PREHYSTERIA 2 : LE RETOUR DES DINOSAURES ENCHANTÉS (1994)

Les sympathiques dinosaures miniatures sont de retour pour une nouvelle aventure gentillette à défaut d’être palpitante…

PREHYSTERIA 2

 

1994 – USA

 

Réalisé par Albert Band

 

Avec Kevin Connors, Jennifer Harte, Dean Scofield, Bettye Ackerman, Owen Bush, Greg Lewis, Michael Hagiwara, Larry Hankin, Alan Palo

 

THEMA DINOSAURES I SAGA CHARLES BAND I PREHYSTERIA

Le producteur Charles Band avait su habilement surfer sur la vague Jurassic Park en inaugurant son label Moobeam (consacré aux films familiaux distribués directement en cassette vidéo) avec le sympathique Prehysteria (distribué en vidéo en France sous le titre Dinosaures Story). Le film ayant connu un très honorable succès en vidéoclub, une suite s’imposait. Écrit par Brent Friedman (Ticks, Necronomicon), le scénario de Prehysteria 2 est revu et corrigé par Michael Davis (auteur du film initial) afin que le budget reste raisonnable. Il ne s’agirait pas non plus de faire des folies ! Albert et Charles Band ayant co-réalisé le premier Prehysteria, le duo père/fils devait initialement se reformer pour cette suite. Mais le producteur ne sait où donner de la tête (une quinzaine de films de chez Full Moon ou Moonbeam sont prévus pour 1994) et laisse donc les rênes à son paternel seul. Si aucun des acteurs humains originaux n’est sollicité par Prehysteria 2, les cinq petits dinosaures conçus par David Allen et Mark Rappaport sont toujours là, même si leurs actions s’avèrent extrêmement limitées. Le stégosaure Jagger ne fait plus que de la figuration et le ptéranodon Madonna se brise très tôt une aile dans le scénario, ce qui permet de réduire au maximum les plans en stop-motion trop longs à réaliser – et donc trop coûteux. On le voit, Band tient fermement serrés les cordons de la bourse.

Pour assurer un lien scénaristique – si ténu soit-il – avec le film précédent, nous apprenons que la famille Taylor (héros du premier Prehysteria) est partie en vacances. C’est donc le vénérable monsieur Cranston (Owen Bush) qui est chargé de veiller sur les mini-dinosaures en leur absence. Mais les facétieux sauriens s’échappent de la ferme des Taylor et sont accidentellement expédiés dans une caisse de raisins secs. Deux enfants les découvrent avec stupeur : Brendan Wellington (Kevin Connors), un « gosse de riche » qui se cache dans un wagon pour échapper à une bande de brutes qui lui cherchent des noises, et Naomi (Jennifer Harte), une gamine dont le père travaille à la gare. Brendan décide de ramener les bêtes lilliputiennes chez lui. Mais la présence des petites créatures antédiluviennes dans la grande maison provoque un enchaînement de catastrophes difficiles à maîtriser…

Dinos lourdauds

Le problème majeur du scénario de Prehysteria 2 est sa tentative un peu vaine d’intéresser ses spectateurs à un enfant gâté insupportable qui s’habille comme Terminator, martyrise ses domestiques caricaturaux (un cuisinier asiatique amateur de chansons pop, un jardinier russe naïf), agace sa gouvernante acariâtre et règle ses problèmes en lâchant négligemment des billets de banque. Autant dire que l’empathie ne fonctionne pas à plein régime ! Le film souffre par ailleurs d’une sorte de balourdise généralisée : tous les acteurs surjouent avec excès, la mise en scène de Band père est pataude, la musique de Michael Wetherwax (qui reprend les thèmes écrits par Richard Band) est éléphantesque, la photographie sans nuance, les péripéties sans saveurs, les gags embarrassants. L’absence de finesse avance encore d’un cran avec Ketchum (Larry Hankin) et Killam (Alan Palo), des exterminateurs de nuisibles qui interviennent dans une sorte de remake mal-fichu de Maman j’ai raté l’avion (les deux gamins et les mini-dinos se substituant à Makaulay Culkin). Il y a pourtant une idée intéressante dans Prehysteria 2, qui semble directement héritée de E.T. : même face à l’évidence d’un phénomène fantastique – son fils lui montre un brachiosaure miniature en chair et en os qui s’agite – l’adulte sérieux engoncé dans des problèmes triviaux reste aveugle à tout ce qui sort de son cadre banal. Les petits dinosaures restent l’attraction majeure du film, même s’ils ne font pas grand-chose de palpitant faute d’un budget digne de ce nom. Sorti en vidéo en France sous le titre Le Retour des dinosaures enchantés, ce second opus sera suivi d’un troisième et ultime épisode : Les Dinosaures enchantés au golf.

 

© Gilles Penso

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LA MAISON ENSORCELÉE (1968)

Dans cette adaptation psychédélique d’une nouvelle de Lovecraft, Barbara Steele partage l’affiche avec Christopher Lee et Boris Karloff…

CURSE OF THE CRIMSON ALTAR

 

1968 – GB

 

Réalisé par Vernon Sewell

 

Avec Chistopher Lee, Barbara Steele, Boris Karloff, Mark Eden, Virginia Wetherell, Michael Gough

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I LOVECRAFT

Comme le firent jadis maints films fantastico-gothiques principalement italiens depuis le tout début des années 60, La Maison ensorcelée profite de la beauté altière de la comédienne britannique Barbara Steele, mais de manière beaucoup plus furtive que les œuvres précédentes. Car si le personnage qu’elle incarne hante la totalité du métrage de sa troublante présence, son temps effectif à l’écran demeure très limité. Officiellement adapté de la nouvelle « La Maison de la sorcière » de H.P. Lovecraft, le film démarre par une cérémonie sataniste qui ne recule devant aucun excès, témoignage d’une libération soudaine des mœurs en ces années soixante déclinantes. Un bourreau en tenue fétichiste (nu avec un cache-sexe en cuir, des chaînes sur le corps et des cornes de cerf en guise de couvre-chef) fouette une jeune femme dénudée devant des maîtres de cérémonie encapuchonnés aux côtés d’une chèvre, d’un juge et d’une maîtresse sadomasochiste armée d’un martinet en cuir.

Grande prêtresse des lieux, Barbara Steele arbore la tenue la plus extravagante de sa carrière, conçue par le chef costumier Michael Southgate : une coiffe faite de cornes de bélier hérissées de longues plumes de paon, une robe multicolore garnie de bijoux fantaisie, un maquillage excessif et un grand rubis sur le front. « Je suis Lavigna, mère de tous les mystères, gardienne de la malédiction sacrée » déclame-t-elle solennellement. Cette cérémonie s’achève par l’intervention de Peter Manning (Denys Peek) qui signe un contrat puis tue la jeune femme avec un couteau, avant que Lavigna ne conclue : « le pacte est scellé. » L’intrigue s’intéresse alors à Robert Manning (Mark Eden), frère de Peter, qui enquête sur la disparition de ce dernier et se retrouve dans le village de Greymarshe, où l’on chassait jadis les sorcières. Là, dans la grande maison de Craxted Lodge, une fête où règnent l’alcool, la drogue et le sexe est organisée par la belle Eve (Virginia Wetherell), sous l’œil bienveillant de son oncle, campé par un Christopher Lee dont le caractère strict contraste avec cette folie ambiante.

« La mère de tous les mystères »

Un vieux professeur bourru expert en sciences occultes, incarné par Boris Karloff, intervient bientôt pour affirmer : « l’influence de Lavigna ne cesse de s’accroître à travers les siècles ». Barbara Steele réapparaît ainsi régulièrement – mais brièvement – au sein d’images oniriques et psychédéliques récurrentes où l’on égorge des poules, où un juge préside un étrange procès et où les jurés portent des masques d’animaux. L’intrigue nous apprend que Lavigna a bel et bien existé, qu’elle est l’ancêtre des habitants de Craxted Lodge et qu’elle fut condamnée en 1654 par un juge dont descendent les frères Manning. Une lutte ancestrale s’apprête donc à se rejouer trois siècles plus tard, au sein de ce film d’horreur confus mais très récréatif. On note un morceau de dialogue échangé par le couple de héros. « On se croirait dans un film d’épouvante », dit l’un. « Il ne manquerait plus qu’apparaisse Boris Karloff » répond l’autre. Cette belle démonstration de second degré demeure hélas isolée dans ce film finalement très anecdotique.

 

© Gilles Penso


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GAMERA, LA REVANCHE D’IRIS (1999)

La trilogie des années 90 consacrée à la tortue géante s’achève sur un épisode flamboyant et apocalyptique…

GAMERA 3 : IRIS KAKUSEI

 

1999 – JAPON

 

Réalisé par Shunsuke Kaneko

 

Avec Shinobu Nakayama, Ai Maeda, Ayako Fujitsani, Senri Yamasaki, Yukijiro Hotaru, Toru Tezuka, Yuu Koyama, Nozomi Ando, Kei Horie, Norito Yashima

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I SAGA GAMERA

Gamera, la revanche d’Iris, troisième épisode marquant la résurrection de la tortue géante du studio Daei, sort sur les écrans trois ans après Gamera, l’attaque de Légion, et son intrigue suit de très près les deux films précédents, s’y référant régulièrement, tout en abordant un sujet tout à fait inhabituel : les dommages collatéraux provoqués par l’intervention des grands monstres au cours de leurs combats. Car pendant son affrontement avec Gyaos dans le premier film, Gamera a détruit un immeuble et tué accidentellement les parents d’une écolière. Dès lors, peut-elle décemment considérer la titanesque tortue comme un héros ? En découvrant un œuf duquel émerge une créature étrange, croisement improbable entre un plésiosaure et un calamar, la jeune fille décide de l’élever pour qu’elle la venge de Gamera, et la nomme Iris, en souvenir de son défunt chat. Mais en grandissant, la bête révèle des pouvoirs de destruction fort peu rassurants et cherche désormais à fusionner avec l’écolière pour atteindre un nouveau stade de mutation.

Une fois de plus, c’est le public adolescent et adulte qui semble visé. Finis les enfantillages, place aux morts violentes et aux cadavres exsangues en gros plan. Les monstres n’y vont pas d’ailleurs avec le dos de la cuiller, s’étripant littéralement et s’amputant avec furie. Nous sommes bien loin des aimables prises de catch de King Kong contre Godzilla ! Ici, Gamera est plus féroce et enragé que jamais. C’est désormais une bête sauvage et destructrice qui élimine ses ennemis sans se soucier des pertes humaines qu’elle cause. Quant aux Gyaos, ils n’ont plus rien à voir avec les marionnettes et les costumes un peu flasques du premier film. Cette fois-ci, ce sont des créatures nerveuses et dynamiques, proches des dragons du Règne du feu, qui fendent les airs avec vélocité et détruisent tout ce qu’elles approchent grâce à leurs rayons incandescents. D’où une séquence renversante où des centaines de piétons sont soufflés par une gigantesque explosion et s’envolent comme des fétus de paille.

L’inspiration de Cloverfield ?

Il faut dire que les scènes de destructions jalonnant le métrage n’ont honnêtement rien à envier à un Armageddon ou un Independence Day, sortis en salle quelques années plus tôt. Cette fois-ci, l’image de synthèse s’installe définitivement dans chaque scène d’action, se substituant aux monstres lorsqu’il s’agit de montrer la tentaculaire Iris se déployer à travers une vaste étendue nuageuse au clair de lune, ou encore des armadas de Gyaos fendant les airs pour attaquer la population. L’utilisation de la « shaky cam » (les secousses de caméra reconstituées en post-production) dote d’ailleurs chaque intervention des monstres d’un dynamisme et d’une efficacité grandement accrus. Il n’est pas impossible que Matt Reeves et J.J. Abrams y aient puisé plusieurs idées visuelles pour leur référentiel Cloverfield. S’achevant sur l’image marquante d’un Gamera amputé errant au milieu des flammes d’une ville muée en immense brasier, Gamera, la revanche d’iris est sans aucun doute le meilleur épisode de cette réjouissante trilogie, laissant une porte grande ouverte sur une éventuelle nouvelle aventure.

 

© Gilles Penso


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ULYSSE (1954)

Kirk Douglas incarne le célèbre héros mythologique dans cette épopée fantastico-antique produite par Dino de Laurentiis…

ULISSE / ULYSSES

 

1954 – ITALIE / USA

 

Réalisé par Mario Camerini

 

Avec Kirk Douglas, Silvana Mangano, Anthony Quinn, Rossana Podesta, Daniel Ivernel, Jacques Dumesnil

 

THEMA MYTHOLOGIE

Coproduction entre l’Italie, la France et les États-Unis, Ulysse est l’un de ces projets pharaoniques dont le producteur Dino de Laurentiis avait le secret. Après le désistement à la dernière minute du réalisateur George Wilhelm Pabst, c’est Mario Camerini qui reprend les commandes du film, épaulé de près par le cameraman Mario Bava qui, comme il le fit souvent avant de signer son premier long-métrage Le Masque du démon, assure une coréalisation officieuse. L’histoire commence par les tourments de Pénélope, incarnée par Silvana Mangano, la propre femme de Dino de Laurentiis. Alors que la fidèle épouse d’Ulysse résiste aux assauts d’une meute de prétendants s’abandonnant à la boisson faute de pouvoir la conquérir, un flash-back grandiose nous conte en quelques brèves minutes l’épisode du Cheval de Troie. Puis Ulysse nous apparaît sous les traits défaits et barbus d’un Kirk Douglas naufragé et amnésique. Accueilli à la cour du roi Alicinous (Jacques Dumesnil), tapant dans l’œil de l’ingénue princesse Nausicaa (Rossana Podesta), il montre sa maîtrise de la lutte en affrontant une montagne de muscles face à une foule en liesse. C’est en contemplant la mer que notre héros finit par se souvenir de qui il est et des aventures qui ont précédé son naufrage.

Les épisodes principaux de « L’Odyssée » s’égrènent alors, réinventés à la sauce Cinecitta pour le plus grand plaisir d’un public avide de grands spectacles. Le traitement du drame se révèle très théâtral, avec des révélations aux lourdes conséquences, des confrontations verbales et des répliques souvent gorgées de poésie. La mise en scène élégante de Camerini joue souvent sur les zones d’ombre et de lumière, par la grâce d’une photographie signée par le vétéran Harold Rosson (Le Magicien d’Oz, Quand la ville dort, Chantons sous la pluie). Dès que l’action prend le pas, la théâtralité des dialogues cède alors le pas au dynamisme et à la nervosité. C’est notamment le cas au cours du morceau d’anthologie du film, qui est la rencontre d’Ulysse et de ses hommes avec le gigantesque cyclope Polyphème. La patte de Mario Bava est clairement perceptible dans cette séquence aux effets spéciaux sobres mais efficaces (conçus par Eugène Schuftan). Trucages optiques habiles, perspectives forcées, mains et jambes surdimensionnées, poupées remplaçant les captifs sont autant d’astuces déployées pour mêler les humains et le géant, lequel est incarné avec panache par Umberto Silvestri.

Le cyclope géant et les sirènes invisibles

Si l’épisode des sirènes se montre frustrant (nous nous contentons d’entendre le chant enjôleur des créatures marines sans même avoir la possibilité de les entrapercevoir), le passage situé chez Circé ne manque pas de sel. Le film a en effet la bonne idée de prêter à la redoutable magicienne, muant les hommes en cochons, les mêmes traits que ceux de Penelope, Mangano incarnant à la fois l’épouse modèle et la vile tentatrice. Ce jeu de dédoublement semble vouloir suggérer qu’Ulysse, après tant d’années d’absence, finit par transférer le visage de sa bien-aimée sur celui de ses rencontres féminines. Après maintes péripéties, le retour à Ithaque n’est pas de tout repose. Car pendant que l’intrépide marin grec lutte contre les monstres et les merveilles, l’étau ne cesse de se resserrer autour de Pénélope, dont la horde de prétendants, gorgée de testostérone, piaffe d’impatience en abusant de son hospitalité et commence à montrer des signes d’hostilité. Parmi ces derniers, l’un se détache du lot par son audace, son arrogance et son culot : il s’agit d’Antinoos, incarné à merveille par Anthony Quinn. Ce qui nous donne droit à un affrontement final mouvementé, cerise sur le gâteau d’un spectacle de très haute tenue, l’une des plus belles incarnations à l’écran des récits de la mythologie grecque… du moins jusqu’à ce que Don Chaffey et Ray Harryhausen ne s’en emparent à leur tour avec Jason et les Argonautes.

 

© Gilles Penso

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LE MESSAGER DU DIABLE (1965)

Boris Karloff incarne un patriarche en pleine mutation dans cette adaptation de la nouvelle de H.P. Lovecraft « La Couleur tombée du ciel »…

DIE, MONSTER, DIE !

 

1965 – GB / USA

 

Réalisé par Daniel Haller

 

Avec Boris Karloff, Nick Adams, Suzan Farmer, Freda Jackson, Patrick Magee, Paul Farrell, Terrence de Marney

 

THEMA MUTATIONS I LOVECRAFT

Publiée en 1927, « La Couleur tombée du ciel » est probablement l’une des nouvelles les plus terrifiantes d’H.P. Lovecraft. L’atmosphère cauchemardesque qui s’y développe repose en grande partie sur des abominations indescriptibles. La retranscription à l’écran d’un tel récit était donc une véritable gageure, face à laquelle ne recula pourtant guère le studio AIP, qui se frotta déjà à Lovecraft avec La Malédiction d’Arkham. Pour réaliser Le Messager du diable, on fit appel à Daniel Haller, dont ce fut le premier film en tant que metteur en scène, mais qui œuvra comme directeur artistique sur la plupart des adaptations d’Edgar Poe réalisées par Roger Corman pour AIP, de La Chute de la maison Usher à La Tombe de Ligeia. On ne s’étonnera donc guère de retrouver ici une ambiance, des décors, des personnages et des thématiques très proches du cycle Corman/Poe. L’intrigue initiale, située dans une ferme de la Nouvelle Angleterre, a du coup été transposée dans un vieux château familial au beau milieu de la campagne britannique.

C’est là que débarque un beau jour l’Américain Stephen Rheinhart (Nick Adams), tout heureux de retrouver sa petite amie Susan (Suzan Farmer). Mais il déchante quelque peu en découvrant sa famille. Le père, Nahum Witley (Boris Karloff), est un tyran irascible cloué sur un fauteuil roulant, et la mère, Letitia (Freda Jackson), est enfermée dans sa chambre, souffrant d’un mal étrange. Sans parler des domestiques, guère plus avenants. Helga, la servante, a disparu corps et bien, mais réapparaît nuitamment sous forme d’une silhouette encapuchonnée. Quant au vieux Merwyn, il meurt une nuit en hurlant, laissant derrière lui une étrange traînée noire. L’explication de tous ces mystères réside dans la chute d’une météorite au beau milieu de la lande. La végétation alentour s’étant soudainement développée outre mesure, Nahum Witley décida d’en tirer profit pour raviver ses terres en friche. Mais c’était compter sans les effets secondaires de la pierre. Car les radiations qu’elle émet provoquent bientôt de terrifiantes mutations. Les plantes pourrissent prématurément, les animaux se déforment et les humains son atteint de dégénérescence et de folie meurtrière.

Métal incandescent

Daniel Haller parvient sans trop de mal à installer un climat inquiétant, bénéficiant visiblement de moyens plus conséquents que Corman pour visualiser les horreurs de son scénario. D’où des maquillages horrifiques peu subtils mais très efficaces concrétisant les mutations de la famille Witley, et quelques trucages visuels surprenants, notamment l’ultime métamorphose de Karloff, dont le corps prend la texture d’un métal incandescent. Parmi les séquences les plus mémorables du film, on retiendra surtout la visite dans la serre, où les plantes attaquent Susan et où de monstrueux animaux gémissent dans des cages. Furtivement aperçues, ces horreurs difformes sont bien dignes des récits tourmentés de Lovecraft, mais on ne peut en dire autant du film tout entier, qui échoue majoritairement dans la transposition du texte initial. Au détour du casting, on reconnaît dans le rôle d’un médecin acariâtre Patrick Magee, qui allait crever l’écran six ans plus tard dans Orange mécanique.

 

© Gilles Penso


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UNE QUESTION DE VIE OU DE MORT (1946)

Mort dans un crash aérien, un pilote britannique se retrouve dans l’au-delà où les hautes autorités doivent décider de son sort…

A MATTER OF LIFE AND DEATH

 

1946 – GB

 

Réalisé par Michael Powell et Emeric Pressburger

 

Avec David Niven, Kim Hunter, Robert Coote, Kathleen Byron, Richard Attenborough, Roger Livesey, Raymond Massey

 

THEMA MORT

Cette luxueuse production J. Arthur Rank porte le seau des plus belles œuvres de Michael Powell, co-réalisateur du somptueux Voleur de Bagdad produit par les frères Korda et futur auteur du troublant Le Voyeur. Partageant ici sa chaise de metteur en scène avec Emeric Pressburger (comme il le fera souvent, signant avec lui des œuvres de la trempe du Narcisse noir, des Chaussons rouges ou des Contes d’Hoffmann), il nous livre une délicieuse comédie romantique assumant pleinement son caractère fantastique à travers l’usage d’excellents effets spéciaux visuels et d’immenses décors surréalistes. Après un prologue situé dans l’immensité du cosmos, nous faisons connaissance avec un pilote britannique, le commandant Peter Carter incarné par David Niven. En pleine déroute dans un avion en flammes, il communique avec une opératrice de la RAF prénommée June (Kim Hunter, future Zira de La Planète des singes) et lui avoue qu’il s’apprête à sauter dans le vide sans parachute pour échapper au crash imminent. Émue par son destin sans appel, la jeune fille ne peut réprimer un sanglot, mais le pilote échappe par miracle à une mort certaine.

L’explication de ce prodige est pourtant triviale : les hautes autorités de l’au-delà ont commis une erreur administrative due à une négligence. Carter aurait bel et bien dû périr, et un guide céleste français et maniéré, guillotiné pendant la révolution, vient lui rendre visite pour lui expliquer que son sursis arrive à expiration. Mais Carter proteste. En effet, dans l’intervalle, il est tombé amoureux de June, qu’il a enfin rencontrée en chair et en os. En désespoir de cause, il décide donc de « faire appel ». Aussitôt, un tribunal se réunit dans les cieux pour juger si la date de décès de cet homme doit être reportée ou non. Ce procès surréaliste, auquel assiste une immense foule hétéroclite appartenant à toutes les époques et toutes les nationalités, confronte deux avocats que tout oppose : un médecin britannique, mort peu de temps après avoir sympathisé avec Carter, et un fanatique américain tué par une balle anglaise au 18ème siècle.

« Ça nous manque vraiment, le Technicolor, là-haut ! »

Si le procès prend d’abord les allures d’un match anglo-américain, chacun vantant les mérites de sa propre nation, le véritable enjeu de la joute verbale se profile bientôt : pour avoir droit à un sursis, Carter doit prouver qu’il aime June, et que c’est réciproque. Mais comment prouver l’amour ? Magnifiquement mis en image par le chef opérateur Jack Cardiff, Une question de vie ou de mort dissocie graphiquement les deux mondes ici mis en scène. Si les humains évoluent dans de chatoyantes couleurs saturées à loisir, l’au-delà est serti dans un noir et blanc épuré qui donne toute son ampleur aux éléments de décor surprenants élaborés par le directeur artistique Alfred Junge : un escalator qui s’étend à perte de vue, de colossales statues représentant des célébrités du passé (Lincoln, Socrate, Salomon), un hall d’accueil en forme d’aéroport aseptisé, de vastes toiles de fond en trompe l’œil… Ce qui nous vaut une mémorable réplique prononcée par le guide céleste lors de son arrivée sur Terre : « Ça nous manque vraiment, le Technicolor, là-haut ! » Bref, voilà une fable enlevée, profonde et optimiste, échappant de justesse à une moralisation pesante et teintant d’ironie débonnaire la moindre de ses considérations philosophiques.

 

© Gilles Penso


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LÂCHEZ LES MONSTRES ! (1970)

Vincent Price, Peter Cushing et Christopher Lee partagent l’affiche de ce film d’horreur atypique déclinant le mythe de Frankenstein…

SCREAM AND SCREAM AGAIN

 

1970 – GB

 

Réalisé par Gordon Hessler

 

Avec Vincent Price, Christopher Lee, Peter Cushing, Alfred Marks, Christopher Matthews, Judy Huxtable, Yutte Stensgaard

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Futur réalisateur des Crocs de Satan et du Voyage fantastique de Sinbad, le cinéaste britannique Gordon Hessler signe avec Lâchez les monstres ! un film étrange s’efforçant de marier l’horreur, la science-fiction, l’espionnage, l’enquête policière, la politique-fiction et l’humour noir. Le démarrage de l’intrigue, pour le moins confus, enchaîne des séquences bizarres qui semblent n’avoir aucun rapport les unes avec les autres. Un homme en train de faire son jogging s’évanouit et se réveille dans un hôpital pour découvrir qu’il a été amputé d’une jambe ; des policiers enquêtent sur l’agression sexuelle et le meurtre particulièrement violent d’une jeune femme ; les généraux d’un gouvernement dictatorial non déterminé échafaudent de nébuleuses stratégies ; un homme rencontre une femme dans un night-club et l’assassine ; deux prisonniers tentent de s’évader d’un camp militaire mais sont rattrapés et torturés… Autant dire que dans un premier temps, il est difficile de s’impliquer dans le film, tant le scénario accumule les étrangetés sans s’efforcer de tisser le moindre lien entre ces saynètes insolites. L’effet recherché est manifestement le mystère et la curiosité, mais cette technique narrative s’avère risquée, car la tentation de décrocher est grande face à un récit aussi décousu.

Lâchez les monstres ! commence à captiver vraiment lorsque la police se lance sur les traces d’un tueur qui semble invincible et qui suce le sang de ses victimes. Après une poursuite automobile qui semble faire écho à celle de Bullit (sorti l’année précédente sur les écrans), le meurtrier, fort comme dix hommes, escalade une falaise à toute vitesse, en une séquence surprenante qui n’a rien à envier à Spider-Man. Lorsqu’il est enfin capturé et menotté, il s’arrache carrément la main pour prendre la fuite, avant d’achever sa folle cavalcade en se jetant dans une cuve d’acide. Le scénario n’étant pas l’œuvre de surréalistes adeptes des cadavres exquis, toutes les pièces du puzzle finissent tout de même par s’assembler pour révéler les activités hors normes d’un bon vieux savant fou incarné par Vincent Price, le docteur Browning (dont le nom est un hommage manifeste au réalisateur de Dracula et Freaks).

Les surhommes du docteur Browning

Celui-ci fabrique des êtres composites en assemblant les membres et les organes de donneurs non consentants. Le résultat est censé être une race de surhommes insensibles à la douleur et physiquement parfaits. Mais ces monstres de Frankenstein d’un nouveau genre s’avèrent incontrôlables, et lorsque plusieurs gouvernements se disputent la découverte pour la muer en arme redoutable, Browning déchante carrément. Bien qu’en tête d’affiche, Christopher Lee et Peter Cushing ne font ici que de très brèves et très frustrantes apparitions. Quant à Vincent Price, il n’a droit qu’à une seule scène digne de ce nom, à la toute fin du film. Tout s’explique donc au cours de la dernière bobine, mais entre les spectateurs ayant abandonné le film faute de patience et ceux s’avérant désenchantés par un fin mot de l’histoire arpentant des sentiers maintes fois foulés, Lâchez les monstres ! a toutes les chances de décevoir. Et ce malgré une collection de séquences mémorables, une violence et un érotisme assez crus pour l’époque, et une poignée de comédiens tout à fait convaincants.

 

© Gilles Penso


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SHARK ATTACK (1999)

Suite à un nombre anormal d’attaques de requins mortelles, une enquête révèle que les squales tueurs ont subi des mutations…

SHARK ATTACK

 

1999 – USA

 

Réalisé par Bob Misiorowski

 

Avec Casper Van Dien, Ernie Hudson, Cordell McQueen, Jacob Makgoba, Chris Olley, Paul Ditchfield, Shelley Meskin

 

THEMA MONSTRES MARINS

Spécialisée dans les films de genre à tout petit budget, la firme Nu Image a de grandes ambitions et tente de rivaliser avec les plus grosses productions hollywoodiennes malgré des moyens anémiques. Après la guerre, la science-fiction, l’espionnage et les catastrophes, Nu Image s’est attaqué aux monstres avec ce premier Shark Attack. Là où l’on attendait une énième imitation des Dents de la mer, le film nous surprend avec un scénario certes ni très original, ni très palpitant, mais qui présente au moins le mérite de ne pas emprunter la voie quasi-incontournable tracée par Steven Spielberg. Dans le petit village de pêche africain d’Amanzi, le biologiste Mark Desanti meurt dans d’étranges circonstances, alors qu’il enquêtait sur un nombre anormal d’attaques de requins survenues en l’espace de trois mois. Douze victimes sont en effet tombées sous les mâchoires acérées des squales, soit plus qu’en Australie pendant cinq ans.

Steven McKray, ami et confrère du défunt, décide de poursuivre ses investigations. Il s’allie avec Corinne, la sœur de Mark, et découvre que les requins du coin sont atteints d’encéphalites. Une analyse sanguine révèle qu’une hormone de croissance artificielle leur a été injectée, les conduisant à un appétit insatiable et à une folie meurtrière qui les pousse à chasser de plus en plus près des côtes et non plus au large. L’enquête de Steven et Corinne semble gêner beaucoup de monde à Amanzi, ce qui leur vaut de frôler une mort violente à plus d’une reprise. L’hormone incriminée s’avère être l’œuvre de Miles Craven, chercheur au centre de recherches marines du village. Ce dernier modifie en effet l’anatomie des squales afin d’en tirer un produit miracle censé guérir le cancer, au mépris des nombreux effets secondaires indésirables. Mais la machination est encore plus complexe qu’elle n’y paraît, et le promoteur immobilier Lawrence Rhodes semble en savoir plus qu’il n’en dit…

Un Starship Trooper contre un Ghostbuster

Autour de cette intrigue aux rebondissements fréquents, Bob Misiorowski signe une réalisation efficace, soignant tout particulièrement sa mise en image, les décors naturels étant valorisés par une photographie et des cadrages minutieusement ciselés. Question action, nous avons droit à un raisonnable lot de poursuites de voitures et de bateaux, de cascades en hélicoptère, d’explosions et de fusillades. Quant aux requins, ils proviennent principalement d’images d’archives. Si leurs attaques sont plutôt bien montées, il est rare qu’ils apparaissent en même temps que les êtres humains, à l’exception de l’efficace séquence de la cage sous-marine, seul tribut payé aux Dents de la mer. Casper Van Dien et Ernie Hudson, qui connurent respectivement leur heure de gloire avec Starship Troopers et S.O.S. fantômes, s’acquittent convenablement de leurs rôles de héros intrépide et de financier véreux. Le reste du casting est à l’avenant, fonctionnel et sans éclat. Un double qualificatif qu’on pourrait d’ailleurs attribuer au film tout entier. Shark Attack ne marqua donc pas vraiment les mémoires, mais il se comporta suffisamment bien sur le marché de la vidéo pour initier chez Nu Image la mise en chantier de deux séquelles.

 

© Gilles Penso


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LA MALÉDICTION DE LA MOMIE (1944)

Le monstre à bandelettes du studio Universal fait une cinquième et dernière apparition à l’écran, toujours en quête de son antique bien-aimée…

THE MUMMY’S CURSE

 

1944 – USA

 

Réalisé par Leslie Goodwins

 

Avec Lon Chaney Jr, Virginia Christine, Peter Coe, Kay Harding, Dennis Moore, Martin Kosleck, Kurt Katch, Holmes Herbert

 

THEMA MOMIES I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

Les scénaristes d’Universal redoublant d’idées pour ressusciter inlassablement les monstres du répertoire classique, il ne fallait pas faire grand cas de la mort de la momie Kharis et de sa bien-aimée Ananka dans le marécage gluant du Fantôme de la momie. La Malédiction de la momie prend place 25 ans après les événements du film précédent (une aberration chronologique, car si l’on compte tous les sauts temporels narrés depuis La Momie, l’action devrait ici se dérouler dans les années 90 !). Nous sommes dans des bayous volontiers enclins à la superstition. Tante Berthe chante dans un café avec l’accent de Maurice Chevalier, tandis que les autochtones s’émeuvent de la vague de terreur qui se répandra à coup sûr suite à l’assèchement du marais supervisé par l’entrepreneur Pat Walsh (Addison Richards). Missionnés par le musée Scripps, le docteur James Halsey (Dennis Moore) et son assistant égyptien Ilzor Zandaab (Peter Coe) débarquent dans l’espoir de retrouver la momie de Kharis. Mais Zandaab est un fourbe, et il faut reconnaître qu’on le voit venir de loin avec son tarbouch vissé sur le crâne.

Ensuite, c’est la routine habituelle : notre homme gravit les longues marches qui le mènent dans un vieux monastère, en compagnie d’un apprenti nommé Ragheb (Martin Kosleck), revêt la robe et le pendentif des Grands Prêtres d’Arkam, puis nous gratifie d’un flash-back antique emprunté à La Main de la momie, avec Tom Tyler dans le rôle de Kharis. Pourtant, dès que la momie revient d’entre les morts après une revigorante gorgée de jus de tana, c’est à nouveau Lon Chaney Jr qui l’incarne, sous les bandelettes de Jack Pierce. Ananka, pour sa part, prend ici le séduisant visage de Virginia Christie. La séquence de sa résurrection est un des moments forts du film. S’extirpant maladroitement d’une terre encore meuble, elle erre en haillons, le visage blafard, telle un zombie désincarné, puis entre lentement dans un point d’eau pour chasser la boue qui la recouvre. Le jeu de la comédienne et la qualité du maquillage sont pour beaucoup dans l’impact de ce moment d’épouvante surréaliste.

D’entre les morts

Dès lors, Ananka retrouve toute sa jeunesse et sa beauté, et Hasley la prend sous son aile en attendant qu’elle recouvre la mémoire. Hélas, son destin n’est guère enviable, car elle finira momifiée, tandis que Kharis, réduit dans ce film à l’état de simple pantin meurtrier, est aplati sous les décombres du monastère qui s’effondre. Cette mise à mort, la moins flamboyante de toutes, est pourtant définitive, car la série des momies d’Universal s’achève avec ce cinquième volet, avant qu’Abbott et Costello n’en fasse l’objet d’un pastiche. Il est tout de même étrange que les scénaristes n’aient jamais vraiment cherché à s’éloigner des archétypes et des situations déjà vues. Finalement, il y a plus d’innovation dans la première Momie de Karl Freund que dans ses quatre séquelles réunies, ne serait-ce que parce que Boris Karloff quittait bien vite ses bandages pour incarner un monstre plus insidieux et plus complexe qu’un simple succédané égyptien du monstre de Frankenstein.

 

© Gilles Penso


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ASTÉRIX ET OBÉLIX : L’EMPIRE DU MILIEU (2023)

Pour leur cinquième aventure « live », les irréductibles Gaulois prennent les traits de Guillaume Canet et Gilles Lellouche…

ASTÉRIX ET OBÉLIX : L’EMPIRE DU MILIEU

 

2023 – FRANCE

 

Réalisé par Guillaume Canet

 

Avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Jonathan Cohen, Vincent Cassel, Julie Chen, Leanna Chea, Marion Cotillard, Pierre Richard, Ramzy Bedia, José Garcia

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA ASTÉRIX ET OBÉLIX

Si les deux premiers volets de la saga cinématographique Astérix avaient su très correctement emplir les tiroirs caisses, on ne peut pas dire qu’Astérix aux jeux olympiques et Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté aient rameuté les foules. Face à ce constat mitigé, il était clair qu’un renouvellement s’imposait. Anne Goscinny elle-même, fille du grand René en charge de faire fructifier l’œuvre de son père, estimait qu’il était grand temps de rajeunir le casting. Or si le petit Gaulois moustachu avait déjà plusieurs fois changé de visage (Christian Clavier, Clovis Cornillac, Édouard Baer), son comparse ventripotent et bon-vivant avait jusqu’alors invariablement conservé les traits bonhommes de Gérard Depardieu. À 75 ans, il semblait logique que le Cyrano de Rappeneau raccroche le menhir. Le ravalement de façade s’opère à l’initiative de Guillaume Canet qui – une fois n’est pas coutume – n’adapte aucun album de la BD mais écrit un scénario original avec Julien Hervé et Philippe Mechelen : Astérix et Obélix : l’empire du milieu (un terme qui évoque à la fois Star Wars, Le Seigneur des anneaux et bien sûr la Chine elle-même, occasion manifeste de rendre hommage aux films d’arts martiaux dont Alain Chabat se moquait déjà allègrement dans une séquence mémorable de Mission Cléopâtre). Le réalisateur s’octroie le rôle principal aux côtés de son compère Gilles Lellouche, qui a la lourde tâche de nous faire oublier la prestation imposante de Depardieu.

C’est l’inimitable voix off de Gérard Darmon, basse et profonde comme il se doit, qui nous guide dans cette nouvelle aventure. Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ et l’impératrice de Chine (Linh-Dan Pham) est emprisonnée à la suite d’un coup d’État fomenté par Deng Tsin Qin (Bun Hay Mean), un prince félon. Aidée par Graindemaïs (Jonathan Cohen), un marchand phénicien, et par sa fidèle guerrière Tat Han (Leanna Chea), la princesse Fu Yi (Julie Chen), fille unique de l’impératrice, s’enfuit pour demander de l’aide aux irréductibles Gaulois. Voilà pour l’entrée en matière. Or dès les premières minutes, on sent bien que quelque chose cloche. Guillaume Canet, sous le casque d’un Astérix maussade et dépressif, arbore un immuable regard de chien battu. Gilles Lellouche, engoncé dans son costume grossissant, débite ses dialogues avec une voix débilitante et des expressions niaises dans l’espoir de trouver les intonations qui conviendraient le mieux à Obélix. Pierre Richard, sous la défroque du vénérable Panoramix, interrompt brutalement une séquence pour se prêter à un clin d’œil à La Chèvre qui tombe comme un cheveu dans la soupe. Manifestement pas dans son élément, Canet a toutes les peines du monde à trouver la juste tonalité.

« Ne raconte pas de salades à César ! »

Partagé entre l’envie d’apporter du sang neuf à la saga inspirée par Goscinny et Uderzo et celle de retrouver la recette miracle appliquée par Alain Chabat sur Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, Astérix et Obélix : l’empire du milieu multiplie les guest-stars tous azimuts (comédiens, chanteurs, humoristes, footballeurs, youtubeurs) mais cette tendance au remplissage n’a pas plus d’efficacité que le navrant défilé de sportifs qui faisait la queue pendant l’épilogue d’Astérix aux jeux olympiques. La pauvreté des dialogues, le manque d’originalité des gags, les jeux de mots affligeants (« Ne raconte pas de salades à César ! ») et la conviction toute relative des acteurs n’arrangent rien. Ni Vincent Cassel en César malingre, ni Marion Cotillard en Cléopâtre adultère, ni même Jonathan Cohen en faux blond phénicien (qui vole pourtant la vedette à tout le monde, comme souvent) ne parviennent à tirer leur épingle du jeu et à s’extraire du carcan caricatural où les enferme le film. Pour couronner le tout, malgré toute la sympathie que l’on peut éprouver pour Matthieu Chédid, force est de constater que le talentueux chanteur est un bien piètre compositeur de bande originale (discipline dans laquelle Jean-Jacques Goldman avait lui-même montré ses limites avec Astérix et Obélix contre César). C’est donc à un ratage quasi complet que nous convie hélas Astérix et Obélix : la terre du milieu, bien incapable de justifier à l’écran le budget pharaonique de 66 millions d’euros mis à sa disposition.

 

© Gilles Penso


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