LA FIANCEE DE CHUCKY (1998)

En perte de vitesse, la franchise Chucky redémarre avec panache grâce au grain de folie que lui insuffle Ronny Yu

THE BRIDE OF CHUCKY

1998 – USA

Réalisé par Ronny Yu

Avec Jennifer Tilly, Katherine Heigl, Nick Stabile, Alexis Arquette, Gordon Michael Woolwett et la voix de Brad Dourif

THEMA JOUETS I SAGA CHUCKY

La saga « Chucky » avait démarré très fort avec Jeu d’enfant, mais après deux séquelles incapables de renouveler son concept fou, la poupée tueuse semblait définitivement partie pour la casse. L’annonce d’un quatrième opus tardif ressemblait donc presque à un canular, surtout sous le titre de La Fiancée de Chucky. Mais ce projet prit une tournure intéressante lorsque fut révélé le nom de son réalisateur : Ronny Yu, auteur du magnifique conte chinois Jiang Hu, la fiancée aux cheveux blancs et de la délectable fantaisie familiale Magic Warriors. On se perdit d’ailleurs en conjectures sur la présence du cinéaste sur un tel terrain. Comment un artiste aussi inventif allait-il s’épanouir au sein de l’énième séquelle d’une franchise étouffée dans l’œuf ? Réponse : en s’amusant. Yu et le scénariste Don Mancini eurent en effet l’intelligence de saisir tout le potentiel offert par le personnage de Chucky pour en tirer une comédie horrifique au second degré conçue comme un hommage aux grands classiques du genre. D’où le titre Bride of Chucky, qui lorgne ouvertement du côté des Frankenstein d’Universal.

En écho à cette référence, la poupée sanglante a désormais le visage couvert de cicatrices, suite aux travaux de couture énamourés de la sculpturale Tiffany (Jennifer Tilly), ex petite amie du serial killer Charles Lee Ray qui espère retomber dans les bras de son idole en ressuscitant le petit corps en plastique que le tueur hante depuis des années. Pour y parvenir, elle s’aide d’un ouvrage précieux, « Le Vaudou pour les Nuls » (!), mais le résultat escompté n’est pas vraiment celui obtenu. Non seulement Charles reste prisonnier de l’enveloppe raccommodée de Chucky, mais en plus Tiffany se retrouve elle aussi coincée dans le corps d’une poupée. Bras dessus bras dessous, les deux jouets maléfiques n’ont désormais qu’une seule idée en tête : s’échapper de leur prison en plastique pour habiter des corps humains. Au-delà de La Fiancée de Frankenstein (dont Tiffany regarde un extrait pendant qu’elle prend son bain dans une des séquences du film), les références cinéphiliques abondent dans La Fiancée de Chucky. La salle des pièces à conviction où se déroulent les premières minutes du film représente à elle seule un véritable festival du genre : la caisse de Creepshow, les masques de Michael Myers et Jason Voorhees, le gant de Freddy Krueger, la tronçonneuse de Leatherface, les poupées de la série Puppet Master

Références cinéphiliques en cascade

En optant pour la semi-parodie et en reprenant à son compte la mécanique du road movie, La Fiancée de Chucky s’avère extrêmement récréatif, ce qui ne l’empêche pas de continuer à positionner la franchise dans le registre horrifique en concoctant quelques meurtres bien saignants, lesquels bénéficient pour la première fois d’une combinaison de maquillages spéciaux et d’effets numériques. Point d’orgue de ce mixage : une mort violente sur la route qui sera imitée dans moult films d’horreur ultérieurs. « J’ai beaucoup aimé travailler sur cet épisode parce qu’il nous donnait l’occasion de faire interagir deux personnages animatroniques sur le même plateau », raconte le créateur des marionnette Kevin Yagher. « La tonalité du film est intéressante. Il commence sur une note effrayante puis devient de plus en plus humoristique. La mise en scène de Ronnie Yu est pleine d’idées géniales. » (1) Prix spécial du Jury lors du Festival du Film Fantastique de Gérardmer, La Fiancée de Chucky célébra en beauté le dixième anniversaire de la création du personnage et remporta un joli succès au box-office, doublant sa mise de départ de 25 millions de dollars.


(1) Propos recueillis par votre serviteur en mai 2016

 

© Gilles Penso

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CHUCKY 3 (1991)

La dégringolade continue avec ce troisième épisode routinier qui se déroule dans une école militaire

CHiLD’S PLAY 3

1991 – USA

Réalisé par Jack Bender

Avec Justin Whalin, Peerey Reeves, Jeremy Sylvers, Travis Fine, Dean Jacobson, Brad Dourif, Peter Haskell, Dakin Matthews

THEMA JOUETS I SAGA CHUCKY

Chucky 2 nous ayant un peu frustrés, Chucky 3 ne laissait rien augurer de bon, d’autant que le scénariste Don Mancini, sous la pression du studio Universal, fut contraint d’écrire en vitesse ce troisième épisode alors que le second n’était même pas encore sorti. D’où une évidente perte d’inspiration. Pourtant le prologue ravive une petite flamme d’espoir. Le générique se déroule dans un atelier de poupées désaffecté (et très photogénique) où le corps fondu de Chucky est agrippé par une grue. Aussitôt, un flot de sang s’écoule du plastique et la petite créature se reconstitue progressivement, comme une statue de cire qui fondrait à l’envers. Nous découvrons alors l’entreprise qui, jadis, commercialisa la poupée Brave Gars. Bien décidés à relancer sur le marché ce jouet extrêmement lucratif, malgré le scandale passé qu’ils attribuent aux élucubrations d’un enfant trop imaginatif, les dirigeants de la société ne laissent aucune ambiguïté sur leur éthique. « Peu importe ce qu’on a à vendre, que ce soient des voitures, des armes nucléaires ou bien même des jouets », affirme-t-on avec aplomb dans la grande salle de réunion. « Le problème essentiel est d’écouler la marchandise, et après tout que sont les enfants sinon des apprentis consommateurs ? »

La satire anti-consumériste qu’on sent poindre à l’horizon est alléchante (et traduit sans doute l’amertume de Don Mancini à l’époque), mais hélas elle n’ira pas plus loin. Et lorsque l’action se transporte dans l’académie militaire de Kent où Andy Barclay, alors âgé de 16 ans, séjourne en détention préventive après avoir changé maintes fois de familles d’accueil, tous les espoirs s’évaporent. Car à partir de là, tous les clichés post-Full Metal Jacket s’alignent pesamment au rythme des garde-à-vous matinaux, des exercices de tir et des marches forcées, tandis que Chucky parvient bizarrement à s’expédier lui-même dans un paquet à l’attention d’Andy, dont il espère toujours habiter le corps pour échapper à sa prison de plastique. Mais il se ravise en découvrant un garçon plus jeune, Tyler, qui lui conviendrait parfaitement comme nouvelle enveloppe charnelle. Andy va tout mettre en œuvre pour sauver son camarade et entraver les agissements du jouet maléfique.

Tous les clichés s'alignent pesamment

Comme s’il s’était rendu compte en cours de route du potentiel très limité de l’école militaire comme nouveau terrain de jeu pour sa poupée sanglante, Mancini écrit un climax excessif dans un train fantôme qui, malgré l’attrait visuel du lieu (quelque part à mi-chemin entre Indiana Jones et le Temple Maudit et Les Goonies), n’empêche ni la routine ni l’ennui. Quelques idées ne manquent pas d’intérêt, comme une partie de paint-ball qui se mue en fusillade sanglante suite à une machination sadique de Chucky, mais tout ça ne vole pas bien haut. Seul point véritablement positif : la technique s’est encore améliorée, Kevin Yagher utilisant pour la première fois l’asservissement informatique pour synchroniser les dialogues de ses marionnettes animatroniques avec les phrases enregistrées par Brad Dourif. De fait, les expressions de Chucky ont gagné en subtilité, et lorsque sa peau en plastique révèle un crâne mi mécanique mi organique, l’effet visuel s’avère saisissant. Chucky pouvant difficilement tomber plus bas, il renaîtra avec panache sept ans plus tard…


© Gilles Penso

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CHUCKY, LA POUPEE DE SANG (1990)

Le succès surprise de Jeu d'enfant laissait entrevoir le potentiel d'une nouvelle franchise. D'où ce second épisode un peu conventionnel…

CHILD’S PLAY 2

1990 – USA

Réalisé par John Lafia

Avec Alex Vincent, Jenny Agutter, Gerrit Graham, Christine Elise, Grace Zabriskie, Peter Haskell et la voix de Brad Dourif

THEMA JOUETS I SAGA CHUCKY

Le succès de Jeu d’enfant ne pouvait pas laisser indifférents les cadres d’Universal, et l’idée d’une suite s’imposa comme une évidence. Mais encore fallait-il la justifier par des idées un tant soit peu innovantes. Or tout semblait avoir été dit dans le premier épisode. Le scénario de Don Mancini récupère donc tout ce qu’il peut du récit précédent et tourne bientôt à vide, sombrant dans la répétition et n’évitant pas quelques incohérences. C’est le problème récurrent des séquelles prioritairement motivées par l’appât du gain. Ironiquement, les motivations à l’origine de ce Chucky 2 ressemblent beaucoup à celles de la compagnie de jouets mise en scène dans le film, « Play Pals Toys ». Mise en abîme inconsciente ou auto-critique lucide ? La nature basique de l’œuvre ici présente laisse pencher pour la première hypothèse. Pour redorer son blason et effacer la mauvaise publicité dont elle fut victime, l’entreprise qui lança les poupées « Brave Gars » décide ainsi d’en relancer la construction, prouvant par là même que les « incidents » survenus par le passé n’ont rien à voir avec la qualité de leurs produits. Il n’en faut pas plus pour que l’âme moribonde du tueur satanique Charles Lee Ray revienne à la vie et investisse à nouveau le corps ressuscité de Chucky (qui avait pourtant terminé son escapade en grillant comme un toast à la fin de Jeu d’Enfant).

Notre petit bonhomme en plastique se lance donc une fois de plus sur les traces du jeune Andy Barclay (Alex Vincent), installé depuis les événements précédents dans une famille d’accueil, afin de transférer au plus tôt son esprit maléfique dans le corps de l’innocent garçon. « Pourquoi lutter Andy ? », lui déclarera-t-il avec une certaine forme de tendresse lorsqu’il le retrouvera enfin. « Nous allons devenir très proches. Nous serons même inséparables, putain ! » Toute la poésie de Chucky résumée en une réplique… Inversement au scénario, la technique semble avoir été l’objet de soins supplémentaires dans ce second opus, et Chucky bénéficie d’une animation remarquable, œuvre de Kevin Yagher, en particulier du point de vue des expressions de son visage sournois.

Massacre à la photocopieuse

A la manière des méthodes employées sur les films d’animation, le comédien Brad Dourif enregistra toutes ses voix avant que le tournage ne commence, afin que les manipulateurs et les comédiens puissent s’y conformer au moment des prises de vues de la poupée et de son entourage immédiat. La qualité du « jeu » de la marionnette y gagna assurément. Quelques idées visuelles se détachent du lot, comme la femme qui meurt la tête contre une photocopieuse en marche (occasionnant une série de grimaces sur papier du plus bel effet), ou l’ouvrier qui chute sur le tapis roulant d’une chaîne de jouets et se fait greffer des yeux de poupée. Au cours d’un dénouement à rallonge, Chucky n’en finit plus de mourir, caricaturant sans inspiration le final de Jeu d’enfant. Avec 13 millions de dollars de budget et des recettes dépassant le double de leur mise, les studios Universal furent confortés dans le bien-fondé de cette séquelle, à laquelle ils donnèrent suite dans la foulée.

 

© Gilles Penso

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JEU D’ENFANT (1988)

Le scénariste Don Mancini et le réalisateur Tom Holland créent une nouvelle icône désormais incontournable : la sanglante poupée Chucky

CHILD’S PLAY

1988 – USA

Réalisé par Tom Holland

Avec Catherine Hicks, Chris Sarandon, Alex Vincent, Brad Dourif, Dinah Manoff, Tommy Swerdlow, Jack Colvin, Neil Giuntoli

THEMA JOUETS I SAGA CHUCKY

Tom Holland avait fait son entrée dans le genre fantastique de manière assez remarquée, écrivant le scénario de Psychose 2 puis réalisant Vampire vous avez dit Vampire ? Avec Jeu d’enfant, il s’empare d’une idée de Don Mancini et crée la fusion improbable entre le film de poupée possédée et le slasher, un peu comme si Magic rencontrait Halloween« Tel quel, le récit n’était pas suffisant, à mes yeux, pour donner lieu à un long-métrage », raconte Holland. « Il n’y avait pas d’antagoniste. C’était l’histoire d’un petit garçon dont la poupée prenait vie pour s’attaquer à ceux qui l’avaient contrarié, un peu comme s’il s’agissait d’un alter-ego maléfique de l’enfant. » (1) Après avoir longtemps cherché une solution susceptible de structurer correctement le récit, le cinéaste trouve enfin l’idée d’un tueur possédant une poupée via une cérémonie vaudou. La scène d’action qui ouvre le film, sous influence des films policiers de l’époque, montre la cavale du tueur en série Charles Lee Ray (Brad Dourif), pris en chasse par l’inspecteur Mike Norris (Chris Sarandon). La fusillade démarre dans la rue puis s’achève dans un magasin de jouets où l’assassin a trouvé refuge. Mortellement blessé, il pratique une cérémonie vaudou et parvient à transférer son âme dans le corps d’une poupée avant de trépasser. Mais pas n’importe quelle poupée : un exemplaire de la série « Braves Gars », la nouvelle coqueluche des enfants, qui parle, cligne des yeux, tourne la tête et mesure près d’un mètre de haut. Le jeune Andy (Alex Vincent) rêverait d’une telle poupée, mais sa mère (Catherine Hicks), vendeuse dans un grand magasin, n’a pas vraiment les moyens de s’en payer une. Jusqu’à ce qu’un vendeur à la sauvette ne lui en propose une contre un peu de liquide. Evidemment, cette poupée n’est autre que Charles Lee Ray réincarné. Désormais baptisé Chucky, le tueur miniature rêve de se venger du policier qui l’a abattu et du complice qui l’a trahi, avant d’atteindre un objectif encore plus terrifiant : quitter son corps en plastique pour prendre possession de celui d’Andy.

« A l’origine, le nom de la poupée était Buddy », raconte Tom Holland. « Le scénario original portait d’ailleurs le titre de Blood Buddy. J’ai changé le titre lorsque j’ai eu l’idée du personnage du serial killer, Charles Lee Ray. Pour son nom, j’ai mixé celui de trois des plus célèbres tueurs d’Amérique : Charles Manson, Lee Harvey Oswald et James Earl Ray. » (2) Le concept est assez dément et le film aurait pu facilement sombrer dans la parodie involontaire. Mais Tom Holland tient son sujet par les rênes, grâce à une mise en scène efficace et une direction d’acteurs exemplaire. A ce titre, la prestation du petit Alex Vincent, à peine âgé de sept ans, est étonnante. Chris Sarandon, qui incarne le héros policier, était le séduisant suceur de sang de Vampire vous avez dit Vampire ? Quant à Brad Dourif, à travers sa courte présence au cours du prologue et la voix qu’il prête au personnage de Chucky, il imprègne le film tout entier de son inimitable présence. On note également, dans le rôle d’un médecin, Jack Colvin, qui fut le journaliste harcelant Bruce Banner dans la série L’Incroyable Hulk.

Une machine à tuer invincible

Si les premiers meurtres de la poupée sont spectaculaires (une défenestration, une explosion gigantesque), elle n’agit d’abord que sous forme de caméras subjectives au ras du sol et de petites mains entrant dans le champ. Ce n’est qu’au milieu du métrage que Chucky se déchaîne vraiment face à la caméra, révélant le talent des marionnettistes donnant vie à la petite créature conçue par le surdoué Kevin Yagher (qui allait peu après épouser Catherine Hicks, l’actrice principale du film !). « La plupart du temps, sept marionnettistes étaient nécessaires pour animer Chucky sur le plateau », explique Yagher. « Chaque manipulateur s’occupait d’une partie spécifique du personnage. J’étais chargé de les superviser, à la manière d’un chef d’orchestre. Le réalisateur me donnait ses indications de jeu, un peu comme si j’étais un acteur, et je devais me débrouiller pour que le travail collectif de tous les marionnettistes correspondant à ces indications de mise en scène. » (3) Le climax, mouvementé à souhait, mue la poupée tueuse en machine invincible, à mi chemin entre le Yul Brynner de Mondwest et le Arnold Schwarzenegger de Terminator. Succès surprise de l’année 1988, Jeu d’enfant donna naissance à une franchise et inspira plusieurs autres films, notamment la série Puppet Master produite par Charles Band.

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en février 2017

(3) Propos recueillis par votre serviteur en mai 2016

 

© Gilles Penso

 

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LA MALEDICTION DE CHUCKY (2013)

Après l'indigestion d'auto-citations et de second degré du Fils de Chucky, Don Mancini opte pour une épouvante plus classique

THE CURSE OF CHUCKY

2013 – USA

Réalisé par Don Mancini

Avec Fiona Dourif, Danielle Bisutti, Brennan Elliott, Brad Dourif, Summer Howell, A. Martinez, Maitland McConnell

THEMA JOUETS I SAGA CHUCKY

Les excès du Fils de Chucky prouvaient que la voie de l’autocitation se soldait par une impasse pour la saga initiée en 1988 par Jeu d’enfant. Evitant lucidement la surenchère, l’auteur/réalisateur Don Mancini revient donc à une épouvante plus « old school » à l’occasion du sixième long-métrage de la série, quitte à convoquer quelques clichés du genre. La grande maison à étage, la nuit d’orage, le grenier empli de toiles d’araignées, la panne de courant, le téléphone coupé, les bruits derrière les rideaux sont autant de lieux communs au menu de La Malédiction de Chucky, dont le titre original – à l’instar de ceux des deux épisodes précédents – rend hommage à la saga Frankenstein (The Bride évoquait la période Universal, The Curse nous renvoie au temps de la Hammer). La musique de Jo Lo Duca se laisse inspirer par les classiques du genre, via son emploi des violons herrmanniens, des arpèges de piano lancinants et des boîtes à musique façon Goblin, tandis que Mancini calque certains de ses effets de style sur Alfred Hitchcock, en particulier à travers la mémorable séquence du dîner empoisonné.

Le film commence par la livraison mystérieuse d’une poupée « Brave Gars » chez la jeune Nica, clouée sur un fauteuil roulant, qui vit toujours dans la grande maison de sa mère. Or cette dernière meurt dans d’étranges circonstances le soir-même. Aussitôt débarquent la sœur de Nica, son beau-frère, sa nièce et une jeune baby-sitter. Au sein de cette famille dysfonctionnelle, les tensions et les rivalités affleurent bien vite à la surface. Le spectateur étant en terrain connu, la nature malfaisante de la poupée n’est jamais cachée, même si la mise en scène joue d’abord la carte de la discrétion : une main qui empoigne brièvement un objet, une silhouette qui court à l’arrière-plan, des pupilles qui se dilatent…

Dourif père et fille

Ce n’est qu’au milieu du métrage que Chucky fait son « coming out » véritable en reprenant la voix de Brad Dourif, toujours fidèle au poste. Le comédien semble d’ailleurs plus impliqué que jamais dans la saga. Il apparaît en effet à visage découvert (sous un maquillage rajeunissant) au cours d’un long flash-back révélant les événements survenus juste avant Jeu d’enfant, le design de la poupée semble même avoir été légèrement modifié pour lui ressembler davantage et sa propre fille Fiona Dourif joue ici le rôle principal. Construit sur une double unité de temps et de lieu, La Malédiction de Chucky ne recourt au gore que tardivement (un accident de voiture sanglant, des meurtres de plus en plus gratinés), s’appuie sur quelques scènes de suspense originales (la discussion vidéo via les ordinateurs portables), nous offre des plans très graphiques (le reflet du visage d’une victime de Chucky qui apparaît sur la lame de son couteau), complexifie en cours de route les relations entre ses protagonistes et exploite efficacement la vulnérabilité accrue de son personnage principal. Certes, le film ne sort pas totalement de la routine et retombe brièvement dans les excès autoparodiques au moment de son épilogue, mais après les outrances du Fils de Chucky, cette séquelle tardive nous réconcilie quelque peu avec la vilaine poupée aux yeux d’ange.

 

© Gilles Penso

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CARRIE LA VENGEANCE (2013)

Un remake du classique de Brian de Palma qui n'arrive pas à la cheville de son modèle et accumule les mauvais choix artistiques

CARRIE

2013 – USA

Réalisé par Kimberly Peirce 

Avec Chloë Grace Moretz, Julianne Moore, Judy Greer, Portia Doubleday, Alex Russell, Gabriella Wilde, Ansel Elgort, Zoë Belkin

THEMA POUVOIRS PARANORMAUXSAGA STEPHEN KING

Après la séquelle de Kate Shea et la version télévisée de David Carson, le Carrie, de Brian de Palma avait-il vraiment besoin d’un nouveau remake ? La réponse aurait pu être affirmative si un cinéaste au style marqué s’était emparé du roman de Stephen King pour le doter d’une vision nouvelle et inattendue. Hélas, il n’en est rien. La réalisatrice Kimberly Peirce et le scénariste Roberto Aguirre-Sacasa se contentent d’imiter le chef d’œuvre de De Palma sans chercher à le transcender ou à puiser d’autres éléments narratifs dans le texte original, livrant ainsi un remake scolaire qui n’arrive jamais à la cheville de son modèle. Carrie la Vengeance démarre par l’accouchement de Margaret White (Juliane Moore), seule dans son lit, hurlant et se tordant de douleur, hésitant à tuer son bébé, puis le gardant finalement. Après le générique, Carrie est devenue une lycéenne (Chloé Grace Moretz, ex-Hit Girl de Kick-Ass). Avec sa jolie petite frimousse, la jeune comédienne a bien du mal à passer derrière Sissi Spacek et Angela Bettis, malgré l’air ahuri qu’elle adopte pour signifier son asociabilité. Juliane Moore elle-même, d’habitude si talentueuse, surjoue le fanatisme religieux jusqu’à l’excès, perdant toute crédibilité en quelques secondes. Les automutilations régulières qu’elle s’inflige, au lieu de susciter l’empathie du spectateur, créent au contraire une distance dans la mesure où le réalisme du personnage ne cesse de s’émousser.

Et c’est bien là que réside le problème de Carrie la Vengeance : une absence totale de subtilité et de retenue. Quand il s’agit de montrer les pouvoirs de Carrie, par exemple, toute sa chambre s’agite comme dans L’Exorciste ou Poltergeist, le lit et des dizaines de livres voltigeant allègrement dans les airs. La jeune fille maîtrise d’ailleurs si vite ses pouvoirs qu’elle semble échappée d’un épisode de la saga X-Men. D’un simple geste de la main désinvolte, elle ouvre et ferme les portes, actionne une machine à coudre à distance ou allume la radio. Il est par ailleurs frappant de constater que les changements de mœurs interdisent désormais de montrer une nudité que Brian de Palma filmait avec ingénuité en 1976. Une telle liberté semble désormais interdite à Hollywood, miroir factice d’une réalité aseptisée où les filles font l’amour en soutien-gorge pour ne pas choquer le public.

Quand le spectaculaire se substitue à la dramaturgie

Au cours du climax tant attendu, la réalisatrice ne sait tellement pas comment filmer la chute du seau de sang qu’elle monte successivement la scène sous trois angles différents, comme s’il s’agissait d’une cascade de voiture au ralenti. Elle annihile du même coup le potentiel du passage le plus dramatique du film. Après cette séquence, les dernières bribes de crédibilité du récit se rompent. La vengeance de Carrie ne ressemble plus à un acte impulsif mais à une revanche délibérée. Elle sourit même en provoquant la catastrophe du lycée, puis prend tout son temps pour retourner comme une crêpe la voiture du jeune couple qui l’a trahie. Voilà donc un remake sans audace, sans point de vue, sans innovation, pour lequel même le talentueux compositeur Marco Beltrami assure le service minimum, pas plus convaincu que le reste de l’équipe de l’intérêt d’un tel film.

 

© Gilles Penso 

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VORACE (1999)

Antonia Bird aborde le thème du cannibalisme sous un angle inattendu en s'appuyant sur un contexte historique réel

RAVENOUS

1999 – USA / GB / MEXIQUE / REPUBLIQUE TCHEQUE

Réalisé par Antonia Bird

Avec Guy Pearce, Robert Carlyle, David Arquette, Jeremy Davies, Jeffrey Jones, John Spencer, Stephen Spinella

THEMA CANNIBALES

Vorace aborde le thème du cannibalisme sous un angle surprenant, en s’inspirant de la légende indienne du Wendigo, une créature anthropophage qui tire sa force de la chair humaine qu’elle dévore. Mais loin de toute atmosphère fantastique ou surnaturelle, le film d’Antonia Bird prend place dans un contexte historique réel : la guerre américano-mexicaine de 1847. Le capitaine John Boyd est parvenu à franchir les lignes ennemies et à renverser les troupes adverses. Mais on découvre bien vite que son acte était guidé par la lâcheté, puisqu’il s’est fait passer pour mort et s’est laissé entasser dans la fosse commune sans se manifester. En guise de promotion, le voilà donc relégué dans un placard, c’est-à-dire envoyé en mission dans le Fort Spencer, perdu au beau milieu des montagnes enneigées de la Sierra Nevada. Là, ses compagnons et lui recueillent un soir Colquhoun, un homme hagard et terrifié qui leur conte une effrayante histoire : lui et son groupe se sont égarés dans les bois et ont trouvé refuge dans une caverne aux alentours. Pour survivre, ils ont dû manger leurs animaux, puis se sont attaqués au corps de l’un des leurs, mort entre-temps. Mais Ives, le chef du groupe, décida d’accélérer le processus en tuant les autres pour les dévorer. Touchés par ce récit, John Boyd et ses compagnons partent en quête de cette fameuse caverne pour faire cesser les agissements de Ives… et l’expédition tourne au cauchemar.

Ici, le cannibalisme a des vertus toutes particulières : il guérit les blessures, ravive les mourants, rend plus fort, mais aussi plus avide et plus affamé. Ceux qui s’en sont rendus compte le pratiquent donc comme une thérapie, violente et agressive certes, mais justifiée par un instinct de survie transformé peu à peu en voracité insatiable. Le sang coule donc à flots dans Vorace, les chairs se déchirent et les armes blanches frappent plus que de raison, accompagnés des effets spéciaux de maquillage du trio KNB. Mais nous avons moins affaire ici à un film gore qu’à une satire acerbe sur le pouvoir et les vertiges qu’il procure. Le consumérisme pathologique de la société américaine est également en ligne de mire, métaphoriquement transposé ici en cannibalisme obsessionnel et maladif.

Consumérisme pathologique et anthropophagie

Habituée jusqu’alors aux drames intimistes et contemporains pour le petit et le grand écran, la réalisatrice Antonia Bird nous surprend dans un registre qui semblait lui être jusqu’alors étranger, à mi-chemin entre la reconstitution historique et le film d’horreur. Guy Pearce, futur amnésique de Memento, et Robert Carlyle, strip-teaser amateur de The Full Monty, nous offrent des prestations tout à fait étonnantes, et portent à eux deux toute l’intensité de cette inquiétante fable. Leur affrontement final, excessif et dantesque, voit sa violence compensée par le cynisme du ton. A leurs côtés, Jeffrey Jones (comédien calamiteux dans Ed Wood) et David Arquette (policier maladroit dans Scream) campent de fort pittoresques soldats. Les décors naturels magnifiques captés en République Tchèque, la mise en scène nerveuse à souhaits et une bande originale folklorique jouant volontiers les contrepoints achèvent de faire de Vorace une œuvre fort curieuse qui regorge d’idées et d’intérêt.


© Gilles Penso

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RIDDICK (2013)

David Twohy et Vin Diesel se retrouvent pour clore sur une note minimaliste la trilogie entamée avec Pitch Black

RIDDICK

2013 – USA

Réalisé par David Twohy

Avec Vin Diesel, Matt Nable, Katee Sackhoff, Jordi Mollà, Dave Bautista, Karl Urban 

THEMA SPACE OPERA I EXTRA-TERRESTRES I FUTUR SAGA RIDDICK

Depuis la sortie des Chroniques de Riddick, opus maudit d’une saga qui ne survit décidément que par la pugnacité de son réalisateur David Twohy et de son acteur Vin Diesel, neuf années ont passé. Le projet de développer une saga spatiale à grand spectacle n’aura été qu’une rêverie de courte durée pour les deux hommes, eu égard au succès très mitigé de ce deuxième film sur les écrans en 2004. Ils étaient alors parvenus à multiplier le budget alloué par six ! Cette fois-ci, c’est en le re-divisant par trois qu’ils peuvent enfin rempiler. La première règle dictée par l’économie d’un tel projet ne sera pas non plus pour déplaire au public de la première heure : à défaut de gros moyens, laisser tomber le faste des Chroniques et revenir sans transition à l’âpreté minimaliste de Pitch Black ! Alors qu’on avait quitté le furyen légendaire en seigneur de l’armée Necromonger, on le retrouve sans transition à demi enterré sous la roche d’une planète aride.

Un court flash-back nous donnera le fin mot de l’histoire, et c’est par une citation malicieuse du Rocky III de Sylvester Stallone que le personnage reviendra aux affaires : « J’ai commis la pire des erreurs, je me suis civilisé ! » Cette brève sentence vaut comme profession de foi et commentaire du film précédent : peut-être Riddick avait-il un peu trop perdu de sa substance en poursuivant un but qui s’aventurait quelquefois au-delà de sa propre survie. A l’instar de ses Chroniques, qui avaient peut-être eu le malheur de voir trop grand…  De toute évidence, le personnage n’a jamais autant métaphorisé l’aventure de la saga elle-même au cinéma : malmené, récupéré, parvenu au sommet, chutant aussitôt de son trône, ressuscitant d’entre les morts, il personnifie un acharnement à vivre sur la durée qui ne dépend que de sa volonté inébranlable. Nul doute que l’écriture de Twohy se sera inspirée peu ou prou des vicissitudes laborieuses qu’il aura connu derrière la caméra.

Un récit hors du temps

Pourtant, rien ne l’arrête dans son approche courageuse d’une science-fiction « hard-boiled » : indifférent aux éventuelles protestations d’un jeune public habitué à l’action non-stop, le scénariste / réalisateur assume un récit complètement hors de son temps, lorgnant volontiers vers le Mad Max 2 : Road Warrior de George Miller, qui se permet de commencer par une demi-heure de pérégrinations solitaires et se poursuit par un survival jouissif, d’inspiration délibérément westernienne, où deux groupes rivaux de chasseurs de prime vont tenter de s’emparer de la « bête » dans le chaos le plus absolu – survival qui, lui-même, n’est pas sans rappeler une fois encore le John Carpenter de Vampires ou  Ghosts of Mars – c’est-à-dire le plus décomplexé. Les aficionados des premières aventures de Richard B. Riddick, prisonnier convoyé à travers l’espace et dont le vaisseau s’était écrasé sur une planète hostile où les longues nuits traînent l’enfer dans leur obscurité, se sentiront chez eux – d’autant qu’un des maillons les plus importants de cette nouvelle intrigue a directement à voir avec celle de Pitch Black, accentuant encore la parenté des deux films. Ne reste plus qu’à attendre la prochaine résurrection du furyen nyctalope dans un, cinq ou dix ans ? Peut-être quinze…?! Plus rien ne saurait nous étonner de la part de cette saga hors-normes ; et le public de Riddick – bon gré mal gré – a appris à se montrer patient !


© Morgan Iadakan

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LE MORT-VIVANT (1974)

Bob Clark utilise le motif du zombie comme parabole de la difficile réinsertion des vétérans du Viêt-Nam

DEAD OF NIGHT / DEATHDREAM

1974 – USA

Réalisé par Bob Clark

Avec Richard Backus, Lynn Carlin, Henderson Forsythe, John Marley, Anya Ormsby, Jane Daly, Michael Mazes, Arthur Anderson

THEMA ZOMBIES

L’utilisation du motif du zombie comme véhicule d’un discours politique et social n’est pas le seul apanage de George Romero. C’est ce que prouve Bob Clark avec cet excellent Mort-Vivant, qui détourne les mécanismes du cinéma d’horreur pour traduire le traumatisme des jeunes soldats incapables de se réadapter à la société après avoir vécu l’abomination des champs de bataille. Nous sommes dans une petite ville de Floride, et la famille Brooks attend fébrilement des nouvelles d’Andy parti guerroyer au Viêt-Nam. Si Charlie, le père, et Catherine, la sœur, ne se font guère d’illusions sur le destin du jeune homme après de longues semaines passées sans nouvelles, Christine, la mère, s’avère exagérément optimiste. Un soir, un télégramme leur annonce officiellement qu’Andy a passé l’arme à gauche. Tous s’effondrent de chagrin, mais Christine finit par refuser la réalité. Pour elle, il ne peut s’agir que d’une erreur. Andy va revenir, elle en est certaine.

Or le soir même, répondant à ses prières, le jeune homme est effectivement de retour. Passée la surprise, on tâche de se réhabituer à sa présence. Ce qui ne s’avère guère aisé, dans la mesure où Andy adopte un comportement de plus en plus étrange. Il ne mange rien, parle très peu et reste assis seul dans le noir à se balancer sur son rocking-chair. Car Andy est un mort-vivant au sens le plus strict du terme, c’est-à-dire un cadavre en sursis qui se maintient dans un semblant de vie en volant le sang des autres (à l’instar d’un vampire) et finira d’ailleurs par s’enterrer dans la tombe qu’il a lui-même creusée. A l’une de ses victimes, il déclare : « je n’ai plus peur de la maladie, de la vieillesse, de la fatigue, de la faim ». Mais son état n’est pas enviable pour autant. Sitôt qu’il n’a pas sa dose de sang frais, prélevée à l’aide d’une seringue hypodermique, ses traits juvéniles se flétrissent et son visage s’altère progressivement. La lente décrépitude court ainsi en douceur tout au long du film. Ce sont d’abord des cernes sous les yeux, puis des rides envahissantes et d’étranges marques aux poignets.

L'inexorable métamorphose

A l’issue de l’inexorable métamorphose, Andy arbore une figure de cauchemar. Ses yeux sont blancs, sa peau décomposée, son sourire carnassier et grimaçant. Ce maquillage saisissant, digne du grand Lon Chaney, est l’œuvre d’Alan Ormsby, qui signa également le scénario du film et joue même le petit rôle du témoin d’un meurtre. Son assistant est le tout jeune Tom Savini, futur créateur des zombies de Romero. Le casting, impeccable, bénéficie du charisme de John Marley, qu’on venait de voir dans la scène mythique de la tête de cheval du Parrain, et qui livre ici la performance d’un père torturé par le changement irréversible de son fils, offrant au spectateur le seul véritable pôle d’identification. Le compositeur Carl Zittrer contribue grandement à l’atmosphère oppressante du film, proposant une musique « concrète » pour le moins originale à base de cordes trillées et frappées, de coups de violons intempestifs, d’accords plaqués au piano et de sons électroniques étranges. Bob Clark poursuivra sa carrière de metteur en scène en signant une poignée de films d’épouvante avant de bifurquer vers la comédie à l’occasion du mythique Porky’s.

 

© Gilles Penso

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THOR : LE MONDE DES TENEBRES (2013)

Les nombreuses maladresses de cette seconde aventure solo du fils d'Odin nous feraient presque réévaluer à la hausse l'opus réalisé par Kenneth Branagh

THOR, THE DARK WORLD

2013 – USA

Réalisé par Alan Taylor

Avec Chris Hemsworth, Natalie Portman, Tom Hiddelston, Anthony Hopkins, Rene Russo, Ray Stevenson, Idris Elba

THEMA SUPER-HEROS I SAGA THOR I AVENGERS I MARVEL

Thor ne nous avait qu’à moitié convaincus lors de sa première incursion sur grand écran sous l’égide de Kenneth Branagh, et il fallut attendre sa réunion avec l’équipe des Avengers pour que le super-héros nordique s’exprime enfin avec le panache dû à sa divine personne. Un second long-métrage consacré à ses exploits semblait donc pouvoir rajuster le tir. Pour inscrire le fils d’Odin dans la continuité d’Avengers, la mise en scène est confiée à Alan Taylor (transfuge de la série Game of Throne), avec en filigrane une volonté manifeste de baigner ce nouvel opus dans une atmosphère d’heroïc-fantasy plus affirmée. Ces belles intentions ne font hélas pas longtemps illusion à l’écran. Thor, le Monde des Ténèbres accumule en effet les fautes de goût avec une constance qui laisse perplexe, s’efforçant de masquer sa vacuité sous un déluge pyrotechnico-numérique d’une grande laideur.

Les faiblesses du film sautent aux yeux dès ses premières minutes. Alors qu’une voix off sentencieuse nous raconte la lutte séculaire entre le royaume d’Asgard et les elfes noirs menés par le redoutable Malekith, le spectateur assiste à une bataille gorgée de morceaux de bravoure techniques et chorégraphiques mais n’en apprécie qu’un dixième dans la mesure où ni la narration ni la mise en scène ne parviennent à mettre en valeur la dimension épique de la séquence et surtout les enjeux qui la sous-tendent. Or chacun sait que sans dramaturgie, les effets spéciaux et les cascades les plus spectaculaires ne sont que de jolies parures cosmétiques. Le film entier est à l’avenant, traitant par-dessus la jambe de nombreuses données scénaristiques éparses (la contamination de Jane Foster par une force maléfique convoitée par le vilain de service, l’obligation pour Thor de pactiser avec son frère ennemi Loki pour sauvegarder le royaume d’Asgard, la nécessité impérieuse de préserver l’équilibre des neuf royaumes, les relations complexes et conflictuelles unissant Odin avec son épouse et ses fils) sans parvenir à les lier avec cohérence.

Une dramaturgie déficiente

Partisan de l’ellipse paresseuse, Alan Taylor sautille donc d’une scène à l’autre sans laisser au spectateur la moindre possibilité d’implication, et rate même la plupart de ses scènes d’action en optant pour des choix de montage hasardeux (au moment de l’impact imminent entre deux belligérants gonflés à bloc, la caméra filme l’échauffourée de loin et de dos, allez comprendre !). Que reste-t-il à sauver de ce second Thor ? Une belle direction artistique rétro-futuriste, (quelque part à mi-chemin entre Le Seigneur des Anneaux, La Menace fantôme et John Carter), quelques traits d’humour s’appuyant la plupart du temps sur des anachronismes dignes de Star Trek 4: Retour sur Terre (Thor qui accroche son marteau sur le portemanteau d’un appartement londonien ou qui emprunte placidement le métro sous le regard médusé des passagers) et le charisme ravageur de Tom Hiddleston dans la peau d’un Loki plus ambigu qu’à l’accoutumée. Un peu léger tout de même…

 

© Gilles Penso

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