ASYLUM (1972)

L'un des meilleurs films à sketches d'épouvante des années 70, avec un casting de premier ordre

ASYLUM

1972 – GB

Réalisé par Roy Ward Baker

Avec Robert Powell, Sylvia Sims, Peter Cushing, Barry Morse, Charlotte Rampling, Britt Eckland, Herbert Lom, Patrick Magee

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I MAINS VIVANTES I JOUETS

Si elles n’atteignirent que rarement le niveau qualitatif des classiques de la Hammer, les productions de la compagnie anglaise Amicus rivalisèrent souvent d’inventivité, notamment à travers l’exercice du film à sketches qui devint vite leur marque de fabrique. Dans ce domaine, Asylum se situe en haut du panier, porté par un casting impeccable, une mise en scène efficace du vétéran Roy Ward Baker et un scénario plein de rebondissements signé Robert Bloch (à qui nous devons le roman « Psychose » adapté par Alfred Hitchcock en 1960). Robert Powell incarne le docteur Martin, qui brigue un poste de médecin dans l’institution psychiatrique de Dunsmoor. Accueilli par le docteur Rutherford (Patrick Magee), il apprend que l’ancien directeur, le docteur Starr, a basculé dans la folie et fait désormais partie des patients internés. Si Martin parvient à savoir lequel d’entre eux est Starr, Rutherford acceptera de l’engager.

Cet habile prétexte permet à quatre malades mentaux de nous raconter leur histoire, chacune se situant à mi-chemin entre la légende urbaine et les bandes dessinées horrifiques de chez EC Comics. Le premier récit, « Terreur Glacée », est celui de Bonnie, une jeune femme qui incite son amant à tuer sa femme. Le refrain est connu, si ce n’est que la défunte épouse, coupée en morceaux entreposés dans un congélateur, semble bien décidée à revenir d’entre les morts. La frayeur qu’engendrent ces bras, ces jambes et cette tête soigneusement empaquetés, rampant lentement vers le mari assassin, s’avère redoutablement efficace. Proche du conte classique, « Le Tailleur Mystérieux » raconte les déboires d’un tailleur sans le sou (Barry Morse, héros récurrent de la série Cosmos 1999). Pour payer son loyer, il accepte de confectionner un costume avec l’étrange tissus étincelant que lui fournit le mystérieux Monsieur Smith (l’immense Peter Cushing). Adepte de sorcellerie, ce dernier veut utiliser ce vêtement pour ressusciter son fils. Evidemment, les choses ne tardent pas à virer au drame.

Quatre histoires de fous

Avec « Lucy va venir », nous suivons les pas de Barbara (une toute jeune Charlotte Rampling), regagnant le domaine familial après une longue hospitalisation. Lorsque son étrange amie Lucy (la splendide Britt Eckland) lui rend visite, le sang se met bientôt à couler. Le dernier segment, « Mannequins de l’Horreur », est probablement le plus marquant et le plus atypique, présentant en outre la particularité de ne pas être narré sous la forme d’un flash-back. Le docteur Byron (Herbert Lom), interné depuis des années, s’est spécialisé dans la fabrication de poupées robot dont le visage est à l’effigie de ses anciens confrères. Son dernier modèle imite à merveille ses propres traits. Or Byron est persuadé que ces petits jouets apparemment inoffensifs sont dotés d’un cerveau et d’une anatomie humaine, et qu’il est capable de les animer par télékinésie. Le dénouement, au cours duquel la poupée Byron s’empare d’un scalpel et se dirige inexorablement vers le docteur Rutheford pour l’éliminer, est encore dans toutes les mémoires. En 1980, Asylum fut retitré House of Crazies pour sa ressortie aux Etats-Unis, dans une version amputée de six minutes.

 

© Gilles Penso

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DRACULA PERE ET FILS (1976)

Le choc surréaliste entre l'épouvante britannique gothique et la bonne vieille comédie à la française a accouché d'une œuvrette étrange et sympathique

DRACULA PÈRE ET FILS

1976 – FRANCE

Réalisé par Edouard Molinaro

Avec Christopher Lee, Bernard Menez, Marie-Hélène Breillat, Bernard Alane, Catherine Breillat, Raymond Bussières

THEMA DRACULA I VAMPIRES

Le dernier Dracula interprété par Christopher Lee n’est pas un film de la Hammer mais une comédie française dans laquelle il partage l’affiche avec Bernard Menez (La Nuit Américaine, La Grande Bouffe) sous la direction d’Edouard Molinaro (Hibernatus, La Cage aux Folles) ! Un tel choix de carrière peut surprendre de la part de l’immense comédien britannique, mais quand on s’attarde sur le projet, on comprend son envie d’en découdre une dernière fois avec le personnage qui le rendit célèbre sous l’angle de l’auto-dérision. D’autant qu’ici Christopher Lee se voit octroyer bien plus de dialogues que dans tous les Dracula de la Hammer mis bout à bout, des dialogues écrits par Jean-Marie Poiré (Le Père Noël est une ordure) et que Lee prononce dans un français impeccable.

Le film commence dans la Transylvanie de 1784. Le comte vampire fait enlever en pleine forêt la fiancée d’un duc (Catherine Breillat) pour en faire son épouse. Hélas, après avoir été vampirisée, la jeune femme est surprise par la lumière du soleil et finit en cendres. Ce premier quart d’heure de métrage, traité sous un ton assez sérieux, bénéficie d’une mise en scène soignée qui ne cherche pas pour autant à imiter les effets de style de la Hammer. Dracula y apparaît plus grisonnant, moins bestial et plus humain qu’à l’accoutumée. A l’âge de cinq ans, Ferdinand, l’enfant né de cette union, s’avère particulièrement turbulent, ce qui nous vaut quelques répliques décalées du genre : « Ferdinand, finis ton sang et va te coucher ! » 116 ans plus tard, Ferdinand est devenu un piètre vampire, puisque son père continue à le nourrir au biberon. Même les vieilles paysannes, pourtant des victimes faciles, l’intimident. Alors qu’un gouverneur communiste prend le pouvoir, Dracula et son fils sont contraints de prendre la fuite et passent à l’Ouest. Séparés, ils tentent de s’adapter tant bien que mal au monde moderne. Ferdinand échoue à Paris, où il mène une vie obscure de travailleur immigré, tandis que son père se retrouve à Londres, où son physique lui permet de devenir une vedette de films d’épouvante.

Un exercice d'équilibre inégal

Exercice d’équilibre qui marque la confrontation surréaliste entre deux univers à priori incompatibles (la comédie française des années 70 et l’horreur gothique anglaise), Dracula Père et Fils est un spectacle inégal, à l’image des gags qui le ponctuent régulièrement. Certains font mouche (les communistes chassent un vampire avec une croix improvisée à l’aide d’une faucille et d’un marteau, Ferdinand essaie un cercueil sous l’œil attendri de son père et le regard perplexe de l’entrepreneur de pompes funèbres), d’autres tombent un peu à plat (Dracula croit mordre le cou d’une femme endormie et plante ses crocs dans une poupée gonflable). La seconde partie du film, qui marque les retrouvailles des deux personnages principaux, fixe hélas les limites du concept. Dès lors,  le film piétine, et l’Edouard Molinaro des grands jours, qui nous avait fait mourir de rire avec les crises d’hystérie de Louis de Funès dans Oscar et les élans dépressifs de Jacques Brel dans L’Emmerdeur, brille un peu par son absence. Reste la prestation de Christopher Lee, qui nous communique sa joie manifeste de saluer sur le ton de la boutade ce héros vampirique qui lui colle à la peau depuis la fin des années 50.


© Gilles Penso

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RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR (1957)

L'esthète Jacques Tourneur s'intéresse à la sorcellerie et aux démons qu'il nimbe d'ombres et de mystères

NIGHT OF THE DEMON

1957 – GB

Réalisé par Jacques Tourneur

Avec Dana Andrews, Peggy Cummins, Niall McGinnis, Athene Seyler, Maurice Denham, Evan Roberts, Liam Redmond, Peter Elliott, Reginald Beckwith, Rosamund Greenwood, Brian Wilde, Charles Lloyd Pack

THEMA DIABLE ET DEMONS

Jacques Tourneur a su dès le début des années 40 redéfinir les codes de l’épouvante cinématographique avec un triptyque entré dans la légende : La Féline, Vaudou et L’Homme léopard. Les quinze films qu’il réalisa par la suite n’effacèrent jamais l’ombre de cette prestigieuse trilogie, jusqu’à ce que notre homme aborde une nouvelle fois le genre fantastique avec Rendez-vous avec la peur, inspiré de la nouvelle « Casting the Runes » (« Sortilège ») de Montague R. James. Fidèle à ses habitudes, Tourneur nimbe les sortilèges d’ombre et de mystère, préférant la suggestion à la démonstration. Tandis que les mégalithes de Stonehenge se dressent à l’écran, la voix off qui ouvre le film nous plonge d’emblée dans l’ambiance. « Depuis l’aube des temps il est écrit, et ces vieilles pierres en témoignent, qu’il est des êtres surnaturels mauvais vivant dans l’ombre », nous dit-elle. « La tradition dit que l’homme utilisant le pouvoir des caractères runiques peut évoquer les noires puissances que sont les démons de l’Enfer. » Les ténèbres lugubres d’une forêt britannique nocturne sont soudain percées par les phares d’une voiture lancée à vive allure. Au volant, le professeur Harrington se rend dans la vaste propriété du docteur Julian Karswell. Un différend oppose les deux hommes. Harrington a en effet accusé publiquement Karswell de pratiquer la magie noire, et ce dernier s’est vengé en lui jetant un sort. Le destin du malheureux semble scellé. Quelques heures plus tard, un démon monstrueux l’attaque en effet et le met en pièces.

C’est alors qu’entre en scène Jack Holden, un célèbre psychologue américain venu sur le vieux continent pour prouver que la pratique de la magie n’est qu’une vaste supercherie. Mais en rencontrant le sinistre Karswell, ses certitudes risquent de vaciller. Car il est devenu malgré lui propriétaire d’un parchemin écrit en caractères runiques qui éveillera bientôt un démon destructeur et ne lui laisse que quelques jours à vivre… Serti dans une somptueuse photographie noir et blanc de Ted Scaife, porté par une partition anxiogène de Clifton Parker,  Rendez-vous avec la peur témoigne plan par plan de la géniale minutie de Jacques Tourneur, qui sut toujours rendre crédible l’impensable malgré des budgets souvent rachitiques et des conditions de tournage parfois délicates. 

Le surgissement de la Bête

Bien sûr, Tourneur aurait largement préféré éviter de montrer le démon en pleine lumière. Mais le producteur Hal Chester imposa un monstre spectaculaire. La bête s’agite donc avec excès dans deux scènes grandguignolesques et souffre hélas d’une animation mécanique approximative. Pourtant, cette faute de goût n’entache pas l’impact du film. Elle se transforme même en atout, Tourneur muant le trucage maladroit en vision de cauchemar surréaliste qui finit par devenir la véritable marque de fabrique du film, s’affichant sur chacun de ses posters. Parfaits dans leurs rôles respectif d’universitaire sceptique et de sataniste gorgé de duplicité, Dana Andrews et Nial MacGinnis contribuent largement à la réussite de  Rendez-vous avec la peur, qui illustre à merveille l’éternel crédo de Jacques Tourneur : « Ne jamais perdre son émerveillement ».

 

© Gilles Penso 

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LÉGITIME VIOLENCE (1977)

William Devane se lance dans une croisade sanglante et meurtrière dont personne ne sortira indemne

ROLLING THUNDER

1977 – USA

Réalisé par John Flynn

Avec William Devane, Tommy Lee Jones, Linda Haynes, James Best, Dabney Coleman, Lisa Blake Richards, Luke Askew

THEMA TUEURS

Œuvre culte au titre français explicite, Légitime violence (à ne pas confondre avec le virulent film de Serge Leroy) porte avant tout la marque de son scénariste, Paul Schrader. Un des piliers du cinéma américain des années 70 et 80, à l’instar de John Milius, avec lequel il partage la même attirance pour les armes à feu, le traumatisme post-vietnamien aux USA, les personnages troubles adeptes d’une autodéfense désespérée et purificatrice, mais aussi un certain romantisme. Rolling Thunder (du nom d’une opération de bombardements aériens intensifs au Vietnam) scrute donc l’Amérique dans les yeux, au plus profond. Le major Charles Rane (William Devane, d’une froideur animale) est un vétéran de guerre (tout comme le Travis Bickle de Taxi Driver, autre scénario de Schrader) qui rentre enfin chez lui après 7 ans d’absence, durant lesquels il a subi les pires tortures aux mains de l’ennemi. Contrairement à Rambo, il est accueilli en héros par les habitants de sa ville texane. On lui offre même une belle Cadillac rouge et une coquette somme pour le féliciter, un dollar d’argent pour chaque jour passé en captivité. Il se rend compte assez rapidement que sa femme l’a trompé avec le shérif et qu’elle veut divorcer, et apprend à découvrir son jeune fils. La réhabilitation est difficile, Rane est harcelé d’images obsédantes de violence et se mure dans le silence. Jusqu’à ce que des voyous viennent pour le dépouiller de son trésor de guerre et massacrent sa famille en le laissant manchot et plus mort que vif…

Tout comme son illustre prédécesseur, Un justicier dans la villeRolling Thunder a souvent été injustement réduit à une simple bande d’exploitation, et ne joue pas la carte de la surenchère, dosant ses débordements de violence. John Flynn (Justice sauvage, Pacte avec un tueur, Haute sécurité, Echec à l’organisation, quel CV !) traite le sujet avec un sérieux essentiel au réalisme, sans toutefois oublier d’iconiser son « héros », jouant avec des clairs-obscurs de toute beauté. L’ouverture se fait en douceur, au rythme d’une chanson nostalgique de Barry de Vorzon qui évoque la mélancolie d’un Paul Williams. Rane, habité par un Devane au physique d’aigle, affiche un calme olympien dans l’épreuve, rompu à tout sévice, démontrant un rapport à la douleur quasi masochiste. A peine sorti de l’hôpital, il n’aura de cesse de traquer mécaniquement ses agresseurs, émergeant de sa fausse résignation, et secondé par un ange gardien inattendu, sa marraine de guerre tombée amoureuse de lui.

Une bataille perdue d'avance

Linda Haynes impose un personnage tout en nuances, d’abord perçue comme une jeune et belle écervelée très sexuée qui lorgne du côté des figures féminines de Peckinpah. Mais comme chez le grand Sam, l’ingénue peut se révéler belliqueuse (on pense à Guet-Apens et Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia). Le film évolue donc tranquillement vers le road-movie, et même carrément vers le western quand le couple fonce vers la frontière mexicaine. Mort à l’intérieur et incapable du moindre ressenti, Rane larguera sa compagne en route pour la préserver (et aussi parce qu’elle tente de le raisonner) et rappellera son ancien compagnon d’armes, incarné par un jeune Tommy Lee Jones, lui aussi impassible et inapte à la réinsertion sociale. Le final guerrier tant attendu pourra alors intervenir, avec nos deux soldats en uniforme à l’assaut d’un bordel, armes à la main, ultime bataille perdue d’avance pour se sentir à nouveau vivants, l’espace d’un instant seulement. Le grand moment d’un film précurseur et objet de fascination (Tarantino le place dans son top 10), empreint d’une tristesse insondable, miroir implacable adressé à une Amérique divisée et meurtrie, génératrice de ses luttes intestines et créatrice de ses propres monstres.  

 

© Julien Cassarino

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DOLLS, LES POUPEES (1986)

L'équipe de Re-Animator et From Beyond nous offre un conte macabre dans lequel des poupées vengeresses prennent vie

DOLLS

1986 – USA

Réalisé par Stuart Gordon

Avec Ian Patrick Williams, Carolyn Purdy-Gordon, Carrie Lorraine, Guy Rolfe, Hilary Mason, Bunty Bailey, Cassie Stuart

THEMA JOUETS I SAGA CHARLES BAND

Produit par Charles Band et tourné en Italie, dans les studios que ce dernier a fait construire sur un site ayant appartenu avant lui au mogul Dino de Laurentiis, Dolls marque le retour du réalisateur Stuart Gordon sur les écrans après une adaptation marquante de Lovecraft, le fameux Re-Animator. Gordon était censé enchaîner avec From Beyond, mais Band, qui a toujours eu le sens de l’optimisation, se dit qu’il serait intéressant de tourner un petit film d’horreur sur le même décor que celui prévu pour cette seconde adaptation de Lovecraft, afin de faire des économies d’échelles. C’est à contrecœur que Gordon s’attaque d’abord à Dolls, lui qui est alors obnubilé par From Beyond. Mais il se prête finalement au jeu avec enthousiasme. Ici, le scénario est réduit à son strict minimum. David et Rosemary Bower (Ian Patrick Williams et Carolyn Purdy-Gordon, l’épouse du réalisateur), ainsi que leur petite fille Judy (Carrie Lorraine), partent en week-end. Quelque peu malmenée par sa belle-mère autoritaire, la fillette, très imaginative, rêve à des solutions extrêmes pour écourter un séjour qui s’annonce pénible (ce qui nous vaut la vision onirique d’un ours monstrueux dévorant la marâtre irascible). En pleine campagne, un terrible orage les immobilise. 

La voiture étant embourbée, nos protagonistes se réfugient dans une antique demeure habitée par deux charmants vieillards, Gabriel et Hilary Hartwicke (Guy Rolfe et Hilary Mason). Ceux-ci les accueillent et leur offrent à manger. D’autres visiteurs égarés les rejoignent bientôt : Ralph Morris (Stephen Lee), un gaillard sympathique, ainsi qu’Enid (Cassie Stuart) et Isabel (Bunty Bailey), deux jeunes filles aux manières assez déplaisantes. La maison regorge de poupées fabriquées par leurs hôtes. Elles sont conçues avec amour, indifférentes aux modes d’aujourd’hui. Et surtout, chaque modèle est unique. La nuit finit par tomber. Sans scrupule, Enid et Isabel décident de dérober les objets anciens qui parsèment la maison. Mais les poupées veillent… Le récit suit une trame relativement sommaire, mais l’originalité du concept de base et la qualité de sa mise en scène suffisent à faire fonctionner le film.

Poésie surréaliste et horreur macabre

Les poupées elles-mêmes, conçues par John K. Brunner, sont extrêmement expressives. A tel point que même lorsqu’elles sont parfaitement immobiles, elles distillent tout de même une certaine angoisse. Surtout lorsqu’on découvre que sous la porcelaine se cachent de petits crânes humains et des organes vivants… Les effets spéciaux mécaniques de Giancarlo del Brocco sont la plupart du temps mis à contribution pour donner vie aux jouets. Mais dès que les poupées marchent en plan large, courent ou sautent, c’est l’animation image par image qui prend le relais, sans qu’un problème de raccord ne soit flagrant entre les deux techniques.  « Pour marier l’animation et les plans tournés en direct, je me suis efforcé de créer une série d’effets de flous de mouvement lors des actions les plus violentes et les plus rapides », raconte l’animateur David Allen. « C’était la première fois que je faisais vraiment ça. » (1) Certains plans d’animation, comme celui où les poupées discutent entre elles pour décider du sort des deux personnages principaux, exhalent une certaine poésie et évoquent entre autres les Puppetoons de George Pal. D’autres séquences donnent dans l’horreur graphique, comme lorsqu’une des victimes humaines se métamorphose douloureusement en poupée aux allures de joker, grâce aux maquillages spéciaux de John Buechler. Du coup, Dolls est un film hybride. Trop sanglant pour un conte adressé aux enfants, trop gentil pour les amateurs de gore pur, il passa à côté de son public, faute de ne pouvoir le cibler avec précision. Mais Stuart Gordon gardera toujours une certaine tendresse pour ce film, prélude au tournage complexe de From Beyond.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998.

 

© Gilles Penso

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LA POUPEE DE LA TERREUR (1975)

Un film à sketches mémorable, conçu par le talentueux téléaste Dan Curtis, qui s'achève sur l'éveil terrifiant d'une poupée tribale

TRILOGY OF TERROR

1975 – USA

Réalisé par Dan Curtis

Avec Karen Black, Robert Burton, John Karlen, George Gaynes, Jim Storm, Gregory Harrison, Kathryn Reynolds

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I JOUETS

Tout le talent de Dan Curtis, l’un des plus brillants artisans du petit écran fantastique, jaillit dans ce mémorable téléfilm à sketches diffusé sur la chaîne américaine ABC. Sur le modèle de L’Empire de la terreur, qui permettait à Roger Corman de donner un triple rôle à Vincent Price, Curtis offre à Karen Black la vedette de trois réjouissants récits d’épouvante. Autre point commun entre ces deux œuvres d’exception : le romancier Richard Matheson, ici auteur de toutes les histoires, même si son confrère William F. Nolan fut chargé de scénariser les deux premières. Dans le premier sketch, Karen Black est Julie Aldridge, un professeur d’anglais austère et solitaire sur lequel se met un beau jour à fantasmer l’un de ses étudiants, Chad Foster (Robert Burton). Un soir, ce dernier l’invite à voir un film de vampire au drive in du coin, puis la drogue et la dénude dans un motel (face au réceptionniste, il dit s’appeler Jonathan Harker !) pour la photographier et ensuite la faire chanter. En échange de son silence, Julie doit se plier à ses désirs. Mais tout ne va pas se passer exactement comme le peu scrupuleux étudiant l’avait prévu. Dans cette histoire digne de Roald Dahl, on note une petite apparition de Gregory Harrison, héros de la série télévisée L’Âge de cristal.

Le second sketch permet à Karen Black d’incarner non pas un mais deux personnages parfaitement antithétiques : la très prude Millicent Larrimore, lunettes épaisses, chignon serré et allure sévère, et sa sœur délurée Thérèse, une bimbo blonde platine en mini-jupe. Or Millicent est persuadée que Thérèse est une sorcière, qu’elle a essayé de séduire leur père et qu’elle a même empoisonné leur mère. Sa haine pour cette sœur démoniaque la pousse à fomenter son assassinat. Pour y parvenir, elle emprunte un des livres de sorcellerie  de Thérèse et fabrique une poupée vaudou… Le sketch vaut surtout pour la double performance de Karen Black, car la chute, à vrai dire, est assez prévisible (il s’agit typiquement du genre de surprise qui fonctionne sans doute mieux sous forme de roman qu’à l’écran).

L'un des moments les plus effrayants de la télévision américaine

La troisième histoire est à elle seule un petit chef d’œuvre d’effroi qui doit au film une grande partie de sa popularité. Pour l’anniversaire de son ami Arthur, professeur d’anthropologie, Amelia a acheté dans une petite boutique de la troisième avenue une statuette fétiche Zuni censée renfermer l’âme d’un chasseur. Le parchemin dans la boîte annonce que si la chaîne en or attachée à la poupée se détache, l’âme et la statuette ne feront plus qu’une seule entité. Or en posant le fétiche sur la table, Amelia fait tomber la chaîne par mégarde. Dès lors, le huis-clos vire à la terreur pure, car non contente d’arborer un faciès hideux au redoutable sourire carnassier, l’horrible poupée en bois est d’une virulence incroyable, attaquant sa victime avec une impressionnante vélocité. Considéré à l’époque comme l’un des moments les plus effrayants de la télévision américaine, ce sketch a tôt fait d’accéder au statut d’œuvre culte. Quant à la poupée Zuni, elle se déclina bien vite en produits dérivés et en jouets de toutes sortes. De toute évidence, les sagas Puppet Master et Chucky doivent beaucoup à La Poupée de la Terreur.

 

© Gilles Penso 

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AU CŒUR DE LA NUIT (1945)

Le mètre étalon britannique de tous les films à sketches fantastiques, réalisé par quatre cinéastes prestigieux

DEAD OF NIGHT

1945 – GB

Réalisé par Alberto Cavalcanti, Basil Dearden, Robert Hamer, Charles Crichton

Avec Mervyn Johns, Michael Redgrave, Naunton Wayne, Basil Radford, Roland Culver, Anthony Berger, Georgie Withers

THEMA MORT I FANTÔMES I JOUETS

Certes, Au Cœur de la nuit n’est pas le premier film d’épouvante à sketches, mais il marqua tant le public du milieu des années 40 qu’il se mua quasiment en mètre étalon du genre. Chacun des segments est ici réalisé par un metteur en scène différent, à la sensibilité et au style bien particuliers, sans pour autant que l’unité de l’œuvre ne s’en trouve altérée. Le fil conducteur lui-même est un récit à part entière, riche en surprises et en rebondissements. Convié pour le week-end dans la résidence secondaire d’un client potentiel, l’architecte Walter Graig (Mervyn Johns) éprouve une sensation de malaise lorsqu’on lui présente les autres invités. Il est persuadé d’avoir déjà rêvé de cette situation et de ces personnages. Sont-ils tous le fruit de son imagination ? A-t-il eu des visions prémonitoires ? A moins que la psychanalyse ne puisse expliquer tout ça, comme le pense le docteur Van Straaten (Frederick Valk). Chacun, inspiré par le sentiment étrange de Craig, raconte alors une anecdote illustrant un phénomène d’apparence surnaturelle.

Dans le premier sketch, le coureur automobile Hugh Grainger (Antony Baird) échappe de peu à la mort, mais celle-ci vient réclamer son dû lorsqu’il est à l’hôpital, apparaissant sous forme d’un croque-mort d’un autre âge. Le second récit est raconté par la jeune Sally O’Hara (Sally Ann Howes), qui fut confrontée dans le grenier d’une grande demeure au fantôme d’un petit garçon assassiné par sa sœur aînée. Ces deux premiers sketches fonctionnent déjà à merveille, mais ils empruntent des terrains déjà balisés, souffrant quelque peu d’une brièveté empêchant de s’attacher réellement aux personnages. Ces carences sont réparées par le troisième récit, plus long et plus original. Joan Cortland (Googie Withers) offre à son fiancé Peter (Ralph Michael) un miroir du 19ème siècle trouvé chez un brocanteur. Mais quand il le regarde, Peter découvre un décor inconnu derrière lui. Peu à peu, il se laisse subjuguer par ce miroir puis posséder par son ancien possesseur, qui tua sa femme et se donna la mort.

La marionnette vivante

Dans le quatrième sketch, inspiré d’un texte d’H.G. Wells et volontiers loufoque, deux joueurs de golf, Parrat (Basil Radford) et Potter (Naunton Wayne), tombent amoureux de la même jeune femme, Mary (Peggy Bryan). Celle-ci ne parvenant pas à se décider, ils optent pour un match les départageant. Parrat gagne et Potter se laisse couler dans le lac voisin. Mais il revient sous forme de fantôme pour accuser son ami d’avoir triché. L’ultime sketch est probablement le plus marquant et le plus connu des cinq, mettant en scène Michael Redgrave, proprement habité dans le rôle du ventriloque Maxwell Frere. Victime de schizophrénie, l’artiste  est persuadé que sa poupée Hugo veut le remplacer par un de ses confrères. Et si le pantin était vraiment animé d’une vie propre ? Au Cœur de la nuit restera dans les mémoires comme une œuvre fantastique d’une grande élégance, utilisant les effets spéciaux avec parcimonie (quelques jolies maquettes pour un accident d’autobus, des double expositions pour les apparitions du fantôme) pour mieux faire travailler l’imagination du public.

 

© Gilles Penso

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SMALL SOLDIERS (1998)

Des petits soldats armés jusqu'aux dents et des monstres miniatures en plastique sèment le chaos dans une petite ville américaine

SMALL SOLDIERS

1998 – USA

Réalisé par Joe Dante

Avec David Cross, Jay Mohr, Alexandra Wilson, Denis Leary, Gregory Smith, Dick Miller, Kirsten Dunst, Jacob Smith

THEMA JOUETS

Mélangez Gremlins et Toy Story, et vous aurez une idée assez précise de ce qu’est Small Soldiers, une fable antimilitariste signée par Joe Dante sous la houlette de Steven Spielberg. Le duo se réunit ainsi une fois de plus, après leur travail commun sur La Quatrième dimensionGremlins et L’Aventure IntérieureSmall Soldiers raconte l’assaut d’une petite bourgade américaine par des jouets guerriers dans lesquels ont été implantées des puces informatiques provenant d’un stock militaire. L’affrontement entre le commando d’élite, sortes de Rambo en plastique, et les Gorgonites, des extra-terrestres pacifiques, sème bientôt une joyeuse panique… A cette occasion, les artistes d’ILM et de l’atelier Stan Winston (dont le travail conjoint avait donné naissance aux tours de magies inégalés de Terminator 2 et Jurassic Park) unissent une fois de plus leurs efforts. La scène la plus spectaculaire du film, où des centaines de mini-soldats attaquent une maison, fait intervenir pas moins de 350 personnages. Cette performance est d’autant plus étonnante que les images de synthèse relaient les marionnettes animatroniques de manière tout à fait imperceptible, leur intégration dans les prises de vues réelles atteignant une perfection quasi-absolue.

Toujours féru de références cinéphiliques, Dante confie la voix des jouets soldats à Ernest Borgnine, George Kennedy, Clint Walter et Jim Brown, qui incarnèrent en 1967 Les Douze salopards dont ils réinterprètent ici les plus célèbres répliques avec une énergie très communicative. Avec en prime quelques détournements d’autres dialogues célèbres, notamment cette déclaration exaltée du major Chip Hazard (Tommy Lee Jones) : « J’aime l’odeur du polyuréthane au petit matin ! » Autre clin d’œil savoureux : La Fiancée de Frankenstein, dont la partition de Franz Waxman est recyclée au moment où les soldats donnent vie aux poupées Gwendy (parodies évidentes des Barbies) et les transforment en redoutables guerrières.

La rançon de l'anticonformisme

Si l’industrie du jouet et la bêtise militaire sont évidemment en ligne de mire de l’impertinent scénario de Small Soldier, œuvre collective de Gavin Scott, Adam Rifkin, Ted Elliott et Terry Rossio, le film s’apprécie aussi comme une fable anti-raciste prônant le droit à la différence. Comment interpréter autrement l’attitude de ces fiers soldats 100% américains – le plastique n’est évidemment que métaphorique – prêts à en découdre avec leurs ennemis pour la simple raison qu’ils sont laids et contrefaits ? L’un des thèmes récurrents du cinéma fantastique, de Freaks à Edward aux Mains d’Argent, trouve donc ici un nouveau terrain d’expression. Comme chez Tod Browning et Tim Burton, le plus monstrueux n’est pas celui que l’on croit. Frank Langella, qui prête sa voix à Archer, chef des Gorgonites dont les traits félins ne sont pas sans évoquer le maquillage de Jean Marais dans La Belle et la Bête, cultive ce paradoxe à travers son interoprétation feutrée laissant saillir une humanité infinie et une sagesse profonde. Satirique, hilarant, bourré d’action et de surprises, Small Soldiers est un petit bijou qui méritait bien mieux que l’accueil tiédasse que lui réserva le public au moment de sa sortie, ne lui permettant de rembourser son budget de quarante millions de dollars que bien tardivement. Joe Dante serait-il décidément trop anticonformiste pour plaire au plus grand nombre ?

 

© Gilles Penso

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MAGIC (1978)

Anthony Hopkins incarne un ventriloque dont la personnalité fusionne peu à peu avec celle de sa marionnette

MAGIC

1978 – USA

Réalisé par Richard Attenborough

Avec Anthony Hopkins, Ann Margret, Burgess Meredith, Ed Lauter, E.J. André, Jerry Houser, David Ogden Stiers, Lilian Randolph

THEMA JOUETS

Pour son quatrième long-métrage, Richard Attenborough décide d’adapter le best-seller « Magic » de William Goldman, sous l’égide du producteur Joseph E. Levine (les trois hommes collaborèrent un an plus tôt sur Un pont trop loin). Anthony Hopkins y incarne Corky, un magicien se produisant sans grand succès dans un quartier minable de la ville. Lorsque l’idée lui vient d’adjoindre à son numéro une marionnette nommée Fats, il fait un tabac et commence à intéresser plusieurs chaînes de télévision locales. NBC lui fait même une offre très alléchante, mais Corky la refuse pour une raison à priori triviale : il ne veut pas se soumettre à une visite médicale, petite formalité nécessitée par la chaîne. Alors que son impresario Ben Greene (Burgess Meredith) s’interroge sur ses véritables motivations, Corky décide de se réfugier avec sa marionnette dans la petite ville où il a grandi. Là, il retrouve son amour de jeunesse Peggy (Ann Margret)… Dès les prémisses, on sent bien qu’il y a un problème dans la tête de Corky. La schizophrénie y est latente, comme le prouvent ses dialogues permanents avec Fats qui dépassent rapidement les répétitions de sketches ou les simples distractions. Aux yeux du ventriloque, la marionnette est un personnage autonome. Les thématiques d’Au cœur de la nuit ne sont pas loin.

Conçue comme une caricature d’Anthony Hopkins, une sorte de frère jumeau aux traits grotesques, la marionnette est une indéniable réussite. Souvent, l’homme et son pantin portent les mêmes habits, et le metteur en scène s’amuse à cadrer leurs deux visages symétriquement, chaque fois que l’occasion se présente, comme si Fats agissait sur Corky à la manière d’un miroir déformant. La musique de Jerry Goldsmith, quant à elle, enveloppe certaines séquences en jouant la carte du contrepoint, notamment lorsque les violons se déchaînent pendant la scène d’amour entre Corky et Peggy, tandis qu’une inquiétante mélodie à l’harmonica vient interrompre la partition sur les gros plans de Fats montés en parallèle. Lorsque Ben, s’inquiétant de la santé mentale de son poulain, vient le rejoindre à la campagne, Corky bascule et commet son premier meurtre, se servant de Fats comme instrument de mort (il frappe l’impressario avec la marionnette), comme pour mieux dissocier ses deux personnalités : Fats est donc l’assassin et Corky l’innocent.

Qui manipule qui ?

Puis débarque Duke (Ed Lauter), le mari de Peggy, qui soupçonne une relation entre eux. S’ensuit une excellente séquence de suspense dans une barque en pleine partie de pêche. Le sang ne tarde pas à couler de nouveau. Un moment, on jurerait presque que Fats agit seul, un couteau à la main, la bouche entrouverte, les yeux qui roulent. Mais c’est évidemment Corky qui le manipule. La mise en scène nous a berné, nous permettant furtivement d’entrer dans l’esprit dérangé du marionnettiste. A moins que la thèse surnaturelle ne nous semble plus supportable que celle de la psychopathie.  « Tu ne peux pas t’imaginer comme les gens ont envie de croire à la magie », déclarera d’ailleurs Fats à Peggy. Grâce à son petit succès, Magic servira de tremplin à Richard Attenborough pour la mise en chantier de son chef d’œuvre Gandhi.

 

© Gilles Penso

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LE FILS DE CHUCKY (2004)

Auteur du concept de Chucky, Don Mancini passe à la mise en scène pour ce quatrième opus un peu trop porté sur l'auto-citation

THE SEED OF CHUCKY

2004 – USA

Réalisé par Don Mancini

Avec Jennifer Tilly, Brad Dourif, Billy Boyd, Redman, Hannah Spearritt, John Waters, Keith-Lee Castle, Jason Flemyng

THEMA JOUETS I SAGA CHUCKY

Comme David S. Goyer sur Blade Trinity, Don Mancini, scénariste de Jeu d’Enfant et de ses trois séquelles, a décidé de passer lui-même à la mise en scène à l’occasion des cinquièmes aventures de la poupée Chucky. L’écart relativement long qui sépare cet épisode du précédent (six ans) s’explique par l’indécision d’Universal vis-à-vis du script de Mancini, ce qui se comprend aisément face au résultat final. Comme le laissait imaginer la fin de La Fiancée de Chucky, l’assassin en plastique et sa petite amie Tiffany ont engendré une hideuse progéniture, ce que nous rappelle un générique en 3D de bas étage révélant le fœtus en question. Après une scène prologue en caméra subjective qui rend un hommage manifeste à Halloween et Psychose, nous faisons donc connaissance avec le fameux fils de Chucky. Aussi disgracieux que ses parents (mais ne bénéficiant pas d’un design aussi réussi), il répond au doux nom de « Shit Face » et sévit chez un ventriloque minable, qui ne semble pas du tout étonné d’avoir sous la main une poupée vivante !

En proie à une grave crise d’identité, le poupon découvre un jour qu’Hollywood s’apprête à tourner un film sur les exploits de deux poupées tueuses, Chucky et Tiffany. Reconnaissant là ses parents, il échappe à son employeur-geôlier et met le cap sur la capitale du cinéma (via un dessin sur une carte et un avion en fondu enchaîné directement inspirés des Aventuriers de l’Arche Perdue). S’infiltrant sur le plateau de tournage, il réveille ses affreux géniteurs grâce à une amulette qu’il porte autour du cou, et s’aperçoit bien vite que sa famille est loin d’être aussi chaleureuse qu’il l’avait imaginé. Tandis que Chucky s’efforce de faire partager à son fils le goût du meurtre, Tiffany décide de se « désintoxiquer » et de rencontrer son idole, l’actrice Jennifer Tilly, afin d’intégrer son corps une bonne fois pour toutes. Le Fils de Chucky joue donc la carte de la mise en abyme, suivant le modèle de Wes Craven et de son Freddy sort de la Nuit. C’est l’occasion de quelques apparitions de guest stars (le réalisateur John Waters dans le rôle d’un paparazzi, le créateur d’effets spéciaux Tony Gardner s’interprétant lui-même, et même un sosie de Britney Spears), de clins d’œils variés à d’autres films (Glen or Glenda d’Ed Wood, Bound des frères Wachowski) et d’une série de gags à l’efficacité toute relative. Car là où  La Fiancée de Chucky réussissait le parfait équilibre entre l’horreur et la comédie, Le Fils de Chucky part dans tous les sens, gorgé d’autosatisfaction et de private jokes guère concluantes. 

Chucky sort de la nuit

Il faut dire que le scénario du film, absurde et totalement incohérent, ne facilite guère l’adhésion du spectateur. Restent les marionnettes, dont chaque apparition reste un grand moment de bonheur, et les meurtres spectaculaires, mixant très efficacement effets spéciaux de maquillage et trucages numériques, notamment une décapitation vertigineuse et un visage qui se décompose à la vitesse grand V au contact d’une bouteille d’acide. Non sollicité sur ce film malgré son travail remarquable sur les effets spéciaux des quatre premiers Chucky, le créateur des effets spéciaux Kevin Yagher en retire forcément une certaine amertume. « Universal a vendu les droits de la franchise à Focus Features, qui a voulu travailler avec d’autres personnes et surtout réduire les budgets de manière conséquente », explique-t-il. « Honnêtement, je ne suis pas certain que le postmodernisme excessif du Fils de Chucky ait été une bonne idée. En revanche il y a un élément très intéressant dans le film. A l’époque où il l’a réalisé, Don Mancini a fait son coming-out. C’était donc un tournant important dans sa vie. Or dans le film il y a une séquence où le fils de Chucky et Tiffany se pose des questions sur sa sexualité, en se demandant “suis-je un garçon ou une fille ?“. Je ne sais pas si c’était conscient ou non de la part de Don, mais c’est sans doute un film plus personnel que ce qu’on pourrait croire de prime abord. » (1) 

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mai 2016

 

© Gilles Penso

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