L’EMPREINTE DE DRACULA (1973)

Victime d’une double malédiction, le fier Waldemar Daninsky, toujours incarné par Paul Naschy, se mue une nouvelle fois en lycanthrope…

EL RETORNO DE WALPURGIS

 

1973 – ESPAGNE

 

Réalisé par Carlos Aured

 

Avec Paul Naschy, Fabiola Falcon, Ana Farra, Maritza Olivarez, José Manuel Martín, Eduardo Calvo, Mariano Vidal Molina

 

THEMA LOUPS-GAROUS I SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA WALDEMAR DANINSKY

Après avoir été réalisateur de deuxième équipe et assistant réalisateur sur une quinzaine de longs-métrages, y compris La Furie des vampires en 1971 où il jouait également un petit rôle non crédité, Carlos Aured est passé à la mise en scène à l’occasion du film d’horreur El Espanto de la tumba écrit et interprété par Paul Naschy. Les deux hommes enchaînent dans la foulée avec L’Empreinte de Dracula, sixième film consacré aux tourments du loup-garou Waldemar Daninksy. Contrairement à ce que laisse entendre son titre français parfaitement hors-sujet, le scénario de L’Empreinte de Dracula n’a rien à voir avec le comte buveur de sang imaginé par Bram Stoker. Les distributeurs hexagonaux nous avaient déjà fait le coup avec le premier opus de la saga, Les Vampires du docteur Dracula, qui avait au moins comme circonstance atténuante de mettre en scène un couple de vampires. Ce n’est même pas le cas ici. Nous serons donc tentés de préférer le titre original, El Retorno de Walpurgis, voire même celui choisi pour son exploitation sur le sol américain, Curse of the Devil, bien plus cohérent au regard du sujet du film. Une fois de plus, Paul Naschy fait fi de toute continuité en réinventant totalement les origines velues de son personnage fétiche, au fil d’un récit tarabiscoté enchaînant coup sur coup deux malédictions.

Tout commence par un duel entre deux chevaliers au beau milieu d’une campagne du XVIème siècle. L’un est un suppôt de Satan, l’autre un combattant du Bien répondant au nom d’Irineus Daninsky (interprété par Paul Naschy). Ce dernier tue et décapite son adversaire. Choquée, l’épouse du défunt, Elisabeth Bathory (Maria Silva), qui n’a rien à voir avec la fameuse « comtesse sanglante » malgré le nom dont l’affuble le scénario, organise aussitôt une messe noire express, au cours de laquelle elle sacrifie une jeune femme et boit son sang. Mais Daninsky et ses hommes surgissent, guidés par leur foi inébranlable, et exterminent les membres de la secte. Les sorcières sont pendues et Bathory est promise au bûcher. Avant de périr dans les flammes, elle jette une malédiction sur la descendance de Daninsky. Et nous voilà trois siècles plus tard. Dans les bois, le châtelain Waldemar Daninsky (Naschy toujours) chasse et tue un loup. Mais au milieu des fourrés, c’est le corps d’un jeune gitan qu’il trouve. Une sorcière Bohémienne (Elsa Zabala) mène alors une étrange cérémonie au cours de laquelle plusieurs filles nues s’accouplent à un homme caché sous une cagoule noire. L’une d’elles, Ilona (Ines Morales), est choisie pour « marquer Daninsky de la dent du démon ». Elle le séduit puis le blesse une nuit de pleine lune avec les crocs d’un crâne de loup. Dès lors, il est secoué par des cauchemars récurrents et se transforme en loup-garou…

Le tombeur de ces dames

Soucieux d’entretenir sa réputation de séducteur ténébreux auquel aucune femme ne résiste, Naschy met dans le lit de son personnage toutes les jolies actrices sollicitées par le film, notamment les sœurs Wilowa (Fabiola Falcon et Maritza Olivares) fraîchement débarquées de Budapest avec leur père ingénieur. La première lui fait les yeux doux et l’épouse. La seconde lui saute quasiment dessus (« Je suis entrée ici vierge, je ne repartirai pas comme je suis venue » lui dit-elle avant de se livrer à un strip-tease intégral). L’intrigue ajoute à ses péripéties déjà chaotiques un tueur psychopathe armé d’une hache. Le film vaut surtout pour les exactions du lycanthrope – toujours impressionnant sous son maquillage bestial – qui se livre même à un saut de l’ange de toute beauté du haut d’une rambarde ! Cédant parfois à des excès gore dignes d’un Lucio Fulci (gros plans de visages ensanglantés, massacre à coup de faux et de fourche, cadavre en décomposition), L’Empreinte de Dracula nous offre aussi une audacieuse séquence de transformation au cours de laquelle Daninsky se mue en bête pendant qu’il fait l’amour à une femme, la malheureuse passant violemment de vie à trépas. Quant au plan final du film, il se révèle savoureusement ironique.

 

© Gilles Penso

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HARDCORE HENRY (2015)

Un film concept dans lequel les exploits musclés d’un homme transformé en cyborg sont filmés entièrement de son point de vue…

HARDCORE HENRY

 

2015 – USA / RUSSIE

 

Réalisé par Ilya Naishuller

 

Avec Andrey Dementyev, Sharlto Copley, Danila Kozlovski, Haley Bennett, Tim Roth, Svetlana Oustinova, Dasha Charusha, Oleg Poddubniy, Ilia Naïchouller

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I ROBOTS

Leader du groupe de rock indépendant russe Biting Elbows, Ilya Naishuller réalise pour les besoins de son « band » deux clips très remarqués, « The Stampede » et « Bad Motherfucker ». Tous deux sont conçus selon le même principe : ce sont des petits récits d’action filmés en caméra subjective du point de vue du héros, comme les jeux vidéo de tir à la première personne. Lorsqu’il découvre ces clips, le cinéaste Timur Bekmambetov (Night Watch, Wanted, Abraham Lincoln chasseur de vampires) tombe sous le charme et décide de produire un long-métrage qui reposerait sur le même concept visuel. Financé en partie par l’entremise d’une campagne de crowdfunding, Hardcore Henry est donc le premier long-métrage d’Ilya Naishuller. Et c’est un sacré baptême du feu, quand on tient compte du nombre de challenges techniques que représente sa mise en chantier. Bourré de cascades impensables, d’effets pyrotechniques démesurés et de trucages numériques audacieux, le film est intégralement tourné à l’aide d’une caméra Go-Pro embarquée sur une dizaine d’opérateurs se passant le relais pour incarner le Henry du titre, parmi lesquels le réalisateur lui-même, le cascadeur/caméraman Sergey Valyaev et le comédien Andrei Dementiev (ces deux derniers ayant été fort malmenés pendant les prises de vues, avec quelques blessures à la clé).

Amnésique et gravement blessé, Henry est mourant mais son épouse Estelle (Haley Bennett) le ramène à la vie. Qui est-il ? D’où vient-il ? Où est-il ? Il nous faudra un peu de temps pour recoller les morceaux, tout comme le personnage principal dans la peau duquel nous sommes plongés dès les premières secondes du film. Estelle « répare » son époux à l’aide de membres cybernétiques qui le transforment en émule de L’Homme qui valait trois milliards. Employée par Akan (Danila Kozlovski), un dangereux mégalomane aux pouvoirs télékinétiques à la tête d’une armée de mercenaires, Estelle est kidnappée par ce dernier. Livré à lui-même, Henry doit donc lutter dans les rues de Moscou contre une horde de sbires lancés à ses trousses et tenter de retrouver sa bien-aimée. Alors que tout semble perdu, il est secouru par Jimmy (Sharlto Copley), un individu bavard et bizarre qui semble posséder la capacité de ressusciter et de se multiplier à loisir…

Frénésie en caméra subjective

Certes, Hardcore Henry n’est pas le premier film à jouer le jeu de la caméra subjective (citons notamment La Dame du lac de Robert Montgomery, La Femme défendue de Philippe Harel ou encore le Maniac de Frank Khalfoun), mais aucun jusqu’alors n’avait décliné cette technique de prise de vue sur un tempo aussi frénétique et vitaminé. Ébouriffant, bourré de morceaux de bravoure, riche en poursuites effrénées, en fusillades ultra-gores et en séquences de voltige vertigineuses, Hardcore Henry nous en met sans cesse plein la vue sans nous laisser le temps de souffler. Mais tout ce déploiement d’énergie se met hélas au service d’un scénario vide de sens. Sans enjeu dramatique digne de ce nom et sans possibilité d’identification au personnage principal, le film peine à sortir du registre du simple exercice de style. Les touches d’humour apportées par Sharlto Coplay sont poussives (avec même une séquence en comédie musicale !), le méchant incarné par Danila Kozlovski cabotine sans la moindre crédibilité (et sans que nous ne comprenions d’où lui viennent ses pouvoirs paranormaux), bref la profondeur du film se révèle inversement proportionnelle à la performance technique et à la virtuosité de sa mise en scène. En fin de compte, Hardcore Henry possède les qualités et les défauts de la majorité des longs-métrages de Timur Bekmambetov, preuve que l’influence artistique du producteur sur le résultat final fut sans doute déterminante.

 

© Gilles Penso

 

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DANCE OF THE DEAD (2008)

Le bal de fin d’année d’un lycée américain tourne au massacre lorsque les morts d’un cimetière voisin se mettent à ressusciter…

DANCE OF THE DEAD

 

2008 – USA

 

Réalisé par Gregg Bishop

 

Avec Jared Kusnitz, Greyson Chadwick, Chandler Darby, Carissa Capobianco, Randy McDowell, Michael V. Mammoliti, Mark Lynch

 

THEMA ZOMBIES

C’est en 1998, avant que les films de zombie ne reviennent en force sous l’impulsion de 28 jours plus tard, L’Armée des morts et Shaun of the Dead, que Joe Ballarini écrit le scénario de Dance of the Dead. Avec seulement à son actif une poignée de courts-métrages, Ballarini centre son récit autour de la survivante d’un massacre perpétré par un professeur psychopathe qui, quelques années plus tard, fait face à une invasion de zombies dans son lycée. Emballé par le scénario, le réalisateur Gregg Bishop, signataire jusqu’alors d’un seul long-métrage, le thriller surnaturel The Other Side, se lance dans les préparatifs du film. Mais quelques semaines avant que le tournage ne commence, l’actrice principale se désiste. Au cours d’une session de casting précipitée, les deux hommes cherchent désespérément une remplaçante, en vain. Ballarini et Bishop décident alors de supprimer purement et simplement le personnage central de l’histoire, de réécrire le scénario et de resserrer les enjeux. Ce travail de peaufinage se fait dans l’urgence, mais il s’avère bénéfique. En réaménageant le script, tous deux constatent en effet que plusieurs incohérences ont disparu et que la tonalité générale a été améliorée. Les voilà enfin prêts à tourner, accompagnés d’une équipe de jeunes comédiens enthousiastes.

Nous sommes dans un lycée de Géorgie où se prépare le traditionnel bal de promo, comme dans tous les établissements américains à la même période de l’année. Les lycéens ont loué leurs smokings ou acheté leurs robes de soirée, la fête se prépare dans l’allégresse. Mais non loin, dans un cimetière situé à côté d’une centrale électrique, les cadavres se mettent brusquement à ressusciter. Les zombies envahissent bientôt le lycée et sèment le panique, affamés de chair humaine. Seuls les geeks, les nerds, les laissés pour compte et les exclus n’ayant pas trouvé de cavalier ou de cavalière pour le bal semblent être en mesure de sauver la situation, armés de battes de base-ball, d’outils de jardinage, de guitares et d’armes hétéroclites. La résistance s’organise bientôt autour de Jimmy (Jared Kusnitz), Lindsey (Greyson Chadwick), Steven (Chandler Darby) et Kyle (Justin Welborn)…

La musique adoucit les morts

S’il n’offre rien de révolutionnaire sur le thème maintes fois décliné de l’invasion zombie, Dance of the Dead assume très tôt ses modestes ambitions et s’y tient avec un enthousiasme communicatif. Un parfum « eighties » plane sans cesse sur le métrage, traînant dans son sillage tous les clichés inhérents aux films de lycéens de l’époque. Il n’est pas non plus interdit d’entrevoir à travers cette glorification des parias un clin d’œil à Breakfast Club. Une galerie cocasse de personnages tous plus excentriques les uns que les autres s’anime à l’écran, du club des fans de science-fiction aux cheerleaders en passant par le groupe de rock ou encore ce professeur de sport ancien militaire qui jubile à l’idée de pouvoir exhiber son arsenal et tirer dans le tas. Axé principalement sur la comédie sans s’interdire pour autant quelques passages gore, Dance of the Dead développe une idée singulière qui lui permet de varier les plaisirs : les zombies sont mélomanes et se laissent bercer dès qu’ils entendent une mélodie, une chanson ou quelques accords. La musique adoucit les morts, en quelque sorte ! Totalement séduits par ce film, Robert Tapert et Sam Raimi décident de le distribuer à travers le label Ghosthouse Underground, en partenariat avec Lionsgate, lui offrant un accès au public le plus large.

 

© Gilles Penso


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L’ATTAQUE DES TOMATES TUEUSES (1978)

Attention, c’est la panique : les tomates ont décidé de se révolter contre l’humanité et de dévorer tous ceux qu’elles croisent !

ATTACK OF KILLER TOMATOES !

 

1978 – USA

 

Réalisé par John De Bello

 

Avec David Miller, George Wilson, Sharon Taylor, J. Stephen Peace, Ernie Meyers, Eric Christmas, Ron Shapiro, Al Sklar, Jerrold Anderson, Don Birch

 

THEMA VÉGÉTAUX

En 1976, à l’âge de 24 ans, John De Bello réalise en 8 mm le court-métrage Attack of the Killer Tomatoes ! qui raconte l’attaque de la population par des tomates qui se révoltent du jour au lendemain. Maladroit, poussif et très modérément drôle, ce galop d’essai d’un quart d’heure laisse pourtant entrevoir le potentiel d’une parodie absurde des films d’attaques de monstres des années 50 (L’Attaque des crabes géants, L’Attaque des sangsues géantes). Deux ans plus tard naît donc la version longue, produite par J. Stephen Peace et John DeBello et réalisée par ce dernier d’après une idée originale de Costa Dillon. Le scénario définitif est l’œuvre commune de Dillon, Peace et DeBello. Réalisé pour un budget ridicule de moins de 100 000 dollars, avec beaucoup d’acteurs amateurs et un inévitable sens du bricolage, L’Attaque des tomates tueuses ne réfrène pas pour autant ses ambitions, osant des séquences extravagantes tournées sans la moindre autorisation (un homme-grenouille qui se jette dans une fontaine publique face à de vrais passants médusés) ou tirant parti d’un accident imprévu (un hélicoptère loué par la production atterrit en catastrophe après que son pilote en ait perdu le contrôle) pour le muer en cascade spectaculaire improvisée devant la caméra !

L’introduction du film donne le ton. Après un texte incongru se référant aux Oiseaux d’Alfred Hitchcock, une ménagère voit une tomate se promener toute seule dans sa cuisine en émettant d’étranges bruits et se met à hurler de terreur. Le générique de début est ponctué de mentions loufoques, annonçant notamment que le film met en scène les tomates de la Royal Shakespeare Company et que son scénario est tiré du célèbre roman « Les Tomates de la colère ». Le temps d’une série de saynètes absurdes, nous apprenons que les tomates se sont révoltées sans raison contre les humains et les attaquent pour les dévorer. Dépassées par les événements, les autorités se réunissent et commencent à envisager les solutions les plus excentriques, en particulier l’intervention d’une espèce de cyborg au sourire figé. Un commando improbable, constitué d’un plongeur sous-marin, d’une championne de natation, d’un parachutiste et d’un agent spécialisé dans les déguisements, finit par se regrouper pour lutter contre la menace végétale…

Maquettes, fumigènes et stop-motion

On sent bien que tout dans le film est bidouillé avec les moyens du bord, que les acteurs surjouent sans retenue, que les effets spéciaux font ce qu’ils peuvent (c’est-à-dire pas grand-chose) et que le scénario lui-même tient sur timbre-poste. Mais l’enthousiasme et la ténacité de l’équipe à l’origine de cette Attaque des tomates tueuses deviennent presque communicatifs et incitent à l’indulgence. Même s’ils sont souvent pesants, les gags annoncent parfois l’humour que déploiera avec talent le trio ZAZ à partir de Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? (de joyeux délires à l’arrière-plan, des personnages qui restent très sérieux malgré le caractère grotesque des situations dans lesquelles ils sont plongés). Poussé par une frénésie créative que n’entrave pas son cruel manque de moyens, John De Bello insère de fausses annonces publicitaires en cours d’action, concocte plusieurs séquences sous forme de comédie musicale, parodie Les Dents de la mer, réalise un passage en stop-motion où les tomates roulent sur les corps immobiles de clients d’un supermarché, montre une tomate géante (en caoutchouc bien sûr) qui poursuit une femme sur un parking. Nous avons même droit à des cascades, des poursuites de voiture, des fusillades et des scènes de batailles contre l’armée avec force maquettes et fumigènes, avant un climax situé dans le San Diego Stadium empli de figurants bariolés. Tout ça ne vole pas bien haut mais le succès est au rendez-vous, générant trois suites tout aussi anecdotiques : Le Retour des tomates tueuses en 1988, Les Tomates tueuses contre-attaquent en 1990 et Les Tomates tueuses mangent la France ! en 1991.

 

© Gilles Penso


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LE DANGER VIENT DE L’ESPACE (1958)

Une expédition spatiale avortée provoque une monstrueuse pluie de météorites qui se dirige tout droit vers la Terre…

LA MORTE VIENE DALLO SPAZIO

 

1958 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Paolo Heusch

 

Avec Paul Hubschmid, Fiorella Mari, Madeleine Fischer, Ivo Garrani, Dario Michaelis, Peter Meersman, Sam Galter

 

THEMA CATASTROPHES

Heureux élu d’un tirage au sort international, l’astronaute John McLaren (Paul Hubschmid) s’apprête à traverser l’espace à bord d’une fusée américano-soviétique affectueusement baptisée XZ. Mais la mission échoue avant que McLaren n’ait pu mettre le cap sur la Lune, et le voilà obligé de s’éjecter, au grand dam des scientifiques de la base Cap Shark. De retour sur Terre, il apprend que les réacteurs nucléaires de la fusée ont explosé dans l’espace, projetant une gigantesque pluie d’astéroïdes vers la Terre. Scientifiques et militaires gardent la nouvelle secrète pour ne pas affoler l’opinion publique et tentent de trouver une solution pour éviter cette fin du monde imminente. Pendant un temps, on espère que la Lune saura stopper le groupe d’astéroïdes, mais ce n’est pas le cas, et la pluie mortelle s’approche inexorablement. En désespoir de cause, toutes les forces mondiales unissent leurs missiles nucléaires pour détruire les astéroïdes en plein ciel, avant que ceux-ci n’entrent dans l’atmosphère, afin d’éviter les retombées radioactives…

À trop vouloir se prendre au sérieux, le film de Paolo Heusch est risible, d’autant que les dialogues frôlent souvent la parodie involontaire et que les acteurs théâtralisent leur jeu à outrance. Cette sensation est accrue par les petites intrigues sentimentales bon marché (la scientifique froide comme la glace dont s’éprend le co-équipier) ou prétendument humoristiques (le savant soviétique amateur de bon vin) intégrées au sein de ce scénario catastrophe qui, pourtant, s’ouvrait en évoquant l’introduction du prestigieux Le Monstre des studios Hammer, mais qui finit par prendre la tournure d’un ancêtre du Meteor de Ronald Neame. Le film est terriblement bavard, l’action se résumant la plupart du temps à des stock-shots de l’armée (en particulier le lancement final de missiles de toutes sortes, qui s’avèrent les plans les plus impressionnants du film), de la NASA (le décollage des fusées) ou d’actualités (la foule qui se masse dans la rue, une espèce d’exode rural, la migration des animaux). Quant aux informations télévisées, conformément au cliché, elles nous tiennent régulièrement au courant de la gravité de la situation.

Des effets spéciaux de Mario Bava

À contre-courant des films de science-fiction américains des années 50 volontiers ancrés dans les prises de position liées à la guerre froide, Le Danger vient de l’espace présente tout de même l’originalité de montrer les militaires russes et américains œuvrer main dans la main pour contribuer à l’avancée de la conquête spatiale, puis additionner leurs forces nucléaires pour sauver la planète. Mario Bava, ici directeur de la photographie, signe également quelques effets spéciaux timides, afin de mettre en scène la fusée de McLaren, les satellites de la Terre (dont un Spoutnik conique), ou encore la pluie de météorites qui recouvre la lune et se dirige vers la Terre, obscurcissant bientôt les cieux de fort sinistre manière. Le film se pare également de toute une collection d’effets sonores pour le moins surprenants, dans le but d’accompagner chaque objet censé se déplacer dans l’espace.

 

© Gilles Penso

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LA MORT EN LIGNE (2003)

Une malédiction se transmet d’un téléphone portable à l’autre : chaque message reçu annonce une mort violente et spectaculaire…

CHAKUSHIN ARI / ONE MISSED CALL

 

2003 – JAPON

 

Réalisé par Takashi Miike

 

Avec Kô Shibasaki, Shinichi Tsutsumi, Kazue Fukiishi, Renji Ishibashi, Goro Kishitani, Yutaka Matsuhige, Mariko Tsutsui

 

THEMA FANTÔMES

Un soir, la lycéenne Yumi Nakamura (Kô Shibasaki) est témoin d’un étrange incident. Son amie Yoko (Anna Nagata) reçoit un message émanant de son propre téléphone mais daté de trois jours plus tard. Yoko reconnaît sa propre voix sur l’enregistrement : une phrase anodine suivie d’un cri d’effroi qui lui glace le sang. Trois jours plus tard, Yoko meurt à l’heure et dans les conditions exactes du message prémonitoire, tombant du haut d’un pont pour s’écraser sous un train lancé à vive allure. Quelques jours plus tard, un lycéen meurt dans des circonstances inexplicables, aspiré par le sol devant un ascenseur. A chaque nouvel appel, la sonnerie et le message spécifiques annoncent la mort de leur destinataire, avec la date et l’heure exactes. L’inquiétude et l’incompréhension de Yumi ne font que croître, jusqu’à ce qu’elle reçoive elle-même le fatidique message…

On l’aura compris, un parfum de déjà-vu plane sur La Mort en ligne, et il suffit de remplacer le téléphone par une cassette vidéo pour obtenir l’intrigue de Ring. De la part de l’auteur d’Audition, nous étions en droit d’attendre autre chose que ce plagiat pur et simple. Cette impression est confirmée par la réplique d’une écolière qui, sans autre raison qu’une manifeste paresse scénaristique, nous livre clef en main le mode d’emploi du film dès le premier quart d’heure : « On parle d’une femme décédée et rongée par la haine. Sa malédiction se transmet de portable en portable. Elle choisit sa prochaine cible dans le répertoire du téléphone de sa victime et les meurtres se succèdent. » Certes la mise en scène de Miike n’a rien perdu de son efficacité, de son austérité et de son étrangeté envoûtante. Mais le sujet ne lui permet guère de faire des merveilles. Le spectateur se distrait alors en essayant de deviner de quelle manière chaque victime s’apprête à périr, sur la base des indices laissés sur leur message téléphonique. En ce sens, La Mort en ligne présente plusieurs similitudes avec la saga Destination finale.

Appel manqué

Fort heureusement, Takashi Miike n’est pas un cinéaste comme les autres, et après une demi-heure assez convenue, il transcende brutalement le thème en exposant à sa manière la médiatisation de l’affaire. Natsumi, la meilleure amie de Yumi, ayant été prévenue par sa propre voix de sa mort prochaine, une équipe de télévision s’empare avidement du sujet et décide de diffuser en direct le trépas annoncé. D’où une séquence de suspense redoutablement efficace qui s’achève fort brutalement. Le style de Miike transparaît également dans un flash-back révélant le passé douloureux de l’héroïne, et au cours d’un climax dans un hôpital désaffecté qui sait réserver son lot de frissons malgré l’héritage trop manifeste des films de fantômes japonais codifiés par des œuvres telles que Ring, Dark Water ou The Grudge. Ici, le téléphone est surtout un prétexte dans l’air du temps, le véritable sujet du film résidant dans la relation que nouent les vivants et les morts, comme en témoigne cette réplique affirmant qu’« il existe autant de ciels que d’êtres humains ». Dommage que la fin, absurde et incompréhensible, laisse le spectateur sur une impression d’œuvre bancale et inachevée.

 

© Gilles Penso


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DOUBLE DATE (2017)

Une comédie horrifique britannique déjantée qui oppose deux amis à un duo de séductrices prêtes à les sacrifier au cours d’un rituel sanglant…

DOUBLE DATE

 

2017 – GB

 

Réalisé par Benjamin Barfoot

 

Avec Danny Morgan, Georgia Groome, Michael Socha, Kelly Wenham, Dougie Poynter, Tom Sturridge, Brooke Norbury, Maria Barr, Benny Bereal

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Benjamin Barfoot est un cinéaste britannique originaire de Torbay, dans le Devon. Homme à tout faire autodidacte (monteur, cadreur, graphiste, créateur d’effets visuels), il travaille d’abord pour plusieurs chaînes de télévision anglaises tout en réalisant une demi-douzaine de courts-métrages. Puis en 2017, il dirige son premier long-métrage, Double Date, écrit par son ami et collaborateur Danny Morgan qui en tient aussi le rôle principal. Cette œuvre rafraîchissante exhale un humour « so british » décomplexé proche de celui de Nick Frost, Edgar Wright et Simon Pegg (Shaun of the Dead), tout en se teintant d’un soupçon d’érotisme et surtout d’éléments purement horrifiques. Le cocktail slasher/comédie romantique/sorcellerie aurait pu s’avérer totalement indigeste. Mais le miracle opère, grâce à l’enthousiasme communicatif de la petite équipe à la tête de Double Date. Dès le générique de début – des séquences animées vintage écarlates s’insérant entre les titres « empruntant » la police de caractère d’Halloween – le ton décomplexé est donné, sur le tempo frénétique du « Run to your Mama » chanté par le groupe Goat.

En raison de sa timidité et de son manque de confiance en lui, Jim (Danny Morgan), à bientôt trente ans, n’a toujours pas couché avec une femme. Son ami Alex (Michael Sacha), dragueur invétéré, compte bien l’aider à franchir enfin le pas. Or la veille de son anniversaire, Jim réalise que deux jolies jeunes femmes lui font de l’œil dans un bar. Alex le pousse aussitôt à passer à l’attaque. Mais le prégénérique a donné un coup d’avance aux spectateurs. Nous savons donc que les deux tentatrices séduisantes, Kitty (Kelly Wenham) et Lulu (Georgia Groome), sont des tueuses d’hommes qui poursuivent un bien macabre projet. Si la nature exacte du sanglant rituel qu’elles préparent reste mystérieuse, le sort qu’elles réservent aux deux garçons nous semble fort peu enviable. Mais si Jim et Alex ne sont pas au bout de leurs surprises, les deux meurtrières non plus. Une série d’événements imprévus s’apprête en effet à leur mettre des bâtons dans les roues…

Sanglant rencart

Très drôle, évacuant tout temps mort, porté par des acteurs qui jouent tous le jeu avec beaucoup d’entrain (et visiblement avec une bonne dose d’improvisations favorisées par le réalisateur), Double Date séduit dès ses premières minutes. L’argument fantastique, à mi-chemin entre la sorcellerie et le pacte satanique, n’est en réalité qu’un prétexte pour railler les clichés liés aux relations hommes/femmes dans la société anglaise. La patine réussie de ce premier film (dont Barfoot signe le montage lui-même) force le respect. Quant au scénariste/acteur principal Danny Morgan, il n’hésite pas à jouer la carte de l’autodérision en se moquant ouvertement de son propre physique. Double Date collecte les séquences absurdes et excessives, notamment un repas familial qui tourne au délire pur, et se paie un mémorable climax mouvementé où la violence graphique est systématiquement désamorcée par des répliques absurdes. Ce petit plaisir sans prétention est hélas passé totalement inaperçu, privé d’une distribution digne de ce nom malgré son passage remarqué dans de nombreux festivals.

 

© Gilles Penso


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EMPRISE (2001)

Un père de famille est persuadé que Dieu lui a donné comme mission de tuer des démons déguisés en humains…

FRAILTY

 

2001 – USA

 

Réalisé par Bill Paxton

 

Avec Bill Paxton, Matthew McConaughey, Powers Boothe, Matt O’Leary, Jeremy Sumpter, Luke Askew, Levi Kreis, Derk Cheetwood, Missy Crider, Alan Davidson

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I DIEU, LES ANGES, LA BIBLE

Acteur fétiche de James Cameron (on l’a vu dans Terminator, Aliens, True Lies, Titanic), Bill Paxton est apparu dans bon nombre de films populaires des années 80 et 90 (Une créature de rêve, Commando, Aux frontières de l’aube, Predator 2, Apollo 13, Twister…). Au tout début des années 2000, il se lance dans la réalisation de son propre long-métrage, un thriller surnaturel aux multiples rebondissements qui s’inspire très librement du cas d’un tueur en série américain ayant commis ses crimes avec son fils de 13 ans au nom de Dieu. Le scénario porte le nom de Frailty, autrement dit « fragilité ». « Le film parle à la fois de la fragilité de la perception, de la fragilité de la moralité et de la fragilité de la limite entre le bien et le mal », expliquait à l’époque le scénariste Brent Hanley. « J’aimais bien l’idée d’avoir un titre abstrait ». Plus triviaux, les distributeurs français choisissent d’appeler le film Emprise, faisant fi de la quasi-homonymie avec L’Emprise de Sidney J. Furie. Paxton s’octroie l’un des rôles principaux et confie l’autre à Matthew McConaughey, qui fut son partenaire de jeu dans U-571. Galvanisé par ses premiers pas derrière la caméra, inspiré en partie par La Nuit du chasseur de Charles Laughton et motivé par les conseils éclairés de James Cameron, l’acteur/réalisateur nous plonge avec maestria dans une ambiance tendue et oppressante.

Porté par une musique envoûtante de Brian Tyler (Constantine) et une photo crépusculaire de Bill Butler (Les Dents de la mer), Emprise commence par la rencontre nocturne entre l’agent du FBI Wesley Doyle (Powers Boothe) et un étrange individu nommé Fenton Meiks (Matthew McConaughey). Ce dernier affirme que son frère Adam est le coupable des meurtres en série signés « La Main de Dieu ». « Parfois, la vérité défie la raison », affirme-t-il face à la perplexité de l’agent. La narration s’articule alors autour d’un grand flash-back nous ramenant à l’été 1979, époque à laquelle Fenton et Adam, enfants, vivent avec leur père mécanicien (Bill Paxton) dans la petite ville de Thurman. Leur équilibre paisible se brise le soir où le père les réveille au milieu de la nuit pour leur expliquer la mission dont Dieu vient de le charger : détruire plusieurs démons déguisés en humains à l’aide de trois outils « divins », autrement dit une paire de gants, un tuyau et une hache. Une série de meurtres « au nom de Dieu » s’enchaîne alors dans le domaine de la famille Meiks. Adam est persuadé que son père a raison et que cette mission divine a du sens. Fenton pense au contraire qu’il s’agit d’une folie meurtrière terrifiante qu’il faut faire cesser à tout prix…

L’engrenage infernal

L’atmosphère dans laquelle nous plonge Emprise est d’autant plus inquiétante qu’elle est ancrée dans la réalité. La bigoterie qui transforme le père qu’incarne Bill Paxton en chasseur de démons est ainsi traitée avec beaucoup de demi-mesure et de subtilité. Malgré cette « emprise divine », il reste jusqu’au bout un père aimant et attentionné. Et si son fils cadet le suit jusque dans ses excès les plus horribles, aveuglé par l’amour qu’il lui porte, son fils aîné est en révolte sans pouvoir se décider à le dénoncer ou à prendre la fuite. Cet engrenage infernal que rien ne semble pouvoir enrayer pose en substance plusieurs questions morales complexes. Jusqu’où est-on prêt à aller par attachement aux siens ? Jusqu’où la foi peut-elle abattre les barrières qui permettent de distinguer le bien du mal ? La grande finesse de jeu des acteurs adultes et enfants et la solidité de la mise en scène de Paxton (un homme aux talents décidément multiples) renforcent l’implication du spectateur, jusqu’à un habile twist final. L’ambiance générale d’Emprise n’est pas sans évoquer l’univers de Stephen King, l’un des éléments scénaristiques faisant directement écho à « Dead Zone ». L’écrivain a d’ailleurs exprimé publiquement son admiration pour le film. Bill Paxton réalisera ensuite le drame sportif Un parcours de légende puis le court-métrage Tattoo avant de disparaître en février 2017 à l’âge de 61 ans suite à une insuffisance cardiaque.

 

© Gilles Penso

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LE MYSTÈRE DE L’ÎLE DES MONSTRES (1981)

Le réalisateur Juan Piquer Simon se lance dans une aventure fantastique improbable où Peter Cushing et Terence Stamp pointent le bout de leur nez…

MISTERIO EN LA ISLA DE LOS MONSTRUOS

 

1981 – ESPAGNE / USA

 

Réalisé par Juan Piquer Simon

 

Avec Terence Stamp, Peter Cushing, Ian Sera, David Hatton, Gasphar Ipua, Bianca Estrada, Ana Obregon

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I DINOSAURES

Quatre ans après son Continent fantastique s’inspirant librement du « Voyage au centre de la terre » de Jules Verne, Juan Piquer Simon se lance dans une nouvelle aventure fantaisiste avec Le Mystère de l’île des monstres, qui bénéficie une fois de plus d’effets spéciaux signés Emilio Ruiz, ainsi que de décors, de costumes et d’extérieurs naturels témoignant de moyens assez confortables mis à la disposition du cinéaste ibérique. Les péripéties fantastiques s’appuient ici sur un postulat pour le moins évasif. Avant de se marier, le jeune Jeff Morgan (Ian Sera) souhaiterait voir du pays et vivre une aventure mouvementée. Son oncle William (le vénérable Peter Cushing) lui organise donc un long voyage en mer en compagnie de son tuteur (le balourd David Hatton, qui assure l’aspect « comique » du film). Le navire quitte le port de San Francisco, mais en cours de traversée un incendie se déclare à bord et tout l’équipage semble avoir trépassé. C’est alors que surgissent d’étranges hommes-poissons armés de torches. L’impact de ces monstres (variantes improbables de L’Étrange créature du lac noir) auprès des spectateurs est sérieusement amenuisé par le caractère grotesque de leur costume en caoutchouc. Affublés d’une grosse tête rigide et de mains palmées, ils déclenchent quelques éclats de rire involontaires. Pour échapper à cette menace improbable, les deux hommes se jettent à l’eau et s’échouent sur une île inconnue.

À partir de là, c’est à un véritable parc d’attractions que nous convie Juan Piquer, semant le chemin de ses héros de rencontres inattendues (un chimpanzé, des cannibales adeptes du sacrifice humain, des bandits enturbannés que mène le charismatique Terence Stamp, une jolie naufragée qui se déguise en bête effrayante et danse au son d’un vieux phonographe), et surtout des monstres tous plus ridicules les uns que les autres. Le premier d’entre eux – supposé être un dinosaure – annonce la couleur. Il s’agit d’un homme dans un costume en plastique aux allures de tatou bipède, aux dents pointues et aux yeux globuleux. Si les effets de perspectives forcée qui le combinent aux autres acteurs sont habiles, son look ressemble à une énorme blague, ce que semble vouloir confirmer la musique guillerette qui accompagne son apparition.

« Ça n’a aucun sens, tous ces monstres ! »

Cette créature impensable sera suivie d’espèces d’amas d’algues anthropomorphes qui attaquent nos héros sur la plage ainsi que de chenilles géantes qui sifflent et crachent de la fumée dans une jolie caverne tapissée d’or. « Ça n’a aucun sens, tous ces monstres », affirme Jeff en un éclair de lucidité. On ne saurait lui donner tort ! La chute du film – retournement de situation amusant mais relativement absurde – permet de comprendre l’aspect artificiel de toutes ces créatures, sans toutefois justifier les maladresses d’une aventure qu’on eut aimée moins balourde. Le générique affirme que ce récit est une adaptation de Jules Verne, le film étant d’ailleurs sorti en France en VHS sous le titre tout à fait trompeur de L’Île mystérieuse. Mais en réalité, Le Mystère de l’île des monstres ne présente aucun rapport avec le classique de Verne, si l’on excepte le principe de naufragés s’efforçant de survivre sur une île inconnue.

 

© Gilles Penso


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EBOLA SYNDROME (1996)

Dans ce festival de mauvais goût made in Hong-Kong, un psychopathe obsédé sexuel contamine tous ceux qu’il croise avec le virus Ebola…

EBOLA SYNDROME

 

1996 – HONG-KONG

 

Réalisé par Herman Yau

 

Avec Anthony Wong, Whan Yeung-ming, Shing Fui-On, Wong Tsui-ling, Miu-Ying Chan, Meng Lo, Edward Corbett, Lori Shannon, Michael Tam, Bobby Yip

 

THEMA CATASTROPHES I TUEURS I CANNIBALES

En 1993, Herman Yau réalise The Untold Story, un film d’horreur ouvertement excessif ne reculant devant aucune outrance et s’inscrivant sans fard dans le « ghetto » de la catégorie III, autrement dit l’interdiction aux moins de 18 ans établie en 1988 par le gouvernement de Hong-Kong afin de déterminer la classification des films. Ebola Syndrome est quasiment un remake de The Untold Story dont il reprend la trame, les péripéties mais aussi l’acteur principal Anthony Wong. Un élément narratif important est cependant ajouté à l’intrigue : le virus Ebola, qui fait alors des ravages dans le monde réel et qui servit déjà de support au film Alerte de Wolfgang Petersen. Apparu à l’époque dans des films plus « respectables » (À toute épreuve, Full Contact, Black Mask), Anthony Wong s’en donne ici à cœur joie, incarnant sans le moindre garde-fou ce tueur psychopathe obsédé sexuel chez qui les notions de bien et de mal semblent avoir été abolies et que le spectateur va devoir bon gré mal gré choisir comme personnage principal. Tout commence comme une banale histoire d’adultère : un employé qui couche avec la femme de son patron. Mais en quelques secondes, le Vaudeville graveleux bascule dans l’hystérie ultra-violente : le gore, la souillure et l’abjection éclaboussent l’écran. Nous voilà prévenus : Ebola Syndrome ne va pas faire dans la dentelle.

Après avoir massacré la femme adultère, son époux et son garde du corps, Ah Kai quitte Hong Kong et s’installe à Johannesburg pour échapper aux autorités. Là, il travaille dans un restaurant chinois pour un salaire minable. Un jour, il se rend avec son patron dans le village d’une tribu sud-africaine pour acheter du porc à bas prix. Lorsqu’il tombe nez-à-nez avec une femme prise d’étranges convulsions, il laisse ses bas instincts prendre le dessus et la viole sans complexe. Mais elle était infectée par le virus Ebola, comme toute la tribu, et lui transmet l’agent infectieux avant de mourir dans d’horribles souffrances. Pour que nous puissions mesurer la gravité de la situation, un médecin s’adresse bientôt à ses pairs en ces termes : « Les gens qui ont contracté Ebola ont d’abord les symptômes de la grippe, mais 72 heures après l’infection le virus dissout leurs organes internes. Les personnes infectées commencent à saigner par tous les orifices. C’est terrifiant ! » Nous apprenons aussi qu’un individu sur dix millions est miraculeusement immunisé. C’est bien sûr le cas de notre « héros » qui va pouvoir tranquillement continuer ses exactions tout en transmettant le virus à tous ceux qu’il croise…

Fluides corporels

Avec un penchant pour le mauvais goût qui ferait presque passer Virus cannibale pour un épisode de Dora l’exploratrice, Herman Yau laisse tous les fluides corporels possibles et imaginables jaillir avec panache : le sang, le pus, le vomi, l’urine, rien ne nous est épargné ! Le sexe et le gore sont étroitement liés, avec quelques effets spéciaux bien gratinés : langues tranchées, corps mutilés, têtes arrachées, membres découpés à la scie sauteuse, autopsies dégoulinantes… Et comme à l’époque des films de cannibales italiens, la caméra s’attarde aussi sur des massacres d’animaux qui hélas sont bien réels, notamment des grenouilles et des volatiles au sort particulièrement atroce. L’outrance monte d’un cran lorsque Kai transmet le virus à son nouveau patron et à son épouse, les assassine, fabrique de la viande hachée avec leur cadavre et vend des centaines de hamburgers dont raffolent les clients de son restaurant. Le virus se propage alors dans tout Johannesburg, puis à Hong-Kong où Kai décide de retourner. Ebola Syndrome emprunte dès lors ses codes à ceux du cinéma catastrophe, se permettant au passage quelques plans inventifs comme cette vue subjective à l’intérieur d’une bouche où flottent des bactéries. Le climax délirant, au cours duquel le fugitif est pris en chasse par la police et crache sur tout le monde en criant « Ebola ! », achève sur une note frénétique un film qui ne plaira définitivement pas à tout le monde.

 

© Gilles Penso

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