RED SONJA (2025)

Quarante ans après Kalidor, la guerrière aux cheveux rouges imaginée par Robert Howard revient manier l’épée sous les traits de Matilda Lutz…

RED SONJA

 

2025 – USA

 

Réalisé par M. J. Bassett

 

Avec Matilda Lutz, Robert Sheehan, Wallis Day, Luca Pasqualino, Michael Bisping, Martyn Ford, Eliza Matengu, Danica Davis, Joana Nwamerue, Mana El-Feitury

 

THEMA HEROIC FANTASY

Dans Revenge, Coralie Fargeat exhibait Matilda Lutz sous toutes ses coutures, mais le potentiel dramatique de l’actrice y était éclipsé par la mise en valeur insistante de sa plastique. Il aura fallu le regard de M.J. (Jadis Michael J.) Bassett, pour que la jeune femme puisse échapper à cette objectification fétichiste et s’imposer comme une héroïne à part entière, capable de porter sur ses épaules une épopée ambitieuse. Pour autant, la mise en chantier de Red Sonja ne fut pas un long fleuve tranquille, loin s’en faut. Ceux qui gardent en mémoire le sympathique mais anecdotique péplum Kalidor avec Brigitte Nielsen savent que la « diablesse rouge », imaginée par Robert Howard puis magnifiée dans les comics de Roy Thomas, n’avait pas encore eu droit à un long-métrage digne de son envergure. Robert Rodriguez envisagea de s’y coller avec Rose McGowan dans le rôle principal, suivi de Simon West avec Amber Heard, puis de Joey Soloway avec Hannah John-Kamen. Mais c’est finalement M. J. Bassett qui hérita du bébé. Quoi de plus normal ? N’avait-elle pas dirigé un fort honorable Solomon Kane en 2009, déjà d’après Robert Howard ? De nombreux épisodes de séries TV et quelques longs-métrages plus tard (Silent Hill : Revelation, Inside Man : Most Wanted, Rogue, Espèces menacées), Bassett retrouve donc l’univers du créateur de Conan le barbare et place Matilda Lutz sous le feu des projecteurs.

Red Sonja est une « origin story » qui raconte la naissance de la légende, au cœur du pays imaginaire d’Hyrkanie. Enfant, Sonja voit sa terre natale envahie par des barbares qui massacrent la majorité de son peuple et la forcent à fuir dans les vastes et mystérieuses forêts voisines. Séparée des derniers survivants de sa tribu, elle atteint l’âge adulte en cherchant d’autres Hyrkaniens. Sa confrontation avec des braconniers va la lancer sur la piste du vil empereur Draygan, qui a décidé de dominer le monde, comme tout bon vilain qui se respecte. Au lieu de la montagne de muscles campée jadis par Brigitte Nielsen, Matilda Lutz incarne une Sonja plus animale, une sorte de nymphe des forêts mythologique capable de communier avec la nature, comme en témoigne le lien fusionnel qui l’unit au cheval Vihur et ses dialogues fréquents avec l’arbre anthropomorphique à l’image de la déesse Ashéra. Robert Sheeran, lui, transfuge de la série Misfits et de Mortal Engines, campe un tyran pétri de duplicité, génial et immature à la fois, bien déterminé à asservir les animaux et à déforester pour concrétiser ses rêves de conquête. Son opposition avec Sonja est évidemment une parabole de la lutte contre l’industrialisation massive qui détruit l’environnement pour y puiser des ressources et s’enrichir. « La Terre saigne et réclame notre aide », finit même par dire une voix ancestrale qui retentit dans la tête de notre héroïne.

L’appel de la forêt

La forêt féerique dans laquelle évolue Sonja en début de métrage n’aurait pas dépareillé dans Legend. Passé l’enchantement premier, Bassett la truffe de toutes sortes de créatures fantaisistes telles que des rhinocéros préhistoriques, des scorpions géants, des hommes-singes ou encore un gigantesque cyclope cornu aux pattes de bouc qui rend hommage au 7ème voyage de Sinbad et au bestiaire de Ray Harryhausen. La séquence de combat qui le met en scène paie aussi son tribut à l’affrontement de la Moria dans La Communauté de l’Anneau. Mais plus encore que Legend, le scénario de Red Sonja semble vouloir se référer ouvertement à un autre film de Ridley Scott, en l’occurrence Gladiator. Car Sonja, réduite en esclavage et contrainte de se battre dans l’arène de l’empereur, agit ici comme une émule de Spartacus. Le groupe de rebelles qui se joint à elle et se cache dans la forêt évoque quant à lui l’imagerie de Robin des Bois. Malgré ces nombreuses réminiscences, Bassett bâtit un film qui possède sa propre singularité, brosse des personnages secondaires passionnants (notamment Anisia, une ancienne esclave ayant racheté sa liberté et désormais hantée par la voix de tous ceux qu’elle tua) et achemine son récit vers un climax étonnant qui va à l’encontre de ce qu’on attend habituellement d’un ultime affrontement entre le héros et son ennemi juré. La très belle musique épique composée par Sonya Belousova et Giona Ostinelli achève de faire de Red Sonja un spectacle hautement recommandable. Très ouvert, l’épilogue laisse espérer une suite que nous appelons de nos vœux.

 

© Gilles Penso

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EVIL BONG HIGH-5 (2016)

La saga Evil Bong se poursuit inlassablement, défiant la logique et le bon goût pour continuer à conter les méfaits de la « pipe diabolique »…

EVIL BONG HIGH-5

 

2016 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Sonny Carl Davis, Robin Sydney, Amy Paffrath, John Patrick Jordan, Chance A. Rearden, Mindy Robinson, Rorie Moon, Jacob Witkin, Jonathan Katz

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I PETITS MONSTRES I SAGA EVIL BONG I GINGERDEAD MAN I CHARLES BAND

À la fin de Evil Bong 420, les quatre personnages principaux se retrouvaient aspirés dans le monde de Ebee, le bong maléfique. En toute logique, nous retrouvons Larnell (John Patrick Jordan), Rabbit (Sonny Carl Davis), Sarah (Robin Sydney) et Velicity (Amy Paffrath) immergés dans cet univers bizarre jonché de volcans aux fumées doucereuses, de crânes grimaçants et de filles dénudées. Le premier quart d’heure du film est donc réalisé dans des décors en image de synthèse bon marché, au sein desquels sont incrustés de manière très hasardeuses nos quatre comédiens. Le caractère « cheap » de l’entreprise saute aux yeux dès l’entame, mais ceux qui sont familiers avec l’improbable franchise Evil Bong ne sont pas particulièrement dépaysés. À notre quatuor s’ajoute le Gingerdead Man, le petit bonhomme en pain d’épices jadis psychopathe et désormais radouci par les volutes de marijuana. Ses aventures solo s’étant achevées avec Gingerdead Man 3, le biscuit humanoïde squatte désormais la saga Evil Bong où il joue les vedettes invitées – sans y ajouter de plus-value particulière, avouons-le. Comme l’épisode précédent, qui tirait à la ligne avec une impressionnante paresse scénaristique, celui-ci va solliciter beaucoup de tolérance de la part de ses spectateurs.

Alors qu’ils cherchent en vain à s’échapper de ce monde parallèle qui n’est pas le leur, nos héros se heurtent à Ebee (à qui Michelle Mais prête toujours sa voix), bien décidée à les soumettre à un chantage. S’ils veulent rentrer chez eux, ils vont devoir l’aider à planifier sa domination du monde. Il leur faut donc investir une nouvelle boutique à Los Angeles et y vendre des tonnes de son cannabis ensorcelé jusqu’à récolter la coquette somme d’un million de dollars. Or ils n’ont que trente jours pour y parvenir. Leur mission semble impossible, mais ils sont bien obligés de l’accepter. D’autant que seuls Larnell, Rabbit et le Gingerdead Man sont renvoyés sur Terre. Sarah et Velicity, elles, sont retenues en otages dans le « bong word » et livrées aux griffes de deux gardiennes dominatrices aux seins nus, les « Poonishers » (Raylin Joy et Adriana Sephora). Voilà pour le scénario…

La petite boutique des odeurs

Passé le prologue sur fond vert, l’intégralité d’Evil Bong High-5 se déroule dans le décor unique d’une boutique baignée dans l’odeur du cannabis, enchaînant une série de saynètes où les acteurs se contentent la plupart du temps de discuter en champ et contre-champ. La réplique de Larnell « tout cela a-t-il un intérêt ? » nous vient alors forcément à l’esprit. Le principe du film consiste à faire défiler un maximum de personnages issus des épisodes précédents. Nous retrouvons donc tour à tour la sémillante serveuse Phoebe (Mindy Robinson), le grand-père de Larnell (Jacob Witkin), les rednecks du film précédent (Circus-Szalewski et Kaius Harrison), la toujours impudique Candy (Rorie Moon), le coupe de clients asiatiques caricaturaux (Tian Wang et Jinhee Joung), le réalisateur David DeCoteau qui continue à faire des blagues sur son homosexualité, le journaliste David Del Valle, un duo de junkies passablement défoncés (Caleb Hurst et Orson Chaplin) et le fermier porcin Hambo (Chance A. Rearden) flanqué de son caddie plein de produits dérivés. Lorsque ce dernier apparaît, le film se transforme carrément en vidéo de téléachat, puisque le site web « badassdolls.com » apparaît plein écran une bonne demi-douzaine de fois pour promouvoir les poupées vendues sur le site de Full Moon ! Pour continuer à repousser les limites du n’importe quoi, Gingerdead Man s’accouple une fois de plus à Candy, relayé aussitôt par la poupée Ooga Booga ! A l’issue de ce délire généralisé, le générique de fin nous annonce la sortie imminente de Evil Bong 666. Mais même les fans les plus indécrottables des films Full Moon commencent sérieusement à voir leur intérêt émoussé.

 

© Gilles Penso

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LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP (1963)

En s’inspirant ouvertement d’Alfred Hitchcock, Mario Bava fait basculer cette comédie policière vers l’horreur psychologique et jette les bases du giallo…

LA RAGAZZA CHE SAVEPA TROPPO

 

1963 – ITALIE

 

Réalisé par Mario Bava

 

Avec Leticia Roman, John Saxon, Valentina Cortese, Titti Tomaino, Luigi Bonos, Milo Quesada, Walter Williams, Marta Melocco, Gustavo De Nardo

 

THEMA TUEURS

Avant que le terme giallo ne devienne synonyme de meurtres rituels à l’arme blanche et d’assassins tout de cuir noir vêtus, il y eut La Fille qui en savait trop. Tourné en 1962 et sorti l’année suivante, ce long-métrage en noir et blanc de Mario Bava est souvent considéré comme le point de départ d’un genre emblématique du cinéma transalpin. Pourtant, rien ne prédestinait ce film à entrer dans l’histoire. Conçu comme une comédie policière sans prétention à la demande de la société américaine AIP, le projet se transforme quasiment, face à la caméra de Bava, en manifeste du thriller italien moderne. L’intrigue s’intéresse à Nora Davis, une jeune Américaine passionnée de romans policiers, qui débarque à Rome pour rendre visite à une parente malade. À peine arrivée, elle assiste à la mort soudaine de sa logeuse, est agressée dans la rue et croit être témoin d’un meurtre… Commence alors une spirale d’événements troubles où la jeune femme, prise pour une illuminée, décide de mener sa propre enquête, épaulée par le charmant docteur Bassi. Mais l’ombre du doute plane : et si l’imagination débordante de Nora brouillait la frontière entre les faits et la fiction ?

Ce scénario en apparence classique est porté par une mise en scène pleine de malice et de virtuosité. Bava, ancien directeur de la photographie, s’empare de cette matière simple pour y injecter ses obsessions formelles à base de contrastes violents, de lumières expressionnistes et de cadres mouvants. Tout concourt ainsi à instaurer une atmosphère de rêve fiévreux. Et si le noir et blanc domine, c’est pour mieux souligner le tiraillement constant entre la clarté du jour romain et l’obscurité psychologique qui s’empare de l’héroïne. La grande réussite du film réside dans une ambiguïté permanente, dans la mesure où tout ce que vit Nora peut être interprété de deux façons. Réalité ou délire paranoïaque ? En s’inspirant à la fois d’Hitchcock (le titre souligne l’influence sans la moindre équivoque) et des feuilletons populaires, Bava signe un thriller mental qui dépasse largement son cahier des charges initial. Letícia Román, dans le rôle principal, incarne avec justesse la candeur mêlée d’angoisse de son personnage. À ses côtés, John Saxon, futur habitué des films de genre (Ténèbres, Les Griffes de la nuit), campe un médecin à la fois protecteur et ambigu, qui semble parfois aussi perdu que sa patiente.

« L’œil maléfique »

Souvent éclipsé par les œuvres plus connues de Bava, ce film pose pourtant toutes les bases du genre : crimes mystérieux, tueur insaisissable, accessoires fétiches (gants noirs, lame étincelante, imperméable sombre), héroïne en détresse, enquête en milieu urbain, mise en scène stylisée… Certes, la violence reste ici contenue, et l’humour, parfois envahissant (et pas toujours très subtil), atténue l’effet de tension. Mais l’architecture narrative, les figures visuelles et l’ambiguïté du point de vue sont bel et bien en place. La Fille qui en savait trop existe en deux versions, révélatrices de l’écart culturel entre les attentes du public américain et celles du spectateur italien. The Evil Eye (« l’œil maléfique »), version commandée par l’AIP, ajoute des scènes de comédie romantique et une musique plus légère signée Lex Baxter. La version italienne, quant à elle, conserve la partition originale de Roberto Nicolosi et propose quelques séquences plus sensuelles et troublantes, dont une scène marquante où Nora, seule dans une chambre, croit être observée par un portrait inquiétant… en réalité celui de Bava lui-même ! La Fille qui en savait trop est un film charnière, un prototype encore hésitant mais déjà riche en promesses. S’il ne possède pas l’éclat baroque de Six femmes pour l’assassin, que Bava réalisera l’année suivante en couleur, il n’en reste pas moins un jalon fondateur.

 

© Gilles Penso

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EVIL BONG 420 (2015)

Dans cet opus paresseux d’une franchise en bout de course, une série de personnages excentriques et de créatures bizarres se croisent dans un bowling…

EVIL BONG 420

 

2015 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Sonny Carl Davis, John Patrick Jordan, Robin Sydney, Amy Paffrath, Mindy Robinson, Chance A. Rearden, Sam Aotaki, Rorie Moon, David DeCoteau

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I PETITS MONSTRES I SAGA EVIL BONG I GINGERDEAD MAN I CHARLES BAND

Après le crossover Gingerdead Man vs. Evil Bong, Charles Band décide de continuer d’entrecroiser les aventures du bonhomme en pain d’épice psychopathe et celles du bong maléfique, dans l’espoir de pouvoir continuer à exploiter deux franchises déjà usées jusqu’à la corde. Si ce quatrième Evil Bong est titré 420, c’est à la fois pour détourner un terme argotique désignant la marijuana et pour annoncer la date de sortie du film sur la plateforme de streaming de Full Moon (le 20 avril, donc 4/20). Mais cette fois-ci, Band veut limiter les frais au maximum. « Ce film était particulièrement difficile à écrire, parce que je ne savais tout simplement pas quoi faire dans le cadre des paramètres imposés », raconte le scénariste Kent Roudebush. « Il s’agissait essentiellement de réunir les personnages dans un bowling. De plus, le film était censé être tourné en une journée. Je ne voyais tout simplement pas comment cela était possible. Ces choses sont déjà assez difficiles à écrire avec un budget et des contraintes, mais là, c’était extrême ! Il n’y avait pas beaucoup d’histoire, alors je l’ai simplement remplie de personnages excentriques et de décors minimaux. » (1) À la lecture de la prose de Roudebush, Band consent à ajouter une journée de tournage supplémentaire. Evil Bong 420 (qui a failli s’appeler Slimeball Bowl-O-Rama 420, en hommage au film Sorority Babes) est donc bouclé en 48 heures, comme le fut jadis La Petite boutique des horreurs.

Second rôle exubérant dans les opus précédents, Rabbit (Sonny Carl Davis) est désormais devenu le personnage principal. Après avoir réussi à s’échapper miraculeusement au monde maléfique d’Evil Bong, le sémillant sexagénaire décide d’ouvrir un bowling – dans lequel les employées sont topless – et d’organiser une grande fête pour l’inauguration de l’établissement. Son nom ? Le « Licky Splits ». Plusieurs visages familiers viennent donc y pointer le bout de leur nez, comme le fermier à groin de cochon Hambo (Chance A. Rearden, sans doute l’une des créations les moins inspirées de chez Full Moon), le héros des Evil Bong précédents Larnell (John Patrick Jordan), sa fiancée Velicity (Amy Paffrath), la pâtissière Sarah Leigh (Robin Sydney), l’héroïne de Ooga Booga Donna (Ciarra Carter) et même le réalisateur David DeCoteau (dans son propre rôle), désireux de tourner sur place un nouveau film de bowling 25 ans après Sorority Babes. Mais Rabbit ignore qu’Ebee, le bong maléfique, est à ses trousses, et qu’elle compte bien venir gâcher la fête, flanquée du Gingerdead Man…

Seins nus et crème pâtissière

Avec Evil Bong 420, on sent clairement que Charles Band a atteint les limites du concept. Car ce film qui dure à peine une heure se distingue par son absence totale de péripéties. Les mêmes scènes se répètent donc inlassablement et traînent en longueurs (Gingerdead Man cajolé par deux jeunes femmes dénudées dans le monde de Evil Bong, les employées du bowling et les clients qui discutent avec Rabbit) sans mener nulle part. Pour égayer un peu les spectateurs, le film exhibe une quantité généreuse de seins nus (sollicitant plusieurs actrices issues du porno à cette occasion), multiplie les guest-stars (y compris la poupée Ooga Booga qui surgit furtivement pour s’en prendre à deux rednecks) et étale sans complexe une grande quantité de produits dérivés Full Moon sur les comptoirs du bowling. Ici, la marionnette du Gingerdead Man s’agrémente de quelques effets numériques pour faire cligner ses yeux mais aussi de l’incrustation de la bouche d’un comédien (John Karyus) pour ses dialogues, ce qui permet une parfaite synchronisation avec ses répliques (prononcées par un autre acteur, Robert Ramos). Le biscuit lubrique nous donne d’ailleurs droit à la scène de mauvais goût ultime : son accouplement avec une jeune femme fort peu pudique, prélude à une éjaculation de crème pâtissière ! Le film se termine sur un cliffhanger absurde, puisque la saga Evil Bong entend bien se poursuivre jusqu’à épuisement…

 

© Gilles Penso

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THE RITUAL – L’EXORCISME D’EMMA SCHMIDT (2025)

Al Pacino incarne un vieil exorciste missionné pour chasser le démon qui s’est emparé d’une jeune paroisienne…

THE RITUAL

 

2025 – USA

 

Réalisé par David Midell

 

Avec Al Pacino, Dan Stevens, Ashley Greene, Abigail Cowen, Patrick Fabian, Patricia Heaton, Maria Camila Giraldo, Meadow Williams, Courtney Rae Allen

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Contrairement à ce qu’affirme fièrement sa campagne marketing, le scénario de The Ritual ne s’appuie pas sur les faits qui ont inspirés L’Exorciste mais sur une autre affaire véridique survenue en 1928 dans l’Iowa. L’histoire d’Emma Schmidt fit l’objet d’un ouvrage de Carl Vogl, Begone Satan !, publié en 1935 et relatant en détail la possession de cette jeune femme ainsi que les rituels mis en place pour l’exorciser. Fascinés par ce récit, le réalisateur David Midell et son coscénariste Enrico Natale décident d’en tirer un long-métrage. Le projet prend de l’ampleur en 2023 lorsqu’Al Pacino est annoncé en tête d’affiche. Voir celui qui incarnait jadis le Malin, dans L’Associé du diable, entrer cette fois-ci dans la soutane d’un émissaire de l’église catholique ne manque pas d’ironie. À ses côtés, Ben Foster est sélectionné pour incarner un jeune prêtre sceptique. Mais trois mois après le début du tournage, sans raison officielle, Foster quitte la production pour être remplacé par Dan Stevens, acteur éclectique qui fut tour à tour la Bête de La Belle et la Bête, le chef des gangsters d’Abigail ou l’androïde d’I’m Your Man. À leurs côtés, Ashley Green (la fiancée zombie de Burying the Ex de Joe Dante) joue une religieuse que cette affaire ne va pas laisser indemne, et la jeune Abigail Cowen campe la « possédée », adoptant en début de métrage un look qui rappelle beaucoup celui de Sissi Spacek dans Carrie.

En 1928, dans la paisible petite ville agricole d’Earling, au fin fond de l’Iowa, une jeune femme nommée Emma Schmidt est tourmentée par des terreurs nocturnes, connaît des accès de violence, parle des langues qu’elle n’a jamais apprises et manifeste une haine anormale envers tout ce qui est sacré. Sa famille, de fervents catholiques, est convaincue qu’elle est possédée et sollicite l’aide de l’Église. Leur appel désespéré parvient au père Theophilus Riesinger, un vieux prêtre capucin ayant déjà mené de nombreux exorcismes. Riesinger se rend dans l’Iowa et décide de lancer aussitôt une série de rituels visant à chasser le diable, accompagné à contrecœur par le jeune responsable de la paroisse locale, le père Joseph Steiger. Ce dernier, ébranlé par le récent suicide de son frère, doute de la réalité de la possession démoniaque et préfèrerait solliciter l’intervention du corps médical. Mais lorsqu’il rencontre Emma et assiste à ses agissements inexplicables, son scepticisme commence à vaciller.

« Nous sommes l’armée du Seigneur »

Avec ses prises de vues caméra à l’épaule, ses petits coups de zoom et ses recadrages abrupts, la mise en scène de David Midell cherche à accentuer le caractère documentaire du film – sans pour autant céder aux tics du « found footage ». The Ritual tient en effet à garder une patine réaliste et non-spectaculaire, égrenant les séances d’exorcisme et comptabilisant le nombre de rituels un par un, jour après jour. La partie la plus intéressante du film – qui était aussi au cœur de l’approche de William Friedkin dans L’Exorciste – est la confrontation entre la vieille génération représentée par le frère capucin et celle d’un jeune prêtre qui commence sérieusement à douter de sa propre foi. Ici, le cartésianisme et la quête d’explication rationnelle s’opposent à la vision religieuse et spirituelle. Et comme le film prend soin de choisir le personnage incarné par Dan Stevens comme pôle d’indentification des spectateurs, la démarche du père Theophilus Riesinger, qui affirme avec aplomb « nous sommes l’armée du Seigneur », laisse forcément perplexe. Ne faut-il pas y voir un excès de bigoterie fanatique ? Au-delà du choc culturel entre les deux hommes, une sorte d’attirance mutuelle – pas très catholique – semble se dessiner de manière sous-jacente entre le père Steiger et la sœur Rose. C’est bien sûr dans cette faille que va tenter de s’engouffrer le démon. S’il est solidement mis en scène et interprété avec conviction, The Ritual finit hélas par s’affaisser sous le poids de sa prolifique ascendance. Car depuis Friedkin, les films d’exorcismes n’ont cessé de pulluler sur les écrans, et force est de constater que celui-ci n’apporte rien de particulièrement neuf, nous laissant finalement sur notre faim.

 

© Gilles Penso

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TROPHY HEADS (2014)

Désespéré de voir vieillir les « scream queens » qu’il adore, un homme solitaire décide de les décapiter et de transformer leurs têtes en trophées !

TROPHY HEADS

 

2014 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Adam Roberts, Maria Olsen, Brinke Stevens, Darcy DeMoss, Jacqueline Lovell, Linnea Quigley, Michelle Bauer, Denice Duff, Irena Murphy, Stuart Gordon

 

THEMA TUEURS I CINÉMA ET TÉLÉVISION I SAGA CHARLES BAND

Pour s’adapter au développement de plus en plus important de plateformes de streaming partout dans le monde, le producteur/réalisateur Charles Band, patron de Full Moon Entertainment, décide de prendre le train en marche. Puisqu’il faut désormais en passer par là, il crée son propre service de streaming en 2013 et commence à l’alimenter avec les films de son catalogue, des compilations d’extraits de ses titres les plus connus et des programmes originaux. La prochaine étape s’impose d’elle-même : la création d’une web série. C’est une publicité improbable dans un magazine (vantant la possibilité d’acheter des fausses têtes de femmes grandeur nature pour les exposer chez soi comme des trophées !) qui lui donne l’idée première de ce qui s’apprête à devenir Trophy Heads. Fidèle collaborateur de Full Moon, Roger Barron (alias Neal Marshall Stevens) écrit en deux semaines à peine les cinq épisodes de vingt minutes de cette première série. En proposant à plusieurs « scream queens » de jouer leur propre rôle (Brinke Stevens, Darcy DeMoss, Jacqueline Lovell, Linnea Quigley, Michelle Bauer et Denice Duff), Trophy Heads propose une réflexion drôle et désenchantée sur le caractère éphémère des stars hollywoodienne, surtout celles qui brillent dans les films d’horreur de série B. Après sa diffusion, la série sera remontée sous forme d’un long-métrage autonome et peut désormais s’apprécier sous ce format.

Au cours du prologue, l’actrice Darcy DeMoss (que les amateurs du genre ont pu voir dans Jason le mort-vivant, Return to Horror High ou Zombie Academy) est poursuivie en pleine nuit par un tueur déguisé en extra-terrestre qui la décapite brutalement d’un coup de faucille. Voilà une entrée en matière diablement efficace ! Trophy Heads s’intéresse à Max (Adam Noble Roberts), un homme oisif qui vit seul avec sa mère et se repasse en boucle des VHS de séries B qu’il adore (de préférence celles de Full Moon, bien sûr). Désabusé, il se rend compte que ses films préférés vieillissent, tout comme leurs stars. Son seul souhait est de les préserver pour toujours. Pour y parvenir, il décide de recréer les scènes de mort de ces starlettes dans leurs films les plus fameux, de leur couper la tête et d’en faire des trophées pour son sous-sol. Avec l’aide de sa mère (Maria Olsen, qu’on retrouvera en psychopathe dans I Spit on Your Grave : déjà vu), il met son plan à exécution…

Tête à tête

Gingerdead Man 2 jouait déjà fortement la carte de la mise en abyme et de l’autodérision, mais sur un ton ouvertement burlesque et parodique. Si l’humour noir et les gags visuels ne sont pas absents de Trophy Heads, l’hommage se veut ici plus sincère. Entrant pleinement dans le jeu, nos « stars » écornent volontairement leur image. Ici, Brinke Stevens (Sideshow) est devenue masseuse spécialisée dans la chiropractie, Linnea Quigley (Le Retour des morts-vivants) fait du porte-à-porte pour diffuser la parole de Dieu, Michelle Bauer (Hollywood Chainsaw Hookers) vend des jus de fruit et des photos dédicacées sur la plage… L’un des moments humoristiques les plus réussis du film oppose Jacqueline Lowell (Hideous) et Denice Duff (Subspecies) qui jugent non sans mépris leurs carrières respectives. Charles Band accepte lui-même de passer à la moulinette, ses films étant résumés le temps d’une réplique à « du sang, des seins et des petits monstres ». Dans le même esprit, le connaisseur s’amusera de cette séquence de casting dans laquelle tout le monde joue son propre rôle. Stuart Gordon incarne donc le réalisateur d’un film qui s’appelle Re-Possessed et pour lequel postulent plusieurs actrices, parmi lesquelles Robin Sydney (Gingerdead Man), Amy Paffrath (Evil Bong 2) et Jessica Morris (Les Geôles du diable). À travers les reconstitutions des scènes clés de plusieurs de ses films fétiches avec les moyens du bord (Alien Abduction, Slave Girls, Creepozoids, Sorority Babes, Subspecies 2, Le Cerveau de la famille), notre fanboy psychopathe se lance presque dans une version trash de Soyez sympa rembobinez. Ce n’est pas l’un des moindres atouts de ce film bourré de clins d’œil, sur lequel plane aussi l’ombre de Psychose et Maniac lorsque les victimes décapitées et empaillées commencent à tourmenter le jeune homme en s’adressant directement à lui. Bref, voilà une « traversée du miroir » certes modeste mais très recommandable.

 

© Gilles Penso

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LES DIABLES (1971)

Ken Russell s’empare de l’histoire vraie d’un prêtre accusé de sorcellerie pour bâtir une œuvre baroque, macabre et toujours aussi dérangeante…

THE DEVILS

 

1971 – GB

 

Réalisé par Ken Russell

 

Avec Oliver Reed, Vanessa Redgrave, Dudley Sutton, Max Adrian, Gemma Jones, Murray Melvin, Michael Gothard

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

En s’inspirant de la pièce Les Diables de John Whiting et du roman Les Diables de Loudun d’Aldous Huxley, Ken Russell transpose à l’écran une histoire vraie survenue au XVIIᵉ siècle, en France. À Loudun, petite ville provinciale rongée par les tensions religieuses et politiques, le père Grandier, prêtre séduisant et anticonformiste, devient malgré lui le catalyseur d’une flambée de délire collectif. Respecté par certains, haï par d’autres, Grandier attise les désirs et les rancunes. Il est notamment l’objet de la convoitise trouble de nombreuses jeunes femmes, en particulier celles du couvent local. Mais lorsqu’il décide de prendre une épouse, brisant ainsi son vœu de célibat, c’est toute une mécanique de vengeance, de frustration et d’oppression religieuse qui se met en place. La mère supérieure, sœur Jeanne des Anges, bossue et névrosée, sombre dans une forme de démence que son entourage interprète aussitôt comme une possession démoniaque. Son confesseur, le père Mignon, fait alors appel au père Barre pour procéder à un exorcisme. Très vite, c’est le couvent entier qui semble basculer dans une hystérie collective où se mêlent hurlements, convulsions, nudité et visions impies.

Désigné comme responsable de ces possessions, Grandier devient le bouc émissaire d’une société rongée par l’intolérance, où les alliances entre Église et pouvoir royal n’ont pour but que d’éliminer les voix dissidentes. Sous couvert de justice divine, on le traîne donc dans une parodie de procès et on le condamne pour sorcellerie. Ken Russell filme ce basculement dans l’absurde et l’horreur avec une audace visuelle rare. Avec ses décors monumentaux d’un blanc spectral, ses éclairages expressionnistes et ses costumes stylisés, le film adopte une esthétique théâtrale, baroque et délibérément excessive. Saisissante dans la peau de Sœur Jeanne, Vanessa Redgrave incarne une religieuse contrefaite et refoulée dont les visions érotiques prennent des allures de cauchemars christiques : elle fantasme Grandier crucifié, muant le désir en transgression mystique. Oliver Reed, imposant et magnétique, campe quant à lui un être tiraillé entre sa foi sincère et ses faiblesses très humaines. Face à la tempête qui s’abat sur lui, il reste digne, presque christique à son tour.

Sur l’autel de l’intolérance

Le film glisse vers la démesure lors de l’exorcisme central. Les sœurs se muent alors en possédées déchaînées, dans une séquence de pure déflagration visuelle et sonore, où les corps s’agitent, se dévoilent, hurlent, vomissent. À travers cette débauche incontrôlable, Russell dénonce la théâtralisation du pouvoir religieux, son goût pour la mise en scène, le spectacle et l’humiliation. Le cinéaste excelle aussi dans son usage du montage parallèle : le mariage secret de Grandier est entremêlé avec les hallucinations de Jeanne, le sermon du père Barre est juxtaposé aux divertissements décadents du roi Louis XIII. La dernière partie du film, qui décrit la torture et l’exécution publique de Grandier, est d’une intensité rare. Sans jamais verser dans le gore ou la complaisance, Russell filme le sacrifice d’un homme sur l’autel de l’intolérance. Car derrière ses excès apparents, Les Diables est avant tout un plaidoyer contre les dérives de la religion, la censure et le fanatisme d’État. Rattaché au Fantastique par son traitement et son climat (Russell n’hésitant pas à emplir l’écran de visions dantesques, comme ces squelettes de suppliciés grouillant de vers, ou cette fosse commune aux proportions affolantes), ce film longtemps censuré, banni et mutilé, est donc un réquisitoire contre l’injustice et l’intolérance, exacerbées en ces temps obscurs où tortures et jugements expéditifs étaient monnaie courante.

 

© Gilles Penso

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GINGERDEAD MAN VS. EVIL BONG (2013)

Ne reculant devant aucun délire, le producteur Charles Band orchestre le crossover de deux de ses franchises les plus improbables…

GINGERDEAD MAN VS. EVIL BONG

 

2013 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec John Patrick Jordan, Robin Sydney, Sonny Carl Davis, Peter Badalamenti, Amy Paffrath, Charles A. Rearden, Ryan Curry, Victoria Levine, Timothy A. Bennett

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I MAGIE ET SORCELLERIE I PETITS MONSTRES I SAGA GINGERDEAD MAN I EVIL BONG I CHARLES BAND

Après un premier film au concept délirant et deux suites ultra-parodiques bourrées d’autodérision (l’une située sur un plateau de tournage de film d’horreur, l’autre dans une patinoire disco des années 70), comment faire encore évoluer la « saga » Gingerdead Man en repoussant les limites de ce que les spectateurs sont en droit d’attendre ? En toute logique, Charles Band demande à William Butler, auteur des trois opus précédents, de lui proposer des idées pour un quatrième épisode. « Lorsque Charlie est venu me voir et m’a dit : “Tu veux bien en faire un autre ?“, je lui ai répondu, comme toujours : “Je ne ferai une suite que si je peux faire ce que je veux.“ », raconte Butler. « Or je voulais que le Gingerdead Man aille au pôle Nord pour assassiner le Père Noël. Et que le film soit tourné à la manière de JFK ! Mais Charlie m’a simplement répondu : “Pas question, tu vas trop loin !“ » (1) Persuadé qu’un tel film risque de coûter trop cher et que les fans ne seront peut-être pas prêts à suivre un concept aussi loufoque, Band préfère se rabattre sur un principe qu’il adore depuis les Universal Monsters des années 40 : le crossover. Coutumier du fait (il produisit notamment Dollman vs. Demonic Toys et Puppet Masters vs. Demonic Toys), le producteur assure lui-même la réalisation de Gingerdead Man vs. Evil Bong dont il confie le scénario à Kent Roudebush.

Trois filles aux seins hypertrophiés, incrustées devant un décor de plage, s’agitent lascivement devant le Gingerdead Man, qui se prélasse sur un transat. Voilà comment le film commence, annonçant d’emblée à quel niveau le spectateur doit placer ses exigences. Le biscuit psychopathe nous apprend qu’il cherche à se venger de Sarah Leigh (Robin Sydney), la pâtissière qui, jadis, le condamna à errer dans ce petit corps croustillant. Or la boutique dans laquelle elle travaille se trouve de l’autre côté de la rue du magasin de Larnell (John Patrick Jordan), le héros de la franchise Evil Bong. Pour nous remettre les idées en place (et gagner du temps sur une intrigue qui n’avance qu’à la vitesse d’un escargot), Charles Band nous impose alors un long flash-back de 8 minutes résumant les péripéties des trois premiers Evil Bong. Larnell est désormais en couple avec Velicity (Amy Paffrath) et cache aux yeux de tous le bong maléfique qui lui causa tant de soucis par le passé, et dont il rêve de percer le secret. Lorsque l’objet est libéré par le représentant de commerce Rabbit (Sonny Carl Davis) et que le Gingerdead Man surgit pour assouvir sa vengeance, l’improbable crossover peut commencer…

Le Charles Band Cinematic Universe

Décevant pour ceux qui apprécièrent les délires de Gingerdead Man 2 et Gingerdead Man 3 (autrement plus inventifs et culottés), ce quatrième opus offre cependant de quoi redynamiser la franchise Evil Bong qui, elle, commençait à tourner en rond. Charles Band tient d’ailleurs à muer ce film en véritable medley de l’univers Full Moon. Les clins d’œil et les « guest stars » abondent donc. King Bong et les gâteaux psychopathes de Gingerdead Man 3 pointent le bout de leur nez, une poupée d’Ooga Booga et la Leech Woman de Puppet Master font de la figuration, Hambo (le fermier au nez de cochon vu dans Zombies vs. Strippers et Ooga Booga) passe lui-même une tête, tout comme la bimbo siliconée Masuimi Max et le clownesque Peter Badalamenti (qui jouaient tous deux dans Unlucky Charms). Robin Sydney elle-même, qui interprète deux rôles bien différents dans les franchises Evil Bong (la délurée Luann) et Gingerdead Man (la très sage Sarah), pousse le délire un cran au-dessus en interprétant ici les deux personnages simultanément, le temps d’une scène de dispute savoureuse. Cette véritable foire d’empoigne se fend en outre de gags référentiels à Shining (le biscuit tueur qui défonce une porte à la hache et passe sa tête dans le trou en criant « Here’s Ginny ! ») et Superman (la reprise du tribunal kryptonien). Ce grain de folie permanent masque bien mal l’absence d’une intrigue digne de ce nom, mais les fans – pas trop exigeants – du « Charles Band Cinematic Universe » ont largement de quoi se sustenter.

 

(1) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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L’HUMANOÏDE (1979)

Une imitation ultra-maladroite et délicieusement kitsch de Star Wars, conçue par les rois du cinéma bis italien des années 70…

L’UMANOIDE

 

1979 – ITALIE

 

Réalisé par Aldo Lado

 

Avec Richard Kiel, Corinne Clery, Leonard Mann, Barbara Bach, Arthur Kennedy, Ivan Rassimov, Marco Yeh, Massimo Serato

 

THEMA SPACE OPERA

Sorti dans le sillage de La Guerre des étoiles, L’Humanoïde est caractéristique d’une époque où les producteurs italiens se ruaient sur la moindre franchise à succès pour en livrer des copies low-cost. Dès l’ouverture, le ton est donné : un méchant masqué, habillé de noir, répondant au nom de Graal (aucun lien avec les Chevaliers de la Table Ronde), incarné par Ivan Rassimov, s’échappe d’un satellite-prison pour renverser son « Grand Frère » (Massimo Serato), souverain pacifique de la planète Metropolis (aucun lien avec Superman ou Fritz Lang), version futuriste et utopique de la Terre (aux allures de la cité aseptisée de L’Âge de cristal). Avec son armure noire, son casque intégral et son vaisseau inspiré des destroyers de l’Empire, Graal est un clone évident de Dark Vador. Il s’associe au docteur Kraspin (Arthur Kennedy), scientifique fou récemment libéré par Lady Agatha (Barbara Bach). Leur plan consiste à créer une armée d’humanoïdes invincibles grâce au « Kappatron », une substance chimique transformant tout être humain en soldat invincible. Kraspin en profite pour reprendre ses expérimentations dignes du docteur Fu Manchu, alimentant le sérum de jeunesse d’Agatha avec des fluides extraits de jeunes femmes capturées, dénudées et torturées dans une boîte hérissée de seringues aspirant leur fluide vital.

Bach campe ici une sorte de comtesse Bathory futuriste au look disco-gothique : crinière permanentée, robe noire échancrée et décolleté vertigineux. Elle finira le film en squelette grimaçant, résultat d’une décrépitude accélérée digne des meilleures trouvailles artisanales d’Antonio Margheriti (Du Sang pour Dracula), ici responsable des effets spéciaux aux côtés d’Armando Valcauda (Star Crash, Contamination). La victime principale du « Kappatron » est Golob, un colosse barbu joué par Richard Kiel (le célèbre Requin de L’Espion qui m’aimait, où il partageait déjà l’affiche avec Barbara Bach). Détourné par Kraspin, son vaisseau se crashe dans un lac – clin d’œil manifeste à La Planète des singes. Kiel émerge alors des eaux, transformé en humanoïde sans barbe (effet secondaire épilatoire non annoncé), balafré, mutique et grognon. Ce proto-Terminator invulnérable marche à travers des murs en polystyrène, insensible aux lasers et grimé comme le monstre de Frankenstein. C’est Tom Tom, un jeune garçon asiatique, qui le ramènera sur le droit chemin. Cette scène est accompagnée d’un joli morceau pour violons composé par Ennio Morricone, seul coup d’éclat d’une bande originale par ailleurs particulièrement terne. Et dire que la même année, le maestro écrivait la sublime musique d’Il était une fois en Amérique !

« Ça ne tourne pas rond dans ta galaxie ! »

Les héros de ce récit chaotique sont Barbara Gibson (Corinne Cléry), scientifique en combinaison moulante qui se déplace dans un aéroglisseur inspiré de celui de Luke Skywalker, et Nick (Leonard Mann), pilote romantique fadasse, tous deux accompagnant l’humanoïde dans sa quête pour libérer Metropolis. Le film culmine vers un interminable gunfight à coups de pistolets lasers dans les couloirs de la base ennemie. Le scénario se ponctue de jurons intergalactiques pittoresques (« Par Saturne ! », « Au nom d’Hélios ! », « Ça ne tourne pas rond dans ta galaxie ! »), et le petit robot-chien Kit, sorte de sous-R2D2, piaille sans cesse aux côtés de Golob, qui joue les émules de Han Solo quand il ne se mue pas en androïde grimaçant. Tourné partiellement à Cinecittà en seulement trois mois, L’Humanoïde est la démonstration éclatante de l’énergie déployée par le bis italien pour tenter d’exister dans l’ombre des blockbusters américains. Mais les maquettes d’Emilio Ruiz, les maquillages de Giannetto de Rossi et les effets visuels de Valcauda peinent à cacher son budget ridicule. Malgré ses fausses allures de film américain (Aldo Lado signe la mise en scène sous le pseudonyme de George B. Lewis), L’Humanoïde ne sera jamais distribué au cinéma aux États-Unis, ce qui l’enfermera dans un ghetto de série B obscure et incunable.

 

© Gilles Penso

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UNLUCKY CHARMS (2013)

Au cours d’une émission de télé-réalité visant à sélectionner l’égérie d’une marque de lingerie, d’étranges créatures légendaires surgissent…

UNLUCKY CHARMS

 

2013 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Tiffany Thornton, Seth Peterson, Charlie O’Connell, Jeryl Prescott, Nathan Philips, Nikki Leigh, Alex Rose Wiesel, Masuimi Max, Peter Badalamenti, Ben Woolf

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA CHARLES BAND

Visiblement motivé par le succès de la saga Leprechaun, avec Warwick Davis dans la peau d’un lutin serial-killer, Charles Band commence à développer en 2011 le projet du long-métrage Unlucky Charms. Son concept consiste à mélanger deux idées qui, à priori, n’ont rien à voir ensemble : les exactions de créatures issues du folklore féerique irlandais d’un côté, et un pastiche des émissions de télé-réalité de l’autre (notamment le show America’s Next Top Model). Le fruit de ce cocktail étrange est un scénario écrit par August White puis retravaillé par Kent Roudebush. Le prologue d’Unlucky Charms, empreint d’une étrange poésie, tranche radicalement avec ce que nous connaissons de l’univers habituel des productions Full Moon. Des petites filles jouent à la balançoire, au ralenti, dans une atmosphère feutrée onirique, nimbée d’une musique envoûtante aux accents folkloriques celtes. Un lutin observe la scène avec mélancolie, dissertant intérieurement sur l’innocence perdue, tandis qu’une fillette solitaire, assise seule sur un banc, lui adresse un sourire triste. Voilà qui est intriguant. Mais la suite du métrage change brutalement de ton pour retrouver tous les ingrédients favoris du cinéma de série B façon Charles Band : des jolies filles en sous-vêtements, de la sorcellerie et des petits monstres.

Nous sommes à Los Angeles, dans le décor certes très photogénique d’un grand château gothique, mais face à une situation d’une grande trivialité. Cinq jeunes femmes s’y disputent la chance de devenir l’égérie d’une nouvelle ligne de lingerie haut de gamme. Il y a là Darla (Alex Rose Wiesel), Sheila (Nikki Leigh), Mika (Masuimi Max), Erin (Anna Sophia Berglund) et Audrey (Tiffany Thornton). Dans le cadre de cette émission de télé-réalité orchestrée par la diva de la mode DeeDee DeVille (Jeryl Prescott), aux côtés du juge Pirl (Seth Peterson) et du producteur Baxter Randolph (Charlie O’Connell), la compétition devient féroce et chacune sort ses griffes. Mais lorsqu’elles commencent à disparaître une à une, les concurrentes se rendent vite compte qu’elles se battent pour leur vie. En effet, quatre créatures mythiques ont été invoquées par le biais d’un maléfice ancestral et surgissent dans le château à tour de rôle pour aspirer leur fluide vital…

Lutin mélancolique et cyclope lubrique

Sélectionnées moins pour leurs capacités d’actrices que pour leur côte de popularité sur les réseaux sociaux (et pour l’impudeur de certaines d’entre elles, disposées à jouer certaines séquences topless), celles qui jouent les cinq candidates de cette fausse télé-réalité s’en sortent plutôt bien dans leurs rôles de farouches concurrentes. Face à elles, Seth Peterson excelle en juge pédant et hautain (avec ses faux airs de Jim Carrey), tout comme Jeryl Prescott en diva de la mode sophistiquée et tirée à quatre épingles. Charlie O’Connell s’avère beaucoup moins convainquant en producteur playboy, comme s’il visitait le plateau de tournage en dilettante. L’acteur – héros récurrent de la série Sliders aux côtés de son frère Jerry – est pourtant familier du monde de la téléréalité, puisqu’il présenta The Bachelor en 2007. Les petites créatures censées égayer ce scénario bancal peinent aussi à nous convaincre. Le lutin rouge philosophe Farr Darrig (Nathan Phillips), le cyclope lubrique Bloody Bones (Peter Badalamenti), le goblin au nez crochu Pookah (Ben Woolf) et la Banshee hurlante aux crocs proéminents (Katrina Kemp) souffrent de designs discutables, de maquillages évasifs (aux allures de masques de carnaval pour la plupart) et de rôles mal définis. Car le film ne cesse de zapper d’une idée à l’autre sans les exploiter correctement. La parodie des émissions de télé-réalité, le pacte diabolique à la Dorian Gray et les petits monstres légendaires s’entrechoquent donc mollement au fil d’une intrigue bien peu palpitante.

 

© Gilles Penso

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