SMILE (2022)

Traumatisée par le suicide sanglant d’une de ses patientes, une thérapeute se retrouve victime d’une terrifiante malédiction…

SMILE

 

2022 – USA

 

Réalisé par Parker Finn

 

Avec Sosie Bacon, Jessie T. Usher, Kyle Gallner, Robin Weigert, Caitlin Stasey, Kal Penn, Rob Morgan, Judy Reyes, Gillian Zinser, Jack Sochet

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

En 2020, Parker Finn réalise le court-métrage Laura Hasn’t Sleep (« Laura n’a pas dormi »), un huis-clos de onze minutes dans lequel une femme terrifiée (Caitlin Stasey) raconte ses cauchemars à un psychiatre (Lew Temple). Ce petit film très efficace fait un grand effet lors de sa projection en festival, notamment lors du South of Southwest où il remporte le prix spécial du jury dans la catégorie « Midnight Short ». Impressionnés par ce galop d’essai, les cadres de Paramount Pictures proposent au jeune réalisateur d’entrer dans la cour des grands en tirant de Laura Hasn’t Sleep un long-métrage dont il pourrait signer lui-même le scénario et la mise en scène. C’est en septembre 2021 que le projet est officiellement annoncé, d’abord sous le titre Something’s Wrong With Rose (« Quelque chose ne va pas avec Rose ») puis sous son appellation définitive de Smile (« Sourire », tout simplement). S’il se laisse sans doute (consciemment ou non) influencer par Ring et It Follows, Parker Finn s’efforce d’aborder son scénario sous un angle nouveau, comme s’il construisait pièce par pièce le puzzle d’un cauchemar n’en finissant plus de s’intensifier jusqu’au point de non-retour, avec en filigrane l’idée du sourire détourné de sa fonction première pour véhiculer non pas la joie ou l’empathie mais au contraire la menace et l’épouvante.

L’éprouvant prégénérique de Smile (long de presque un quart d’heure) coince son personnage principal entre deux traumatismes qui entrent étrangement en résonnance, l’un ancré dans le passé, l’autre surgissant au présent. Thérapeute dans un service psychiatrique, le docteur Rose Cotter (Sosie Bacon) a été marquée dans son enfance par le suicide de sa mère. Désormais, elle côtoie chaque jour les patients les plus déstabilisés dans l’espoir de leur venir en aide. Alors qu’elle s’apprête à rentrer chez elle après de longues heures de garde, une patiente entre dans l’établissement. Il s’agit de Laura Weaver (Caitlin Stasey, reprenant le rôle qu’elle tenait dans le court-métrage original). En état de choc, cette étudiante diplômée a été témoin du suicide d’un de ses professeurs et panique à l’idée d’être désormais frappée d’une malédiction. Partout, elle voit des visages arborant un sourire féroce et annonçant sa mort prochaine. Rose tente de la raisonner, mais c’est trop tard : Laura change subitement d’attitude. Elle arbore désormais un large sourire et se tranche la gorge avant de s’effondrer au sol. Profondément choquée par ce qu’elle vient de vivre, Rose bénéficie d’une semaine de congé, au cours de laquelle son superviseur lui conseille de se reposer. Mais bientôt des visions cauchemardesques envahissent son quotidien. Et si la malédiction qu’évoquait Laura était réelle ? Et si Rose en était devenue la prochaine victime ?

Vivre et laisser sourire

L’une des grandes qualités du court Laura Hasn’t Sleep était sa direction d’acteurs. C’est aussi l’un des atouts majeurs de Smile. Sosie Bacon parvient à nous communiquer ses fêlures et ses terreurs avec tellement de conviction et d’intensité que l’angoisse s’immisce partout dans le film, même lorsqu’il ne s’y passe rien de particulier. Parker Finn ne se réfrène pas pour autant sur les effets choc, quitte à abuser parfois des jump-scares pour faire sursauter les spectateurs (mais toujours avec une redoutable efficacité, il faut l’avouer). Ce climat oppressant est aussi entretenu par ce que fait la caméra, indépendamment des dialogues et du jeu des comédiens. Dès l’entame du film, plusieurs plans-séquence relient certaines actions, certains lieux ou certains personnages entre eux, pour induire déjà par le seul langage cinématographique l’idée des relations de cause à effet, mais aussi pour évoquer la présence d’une entité omnisciente qui évoluerait indépendamment des lois physiques habituelles. Et lorsque l’image bascule et que le sol devient ciel, le malaise obtenu s’appuie sur l’inversion des repères (le sourire qui devrait être réconfortant est désormais vecteur de frayeur). La mise en forme soignée (jeux sur les longues focales pour isoler les visages dans le flou, ruptures dans la bande son, musique atonale stressante) n’est donc pas autosuffisante mais sert bien le propos du film, autrement dit la lente descente aux enfers d’une protagoniste dont l’éventuel salut ne peut passer que par l’affrontement de son trauma d’enfance et le rejet de la culpabilité qui la ronge depuis des décennies. Gros succès au box-office, Smile aura rapporté plus de douze fois don budget initial de 17 millions de dollars. Joli coup pour Paramount, qui envisageait au départ de distribuer directement le film sur ses plateformes de streaming avant de se raviser pour lui offrir une vraie sortie en salles.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

ARTHUR MALÉDICTION (2022)

Un film d’horreur situé dans le prolongement d’Arthur et les Minimoys ? Une drôle d’idée concoctée par Luc Besson…

ARTHUR MALÉDICTION

 

2022 – FRANCE

 

Réalisé par Barthélémy Grossmann

 

Avec Mathieu Berger, Thalia Besson, Lola Andreoni, Yann Mendy, Jade Pedri, Vadim Agid, Marceau Ebersolt, Mikaël Halimi

 

THEMA CONTES I SAGA ARTHUR ET LES MINIMOYS

Le concept d’Arthur Malédiction peut sembler totalement excentrique. Il est pourtant né d’une réflexion à la logique supposément imparable. Puisque les enfants qui ont aimé la trilogie d’Arthur et les Minimoys sont devenus de jeunes adultes, ils s’intéressent maintenant aux films d’horreur. Dans ce cas, pourquoi ne pas concocter un long-métrage déclinant sous le mode effrayant la mythologie des petites créatures mises en scène par Luc Besson ? Sur le papier, l’idée pouvait se défendre. En pratique, c’est une toute autre histoire. Le problème majeur réside dans le fait que les Minimoys ne sont pas entrés dans la culture populaire et n’ont rien d’un objet de culte, malgré leur relatif succès à l’époque. Capitaliser là-dessus était donc d’emblée une idée douteuse. Par conséquent, mettre en scène un groupe d’étudiants qui vouent un culte fanatique aux Minimoys au point de tapisser leurs murs avec les posters des films, de collectionner les peluches de toutes les créatures, de se costumer comme les personnages et de revoir inlassablement la trilogie en DVD est totalement irréaliste, pour ne pas dire présomptueux. C’est pourtant le point de départ d’Arthur Malédiction, qui démarre donc d’emblée avec un sacré handicap.

Les huit héros du film sont un groupe d’amis de 18 ans qui connaissent Arthur sur le bout des doigts. Pour fêter l’anniversaire d’Alex (Mathieu Berger), le plus fan de tous (sa chambre ressemble à celle d’un gamin de huit ans), ses copains ont déniché un cadeau imparable : ils ont retrouvé la maison dans laquelle s’est déroulé le tournage de la trilogie de Luc Besson ! Quelle joie immense ! C’est donc à une véritable quête du Graal que se vouent les huit compagnons, partis avec deux voitures, des tentes, des sacs de couchage et des provisions pour arpenter les routes de campagne de la France profonde. Le sympathique week-end amical (et plus si affinités) qui se prépare va hélas prendre une tournure cauchemardesque… Mis en scène par Barthélémy Grossmann (réalisateur du long-métrage 13m2 et de la série d’animation Lascars), les jeunes comédiens (tous des inconnus, parmi lesquels on découvre Thalia Besson, l’une des filles de Luc) font ce qu’ils peuvent et ne s’en sortent pas si mal, malgré les dialogues ineptes et les comportements balourds dont ils sont affublés. Mais la facture très approximative du film et ses effets de style agaçants (jump cuts maniérés, accélérés/ralentis et autres cache-misère saugrenus) sont une épreuve pour les spectateurs les plus indulgents. Le pire reste pourtant à venir…

Le service Minimoy

Plus le film avance, plus il devient évident que le scénario patine à l’aveuglette (il ne se passe strictement rien pendant 50 bonnes minutes). Grossmann a beau faire des coups de zoom accompagnés de coups de violons intempestifs sur une paire de chaussure suspendue dans une cabane, filmer en très gros plan la dentition amochée d’un autochtone patibulaire ou demander à tous les personnages de jouer à se faire peur dans l’espoir de faire sursauter les spectateurs, rien n’y fait : on comprend assez vite qu’Arthur Malédiction ne va nulle part et ne sait que faire de son concept absurde. Les choses s’accélèrent un peu en dernière partie de métrage (ça crie, ça saigne, ça s’agite, ça tombe dans des trous), mais c’est pour s’acheminer vers l’une des résolutions les plus niaises de l’histoire du cinéma. Arthur Malédiction était donc clairement une fausse bonne idée (ou tout simplement une mauvaise idée), le film ayant en outre été tourné en dépit du bon sens, dans les conditions d’un projet d’étude sollicitant une main d’œuvre quasiment bénévole (les élèves de l’école de cinéma fondée par Luc Besson). L’existence de ce long-métrage improbable n’a été révélée publiquement qu’en mars 2022, soit trois mois avant sa sortie dans les salles françaises. L’accueil du public fut indifférent, pour ne pas dire glacial. Pauvres Minimoys, méritaient-ils un tel sort ?

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

EGŌ (2022)

Une préadolescente découvre un œuf dans la forêt et décide de le ramener chez elle, sans se douter des terribles conséquences de ce geste…

PAHANHAUTOJA

 

2022 – FINLANDE

 

Réalisé par Hanna Bergholm

 

Avec Siiri Solalinna, Sophia Heikkila, Jani Volanen, Reino Nordin, Oiva Ollila, Saija Lentonen, Ida Maattanen

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I MUTATIONS I ENFANTS I DOUBLES

Egō est le premier long-métrage de la réalisatrice finlandaise Hanna Bergholm, signataire d’une demi-douzaine de courts-métrages et d’une dizaine d’épisodes de séries TV. Tout est parti de l’idée d’une jeune fille effrayée à l’idée de décevoir sa mère et mettant tout en œuvre pour être acceptée telle qu’elle est. De peur que l’amour maternel s’étiole, cette héroïne encore enfant doit cacher ses émotions et les enfouir au plus profond de son âme. Tel est le point de départ de Pahanhautoja (un terme finlandais qui évoque le fléau et l’intention malveillante), titre que les Américains ont choisi de traduire par Hatching (« Éclosion ») et les Français par Egō. Plus elle travaille cette idée, plus Hanna Bergholm sent qu’il lui faut utiliser le filtre de la métaphore pour la développer pleinement. D’où le recours à l’épouvante et l’horreur. Peu familière avec le genre, la réalisatrice s’immerge dans une grande quantité de films emblématiques, parmi lesquels plusieurs lui font forte impression, notamment Grave de Julia Ducournau, Mister Babadook de Jennifer Kent, Morse de Tomas Alfredson, Les Autres d’Alejandro Amenabar ou encore le Suspiria de Luca Guadagnino. Egō courait alors le risque de n’être qu’une compilation de ce tissu d’influence. Or il n’en est rien. Le premier long-métrage de Bergholm est une œuvre coup de poing qui se distingue justement par sa singularité.

Les premières images du film dressent le tableau idyllique d’une famille finlandaise heureuse. Tinja (Siiri Solalinna), 12 ans, pratique la gymnastique, sous le regard admiratif de sa mère (Sophia Heikkila) qui filme leur quotidien pour l’exposer fièrement sur son blog très populaire. Le père (Jani Volanen) est jovial, le petit frère (Oiva Ollila) malicieux, leur maison de banlieue est belle et bien décorée. Bref tout va bien dans ce joli cocon. Mais soudain l’intrusion d’un corbeau met à mal ce bel équilibre – physiquement mais aussi psychologiquement. Le volatile croasse en cassant tout sur son passage. Les verres se brisent, le beau lustre tombe, la table basse explose. Toutes ces fêlures matérielles annoncent celles qui vont se dessiner dans les esprits des personnages. Car cette vision souriante du foyer nordique parfait n’est bien sûr qu’une façade. Les sourires sont forcés, les véritables sentiments profondément enfouis. Il y a là de l’hypocrisie, de la frustration, du mensonge, de la jalousie… Lorsque le corbeau est capturé par Tinja, tué par la mère et jeté à la poubelle, les choses devraient rentrer dans l’ordre. Mais c’est trop tard. Réveillée au milieu de la nuit par d’horribles croassements, la jeune fille découvre dans la forêt voisine un œuf qu’elle décide de ramener chez elle et qu’elle cache sous son oreiller. Or l’œuf va grandir de manière inattendue…

Éclosion

Egō joue sans cesse sur l’ambiguïté des émotions et l’ambivalence des sentiments, à l’image de Tinja qui sourit de toutes ses dents face à sa mère puis arbore soudain une mine sombre lorsqu’elle a le dos tourné. La forme du film se laisse contaminer par le fond et adopte aussi des ruptures de ton étonnantes. Lorsque la jeune héroïne se familiarise avec l’étrange créature surgie de son œuf (une très belle création animatronique conçue par Gustav Hoegen, pilier de la saga Star Wars depuis Le Réveil de la Force), plusieurs séquences de E.T. nous reviennent en mémoire. Mais l’on se doute insidieusement que le caractère merveilleux de la situation s’apprête à basculer dans l’horreur. De fait, une autre référence moins paisible finit par prendre le relais : Incidents de parcours de George Romero. Car cette créature s’apprête à devenir le Mister Hyde de Tinja, sa part sombre et bestiale, le monstre qui sommeille en elle… mais aussi en chacun de nous. La jeune fille finit donc par s’inquiéter de ses propres pensées, susceptibles de s’avérer hors de contrôle et destructrices. C’est là une passionnante métaphore de l’entrée dans l’adolescence, de la métamorphose du corps et du comportement, mais aussi et surtout du décalage entre ce que les adultes attendent de leurs enfants et ce que ces derniers sont au fond d’eux-mêmes. La douce tyrannie exercée par la mère de Tinja (qui vit à travers elle sa frustration de ne pas avoir été elle-même une championne de patinage artistique) est au cœur de ce drame monstrueux qui semble sans issue. Porté par la double prestation impressionnante de Siiri Solalinna et Sophia Heikkila, Egō a remporté le Grand Prix et le Prix du Jury Jeunes au Festival international du film fantastique de Gérardmer en 2022. Une double récompense amplement méritée.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

LES CHRONIQUES DE NOËL (2018)

Kurt Russell incarne un Père Noël cool et rock’n roll dont la tournée de cadeaux est accidentellement interrompue par deux enfants…

THE CHRISTMAS CHRONICLES

 

2018 – USA

 

Réalisé par Caly Kaytis

 

Avec Kurt Russell, Judah Lewis, Darby Camp, Lamorne Morris, Kimberly Williams-Paisley, Oliver Hudson

 

THEMA CONTES

Les Chroniques de Noël est produit par Chris Columbus, ce qui a poussé tout naturellement les équipes marketing du film à écrire en gros sur l’affiche : « Par les créateurs de Harry Potter à l’école des sorciers et Maman j’ai raté l’avion. » Cette mention est un brin opportuniste, bien sûr, mais elle n’est pas foncièrement mensongère. Scénariste de Gremlins et réalisateur de Miss Doubtfire, Columbus a indéniablement le sens de la fête. Dans le cas présent, il cède cependant le fauteuil du réalisateur à Clay Kaytis, un grand spécialiste de l’animation à l’œuvre notamment sur Pocahontas, Le Bossu de Notre-Dame, Hercule, Mulan, Tarzan, Kuzco, La Planète au trésor, Chicken Little, Raiponce, Les Mondes de Ralph, La Reine des neiges, bref le dessus du panier des studios Disney depuis le milieu des années 90. Après avoir gagné ses galons de réalisateur sur Angry Birds : le film, Kaytis s’attaque avec Les Chroniques de Noël à son premier long-métrage « live » et s’en sort avec les honneurs. Le scénario, qui s’appuie sur une idée originale de Matt Lieberman (Free Guy) et David Guggenheim (Sécurité rapprochée), entend bien dépoussiérer un peu les traditionnels contes de Noël par le biais d’un récit gorgé d’énergie et de trouvailles visuelles.

C’est par le prisme d’un caméscope que nous sont racontées les premières vignettes du film. Une famille aimante fête joyeusement Noël chaque année. Les enfants grandissent, les coupes de cheveux changent, mais l’enthousiasme reste communicatif et le fameux « esprit de Noël » est bel et bien là… jusqu’au décès du père (Oliver Hudson), moteur de ces festivités annuelles. Depuis, l’ambiance est un peu morose chez les Pierce. Claire (Kimberly Williams-Paisley), la mère infirmière, passe une grande partie de ses soirées à l’hôpital. Teddy (Judah Lewis), le fils ado, commence à multiplier les mauvaises fréquentations. Quant à Kate (Darby Camp), la petite sœur, elle repasse inlassablement les vidéos des Noëls précédents en espérant retrouver cette ambiance festive désespérément évaporée. Le soir de Noël 2018, Kate a une idée saugrenue : essayer de filmer le Père Noël avec le caméscope. Teddy accepte de mauvaise grâce de participer à son plan. A partir de là, rien ne va se passer comme prévu et les catastrophes vont s’enchaîner…

Santa Kurt

La grande idée du film est d’avoir confié le rôle du Père Noël à Kurt Russell. Le héros de New York 1997 nous offre une version détendue, cool, charismatique et imperturbable du bon vieux Santa, loin de l’imagerie d’Epinal véhiculée par les publicités (et notamment par la marque Coca Cola). Son agacement face à sa représentation systématiquement ventripotente et sa manière désabusée d’expliquer que le fameux « oh oh oh » est une pure invention sont des moments savoureux. Les Chroniques de Noël repose en très grande partie sur ses épaules, le duo d’enfants agissant principalement comme faire-valoir de ce Pépère Noël. Pour autant, Caly Kaytis n’oublie pas son passé dans le cinéma d’animation et s’appuie sur le scénario de Matt Lieberman pour doter son film d’un rythme extrêmement soutenu. Généreuse, l’aventure se veut 100% distrayante, quitte à partir dans toutes les directions : les séquences de voltige spectaculaires, les poursuites de voitures dans les rues de Chicago, les gags visuels à répétition et même une séquence de comédie musicale (dans laquelle Kurt Russell nous rappelle qu’il fut Elvis Presley le temps d’un téléfilm réalisé par John Carpenter). L’animation elle-même a son droit de cité à travers les facéties de lutins et des rennes (dont le rendu cartoonesque aurait sans doute mérité d’être plus soigné), aux accents d’une partition épique de Christophe Beck. Souvent drôle, Les Chroniques de Noël sait aussi faire vibrer la corde sensible en évoquant de manière récurrente les douleurs successives à l’absence du père et les difficultés de reconstruction d’une chaîne familiale dont on a brisé un maillon. Diffusé directement sur Netflix, le film eut un tel succès qu’il entraîna deux ans plus tard la mise en chantier d’une séquelle dirigée cette fois-ci par Chris Columbus.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

A CHRISTMAS HORROR STORY (2015)

Un lycée hanté, des elfes morts-vivants, un enfant possédé et un démon ancestral sont au menu de ce conte de Noël pas comme les autres…

A CHRISTMAS HORROR STORY

 

2015 – CANADA

 

Réalisé par Grant Harvey, Steven Hoban, Brett Sullivan

 

Avec William Shatner, George Buza, Rob Archer, Zoé De Grand Maison, Alex Ozerov, Shannon Kook, Amy Forsyth, Jeff Clark, Michelle Nolden

 

THEMA CONTES I DIABLE ET DÉMONS I ENFANTS I FANTÔMES

C’est l’équipe à la tête de la trilogie Ginger Snaps, relecture audacieuse du mythe du loup-garou sous un angle adolescent contemporain et féminin, qui est à l’initiative de A Christmas Horror Story. Steven Hoban qui en a eu l’idée originale, est le producteur des trois Ginger Snaps. A ses côtés, Grant Harvey fut réalisateur de deuxième équipe du premier puis co-producteur des deux suivants. Quant à Brett Sullivan, il fut monteur du Ginger Snaps original et réalisateur de ses séquelles. Hoban, Harvey et Sullivan décident donc d’unir leurs forces pour réaliser ensemble cette « Histoire d’horreur de Noël » qu’ils situent dans la petite ville fictive de Bailey Down… où se déroulaient justement les trois Ginger Snaps. A Christmas Horror Story est un film à sketches en quatre segments dont le fil conducteur est assuré par William Shatner, dans le rôle d’un animateur radio bourru et porté sur la bouteille répondant au sobriquet de Dangerous Dan. La première originalité du film repose sur le fait que les sketches ne se succèdent pas l’un après l’autre, comme dans les films d’anthologie classiques, mais sont montés en parallèle. Les histoires avancent donc ensemble et se dénouent au fur et à mesure, chacune renforçant l’impact et l’effet de suspense des autres. D’autre part, tous ces récits se déroulent simultanément – la nuit de Noël – et sont reliés par des personnages ou des événements communs.

La première histoire concerne Dylan, Ben et Molly, trois adolescents qui décident de s’introduire par effraction dans leur lycée, qui fut autrefois un couvent cachant de lourds secrets, pour y enquêter sur le meurtre de deux étudiants survenus dans le sous-sol de l’établissement l’année précédente. La seconde s’intéresse à Scott, qui convainc sa femme et leur jeune fils de pénétrer dans un grand bois pour y couper un sapin afin de le ramener dans leur salon et de le décorer. Dans le troisième récit, Taylor, Diane et leurs enfants partent rendre visite à contrecœur à leur vieille tante Edda, visiblement obsédée par le légendaire Krampus qui hanterait les nuits hivernales. Le héros de la quatrième histoire est le Père Noël en personne (George Buza, qui n’est pas sans présenter d’étonnantes ressemblances avec Michael Lonsdale), troublé par une épidémie de rage qui semble gagner un à un tous ses lutins. Tandis que Dangerous Dan continue d’alimenter les ondes radio de réflexions désabusées et de standards musicaux de fin d’année, les trois lycéens s’enfoncent dans les souterrains lugubres de leur école, le fils de Scott disparaît dans les bois, le séjour chez tante Edda tourne au vinaigre et le Père Noël se retrouve seul face à une armée d’elfes zombies !

Santa versus Krampus !

Le fait d’entremêler de manière quasiment organique chacun des courts récits permet de doter A Christmas Horror Story d’une unité et d’une cohésion dont bénéficient rarement les films à sketches, tout en jouant sur l’attente des spectateurs. A chaque moment crucial, l’action s’interrompt pour aller découvrir ce qui se passe en parallèle. Réalisé avec soin, interprété avec conviction, le long-métrage parvient à surprendre sans cesse tout en déployant un bestiaire généreux : les fameux elfes morts-vivants (il fallait y penser !) mais aussi des Trolls cachés dans les ténèbres et surtout le redoutable Krampus. En tous points conforme à l’imagerie traditionnelle, ce monstre cornu aux attributs sataniques se prépare à un duel au sommet contre le Père Noël mué en guerrier impitoyable, le tout dans un décor glacial déstabilisant qui ressemble bien plus à une administration lugubre qu’à l’usine à jouets multicolore que nous décrit habituellement l’imagerie classique. Très réussis, les maquillages spéciaux et les effets animatroniques sont supervisés par David Scott (à l’œuvre sur Ginger Snaps bien sûr, mais aussi sur Jack Brooks et Solomon Kane). Riche en rebondissements, A Christmas Horror Story s’achève sur une chute inattendue, savoureuse et cruellement ironique, cerise sur le gâteau de ce quadruple conte de Noël horrifique très recommandable.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

SANTA CLAUS (1985)

L’équipe de Supergirl se réunit pour raconter les origines d’un autre super-héros : le Père Noël !

SANTA CLAUS : THE MOVIE

 

1985 – GB / USA

 

Réalisé par Jeannot Szwarc

 

Avec David Huddleston, Dudley Moore, John Lithgow, Burgess Meredith, Judy Cornwell, Jeffrey Kramer, Christian Fitzpatrick, Carrie Kei Heim, John Barrard

 

THEMA CONTES

En 1985, l’étoile des producteurs Alexander et Ilya Salkind ne brille plus avec autant d’éclat qu’avant. Les succès de Superman et Superman 2 commencent un peu à dater, Superman 3 n’a pas remporté tous les suffrages et Supergirl a peiné à convaincre le grand public. Il est sans doute temps de s’éloigner des super-héros de DC pour tenter une autre aventure. En s’appuyant sur un scénario co-écrit par David et Leslie Newman, les Salkind décident donc de réinventer sous forme de blockbuster le mythe du Père Noël. Plusieurs réalisateurs sont envisagés, notamment John Carpenter, Robert Wise, Lewis Gilbert et Guy Hamilton (ces deux derniers étant des piliers de la saga James Bond). Mais aucun ne réussit à s’entendre pleinement avec les producteurs, qui optent finalement pour Jeannot Szwarc, heureux de leur collaboration avec lui sur Supergirl. Le concept du film consiste à raconter les origines du Père Noël pour ensuite le confronter à un vilain dans le New York contemporain. Nous avons donc affaire à une « origin story » en tous points conforme à ce qui se pratique dans le domaine des adaptations de comic books. Le titre original, Santa Claus : The Movie, rappelle d’ailleurs celui de Superman : The Movie. Contrairement au vieil homme malicieux qu’on aurait pu imaginer dans le rôle principal, Szwarc opte pour un colosse barbu et quinquagénaire qui aurait pu se mesurer à Arnold Schwarzenegger dans Conan le barbare. Il s’agit de l’acteur David Huddleston, un vétéran du petit et du grand écran qu’on allait ensuite retrouver dans le rôle-titre de The Big Lebowsky.

Nous voilà d’abord dans un moyen-âge de carte postale, quelque part dans le grand nord. Un sympathique bûcheron nommé Claus (Huddleston) livre chaque année à Noël des jouets sculptés à la main aux enfants de son village, accompagné de sa femme Anya (Judy Cornwell) et de leurs rennes Donner et Blitzen. Une nuit, pris au milieu d’une tempête de neige, ils sont sauvés par des elfes et emmenés dans leur atelier magique au pôle Nord. Tous deux découvrent avec stupeur que leur venue a été prophétisée, que le destin de Claus est de livrer aux enfants du monde entier les jouets fabriqués par les elfes et qu’ils vivront éternellement. Le plus vieux des elfes rebaptise alors Claus « Père Noël. » « Le temps voyagera à ton côté et la nuit du monde sera suspendue en dehors du temps pour toi », explique-t-il non sans poésie, lorsque Claus émet des doutes quant à sa capacité à apporter des jouets à tous les enfants du monde en une seule nuit. Ce don s’assortit d’un autre pouvoir qui le rapproche comme par hasard de Superman : il pourra voler. C’est ainsi que se met en place la mythologie du Père Noël…

Un traîneau à la traîne…

Soyons honnêtes : Santa Claus est un film désespérément kitsch, gorgé de chansons sirupeuses, de cantiques religieux et d’images d’Epinal difficiles à appréhender au premier degré. Au bout d’une heure de métrage, un semblant d’intrigue se met enfin en place, avec l’amitié improbable entre une petite fille riche et un jeune vagabond, les facéties d’un elfe incarné par Dudley Moore qui débite à un rythme effréné de joyeux calembours (« Je suis un elfe made man », « je n’aime pas que le traîneau traîne ») et les plans machiavéliques d’un fabricant de jouets sans scrupule incarné par John Lithgow. Malgré son important déploiement de moyens, ses grands décors, sa figuration nombreuse et ses effets visuels inventifs (quoique sérieusement datés) conçus par l’équipe de la saga Superman (Derek Meddings, Roy Field, David Lane), Santa Claus ne distille qu’avec beaucoup de parcimonie la magie qu’il est censé délivrer aux spectateurs, entravé par un scénario paresseux et pataud dénué du moindre enjeu digne de ce nom. Le film échouera à déplacer les foules dans les salles de cinéma, poussant les Salkind à revoir leurs ambitions à la baisse pour la suite de leur carrière. Ce sera par ailleurs la dernière réalisation de grande envergure de Jeannot Szwarc, qui signera ensuite quelques comédies françaises anecdotiques (La Vengeance d’une blonde, Hercule & Sherlock, Les Sœurs soleil) puis se spécialisera avec succès dans la réalisation d’épisodes de séries TV.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

CHRISTMAS BLOODY CHRISTMAS (2022)

Le Père Noël animatronique d’un magasin de jouets se dérègle et massacre tous ceux qu’il trouve sur son chemin…

CHRISTMAS BLOODY CHRISTMAS

 

2022 – USA

 

Réalisé par Joe Begos

 

Avec Riley Dandy, Sam Delich, Jonah Ray, Dora Madison, Jeff Daniel Philips, Abraham Benrubi, Jeremy Gardner, Graham Skipper, Kansas Bowling

 

THEMA ROBOTS

Réalisateur des thrillers de science-fiction Almost Human et The Mind’s Eye, du film d’épouvante Bliss et du polar horrifique VFW, Joe Begos ambitionne dans la foulée de mettre en scène un remake de Douce nuit sanglante nuit, le fameux slasher de 1984 dans lequel se déchaînait un père Noël psychopathe armé d’une hache. Pour varier les plaisirs (un remake a déjà été produit en 2012), Begos imagine que son tueur n’est pas un simple désaxé mais un robot indestructible qui se dérègle. Plus il le développe, plus le projet s’éloigne du film original, et l’idée de remake est finalement abandonnée. Begos ne lâche pourtant pas l’affaire et décide de mettre sur pied un film d’horreur autonome dont il écrit le scénario pendant la pandémie du Covid-19. Ainsi naît Christmas Bloody Christmas, mixage pour le moins surprenant entre Douce nuit sanglante nuit et Terminator, pour lequel le réalisateur tient à utiliser des effets spéciaux à l’ancienne. Son androïde assassin sera donc incarné par un comédien (Abraham Benrubi, vétéran de la série Urgences), d’astucieux effets animatroniques prendront le relais pour montrer les mécanismes du monstre et de véritables cascades et effets pyrotechniques (pour le moins ambitieux, si l’on tient compte du modeste budget du film) jailliront régulièrement à l’écran.

Le ton du film s’annonce d’emblée impertinent, dynamique et très rock’n roll. Saturée de dialogues échangés à un rythme effréné (dans lesquels le mot « fuck » surgit toutes les dix secondes), l’ouverture nous familiarise avec deux des personnages principaux du récit : Tori (Riley Dandy), propriétaire d’un magasin de disques, et Robbie (Sam Delich), son employé. Alors qu’ils ferment boutique le soir de Noël, tous deux décident d’aller boire un dernier verre avant de se séparer. A deux pas, dans une boutique de jouets tenue par un jeune couple (Jonah Ray et Dora Madison), se trouve l’un des animatroniques dernier cri de la marque RoboSanta + : une machine humanoïde en forme de Père Noël dotée d’une intelligence artificielle. Or un flash d’informations nous a appris en tout début de métrage que les robots de cette génération ont été rappelés en raison d’un certain nombre de dysfonctionnements liés à leur technologie première issue du département de la Défense du gouvernement américain. Ce qui devait arriver arrive : l’androïde se réveille, s’arme d’une hache et se lance dans un massacre que rien ne semble pouvoir arrêter…

Santarminator

La liberté de ton du film, ses répliques qui fusent et sa patine extrêmement soignée emportent assez rapidement l’adhésion. L’abattage naturel et la justesse des deux acteurs principaux aident beaucoup à les crédibiliser et permettent d’accepter ces innombrables références pop émaillant leurs répliques (Black Christmas, Simetierre 2, La Fin de Freddy, Hellraiser 2, Chucky 2, Alien Covenant, Blair Witch 2 et le hard rock des années 80/90) qui, dans un autre contexte, auraient pu sembler artificielles et inutilement post-modernes. Parallèlement, Joe Begos filme les exactions de son « Robot Santa » sanguinaire avec une brutalité et une violence déconcertantes, comme si les univers de Quentin Tarantino et Rob Zombie fusionnaient pour donner naissance à un film contre-nature rétif à toutes les étiquettes. Le concept premier (un Père Noël robot tueur, tout de même !) aurait logiquement dû générer une parodie ou tout du moins une série B ne se prenant pas du tout au sérieux. Or si Christmas Boloody Christmas ne manque pas d’humour, les méfaits de son monstre animatronique sont traités au premier degré et sans la moindre concession. Quand elle n’est pas surchargée de morceaux de hard rock, la bande son électronique se laisse volontiers inspirer par les musiques de John Carpenter. Le dernier acte cligne d’ailleurs de l’œil vers Assaut et Halloween, même si la référence majeure du film reste Terminator, comme en témoigne ce climax mouvementé et cauchemardesque.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT : COMA DÉPASSÉ (1989)

Plongé dans le coma, le tueur du film précédent entre en contact avec une jeune médium aveugle qui l’aperçoit dans ses cauchemars…

SILENT NIGHT DEADLY NIGHT 3 : BETTER WATCH OUT!

 

1989 – USA

 

Réalisé par Monte Hellman

 

Avec Bill Moseley, Richard Beymer, Samantha Scully, Eric Da Re, Laura Harring, Robert Culp, Elizabeth Hoffman, Richard C. Adams, Melissa Hellman

 

THEMA TUEURS I SAGA DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT

Ancien poulain de Roger Corman, Monte Hellman a notamment réalisé pour son compte La Bête de la caverne hantée et L’Halluciné (un film patchwork co-dirigé officieusement par Corman, Jack Hill, Francis Ford Coppola et Jack Nicholson !). Après deux décennies de séries B habilement ficelées, le producteur Arthur Gorson propose à Hellman de diriger la deuxième suite de Douce nuit sanglante nuit. Peu convaincu par le scénario co-écrit par Gorson et S.J. Smith, le cinéaste propose de le réécrire avec l’aide de Rex Werner, de Steven Gaydos et de sa propre fille Melissa Hellman. Le premier script rejeté ne sera pas totalement abandonné, puisqu’il servira de base au film suivant, Douce nuit sanglante nuit : l’initiation. Ces nombreuses réécritures entraînent une mise en production précipitée. Le scénario final de Douce nuit sanglante nuit 3 est donc rédigé en mars 1989, le tournage s’achève un mois plus tard, le montage est effectué en mai et le film projeté pour la première fois au mois de juillet. Hellman a l’habitude de ce rythme effréné, mais le résultat final en pâtit forcément. Car autant le dire tout de suite : ce Douce nuit sanglante nuit 3 (dont le sous-titre original, Better Watch Out, fait référence aux premières paroles du standard de Noël « Santa Claus is coming to town ») est terriblement bâclé. À ses côtés, le deuxième volet, pourtant pas un modèle d’excellence, passerait presque pour un chef d’œuvre, c’est dire !

La scène d’ouverture est déjà parfaitement improbable. La jeune Laura Anderson (Samantha Scully) se réveille dans une pièce immaculée, vient au chevet d’un homme dans le coma qui se réveille soudain, un scalpel à la main, et la pourchasse dans les couloirs. Paniquée, elle rencontre soudain le Père Noël, monte sur ses genoux et lui énonce la liste des cadeaux qu’elle voudrait (une poupée Barbie, une bicyclette, des chaussons de danse, une montre Mickey) mais s’interrompt lorsque le bon gros Santa brandit un couteau acéré dans sa direction. Elle hurle et se réveille en sursaut. C’était un cauchemar, bien sûr. Laura a des pouvoirs de medium, et le docteur Newbury (Richard Beymer, le Tony de West Side Story) souhaite les utiliser pour entrer en contact avec un homme dans le coma. Ce dernier n’est pas n’importe qui. Il s’agit de Ricky Caldwell, l’assassin qui sévissait dans Douce nuit sanglante nuit 2. La police l’avait abattu d’une myriade de coups de feu, mais il est toujours en vie, maintenu dans un sommeil artificiel grâce à un appareillage médical. Beymer en fait des tonnes dans le rôle de ce médecin obsédé par ses recherches (sourcils froncés, regards écarquillés, mâchoire crispée, voix sentencieuse). Au chevet de son patient comateux comme un docteur Frankenstein observerait sa créature, il dit pour lui-même : « Je veux pénétrer son subconscient, voir ce qu’il voit. » Au moment où Laura prend congé du docteur pour passer la soirée de Noël chez sa grand-mère, Rick sort du coma, tue deux ou trois personnes sur son chemin puis décide de la retrouver…

Les yeux de Laura

Les liens scénaristiques qui unissent ce film au précédent sont tellement ténus qu’on a du mal à les considérer comme faisant partie de la même franchise. Rick n’est d’ailleurs plus interprété par Eric Freeman (dont la prestation « over the top » en avait marqué plus d’un) mais par Bill Moseley, révélé dans Massacre à la tronçonneuse 2 et futur spécialiste du cinéma d’horreur (l’un des sommets de sa carrière future étant le diptyque La Maison des 1000 morts / The Devil’s Rejects). Ici, autant dire que Moseley n’a pas grand-chose à faire, à part déambuler comme un zombie avec un casque translucide sur la tête qui lui donne les allures d’un mutant échappé d’un film de Ed Wood. Entravé par des dialogues idiots (avec des pointes de vulgarité totalement hors-propos), des acteurs peu convaincants, d’interminables passages à vide (les discussions insipides entre le médecin et le policier), une désespérante absence de suspense, des meurtres banals et une intrigue dénuée de péripéties dignes de ce nom, Douce nuit sanglante nuit 3 est un ratage complet. Son visionnage est en soi une épreuve de force. Sorti directement en vidéo, il donnera pourtant suite à deux autres épisodes qui, pour leur part, ne chercheront pas à se raccorder aux films précédents.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

MIRACLE SUR LA 34ème RUE (1947)

Un sympathique vieil homme embauché par un grand magasin affirme qu’il est le véritable Père Noël…

MIRACLE ON 34th STREET

 

1847 – USA

 

Réalisé par George Seaton

 

Avec Maureen O’Hara, John Payne, Edmund Gwenn, Gene Lockhart, Natalie Wood, Porter Hall, William Frawley, Jerome Cowan, Philip Tonge

 

THEMA CONTES

C’est pendant les fêtes de fin d’années, alors qu’il brave la foule de consommateurs massés dans les grands magasins en quête de cadeaux, que le scénariste Valentine Davies se met à se demander comment agirait le véritable Père Noël s’il se retrouvait au beau milieu de cette « fièvre acheteuse ». Peu à peu, cette idée se transforme en histoire complète que Davies soumet à la Twentieth Century Fox. George Seaton (ancien collaborateur des Marx Brothers et co-auteur non crédité du Magicien d’Oz) est alors chargé d’en tirer un scénario complet et de diriger lui-même le film, sous la houlette du puissant producteur Darryl Zanuck. La très influente Motion Picture Association, qui veille alors aux intérêts de l’industrie cinématographique américaine afin de favoriser l’exportation des films, passe quatre mois à scruter le script et à le commenter, incitant le studio à le réviser tout en envisageant toutes sortes de titres possibles, de The Big Heart (« Le grand cœur ») à Meet Me at Dawn (« Retrouvez-moi à l’aube ») en passant par It’s Only Human (« C’est humain »). Celui qui est finalement sélectionné, A Christmas Miracle on 34th Street, change encore à la demande de Zanuck, qui souhaite sortir le film au mois de juin et non pendant l’hiver (au prétexte que les spectateurs sont plus nombreux dans les salles en été). Toute allusion à Noël sera donc effacée du matériel publicitaire et le film s’appellera Miracle on 34th Street (Miracle sur la 34ème rue).

Maureen O’Hara, qui fut une très convaincante Esmeralda face à Charles Laughton dans le Quasimodo de 1939, incarne Doris Walker, une employée du grand magasin Macy’s de la 34ème rue de New York. Elle élève seule sa fille Susan (Natalie Wood, à l’affiche la même année de L’Aventure de Madame Muir) et porte la responsabilité d’une grande parade de Thanksgiving qui doit traverser toute la ville. En découvrant que le père Noël qu’elle a engagé est complètement ivre, elle le renvoie et le remplace au pied levé par un vieil homme affable qui se porte volontaire (Edmund Gwenn). Il s’avère tellement convaincant que le magasin Macy’s l’embauche pour en faire son père Noël officiel. Le problème, c’est que cet homme affirme sans sourciller qu’il s’appelle Kris Kringle et qu’il est le vrai père Noël. Le psychiatre Granville Sawyer (Porter Hall), chargé de son évaluation psychologique, déclare que cet homme est déséquilibré et potentiellement dangereux. Mais le doute finit s’immiscer, face à la bonté, la bonhomie et la malice de ce Kringle plus vrai que nature…

L’affaire Kringle

Le film joue sans cesse sur la suspension d’incrédulité de ses personnages mais aussi de ses spectateurs. Après tout, pourquoi ce sympathique bonhomme ne serait pas vraiment le Père Noël ? Des deux côtés de l’écran, personne n’y croit mais tout le monde veut y croire. A ce titre, la prestation incroyablement convaincante d’Edmund Gwenn (qui fut pourtant un second choix, après le refus de l’acteur Cecil Kellaway) s’avère renversante. Si Santa Claus existait vraiment, c’est sans conteste à cet homme qu’il ressemblerait. Habile, le scénario nous laisse libres de faire notre choix, même si les indices faisant pencher la balance vers la fantasmagorie et le merveilleux s’accumulent sans cesse. C’est là toute la force de ce conte moderne qui s’amuse à questionner la foi et les croyances de chacun, quitte à ridiculiser les sceptiques les plus virulents en retournant contre eux leur propre logique. D’où cette dernière demi-heure consacrée à un procès absurde et pourtant crucial au cours duquel le jeune avocat Fred Gailey (John Payne) va devoir prouver l’impensable face à une cour stricte et conservatrice : non seulement le Père Noël existe mais en plus il s’agit de ce vieil homme assis sur le banc des accusés. Film totem du public américain depuis sa sortie en 1947, Miracle sur la 34ème rue a remporté l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Edmund Gwenn, de la meilleure histoire originale pour Valentine Davies et de la meilleure réalisation pour George Seaton. Joli tiercé gagnant.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

VIOLENT NIGHT (2022)

Imaginez une variante de Piège de cristal dans laquelle Bruce Willis serait remplacé par un Père Noël massif et brutal…

VIOLENT NIGHT

 

2022 – USA

 

Réalisé par Tommy Wirkola

 

Avec David Harbour, John Leguizamo, Alex Hassell, Alexis Louder, Edi Patterson, Cam Gigandet, Leah Brady, Beverly D’Angelo, Brendan Fletcher, André Eriksen

 

THEMA CONTES

Un Père Noël vulgaire, impertinent et politiquement très incorrect n’est pas un concept inédit au cinéma. Il suffit de se souvenir du fameux Bad Santa de Terry Zwigoff. Mais dans le cas présent, nous avons affaire au vrai Santa Claus, celui qui se déplace en volant dans son traîneau tiré par huit rennes et qui distribue des cadeaux aux enfants du monde entier. Un bonhomme désabusé, fatigué et cynique qui va se retrouver plongé dans une échauffourée sanglante très éloignée du fameux « esprit de Noël ». L’entrée en matière de Violent Night donne le ton. Entre deux livraisons, ce bon vieux père Noël se saoule dans un bar de Bristol, persuadé que les enfants – devenus désespérément matérialistes – se comportent désormais face à leurs cadeaux comme des junkies sans joie. Après avoir vidé sa pinte, il s’envole avec son attelage dans les cieux nocturnes du mois de décembre puis vomit tout ce qu’il a sur l’estomac, direct sur la tête de la propriétaire du bar qui n’en croit pas ses yeux. Voilà donc un Kris Kringle bien peu orthodoxe. Et c’est David Harbour, coqueluche des geeks du monde entier grâce à son personnage de shérif Jim Hopper dans Stranger Things et successeur plutôt honorable de Ron Perlman dans le reboot d’Hellboy, qui hérite du rôle. Un rôle qui lui va comme un gant, il faut bien l’avouer.

La soirée de Noël de la famille Lighstone s’annonce glaciale, hypocrite et bien peu festive. La matriarche Gertrude (Beverly D’Angelo), richissime, a convoqué ses enfants et leurs « pièces rapportées » dans son manoir. Il y a là Jason (Alex Hassell) qui essaie de se rabibocher avec sa femme Linda (Alexis Louder), tous deux accompagnés de leur fille Trudy (Leah Brady). La sœur de Jason, alcoolique (Edi Patterson), est venue avec son flirt du moment, l’acteur insipide Morgan Steel (Cam Gigandet), et avec son fils adolescent Bert (Alexander Elliot). Tout ce beau monde, qui semble se détester cordialement, voit la routine des fêtes de fin d’année brutalement secouée par l’intrusion d’un commando de mercenaires armés jusqu’aux dents. Leur chef, qui se fait appeler Scrooge (John Leguizamo), prend la famille en otage. Son objectif : forcer le coffre-fort de Gertrude et récupérer les 300 millions de dollars en espèce qui s’y trouvent. Or le Père Noël vient de débarquer dans le manoir pour y déposer ses cadeaux et se retrouve donc dans une situation bien épineuse. Va-t-il se retirer sur la pointe des pieds pour continuer sa livraison ou intervenir manu militari pour sauver les Lighstone ?

Une soirée en enfer

Le scénario co-écrit par Pat Casey et Josh Miller (Sonic, le film) repose donc sur une idée délirante qui pourrait se résumer ainsi : « Piège de cristal avec un Père Noël. » Assumant ses références, le film fait des allusions directes au premier Die Hard mais aussi à Maman j’ai raté l’avion et à 58 minutes pour vivre (dans lequel jouait d’ailleurs John Leguizamo). Mais au-delà de ce concept décalé, le film allait-il pouvoir tenir la distance sur la longueur ? L’ajout d’une couche de second degré postmoderne, de violence crue et de vulgarité allait-il suffire à faire fonctionner cette intrigue en équilibre instable ? Bizarrement, le cocktail prend plutôt bien, en grande partie grâce au savoir-faire du réalisateur Tommy Wirkola (Dead Snow, Seven Sisters) qui dote son long-métrage d’une énergie folle exempte de temps mort et trouve miraculeusement le ton juste entre l’action violente, la comédie satirique et la féerie pure. David Harbour porte lui aussi une partie de la réussite du film sur ses épaules, véhiculant un mélange complexe de désœuvrement, de bienveillance refoulée et de furie endormie. L’étonnante backstory dont le dote le scénario (avant d’être Père Noël, il fut un guerrier viking sanguinaire, vil et cupide, désormais en quête de rédemption) aide à mieux comprendre l’état d’esprit du personnage. Bien sûr, Violent Night n’est pas exempt de défauts, de raccourcis scénaristiques un peu faciles et de caractérisations souvent caricaturales. Mais il remplit son contrat, honore ses ambitions somme toute modestes et nous offre un conte de Noël d’un genre résolument inédit.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article