NE NOUS JUGEZ PAS (2010)

Une famille de cannibales vivant chichement dans un quartier pauvre de Mexico doit subvenir quotidiennement à ses besoins…

SOMOS LO QUE HAY

 

2010 – MEXIQUE

 

Réalisé par Jorge Michel Grau

 

Avec Paulina Gaitan, Francisco Barreiro, Carmen Beato, Alan Chavez, Daniel Gimenez Cacho, Miriam Balderas

 

THEMA CANNIBALES

Réalisé au Mexique sous le titre original Somos lo que hay (littéralement « nous sommes ce que nous sommes »), ce récit singulier s’efforce de mixer en un tout cohérent la chronique sociale et le genre horrifique. Son réalisateur et scénariste Jorge Michel Grau, venu du documentaire et de la télévision, souhaite initialement brosser une chronique réaliste sur le thème d’une famille se désagrégeant inexorablement. Sa première approche est donc ancrée dans une réalité crue. Mais au cours du processus de la rédaction du scénario s’impose peu à peu le besoin de recourir aux thématiques du cinéma d’horreur pour mieux servir le propos. L’univers perturbant de Michael Haneke, l’étonnant Buffalo 66 de Vincent Gallo et l’éprouvant Trouble Every Day de Claire Denis nourrissent peu à peu son écriture.

Tout commence par la mort d’un vieil homme en plein centre commercial, laissant sans ressources sa femme et ses trois enfants. Très éprouvée, la famille, issue d’un milieu extrêmement modeste, doit maintenant subvenir seule à ses besoins. Or Alfredo, Julian, Sabina et Patricia ont une particularité : ils ne se nourrissent que de chair humaine, au cours de cérémonies rituelles bien particulières. Leur père ayant toujours ramené lui-même les victimes à domicile, c’est maintenant Alfredo, l’aîné de la famille, qui doit prendre le relais. Mais cet adolescent marginal et timoré ne semble pas prêt à assumer une telle responsabilité. Saura-t-il trouver dans les rues de Mexico le gibier nécessaire pour nourrir les siens ?

Nous sommes ce que nous sommes

Ne nous jugez pas est une œuvre qui se cherche, se drapant de tous les atours d’un film d’auteur sans assumer pleinement le caractère fantastique de son intrigue. L’idée du cannibalisme comme métaphore de la misère humaine est pourtant excellente, mais il eut fallu que Jorge Michel Grau appuie son long-métrage sur une mise en scène moins hésitante et sache effacer les nombreuses incohérences qui amenuisent l’impact de son scénario. De nombreux éléments intéressants constellent pourtant le métrage, notamment les relations ambiguës et conflictuelles établies entre chacun des membres de cette famille fragilisée que le père parvenait tant bien que mal à maintenir soudée dans un équilibre instable. Son absence soudaine ne prive pas seulement son épouse et ses enfants de nourriture. Elle supprime leurs repères et les force à se réorganiser autour de ce rituel dont nous ne comprendrons jamais vraiment la nature. Hélas, le décalage entre les intentions initiales et le résultat final s’avère trop grand pour que le film fonctionne à plein régime, d’autant que l’ajout artificiel d’une enquête policière censée suivre la trace sanglante de cette famille anthropophage fait perdre à Ne nous jugez pas sa qualité principale : le réalisme. Le film de Jorge Michel Grau sera tout de même récompensé en 2011 par le Prix du Jury du Festival du Film Fantastique de Gérardmer et fera l’objet d’un remake américain réalisé en 2013 par Jim Mickle, reprenant son titre original : We Are What We Are.

© Gilles Penso

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SPLASH ! (1984)

Tom Hanks tombe éperdument amoureux de Daryl Hannah. Petit problème : c’est une sirène

SPLASH !

 

1984 – USA

 

Réalisé par Ron Howard

 

Avec Tom Hanks, Daryl Hannah, Euegne Levy, John Candy, Dody Goodman, Shecky Greene, Richard B. Schull

 

THEMA CONTES

C’est en 1977 que le producteur Brian Grazer a l’idée de Splash !, une relecture moderne de « La Petite sirène » d’Andersen dont il aimerait bien tirer un film. Il commence donc la tournée de studios hollywoodiens, en vain, jusqu’à ce que Disney se montre intéressé. La maison de Mickey, alors dirigée par Ron Miller, cherche en effet à créer une branche adulte qui permettrait de mettre en chantier des longs-métrages ciblant un autre public que les enfants. Cette branche s’appellera Touchstone, et Splash ! sera le premier film produit sous ce label. À vrai dire, ce conte de fées urbain est tout à fait inoffensif et parfaitement calibré pour un public familial, si ce n’est quelques allusions sexuelles bon enfant, un peu de consommation d’alcool et un plan sur les fesses de la sirène (qui sera sagement retouché numériquement lors de la diffusion du long-métrage sur la plateforme Disney +). Séduit par le projet, Ron Howard refuse Footloose et Mister Mom pour pouvoir réaliser Splash !, qu’il s’engage à mettre en boîte en un temps record afin de couper l’herbe sous le pied d’un autre film de sirène que prépare Warner avec Warren Beatty – et qui finalement ne se fera pas. À l’époque, Ron Howard est surtout connu comme acteur (notamment sous la défroque du Richie Cunningham de Happy Days), même s’il a déjà dirigé plusieurs téléfilms et deux comédies pour le grand écran : Lâchez les bolides et Les Croque-morts en folie. Dans les deux rôles principaux de Splash !, toutes les stars d’Hollywood ou presque sont envisagées, avant que le choix ne se porte sur deux étoiles montantes : Tom Hanks et Daryl Hannah.

Hanks incarne Alan Bauer, un jeune homme un peu fantasque qui dirige une entreprise de vente de fruits et légumes avec son frère turbulent Freddie (John Candy). Incapable de vivre une histoire de couple stable, lassé par la monotonie de son existence, Alan décide sur un coup de tête de retourner à Cape Code où, à l’âge de dix ans, il fut sauvé de la noyade par une mystérieuse fillette. Mais Alan ne sait toujours pas nager. Lorsque le bateau qu’il a loué tombe en panne, il perd l’équilibre en essayant de remettre en marche le moteur et coule à pic. Le voilà à nouveau sauvé des eaux, cette fois-ci par une étrange créature blonde dont il tombe éperdument amoureux et qu’il baptise Madison, faute de pouvoir prononcer son vrai prénom. Une folle passion naît entre eux. Mais que se passera-t-il lorsqu’Alan découvrira que celle qui fait battre son cœur n’est pas un être humain ?

Une sirène à New York

Le langage corporel, le débit et le sens du tempo de Tom Hanks induisent naturellement une dynamique comique plus proche du cartoon que de la comédie romantique traditionnelle. Splash ! enchaîne donc les gags visuels excessifs (les postes de télévision qui explosent lorsque la sirène prononce son nom, les pitreries balourdes de John Candy, les tentatives ratées du scientifique qui veut percer à jour le secret de Madison, les excentricités de la secrétaire qui a été frappée par la foudre). Malgré cette approche extravagante, le moteur principal de Splash ! reste la love story. Il faut dire que Tom Hanks et Daryl Hannah sont irrésistibles, lui dans le rôle de l’adolescent attardé nerveux et volubile, elle dans celui de l’être candide et décalé (on pense parfois à l’extra-terrestre campé la même année par Jeff Bridges dans Starman). De fait, l’expression « un poisson hors de l’eau » prend avec Splash ! tout son sens. « Dans ma carrière, j’ai joué autant de rôles « normaux » que ceux relevant du genre fantastique », affirme Daryl Hannah. « Mais j’avoue être particulièrement attirée par ceux qui font appel à l’imagination. » (1) On peut cependant regretter que le scénario du film s’appuie tellement sur le charme de son duo vedette qu’il en oublie de développer une dramaturgie digne de ce nom, se contentant la plupart du temps de glisser au fil de l’eau en collectant les saynètes souvent anecdotiques. Cette légèreté à la limite du laxisme n’a pourtant pas altéré l’enthousiasme des spectateurs, venus en masse faire un triomphe au film et le muer en petit phénomène de société. C’est sans conteste grâce à Splash ! que Ron Howard est devenu un cinéaste à succès et Tom Hanks l’un des acteurs les plus populaires de sa génération. Daryl Hannah n’ira pas aussi loin, malgré quelques inoubliables prestations dans des œuvres aussi diverses que L’Affaire Chelsea Deardon, Wall Street ou Kill Bill.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 1994

 

© Gilles Penso

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LA PLANÈTE DES CANNIBALES (2001)

Pour attirer l’audimat, une chaîne de télévision futuriste transforme un tueur cannibale en animateur de talk-show…

PLANET DER KANNIBALEN

 

2001 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Hans-Christoph Blumenberg

 

Avec Minh-Khai Phan-Thi, Florian Lukas, Vadim Glowna, Barbara Auer, Fatih Akin, Peter Fitz, Gustav-Peter Wöhler, Nina Petri

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION I CANNIBALES I EXTRA-TERRESTRES

La Planète des cannibales : derrière ce titre grand-guignolesque ne se cache pas une aventure de science-fiction haute en couleurs mais une satire sociale acerbe et futuriste. Nous sommes en 2020 et l’Allemagne est devenue un état policier. Le gouvernement ayant décidé qu’une seule chaîne de télévision serait bientôt autorisée à émettre, les deux diffuseurs concurrents Alphaplus et Eurolux se livrent une guerre de l’audimat sans pitié. Le programme clef d’Alphaplus s’appelle « L’or ou la mort ». Le candidat doit y répondre à une série de questions de culture générale, à l’issue desquelles il remporte un kilo d’or ou meurt électrocuté, au choix ! Sur Eurolux, c’est le talk shaw « Cannibal Talk » qui remporte tous les suffrages. Là, un tueur anthropophage façon Hannibal Lecter (Vadim Glowna, vu notamment dans Police Python 357, Croix de fer et La Mort en direct) répond en direct aux questions des téléspectateurs et les aide à résoudre leurs problèmes ! Le pastiche de notre télévision est d’autant plus réussi que les dérives de la télé-réalité s’approchent dangereusement de ces programmes fantaisistes…

L’héroïne de cette inquiétante Planète des cannibales, Emma Trost (Minh-Khai Phan-Thi), occupe les fonctions de directrice des tendances sur Alphaplus. Un jour, son patron, le docteur Brest (Peter Fitz), lui confie une mission des plus surprenantes : retrouver des extra-terrestres qui se seraient dissimulés parmi la population… Avant qu’Emma n’ait pu rétorquer quoi que ce soit, Brest est assassiné et la voilà accusé du meurtre. En cavale, elle se joint au spécialiste de la falsification des informations Adam Singer (Florian Lukas) et finit par comprendre que les médias en général et les chaînes de télévision en particulier sont dirigés par des aliens déguisés en humains dont le but est de contrôler le cerveau des Terriens !

Les aliens sont aux commandes !

L’idée maîtresse de ce long-métrage allemand n’est finalement pas si éloignée de celle d’Invasion Los Angeles de John Carpenter, dans laquelle les extra-terrestres nous poussaient à consommer pour mieux nous asservir. La Planète des cannibales est donc une fable subversive délectable, tournée dans un somptueux noir et blanc se référant aux films de science-fiction des années cinquante. Pour des raisons à la fois budgétaires et stylistiques, le réalisateur Hans-Christoph Blumenberg évacue tout effet spécial, ce qui lui permet de mieux ancrer son récit dans un inquiétant réalisme. La satire y fait mouche, et cette œuvre méconnue mériterait une meilleure popularité, histoire de donner à réfléchir avant que ce détestable futur imaginaire ne finisse par nous rattraper.

 

© Gilles Penso

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LE CYCLOPE (1957)

Dans la jungle mexicaine, une petite expédition découvre toute une faune ayant muté à cause des radiations ainsi qu’un géant à l’œil unique…

THE CYCLOPS

 

1957 – USA

 

Réalisé par Bert I. Gordon

 

Avec Dean Parkin, James Craig, Gloria Talbot, Lon Chaney Jr, Manuel Lopez, Tom Drake, Vincent Paluda, Marlene Kloss

 

THEMA NAINS ET GÉANTS  I MUTATIONS

Avec Le Roi des dinosaures et Le Début de la fin, le cinéaste Bert I. Gordon avait déjà largement justifié l’acronyme formé par ses initiales en mettant en scène des reptiles et des insectes aux proportions alarmantes. Tourné dans la foulée, Le Cyclope permet à « Mister Big » de poursuivre ses expérimentations dans le domaine du gigantisme animalier tout en ajoutant un nouvel élément contre-nature à sa collection : le géant humain, qui deviendra une autre de ses figures fantastiques récurrentes. L’intrigue se situe au Mexique. Bien décidée à retrouver son fiancé, qui s’est crashé dans la jungle trois ans plus tôt, Susan Winter (Gloria Talbot, héroïne la même année de La Fille du docteur Jekyll) parvient à convaincre trois hommes de l’accompagner à sa recherche. Si l’un des membres de la petite expédition n’est pas insensible aux charmes de la jolie commanditaire, les deux autres n’ont d’yeux que pour les réserves d’uranium qu’ils espèrent trouver sur place. Le plus cupide des deux est incarné par ce bon vieux Lon Chaney Jr qui, dans le registre bourru et rustre, en fait des caisses.

Après avoir atterri en catastrophe, notre quatuor installe un camp de fortune et Bert I. Gordon reprend ses habitudes. Car aussitôt, la forêt révèle une faune disproportionnée : une araignée géante qui pousse des miaulements stridents (!), un rongeur gros comme un chien que saisit un rapace titanesque, et deux lézards colossaux (fort mal incrustés) qui se lancent dans un combat similaire à ceux qui émaillaient Le Roi dinosaure. Dans le scénario, le pugilat était peut-être épique, mais à l’écran c’est une autre paire de manches. Les sauriens apathiques, probablement titillés par quelques techniciens désabusés, se contentent en effet de se coucher l’un sur l’autre avant d’enchaîner de molles cabrioles. Toutes ces étranges mutations sont dues à la radioactivité particulièrement virulente en ces lieux.

Cyclope m’était conté

Lorsque surgit enfin le cyclope du titre, Gordon parvient à ménager quelques beaux moments d’épouvante. La créature, haute d’une bonne dizaine de mètres, apparaît subitement alors que nos héros exploraient sa caverne et exhibe un faciès particulièrement hideux. La partie droite de son visage n’est plus que de la chair flasque. La moitié de sa bouche, décharnée, arbore des dents démesurées et le monstre n’a plus qu’un œil, sous forme d’un globe oculaire rond et énorme sur la partie gauche de son visage. Saisissant, le maquillage est l’œuvre de Jack H. Young. Il ne faut pas longtemps à nos protagonistes pour comprendre que ce géant peu recommandable, chauve et vêtu d’une espèce de peau de bête, est en réalité l’ex-fiancé de Susan, transformé comme les animaux par les radiations environnantes. Sous l’influence de King Kong, Gordon nous offre quelques morceaux de choix : le cyclope se laisse attendrir par la belle, la capture, l’observe énamouré, se bat contre un serpent géant, puis poursuit les explorateurs dans la forêt, avec pour toute répartie des grognements pathétiques. Le final, quant à lui, puise aux sources mythologiques, le destin du colosse se calquant sur celui du Polyphème de l’Odyssée. Le Cyclope sera le premier volet d’une sorte de trilogie, suivi par Le Fantastique homme colosse et Le Retour de l’homme colosse.

 

© Gilles Penso

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HOUSE OF THE DEAD (2003)

Invités à participer à une rave party sur une île isolée, de jeunes fêtards doivent affronter une horde de zombies déchaînés…

HOUSE OF THE DEAD

 

2003 – CANADA / USA / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Uwe Boll

 

Avec Jonathan Cherry, Jürgen Prochnow, Tyro Leitso, Clint Howard, Ona Grauer, Ellie Cornell, Will Sanderson, Enuka Okuma

 

THEMA ZOMBIES

Certains producteurs hollywoodiens ne vont pas chercher leurs idées bien loin. Le succès de Resident Evil ayant laissé entendre que l’équation « jeu vidéo + zombies » était rentable, il n’était pas étonnant outre mesure de voir débarquer dans la foulée une autre adaptation de jeu à base de morts-vivants, en l’occurrence le bien nommé « House of Dead » de Sega. Dès les premières séquences, le film d’Uwe Boll ne laisse guère germer d’espoirs. Qu’on en juge donc : un groupe de jeunes fêtards embarque à bord d’un bateau dirigé par un capitaine nommé Kirk (d’où quelques jeux de mots destinés aux amateurs de Star Trek et de nombreux rires gras). Peu enclin à la rigolade, l’imperturbable marin est interprété par rien moins que Jürgen Prochnow (il porte d’ailleurs le même uniforme que dans Das Boot), et ses passagers souhaitent atteindre une petite île sur laquelle se déroule la rave party du siècle. Peu sensibles au fait que le lieu porte le charmant nom de « Isla del Muerte », les joyeux drilles découvrent bien vite que les autres participants de la fête ont été décimés par une horde de zombies, et qu’ils sont les prochains au menu. Rejoignant un groupe de survivants menés par une jeune femme répondant au nom évocateur de Liberty (Kira Clavell), ils s’emparent de l’armement de contrebande contenu dans la cale du capitaine Kirk et organisent une vaillante résistance contre leurs assaillants en décomposition.

Peut-être aurait-on accepté le scénario inepte, les dialogues ridicules, les personnages inexistants, les comédiens qui n’y croient pas du tout et les réactions stupides si House of Dead s’était au moins contenté de fournir au public un spectacle horrifique digne de ce nom. Mais même en ce modeste domaine, le film échoue lamentablement. Inefficace et tape à l’œil, la mise en scène d’Uwe Boll emprunte tous les tics possibles et imaginables au cours des séquences de bataille : « bullet time » à la Matrix, ralentis à la John Woo, cascades improbables, mouvements de caméra hystériques, extraits incongrus du jeu vidéo insérés dans le montage, insupportable musique techno, tout y est !

L’ennui des morts-vivants

Quant aux zombies, ils courent et font des acrobaties, suivant la mode relancée par 28 jours plus tard, et sont affublés de maquillages assez grotesques. Quand ils ne ressemblent pas vaguement à des momies, ce sont des comédiens aux visages blafards ou de gros bibendums portant un masque de latex. Ridicule de bout en bout, House of Dead ose même la mauvaise imitation des Dents de la mer, avec la fille nue qui se jette à la mer tandis que son copain ivre l’attend sur le sable, les prises de vues sous-marines et même une musique plagiant celle de John Williams. Du coup, le clin d’œil cinéphilique formulé par l’un des protagonistes (« on se croirait dans un film de George Romero ») tombe comme un cheveu dans la soupe. L’édifiante révélation finale (un prêtre maléfique du 16ème siècle fabrique des zombies pour devenir immortel) s’enchaîne sur un ultime combat à l’épée, d’autant plus stupide qu’on nous a lourdement annoncé tout au long du film que l’héroïne suit des cours d’escrime. Finalement, House of Dead n’a qu’un seul avantage : faire ressembler Resident Evil à Citizen Kane !

 

© Gilles Penso

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LE DERNIER RIVAGE (1959)

Stanley Kramer décrit les conséquences d’un monde ravagé par une guerre nucléaire ayant anéanti la majorité de la population…

ON THE BEACH

 

1959 – USA

 

Réalisé par Stanley Kramer

 

Avec Gregory Peck, Ava Gardner, Fred Astaire, Anthony Perkins, Donna Anderson, John Tate, Harp McGuire, Lola Brooks

 

THEMA POLITIQUE FICTION

Nous sommes en 1964, autrement dit dans le futur – car rien n’est plus relatif que le futur, surtout au royaume de la science-fiction. La guerre nucléaire tant redoutée a finalement eu lieu. Personne ne sait trop comment elle a commencé, mais les conséquences sont catastrophiques. La totalité de la population a été anéantie, sauf sur le continent Australien. Mais pour les survivants, ce n’est qu’un sursis, car le nuage radioactif avance à grands pas et ne tardera pas à éradiquer le semblant de vie qui résiste encore. Pour mesurer le niveau de radiations sur terre et évaluer la date fatidique au-delà de laquelle tout espoir sera perdu, le capitaine Dwight Little (Gregory Peck) part en mission à bord du sous-marin Sawfish. Il est notamment épaulé par le professeur Julian Osborne (Fred Astaire, dans son premier film non musical) et par le lieutenant Peter Holmes (Anthony Perkins, un an avant Psychose). Avant que le submersible ne quitte le port, chacun s’efforce de profiter comme il peut de ses derniers instants de bonheur. A l’instar du roman de Nevil Shute dont il s’inspire (publié en 1957), Stanley Kramer opte pour un parti pris très réaliste.

Dans sa première partie, le ton du Dernier Rivage s’annonce bizarrement léger, les protagonistes n’ayant pas l’air excessivement traumatisés par leur situation post-apocalyptique. La musique est guillerette, les membres des clubs huppés sont principalement préoccupés à l’idée de ne pas avoir le temps de boire tous les grands crus de leur cave avant la fin du monde, et le professeur Osborne déclare même « on dirait un film français » en voyant le commandant Little chahuter sur la plage avec la belle Moira dont il s’est épris (Ava Gardner). Mais la légèreté n’est qu’apparente, et certains ne pensent bientôt plus qu’à une chose : comment se procurer ces fameuses pilules qui promettent une mort douce et euphorique quand le moment sera venu ? Osborne, lui, est prêt à mourir au volant d’une Ferrari qu’il a achetée une bouchée de pain. Quant à Moira, elle constate avec amertume qu’elle n’a « pas le temps d’aimer, de créer des souvenirs », n’osant arracher l’homme qu’elle aime au deuil de sa femme et de ses enfants, morts en Amérique suite aux multiples explosions nucléaires.

Une lueur d’espoir ?

Lorsque le Sawfish s’enfonce sous les eaux en direction de San Francisco et San Diego, une lueur d’espoir brille bientôt, car un message morse est capté sans discontinuité par les membres de l’équipage. La révélation de l’origine de ce message mystérieux est une extraordinaire trouvaille, dérisoire et désespérée, à l’instar du film tout entier qui bascule progressivement dans la mélancolie, tandis que les plus démunis se réfugient tardivement dans la religion (face à une grande banderole annonçant « Il est encore temps, mes frères »), à moins qu’ils n’orchestrent discrètement leur suicide pour ne pas faire face à la mort lente promise par les radiations. Les dernières images du film sont celles des grandes rues désertées de Melbourne, faisant écho à l’une des répliques de Fred Astaire : « Qui aurait pu croire l’homme assez stupide pour se rayer lui-même de la carte du monde ? ».

 

© Gilles Penso


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FEAR STREET PARTIE 3 : 1666 (2021)

L’ultime volet de la trilogie horrifique inspirée des romans de R.L. Stine revient aux sources de la malédiction qui frappe les habitants de Shadyside

FEAR STREET PART THREE : 1666

 

2021 – USA

 

Réalisé par Leigh Janiak

 

Avec Kiana Madeira, Elizabeth Scopel, Ashley Zukerman, Ted Sutherland, Gillian Jacobs, Sadie Sink, Olivia Scott Welch, Benjamin Flores Jr., Darrell Britt-Gibson

 

THEMA TUEURS I SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA FEAR STREET

La trilogie Fear Street gagne en qualité d’épisode en épisode, effaçant peu à peu les scories des opus précédents pour mieux se concentrer sur son intrigue et ses enjeux dramatiques. Ainsi, après une première partie digérant un peu maladroitement l’influence de Scream et un opus central rendant hommage à sa manière à Vendredi 13, ce troisième volet change de cap en nous plongeant en 1666, afin de révéler les origines du mal qui frappe la population de Shadyside. Nous y découvrons Union, une petite colonie rurale établie au bord d’un lac pour y prospérer modestement. La première originalité du film est son principe inattendu de redistribution des rôles. Tous les personnages clés des deux épisodes précédents existent ainsi dans cette version 17ème siècle. Mais si les visages nous sont familiers, le prologue nous fait comprendre grâce à un furtif effet de reflet que ce n’est qu’une apparence, ces paysans d’antan n’ayant pas réellement l’enveloppe corporelle que les spectateurs voient. Il nous semble plutôt assister à un phénomène de vie antérieure ou de réincarnation. D’ailleurs, les liens construits successivement en 1978 et 1995 s’esquissent déjà en 1666 : les amitiés, les rivalités, les amours…

L’autre idée forte de cette troisième partie est d’utiliser l’homosexualité de ses deux personnages principaux non comme simple prétexte – ce qui semblait être le cas dans le premier Fear Street – mais comme moteur dramatique principal. Cette liaison jugée contre-nature entre deux jeunes filles suscite fatalement l’inquiétude, la colère et la terreur en ces temps où la bigoterie s’installe volontiers dans le quotidien. La mise en parallèle entre l’intolérance d’antan et l’homophobie moderne s’avère fascinante. D’autant que juste après que les deux amies aient cédé à leurs pulsions un soir de pleine lune, une malédiction insidieuse s’abat sur la petite colonie. Les fruits pourrissent, les truies mangent leurs petits, les chevaux deviennent fous, les puits se bouchent, le pasteur semble possédé. Il ne faut pas longtemps pour chercher l’origine du mal dans l’acte déviant de ces deux « pécheresses ». La suite ne se fait pas attendre : les parents culpabilisent, les villageois s’affolent et une chasse aux sorcières s’organise.

La chasse aux sorcières

Il est donc question ici des dérives du fanatisme religieux qui, par aveuglement, mène à la haine et finit par provoquer ce contre quoi il voudrait lutter. « Je n’ai pas peur du diable, j’ai peur du voisin qui m’accuse » dira Sarah Fier, qu’on considère à tort comme une sorcière. Constellé de scènes angoissantes – avec comme point culminant le massacre de la chapelle -, ce grand flash-back offre aussi la possibilité à la réalisatrice Leigh Janiak d’apposer sur ce récit un vrai point de vue féminin. C’est en effet à travers les yeux de son héroïne que nous découvrons cette société patriarcale paisible qui bascule du jour au lendemain dans l’extrémisme en pointant vers elle ses doigts accusateurs. Conformément à la règle établie depuis le premier épisode, le compositeur Marco Beltrami s’adjoint les services d’un second musicien pour écrire à quatre main la bande originale. Après Marcus Trumpp pour la première partie et Brandon Roberts pour la seconde, place donc à Anna Drubich (Scary Stories). C’est donc nimbée d’une très belle partition classique, désencombrée de la traditionnelle playlist « cool », que se développe cette « origin story » fascinante dans la mesure où elle permet à toutes les pièces du puzzle de s’assembler et nous offre un ultime épilogue reprenant les événements de 1994 là où ils s’étaient interrompus pour clore enfin chacune des sous-intrigues en suspens…

 

© Gilles Penso

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GAMERA CONTRE GYAOS (1967)

La tortue géante la plus célèbre du cinéma japonais affronte un ptérodactyle au redoutable rayon destructeur…

GAMERA TAI GYAOSU

 

1967 – JAPON

 

Réalisé par Noriaki Yuasa

 

Avec Kojiro Hongo, Kichijiro Ueda, Reiko Kasahara, Naoyuki Abe, Taro Marui, Yukitaro Hotaru, Yoshiro Kitahara, Akira Natsuki

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I DINOSAURES I SAGA GAMERA

Gamera la tortue géante étant lancée sur les écrans depuis deux films, la mission des créatifs du studio Daeï consista dès lors à lui trouver de nouveaux adversaires pour tous les épisodes à venir. Après Barugon, le reptile cornu au rayon réfrigérant, voici donc Gyaos, une espèce de ptérodactyle au look hallucinant. Imaginez un homme dans un costume de caoutchouc qui aurait des ailes en plastique attachées aux bras et dont la tête serait un triangle rigide aux yeux globuleux et à la mâchoire mécanique ! Pourtant, ce monstre franchement grotesque s’avère être un adversaire de taille, expulsant par sa bouche un rayon extrêmement corrosif qui coupe les avions en deux et blesse même sérieusement Gamera (que l’on voit ici saigner abondamment pour la première fois), et exhalant par sa poitrine une fumée jaune étouffant les flammes de la tortue géante. Éveillé d’un long sommeil suite à l’éruption successive des volcans Sataï, Oyama, Myôjin et du Mont Fuji, Gyaos laisse les savants perplexes, et nous vaut quelques explications techniques de haut niveau. Interrogé sur le rattachement de Gyaos à la famille des reptiles ou des oiseaux, un zoologiste très sérieux répond ainsi : « je dirais qu’il appartient à l’espèce des monstres ».

Comme dans le premier Gamera, un petit garçon va sympathiser avec notre bonne grosse tortue, ce qui deviendra le leitmotiv de la série. C’est d’ailleurs à ce héros en culottes courtes que nous devons le nom de Gyaos (qui lui est inspiré par le cri Gya ! Gya ! de la créature). Alors que le Godzilla fut l’inspiration principale de Gamera et de ses séquelles, ce troisième épisode semble également subir l’influence de Rodan réalisé par Inoshiro Honda en 1956, où un ptérodactyle géant attaquait déjà la population. D’ailleurs, comme son aîné, Gyaos est capable de provoquer des vents destructeurs par le simple battement de ses ailes, mettant en déroute les militaires et provoquant l’effondrement des bâtiments autour de lui. Du coup, l’attaque nocturne de la ville semble calquée fidèlement sur celles dirigées par Honda, si ce n’est qu’ici les effets spéciaux laissent souvent à désirer (incrustations maladroites, câbles visibles, animation rudimentaire de la bête). Il faut cependant reconnaître l’indéniable photogénie des plans où Gamera et Gyaos s’affrontent dans l’eau, alors que le soleil se lève.

Le « plan toupie »

En désespoir de cause, les autorités mettent au point l’improbable « plan toupie ». Le principe ? Attirer Gyaos avec du sang humain artificiel, le faire tourner sur une plateforme rotative, puis attendre que le lever de soleil le réduise à néant ! Évidemment, cette stratégie insolite tombe à l’eau, et c’est notre tortue géniale qui viendra enfin à bout de ce reptile volant indésirable. L’un des aspects les plus intéressants – et les plus inattendus – de ce troisième Gamera est le caractère social dont se pare son scénario, les protagonistes humains échappant pour une fois à la caricature et s’agitant au sein d’un conflit opposant des entrepreneurs au travail sur un tracé de route et des villageois refusant d’être délogés. Quant aux amateurs de kitsch, ils se délecteront d’un générique de fin mémorable où des voix enfantines scandent une chanson euphorique dédiée à Gamera !

 

© Gilles Penso


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FEAR STREET PARTIE 2 : 1978 (2021)

Un second volet beaucoup mieux construit que le précédent dans lequel un camp de vacances se transforme en jeu de massacre…

FEAR STREET PART 2 : 1978

 

2021 – USA

 

Réalisé par Leigh Janiak

 

Avec Sadie Sink, Gillian Jacobs, Emily Rudd, Ryan Simpkins, McCabe Slye, Ted Sutherland, Ashley Zukerman, Jordana Spiro, Kiara Madeira

 

THEMA TUEURS I SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA FEAR STREET

Fear Street partie 2 commence par un résumé de l’épisode précédent, confirmant que la mécanique de cette trilogie inspirée par les écrits de R.L. Stine est bien plus télévisuelle que cinématographique. Pourtant, après un prologue situé en 1994 et prenant directement la suite des événements racontés dans la premier film, Fear Street partie 1 change radicalement de style et d’atmosphère en nous ramenant à la fin des années 70. Oubliés les tics des séries TV Netflix, nous voilà enfin face à un « vrai film » porté par une mise en scène efficace, une direction d’acteurs plus solide et une intrigue bien mieux construite, en grande partie grâce au choix de la resserrer autour de la double unité de lieu et de temps. Afin de respecter certaines contraintes logistique, ce second épisode est le dernier à avoir été tourné, dans la foulée de Fear Street partie 3 : 1666. Pour reconstituer le camp de vacances qui sert de cadre à l’action, Leigh Janiak et son équipe s’installent dans le parc de Hard Labor Creek State, en Georgie, où fut tourné 35 ans plus tôt Jason le mort-vivant. Ce n’est pas un hasard, dans la mesure où la saga Vendredi 13 est l’inspiration principale de cet opus. Pour autant, Janiak évite l’un des travers du premier épisode, qui consistait à égrener des références cinématographiques pour flatter les fans dans le sens du poil. Bien sûr, les clins d’œil abondent (Vendredi 13 donc, mais aussi Carrie, L’Exorciste, Halloween et beaucoup d’autres), mais de manière beaucoup moins criarde que précédemment. Un indiscutable bond qualitatif a donc été effectué depuis l’épisode 1994.

Le cœur du récit se situe pendant la nuit du 2 juillet 1978, dans le camp d’été de Nightwing où sont réunis les jeunes gens de Sunnyvale et de Shadyside. Malgré la rivalité séculaire qui oppose les deux groupes, une ambiance festive règne en ces lieux. Mais l’atmosphère s’alourdit lorsque l’infirmière, victime de ce qui ressemble à un accès de folie, agresse violemment l’un des animateurs. La vieille légende de la malédiction jetée par la sorcière Sarah Fier refait alors surface. Un petit groupe trouve dans l’infirmerie un journal intime où une carte semble mentionner l’emplacement de la maison de la sorcière. Poussés par la curiosité, ils suivent le plan tracé à la main et découvrent une grotte souterraine. Mais l’un d’entre eux se retrouve soudain possédé et se lance dans un sanglant massacre…

Massacre au camp d’été

L’atout majeur de ce second épisode, par rapport au précédent, est de s’appuyer sur des personnages plus attachants, aux relations plus intéressantes et aux réactions plus crédibles. Certes, le film ne parvient pas à évacuer quelques dialogues un peu idiots (notamment les petites confessions totalement hors-sujet auxquelles se livrent certains protagonistes entre deux séquences de meurtres), mais l’ensemble se tient assez bien. La réalisatrice entre rapidement dans le feu de l’action, cisèle sa mise en scène avec minutie et pare le film d’une très belle patine. À ce titre, il faut saluer le travail du directeur de la photographie Caleb Heymann (la saison 4 de Stranger Things) et des compositeurs Marco Beltrami (Scream) et Brandon Roberts (Underwater). Car la gestion de la bande musicale a aussi été améliorée. Si les extraits de chansons (puisées cette fois-ci dans le répertoire de la fin des années 70 et du début des années 80) continuent à s’enchaîner avec une certaine frénésie, la « vraie » bande originale prend bientôt le relais pour s’exprimer pleinement, à grand renfort d’orchestres amples et de chœurs lugubres qui évoquent tour à tour La Malédiction, Alien, Psychose et Vendredi 13. L’accent a été également mis sur le gore, à travers une série de meurtres à la hache franchement gratinés, mixage habile d’effets numériques et de maquillages spéciaux supervisés par Christopher Allen Nelson (Halloween 2018, Bright, Avengers Endgame). Le bilan est donc plutôt positif pour cet épisode central, dont le final prépare logiquement une conclusion située quant à elle en plein 17ème siècle.

 

© Gilles Penso

 

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LA PLANÈTE ROUGE (1959)

Des astronautes découvrent sur Mars une plante carnivore, un rat géant aux pattes d’araignées et un cyclope au corps gélatineux…

THE ANGRY RED PLANET

 

1959 – USA

 

Réalisé par Ib Melchior

 

Avec Les Tremayne, Gerald Mohr, Jack Kruschen, Nora Hayden, Paul Hahn, J. Edward McKinley, Tom Daly, Don Lamond

 

THEMA SPACE OPERA I EXTRA-TERRESTRES

La Planète rouge raconte le retour de la première expédition sur Mars, après soixante jours de silence radio. Le prologue du film se veut très réaliste, à grand renfort de stock-shots de l’armée, de séquences dans des salles de contrôle en effervescence et de réunions au sommet. Mais dès que la fusée atterrit (via des images de décollage passées à l’envers !) et que le docteur Iris Ryan, seule survivante valide, relate le voyage, tout bascule dans le n’importe quoi. Via un flash-back, nous revivons ainsi le voyage interplanétaire d’un quatuor bardé de stéréotypes. Outre Iris, assurant l’aspect « joli minois et romance » du film, nous avons là l’intrépide colonel Tom O’Bannion, le très sérieux professeur Getell, et le sergent Sam Jacobs, faire-valoir « comique » distillant son quota de blagues stupides. A bord de la fusée, les dialogues s’avèrent involontairement risibles, notamment lorsque O’Bannion, très inspiré, se remémore son enfance avec son chien et compare ce souvenir à la conquête de l’espace (?!).

Après beaucoup de longueurs, l’expédition atterrit enfin sur Mars et s’aventure dans une forêt peinte pas réaliste pour un sou. Tant vanté au moment de la sortie du film, le révolutionnaire procédé « Cinemagic » employé pour filmer les décors martiens consistait en fait à filtrer tout bêtement l’image en rouge…  L’intrigue commence à distraire lorsqu’Iris est attaquée par une plante carnivore en caoutchouc aux vagues aspects de pieuvre géante. Peu après surgit enfin le clou du spectacle : un rat-araignée-chauve-souris de douze mètres de long ! Son design est des plus évasifs, avec sa queue qui pendouille, sa mâchoire dégoulinante, ses grand yeux exorbités et ses pattes hérissées de pointes, mais sa séquence fonctionne plutôt bien. La marionnette, bien qu’animée très sommairement, est même assez efficace, tout comme ses interactions avec les comédiens. Le film doit d’ailleurs une grande partie de sa popularité à cette bestiole improbable, devenue l’un des icônes de la SF des années 50.

Ne revenez pas sans être invités !

Conscients qu’ils ont sous-estimé le danger, nos astronautes décident alors d’écourter leur séjour, mais un champ de force puissant empêche leur fusée de repartir. En désespoir de cause, ils explorent un grand lac intérieur à bord de leur bateau gonflable. De l’autre côté de la rive, ils aperçoivent une cité martienne hérissée de gigantesques buildings. Mais un colossal monstre marin (une masse visqueuse avec un gros œil qui tourne sur lui-même et des tentacules) les empêche d’aller plus loin et dévore même l’un d’entre eux. Tel un blob, cette amibe géante encercle alors la fusée, et ce n’est qu’à l’issue d’efforts surhumains et conjugués que les survivants parviendront à rentrer sur Terre. Naïf, invraisemblable et bigarré, ce space-opéra typique des fifties s’achève sur un avertissement sentencieux des Martiens (qu’on aperçoit sous les traits d’êtres difformes aux trois yeux globuleux), enjoignant les Terriens à ne plus revenir chez eux sans y être invités. Co-auteur du scénario avec son vieux complice Sid Pink, Ib Melchior poursuivra dans cette voie fantaisiste en écrivant notamment Journey to the Seventh Planet, Robinson Crusoe sur Mars et The Time Travellers.

 

© Gilles Penso


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