas. Cette scène traumatisante va hanter l’héroïne pendant tout le film. Parce que ce n’est pas une mort aléatoire. L’homme est son ex-mari. Tous deux étaient en train de se séparer, il menaçait de mettre fin à ses jours, une violente dispute a éclaté… Et maintenant l’homme est mort. Après ce suicide – à moins qu’il ne s’agisse d’un accident ? -, Harper Marlowe (Jessie Buckley) décide de partir dans le petit village anglais de Cotson pour décompresser et marquer une pause dans sa vie. La nature automnale joue efficacement le rôle de calmant. Mais les choses vont bientôt dégénérer…

Les fleurs du mâle

C’est par paliers que s’insinue l’étrangeté puis l’inquiétude et finalement l’horreur. Les hostilités s’enclenchent au moment où Harper découvre un grand tunnel au milieu de la forêt. L’écho permet à sa voix d’y rebondir et de se répondre elle-même en une sorte de concert polyphonique enchanteur. Mais la frayeur se niche au bout de ce tunnel sombre. N’est-il pas curieux qu’aucune présence féminine ne pointe le bout de son nez dans ce village reculé ? Tous les hommes que croise Harper finissent par révéler un comportement insolite, pour ne pas dire effrayant : le propriétaire de la maison qu’elle loue, le vicaire de l’église locale, le policier, le patron du pub, cet adulte au comportement d’enfant, et surtout cet homme muet qui se promène nu et semble vouloir la suivre partout… Les spectateurs les plus attentifs remarqueront que tous ces hommes sont interprétés par le même acteur, Rory Kinnear, un choix artistique qui augmente bien sûr le caractère anormal de la situation. Le mâle est donc une entité hostile dans ce film qui épouse un point de vue 100% féminin, un angle que Garland avait déjà adopté dans Annihilation. Rongée par une culpabilité croissante, Harper vit le dernier acte de Men comme un cauchemar éveillé, jusqu’à ce que le film nous assène des visions gore surréalistes dignes d’un From Beyond ou d’un Society. Mais ces passages excessifs ne servent pas la cause du Grand-Guignol ou de la satire sociale. Ils matérialisent de manière organique les terreurs autopunitives d’Harper, penchant psychanalytique des nouvelles chairs mises en scène par David Cronenberg, et achèvent sur une note déstabilisante ce conte horrifique décidément atypique.

 

© Gilles Penso

 

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976-EVIL (1988)

Pour son premier film en tant que réalisateur, Robert Englund met en scène un service téléphonique connecté directement au diable…

976-EVIL

 

1988 – USA

 

Réalisé par Robert Englund

 

Avec Stephen Geoffreys, Patrick O’Bryan, Lezlie Deane, Jim Meltzler, Maria Rubell, Sandy Dennis, J.J. Cohen, Darren E. Burrows, Gunther Jenson, Robert Picardo

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

À l’instar de 36-15 code : Père Noël, 976-Evil est un film dont le titre est rapidement devenu obsolète dans la mesure où il se réfère à un service en ligne en vogue dans les années 80 puis passé de mode. À l’époque, en tapant 976 puis un mot clé avec les touches du téléphone, il était possible d’avoir les prévisions des résultats sportifs, de discuter avec le Père Noël ou de participer à des conversations coquines. Il n’en faut pas plus pour enflammer l’imagination fébrile de deux scénaristes amateurs du cinéma de genre, Rhet Topham et Brian Helgeland. Le premier a écrit Trick or Treat. Le second est l’auteur du Cauchemar de Freddy puis entrera dans la cour des grands en signant les scripts d’œuvres du calibre de L.A. Confidential, Mystic River ou Man on Fire. Tous deux s’attellent donc à 976-Evil qui, comme son titre l’indique, met en scène un service téléphonique diabolique. La mise en scène échoit à Robert Englund. Après plusieurs années de bons et loyaux services face à la caméra (couronnées par Les Griffes de la nuit et ses suites qui le transformèrent en superstar de l’horreur), l’interprète de Freddy Krueger décide ainsi de passer à la mise en scène. Si ses capacités en ce domaine restent alors à prouver, l’argument marketing est imparable. « Freddy derrière la caméra ! » peut-on ainsi lire sur les posters du film.

Leonard « Spike » Johnson et Hoax Arthur Wilmoth sont deux cousins que tout sépare. Le premier est un sympathique bad boy en blouson noir incarné par le charismatique Patrick O’Bryan à l’aplomb impeccable. Le second est un geek complexé qui vit sous l’emprise de sa mère bigote et à qui Stephen Geoffreys (le fameux Evil Ed de Vampire vous avez dit vampire ?) prête ses traits juvéniles. L’un multiplie les conquêtes sur sa pétaradante moto virile, l’autre se contente de fantasmer et de subir les agressions des loubards du coin. Mais les choses vont changer avec l’apparition d’une petite carte publicitaire vantant les mérites du service d’horoscope en ligne « 976-Evil ». Spike est le premier à le tester. Mais la voix sépulcrale à l’autre bout du fil et les étranges coïncidences qui surviennent après ses prédictions en forme de poèmes sibyllins ne lui disent rien de bien qui vaille. Il lâche donc l’affaire. Lorsque Hoax tombe à son tour sur cet étrange service en ligne, la donne n’est plus la même. Il semble trouver là le moyen de combler ses frustrations et de prendre sa revanche sur ceux qui l’ont humilié…

Raccrochez, c’est une horreur !

L’idée était amusante, mais pour qu’elle donne naissance à un bon film il aurait fallu un scénario mieux construit, moins erratique et surtout plus abouti vis-à-vis des nouveaux pouvoirs du croquemitaine démoniaque que devient Hoax après une exposition prolongée à « la ligne du diable ». Car le voilà soudain mué en une sorte de démon grimaçant et farceur aux ongles crochus et à la peau reptilienne qui, selon l’inspiration, se venge à l’aide de tarentules (une scène dont le potentiel est en partie ruiné par l’apathie léthargique des pauvres bestioles), de ses griffes, de sa force soudain herculéenne ou de capacités paranormales incompréhensibles. Étant donné que la grande majorité des personnages adopte un comportement absurde et excessif et que personne n’est vraiment attachant, l’intérêt du spectateur s’émousse peu à peu. Robert Englund assure le service minimum, sans maladresse ni éclat. Sa mise en scène un peu anonyme s’appuie sur l’esthétique habituelle des films d’horreur de l’époque – elle-même sous influence des clips musicaux alors au sommet de leur vogue – et tente de compenser le manque de moyens par des effets spéciaux pas toujours très concluants mixant les prises de vues réelles et des décors miniatures. Même le maquilleur Kevin Yagher, habituellement plus inspiré (les sagas Freddy et Chucky, Les Contes de la crypte), se contente ici d’élaborer un monstre à la facture peu mémorable. Après 976-Evil, Robert Englund réalisera deux épisodes de la série Les Cauchemars de Freddy et beaucoup plus tard la comédie horrifique Killer Pad.

 

© Gilles Penso


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LA FURIE DU LOUP-GAROU (1972)

Cette quatrième aventure du loup-garou Waldemar mêle la lycanthropie, des expériences scientifiques contre-nature et des mutants bizarres…

LA FURIA DEL HOMBRE LOBO

 

1972 – ESPAGNE

 

Réalisé par José Maria Zabalza

 

Avec Paul Naschy, Perla Cristal, Verionica Lujan, Miguel de la Riva, José Marco, Francisco Amoros, Javier de Rivera, Ramon Lillo, Fabian Conde, Pilar Zorrilla

 

THEMA LOUPS-GAROUS I SAGA WALDEMAR DANINSKY

La Furie du loup-garou est le quatrième épisode de la « saga » consacrée au lycanthrope Waldemar Daninsky. Sa réalisation et sa distribution ayant été entravées par de nombreux problèmes de tous ordres, le film existe dans plusieurs versions aux montages différents, fut d’abord diffusé à la télévision aux États-Unis en 1974, ne sortit en salles en Europe qu’en 1975 et resta inédit chez nous. Un montage suédois titré Wolfman Never Sleeps contient même des séquences de sexe et de nudité, preuve que cet opus ne sait pas trop sur quel pied danser et part dans tous les sens. Car ici, Paul Naschy – acteur principal et scénariste – fait fi de toute continuité et de toute logique, contredisant à peu près tout ce que les épisodes précédents racontaient. Ainsi Waldemar Daninsky, que nous avons connu sous la défroque d’un noble villageois en pleine période gothique, est-il désormais un professeur d’université dans l’Espagne des années 1970. Même les origines du mal qui l’atteint ont changé. Si nous découvrions dans Les Vampires du docteur Dracula qu’il avait été mordu par l’homme-loup Imre Wolfstein pendant une battue en pleine campagne d’Europe de l’est, le scénario de La Furie du loup-garou nous apprend qu’il revient d’une expédition scientifique dans les montagnes du Tibet où il aurait contracté la terrible malédiction. Ce film lui invente même une épouse, Karin Daninsky, incarnée par Veronica Lujan.

Tout repart donc sur de nouvelles bases, aux accents d’une voix off introductive annonçant sur un ton lugubre : « Quand le soleil se couche au-delà des montagnes lointaines et que la pleine lune brille dans le ciel, quelque part sur la terre, un homme se transforme en loup. » Rendu fou de jalousie en apprenant que sa femme le trompait, ce bon vieux Waldemar se transforme en loup-garou dès la lune venue, tue l’épouse infidèle et son amant puis s’électrocute dans les bois en empoignant un câble à haute tension. La scientifique Ilona Ellman (Perla Cristal) fait alors exhumer son cercueil, dans une ambiance embrumée sous haute influence des productions Hammer Films. En émule du docteur Frankenstein, cette savante illuminée qui ne s’embarrasse guère de considérations éthiques ou morales décide de le ranimer en utilisant l’électricité, avec l’aide de trois assistantes plus ou moins consentantes. Son but est de prouver qu’elle est capable de contrôler à distance l’esprit humain. Bien sûr, rien ne se passera comme prévu…

La foire d’empoigne

Commencé par le réalisateur Enrique Equiluz, qui n’aura eu le temps de ne tourner qu’une seule séquence, La Furie du loup-garou sera finalement mis en boîte par José Maria Zabalza, un metteur en scène « paresseux, alcoolique et grossier » d’après le témoignage de Paul Naschy ! On imagine des relations très orageuses entre les deux hommes, ce qui explique en partie les nombreux raccourcis faciles et les innombrables incohérences qui entravent La Furie du loup-garou. Bourré de faux-raccords et de séquences qui s’enchaînent bizarrement au mépris de toute continuité, le film souffre de l’utilisation très maladroite d’un cascadeur qui remplace Paul Naschy dans de nombreuses séquences. Non content de porter un maquillage différent, il ne se déplace pas du tout de la même manière. Selon les plans, le lycanthrope sautille donc hystériquement avec bestialité ou marche droit comme un piquet. Pour rallonger le montage, Zabalza n’hésite pas non plus à reprendre intégralement une séquence des Vampires du docteur Dracula et à l’intégrer artificiellement dans le montage. Portant une tenue différente de celle des autres séquences, Waldemar agresse ainsi un homme et sa fille dans leur bicoque d’un autre siècle. Bref rien ne va plus dans cette foire d’empoigne qui mélange les intrigues amoureuses de soap opera, les mutants bizarres (dont l’un se cache derrière un masque à la Fantôme de l’opéra), les hippies hilares enchaînés dans une crypte, un homme-plante, une louve-garou et un vilain qui endosse une armure de chevalier comme s’il sortait d’un sketch des Monty Pythons ! Très drôle au second degré, La Furie du loup-garou a sombré aujourd’hui dans un oubli légitime.

 

© Gilles Penso

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