TREMORS 4 : LA LÉGENDE COMMENCE (2004)

Cet épisode flash-back nous ramène en plein Far West pour raconter l’origine de l’invasion des vers géants…

TREMORS 4: THE LEGEND BEGINS

 

2004 – USA

 

Réalisé par S.S. Wilson

 

Avec Michael Gross, Sara Botsford, Billy Drago, Brent Roam, August Schellenberg, J.E. Freeman, Ming Lo, Lydia Look, Sam Ly, Neal Kopit, Sean Moram

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS I SAGA TREMORS

Pour éviter les redites, ce quatrième opus de la saga Tremors rompt la routine qui commence tranquillement à s’installer et remonte le temps pour nous ramener en 1889, en plein Far West. Cette date n’a pas été choisie au hasard, dans la mesure où les événements racontés dans le premier Tremors se déroulent en 1989, soit exactement un siècle plus tard. L’atmosphère de la franchise imaginée par S.S. Wilson, Brent Maddock er Ron Underwood ayant toujours été celle d’un western moderne, il semblait naturel qu’un des épisodes de la saga se transforme en véritable western d’époque. C’est donc à une prequel que nous avons affaire, dirigée par Wilson qui revient derrière la caméra après son baptême de mise en scène concluant sur Tremors 2. Fidèle au poste, Michael Gross tient une fois de plus la vedette, mais dans un rôle forcément différent de l’habituel Burt Gummer fou de la gâchette. A total contre-emploi, il campe donc son ancêtre Hiram Gummer. Snob, tiré à quatre épingles, hautain, il préfère la bicyclette au cheval et ne connaît rien aux armes. Un comble !

Ce dandy de la côte Est débarque un jour dans la minuscule ville de Rejection, Nevada, pour enquêter sur une série de morts étranges survenues dans la mine d’argent qu’il possède. Or cette mine est quasiment la seule source de revenu des habitants. La petite expédition qu’il monte découvre l’origine du mal : des créatures souterraines monstrueuses et voraces dont les œufs ont éclos à cause d’une source d’eau chaude. Ce ne sont pas les Graboïdes que nous connaissons mais des versions « juveniles », capables de surgir du sol pour attaquer leurs victimes, et bientôt surnommés « Dragons de la poussière ». Face à l’échec cuisant de la première expédition, Hiram embauche un tireur professionnel, le redoutable Black Hand Kelly (Billy Drago). Mais les vers grossissent à vue d’œil et atteignent bientôt chacun la taille d’une locomotive lancée à vive allure. Comment lutter contre de tels monstres ?

Les misères de l’Ouest

Prenant le relais d’Alec Gillis et Tom Woodruff, qui restent les concepteurs et les designers originaux des créatures, les experts de la compagnie KNB prennent en charge les Graboïdes. Leurs marionnettes animatroniques grandeur nature se révèlent franchement impressionnantes et occasionnent quelques séquences mémorables, notamment l’attaque dans la grange ou le climax mouvementé. Pour les plans les plus larges, le film délaisse judicieusement les images de synthèse – pourtant largement mises à contribution dans Tremors 2 et Tremors 3 – au profit de marionnettes à main et de décors miniatures extrêmement efficaces, supervisés par le vétéran Robert Skotak. C’est donc un retour aux bonnes vieilles techniques qu’employait le tout premier Tremors. Même la première scène d’agression des « Dragons de la poussière » autour du feu de camp occasionne son petit lot de frissons. Dommage qu’entre ces trop rares moments d’action et d’épouvante, le rythme du film mollisse et l’intérêt se relâche. D’autant que le manque de moyens du film saute souvent aux yeux, ramenant le nombre d’habitants de la ville à six à peine ! Évidemment, nos héros parviendront à l’emporter sur les monstres et la bourgade sera rebaptisée à cette occasion, « Rejection » devenant « Perfection ».

 

© Gilles Penso

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LE SILENCE DES JAMBONS (1994)

Une parodie potache qui tente de mélanger le scénario de Psychose avec celui du Silence des agneaux…

THE SILENCE OF THE HAMS / IL SILENZIO DEU PROSCIUTTI

 

1994 – USA / ITALIE

 

Réalisé par Ezio Greggio

 

Avec Ezio Greggio, Dom DeLuise, Billy Zane, Joanna Pacula, Charlene Tilton, Martin Balsam, Stuart Pankin, John Astin

 

THEMA TUEURS

L’idée de cette parodie est née dans l’esprit du scénariste, réalisateur et acteur Ezio Greggio le jour où un ami pointe du doigt sa ressemblance physique (toute relative, il faut bien l’avouer) avec le comédien Anthony Perkins. Aussitôt germe l’idée d’un pastiche de Psychose dans lequel Greggio incarnerait bien sûr un émule de Norman Bates. Mais son premier scénario ne déclenche pas l’enthousiasme espéré. Les producteurs craignent en effet que les allusions à un film du début des années 1960 ne fassent pas mouche aux yeux du public. Pourquoi ne pas chercher à se moquer de succès plus récents, comme Le Silence des agneaux par exemple ? Greggio revoit donc sa copie sans pour autant abandonner l’idée première. Il se retrouve finalement avec un scénario hybride mélangeant la trame du thriller horrifique de Jonathan Demme avec celle du classique d’Alfred Hitchcock. Ironiquement, Psychose et Le Silence des agneaux s’inspiraient tous deux partiellement du même tueur psychopathe Ed Gein. Pour gorger son film d’humour, Ezio Greggio choisit de se laisser influencer par les mécanismes comiques des films de Mel Brooks (Frankenstein Junior) et surtout ceux du trio Zucker-Abrahams-Zucker (Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?). L’intention est louable. Le résultat n’est malheureusement pas du tout à la hauteur.

Jeune recrue du FBI, l’agent Jo Dee Fostar (Billy Zane) vient de se voir confier sa première grosse affaire : il doit identifier et appréhender un redoutable tueur en série, mais il ne dispose que d’une piste potentielle : un criminel génial mais ignoble interné à la Maison de Dingues d’Hollywood. Il s’agit du docteur Animal Cannibal Pizza (Dom DeLuise), un pizzaïolo doublé d’un criminel dont les garnitures sont constituées des différentes parties du corps de ses victimes. Jo le rencontre dans l’aile de haute sécurité de l’institut psychiatrique et commence une série d’entretiens avec lui. Parallèlement, Jane (Charlene Tilton), la fiancée de Jo, rêve de trouver un moyen d’améliorer sa situation financière afin de pouvoir l’épouser. Dans l’agence immobilière où elle est employée, elle dérobe 400 000 dollars et prend la fuite avant de trouver refuge dans un sinistre établissement tenu par l’étrange Antonio Motel (Ezio Greggio).

La psychose des agneaux

Le Silence des jambons avait beaucoup d’atouts dans sa poche, dont le moindre n’est pas d’avoir compris et digéré les ingrédients de l’exercice parodique. Le film est donc généreux en gags visuels, en jeux de mots, en blagues à répétition et en clins d’œil cinéphiliques tous azimuts. Au-delà du Silence des agneaux et de Psychose, Ezio Greggio pastiche ainsi Basic Instinct, Misery, le Dracula de Coppola, La Famille Addams, Total Recall, le clip Thriller et même la scène de la cantina de La Guerre des étoiles. Pétrie de bonnes intentions, cette comédie burlesque échoue pourtant sur toute la ligne et ne fait rire que de manière très épisodique. Les gags sont pesants, mal amenés, prévisibles, maladroitement mis en scène et interprétés approximativement par des acteurs qui semblent ne pas vraiment comprendre ce qu’on attend d’eux. Comme en outre Greggio ne sait visiblement pas comment rythmer ses effets comiques, tous ou presque tombent lamentablement à plat, suscitant plus d’embarras que de sourires. Quel malaise de voir le pourtant formidable Billy Zane s’efforcer gauchement d’agiter nos zygomatiques ! Le cinéaste italien s’était pourtant donné les moyens de ses ambitions, sollicitant même un grand nombre de guest-stars prestigieuses (Mel Brooks, John Landis, Joe Dante, John Carpenter, Eddie Deezen, Martin Balsam, John Astin). En vain hélas. Poussif, Le Silence des jambons ne fit donc pas beaucoup d’éclat et disparut tranquillement de la circulation…

 

© Gilles Penso


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LE VILLAGE (2004)

Les habitants d’un petit village sont terrifiés par des créatures monstrueuses qui rôdent dans les bois voisins…

THE VILLAGE

 

2004 – USA

 

Réalisé par M. Night Shyamalan

 

Avec Bryce Dallas Howard, Joaquin Phoenix, Adrien Brody, William Hurt, Sigourney Weaver, Brendan Gleeson, Cherry Jones

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA M. NIGHT SHYAMALAN

Sixième sens, Incassable, Signes… En l’espace de quelques films, M. Night Shyamalan a dévoilé une personnalité forte, un style singulier et une approche résolument originale de thèmes pourtant très classiques du cinéma fantastique (les fantômes, les super-héros, les extra-terrestres). Pour Le Village, le réalisateur cherche une fois de plus à provoquer la surprise en menant ses spectateurs par le bout du nez. Bizarrement, l’inspiration lui vient de deux œuvres aux antipodes : le roman « Les Hauts de Hurlevent » (1892) et le film King Kong (1933). Shyamalan construit donc l’intrigue du Village en mixant l’envie de bâtir un drame mystérieux situé en plein 19ème siècle (hérité du livre d’Emily Brontë) et celle de décrire une peuplade en vase clos terrifiée par une entité monstrueuse vivant dans la forêt (comme dans le film de Schoedsack et Cooper). Soucieux de la patine réaliste de son film, il utilise comme guide visuel les peintures de l’artiste pennsylvanien Andrew Wyeth, fait bâtir un décor de village complet (qui nécessite une équipe de 300 personnes et onze semaines de travail) et soumet ses acteurs à un « camp d’entraînement » visant à les familiariser avec les us et coutumes du 19ème siècle.

Le film s’intéresse à une petite communauté isolée qui vit en autarcie dans un village rustique. Personne n’ose s’aventurer au-delà des dernières maisons, et encore moins dans les bois qui entourent le village, car des créatures terrifiantes et redoutables (« ceux dont on ne parle pas ») y rôdent. Depuis bien longtemps, une sorte d’accord tacite existe entre les villageois et ces entités monstrueuses, la trêve n’étant possible que si chacun reste sur son territoire sans empiéter sur celui des autres. Cette communauté accorde une importance cruciale à certaines couleurs. Le rouge est banni car il attire les créatures. Le jaune au contraire protège les habitants. Mais toutes ces traditions séculaires risquent d’être bouleversées lorsqu’un besoin impérieux de médicaments se fait ressentir au sein du village. Il devient alors nécessaire d’envisager une expédition vers la grande ville la plus proche, quitte à devoir traverser les bois interdits…

« Ceux dont on ne parle pas »

Le Village se pare d’un casting de premier ordre. Joaquin Phoenix incarne Lucius, un homme taciturne et sans peur qui affirme d’emblée qu’« il y a des secrets partout dans ce village ». William Hurt est Edward, l’un des membres du clan des anciens, sage et charismatique. Sigourney Weaver joue la mère de Lucius, qui en pince secrètement pour Edward. Bryce Dallas Howard entre dans la peau d’Ivy, une jeune fille aveugle et effrontée qui risque de faire basculer définitivement le destin de cette société anti-progressiste aux allures de communauté Amish. M. Night Shyamalan applique à merveille les leçons enseignées par Steven Spielberg dans Les Dents de la mer. La menace monstrueuse ne nous est donc pas montrée frontalement mais évoquée par la musique, les cadrages, les bruitages, le regard des comédiens… Tout se joue hors champ. Si les créatures apparaissent furtivement sous leurs grands manteaux rouges, la mise en scène privilégie surtout la suggestion. Le cinéaste pousse très loin l’emploi métaphorique des couleurs, une démarche déjà amorcée dans Sixième sens (avec ses teintes rouges hautement symboliques). D’autres liens avec le reste de sa filmographie apparaissent en filigrane, comme lorsque Lucius affirme : « je pense seulement à ce que je dois faire, pas à ce qui risque d’arriver. » Cette thématique sera déclinée plus tard dans After Earth. Quant à l’imagerie du conte de fées, elle resurgira dans La Jeune fille de l’eau, donnant une fois de plus la vedette à Bryce Dallas Howard. Le Village nous offre un coup de théâtre vertigineux – le gimmick préféré de Shyamalan – mais le concept qui sous-tend son scénario se heurte à un certain nombre d’incohérences. Pourquoi confier le secret du village à une jeune fille aveugle, lui faire courir tous les risques et mettre en péril l’équilibre de la communauté alors qu’un ancien aurait pu traverser la forêt à sa place ? Malgré toutes les bonnes intentions du film, notre suspension d’incrédulité en prend un sacré coup. C’est dommage, car Le Village est par ailleurs une œuvre remarquable, à classer parmi les plus abouties de son auteur.

 

© Gilles Penso


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L’ATTAQUE DU REQUIN À DEUX TÊTES (2012)

Tout est dans le titre : un requin normal ne suffisant pas, mettons en scène un squale bicéphale pour multiplier les dégâts par deux !

2-HEADED SHARK ATTACK

 

2012 – USA

 

Réalisé par Christopher Ray

 

Avec Carmen Electra, Charlie O’Connell, Brooke Hogan, Gerald Webb, David Gallegos, Geoff Ward, Mercedes Young

 

THEMA MONSTRES MARINS

Après Mega Shark vs. Giant Octopus et Mega Shark vs. Crocosaurus, la compagnie The Asylum continue les délires subaquatiques avec 2-Headed Shark Attack dont le titre, à la manière de ses prédécesseurs, résume à lui seul son délirant concept. Autrement dit « l’attaque du requin à deux têtes » (c’est d’ailleurs le titre qui sera choisi par les distributeurs français au moment de la sortie en DVD de cette œuvre invraisemblable). Le potentiel de cette folle idée, largement exploité sur le poster prometteur du film, apparaît dès le prologue, lorsque deux skieuses nautiques sont happées simultanément par la double gueule du squale mutant. Mais en quelques minutes, tout est dit, et le besogneux métrage de Christopher Ray – fils du roi du bis Fred Olen Ray – n’a déjà plus rien à raconter. Comme en outre la piètre qualité des images de synthèse donnant vie au monstre se révèle sitôt que ce dernier crève la surface, l’heure et demie qui attend le spectateur ne laisse rien augurer de bon. Mais Christopher Ray n’a pas froid aux yeux et tente de mener à bien sa petite affaire jusqu’au bout. Après tout, il en a vu d’autres. N’a-t-il pas à son actif des films aux titres aussi évocateurs que Reptisaurus, Mega Shark vs. Crocosaurus (justement !) ou encore Almighty Thor ?

Le scénario de H. Perry Horton s’intéresse à l’équipage du navire Sea King, bien embarrassé lorsque l’hélice de l’embarcation heurte un squale mort, ce qui endommage la coque et occasionne quelques fuites. Un malheur n’arrivant jamais seul, voilà que notre ami le requin à deux têtes débarque soudain et s’en prend à nos malheureux, brisant l’antenne radio et interdisant dès lors toute communication avec l’extérieur. Le professeur Franklin Babish, à la tête de cette expédition, prend alors la fuite avec ses élèves dans un canot pneumatique et tous partent se réfugier sur un atoll désert à proximité. C’est l’occasion pour quelques-unes des étudiantes de faire un peu de bronzette les seins nus. Mais le monstre bicéphale rôde et décide de repasser à l’attaque. Et comme si ça ne suffisait pas, voilà qu’un cataclysme volcanique menace l’atoll qui commence à s’enfoncer lentement dans l’eau et qu’un tsunami se forme à l’horizon. Décidément, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas !

Quatre mâchoires et beaucoup d’enterrements

Le long-métrage de Ray s’efforce de déployer toutes les possibilités visuelles offertes par son prédateur bicéphale, quitte à plagier Le Monde Perdu : Jurassic Park (la victime attrapée par les deux gueules qui la coupent en deux pour se repaître chacune d’une moitié de corps) ou à s’affranchir de toute vraisemblance (les deux nageuses topless englouties par le monstre géant dans une eau qui leur arrive à peine aux genoux). En amont des préparatifs du film, les premiers designs proposés par les producteurs envisageaient une tête au-dessus de l’autre, jusqu’à ce que le concepteur d’effets spéciaux Cleve Hall (Ghoulies, Re-Animator) ne propose une alternative finalement retenue : les deux gueules alignées horizontalement. Pour quelques gros plans, une double tête mécanique grandeur nature est sollicitée et fonctionne plutôt bien. On ne peut pas en dire autant hélas des effets numériques bon marché supervisés par Joseph Lawson (Basilisk, Lake Placid 2, Infestation). Côté horreur, les carnages perpétrés par la bête restent très sages, le film s’attardant sur sa galerie de héros archétypaux (l’idiot adepte de musculation, le petit malin qui comprend tout, les filles faciles qui tombent rapidement le haut du maillot) avec en « tête d’affiche » une Carmen Electra en bout de course (Alerte à Malibu) qui cachetonne sans conviction. Les joyeux drilles d’Asylum n’ayant jamais eu peur de la démesure, Christopher Ray enchaînera trois ans plus tard avec L’Attaque du requin à trois têtes puis cèdera sa place pour L’Attaque du requin à cinq têtes de Nick Lyon en 2017 et pour L’Attaque du requin à six têtes de Mark Atkins en 2018. Mais jusqu’où iront-ils ?

 

© Gilles Penso

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SWORDKILL (1984)

Prisonnier des glaces depuis le moyen-âge, un guerrier samouraï se réveille au milieu des années 80…

SWORDKILL / GHOST WARRIOR

 

1984 – USA

 

Réalisé par J. Larry Carroll

 

Avec Hiroshi Fujioka, Janet Julian, John Calvin, Charles Lampkin, Frenk Schuller, Bill Morey, Andy Wood, Robert Kino, Joan Foley, Peter Liapis, Mieko Kobayashi

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I SAGA CHARLES BAND

Pour garder le contrôle sur la distribution des films qu’il produit et éviter plusieurs déconvenues passées (notamment avec certains investisseurs peu scrupuleux, voire carrément mafieux), Charles Band décide de fonder en 1983 la compagnie Empire Pictures, dont le nom annonce les grandes ambitions. Pour lancer en fanfare cette nouvelle marque, il lui faut des petits films aux concepts forts, dont le titre et l’affiche suffisent déjà à attirer la profession avant même le premier tour de manivelle. Après que L’Alchimiste ait officiellement lancé les hostilités, Swordkill prend la suite, parallèlement au film à sketches Le Maître du jeu. Le scénario de Swordkill est l’œuvre de Tim Curnen, qui écrivit le sympathique Mutant pour Roger Corman, et la mise en scène est signée J. Larry Carroll, monteur de Massacre à la tronçonneuse et scénariste de Tourist Trap qui dirige ici son premier long-métrage. Le concept de Swordkill (qui sera finalement rebaptisé Ghost Warrior pour sa distribution américaine, mais conservera ce premier titre dans de nombreux pays, y compris en France) n’est pas très éloigné de celui d’Hibernatus, si ce n’est que l’homme congelé et ramené à l’époque contemporaine est ici un samouraï de l’époque féodale. Nous avons donc affaire à une sorte d’inversion du postulat des Guerriers de l’apocalypse.

Tout commence dans le Japon de 1552. Fier et altier, le samouraï Yoshimitsu (Hiroshi Fujioka, parfait dans le rôle) part à l’assaut d’une horde de barbares pour récupérer sa bien-aimée tombée entre leurs mains. L’échauffourée est déséquilibrée et notre guerrier se retrouve en mauvaise posture, chutant dans le vide et plongeant dans les profondeurs d’une eau glacée. Quatre siècles plus tard, deux promeneurs découvrent dans une caverne le corps parfaitement conservé du samouraï, pris dans la glace. Yoshimitsu est ramené dans un laboratoire de Los Angeles où un groupe de scientifiques, sous la direction du professeur Alan Richards (John Calvin), parvient à le ramener à la vie. Dépêchée sur place, la spécialiste d’histoire japonaise Chris Welles (Janet Julian) noue un lien de confiance avec cet homme d’un autre âge. Mais le choc entre le samouraï et la civilisation du 20ème siècle va s’avérer rude.

Hibernatus sauce samouraï

Dès sa scène d’introduction, Swordkill affirme une ambition qui l’éloigne des séries B habituellement produites par Charles Band pour entrer en quelque sorte dans « la cour des grands ». Cette entame médiévale tient en effet la route, même si la maigreur du budget empêche de solliciter un nombre suffisant de figurants et de régler un nombre conséquent de scènes de combat qui l’aurait doté de la dimension épique nécessaire. Il n’empêche que les costumes et les accessoires (directement importés du Japon) sont réalistes, que le choix des décors montagneux naturels est judicieux et que la photographie cotonneuse de Mac Ahlberg crédibilise habilement l’ensemble. A l’unisson, la bande originale composée par Richard Band, interprétée par le Royal Philharmonic Orchestra et dirigée par la talentueuse Shirley Walker, apporte au film une belle touche héroïque. On note en cours de métrage quelques gags référentiels (notamment les deux clients d’un restaurant japonais persuadés que le samouraï est l’acteur Toshiro Mifune) et une poignée d’autocitations (dont un extrait du Maître du jeu diffusé sur une télévision). Certes, Swordkill est chiche en péripéties et se contente d’opposer son protagoniste à une bande de voyous de bas étage peu avares surnoms racistes (« Banzaï », « Bridé », « Nip »). D’autre part, la voix off de la narratrice, qui croit bon de ponctuer sporadiquement l’action en paraphrasant ce qui se passe à l’écran, se révèle parfaitement inutile. Mais à ces réserves près, le film est très distrayant et solidement mis en scène. Ce sera pourtant la seule réalisation de J. Larry Carroll, qui retournera ensuite avec succès à ses activités de scénariste, notamment pour la télévision.

 

© Gilles Penso

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METALSTORM : LA TEMPÊTE D’ACIER (1983)

Dans un monde post-apocalyptique, un shérif motorisé affronte un super-vilain mystique et son fils cyborg armé d’un bras télescopique…

METASTORM: THE DESTRUCTION OF JARED-SYN

 

1983 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Jeffrey Byron, Mike Preston, Tim Thomerson, Kelly Preston, Richard Moll, R. David Smith, Larry Pennel, Marty Zagon, Mickey Fox, Annabelle Larsen

 

THEMA FUTUR I SAGA CHARLES BAND

Heureux de son expérience avec le relief sur Parasite (qui pava modestement la voie d’œuvres fantastiques plus fortunées s’engouffrant dans la brèche de la 3D comme Les Dents de la mer 3, Amityville 3 ou Meurtres en trois dimensions), Charles Band décide de poursuivre les expérimentations stéréoscopiques avec un long-métrage de science-fiction futuriste baptisé Metalstorm. Son père Albert Band, qui occupe le poste de producteur exécutif sur le film, parvient à réunir une somme assez conséquente de 900 000 dollars, ce qui va permettre au fiston de satisfaire une certaine folie des grandeurs. La quasi-totalité du film est tournée dans une chaleur caniculaire à Los Angeles, en plein mois de juillet. Comme si les hautes températures californiennes ne suffisaient pas, Charles Band et son chef opérateur Mac Ahlberg sont obligés de multiplier par deux l’intensité des projecteurs de lumière afin de se soumettre aux contraintes du relief. L’équipe suffoque donc pendant les prises de vues, notamment l’acteur principal Jeffrey Byron dans son épais blouson de cuir ou encore le colosse Richard Moll sous son maquillage de mutant difforme, ce qui visiblement n’altère pas la bonne humeur du tournage.

Une musique épique à la James Horner, composée par un Richard Band très inspiré, ouvre le film, tandis que le générique s’affiche fièrement en relief. Byron incarne Dogen, un ranger taciturne qui sillonne les étendues désertiques d’une Terre futuriste à la recherche d’un criminel intergalactique nommé Jared-Syn (Michael Preston). Grâce à un cristal aux propriétés hors-norme, ce dernier possède des pouvoirs surnaturels. Son homme de main est son propre fils, Baal (R. David Smith), un cyborg menaçant dont le bras télescopique projette un venin hallucinogène. Dogen retrouve leur trace alors qu’ils viennent d’éliminer un homme recueillant de précieux cristaux dans une mine. Laissée orpheline, sa fille Dhyana (Kelly Preston) se rallie à notre fier shérif pour tenter d’arrêter le sinistre duo et leur armée de guerriers mutants. Un ancien ranger désabusé, Rhodes (Tim Thomerson), vient leur prêter main-forte…

Tout et n’importe quoi

Même s’il se donne de fausses allures de space-opera, Metalstorm est surtout une énième imitation de Mad Max 2 dont il reprend les décors désertiques post-apocalyptiques, les véhicules blindés futuristes et un héros dont le look se conforme très fidèlement à celui de Mel Gibson. Mais Charles Band ne pouvait se contenter de l’imagerie empruntée à George Miller. Il ajoute donc dans son long-métrage tout et n’importe quoi : des vaisseaux volants (très mal incrustés), des pistolets-laser, un homme-machine, des téléportations, un guerrier monstre électrique (animé en rotoscopie), un duel façon western spaghetti, des sables mouvants, des serpents souterrains voraces, des mutants borgnes, des motos volantes, bref on ne pourra pas lui reprocher son manque de générosité ! Le film nous offre son quota nécessaire de tôle froissée et d’explosions, comme au bon vieux temps de Crash (que Band réalisa quelques années plus tôt) mais sur un mode futuriste. Dommage que les poursuites de voiture dans le désert ne soient pas particulièrement palpitantes, ni les combats mano a mano ou cette interminable bataille finale aérienne. Bien sûr, le réalisateur/producteur ne recule devant aucune occasion pour exploiter le gimmick de la 3D (des projectiles, du verre brisé, des véhicules, des cascadeurs, des monstres jaillissent à tour de rôle face à la caméra) et se verra même offrir par Universal une coquette somme pour coupler la sortie de Metalstorm avec celle des Dents de la mer 3.

 

© Gilles Penso

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L’ÉCHELLE DE JACOB (1990)

Le réalisateur de Flashdance, 9 semaines 1/2 et Liaison fatale signe l’un des films les plus terrifiants de tous les temps…

JACOB’S LADDER

 

1990 – USA

 

Réalisé par Adrian Lyne

 

Avec Tim Robbins, Elizabeth Peña, Danny Aiello, Matt Craven, Eriq La Salle, Ving Rhames, Makaulay Culkin

 

THEMA MORT

L’idée de L’Échelle de Jacob trotte dans la tête du scénariste Bruce Joel Rubin depuis les années 70, mais visiblement aucun producteur ne s’intéresse à cette relecture modernisée et macabre d’un des épisodes de la Genèse. Entretemps, Rubin (qui semble vouer une véritable obsession à la mort et à l’au-delà) écrit les scénarios à succès de Brainstorm, L’Amie mortelle et surtout Ghost. Désormais dans la ligne de mire des studios hollywoodiens, l’auteur ressort son script et finit par attirer du monde. Le réalisateur Adrian Lyne tombe aussitôt sous le charme (si l’on peut dire) de ce récit éprouvant et refuse aussitôt de mettre en scène Le Bûcher des vanités (qui atterrira finalement entre les mains de Brian de Palma) pour diriger L’Échelle de Jacob. Voilà qui peut surprendre de la part de l’homme qui signa des films aussi universels que Ça plane les filles, Flashdance, 9 semaines ½ ou Liaison fatale, même si ce dernier laissait déjà entrevoir une noirceur jusqu’alors insoupçonnée dans l’univers du cinéaste. Lyne travaille donc en étroite collaboration avec Rubin pour réécrire l’histoire et notamment l’alléger de ses références bibliques trop marquées. Dans le rôle principal, Tom Hanks est le premier choix du réalisateur, mais l’acteur préfère – via un jeu de chaises musicales qui ne manque pas d’ironie – jouer dans Le Bûcher des vanités ! C’est là qu’entre en scène Tim Robbins, heureux de pouvoir changer de registre après les nombreuses comédies où il promena sa silhouette.

Robbins entre dans la peau de Jacob Singer, un vétéran de la guerre du Vietnam rapatrié aux États-Unis après une blessure. Depuis son retour au pays, il est obsédé par les images de ce conflit qui hantent son esprit. Mais il y a bien pire. Désormais, il se sent pourchassé par des démons sans visage qui surgissent partout dans son quotidien et sent autour de lui des forces hostiles qui cherchent à le tuer. Contacté par ses anciens camarades de guerre, Jacob découvre des preuves que l’armée a secrètement expérimenté sur leur unité un hallucinogène qui développe des pulsions homicides. Les terrifiantes illusions dont il est victime s’expliqueraient-elles par la prise de cette drogue ? Tandis qu’il se perd en conjectures, sa capacité à faire le tri entre la réalité palpable et les visions infernales est de plus en plus amoindrie et sa vie finit par se muer en affreux cauchemar dont il ne voit aucune issue…

Les paliers de l’horreur

Le scénario à tiroirs de L’Échelle de Jacob, entrelaçant flash-backs, flash-forwards, rêves et hallucinations, propose à priori plusieurs interprétations. Mais l’imagination du spectateur ne vagabonde pas au hasard, car le nombre possible d’explications est limité et chacune d’entre elles fonctionne selon sa propre logique. Le plan final, cependant, n’en laisse subsister qu’une, remettant en cause tout ce que nous venons de vivre avec l’infortuné protagoniste de cet épouvantable parcours du combattant. En se laissant inspirer par de nombreux peintres aux styles variés tels que William Blake, H.R. Giger ou Francis Bacon, mais aussi par les photographes Diane Arbus et Joel-Peter Witkin, Adrian Lyne parvient à bâtir un climat de tension et de terreur d’une intensité rarement atteinte au cinéma. Une peur sourde et indicible s’empare bien souvent du spectateur, s’identifiant parfaitement aux tourments de Jacob. Les visions d’épouvante sont d’autant plus puissantes qu’elles sont furtives, atypiques, à la fois tangibles et surréalistes, soutenues par une bande son en dents de scie signée Maurice Jarre. Mixant un thème au piano minimaliste avec des nappes synthétiques, des percussions ethniques et des sonorités inquiétantes, la partition du compositeur de Lawrence d’Arabie accompagne pas à pas l’univers trouble du film de Lyne. Longtemps après son générique de fin, L’Échelle de Jacob continue à hanter les spectateurs, dont les nerfs et la sensibilité furent rarement soumis à si rude épreuve. Ce classique de l’horreur psychologique ne remporta pas le succès escompté lors de sa sortie mais gagna peu à peu ses galons mérités d’œuvre culte.

 

© Gilles Penso

 

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PARASITE (1982)

Demi Moore affronte des monstres mutants mangeurs de chair humaine dans cette série B de science-fiction en relief !

PARASITE

 

1982 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Robert Glaudini, Demi Moore, Luca Bercovici, Al Fann, Cheryl Smith, Cherie Currie, Vivian Blaine, Scott Thomson

 

THEMA MUTATIONS I FUTUR I SAGA CHARLES BAND

En 1982, Charles Band n’a que 31 ans mais c’est déjà un vétéran de la production, avec à son actif des films d’horreur, des films de science-fiction, des films d’action et même des comédies musicales érotiques ! Toujours avide de nouvelles expérimentations, il décide soudain de raviver le cinéma en relief qui le faisait tant frissonner dans les années 50. Le voilà donc qui concocte une série B futuriste et horrifique conçue pour projeter un maximum de choses à la figure des spectateurs. Pour le rôle principal, il rêverait d’une fille ravissante et énergique à l’image de Karen Allen qui triomphe alors dans Les Aventuriers de l’arche perdue. Chargée de trouver la perle rare, la directrice de casting Johanna Ray déniche une jeune inconnue qui s’appelle… Demi Moore ! La future star de Ghost et G.I. Jane tient donc la vedette de Parasite aux côtés de Robert Glaudini pour un tournage à l’économie qui durera trois semaines. L’intrigue se situe en 1992, donc dix ans après la date du film. Le futurisme de ce monde post-apocalyptique est très discret : des pistolets à la Buck Rogers qui tirent des rayons laser en dessin animé, une voiture noire aux lignes aérodynamiques qui roule en faisant un bruit d’avion, et c’est à peu près tout. Pour le reste, il faut se contenter de dialogues évoquant des explosions atomiques ayant frappé les grandes cités du monde.

 

Le docteur Paul Dean (Glaudini) a créé un parasite, autrement dit une créature rampante et carnassière qui peut être utilisée comme arme biologique. Son mode opératoire est fatal : elle rampe à l’intérieur des corps humains qu’elle fait exploser de l’intérieur lorsqu’elle surgit, la gueule grande ouverte. Pris en chasse par un homme mystérieux en costume noir envoyé par le gouvernement (James Davidson) qui convoite sa découverte, Dean doit contrôler l’un de ses monstres qui a pénétré accidentellement dans son estomac et qui doit, comme ses congénères, détruire pour survivre. Sur son ventre commencent ainsi à apparaître d’inquiétantes éruptions aux allures de tumeurs palpitantes. D’où une scène onirique d’introduction assez perturbante où il est attaché sur un lit, dans une ambiance enfumée et écarlate, attendant que la bête qui sommeille en lui jaillisse hors de son ventre. Demi Moore incarne Patricia Welles, la jolie et candide jeune fille du coin qui va prêter main-forte au docteur. Son aide ne sera pas superflue, dans la mesure où des voyous stupides ont ouvert le container qu’avait emporté avec lui le scientifique, libérant l’une des bêtes rampantes…

 

Il doit détruire pour survivre !

Au-delà du charme de Demi Moore, Parasite vaut surtout le détour pour ses créatures visqueuses dont le design de têtard géant à la gueule garnie de dents acérées évoque à la fois les chestbusters d’Alien et les monstres de Frissons. Le créateur de ces charmantes bestioles n’est autre que Stan Winston, futur maître d’œuvre des effets de Terminator et Jurassic Park. A l’époque, Winston a commencé à se faire un nom important dans le monde des maquillages spéciaux, remportant même quelques prestigieuses récompenses. Mais par amitié pour Charles Band (qu’il connaît depuis Massacre Mansion), il accepte de participer à ce micro-budget sans prétention et assure même une présence active pendant le tournage de toutes les séquences à effets, assisté par James Kagel et Lance Anderson. Il gratifie même au passage le film d’un soupçon de gore (corps transpercé, main coupée, tête qui explose) auquel Band croit bon d’ajouter quelques seins nus pour que la recette « film d’exploitation » soit complète. Relief oblige, le film a une propension systématique à faire surgir devant nous tout ce que le scénario offre comme prétexte : un corps qui passe à travers une fenêtre, un serpent à sonnettes qui saute vers la caméra, un tube planté dans un corps, du sang qui coule, le canon d’un fusil menaçant et bien sûr le parasite qui jaillit brutalement à maintes reprises. Malgré son triste décor de western sommaire, ses loubards stupides caricaturaux (dont le chef est interprété par Luca Bercovici, futur réalisateur de Ghoulies) et ses scènes de bagarre au ralenti un peu ridicules, Parasite se laisse regarder sans déplaisir, soutenu par une musique de Richard Band qui entretient efficacement le suspense, se laissant par moments influencer par la partition de Jerry Goldsmith pour La Planète des singes.

 

© Gilles Penso

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HELLRAISER : HELLSEEKER (2002)

Un sixième épisode qui sombre dans la routine et n’entretient que très peu de rapport avec la mythologie créée par Clive Barker…

HELLRAISER : HELLSEEKER

 

2002 – USA

 

Réalisé par Rick Bota

 

Avec Dean Winters, Ashley Lawrence, Doug Bradley, Rachel Hayward, Sarah-Jane Redmond, Jody Thompson, Kaaren de Zilva, William S. Taylor, Michael J. Rogers

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA HELLRAISER

Comme c’était déjà le cas pour Hellraiser Inferno, ce sixième opus se construit sur un scénario qui n’était initialement pas prévu pour faire partie de la franchise créée par Clive Barker. En découvrant ce script écrit par Carl V. Dupré et Tim Day, les cadres de Dimension Films se disent qu’ils tiennent là la possibilité de concocter un nouveau Hellraiser à moindres frais et demandent donc aux auteurs de réviser leur copie pour l’intégrer dans la saga. Ce rafistolage de dernière minute permet de comprendre pourquoi l’intervention du cube de Lemarchand et des Cénobites semble si artificielle, et pourquoi Pinhead (Doug Bradley, toujours fidèle au poste) n’apparaît que pendant cinq minutes de métrage. Dans l’espoir d’assurer un lien avec les épisodes précédents, l’actrice Ashley Lawrence est embauchée pour reprendre le rôle de Kirsty Cotton qu’elle tenait déjà dans les trois premiers Hellraiser. Mais ses interventions demeurent très limitées et n’assurent aucune véritable continuité avec les films précédents. Le salaire qu’on lui alloue est tellement maigre qu’il lui aurait tout juste suffi – de son propre aveu – à s’acheter un nouveau réfrigérateur ! Car Hellraiser : Hellseeker est tourné à l’économie, ne cherchant jamais à dépasser ses ambitions de simple produit « direct to video ». La mise en scène est confiée à Rick Bota, un chef opérateur expérimenté (La Malédiction du loup-garou, Les Contes de la crypte, Barbwire, L’Arme fatale 4) qui tourne ici son premier long-métrage.

Kirsty apparaît au tout début du film, en pleine conversation avec son époux Trevor (Dean Winters) au volant de leur grande voiture. Ils rient, se bécotent, et ce qui devait arriver arrive : un véhicule évité de justesse, un coup de volant trop abrupt… En perdant le contrôle de sa voiture, Trevor la précipite dans le vide et c’est le grand plongeon. S’il parvient à s’échapper de justesse, Kirsty n’a pas autant de chance et coule à pic. Notre époux éploré et partiellement amnésique erre donc comme une âme en peine en essayant de se concentrer sur son travail. Mais il est harcelé par la police qui se demande si cet accident n’est pas suspect. D’autant que le corps de la jeune femme n’a pas été retrouvé. Comme si ça ne suffisait pas, Trevor est régulièrement frappé par de terribles migraines et par une série de cauchemars de plus en plus effrayants. Bientôt incapable de faire le tri entre la réalité et les hallucinations, il se découvre plusieurs relations extraconjugales dont il n’avait pas idée, notamment avec sa patronne dominatrice et avec sa voisine nymphomane. Les scènes de sexe et de mort s’entremêlent ainsi confusément dans son esprit, ainsi qu’un flash-back bizarre au cours duquel il fait l’acquisition du fameux casse-tête en forme de cube…

Chercheur d’enfer

Le manque de surprise du scénario de cet Hellseeker (littéralement « chercheur d’enfer ») est timidement compensé par les effets spéciaux inventifs concoctés par Gary J. Tunnicliffe (Candyman, Blade, Sleepy Hollow). Plusieurs séquences choc surprenantes ponctuent ainsi le film, notamment l’opération du cerveau à vif de Trevor, l’énorme anguille visqueuse qui surgit de sa bouche, l’épingle que Pinhead lui plante en travers de la gorge ou encore l’impensable apparition d’un policier bicéphale ! Au détour de ces passages surréalistes, on découvre quelques clins d’œil inattendus, notamment à Basic Instinct et à L’Échelle de Jacob. Pinhead, lui, se fait attendre et délivre des monologues poétiques avec sa voix de ténor (réécrits par Doug Bradley lui-même, déçu de ne pas avoir assez de texte). L’un des problèmes majeurs de cet Hellraiser est la totale inexpressivité de son acteur principal. Le personnage qu’il incarne hérite de fait d’une sorte d’apathie qui n’aide pas les spectateurs à s’intéresser à son sort. On ne le sent jamais totalement troublé par la disparition de sa femme ni par les événements de plus en plus préoccupants qui surviennent autour de lui. Il flotte donc mollement dans toutes les situations. Ces dernières sont très limitées, dans la mesure où Trevor passe son temps à effectuer des allers retours répétitifs (et lassants) entre son appartement, son bureau et le commissariat. La toute fin du film s’articule sur un coup de théâtre intéressant qui permet de remettre en perspective les péripéties du film, mais c’est bien trop tard. La plupart des spectateurs auront hélas sombré dans la torpeur avant cette révélation finale.

 

© Gilles Penso

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FAIRY TALES (1978)

Un conte de fées parodique ponctué de numéros musicaux délirants et de séquences de nudité sans complexe… Ah, les années 70 !

FAIRY TALES

 

1978 – USA

 

Réalisé par Harry Hurwitz

 

Avec Don Sparks, Sy Richardson, Irwin Corey, Robert Harris, Simmy Bow, Robert Staats, Martha Reeves, Brenda Fogarty, Frank Ray Perilli, Angelo Rossitto

 

THEMA CONTES I SAGA CHARLES BAND

Le conte de fées érotico-musical Cinderella ayant connu un certain succès en 1977, le producteur Charles Band décide de retenter une expérience similaire, toujours sous l’impulsion du scénariste Frank Ray Perilli. Band retrouve à cette occasion une partie de l’équipe du film précédent, notamment le compositeur Andrew Belling qui est à nouveau chargé d’écrire la musique du film et les chansons qui ponctuent l’action. Sy Richardson, la « marraine fée » de Cinderella, revient cette fois dans le rôle de « Sirius le proxénète ». La mise en scène est signée Harry Hurwitz, réalisateur au début des années 70 des comédies The Projectionist et Richard, qui signe ici sous le pseudonyme de Harry Tampa. Comme pour Cinderella, Charles Band doit réunir un grand nombre d’acteurs en costumes pseudo-médiévaux, des chevaux, des carrosses et des décors baroques. Comme si ça ne suffisait pas, il ajoute un défi supplémentaire : la construction grandeur nature d’une maison close en forme de botte géante, la fameuse « Shoe of Pleasure ». Pour édifier ce décor surréaliste de quatorze mètres de haut, il trouve un volontaire – le charpentier Joe Chavez – et décide de l’installer dans Griffith Park, au cœur de Los Angeles, sans véritable autorisation. Toutes les scènes devant la chaussure géante sont bouclées en une journée et la botte à trois étages est lâchement abandonnée dans la nature par l’équipe qui prend aussitôt la poudre d’escampette !

La musique enchanteresse sur laquelle défile le générique de début, avec en image de fond un château médiéval, laisse d’abord imaginer un conte tout-à-fait traditionnel, d’autant que le titre Fairy Tales n’a rien de particulièrement subversif. Mais au bout de cinq minutes, une fille entièrement nue s’installe dans le lit d’un prince encore vierge (Don Sparks) qui vient de fêter ses 21 ans. Cette impudique intruse est un cadeau d’anniversaire offert par des médecins désireux d’initier l’ingénu aux plaisirs de la chair. Mais le prince est insensible à ses charmes. Seul le portrait d’une hypothétique « fille de ses rêves », suspendu au-dessus de son lit, semble susceptible de l’émoustiller. Or si le prince n’est pas capable de donner au royaume une descendance dans les jours qui viennent, il sera déchu. Pour trouver le moyen d’éveiller sa libido, il doit se rendre sur la « Terre des fées », dans une forêt où se dresse la célèbre « Shoe of Pleasure ».

The Love Botte

Cette improbable botte à trois étages abrite une Blanche-Neige lubrique et ses sept nains en maillot marin, un miroir magique dans lequel se reflète parfois une tête de dinosaure, un donjon SM où bourreaux et victimes dansent joyeusement, une sorcière vaudou et ses philtres d’amour, une Shéhérazade strip-teaseuse, une variante primitive de la Bête de Jean Cocteau et une belle au bois dormant incarnée par Linnea Quigley. Cette dernière, alors en tout début de carrière, aurait éprouvé quelques difficultés à jouer l’intégralité de ses scènes quasiment nue. Mais ce pied à l’étrier l’a transformée en « Scream Queen » beaucoup moins pudique au fil des ans (la fameuse punk aux seins nus du Retour des morts-vivants, c’est elle !). Si les numéros musicaux sont plus élaborés et plus réussis que dans Cinderella, Fairy Tales souffre lui aussi d’une gestion du rythme assez évasive. Régulièrement, entre deux séquences anecdotiques, le montage nous offre des scènes d’orgies parfaitement gratuites, sous l’œil égrillard d’un voyeur qui glousse bêtement. Le scénariste Frank Ray Perilli s’octroie un rôle de baron italien burlesque qui se lance dans une sorte de duo comique avec Angelo Rossitto. Fairy Tales s’achève sur un monologue du portier de « The Shoe » (Robert Staats) qui propose aux spectateurs des produits dérivés du film ! Quant au décor de la botte géante, il est resté dressé en plein Griffith Park comme une curiosité locale, attirant de nombreux curieux, avant d’être peu à peu démantelé pour disparaître définitivement.

 

© Gilles Penso

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