SAINT MAUD (2019)

Une jeune infirmière est persuadée que la patiente dont elle s’occupe est possédée par le Mal et qu'elle doit sauver son âme…

SAINT MAUD

 

2019 – GB

 

Réalisé par Rose Glass

 

Avec Morfydd Clark, Jennifer Ehle, Lily Knight, Lily Frazer, Turlough Convery, Rosie Sansom, Marcus Hutton, Carl Prekopp, Noa Bodner, Takatsuna Mukai

 

THEMA DIEU, LES ANGES ET LA BIBLE

Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Saint Maud est en effet le premier long-métrage de Rose Glass, et son impact fut tel qu’il monta quasiment sur le piédestal des classiques immédiats. Après avoir étudié le cinéma et la vidéo au College of Communication de l’Université des Arts de Londres, où elle tourna ses premiers courts-métrages personnels, Rose Glass côtoya l’ambiance des plateaux de tournage professionnels en jouant les coursières. Au sortir de la très prestigieuse NFTS (National Film and Television School), elle dirigea un court-métrage plus abouti que les précédents, Room 55, qui pava progressivement la voie de Saint Maud. Le scénario de ce projet de long s’écrit par bribes dans sa tête puis sur le papier et connaît de nombreuses itérations. Dans un premier temps, l’histoire personnelle et le passé de son personnage principal sont très détaillés. Trop sans doute, d’autant que la jeune réalisatrice constate alors de fortes similitudes avec Carrie. Elle revoit donc sa copie plusieurs fois jusqu’à aboutir à la version qu’elle se sent prête à tourner. Le producteur Oliver Kassman, impressionné par Room 55, se lance dans l’aventure de ce premier long-métrage, entièrement financé par Film4 et le British Film Institute.

Morfydd Clark, qui fut l’une des dernières comédiennes à passer une audition pour le film, entre avec un naturel déconcertant dans la peau de Maud, infirmière dans un hospice récemment convertie au catholicisme romain. Après avoir quitté ses fonctions suite à un traumatisme qui nous est à peine suggéré, elle décide de travailler dans le privé et se met au service d’Amanda (Jennifer Ehle), une ancienne danseuse vedette frappée par une maladie lente et incurable. Maud fait du mieux qu’elle peut pour soigner Amanda, dont les dernières bribes de vie mondaine la poussent à se livrer à quelques excès du côté de l’alcool et du sexe. Des excès que Maud réprouve, bien sûr. Car sa bigoterie n’est pas une simple coquetterie. Maud dialogue régulièrement avec Dieu, persuadée d’avoir été placée sur Terre pour accomplir de grandes choses au nom du Seigneur. Et si elle comprend l’importance de prodiguer des soins palliatifs, elle sent bien qu’une mission plus importante l’attend. Ne s’agirait-il pas de sauver l’âme en perdition d’Amanda ? « Comment la frivolité pourrait-elle rivaliser avec la chaleur du Père céleste ? » lui demande un soir Amanda avec ironie, l’incitant à abandonner sa rigidité pour s’amuser un peu. C’est la goutte d’eau qui va faire déborder le vase…

Les voies du Seigneur…

Au départ, l’ambiance est feutrée, chaude et paisible. Mais l’on se doute bien que derrière cette accalmie couve une tempête. La grande force du film est de ne pas traiter Maud comme un être solitaire, triste et renfrogné. Lorsqu’on adopte son point de vue, on découvre une jeune fille épanouie à sa manière, car elle semble vivre une étrange histoire d’amour avec la voix qui résonne dans sa tête : celle de Dieu. À l’instar d’une Benedetta, elle dialogue avec cette présence céleste, cherche à percer ses intentions, même si elle les sait impénétrables. Malgré ce mysticisme exacerbé, Maud n’est finalement pas différente de ses semblables : elle cherche un but à sa vie, une raison à sa présence ici-bas et une relation épanouie – fut-ce avec le Seigneur. Mais le rapport qu’elle entretient avec la religion n’a rien de serein. Elle se cherche, s’inflige des autoflagellations de plus en plus douloureuses. Parfois, des crises la saisissent et la plongent dans une sorte d’état second, quelque part entre l’agonie et l’extase. Dans ces moments-là, on la croirait possédée. Puis viennent les signes, les hallucinations et les voix… Nimbé d’une photographie somptueuse, porté à bout de bras par une comédienne principale en état de grâce, Saint Maud est une œuvre d’exception, dont les stigmates sur les spectateurs perdurent longtemps après son générique de fin.

 

© Gilles Penso

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AUDITION (1999)

Un producteur de films qui cherche à se remarier organise un faux casting pour trouver la femme idéale. Mais celle qu’il trouve cache bien son jeu…

ÔDISHON

 

1999 – JAPON / CORÉE DU SUD

 

Réalisé par Takashi Miike

 

Avec Ryo Ishibashi, Eihi Shoona, Tetsu Sawaki, Jun Kunimura, Renji Ishibashi, Miyuki Matsuda, Toshie Negishi, Ren Osugi, Ken Mitsuishi

 

THEMA TUEURS

Le succès international de Ring a provoqué bien des remous au sein de la société de production japonaise Omega Project, logiquement disposée à réitérer cet exploit. Mais au lieu de capitaliser une fois de plus sur « la fille fantôme aux cheveux sales » qui fera école un peu partout dans le monde et suscitera de nombreuses imitations, plagiats, suites et remakes, on cherche l’originalité et la surprise. L’attention se porte donc sur le roman « Audition » de Ryu Murakami, publié au Japon en 1997. Mélange troublant de romance, d’épouvante psychologique et d’horreur graphique, ce livre au rythme soutenu semble pouvoir bien se prêter à une adaptation cinématographique. Pour le mettre en image, on sollicite le scénariste Daisuke Tengan et le réalisateur Takashi Miike. Ce dernier voit là l’opportunité de porter aux nues son style atypique en s’appuyant sur un texte qui ne l’est pas moins. S’entourant de plusieurs collaborateurs avec lesquels il a déjà eu l’occasion de travailler par le passé, Miike tourne à Tokyo en trois semaines, emballant avec efficacité cet Audition qui demeure aujourd’hui encore l’un de ses films les plus emblématiques et les plus appréciés.

Le point de départ d’Audition pourrait être celui d’une excellente comédie romantique. Aoyama, 42 ans, est un producteur de films qui a toujours du mal à se remettre de la mort de son épouse disparue il y a sept ans. Il traine depuis une certaine morosité. « La solitude est le mal du siècle du Japonais » lui dit l’un de ses collaborateurs. Un jour, suivant les conseils de son fils adolescent, il décide de se remarier. Mais comment trouver la femme idéale ? Son ami Yasuhisa Yoshikawa, producteur de cinéma, a une idée : organiser une audition, sur la base d’un scénario de film mettant en vedette une héroïne qui a toutes les caractéristiques de la femme que recherche Aoyama. Le principe est un peu dingue, mais pourquoi pas ? S’ensuit une séquence de casting elliptique désopilante où toutes sortes de comédiennes se prêtent au jeu du casting, de la plus introvertie à la plus exubérante. Lorsque se présente enfin Asami, une jeune femme d’une troublante beauté, Aoyama en tombe instantanément amoureux. S’agit-il de l’âme sœur tant espérée ? Le postulat est suffisamment prenant pour nous faire oublier que nous sommes censés visionner un film d’horreur. De fait, Audition met du temps à révéler son vrai visage, malgré quelques plans fugaces et inquiétants dont on ne perçoit pas vraiment la portée, notamment ces images troublantes d’Asami chez elle, prostrée dans l’obscurité, à côté d’un grand sac qui semble contenir quelque chose de vivant…

Kiri-kiri-kiri

Lorsqu’enfin Aoyama et Asami connaissent l’extase dans les draps d’une chambre d’hôtel idyllique, tout bascule. À partir de là, il n’est pas impossible d’envisager que l’expérience traumatisante que va vivre notre héros est le fruit fiévreux d’une paranoïa grandissante. Mais comment en être sûr ? Toujours est-il que Miike se lâche alors dans les visions cauchemardesques atroces : un homme mutilé sans doigts, sans pieds, sans oreille, sans langue, qui vit dans un sac en toile et se nourrit du vomi d’Asami ; un flash-back éprouvant au cours duquel une petite fille est torturée par un vieil oncle libidineux ; ou encore cette séquence de torture finale entrée dans la légende, où la jeune femme muée en bourreau s’amuse à chantonner « kiri-kiri-kiri » tout en faisant subir à sa victime les pires outrages. Détournant l’imagerie classique du fantôme japonais (la tenue blanche symbole de mort, la longue chevelure noire), Asami est un monstre atypique qui semble trouver dans les sévices physiques des vertus révélatrices. « Les mots mentent, seule la souffrance dit la vérité », dit-elle à son captif hurlant, ou encore « seule une épreuve atroce nous révèle notre vrai visage ». Et tandis que le visage avenant d’Asami se substitue furtivement à ceux de la secrétaire d’Aoyama ou de la petite-amie de son fils, nous nageons en pleine confusion. Pour être honnête, la morale de cette histoire nous échappe quelque peu. On sent bien en filigrane une volonté d’aborder les sujets de l’enfance maltraitée, de l’inceste, de l’objectification des femmes. Mais quelque chose nous dit que ce n’est qu’un prétexte, que Miike ne cherche à développer aucun discours social ou moral, s’amusant juste avec les nerfs de ses spectateurs qu’il met à rude épreuve. Le pari est réussi, dans la mesure où Audition s’est quasi-immédiatement mué en film-culte, échappant à tous les critères habituels du cinéma d’horreur classique.

 

© Gilles Penso

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LIZA THE FOX-FAIRY (2015)

Une infirmière de trente ans est victime d’une étrange malédiction qui voit mourir tous ses prétendants dès le premier rendez-vous…

LIZA, A ROKATÜNDER

 

2015 – HONGRIE

 

Réalisé par Karoly Ujj Meszaros

 

Avec Monika Balsai, David Sakurai, Szabolcs Bede-Fazekas, Piroska Molnar, Zoltan Schmied, Antal Cserna, Gabor Reviczky, Mariann Kocsis, Agi Gubik, Lehl Kovacs

 

THEMA FANTÔMES I MORT

C’est la pièce de théâtre « Liselotte és a május » (« Liselotte au mois de mai »), écrite par l’auteur hongrois Zsolt Pozsgai, qui sert d’inspiration au scénario de Liza the Fox-Fairy. L’œuvre originale, montée sur scène un peu partout dans le monde, présente la particularité de mettre en scène une trentenaire incapable de rencontrer l’amour dans la mesure où chacun de ses prétendants (sept au total, tous interprétés par le même comédien) meurt lors du premier rendez-vous. Trouvant dans cette pièce la matière idéale pour nourrir un long-métrage singulier, mélange de comédie romantique et de fable fantastique extravagante, le cinéaste Karoly Ujj Meszaros y injecte sa propre sensibilité, et notamment un goût particulier pour la culture japonaise (non seulement le folklore ancestral traditionnel mais aussi la musique pop nippone des années 60 et 70). Séduite par le concept, la compagnie FilmTeam finance le film, à hauteur d’un budget raisonnable équivalent environ à un million et demi de dollars américains. Confiant, le réalisateur s’appuie sur des astuces de mise en scène, un nombre limité de décors et des acteurs choisis avec soin qu’il fait répéter pendant un mois avant que ne commence le tournage.

Nous sommes dans une Hongrie imaginaire des années 70, régie par un système capitaliste calqué sur le modèle américain. Liza (Monika Balsai) est une infirmière de trente ans, naïve et solitaire. Voilà douze ans qu’elle prend soin de Marta (Piroska Molnar), la veuve de l’ancien ambassadeur du Japon. Son seul ami est Tomy Tani (David Sakurai), le fantôme d’un chanteur pop japonais des années cinquante qui ne chante que pour elle et se déhanche comme Elvis, le micro à la main, le sourire éclatant, le cheveu gominé et le costume impeccable. Mais ce spectre n’est affable qu’en apparence. Pris d’une jalousie maladive, il fait passer de vie à trépas tous ceux qui pourraient gâcher la relation exclusive qu’il a avec Liza. Ainsi, alors qu’elle se rend dans un fast-food le jour de son anniversaire en espérant y rencontrer le grand amour, Tomy provoque la mort de la vieille Marta. Liza hérite alors de l’appartement, ce qui provoque la colère de la famille cupide de la défunte. Dès lors, chaque fois qu’un homme s’intéresse à elle, il passe aussitôt l’arme à gauche. Le sergent de police Zoltan (Szabolcs Bede-Fazekas) est chargé d’enquêter sur cette femme soupçonnée d’agir comme une meurtrière en série. Si Liza n’a rien d’une mante religieuse, elle est bien consciente qu’un étrange mal s’acharne autour d’elle. Et si elle était victime de la malédiction des « femmes renards », ces créatures de la mythologie japonaise condamnées à voir mourir tous les hommes qui tombent amoureux d’elles ?

 

Femme fatale

Liza the Fox-Fairy se visionne comme on prend un bol d’air. Son ambiance acidulée gorgée de fraîcheur, son style qui ne ressemble à rien de connu (même si l’on peut parfois être tenté de faire un rapprochement avec Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain), sa tonalité insolite toujours légère malgré la gravité de certaines situations, toutes ces choses échappant aux sentiers battus emportent immédiatement l’adhésion. Le caractère « film d’époque » n’est jamais ostentatoire. Certes, la colorimétrie, les tenues vestimentaires et les coupes de cheveux évoquent les seventies. Mais le conte reste atemporel, constellé de discrets mais très efficaces effets visuels empreints de poésie. Partisan d’un humour volontiers absurde, Karoly Ujj Meszaros nous offre une galerie de prétendants tous plus grotesques les uns que les autres (le glouton, le timide maladif), transforme son sergent de police en émule de Buster Keaton victime imperturbable d’accidents de plus en plus spectaculaires, tapisse progressivement la moquette de l’appartement de Liza d’un nombre croissant de silhouettes au ruban adhésif évoquant les victimes y ayant péri, bref nous transporte dans un univers joyeusement décalé. D’autant que l’infortunée protagoniste conserve sans cesse son innocence et sa candeur malgré l’avalanche de cadavres qui tombent comme des mouches autour d’elle… Cette jolie surprise est hélas passée un peu inaperçue. C’est le lot des œuvres atypiques refusant résolument d’entrer dans les cases.

 

© Gilles Penso


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LA FEMME GORILLE (1943)

Un éminent scientifique pratique des expériences contre-nature pour transformer un gorille femelle en jeune femme !

CAPTIVE WILD WOMAN

 

1943 – USA

 

Réalisé par Edward Dmytryk

 

Avec Evelyn Ankers, John Carradine, Milburn Stone, Lloyd Corrigan, Acquanetta, Martha Vickers, Fay Helm, Vince Barnett, Paul Fix, Ray Corrigan

 

THEMA SINGES I MÉDECINE EN FOLIE

Dès 1940, le studio Universal annonce le projet Captive Wild Woman sans pour autant se montrer très explicite sur le concept du film. Certains posters promotionnels montrent une sauvageonne armée d’un couteau au milieu de la jungle, d’autres une femme plus moderne aux allures de furie, mais en réalité aucun de ces visuels ne correspond au résultat final. La mise en production elle-même est indécise. Après un tournage annoncé en 1941, les premiers tours de manivelle ne commencent qu’en décembre 1942 sous la direction d’Edward Dmytryk, ancien monteur devenu vétéran de la série B. Conçu à l’économie, Captive Wild Woman recycle de très larges extraits de The Big Cage, un film de cirque réalisé par Kurt Neumann en 1933 avec le dompteur Clyde Beatty dans le rôle principal. Quatre scénaristes (Ted Fithian, Neil Varnick, Griffin Jay et Henry Sucher) sont donc chargés de se creuser la tête pour imaginer une histoire rocambolesque qui puisse intégrer un maximum d’images empruntées à The Big Cage. Le récit auquel ils aboutissent va s’avérer parfaitement invraisemblable.

Le dresseur d’animaux Fred Mason (Milburn Stone) revient de son dernier safari avec une horde d’animaux pour son employeur John Whipple (Lloyd Corrigan), propriétaire d’un cirque à son nom. Parmi eux se trouve Cheela, un gorille aux caractéristiques remarquablement humaines. Comme on pouvait s’y attendre, le film n’utilise pas un vrai singe mais un homme dans un costume velu (le cascadeur Ray Corrigan, habitué à cet exercice depuis Tarzan l’homme singe en 1932). La fiancée de Mason, Beth Colman (Evelyn Ankers), lui parle des récents problèmes de santé de sa sœur Dorothy (Martha MacVicar). Beth envisage d’emmener sa sœur chez un endocrinologue réputé, le docteur Sigmund Walters. C’est ce bon vieux John Carradine, alors en début de carrière, qui prête ses traits anguleux à cet éminent médecin visiblement bien sous tous rapports. Sauf qu’il s’agit en réalité d’un savant fou. Son projet ? Kidnapper la guenon Cheela, lui injecter les glandes de sa patiente Dorothy, lui greffer le cerveau de son infirmière (Fay Helm) et voir ce que ça donne !

La belle est la bête

Nous nageons donc joyeusement en plein n’importe quoi, dans l’ne de ces productions fantastiques décomplexées dont le cinéma pulp des années 30-40 avait le secret. D’autant que le résultat de cette expérience impensable est une très jolie jeune femme interprétée par Acquanetta, ancien mannequin newyorkais devenue comédienne à l’occasion des Mille et une nuits en 1942. Le poster de Captive Wild Woman est évidemment trompeur, capitalisant sur l’image classique du gorille qui porte une jeune femme dans ses bras. Or ici, la belle et la bête ne font qu’un ! Acquanetta ne prononce pas un seul mot dans le film, mais le véritable effet spécial c’est elle. Chacun de ses gros plans muets magnétise littéralement l’écran, bien plus que le faux primate incarné par Ray Corrigan. D’ailleurs en dehors de sa présence, le film perd beaucoup de son intérêt, se contentant principalement de montrer des acteurs qui regardent des images d’archives d’animaux, le long d’interminables numéros de domptage qui font office de remplissage. Mais heureusement, revoilà Acquanetta en fin de métrage qui, soudain prise d’accès de jalousie, se transforme en créature simiesque mi femme-mi singe grâce à un maquillage astucieux de Jack Pierce. Bref La Femme gorille est un film parfaitement absurde mais très distrayant.

 

© Gilles Penso


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LES ENVOÛTÉS (1987)

Martin Sheen plonge dans un monde cauchemardesque de sorcellerie tribale et de sacrifices humains…

THE BELIEVERS

 

1987 – USA

 

Réalisé par John Schlesinger

 

Avec Martin Sheen, Helen Shaver, Harley Cross, Robert Loggia, Elizabeth Wilson, Harris Yulin, Lee Richardson, Richard Masur, Jimmy Smits

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

John Schlesinger est un réalisateur d’exception, signataire d’œuvres bouleversantes et inconfortables telles que Macadam Cowboy ou Marathon Man. À l’occasion des Envoûtés, il collabore avec le scénariste Mark Frost, futur co-créateur avec David Lynch de la mythique série Twin Peaks. L’association de ces deux talents atypiques, combinée au roman « La Religion » de Nicholas Conde qui leur sert d’inspiration, donne naissance à un long-métrage très étrange, interrogeant nos croyances et nos convictions en se réappropriant les codes du cinéma d’horreur. Dès les premières secondes, Schlesinger parvient à instiller le malaise par petites touches discrètes mais insidieuses. C’est une note de musique un peu trop insistante, un report de mise au point au milieu d’un plan-séquence, un bruit de respiration en arrière fond, un gros plan légèrement appuyé, une flaque sur le sol, une étincelle. À travers le miroir déformant de sa caméra, la scène la plus quotidienne devient vecteur d’angoisse. Et lorsque le drame survient, nous sommes déjà conditionnés sans vraiment savoir à quoi nous attendre. Un matin comme les autres, un stupide accident domestique prive soudain le psychiatre Cal Jamison de son épouse, sous les yeux terrifiés de son fils Chris. Le réalisateur enchaîne alors les mouvements de tête frénétiques de la femme qui s’électrocute avec ceux d’un danseur tribal en transe. En quelques minutes, tout l’esprit du film est déjà là.

Après le drame, le thérapeute s’installe avec son fils à New York. Mais un jour, la police le sollicite pour participer à une enquête liée à d’horribles meurtres sacrificiels. Les victimes sont des enfants retrouvés éventrés et dépecés selon un rituel d’Amérique centrale appelé Santeria. Parallèlement, nous assistons à l’arrivée en ville d’un sorcier africain qui trimballe dans sa valise le kit du parfait amateur de vaudou et hypnotise un agent de l’aéroport d’un simple regard. Tous ces événements disparates vont s’avérer liés les uns aux autres, jusqu’à toucher notre héros et son fils de très près. L’efficacité du film repose beaucoup sur son casting hors pair. Martin Sheen est comme toujours impeccable, endossant ici le rôle d’un homme cartésien et imperturbable dont les failles ne cessent de s’agrandir et dont les convictions vacillent. Robert Loggia incarne à merveille un lieutenant de police aguerri en proie lui aussi au doute. Jimmy Smits joue l’un de ses collègues, un policier superstitieux qui bascule dans le délire paranoïaque jusqu’au point de rupture. Même le jeune fils du héros, interprété par Harley Cross, déborde de crédibilité et de justesse. Quant à Malick Bowens, il s’avère extrêmement impressionnant en sorcier au regard glacial et aux traits impassibles. C’est lui qui donne corps à l’impensable…

Croire à l’incroyable

La rupture entre le cadre urbain et les rites primitifs s’invite très tôt dans le film, à travers ces joueurs de bongo qui rythment les pas des quidams de Central Park, puis via la vision des restes macabres de ce qui ressemble à des sacrifices d’animaux. Ces images sinistres – une tête de chat coupée grignotée par des mouches, une carcasse d’animal qui flotte dans les eaux new-yorkaises – précèdent celles beaucoup moins soutenables de corps d’enfants mutilés. La caméra de Schlesinger ne s’y attarde pas, mais les regards horrifiés de Martin Sheen et Robert Loggia suffisent à évoquer l’indicible. Dans Les Envoûtés, le traitement du fantastique reste réaliste, dans la mesure où le surnaturel se rattache à des pratiques religieuses tangibles. Les croyances monothéistes, les superstitions et les cultes païens finissent d’ailleurs par s’entrechoquer en effaçant leurs différences au fil du récit. Cette approche rappelle par bien des aspects celle d’Angel Heart ou de L’Emprise des ténèbres. Jamais ostensibles, les phénomènes inexpliqués restent impressionnants parce que justement inscrits dans une réalité palpable, ce qui n’empêche pas le basculement dans l’incroyable, comme en témoignent l’éprouvante séquence des araignées surgies d’une blessure ou la découverte lugubre de serpents vivants dans les entrailles d’un homme. La paranoïa croissante qui gagne notre protagoniste n’est pas très éloignée de celle de Rosemary’s Baby. Car les êtres les plus proches cachent bien leur jeu et le mal s’insinue partout, comme une eau noire et fétide sapant les fondations d’une société aux apparences trompeuses.

 

© Gilles Penso


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LE GOLEM (1920)

Un grand classique du cinéma expressionniste allemand, qui servira d’inspiration majeure au Frankenstein des studios Universal…

DER GOLEM : WIE ER IN DIE WELT KAM

 

1920 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Paul Wegener et Carl Boese

 

Avec Paul Wegener, Albert Steinrück, Lyda Salmonova, Ernst Deutsch, Hans Stürm, Max Kronert, Otto Gebühr, Dore Paetzold

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

La vieille légende du Golem, un être de glaise ramené à la vie par un rabbin de Prague pour secourir le peuple juif, inspire tant le cinéaste Paul Wegener qu’il lui consacrera trois films. Le premier, Le Golem, date de 1914, mais le réalisateur n’en est pas pleinement satisfait, à cause de nombreux compromis auxquels il doit se soumettre auprès de la compagnie de production. Le second, Le Golem et la danseuse (1917), utilise le célèbre mythe comme prétexte pour une comédie sentimentale. Ces deux films ont disparu à ce jour. Mais la troisième version est très probablement la plus intéressante, du moins celle que préfère Wegener, dans la mesure où elle s’efforce de traduire le plus fidèlement possible cette histoire mythique telle qu’il l’entendit en Tchécoslovaquie lorsqu’il tournait L’Étudiant de Prague. Paul Wegener s’implique pleinement dans Le Golem de 1920, le co-réalisant avec Carl Boese, écrivant le scénario à quatre mains avec Henrik Galeen et décidant même de jouer la créature lui-même. Subdivisé en cinq chapitres, le film est tourné dans les studios Tempelhof de Berlin, où l’architecte et designer Hans Poelzig édifie des décors stylisés qui ont marqué les mémoires.

Les premières images du film, dans lesquelles le Rabbi Loew observe la voûte stellaire du haut d’une tour aux formes griffues, nous offrent des tableaux féeriques pas très éloignée des facéties de Georges Méliès. Mais ensuite, c’est l’expressionnisme dans toute sa splendeur qui jaillit à l’écran, à travers les superbes décors tourmentés aux architectures tordues et courbes dans lesquels évoluent les personnages. Rien n’est rectiligne dans cette vision fantasmée du ghetto juif de Prague, contrairement au palais de l’empereur qui se soumet volontiers à une géométrie plus classique. Le film joue justement sur la rupture stylistique de ces deux univers. À la fois philosophe et magicien, Loew voit dans les étoiles l’annonce d’un grand danger pour son peuple. Or l’empereur Rodolphe II vient justement de publier un décret ordonnant aux Juifs de quitter la ville immédiatement. Pour protéger les siens, le vénérable rabbin s’appuie sur les préceptes de la kabbale et construit une massive statue d’argile, le Golem, qu’il va rendre vivante avec l’assistance d’un de ses étudiants. Mais pour y parvenir, il doit s’aider d’un vieux manuel de nécromancie et évoquer Astaroth, « le gardien du mot de la vie ».

Le gardien du mot de la vie

Des séquences de pure magie s’enchaînent alors : Loew qui trace avec une baguette un cercle imaginaire se transformant en rond de fumée, des feux follets qui s’agitent autour de lui, prélude au plongeon dans un monde parallèle effrayant. Car une tête blafarde et démoniaque flotte soudain dans les airs, celle d’Astaroth. Sa bouche crache bientôt de la fumée et délivre le mot magique : « Aemaet » (variante d’« Emeth » qui signifie « vérité » en hébreu). L’inventivité jaillit partout dans cette scène, couturée d’éclairs électriques dessinés à même la pellicule. La mise en scène étonnamment moderne de Wegener joue sur la profondeur de champ, notamment dans ce plan où Loew, après avoir installé le Golem avec son assistant au milieu de son atelier, vient tout près de la caméra pour déposer le mot magique dans l’étoile de David qu’il va ensuite placer sur la poitrine de la statue, le tout en plan-séquence. Et puis soudain, la statue ouvre ses yeux et tourne sa tête. Son regard semble autant effrayé que menaçant. Malgré son aspect monolithique, le monstre révèle une certaine sensibilité (il s’émeut en sentant une fleur) et ne laisse pas insensible les belles dames du palais qui lui font les yeux doux, subjuguées par la force qu’il dégage. L’influence de ce film sur le Frankenstein de James Whale est indiscutable. La démarche claudicante, les bottes surélevées, les gestes brusques, le regard enfantin, le grand incendie, la scène avec la petite fille, le motif du créateur perdant le contrôle de sa créature et bien sûr l’esthétique expressionniste, beaucoup de choses évoquent le futur classique de James Whale. La photographie du Golem est d’ailleurs signée Karl Freund, qui travaillera plus tard pour le studio Universal, signant la lumière de Dracula avant de réaliser La Momie.

 

© Gilles Penso

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SLAVE GIRLS – ESCLAVES DU FUTUR (1987)

Une variante improbable des Chasses du comte Zaroff avec des captives en bikini, des robots, des mutants et des zombies…

SLAVE GIRLS FROM BEYOND INFINITY

 

1987 – USA

 

Réalisé par Ken Dixon

 

Avec Elisabeth Kaitan, Cindy Beal, Brinke Stevens, Don Scribner, Carl Horner, Kirk Graves, Randolph Roehbling, Fred Tate

 

THEMA FUTUR I ROBOTS I MUTATIONS I ZOMBIES I SAGA CHARLES BAND

Slave Girls From Beyond Infinity : « Les filles esclaves d’au-delà de l’infini ». C’est sur la base de son seul titre imagé que ce film de SF au budget très modeste est financé et vendu, le prolifique Charles Band prenant en charge sa distribution sur le territoire américain. A la tête de cette œuvre étrange se trouve le réalisateur, scénariste et producteur Ken Dixon, signataire du déjà gratiné The Erotic Adventures of Robinson Crusoe et de plusieurs documentaires aux titres évocateurs (The Best of Sex and Violence, Filmgore, Zombiethon). Le ton de Slave Girls est donné dès les premières secondes, lorsqu’une fille court vêtue à la poitrine avantageuse s’enfuit d’un air effrayé dans une forêt sinistre, poursuivie par une sorte de créature bipède insectoïde qui lance des rayons laser. Puis nous changeons de décor. Nous voilà dans un vaisseau spatial prison où croupissent Daria et Tisa, deux jolies captives en bikini (leur tenue étant visiblement calquée sur celle de Raquel Welch dans Un million d’années avant JC) incarnées par Elizabeth Kaitan et Cindy Beal. Elles parviennent à s’échapper en volant une navette mais se crashent bientôt sur une planète inconnue. Daria et Tisa se retrouvent dans une sorte de palace étrange empli de trophées d’animaux divers (y compris un mammouth et un ours des cavernes) et gardé par deux robots massifs. Leur hôte est le beau Zed (Don Scribner). Le cheveu gominé, la chemise ouverte sur un poitrail viril, le pantalon en cuir bien serré et de faux airs de Christian Bale, le bellâtre semble avenant. Mais le soir, il organise des chasses à l’homme dans la forêt avec les naufragés qui s’échouent sur son île.

Slave Girls est donc un remake futuriste officieux des Chasses du comte Zaroff, dont il reprend non seulement la structure et les situations mais aussi un certain nombre de dialogues, notamment pendant la scène du dîner. De l’hommage au plagiat, la différence est très ténue. Même le nom du chasseur, Zed, renforce le trait, tout comme son arme fétiche : une arbalète. Les deux robots patibulaires remplacent les serviteurs inquiétants et les meutes de chiens du classique de 1932. Elisabeth Kaitan et Carl Horner reprennent quant à eux les rôles tenus jadis par Fay Wray et Joel McCrea, gambadant dans une jungle brumeuse reconstituée dans un studio visiblement minuscule. Nous avons même droit au tronc d’arbre couché en guise de pont au-dessus d’un ravin (une peinture sur verre habilement incrustée, reconstitution low cost d’un célèbre élément de décor de Zaroff mais aussi de King Kong). Sélectionnés prioritairement pour leur présence physique, les acteurs jouent tous de manière approximative et les trois comédiennes principales semblent surtout avoir obtenu le rôle grâce à leur manque de pudeur. Elles passent en effet la quasi-totalité du film en petite tenue et se livrent à quelques scènes de nudité et d’érotisme qui surprirent à l’époque des spectateurs mal informés, persuadés d’avoir affaire à une inoffensive série B tout public.

Grand film, grande production, grandes filles

En charge de la création des deux robots trapus aux larges épaulettes au service de Zed, John Carl Buechler (Re-Animator, From Beyond) nous offre aussi les inénarrables « Phantazoids », des espèces de mutants cyborgs difformes à la gueule verticale et aux yeux luisants. Pour varier les plaisirs, nous avons aussi droit à des zombies et des mutants blafards beaucoup plus rudimentaires, conçus par le maquilleur Joe Reader (qui œuvrera tout de même sur Terminator 2 et Jurassic Park quelques années plus tard !). Les amateurs de science-fiction bon marché apprécient aussi les sympathiques maquettes de vaisseaux spatiaux et les effets visuels naïfs à la Star Crash supervisés par Mark Wolf et John Eng, également coproducteurs du film. Quant à la musique de Carl Dante, elle évite les synthétiseurs habituels au profit d’une petite formation orchestrale sans éclat mais agréable à l’écoute. A défaut d’être inoubliable, Slave Girls est donc un petit plaisir coupable plein de charme. Les posters américains du film s’exclamaient à l’époque : « Grand film, grande production, grandes filles ! ». En France, où le film sortit en VHS sous le parrainage de la comédienne Catherine Falgayrac (la fameuse Sangria de l’émission « Les Accords du Diable »), les slogans osaient le tout pour le tout : « Sexe et violence sont les deux mamelles dont elles usent sans pitié ni remords » !

 

© Gilles Penso

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STAR TREK : SANS LIMITES (2016)

Pour clore la trilogie amorcée en 2009, J.J. Abrams cède le pas à un grand spécialiste du cinéma d’action, pilier de la saga Fast and Furious

STAR TREK BEYOND

 

2016 – USA

 

Réalisé par Justin Lin

 

Avec Chris Pine, Zachary Quinto, Karl Urban, Zoe Saldana, Simon Pegg, John Cho, Anton Yelchin, Idris Elba, Sofia Boutella

 

THEMA SPACE OPERA I FUTUR I SAGA STAR TREK

Pour les amateurs de Star Trek, 2016 est une année très spéciale puisqu’elle célèbre les cinquante ans de la saga inventée par Gene Roddenberry. Pour marquer le coup, un troisième épisode consacré à la franchise telle qu’elle fut réinventée en 2009 par J.J. Abrams s’impose. Mais à l’époque, le prolifique scénariste / producteur / réalisateur est pris par d’autres engagements : il doit en effet diriger Le Réveil de la Force, qui marque le retour en fanfare de Star Wars sur les grands écrans. Abrams conserve donc son poste de producteur sur Star Trek : sans limites mais doit céder le pas à un autre metteur en scène. Reste à savoir qui. De nombreux noms familiers avec le fantastique et la science-fiction circulent alors, d’Edgar Wright (Shaun of the Dead) à Rupert Wyatt (La Planète des singes : les origines) en passant par Morten Tyldum (Passengers), Daniel Espinosa (Life), Duncan Jones (Moon) ou encore le scénariste Roberto Orci. Contre toute attente, c’est finalement Justin Lin qui est sélectionné par la Paramount. Réalisateur de plusieurs films de la franchise Fast and Furious, ce spécialiste de l’action musclée était-il le choix le plus judicieux ? Toutes les craintes étaient permises, mais face au résultat final, comment ne pas s’enthousiasmer ?

Pour faire démarrer le film sur une note décalée et mouvementée, le prologue de Star Trek : sans limites nous transporte sur une planète lointaine où le capitaine Kirk tente en vain d’agir à titre d’ambassadeur pour conclure un traité de paix entre deux peuples ennemis, sa démarche diplomatique s’achevant par l’attaque d’une horde d’aliens miniatures hargneux, sortes de Gremlins boursouflés aux allures de batraciens. Kirk parvient à se faire téléporter à bord de l’Entreprise avant que les choses ne dégénèrent. Cette entrée en matière n’est pas un simple prétexte. Elle contient en effet un élément qui s’apprête à jouer un rôle crucial dans la suite des événements. En outre, elle renforce le sentiment de lassitude qui s’est emparé de Kirk, en proie à des questionnements profonds sur le sens réel de la Fédération, alors que sa fameuse mission spatiale dure depuis trois ans et que son anniversaire approche. Cette petite vague de spleen est compensée par un constat : son équipage est l’un des meilleurs du monde. Avant une prochaine mission, l’Enterprise fait escale sur la toute nouvelle base édifiée par la Fédération. De là, son équipe et lui acceptent une mission de sauvetage qui les entraînera au cœur d’une nébuleuse. Mais c’est un piège…

Rapide et furieux

Lorsque le majestueux Enterprise s’élève dans le cosmos pour sa nouvelle épopée, Justin Lin nous offre une séquence d’action extrêmement impressionnante, le vaisseau spatial étant littéralement pulvérisé par une force armée extra-terrestre qui le déchiquète de toutes parts. A partir de ce tournant, le rythme ne se relâche plus. Le film se mue alors en une sorte de tour en grand 8 à couper le souffle. Le choix de Justin Lin derrière la caméra prend alors tout son sens, même si celui-ci évite fort heureusement les tics de la saga Fast and Furious pour se conformer à l’univers visuel défini par J.J. Abrams. Du coup, Star Trek : sans limites prend la suite de Star Trek et de Star Trek Into Darkness avec fluidité, tout en s’affirmant ouvertement comme l’épisode le plus nerveux, le plus mouvementé, le plus « rapide et furieux » de la trilogie. Pour nourrir ses ambitions, Lin déploie de nombreuses idées visuelles inédites, comme l’essaim de vaisseaux acérés qui percent les coques de ceux qu’ils abordent, les hologrammes multiples qui trompent l’adversaire, la téléportation en plein saut dans le vide ou encore la vertigineuse poursuite sur la station de Yorktown (un monde futuriste dont l’architecture sens dessus dessous semble vouloir démultiplier en volume le symbole infini, d’où un titre français plutôt judicieux). Pour sacrifier à l’esprit rock’n roll qui anime la plupart de ses longs-métrages, le réalisateur ose même intégrer dans le scénario l’usage d’un morceau de musique agressif (« Sabotage » des Beastie Boys) pour perturber le signal des vaisseaux ennemis. Star Trek : sans limites est dédié aux mémoires de Leonard Nimoy (décédé en février 2015 pendant les préparatifs du film) et d’Anton Yelchin (disparu en juin 2016, peu de temps avant sa sortie en salle).

 

© Gilles Penso

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PLANÈTE ROUGE (2000)

Val Kilmer s’embarque avec un équipage d’astronautes pour une mission sur Mars qui tourne à la catastrophe…

RED PLANET

 

2000 – USA / AUSTRALIE

 

Réalisé par Antony Hoffman

 

Avec Val Kilmer, Carrie-Anne Moss, Tom Sizemore, Benjamin Bratt, Terence Stamp, Simon Baker, Jessica Morton, Caroline Bossi, Bob Neill, Neil Ross

 

THEMA SPACE OPERA I ROBOTS I INSECTES ET INVERTÉBRÉS

C’est Chuck Pfarrer, l’auteur de Sudden Impact, Darkman et Chasse à l’homme, qui est à l’origine de Planète rouge, dont il imagine l’histoire avant d’en tirer un scénario co-écrit avec Jonathan Lemkin (L’Associé du diable, L’Arme fatale 4). Séduit par cette aventure spatiale futuriste, le producteur Mark Canton se met en quête d’un jeune réalisateur aux idées originales susceptible de filmer une expédition sur Mars avec un regard neuf et surprenant. Il jette ainsi son dévolu sur Antony Hoffman, signataire de plusieurs films publicitaires audacieux. Pour ses débuts à la tête d’un long-métrage, Hoffman tient à se préparer intensivement. Il visite donc très régulièrement le Johnson Space Center de la NASA à Houston, discute avec les astronautes, s’installe dans une navette spatiale, observe tout ce qu’il peut pour tenter d’aborder ce récit de science-fiction avec un maximum de réalisme. Un soin tout particulier est notamment apporté aux combinaisons des héros du film, conçues par la chef costumière Kym Barrett. Au-delà de leur esthétisme et de leur réalisme, les casques portés par les acteurs doivent par exemple comporter un système de communication permettant d’entendre les instructions du metteur en scène et un dispositif de ventilation pour éviter la buée. C’est donc avec un souci minutieux du détail qu’Antony Hoffman et son équipe abordent Planète rouge. Et c’est dans une carrière de Sydney et un désert de Jordanie que sont captés les extérieurs naturels reconstituant la surface de Mars.

En 2050, la Terre est dans un sale état. La pollution et la surpopulation ayant dangereusement gagné du terrain, il est grand temps de partir installer les populations ailleurs. C’est dans ce but que l’on commence à terraformer à distance Mars, afin de pouvoir coloniser sous peu la planète rouge. L’oxygène atteint un niveau acceptable et tous les espoirs sont permis. Mais ce niveau diminue soudain sans explication. Pour comprendre ce qui se passe sur place et remédier à la situation, une équipe d’astronautes est envoyée en terre martienne sous le commandement de l’officier Bowman (Carrie-Anne Moss, en pleine gloire post-Matrix). L’équipage s’orne de quelques visages familiers, notamment Val Kilmer, Tom Sizemore, Terence Stamp et Simon Baker (futur héros de la série The Mentalist). Ce petit groupe de scientifiques aguerris s’apprête à atterrir sur Mars, mais rien ne se passe comme prévu. Le voyage frôle en effet plusieurs fois la catastrophe et l’expédition tourne rapidement au cauchemar…

Seuls sur Mars

Au début du film, il faut bien admettre que les comédiens semblent être en roue libre, sortant difficilement des archétypes dictés par leurs personnages, comme s’ils cherchaient leurs marques. Les moments de complicité sonnent un peu faux, les dialogues manquent de finesse. Mais les choses s’améliorent grandement après l’atterrissage sur Mars, au moment précis où les enjeux dramatiques se resserrent. Là, Planète rouge nous offre son lot de tensions intéressantes, de séquences de suspense oppressantes (les réserves d’oxygène qui s’épuisent inexorablement) et de retournements de situation. Par bien des aspects, les situations de Planète rouge finissent par annoncer celles de Seul sur Mars de Ridley Scott. Mais malgré les gros moyens déployés, le budget conséquent et les stars en tête d’affiche, le film d’Antony Hoffman conserve les atours et les ambitions scénaristiques d’une petite série B de SF. Le résultat est donc déconcertant mais non dénué de charme, comme en témoignent notamment les interventions réjouissantes de AMEE, un robot canin transformer très réussi. Mixage étrange entre le T-800 de Terminator et la machine virulente d’Hardware, cet ancien robot militaire reconfiguré pour l’exploration spatiale retrouve ses instincts guerriers après un incident technique et se mue en véritable psychopathe mécanique. À l’origine d’excellentes séquences, cette création 100% numérique est l’œuvre des artistes de Cinesite. Les effets visuels du film sont d’ailleurs l’un de ses points forts. Entravé en cours de tournage par une animosité croissante entre Val Kilmer et Tom Sizemore (deux fortes têtes aux caractères bien trempés), Planète rouge sera un cuisant échec commercial, ne remboursant pas même la moitié de son budget de 80 millions de dollars. À ce jour, c’est le seul long-métrage d’Anthony Hoffman.

 

© Gilles Penso


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LA REINE DES DAMNÉS (2002)

Une fausse suite d’Entretien avec un vampire dans laquelle le redoutable Lestat est devenu une superstar de hard rock !

QUEEN OF THE DAMNED

 

2002 – USA

 

Réalisé par Michael Rymer

 

Avec Aaliyah, Stuart Townsend, Marguerite Moreau, Vincent Pérez, Paul McGann, Christian Manon, Claudia Black, Bruce Spence, Matthew Newton, Triel Mora

 

THEMA VAMPIRES

Le succès d’Entretien avec un vampire ayant fait découvrir au grand public les écrits sulfureux d’Anne Rice, il fallait battre le fer pendant qu’il était encore chaud. Indépendant du film de Neil Jordan, bien que surfant consciemment sur son aura en tentant de se faire passer pour une suite officielle, La Reine des damnés est écrit en 1999 par Scott Abbott et Michael Petroni (jusqu’alors spécialisés dans les téléfilms et les séries TV). Le scénario s’inspire principalement du roman homonyme publié en 1988 mais aussi du “Vampire Lestat” antérieur de trois ans. Pour reprendre le rôle tenu en 1994 par Tom Cruise, la production jette son dévolu sur Stuart Townsend, qui vient de se faire remercier du plateau de La Communauté de l’Anneau où il était censé incarner Aragorn (Peter Jackson s’étant rendu compte au bout de quatre jours de tournage qu’il était définitivement trop jeune pour incarner le personnage). À ses côtés, la star du R&B Aaliyah est choisie pour entrer dans la peau de la plus ancienne et la plus puissante des vampires, la redoutable Akasha. Il s’agit de son second long-métrage après Roméo doit mourir. Quant à notre Vincent Perez national, qui prenait en 1996 la succession de Brandon Lee pour The Crow : La Cité des anges, il prête ses traits à Marius, le suceur de sang qui a initié Lestat aux plaisirs de la vie éternelle. Tout ce beau monde se retrouve face à la caméra du réalisateur australien Michael Rymer.

Dès l’entame de La Reine des damnés, on sent qu’il va falloir faire beaucoup d’efforts pour s’intéresser à ce récit tarabiscoté. Par l’entremise de sa voix off (à qui parle-t-il ? Mystère…), le vampire Lestat nous explique qu’il s’est isolé dans un sommeil prolongé pendant des décennies – depuis les événements narrés dans Entretien avec un vampire – mais qu’il décide finalement de se réveiller en entendant du hard rock ! Notre protagoniste blafard rend visite aux membres du groupe qui l’a tiré de sa torpeur et devient leur leader. Là, notre suspension d’incrédulité en prend un coup. Mais ce n’est pas tout. Devenu superstar internationale de la musique, Lestat remplit les salles de concerts, déchaîne les foules et affole les journalistes. Pris d’une impulsion soudaine, il annonce alors au monde entier que les vampires existent, qu’il est l’un d’eux et que tous ses congénères sont invités à sortir de l’ombre pour se montrer parmi les humains. Ses motivations sont à vrai dire incompréhensibles et provoquent diverses réactions parmi les suceurs de sang. La plupart d’entre eux veulent sa peau pour avoir révélé un secret bien gardé depuis des millénaires. D’autres cherchent à le protéger. C’est là qu’entre en scène Akasha, la « mère de tous les vampires », une créature à la puissance inouïe qui régna en Égypte pendant l’antiquité et qui revient faire des siennes au beau milieu de cet imbroglio scénaristique en roue libre…

Vampire en pire

Même si l’on est suffisamment charitable pour éviter toute comparaison avec Entretien avec un vampire, force est de constater que cette Reine des damnés ne tient pas du tout la route. Le premier problème tient à la prestation de Stuart Townsend qui, exempt de tout charisme, se limite au registre de l’éphèbe malingre aux regards langoureux. Vincent Perez s’en sort mieux, même s’il n’a pas grand-chose à défendre dans le rôle limité de ce Marius aux tourments à peine effleurés. Entre deux séquences grotesques (le bar caricatural où se réunissent des vampires au look gothique, le combat invraisemblable pendant le concert), La Reine des damnés parvient à esquisser quelques passages qui sortent du lot, notamment l’éveil de la statue d’Akasha provoqué par les coups d’archer frénétiques que joue Lestat sur son violon. Aaliyah elle-même n’apparaît qu’au milieu du film, après plus de 50 minutes de métrage. Même si son temps de présence à l’écran est limité, c’est elle qui est le mieux servie par le film. Son look antique sexy est une bonne trouvaille, sa présence physique crève l’écran. Quant à la scène du massacre qui introduit le personnage, elle n’y va pas avec le dos de la cuiller, la vampire millénaire arrachant un cœur à main nue pour le dévorer et enflammant à distance ceux qui passent à sa portée. La Reine des damnés lui est dédié, la chanteuse/comédienne étant décédée dans un accident d’avion juste après le tournage du film.

 

© Gilles Penso


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