PLANÈTE ROUGE (2000)

Val Kilmer s’embarque avec un équipage d’astronautes pour une mission sur Mars qui tourne à la catastrophe…

RED PLANET

 

2000 – USA / AUSTRALIE

 

Réalisé par Antony Hoffman

 

Avec Val Kilmer, Carrie-Anne Moss, Tom Sizemore, Benjamin Bratt, Terence Stamp, Simon Baker, Jessica Morton, Caroline Bossi, Bob Neill, Neil Ross

 

THEMA SPACE OPERA I ROBOTS I INSECTES ET INVERTÉBRÉS

C’est Chuck Pfarrer, l’auteur de Sudden Impact, Darkman et Chasse à l’homme, qui est à l’origine de Planète rouge, dont il imagine l’histoire avant d’en tirer un scénario co-écrit avec Jonathan Lemkin (L’Associé du diable, L’Arme fatale 4). Séduit par cette aventure spatiale futuriste, le producteur Mark Canton se met en quête d’un jeune réalisateur aux idées originales susceptible de filmer une expédition sur Mars avec un regard neuf et surprenant. Il jette ainsi son dévolu sur Antony Hoffman, signataire de plusieurs films publicitaires audacieux. Pour ses débuts à la tête d’un long-métrage, Hoffman tient à se préparer intensivement. Il visite donc très régulièrement le Johnson Space Center de la NASA à Houston, discute avec les astronautes, s’installe dans une navette spatiale, observe tout ce qu’il peut pour tenter d’aborder ce récit de science-fiction avec un maximum de réalisme. Un soin tout particulier est notamment apporté aux combinaisons des héros du film, conçues par la chef costumière Kym Barrett. Au-delà de leur esthétisme et de leur réalisme, les casques portés par les acteurs doivent par exemple comporter un système de communication permettant d’entendre les instructions du metteur en scène et un dispositif de ventilation pour éviter la buée. C’est donc avec un souci minutieux du détail qu’Antony Hoffman et son équipe abordent Planète rouge. Et c’est dans une carrière de Sydney et un désert de Jordanie que sont captés les extérieurs naturels reconstituant la surface de Mars.

En 2050, la Terre est dans un sale état. La pollution et la surpopulation ayant dangereusement gagné du terrain, il est grand temps de partir installer les populations ailleurs. C’est dans ce but que l’on commence à terraformer à distance Mars, afin de pouvoir coloniser sous peu la planète rouge. L’oxygène atteint un niveau acceptable et tous les espoirs sont permis. Mais ce niveau diminue soudain sans explication. Pour comprendre ce qui se passe sur place et remédier à la situation, une équipe d’astronautes est envoyée en terre martienne sous le commandement de l’officier Bowman (Carrie-Anne Moss, en pleine gloire post-Matrix). L’équipage s’orne de quelques visages familiers, notamment Val Kilmer, Tom Sizemore, Terence Stamp et Simon Baker (futur héros de la série The Mentalist). Ce petit groupe de scientifiques aguerris s’apprête à atterrir sur Mars, mais rien ne se passe comme prévu. Le voyage frôle en effet plusieurs fois la catastrophe et l’expédition tourne rapidement au cauchemar…

Seuls sur Mars

Au début du film, il faut bien admettre que les comédiens semblent être en roue libre, sortant difficilement des archétypes dictés par leurs personnages, comme s’ils cherchaient leurs marques. Les moments de complicité sonnent un peu faux, les dialogues manquent de finesse. Mais les choses s’améliorent grandement après l’atterrissage sur Mars, au moment précis où les enjeux dramatiques se resserrent. Là, Planète rouge nous offre son lot de tensions intéressantes, de séquences de suspense oppressantes (les réserves d’oxygène qui s’épuisent inexorablement) et de retournements de situation. Par bien des aspects, les situations de Planète rouge finissent par annoncer celles de Seul sur Mars de Ridley Scott. Mais malgré les gros moyens déployés, le budget conséquent et les stars en tête d’affiche, le film d’Antony Hoffman conserve les atours et les ambitions scénaristiques d’une petite série B de SF. Le résultat est donc déconcertant mais non dénué de charme, comme en témoignent notamment les interventions réjouissantes de AMEE, un robot canin transformer très réussi. Mixage étrange entre le T-800 de Terminator et la machine virulente d’Hardware, cet ancien robot militaire reconfiguré pour l’exploration spatiale retrouve ses instincts guerriers après un incident technique et se mue en véritable psychopathe mécanique. À l’origine d’excellentes séquences, cette création 100% numérique est l’œuvre des artistes de Cinesite. Les effets visuels du film sont d’ailleurs l’un de ses points forts. Entravé en cours de tournage par une animosité croissante entre Val Kilmer et Tom Sizemore (deux fortes têtes aux caractères bien trempés), Planète rouge sera un cuisant échec commercial, ne remboursant pas même la moitié de son budget de 80 millions de dollars. À ce jour, c’est le seul long-métrage d’Anthony Hoffman.

 

© Gilles Penso


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LA REINE DES DAMNÉS (2002)

Une fausse suite d’Entretien avec un vampire dans laquelle le redoutable Lestat est devenu une superstar de hard rock !

QUEEN OF THE DAMNED

 

2002 – USA

 

Réalisé par Michael Rymer

 

Avec Aaliyah, Stuart Townsend, Marguerite Moreau, Vincent Pérez, Paul McGann, Christian Manon, Claudia Black, Bruce Spence, Matthew Newton, Triel Mora

 

THEMA VAMPIRES

Le succès d’Entretien avec un vampire ayant fait découvrir au grand public les écrits sulfureux d’Anne Rice, il fallait battre le fer pendant qu’il était encore chaud. Indépendant du film de Neil Jordan, bien que surfant consciemment sur son aura en tentant de se faire passer pour une suite officielle, La Reine des damnés est écrit en 1999 par Scott Abbott et Michael Petroni (jusqu’alors spécialisés dans les téléfilms et les séries TV). Le scénario s’inspire principalement du roman homonyme publié en 1988 mais aussi du “Vampire Lestat” antérieur de trois ans. Pour reprendre le rôle tenu en 1994 par Tom Cruise, la production jette son dévolu sur Stuart Townsend, qui vient de se faire remercier du plateau de La Communauté de l’Anneau où il était censé incarner Aragorn (Peter Jackson s’étant rendu compte au bout de quatre jours de tournage qu’il était définitivement trop jeune pour incarner le personnage). À ses côtés, la star du R&B Aaliyah est choisie pour entrer dans la peau de la plus ancienne et la plus puissante des vampires, la redoutable Akasha. Il s’agit de son second long-métrage après Roméo doit mourir. Quant à notre Vincent Perez national, qui prenait en 1996 la succession de Brandon Lee pour The Crow : La Cité des anges, il prête ses traits à Marius, le suceur de sang qui a initié Lestat aux plaisirs de la vie éternelle. Tout ce beau monde se retrouve face à la caméra du réalisateur australien Michael Rymer.

Dès l’entame de La Reine des damnés, on sent qu’il va falloir faire beaucoup d’efforts pour s’intéresser à ce récit tarabiscoté. Par l’entremise de sa voix off (à qui parle-t-il ? Mystère…), le vampire Lestat nous explique qu’il s’est isolé dans un sommeil prolongé pendant des décennies – depuis les événements narrés dans Entretien avec un vampire – mais qu’il décide finalement de se réveiller en entendant du hard rock ! Notre protagoniste blafard rend visite aux membres du groupe qui l’a tiré de sa torpeur et devient leur leader. Là, notre suspension d’incrédulité en prend un coup. Mais ce n’est pas tout. Devenu superstar internationale de la musique, Lestat remplit les salles de concerts, déchaîne les foules et affole les journalistes. Pris d’une impulsion soudaine, il annonce alors au monde entier que les vampires existent, qu’il est l’un d’eux et que tous ses congénères sont invités à sortir de l’ombre pour se montrer parmi les humains. Ses motivations sont à vrai dire incompréhensibles et provoquent diverses réactions parmi les suceurs de sang. La plupart d’entre eux veulent sa peau pour avoir révélé un secret bien gardé depuis des millénaires. D’autres cherchent à le protéger. C’est là qu’entre en scène Akasha, la « mère de tous les vampires », une créature à la puissance inouïe qui régna en Égypte pendant l’antiquité et qui revient faire des siennes au beau milieu de cet imbroglio scénaristique en roue libre…

Vampire en pire

Même si l’on est suffisamment charitable pour éviter toute comparaison avec Entretien avec un vampire, force est de constater que cette Reine des damnés ne tient pas du tout la route. Le premier problème tient à la prestation de Stuart Townsend qui, exempt de tout charisme, se limite au registre de l’éphèbe malingre aux regards langoureux. Vincent Perez s’en sort mieux, même s’il n’a pas grand-chose à défendre dans le rôle limité de ce Marius aux tourments à peine effleurés. Entre deux séquences grotesques (le bar caricatural où se réunissent des vampires au look gothique, le combat invraisemblable pendant le concert), La Reine des damnés parvient à esquisser quelques passages qui sortent du lot, notamment l’éveil de la statue d’Akasha provoqué par les coups d’archer frénétiques que joue Lestat sur son violon. Aaliyah elle-même n’apparaît qu’au milieu du film, après plus de 50 minutes de métrage. Même si son temps de présence à l’écran est limité, c’est elle qui est le mieux servie par le film. Son look antique sexy est une bonne trouvaille, sa présence physique crève l’écran. Quant à la scène du massacre qui introduit le personnage, elle n’y va pas avec le dos de la cuiller, la vampire millénaire arrachant un cœur à main nue pour le dévorer et enflammant à distance ceux qui passent à sa portée. La Reine des damnés lui est dédié, la chanteuse/comédienne étant décédée dans un accident d’avion juste après le tournage du film.

 

© Gilles Penso


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PANICS (1988)

Seule survivante de l’immolation collective d’une secte, une jeune femme est hantée par les visions cauchemardesques de son ancien gourou…

BAD DREAMS

 

1988 – USA

 

Réalisé par Andrew Fleming

 

Avec Jennifer Rubin, Bruce Abbott, Richard Lynch, Dean Cameron, Harris Yulin, Susan Barnes, John Scott Clough, E.G. Daily

 

THEMA TUEURS

Panics est le premier film d’Andrew Fleming, futur réalisateur de la romance 2 garçons, 1 fille, 3 possibilités, du conte fantastique Dangereuse alliance, de la comédie Espion mais pas trop et de beaucoup d’épisodes de séries TV. Ses premiers pas derrière la caméra sont produits par Gale Anne Hurd (Terminator, Aliens, Futur immédiat – Los Angeles 1991). Grâce à une telle alliée à ses côtés, l’apprenti-réalisateur peut bénéficier des conseils éclairés d’un cinéaste plus aguerri que lui : James Cameron en personne. Ce dernier n’hésite pas à partager avec Andrew Fleming ses idées, ses propositions et ses notes. Il vient même lui rendre visite dès qu’il le peut pendant le tournage. Le scénario de Panics est l’œuvre commune de Fleming et de Steven E. De Souza (48 heures, Commando, Piège de cristal). Le film part donc avec plusieurs atouts en poche. En tête d’affiche, on jette son dévolu sur Jennifer Rubin, ancienne mannequin ayant fait ses débuts au cinéma dans Freddy 3. Âgée de 26 ans, elle est alors à l’aube de sa carrière d’actrice. Pour lui donner la réplique, Bruce Abbott (le Dan Cain de Re-Animator et Re-Animator 2) joue le psychiatre attentif et bienveillant.

Le film commence en 1975, au sein de la secte Unity Fields. Aveuglés par les propos mystiques de leur gourou Franklin Harris (Richard Lynch), tous les membres de cette communauté se réunissent dans une grande maison (sosie de celle de House 4) et s’immolent collectivement dans un grand feu purificateur. Seule survivante de ce suicide collectif, Cynthia Weston (Jennifer Rubin) est hospitalisée et reste dans le coma pendant treize ans. A son réveil, elle est assaillie par des souvenirs traumatisants mais aussi par des visions terrifiantes de son gourou, le visage calciné et grimaçant, s’immisçant dans les couloirs de l’hôpital, dans l’ascenseur ou dans sa chambre. Sous les conseils du vénérable docteur Berrisford (Harris Yulin), le jeune psychiatre Alex Karmen (Bruce Abbott) intègre Cynthia dans une thérapie de groupe parmi d’autres patients perturbés qui partagent leurs angoisses et leurs névroses. Mais les visions continuent, plus inquiétantes que jamais. Et bientôt la mort se met à ensanglanter les couloirs de l’hôpital…

L’hôpital et ses fantômes

Sans être renversante, la mise en scène d’Andrew Fleming réserve quelques agréables surprises en s’appuyant souvent sur des effets spéciaux astucieux et redoutablement efficaces, comme ce trucage optique habile permettant de montrer les comédiens qui prennent feu en temps réel face à la caméra lors de l’impressionnant flash-back de l’immolation. D’autres scènes percutantes ponctuent le film, notamment ces litres de sang qui jaillissent soudain des grilles d’aération de l’hôpital. Bien vite, Panics se structure sur la mécanique d’un slasher, si ce n’est que le tueur semble venir d’outre-tombe et que chaque mort prend les allures d’un suicide violent et spectaculaire. En adoptant le point de vue de Cynthia, les spectateurs nagent en plein trouble, découvrant comme elle le visage de grand brûlé d’Harris qui vient régulièrement la narguer grâce aux effets spéciaux de maquillage de Michele Burke (La Guerre du feu, Iceman, Le Clan de la caverne des ours). Richard Lynch irradie l’écran de sa simple présence, tandis que Jennifer Rubin nous offre une prestation très juste, toute en retenue (sauf pendant les crises de panique bien sûr). Étant donné que la jeune femme qu’elle incarne est passablement troublée, nous ne savons jamais si ce que nous voyons à travers ses yeux est le reflet de la réalité ou une vision altérée de son environnement. Là réside la force principale du film, qui s’achève sur un twist final plutôt bien ficelé.

 

© Gilles Penso


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THE ARRIVAL (1996)

Un astronome capte un message extra-terrestre et tente d’avertir sa hiérarchie, qui lui met aussitôt des bâtons dans les roues…

THE ARRIVAL

 

1996 – USA

 

Réalisé par David Twohy

 

Avec Charlie Sheen, Ron Silver, Lindsay Crouse, Teri Polo, Richard Schiff, Phyllis Applegate, Alan Coates, Leon Rippy, Buddy Joe Hooker, Javier Morga, Tony T. Johnson

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

David Twohy est un cinéaste d’une folle inventivité dont chacune des œuvres, si inégales soient-elles, suscite une bouffé d’air frais bien agréable. The Arrival est son second long-métrage après Timescape. Entre-temps, notre homme a écrit les scénarios de Critters 2, Warlock, Le Fugitif, Waterworld et Terminal Velocity, preuve de son éclectisme et de sa productivité. C’est à l’occasion de ce dernier film, réalisé par Deran Sarafian, que Twohy collabore avec Charlie Sheen pour lequel il écrit spécifiquement le scénario de The Arrival. Le comédien accepte aussitôt et endosse donc le rôle de Zane Zaminski, un scientifique installé au beau milieu du désert californien sous une immense antenne radar parabolique qui scanne les étoiles. Un jour, il capte un message radio en provenance de l’espace. Tout porte à croire qu’il s’agit d’un langage extra-terrestre. Fasciné et passablement surexcité, Zaminski en réfère aussitôt à sa hiérarchie, en premier lieu Phil Gordian (Ron Silver) qui calme d’abord ses ardeurs, puis le désavoue, et enfin efface les preuves. Visiblement, plusieurs hautes instances sont embarrassées par cette découverte et cherchent à enterrer l’affaire. Zane décide donc de poursuivre son enquête tout seul, au péril de sa vie.

Charlie Sheen excelle sous la défroque de cet homme seul contre tous, à l’écoute des étoiles, déconnecté du reste du monde parce que fasciné jusqu’à l’obsession par l’espace. Ce qui finit par le couper de ses collègues, de sa hiérarchie et même de sa petite amie. En s’appuyant sur ce protagoniste devenu solitaire, The Arrival prend la tournure d’un thriller d’espionnage, avec son lot de paranoïa, de filatures, de regards suspects et de meurtres déguisés en accident… C’est la fameuse mécanique des Trois jours du condor qui, une fois de plus, démontre sa redoutable efficacité. Si ce n’est que passé au filtre inventif de David Twohy, ce motif dramatique prend une tournure excessive, comme le prouvent la scène spectaculaire de l’inondation dans la salle de bains ou ce moment de suspense extrêmement stressant avec les scorpions cachés dans une chambre d’hôtel. Le film est ponctué d’idées visuelles très intéressantes, comme ce jeu avec la marionnette du squelette qui symbolise bien sûr le destin funeste que ne cesse de frôler le héros. Lorsque la science-fiction commence à s’inviter de manière plus frontale dans l’intrigue, nous avons droit à des moments totalement « autres », comme cet homme dont les jambes se plient à l’envers pour lui permettre de sauter au-dessus d’un immeuble, ou cette boule volante qui absorbe l’intégralité du contenu d’une maison.

Rencontres de drôles de types

La seconde partie du film bascule de manière plus ouverte dans la SF pure et décide de jouer la carte de la démonstration. The Arrival déploie alors une large gamme d’effets spéciaux originaux et audacieux, à défaut d’être vraiment convainquants, notamment des extra-terrestres 100% numériques créés par la compagnie Pacific Data Image. C’est sans doute cette partie du film qui a le plus mal vieilli, les images de synthèse n’ayant pas le réalisme nécessaire pour être vraiment crédibles. Twohy aurait sans doute dû jouer la carte de la suggestion – adoptée par Chris Carter et l’équipe de X-Files – au lieu de vouloir trop en montrer. Restent l’abattage irrésistible de Charlie Sheen, la performance parfaite de Ron Silver dans le registre de l’hypocrisie feutrée et plusieurs moments d’humour décalés désopilants (la scène de l’ascenseur). The Arrival aura eu toutes les peines du monde à déplacer les foules, souffrant de toute évidence de la rude concurrence d’Independence Day. Le film de Twohy mettra donc du temps à rembourser son budget de 25 millions de dollars. Ce qui n’empêchera pas la mise en chantier en 1998 d’une suite destinée directement au marché vidéo, L’Invasion finale. David Twohy ne s’impliquera pas dans ce second épisode pour pouvoir se consacrer à son film suivant, Pitch Black.

© Gilles Penso


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ICEMAN (1984)

Une équipe de chercheurs découvre le corps d’un homme de Néanderthal parfaitement conservé dans la glace… et encore vivant !

ICEMAN

 

1984 – USA

 

Réalisé par Fred Schepisi

 

Avec Timothy Hutton, Lindsay Crouse, John Lone, Josef Sommer, David Strathairn, Philip Akin, Danny Glover, Amelia Hall, Richard Monette, James Tolkan

 

THEMA YÉTIS ET CHAÎNONS MANQUANTS I MÉDECINE EN FOLIE

C’est Norman Jewison, le vénérable réalisateur de Rollerball et L’Affaire Thomas Crown, qui envisageait au départ de réaliser Iceman, un projet amorcé au milieu des années 70. Mais ce dernier ne se concrétisera qu’une décennie plus tard. Si Jewison reste présent au générique en tant que producteur, il cède sa place de metteur en scène au moins prestigieux Fred Schepisi (le drame The Devil’s Playground, le thriller Jimmie Blacksmith, le western La Vengeance mexicaine). Natif de Melbourne et sensible aux rites tribaux des peuplades primitives, Schepisi voit dans Iceman la possibilité d’explorer la nature humaine sous un angle nouveau. Son intention est de s’appuyer sur un postulat de science-fiction pur pour mieux s’immerger dans une sorte de poésie métaphysique, une approche qu’annonce très tôt la bande originale de Bruce Smeaton, laissant la part belle à une flute asiatique ethnique et lyrique. L’entrée en matière du film, au cours de laquelle des chercheurs emmitouflés sous leurs tenues hivernales s’affairent autour d’un corps conservé dans un bloc de glace au beau milieu des étendues désertiques de l’Arctique, nous rappelle par bien des aspects le prologue de La Chose d’un autre monde et de son remake The Thing. Mais ce que les savants trouvent à l’intérieur n’a rien d’extra-terrestre.

À vrai dire, les prémices d’Iceman sont en tout point similaires à celles d’Hibernatus. Si ce n’est que l’homme qui repose encore intact dans la glace n’est pas vieux de 65 ans mais de 40 000 ans ! Dépêché sur place pour offrir son analyse de la situation, l’anthropologue Stanley Shephard (Timothy Hutton, futur écrivain tourmenté de La Part des ténèbres) est fasciné par cette découverte. Lorsque l’équipe de savants décongèle le corps pour pratiquer une autopsie, une surprise de taille les attend : les cellules de cet homme d’un autre âge sont encore vivantes. De fait, après plusieurs actes médicaux élaborés, le voilà qui revient à la vie. Logiquement paniqué lorsqu’il fait face à cette horde de scientifiques masqués aux allures de créatures extra-terrestres, le Néanderthalien s’apaise face au visage démasqué de Shephard qui s’approche de lui. Un lien s’établit ainsi très tôt entre eux. Ce rescapé de la préhistoire est bientôt installé dans un vivarium reproduisant tant bien que mal l’environnement naturel dans lequel il vivait. Mais que faire de lui à terme ? Le garder en captivité pour continuer à l’étudier ? Le lâcher dans la nature ? L’euthanasier ? Les questions morales sont innombrables et semblent insolubles…

Homo Hibernatus

Les 25 premières minutes d’Icerman abordent le sujet avec un maximum de réalisme scientifique. Les gestes des médecins, leur jargon, les instruments, les machines, le protocole de réanimation sont traités sous l’angle le plus naturaliste possible, avec une approche quasi-documentaire. Puis soudain les yeux s’écarquillent et les savants prononcent un « He’s alive ! » exalté qui nous ramène illico au mythe de Frankenstein. C’est alors qu’entrent en jeu les considérations philosophiques et éthiques, liées à cet être qui ne peut plus décemment être considéré comme un simple spécimen à décortiquer. La confrontation physique entre l’homme moderne et son lointain ancêtre, au cœur de cet écosystème sauvage reconstitué de toutes pièces, est un des moments forts du film. Timothy Hutton est parfait en savant non conformiste et exalté. Mais c’est surtout la performance de John Lone qui impressionne. Ses pantomimes, ses mimiques et ses cris rauques pourraient être ridicules. Ils sont au contraire confondants de vérisme, appuyés par le remarquable travail de maquillage de Michael Westmore. Ces hommes qui se font face se positionnent ouvertement comme les deux facettes d’une même espèce. Chacun s’observe, se jauge, s’étudie, détaille les différences et surtout les ressemblances (le look hirsute de Hutton facilitant bien sûr cet effet miroir). Quelques visages familiers (notamment James Tolkan, le futur Mr Strickman de Retour vers le futur, et un jeune Danny Glover avant La Couleur pourpre et L’Arme fatale) affleurent au détour du casting de cette fable fascinante qui s’achève de manière vertigineuse et atypique.

 

© Gilles Penso

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L’ATTAQUE DES DONUTS TUEURS (2016)

Attention, c’est la panique : des beignets cuits dans de l’huile de friture irradiée se transforment en créatures assoiffées de sang !

ATTACK OF THE KILLER DONUTS

 

2016 – USA

 

Réalisé par Scott Wheeler

 

Avec Justin Ray, Kayla Compton, Ben Heyman, Michael Swan, Philip Fallon, Aaron Groben, Lauren Compton, Kassandra Voyagis

 

THEMA MUTATIONS

Il y a les mauvais films volontairement drôles, les mauvais films involontairement drôles et les mauvais films qui voudraient être drôles sans y parvenir. L’Attaque des donuts tueurs appartient hélas à la troisième catégorie. Son réalisateur Scott Wheeler avait pourtant commencé sa carrière sur des chapeaux de roue. Grand spécialiste des effets spéciaux visuels, il contribua aux tours de magie numériques de plusieurs séries TV de renom telles que Xena la guerrière, X-Files, Buffy contre les vampires, De la Terre à la Lune, Millenium, Dune ou Battlestar Galactica. Mais à partir du début des années 2000, ses talents furent sollicités par de plus en plus de productions vidéo fauchées imitant les grands succès du moment (Boa vs Python, Robot War, Jurassic Commando, Mega Shark VS. Giant Octopus et des dizaines d’autres nanars du même acabit). Passé à la réalisation en 2008, il s’attacha aux mêmes genres de séries Z photocopiant les blockbusters des grands studios (Transmorphers, Avalanche Sharks, Martian Land). Il ne fallait donc pas s’attendre à des merveilles avec L’Attaque des donuts tueurs. Ce que le film a de meilleur, c’est probablement son titre. Et encore : ce dernier n’est que faussement novateur, puisqu’il se calque volontairement sur le mythique L’Attaque des tomates tueuses de John De Bello.

Johnny Wentworth (Justin Ray) vit chez sa mère (Kassandra Voyagis) et cohabite avec l’excentrique oncle Luther (Michael Swan). Ce dernier se prend pour l’Herbert West de Re-Animator, expérimentant un sérum sensé ressusciter un rat mort qui le transforme en bête féroce et vorace. On sent bien que c’est de là que le drame va poindre… Johnny gagne un salaire de misère dans un petit snack-bar minable nommé Dandy Donuts. Sa collègue de travail, Michelle Kester (Kayla Compton), n’est pas insensible à ses charmes, mais lui n’a d’yeux que pour la blonde Veronica (Lauren Compton), une petite-amie vénale et infidèle. Tout ceci n’est pas très passionnant, malgré les grimaces de Chris de Christopher qui tente de nous arracher quelques sourires dans le rôle du patron acariâtre Cliff affublé d’une perruque improbable. Et voilà que débarque l’oncle Luther, qui se dispute aussitôt avec Cliff et laisse échapper de la poche de sa blouse une étrange substance verdâtre. Celle-ci plonge aussitôt dans l’huile de friture où cuisent les donuts. Et là, c’est la panique. Car les savoureux beignets ronds, dès lors contaminés, se transforment en créatures voraces qui dévorent tout sur leur passage…

Beignets niais

Mal écrit, mal joué, pas terriblement réalisé, très modérément drôle, L’Attaque des donuts tueurs s’appuie sur des gags à base de flatulences toxiques, de déjections verdâtres et de timides effets gore. On sent bien que l’effet culte est en ligne de mire, mais cette micro-production à mi-chemin entre celles de Troma et celles d’Asylum se cherche sans trouver le ton juste. D’autant que la galerie de personnages secondaires caricaturaux qui surgissent sur le chemin des protagonistes (les clients, les voisins, les flics) n’apportent rien de très intéressant au film. On note qu’au milieu d’un casting de parfaits inconnus apparaît C. Thomas Howell (héros de Hitcher, Soul Man et L’Aube Rouge tout de même !) dans le rôle d’un policier hargneux et peu scrupuleux. Finalement, les personnages les plus intéressants restent les donuts eux-mêmes. Les petits monstres sucrés s’agitent avec beaucoup de dynamisme, exhibent de redoutables dents acérées, dévorent tous ceux qui passent à leur portée, crachent des jets acides, poussent des petits cris de Gremlins et rebondissent en émettant un bruit de ressort cartoonesque. Quant à ceux qui ont le malheur de les manger, dire que leurs intestins passent un mauvais quart d’heure est un doux euphémisme. Dommage que ces bestioles joyeusement absurdes ne soient pas au service d’une comédie d’horreur mieux construite et un tantinet plus exigeante.

 

© Gilles Penso

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LE SADIQUE À LA TRONÇONNEUSE (1982)

Un tueur psychopathe tout de noir vêtu se promène dans une université avec sa tronçonneuse pour découper les jolies étudiantes en morceaux…

PIECES / MIL GRITOS TIENE LA NOCHE

 

1982 – ESPAGNE / USA

 

Réalisé par Juan Piquer Simon

 

Avec Christopher George, Lynda Day George, Frank Braña, Edmund Purdom, Ian Sera, Paul L. Smith, Jack Taylor, Gérard Tichy

 

THEMA TUEURS

Dès que l’occasion de surfer sur les grandes tendances cinématographiques du moment se présentent, le réalisateur espagnol Juan Piquer Simon ne se fait pas prier, avec une prédilection assumée pour le genre fantastique sous toutes ses formes. Le King Kong de John Guillermin et Le Sixième continent de Kevin Connor ravissent le grand public ? Il se fend d’un Continent fantastique joyeusement opportuniste. Superman ravage tout au box-office ? Qu’à cela ne tienne, place à Supersonic Man ! Fatalement, l’ami Juan ne pouvait pas rester insensible à la vogue croissante du slasher déclenchée par Halloween et Vendredi 13. Il délaisse donc la cible familiale pour un public très averti et signe un film d’horreur déviant et sanglant connu sous de multiples appellations. Le titre espagnol, Mil gritos tiene la noche, est le plus poétique (« La nuit aux mille hurlements »). Celui utilisé à l’international joue la carte de l’efficacité : Pieces (autrement dit « morceaux »). En France, on n’y va pas par quatre chemins et on annonce clairement la couleur : Le Sadique à la tronçonneuse ! Écrit par le cinéaste américain Dick Randall (Le Château de l’horreur) et le producteur italien Roberto Loyola (Laisse aller… c’est une valse), le scénario original est trop court pour tenir sur la durée d’un long-métrage. Juan Piquer rallonge donc un peu la sauce en tenant compte des contraintes budgétaires. Tourné en Espagne – bien que l’intrigue se situe à Boston -, Le Sadique à la tronçonneuse est bouclé en quatre semaines, quelques jours supplémentaires étant nécessaires pour filmer les nombreux effets spéciaux gore.

Nous sommes à Boston en 1942. Dans sa chambre, un petit garçon s’applique à finir un puzzle, tandis que sa mère le regarde l’air attendri. Mais cette dernière change brusquement d’expression en découvrant que le puzzle représente une femme nue. Tandis qu’elle pique une violente crise de colère, faisant subitement basculer cette scène paisible dans l’hystérie, le garçon s’empare d’une hache et la massacre. Puis il la découpe joyeusement avec une scie ! La police, qui pense que l’assassin s’est échappé, place le petit Timmy chez sa tante. Quarante ans plus tard, le garçon n’a pas perdu son goût pour les puzzles féminins. Il sévit donc sur un campus universitaire où son passe-temps favori est l’équarrissage d’étudiantes à l’aide d’une tronçonneuse. Affublé de gants noirs, d’un costume sombre et d’un chapeau à larges bord qui évoquent à la fois le tueur de Six femmes pour l’assassin et le héros de la bande dessinée « The Shadow », le psychopathe défie la police…

Puzzles féminins

Le Sadique à la tronçonneuse s’inspire en partie des giallos italiens, dont il emprunte l’idée de meurtres esthétisés commis par un tueur en noir (l’attaque au couteau dans le waterbed), mais son imagerie est surtout empruntée aux slashers, référence assumée par la présence d’un poster de Vendredi 13 dans l’un des décors. Au-delà de l’influence évidente de Massacre à la tronçonneuse, les ombres de Psychose et de Maniac planent aussi sur le film, dans la mesure où notre désaxé découpe ses victimes féminines dans le but de reconstituer pièce par pièce le corps de sa mère, comme s’il s’agissait d’un puzzle géant ! Le mystère entretenu autour de l’identité du tueur se resserre rapidement autour de trois suspects, mais l’intrigue policière est sans doute l’aspect le moins intéressant du film. D’abord parce que l’enquête est menée sans conviction par un inspecteur qui semble occupé ailleurs (jusqu’à demander à un étudiant et à une joueuse de tennis de lui prêter main forte !), ensuite parce que les incohérences du scénario s’enchaînent sans le moindre scrupule. D’ailleurs, comment un type habillé comme un justicier de comic book des années 40 et armé d’une tronçonneuse peut-il se promener dans les locaux de la fac sans jamais attirer l’attention ? Sans compter les séquences qui semblent ajoutées artificiellement au film sans aucune justification : la fille sur le skateboard qui heurte une vitre, ou le professeur d’arts martiaux qui surgit au milieu de la nuit pour se battre contre l’héroïne puis s’enfuit tranquillement (il s’agit en fait de Bruce Le, imitateur de Bruce Lee qui tourne à l’époque un film pour le producteur Dick Randall et qui vient donc faire une apparition éclair absurde dans Le sadique à la tronçonneuse). Le film est surtout mémorable pour ses effets gore, obtenus la plupart du temps avec de vrais abats d’animaux et des matériaux récupérés directement dans une boucherie ! Juan Piquer poursuivra dans cette voie avec un Mutations plutôt gratiné.

 

© Gilles Penso

 

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THOR RAGNAROK (2017)

Le réalisateur Taika Waititi propose sa propre vision des aventures du super-héros viking : plus fun, plus décalée et plus rock’n roll…

THOR RAGNAROK

 

2017 – USA

 

Réalisé par Taika Waititi

 

Avec Chris Hemsworth, Tom Hiddleston, Cate Blanchett, Anthony Hopkins, Mark Ruffalo, Idris Elba, Jeff Goldblum, Tessa Thompson

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL COMICS I MARVEL CINEMATIC UNIVERSE

Si les films estampillés Marvel ont toujours su laisser une place de choix à l’humour, Les Gardiens de la galaxie plaça le curseur assez loin dans le domaine, prouvant que la dérision impertinente pouvait s’avérer payante, sans pour autant céder à l’autosatisfaction faussement subversive d’un Deadpool. Le puissant Thor, dont les longs-métrages solo accusaient jusqu’alors une certaine rigidité pataude, tente à son tour la carte de la drôlerie à la limite du pastiche. Pour trouver le bon équilibre, c’est l’acteur/scénariste/réalisateur Taika Waititi qui est sollicité. Avec un tel homme à la barre – auteur du savoureux Vampires en toute intimité -, les choses étaient bien engagées. Le cahier des charges que s’impose Waititi est pour le moins prometteur : un rythme à cent kilomètres/heure, de gros enjeux dramatiques traités au second degré et une influence puisée dans le cinéma de genre décomplexé des années 80, Les Aventures de Jack Burton en tête. Comment ne pas s’emballer ? Le prologue de Thor Ragnarok donne le ton : ce film sera plus excentrique, plus irrévérencieux et plus rock’n roll que les précédents, tout en conservant un fort ancrage dans l’esprit des comic books originaux. En l’occurrence, ce sont ici les arcs narratifs « Ragnarok » et « Planète Hulk » qui servent d’inspiration majeure au scénario co-écrit par Eric Peasron, Craig Kyle et Christopher L. Yost.

Le rythme alerte voulu par le réalisateur s’affirme d’emblée. En moins de trente minutes de métrage, on change déjà six fois de décors (la grotte incandescente de Surtur, la cité d’Asgard, les rues de New York, le manoir du Docteur Strange, les côtes norvégiennes, une planète poubelle digne de Wall-E et les arènes de Sakaar). Waikiki ne cherche pas forcément à bousculer les spectateurs mais surtout à leur réserver des surprises en cascade. Thor est donc bringuebalé d’une situation à l’autre jusqu’à se retrouver gladiateur forcé au beau milieu d’autres combattants aux morphologies les plus variées. Dès lors, l’intrigue se scinde en deux actions parallèles principales. La première, volontiers cartoonesque, montre les retrouvailles musclées du héros nordique et d’un Hulk plus déchaîné que jamais (tous deux s’affrontent avec la même exubérance que des personnages des Looney Tunes). La seconde, plus sombre et plus apocalyptique, raconte l’ascension de la redoutable Hela, bien décidée à reconquérir le trône d’Asgard dont elle fut chassée par Odin et à éliminer tous ceux qui barreront sa route. Ces deux trajectoires narratives finissent bien sûr par converger pour un affrontement final à grande échelle.

L’armée des morts

En super-vilaine quasiment invincible, Cate Blanchett crève l’écran, adoptant un look qui la rend presque méconnaissable et révélant sa puissance le temps d’une poignée de séquences très explicite : elle réduit en bouillie le marteau de Thor d’une seule pression de la main puis anéantit en quelques secondes toute l’armée d’Asgard. Comment lutter contre une telle furie ? C’est d’ailleurs à elle que nous devons les séquences les plus dantesques du film, comme la résurrection des anciens guerriers d’Asgard, sorte d’armée des morts digne de Sam Raimi, ou le réveil du loup géant Fenrir. A l’exact opposé, Jeff Goldblum cabotine à souhait sous les traits d’un dictateur jovial et baroque, tandis que Chris Hemsworth et Tom Hiddleston laissent pleinement éclore le potentiel comique de leur jeu d’acteur. Stan Lee lui-même apparaît dans le rôle d’un coiffeur cyborg qui dotera Thor d’un tout nouveau look. La direction d’acteurs de Waititi passe par une bonne dose d’improvisation, laquelle se ressent notamment lors des dialogues entre Thor et Bruce Banner ou à chaque apparition de Goldblum. Quant à l’influence eighties de Thor Ragnarok, elle surgit de manière très distincte dans la bande originale composée par Mark Mothersbaugh, laissant cohabiter son orchestre symphonique avec des synthétiseurs tout droit échappés de chez Vangelis et Jean-Michel Jarre. Le pari est réussi : impossible de s’ennuyer face à Thor Ragnarok. Le revers de la médaille est qu’il ne laisse pas de souvenir impérissable après son visionnage.

 

© Gilles Penso

 

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CAPTAIN MARVEL (2019)

La première super-héroïne de l’univers Marvel à bénéficier d’un long-métrage solo est une guerrière surpuissante au passé énigmatique…

CAPTAIN MARVEL

 

2019 – USA

 

Réalisé par Anna Boden et Ryan Fleck

 

Avec Brie Larson, Samuel L. Jackson, Ben Mendelsohn, Djimon Hounsou, Lee Pace, Lashana Lynch, Gemma Chan, Annette Bening, Clark Gregg, Jude Law

 

THEMA SUPER-HÉROS I EXTRA-TERRESTRES I SAGA MARVEL COMICS I MARVEL CINEMATIC UNIVERSE

Contrairement au concurrent DC, les comics Marvel n’ont jamais été réputés pour leur capacité à concevoir des super-héroïnes aussi emblématiques que leurs homologues masculins. Aucune d’entre elles n’est honnêtement susceptible de rivaliser avec une Wonder Woman ou une Catwoman par exemple. La plupart des justicières Marvel se contentent en effet d’être des versions féminines de leurs collègues (Spider-Woman, Miss Hulk, Miss Marvel) ou des faire-valoir (Black Cat, la Sorcière Rouge, la Femme Invisible). Au cinéma, cette tendance s’affirme de la même manière. Black Widow, la Guêpe et même les X-Women restent généralement cantonnées à leurs rôles d’acolytes, laissant la part belle aux mâles musclés. Il était donc temps de donner la vedette à une super-héroïne en solo. De fait, Captain Marvel est plus qu’un film au sein du Marvel Cinematic Universe, c’est un symbole. Pour marquer le coup, les responsabilités artistiques sont autant que possible féminisées (le scénario, la bande originale, le montage, la direction artistique, les costumes). Ce souci d’équité ressurgit aussi au poste de la mise en scène, partagé par le duo Anna Boden et Ryan Fleck, signataire jusqu’alors de plusieurs comédies dramatiques (Sugar, Une drôle d’histoire, Under Pressure) et d’un certain nombre d’épisodes de séries TV. Force est de constater que nos duettistes prennent leur mission à cœur, offrant à Brie Larson un rôle savoureux sans tomber dans les travers caricaturalement féministes qui gangrèneront Black Widow deux ans plus tard.

Le film commence comme un space opera mouvementé, au cœur d’un conflit entre deux races extra-terrestres : les Kree et les Skrulls. Vers, une guerrière Kree, possède un grand pouvoir (notamment des poings qui lancent des photons destructeurs) mais ne contrôle pas encore suffisamment ses émotions, ce qui amenuise considérablement son efficacité au combat. Partie en mission dans une zone hostile avec son commandant et une petite équipe de soldats pour exfiltrer l’un des leurs, elle tombe dans une embuscade. Capturée par les Skrulls qui veulent soutirer une information logée dans son cerveau, Vers s’échappe et se crashe sur la Terre de 1995. Là, elle rencontre un Nick Fury jeune (qui n’est pas encore borgne) et apprend le secret déroutant de ses propres origines. Il semblerait en effet qu’elle ait eu une vie antérieure sur Terre en tant que pilote de l’US Air Force à la fin des années 80, sous le nom de Carol Danvers. S’agit-il d’une illusion créée par les Skrulls ou possède-t-elle réellement des racines terriennes ?

« Merci Stan »

Terriblement sous-exploitée dans Kong : Skull Island où elle jouait les substituts ternes de Fay Wray, Brie Larson trouve avec Captain Marvel un rôle à sa mesure, parfait équilibre d’humour, de charme et d’énergie. Si Jude Law assure le service minimum en mentor glacial et si Ben Mendelsohn nous ressert le couplet habituel de l’antagoniste haut gradé, il faut avouer que voir Samuel L. Jackson jouer les agents spéciaux dans une intrigue située au milieu des années 90 (donc à l’époque où l’acteur crevait l’écran dans Pulp Fiction) a quelque chose d’euphorisant. En redescendant sur le plancher des vaches après son prologue spatial, le film nous offre une scène de poursuite efficace avec un métro et des véhicules de police, sous influence manifeste de French Connection. L’intrigue se pare d’éléments d’espionnage, de faux-semblants et de trahisons, le tout complexifié par le fait que les Skrulls ne cessent de changer de visage et d’imiter les traits de ceux qu’ils croisent. Les apparences sont d’ailleurs trompeuses dans le film. C’est sans doute l’un des aspects les plus intéressants du scénario, qui joue habilement sur la mécanique du souvenir parcellaire et énigmatique dont le protagoniste ne pourra reconstituer l’intégralité qu’à mi-parcours du récit. Captain Marvel manque sans doute de cohérence globale, alternant les séquences inspirées (des « dogfights » vertigineux dont l’un dans un canyon hérité de La Guerre des étoiles et Independence Day) et les moments d’humour artificiels (les facéties du « Flerken », un combat dédramatisé par l’ajout d’un tube de Gwen Stefani dans la bande son). Captain Marvel demeure un opus sympathique de la grande saga démarrée avec Iron Man, dédié à Stan Lee qui s’éteignit pendant le montage. Le film commence donc par un logo Marvel entièrement repensé en son honneur, suivi de la mention : « Merci Stan ».

 

© Gilles Penso

 

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LE FESTIN DE LA MANTE (2003)

Mue par une force surnaturelle, une femme au comportement de mante religieuse assassine chacun de ses partenaires après l’acte d’amour…

LE FESTIN DE LA MANTE

 

2003 – BELGIQUE

 

Réalisé par Marc Levie

 

Avec Lou Broclain,Yann Chely, Sacha Kollich, Adèle Jacques, Hugues Hausman, Michel de Warzee, Serge Swysen

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

La Belgique s’affirme régulièrement comme l’un des derniers bastions de l’innovation et de la surprise en matière de cinéma de genre, loin du formatage américain et de l’intellectualisation française. Berceau d’œuvres aussi divergentes que Malpertuis ou C’est arrivé près de chez vous, elle nous livre en 2003 un Festin de la Mante pour le moins osé. Premier long-métrage de Marc Levie, qui en avait l’idée en tête depuis une bonne quinzaine d’années, Le Festin de la Mante raconte l’histoire d’une femme mante religieuse condamnée à occire les hommes qu’elle aime, ni plus ni moins. Mais loin des Wasp Woman et autres Le Vampire a soif, cet insecte tueur déguisé en femme n’est un monstre qu’à travers son comportement, car jamais elle ne prend l’aspect physique de la mante, Levie se refusant à user d’effets spéciaux spectaculaires. Lorsque le violoncelliste Julien la rencontre dans le sud de la France, elle lui dit se prénommer Sylvia. Tombé sous son indiscutable charme printanier, il tombe dans ses bras et l’épouse peu après. Mais la belle refuse de consommer leur amour, car elle ne veut pas perdre Julien. Or toute relation sexuelle entraîne inévitablement la mort de son partenaire. Ses précédents amants en ont fait les frais.

Alors que sa liaison avec son époux demeure frustrante et platonique, Sylvia se laisse séduire par Patrick, jeune chien fou prêt à prendre tous les risques pour pimenter sa vie. A ce dernier, elle se donne physiquement, pleinement et sauvagement. Car il lui faut assouvir son besoin meurtrier, sans lequel elle dépérira et cessera de reproduire son espèce hybride. A la fois fasciné et effrayé par cette relation étrange et autodestructrice, Patrick ignore évidemment l’issue fatale qui lui est réservée. Le chevauchant nue au moment de l’ultime extase, Sylvia serrera sa gorge dans ses mains soudain animées d’une puissance surhumaine et l’étranglera jusqu’au dernier souffle, orgasme et mort s’entremêlant ainsi inéluctablement. Lorsque Julien découvre l’amant, sa première réaction est violente et sans appel. Mais peu à peu, il comprend la véritable nature mi-femme mi-mante de son épouse. Fou d’amour, il est prêt à tous les sacrifices : la laisser en aimer un autre pour mieux le tuer, voire s’offrir lui-même en pâture aux jolies mandibules de Sylvia…

La prédatrice

Chez Marc Levie, l’amour et la mort sont donc indissociables, le fantastique est métaphorique et poétique, le prédateur prend le visage d’un ange ingénu, et les notions de fidélité, de désir et de passion s’entrechoquent loin des lieux communs de l’éternel trio amant/mari/femme. Audacieux et surprenant, Le Festin de la Mante est quelque peu desservi par une mise en scène timide qui aurait manifestement mérité des moyens plus conséquents et par l’interprétation moyennement convaincante de Yann Chely dans le rôle du terne Julien. En revanche, Lou Broclain, en troublante Sylvia au double visage, et Sacha Kollich, interprète du doux-dingue Patrick, crèvent l’écran et portent une grande partie du film sur leurs épaules. La séquence de la tarentule se promenant sur le visage de Sylvia, la première rencontre du couple illégitime ou le dénouement enlinceulé de neige font partie des moments mémorables de ce conte décidément hors norme.

 

© Gilles Penso


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