ATOR (1982)

À peine Conan le barbare sort-il sur les écrans que le cinéma bis italien s’empresse d’en produire une imitation cheap…

ATOR L’INVICIBILE

 

1982 – ITALIE

 

Réalisé par Joe D’Amato

 

Avec Miles O’Keeffe, Sabrina Siani, Ritza Brown, Edmund Purdom, Dakar, Laura Gemser, Alessandra Vazzoler, Nello Pazzafini, Jean Lopez, Olivia Goods

 

THEMA HEROIC FANTASY I ARAIGNÉES

Dans les années 70-80, le cinéma bis italien est le premier à se mettre en ordre de marche pour plagier à moindres frais les grands succès hollywoodiens du moment. Après la vogue des films post-apocalyptiques déclenchée par Mad Max 2 et New York 1997, voilà que Conan le barbare entre en scène, suscitant un attrait soudain pour les gros bras, les épées et les sortilèges. Aussitôt, Michele Soavi est embauché pour écrire une imitation bon marché autour du titre provisoire Fantasy. Il ne faut pas perdre une minute. Soavi n’est pas encore le réalisateur de Bloody Bird ou de Dellamorte Dellamore et se livre à ce travail de commande dans lequel il entraîne Marco Modugno, avec qui il collabora sur le drame Bambule en 1979. Lorsque le projet atterrit entre les mains du réalisateur Joe D’Amato (homme à tout faire ayant touché à tous les genres, notamment à l’horreur avec Blue Holocaust, Anthropophagous et Horrible), le scénario est revu de fond en comble. D’amato le réécrit avec José Maria Sanchez et embauche Miles O’Keeffe (qui se promenait en slip aux côtés de Bo Derek dans Tarzan l’homme-singe) pour tenir le rôle principal.

Après qu’une voix off sentencieuse ait tenté de nous expliquer le contexte de l’âge des ténèbres dans lequel se déroule le film, tandis que le montage enchaîne des images de jolies montagnes enneigées, une femme accouche d’un gros bébé bien dodu. Aussitôt, le tonnerre gronde et les éléphants barrissent. Ator est né ! Craignant la prophétie selon laquelle cet enfant va détruire son culte, le grand prêtre de l’araignée (qui passe le plus clair du film à caresser des tarentules) ordonne qu’on tue le bébé. Mais Ator est sauvé et recueilli par un couple modeste dans un village lointain. Devenu adulte, c’est désormais un grand gaillard musclé avec un bandeau de tennisman, un gilet en fourrure, un pantalon en cuir, des jambières poilues et une perruque invraisemblable. L’inceste ne l’inquiétant guère, il décide d’épouser sa sœur Sunya (adoptive, mais tout de même !). La cérémonie du mariage prend alors les allures d’un spectacle du Crazy Horse sans budget. Les hommes sont torse nus et se déhanchent comme s’ils se croyaient dans une version préhistorique du « Lac des Cygnes » tandis que les femmes en peaux de bêtes se livrent à de gracieuses arabesques au son des tams-tams. Ator et Sunya sont aux anges, des fleurs pleins les cheveux, mais la belle est bientôt kidnappée par les hommes du grand prêtre de l’araignée…

Un barbare barbant

Ce qui frappe très vite, dans Ator, c’est l’incroyable apathie de son personnage principal. Incapable de se battre correctement, refusant les affrontements chaque fois que c’est possible, il laisse généralement la belle amazone Roon (Sabrina Siani, émule de Sandahl Bergman dans Conan) croiser le fer à sa place. On pourrait naïvement attribuer cette tendance à une approche féministe du récit, mais il n’en est rien. De l’aveu même de Joe D’Amato, Miles O’Keeffe est incapable de tenir une épée ni de s’engager avec conviction dans la moindre séquence de bataille. Comme en outre l’ex-Tarzan est désespérément inexpressif, le seul intérêt de sa présence à l’écran se limite à sa plastique impeccable, malgré un look parfaitement risible. Parmi les séquences (involontairement) drôle du film, il faut citer l’intervention d’une belle sorcière (Laura Gemser, actrice fétiche de D’Amato) qui révèle soudain un visage hideux (via un maquillage qui semble avoir été réalisé avec un steak haché !), le combat d’Ator contre une araignée géante en peluche qui agite mollement ses pattes velues ou encore cette séquence idyllique finale où le couple gambade joyeusement dans les bois avec un petit ourson mignon alors que retentit une sirupeuse chanson pop. Quelques dialogues poétiques (« La terre tremble comme une vierge traînée sur le lit nuptial ! ») et une poignée de combats improbables (contre une ombre, contre des guerriers aveugles, contre des morts-vivants surexposés) achèvent de faire d’Ator un nanar délectable qui sera affublé de deux suites.

 

© Gilles Penso

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ROAD WARS (2015)

Comme à l’époque où les cinéastes bis du monde entier plagiaient Mad Max 2, Mad Max Fury Road a droit lui aussi à son imitation cheap…

ROAD WARS

 

2015 – USA

 

Réalisé par Mark Atkins

 

Avec Chloe Farnworth, Cole Parker, John Freeman, Philip Andre Botello, LaNell Cooper, Nikki Bohm, Jane Hae Kim, Marianne Bourg, Kelcey Watson

 

THEMA FUTUR I VAMPIRES

Mark Atkins est un réalisateur dont les qualités principales sont l’absence totale d’ambition artistique et la capacité à gérer des budgets anémiques. Aucun de ses films n’entrera donc dans les annales et sa spécialité est très vite devenue l’imitation « low cost » des grands succès du moment. Nous lui devons toutes sortes de séries B à la lisière du plagiat surfant sur les sorties d’Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal (Allan Quatermain et le temple des crânes), de John Carter (Les Chroniques de Mars), de World Invasion : Battle Los Angeles (Battle of Los Angeles), de Prometheus (Alien Origin), de Jack le Chasseur de géants (G-War – La Guerre des géants) ou de Robocop (Android Cop). À l’annonce de la sortie imminente de Mad Max Fury Road, il était évident qu’Atkins allait se lancer dans son petit film post-apocalyptique, comme à la belle époque des Guerriers du Bronx, des Prédateurs du futur et autres Exterminateurs de l’an 3000. Le réalisateur s’empare donc du million de dollars que lui octroie son employeur habituel (la société de production The Asylum), de la douzaine de comédiens qu’il peut se payer et part s’installer dans les déserts de California City et Rosamond, à quelques encâblures de Los Angeles, pour tenter de jouer dans la même cour que George Miller.

Nous sommes donc dans le futur, après l’extinction d’une grande partie de la population. Les survivants se regroupent en clans, se déplacent en véhicules customisés tout-terrains, s’arment jusqu’aux dents et se battent pour une denrée devenue rare : l’eau potable. Un jour, la bande pacifique menée avec sagesse par Dallas (John Freeman) recueille un homme amnésique en plein désert (Cole Parker, qui s’efforce à ressembler du mieux qu’il peut au Mad Max campé par Tom Hardy avec ses cheveux courts et sa veste en cuir). Celui-ci accepte de se joindre à eux. Ils ne seront pas de trop pour lutter contre les forces hostiles qui les entourent. Car la nuit venue, les « Night Walkers » passent à l’attaque. Il s’agit de nombreux hommes frappés par un virus incurable qui les transforme en vampires assoiffés de sang. Rien ne semble pouvoir arrêter ces monstres qui contaminent les vivants en les mordant…

Walking Mad Dead Max

De manière inattendue, Road Wars mélange ainsi l’imagerie et les motifs narratifs de la saga Mad Max avec les codes du film de zombies. Car la série The Walking Dead cartonne encore sur les petits écrans du monde entier. Malin, Mark Atkins fait donc d’une pierre deux coups. Côté « infectés », nous retrouvons donc les traditionnels morts-vivants qui courent en émettant des gémissements bestiaux, les yeux injectés de sang et la bouche ouverte. Même s’il s’agit officiellement de vampires, rien ne les différencie vraiment des innombrables « zombies coureurs » ayant pullulé sur les écrans depuis 28 jours plus tard. Côté « post-apo », nous avons droit aux méchants affublés de casques à cornes, de masques à tête de mort, de chapeaux de cowboys, de cartouches en bandoulière, d’os dans le nez, leurs voitures étant hérissées de pointes ou recouvertes de barreaux protecteurs. Les codes vestimentaires détournent la mode punk, le monde n’est plus qu’une décharge publique d’objets recyclés, bref Road Wars joue la prudence en se conformant très sagement aux lieux communs des deux genres qu’il imite. Pour autant Atkins soigne son travail, valorise du mieux qu’il peut les extérieurs naturels en les saisissant dans de très photogéniques lumières crépusculaires, dote sa mise en scène de la nervosité adéquate et ménage des moments de suspense efficaces. Bien sûr, l’étroitesse du budget restreint considérablement le nombre de véhicules et interdit des cascades dignes de ce nom. Mais le film se suit sans ennui et donnerait même presque envie d’en découvrir une éventuelle séquelle.

 

© Gilles Penso


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MIRAGES (2010)

Le premier long-métrage de Talal Selhami isole cinq protagonistes dans le désert marocain et éveille leurs démons intérieurs…

MIRAGES

 

2010 – FRANCE / MAROC

 

Réalisé par Talal Selhami

 

Avec Eric Savin, Omra Lotfi, Karim Saidi, Aissam Bouali, Mohamed Choubi, Meryam Raoui, Chaouki El Ofir

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Désireux de révéler les jeunes talents de l’industrie de son cinéma local, le gouvernement marocain lance dans les années 2000 un appel d’offre auprès de plusieurs sociétés de productions, avec comme ambition la distribution de films ambitieux aux budgets modestes sur plusieurs territoires. Ainsi naît Mirages, le premier long-métrage très prometteur de Talal Selhami. « Je suis cinéphile depuis que je suis tout petit », nous confie-t-il. « J’ai découvert très jeune et un peu par hasard les films fantastiques et d’horreur. Mon premier souvenir de cinéma sur un petit écran, c’était Elephant Man de David Lynch » (1). Il y a pire comme initiation, nous en conviendrons ! La première idée du jeune réalisateur est d’envisager un huis-clos, solution pratique, efficace et peu coûteuse pour bâtir une intrigue d’épouvante. Mais un tel parti pris ôterait au film sa couleur locale marocaine. Changeant son fusil d’épaule, Talal Selhami décide finalement de partir tourner dehors et de magnifier le désert, qui va presque devenir le personnage principal de Mirages et influer sur le comportement de ses protagonistes. Au fil du récit, il nous semble percevoir l’influence de La Quatrième dimension.

La moindre originalité du film n’est pas de faire découler le fantastique d’une réalité sociale bien concrète. Cinq personnes aux profils distincts se retrouvent en compétition pour décrocher un emploi dans la multinationale Matsuika qui vient de s’implanter à Casablanca. Pour chacun d’entre eux, l’issue de cet entretien entraînera un changement radical de vie. Or le PDG de la société leur propose de participer à une épreuve qui permettra de les départager. Tous acceptent et se retrouvent embarqués dans un minibus aux fenêtres occultées. A l’issue d’un long trajet, un accident survient et tous les cinq se retrouvent isolés en plein désert. Doivent-ils attendre les secours ou s’agit-il du test lui-même ? Bientôt, les démons intérieurs de chacun d’entre eux émergent sous forme de mirages effrayants…

Sables mortels

Le manque de moyens de Mirages est apparent dès les premières séquences, dont les prises de vues approximatives en HD Cam entravent quelque peu la bonne marche du récit. Mais dès que le désert de Marrakech emplit l’écran, le savoir-faire de Talal Selhami et son sens indéniable de la composition dotent le film d’une cinégénie qui ne le quittera plus. « Tourner dans le désert a quelque chose de jouissif, parce que vous êtes coupés du monde et que vous êtes obligé de rester concentré », raconte l’un des acteurs principaux, Aissam Bouali, que le réalisateur repère pour son rôle dans La Vague blanche. « Bien sûr, les conditions étaient difficiles, à cause de la chaleur le jour et du froid la nuit. Mais sans ces conditions-là, nous n’aurions pas obtenu un tel film » (2). Par l’intermédiaire de Bouali, Selhami rencontre les autres acteurs, notamment Karim Saidi qui était apparu dans Munich de Steven Spielberg. Force est de reconnaître que les cinq comédiens principaux crèvent l’écran avec une justesse et un charisme remarquables. Tourné en 21 jours dans des conditions précaires, Mirages ne manque donc pas d’atouts et mérite largement le détour, ne serait-ce parce qu’il marque les premiers pas d’un cinéaste à suivre de près.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2011

 

© Gilles Penso

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CRUEL JAWS (1995)

Le roi du cinéma bis italien Bruno Mattei réalise une imitation tardive des Dents de la mer qu’il truffe d’extraits de films volés un peu partout…

CRUEL JAWS / FAUCI CRUDELI

 

1995 – USA

 

Réalisé par Bruno Mattei

 

Avec Richard Drew, David Luther, George Barnes Jr., Scott Silveria, Kristen Urso, Sky Palma, Norma J. Nesheim, Gregg Hood, Carter Collins, Natasha Etzer

 

THEMA MONSTRES MARINS

Pour les amateurs de cinéma bis, le nom de Bruno Mattei évoque tout de suite des œuvres improbables généralement guidées par un double code de conduite : le plagiat et le mauvais goût. Amateur de pseudonymes aux tonalités américaines cachant comme ils peuvent sa nationalité italienne, Mattei a signé des films tels que Virus cannibale, Les Rats de Manhattan, Robowar ainsi qu’un nombre incalculable de polissonneries érotiques. Lorsqu’il s’attaque à Cruel Jaws, son palmarès dans le domaine du cinéma nanardesque est donc déjà fort impressionnant. Persuadé que le succès des Dents de la mer fait encore recette vingt ans après sa sortie, notre homme réunit 300 000 dollars et part en Floride pour tourner une imitation du classique de Steven Spielberg avec une toute petite équipe locale. Le problème est que Mattei ne parle pas un mot d’anglais. Peu importe, il saura toujours se faire comprendre par les techniciens. Pour ce qui est des acteurs, ils se débrouilleront avec le script traduit à la va-vite qui leur a été fourni. La plupart d’entre eux ne sont d’ailleurs pas des comédiens professionnels mais des « beaux gosses » recrutés sur les plages.

Le scénario présente la singularité de ne réserver quasiment aucune surprise. Nous sommes dans une petite ville balnéaire américaine qui vit principalement de son activité touristique. Lorsqu’un cadavre à moitié dévoré est découvert sur la plage, le shérif, épaulé par un jeune océanographe, juge bon de fermer les plages et d’alerter les autorités. Mais le maire de la ville et un promoteur véreux lui demandent de ne pas s’emballer. Il ne s’agirait pas non plus de priver le commerce local de son gagne-pain alors que la grosse saison estivale approche. Ça vous dit vaguement quelque chose ? Attendez, ce n’est pas tout ! Bruno Mattei nous offre aussi la scène de baignade nocturne d’une jeune fille qui se fait happer par un requin, la capture d’un squale qui va s’avérer ne pas être le bon et le bateau du pêcheur aguerri qui part à la chasse au monstre en plein océan, accompagné par une musique épique qui ne se prive aucunement pour reprendre des mesures de la bande originale de Star Wars, des Aventuriers de l’arche perdue et de Superman ! Certaines répliques sont directement empruntées au livre « Jaws » de Peter Benchley (« On pourrait les comparer à des locomotives avec des mâchoires pleines de dents acérées »). D’autres sont carrément des recyclages des dialogues du film de Spielberg, notamment l’impayable « Il nous faudrait un plus gros hélicoptère » !

Les Dents de la mer 5

Tout ce que Mattei croit bon ajouter au scénario pour tenter de s’éloigner un peu de celui des Dents de la mer ne présente strictement aucun intérêt : des scènes de drague sur la plage avec des filles en maillot de bain, des garçons en chaleur et des dialogues pleins de poésie (« Une super nana, des nichons comme des melons ! ») ; des mafieux menaçants (un élément présent dans le roman de Benchley que Spielberg avait décidé de supprimer) ; les soucis financiers du patron d’un parc marin local (incarné par un sosie du catcheur Hulk Hogan) ; un peu de gore (la signature Mattei)… Le plus étonnant, dans ce Cruel Jaws, est le fait que tous les plans de requins aient été empruntés sans la moindre autorisation à d’autres films. La plupart des gros plans du squale proviennent de La Mort au large d’Enzo G. Castellari. Mais le connaisseur pourra aussi détecter des images issues de Deep Blood de Joe d’Amato ainsi que des trois premiers films de la saga des Dents de la mer, carrément ! Le générique du film crédite Larry Mannini pour le design original du requin et les effets spéciaux, et un certain Ernest Stark pour les effets mécaniques du requin. Bien sûr, ces personnes n’existent pas. Ce bon vieux Bruno Mattei ne faisant pas les choses à moitié, son film sortit sur certains territoires sous le titre de Jaws 5 ! Quoi d’étonnant, de la part d’un homme dont le film de SF horrifique Shocking Dark fut distribué en 1989 avec le titre Terminator 2 ?! Ah, sacré Bruno… Des cinéastes comme ça, on n’en fait plus.

 

© Gilles Penso

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CHASSEUSE DE GÉANTS (2017)

Pour s’éloigner des vicissitudes de sa morne réalité, une lycéenne s’invente un monde dans lequel elle doit affronter de monstrueux géants…

I KILL GIANTS

 

2017 – USA / GB / BELGIQUE / CHINE

 

Réalisé par Anders Walter

 

Avec Madison Wolfe, Imogen Poots, Sydney Wade, Rory Jackson, Zoe Saldana, Noel Clarke, Jennifer Ehle, Ciara O’Callaghan

 

THEMA CONTES

Édité en 2008 par Image Comics, « I Kill Giants » est un roman graphique multi-récompensé dont l’alchimie est née du mélange des crayonnés élégants de J.M. Ken Niimura et de la plume alerte de Joe Kelly. Cette chronique douce-amère, partagée entre la mélancolie adolescente et le fantastique débridé, connaît un succès international et commence à attirer sérieusement Hollywood. C’est Chris Columbus (scénariste de Gremlins et réalisateur des premiers volets de la saga Harry Potter) qui décide de produire l’adaptation cinématographique de cette BD atypique, dont le script est confié à l’auteur original, Joe Kelly. Pour la mise en scène, le pari est lancé sur Anders Walter, qui n’a encore réalisé aucun long-métrage mais dont le film court Helium a remporté un Oscar en 2014. Reste à trouver la perle rare qui saura incarner la lycéenne vedette. Après un casting organisé auprès de cinq-cents jeunes comédiennes, c’est Madison Wolfe qui est sélectionnée. Les fantasticophiles l’avaient déjà remarquée dans la série Scream et dans Conjuring 2 : le cas Endfield. Coproduction internationale montée financièrement sans l’appui d’un grand studio, Chasseuse de géants est principalement tourné en Belgique et en Irlande.

Une maison surplombe l’océan, quelque part à Long Island. A l’intérieur, Karen Thorson (Imogen Poots), une jeune adulte, cherche à joindre les deux bouts pour assumer des responsabilités de chef de famille qu’elle n’avait visiblement pas prévu d’assurer si tôt. Son frère lycéen Dave (Art Parkinson) s’abrutit de jeux vidéo et leur sœur cadette Barbara (Madison Wolfe) vit réfugiée dans un jardin secret. Elle refuse la réalité, ou du moins s’en invente une autre dans laquelle elle doit sauver le monde des géants et des titans qui le menacent. Elle pose des pièges, suit des rituels étranges et semble au bord de la démence. Une psychologue, Madame Mollé, (Zoe Saldaña, remplaçant Halle Berry un temps envisagée pour le rôle) cherche à aider Barbara et à comprendre d’où vient cette faille dans son esprit. En réalité, la jeune fille, fascinée par les jeux de rôles et par le baseball, a créé de toutes pièces un monde imaginaire pour exorciser les traumatismes de la réalité : les brimades que lui font subir les brutes de l’école et la maladie incurable dont est frappée sa mère…

Les monstres de l’inconscient

Contrairement aux apparences, Chasseuse de géants n’est pas le gentil conte pour enfants qu’on pourrait imaginer, pas plus qu’une version modernisée et féminisée de Jack le tueur de géants. C’est un drame réaliste ponctué de visions purement fantastiques, où de titanesques créatures minérales ou végétales errent dans les bois ou rôdent sous la mer, prêtes à surgir pour menacer notre monde. C’est surtout le récit d’une adolescente qui perd pied et qui s’approche dangereusement du gouffre qui risque de la mener à la folie. L’élégance de la mise en scène d’Anders Walter, la finesse du jeu des comédiens et l’impressionnante qualité des images de synthèse donnant vie aux entités titanesques qu’affronte régulièrement Barbara concourent à faire de Chasseuse de géants un film inclassable, dont la sensibilité à fleur de peau et l’appréhension au premier degré de ses séquences fantasmagoriques restent en mémoire longtemps après son visionnage. Sans doute l’austérité et la neurasthénie qui baignent le premier long-métrage de Walter jouent-elles un peu en sa défaveur. Mais son supplément d’âme reste très appréciable et rend justice au matériau littéraire et graphique dont il s’inspire.

 

© Gilles Penso

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ALMIGHTY THOR (2011)

Pour concurrencer le Thor que prépare le studio Marvel, la mini-compagnie The Asylum propose sa propre version du mythe nordique…

ALMIGHTY THOR

 

2011 – USA

 

Réalisé par Christopher Olen Ray

 

Avec Cody Deal, Richard Grieco, Patricia Velasquez, Kevin Nash, Jess Allen, Chris Ivan Cevic, Rodney Wilson, Kristen Kerr, Charlie Glackin, Nicole Fox, Leslea Fisher

 

THEMA SUPER-HÉROS I HEROIC FANTASY

Christopher Olen Ray est le fils de Fred Olen Ray, grand spécialiste de films de genre racoleurs à tout petit budget (Scalps, Dinosaur Island, Evil Toons, Hollywood Chainsaw Hookers). Le gêne du cinéma bis étant visiblement héréditaire dans la famille Ray, son fils Christopher a fièrement repris le flambeau pour réaliser des œuvres du même acabit aux titres aussi imagés que Reptisaurus, Magaconda ou Mega Shark vs. Crocosaurus. Alors qu’il commence à se spécialiser dans les grosses bébêtes, il se voit confier par la compagnie The Asylum la réalisation d’une relecture des aventures du dieu nordique Thor. L’objectif avoué est de couper l’herbe sous le pied du studio Marvel en prévision de la sortie de son propre Thor. Armé d’un budget riquiqui de 200 000 dollars et d’un scénario minimaliste écrit par le spécialiste des plagiats low-cost Eric Forsberg (Alien Abduction, Snakes on a Train, 30 000 Leagues Under the Sea, Monster, War of the Worlds, Mega Piranha), Olen Ray Jr. tourne pendant douze jours avec sa petite équipe dans les bois et les rues de Los Angeles et fait ce qu’il peut, c’est-dire pas grand-chose.

Ici, contrairement à ce que raconte la mythologie Scandinave et à l’adaptation qu’en ont tirée Stan Lee et Jack Kirby dans les années 1960, Loki n’est pas le frère de Thor mais une entité maléfique indépendante. Incarné par Richard Grieco, ce super-vilain spécialisé dans le mensonge et l’illusion se promène avec deux chiens géants à tête de chacal (en hideuses images de synthèse) et détruit la forteresse du Valhalla pour pouvoir s’emparer du marteau de l’invincibilité. Le dieu Odin (le catcheur Kevin Nash, aperçu dans The Punisher et John Wick) décide de réagir. En compagnie de ses deux fils, l’aîné Baldir (Jess Allen, coutumier des apparitions discrètes dans les séries TV) et le jeune Thor (Cody Deal, désespérément dénué de charisme), il rend visite aux Nornes, des entités mystiques qui tissent les fils du destin (équivalentes scandinaves des Parques de la mythologie grecque). Mais Thor décide de forger son propre destin et décide de prendre les choses en main malgré son manque d’entraînement. Il sera aidé dans sa lutte contre Loki par la valkyrie Jarnsaxa, incarnée par Patricia Velásquez, dont personne n’a oublié la présence exotique dans La Momie et Le Retour de la momie

Marvel comique

Le grand affrontement qu’on nous promet se résume à une série de combats apathiques au ralenti filmés dans une forêt californienne sans charme que le réalisateur tente d’égayer avec des fumigènes. Conformément au comics et au film Marvel, notre héros se retrouve bientôt transporté en pleine cité moderne. A partir de là, les trois personnages principaux n’en finissent plus de se promener dans les trois mêmes rues. Quand Thor, dissimulant sa cuirasse viking sous un grand manteau, sort son épée pour se battre au ralenti contre un Loki tout de noir vêtu dans une ruelle enfumée, le film semble vouloir retrouver l’esthétique d’Highlander. Puis c’est reparti pour d’interminables déambulations dans les quartiers les plus laids et les plus mornes de Los Angeles, au milieu des palissades rouillées, des sacs en plastique et des bennes à ordure. Pour varier un peu les plaisir, Loki invoque d’autres monstres, sortes de reptiles géants à tête triangle tout aussi ratés que les chiens-chacals. Olen Ray insère aussi dans son film des stock-shots d’avion de chasse dans l’espoir un peu vain de le dynamiser. Et puis il y a cette poignée de moments surréalistes faisant basculer salutairement Almighty Thor dans la parodie involontaire : Thor qui court vers Loki en déchargeant sur lui un pistolet mitrailleur, le héros et la Vakyrie collés contre le mur d’un bâtiment comme des mouches sur une toile d’araignée, ou encore notre valeureux viking qui se fabrique un nouveau marteau en jouant avec de la lave en image de synthèse comme si c’était de la pâte à modeler. Malgré le désastre généralisé de cet Almighty Thor, The Asylum en produira une suite en 2022, sous le titre Almighty Thor : God of Thunder.

 

© Gilles Penso


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CONTACT (1997)

Que se passerait-il si les auteurs d’un message venu de l’autre bout de la galaxie nous invitaient à construire une machine pour les rejoindre ?

CONTACT

 

1997 – USA

 

Réalisé par Robert Zemeckis

 

Avec Jodie Foster, Matthew McConaughey, David Morse, James Woods, John Hurt, Tom Skerritt, William Fichtner, Angela Bassett, Jake Busey, Rob Lowe, Geoffrey Blake

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

En 1979, le scientifique et astronome Carl Sagan imagine avec son épouse Ann Druyan le concept d’un film de science-fiction qui ne parviendra pas à trouver de finances, malgré l’intérêt du studio Warner. Sagan transforme alors le récit en roman qu’il publie en 1985 sous le titre « Contact ». L’idée d’en tirer un long-métrage réapparaît à la fin des années 1980. Le premier réalisateur envisagé est Roland Joffé (La Déchirure, Mission) qui tire finalement sa révérence en 1993. Le suivant sur la liste est George Miller. Le père de Mad Max choisit Jodie Foster dans le rôle principal et se lance dans un gros travail de réécriture du scénario avec Michael Goldenberg. « Pour conserver à l’écran toute la richesse du livre de Carl Sagan, il aurait fallu en faire une série télévisée de trente épisodes », nous avouait Ann Druyan. « Nous devions pourtant trouver un moyen de l’adapter sous forme de long-métrage. C’est ce que le réalisateur George Miller a entrepris de faire lorsqu’il a commencé à travailler sur le projet » (1). Warner programme la sortie du film pour noël 96, mais la pré-production n’en finit plus de s’éterniser et les délais deviennent impossibles à respecter. Le studio finit par se séparer de Miller et embauche pour le remplacer Robert Zemeckis, encore frais émoulu du succès planétaire de Forrest Gump.

Dès l’entame de Contact, Zemeckis saisit l’immensité vertigineuse de l’univers en laissant sa caméra errer pendant de longues minutes dans l’espace en continuité depuis la Terre jusqu’aux confins de notre galaxie et au-delà. Plusieurs plans-séquence de ce type ponctueront régulièrement le métrage, liant l’infiniment grand et l’infiniment petit, les mondes extérieurs et intérieurs. Le point culminant de ces exercices virtuoses est un inoubliable flash-back dans lequel l’héroïne encore enfant court au ralenti jusqu’à se transformer en reflet dans le miroir d’une armoire à pharmacie. Cette héroïne, c’est Ellie, passionnée par le ciel et l’espace depuis toujours. Devenue astronome, elle capte un jour un signal qui semble provenir de Véga. En décodant ce message, tout porte à croire qu’il s’agit d’un mode d’emploi pour la construction d’une machine… Si le film est centré sur Ellie, que campe Jodie Foster avec une conviction étonnante, partagée entre la rigueur scientifique et la sensibilité à fleur de peau, un casting de premier ordre lui donne la réplique : Matthew McConaughey en homme d’église moderne, Tom Skerritt en directeur de recherches opportuniste, James Wood en conseiller à la sécurité toujours sur la défensive, William Fichtner en astrophysicien aveugle, Angela Basset en employée de la Maison Blanche, Rob Lowe en politicien conservateur, Jake Busey en gourou religieux mystique ou encore John Hurt en millionnaire passionné. Tous incarnent à leur manière une facette différente et complémentaire de l’humanité face à ce message d’outre-espace. Ironiquement, le personnage incarné par McConaughey avance plusieurs théories de la relativité que nous verrons mises en application dans Interstellar.

Sommes-nous seuls dans l’univers ?

Lorsqu’il s’agit de montrer les répercussions de la découverte d’Ellie aux yeux du monde, le champ s’élargit. Autour des antennes du Nouveau Mexique, une sorte de nouveau Woodstock s’installe. Sauf qu’au lieu des hippies, ce sont des passionnés d’OVNI, des mystiques religieux, des tribus indiennes, des néo-nazis, des forains et des commerçants appâtés par le gain qui se bousculent. L’intégration habile du président Bill Clinton dans l’intrigue rappelle les facéties historiques auxquelles s’adonnait déjà Zemeckis dans Forrest Gump. La force du scénario de Contact réside dans son approche réaliste, crédible et tangible. Cette science-fiction qui n’y ressemble pas n’en est que plus fascinante. « Carl Sagan avait été consultant sur 2001 l’odyssée de l’espace », nous explique Ann Druyan. « C’est lui qui avait fortement conseillé à Stanley Kubrick de ne pas montrer les extra-terrestres à la fin. Chaque fois qu’un film cède à cette tentation, il devient un jour ou l’autre démodé, car les techniques d’effets spéciaux sont en perpétuelle évolution. Lorsqu’on veut décrire un extra-terrestre, on est obligé de faire appel à ses propres perceptions et à ce que l’on connaît déjà. Or, au regard de l’immensité de l’univers, nos perceptions sont très limitées » (2). Contact évite non seulement cet écueil mais en outre nous interroge sur nos propres croyances. En filigrane se dessine l’éternelle opposition entre la foi religieuse et l’esprit scientifique, tandis qu’une phrase célèbre de Sagan – décédé pendant la production du film – est répétée par plusieurs des protagonistes : « Si les humains étaient la seule forme de vie dans l’univers, ça ferait beaucoup d’espace gaspillé. »

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 1997

 

© Gilles Penso


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ROBO VAMPIRE (1988)

À Hong-Kong, un policier cyborg affronte des trafiquants de drogue, une armée de vampires et une femme-fantôme…

ROBO VAMPIRE

 

1988 – HONG-KONG / USA

 

Réalisé par Godfrey Ho

 

Avec Robin Mackay, Nian Watts, Harry Myles, Joe Browne, Nick Norman, George Tripos, David Borg, Diana Byrne, Alan Drury, Tao Chiang, Arthur Garrett

 

THEMA VAMPIRES I ROBOTS I FANTÔMES

Le nom de la société de production hongkongaise Filmark est synonyme de petits films fauchés improbables faits de bric et de broc et recyclant souvent des images empruntées un peu partout. Face au succès international de Robocop, le producteur Tomas Tang (un pseudonyme qu’empruntent plusieurs membres de Filmark) se dit qu’il y a sans doute de l’argent à se faire avec l’histoire d’un policier robot. Par ailleurs, l’accueil très chaleureux réservé à Histoires de fantômes chinois par le grand public est une aubaine. Pourquoi ne pas ajouter dans cette histoire des éléments surnaturels ? Voilà comment naît cet objet filmique totalement inclassable dont le titre Robo Vampire et le poster détournant effrontément le visuel du classique de Paul Verhoeven laissent déjà rêveur. Le concept du film est le suivant : un patron de la pègre établi à Hong-Kong engage un moine taoïste afin de créer une armée de vampires et ainsi sécuriser son trafic de drogue. Prometteur n’est-ce pas ? Les vampires en question ont le visage peinturluré à la va vite et des mains en latex avec des ongles crochus. Les bras tendus comme le monstre de Frankenstein, ils adoptent un mode de déplacement incroyablement risible (de manière involontaire bien sûr) qui consiste à effectuer des petits bonds à pieds joints. Avides de chair humaine, ils crachent de la fumée et projettent des étincelles. Voilà donc de redoutables adversaires !

Et le policier robot dans tout ça ? Patience, il arrive. Pendant une descente contre les trafiquants de drogue, Tom Wilde, l’un des agents de la brigade des stups, est assailli par des feux d’artifices surnaturels projetés par l’un des vampires. Les médecins ont beau s’acharner sur lui avec leur joli transistor qui fait bip-bip, rien n’y fait, il est déclaré mort. Le docteur consciencieux et son infirmière se regardent gravement en secouant la tête pour bien nous faire comprendre qu’il n’y a aucun espoir. En apprenant la terrible nouvelle, un ingénieur militaire exalté annonce alors à son supérieur : « Puisque Tom est mort, j’aimerais utiliser son corps pour créer un robot de type androïde. » Au lieu de finir dans une cellule capitonnée avec une camisole de force, il voit sa requête approuvée officiellement. Notre savant bricoleur s’active donc avec des morceaux de métal, un fer à souder, un appareil électronique qui clignote et une perceuse, et voilà : le Robo Warrior est né. Dans son costume en aluminium avec un saladier argenté sur la tête, des lunettes de ski et des jambières de joueur de hockey sur glace, il est de toute beauté. Les méchants n’ont qu’à bien se tenir désormais !

Robo Toc

À partir de là, tous les délires sont permis. On apprécie notamment le « uber-vampire » que fabrique le moine taoïste en agitant ses bras dans tous les sens et en prononçant des formules magiques. Le résultat est une sorte de mort-vivant dont la tête est un masque de gorille et dont la longue chevelure brune s’agite au vent ! Ce sera lui, le plus dangereux des ennemis du Robo Warrior. La meilleure scène le concernant est cependant celle où il soupire tandis que sa bien-aimée (une femme-fantôme) l’aguiche en masquant à peine sa nudité sous un voile transparent. Constatant qu’il n’a pas assez de métrage pour tenir sur un film entier, le réalisateur Godfrey Ho récupère des séquences entières d’un film policier thaïlandais, Paa Lohgan, réalisé en 1984, et tente de les raccorder avec son histoire d’androïde et de monstres blafards. Une bonne moitié de Robo Vampire est donc constituée de scènes de fusillades, de combats au couteau, d’attaques de commando dans la jungle, de kidnapping d’agents et d’explosions diverses qui n’ont strictement rien à voir avec le reste du film mais que le montage et la post-synchronisation harmonisent du mieux qu’ils peuvent. Le résultat est bien sûr parfaitement invraisemblable et ne laissera aucun spectateur indemne. Se confronter à Robo Vampire est une expérience dangereuse pour le cerveau humain, vous êtes prévenus !

 

© Gilles Penso

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THE BABYSITTER: KILLER QUEEN (2020)

McG donne une suite au slasher parodique qu’il avait conçu pour Netflix en basculant cette fois-ci dans le surnaturel…

THE BABYSITTER: KILLER QUEEN

 

2020 – USA

 

Réalisé par McG

 

Avec Judah Lewis, Emily Alyn Lind, Jenna Ortega, Robbie Amell, Andrew Bachelor, Hana Mae Lee, Bella Thorne, Samara Weaving, Ken Marino

 

THEMA TUEURS I DIABLE ET DÉMONS

Face à la vacuité un tantinet suffisante de The Babysitter, que McG avait écrit et réalisé pour Netflix, personne ne s’attendait à un chef d’œuvre en apprenant la mise en chantier d’une suite. Et effectivement, de ce point de vue, le réalisateur de Charlie et ses drôles de dames et Terminator Renaissance ne nous trompe pas sur la marchandise. Les ingrédients sont les mêmes. La finesse, l’intelligence et la rigueur ne sont donc pas au rendez-vous, loin s’en faut. L’intrigue se situe deux ans après les événements décrits dans le premier Babysitter. Judah Lewis reprend le rôle du jeune Cole et nous semble beaucoup plus âgé que ce que le scénario veut nous faire croire (car en réalité cinq ans séparent les tournages des deux films). En première année de lycée, il passe pour un adolescent sérieusement perturbé ayant inventé de toutes pièces cette histoire de secte satanique dirigée par son ancienne baby-sitter. Personne ne croit à son témoignage, à l’exception de sa meilleure amie Melanie (Emily Alyn Lind), une blonde pétillante avec laquelle il aimerait bien approfondir sa relation au-delà de la simple amitié. Le reste du monde, y compris ses parents, est persuadé qu’il a été victime d’une crise psychotique. Lorsque Cole accepte de fuguer avec Melanie pour festoyer au bord d’un grand lac en compagnie d’un petit groupe d’amis, la situation ne tarde pas à dégénérer. Les vieux démons sont en effet de retour…

Refusant toute nuance, McG force sans cesse le trait. Cole est donc devenu l’archétype du lycéen coincé, avec ses cheveux bien peignés, son costume en velours côtelé, sa timidité maladive et sa maladresse digne d’un Pierre Richard. Nouvelle venue dans l’aventure, la lycéenne ténébreuse Phoebe est incarnée par Jenna Ortega, future chouchou des ados gothiques (Scream 2022, X, la série Mercredi). Ici aussi, pas de demi-mesure : la jeune fille est rebelle, boudeuse, injurieuse, marginale… et tout de noir vêtue bien sûr. Quelques idées de mise en scène intéressantes surnagent, notamment les séquences de discussions entre Judah et Melanie devant l’école où tout le monde – à part eux deux – bouge au ralenti, comme si le temps se figeait. Mais l’humour de The Babysitter Killer Queen, moteur principal du film, est la plupart du temps pesant, graveleux, pour ne pas dire embarrassant. Les rebondissements eux-mêmes sont parfaitement improbables, le traitement systématique de toute l’intrigue au second degré semblant servir d’excuse à McG pour aborder son scénario et ses personnages par-dessus la jambe.

Low Faust

Comme s’ils se croyaient dans un énième Scream, le réalisateur et ses co-scénaristes (Dan Lagana, Brad Morris et Jimmy Warden) jugent bon de gorger les dialogues de clins d’œil cinématographiques, de Terminator 2 à Délivrance en passant par Star Trek, Alien, Matrix, Thelma & Louise, Pee Wee’s Big Adventure, Le Silence des agneaux, Indiana Jones, Black Panther ou Will Hunting. C’est bien sympathique mais sans grand intérêt. L’intrigue globale s’inspirant vaguement du mythe de Faust, le script n’en finit plus d’insister et d’expliquer la référence, comme si le public était trop stupide pour comprendre du premier coup. Il y a bien ça et là quelques débordements gore cartoonesques amusants, mais leur traitement majoritairement digital les prive de tout charme « à l’ancienne », loin des délires sanguinolents d’un Braindead. Les effets numériques sont d’ailleurs globalement ratés, pas beaucoup plus élaborés que ceux d’un mockbuster de The Asylum. Voilà pour le bilan, globalement peu enthousiasmant. Si l’on accepte de jouer le jeu de la simili-parodie sans queue ni tête, on peut certes passer un bon moment, mais à condition de revoir considérablement à la baisse ses exigences en termes d’horreur et de comédie.

 

© Gilles Penso

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TOMB INVADER (2018)

Vous vouliez Angelina Jolie ou Alicia Vikander ? désolé, nous n’avons que la version low cost…

TOMB INVADER

 

2018 – USA

 

Réalisé par James Thomas

 

Avec Gina Victori, Andrew Katers, Samantha Bowling, Evan Weinstein, Shawn McConnell, Lindsay Sawyer, Val Victa, Jordan Williams, Kate Watson

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Bien sûr, Tomb Raider est la source d’inspiration principale de cette production The Asylum qui ne cherche jamais à s’en cacher, bien au contraire. Il suffit de regarder son poster ! Mais l’influence d’Indiana Jones, et tout particulièrement des Aventuriers de l’arche perdue, est tout aussi importante, ce qui n’est pas dépourvu de sens dans la mesure où Lara Croft elle-même doit beaucoup au docteur Jones. Dès l’entame, on nous rejoue presque le prologue du classique de Spielberg au féminin (le temple truffé de pièges, la récupération in-extremis d’un artefact ancien, le protagoniste intercepté à la sortie par des sbires agressifs, son retour à la civilisation en tant que professeur d’archéologie). Le nom de l’héroïne lui-même, Alabama Channing (« Ally » pour les intimes), ressemble à une variante féminine d’Indiana Jones (dont le petit nom est « Indy » comme chacun sait). Mais comparer Tomb Invader aux Aventuriers de l’arche perdue reviendrait à mettre sur le même pied d’égalité une chanson de Jul et une symphonie de Beethoven. Il est donc prudent de ramener les choses à leurs justes proportions.

Ally Channing (Gina Victori) est donc une intrépide archéologue qui, entre deux leçons prodiguées à dix figurants jouant distraitement des étudiants, court les trésors perdus dans des jungles inhospitalières. À la sortie d’un de ses cours, la mystérieuse Isabelle Villeneuve (Lindsay Sawyer) l’intercepte et lui donne une boîte contenant le journal de bord de sa mère (morte pendant des fouilles archéologiques vingt ans plus tôt) et un téléphone portable. À l’autre bout du fil se trouve le milliardaire Tim Parker (Evan Weinstein) qui l’invite à le rejoindre en Chine pour traquer un trésor légendaire. Ally accepte à condition d’être accompagnée par deux amis : l’archéologue Helena (Samantha Bowling) et le géologue Bennie (Shawn McConnell). Le joyeux trio atterrit dans une forêt chinoise filmée en réalité dans le Griffith Park de Los Angeles et se retrouve nez à nez avec le trafiquant d’antiquités Nathan Carter (Andrew Katers). La folle aventure peut commencer. Du moins, c’est ce que le spectateur espère…

Lara Soft

Malgré quelques jolis panoramas chinois empruntés à des images de stock (notamment la fameuse armée en terre cuite de Xi’an), la « jungle » très californienne dans laquelle se déroule l’action manque singulièrement d’exotisme. Certes, la mise en forme est un peu plus soignée que la moyenne des films estampillés The Asylum et Gina Victori donne de sa personne dans le rôle principal. Mais le scénario est terriblement simpliste et absolument pas passionnant. Les dialogues sont banals, pour ne pas dire idiots, et les personnages n’ont pas une once de crédibilité (le faire-valoir comique bavard, les villageois chinois caricaturaux, le beau gosse insouciant chasseur de trésors). Les péripéties se résument bien vite à un jeu de cache-cache ennuyeux dans la forêt, ponctué de quelques bagarres de cour de récréation. Au bout d’une heure ayant largement éprouvé la patience des spectateurs, les protagonistes tournent en rond dans un décor unique de temple antique en carton-pâte et achèvent les plus patients d’entre nous. Le basculement dans le fantastique pur n’intervient que tardivement, à travers l’intervention en fin de métrage d’un guerrier en terre qui prend soudain vie et se bat contre Lara – pardon Ally – pour l’empêcher de mettre la main sur le précieux « cœur du dragon ». Dommage que cette fantasmagorie soit si furtive. Plus d’écarts de ce genre auraient sans doute amélioré cette aventure insipide et fastidieuse.

 

© Gilles Penso


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