L’ESCLAVE DE SATAN (1976)

Une jeune femme victime d’un accident est recueillie par un oncle et un cousin qui se livrent à d’étranges rituels…

SATAN’S SLAVE

 

1976 – GB

 

Réalisé par Norman J. Warren

 

Avec Michael Gough, Martin Potter, Barbara Kellermann, Gloria Walker, James Bree, Candace Glendenning

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Habitué jusqu’alors au cinéma érotique, Norman J. Warren amorce avec L’Esclave de Satan sa première incursion dans le film d’horreur. Le résultat, qui laisse quelque peu perplexe, s’efforce maladroitement, mais avec une manifeste envie de bien faire, de marier l’épouvante britannique classique, façon Hammer Films, avec le gore excessif alors très en vogue chez les cinéastes italiens, Lucio Fulci en tête. La séquence d’introduction donne le ton : dans un luxueux manoir, une jeune femme se refuse à un homme aux allures aristocratiques qui ne l’entend pas de cette oreille et se montre particulièrement entreprenant. La mijaurée échappe à son étreinte mais, sur le point de quitter la maison, elle est rattrapée par l’homme, furieux, qui la tue en lui coinçant violemment la tête dans la porte d’entrée ! Le scénario adopte ensuite le point de vue de la jolie Catherine Yorke (Candace Glendenning), invitée avec ses parents à séjourner chez un de ses oncles. A l’issue d’un long trajet en voiture, un accident improbable tue net les parents de Catherine, qui se retrouve aussitôt hébergée par son vieil oncle. Celui-ci, incarné par le charismatique Michael Gough, vit avec son jeune fils Stephen (Martin Potter), qui n’est autre que l’assassin de la première séquence du film.

Passé ce prologue un tant soit peu intrigant, L’Esclave de Satan se refuse à tout développement scénaristique digne de ce nom, révélant dès lors d’incroyables vertus soporifiques. Car il ne s’y passe plus grand chose, les personnages passant le plus clair de leur temps à déambuler dans une campagne anglaise et brumeuse au demeurant fort bien éclairée par le chef opérateur Les Young. Quant à la caractérisation des protagonistes, elle relève carrément du laxisme total. Traumatisée par la mort violente de ses parents et éloignée de son petit ami resté en ville, Catherine n’en tombe pas moins subitement amoureuse d’un cousin pourtant fort peu engageant, au mépris de toute logique.

Le culte du sang

Du coup, le film a beau ne durer que 85 minutes, il semble s’étirer sur trois ou quatre interminables heures. Visiblement conscient du manque de péripéties de son film, Warren le ponctue régulièrement de séquences hallucinatoires plutôt gratinées. Notamment cette sorcière mise à nue, marquée au fer rouge puis brûlée dans la forêt. Ou cette cérémonie sacrificielle mélangeant saphisme et satanisme, avec la suggestion d’une pénétration à l’aide d’un gros crucifix en bois, un égorgement bien saignant et un corps de femme nue envahi par un serpent et de gros insectes ! Le cinéaste se laisse également aller à une accumulation de meurtres sanglants, avec en guise de point culminant une séquence d’œil crevé pour le moins impressionnante, servie par d’étonnants maquillages de Nick Maley. La justification de ces horreurs est l’appartenance de l’oncle et de son fils à un culte obscur, bien décidé à brûler Catherine le jour de ses vingt ans pour ressusciter son ancêtre direct, la sorcière Camilla Yorke. Dénué du moindre second degré, cet Esclave de Satan au titre trompeur se suit donc sans passion ni intérêt, malgré ses écarts sanglants surprenants, son atmosphère lourde et son twist final assez bien amené, qui n’est pas sans évoquer Rosemary’s Baby.

 

© Gilles Penso


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ET SI C’ÉTAIT VRAI… (2005)

Le premier roman de Marc Levy se transforme en ghost story gentillette animée par Reese Witherspoon et Mark Ruffalo…

JUST LIKE HEAVEN

 

2005 – USA

 

Réalisé par Mark Waters

 

Avec Reese Witherspoon, Mark Ruffalo, Donal Logue, Ben Shenkman, Jon Heder, Ivana Millicevic, Rosalind Chao

 

THEMA FANTÔMES

Avant même sa publication et son phénoménal engouement auprès du public en l’an 2000, le premier roman de Marc Levy séduisit fortement les cadres de Dreamworks, bien décidés à en faire un film tout public. Cinq ans plus tard, le gentil conte « Et si c’était vrai… » se mue ainsi en comédie romantique dont le titre original, Just Like Heaven, reprend celui d’une chanson du groupe Cure. Reese Witherspoon incarne Elizabeth, une jeune interne célibataire dévouée corps et biens à son travail et ses patients, qui se retrouve fauchée en pleine nuit par un accident de la route et bascule illico dans l’au-delà. Quelques mois plus tard, David (Mark Ruffalo) s’installe dans l’appartement qu’il vient de louer, prêt à démarrer une nouvelle vie suite au décès de son épouse. Lorsqu’il tombe nez à nez avec Elizabeth, qui lui affirme que cet appartement est le sien, David croit d’abord à un malentendu. Mais les apparitions et disparitions subites d’Elizabeth finissent par le convaincre qu’il a affaire à un fantôme. D’autant que personne, à part lui, ne semble la voir ou l’entendre. Elizabeth met du temps à accepter son état immatériel, mais elle ne s’avoue pas vaincue pour autant. Elle est en effet persuadée que son corps est encore en vie, quelque part en ville. Ses doutes sont justifiés : après l’accident, elle a sombré dans le coma, et repose désormais à l’hôpital, branchée à une myriade d’appareils électriques. Son état étant jugé désespéré, on s’apprête à la débrancher. Elizabeth supplie dès lors David d’empêcher cet acte sans appel. Or ce dernier commence lentement mais sûrement à tomber amoureux du joli spectre.

L’originalité du roman de Marc Levy reposait beaucoup sur la nature de son fantôme, car pour une fois il ne s’agit pas de l’esprit d’un défunt mais plutôt du corps astral d’un être humain en train de dépérir. Dans le texte initial, la jeune fille était immédiatement consciente de son état, déclarant à son colocataire inopiné : « ce que je vais vous dire n’est pas facile à entendre, impossible à admettre, mais si vous voulez bien écouter mon histoire, si vous voulez bien me faire confiance, alors peut-être que vous finirez par me croire et c’est très important car vous êtes, sans le savoir, la seule personne au monde avec qui je puisse partager ce secret. »

Et si c'était mieux ?

Dans le film, elle nie l’évidence, et il lui faut assister à quelques effets spéciaux grossier à la Ghost (elle traverse les murs, les objets et les personnes) pour enfin admettre son immatérialité. Tout le film, hélas, est à l’avenant : ni les décors, ni la photo, ni la musique, ni la direction d’acteur n’offrent la moindre finesse. Mark Ruffalo ne se tire pas si mal d’un rôle pourtant difficile, mais Reese Witherspoon ne parvient pas à se départir de son image de poupée Barbie agaçante. Son personnage ne réussissant ni à nous toucher, ni à nous émouvoir, le ressort principal du récit s’en trouve considérablement enrayé. Le film se saborde définitivement au cours d’un dénouement sirupeux évacuant l’audacieuse fin ouverte imaginée par Marc Levy pour s’acheminer vers un prudent happy end désespérément convenu.

 

© Gilles Penso


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SSSNAKE, LE COBRA (1973)

Un savant fou passionné de reptiles transforme ses assistants en créatures hybrides entre l’homme et le serpent…

SSSSSS !

 

1973 – GB

 

Réalisé par Bernard Kowalski

 

Avec Strother Martin, Dirk Benedict, Heather Menzies, Richard B. Shull, Tim O’Connor, Jack Ging, Kathleen King, Reb Brown

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

Film de monstre résolument atypique signé par Bernard Kowalski (L’Attaque des sangsues géantes, Krakatoa à l’est de Java), Sssnake nous met en présence d’une sorte d’émule du Moreau d’H.G. Wells, le docteur Stoner (Strother Martin), spécialiste des serpents. Persuadé que seuls les reptiles pourront survivre dans une société future, il expérimente sur ses assistants une drogue visant à les muer en cobras royaux aux cerveaux humains, de façon à générer une nouvelle espèce. Son cobaye précédent, un échec, est devenu le pitoyable homme-serpent d’une fête foraine. D’où une séquence éprouvante au cours de laquelle Kristina (Heather Menzies), la fille de Stoner, rencontre dans une foire le fruit pathétique de cette expérience ratée, une malheureuse larve verdâtre dont le regard terriblement humain traduit une tragique affliction. Un moment de terreur malsaine presque digne du Freaks de Tod Browning. Le cobaye suivant, David (Dirk Benedict), est son nouvel assistant. Le savant fou lui inocule tous les jours un peu de son sérum, prétextant un antidote contre les morsures de serpent, et le transforme ainsi progressivement en homme-reptile. Jusqu’à ce que le savant ne découvre avec angoisse que David est le petit ami de sa fille. Et si celle-ci était enceinte… De quoi diable accoucherait-elle ?

Le point de départ de ce scénario fou signé Hal Dresner est des plus fascinants, et le prologue du film est propre à piquer au vif la curiosité du spectateur. Mais l’intrigue se développe ensuite lentement, si lentement qu’on finit par s’y ennuyer ferme. C’est d’autant plus dommage que Sssnake met en scène une quantité impressionnante de vrais serpents en permanence en contact étroit avec les personnages. Un carton pré-générique salue d’ailleurs la performance des comédiens et des techniciens en contact quotidien avec cette multitude rampante. Mais certaines scènes, en particulier la mort d’un cobra tué d’une balle dans la tête, ou le combat d’un serpent contre une mangouste, laissent craindre les traitements douteux qu’ont dû subir certains des reptiles sur le tournage. Strother Martin, parfait dans le rôle de ce savant fou aux apparences si bienveillantes, est le seul comédien du film capable de véritablement tirer son épingle du jeu, à l’exception peut-être de Richard B. Shull. La joute verbale de ces deux antagonistes, au cours de la première séquence, est un petit régal. On ne peut pas en dire autant de Dirk Benedict et Heather Menzies, terriblement inexpressifs.

L’horrible métamorphose

Le scénario, bizarrement construit, n’a même pas su profiter d’éléments prometteurs mis en place au fil de l’intrigue, comme la forte myopie de l’héroïne ou la maladresse au tir de l’adjoint au shérif. Ces idées narratives auraient pu amplifier le suspense final mais ne jouent finalement aucun rôle. Le maquillage de l’homme-serpent, dû à John Chambers (La Planète des singes), est une grande réussite, subtilement mis en valeur par un dévoilement progressif. La peau s’altère, le visage s’aplatit, l’épiderme prend une teinte verdâtre puis se recouvre d’écailles… Hélas, l’efficacité de cet effet est entravée par la transformation finale réalisée par le biais de fondus enchaînés successifs, comme à l’époque des vieux films de loups-garous du studio Universal. Reste un final paroxystique pour le moins angoissant qui s’appuie sur l’étape finale de la métamorphose de David. Pour l’anecdote, Sssnake marque la première apparition à l’écran de Reb Brown, futur héros de Yor le chasseur du futur et Captain America. Il s’agit également de la première production du duo Richard Zanuck/David Brown, qui toucheront le jackpot deux ans plus tard avec Les Dents de la mer.

 

© Gilles Penso


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FRANKENSTEIN CONQUIERT LE MONDE (1965)

Le créateur de Godzilla met en scène un monstre de Frankenstein aussi grand que King Kong dans cette variante délirante du mythe de Mary Shelley…

FURAKENSHUTAÏN TAÏ BARAGON

 

1965 – JAPON

 

Réalisé par Inoshiro Honda

 

Avec Nick Adams, Tadao Takashima, Kumi Mizuno, Susumu Fujita, Yoshibumi Tajima, Takashi Shimura, Yoshio Tsuchiya

 

THEMA FRANKENSTEIN I DINOSAURES

Dès 1928, Willis O’Brien, futur créateur des géniaux effets spéciaux de King Kong, imagina un monstre de Frankenstein de quinze mètres de haut, avant même que James Whale ne réalise sa légendaire version du roman de Mary Shelley. Incapable de financer le projet, il conçut quelques années plus tard un autre concept alléchant baptisé Frankenstein contre King Kong. Hélas, le peu scrupuleux producteur John Beck lui vola l’idée et la vendit au studio japonais Toho, qui s’en inspira pour deux films fort dissemblables : le très maladroit King Kong contre Godzilla et cet inénarrable Frankenstein conquiert le monde dont le scénario ne recule devant aucune excentricité. Expédiée d’Allemagne nazie vers Hiroshima, une boîte contient le cœur du défunt monstre de Frankenstein. Sous l’effet des radiations de la bombe américaine, le cœur se régénère sous la forme d’un organisme complet. Vingt ans plus tard, on découvre un jeune garçon étrange à Hiroshima.

« Étrange » est à vrai dire un doux euphémisme, car son visage a les traits de Boris Karloff dans le premier Frankenstein ! Le docteur James Bowen (Nick Adams, caution occidentale du film destinée à assurer sa distribution internationale) examine le garçon et constate que sa croissance s’accélère subitement. Bowen, qui a sans doute vu le film de James Whale, est persuadé que le garçon est une mutation du monstre de Frankenstein. Gardé en cage, le garçon se coupe une main. Si celle-ci continue à vivre et se régénère sous forme d’un tout nouveau corps, Bowen aura la preuve qu’il cherche. Devenu géant, le garçon se libère de ses chaînes lorsque des reporters l’irritent, puis prend la fuite dans la montagne où il terrorise des fermiers pas du tout préparés à un tel spectacle. Un séisme réveille alors Baragon, une sorte de dinosaure cornu qui attaque les villageois et menace Bowen…

L’attaque du dinosaure cornu

Cette variation très surprenante sur l’œuvre de Mary Shelley s’appuie sur le traumatisme de la bombe atomique, comme bon nombre de films de monstres nippons produits par la Toho, mais le réalisateur Inoshiro Honda et le créateur d’effets spéciaux Eiji Tsuburaya semblent surtout avoir trouvé là un bon prétexte pour rendre un nouvel hommage à King Kong, film culte qui leur inspira onze ans plus tôt le tout premier Godzilla. Les références au chef d’œuvre de Schoedsack et Cooper ne manquent pas, du monstre qui s’échappe après avoir été énervé par le flash des photographes jusqu’à ses déambulations au milieu des buildings d’une ville paniquée… Le maquillage karloffien du monstre est assez convaincant, tout comme les trucages optiques visualisant son gigantisme, malgré quelques transparences et maquettes un peu douteuses. On ne peut pas en dire autant de Baragon, ridicule dinosaure caoutchouteux affublé d’une corne lumineuse qui clignote, d’oreilles flottantes et d’écailles hérissées sur son dos. Sous cette défroque pseudo-reptilienne sue à grosses gouttes le cascadeur Haruo Nakajima. Après avoir affronté Baragon, notre gentil monstre doit encore lutter contre une pieuvre géante bien plus réussie – réminiscence de King Kong contre Godzilla – qui, comble de l’injustice, l’entraîne avec elle au fond des océans. Cette dernière séquence sera coupée dans la version américaine, titrée avec emphase Frankenstein Conquers the World (ce qui inspirera le titre francophone du film).

 

© Gilles Penso


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GHOST IN THE MACHINE (1993)

La réalisatrice de La Fin de Freddy met en scène l’héroïne des Aventuriers de l’arche perdue face à un tueur surnaturel insaisissable…

GHOST IN THE MACHINE

 

1993 – USA

 

Réalisé par Rachel Talalay

 

Avec Karen Allen, Chris Mulkey, Ted Marcoux, Wil Horneff, Jessica Walter, Brandon Quintin Adams, Rick Ducommun, Nancy Fish

 

THEMA TUEURS I OBJETS VIVANTS

De Rachel Talalay, on ne savait trop quoi penser. Son travail de productrice et d’assistante-réalisatrice l’avait transportée avec succès dans les univers de John Waters (Hairspray, Polyester, Cry Baby), Jack Sholder (Dément) ou Roger Corman (Androïde, Space Raiders). Elle se fit aussi les dents sur la saga Freddy Krueger en assurant la direction de production des Griffes de la nuit et de La Revanche de Freddy, puis la production exécutive de Freddy 3 et Le Cauchemar de Freddy. Prête à passer à la mise en scène, elle fit logiquement son galop d’essai avec le tueur d’Elm Street mais on ne peut pas dire que sa Fin de Freddy ait été très convaincante, malgré un indiscutable savoir-faire technique. Sans doute lui fallait-il un sujet plus original, plus propice à l’épanouissement de son style et de sa personnalité. Toujours attirée par le fantastique et l’épouvante, elle opte donc pour Ghost in the Machine, un cocktail d’horreur et de science-fiction imaginé par William Davies et William Osborne (qui écrivirent notamment Jumeaux, Arrête ou ma mère va tirer et L’Affaire Karen McCoy).

Karl Hochman (Ted Marcoux), psychopathe introverti et petit génie de l’informatique, est un tueur en série. Pour commettre ses meurtres, il opte pour une méthode méticuleuse et effrayante : voler l’agenda de ses proies puis les massacrer ainsi que toutes leurs relations. Or Terry Munroe (Karen Allen), une jeune femme qui élève seule son fils Josh (Will Horneff), oublie son agenda dans le magasin d’informatique où travaille Karl. Alors qu’il se rend chez Terry pour la tuer, ce dernier est victime d’un grave accident de voiture. On le transporte donc d’urgence à l’hôpital pour lui faire passer un scanner. Mais la foudre tombe sur les lignes électriques, provoquant un gigantesque court-circuit. Aussitôt, le choc projette l’esprit de Karl dans l’ordinateur relié au scanner, lequel est connecté au plus grand réseau informatique des États-Unis…

Le monstre dans la machine

L’idée d’un tueur en série massacrant machinalement toutes les personnes inscrites sur le même agenda a quelque chose de très inquiétant, ce qui permet au film de Rachel Talalay de susciter de très efficaces frissons dans sa première partie. Mais dès que l’histoire vire à la science-fiction fantaisiste, avec un petit air de Shoker ou même du Cobaye, le spectateur n’est plus du tout convaincu. Et l’on croit d’autant moins à ce postulat de science-fiction que le prologue a été traité avec réalisme, en particulier grâce au jeu naturaliste de Karen Allen et Wil Horneff dont les relations mère-fils échappent aux stéréotypes. Il faut dire que les images de synthèse, éléments à priori déterminants du film, ne sont ni particulièrement soignées, ni correctement incrustées. Pour autant, la réalisatrice parvient à construire quelques beaux moments de suspense, comme cette scène où un homme est attaqué par un four à micro-onde, ce qui nous évoque un passage du Démon dans l’île ; ou mieux encore : au moment de la mort d’un homme testant la sécurité d’une voiture en laboratoire, une mort sans cesse différée qui survient là où on l’attend le moins. Les nerfs des spectateurs y sont soumis à rude épreuve et Rachel Talalay s’amuse visiblement beaucoup, anticipant sur les mécanismes d’épouvante de la saga Destination finale. Mais il faut avouer que ce sont les seuls éléments relativement palpitants du film.

 

© Gilles Penso


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L’INCROYABLE HOMME INVISIBLE (1960)

Le vétéran Edgar G. Ulmer revisite le thème classique de l’invisibilité en mêlant la science-fiction, l’épouvante, le film noir et l’espionnage

THE AMAZING TRANSPARENT MAN

 

1960 – USA

 

Réalisé par Edgar G. Ulmer

 

Avec Marguerite Chapman, Douglas Kennedy, James Griffith, Ivan Triesault, Boyd Morgan, Carmel Daniel, Edward Erwin

 

THEMA HOMMES INVISIBLES

Âgé de presque soixante ans, le très prolifique Edgar G. Ulmer se laissa influencer par les romans d’HG Wells au début des années 60. Ainsi, tandis que Le Voyageur de l’espace ait brodé autour du thème de « La Machine à explorer le temps », L’Incroyable homme invisible, réalisé la même année, s’inspire de « l’autre » grand classique du romancier. Mais il faut avouer que le scénario ne présente que peu de rapports avec les mésaventures de Jack Griffin. L’Incroyable homme invisible mêle ainsi les figures imposées du film noir avec ceux de la science-fiction et de l’épouvante – trois genres avec lesquels Ulmer est familier – tout en y adjoignant un soupçon d’espionnage. Évadé de prison avec l’aide d’une jeune femme mystérieuse prénommée Laura (Marguerite Chapman), Joey Faust (Douglas Kennedy), spécialiste des coffres forts, est conduit dans le laboratoire secret du professeur Ulof (Ivan Triesault). Inventeur d’un procédé scientifique révolutionnaire portant sur l’invisibilité, Ulof décrit ainsi sa découverte : « Ce rayon neutralise tous les tissus et os du corps. Cette machine utilise les rayons alpha bêta, oméga et ultraviolets en les combinant pour obtenir de meilleurs effets. » Comprenne qui pourra.

La première démonstration se fait sur un cochon d’inde. Il disparaît, non via un simple fondu enchaîné, mais grâce à un subtil trucage d’animation d’Howard A. Anderson qui montre d’abord son squelette noirci avant la dissolution complète. Malgré ses tout petits moyens, le film se place donc en rupture visuelle des effets de John P. Fulton sur L’Homme invisible de James Whale et annonce mine de rien les effets numériques de L’Homme sans ombre. Ancien docteur au service des nazis, Ulof se voit désormais contraint d’agir sous les ordres du major Krenner (James Griffith), car ce dernier a kidnappé sa fille pour faire pression sur lui. Brutal et sans détour, le major annonce ses projets, dignes d’un serial des années 30 : « mon but est de créer toute une armée d’hommes invisibles ». Faust sera le précurseur de cette armée, et on teste sur lui le puissant rayon X-13.

« Et vous, que feriez-vous ? »

Désormais « transparent » (comme l’indique un titre original assez imagé), l’ex-cambrioleur reprend du service et vole des produits appartenant à l’armée. Dans ce cas, les trucages sont des plus sommaires : des objets bougent tous seuls (suspendus par des fils invisibles) et des acteurs se battent dans le vide. Bizarrement, la police ne s’étonne pas outre mesure que cet homme puisse se rendre invisible, arguant simplement : « il a dû prendre du X-13 » ! A vrai dire, L’Incroyable homme invisible est un film plutôt cheap, qui accuse son budget minuscule, économisant les lieux et les comédiens, durant moins d’une heure, et se permettant quelques raccourcis hasardeux comme ce stock-shot qui montre la destruction d’un bâtiment n’ayant aucun rapport avec la maison censée exploser ! L’ensemble demeure malgré tout fort divertissant, notamment grâce à ses solides comédiens, et s’achève sur une mise en garde liée à la création d’un service d’espionnage utilisant la découverte de l’invisibilité. Et de conclure sur une question éthique posée directement au spectateur : « et vous, que feriez-vous ? »

 

© Gilles Penso


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NECRONOMICON (1993)

Trois réalisateurs de nationalités et d’univers différents s’emparent des récits de H.P. Lovecraft pour un film à sketches de haute tenue…

NECRONOMICON

 

1993 – USA

 

Réalisé par Christophe Gans, Shusuke Kaneko et Brian Yuzna

 

Avec Jeffrey Combs, Bruce Payne, Richard Lynch, Maria Ford, David Warner, Belinda Bauer, Juan Fernandez

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I MÉDECINE EN FOLIE I VAMPIRES I LOVECRAFT

Avec les deux Re-Animator, From Beyond et Necronomicon, l’attirance de Brian Yuzna pour les écrits d’H.P. Lovecraft finit par évoquer celle de Roger Corman pour Edgar Poe dans les années 60. L’analogie n’est pas totalement incongrue, d’autant que le prolifique producteur/réalisateur se replongera dans les ambiances lovecraftiennes à l’occasion de Dagon et Beyond Re-Animator. Et si Corman avait choisi le visage de Vincent Price pour incarner toutes les phobies et les obsessions de Poe, Yuzna opte pour Jeffrey Combs qui devient la figure centrale d’une saga certes moins prestigieuse mais tout autant fascinante. Après avoir incarné le réanimateur Herbert West et le professeur Crawford Tillinghast, Combs incarne rien moins que Lovecraft lui-même, sous un maquillage qui le rend quasiment méconnaissable. L’écrivain de Providence est donc le premier protagoniste de Necronomicon, s’infiltrant dans les sous-sols de la bibliothèque d’un monastère renfermant le légendaire ouvrage maudit qui donne son titre au film. En feuilletant les pages du livre redoutable, Lovecraft matérialise dans son esprit trois histoires. C’est l’occasion pour Yuzna de s’entourer de deux autres réalisateurs aux sensibilités exacerbés et aux styles très marqués : le Français Christophe Gans, qui effectue là ses premiers pas derrière la caméra, et le Japonais Shusuke Kaneko (déjà signataire pour sa part d’une quinzaine de films).

Pour l’une de ses adaptations d’Edgar Poe, L’Empire de la terreur, Roger Corman s’était essayé à l’exercice du film à sketches, et il est difficile de ne pas penser à lui lorsqu’on découvre la première histoire de Necronomicon, « The Drowned », qui s’imprègne des obsessions de Lovecraft pour bâtir une histoire originale. Edward De Lapoer (Bruce Payne) hérite d’une vieille demeure perchée sur une falaise de Nouvelle-Angleterre. Son oncle s’y est suicidé après la mort accidentelle de sa femme et son fils. En voulant jouer les apprentis-sorciers, notre homme va réveiller des forces qui le dépassent et semer le chaos. Superbement photographié, ce segment empreint de poésie macabre évoque tour à tour La Chute de la maison Usher, le sketch « Morella » de L’Empire de la terreur et La Malédiction d’Arkham, mais il possède sa propre personnalité et laisse déjà entrevoir le talent de Christophe Gans, fondateur du célèbre magazine « Starfix » démarrant là une carrière de cinéaste pleine de promesses.

Les horreurs indicibles

Le second sketch, « The Cold », adapte avec certaines libertés la nouvelle « Air froid ». Le docteur Madden (David Warner) y assassine des gens pour extraire leur fluide vital et prolonger son existence. Cobaye de ses propres expériences, il finit par ne plus supporter la lumière du jour et la chaleur. D’où l’atmosphère glaciale dans laquelle il s’isole. Réalisé par Kaneko, ce segment est plus nerveux mais aussi moins fluide que le premier. Ses rebondissements et sa chute étant prévisibles, il nous convainc moins. Edgar Poe nous revient une nouvelle fois à l’esprit, notamment la nouvelle « L’étrange cas de monsieur Waldemar » qu’évoque le dénouement spectaculairement gore de ce second sketch. La violence monte encore d’un cran avec « Whispers », le segment réalisé par Brian Yuzna, dans lequel une policière à la recherche de son coéquipier (Signy Coleman) plonge dans un cauchemar sans issue. Poisseux, oppressant, cet ultime sketch finit par souffrir de sa propre surenchère d’horreur et de noirceur qui crée à la longue une distance avec les spectateurs. Inégal, Necronomicon n’en demeure pas moins une très heureuse initiative qui fit son petit effet lors de la toute première édition du festival du film fantastique de Gérardmer.

 

© Gilles Penso

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ROBOT WARS (1993)

Une production Charles Band à tout petit budget où deux robots géants s’affrontent dans un monde futuriste…

ROBOT WARS

 

1993 – USA

 

Réalisé par Albert Band

 

Avec Don Michael, Barbara Crampton, James Staley, Lisa Rinna, Danny Okumoto, J. Downing, Peter Haskell, Sam Scarber

 

THEMA ROBOTS I FUTUR I SAGA CHARLES BAND

Dans la foulée de Robot Jox et Synthoid 2030, le producteur Charles Band se dit que le filon des robots géants n’est peut-être pas encore totalement épuisé et mérite sans doute un opus supplémentaire. Il se lance donc dans Robot Wars qu’il ne peut pas réaliser lui-même, faute de temps, et confie donc à son père Albert Band. Le film se donne d’emblée des allures de superproduction, avec un générique de plus de trois minutes qui défile sur des gros plans de cuirasses robotiques, aux accents d’une musique pompeuse au synthétiseur de David Arkenstone s’efforçant d’imiter un grand orchestre symphonique. Le ton est donné, et le décalage entre les ambitions et les moyens s’annonce cruel. Rédigé par Jackson Barr (Future Cop 2, Subspecies), le scénario nous projette en 2041. Après une guerre entre les États-Unis et l’Asie, le général Wa-Lee, un dignitaire asiatique peu scrupuleux, s’empare du dernier modèle de robot géant le MRAS-2. Avec cette arme absolue, il menace les habitants de l’alliance de l’Est. Une seule force est capable de l’arrêter : le robot MEGA 1, qui est abandonné dans un souterrain et qu’il faut réactiver. Une équipe formée d’un pilote mercenaire (Don Michael Paul), d’un mécanicien rigolo (James Staley) et d’une brillante archéologue (Barbara Crampton, beaucoup plus habillée que dans Re-Animator et From Beyond) est chargée de rétablir la paix par la force. Une lutte titanesque s’engage alors entre les deux robots géants.

Prometteur, n’est-ce pas ? Mais comme on s’en doute, le seul véritable intérêt de cette production Full Moon est le travail de David Allen, chargé de donner vie aux robots du film. Le MRAS-2 est une machine aux allures de scorpion géant dont les mouvements, la forme du cockpit et même les effets sonores sont directement inspirés par les At-At de L’Empire contre-attaque. Cette belle bête est animée en stop-motion dans des plans tous très réussis quoiqu’un peu répétitifs. Le MEGA 1, de son côté, a une forme plus humanoïde, ou plutôt simiesque. Ses longs bras, ses jambes courtes et son torse en V lui donnent en effet les allures d’un gorille. « Nous avons modifié légèrement le look du robot de Crash and Burn afin de le réutiliser dans ce film », nous révélait David Allen (1). Une tête a en effet été ajoutée au modèle initial, qui n’était animé que de manière mécanique, et très furtivement dans le film précédent de Charles Band. Ici, il a plutôt fière allure dans la poignée de plans en stop-motion où il apparaît. « C’était une sorte de Robot Jox à petit budget », reprend Allen à propos de Robot Wars. « Mais ce n’est pas un film très intéressant. Et le plan final de l’explosion du robot, réalisé par le département des effets optiques, est très décevant. » (2)

Robot-scorpion contre robot-gorille

Il faut bien reconnaître qu’entre deux séquences mettant en scène les deux colosses mécaniques, on s’ennuie ferme dans Robot Wars. Même les batailles à base de pistolets laser manquent de punch. Mal montées, mal chorégraphiées, pas crédibles pour un sou, elles tombent à l’eau. Il faut dire que les acteurs n’y mettent pas vraiment du leur, surtout Don Michael, insupportable de cris exaltés et de gesticulations permanentes dans son rôle de macho arrogant dont s’éprend une Barbara Crampton qu’on a connu plus farouche. Pour que le spectateur n’ait pas trop à se creuser les méninges, on lui facilite la tâche en identifiant clairement les méchants : ils ont des capuches et des lunettes noires. On ne peut s’empêcher au passage d’appréhender avec une certaine perplexité ce scénario manichéen exhalant un racisme anti-asiatique patent. Le super-vilain n’a pas plus de crédibilité que dans une bande dessinée, mais tout de même. De toutes façons, rien n’est à prendre au sérieux ici, comme le confirme ce clin d’œil potache dans une ville désaffectée visitée par un groupe de touristes où un cinéma affiche Puppet Master 54 ! Robot Wars reste mieux fagoté et un peu plus intéressant que Synthoid 2030, nous offrant un très sympathique combat final tout à fait digne de ceux de Robot Jox. C’est toujours ça de pris.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso

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ILSA, LA TIGRESSE DU GOULAG (1977)

Dans cette troisième aventure sanglante et débridée, la blonde tortionnaire incarnée par Dyanne Thorne sévit dans la Sibérie des années 50…

ILSA, TIGRESS OF SIBERIA

 

1977 – CANADA

 

Réalisé par Jean Lafleur

 

Avec Dyanne Thorne, Michel-René Labelle, Gilbert Beaumont, Jean-Guy Latour, Ray Landry, Terry Haig, Jacques Morin

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA ILSA

Après avoir été assassinée dans les années 40 à la fin d’Ilsa, la louve des SS, puis s’être retrouvée enfermée dans les geôles d’un palais arabe au beau milieu des seventies dans Ilsa, gardienne de harem, la blonde tortionnaire est de retour dans Ilsa la tigresse du goulag où elle mène la vie dure aux prisonniers politiques dans la Sibérie de 1953. On le voit, la logique et le sens de la chronologie n’ont pas droit de cité dans cette série bizarre qui s’évertue à mêler érotisme et horreur en un douteux mixage contre-nature. Cette fois-ci, la mise en scène a été reprise par Jean Lafleur, ancien collaborateur de David Cronenberg, et il faut bien avouer que ce troisième épisode, toujours produit par la compagnie canadienne Cinepix, n’y a gagné ni en rythme, ni en inventivité. La première partie du film nous plonge en terrain connu. La maléfique Ilsa dirige désormais un goulag, où la torture punitive est quotidiennement pratiquée. C’est donc reparti pour un festival d’atrocités, cette fois-ci réservées uniquement aux mâles, contrairement aux deux épisodes précédents dans lesquels c’est majoritairement la gent féminine qui passait un mauvais quart d’heure.

À défaut d’être subtils, les effets spéciaux s’avèrent efficaces et bien saignants : bras de fer dont le perdant a le poignet tranché par une tronçonneuse, victimes jetées vivantes dans la gueule d’un tigre affamé, prisonnier évadé à la tête transpercée par une lance puis fracassée par une masse, rebelle noyé dans l’eau glacée… Un beau jour, on apprend la mort de Staline et l’arrivée imminente d’un général opposé au régime. Le goulag est donc mis à feu et à sang et les tortionnaires s’enfuient. Le film semble terminé, mais nous ne sommes qu’à une quarantaine de minutes de métrage, ce qui est tout de même un peu court. L’action se transporte alors à Montréal en 1977. Ilsa y poursuit des activités criminelles, sous la couverture officielle d’une maison close, et n’a pas perdu la main côté libido. En effet, chaque soir, elle choisit deux hommes parmi ses collaborateurs patibulaires et passe une nuit fort agitée avec eux.

Tortures high-tech

Modernisation oblige, la « super-vilaine » emploie désormais des moyens high-tech pour torturer ses victimes, notamment un ordinateur capable de déceler les phobies des gens pour pouvoir ensuite les plonger dans un monde virtuel où ils se croient victimes desdites phobies. Ainsi, une jeune donzelle soumise à cette machine mine de rien très avant-gardiste se voit elle envahie de serpents et de lézards en tous genres, les reptiles étant ce qu’elle redoute le plus au monde. Lorsque vient le tour du héros, ancien prisonnier du goulag du début y ayant échappé par miracle, la phobie révélée est tout autre : il ne craint  qu’une seule chose, la castration ! Une fois de plus, tout s’achève par une fusillade générale, provoquée par un commando influencé à nouveau par les James Bond, tandis qu’Ilsa se retrouve abandonnée au beau milieu d’un désert de glace, la jambe cassée, et obligée de faire brûler tout l’argent qu’elle a extorqué pour pouvoir se réchauffer. Ce sera l’avant-dernière aventure d’une super-vilaine prompte à flatter les instincts les plus bas du public des années 70.

 

© Gilles Penso

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ROBOCOP 3 (1993)

Un troisième opus aseptisé qui annihile toute violence et toute satire au profit d’une aventure très anecdotique…

ROBOCOP 3

 

1993 – USA

 

Réalisé par Fred Dekker

 

Avec Robert Burke, Mario Machado, Remy Ryan, Jodi Long, John Posey, Rip Torn, Mako, John Castle, CCH Pounder, Jill Hennessy

 

THEMA ROBOTS I FUTUR I SAGA ROBOCOP

Le personnage de Robocop s’étant peu à peu mué en franchise pour le studio Orion, Fred Dekker et Frank Miller se lancent dans l’écriture d’une seconde séquelle du film de Paul Verhoeven visant à mettre de nouveaux obstacles dans les pattes du policier cyborg. La multinationale OCP, rachetée par un groupe japonais, veut toujours construire Delta City sur les ruines du vieux Detroit. OCP a l’argent, le pouvoir mais très peu de temps pour mettre son plan à exécution. Un commando vide donc le quartier à la manière forte. Un groupe d’habitants résiste malgré tout, mené par la vénérable Bertha (CCH Pounder) et aidé par Nikko (Remy Ryan), petite génie de l’informatique dont les parents ont été expulsés et déportés. Leur action risque de faire échouer OCP, qui décide alors de reprogrammer Robocop pour qu’il chasse les rebelles. Mais le docteur Lazarus (Jill Hennessy), chargée de l’entretien de Robocop, refuse d’effacer la mémoire d’Alex Murphy, l’homme qu’il était avant de devenir un cyborg. Grâce à ses souvenirs d’être humain, Robocop se retourne donc contre l’OCP pour aider les habitants de Detroit.

Le second Robocop n’apportait déjà pas grand-chose au personnage imaginé par Edward Neumeier et Michael Miner, mais Irvin Kershner s’était au moins attaché à respecter l’esprit cynique du film original. Il en résultait un épisode plein de folie et de fureur, débordant de morceaux d’anthologie et ne reculant jamais devant les effusions de sang et les salves d’humour noir. En ce sens, l’esprit du premier Robocop était préservé. Fred Dekker, pour sa part, édulcore tellement le potentiel du sujet et fait tant régresser son protagoniste que le résultat fait peine à voir. La satire, la violence et l’intensité des deux premiers Robocop s’est ici évanouie au profit d’une aventure infantilisante dans laquelle Alex Murphy fait office de super-héros déshumanisé et triomphant. Nouvel interprète de Murphy après le départ de Peter Weller, Robert Burke mime avec un talent étonnant la gestuelle robotique et présente de troublantes ressemblances physiques avec son prédécesseur (ce qui motiva bien sûr son embauche), mais il s’avère incapable d’insuffler à son personnage une véritable humanité.

Terminator contre Transformers

Les facilités scénaristiques abondent sans vergogne (la petite fille qui possède des connaissances informatiques parfaitement invraisemblables) et même les faux spots publicitaires – marque de fabrique de la série – ont perdu tout leur piquant. L’impressionnant Ed-209 en est réduit à une minuscule apparition en guest-star, laissant la vedette à une série d’automates japonais à figure humaine très inspirés par Terminator (ils possèdent d’ailleurs la même vision rouge). Au cours du final, Robocop se mue en véritable Transformer. Soucieux de s’attirer les faveurs du tout jeune public et des fabricants de jouets, Frank Miller imagine ainsi un réacteur dorsal permettant au cyborg de s’envoler comme Superman, et Fred Dekker un bras-canon capable de tirer des balles, des flammes ou des roquettes. Très peu sollicité par cet opus, le génie des effets spéciaux Phil Tippett – qui fut maître d’œuvre des trucages de Robocop et Robocop 2 – est cependant appelé à la rescousse à la dernière minute pour animer des plans du héros qui vole dans l’espoir de dynamiser le climax. « Les gros plans de cette séquence avaient été obtenus avec un cascadeur filmé sur fond bleu, mais les projections tests ont révélé des réactions négatives face à ces plans », explique-t-il. « Les gens trouvaient ça trop statique. J’ai donc dû refaire la plupart d’entre eux en animation. Mais le budget alloué par Orion était très faible sur Robocop 3. Tout a donc été minimisé sur cette deuxième séquelle. Je ne suis pas allé sur le tournage et je n’ai même pas rencontré le réalisateur Fred Dekker ! » (1) Rien ne va donc plus dans ce troisième Robocop, qui sera le dernier film de la série, avant que le personnage ne poursuive ses exploits sur le petit écran.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso

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