LA CHAMBRE DES TORTURES (1961)

Deux monstres sacrés du cinéma d’épouvante, Vincent Price et Barbara Steele, se retrouvent dans l’univers tourmenté d’Edgar Poe…

THE PIT AND THE PENDULUM

 

1961 – USA

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Vincent Price, John Kerr, Barbara Steele, Luana Anders, Antony Carbone, Patrick Westwood, Lynette Bernay

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA EDGAR POE PAR ROGER CORMAN

Lorsqu’il s’attela à La Chute de la maison Usher, Roger Corman n’envisageait pas d’en faire le premier épisode d’une longue série, d’autant que les financiers du film craignaient qu’Edgar Poe ne rebute le grand public et qu’un film d’épouvante sans monstre ne soit guère promis au succès. Or Usher se comporta de manière plus que satisfaisante au box-office, traînant dans son sillage cette seconde adaptation de l’univers de l’écrivain tourmenté. Pour réitérer le succès du film précédent, le cinéaste s’entoure des mêmes collaborateurs principaux, en priorité le comédien Vincent Price auquel il souhaite adjoindre la présence magnétique de Barbara Steele, dont la prestation dans Le Masque du démon l’a fortement impressionné. Tourné en seulement quinze jours, le film n’adapte en réalité que très peu la nouvelle de Poe dont il est censé s’inspirer, « Le Puits et le Pendule », dans la mesure où le texte original raconte à la première personne les tourments d’un condamné à mort dans l’obscurité totale de sa cellule.

Pour que les mots se muent en images, l’écrivain et scénariste Richard Matheson se voit contraint d’imaginer de toutes pièces une histoire, ne reprenant de la prose de Poe que les deux instruments de torture du titre original : une hallebarde montée sur un balancier qui descend inexorablement vers une victime pour la trancher en deux, et un gouffre prêt à happer ceux qui s’y aventurent de trop près. Le récit nous transporte dans l’Espagne du seizième siècle. Pour éclaircir les circonstances de la mort mystérieuse de sa sœur, Francis Barnard (John Kerr) se rend au château dans lequel elle vivait aux côtés de son époux Nicholas Medina (Vincent Price). Nous découvrons alors que Sebastian Medina, le père de Nicholas, était un redoutable inquisiteur espagnol amateur de tortures raffinées. Tourmenté par ce funeste héritage, Nicholas finit par se demander s’il n’a pas enterré vivante son épouse. Et c’est bien sûr Barbara Steele qui hérite du rôle de l’infortunée Elizabeth Barnard Medina.

Victime ou bourreau ?

A vrai dire, la comédienne n’intervient que dans deux séquences de La Chambre des tortures, mais elles sont tellement mémorables qu’elles justifient sans conteste sa présence en troisième position dans la liste des acteurs principaux du film. La première est un flash-back au cours duquel elle nous apparaît d’abord revêtue des plus belles parures, radieuse et souriante, vivant une douce idylle aux côtés de Nicholas avant de découvrir la chambre des tortures ancestrale et de se mettre lentement à dépérir. Dans la seconde, elle surgit de sa tombe, les yeux fous, le sourire cruel, les mains ensanglantées, pour venir harceler son pauvre époux. La dualité victime/bourreau mise en évidence dans Le Masque du démon est donc de mise une fois de plus. Selon une démarche similaire à celle de La Chute de la maison Usher, Corman tourne son film dans des décors tourmentés reconstitués en studio par le designer Daniel Haller, un parti pris dicté par les contraintes financières, mais qui procède aussi d’une volonté d’étrangeté et d’artifice. Car pour Corman, les récits de Poe sont des vues de l’esprit, des créations de l’inconscient ne se rattachant pas directement à la réalité.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

BOSS LEVEL (2021)

Un ancien soldat est coincé dans une boucle temporelle où une horde de tueurs armés jusqu’aux dents est lancée à ses trousses…

BOSS LEVEL

 

2021 – USA

 

Réalisé par Joe Carnahan

 

Avec Frank Grillo, Mel Gibson, Naomi Watts, Annabelle Wallis, Ken Jeong, Will Sasso, Selina Lo, Meadow Williams, Michelle Yeoh

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

C’est en 2012 que Joe Carnahan commence à développer pour la 20th Century Fox un long-métrage audacieux qui porte alors comme titre Continue. Le réalisateur de L’Agence tout risque et Le Territoire des loups définit à l’époque ce projet comme un film d’action musclé qui reprendrait à son compte la mécanique d’Un jour sans fin. Dès le début, Carnahan souhaite confier le rôle principal à Frank Grillo (interprète de Crossbones dans le Marvel Cinematic Universe). Mais le studio Fox n’est pas emballé et passe finalement son tour. C’est le début d’une longue traversée du désert au cours de laquelle le projet ne cesse d’être repoussé. Les choses ne redémarrent que cinq ans plus tard, lorsque Mel Gibson (qui avait déjà collaboré avec Frank Grillo sur Hors de contrôle) est annoncé dans le rôle de l’antagoniste principal. Le film trouve alors son titre définitif : Boss Level. En 2018, le casting se complète avec deux autres têtes d’affiche : Naomi Watts en ex-femme du héros et Michelle Yeoh dans un rôle secondaire mais déterminant. Carnahan parvient à réunir un budget de 45 millions de dollars, cette enveloppe confortable lui permettant de saturer le film d’effets spéciaux, de cascades, de pyrotechnie, de poursuites de voitures, de fusillades et de combats. Même après son tournage, Boss Level continue d’être retardé. Des complications sans fin liées à sa distribution ne lui permettent d’être exploité qu’en 2021, en DVD, sur la plateforme Hulu puis sur Prime Vidéo. Qu’un film reposant sur la boucle temporelle ait été victime de tant de contretemps ne manque pas d’ironie.

Boss Level ne s’embarrasse pas d’un long prologue explicatif. Dès les premières secondes, la violence et la destruction explosent à l’écran. C’est donc dans le feu de l’action que le spectateur découvre le concept du film, guidé par la voix off désabusée du héros qui se débarrasse d’un agresseur armé d’une machette et évite les tirs de mitrailleuse d’un hélicoptère tout en sirotant son café. Roy Pulver (Frank Grillo donc), ancien membre de la Delta Force, revit sans cesse la même journée au cours de laquelle une horde de tueurs psychopathes armés jusqu’aux dents s’emploient systématiquement à le faire passer de vie à trépas. Chaque fois qu’il meurt, la journée recommence. Pour comprendre la nature de ce phénomène incompréhensible qui le coince dans la même boucle et savoir qui veut sa peau, Roy va devoir se pencher de près sur les expériences scientifiques top-secrètes que mène son ex-femme Jemma (Naomi Watts) sous la direction du mystérieux colonel Ventor (Mel Gibson)…

Plaisir coupable ?

Depuis Un jour sans fin, le concept de la journée qui bégaye a été accommodé à tellement de sauces (Source Code, Edge of Tomorrow, Naked, Happy Birthdead) qu’il semble forcément difficile d’innover en ce domaine. Assumant pleinement l’aspect répétitif de cette mécanique narrative devenue familière du public, Joe Carnahan et ses coscénaristes Chris et Eddie Borey la ramènent à sa source la plus évidente : le jeu vidéo qui consiste à « mourir et réessayer » tout en avançant dans sa mission jusqu’à affronter l’obstacle final, autrement dit le « boss ». Les références directes à l’univers vidéoludique s’affirment à travers le titre même du film, le traitement graphique pixellisé de son générique et plusieurs séquences situées dans un game center. Pour autant, Boss Level ne surligne pas l’influence, pas plus qu’il ne s’amuse à cligner de l’œil vers le public pour le rendre artificiellement complice. Les – très – nombreuses séquences d’action explosives s’enchaînent avec une générosité excessive qui compense l’absence de finesse du film. Un peu idiot, un peu bourrin, Boss Level ne place pas ses ambitions très haut mais déborde d’énergie, porté par la gouaille et l’abatage de Frank Grillo qui crève l’écran avec son visage buriné, son corps d’athlète et son sourire en coin. Fatalement, les autres comédiens restent en retrait, même Gibson malgré son charisme resté intact. Boss Level ne rend peut-être pas plus intelligent mais offre à ses spectateurs une satisfaction régressive très euphorisante. C’est sans doute ce qu’on appelle un « plaisir coupable ».

 

© Gilles Penso

 

Partagez cet article

L’HALLUCINÉ (1963)

Co-dirigé par cinq réalisateurs, ce film gothique confronte Boris Karloff et Jack Nicholson dans l’un de ses premiers rôles

THE TERROR

 

1963 – USA

 

Réalisé par Roger Corman, Jack Hill, Francis Ford Coppola, Monte Hellman et Jack Nicholson

 

Avec Boris Karloff, Jack Nicholson, Sandra Knight, Dick Miller, Dorothy Neumann, Jonathan Haze, Rick Dean

 

THEMA FANTÔMES

En tant que pur objet cinématographique, L’Halluciné n’a rien pour marquer durablement les mémoires et s’écarte peu des lieux communs du film de fantôme classique. Mais son casting insolite et les conditions épiques dans lesquels il fut réalisé le muèrent rapidement en curiosité, voire en objet de culte auprès de la communauté fantasticophile. En 1963, Roger Corman avait déjà réalisé six somptueuses adaptations d’Edgar Poe mettant la plupart du temps en vedette Vincent Price. Si L’Halluciné ne se réclame pas de l’auteur du « Chat noir », il a cependant été conçu dans un esprit très similaire des films précédents du cycle « Corman/Price/Poe ». « J’ai décidé de filmer la moitié de L’Halluciné en deux jours seulement, sans même avoir terminé le scénario, simplement parce que je ne supportais pas l’idée de perdre les magnifiques plateaux gothiques du Corbeau à la fin du tournage », avoue Corman (1). Le cinéaste se tint à son planning, réutilisant deux des acteurs du film précédent, Boris Karloff et Jack Nicholson, ce dernier tenant là son premier vrai grand rôle.

Mais la suite du tournage s’avéra chaotique, les scènes extérieures au château étant prises en charge tour à tour par un Francis Ford Coppola alors débutant mais également d’autres réalisateurs additionnels (Jack Hill, Monte Hellman et même Jack Nicholson !) et s’étalant finalement sur trois mois. Assez curieusement, L’Halluciné ne souffre pas outre mesure de ce jeu des chaises musicales, conservant une certaine unité artistique et narrative. Nicholson incarne le lieutenant André Duvalier, un soldat de l’armée napoléonienne séparé accidentellement de son régiment. Égaré sur une plage inconnue, il rencontre une mystérieuse jeune femme qui le guide sans un mot jusqu’à une mer tourbillonnante où elle semble se noyer. Cherchant à la sauver des flots, André est attaqué par un oiseau de proie et sombre dans l’inconscience. Il s’éveille dans la mansarde d’une vieille femme qui veut le convaincre que la jeune fille n’existe pas. Notre homme n’en croit rien et retrouve sa trace dans le château du Baron Van Leppe (Karloff).

« Les fantômes d’une gloire enfuie »

Dès que nous pénétrons dans l’enceinte de la vaste demeure, les adaptations d’Edgar Poe nous reviennent à l’esprit. Karloff, alors octogénaire, déclare à Nicholson : « vous avez devant vous les vestiges d’une illustre maison, des reliques, les fantômes d’une gloire enfuie ». Quelque part, nous ne pouvons-nous empêcher d’associer cette « gloire enfuie » aux œuvres précédentes de Corman, comme si L’Halluciné s’efforçait en vain de retrouver la flamboyance de La Chute de la maison Usher, La Chambre des tortures ou L’Empire de la terreur. Car malgré sa beauté formelle (les peintures sur verre du château en plan large et le décor du cimetière enfumé sont magnifiques) et quelques séquences choc (notamment l’attaque sanglante d’un homme par un rapace au-dessus d’une falaise), cette œuvre chorale peine à captiver totalement son public, souffrant d’une narration erratique et de très nombreuses incohérences. Corman redorera ensuite son blason avec d’autres splendeurs empruntées à Poe et Lovecraft, notamment La Malédiction d’Arkham et Le Masque de la Mort Rouge.

 

(1) Extrait de la biographie “Comment j’ai fait 100 films sans jamais perdre un centime” par Roger Corman et Jim Jerome, publiée en 1990

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

LE VOLEUR DE BAGDAD (1978)

Une relecture franco-anglaise du célèbre conte oriental ornée d’un casting international prestigieux…

THE THIEF OF BAGDAD

 

1978 – GB / FRANCE

 

Réalisé par Clive Donner

 

Avec Kabir Bedi, Roddy McDowall, Terence Stamp, Peter Ustinov, Pavla Ustinov, Daniel Emilfork, Ian Holm, Marina Vlady

 

THEMA MILLE ET UNE NUITS

C’est en 1924 que jaillit à l’écran pour la première fois le mythe du Voleur de Bagdad, à travers un somptueux long-métrage de Raoul Walsh dont le scénario (co-écrit par Douglas Fairbanks et James T. O’Donohoe) se réapproprie l’imagerie et l’esprit des contes des Mille et une nuits pour inventer de toutes pièces un récit fabuleux et ses personnages. Depuis, l’histoire a été réadaptée avec panache en 1940 sous la houlette des frères Korda, puis en 1960 dans une version italo-française sous forte influence de la vogue alors croissante du péplum. Une nouvelle relecture franco-britannique, conçue en pleine période disco, avait-elle une raison d’être particulière ? Et surtout, qu’allait-elle pouvoir apporter de plus à une fable déjà largement exploitée sur grand écran ? Comme on pouvait le prévoir, ce Voleur de Bagdad cru 1978 pâlit de la comparaison avec ses illustres aînés, le réalisateur Clive Donner (plutôt habitué jusqu’alors aux comédies comme Quoi de neuf Pussycat ? ou Les Temps sont durs pour Dracula) n’ayant visiblement pas la carrure ou les affinités nécessaires pour conférer au film toute la magie et l’ampleur qu’il mérite. Ce nouveau remake vaut donc surtout pour son casting prestigieux qui permet à des visages familiers venus des quatre coins du monde de se donner la réplique dans des costumes bouffants conçus par John Bloomfield (qui allait plus tard œuvrer sur Conan le barbare, Robin des Bois prince des voleurs ou La Momie de Stephen Sommers, pour n’en citer qu’une poignée).

 

Rédigé à quatre mains par Andrew Birkin et A.J. Carothers, le scénario s’inspire très largement de celui de la version de 1940, dont il reprend les grandes lignes et les personnages principaux en les dotant pour la plupart de nouveaux noms. Afin de solliciter la main de la princesse Yasmine (Pavla Ustinov), le prince Taj (Kabir Bedi), héritier du royaume de Sakhar, se rend à Bagdad. En chemin, il est attaqué par les sbires du grand vizir Jaudur (Terence Stamp) mais parvient à s’en sortir sain et sauf. Il arrive tant bien que mal jusqu’à Bagdad où il erre, famélique, avant de rencontrer le magicien Hassan (Roddy McDowall) qui le sauve des griffes de la police locale. Avec son aide, Taj entre dans le palais et sa belle prestance touche la princesse. Mais Jaudur, qui s’est autoproclamé roi de Sakar, arrive sur un tapis volant et l’accuse d’imposture. Sur les conseils de la dame de compagnie de la princesse, le Calife de Bagdad (Peter Ustinov), totalement dépassé par ces événements, ordonne à tous les prétendants de sa fille de ramener l’objet le plus précieux du monde…

 

Têtes d'affiche

Kabir Bedi (que les téléspectateurs orientaux avaient découverts dans la série d’aventure Sandokan) est sans conteste l’un des meilleurs atouts du film. Son charme oriental et son charisme permettent même au personnage de gagner en épaisseur par rapport à John Justin, son modèle de 1940, qui crevait moins l’écran que lui et restait en retrait derrière la prestance de Sabu. Ce dernier est ici remplacé par Roddy McDowall, toujours savoureux mais visiblement peu concerné par son rôle de faire-valoir comique. On apprécie plus la présence de Peter Ustinov en Calife à l’autorité sans cesse bafouée, de sa propre fille Pavla Ustinov dans le rôle de la princesse, de Terence Stamp toujours très convaincant en méchant (même si Conrad Veidt s’avérait plus mémorable et plus inquiétant) ou encore de Marina Vlady en Dame Pélissada. Les Trekkies apercevront peut-être en arrière-plan Marina Sirtis, future Deanna Troi de la série Star Trek la nouvelle génération. Dans son premier rôle à l’écran, elle joue ici l’une des filles du harem. Quant au Génie, il est incarné par l’incroyable Daniel Emilfork, dont le visage se passe de tout maquillage pour nous faire croire à l’incroyable. C’est d’ailleurs la seule incursion fantastique digne de ce nom. Pour le reste, nous n’avons droit qu’à des tapis volants aux incrustations douteuses, à une grotte truffée de lumières et de fumées et à un combat frustrant contre l’ombre d’un volatile géant. Distribué en salles en Europe et un peu partout dans le monde, ce Voleur de Bagdad fut en revanche directement diffusé sur les petits écrans aux États-Unis, où il est de fait considéré comme un téléfilm.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

BLOOD RED SKY (2021)

Le voyage d’un avion transatlantique détourné par des pirates de l’air se transforme en bain de sang lorsqu’une femme à bord révèle son terrible secret…

BLOOD RED SKY / TRANSATLANTIC 473

 

2021 – GB / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Peter Thorwarth

 

Avec Carl Anton Koch, Peri Baumeister, Kais Setti, Kai Ivo Baulitz, Graham McTavish, Roland Møller, Dominic Purcell, Alexander Scheer, Chidi Ajufo

 

THEMA VAMPIRES

Imaginez un Die Hard en plein vol dans lequel John McLane serait remplacé par une femme-vampire assoiffée de sang et vous aurez une petite idée du spectacle inédit proposé par ce film d’horreur venu tout droit d’Allemagne. Son réalisateur, Peter Thornwarth, est surtout connu à l’international pour avoir écrit le scénario de La Vague de Dennis Gansel et son adaptation sous forme de série télévisée. Le voilà ici à la tête d’un long-métrage particulièrement ambitieux qui séduit d’emblée par le soin apporté à sa mise en forme. Blood Red Sky commence sur les chapeaux de roue, avec l’atterrissage forcé d’un avion de ligne visiblement détourné par un terroriste. La situation à l’intérieur n’est pas très claire et les choses ne sont visiblement pas ce qu’elles semblent être de prime abord. Seul un enfant, Elias, parvient à s’échapper de l’avion. Sous le choc, il raconte aux autorités les événements survenus à bord. Le film se structure donc autour d’un long flash-back qui nous ramène plusieurs heures en arrière. Elias est alors à l’aéroport avec sa mère Nadja. Ils sont allemands et s’apprêtent à traverser l’Atlantique pour se rendre à New York où Nadja a rendez-vous avec un éminent médecin, seul capable de la soigner d’une maladie grave qui ressemble à une leucémie…

Blood Red Sky respecte avec soin l’adage d’Alfred Hitchcock selon lequel il vaut mieux partir d’un cliché qu’y arriver. Après un point de départ très intriguant, le film met en effet en place une mécanique familière héritée des films catastrophe des années 70. Quelques passagers et plusieurs membres d’équipage nous sont ainsi succinctement présentés. Il y a là le businessman macho et antipathique, le vieux couple acariâtre, le steward exagérément efféminé, les hôtesses et leurs histoires de cœur… Celle dont on ne sait presque rien et que l’intrigue suit pas à pas depuis pourtant une vingtaine de minute est Nadja, qui semble porter tout le poids du monde sur ses épaules. Bientôt s’insèrent au sein de ce grand flash-back d’autres retours dans un passé plus lointain, des souvenirs furtifs d’une vie heureuse et désinvolte qui vire au drame, expliquant le mal étrange qui frappe la jeune veuve. Lorsque la situation à bord dégénère, les masques tombent, les clichés volent en éclat et le film prend une tournure inattendue…

Les ailes de l’enfer

La mise en scène très soignée de Thorwarth, les séquences de suspense diablement efficaces qui ponctuent le récit, les multiples rebondissements et la violence radicale du film sont ses atouts majeurs. Avec son traitement résolument au premier degré, Blood Red Sky s’éloigne même considérablement de la tonalité volontiers plus récréative et référentielle des films d’horreur estampillés Netflix. Ici, aucun clin d’œil, aucun coup de coude, aucune blague ne viennent désamorcer la noirceur de l’intrigue, narrée comme un drame intimiste virant soudain au mixage entre le film d’action et le film d’horreur. Seul visage familier du casting, Dominic Purcell (Prison Break) campe un antagoniste glacial et charismatique. Mais il se fait voler la vedette par le « vrai » méchant du film, un psychopathe proprement terrifiant, et bien sûr par Peri Baumeister, dont la performance de femme désemparée se muant en prédateur redoutable est proprement hallucinante. Cette approche novatrice du vampirisme peut d’ailleurs s’appréhender comme une métaphore de l’instinct maternel capable de muer n’importe quel parent en bête féroce pour protéger son enfant. Ici, les vampires n’ont rien de gothique ou de romantique. Ce sont des malades dont les symptômes sont la perte progressive de leur humanité. Et si le design des créatures évoque celui de 30 jours de nuit, sans doute faut-il remonter aux sources pour saisir l’inspiration première de Blood Red Sky : le Nosferatu matriciel de Murnau. C’est donc à un véritable retour aux racines du mythe que nous convie Peter Thorwarth, dotant son héroïnes des mêmes attributs physiques que l’inoubliable comte Orlock.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

ATOMIK CIRCUS (2004)

Vanessa Paradis, Jean-Pierre Marielle et Benoît Poelvoorde font face à une invasion de méduses géantes extra-terrestres…

ATOMIK CIRCUS

 

2004 – FRANCE

 

Réalisé par Didier et Thierry Poiraud

 

Avec Vanessa Paradis, Jason Flemyng, Benoît Poelvoorde, Jean-Pierre Marielle, Dominique Bettenfeld, Venantino Venantini

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Les frères Poiraud se sont d’abord fait remarquer par leurs courts-métrages déjantés, mélange d’animation en volume et de prises de vues réelles, marqués par l’influence de David Lynch, Sam Raimi et Tim Burton. Leur passage au long-métrage était attendu avec une curiosité mêlée de perplexité, les duettistes ayant souvent privilégié une forme originale aux dépens de scénarios un peu chaotiques. Or le même travers handicape Atomik Circus, qui démarre pourtant de fort prometteuse manière. Nous sommes à Skotkett City, une petite bourgade paysanne perdue dans des bayous qui pourraient tout aussi bien se situer en France profonde ou en Louisiane. Là des autochtones qui n’auraient guère dépareillé dans Délivrance préparent avec ardeur le festival de la tarte à la vache, dont le point culminant sera le micro-crochet récompensant la meilleure performance musicale. La jolie Concia (Vanessa Paradis) a toutes ses chances, d’autant qu’elle est soutenue par son père Bosco (Jean-Pierre Marielle), notable de la ville qui tient le bistrot où se déroulera cet événement. C’est dans cette ambiance étrange que débarque Allan Chiasse (Benoît Poelvoorde), impresario en panne de voiture obligé de faire halte dans ce trou perdu. Tombant sous le charme de Concia, il lui promet monts et merveilles. Les choses se corsent lorsqu’interviennent James Bataille (Jason Flemyng), le petit ami de Concia tout juste évadé de prison, et une armada de créatures extra-terrestres redoutables surgissant de leur monde parallèle suite au crash d’une météorite à deux pas de Skotlett City.

D’emblée, Atomik Circus se positionne comme un produit hybride à mi-chemin entre l’impertinente comédie à la française (comme en témoigne le choix des trois acteurs principaux) et la science-fiction rétro largement imbibée de culture pulp. On y trouve ainsi pêle-mêle les influences des romans futuristes des années 50 aux couvertures criardes, des bandes dessinées déjantées généreuses en aliens baveux et des serials des années 20 et 30. D’où un sous-titre fort évocateur : « le retour de James Bataille ». Mais le héros en question n’occupe qu’un rôle secondaire, comme si les remaniements du scénario avaient peu à peu recentré le film sur les têtes d’affiche susceptibles d’attirer les amateurs d’humour bien de chez nous.

La mayonnaise atomique

Poelvoorde, Marielle et Paradis nous offrent certes des prestations mémorables, agrémentées de dialogues souvent hilarants. Mais Atomik Circus ne sait jamais sur quel pied danser, se lâchant soudain en livrant sur les écrans des centaines de méduses extra-terrestres en 3D et des séquences gore à la Peter Jackson. « Ces dernières étaient quasiment improvisées », raconte le maquilleur spécial Jean-Christophe Spadaccini. « Nous sommes arrivés sur le plateau avec tout un stock de mannequins, de fausses têtes, de membres, de tentacules de faux sang, et nous nous sommes laissés aller sur place. Ce tournage était un véritable terrain de jeu. A la fin, nous étions tous rouges de la tête aux pieds ! » (1) Indépendamment, ces séquences fonctionnent comme autant de gags isolés, mais l’ensemble prend un tour indigeste regrettable. Quant au final, soutenu par une voix off incompréhensible, il atteint les sommets de l’absurde et de l’incohérence, empêchant définitivement la mayonnaise atomique de prendre.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2004

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

KANDISHA (2020)

Trois amies réveillent une créature ancestrale et maléfique qui s’emploie aussitôt à semer la mort autour d’elles

KANDISHA

 

2020 – FRANCE

 

Réalisé par Alexandre Bustillo et Julien Maury

 

Avec Mériem Sarolie, Walid Afkir, Suzy Bemba, Bakary Diombera, Sandor Funtek, Félix Glaux-Delporto, Dylan Krief, Mathilde Lamusse, Nassim Lyes

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA BUSTILLO & MAURY

Et si une version féminine et nord-africaine du croquemitaine de Candyman s’installait dans les décors de La Haine pour déclencher un massacre en série sous les yeux de trois jeunes héroïnes désemparées ? Telle pourrait être l’accroche de Kandisha, le cinquième long-métrage de l’infatigable duo Alexandre Bustillo et Julien Maury. Après l’expérience frustrante d’une franchise hollywoodienne phagocytée par des producteurs peu enclins aux idées neuves, nos duettistes laissent Leatherface derrière eux et regagnent leurs pénates pour inscrire leur nouveau récit horrifique dans un cadre cette fois-ci typiquement français. Nous voici donc dans une banlieue qu’on imagine parisienne, au beau milieu d’une troupe turbulente et rafraîchissante de jeunes acteurs qui nous séduisent d’emblée par leur spontanéité, leur justesse et leur énergie. Loin des clichés habituellement associés aux banlieusards en jogging et capuche, Maury et Bustillo posent un regard tendre et bienveillant sur leurs personnages. Ils sont drôles, complices, à fleur de peau, un peu perdus, parfois agressifs… Mais surtout humains, avec tout ce que ça comporte de faiblesses et de failles. Kandisha dure à peine une heure et demie. Pour autant, le film prend son temps pour nous présenter ses protagonistes, leur cadre de vie, leur environnement et leurs problèmes personnels avant de déclencher le drame.

Le récit s’intéresse tout particulièrement à un trio de jeunes femmes dont la diversité d’origine semble avoir davantage noué les liens (un peu comme les trois héros de La Haine, pour revenir au classique de Matthieu Kassovitz qui, c’est vrai, nous revient parfois à l’esprit au cours du premier tiers de Kandisha). Il y a Amélie (Mathilde Lamusse), qui vit une relation conflictuelle avec son père et protège son petit frère sous les yeux un peu passifs d’une mère visiblement dépassée par les événements ; Bintou (Suzy Bemba), qui vient de s’installer dans une partie plus résidentielle du quartier avec son père ouvrier et supporte mal les quolibets de ses amies qui la traitent de « bourgeoise » ; et Morjana (Samarcande Saadi), qui vit avec son frère après la mort de leurs parents et travaille à l’hôpital pour gagner de quoi les faire vivre. Le décor est planté, l’intrigue peut avancer d’un cran. Un soir, alors que toutes trois se retrouvent comme souvent pour recouvrir de graffitis des murs déjà saturés de dessins, Morjana évoque la légende d’Aïsha Kandisha, un esprit féminin et vengeur qui survient lorsqu’on l’invoque. S’ensuivent les éclats de rires et les boutades. Personne ne prend bien sûr cette histoire au sérieux. Mais lorsqu’Amélie est violemment agressée par son ex-petit ami Farid qui manque de la violer, elle rentre chez elle traumatisée et, dans un élan de fureur, appelle de ses prières la venue d’Aïsha Kandisha. Le bain de sang ne saura tarder…

Aïsha, écoute-moi !

La légende urbaine que convoque le film s’appuie sur un mythe folklorique marocain bien réel, celui d’une jeune femme d’une grande beauté qui aurait lié son esprit vengeur à un Djinn malfaisant après avoir été torturée et tuée pendant la colonisation portugaise du 18ème siècle… C’est donc une sorte d’équivalent nord-africain de la fée Carabosse ou de la Dame Blanche. Si Kandisha évoque Candyman (le film de Bernard Rose est évoqué sans être cité et plusieurs motifs visuels et narratifs s’y réfèrent ouvertement, sans compter l’homonymie des deux premières syllabes), Maury et Bustillo s’éloignent de cette influence assumée pour bâtir leur propre mythologie avec une minutie d’orfèvre. La mise en scène est ciselée, la photographie de Simon Roca somptueuse, la musique de Raf Keunen envoûtante et le montage de l’indéboulonnable Baxter d’une redoutable efficacité. Quant à ce croquemitaine féminin inédit, il est à géométrie variable, passant de la mystérieuse silhouette voilée à la belle ogresse au regard noir en passant par des formes hybrides et surdimensionnées beaucoup plus inquiétantes. Comme toujours chez Bustillo et Maury, les mises à mort sont brutales, douloureuses et sanglantes, s’appuyant sur les effets spéciaux toujours impeccables de l’atelier CLSFX d’Olivier Afonso. Une très belle surprise, donc, présentée en avant-première au Festival du Film Fantastique de Sitges en octobre 2020 avant une sortie mondiale en VOD en été 2021. Entre-temps, les deux réalisateurs auront eu le temps de se lancer dans l’aventure The Deep House.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

INTRUSION (1999)

Johnny Depp incarne un astronaute revenu changé d’une mission spatiale, ce qui trouble fortement son épouse interprétée par Charlize Theron

THE ASTRONAUT’S WIFE

 

1999 – USA

 

Réalisé par Rand Ravich

 

Avec Johnny Depp, Charlize Theron, Joe Morton, Clea DuVall, Nick Cassavetes, Donna Murphy, Samantha Eggar, Gary Grubbs

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Pour son premier long-métrage, Rand Ravich est parvenu à réunir deux têtes d’affiche en pleine gloire ascendante : Johnny Depp (à peine échappé de Las Vegas Parano, Donnie Brasco et La Neuvième porte) et Charlize Theron (révélée dans L’Associé du diable, Celebrity et Mon ami Joe). Tous deux interprètent Spencer et Jillian Armacost, un jeune couple heureux qui vit à Washington. Jillian est institutrice et Spencer astronaute, son blouson, ses lunettes noires et sa désinvolture évoquant tour à tour le Tom Cruise de Top Gun et le Dennis Quaid de L’Etoffe des héros. Au cours d’une mission spatiale de routine, Spencer et son collègue Alex Streck sont frappés par une explosion d’origine inconnue. Pendant deux minutes, le contact entre leur navette et la NASA est brutalement interrompu. Les deux hommes rentrent sains et saufs sur Terre, et sont accueillis en héros par les États-Unis.

Mais peu après, Streck meurt dans d’étranges circonstances et son épouse se suicide quelques jours plus tard. Ébranlée par ce double trépas, Jillian accepte de suivre Spencer à New York, où celui-ci a accepté un poste d’ingénieur astronautique. Peu à peu, des détails insolites vont conduire la jeune femme vers un doute croissant : son mari semble avoir changé depuis son retour sur Terre. Sa personnalité, son comportement, son caractère. Tout porte à croire qu’il n’est plus le même. L’inquiétude de Jillian monte d’un cran lorsqu’elle apprend qu’elle est enceinte de son époux, et lorsqu’un ancien employé de la NASA tente d’entrer en contact avec elle pour lui faire d’étonnantes révélations… Plus l’intrigue progresse, plus il semble évident que nous sommes en présence d’une possession extra-terrestre insidieuse, de type « body snatcher ». À moins que tout ceci ne soit une affabulation due à la paranoïa de la jeune héroïne.

Sous l’influence de Polanski

Ce parti pris narratif évoque bien plus Rosemary’s Baby que L’Invasion des profanateurs de sépultures auquel le récit pourrait à priori faire penser. Et les points communs entre le film de Randy Ravich et celui de Roman Polanski sont légion : la sauvagerie avec laquelle l’époux fait l’amour avec sa femme à peine consentante, le doute entretenu sur la nature humaine du fœtus, la disparition mystérieuse du témoin prêt à divulguer des informations cruciales… Même la coupe de cheveux de Charlize Theron ressemble comme deux gouttes d’eau à celle de Mia Farrow. Hélas, nous sommes ici à mille lieues du diabolique chef d’œuvre de Polanski, malgré l’indéniable savoir-faire de Ravich, dont la mise en scène virtuose pare certaines séquences d’un caractère fort angoissant. C’est ici le scénario qui est en cause, incapable de se développer correctement malgré un point de départ pour le moins intriguant. L’intrigue s’essouffle donc progressivement et l’intérêt se relâche, d’autant que le dénouement déçoit par son manque de réalisme et de crédibilité. Les comédiens eux-mêmes assurent le service minimum, Charlize Theron s’efforçant de réitérer sa performance dans L’Associé du diable et Johnny Depp jouant sans panache un antagoniste moyennement crédible. Intrusion passa donc inaperçu et sombra peu à peu dans l’oubli malgré son casting prestigieux.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

LE CORPS ET LE FOUET (1963)

Christopher Lee incarne un homme violent et malsain qui semble revenu d’entre les morts après son assassinat…

LA FRUSTA E IL CORPO

 

1963 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Mario Bava

 

Avec Daliah Lavi, Christopher Lee, Tony Kendall, Ida Galli, Harriet Medin, Gustavo de Nardo, Luciano Pigozzi

 

THEMA FANTÔMES

Pendant les années soixante, Christopher Lee enchaîne les films d’épouvante italiens avec une boulimie qu’explique probablement sa longue traversée du désert en début de carrière. Désormais très sollicité, il ne refuse quasiment aucune proposition et provoque des frissons sur tous les plateaux transalpins qui le réclament. En 1963, Lee retrouve ainsi le réalisateur Mario Bava. Ce dernier avait déjà dirigé le coméfdien britannique dans Hercule contre les vampires, mais il n’avait exploité que sa présence physique en lui confiant le rôle du félon Lico. Le cinéaste italien comprit rapidement que le registre de Lee était beaucoup plus riche, ce qu’il prouva dans Le Corps et le fouet. Lee y trouve l’un de ses rôles les plus troublants, celui du cruel Kurt Menliff, de retour au château familial en plein 19ème siècle. Lorsque la nouvelle épouse de son frère repousse ses avances, il la suit jusque sur la plage et la fouette jusqu’à ce qu’elle perde connaissance. Plus tard, Kurt est retrouvé éventré par un poignard, mort comme la fille de la servante qui se suicida jadis de chagrin à cause de lui. D’autres meurtres s’ensuivent, et la famille finit par se persuader que le mauvais fils est sorti du tombeau…

Le Corps et le fouet est probablement l’un des films les plus somptueux et les plus équivoques de Mario Bava. Si le rythme se fait parfois languissant, surtout dans sa dernière partie, la poésie et la beauté, en revanche, ne défaillent jamais et nimbent en permanence le film d’une aura toute particulière, à travers ses décors magnifiques (en particulier cet impressionnant château médiéval surplombant la plage), sa photographie extrêmement soignée et sa partition musicale très envoûtante, conçue surtout à partir de variantes sur une sonate pour piano. Christopher Lee forme avec la toute belle Daliah Lavi un couple maudit mémorable, dont les relations pour le moins morbides et ambiguës oscillent constamment entre la haine et l’amour, le plaisir et la douleur. A ce titre, la scène de la plage, qui donne au titre tout son sens, s’avère des plus perturbantes.

Les amants maudits

De nombreuses facéties visuelles (apparitions et disparitions de Kurt derrière une fenêtre, main crispée s’approchant de l’héroïne terrorisée, bottes souillées de tourbe égrainant le sol d’empreintes boueuses) évoquent le diptyque L’Effroyable secret du professeur Hichcock et Le Spectre du professeur Hichcock, réalisé pendant la même période par Riccardo Freda. Le dénouement du film de Bava, en forme de coup de théâtre et de révélation finale, clôt Le Corps et le fouet en beauté, alors que les flammes envahissent peu à peu le tombeau de Kurt, fils renié, frère maudit et amant fatal. Christopher Lee joua son rôle en italien mais n’était pas disponible pour se doubler lorsque fut réalisée la version anglaise du film. C’est donc Dan Sturkie qui lui prête sa voix, d’où le trouble que peivent ressentir les spectateurs anglophones habitués au timbre si spécifique de Lee. Pour l’anecdote, la plupart des membres de l’équipe du film furent sommés d’utiliser un pseudonyme pour faire croire que Le Corps et le fouet était une production anglo-saxonne. C’est ainsi que Mario Bava devint John Old, un pseudonyme qu’il réutilisa souvent par la suite.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

TARZAN L’HOMME-SINGE (1981)

Cette relecture des aventures du héros sauvage d’Edgar Rice Burroughs a pour objectif principal la mise en valeur de la plastique de Bo Derek

TARZAN THE APE MAN

 

1981 – USA

 

Réalisé par John Derek

 

Avec Richard Harris, Bo Derek, John Philip Law, Miles O’Keefe, Akushula Selayah, Steve Strong, Maxime Philoe, Leonard Bailey

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I THEMA TARZAN

Dès que le logo de la MGM apparaît et que le traditionnel rugissement du lion est remplacé par le cri de Tarzan, on se doute que cette nouvelle version de Tarzan ne va pas faire dans la finesse. Nous sommes en 1910. A la mort de sa mère, Jane Parker décide de retrouver son père en Afrique, où il s’apprête à partir en quête du fameux cimetière des éléphants. Sous les traits de Richard Harris, Parker est ici un explorateur fou, une espèce de variante caricaturale du Marlon Brando d’Apocalypse Now. Quand on le découvre pour la première fois, il dort sous une tente de fortune, un cabot ébouriffé dans les bras, une indigène alanguie à ses côtés. Puis il s’agite, hurle des jurons, chante pour calmer les éléphants, et surtout joue en roue libre sous la direction d’un John Derek visiblement occupé ailleurs. Car le cinéaste semble surtout intéressé par la mise en valeur des appâts généreux de sa compagne et comédienne principale. Et si Jane Parker lâche quelques répliques pseudo féministes en début de film (« je ne hais pas les hommes, mais je les envie, car j’estime avoir les mêmes droits qu’eux »), c’est pour mieux se prêter l’instant d’après au rôle de la femme-objet. Témoin cette scène d’une superbe gratuité où elle s’ébat totalement nue dans les vagues d’une mer intérieure, plus proche d’une couverture de Playboy que d’un roman d’Edgar Rice Burroughs.

Bientôt surgit sur la plage un lion menaçant, aux accents d’une partition empruntée aux Dents de la mer, avant que n’intervienne enfin Tarzan, autrement dit le débutant Miles O’Keefe, dont le visage d’adolescent affublé d’un bandeau de tennisman s’assortit bizarrement avec un corps de bodybuilder digne d’Arnold Schwarzenegger. La seconde scène de sauvetage, où l’homme-singe arrache Jane des anneaux visqueux d’un anaconda, est sabotée par une surabondance de ralentis et de fondus enchaînés à la fois hideux et interminables. Lorsque Tarzan, épuisé par son combat, s’écroule aux pieds de l’ingénue, celle-ci déclare, le regard coquin, « je n’ai jamais touché d’homme », puis laisse sa main se promener non loin de l’entrejambe de son sauveur ! « Je suis toujours vierge » répètera-t-elle plus tard en mangeant langoureusement une banane devant un Tarzan inexpressif qui finit par se montrer entreprenant et explore bientôt la poitrine de Jane d’une main fébrile.

Jane a la banane

Bo Derek finira le film topless, capturée par des indigènes, longuement savonnée et frictionnée par des autochtones attentionnées, puis enduite de peinture blanche ! Si O’Keefe ne prononce pas un seul mot (même ses cris sont empruntés à Johnny Weissmuller), il eut peut-être mieux valu que la blonde comédienne en fasse autant plutôt que déclamer des répliques tellement stupides qu’elles feraient presque passer celles de Jessica Lange dans King Kong pour du Shakespeare. Et que dire du pauvre John Philip Law, dans le rôle d’un Harry Holt parfaitement inutile ? Bref, à part sa tendance à émoustiller le spectateur mâle friand d’érotisme exotique, le Tarzan des époux Derek vaut surtout pour son humour involontaire, ce que confirme un générique de fin hors concours où Tarzan, Jane et Cheeta semblent s’exercer pour une partie de jambes en l’air à trois !

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article