LE MORT DANS LE FILET (1959)

La morsure d’une improbable araignée géante transforme un imprésario en mutant psychopathe obsédé sexuel !

EIN TOTER HING IM NETZ / HORRORS OF SPIDER ISLAND

 

1959 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Fritz Boettger

 

Avec Harald Maresch, Helga Franck, Alexander D’Arcy, Allen Turner, Temple Foster, Helga Neuner, Rainer Brandt

 

THEMA ARAIGNÉES I MUTATIONS

Le scénario invraisemblable du Mort dans le filet est si ténu qu’il conviendrait tout juste à un court métrage de quelques minutes. Gary Webster, un homme de spectacle bourru et arrogant, organise un casting de danseuses pour un show qui aura lieu à Singapour. Une fois la troupe constituée, elle traverse l’océan à bord d’un avion qui, hélas, prend feu en plein vol. Après le crash, Gary et ses huit danseuses errent sur un canot de sauvetage qui prend vite les allures du Radeau de la Méduse, jusqu’à ce qu’enfin une île soit en vue. La seule trace de civilisation apparente sur ce bout de terre est une cabane, à l’intérieur de laquelle nos héros découvrent horrifiés le cadavre d’un homme pris dans une gigantesque toile d’araignée. Cet homme est un chercheur, le professeur Green, qui semblait étudier sur place des gisements d’uranium. Tandis que les filles se reposent dans la cabane, Gary s’en va inspecter les lieux nuitamment. Et là, c’est le drame. Car le voilà soudain agressé par une araignée géante, probablement la plus grotesque de l’histoire du cinéma. Qu’on essaie donc de s’imaginer une bestiole grosse comme un chat, couverte de poils, au faciès étrange arborant deux grands yeux noirs et un nez pointu, affublée de huit pattes semblables à des mains griffues, et on aura une petite idée de l’aspect surréaliste du monstre. Sans compter qu’il s’agit d’une petite marionnette fort mal animée par un technicien qui avait visiblement l’esprit ailleurs.

La bête, qui semble avoir muté à cause des radiations, mord Gary, qui parvient à la tuer d’un bon coup de pistolet. Mais soudain, le corps de l’imprésario est secoué de spasmes. Trois ans plus tard, la piqûre d’une araignée radioactive aurait transformé notre homme en super-héros rouge et bleu grimpant aux murs et tissant des toiles. Mais ici il n’en est rien. Gary se mue soudain en monstre sanguinaire. Son visage prend vaguement les allures d’un loup garou à la mâchoire garnie de trois dents pointues, et ses mains deviennent des griffes bestiales. Déambulant dans les bois, il va s’en prendre tout naturellement aux jolies danseuses. Comme un tel script ne permet pas mille rebondissements, le film passe de longs moments à exploiter les charmes de ses comédiennes, accumulant plus que de raison les séquences où elles dansent, se dévêtent, se bagarrent, se prélassent, se baignent…

Les pin-up et le monstre

Bref Le Mort dans le filet vire rapidement au calendrier de pin-up des années 50, et notre pauvre monstre mi-homme mi-araignée est régulièrement oublié en cours de scénario, se contentant de quelques apparitions de temps à autres histoire de justifier le statut de film d’horreur de cet hallucinant long-métrage. L’intrigue rebondit très mollement lorsque débarquent sur l’île deux hommes qui travaillent pour le professeur, et dans les bras desquels vont se jeter les demoiselles visiblement assoiffées de sexe. D’où de nouvelles interminables séquences de danse, de déshabillages et de disputes. Au bout d’un temps jugé suffisamment long, le monstre revient et meurt finalement enlisé dans des sables mouvants, concluant en queue de poisson ce film absurde qui sortit en Belgique sous le titre suggestif de L’île du sadique.

 

© Gilles Penso

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INCROYABLE MAIS VRAI (2022)

Alain Chabat et Léa Drucker s’installent dans une maison dont le sous-sol renferme quelque chose d’incroyable… mais vrai !

INCROYABLE MAIS VRAI

 

2022 – FRANCE

 

Réalisé par Quentin Dupieux

 

Avec Alain Chabat, Léa Drucker, Benoît Magimel, Anaïs Demoustier, Roxane Arnal, Stéphane Pezerat, Grégoire Bonnet, Marie-Christine Orry, Michel Hazanavicius

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I MÉDECINE EN FOLIE 

Quentin Dupieux enchaîne les films aux concepts absurdes avec une régularité qui force le respect. Après la veste psychopathe de Le Daim et la mouche géante de Mandibules, voici donc Incroyable mais vrai qui marque les retrouvailles du réalisateur avec Alain Chabat, huit ans après Réalité. Pour toute une génération de spectateurs, le titre du film évoque une émission télévisée culte animée par Jacques Martin entre 1981 et 1983 sur Antenne 2, ce qui ne nous rajeunit pas. On sait Dupieux partisan d’une certaine patine rétro, d’où ce titre aux joyeuses résonnances « old school ». Mais « Incroyable mais vrai », c’est aussi la mention qui apparaît sur de nombreuses annonces publicitaires vantant dans certains magazines les mérites de solutions miracles invraisemblables : contre le vieillissement, contre la chute de cheveux, contre la prise de poids, contre l’insomnie, contre la fatigue, contre les fuites urinaires, contre la perte d’énergie sexuelle… « Incroyable mais vrai ! » peut-on lire sur ces pages pleines de promesses qui proposent tout et n’importe quoi. Bien sûr, il y a un revers de la médaille. Et c’est dans cette voie que s’engouffre Quentin Dupieux, mettant pour une fois son goût de l’absurde au service d’un message sans équivoque et d’une réflexion limpide sur certains travers humains.

Alain et Marie (Alain Chabat et Léa Drucker) sont un couple tranquille et équilibré, lui la soixantaine cool, elle la cinquantaine fringante. Alors qu’ils décident d’acheter une maison ensemble, ils en visitent une qui semble correspondre à leurs critères. Ce n’est pas le coup de foudre, mais ça pourrait faire l’affaire. L’agent immobilier qui les fait visiter (Stéphane Pezerat) tient à leur montrer une dernière chose dans le sous-sol, qu’il qualifie de « clou de la visite ». En découvrant la cave de la maison, Alain et Marie ne sont pas particulièrement impressionnés. Mais l’agent insiste : l’important ce n’est pas la cave mais la trappe qui s’y trouve. S’ils acceptent de le suivre dans cette trappe et de découvrir où mène le conduit étroit qui la prolonge, leur vie va changer à tout jamais. Amusés et perplexes, ils hésitent puis se prêtent au jeu en descendant dans le fameux conduit. Effectivement, ce qu’ils y découvrent ne va pas les laisser indemnes…

Les dangers de la vanité

Baignée dans cette photographie laiteuse dont Dupieux a fait sa signature visuelle, la première partie d’Incroyable mais vrai ne dénote pas du tout dans sa filmographie. Le point de départ est ouvertement burlesque, la mise en scène minimaliste laisse les acteurs faire leur numéro et la bande son se laisse envahir par une musique électronique « vintage » obsédante. Une fois n’est pas coutume, le réalisateur ne compose pas la bande originale du film mais emprunte plusieurs morceaux à l’album « Jon Santo Plays Bach » (dont la reprise au synthétiseur de la célèbre « Badinerie » finit par ressembler au générique de La Soupe aux choux !). La grande force de ce premier acte repose sur le décalage entre le jeu des comédiens (sobres, crédibles, naturels) et la parfaite absurdie de la situation. À ce titre, la scène du dîner avec Benoît Magimel et Anaïs Demoustier est un petit régal. Mais petit à petit, le scénario s’achemine vers une certaine gravité inattendue, décrivant par le menu l’effet dévastateur et autodestructeur d’un trop-plein de vanité et de narcissisme. Dupieux ne nous a pas habitués à une telle grille de lecture, cédant même au symbolisme par l’entremise d’une pomme révélatrice de la tentation et de ses dangers. Incroyable mais vrai n’en perd pas son impact, bien au contraire, mais bifurque là où on ne l’attendait pas. Le rythme aurait certes mérité d’être resserré. On sent bien que le scénario finit par tirer à la ligne en assénant aux spectateurs une longue séquence elliptique entièrement musicale qu’il aurait fallu drastiquement racourcir. Mais à cette réserve près, le film fait mouche, prônant une approche philosophique de la vie et s’acheminant vers un épilogue étonnamment amer.

 

© Gilles Penso

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LE SAMARITAIN (2022)

Sylvester Stallone incarne un vieux super-héros qui vit dans l’anonymat jusqu’à ce qu’un redoutable gang ne le pousse à reprendre du service…

SAMARITAN

 

2022 – USA

 

Réalisé par Julius Avery

 

Avec Sylvester Stallone, Javon Walton, Pilou Asbaek, Dascha Polanco, Moisés Arias, Martin Starr, Sophia Tatum, Jared Odrick, Henry G. Sanders

 

THEMA SUPER-HÉROS

C’est à Bragi F. Schut (scénariste du Dernier des templiers, d’Escape Game et de plusieurs séries animées de la franchise Ninjago) que nous devons l’histoire du Samaritain, qui aborde le thème des super-héros sous un angle sombre et réaliste. En attendant de pouvoir en tirer un film, Schut adapte son scénario dans une série de romans graphiques dessinés par le duo Marc Olivent / Renzo Podesta et publiés par Mythos Comics. Début 2019, le studio MGM et la compagnie Balboa Productions font l’acquisition du script et se mettent au travail sur sa transposition à l’écran. La réalisation est confiée à Julius Avery, dont l’audacieux Overlord, mixage de film de guerre et de film de zombies, avait fait forte impression en 2018. Le projet semblait donc en de bonnes mains. Co-producteur du film, Sylvester Stallone annonce bientôt qu’il en tiendra aussi le premier rôle, ce qui a pour effet immédiat de faire monter d’un cran l’impatience du public. Hélas, signe des temps, Le Samaritain n’a pas les honneurs d’une distribution en salle (après que sa date de sortie ait été sans cesse repoussée) mais atterrit directement sur la plateforme Prime Video. C’est généralement mauvais signe…

Le prologue en image de synthèse, qui résume l’affrontement passé d’un super-héros (le Samaritain) et de son ennemi juré (Nemesis) dans la centrale électrique de Granite City, nous annonce d’emblée l’absence de finesse du film. Mise en image comme une animatique de jeu vidéo, narrée par une voix off enfantine, cette entrée en matière excessive ne fait pas dans la dentelle. Choisir d’ailleurs des noms aussi génériques pour les antagonistes nous laisse perplexes. Pourquoi ne pas carrément les appeler « Le Vilain » et « Le Héros » ? Ou « Le Méchant » et « Le Gentil » ? Toujours est-il que les deux surhommes ont disparu dans une grande explosion vingt-cinq ans plus tôt. Nemesis est mort et le Samaritain n’a plus jamais été revu. Le scénario s’intéresse alors à Sam Cleary (Javon Walton), un jeune garçon qui vit dans un quartier défavorisé avec sa mère. Pour pouvoir surmonter leur situation financière difficile, il commence à traîner avec les gangs qui écument le quartier. Alors qu’il se retrouve en très fâcheuse posture, Sam est sauvé par son voisin éboueur, Joe Smith (Sylvester Stallone), qui déploie sous ses yeux une force prodigieuse. Et si c’était lui, le Samaritain ?

Incassable ?

Pour être honnête, la cible visée par le film nous échappe. Choisir un garçon de treize ans comme protagoniste laisse imaginer que Le Samaritain s’adresse aux enfants et aux adolescents. Mais la brutalité, la violence et la noirceur dans lesquelles baigne le récit sont définitivement inadaptées à un tel public. Stallone lui-même semble indécis sur sa manière d’aborder le personnage, cultivant pendant la grande majorité du métrage une moue solitaire, taciturne et désabusée avant de passer sans transition à la rage bestiale d’un Hulk pendant les scènes de combat. Difficile de s’attacher à un tel super-héros. Ses déambulations monolithiques sous une capuche évoquent irrésistiblement le Bruce Willis d’Incassable, l’arme surpuissante du méchant (une masse/marteau) semble avoir été empruntée à Thor, le vilain qui harangue la foule pour la pousser à semer le chaos et l’anarchie se prend de toute évidence pour le Joker de The Dark Knight… Bref, nous avons déjà vu tout ça ailleurs. Il y a certes un antagoniste fort charismatique (Pilou Asbaek, vu dans Overlord, Ghost in the Shell et Game of Thrones) et un twist intéressant au cours du dernier acte. Mais c’est insuffisant pour dynamiser ce scénario désespérément basique nous offrant en guise de climax un gigantesque incendie numérique très peu crédible.

© Gilles Penso


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FAUST (1926)

F.W. Murnau adapte avec panache la célèbre pièce de Goethe, mettant en scène un Méphisto particulièrement impressionnant…

FAUST, EINE DEUTSCHE VOLKSSAGE

 

1926 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par F.W. Murnau

 

Avec Gösta Ekman, Emil Jannings, Camilla Horn, frida Richard, William Dieterle, Yvette Guilbert, Eric Barclay, Hanna Ralph

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

« Regarde : les portes des ténèbres se sont ouvertes et les malheurs de tous les peuples s’abattent sur la Terre… » C’est en ces termes que commence Faust, chef d’œuvre incontesté d’un Friedrich Wilhelm Murnau au sommet de son art. Joignant l’image au texte, le réalisateur de Nosferatu ose envahir l’écran d’une folle chevauchée macabre, Méphisto (Gösta Ekman) et ses cavaliers de l’apocalypse galopant sur leurs noires montures dans un ciel enfumé. Cornu, déployant de larges ailes de chauve-souris, ce diable qu’on croirait issu d’une gravure médiévale lance un défi au sévère archange qui stoppe sa course, drapé dans d’immenses élytres de plumes blanches : il corrompra le plus charitable des hommes, le vénérable alchimiste Faust (Emil Jannings), et prouvera ainsi que la Terre lui appartient. L’ombre gigantesque du malin s’étend alors sur la ville, tandis que la peste s’abat sur les habitants. Incapable de sauver ses prochains, Faust perd la foi et, dans un accès de désespoir, invoque le Seigneur des Ténèbres, en une de ces nuits brumeuses et photogéniques dont seuls les maîtres de l’expressionnisme allemand avaient le secret.

Méphisto fait alors son apparition sous des traits humains et rondouillards. Le contrat ensorcelé qu’il tend à Faust énonce : « Je renonce à Dieu et à ses milices terrestres. En échange, accorde-moi pouvoir et richesse ». L’alchimiste s’effraie, bien entendu, mais l’espoir d’endiguer le fléau guide son acte irrévocable : il signe le pacte de son sang. La spirale infernale s’active aussitôt. En l’espace d’une journée, Faust retrouve sa jeunesse perdue et conquiert le jour de son mariage la splendide duchesse de Parme. Grisé, il assouvit sans encombre tous ses fantasmes et, inévitablement, sombre peu à peu dans l’ennui d’un homme trop vite comblé. Mais de retour dans sa ville natale un dimanche de Pâques, il tombe éperdument amoureux de la prude Gretchen (interprétée par Camilla Horn après que Lilian Gish et Leni Riefenstahl aient postulé tour à tour pour le rôle)…

Les facéties du diable

La première moitié de Faust est un festival ininterrompu d’effets spéciaux époustouflants, mélange de trucages optiques à la Méliès, d’effets pyrotechniques virevoltants, de maquettes minutieuses et d’expositions multiples. Ainsi les facéties incendiaires du diable, son survol du monde sur une cape magique ou les nuées de volatiles démoniaques prennent-ils corps à l’écran avec une indéniable photogénie. La suite du récit délaisse quelque peu la magie au profit du mélodrame, reléguant Méphisto au rôle de faire-valoir comique, Faust à celui d’amoureux transi et Gretchen au statut de martyr pathétique. Le film ne perd pas pour autant sa force évocatrice, s’achevant sur une rédemption émouvante. Œuvre humaniste, magistrale, importante dans l’histoire du septième art, le Faust de Murnau est un complément idéal à la lecture de la pièce homonyme de Goethe, toutes deux inspirées de la même légende populaire allemande. Et l’on ne compte plus les cinéastes, de Walt Disney à Peter Jackson en passant par Akira Kurosawa, qui y puisèrent l’inspiration pour certaines séquences clefs de leurs propres films.

 

© Gilles Penso

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TARZAN S’ÉVADE (1936)

Johnny Weissmuller incarne pour la troisième fois de sa carrière le célèbre homme-singe aux côtés d’une Jane en proie à un délicat dilemme…

TARZAN ESCAPES

 

1936 – USA

 

Réalisé par Richard Thorpe

 

Avec Johnny Weissmuller, Maureen O’Sullivan, William Henry, John Buckler, Benita Hume, Herbert Mundin, E.E. Clive

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I THEMA TARZAN

Pour ce troisième épisode de la mythique saga inspirée d’Edgar Rice Burroughs, une véritable chaise musicale de réalisateurs s’opéra au sein de la MGM. James C. McKay commença le film en juillet 1936, mais rien ne fut conservé de ce qu’il tourna. John Farrow prit le relais. D’autres cinéastes s’attelèrent à la tâche (William A. Wellman, George B. Seitz), mais c’est finalement le vétéran Richard Thorpe (déjà auteur de cent dix longs-métrages) qui signa Tarzan s’évade. Le scénario de Cyril Hume nous fait découvrir les cousins de Jane, Rita et Eric Parker, qui décident de la retrouver pour lui faire part de l’héritage d’un demi-million de livres qui lui revient si elle accepte de repartir à Londres avec eux. Afin de la retrouver, ils se font guider par le capitaine Fry, un chasseur de fauves réputé. « Le meilleur fusil d’Afrique se transforme en guide pour touristes ? », s’interroge son bras droit Raswlins. Mais Fry a une idée derrière la tête en acceptant de diriger cette expédition. Il veut en effet capturer Tarzan, le fameux roi des singes de la légende, pour l’exhiber dans un cirque. La première partie de l’expédition abonde en stock-shots montrant toutes sortes d’animaux sauvages gambadant dans la savane africaine : éléphants, girafes, autruches, zébus…

Une fois nos héros arrivés devant l’escarpement de Mutia, un endroit difficile d’accès et nimbé de rumeurs inquiétantes qui glacent le sang des indigènes, les ennuis commencent. Rita échappe de peu aux griffes d’une lionne tandis que les redoutables Gabonis attaquent. Les cousins de Jane ne doivent leur salut qu’au cri de Tarzan qui résonne bientôt sous les frondaisons. Pendant l’escalade vertigineuse qui s’ensuit, le quota d’indigènes qui tombent dans le vide est allègrement respecté. Mais tant que le matériel est intact, la fière expédition britannique ne s’en émeut pas outre mesure ! Tandis qu’ils établissent leur camp, Fry tend un piège à Tarzan en capturant Cheetah. Notre homme singe ne se laisse pas abuser pour autant, son instinct lui ayant permis d’emblée d’émettre des doutes légitimes sur la loyauté du vil capitaine…

L’ivre de la jungle

Tarzan s’évade nous offre les visions idylliques et délicieusement surréalistes du confort moderne que l’homme-singe et sa dulcinée ont installé dans leur cabane arboricole : un ascenseur tiré par un éléphant, un ventilateur actionné par des poulies, une cuisine, une salle à manger… On se croirait presque dans un épisode des Flintstones ! C’est à n’en pas douter l’un des aspects les plus récréatifs du film. Le scénario n’est pas avare en rebondissements et en retournements de situations, s’appuyant sur un dilemme lié à la décision de Jane. Doit-elle rejoindre sa famille biologique ou rester auprès de son bien-aimé ? Une chose est sûre : la place de son sauvageon chéri est dans la jungle et nulle part ailleurs. « Ici Tarzan est un roi, là-bas, ce serait un phénomène de foire », affirme-t-elle de fait à ses cousins lorsqu’ils proposent que le couple les rejoigne à Londres. Ah gré des trahisons multiples de Fry, le film collecte quelques séquences spectaculaires, notamment l’attaque des éléphants qui saccagent un village en barrissant joyeusement, ou encore le climax situé dans une grotte sinistre où sables mouvant bouillonnants, fumigènes et iguanes visqueux se partagent la vedette. Après maints états d’âme, Jane décide finalement de rester avec son compagnon en slip léopard. Tout s’achève donc sur un beau happy end romantique, prélude à un quatrième épisode tout aussi mouvementé.

 

© Gilles Penso


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AU COMMENCEMENT (2000)

Le réalisateur du Sixième continent raconte en accéléré tout l’Ancien Testament au fil d’un long téléfilm au casting prestigieux…

IN THE BEGINNING

 

2000 – GB

 

Réalisé par Kevin Connor

 

Avec Martin Landau, Jacqueline Bisset, Bill Campbell, Eddie Cibrian, Fred Weller, Alan Bates, Steven Berkoff

 

THEMA DIEU, LA BIBLE, LES ANGES

Ce téléfilm de luxe, retitré La Terre Promise lors de son édition DVD en France, tente de relever un bien difficile défi : raconter les passages les plus importants de l’Ancien Testament en trois heures, de la création du monde jusqu’à l’arrivée du peuple Hébreu en Terre Sainte. C’était à craindre, le résultat n’est pas vraiment à la hauteur des ambitions du studio Hallmark (Les Voyages de Gulliver, Alice au pays des merveilles) et du réalisateur Kevin Connor (Le Sixième continent, Les Sept cités d’Atlantis). Car à vouloir narrer autant d’événement en si peu de temps, le scénario est obligé d’éluder bon nombre d’éléments primordiaux, comme si l’histoire avançait en vitesse accélérée. Exit la profondeur des personnages, la richesse des thématiques, l’importance des enjeux… Tout est survolé à la vitesse grand V, comme si nous assistions à un enchaînement rapide de sketches. Les protagonistes naissent, grandissent, puis meurent en cédant le pas à leur descendance sans que nous n’ayons eu la moindre possibilité de nous attacher ou même nous intéresser à eux. C’est tout de même un comble, quand on connaît la richesse du matériau initial. Sans doute un format plus long (une mini-série en trois ou quatre parties par exemple) eut été plus adapté à cette adaptation digest de l’a Genèse et l’Exode.

De plus, étant donné que certaines de ces histoires ont déjà été contées à l’écran avec autrement plus de panache, on se demande un peu où réside l’intérêt d’une telle entreprise. Le sacrifice d’Abraham, par exemple, a fait l’objet d’un traitement plus riche dans La Bible de John Huston. Quant à l’adaptation de l’histoire de Moïse, elle se contente ici de recycler les idées visuelles et narratives des Dix Commandements de Cecil B. De Mille et du formidable dessin animé Le Prince d’Égypte, évacuant tout effet de surprise auprès du spectateur qui connaît déjà non seulement le récit mais aussi ses différentes transcriptions visuelles. Comme en outre les effets visuels déployés ne sont pas particulièrement performants (le Buisson Ardent, notamment, est un sérieux ratage artistique et technique), la mise en scène de Connor manque singulièrement d’emphase lors des moments magiques ou spectaculaires.

Têtes d’affiche

Et pourtant, on sent bien qu’Hallmark a mis le paquet en termes de moyens, ne reculant pas devant les centaines de figurants, les accessoires luxueux, les costumes soignés, les éléments de décors colossaux ou les animaux traversant l’écran par troupeaux entiers. Dommage qu’un tel déploiement ne permette pas au film de posséder l’ampleur requise. On se console alors en retrouvant bon nombre de visages familiers tout au long du casting, car Au commencement surprend tout de même par les guest-stars qu’il a réussi à réunir sur un même plateau. On retiendra notamment Martin Landau (Cosmos 1999) en Abraham, Jacqueline Bisset (Bullitt) en Sarah, Bill Campbell (Rocketeer) en Moïse, Géraldine Chaplin (Docteur Jivago) en Yocheved, Christopher Lee (Dracula en personne !) en Ramsès, Diana Rigg (la trop rare Emma Peel de Chapeau melon et bottes de cuir) en Rebeccah ou encore David Warner (La Malédiction) en Eliezer. Rien que pour eux, ce téléfilm vaut un petit coup d’œil.

 

© Gilles Penso


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US (2019)

Pour son second long-métrage, le réalisateur de Get Out plonge une famille en vacances dans un cauchemar vertigineux…

US

 

2019 – USA

 

Réalisé par Jordan Peele

 

Avec Lupita Nyong’o, Winston Duke, Elisabeth Moss, Tim Heidecker, Yahya Abdul-Mateen, Anna Diop, Evan Alex, Shahadi Wright-Joseph, Cali Sheldon, Noelle Sheldon

 

THEMA DOUBLES

L’accueil de Get Out fut tellement enthousiaste que Jordan Peele ne pouvait en rester là. Il s’attèle donc rapidement à un second long-métrage qu’il souhaite rattacher plus frontalement au genre fantastique en y injectant une bonne dose d’épouvante. Sa source d’inspiration principale est l’un des épisodes de La Quatrième dimension écrit par Rod Serling et réalisé par John Brahm en 1960. Son titre ? « Image dans un miroir ». Son sujet ? La mésaventure d’une jeune femme dans une gare routière, persuadée que son double maléfique tente de prendre le contrôle de sa vie. Bien sûr, ce postulat n’est qu’un prétexte au profit d’un discours que Peele souhaite plus profond, toujours ancré dans les préoccupations sociales de sa génération. « Il y a des milliers de kilomètres de tunnels sous les États-Unis », nous apprend un texte d’introduction. « Des réseaux de métro abandonnés, des voies de service inutilisées, et des mines qui ne sont plus exploitées. Beaucoup n’ont aucune utilisation connue. » La raison d’être de ce texte ne s’exprimera que plus tard. Pour l’heure, le prologue se situe en 1986 dans le parc d’attractions de la plage de Santa Cruz. Échappant à la surveillance de ses parents, la petite Adelaide se perd dans un inquiétant palais des glaces pendant un bon quart d’heure. Lorsqu’elle en ressort, elle est traumatisée. Nous la retrouvons à l’âge adulte, désormais épouse heureuse et mère de deux enfants. Mais ses fêlures sont toujours là. Et lorsqu’elle s’installe avec sa famille près de Santa Cruz pour les vacances, les coïncidences étranges se multiplient…

Si Get Out se suffisait amplement à lui-même, Us semble ne pouvoir pleinement exister sans les nombreuses références que Jordan Peele puise chez ses aînés. Au-delà de l’inspiration première empruntée à Rod Serling, la mécanique horrifique telle qu’elle s’installe en cours de métrage nous renvoie directement au principe des « Body Snatchers » développé dans L’Invasion des profanateurs de sépulture et ses remakes. Tout au long du film, les clins d’œil plus ou moins appuyés fusent : Génération perdue (nous sommes dans le parc de Santa Cruz en 1986) mais aussi Shining, Les Goonies, Funny Games, Vendredi 13 et même C.H.U.D., preuve que la culture de Jordan Peele en ce domaine brasse assez large. On note aussi un hommage direct à la scène d’attente angoissée sur la plage des Dents de la mer (allusion confirmée par le T-shirt que porte le jeune Jason dans cette séquence) et plusieurs références à Michael Jackson (avec notamment cet autre T-shirt à l’effigie du clip Thriller que porte l’héroïne en début de film).

De l’autre côté du miroir

Mais la référence la plus importante est d’ordre littéraire. Lorsqu’Adelaïde s’enfonce dans les sous-sols du palais des glaces et croise des dizaines de lapins blancs, comment ne pas penser à « Alice au pays des merveilles » ? D’autant qu’il est directement question ici de passage de l’autre côté du miroir, ce qui nous ramène à ce fameux épisode de La Quatrième dimension. Grâce à sa mise en scène millimétrée et à ses acteurs pleinement impliqués, Peele parvient à saisir ses spectateurs pour les plonger dans un contexte intrigant, puis carrément effrayant, voire ouvertement horrifique. La première moitié d’Us fonctionne à plein régime. Mais les situations finissent par se révéler répétitives et le cinéaste tire un peu à la ligne au lieu d’aller à l’essentiel. Résultat : les péripéties deviennent excessives, les réactions des protagonistes de moins en moins cohérentes et la peur cède le pas à l’incrédulité. Le problème s’accroit avec ces longs pavés de monologues auxquels le scénario sacrifie pour nous expliquer le fin mot de l’histoire. La subtilité tant espérée n’est pas au rendez-vous, la métaphore de la lutte des classes tombe un peu à plat et ce récit qui partait si bien nous laisse finalement un sentiment très mitigé, tout juste rattrapé par une ultime révélation habile qui remet en perspective une grande partie de l’intrigue.

 

© Gilles Penso

 

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ESTHER (2009)

Après la perte douloureuse de leur enfant, deux parents décident d’adopter une petite fille brillante… qui cache bien son jeu !

ORPHAN

 

2009 – USA

 

Réalisé par Jaume Collet-Serra

 

Avec Vera Farmiga, Peter Sarsgaard, Isabelle Fuhrman, CCH Pounder, Jimmy Bennett, Margo Martindale, Karel Roden

 

THEMA ENFANTS

En découvrant en 2004 La Maison de cire, faux remake opportuniste de L’Homme au masque de cire et imitation officieuse de Tourist Trap, on avait un peu tôt rangé Jaume Collet-Serra dans la catégorie des réalisateurs anonymes et sans personnalité. Mais avec Esther, la donne a radicalement changé. Pourtant, ce long-métrage horrifique est toujours produit par Dark Castle (La Maison de l’horreur, Gothika, 13 fantômes), une compagnie qui n’a jamais reculé devant les clichés pour essayer – souvent en vain – de faire frissonner ses spectateurs. Certes, Esther recourt encore à quelques mécanismes un peu galvaudés (musique d’ambiance un tantinet appuyée, prélude en forme de scène de cauchemar, effets chocs parfois gratuits). Mais Collet-Serra démontre bien vite qu’il sait intelligemment créer des ambiances oppressantes tout en maîtrisant l’épouvante insidieuse et viscérale. La clef de la réussite d’Esther repose d’abord sur le scénario de David Johnson, qui s’attache avant tout à ses personnages principaux et à leurs fêlures – qu’ils sont loin, les jeunes protagonistes décérébrés de La Maison de cire !

Avec une sensibilité à fleur de peau, Vera Farmiga (future héroïne de la saga Conjuring et de la série Bates Motel) incarne Kate Coleman, fragilisée par la perte d’un enfant au point de s’agiter la nuit sous les assauts de cauchemars récurrents. Bien décidée à se reprendre en main pour retrouver l’équilibre de son couple et de sa famille (elle a deux autres enfants), elle fait le choix, avec son compagnon John (Peter Sarsgaard), de se lancer dans un processus d’adoption. Ils visitent donc l’orphelinat voisin et se sentent attirés par Esther (Isabelle Fuhrman), une fille de neuf ans à l’intelligence remarquable et aux dons artistiques singuliers. Mais bientôt, Esther montre quelques penchants violents qui la poussent par exemple à blesser une camarade de classe sur un toboggan. De plus en plus surpris par le comportement de leur fille adoptive, Kate et John enquêtent sur son passé et découvrent que de nombreux accidents inexpliqués se sont déjà produits dans les orphelinats où elle séjourna. Esther semble cacher un secret, mais lequel ?

Déviances

Brillant par bien des aspects, à la fois subtil et radical, Esther est un film qui tranche dans le vif (au propre comme au figuré) et n’hésite jamais à choquer en osant des retournements de situation violents. Tant et si bien que l’issue du drame semble incertaine jusqu’au bout. À ce titre, les vingt dernières minutes du métrage prennent la tournure d’un suspense éprouvant qui va crescendo jusqu’à un climax à couper le souffle. Entre temps, une révélation surprenante nous aura permis de comprendre la véritable identité d’Esther et la nature de son comportement déviant. Ce récit perturbant fait d’autant plus froid dans le dos qu’il s’inspire d’un fait divers réel survenu en 2007 en République tchèque. Une grande partie de l’impact du film repose sur la finesse du jeu de ses acteurs, parmi lesquels Isabelle Fuhrman se révèle particulièrement saisissante. La jeune actrice aurait préparé son rôle en étudiant les performances de Glenn Close et Anthony Hopkins, respectivement dans Liaison fatale et Le Silence des agneaux. Érigé dès sa sortie au rang de petit classique du genre, Esther compte parmi ses producteurs plusieurs noms prestigieux comme Joel Silver (Piège de cristal, L’Arme fatale), Susan Downey (l’épouse de Robert Downey Jr) et Leonardo di Caprio.

 

© Gilles Penso

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ESTHER 2 : LES ORIGINES (2022)

13 ans après Esther, le réalisateur de The Boy réalise une prequel située juste avant les événements tragiques du premier film…

ORPHAN : FIRST KILL

 

2022 – USA

 

Réalisé par William Brent Bell

 

Avec Isabelle Fuhrman, Julia Stiles, Rossif Sutherland, Hiro Kanawaga, Matthew Finlan, Samantha Walkes, David Lawrence Brown, Gwendolyn Collins

 

THEMA ENFANTS I TUEURS

Drôle d’idée de vouloir doter Esther, le formidable film d’horreur psychologique réalisé en 2009 par Jaume Collet-Serra, d’une « prequel » aussi tardive. Treize ans séparent en effet les deux longs-métrages. Dès son annonce le projet semble hasardeux, d’autant que le réalisateur chargé de ce second épisode, William Brent Bell (Stay Alive, The Devil Inside, The Boy et sa suite) tient absolument à solliciter à nouveau Isabelle Fuhrman pour reprendre le rôle principal. Or l’actrice est désormais âgée de 24 ans. Comment peut-elle jouer de manière crédible cette « fillette » maléfique ? Le cinéaste est confiant, s’appuyant sur des effets numériques de rajeunissement, des « tours de passe-passe » à base perspectives forcées, d’astuces de cadrage, de doublures, d’éléments de décor surdimensionnés et de jeux sur les éclairages. Pour le reste, il se repose sur les talents de la comédienne et sur sa capacité à nous faire croire à son personnage. Et le miracle opère. Isabelle Fuhrman entre une fois de plus dans la peau d’Esther, comme si elle avait quitté le rôle la veille, et active immédiatement notre suspension d’incrédulité.

Nous voilà dans l’hiver estonien, en 2007. Une instructrice spécialisée en thérapie artistique prend ses fonctions au Saarne Institute, un centre de soins psychiatriques austère et guère engageant. Dès son premier jour, elle fait la rencontre de la patiente la plus dangereuse des lieux, une certaine Leena. Cette dernière n’est pas ce qu’elle semble être. Sous son apparence d’innocente petite fille d’une dizaine d’années se cache un être machiavélique et passablement perturbé. Grâce à une machination savamment orchestrée, Leena s’évade en laissant derrière elle plusieurs victimes ensanglantées, puis change d’identité. Elle se fait ainsi passer pour Esther Albright, une petite fille disparue depuis quatre ans. Elle s’installe donc à Darien, dans le Connecticut, où l’accueillent ses parents et son grand-frère. Son histoire est bien rôdée : elle a été kidnappée en Russie et est parvenue à s’échapper. Mais son double jeu va-t-il fonctionner jusqu’au bout ?

La pauvre petite orpheline

Esther 2 peut s’apprécier sans avoir vu le premier Esther puisqu’il reprend le récit depuis ses origines, mais mieux vaut d’abord découvrir le film de Jaume Collet-Serra afin de ne pas rater l’effet de surprise initial. Faute de quoi le spectateur se retrouverait dans la même situation que ceux qui ont visionné la prélogie Star Wars sans avoir vu L’Empire contre-attaque, se privant ainsi de l’un des coups de théâtre les plus marquants de l’histoire du cinéma. Cette prequel ne joue donc pas sur l’effet de surprise – du moins pas dans un premier temps – tout en fonctionnant sur un registre voisin de celui de son prédécesseur. Les mécanismes de la peur s’enclenchent sous forme d’un malaise insidieux qui s’installe peu à peu et contamine progressivement tous les personnages. C’est chez la mère que le doute commence d’abord à s’instiller comme un poison. Le policier en charge de l’enquête a lui aussi la puce à l’oreille et cherche à s’assurer de la véritable identité d’Esther. Cette fois-ci, le spectateur bénéficie d’un coup d’avance qui lui permet d’anticiper le drame. Pour autant, la tournure précise que s’apprêtent à prendre les événements nous échappe. D’autant qu’un retournement de situation vertigineux survient à mi-parcours, réorganisant les enjeux sous un angle tout nouveau. Le « twist » est un peu difficile à croire et un tantinet tiré par les cheveux, mais il présente l’intérêt d’être très habile et totalement inattendu. Dommage que le climax en fasse des tonnes, privilégiant l’effet spectaculaire à la subtilité. Mais l’exercice reste très réussi, en grande partie grâce à la justesse des comédiens, parmi lesquels Isabelle Fuhrman tire encore une fois son épingle du jeu dans un registre pourtant très difficile.

 

© Gilles Penso

 

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DORIAN GRAY (1970)

Le célèbre roman d’Oscar Wilde se paie une version sulfureuse plongée dans les effets de style des années 70…

DORIAN GRAY / DAS BILDNIS DES DORIAN GRAY

 

1970 – ITALIE / ALLEMAGNE / LIECHTENSTEIN / USA

 

Réalisé par Massimo Dallamano

 

Avec Helmut Berger, Richard Todd, Herbert Lom, Marie Liljedahl, Margaret Lee, Maria Rohm, Beryl Cunningham, Isa Miranda, Eleonora Rossi Drago

 

THEMA DOUBLES DIABLE ET DEMONS 

En 1970, le roman « Le Portrait de Dorian Gray » a déjà été adapté une quinzaine de fois au cinéma et à la télévision, la plus marquante de ces relectures étant sans conteste celle réalisée par Albert Levin en 1945. Mais le producteur Harry Alan Towers (Le Masque de Fu Manchu, Le Cirque de la peur, Million Eyes of Sumuru, Les Nuits de Dracula) pense malgré tout pouvoir apporter quelque chose de neuf à ce mythe déjà mille fois exploité en s’appuyant sur la libération sexuelle du début des années 70. D’où ce Dorian Gray modernisé dont la mise en scène est confiée au cinéaste italien Massimo Dallamano (Le Tueur frappe trois fois, La Venus en fourrure). La grande trouvaille de cette version est d’avoir offert le rôle principal à Helmut Berger, alors tout juste sorti des Damnés de Luchino Visconti. L’acteur autrichien irradie l’écran de sa beauté languide, incarnant à merveille ce dandy oisif qui se soustrait progressivement à toute contrainte morale pour plonger dans la dépravation. Même s’il s’appuie majoritairement sur les péripéties écrites par Oscar Wilde quatre-vingts ans plus tôt, le scénario s’offre un certain nombre de libertés afin de mieux se conformer au contexte des seventies. D’où un texte annonçant au cours du générique de début que nous avons affaire à « une allégorie moderne inspirée par le travail d’Oscar Wilde » et non pas à une adaptation littérale.

Le prélude ne s’embarrasse pas d’exposition. En gros plan, Dorian Gray pousse un grand cri, puis la caméra adopte son point de vue subjectif. Ses mains ensanglantées se dirigent précipitamment vers une salle de bain où l’eau du robinet coule pour s’efforcer de les nettoyer avec frénésie. Son regard bleu est halluciné, son teint blafard, sa mine déconfite. Il jette des affaires dans le feu puis se laisse tomber sur un fauteuil… Que s’est-il passé ? Un flash-back nous permet de revoir les événements précédents et de comprendre ce qui a plongé cet homme dans un tel désarroi. Dans le Londres du début des années 1970, Dorian Gray est un jeune homme beau et riche qui s’éprend de Sybil Vane (Marie Liljedahl), une actrice en herbe. Cette idylle apaise un peu son égocentrisme. Mais un jour, alors que son ami l’artiste Basil Hallward (Richard Todd) peint un très beau portrait à son effigie, Dorian rencontre un homme snob et affecté, Henry Wotton (Herbert Lom), qui va jouer le rôle du diablotin tentateur. « Un jour, vous serez vieux, ridé et répugnant », lui dit-il. « Votre visage ne plaira plus. » Une fois le portrait terminé, Wotton en rajoute une couche. « Quand vous serez une poupée hideuse, ceci sera toujours magnifique » dit-il face à la peinture. Piqué dans son orgueil, Dorian affirme alors être prêt à donner son âme au diable pour ne pas vieillir et laisser la peinture s’enlaidir à sa place. Et c’est exactement ce qui va se passer…

Le dépravé

Plus encore que dans la majorité des adaptations précédentes, le narcissisme est ici mis en avant comme cause principale de la dépravation. Amoureux de lui-même, Dorian Gray est prêt à tout pour garder vivace l’image séduisante que lui renvoie son reflet peint. Au départ, il ne semble être qu’une victime passive du mal qui rôde autour de lui. Mais plus le temps passe, plus il agit lui-même comme un ange destructeur. Fidèle au concept établi par Oscar Wilde, le tableau témoigne peu à peu des méfaits de Dorian. Au début, il n’y a qu’une ombre dans le regard du portrait, une légère altération. Puis le visage vieillit et s’enlaidit. À la fin, ce n’est plus qu’une créature hideuse au teint livide, aux yeux blancs et aux mains crispées en forme de serres. Plongé dans l’exubérance des années 70, le film de Massimo Dallamano affuble Helmut Berger de tenues invraisemblables (du costume étoilé digne de Claude François au manteau de fourrure zébré) et le place dans des situations équivoques osées. Il faut le voir s’accoupler à une femme âgée dans le box d’une écurie, faire les yeux doux à un matelot dans les toilettes pour homme ou se préparer à passer à l’acte avec Herbert Lom qui vient de ramasser sa savonnette sous la douche ! Selon les territoires, le film est connu sous différents titres, du simple Dorian Gray à The Secret of Dorian Gray en passant par The Sins of Dorian Gray, Il Dio Chiamto Dorian ou encore Le Dépravé.

 

© Gilles Penso

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