Y’A-T-IL UN EXORCISTE POUR SAUVER LE MONDE ? (1990)

Linda Blair reprend le rôle de possédée qu’elle tenait dans L’Exorciste dans cette parodie poussive où Leslie Nielsen joue les prêtres excentriques…

REPOSSESSED

 

1990 – USA

 

Réalisé par Bob Logan

 

Avec Leslie Nielsen, Linda Blair, Ned Beatty, Anthony Starke, Thom Sharp, Lana Schwab, Benj Thall, Dove Dellos

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Depuis Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Jim Abrahams, David et Jerry Zucker ont fait école, générant une foule d’imitateurs lancés dans le recyclage plus ou moins adroit de leur sens du burlesque. Ken Finkleman (Airplane 2), Les Nuls (La Cité de la peur) et, dans une moindre mesure, Gene Quintano (Alarme fatale) ont bien compris la leçon. Bob Logan, scénariste des séries animées Ghostbusters, Popples et Denis la malice, tente sa chance à son tour avec Repossessed (littéralement « Repossédée ») que les distributeurs français rebaptisent L’Exorciste en folie pour sa sortie en salles puis Y’a-t-il un exorciste pour sauver le monde ? pour son exploitation en vidéo (au moins, la référence est claire !). Le projet est principalement motivé par l’idée de confier à Linda Blair un rôle qui pastiche celui qu’elle tenait dans L’Exorciste. Logan ayant déjà dirigé la comédienne dans la comédie Up Your Alley et dans le programme télévisé How to Get… Revenge, il n’a aucun mal à la convaincre de le suivre dans cette aventure. Ce sera pour elle une revanche sur le film de William Friedkin, qui reste un souvenir de tournage très éprouvant (même si elle accepta ensuite de jouer dans la suite Exorciste II : l’hérétique). C’est elle qui suggère de contacter Leslie Nielsen pour incarner l’exorciste de cette parodie. Le trublion aux cheveux blancs, alors âgé de 64 ans, accepte aussitôt.

Tout commence par un flash-back : en 1973, le père Jebedaiah Mayii réussit à exorciser Nancy, une fillette possédée par le diable, et sort de cette épreuve avec un cœur très fragile. Dix-sept ans plus tard, Nancy, devenue une mère de famille, est repossédée par l’intermédiaire de la télévision. Le père Mayii est à nouveau appelé à la rescousse, mais il préfère se décharger sur un jeune prêtre dont la foi est chancelante. Certes, l’idée de parodier le classique de Friedkin en confiant à l’inénarrable héros de Police Squad et de la saga Y’a-t-il un flic… ? le rôle de l’exorciste et en sollicitant Linda Blair pour qu’elle réitère sa célèbre performance dix-sept ans plus tard était prometteuse. D’autant que cet Exorciste en folie était programmé pour sortir en salles un mois seulement après L’Exorciste : la suite, en un joyeux pied de nez à la franchise originale. La satire acerbe des reality-shows et des évangélistes du petit écran, induite par le scénario, présageait également de belles réjouissances.

Une possession très facultative

Hélas, le résultat est plus embarrassant que drôle, suscitant trop souvent l’ennui au lieu du rire. Les allusions à L’Exorciste (le visage tuméfié de Linda Blair, la tête tournant à 180°, les jets de bile spectaculaires, le lit qui gigote), les numéros musicaux (Nielsen chantant du « rock » déguisé en Elton John et en Michael Jackson), le recours aux sosies (essentiellement celui de Jean-Paul II) et la quasi-totalité des gags du film tombent tristement à plat. Alors, que sauver de ce très facultatif Repossessed ? Deux ou trois gags réussis : une parodie prégénérique du logo THX (s’achevant sur un pet en stéréo à la demande expresse de Leslie Nielsen), la mention « Attention aux pneus en reculant » à l’entrée d’un parking (la voiture recule et une dizaine de pneus tombent sur ses occupants), ou encore les places de garage réservées aux handicapés, logo à l’appui (occupées non pas par des voitures mais par de grosses répliques des logos). C’est à peu près tout.  De là à dire que ça suffit pour justifier le déplacement…

 

© Gilles Penso

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THOR LE GUERRIER (1983)

Un énième sous-Conan le barbare qui déborde de maladresses, de combats répétitifs, de phénomènes surnaturels absurdes et de misogynie !

THOR IL CONQUISTATORE

 

1983 – ITALIE

 

Réalisé par Tonino Ricci

 

Avec Bruno Minniti, Maria Romano, Malisa Longo, Raf Baldassarre, Angelo Ragusa, Rosalba Ciofalo, Elena Wiedermann, Luigi Mezzanotte, Artemio Antonini

 

THEMA HEROIC-FANTASY

Contrairement à ce que pourrait faire croire son titre, Thor le guerrier n’a rien à voir avec la mythologie nordique mais s’inscrit dans un monde ancien et brutal indéterminé, à mi-chemin entre la préhistoire et le moyen-âge. L’objectif est ici d’imiter Conan le barbare en surfant sur son succès, exercice dans lequel le cinéma bis italien était devenu coutumier dans les années 80. Dès l’entame du film, nous comprenons à quoi nous attendre. Pendant qu’une sorte de symphonie épique retentit avec emphase, trois personnages en haillons trottinent lentement dans la campagne en plan large pendant plus de deux minutes, montre en main. Bref, on se croirait dans un film des Monty Pythons ! Assailli par une horde de barbares maquillés en blanc, un homme qui ressemble à Francis Lalanne en peaux de bête rend son dernier souffle tandis que le magicien Etna (Luigi Mezzanotte) sauve son nouveau-né. Quelques années plus tard, le bébé devient un grand jeune homme tout musclé, Thor (Bruno Minniti, empruntant à l’occasion le pseudonyme de Conrad Nichols), qui gambade torse nu et mange des poissons crus à pleines dents. Le dieu Teisha lui confie une mission : partir à la recherche de l’épée de son père et des semences dorées, ce qui lui permettra de venger la mort de ses parents, de détruire le maléfique Gnut (Raf Baldassarre) et de ramener la paix sur ses terres.

Le film est ponctué de scènes de combat répétitives et ennuyeuses où les belligérants se battent à coups d’épée, de lances, de hache ou de poings en éructant comme des gorets en rut. Riche en éléments fantastiques et en phénomènes surnaturels, Thor le guerrier nous offre en vrac un magicien capable de se transformer en chouette, une épée qui se mue en serpent, des pouvoirs télékinétiques, un guerrier difforme qui se téléporte et émet des ondes électromagnétiques, du venin de serpent aux pouvoirs magiques ou encore un cheval blanc qui surgit de nulle part pour servir de monture au héros. On retiendra notamment cette scène parfaitement absurde où Thor est assailli dans une caverne par des apparitions fantomatiques de masques de carnaval en caoutchouc et de squelettes en plastique qui sont censés le terroriser – et qui provoquent hélas des fous-rires irrépressibles chez les spectateurs.

Un homme, un vrai !

Primaire au-delà de toute mesure, le scénario de Tito Carpi ne cherche jamais à dissimuler sa misogynie. « Non Thor, elle n’est pas à manger », dit le sorcier/mentor au héros qui n’a jamais vu de femme sa vie et qui vient d’en ramener une dans sa grotte. « Tu dois manier cette chose avec un peu plus de douceur », reprend-il, « car elle est faite pour le plaisir. La femelle est une chose stupide, mais elle t’appartient désormais. Prends-là ! La femelle doit t’obéir et être à ton service, un point c’est tout. » S’ensuit une langoureuse scène d’amour où la captive tombe raide dingue du mâle musclé et s’offre à lui. Après la mort de celle-ci – qui le laisse tranquillement indifférent – Thor viole une guerrière dans la forêt et fait d’elle son esclave. Comme il est valeureux et athlétique, elle finit par s’éprendre de lui, devient sa servante servile et sa maîtresse énamourée. « C’est ainsi que Thor le conquérant connut l’amour » dit alors la voix off du mentor/narrateur. Ce qui n’empêche pas notre héros de coucher aussi avec la première vierge qui lui tombe sous la main, avec l’assentiment de sa compagne désormais enceinte ! Au second degré, Thor le guerrier est donc une comédie désopilante. Ce n’était évidemment pas son intention première, mais comment prendre au sérieux un tel nanar ?

 

© Gilles Penso

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ANGOISSE (1987)

Un film d’horreur vertigineux dans lequel plusieurs assassins sévissent dans plusieurs salles de cinéma en un cauchemardesque jeu de poupées russes…

ANGUSTIA

 

1987 – ESPAGNE

 

Réalisé par Bigas Luna

 

Avec Zelda Rubinstein, Michael Lerner, Talia Paul, Angel Jove, Clara Pastor, Isabel Garcia Lorca, Nat Baker, Edward Ledden, Gustavo Gili, Antonio Regueiro

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION I TUEURS

« Pendant le film que vous allez voir, vous serez soumis à des messages subliminaux et à une légère hypnose. Cela ne vous causera aucun dommage physique ou effet durable, mais si, pour une raison quelconque, vous perdez le contrôle ou sentez que votre esprit quitte votre corps, quittez la salle immédiatement. » Ce texte, qui s’affiche au tout début d’Angoisse, donne d’emblée le ton : nous nous apprêtons à visionner un film atypique, proche de l’expérience interactive. Pour enfoncer le clou, un narrateur entre alors dans le champ pour nous conseiller vivement de faire attention à notre environnement une fois que le film a commencé et surtout d’éviter d’engager la conversation avec des individus inconnus pendant toute la durée du film. En quelques minutes, Bigas Luna plonge ainsi ses spectateurs dans une atmosphère étrange. Cet ancien décorateur d’intérieur et artiste conceptuel se reconvertit dans le cinéma à la fin des années 70, enchaînant les œuvres singulières dans lesquelles l’érotisme occupe souvent une place centrale. Après Bilbao, Tatouage, Caniche, Reborn et Lola, le réalisateur catalan décide de détourner les codes du cinéma d’horreur avec Angoisse.

Dominé par une mère très inquiétante qui le pousse à tuer pour récupérer des yeux, un assistant-ophtalmologue à la mine patibulaire et au regard myope va commettre un carnage dans une salle de cinéma, assassinant les gens sans scrupule pour les énucléer. Il nous semble donc être plongés dans une série B horrifique bizarre et malsaine émaillée de visages familiers. La mère dominatrice est en effet incarnée par Zelda Rubinstein, la fameuse médium de Poltergeist (le rôle était initialement prévu pour Bette Davis), et le fils assassin par Michael Lerner, l’un des interprètes principaux du Facteur sonne toujours deux fois de Bob Rafelson. Soudain, le second degré saute aux yeux du spectateur : cette histoire de vol de globes oculaires n’est qu’un film d’épouvante projeté dans une salle de cinéma. Fort de ce recul, le public découvre donc les vrais héros du film, à savoir des spectateurs, comme lui. Mais les choses se compliquent lorsqu’un véritable assassin s’introduit dans la salle de cinéma et tue quelques-uns des spectateurs avec un revolver…

Le film dans le film… dans le film

Le jeu de la mise en abyme fonctionne à merveille pour les spectateurs (les vrais !) qui se surprennent bientôt à regarder autour d’eux dans la salle… On ne sait jamais ! D’autant que Bigas Luna, malin, se sert du Dolby Stereo pour répartir les effets de la bande son dans la salle. Mais le réalisateur va encore plus loin lorsque l’assassin patibulaire (celui du film dans le film) entre à son tour dans une salle de cinéma (où l’on projette Le Monde perdu de Harry O’Hoyt) à la recherche de nouvelles victimes ! Le plus insolite provient alors de ces plans larges dans lesquels s’enfilent en perspective les écrans et les spectateurs. L’intérêt majeur d’Angoisse réside dans cette idée vertigineuse, laquelle, à vrai dire, a été recyclée à partir de quelques films d’épouvante antérieurs (on se souvient par exemple du Blob qui attaquait une salle de cinéma dans Danger planétaire). Mais le visionnage de cette œuvre expérimentale vaut largement le détour, à condition, bien sûr, d’aller voir ce film au cinéma ! Angoisse sera fort remarqué au cours du festival du cinéma fantastique d’Avoriaz, en 1988, où il se verra décerner un prix spécial pour sa photographie. Il remportera également le Goya des meilleurs effets spéciaux et le grand prix du BIFFF.

 

© Gilles Penso

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THE STORMRIDERS (1998)

Un conte fantastique made in Hong-Kong qui mélange allègrement les arts martiaux, les sorts magiques et les créatures surnaturelles…

FENG YUN XIONG BA TIAN XIA

 

1998 – HONG-KONG

 

Réalisé par Waï Keung Lau

 

Avec Aaron Kwok, Ekin Cheng, Sonny Chiba, Kristy Yang, Qi Shu, Michael Tse, Rongguang Yu, Anthony Wong Chau-Sang

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I DRAGONS

Conçu pour reconquérir le jeune public chinois désertant peu à peu les salles de cinéma, The Stormriders puise son inspiration dans la culture populaire japonaise, autrement dit les mangas et les jeux vidéo. Ainsi, même si le scénario, adapté d’une bande dessinée de Ma Wing Shing, compose avec les éléments récurrents des contes chinois traditionnels, ici on cherche avant tout à moderniser le propos et la mise en scène, quitte à frôler l’anachronisme. La compagnie de production Golden Harvest et la société d’effets spéciaux Centro n’y sont donc pas allé de main morte, armées d’un budget estimé à plus de dix millions de dollars. Le personnage central est un puissant seigneur répondant au doux nom de Dominateur, et interprété par le vétéran Sonny Chiba. Son but dans la vie est de devenir le maître du monde, ni plus ni moins. Pour y parvenir, il doit former deux disciples nommés Vent d’Ouest et Nuage. Mais la prophétie – il y a toujours une prophétie dans ces cas-là – dit que dans dix ans, tous deux se mueront en redoutables guerriers qui causeront sa perte.

Tel est le point de départ de The Stormriders, et le prétexte est suffisant pour accumuler les scènes de combats, d’action et d’effets spéciaux en tous genres. Les amateurs d’arts martiaux déchantent rapidement, car la performance physique des comédiens et des cascadeurs est effacée sous des tonnes de trucages numériques, histoire de séduire les fans de Playstation et de Nintendo. Montage épileptique, ralentis stylisés, bonds prodigieux, boules d’énergie, explosions monumentales, tout y est. Ce parti pris est pour le moins discutable, car outre le sérieux manque de crédibilité des combats et la lisibilité rendue difficile de certaines actions, c’est toute l’esthétique des wu xia pan (appellation générique des films de cape et d’épée chinois) qui en prend un sacré coup. On en vient à regretter les bons vieux coups de tatane à l’ancienne et les scènes d’escrime plus traditionnelles.

Le dragon incandescent

Les batailles qui scandent le récit sont toutes nimbées de magie, voire de sorcellerie, notamment lorsque Vent d’Ouest fait léviter de l’eau pour la jeter sur ses adversaires, provoque des geysers par ses accès de fureur ou se déplace en volant dans une sphère transparente. La séquence la plus étonnante de ces 127 minutes frénétiques est l’affrontement de Nuage contre un dragon dans une caverne immémoriale. La bête, conçue dans une 3D d’aspect cartoon, a les allures d’un chien féroce, la taille d’un cheval, et le corps semblable à une gigantesque torche. Gardien d’un trésor, comme la plupart de ses congénères, le dragon s’avère être un adversaire redoutable, et notre héros n’en vient à bout qu’après une lutte épique, en le précipitant dans les eaux. Dommage que The Stormriders ait évacué toute finesse au profit du spectaculaire, car il contenait en substance tous les attraits d’un grand film épique et fantastique. Ce qui n’empêcha pas le film de remporter un colossal succès en Asie, relançant un genre en perte de vitesse et propulsant les effets spéciaux numériques au rang de nouveaux acteurs clefs du wu xia pan.

 

© Gilles Penso


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CROCODILE 2 (2002)

Cette suite du film de Tobe Hooper surpasse son modèle en opposant les survivants d’un crash d’avion à un monstrueux saurien affamé…

CROCODILE 2 : DEATH SWAMP

 

2002 – USA

 

Réalisé par Gary Jones

 

Avec Heidi Lenhart, Chuck Walczak, Jon Sklaroff, Darryl Theirse, David Valcin, James Parks, Martin Kove

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

La fin de Crocodile laissait grande ouverte la possibilité d’une suite. Pourtant, selon un principe éprouvé par les productions Nu Image, le numéro 2 du titre ne signifie pas que nous avons affaire à une séquelle mais plutôt à une variante sur la même thématique. Exit donc les adolescents décérébrés en vacances au pays du « Chien du Fleuve » égyptien, place aux passagers d’un vol à destination d’Acapulco. Gary Jones, le talentueux réalisateur de Spiders, prend le relais de Tobe Hooper, et le dynamisme décomplexé de la mise en scène s’en ressent. Après un hold-up explosif en guise de séquence d’introduction, le film nous brosse un portrait rapide de ses protagonistes, façon film catastrophe des années 70 (le jeune vainqueur d’un jeu télévisé, l’hôtesse courageuse, sa collègue trouillarde, le pilote sympathique, l’avocat bavard), sans s’appesantir outre mesure, car ici c’est l’action qui prime de toute évidence. Une action brute de décoffrage, ne s’embarrassant ni de finesse, ni de cohérence.

Ainsi, les quatre malfrats qui ont dévalisé la banque pendant le générique de début, agacés par une météo défavorable, détournent subitement l’avion qui les transportait au Mexique. Qu’est-ce qui les pousse à faire une chose aussi absurde ? Comment ont-ils pu transporter des armes à feu en cabine sans se faire repérer ? Allez savoir. Toujours est-il que l’avion finit par se crasher à proximité d’un étang, sous une pluie battante et au milieu de nulle part. Là sévit un monstrueux crocodile qui va les pourchasser sans relâche, tandis que Zack, le petit ami d’une des hôtesses de l’air, paie un « traqueur » pour la retrouver. Une nouvelle légende entoure ce reptile démesuré et vorace. Après les crocodiles du Nil chevauchés jadis par les Pharaons, nous avons ici affaire à ce que les conquistadors prirent pour un dragon sanguinaire quelques siècles plus tôt, tandis que les indigènes adulaient le monstre qu’ils considéraient comme un chasseur de démons, psalmodiant inlassablement « Aligarto Diablo ».

« Aligarto Diablo »

Une fois n’est pas coutume, la séquelle est plus réussie que l’original, d’autant que les effets spéciaux qui donnent vie au monstre – cette fois-ci plus animatronique que numérique – s’avèrent très performants. Quelques visions gore furtives (des restes humains abandonnés sur la rive, un homme qui se fait dévorer tandis que son bras déchiqueté pendouille lamentablement) agrémentent de surcroît le spectacle. A la manière d’Octopus, ce Crocodile deuxième du nom s’efforce d’intégrer sa créature dans une intrigue de film d’action nerveux dont elle constitue l’attraction principale. Évidemment, pour apprécier une œuvrette de cet acabit, un seuil d’indulgence non négligeable est requis. Mais si l’on accepte de passer outre les multiples invraisemblances qui truffent le scénario, un jeu d’acteurs très approximatif, des dialogues d’une rare pauvreté (« sors de ma vie espèce de brute ! » lance avec aplomb l’héroïne avant d’occire définitivement la bête) et une poignée de trucages à la limite de l’amateurisme (le crash de l’avion, l’explosion de l’hélicoptère), Crocodile 2 reste malgré tout un divertissement franchement sympathique.

 

 

© Gilles Penso

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RED WATER (2003)

Un monstrueux « requin taureau » capable de nager en eaux douces sème la panique en copiant fidèlement le grand blanc des Dents de la mer…

RED WATER

 

2003 – USA

 

Réalisé par Charles Robert Carner

 

Avec Lou Diamond Phillips, Coolio, Kristy Swanson, Dennis Haskins, Garth Collins, Langley Kirkwood

 

THEMA MONSTRES MARINS

Red Water a été directement conçu pour le petit écran et ne se distingue guère des Shark Attack et autres imitations tardives des Dents de la mer, sa seule véritable singularité consistant à mettre en vedette un requin taureau – au lieu du sempiternel grand blanc – et de le doter de la capacité de nager en eau douce. Rédigé à la va vite par J.D. Feigelson (le peu mémorable Chiller de Wes Craven) et Chris Mack (auteur d’un Vampire Vermont inconnu au bataillon), le scénario de Red Water entremêle deux intrigues parallèles qui, de prime abord, n’ont rien à voir avec un requin géant mangeur d’hommes. D’un côté, nous avons John Sanders (Lou Diamond Philips, qui chassait les volatiles dans La Nuit des chauves-souris), ancien foreur devenu pêcheur sans le sou suite à un accident, qui accepte de trimballer son ex-femme Kelli (Kristy Swanson, l’originale Buffy tueuse de vampires) venue faire des relevés dans les eaux du Mississipi pour une compagnie pétrolière. De l’autre côté, nous trouvons Ice (l’affligeant Coolio), un gangster à la petite semaine à la recherche d’un magot de trois millions de dollars caché quelque part sous la surface.

Les présentations étant – longuement et pesamment – faites, le requin peut enfin montrer le bout de ses mâchoires. Ses deux premières attaques sont tout simplement calquées sur celles des Dents de la mer, avec une aliénation qui confine tranquillement au plagiat. Ainsi avons-nous droit à une grosse panique dans une baie due à l’apparition d’un aileron menaçant (il ne manque plus que le shérif Martin Brody pour que l’imitation soit complète), puis à un vieux pêcheur renversé dans sa barque par le grand méchant poisson (comme dans l’attraction du parc Universal). Les attaques suivantes sont heureusement un peu plus novatrices, en particulier la guide touristique qui finit happée alors qu’elle traverse un pont, ou les plongeurs sauvagement agressés sous les eaux. Conçu en images de synthèse dans tous les plans larges (sous la supervision d’Hitoshi Inoue, qui participa notamment à Titanic, Soldier et Hypnose), le monstre révèle bien trop souvent sa nature numérique pour convaincre, malgré le dynamisme et la nervosité de son animation. Sans doute est-ce la raison pour laquelle le film refuse de se concentrer sur la bête.

Péripéties improbables

La leçon de Steven Spielberg était pourtant concluante : malgré des effets spéciaux limités à l’époque des Dents de la mer (quelques marionnettes animatroniques pas vraiment mobiles), il parvenait à terrifier ses spectateurs en concentrant ses deux heures de film sur un requin anthropophage qu’on voyait finalement très peu. Mais encore fallait-il un scénario en béton armé et une mise en scène millimétrée. Tout étant approximatif ici, les péripéties artificielles s’efforcent de distraire le spectateur et de relancer l’intérêt. D’où l’explosion colossale d’un puits de pétrole et la prise d’otage des héros qui s’insèrent au forceps dans cette intrigue déficiente. Red Water s’apprécie donc principalement pour son sens indéniable de l’action et de la pyrotechnie, et s’achève sur une mise à mort du monstre plutôt originale. Pour le reste, mieux vaut revoir les classiques, comme toujours.

 

© Gilles Penso


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DEUX NIGAUDS ET LA MOMIE (1955)

Après avoir rencontré à peu près tous les monstres du studio Universal, le duo comique Abbott et Costello atterrit en Égypte…

ABBOTT AND COSTELLO MEET THE MUMMY

 

1955 – USA

 

Réalisé par Charles Lamont

 

Avec Bud Abbott, Lou Costello, Eddie Parker, Marie Windsor, Mel Welles, Michael Ansara, Richard Deacon

 

THEMA MOMIES I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

En dix ans de carrière, le duo comique Abbott et Costello rencontra le monstre de Frankenstein, le loup-garou, Dracula, l’homme invisible, Docteur Jekyll et Mister Hyde et même des Martiens. Pour leur dernière aventure, ils se frottent donc à une momie, le temps d’une parodie franchement poussive. Échoués dans un cabaret égyptien et engoncés dans de fort peu seyantes tenues coloniales, les deux nigauds entendent la conversation d’une table voisine. Le docteur Gustav Zoomer (Kurt Katch), un archéologue renommé, entend bien ramener à la civilisation la momie Klaris qu’il vient de découvrir. Abbott et Costello souhaitent proposer leurs services pour escorter la précieuse relique, mais Zoomer est éliminé par une secte d’adorateurs de Klaris qui comptent la ramener à la vie. Pour parvenir à leurs fins, il ne leur manque plus qu’un médaillon sacré qui échoue entre les mains du maladroit duo. Tous deux sont donc à la fois pris en chasse par les fidèles de Klaris, mais aussi par une bande rivale dirigée par Madame Rontru (Marie Windsor, héroïne de l’inénarrable Cat Women on the Moon), qui cherche à mettre la main sur le légendaire trésor de la momie.

À ce scénario très modérément palpitant viennent hélas se greffer des gags ratés qui ont le malheur de traîner en longueur. Que ce soient le jeu de mot sur « mummy » et « momie », l’interminable échange verbal à propos d’une pelle et d’une pioche, les multiples apparitions et disparitions du corps de Zoomer ou la manière dont les deux nigauds tentent de se repasser le médaillon censé porter malheur, tout ça tombe à plat et s’avère franchement embarrassant. Mais le sort le plus triste est celui réservé à la momie elle-même. Interprétée par le cascadeur Eddie Parker, qui endossa déjà la défroque de Mister Hyde dans une précédente aventure d’Abbott et Costello, elle est affublée d’un costume et d’un maquillage grossiers, œuvre d’un Bud Westmore que l’on connut bien plus inspiré (avec L’Étrange créature du lac noir notamment). Quant à son rôle, il se limite à quelques surgissements apathiques hors de son sarcophage, une poignée de grognements et deux ou trois déambulations à pas lents.

Trois momies pour le prix d’une

Pour corser l’affaire, le scénariste John Grant a joué la carte du quiproquo en faisant intervenir deux fausses momies au cours du climax. L’idée aurait pu donner lieu à bon nombre de situations burlesques, mais elle est terriblement sous-exploitée et ne sert finalement qu’à relancer mollement un script anémique. Fidèles à leurs habitudes, Abbott s’énerve, Costello pousse des cris en courant comme un dératé, et le spectateur soupire. Universal a pourtant mis le paquet, ne lésinant ni sur les décors (notamment un vaste temple dédié à Klaris et de nombreuses rues « égyptiennes » animées reconstituées en studio), ni sur les luxueux morceaux musicaux qui scandent régulièrement le récit. Mais Deux nigauds et la momie ne décolle jamais vraiment, et le studio achève là de bien pathétique manière les exploits de l’un de ses monstres les plus légendaires. Il faudra donc attendre que la compagnie anglaise Hammer reprenne à son compte le mythe pour que la momie renaisse de ses cendres avec le panache qu’elle mérite.

 

© Gilles Penso


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L’HOMME QUI TROMPAIT LA MORT (1959)

Un médecin a découvert la formule de l’immortalité… Mais ce secret nécessite le sacrifice de nombreuses vies

THE MAN WHO COULD CHEAT DEATH

 

1959 – GB

 

Réalisé par Terence Fisher

 

Avec Anton Diffring, Hazel Court, Christopher Lee, Arnold Marié, Delphi Lawrence, Francis De Wolff, Ronald Adam, Marie Burke

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Après une série de films d’épouvante aux succès planétaires (Frankenstein s’est échappé, Le Cauchemar de Dracula, La Malédiction des pharaons, Le Chien des Baskerville), Christopher Lee poursuivit activement sa collaboration avec le studio Hammer et le réalisateur Terence Fisher à l’occasion de L’Homme qui trompait la mort et cède cette fois le premier rôle à Anton Diffring, lequel tient ici un rôle prévu initialement pour Peter Cushing. Remake du Sérum de longue vie de Ralph Murphy qui adaptait déjà une pièce de théâtre de Barre Lyndon, le film est écrit par le très prolifique scénariste Jimmy Sangster. Nous sommes à Paris, en 1890. Dans un parc Monceau aussi brumeux que le Whitechapel londonien, un passant est agressé par un mystérieux individu équipé d’une trousse de médecin, façon Jack l’éventreur. Après ce prologue intriguant, nous prenons connaissance des principaux protagonistes du drame : le chirurgien réputé Georges Bonnet (Diffring) qui pratique la sculpture avec beaucoup de talent, son confère le docteur Pierre Gerrard (Lee), qui n’éprouve pas énormément de sympathie à son égard, et la belle Janine Dubois (Hazel Court) dont sont épris les deux hommes.

Excellent remplaçant du grand Cushing, avec lequel il partage le charisme, l’élégance et un profil de rapace, Diffring campe un personnage complexe. Car sous ses allures de dandy trentenaire, le médecin qu’il incarne cache bien son jeu. En effet, le soir venu, après avoir congédié tout le monde, le respectable chirurgien subit une étrange mutation. Ses yeux s’exorbitent et changent de couleur, des rides se creusent sur son visage, son faciès s’altère… Lorsque sa fiancée Margo Philippe (Delphi Lawrence) le surprend, il la tue sans scrupule. Ce n’est qu’en absorbant une potion secrète que ce Mister Hyde d’un nouveau genre redevient normal. Son secret nous est révélé en partie par le titre du film : avec l’aide du vieux professeur Ludwig Weiss (Arnold Marlé), il a en effet trouvé la formule de l’immortalité. Mais Ludwig craint que la motivation première de cette découverte ne se soit dissipée. « Pour l’humanité », clame-t-il, « pas pour vous ou pour moi, mais pour l’espoir d’un monde nouveau ».

« Pour l’humanité »

Aujourd’hui, Bonnet a 104 ans, mais sa formule de jouvence nécessite l’absorption régulière d’une substance chimique et le prélèvement tous les dix ans d’une glande sur une victime vivante. D’où les meurtres qui frappent son entourage, et sur lesquels enquête un policier interprété par Francis de Wolff (déjà vu dans Corridors of Blood et Le Chien des Baskerville). Christopher Lee campe ici son rôle habituel d’antagoniste, si ce n’est que cette fois ci il s’oppose aux forces du mal. Il est la voix de la raison, ce que confirment des allures bien moins menaçantes qu’à l’accoutumée. La moustache fine, le cheveu gominé, le costume impeccable, il s’offusque face aux expériences contre-nature de Bonnet et tente de l’empêcher de nuire. Le final nous offre le spectacle d’une métamorphose peu ragoûtante (la qualité toute relative du maquillage de Roy Ashton étant atténuée par l’efficacité de la mise en scène de Fisher) avant le traditionnel incendie ravageur et purificateur.

 

© Gilles Penso


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LA CHAUVE-SOURIS DU DIABLE (1940)

Bela Lugosi campe un savant fou assoiffé de vengeance qui fait muter une chauve-souris pour la transformer en monstre sanguinaire…

THE DEVIL BAT

 

1940 – USA

 

Réalisé par Jean Yarbrough

 

Avec Bela Lugosi, Suzanne Kaaren, Dave O’Brien, Guy Usher, Yolande Donlan, Donald Kerr, Edmund Mortimer, Gene O’Donnell

 

THEMA MAMMIFÈRES

Avec le panache et le manque de mesure qui le caractérise, Bela Lugosi incarne ici le docteur Carruthers, un médecin et chercheur très apprécié dans la petite bourgade de Heathville où il a installé son laboratoire. Il faut dire que la riche famille Heath, qui possède à peu près tout dans les environs, lui doit sa fortune, grâce aux nombreux produits cosmétiques qu’il a conçus pour leur vaste entreprise. Mais dans l’ombre gothique d’une pièce secrète aménagée dans son château, Carruthers fomente une vengeance terrible… et parfaitement improbable. Jaloux de ne pas bénéficier de la fortune qu’il a apportée aux Heath, il décide en effet de les décimer l’un après l’autre grâce à un procédé pour le moins saugrenu. Il élève dans ce but une chauve-souris, la fait quadrupler de volume par un procédé électrico-glandulaire abscons de son invention, puis l’excite avec un parfum tibétain qui éveille en elle des envies de meurtre ! Il ne lui reste plus qu’à asperger le cou de ses futures victimes avec le parfum en question – prétextant l’invention d’un nouvel après-rasage – et à lâcher dans les cieux son chéroptère géant assoiffé de sang ! Une petite romance routinière et quelques touches d’humour évasives viennent égayer cet improbable scénario, par l’entremise de deux journalistes de Chicago venus mener l’enquête.

Le film de Jean Yarbrough rattrape les balourdises de son script par la présence toujours hypnotisante de Lugosi et par la chauve-souris géante qui, malgré les trucages sommaires lui donnant vie, nous donne droit à quelques séquences d’attaques nocturnes plutôt efficaces (il s’agit d’un volatile en caoutchouc pour les plans larges et d’un vrai rongeur pour les gros plans, affublé d’une espèce de cri de singe du plus curieux effet). Le budget mis à la disposition du cinéaste étant visiblement rachitique, les personnages dialoguent beaucoup et se déplacent dans un nombre très limité de décors – le jardin et le salon des Heath, le labo de Carruthers, la chambre d’hôtel des journalistes – ce qui n’empêche pas le film de multiplier à loisir les rebondissements scénaristiques. Quant aux réactions des protagonistes, elles manquent singulièrement de crédibilité, la famille Heath gérant le deuil avec un détachement qui laisse rêveur.

Un succès inespéré

Œuvrette minime et facultative, La Chauve-souris du diable n’est pourtant pas loin d’avoir atteint un statut d’objet de culte grâce à une poignée de scènes et de dialogues très drôles au second degré. Voir Lugosi parler tendrement à sa chauve-souris vampire en lui susurrant avec émotion tous les détails de son plan diabolique ne manque effectivement pas de sel ! Ce fut en tout cas un succès inespéré pour le petit studio PRC (Producers Releasing Corporation), anciennement PDC (Producers Distributing Corporation), qui s’essayait là pour la première fois au film d’horreur. Six ans plus tard, après que les canons de la seconde guerre mondiale eurent cessé de gronder, la compagnie tenta en vain de reproduire le « miracle » avec Le Trésor des Aztèques, réutilisant à peu près le même scénario, et avec Devil Bat’s Daughter, prenant les allures trompeuses d’une séquelle de La Chauve-souris vampire.

 

© Gilles Penso


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LE DÉBUT DE LA FIN (1957)

Peter Graves, futur héros de la série Mission impossible, lutte contre des sauterelles géantes mutantes qui attaquent la population…

BEGINNING OF THE END

 

1957 – USA

 

Réalisé par Bert I. Gordon

 

Avec Peter Graves, Peggie Castle, Thomas B. Henry, Morris Ankrum, Than Wyenn, Richard Benedict, James Seay

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Second long-métrage de Bert I. Gordon, Le Début de la fin s’ouvre sur un couple s’embrassant dans une voiture en pleine campagne, jusqu’à ce qu’une chose terrifiante ne fasse hurler la demoiselle. La carcasse broyée du véhicule est bientôt retrouvée par la police, sans la moindre trace du couple. Ce n’est que le prélude d’une catastrophe colossale. Car en l’espace d’une nuit, la petite ville de Ludlow a été entièrement détruite et ses cent cinquante habitants ont disparu inexplicablement. La pimpante journaliste new-yorkaise Audrey Ames (Peggy Castle) décide alors de mener l’enquête. Ses investigations la mènent jusqu’au docteur Ed Wainwright, incarné par le charismatique Peter Graves. Alors âgé de trente et un an, le futur héros de Mission impossible avait déjà joué dans près d’une quarantaine de films et de séries télévisées, affrontant même à l’occasion quelques monstres comme dans Les Tueurs de l’espace ou It Conquered the World.

Ici, le voilà reconverti en scientifique œuvrant pour le ministère de l’agriculture. Ses expériences portent sur l’effet des radiations sur la photosynthèse des plantes. Il obtient ainsi des fruits et légumes géants qui pourraient régler, à terme, les problèmes de la faim dans le monde. Mais lorsque les responsables de la destruction de Ludlow, des sauterelles gigantesques, font bientôt leur apparition, le blond savant se rend à l’évidence : les insectes ont mangé ses fruits radioactifs et ont muté. Voraces, monstrueux, ils semblent indestructibles et s’apprêtent maintenant à envahir Chicago. Ed déclare alors à Audrey : « nous sommes peut-être les témoins du début d’une nouvelle ère qui annonce l’annihilation de l’être humain ». Malgré la maladresse des incrustations et les liserés tremblants qui entourent les insectes, la dynamique des plans composites est souvent très efficace et les effets sonores stressants à souhait. Lorsqu’il veut se montrer épique, le cinéaste mélange des stock shots de l’armée, des images d’archives de foule qui court dans les rues, des insectes pâlichons rétroprojetés derrière les comédiens et des explosions en tout genre.

Quand les acteurs se mangent entre eux !

Les plans les plus surprenants sont finalement ceux où les sauterelles sont filmées au milieu de photos de la ville. C’est là où l’illusion fonctionne le mieux, notamment lorsqu’on les voit escalader des façades d’immeubles. Le problème, c’est que ces monstres ne représentent jamais la moindre menace aux yeux des spectateurs. Ils ressemblent simplement à ce qu’ils sont : de vraies sauterelles agrandies maladroitement à l’écran par tous les moyens imaginables. Deux cents spécimens furent employés à cet effet, mais Gordon découvrit avec effroi qu’ils se dévoraient entre eux et fut contraint d’achever son tournage avec une petite douzaine de sauterelles seulement ! Le film s’achemine tranquillement vers la destruction de ces aberrations de la nature, grâce à une astuce trouvée par un Peter Graves déjà féru de missions impossibles, tandis que la journaliste, qu’on avait un peu hâtivement considérée comme l’héroïne dynamique de ce récit, est bien rapidement reléguée au rang de potiche poussant des hurlements et se réfugiant dans les bras du valeureux savant.

 

© Gilles Penso


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