LES AVENTURES DE TARZAN À NEW YORK (1942)

Boy ayant été enlevé par un chasseur de fauves peu scrupuleux, Tarzan et Jane s’envolent pour Manhattan afin de le retrouver…

TARZAN’S NEW YORK ADVENTURE

 

1942 – USA

 

Réalisé par Richard Thorpe

 

Avec Johnny Weissmuller, Maureen O’Sullivan, Johnny Sheffield, Virginia Grey, Charles Bickford, Paul Kelly, Chill Wills, Cy Kendall, Russell Hicks

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I TARZAN

Les Aventures de Tarzan à New York marque le point final du cycle des aventures de l’homme-singe inspiré par Edgar Rice Burroughs sous l’égide du studio MGM. Johnny Weissmuller continuera à incarner le roi de la jungle par la suite, mais ce seront des productions plus modestes, plus « pulp » et souvent moins mémorables. Enchaîné seulement un mois après la fin du tournage du Trésor de Tarzan, ce sixième opus part d’un contexte familier – la famille soudée que constituent Tarzan, Jane et Boy, isolés dans leur petit paradis sauvage en compagnie d’animaux complices – pour mieux nous transporter ailleurs à mi-parcours du métrage. Conscients qu’il s’agit d’un chapitre final, le réalisateur Richard Thorpe et les producteurs se « débarrassent » presque des passages obligatoires, quitte à réutiliser encore bon nombre de stock-shots empruntés notamment à Tarzan trouve un fils, pour pouvoir ensuite casser la mécanique et changer de contexte. Le motif du « poisson hors de l’eau » est annoncé dès le titre du film, qui juxtapose deux éléments qui n’ont à priori rien à faire ensemble – Tarzan et New York – afin de surprendre les spectateurs. Le défi est d’autant plus audacieux que le film s’efforce d’équilibrer deux tonalités contraires : le drame et la comédie.

Le scénario assure d’emblée une continuité directe avec le film précédent, dans la mesure où Boy, qui a beaucoup entendu parler d’avions dans Le Trésor de Tarzan, a développé une fascination qui le pousse désormais à désirer en voir un vrai de ses propres yeux. L’occasion se présente lorsqu’un appareil atterrit dans la jungle, tout près de l’escarpement sauvage où Tarzan, Jane et lui ont bâti leur havre de paix digne du jardin d’Eden. N’y résistant pas, il rend visite aux hommes venus de la civilisation : un pilote (Paul Kelly), un chasseur (Charles Bickford) et un dompteur (Chill Wills) venus capturer des lions pour le cirque qui les emploie. En découvrant la manière étonnante avec laquelle Boy parle aux animaux et la complicité qui le lie à un trio d’éléphanteaux, le dompteur imagine déjà les affiches : « L’enfant roi de la jungle ». Attaqués par un lion, puis par la peuplade des Jaconis, ils prennent la fuite en avion et emmènent Boy avec eux, persuadés que Tarzan et Jane sont morts dans un incendie provoqué par la tribu belliqueuse. Mais notre couple vedette a survécu et prend un avion postal depuis le village du coin en direction de New York…

La jungle urbaine

Beaucoup plus porté sur l’humour que les films précédents, Les Aventures de Tarzan à New York s’amuse même à cligner de l’œil vers le célèbre dialogue « Moi Tarzan, toi Jane ». Les situations cocasses nées de la confrontation de Tarzan avec une civilisation qui lui est inconnue abondent, comme l’essayage de costume chez un tailleur ou la découverte d’une douche dans un hôtel. Mais bien souvent, c’est Cheeta qui lui vole la vedette. La guenon sème la zizanie un peu partout où elle passe, essaie une fontaine à eau, passe des coups de fil, provoque le chaos dans le vestiaire d’un music-hall, bref s’en donne à cœur joie. Cela dit, la comédie n’est pas le seul ressort du film. Lorsque Tarzan se retrouve confronté à la justice des hommes, au sein d’un tribunal qui doit statuer sur le sort de Boy, et voit sa légitimité de père remise sérieusement en question, le ton se durcit et le drame affleure. Pour compléter ce cocktail déjà ambitieux, Richard Thorpe concocte plusieurs séquences spectaculaires d’anthologie, comme l’escalade des buildings (récurrente de King Kong), le vertigineux plongeon depuis le pont de Brooklyn ou la charge finale des éléphants dans le cirque. Après ce bouquet final, Maureen O’Sullivan abandonnera définitivement la peau de bête de Jane pour s’occuper de ses sept enfants, notamment la toute jeune Mia Farrow. Johnny Weissmuller et Johnny Sheffield, eux, reprendront leurs rôles de père et de fils à cinq autres reprises.

 

© Gilles Penso

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TRANSFIGURATION (2016)

Cette vision crue et réaliste du vampirisme, sous haute influence du Martin de George Romero, ne nous convainc qu’à moitié…

THE TRANSFIGURATION

 

2016 – USA

 

Réalisé par Michael O’Shea

 

Avec Eric Ruffin, Chloe Levine, Aaron Moten, Danny Flaherty, James Lorinz, Larry Fessenden, Jorge Cordova, Lloyd Floyd, Anna Friedman

 

THEMA VAMPIRES

Monstres et misère sociale cohabitent dans Transfiguration, un film indépendant à très petit budget filmé dans les rues crues et délavées du Queens. Visiblement très influencé par Martin de George Romero (référence explicite dès les premières minutes, lorsque le jeune héros le désigne comme le plus réaliste des films de vampires), Michael O’Shea évite soigneusement les canons du genre pour s’ancrer dans un cadre résolument naturaliste, quasi documentaire. Ici, point de capes noires ni de canines scintillantes. La figure du vampire est intériorisée, tragique et angoissante, portée par un adolescent mutique et déconnecté du monde, Milo. Ce dernier vit avec son frère aîné, une épave casanière incapable de sortir de son canapé, et passe ses journées à visionner frénétiquement des films de vampires ou à consulter des forums dédiés au sujet. Il les classe, les commente, les compare, avec une fascination presque clinique, excluant au passage la saga Twilight, trop fantaisiste selon lui. Cette obsession vampirique n’est pas qu’un refuge symbolique. Milo tue effectivement des gens, dans des toilettes publiques ou des coins de rue sombres, pour leur sucer le sang. Mais Michael O’Shea prend soin de ne jamais l’enrober d’effets de style ou d’une imagerie gothique. Ici, le vampirisme est traité comme un symptôme, une pathologie mentale, une métaphore d’un mal-être plus profond, celui d’un garçon enfermé dans un quotidien sans amour ni avenir.

La force du film réside d’abord dans ce décalage : insérer une figure mythologique dans un environnement aussi prosaïque et brutal que les HLM du Queens, là où le danger réel vient des gangs, de la pauvreté et de l’isolement social. Milo est un monstre, certes, mais c’est avant tout un enfant abandonné, qui tente de donner un sens à son existence à travers la mythologie vampirique, comme on se raccroche à une fiction pour survivre à la réalité. Le film dégage alors une étrangeté fascinante dans cette manière de traiter le fantastique comme une strate presque invisible, enfouie sous une couche de morosité urbaine. D’où le rejet d’effets spéciaux spectaculaires ou de poétisation de la figure vampirique. Les meurtres sont ici froids, mécaniques, jamais esthétisés. Le problème, c’est que cette démarche, aussi intéressante soit-elle, finit par tourner à vide. Le récit patine, incapable de faire évoluer réellement la trajectoire de Milo. Il rencontre bien Sophie, une jeune fille paumée comme lui, voisine solitaire qui traîne ses blessures et sa fragilité, mais leur relation reste plate, sans véritable intensité.

La langueur monotone

Cette dynamique ne prend donc jamais totalement, tant le film semble se refuser à toute montée dramatique ou toute progression dans la mise en scène de la tension. Michael O’Shea choisit une mise en scène épurée, presque absente, privilégiant les plans fixes, les silences, une lumière naturelle souvent dépressive. Là encore, l’option peut séduire sur le papier, mais elle finit par desservir le film. Faute d’un point de vue affirmé, le récit devient fade, l’ambiance monotone. Transfiguration s’installe dans une langueur mélancolique qui devient pesante, jusqu’à créer une distance entre le spectateur et son personnage principal. L’ambiguïté du postulat – Milo est-il vraiment un vampire ou un adolescent dérangé ? – n’est d’ailleurs jamais vraiment exploitée, comme si le film refusait d’assumer ses propres promesses. On peut certes saluer la sincérité du projet, l’absence de cynisme ou d’effets faciles, ainsi que la volonté audacieuse d’intégrer le mythe du vampire dans un contexte social réaliste. Il y a dans Transfiguration des idées fortes, un malaise sourd et une tristesse poisseuse. Mais on y trouve surtout une inertie narrative qui laisse le film à l’état d’esquisse.

 

© Gilles Penso

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QUEEN CRAB (2015)

Une jeune femme s’est liée d’amitié avec un crabe mutant grand comme un dinosaure qui sème la panique dans une petite ville américaine…

QUEEN CRAB

 

2015 – USA

 

Réalisé par Brett Piper

 

Avec Michelle Miller, Kathryn Metz, Richard Lounello, Ken Van Sant, A.J. DeLucia, Danielle Donahue, Steve Diasparra, Yolie Canales, Houston Baker, Liberty Asbury

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Brett Piper n’a jamais laissé le manque de moyens entamer son opiniâtreté. Avec un budget d’à peine 60 000 dollars et l’appui de son producteur Mark Polonia, ce véritable couteau suisse (réalisateur, scénariste, co-producteur, superviseur des effets spéciaux) se lance dans Queen Crab, qui s’appréhende autant comme un hommage aux films de Ray Harryhausen que comme un clin d’œil aux kaiju-eigas japonais dans lesquels les monstres ne sont pas forcément plus agressifs que les humains. Dans une démarche proche de celle de tous les films qu’il a signés depuis le début des années 2000 (Arachnia, Shock-O-Rama, The Dark Sleep), notre homme ne se laisse pas tenter par l’image de synthèse. S’il est passionné de créatures géantes, il souhaite continuer à les concevoir et à les animer en stop-motion, à l’ancienne, comme il le faisait à l’époque de Mystérieuse planète ou A Nymphoïd Barbarian on Dinosaur Hell. Voilà qui distingue agréablement Queen Crab de tous les « creature features » à petit budget qui pullulent alors sur le marché du « direct-to-video ». Le film se déroule à Crabbe Creek, dans l’Amérique profonde. Le père de la petite Melissa est un scientifique qui travaille sur un moyen d’accroître la taille de la nourriture pour régler les futurs problèmes de famine, comme jadis le capitaine Nemo de L’Île mystérieuse. Or la fillette vient de recueillir au bord de l’eau un gros crabe qu’elle surnomme Pee-Wee.

Dès ce prologue, alors qu’il a encore une taille normale, le crabe est animé en stop-motion dans un certain nombre de plans. L’animation est très subtile, pleine de caractère, et l’incrustation de la figurine dans les plans avec la petite fille est remarquable. Puis deux événements aux lourdes conséquences s’enchaînent : Melissa donne à Pee-Wee des grains de raisin génétiquement modifiés, et plusieurs produits chimiques se mélangent par accident dans le laboratoire en provoquant une explosion qui tue ses parents. Vingt ans plus tard, Melissa est devenue une jeune femme peu sociable (incarnée par Michelle Miller) qui vit seule dans la campagne et a noué des liens fusionnels avec son crabe favori, devenu aussi grand qu’un dinosaure. Dès lors, Brett Piper met en scène une série de séquences surréalistes au cours desquelles des crabes de tailles variés (car il y a des rejetons) s’en prennent aux humains. Tout commence avec l’attaque d’un homme dans les bois, au milieu de la nuit. Des crustacés gros comme des chats se jettent sur lui et le tuent puis prennent en chasse une jeune femme. Lorsque les bêtes sont écrasées par une voiture, la maman réclame alors vengeance…

La grande aventure de Pee-Wee

Car Pee-Wee est une femelle, ce qui explique le titre du film. Sa première apparition sur une route nocturne est très dramatique, face à un pare-brise avec à l’avant-plan un regard affolé dans le rétroviseur. La bête s’intègre avec beaucoup de dynamisme dans les plans réels et son design est assez intéressant. Si sa forme globale s’inspire grandement du crabe de L’Île mystérieuse, son faciès est humanisé avec deux grands yeux et une bouche dans laquelle s’articulent deux mandibules très expressives. Grâce à l’emploi d’une pince grandeur nature, de décors miniatures très réalistes, de figurines pour remplacer certains humains et de nombreux plans en mouvement, Piper nous surprend sans cesse et parvient à faire interagir chaque fois que possible les acteurs et le monstre. Parmi les moments les plus marquants du film, on retiendra la destruction d’une ferme par une mère crabe furieuse, la créature qui soulève entre ses pinces gigantesques une jeep pour la jeter au sol (un clin d’œil manifeste au climax du Scorpion noir) ou encore Melissa qui est transportée sur le dos de son crustacé favori et traverse ainsi la forêt au clair de lune. Voilà donc un petit film de monstre très sympathique, dont les maladresses et les défauts sont d’autant plus pardonnables qu’il ne place jamais ses ambitions au-delà de celles d’un honnête divertissement de série B.

 

© Gilles Penso

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J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE (2010)

Sur les traces du tueur psychopathe qui a assassiné sa fiancée, un agent des services secrets se lance dans une croisade sanglante…

I SAW THE DEVIL

 

2010 – CORÉE DU SUD

 

Réalisé par Kim Jee-woon

 

Avec Lee Byung-hun, Choi Min-sik, Jeon Kuk-hwan, Cheon Ho-jin, Oh San-ha, Kim Yun-seo, Choi Moo-sung

 

THEMA TUEURS

Après avoir marqué les esprits avec A Bittersweet Life (2005), film noir stylisé sur fond de tragédie romantique, et s’être essayé au western déjanté avec Le Bon, la brute et le cinglé (2008), Kim Jee-woon revient en 2010 avec un projet plus sombre, viscéral et radical : J’ai rencontré le diable. Figure majeure du cinéma sud-coréen de sa génération, Jee-woon est un réalisateur caméléon, capable d’alterner les registres avec une étonnante fluidité tout en imposant une mise en scène virtuose et une sensibilité baroque. L’idée du film naît d’un scénario de Park Hoon-jung (futur réalisateur de New World), qui propose une relecture moderne du thriller de vengeance, poussé jusqu’à ses conséquences les plus extrêmes. Sur la base de ce récit, l’ambition de Kim Jee-woon consiste à explorer les limites morales de la justice personnelle tout en confrontant deux figures antagonistes jusqu’à leur point de rupture. Le projet ne manque pas d’audace et suscite rapidement l’attention… mais aussi la polémique. En raison de sa violence graphique, le film doit être remonté à plusieurs reprises pour obtenir l’agrément de la commission de censure sud-coréenne. Ce contexte tendu ne freine pas l’enthousiasme de Kim Jee-woon, qui retrouve ici son acteur fétiche Lee Byung-hun et dirige pour la première fois Choi Min-sik, inoubliable interprète de Old Boy.

L’histoire s’ouvre sur une scène glaçante : une jeune femme enceinte, Joo-yun (Oh San-ha), tombe en panne de voiture par une nuit d’hiver et se fait enlever par un inconnu. Ce dernier est Kyung-chul (Choi Min-sik), un tueur en série sadique qui prend un plaisir bestial à torturer ses victimes. Très vite, la police découvre le corps mutilé de la jeune femme. Son fiancé, Kim Soo-hyeon (Lee Byung-hun), agent des services secrets sud-coréens, est anéanti. Incapable de se contenter de la justice classique, il décide de traquer le meurtrier lui-même. Mais il ne veut pas simplement le tuer : il veut le faire souffrir, lentement, méthodiquement, jusqu’à l’épuisement. Commence alors un jeu de chasse inversée, cruel et pervers, où le prédateur devient proie, avant que les rôles ne s’inversent à nouveau. Une mécanique de vengeance difficilement soutenable s’installe, faisant monter la tension à mesure que le film avance…

La descente aux enfers

Le sixième long-métrage de Kim Jee-woon est donc un véritable coup de poing dont on ne peut ressortir totalement indemne. Le scénario s’appuie pourtant sur un schéma narratif simple et très classique. Mais rien ne ressemble à J’ai rencontré le diable. Les deux rôles masculins principaux y sont pour beaucoup. A priori, tout oppose le bel et athlétique agent du gouvernement, dévasté par la mort de sa promise, et l’assassin compulsif et indestructible qui ne semble connaître ni peur ni remords. Pourtant, plus le mécanisme de la vengeance s’engage, plus les deux hommes se rapprochent, et le fameux adage nietzschéen selon lequel on ne combat un monstre qu’en devenant monstre soi-même s’illustre de manière terrifiante. Incidemment, J’ai rencontré le diable dresse le portrait d’un des serial killers les plus effrayants de l’histoire du cinéma, prenant en cours de métrage une nouvelle dimension inattendue, tout en bâtissant les fondations d’un cauchemar à mi-chemin entre Le Silence des agneaux et Massacre à la tronçonneuse. Kim Jee-woon montre une fois de plus toute l’étendue de son talent de metteur en scène : découpage chirurgical, photographie glacée, maîtrise absolue du rythme et des ruptures de ton. La violence, bien que stylisée, reste viscérale, choquante, dérangeante. J’ai rencontré le diable transcende alors sa nature de film de vengeance pour se muer en véritable descente aux enfers, sans catharsis ni rédemption.

 

© Gilles Penso

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SORORITY BABES 2 (2022)

Les bimbos, le bowling hanté et le petit démon malicieux sont de retour dans cette suite qui reprend les mêmes recettes que son modèle…

SORORITY BABES IN SLIMEBALL BOWL-O-RAMA 2

 

2022 – USA

 

Réalisé par Brinke Stevens

 

Avec Kelli Maroney, Jessie Gill, Audrey Neal, Justin Lupo, Glory Rodriguez, Michelle Bauer, Brinke Stevens, Nate Blair, Katie O’Neill, Hannah Tullett, Luka Parente

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND

En 2019, Charles Band se met en tête de revisiter dix films de son catalogue en demandant à différents réalisateurs d’y apporter une vision nouvelle, tout en permettant aux fans de suivre en direct l’évolution des tournages sur la plateforme de streaming de Full Moon. La pandémie du Covid 19 ne lui permettra pas d’aller au bout de son idée, mais une poignée de films naîtra tout de même de cette initiative, notamment ce Sorority Babes 2 qui prend la suite du film original réalisé par David DeCoteau en 1988. Lorsqu’il appelle l’actrice Brinke Stevens pour lui proposer de participer à ce nouvel opus, celle-ci est enchantée mais se permet de lui rappeler que son personnage meurt dans le premier film. Or Band a une autre idée en tête : il souhaite lui confier la mise en scène. L’ancienne scream queen accepte sans hésiter – et finira tout de même par jouer dans le film un petit rôle d’outre-tombe aux côtés de sa collègue Michelle Bauer. Linnea Quigley aurait aussi dû être de la partie, mais une blessure au genou l’empêche de se déplacer sur le lieu du tournage. L’actrice Kelli Maroney joue donc sa sœur. La production de Sorority Babes 2 commence début 2020 puis s’interrompt – Covid oblige – pour ne reprendre que deux ans plus tard.

Le scénario de Kent Roudebush reprenant fidèlement la trame du film original, Sorority babes 2 s’apprécie autant comme une suite que comme un remake de son modèle. La situation est donc très familière. Pour intégrer une prestigieuse sororité, trois jeunes recrues, Ginger (Audrey Neal), Tiffany (Katie O’Neill) et la « bad girl » Bitsy (Glory Rodriguez), acceptent de jouer les bizuts auprès de deux étudiantes autoritaires, Sarah (Jessie Gill) et Ginger (Audrey Neal). Celles-ci leur donnent comme tâche d’entrer par effraction en pleine nuit dans une salle de bowling pour aller subtiliser le plus gros des trophées qui y trône. Comme si nous ne nagions pas déjà en plein déjà-vu, trois garçons (Nate Blair, Justin Lupo et Luka Parente) jouent les voyeurs en installant des caméras cachées dans les douches et la chambre des jeunes filles pour pouvoir les espionner. Pris sur le vif, ils ont le choix entre finir au poste de police ou accompagner leurs camarades dans leur mission nocturne. Tout ce beau monde se retrouve donc dans le fameux bowling, bouscule accidentellement le trophée et libère comme prévu un malicieux diablotin qui promet d’exaucer leurs vœux les plus chers. Bref, Kent Roudebush n’est pas allé chercher ses idées bien loin.

Faites un vœu !

La première moitié du film est franchement laborieuse, Brinke Stevens comblant le vide de l’intrigue avec des scènes de douches à répétition permettant de découvrir Audrey Neal, Katie O’Neill et Glory Rodriguez sous toutes leurs coutures. La balourdise des personnages saute assez vite aux yeux, notamment lorsqu’ils pénètrent dans le fameux bowling. Les filles dansent alors en buvant de la bière tandis que les garçons imitent des paires de seins et des pénis avec les boules et avec les quilles. Amis de la finesse, bonjour ! Heureusement, les choses deviennent plus distrayantes lorsqu’apparaît enfin le diablotin. Car la manière dont les vœux formulés par nos protagonistes se retourne contre eux prend une tournure cartoonesque réjouissante. Celui qui veut être populaire et apprécié se transforme en snack, celui qui désire « une chiée de dollars » expulse soudain des billets de banque par son anus, la fille qui veut rester pour toujours avec l’homme de ses rêves voit son corps fusionner avec celui de l’heureux élu, celle qui souhaite qu’on la laisse tranquille se retrouve projetée dans le cosmos, sa camarade qui rêve de vie éternelle se mue en zombie… En guise de clin d’œil, les fantômes de Lisa (Michelle Bauer) et Taffy (Brinke Stevens), toutes deux mortes dans le film précédent, surgissent furtivement pour pimenter l’intrigue, laquelle s’achève par une petite révélation finale bien sentie. Rien d’inoubliable, certes, mais une séquelle raisonnablement divertissante. Nous n’en attendions pas beaucoup plus.

 

© Gilles Penso

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ALICE (1990)

Woody Allen dirige une fois de plus Mia Farrow, qui campe cette fois-ci une femme expérimentant les effets surnaturels d’étranges plantes médicinales…

ALICE

 

1990 – USA

 

Réalisé par Woody Allen

 

Avec Mia Farrow, Joe Mantegna, William Hurt, June Squibb, Marceline Hugot, Keye Luke, Alec Baldwin, Blythe Danner, Holland Taylor, Peggy Miley, Robin Bartlett

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

C’est un orgelet qui est à l’origine de Alice. Woody Allen, contraint de consulter un praticien en médecine alternative pour soulager sa paupière irritée, en ressort avec une idée en tête : et si les plantes médicinales, en plus de soigner les douleurs physiques, servaient aussi à traiter les maux de l’âme ? Ainsi germe The Magical Herbs of Dr. Yang, titre de travail de ce qui deviendra Alice, une comédie douce-amère sur fond de spiritualité, d’adultère latent et de haute société névrosée. Nous sommes en 1989. Allen, auréolé de son succès critique avec Crimes et délits, entame le tournage de son nouveau long-métrage dans une ambiance tendue. Mia Farrow, sa muse et compagne à l’écran comme à la ville, doit jongler entre les caprices du réalisateur et l’éducation de ses nombreux enfants. Woody, quant à lui, est en mode obsessionnel : chaque plan est minutieusement chorégraphié, chaque intonation analysée, chaque geste rejoué. Certaines prises sont tournées des dizaines de fois, le réalisateur étant incapable de s’arrêter tant qu’il n’atteint pas la nuance exacte qu’il cherche. Ce perfectionnisme frise l’épuisement. Allen finira hospitalisé pour stress peu après la fin du tournage.

Alice Tate (Mia Farrow), épouse bien lotie d’un financier new-yorkais (William Hurt), coule une existence aussi dorée qu’ennuyeuse. Entre les soins esthétiques, les bavardages mondains et les promenades dans les avenues de Manhattan, cette mère de famille passe son temps à ne rien faire. Son mariage semble stable, l’argent coule à flot, les enfants sont élevés par une nounou. Soudain, un mal de dos persistant et inexpliqué s’installe. La rencontre avec Joe Ruffalo (Joe Mantegna), séduisant saxophoniste croisé au détour d’un magasin, agit comme un déclencheur. Alice se découvre une attirance inattendue, mais aussitôt teintée de culpabilité. Issue d’une éducation catholique rigide, elle s’interdit toute tentation, même inavouée. Rongée par l’angoisse et la confusion, elle consulte le mystérieux Dr Yang (Keye Luke), un herboriste qui diagnostique ses maux comme le symptôme d’un blocage existentiel. Son remède ? Des herbes, des breuvages… et un brin de magie. Car les potions du Dr Yang ne se contentent pas de détendre les muscles : elles révèlent les désirs enfouis, matérialisent les souvenirs, permettent de lire dans les pensées ou même de devenir invisible.

Les philtres du docteur Yang

Avec Alice, Woody Allen s’aventure sur un terrain qu’il connaît par cœur, celui de l’introspection névrosée en milieu urbain. Mais là où Zelig ou La Rose pourpre du Caire réussissaient à mêler fantastique et émotion avec virtuosité, Alice trébuche parfois sur ses propres intentions. Le film oscille entre la satire sociale, la fable onirique et la comédie sentimentale sans jamais choisir franchement son camp. Le point fort du film réside sans doute dans sa mise en scène du merveilleux comme quotidien alternatif. L’invisibilité d’Alice, son dialogue avec l’esprit d’un ancien amant (interprété par Alec Baldwin), ou encore l’absorption d’un philtre d’amour par tous les invités d’une réception mondaine sont des moments qui relèvent d’un humour doux-amer détournant les motifs d’Alice au pays des merveilles. Mais voilà : les états d’âme d’Alice, femme privilégiée et pourtant perpétuellement insatisfaite, peinent à susciter la moindre empathie. Il nous est difficile de compatir à ses doutes existentiels quand tout, autour d’elle, respire le luxe et le confort. En pleine crise, Mia Farrow imite carrément la voix de Woody Allen, sa façon de s’exprimer avec un débit vertigineux, hyper nerveux et nasillard. La muse devient ainsi le prolongement de son pygmalion – mais sans la chaleur ou l’humour qui rendaient Annie Hall si attachante. Le fantastique ici ne transcende pas l’intrigue. Il la survole, l’effleure, sans jamais l’approfondir. Comme si le film lui-même refusait de dépasser le cadre de l’anecdote.

 

© Gilles Penso

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GIANTESS BATTLE ATTACK (2022)

La femme géante du film Attack of the 50 Foot Camgirl est de retour, défiée à la fois par une catcheuse rivale et par une lutteuse extra-terrestre…

GIANTESS BATTLE ATTACK

 

2022 – USA

 

Réalisé par Jim Wynorski

 

Avec Ivy Smith, Brian Gross, Masuimi Max, Kiersten Hall, Lisa London, Steve Altman, Frankie Cullen, Gail Thackray, Kira Noir, Freddy John James

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I SAGA CHARLES BAND

Le crédo de Charles Band, ce sont généralement les petits monstres. On ne compte plus le nombre de poupées meurtrières, de Ghoulies, de psychopathes en pain d’épice et de minions turbulents qui s’agitent dans les films qu’il produit ou réalise. Mais à l’occasion, il ne rechigne pas à voir plus grand et à s’attaquer à des créatures géantes, surtout s’il s’agit de bimbos en bikini hautes comme des buildings. Après avoir distribué Giantess Attack et Giantess Attack vs Mecha Fembot via sa compagnie Full Moon, Band constate que le filon est juteux et que le public est friand de pinups émules de King Kong ou Godzilla. Il se lance donc dans Attack of the 50 Foot Camgirl et à sa suite, Giantess Battle Attack, tous deux réalisés par Jim Wynorski, vieux routard de la série B ayant largement alimenté le catalogue de Roger Corman. Le film précédent s’étant achevé par une bataille épique entre deux femmes géantes réduisant en miettes de jolis décors miniatures, il fallait aller plus loin avec cette séquelle. Nous avons donc droit cette fois-ci à trois belligérantes gigantesques. Quand on aime, on ne compte pas ! Et tant pis si le budget reste ridiculement bas au regard des ambitions du script.

Tout commence dans l’espace, plus précisément sur la planète Buxomis, royaume fantasque des « Girlgantuas », où les combats de catch féminin font fureur. La redoutable Spa-Zor (Kiersten Hall), nouvelle championne, vient de mettre au tapis sa rivale Metaluna (Kira Noir, héroïne de Femalien Cosmic Crush). Elle reçoit alors les honneurs de l’impératrice (Gail Thackray) et se voit confier une mission de taille : descendre sur Terre pour défier la géante Beverly (Ivy Smith, protagoniste du film précédent). Car Beverly est toujours coincée dans son corps d’Amazone démesurée. Elle travaille désormais sur un chantier pour rembourser les dégâts causés lors de sa dernière crise de croissance. Tandis que les scientifiques s’échinent à trouver un remède, elle vit une romance intense avec Mike (Brian Gross), un contremaître qui assume pleinement leur différence – quitte à explorer ses formes titanesques avec un enthousiasme spéléologique. Un jour, un certain Brian (Steve Altman) propose à Beverly un combat de catch lucratif contre la sulfureuse Anna Conda (Masuimi Max, vue dans Unlucky Charms). C’est le moment que choisit Spa-Zor pour débarquer à bord de sa soucoupe volante…

La guerre des Girlgantuas

Si le travail sur les maquettes et la pyrotechnie, assuré par Jeff Leroy, tient toujours relativement bien la route, on ne peut pas en dire autant des effets numériques conçus par Michael Cirino (également monteur, directeur de la photographie et compositeur du film). Les vaisseaux spatiaux, les évolutions dans le cosmos, les apparitions holographiques sont tous plus affreux les uns que les autres. Étant donnée la tonalité parodique du film, ces scories techniques ne sont cependant pas rédhibitoires. Car les gags – plus ou moins réussis – pleuvent en cascade tout au long du scénario de Kent Roudebush. Lorsque Beverly et les deux filles de son fan club exhibent soudain leurs poitrines, par exemple, le réalisateur Jim Wynorski apparaît face caméra pour s’insurger… avant de recevoir une salve de tartes à la crème en plein visage. Plus tard, nous découvrons le bâtiment des scientifiques, qui reprend les formes du robot géant du film Kronos (un clin d’œil réservé aux connaisseurs). Le trait d’humour le plus réussi intervient au moment où la gladiatrice extra-terrestre menace de détruire tous les grands monuments de la Terre. Lorsqu’elle implante une enseigne McDonald sur Stonehenge ou qu’elle fait apparaître les seins de la Statue de la Liberté, son avertissement n’est pas pris au sérieux. Mais lorsqu’elle ajoute sur le Mont Rushmore la tête de Donald Trump, c’est la panique ! Le film se termine comme on l’imagine par l’affrontement des trois géantes, aux côtés d’un puits de forage d’où jaillissent soudain de puissants jets de pétrole, symbole à peine masqué d’une éjaculation. Oui, nous ne sommes clairement pas au royaume de la subtilité…

 

© Gilles Penso

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LE TRÉSOR DE TARZAN (1941)

Tarzan, Jane et Boy doivent faire face à deux explorateurs cupides prêts à tout pour mettre la main sur un gisement d’or caché dans la jungle…

TARZAN’S SECRET TREASURE

 

1941 – USA

 

Réalisé par Richard Thorpe

 

Avec Johnny Weissmuller, Maureen O’Sullivan, Johnny Sheffield, Reginald Owen, Barry Fitzgerald, Tom Conway, Philip Dorn, Cordell Hickman, Everett Brown

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I TARZAN

Cette cinquième aventure de Tarzan orchestrée par le studio MGM s’appuie sur les talents artistiques qui surent faire s’épanouir avec succès cette franchise exotique très librement inspirée des écrits d’Edgar Rice Burroughs. Johnny Weissmuller, Maureen O’Sullivan et Johnny Sheffield répondent donc toujours présents, dans les rôles respectifs de l’homme singe, de sa compagne Jane et de leur fils adoptif Boy, tandis que Richard Thorpe, réalisateur des deux opus précédents, assure à nouveau la mise en scène. Le script, en revanche, est confié à deux nouveaux venus dans la saga, Myles Connolly (co-auteur non crédité de Monsieur Smith au sénat) et Paul Gangelin (futur scénariste de l’improbable Serre géante). Les deux hommes sont de vieux routiers à Hollywood, mais force est de constater que pour Le Trésor de Tarzan, ils se reposent un peu sur les acquis. Il faut dire que la grande majorité des situations possibles dans le contexte défini par le premier Tarzan l’homme singe ont déjà été exploitées dans les quatre épisodes précédents (les confrontations contre les animaux de la jungle, les tribus hostiles, les hommes blancs armés de leurs fusils). D’où un irrépressible sentiment de déjà vu, renforcé par la réutilisation intensive de séquences provenant des autres films de la série.

« Au cœur de l’Afrique, au-delà de tous les sentiers connus des chasseurs blancs, se trouve un escarpement, une falaise abrupte qui, selon la légende, s’élève depuis les plaines pour soutenir les étoiles », nous annonce un texte en début de métrage. Alors que Boy et Cheeta s’amusent dans la jungle, le cri impressionnant de Tarzan – et celui, beaucoup moins convaincant, de Jane – retentissent dans la forêt. La joyeuse famille se réunit bientôt au sommet des arbres, ce qui permet d’apprécier l’étonnante agilité de Johnny Sheffield, accentuée par des effets d’accéléré. Leur quotidien, fait de baignades, de jeux dans la canopée et de repas préparés grâce à des ustensiles bricolés dans la jungle – frigo de fortune, four artisanal et table de cuisine – illustre l’ingéniosité et l’harmonie d’une famille à part, où même l’éléphanteau Buli participe à l’aventure en servant de plongeoir ou de compagnon de jeu. Cette vie idyllique s’apprête à vaciller le jour où Boy, en jouant dans la rivière, découvre des pépites d’or au fond de l’eau. Curieux de nature et de plus en plus fasciné par les récits de Jane sur la civilisation, l’enfant décide de quitter le nid protecteur pour aller à sa rencontre. Son périple le mène jusqu’au jeune Tumbo (Cordell Hickman), membre de la tribu des Ubardis. Mais l’accueil des villageois est loin d’être chaleureux : frappés par une épidémie, ils voient en Boy un porteur de malheur et s’apprêtent à l’offrir en sacrifice sur l’autel de leurs superstitions. Sauvé in extremis par l’expédition du professeur Elliott (Reginald Owen), Boy révèle innocemment la présence d’or, éveillant aussitôt les convoitises…

La soif de l’or

Malgré une mécanique narrative qui commence à se répéter, le charme opère toujours, grâce au charisme impeccable de son irrésistible trio d’acteurs en pagne et au charme suranné de cette jungle de studio. Nettement plus soignés que dans les premiers opus, les effets visuels offrent cette fois l’illusion de falaises vertigineuses grâce aux matte paintings, ou encore de saisissantes confrontations entre enfants et animaux déchaînés – comme ce rhinocéros qui charge via une habile rétro-projection. Le registre comique est également renforcé : la guenon Cheeta monopolise l’écran avec ses grimaces, ses acrobaties et son rire simiesque dans de longues séquences qui lui sont désormais entièrement consacrées. Barry Fitzgerald, en photographe irlandais porté sur la bouteille, ajoute une touche de légèreté supplémentaire. Parmi les moments les plus mémorables du film figure une scène où Tarzan, Boy et les indigènes découvrent pour la première fois une projection cinématographique. À l’instar des spectateurs des frères Lumière, tous reculent instinctivement en voyant un train foncer sur eux. Mais le film sait aussi être brutal, notamment lorsqu’il montre les exactions de la tribu des Jaconis qui attachent leurs prisonniers à des arbres et les écartèlent – les choses sont évidemment suggérées, mais tout de même ! – ou lorsque des crocodiles se jettent sur une nuée de pirogues pour dévorer leurs occupants. Bref, le spectacle est toujours de haute tenue, mais l’on sent bien qu’il est temps de renouveler la formule. Tâche à laquelle s’attèleront Richard Thorpe et ses scénaristes pour l’épisode suivant : Les Aventures de Tarzan à New York.

 

© Gilles Penso

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ABRAHAM LINCOLN, CHASSEUR DE VAMPIRES (2012)

Tout est dans le titre. Sauf que ce crossover impensable n’est pas une comédie mais un film d’action au premier degré… Allez comprendre !

ABRAHAM LINCOLN : VAMPIRE HUNTER

 

2012 – USA

 

Réalisé par Timur Berkmambetov

 

Avec Benjamin Walker, Dominic Cooper, Anthony Mackie, Mary Elizabeth Winstead, Rufus Sewell, Marton Csokas, Jimmi Simpson, Joseph Mawle, Robin McLeavy

 

THEMA VAMPIRES

Difficile de savoir ce qui a bien pu passer par la tête des producteurs de la Fox au moment où ils ont validé ce projet. Il faut croire que le livre Abraham Lincoln : Vampire Hunter de Seth Grahame-Smith, déjà auteur d’Orgueil et préjugés et zombies, leur a tapé dans l’œil. Son succès d’estime déclenche en tout cas l’intérêt de Tim Burton, qui décide de produire son adaptation sur grand écran en cédant le fauteuil du metteur en scène à Timur Bekmambetov. Cinéaste russe révélé par le diptyque Night Watch et Day Watch, puis propulsé à Hollywood avec Wanted, Bekmambetov excelle dans l’action outrancière et les univers fantastiques excessifs. Écrit par Grahame-Smith lui-même, le film se paie un budget confortable (environ 70 millions de dollars) et un casting solide, dominé par un Benjamin Walker convainquant. Mais très vite, une question se pose : comment peut-on réaliser un film qui s’appelle Abraham Lincoln, chasseur de vampires en se prenant au sérieux ? C’est un peu comme Cow-Boys contre envahisseurs, c’est antinomique. La juxtaposition même des deux univers annoncés par le titre implique à priori un traitement au second degré, sous peine de sombrer dans le grotesque le plus extrême. Or ce n’est pas l’option prise par Grahame-Smithe et Berkmambetov.

L’histoire démarre pendant l’enfance d’Abraham Lincoln. Le jeune garçon est témoin de la mort de sa mère, empoisonnée par un créancier malveillant… qui se révèle être un vampire. Traumatisé, le futur président grandit en se laissant envahir par un désir de vengeance, jusqu’à croiser la route d’Henry Sturges (Dominic Cooper), chasseur de vampires au passé trouble, qui le forme au maniement des armes et à la connaissance des créatures nocturnes. Lincoln devient alors un justicier de l’ombre, exerçant le jour comme apprenti avocat et tranchant des gorges la nuit avec une hache modifiée à la lame d’argent. Mais bientôt, la chasse se complique. Le Sud des États-Unis abrite en effet une aristocratie vampirique menée par le sinistre Adam (Rufus Sewell), qui exploite les esclaves comme cheptel. Tandis que Lincoln gravit les échelons du pouvoir jusqu’à devenir président, il découvre que la guerre civile dépasse la simple opposition nord-sud : c’est une guerre entre humains et vampires, où l’enjeu n’est rien de moins que l’avenir de l’humanité…

Le président est sur les dents

L’énorme paradoxe du film, c’est donc de traiter son sujet comme un biopic sérieux, alors que tout – du titre au pitch – appelait à une lecture plus légère, plus grinçante. Mais Bekmambetov cherche la solennité. Résultat : les scènes de discours, les moments d’intimité conjugale, les dilemmes moraux sont joués avec une gravité qui frôle parfois l’absurde. Dans ce registre, on préfèrera évidemment l’approche de Steven Spielberg dont le Lincoln est sorti sur les écrans cinq mois après cette variante vampirique. Et face à Daniel Day Lewis, Benjamin Walker ne fait pas le poids, malgré la meilleure volonté du monde. Sur le plan visuel, le film de Berkmambetov ne manque pas de panache. Certaines scènes sont franchement spectaculaires, notamment la course-poursuite au milieu d’un troupeau de chevaux au galop, ou le combat ferroviaire qui fait rage tandis qu’un pont en feu s’écroule. Mais le réalisateur ne peut s’empêcher d’abuser d’effets d’accélérés/ralentis dont le cinéma d’action ne cesse de nous abreuver depuis le succès de 300. Quant au sous-texte politique – les vampires comme métaphore du mal institutionnalisé, l’esclavage comme système de prédation -, il aurait pu agréablement enrichir le propos, mais reste trop superficiel pour convaincre. On sent bien que Grahame-Smith tente de densifier son univers, mais entre deux têtes tranchées, le message peine à s’imposer.

 

© Gilles Penso

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EVIL BONG 888 (2022)

Pour son ultime opus, la saga consacrée à la pipe à cannabis diabolique s’installe dans un restaurant chic fréquenté par une faune hétéroclite…

EVIL BONG 888 : INFINITY HIGH

 

2022 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Sonny Carl Davis, Diana Prince, Israel Sharpe, Bree Essrig, Whitney Moore, Dare Taylor, Keep Chambers, Christiana Cinn, Circus-Szalewski

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA EVIL BONG I CHARLES BAND

La fin d’Evil Bong 777 ouvrait la possibilité du surgissement d’un nouveau duo de petits monstres hargneux : des biscuits psychopathes assoiffés de sang, conçus à partir des miettes du Gingerdead Man ! Prometteur, n’est-ce pas ? De nouveaux délires semblaient donc pouvoir se profiler à l’horizon. Mais bizarrement, Charles Band abandonne cette idée et ramène ce huitième opus dans un décor clos où il se contente de mettre en scène une galerie de personnages issus des épisodes précédents – ou d’autres films produits par sa compagnie Full Moon -, au fil d’un enchaînement de sketches supposés drôles mais la plupart du temps ennuyeux. Nous voilà revenus au néant scénaristique qui entravait les épisodes 4 et 5 de la franchise. C’est d’autant plus regrettable – et surprenant – qu’Evil Bong 888 fait office de dernier opus d’une longue saga née en 2006. En guise de bouquet final, nous n’avons donc droit qu’à un pétard mouillé que même les aficionados les plus fidèles des productions Charles Band risquent fort de trouver consternant, pour ne pas dire embarrassant.

Seul personnage à être apparu dans tous les volets de la série, Rabbit (toujours incarné par l’indéboulonnable Sonny Carl Davis) vient d’acquérir un restaurant chic à Beverly Hills, le « Lapin Haut » (en français dans le texte). Lorsque Tom (Diana Prince), une jeune femme à la poitrine très avantageuse, se présente à la recherche d’un travail, il l’embauche aussitôt comme hôtesse. Rabbit lui présente alors les deux serveuses incompétentes qu’il a engagées (Bree Essrig et Whitney Moore) ainsi que le cuisinier teuton Sal Monella (Israel Sharpe), qui travaille sous la supervision de Ebee, le bong diabolique. Car allez savoir pourquoi, cet objet possédé est désormais un chef spécialisé dans la gastronomie française ! Problème : Rabbit a oublié d’alimenter en ingrédients les cuisines du restaurant. Il faut donc composer avec les boites de haricots et les baguettes de pain qui traînent dans la remise. Pour épicer le tout, Ebee propose d’ajouter un peu de son herbe magique dans les plats. Ce ne sera pas sans conséquences sur la clientèle…

Le grand restaurant

Les trois premières clientes du restaurant sont des actrices probablement sélectionnées pour leur absence de pudeur (Deven Wolf, Keep Chambers, Christiana Cinn), puisque dès qu’elles goûtent aux plats ainsi agrémentés, elles sont soudain prises de bouffées de chaleur et se déshabillent en s’esclaffant. Les autres visiteurs du « Lapin Haut » sont des visages familiers. Il s’agit tour à tour des trois rednecks « embourgeoisés » vus dans les épisodes précédents (Circus-Szalewski, Nielle Ann Mabry, Kaius Harrison), d’une femme snobe et désagréable qui critique tout ce qu’elle voit (Libby Higgins, héroïne de Baby Oopsie), de l’escort girl Rhonda Vu (Elina Madison) et des fantômes junkies (Caleb Hurst et Adam Roberts) apparus dans Evil Bong 777, ainsi que du duo de bimbos écervelées Barbie et Kendra (Cody Renee Cameron et Robin Sydney) échappées de Corona Zombies. Le fait que Robin Sydney ait incarné quatre personnages bien distincts au fil de la série Evil Bong (Luann, Sarah Leigh, Faux Batty Boop et Kendra) n’est pas la moindre des bizarreries de cette saga protéiforme. Mais honnêtement, à part ses gags à répétitions consistant à tourner en dérision les accrocs aux téléphones portables et aux réseaux sociaux, il n’y a rien à se mettre sous la dent dans cet Evil Bong 888 : aucune péripétie, aucun rebondissement, le vide intersidéral. Il était donc grand temps d’arrêter les frais.

 

© Gilles Penso

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