LE FESTIN DE LA MANTE (2003)

Mue par une force surnaturelle, une femme au comportement de mante religieuse assassine chacun de ses partenaires après l’acte d’amour…

LE FESTIN DE LA MANTE

 

2003 – BELGIQUE

 

Réalisé par Marc Levie

 

Avec Lou Broclain,Yann Chely, Sacha Kollich, Adèle Jacques, Hugues Hausman, Michel de Warzee, Serge Swysen

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

La Belgique s’affirme régulièrement comme l’un des derniers bastions de l’innovation et de la surprise en matière de cinéma de genre, loin du formatage américain et de l’intellectualisation française. Berceau d’œuvres aussi divergentes que Malpertuis ou C’est arrivé près de chez vous, elle nous livre en 2003 un Festin de la Mante pour le moins osé. Premier long-métrage de Marc Levie, qui en avait l’idée en tête depuis une bonne quinzaine d’années, Le Festin de la Mante raconte l’histoire d’une femme mante religieuse condamnée à occire les hommes qu’elle aime, ni plus ni moins. Mais loin des Wasp Woman et autres Le Vampire a soif, cet insecte tueur déguisé en femme n’est un monstre qu’à travers son comportement, car jamais elle ne prend l’aspect physique de la mante, Levie se refusant à user d’effets spéciaux spectaculaires. Lorsque le violoncelliste Julien la rencontre dans le sud de la France, elle lui dit se prénommer Sylvia. Tombé sous son indiscutable charme printanier, il tombe dans ses bras et l’épouse peu après. Mais la belle refuse de consommer leur amour, car elle ne veut pas perdre Julien. Or toute relation sexuelle entraîne inévitablement la mort de son partenaire. Ses précédents amants en ont fait les frais.

Alors que sa liaison avec son époux demeure frustrante et platonique, Sylvia se laisse séduire par Patrick, jeune chien fou prêt à prendre tous les risques pour pimenter sa vie. A ce dernier, elle se donne physiquement, pleinement et sauvagement. Car il lui faut assouvir son besoin meurtrier, sans lequel elle dépérira et cessera de reproduire son espèce hybride. A la fois fasciné et effrayé par cette relation étrange et autodestructrice, Patrick ignore évidemment l’issue fatale qui lui est réservée. Le chevauchant nue au moment de l’ultime extase, Sylvia serrera sa gorge dans ses mains soudain animées d’une puissance surhumaine et l’étranglera jusqu’au dernier souffle, orgasme et mort s’entremêlant ainsi inéluctablement. Lorsque Julien découvre l’amant, sa première réaction est violente et sans appel. Mais peu à peu, il comprend la véritable nature mi-femme mi-mante de son épouse. Fou d’amour, il est prêt à tous les sacrifices : la laisser en aimer un autre pour mieux le tuer, voire s’offrir lui-même en pâture aux jolies mandibules de Sylvia…

La prédatrice

Chez Marc Levie, l’amour et la mort sont donc indissociables, le fantastique est métaphorique et poétique, le prédateur prend le visage d’un ange ingénu, et les notions de fidélité, de désir et de passion s’entrechoquent loin des lieux communs de l’éternel trio amant/mari/femme. Audacieux et surprenant, Le Festin de la Mante est quelque peu desservi par une mise en scène timide qui aurait manifestement mérité des moyens plus conséquents et par l’interprétation moyennement convaincante de Yann Chely dans le rôle du terne Julien. En revanche, Lou Broclain, en troublante Sylvia au double visage, et Sacha Kollich, interprète du doux-dingue Patrick, crèvent l’écran et portent une grande partie du film sur leurs épaules. La séquence de la tarentule se promenant sur le visage de Sylvia, la première rencontre du couple illégitime ou le dénouement enlinceulé de neige font partie des moments mémorables de ce conte décidément hors norme.

 

© Gilles Penso


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LA MALÉDICTION DE LA MOUCHE (1965)

Cette seconde suite de La Mouche noire prend des libertés avec les films précédents pour mettre en scène de nouvelles mutations monstrueuses…

CURSE OF THE FLY

 

1965 – GB

 

Réalisé par Don Sharp

 

Avec Brian Donlevy, George Baker, Carole Gray, Yvette Rees, Burt Kwouk, Mary Manson, Michael Graham, Rachel Kempson, Jeremy Wilkins, Charles Carson

 

THEMA MUTATIONS I SAGA LA MOUCHE

Pour bénéficier d’un certain nombre d’avantages fiscaux, le producteur Robert L. Lippert (Le Continent perdu, Le Monstre, Je suis une légende) initia plusieurs films en Angleterre. C’est donc là qu’il mit sur pied cette seconde suite de La Mouche noire en réunissant deux membres clés du film d’horreur WItchcraft dont il s’occupa en 1964 : le co-producteur Jack Parsons et le réalisateur Don Sharp (qui signa Le Baiser du vampire pour la Hammer). Officiellement, La Malédiction de la mouche prend la suite de La Mouche noire et du Retour de la mouche. Mais le scénario de Harry Spalding prend beaucoup de libertés avec la continuité des deux films précédents, se contentant d’emprunter les éléments qui l’arrangent en laissant de côté les autres. L’inspecteur de police Charas, initialement incarné par Herbert Marshall, est ici joué par Charles Carson. Vincent Price, pour sa part, est absent de la distribution car il est alors sous contrat chez American International Pictures. Restent donc de nouveaux personnages, dont un Henri Delambre qu’incarne Brian Donlevy (le professeur Quatermass de La Marque) là où Don Sharp aurait largement préféré Claude Rains (L’Homme invisible). Sharp s’avouera par ailleurs déçu par le scénario de ce film, auquel il accorde cependant le crédit d’une scène d’ouverture très réussie.

En effet, La Malédiction de la mouche démarre de manière très intrigante. Une vitre se brise d’abord en mille morceaux. Puis une mystérieuse jeune femme en sous-vêtements (Carole Gray) sort par la fenêtre et s’enfuit au ralenti dans la forêt. Elle s’échappe de l’institut psychiatrique Fournier puis court au milieu des bois pendant toute la durée du générique. C’est alors qu’elle croise la route de Martin Delambre (George Baker), un scientifique qui lui prête des vêtements et la conduit à l’abri sans lui poser de question. Il apprend tout juste son nom : Patricia Stanley. Tous deux finissent par tomber amoureux et se marient en toute discrétion. Mais Patricia et Martin ont des secrets qu’ils ne sont pas prêts à partager. Elle s’est évadée de l’institut qui la soignait de sa dépression nerveuse suite à la mort de sa mère. Lui, de son côté, pratique des expériences sur la téléportation avec l’aide de son père. Mais les essais effectués jusqu’alors ont laissé d’horribles séquelles aux cobayes du dispositif. Martin lui-même souffre d’un mal congénital qui prend la forme de crise brutales le pliant en deux de douleur. Seul un sérum de son invention peut le calmer, sans lequel sa peau se flétrit en accéléré. On ne peut donc pas dire que ce couple parte sur des bases très saines…

La révolte des mutants

Le motif de l’apprenti-sorcier (hérité de “Frankenstein“) nimbe tout le film, notamment à travers le personnage d’Henri Delambre, exalté, qui affirme « trois générations de Delambre ont dédié leur vie à cette œuvre » sans s’émouvoir outre-mesure des conséquences désastreuses de ces expériences. Mais une autre source d’inspiration jette son ombre sur le métrage : Rebecca d’Alfred Hitchcock, d’après le célèbre roman de Daphné du Maurier. Il est en effet difficile de ne pas penser au classique de 1940 lorsque la nouvelle épouse de Martin Delambre cherche à trouver ses marques dans cette grande demeure encore hantée par la présence de la première femme du savant, se heurtant à l’accueil glacial d’une gouvernante qui fait tout pour accroître le malaise. « Vous êtes tous contre moi » finira par s’exclamer Patricia, développant une paranoïa bien compréhensible. Le grand moment de La Malédiction de la mouche est la révélation des mutants contrefaits victimes des expériences ratées des Delambre. L’un est une sorte de catcheur au visage partiellement effacé, l’autre un être malingre et gémissant. Quant à Judith, la fameuse ex-femme, elle est affublée d’affreuses malformations sur la moitié de son corps. Les maquillages conçus par Harold Fletcher (Les Innocents) ne sont pas d’une folle subtilité, mais l’effet perturbant reste efficace. La Malédiction de la mouche n’attira guère les foules au moment de sa sortie. Il faut dire que la promesse était mensongère, dans la mesure où aucune mouche ne montre le bout de ses mandibules dans le film. Nous connaissons donc la réponse à la question qu’affiche le générique de fin : « Is this the end ? » Oui, c’est bien la fin de la saga, jusqu’à sa résurrection par David Cronenberg. On note d’ailleurs que La Mouche 2 de Chris Walas emprunte plusieurs de ses idées narratives et visuelles à La Malédiction de la mouche. Car au pays des mutants, rien ne se perd, tout se transforme.

 

© Gilles Penso


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ROBOWAR (1988)

Une imitation italienne de Predator dans laquelle un commando de gros bras affronte en pleine jungle un robot tueur…

ROBOT DE LA GUERRA

 

1988 – ITALIE

 

Réalisé par Bruno Mattei

 

Avec Reb Brown, Catherine Hickland, Massimo Vanni, Romano Puppo, Claudio Fragasso, Luciano Pigozzi, Max Laurel, Jim Gaines, John P. Dulaney, Mel Davidson

 

THEMA ROBOTS

Roi de l’imitation à petit budget des succès du cinéma de genre, Bruno Mattei mange à tous les râteliers. Quand Zombie fait recette, il tourne Virus cannibale. Pour répondre à New York 1997, il réalise Les Rats de Manhattan. Face au Caligula de Tinto Brass, il signe Caligula et Messaline. L’homme n’a pas froid aux yeux, compensant ses moyens souvent anémiques par les raccourcis les plus divers et opposant au prestige de ses modèles un sens du mauvais goût parfaitement assumé, propre à flatter les instincts les plus primaires de ses spectateurs. Lorsque Predator crève les écrans en 1987, mêlant avec panache le film de commando et la science-fiction, Mattei flaire une nouvelle occasion de s’adonner à son exercice préféré : le plagiat low cost. Voici donc Robowar, variante fauchée du classique de John McTiernan qui pioche aussi son inspiration du côté de Rambo, de Portés disparus, de Terminator et de Robocop. Sous son pseudonyme habituel de Vincent Dawn, le réalisateur tourne aux Philippines avec une escouade de gros bras, émules de Chuck Norris et d’Arnold Schwarzenegger, menés par le très inexpressif Reb Brown que les amateurs connaissent déjà grâce à la version seventies de Captain America et au délirant Yor le chasseur du futur.

Le sculptural Brown incarne ici le major Murphy Black, vétéran de guerre devenu chef d’un commando de durs à cuire surnommé BAM (pour « Big Ass Motherfuckers » !). Leur nouvelle mission les transporte dans une jungle hostile où l’officier Mascher (Mel Davidson) se joint à eux pour déjouer un ennemi inconnu. La grande majorité du métrage est donc constituée de séquences interminables où les acteurs se promènent dans la forêt en simulant un effort extrême et en donnant des coups de machette dans les buissons, le visage tendu et le muscle bandé. Pour chasser la torpeur qui s’installe chez les spectateurs, Mattei nous rappelle qu’il fut le réalisateur de Virus Cannibale en montrant régulièrement d’affreux cadavres en putréfaction jonchant le chemin de nos fiers guerriers. Émules de John Rambo, les héros sauvent une bénévole envoyée par les Nations Unies (Catherine Hickland) puis affrontent des dizaines de guérilleros dans un petit village. Là, les cascades, les explosions et les fusillades se déchaînent, à grands coups de jets de grenade et de tirs de bazookas. Nous avons même droit à une reprise fidèle du célèbre « gag » de Predator : le lancer de couteau dans le corps d’un ennemi suivi d’un mot d’esprit décalé. Au légendaire « Aiguise-moi ça » de Schwarzy, Reb Brown préfère un plus sage « Ne bouge pas » après avoir cloué son ennemi contre une porte.

Rambo contre Robocop

Mais le véritable danger n’apparaît que plus tard, lorsque Mascher avoue l’objet réel de cette mission : faire cesser les activités d’Omega-1, un cyborg surpuissant créé pour intervenir au milieu des guérillas. La machine ayant échappé à tout contrôle, nos musclors ont du fil à retordre. Si ce n’est qu’en guise de monstre mécanique émule de Terminator et de Robocop, nous avons droit à un pauvre acteur qui étouffe dans une combinaison de motard noire avec casque intégral et larges épaulettes. Pour l’anecdote, c’est Claudio Fragasso, le scénariste du film, qui incarne la créature. Sous la chaleur étouffante des Philippines, il s’évanouira plusieurs fois pendant le tournage. Adepte du lancer de couteaux, du tir de rayons laser et même du déploiement furtif d’un tentacule façon docteur Octopus, le cyborg reste l’attraction principale du film, sa vue subjective étant symbolisée par d’horribles images pixellisées. De grands moments d’humour involontaire jalonnent le film, notamment lorsque les membres du commando mitraillent à l’aveuglette en hurlant comme des dératés et vident inutilement leurs chargeurs sur des fougères. Une musique électronique pénible signée Al Festa et une chanson rock parfaitement hors sujet qui surgit au beau milieu du film (« I Trust » vociféré par le groupe Metallo Italia) achèvent de muer Robowar en objet de culte pour tous les amateurs de séries Z de science-fiction.

 

© Gilles Penso


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LES ENVAHISSEURS SONT PARMI NOUS (1983)

Des extra-terrestres s’installent dans une petite ville américaine et se déguisent en humains pour préparer leur invasion…

STRANGE INVADERS

 

1983 – USA

 

Réalisé par Michael Laughlin

 

Avec Paul Le Mat, Nancy Allen, Diana Scarwid, Michael Lerner, Louise Fletcher, Wllace Shawn, Fiona Lewis, Kenneth Tobey, June Lockhart, Charles Lane

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Les Envahisseurs sont parmi nous est le deuxième volet de ce qui était initialement conçu comme une trilogie, même si les trois films envisagés ne se suivaient pas mais proposaient chacun une histoire originale autour d’un thème « étrange ». D’où le nom de « Strange Trilogy ». Le précédent, Strange Behavior, déjà réalisé par Michael Laughlin, racontait l’expérience menée par un scientifique pour transformer des adolescents en assassins. Celui-ci, Strange Invaders, est une histoire d’extra-terrestre. Quant au troisième, il n’a jamais vu le jour. Les scénarios sont co-écrits par Bill Condon, un homme très éclectique qui allait par la suite réaliser des films aussi variés que Candyman 2, Dreamgirls, Twilight 4 et 5 et La Belle et la Bête. Tourné en seulement cinq semaines avec un budget avoisinant les cinq millions de dollars, Les Envahisseurs sont parmi nous est conçu comme un hommage aux films d’extra-terrestres des années 50. On pense notamment à L’Invasion des profanateurs de sépultures et à Les Envahisseurs de la planète rouge. Pour abonder dans ce sens, le film montre un extrait du Jour où la terre s’arrêta, sollicite quelques comédiens habitués à la SF classique (June Lockhart échappée de la série Perdus dans l’espace et Kenneth Tobey qui jouait dans La Chose d’un autre monde) et situe son prologue en 1958. Là, dans la petite ville américaine de Centerville, Illinois, un grand vaisseau spatial sillonne les cieux et plusieurs habitants disparaissent mystérieusement. En quelques minutes, le ton est donné.

Après ce flash-back, nous voilà en 1983, à New York, où le principal protagoniste du film fait son apparition : Charles Bigelow (Paul Le Mat), professeur d’entomologie à la prestigieuse université Columbia. Un jour, il reçoit la visite de son ex-femme Margaret (Diana Scarwid). Un peu paniquée, elle doit lui laisser d’urgence la garde de leur fille pour assister aux funérailles de sa mère dans sa ville natale de Centerville. Mais dès lors, elle ne donne plus aucun signe de vie. Inquiet, Charles se rend dans la petite ville et tombe sur des individus étranges, dont l’un d’eux, au faciès non-humain, détruit sa voiture avec une sorte de rayon laser. Bien sûr, personne ne croit à son histoire et la seule alliée qu’il puisse trouver est la journaliste Betty Walker (Nancy Allen), habituée à inventer des articles à scandale pour gagner sa vie. Tous deux vont bientôt découvrir que Centerville est devenue un lieu de villégiature pour des créatures extraterrestres se camouflant sous des traits humains…

Sympathique mais anecdotique

Le concept du film est plutôt sympathique et sa volonté de se référer aux classiques des fifties (qui passe par une bande originale pompeuse souvent décalée) est louable. Mais Les Envahisseurs sont parmi nous est pétri de maladresses qui amenuisent considérablement son impact : une mise en scène pataude, une gestion du montage très curieuse, une direction d’acteur aléatoire et un premier rôle transparent. Il faut dire que Paul Le Mat ne dégage pas grand-chose à l’écran. Et dire que Mel Gibson fut un temps envisagé à sa place ! La présence de Nancy Allen égaie bien sûr le métrage, même si l’héroïne de Pulsions et de Robocop n’a rien de très intéressant à faire. On se raccroche donc aux extra-terrestres, qui sont la vraie bonne surprise du film. Dans le « civil », ils développent des pouvoirs variés : lancer des rayons destructeurs, arrêter les ascenseurs à distance, ouvrir les portes sans les toucher ou encore réduire les humains en boules de lumière volantes. La scène où l’un d’entre eux arrache son visage humain dans une salle de bains pour révéler ses traits reptiliens est un grand moment, grâce aux effets spéciaux de maquillage conçus par James Cummins (qui avait notamment travaillé avec Rob Bottin sur The Thing et avec Tom Burman sur La Féline). D’autres visions spectaculaires surgissent furtivement, comme ce corps d’enfant qui se dessèche ou cette foule d’aliens qui se défont de leur enveloppe de Terriens. Pour le reste, Les Envahisseurs sont parmi nous reste très anecdotique, hésitant entre la parodie et le premier degré sans parvenir à se décider.

 

© Gilles Penso


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LE PACTE DES LOUPS (2001)

Pour son second long-métrage, Christophe Gans s’intéresse aux méfaits légendaires de la Bête du Gévaudan…

LE PACTE DES LOUPS

 

2001 – FRANCE

 

Réalisé par Christophe Gans

 

Avec Samuel Le Bihan, Vincent Cassel, Emilie Dequenne, Monica Bellucci, Jérémie Rénier, Mark Dacascos, Jean Yanne

 

THEMA MAMMIFÈRES

Avant d’être un cinéaste, Christophe Gans est un cinéphile à la culture filmique impressionnante et à l’acuité analytique imparable. S’il a payé le tribut de ses connaissances encyclopédiques en clignant de l’œil vers ses films préférés à l’occasion de son premier long-métrage, Crying Freeman, on s’attendait à voir émerger sa propre personnalité avec Le Pacte des loups. Or bizarrement – travers déjà perceptible chez un Quentin Tarantino en début de carrière à l’époque de Jackie Brown par exemple -, ce second film croule encore davantage sous les références et les hommages, quand il ne s’agit pas de remakes déguisés ou de duplications pures et simples. Le sujet du Pacte des loups est pourtant prometteur, puisqu’il raconte en l’an 1764 les pérégrinations du chevalier Grégoire de Fonsac (Samuel le Bihan) et de son ami indien Mani (Mark Dacascos), envoyés par le roi de France dans les bois du Gévaudan pour enquêter sur des morts mystérieuses attribuées à une bête maléfique qui déjoue les pièges de tous les chasseurs depuis deux hivers. Plus il avance dans ses investigations, plus Grégoire se persuade qu’il n’a pas affaire à un simple loup mais à un monstre étrange dont la morphologie semble mêler la chair et le métal. Face à l’incapacité de capturer ou d’éliminer cette créature, le roi mande en renfort le chasseur Antoine de Beauterne (Johan Leysen).

Bien vite, le scénario se mue en patchwork disparate qui semble avoir été conçu comme un assemblage de séquences autonomes. D’où de multiples combats de kung-fu parfaitement incongrus en pareil contexte, un monstre canin tout droit hérité du Chien des Baskerville de Terence Fisher ou encore une première scène d’attaque d’une jeune fille, réalisée avec une incomparable maestria mais reprise presque plan par plan au prologue des Dents de la mer. Ce jeu des influences nuit considérablement à la cohésion d’une intrigue qui aurait pu s’avérer passionnante, mais qui ne cesse de rebondir dans tous les sens comme une balle de mousse au lieu de suivre un fil directeur digne de ce nom.

Maelström scénaristique

Lorsque De Fronsac se voit confier par certains membres du gouvernement la fabrication d’une fausse bête empaillée pour rassurer le roi et l’opinion publique, on entrevoit le film formidable qu’aurait pu être Le Pacte des loups, entremêlant la légende et des considérations historico-politiques fascinantes. Mais cette idée de complot est sous-exploitée et se perd dans un maelström qui mêle en vrac une secte malfaisante, un monstre velu et cuirassé, un soupçon d’érotisme et une bonne dose d’arts martiaux… Comme en outre les effets visuels qui donnent vie à la bête (conçus par le Jim Henson’s Creature Shop) sont très peu convaincants et que les comédiens semblent tous jouer en roue libre, l’adhésion du public n’est emportée qu’éphémèrement, le temps d’une poignée de séquences artistiquement et techniquement irréprochables. Car le savoir-faire de Gans et son sens de l’esthétique, déjà largement perceptibles dans son segment du film à sketches Necronomicon, sont indiscutables. Pour le reste, Le Pacte des loups manque singulièrement de cohérence. Difficile par exemple de ne pas éclater de rire lorsque Vincent Cassel déploie son faux bras atrophié pour livrer un combat à mi-chemin entre le film d’action chinois et le jeu vidéo japonais. Quant au dénouement, il n’en finit plus de finir, tant il peine à conclure toutes les intrigues déployées par le scénario. On se console partiellement en se laissant bercer par la bande originale ethnique et envoûtante de Joseph LoDuca.

 

© Gilles Penso

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DARYL (1985)

Un couple sans enfant recueille un jeune garçon amnésique qui possède des facultés intellectuelles et physiques hors du commun. Quel est son secret ?

D.A.R.Y.L.

 

1985 – USA / GB

 

Réalisé par Simon Wincer

 

Avec Barret Oliver, Mary Beth Hurt, Michael McKean, Kathryn Walker, Colleen Camp, Josef Sommer

 

THEMA ENFANTS I ROBOTS

Né à Sydney, le réalisateur Simon Wincer fait ses débuts au sein de la télévision australienne, pour laquelle il dirige des centaines d’épisodes de séries entre 1972 et 1980. Son premier long-métrage pour le cinéma, Harlequin, est très remarqué à travers le monde pour son approche surprenante du fantastique, de la magie et du surnaturel. Après le drame familial Phar Lap, il se laisse bercer par les sirènes hollywoodiennes et dirige son premier film américain : D.A.R.Y.L. Co-écrit par David Ambrose (Nimitz retour vers l’enfer), Allan Scott (Ne vous retournez pas) et Jeffrey Ellis (dont ce sera le seul titre de gloire), le scénario du film contient un twist important. La Columbia s’efforce donc de le conserver secret et de ne pas révéler ce que les initiales du titre cachent. Les fuites sont évitées tout au long du tournage, qui se déroule pendant huit semaines dans les célèbres studios britanniques Pinewood, puis dans des extérieurs naturels captés à Orlando, en Floride et en Caroline du Nord.

A la suite d’un spectaculaire accident dont il semble avoir échappé par miracle, Daryl (Barret Oliver), un jeune garçon de dix ans, erre sur la route, totalement amnésique. L’enfant est recueilli par Joyce et Andy Richardson (Mary Beth Hurt et Michael McKean), un couple sans enfants avec lequel il sympathise immédiatement. Daryl apparaît comme un enfant très ordonné, bien élevé et surdoué. Ses facultés intellectuelles et physiques sont en effet hors du commun. Mais quelques mois après l’arrivée de Daryl chez les Richardson, un couple vient le rechercher. Ce ne sont pas ses parents biologiques, comme on aurait pu le croire, mais des scientifiques au service d’une puissance agence gouvernementale liée à l’armée. Quant à Daryl, ce n’est définitivement pas un enfant comme les autres…

L’enfant venu d’ailleurs

D.A.R.Y.L. est une œuvre assez surprenante qui commence à la manière d’une comédie dramatique sur le thème de l’adoption et de l’enfant surdoué, puis bascule aussi soudainement qu’étonnamment dans la science-fiction pure et dure. Passé le retournement de situation mis en place à mi-parcours de l’intrigue, le milieu du film connaît un passage à vide qui accuse de sérieuses pertes de rythme. Car rien d’aussi fort que cette surprise, d’un point de vue dramaturgique, n’attend dès lors le spectateur. Le film se rattrape en structurant son dernier acte autour d’une course-poursuite haletante, intégrant quelques cascades automobiles très spectaculaires et un prototype d’avion futuriste qui évoque beaucoup celui du Firefox de Clint Eastwood. Il faut saluer la solidité de la mise en scène de Simon Wincer, aussi à l’aide avec les scènes intimistes qu’avec l’action mouvementée. Le film bénéficie aussi du jeu très convainquant du petit Barret Oliver, héros du court-métrage Frankenweenie de Tim Burton et de L’Histoire sans fin de Wolfgang Petersen. E.T., War Games et même le mythe de Frankenstein semblent avoir beaucoup influencé le scénario de D.A.R.Y.L. dont on regrette surtout cette vision caricaturale de la vie banlieusarde américaine, de toute évidence héritée des productions Amblin. Nous nous serions volontiers passés de ces interminables parties de base-ball, de cette cellule familiale débordant de mièvrerie et de ce happy end d’une désarmante facilité.

 

© Gilles Penso


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LE MONSTRE (1955)

Dans sa première aventure sur grand écran, le professeur Quatermass se confronte à un astronaute victime d’une terrible mutation…

THE QUATERMASS EXPERIMENT

 

1955 – GB

 

Réalisé par Val Guest

 

Avec Brian Donlevy, Richard Woodsworth, Margia Dean, Lionel Jeffries, Jack Warner, David King Wood, Thora Hird

 

THEMA MUTATIONS I SAGA QUATERMASS

Entre 1953 et 1959, le professeur Bernard Quatermass, un scientifique régulièrement confronté à des entités extra-terrestres et né de la plume de l’écrivain Nigel Kneale, vit des aventures palpitantes dans trois mini-séries télévisés à succès diffusées sur la BBC. Incarné tour à tour par Reginald Tate, John Robinson et André Morell, le vénérable savant devient une figure populaire de la culture britannique de l’époque. L’idée d’une adaptation cinématographique se concrétise à l’initiative de la compagnie de production Hammer Films, pas encore célèbre pour ses réinventions inventives des grands classiques de l’épouvante. À l’époque, la Hammer est surtout connue pour ses polars et ses drames à petits budgets. L’auteur Nigel Kneale est invité à reprendre le scénario de la première mini-série, The Quatermass Experiment, pour en tirer le script d’un long-métrage. Val Guest, qui est déjà un réalisateur expérimenté et éclectique (Le Démon de la danse, La Revanche de Robin des Bois, Rapt à Hambourg), est engagé pour réaliser le film. Si la production reste anglaise, le distributeur Robert L. Lippert suggère d’ajouter quelques têtes d’affiches américaines pour donner au film toutes ses chances sur le marché des États-Unis. Le rôle de Quatermass est donc confié au vétéran Brian Donlevy, tandis que Margia Dean intègre le casting pour incarner Judith Carroon, la femme de l’astronaute qui deviendra le « monstre » du titre français. Ces nouvelles têtes incitent Val Guest à retoucher le scénario, notamment pour adapter la personnalité du scientifique à celle de son interprète.

 

À la tête du British-American Rocket Group, Bernard Quatermass (Donlevy donc) supervise le lancement de la première fusée habitée dans l’espace. Mais peu de temps après le décollage, tout contact est perdu avec le vaisseau et avec ses trois occupants : Carroon, Reichenheim et Green. La fusée finit par revenir sur Terre en s’écrasant en rase campagne. Seul Carroon (Richard Woodsworth), en état de choc, sort de l’engin, balbutiant « Aidez-moi ». Ses deux compagnons de vol ont disparu sans laisser de trace. Dans l’hôpital où il est soigné, le survivant reste muet, figé, le visage de plus en plus rigide. Tandis que les médecins tentent de lui prodiguer les soins nécessaires, l’inspecteur Lomax (Jack Warner) de Scotland Yard enquête sur la disparition des deux autres astronautes. Or les empreintes qu’il relève n’ont rien d’humain. Et pendant ce temps, le corps de Carroon commence à subir une très inquiétante mutation…

La douleur tombée du ciel

Le principe de la métamorphose lente d’un protagoniste se défaisant peu à peu de tout ce qui fait son humanité est devenu classique, du Monstre qui vient de l’espace (qui reprend quasiment la trame de The Quatermass Experiment) à La Mouche en passant par Matango, mais il était encore neuf à l’époque du film de Val Guest. Son impact est accru par une approche sobre et réaliste, quasi-documentaire. Si le potentiel d’épouvante du film s’est fatalement amenuisé depuis les années 50, il n’en demeure pas moins un très efficace drame science-fictionnel qui inscrit son intrigue dans l’esprit de celles des séries La Quatrième dimension et Au-delà du réel. Le professeur Quatermass (très autoritaire, extrêmement nerveux), l’inspecteur de police (qui passe son temps à se raser), et l’infortuné astronaute (sorte de zombie pourtant très expressif) sont remarquablement interprétés et confèrent une touche supplémentaire de crédibilité au film. On note au passage un hommage direct au Frankenstein de James Whale lorsque le mutant se réfugie en rase campagne et rencontre une petite fille (jouée par Jane Asher, future petite amie de Paul McCartney dans les années 60). Au stade final de sa métamorphose, le monstre du titre, conçu par le créateur d’effets spéciaux Les Bowie, est un poulpe caoutchouteux (« une grosse éponge pourvue de tentacules » selon la description qu’en donne Stephen King dans son « Anatomie de l’Horreur »), d’une crédibilité toute relative, même si la brièveté de son apparition garantit l’efficacité de cette vision digne de Lovecraft. Ne se laissant nullement démonter par les conséquences catastrophiques de son expérience, Quatermass, plus opiniâtre que jamais, se contente d’affirmer en fin de métrage « Nous allons recommencer », comme si la science avec un grand S autorisait tous les sacrifices. Il reviendra en effet dans La Marque, Les Monstres de l’espace et The Quatermass Conclusion.

 

© Gilles Penso


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LES EXTERMINATEURS DE L’AN 3000 (1983)

Sur une terre ravagée par l’apocalypse nucléaire, des petits groupes de rebelles se battent pour trouver la dernière source d’eau…

IL GIUSTIZIERE DELLA STRADA

 

1983 – ITALIE / ESPAGNE

 

Réalisé par Giuliano Carnimeo

 

Avec Robert Iannucci, Alicia Moro, Luciano Pigozzi, Eduardo Fajardo, Fernando Bilbao, Beryl Cunningham, Luca Venantini, Anna Orso

 

THEMA FUTUR

Dans les années 80, les imitations italiennes de Mad Max 2 ne manquaient pas, générant un sous-genre complet qu’on pourrait qualifier de « post-apo bis ». Au milieu de cette joyeuse abondance ayant fleuri pendant les grandes heures des vidéoclubs, il n’est pas toujours simple de faire le tri. Les amateurs du genre ont tendance à tout visionner, quitte à se payer de bonnes tranches de rire au second degré. Mais certains films de cette catégorie sortent tout de même du lot, et Les Exterminateurs de l’an 3000 en fait partie. Attention : n’allons pas crier au chef d’œuvre non plus, ni oser la comparaison avec le classique futuriste de George Miller. Mais force est de constater que le réalisateur Giuliano Carnimeo (signataire des Rendez-vous de Satan crédité ici sous le pseudonyme américanisé de Jules Harrison) met du cœur à l’ouvrage. Cette co-production italo-espagnole, filmée en grande partie dans le désert d’Almeria, met en vedette Robert Inannucci, sélectionné principalement pour son sex-appeal et son regard bleu acier (il était à l’époque mannequin dans les publicités de Calvin Klein). Son personnage solitaire (qui répond au surnom d’« Alien ») est un mercenaire sans foi ni loi – qui s’embarrasse bien peu de morale – à mi-chemin entre le Max incarné par Mel Gibson et le cowboy que campait Clint Eastwood pour Sergio Leone.

Nous sommes donc en l’an 3000, comme le titre l’indique assez explicitement. La Terre a été transformée en désert après une guerre nucléaire. Désormais, les survivants vivent derrière des remparts ou dans des grottes tandis que la surface est contrôlée par des bandes sauvages de maraudeurs armés, qui arpentent à bord de leurs véhicules relookés les « terres défendues ». Désormais, l’eau est devenue la denrée la plus précieuses. Certains la cherchent dans l’espoir de faire renaître la nature, d’autres pour assoir leur domination ou en tirer un maximum de profit. Fred, le membre d’une communauté dirigée par un bienveillant « sénateur », a quitté les siens pour ramener de l’eau mais n’est jamais revenu. Une seconde expédition part donc chercher la fameuse source qui pourrait régler tous les problèmes. Mais Tommy, le jeune fils de Fred, s’est embarqué clandestinement dans l’un des camions. Lorsqu’une bande de fanatiques menée par le redoutable Crazy Bull prend en chasse l’expédition, Tommy s’échappe et tombe nez à nez avec le mercenaire Alien…

Les fous du volant

Les Exterminateurs de l’an 3000 met un peu de temps à nous présenter ses protagonistes, préférant d’abord décrire le cadre sauvage dans lequel va s’inscrire l’histoire. Nous suivons donc d’abord les pas de deux policiers patibulaires dans l’épave qui leur sert de voiture, puis le surgissement agressif d’Alien qu’il nous est bien difficile de placer dans un camp quelconque – les bons ou les méchants ? D’emblée, le film affiche son ambition majeure : mettre le paquet du côté des cascades automobiles, des poursuites de voitures, des destructions, des déflagrations et des gunfights. De ce côté-là, le film de Carnimeo s’avère extrêmement généreux, rivalisant presque – toutes proportions gardées – avec son modèle australien. Les véhicules voltigent en tous sens ou explosent dans de belles gerbes de flammes, les combats mano a mano abondent, tous ces déchaînements musclés permettant de combler un scénario désespérément basique qui n’a pas la prétention de réinventer quoi que ce soit. Le réalisateur ne cherche d’ailleurs jamais à contourner son influence majeure, imitant sans scrupule les véhicules, les personnages et les situations du film de George Miller. Nous avons même droit à un équivalent de la voiture Interceptor – baptisé ici Exterminator – et à un méchant qui imite fidèlement le Wez qu’incarnait deux ans plus tôt Vernon Wells. Quelques éléments « pulps » viennent enrichir le cocktail (un garçon bionique, des mutants au visage rongé, un sanctuaire piégé comme un temple d’Indiana Jones) jusqu’à un suspense final franchement réussi qui place définitivement Les Exterminateurs de l’an 3000 sur le haut du panier en matière d’imitations low-cost de Mad Max 2.

 

© Gilles Penso

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OVERLORD (2018)

En pleine seconde guerre mondiale, un bataillon de G.I. atterrit au milieu d’un village français où les nazis pratiquent des expériences contre-nature…

OVERLORD

 

2018 – USA

 

Réalisé par Julius Avery

 

Avec Jovan Adepo, Wyatt Russell, Pilou Asbaek, Mathilde Ollivier, John Magaro, Bokeem Woodbine, Jacob Anderson, Iain de Caestecker

 

THEMA ZOMBIES

Impressionné par Son of a Gun, le premier long-métrage de Julius Avery (un polar avec Ewan McGregor), J.J. Abrams le contacte pour lui faire part d’un scénario qui lui a été soumis par Billy Ray : un récit de la deuxième guerre mondiale qui bascule soudain dans l’horreur surnaturelle. Avery a le coup de cœur et s’implique à fond dans le projet. Le scénariste initial étant alors accaparé par sa série The Last Tycoon, Mark L. Smith vient se joindre à l’équipe pour peaufiner le script. Armé d’un budget de 38 millions de dollars, Avery peut se faire plaisir et concocter un long-métrage qui, de prime abord, prend les allures d’un film de guerre post-Il faut sauver le soldat Ryan. Le classique de Spielberg vient immédiatement à l’esprit, même si cette fois-ci nous nous intéressons à un contingent aéroporté à bord d’un C-47. La caméra s’attarde sur chacun des jeunes soldats, serrés les uns contre les autres dans la carlingue de cet avion lancé comme des centaines d’autres à l’assaut des forces allemandes. Nous sommes le 6 juin 1944 et les troupes alliées sont sur le point de débarquer sur les côtes normandes. Pour donner toutes ses chances à l’opération, il faut atterrir dans le village français de Ciel-Blanc et saboter les antennes-relais que les Allemands ont installées sur le clocher de l’église. Telle est la mission de cette petite équipe secouée en plein ciel par les explosions des tirs antiaériens.

Cette scène d’ouverture, tournée à bord de la réplique grandeur nature d’un C-47, saisit d’emblée les spectateurs. Les personnalités affleurent, la caméra s’attarde sur celui qui, de toute évidence, sera notre point d’identification (le première classe Boyce, incarné avec beaucoup de conviction par Jovan Adepo) et la tension monte progressivement jusqu’au point de rupture, c’est-à-dire le parachutage. Là, Julius Avery fait preuve d’une virtuosité incontestable en montrant en plan-séquence la chute de Boyce dans le vide, sa peur panique, le déclenchement de son parachute, le tout au milieu du chaos et de la confusion. La mise en scène joue sur le hors-champ, l’altération de la bande son, la montée d’adrénaline, calquant une fois de plus ses effets de style sur un Soldat Ryan devenu la référence incontournable en la matière. Au sol, Boyce retrouve les survivants, évite les tirs ennemis et se dirige avec ses compagnons d’arme vers Ciel-Blanc, pour cette opération cruciale qui n’est pas sans évoquer celle des Canons de Navarone. Ce n’est que plus tard que le récit bascule dans l’horreur graphique digne des EC Comics.

Il faut sauver le soldat zombie

Féru de « films-concept », J.J. Abrams est un producteur artistique très présent pendant l’élaboration d’Overlord, mais de toute évidence la maîtrise de son réalisateur le pousse à lui laisser les mains libres. Car Julius Avery a des idées très précises. L’une d’elle consiste justement à écarter l’un des partis-pris visuels du Soldat Ryan en préférant aux couleurs désaturées des teintes au contraire très marquées, très présentes. Dans Overlord, le rouge du sang et le jaune du feu irradient l’écran avec vivacité. La grande force du film est l’établissement de personnages crédibles dans un cadre historique réaliste, grâce à une direction artistique minutieuse et des comédiens solides. Au-delà de Jovan Adepo (repéré par le réalisateur dans Fences de Denzel Washington), Wyatt Russell, Mathilde Ollivier et Pilou Asbaek excellent dans les registres respectifs de l’officier dur à cuire, de la villageoise qui s’improvise résistante et du nazi pétri de duplicité. Une fois ce contexte tangible établi, les visions d’horreur surréaliste surgissent avec d’autant plus d’impact, échappées d’un Jour des morts-vivants, d’un Retour des morts-vivants ou d’un Re-Animator (auquel Overlord rend plusieurs hommages directs et assumés). Cette influence « eighties » dicte un recours prioritaire aux effets spéciaux de maquillage réalisés en direct, à l’animatronique, à la pyrotechnie et aux cascades physiques. Ce très sympathique exercice de style n’aura pas été le succès espéré, récupérant tout juste sa mise de départ au moment de sa sortie.

 

© Gilles Penso


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PREDESTINATION (2014)

Les frères Spierig adaptent une nouvelle de Robert Heinlein et nous plongent dans un enchaînement vertigineux de paradoxes temporels…

PREDESTINATION

 

2014 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Michael et Peter Spierig

 

Avec Ethan Hawke, Sarah Snook, Noah Taylor, Elise Jansen, Christopher Kirby, Madeleine West, Cate Wolfe, Jim Knobeloch

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

Michael et Peter Spierig aiment prendre leur temps. Scénaristes, réalisateurs, producteurs, parfois même monteurs et superviseurs des effets visuels de leurs films, ils sont à la tête de projets atypiques qui ne se concrétisent donc pas en un claquement de doigts. Après leur comédie d’horreur et de science-fiction Undead (2003), ils donnaient un souffle original au mythe des vampires avec Daybreakers (2009). Predestination, leur troisième long-métrage, entend bien bouleverser les codes établis dans le domaine des histoires de voyages dans le temps en s’appuyant sur la nouvelle « Vous les zombies » écrite par Robert Heinlein et publiée en 1959. Le célèbre auteur de science-fiction caressait l’ambition, à travers ce texte court, de pousser le plus loin possible la notion de paradoxes temporels en s’appuyant sur le principe des boucles causales (« qui est arrivé en premier, la poule ou l’œuf ? »). Quand on lit ce récit d’une quinzaine de pages, force est de constater qu’Heinlein est allé très loin dans le concept, provoquant presque des migraines aux lecteurs qui s’efforcent de reconstituer le complexe fil temporel des destinées de ses personnages. Le principe de la boucle causale a ceci de fascinant qu’il part du principe qu’on ne change pas le cours des événements en voyageant dans le passé ou dans le futur : au contraire, on s’inscrit dans le flot du temps, comme si les bouleversements qu’on y apporte préexistaient déjà. L’exemple cinématographique le plus fameux, en ce domaine, est la première saga de La Planète des singes. Charge donc aux frères Spierig de rester fidèles aux mots d’Heinlein tout en se conformant aux besoins narratifs d’un film de science-fiction.

Fidèle aux cinéastes, qui lui avaient offert le rôle principal de Daybreakers, Ethan Hawke joue le rôle d’un agent spécialisé dans les sauts temporels à l’aide d’un dispositif curieux : l’étui d’un instrument de musique sur lequel il inscrit les dates de ses prochaines destinations. L’organisation qui l’emploie cherche ainsi à empêcher certains crimes avant qu’ils ne soient commis, une démarche qui n’est pas sans évoquer Minority Report (qui adaptait un autre auteur classique du genre, Philip K. Dick). Alors qu’il s’efforce de faire cesser les agissements d’un terroriste pyromane surnommé « le feu follet », notre agent est gravement brulé. De retour à son époque, il subit une chirurgie réparatrice qui lui redonne visage humain. Sa mission suivante – qui sera de toute évidence la dernière – le transporte dans le New York des années 70. Là, sous l’identité d’un barman, il entame la conversation avec un client taciturne. Ce dernier, qui gagne sa vie en écrivant des confessions intimes à l’eau de rose dans des magazines féminins, propose au barman de lui raconter son histoire. Une histoire incroyable et riche en surprises…

La poule ou l’œuf ?

À l’exception de l’ajout du personnage du « feu follet », qui permet au film de s’offrir quelques séquences d’action et de suspense additionnelles, le scénario de Predestination s’avère étonnamment proche du texte original, dont il reprend souvent mot à mot les dialogues. C’est un pari osé, dans la mesure où le récit prend rapidement une tournure très littéraire. La grande majorité du film est en effet constituée de propos que les personnages échangent, assis dans le bar. Certes, la tournure que prennent ces confessions s’avère fascinante, prenant corps sous forme d’une série de flash-backs que les Spierig mettent en image avec beaucoup d’élégance. Mais la structure de Predestination finit par souffrir d’un déséquilibre lié à ce statisme inattendu. Les séquences d’ouverture laissaient imaginer un tout autre film, beaucoup plus axé sur le mouvement. Mais c’était un leurre, comme si les Spierig se débarrassaient rapidement des passages qu’on attendait d’eux pour se concentrer ensuite sur le cœur du sujet, autrement dit la nouvelle d’Heinlein. Le film n’aurait sans doute pas le même impact sans les prestations d’Ethan Hawke et de Sarah Snook (très surprenante dans un registre transformiste où elle excelle). Déclinant sous de nombreux aspects le principe de la scission des corps et des identités, Predestination est probablement l’un des films les plus personnels de ses auteurs qui, rappelons-le, sont deux frères jumeaux qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau.

 

© Gilles Penso

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