QU’EST-IL ARRIVÉ AU BÉBÉ DE ROSEMARY ? (1976)

Peu de gens se souviennent que Rosemary’s Baby eut droit à une séquelle télévisée officielle au milieu des années 70…

LOOK WHAT’S HAPPENED TO ROSEMARY’S BABY / ROSEMARY’S BABY PART II

 

1976 – USA

 

Réalisé par Sam O’Steen

 

Avec Patty Duke, George Maharis, Ruth Gordon, Ray Milland, Stephen McHattie, Broderick Crawford, Lloyd Haynes, David Huffman

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

L’impact de Rosemary’s Baby reposait sur une alchimie difficile – voire impossible – à retrouver : un roman choc, un cinéaste surdoué, des comédiens en état de grâce… Désireux malgré tout de capitaliser d’une manière ou d’une autre sur le classique de 1968, le studio Paramount se lance dans une séquelle tardive destinée directement au petit écran. Pas question de demander à Roman Polanski – ni à n’importe quel cinéaste de renom – de s’embarquer dans une telle aventure. C’est donc Sam O’Steen, monteur talentueux (Qui a peur de Virginia Woolf, Le Lauréat et justement Rosemary’s Baby) qui hérite du bébé. O’Steen n’en est pas à son coup d’essai derrière la caméra, avec une poignée de téléfilms à son actif, mais il n’est visiblement pas à la hauteur d’une telle mission. Le casting est à l’avenant, remplaçant Mia Farrow et John Cassavetes par Patty Duke et George Maharis, deux grands habitués des séries TV qui n’ont hélas pas l’once du charisme de leurs prédécesseurs. Quant au scénario, il est signé Anthony Wilson, dont la filmographie disparate compte des épisodes de Bonanza, La Quatrième dimension, Voyage au fond des mers, La Famille Addams, Ma sorcière bien aimée, Le Fugitif, Les Envahisseurs ou La Planète des singes.

Lorsque le film commence, Adrian, le bébé de Rosemary Woodhouse, est âgé de huit ans. Traqués par les membres de la secte d’adorateurs du diable qui orchestrèrent la naissance de l’enfant, la mère et son fils trouvent refuge dans une synagogue, mais des phénomènes surnaturels se mettent soudain à affecter les fidèles du lieu saint. Guy Woodhouse, de son côté, est désormais un acteur de cinéma très populaire. Toujours en contact avec le couple Castevet (les « gentils » voisins qui ne jurent que par Satan), il apprend la fuite de Rosemary et Adrian. Ces derniers sont momentanément hébergés par une prostituée dans sa caravane… Mais le Malin réussit à enlever le jeune garçon, éloignant de lui Rosemary en l’emmenant dans un bus démoniaque qui se conduit tout seul. Des années plus tard, Adrian est devenu un jeune homme, mais il semble possédé. Pourra-t-on lui faire retrouver son âme ?

Un fils pour le diable

Comme on pouvait le craindre, cette séquelle est autant inutile qu’injustifiée. Inutile, car la fin de Rosemary’s Baby, tout en suggestion, laissait une empreinte quasi-indélébile dans l’esprit des spectateurs troublés et n’appelait aucune suite. Injustifiée, dans la mesure où les indices donnés dans le film original empêchaient de concevoir le bébé de Rosemary comme un mignon petit garçon très équilibré que Satan se voit obligé de capturer pour lui faire gagner sa cause. Quant à la possession supposée d’Adrian devenu adulte et les efforts pour chasser le démon de son esprit, ce ne sont à l’évidence que des tentatives – fréquentes à l’époque – de récupérer le succès remporté par L’Exorciste. Pour couronner le tout, la mise en scène de Sam O’Steen collectionne les temps morts, malgré l’intention manifeste de créer un sentiment de malaise et de paranoïa. Seule scène à sauver du naufrage : celle du car fantôme qui emporte Rosemary vers des limbes inconnues, angoissante et adroitement menée. Mais une scène intéressante pour un film tout entier, c’est très court. Qu’est-il arrivé au bébé de Rosemary fut diffusé une première fois sur ABC, le 29 octobre 1976, puis un peu plus tard dans le reste du monde, avant de sombrer dans un oubli quasi complet. Vingt ans plus tard, Ira Levin écrira lui-même la suite de son roman, « Le Fils de Rosemary », qui présentera quelques similitudes avec le scénario d’Anthony Wilson tout en développant un récit très différent.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

POSEIDON (2006)

Wolfgang Petersen signe le remake réussi d’un des plus célèbres films catastrophe des années 70

POSEIDON

 

2006 – USA

 

Réalisé par Wolfgang Petersen

 

Avec Josh Lucas, Kurt Russell, Jacinda Barrett, Richard Dreyfuss, Jimmy Bennett, Emmy Rossum, Mike Vogel, Mia Maestro

 

THEMA CATASTROPHES

Au début des années 2000, suivant la vogue des remakes fleurissant partout sur les écrans hollywoodiens, les studios Warner ont senti le fort potentiel commercial et artistique d’une nouvelle version de L’Aventure du Poséidon. Et c’est à Wolfgang Petersen qu’échut la lourde tâche de succéder à Ronald Neame. Un choix qui semble évident lorsque l’on sait que ce vétéran du cinéma d’action s’est déjà frotté par deux fois aux navires en perdition, à l’occasion de Das Boot et En pleine tempête. En guise de prologue, un magnifique plan-séquence nous fait découvrir le fier paquebot sillonnant l’océan Atlantique, une acrobatique caméra aérienne le dévoilant sous toutes ses coutures aux accents de l’emphatique partition de Klaus Badelt. Poséidon respecte la trame narrative de son modèle, tout en proposant aux spectateurs de s’attacher à de nouveaux protagonistes. Au lieu de multiplier les stars (qui s’alignaient avec opulence sous forme de vignettes sur les posters des films catastrophes des années 70), le casting ne s’octroie que deux têtes d’affiches (l’impérial Kurt Russell et le savoureux Richard Dreyfuss), confiant les autres rôles clé à de solides comédiens moins surexposés, notamment Josh Lucas (Un homme d’exception), Emmy Rossum (Le Fantôme de l’Opéra), Mike Vogel (Massacre à la tronçonneuse) et Kevin Dillon (Le Blob).

En un petit quart d’heure, le scénario de Mark Protosevich nous familiarise avec les héros et leurs problématiques, mais bien vite la catastrophe survient, et dès lors le film fait monter la tension crescendo, palier par palier, sans la moindre perte de rythme, soumettant du coup les nerfs de spectateurs à une bien rude épreuve. Car dans Poséidon, nous sommes soumis aux peurs les plus basiques, aux terreurs les plus primaires et les plus animales : la claustrophobie, le vertige, la noyade, le feu, l’obscurité, l’inconnu… et la mort, qui vient régulièrement faire la nique à nos infortunés rescapés à travers les innombrables cadavres jonchant chacun des vingt étages du majestueux navire mué en titanesque cercueil flottant.

Le cercueil marin

On n’en finirait plus de citer les morceaux d’anthologie qui scandent cet excellent remake, de l’impact colossal de la vague sur le flanc du bateau jusqu’à l’ultime échappatoire des derniers survivants, en passant par l’éprouvante séquence du pont suspendu et l’effroyable traversée d’une étroite canalisation s’emplissant progressivement d’eau bouillonnante. Certes, les effets numériques d’ILM et les monumentaux décors édifiés dans les studios Warner participent pleinement à l’efficacité de ce spectacle à mi-chemin entre le train fantôme et le parcours du combattant. Mais les moments les plus marquants du film se déroulent souvent dans quelques mètres carrés plongés dans la pénombre, preuve que le savoir-faire de Wolfgang Petersen et la conviction de ses comédiens sont les atouts majeurs de Poséidon. Le film parvient même à éviter la comparaison avec Titanic dont il reproduit pourtant plusieurs motifs visuels et thématiques. Bref, le pari a été remporté haut la main, à tel point qu’on passe volontiers l’éponge sur les grosses incohérences qui ponctuent parfois le script et sur une caractérisation à la limite de la caricature.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

DRACULA CE VIEUX COCHON (1969)

Dracula sort de sa tombe et transforme un homme en loup-garou pour qu’il lui fournisse des jeunes femmes à dénuder et à vider de leur sang !

DRACULA (THE DIRTY OLD MAN)

 

1969 – USA

 

Réalisé par William Edwards

 

Avec Vince Kelly, Ann Hollis, Bill Whiton, Libby Caculus, Joan Puckett, Sue Allen, Ron Scott, Bob Whitton, Rebecca Reynolds

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES I LOUPS-GAROUS

C’est la rançon de la gloire : victime de sa popularité, le Dracula de Bram Stoker aura fini par être mangé à toutes les sauces, même les plus indigestes ! L’avantage de Dracula ce vieux cochon est que son titre annonce tout de suite la couleur. Avant même de voir le film, nous savons que la finesse et le bon goût ne seront pas au rendez-vous. Rien ne nous prépare pour autant à l’ampleur du désastre. Tout commence par une voix off qui semble sous l’emprise d’on ne sait quelles drogues, commentant un panorama de collines et de montagnes bleues avec un lyrisme grotesque qui traîne déjà en longueur. Ce prologue n’a d’ailleurs aucun lien avec le reste du film et fait donc visiblement office de remplissage. Dans la scène suivante, un Dracula ridicule, barbu et grimaçant (Vince kelley), surgit de sa tombe isolée au fond de ce qui ressemble à une grotte, se transforme en chauve-souris en plastique soutenue par des fils, traverse les murs et observe par la fenêtre une jeune femme qui se déshabille. Le strip-tease est complet, preuve que le public visé est celui des « nudies » si populaires dans les années soixante. Mais si Dracula ce vieux cochon surfe sur cette vogue en plein essor de la sexploitation, il semble aussi vouloir conserver un aspect horrifique (sans y parvenir le moins du monde) ainsi que certains éléments comiques (qui tombent tous à plat).

Après cette première séquence de voyeurisme gratuit, attention, l’intrigue se noue. Un homme (Billy Whitton) se promène dans un coin perdu du désert et tombe par hasard sur la grotte de Dracula qui se présente sous le nom d’Alucard (un jeu de mot d’une grande subtilité déjà présent dans Le Fils de Dracula). Aussitôt, le vampire l’hypnotise avec son médaillon en forme de tête de lion. Désormais, le malheureux se transforme chaque soir en Jackal-man, un loup-garou au maquillage à hurler de rire. Les babines retroussées, le poil hirsute, il part en quête de jeunes femmes qu’il kidnappe pour les ramener dans la grotte de Dracula. Celui-ci (le titre aurait dû nous mettre la puce à l’oreille) déshabille les victimes hurlantes, les attache à une espèce de potence en bois, les couvre de baisers et leur suce le sang. Une fois son forfait commis, il éclate d’un interminable rire sardonique. Parfois il se transforme en chauve-souris au moment de « l’acte » et reste suspendu à la poitrine de ses captives. D’autres fois, c’est le loup-garou lui-même qui, incapable de réfréner ses instincts, viole les victimes avant de les livrer au vampire. Bref, c’est un joyeux boxon qui part dans tous les sens jusqu’à ce que le lycanthrope, fâché de découvrir que sa fiancée est destinée à devenir la future proie de Dracula, se révolte contre lui…

Le pire des vampires

Plagiant tranquillement le scénario de The Return of the Vampire de Lew Landers qui, vingt-sept ans plus tôt, racontait à peu près la même histoire (sans dénuder pour autant ses victimes), Dracula ce vieux cochon est tourné dans des conditions tellement précaires que le réalisateur William Edwards, animé d’un bref éclair de lucidité, est pris d’un doute en découvrant les rushes. Non seulement les images sont d’une qualité très discutable, mais en plus la prise de son est totalement inutilisable. Jouant le tout pour le tout, il décide donc de postsynchroniser – très approximativement – l’intégralité du film en ajoutant de l’humour, des blagues et de l’autodérision dans tous les dialogues. Les personnages énoncent donc des pensées absurdes en voix off et les répliques sont toutes plus incohérentes les unes que les autres. L’initiative n’est pas plus bête qu’une autre. Encore aurait-il fallu qu’elle soit drôle. Pour parachever le massacre, la bande son est saturée du début à la fin du métrage par une petite musique de fond aux allures de jazz d’ascenseur qui devient très vite agaçante. Du coup, malgré sa courte durée atteignant à peine les 70 minutes, Dracula ce vieux cochon semble durer dix fois plus longtemps.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

LAST ACTION HERO (1993)

Six ans après Predator, John McTiernan retrouve Arnold Schwarzenegger pour un film d’action parodique et vertigineux…

LAST ACTION HERO

 

1993 – USA

 

Réalisé par John McTiernan

 

Avec Arnold Schwarzenegger, F. Murray Abraham, Austin O’Brien, Charles Dance, Tom Noonan, Anthony Quinn

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION

Au début des années 90, le cinéma d’action américain semble avoir atteint un point de non-retour. Boosté par les productions de Joel Silver (L’Arme fatale, Piège de cristal) et Gale Anne Hurd (Aliens, Terminator 2), le genre a atteint une limite qu’il semble difficile de dépasser sans basculer dans l’auto-parodie. Suivant un schéma qui rappelle la fin de l’âge d’or des films de monstres du studio Universal, qui s’était naturellement orienté vers le pastiche avec les pantalonnades d’Abbott et Costello, Last Action Hero détourne donc les codes des productions les plus survoltées de la décennie précédente pour les dynamiter de l’intérieur. Et pour y parvenir, rien de tel qu’un expert aux commandes (en l’occurrence John McTiernan) et l’un des acteurs les plus populaires du genre face à la caméra (rien moins qu’Arnold Schwarzenegger). Le duo gagnant de Predator se retrouve ainsi avec un enthousiasme manifeste. Last Action Hero s’appuie sur un scénario original d’Adam Leff et Zak Penn initialement titré Extremely Violent. Acheté par le studio Columbia, le script est proposé à la star de Terminator, qui se laisse immédiatement séduire par ce concept auto-parodique à condition d’en atténuer la violence (il s’implique pour la première fois dans la production et souhaite que le film soit tout public). Shane Black et David Arnott réécrivent donc le scénario, qui sera affiné par William Goldman. Le principe du film évoque beaucoup celui de La Rose pourpre du Caire, dont Last Action Hero semble être une sorte de relecture musclée et explosive, frôlant par moment l’humour nonsensique des ZAZ sans jamais y céder totalement.

Le protagoniste de Last Action Hero est Danny Madigan (Austin O’Brien), un garçon de onze ans tellement fan de l’acteur Arnold Schwarzenegger qu’il va voir tous ses films plusieurs fois, notamment la série de longs-métrages d’action dans lesquels il incarne Jack Slater, un policier dur à cuire de Los Angeles. Voilà longtemps que Danny a sympathisé avec un vieux projectionniste qui lui propose parfois de voir les films avant tout le monde. Un soir, alors que sa mère est partie travailler, le jeune cinéphile se retrouve dans sa salle de cinéma préférée et s’apprête à assister en avant-première à une séance du tout dernier Jack Slater. Mais à cause des effets d’un ticket magique hérité du célèbre magicien Houdini, Danny se retrouve soudain projeté à l’intérieur du film. Le voilà co-équipier malgré lui de son héros préféré, plongé dans des péripéties exagérément spectaculaires et hautement improbables. Slater refuse de croire qu’il est un héros de fiction et que Danny vient d’un monde parallèle – celui de la « réalité ». Mais lorsque le sinistre Benedict (Charles Dance) s’empare du ticket magique et se retrouve dans le monde réel, Slater est bien obligé de se rendre à l’évidence. Pour stopper les agissements de Benedict, le flic fictif et son jeune admirateur vont devoir le suivre et « passer de l’autre côté du miroir »…

Écran total

C’est avec une jubilation étonnante qu’Arnold Schwarzenegger et John McTiernan s’amusent à pulvériser les codes du cinéma d’action qui fit leur gloire et leur renommée. Mais dénuée d’un véritable discours, la démarche a quelque chose d’un peu suicidaire, ce que prouvera l’infléchissement ultérieur de leurs carrières respectives. Pourtant, tous les ingrédients semblaient réunis. Last Action Hero abonde en effet en morceaux de bravoure à couper le souffle, collectionne les guest stars de prestige (Anthony Quinn, Tina Turner, James Belushi, Jean-Claude Van Damme) et multiplie les clins d’œil parodiques. Les plus mémorables ? Le compositeur Michael Kamen qui reprend l’espace de quelques secondes les accords de L’Arme fatale lorsqu’un flic noir projeté dans un arbre rappelle qu’il est à quelques semaines de la retraite ; le jeune héros qui reconnaît en F. Murray Abraham l’assassin de Mozart dans Amadeus ;  Sharon Stone et Robert Patrick, tout droit échappés de Basic Instinct et Terminator 2, qui sortent d’un commissariat ; Sylvester Stallone lui-même qui apparaît sur l’affiche de T2 dans un vidéoclub ; et le fin du fin : Arnold Schwarzenegger qui devient le héros d’une version brutale de Hamlet. Hélas, tout ce déploiement d’énergie et d’idées ne suffit pas à charpenter un récit désespérément déséquilibré, sous-tendu par un argument fantastique (le ticket magique) des plus évasifs. Il faut dire que le film n’a pas le temps d’être affiné en post-production, Columbia refusant de décaler la date de tournage malgré les retards pris par la production. Une semaine avant sa première, Last Action Hero est encore en tournage ! Soutenu par une campagne de promotion mégalomane (dont une publicité affichée dans l’espace sur un vaisseau de la NASA !), le film est loin d’être le succès escompté. Le public s’enthousiasme alors pour les dinosaures de Jurassic Park, sorti à peine une semaine plus tôt, et n’accorde pas beaucoup d’attention à ce blockbuster impertinent et post-moderne qui ne deviendra culte que plus tard.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

DRACULA ET SES FEMMES VAMPIRES (1974)

Jack Palance endosse la cape du plus célèbre des vampires dans ce téléfilm élégant dont la sous-intrigue romantique sera maintes fois imitée

DRACULA

 

1974 – GB

 

Réalisé par Dan Curtis

 

Avec Jack Palance, Simon Ward, Nigel Davenport, Pamela Brown, Fiona Lewis, Penelope Horner, Murray Brown

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES

Au milieu des années 70, les derniers longs-métrages de la compagnie Hammer consacrés au comte Dracula vivent leurs derniers soubresauts. Après l’anecdotique Dracula vit toujours à Londres, Christopher Lee a rangé sa cape (qu’il ne reprendra que pour rire) et la Transylvanie déserte définitivement la maison de production britannique (si l’on excepte une dernière tentative à la sauce kung-fu baptisée La Légende des sept vampires d’or). Une place étant en train de se libérer, le producteur/réalisateur Dan Curtis (à l’origine de la série Dark Shadows) s’engouffre aussitôt dans la brèche et décide de proposer sa propre version du mythe créé par Bram Stoker, qu’il destine directement au petit écran. Revenant aux sources d’un roman duquel la Hammer s’était progressivement éloignée, Curtis s’appuie sur un scénario écrit par le talentueux Richard Matheson (auteur entre autres de « L’Homme qui rétrécit » et « Je suis une légende »). Et pour incarner le plus célèbre des suceurs de sang, il sollicite le grand Jack Palance, dont le visage anguleux et la haute silhouette ont hanté de nombreux classiques du cinéma international depuis le début des années 50.

La trame est connue et le scénario de Matheson ne cherche pas à s’en écarter, prônant ouvertement une approche classique. Nous sommes à Bistritz, Hongrie, au mois de mai de l’an 1897. Le jeune avocat Jonathan Harker (Murray Brown) débarque dans le petit village superstitieux, reçoit une missive du comte Dracula, est abandonné à mi-parcours par un cocher peureux puis s’embarque dans un carrosse noir et sinistre qui le mène jusqu’au château du comte, suivi par une meute de chiens sauvages. Sous la défroque de l’hôte vampirique de Harker, Jack Palance s’avère être un choix de premier ordre, imprégnant le personnage d’une sorte de force tranquille, d’une élégance feutrée sous laquelle semble couver une sauvagerie en sommeil. Le charisme imperturbable du comédien propose une alternative intéressante aux célèbres prestations de Bela Lugosi et Christopher Lee. Aimable dans un premier temps, il révèle sa vraie nature lorsque Harker, errant dans le château, trouve un cercueil portant le nom de Vlad Tepes, qui fut prince de Valachie en 1475. Or le portrait de ce fier conquérant ressemble trait pour trait à Dracula. Quant à la jeune femme qui se tient à ses côtés sur la peinture, c’est le sosie de Lucy (Fiona Lewis), la fiancée du meilleur ami de Jonathan… Et tandis que ce dernier faillit sous les assauts des trois femmes vampires qui errent dans les lieux, Dracula part s’installer en Angleterre.

De l’amour à la mort

L’un des aspects les plus intéressants de cette énième variante est la romance contre-nature que développe le scénario. Ici, Dracula est follement épris de Lucy. C’est par amour qu’il la vampirise, afin d’en faire sa semblable. Le visage angélique de Fiona Lewis irradie alors tout l’écran, ses grands yeux bleus semblant échappés d’une peinture d’un autre âge (les fantasticophiles la retrouveront en méchante hilarante dans L’Aventure intérieure). Son retour d’entre les morts en pleine nuit, devant son fiancé Arthur (Simon Ward), est l’un des moments forts de Dracula et ses femmes vampires. En robe de nuit, collée à la fenêtre, elle le supplie : « Je t’en prie, laisse-moi entrer ! », avant d’exhiber ses belles canines acérées. Quand elle succombe face à l’opiniâtre Van Helsing (Nigel Davenport), plus rien ne semble pouvoir contenir la rage de Dracula. Désormais, c’est la vengeance qui l’anime. Cette idée d’une idylle contrariée ayant chevauché les siècles (qui repose sur le principe de la réincarnation) a été maintes fois déclinée par la suite, mais elle est absente du roman. Dan Curtis est le premier à l’avoir abordée, dans la foulée de son approche romantique du vampirisme dans Dark Shadows et sa séquelle cinématographique La Fiancée du vampire. Palance incarne donc ici un Dracula que l’on craint mais pour lequel on éprouve aussi de l’empathie. D’une certaine manière, il nous intéresse et nous attire plus qu’Arthur et Van Helsing, héros beaucoup plus « traditionnels » et dénués d’aspérités. Diffusé le 8 février 1974 sur la chaîne CBS, le téléfilm de Dan Curtis sortira en salles en Europe quatre mois plus tard. Naturaliste, raffinée, cette version fort recommandable paraît rétrospectivement presque anachronique si on la compare à d’autres relectures beaucoup moins académiques qui furent réalisées quasi-simultanément, en particulier le fameux Du sang pour Dracula produit par Andy Warhol.

 

© Gilles Penso

 

Partagez cet article

FLUBBER (1997)

Un savant incarné par Robin Williams invente une sorte de blob échappant aux lois de la gravité et animé d’une personnalité propre…

FLUBBER

 

1997 – USA

 

Réalisé par Les Mayfield

 

Avec Robin Williams, Chris Mac Donald, Raymond J. Barry, Marcia Gay Harden, Clancy Brown, Ted Levine, Wil Wheaton

 

THEMA BLOB I ROBOTS

Près de quarante ans après Monte là-d’ssus, les studios Disney décident d’en réaliser un remake laissant la part belle aux effets spéciaux, dans la foulée de la version live des 101dalmatiens écrite et produite par John Hugues. Ce dernier est aussi aux commandes de Flubber, dont il confie la mise en scène à Les Mayfield, ancien documentariste passé à la fiction à l’occasion de California Man et Miracle sur la 34ème rue. Pour le rôle principal, Hugues a d’emblée Robin Williams en tête, même si d’autres candidats potentiels lui viennent à l’esprit (notamment Christopher Lloyd, Tim Allen, Jeff Goldblum et John Lithgow). Mais Williams accepte, entraînant aussitôt le feu vert du studio. Le héros de Jumanji et Hook interprète le professeur Philipe Brainard, un scientifique maladroit et distrait tellement obnubilé par ses recherches qu’il a déjà raté deux fois la cérémonie de son mariage avec Sara Jean Reynolds (Marcia Gay Harden), présidente du collège Medfield. Autant dire que Sara a tiré un trait sur son fiancé chimiste. Jusqu’au jour où celui-ci fait une découverte prodigieuse. En effet, en quête d’une nouvelle source d’énergie, le savant est parvenu à créer une gélatine visqueuse animée d’une vie propre, qu’il baptise « Flubber », contraction de « flying rubber » (caoutchouc volant).

Ce blob facétieux semble n’en faire qu’à sa tête et s’avère capable de se multiplier à loisir. D’où une scène très graphique mais parfaitement gratuite dans laquelle le Flubber se subdivise en plusieurs dizaines d’entités et entame un mambo endiablé dans la maison du professeur. Cette séquence, qu’on croirait tout droit sortie d’une comédie musicale des années 50, est rythmée par une partition frénétique de Danny Elfman, toujours sous influence de son propre travail sur Beetlejuice et Les Simpsons. Alors que dans le film original, le confident du savant était un chien, la version 1997 a décidé d’en faire un petit robot volant nommé Weebo. Celui-ci est équipé d’une personnalité très humaine, d’une langoureuse voix féminine et d’un écran vidéo diffusant des extraits de films – puisés bien entendu dans le catalogue Disney – pour visualiser ses états d’âme, un concept emprunté de toute évidence à la série Dream On.

100% de matière grasse

Lorsque le professeur découvre que le Flubber échappe aux lois de la pesanteur, il applique le matériau à sa vieille Ford Thunderbird, ce qui nous donne droit à des séquences de voiture volante qui ne sont pas sans évoquer celles de la trilogie Retour vers le futur. Suivant le modèle du film original, Brainard se sert finalement de son invention pour permettre à l’équipe de basket du collège Medfield de remporter une victoire éclatante. Ce match d’anthologie voit ainsi les joueurs défier allègrement toutes les lois de la gravité, sautant au plafond et volant jusqu’au panier devant un public médusé. Les infographistes d’ILM conçoivent pour l’occasion des effets spéciaux absolument stupéfiants, abondant généreusement tout au long du film. Mais c’est hélas le seul atout de ce remake boursouflé, dont l’existence ne fut sans doute justifiée que grâce à l’avancée technologique des effets numériques et à l’accord de Robin Williams pour en tenir la vedette. Pour le reste, Flubber est une sorte de patchwork incohérent qui n’hésite devant aucun humour gras, à grands coups de flatulences et de gros plans sur des fesses volumineuses ! Le sympathique Monte là-d’ssus ne méritait certainement pas un tel outrage.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

CAPITAINE KRONOS : TUEUR DE VAMPIRES (1974)

Pour varier les plaisirs, le studio Hammer tente le mélange des genres avec ce mixage entre l’épouvante et le film de cape et d’épée…

CAPTAIN KRONOS : VAMPIRE HUNTER

 

1974 – GB

 

Réalisé par Brian Clemens

 

Avec Horst Janson, Caroline Munro, John Carson, Shane Briant, John Cater, Lois Dane, William Hobbs, Brian Tully, Robert James

 

THEMA VAMPIRES

Au milieu des années 70, le studio Hammer a nettement l’impression d’avoir fait le tour du mythe du vampirisme, notamment à travers ses nombreuses variations autour de Dracula. Pour continuer à rentabiliser le filon, le talentueux scénariste Brian Clemens passe à la mise en scène et propose un croisement audacieux entre le film d’épouvante et le film de cape et d’épée. D’où la création du personnage de Kronos, ancien capitaine de la garde impériale devenu chasseur de vampire, accompagné dans ses missions par un « professeur » bossu nommé Hieronymous Gross. Dépêché au village de Durward à la demande du docteur Marcus, il enquête sur le décès de plusieurs jeunes femmes dont les traits semblent avoir vieilli prématurément. Sur son chemin, il croise la magnifique Carla, mise au pilori pour avoir osé danser un dimanche (nous sommes en Europe Centrale à la fin du 19ème siècle, et visiblement on ne plaisante pas en ces années pieuses avec le Jour du Seigneur). Kronos la libère, et désormais Carla ne le quitte plus d’une semelle.

Si Horst Janson s’avère relativement fruste et monolithique dans le rôle du chasseur de vampires maniant l’épée en virtuose, on ne peut que se réjouir de trouver à ses côtés la sublime Caroline Munro, héroïne du Voyage fantastique de Sinbad et de Centre Terre : septième continent. Hélas, la belle s’acquitte ici d’un rôle de potiche souriante pour le moins exaspérant, mettant du même coup son charme ingénu au service d’un machisme caricatural. Soumise corps et âme à Kronos, Carla rit à chacun de ses exploits, se laisse même battre par lui, tandis que le puissant mâle passe son temps à déambuler torse nu ou vêtu de son bel habit de capitaine flambant neuf. Et que dire de ce « gag » récurrent au cours duquel elle s’endort sur ses genoux puis se vautre lamentablement par terre chaque fois qu’il se lève brutalement ? Ou de cette réplique finale, où elle lui déclame d’un regard langoureux « je t’appartiendrai » ?

La belle et le macho

On en vient à se demander si cette mascarade sadomasochiste n’est pas à prendre au second degré, comme en opposition aux femmes vampires dominantes que la Hammer commença à traiter quelques années plus tôt avec Vampire Lovers. Toujours est-il que le personnage de Carla pourrait aisément disparaître du scénario sans incidence sur le film. Le vampire décrit ici emploie un mode opératoire atypique (« il y a autant de vampires différents que d’oiseaux de proie » déclare à ce propos Gross). Encapuchonné, il séduit les jeunes filles par hypnose, leur octroie un baiser mortel et leur vole leur jeunesse. Deux mythes sont ainsi mixés en un seul : Dracula et la Comtesse Bathory. Le « whodunit » fonctionne plutôt bien, d’autant que la révélation finale du coupable est des plus surprenantes, le tout s’accompagnant d’une partition épique de Laurie Johnson. L’idée de ce Capitaine Kronos était manifestement de créer une franchise, mais cet étonnant chasseur de vampire maniant une épée forgée dans un crucifix en argent ne fut pourtant le héros que d’un seul film, générant au fil des ans un culte croissant.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

TUMAK FILS DE LA JUNGLE (1940)

Un « Roméo et Juliette » au pays des hommes préhistoriques conçu par le producteur de Laurel et Hardy

ONE MILLION YEARS B.C.

 

1940 – USA

 

Réalisé par Hal Roach et Hal Roach Jr.

 

Avec Victor Mature, Carole Landis, Lon Chaney Jr, John Hubbard, Nigel de Brulier, Mamo Clark

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Connu surtout pour être le producteur des aventures de Laurel et Hardy, Hal, Roiach se lance en 1940 dans un mélodrame fantastico-exotique au concept alléchant qui pourrait se résumer ainsi : « Roméo et Juliette aux temps de la préhistoire ». Et si le titre français un peu à côté de la plaque laisse imaginer un ersatz des aventures de Tarzan, le One Million B.C. original (« un million d’années avant JC ») positionne clairement le contexte du film. Le scénario est l’œuvre conjointe de Mickell Novak et George Baker. Tout commence pourtant à l’époque contemporaine. Surpris par un orage en montagne, quelques touristes tyroliens trouvent refuge dans une caverne, où ils rencontrent un archéologue étudiant des dessins préhistoriques. Celui-ci leur raconte l’histoire des occupants de cette caverne. Un flash-back nous transporte alors illico un million d’années dans le passé. Cette intrigue d’un autre âge peut alors commencer.

Le jeune chasseur Tumak n’accepte plus l’autorité de son père Akhoba, chef de la tribu des Rochers. Il se bat avec lui et tombe d’une falaise. Blessé, il est attaqué par un mammouth, chute dans une rivière et, se laissant dériver, entre dans le territoire de la tribu des Rivières. Tumak est sauvé par une jeune fille, Loana, qui le soigne et le fait accepter par sa tribu, plus avancée que la sienne. Tumak revient parmi les siens en compagnie de Loana et apprend que son père a été attaqué par un bœuf musqué et agressé par Skakana, qui a pris sa place. Grâce aux armes du peuple des Rivières, Tumak triomphe de Skakana et prend le commandement de la tribu. Après un terrible cataclysme volcanique et sismique, Loana rejoint sa tribu qui est alors attaquée par un dinosaure. Tumak et ses hommes se joignent alors à ceux des Rivières pour combattre le monstre…

Brushings et dinosaures

Plusieurs choix artistiques douteux amenuisent l’impact du film. Victor Mature, pour commencer, apparemment pas vraiment dirigé, surjoue en grimaçant de manière excessive. Il nous conviendra bien plus en surhomme tourmenté dans Samson et Dalila. Carole Landis, permanentée et poussant la chansonnette au coin du feu, n’est pas davantage crédible. Les monstres préhistoriques, quant à eux, sont pour la plupart des animaux déguisés : éléphant et taureau couverts de poils, tatou affublé de cornes, crocodile sur le dos duquel on a collé une nageoire en plastique, varan, iguane, tortues… Non contente de n’évoquer que très vaguement la faune antédiluvienne, cette ménagerie fut malmenée au cours du tournage par des techniciens peu scrupuleux. On n’hésitait pas, ainsi, à affamer l’alligator et le varan puis à les soumettre à des chocs électriques pour les inciter à s’attaquer. Ces méthodes inacceptables sévissaient à une époque où les ligues de protection des animaux ne surveillaient pas encore l’industrie du cinéma. La palme du ridicule revient tout de même au tyrannosaure, de taille humaine, interprété par le cascadeur Paul Stader dans un costume grotesque, furtivement montré mais trahissant immédiatement sa nature. Notons enfin un petit tricératops en plastique au début du film. Il faut reconnaître que les rétroprojections combinant dinosaures et humains sont souvent très réussies. L’une d’elle, où Tumak passe devant le cadavre d’un monstre, est d’ailleurs directement calquée sur la scène du stégosaure de King Kong. Assez curieusement, toutes ces scènes de dinosaures seront recyclées par la suite dans une bonne douzaine de films aux budgets étriqués. La scène la plus spectaculaire de Tumak est finalement le cataclysme naturel, éblouissant, au cours duquel un volcan entre en éruption tandis que des tonnes de gravats s’abattent sur les humains et qu’une femme se retrouve ensevelie sous une effrayante marée de lave. 26 ans plus tard, One Million B.C. fera l’objet d’un remake produit par la Hammer, illuminé par la présence de Raquel Welch et par les effets spéciaux prodigieux de Ray Harryhausen.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

VERSUS, L’ULTIME GUERRIER (2000)

Pour son premier long-métrage, Ryuhei Kitamura ose le mélange des genres, à mi-chemin entre John Woo, Quentin Tarantino, Sam Raimi, Jackie Chan et Lucio Fulci !

VERSUS

 

2000 – JAPON

 

Réalisé par Ryuhei Kitamura

 

Avec Tak Sakaguchi, Hideo Sakaki, Chieko Misaka, Yuichiro Arai, Hoshimi Asai, Kenji Matsuda, Minoru Matsumoto, Kazuhito Ohba

 

THEMA ZOMBIES

« J’avais toujours entendu dire que les Japonais n’étaient pas capables de faire de films d’action susceptibles de rivaliser avec ceux de Hong-Kong et d’Hollywood. Cet à priori m’est apparu comme une sorte de défi, et m’a donné envie de me surpasser pour prouver le contraire. J’ai réalisé Versus dans cet esprit-là, pour étonner les gens. » (1) C’est en ces termes que Ryuhei Kitamura nous explique les motivations qui ont présidé à la naissance de son premier long-métrage, dont il tourna d’abord une version de 45 minutes en 1997. Deux prisonniers en cavale retrouvent un gang de yakuzas au beau milieu d’une forêt isolée. Les gangsters ont kidnappé une jeune fille, et lorsqu’ils la maltraitent, l’un des prisonniers s’interpose, provoquant une fusillade sanglante. Au beau milieu des balles sifflantes, le fugitif et la captive s’échappent et s’enfoncent dans les bois. Là, les cadavres de toutes les victimes des Yakuzas, enterrés en vrac au milieu des arbres, reviennent soudain à la vie sous forme de zombies. Car nous sommes dans la « forêt de la résurrection », l’une des 666 portes qui s’ouvrent vers l’enfer. Bientôt, deux flics cinglés aux méthodes expéditives et un guerrier immortel viennent compliquer la situation.

Mélange improbable de genres à priori incompatibles, Versus ressemble à un mariage contre-nature des univers de John Woo, Quentin Tarantino, Sam Raimi, Jackie Chan et Lucio Fulci. Des références que Kitamura réfute pourtant en partie. « J’aime bien Woo et Tarantino, ainsi qu’Evil Dead, mais je ne m’y suis pas référé en faisant Versus » affirme-t-il. « Je me sens plus proche des films de James Cameron, George Miller et Peter Weir. » (2) On pourrait rajouter Russel Mulcahy, dans la mesure où l’ombre d’Highlander plane à plusieurs reprises sur Versus. On y trouve la même quête d’immortalité (ici aussi, il ne peut en rester qu’un) et le même montage parallèle du méchant qui assemble son épée en faisant des moulinets. Au titre des références, Matrix pointe aussi le bout de son nez, le temps d’un clin d’œil parodique où l’un des policiers se met dans la même position que Keanu Reeves pour éviter les balles. Sauf que ça ne marche pas, et qu’il explose littéralement !

Gros plan depuis l’intérieur d’un crâne !

A vrai dire, le scénario de Versus n’a pas beaucoup d’importance, pas plus que les personnages eux-mêmes, desservis par des acteurs qui surjouent de manière souvent outrancière. Ici, tout converge vers l’action inédite et les pugilats étonnants. Certains morts-vivants apathiques semblent échappés de L’Enfer des zombies, d’autres voltigent en tous sens, voire se battent avec des armes à feu. Quant au gore, il éclabousse volontiers le métrage avec un excès qui confine au pastiche. Les têtes sont arrachées, le sang coule à flots, les tripes tombent des ventres ouverts, les cœurs sont extirpés et dévorés, les corps coupés en mille morceaux à coup d’épée, les ventres et les crânes perforés sous les impacts de balle. Et puis il y a le fin du fin : les yeux arrachés d’une tête à main nue, avec un gros plan subjectif depuis l’intérieur du crâne soudain évidé ! Assez bizarrement, ce défouloir non-stop s’achève sur un épilogue incompréhensible situé 99 ans dans le futur.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2005

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LE CLAN DE LA CAVERNE DES OURS (1986)

Daryl Hannah incarne une femme préhistorique avenante dans cette adaptation d’un best-seller de Jean M. Auel

THE CLAN OF THE CAVE BEAR

 

1986 – USA

 

Réalisé par Michael Chapman

 

Avec Daryl Hannah, Thomas G. Waites, Pamela Reed, James Remar, John Doolittle, Curtis Armstrong, Martin Doyle

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

La saga « Les Enfants de la Terre », que l’écrivain Jean M. Auel initia en 1981 avec le récit « Le Clan de l’Ours des Cavernes », connut un succès planétaire très honorable. En toute logique, Hollywood envisagea d’en tirer une série de films au fort potentiel commercial. Mais l’idée de mettre en vedette des hommes préhistoriques communiquant par langage des signes pendant une heure et demie rebuta quelque peu les producteurs, craignant que le public ne soit guère séduit par un tel spectacle. Il fallut donc attendre que Jean-Jacques Annaud ose l’aventure de La Guerre du feu pour que le projet soit à nouveau d’actualité. Empruntant le terrain balisé par Annaud, Warner confia l’adaptation du premier roman de la saga de Jean Auel à Michael Chapman, chef opérateur de renom (Taxi Driver, L’Invasion des profanateurs, Raging Bull) et réalisateur d’une anecdotique romance lycéenne avec le tout jeune Tom Cruise, L’Esprit d’équipe. Fidèle à la trame du premier tome des « Enfants de la Terre », Le Clan de la Caverne des ours raconte l’aventure d’Ayla, une fillette cro-magnon soudain livrée à elle-même lorsque sa mère est engloutie par un glissement de terrain.

Agressée par un lion des cavernes, Ayla est recueillie par Iza, la guérisseuse d’un clan de Néanderthaliens. Plus primitive qu’elle, la tribu la regarde d’un mauvais œil, persuadée qu’elle leur portera malheur. En grandissant, la jeune fille fait ce qu’elle peut pour s’intégrer dans sa famille d’accueil, mais elle sait bien qu’un jour, tôt ou tard, elle devra repartir pour regagner les siens. Le film s’achemine sur un tempo lent et contemplatif, au rythme de l’évolution des mentalités néanderthaliennes, peu enclines à une liberté de la femme qu’Ayla semble vouloir prôner. Au lieu de se laisser aller aux envolées symphoniques qui seront sa marque de fabrique, Alan Silvestri compose ici une partition pour synthétiseurs, visiblement très inspirée des travaux de Vangelis. Fidèle à son sens de l’image, Michael Chapman, quant à lui, filme de magnifiques décors extérieurs canadiens, son approche se voulant la plus naturaliste possible.

Cro-mignonne

Mais Le Clan de la Caverne des ours a visiblement du mal à se positionner, à mi-chemin entre le réalisme cru de La Guerre du feu et les canons hollywoodiens du cinéma d’aventure des années 80. Ainsi la narration s’accompagne-t-elle d’une voix off et de sous-titres lors des échanges entre les personnages, de peur que le spectateur soit incapable de comprendre l’intrigue et ses enjeux. D’autre part, malgré son jeu minimaliste et ses expressions corporelles simiesques, la sculpturale Daryl Hannah est aussi peu crédible en femme préhistorique que pouvait l’être Raquel Welch dans Un million d’années avant JC. Gageons que son choix en tête de casting fut dicté par un souci de minimiser les risques financiers du film, car la belle venait alors de tenir la vedette dans Splash de Ron Howard. Mais la performance de Daryl Hannah et les quelques séquences spectaculaires qui émaillent le film, notamment le sanglant combat contre un ours des cavernes déchaîné, ne suffirent pas à déplacer les foules, annulant du coup le projet d’adapter les autres romans de la saga.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article