JIGSAW (2002)

Cinq étudiants en art fabriquent un mannequin biomécanique qui, soudain, se réveille et décide de les assassiner…

JIGSAW

 

2002 – USA

 

Réalisé par Don Adams et Harry James Picardi

 

Avec Barret Walz, Aimee Bravo, Mia Zifkin, Arthur Simon, Maren Lindow, James Palmer, Mark Vollmers, David Wesley Cooper, Marissa Adams, Brian Ellis

 

THEMA OBJETS VIVANTS I SAGA CHARLES BAND

Avant de réaliser le long-métrage Vengeance of the Dead pour Charles Band, Don Adams et Harry James Picardi jouèrent les couteaux suisses au sein des productions Full Moon, assurant notamment les rôles de monteurs et de sound designers sur des films aussi variés que Kraa ! The Sea Monster, Clockmaker, Frankenstein Reborn !, Murdercycle, Dead & Rotting, Veronica 2030, Witchouse, Les Morts haïssent les vivants, Alien Arsenal, Retro Puppet Master, Cryptz ou Killjoy 2. À cette époque florissante (où la quantité, hélas, était bien souvent préférée à la qualité), il n’était pas rare que trois ou quatre films soient mis en production chaque mois dans l’usine à série B de Band. Fort de leur Vengeance of the Dead, les duettistes se voient confier un autre film pour Full Moon dont ils signent une fois de plus la réalisation, le scénario, le montage et la production, le tout pour la très modique somme de 30 000 dollars. Et comme on pouvait le craindre, les ambitions artistiques de ces deux natifs du Wisconsin – où le film est tourné, comme le précédent – se heurtent à des contraintes budgétaires drastiques. Difficile de faire des merveilles avec si peu d’argent en poche et un planning de douze jours de tournage.

On ne peut pas reprocher au scénario de Jigsaw son manque d’originalité. La séquence d’introduction nous apprend que cinq étudiants en art sont mis au défi par leur professeur de créer une œuvre originale à partir des pièces détachées d’un mannequin d’apparence humaine. Charge à eux de customiser cette tête, ce torse, ces bras et ces jambes et de les assembler pour concevoir une sorte de Golem de leur invention en y injectant leurs peurs les plus intimes et leurs secrets les plus sombres. D’où le titre du film, qui signifie littéralement « puzzle ». Pour se donner de l’inspiration et du cœur à l’ouvrage, ils se retrouvent tous les cinq avec leur prof dans un bar et se confient les uns aux autres. À l’issue de cet exercice atypique, le résultat obtenu est une sorte de robot biomécanique bizarre équipé notamment d’un fusil à canon scié dans une main, d’une scie circulaire dans l’autre et d’une caméra greffée sur le visage. Pour aller au bout de la démarche artistique, les étudiants doivent mettre leur création au bûcher et voir tous leurs griefs et tous leurs mauvais souvenirs s’envoler. Mais il semblerait que Jigsaw n’ait pas spécialement envie d’être immolé…

Cadavre exquis

Pendant cinquante bonnes minutes, le film se soustrait à tout élément fantastique pour prendre les allures d’une chronique étudiante gorgée de séquences de dialogues conçues manifestement pour approfondir la personnalité des personnages et leurs fêlures. À ce titre, les flash-backs en noir et blanc qui décrivent les ravages de la toxicité masculine sur deux jeunes femmes (un père abusif et un mari violent) frappent par leur crudité. Mais dans la foulée, les victimes sont transformées en objets sexuels par le film dans des séquences clippées en totale rupture avec ce qui précède. Les intentions des deux auteurs/réalisateurs nous échappent donc un peu. Et lorsqu’enfin le mannequin se réveille et décide de massacrer tous ceux qui croisent sa route, aucune explication ne vient justifier ce virage surnaturel. Le Jigsaw se réveille et tue, c’est tout. Pas même un petit coup de baguette magique, une quelconque incantation vaudou ou même une décharge électrique vivifiante. Rien. Comme si Adams et Picardi se désintéressaient totalement de cette partie du film, par ailleurs très routinière. Il faut dire que le look de ce monstre patchwork n’est pas très concluant – une tête en plastique affublée d’une coupe iroquoise, une démarche rigide – et que les meurtres s’enchaînent de manière très mécanique, jusqu’à un final particulièrement abrupt. Dommage que le dernier acte de Jigsaw soit expédié de manière si désinvolte, parce que le concept ne manquait pas d’audace.

 

© Gilles Penso

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LES MONSTRES DE LA PRÉHISTOIRE (1977)

Au pied du mont Fuji, un lac semble abriter un grand plésiosaure qui sème la panique parmi les habitants et les touristes…

KYÔRYÛ KAICHÔ NO DENSETSU

 

1977 – JAPON

 

Réalisé par Junji Kurata

 

Avec Tsunehiko Watase, Nobiko Sawa, Shôtarô Hayashi, Tomoko Kiyoshima, Fuyuchiki Maki, David Freedman, Maureen Peacock, Catherine Laub

 

THEMA DINOSAURES

En 1975, Les Dents de la mer secoue le public du monde entier et bouleverse à tout jamais l’industrie du cinéma. Personne n’est insensible à cette onde de choc, et les émules ne tardent pas à pointer le bout de leur museau aux quatre coins du monde. Shigeru Okada, président de la compagnie japonaise Toei, veut lui aussi sa part du gâteau et commence à imaginer un film de monstre marin. Parallèlement, les témoignages liés à la présence d’une créature d’allure préhistorique dans le Loch Ness s’intensifient et provoquent un regain d’intérêt pour ce vieux mythe écossais. Okada tient alors son sujet : le surgissement d’un dinosaure aquatique en plein lac nippon. Ainsi naît le projet Les Monstres de la préhistoire. Pour assurer au film un caractère folklorique local susceptible d’attirer les spectateurs du monde entier, l’intrigue se situera majoritairement dans les environs du célèbre mont Fuji et se réfèrera aux légendes liées aux dragons asiatiques. Tourné en extérieurs réels et sur les plateaux de la Toei, le film s’inscrit ouvertement dans le style du cinéma catastrophe alors très en vogue à l’époque et sollicite le savoir-faire du vétéran des effets spéciaux Fuminori Ohashi, qui œuvra notamment sur Godzilla et King Kong contre Godzilla, et qui signe ici son dernier film avant sa retraite.

Dans la forêt d’Aokigahara, au pied du mont Fuji, une jeune femme chute dans une caverne glacée tapissée d’énormes œufs. Avant de sombrer dans le coma, elle confie à un journaliste une vision terrifiante : « Deux yeux immenses qui bougeaient au fond de la coquille ». Son témoignage attire l’attention du géologue Takashi Ashizawa, qui se rend aussitôt près du lac Saiko – où l’on s’apprête à célébrer la traditionnelle « fête du dragon aux yeux rouges » – pour retrouver l’œuf fossilisé. À son arrivée, un violent séisme le laisse inconscient. Recueilli par Shohei Muku, un vieil ami de sa famille, Takashi reprend rapidement ses recherches dans la forêt de Jukai. Mais autour du lac, les signes inquiétants se multiplient : un couple disparaît en pédalo, un plongeur est retrouvé grièvement blessé, du bétail s’évanouit sans laisser de traces. Lorsque sa petite amie découvre le cadavre décapité d’un cheval, Takashi est contraint d’envisager l’impensable : une créature préhistorique et vorace rôde dans les profondeurs du lac.

Grosses têtes mécaniques et petites marionnettes

Comme on pouvait s’y attendre, Les Monstres de la préhistoire emprunte plusieurs idées au Dents de la mer, notamment ce faux aileron qui affole les gens, prélude au surgissement du vrai monstre. Comme le Nessie dont il s’inspire, celui-ci tarde à se montrer. Ce sont d’abord des ombres qui glissent, des remous dans l’eau, une grande queue qui s’agite. Au bout de quarante minutes, la bête paraît enfin, pas beaucoup plus crédible hélas qu’une attraction de fête foraine. Si le scénario nous apprend que nous avons affaire à un plésiosaure, son anatomie reste relativement fantaisiste. Pour lui donner corps, le montage alterne une grosse tête mécanique grandeur nature et des marionnettes miniatures. Les mêmes techniques permettent de visualiser l’autre créature du film, un rhamphorynchus géant à mi-chemin entre Rodan, le ptéranodon du Sixième continent et le volatile préhistorique de La Serre géante. Ce ptérosaure démesuré fait son apparition dans les vingt dernières minutes du métrage en claquant bizarrement sa gueule aux allures de pince à cheveux. Entravé par une musique « easy listening » qui atténue l’impact dramatique des scènes d’attaque, par un jeu d’acteurs excessif et par un scénario erratique qui traîne en longueur, Les Monstres de la préhistoire peine à nous convaincre. Le réalisateur Junji Kurata cherche pourtant les sensations fortes en osant quelques passages sanglants (le demi-corps d’une victime déchiquetée au niveau de la taille, des jambes arrachées, des têtes coupées) et en concoctant un climax à grande échelle qui montre enfin l’affrontement promis par le poster du film. Le public japonais boudera cette production pourtant soigneusement calibrée qui n’aura pas le succès escompté, malgré quelques retentissements notables sur le marché international, en particulier en Russie.

 

© Gilles Penso

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VIRGIN HUNTERS 2 (2016)

Un couple d’extra-terrestres en mal de sensations se téléporte sur la Terre du futur où le plaisir de la chair est désormais interdit…

VIRGIN HUNTERS 2

 

2016 – USA

 

Réalisé par Cybil Richards

 

Avec Amber Newman, Dru Berrymore, Jerry Banks, Tina Tyler, Nikki Steel, Joel Lawrence, Craig Steep, Chris Evans, Leah Stice, Steve Tadei, Colt Steele

 

THEMA FUTUR I SAGA CHARLES BAND

Depuis le début des années 1990, le marché des petits films fantastico-érotiques directement destinés à la vente ou la location en vidéo est florissant, poussant Charles Band à alimenter généreusement son catalogue de titres sympathiques mais très anecdotiques qui mêlent des intrigues de fantasy et de science-fiction à des parties de jambes en l’air effrénées. Sorti en 1994, Virgin Hunters exploitait joyeusement ce filon, profitant même d’une tête d’affiche, Morgan Fairchild, qui fut à l’époque un peu trompée sur la marchandise – elle pensait participer à une innocente comédie futuriste. Toujours est-il que le film eut un petit succès dans les vidéoclubs, notamment parce qu’à l’époque Paramount Vidéo prenait en charge la distribution des films de Band. Quelques années plus tard, ce deal ne fonctionne plus, ce qui n’empêche pas le prolifique producteur de continuer sur sa lancée. Virgin Hunters 2 est donc mis en chantier au début des années 2000, sans star cette fois-ci, mais avec des actrices habituées du cinéma adulte (affublées de pseudos toujours très imagés, dont l’inénarrable Dru Berrymore) et un concept scénaristique voisin. Bizarrement, le film prendra longtemps la poussière dans les tiroirs de Full Moon et ne sera finalement exploité qu’en 2016 en DVD.

En 2099, la Terre connaît une paix parfaite depuis trente-sept ans. À la tête de ce monde désormais aseptisé, Camella Swales (Tina Tyler), présidente des États-Unis et commandante suprême de l’Alliance mondiale, gouverne une société où toute promiscuité est interdite, où la procréation se fait in vitro et où la passion a été chimiquement éradiquée par des inhibiteurs glissés dans l’alimentation. Le futur est productif, rationnel… et profondément ennuyeux. Mais la frustration gronde. Un mouvement rebelle mené par Karina (Nikki Steel) et Horace (Chris Evans, non, pas celui de Captain America) défie l’ordre établi en diffusant des vidéos pirates célébrant l’acte charnel. Cette menace d’insurrection déclenche la colère du général Hardwick (Craig Steep), prêt à instaurer la loi martiale pour s’emparer du pouvoir, contre l’avis du robot conseiller Davi (Joel Lawrence). C’est dans ce contexte que deux extraterrestres venus d’Alterria, Lex (Jerry Banks) et Trina (Dru Berrymore), débarquent sur Terre pour des vacances hédonistes. Leur désillusion est totale : la nourriture est devenue insipide et le sexe a disparu. Refusant de renoncer à leurs plaisirs, ils s’allient à Beth (Amber Newman), une jeune serveuse terrienne, qu’ils enlèvent brièvement pour l’initier aux joies de la chair avant de la renvoyer sur Terre, convaincus qu’elle pourra rallumer la flamme chez les humains.

Crossovers

Comme souvent dans ce type de production, l’intrigue de science-fiction n’est qu’un vague prétexte, même si le scénario griffonné à la va-vite par Cybil Richards cherche à l’exploiter du mieux qu’il peut. Si nous avons droit à l’apparition furtive de jolies maquettes de vaisseaux spatiaux, les effets numériques sont globalement très laids et le décor où sévissent les aliens d’une pauvreté extrême : un fond noir et des petites lampes qui pendouillent. On sait bien que les spectateurs sont surtout venus admirer l’anatomie du casting féminin et les séquences d’extases à répétition. De ce point de vue-là, tout le monde s’en donne à cœur joie, y compris Amber Newman que les familiers des productions polissonnes de Band connaissent bien (Pleasurecraft, Dungeon of Desire, Timescape). Le film s’amuse à tisser plusieurs liens avec d’autres films de la collection, notamment ceux de la « saga » Femalien, comme s’ils partageaient tous le même univers. Ainsi aperçoit-on un extrait de Femalien 2 visionné par les extra-terrestres pour montrer la liberté qui régnait sur la Terre quelques années plus tôt, tandis que la race des Alterians réapparaîtra dans Femalien Cosmic Crush. Lorsqu’enfin la Terre redevient une planète de passion et d’amour et que le film touche à sa fin, un ultime message nous annonce que la situation ne sera peut-être pas rétablie pour toujours, et que la lutte se poursuivra dans Virgin Hunters 3. Ce troisième opus, tourné dans la foulée, ne sortira quant à lui qu’en 2017.

 

© Gilles Penso

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WYVERN (2009)

Un dragon médiéval endormi depuis des siècles s’éveille soudain dans une petite ville d’Alaska et commence à semer la panique…

WYVERN

 

2009 – USA

 

Réalisé par Steven R. Monroe

 

Avec Nick Chinlund, Erin Karpluk, Barry Corbin, Elaine Miles, Tinsel Korey, Simon Longmore, John Shaw, Karen Elizabeth Austin, David James Lewis

 

THEMA DRAGONS

Conçu directement pour le marché vidéo par Steven R. Monroe, sur un scénario de Jason Bourque (La Terreur du Loch Ness, La Prophétie), Wyvern s’inscrit dans la veine des infinités de « creature features » déployés tous azimuts depuis la démocratisation des images de synthèse. Le postulat de départ n’y va pas par quatre chemins. Un pêcheur se coupe en vidant son poisson, une goutte de sang tombe dans la rivière, et le bloc de glace qu’abritait un Wyvern – sorte de monstre ailé carnivore possédant la morphologie classique d’un dragon, mais dénué de souffle enflammé – cède sous la morsure du réchauffement climatique. En quelques minutes, la créature jaillit de sa torpeur et attaque sa première victime. Dès lors, il apparaîtra à intervalles réguliers pour survoler la ville, s’immiscer dans les habitations et faucher ses proies à grands coups de griffes ou de queue acérée. Selon les codes adoptés depuis longtemps dans le cinéma catastrophe, les personnages nous sont présentés en parallèle de l’escalade de la menace : un ex-chauffeur routier hanté par un drame personnel, une serveuse à l’esprit pratique, un vieux braconnier adepte de légendes scandinaves, un médecin trop poli pour être honnête et quelques autres figures locales…

La structure narrative de Wyvern respecte scrupuleusement ce que nous sommes en droit d’attendre d’un tel exercice : la présentation rapide du lieu, l’apparition progressive du danger, les premières attaques, le regroupement des survivants, la découverte d’une complication supplémentaire (ici, un nid contenant trois œufs) et la mise au point d’un plan de contre-attaque. L’entreprise est menée de manière linéaire, sans véritable effet de surprise, mais avec une indéniable rigueur. On sent chez les auteurs la volonté de livrer le produit le plus solide possible. Le budget est visiblement très limité mais la créature numérique bénéficie d’un design soigné et d’une animation globalement crédible. Monroe ne se met pas en quête d’un second degré décalé à la Sharknado (malgré quelques répliques improbables telles que « We have a Wyvern problem ! ») et prend son sujet au sérieux.

Le dragon des montagnes

Sur le plan esthétique, Wyvern bénéficie d’une atmosphère particulière, portée par ses décors naturels. Tourné dans des paysages montagneux canadiens, le film dégage une ambiance de western glacial, où la menace ne vient pas seulement du ciel mais aussi de l’isolement. Ce cadre confiné permet de compenser en partie le manque de moyens, en instaurant une tension diffuse, ponctuée de pointes d’horreur relativement efficaces. Pour autant, les ambitions du film restent limitées. Les morts s’enchaînent selon une logique attendue, les conflits humains restent cantonnés à l’arrière-plan et l’enjeu dramatique peine à dépasser le strict cadre du monstre à éliminer. De plus, une partie de l’action se déroule hors champ, choix compréhensible compte tenu du budget, mais qui affaiblit parfois l’impact de certaines scènes. Selon son exploitation en DVD où sur les chaînes télévisées câblées, Wyvern est connu chez nous sous plusieurs appellations, telles que The Last Dragon ou La Malédiction de Beaver Mills. Un titre interchangeable pour une production modeste… mais pas dénuée d’une certaine efficacité. L’année suivante, Steven R. Monroe changera de registre pour s’attaquer à l’ultra-violent I Spit on your Grave, remake d’un classique du cinéma d’exploitation des années 70.

 

© Gilles Penso

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LE VENIN DE LA PEUR (1971)

Troublée par une série de rêves de plus en plus perturbants, une jeune femme est accusée du meurtre sanglant de sa voisine…

UNA LUCERTOLA CON LA PELLE DI DONNA

 

1971 – ITALIE / ESPAGNE / FRANCE

 

Réalisé par Lucio Fulci

 

Avec Florinda Bolkan, Stanley Baker, Jean Sorel, Silvia Monti, Alberto de Mendoza, Penny Brown, Mike Kennedy, Ely Galleani, Jorge Rigaud, Ezio Marano

 

THEMA TUEURS

Lucio Fulci commence sa carrière de réalisateur dans les années 50, mais il ne s’attaque au genre horrifique qui va le rendre célèbre qu’à la fin de la décennie suivante, d’abord avec Perversion Story puis avec Le Venin de la peur. Ce dernier est connu sous plusieurs titres alternatifs : Carole pour sa première exploitation en France (avant d’être retitré pour le marché vidéo et doté d’un très beau poster de Laurent Melki), Schizoid en Angleterre ou encore A Woman in a Lizard Skin aux Etats-Unis, traduction littérale du titre original qui signifie « Un lézard dans une peau de femme ». Cette expression imagée ne se réfère à aucune séquence particulière. Il s’agit plutôt d’une vue de l’esprit, conforme aux titres animaliers dont sont dotés de nombreux giallos des années 70 (comme L’Oiseau au plumage de cristal, Le Chat à neuf queues ou La Tarentule au ventre noir, par exemple). Le Venin de la peur est une coproduction italo-franco-espagnole mais se déroule à Londres et met en scène des personnages britanniques. Les acteurs, eux, viennent d’un peu partout : Brésil, Pays de Galle, France, Argentine, Italie, Suède, Grande-Bretagne… Ce melting pot face à la caméra est très représentatif des coproductions de cette époque.

Le Venin de la peur commence par une scène de rêve perturbante, dans laquelle la dormeuse Carol Hammond (Florinda Bolkan) semble partagée entre la frayeur et le désir : une traversée dans un couloir de train étroit, puis dans celui d’un immeuble où elle doit se frayer un chemin au milieu de dizaines de corps nus qui s’enlacent, jusqu’à une chute dans le vide et au surgissement de sa voisine Julia (Anita Strindberg) qui la séduit langoureusement. Lorsqu’elle raconte ce songe bizarre à son psychiatre, Carol se rend compte qu’elle est obsédée par cette jeune femme dont la vie dissolue contraste radicalement avec sa propre existence rangée et banale, partagée entre son époux Frank (Jean Sorel), sa belle-fille Joan (Ely Galleani) et son père Edmond (Leo Genn) qui brigue le poste de député. Peu à peu, ses rêves deviennent de plus en plus extrêmes : des corps déchiquetés, un cygne géant qui la poursuit, un meurtre au couteau… Mais alors que Carole vient de se voir en train d’assassiner Julia à coups de coupe-papier, celle-ci est retrouvée morte dans la réalité, exactement dans les mêmes conditions que dans le rêve. Tous les soupçons convergent alors logiquement vers elle. Aurait-elle inconsciemment commis ce meurtre ?

Sanglante paranoïa

La mise en scène du Venin de la peur surprend par sa liberté, sa fougue et son foisonnement d’idées visuelles, à mi-chemin entre le surréalisme d’un Fellini et le psychédélisme en vogue au début des années 70. Fulci sollicite les mouvements brutaux de caméra portée, les gros plans invasifs, les reports de point, les split screens, les jeux d’avant-plan extrêmes, les coups de zoom intempestifs, les expérimentations musicales d’Ennio Morricone, bref un trésor d’inventivité lui permettant de traduire le déséquilibre psychique de son héroïne et l’invasion progressive de la paranoïa dans son quotidien. Au détour de certaines séquences, le réalisateur commence aussi à montrer ses penchants pour l’esthétisation des effets gore, sa future signature. Face à sa caméra s’exposent ainsi des cadavres décomposés, des plaies béantes, mais aussi des corps étripés de chiens agonisants qui lui vaudront des démêlées avec la justice, avec à la clé un procès et le témoignage des membres de l’équipe du film expliquant qu’il s’agit d’effets spéciaux conçus par Carlo Rambaldi ! Entre les nombreux moments de fulgurance du Venin de la peur – la course poursuite dans la clinique, le grand orgue dans la cathédrale, l’attaque des chauve-souris -, l’intrigue se perd un peu dans les clichés inhérents aux giallo : adultères, faux-semblants, manipulations, machinations, révélation finale théâtrale… Il n’en demeure pas moins que nous sommes là face à une pièce maîtresse de la filmographie de Fulci, que tous les aficionados du maestro se doivent de découvrir.

 

© Gilles Penso

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LE PACTE (2001)

Les membres d’une fraternité universitaire se livrent à de bien étranges activités qui semblent liées au secret de la vie éternelle…

THE BROTHERHOOD

 

2001 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Sam Page, Josh Hammond, Bradley Stryker, Elizabeth Bruderman, Forrest Cochran, Michael Lutz, Donnie Eichar, Christopher Cullen, Brandon Beemer

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I VAMPIRES I SAGA CHARLES BAND

À la fin des années 1990, David DeCoteau est déjà un vétéran du cinéma indépendant américain. Formé à l’école Roger Corman, passé par la galaxie Full Moon de Charles Band, le cinéaste est habitué à tourner à un rythme industriel pour des structures qui privilégient avant tout la rentabilité. Rompu à cette cadence éprouvante mais formatrice, DeCoteau décide de fonder en 1999 sa propre société de production : Rapid Heart Pictures. L’objectif est de continuer à produire vite et économiquement, tout en gardant cette fois-ci un plus grand contrôle. Ses crédos restent l’horreur, le fantastique et le suspense, avec une ligne éditoriale orientée vers un public niche, notamment auprès des audiences gay, adolescentes et féminines. La société se structure autour d’un mode de production léger, de tournages courts et d’une exploitation pensée essentiellement pour le marché du « direct-to-video », alors en pleine expansion. Le premier projet estampillé Rapid Heart est initialement développé sous le titre I’ve Been Watching You (« Je te surveille »), et tourné sous ce titre avant de trouver son appellation définitive : The Brotherhood (Le Pacte). Pari réussi : ce petit film d’épouvante aux ambitions modestes donnera naissance à pas moins de cinq suites !

Alors que la rentrée scolaire vient de commencer sur le campus de la petite université américaine de Drake, on déplore la mort mystérieuse d’un étudiant de 19 ans qui appartenait à la fraternité Doma Tau Omega, l’une des plus prestigieuses du pays. Dan (Josh Hammond), un étudiant un peu geek, se présente comme le nouveau colocataire de l’athlétique Chris Chandler (Sam Page). Celui-ci nous apparaît d’emblée comme extrêmement antipathique, comme en témoigne la liste d’avertissements qu’il énonce sévèrement au nouveau venu : « Ne touche pas à mes affaires, ni aux deux lits, ni au bureau, débrouille-toi avec un sac de couchage et un placard, dors dans ta voiture si je ramène des filles… » Mais cette entrée en matière glaciale est une blague. Chris est en réalité un bon gars. Membre de l’équipe de natation, boursier pour la fac, il n’est pas particulièrement désireux d’intégrer l’une de ces fameuses fraternités élitistes. Sauf que les membres de Doma Tau Omega l’ont repéré et veulent l’intégrer dans leur groupe, une invitation qu’il décline poliment. Il accepte malgré tout de se rendre à une de leurs fêtes, pour faire plaisir à Dan et à la jolie Megan (Elizabeth Bruderman). Sur place, sa rencontre avec Devon Eisley (Bradley Stryker), le chef de la fraternité, risque bien de bouleverser sa vie…

« Les vampires sont des mythes, nous sommes réels »

Le pacte qui donne au film son titre français est très proche de celui qu’on signerait avec le diable, même si nous sommes surtout en présence ici d’une variante autour du thème du vampirisme, puisque le secret de la vie éternelle repose sur la consommation du sang d’autrui. « Les vampires sont des mythes, ils n’existent pas », dit à ce propos le mystérieux Devon, « alors que nous sommes réels. » Évidemment – David DeCoteau oblige -, le film exhibe son lot de beaux garçons musclés en débardeur ou torse-nu, moulés dans leurs shorts ou leurs caleçons. Les membres de la fraternité, eux, sont filmés de manière ouvertement caricaturale : ils avancent au ralenti, lunettes noires sur le nez, accompagnés d’une musique électronique martiale. DeCoteau utilisait déjà ce gimmick dans le film de SF pour ados Alien Arsenal, tout comme il continue inlassablement à déployer ses tics de mise en scène habituels, notamment les nuits d’orage saturées d’éclairs et de coups de tonnerre. L’intrigue n’ayant pas non plus des tonnes de péripéties à raconter, le réalisateur fait durer les séquences au-delà de la limite raisonnable, en particulier cette « partie à trois » où Chris et Devon se repaissent du sang d’une jeune femme alanguie qui gémit longuement. Bref, la finesse n’est pas spécialement au rendez-vous. On sent pourtant l’envie de bien faire, à travers ce tournage élégant au format Cinemascope, ces dialogues plutôt bien écrits et ces acteurs qui s’impliquent avec autant de conviction qu’ils peuvent. Le public répondra présent et permettra le lancement d’une véritable petite saga autour de l’univers du Pacte.

 

© Gilles Penso

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RETOUR À SILENT HILL (2026)

Entre pure horreur anxiogène et ultra romantisme, ce retour aux enfers est l’aboutissement d’un projet longuement muri depuis la sortie du premier opus…

RETURN TO SILENT HILL

 

2026 – USA / FRANCE

 

Réalisé par Christophe Gans

 

Avec Jeremy Irvine, Hannah Emily Anderson, Robert Strange, Evie Templeton, Pearse Egan, Eve Macklin, Emily Carding, Martine Richards, Howard Saddler

 

THEMA MORT I SAGA SILENT HILL

Après les quatre premiers jeux originaux sur Playstation édités par Konami entre 1999 et 2004, l’auteur du Pacte des loups signe la première adaptation de Silent Hill en 2006. En 20 ans, la licence a donné lieu à diverses suites ainsi qu’à un second long-métrage, Silent Hill : Revelation 3D, réalisé cette fois par M.G. Bassett, également réalisatrice en 2009 de Solomon Kane et en 2025 d’une nouvelle adaptation d’un personnage créé par le texan Robert E. Howard, Red Sonja, avec l’actrice italienne Matilda Lutz éblouissante dans le Revenge de Coralie Fargeat. Si Christophe Gans a envisagé cette suite dès les débuts de son travail sur la licence, il a dû mettre le projet en stand-by pour mieux s’y consacrer avec sa co-scénariste, Sandra Vo-Anh – auteure de Dégénérescence dans la collection Frayeur dirigée par Jean Rollin et de Dans mon dedans sorti aux Belles Lettres – avec qui il a également écrit et porté à l’écran sa propre version du conte de La Belle et la Bête. Christophe Gans signe donc ici son grand retour sur les écrans avec un film dont l’atmosphère évoque les œuvres littéraires des auteurs macabres des 19ème et 20ème siècles (d’Edgar Poe à H.P. Lovecraft), ainsi que les grands thèmes romantiques chers au réalisateur depuis son segment The Drowned dans le Necronomicon, produit par Brian Yuzna en 1991, et son premier long-métrage Crying Freeman

Bien que Mary (Hannah Emily Anderson) soit morte trois ans auparavant, l’amour que lui porte James Sunderland (Jeremy Irvine) l’entraîne dans une quête éperdue dans l’univers terrifiant de la ville de Silent Hill, désireux de remonter le temps, porté par la culpabilité de l’avoir abandonnée à deux reprises par le passé. Cette incursion dans l’enfer de la ville incendiée – à l’instar de son âme – s’apparente aussi à un combat contre ses propres démons, comme semblent le lui signifier les multiples miroirs brisés rencontrés dans le jeu, ou encore l’alter-ego de Mary l’appelant une nouvelle fois à l’aide. Ni ville fantôme, ni ville morte puisqu’habitée d’abominations qui ne cessent de se multiplier, mais plutôt ville condamnée, Silent Hill est un mirage dans la brume, à l’orée d’une symbolique forêt et d’un lac (de larmes ?) qui la protège du sort des bâtiments lorsqu’ils s’effondrent sous les flammes. La restitution de ce volet, où les cendres n’en finissent pas de tomber, est une sublimation du jeu et de ses décors, où émergent de l’obscurité des camaïeux de couleurs gris-marron-vert, qui pointent dans la noirceur de ce monde comme des espoirs de (sur)vie, que le rouge du sang et l’orange du feu s’acharnent à détruire.

Des cendres et des pluies de larmes

Mais du Chaos de la mythologie nait aussi l’amour et l’harmonie. Ainsi James va affronter toutes ses peurs et transcender un monde fantasmagorique pour tenter de retrouver le chemin vers la vie, porté par le fol espoir d’une seconde chance après son rendez-vous manqué avec le bonheur ; celui-ci est hors de portée de la ville, là où le monde resplendit avec ses couleurs chatoyantes : le bleu du ciel tel celui des yeux de Mary, le vert de la nature luxuriante, le jaune du soleil qui vivifie. Silent Hill apparait alors à certains comme un purgatoire plus qu’un lieu infernal, qui donne à notre anti-héros, comme à nous-mêmes, de quoi méditer sur les mauvais choix, les erreurs passées qui hantent l’esprit, et sur les amours perdues. Conçues par Patrick Tatopoulos et chorégraphiées par Roberto Campanella d’après les designs de Masahiro Itō, une foultitude de créatures fantastiques chtuluhesques donne lieu à des scènes d’action pour lesquelles le cinéaste a toujours démontré à la fois son attirance et sa maîtrise du genre. La bande originale est signée par Akira Yamaoka lui-même, créateur, producteur et compositeur du jeu qui, par sa seule présence au générique, valide cette transposition de son œuvre. Retour à Silent Hill est une expérience immersive avec juste ce qu’il faut d’artificialité pour respecter la sensation ludique du jeu vidéo, en même temps qu’une réussite cinématographique qui n’est pas, comme d’autres transpositions, uniquement réservée aux gamers.

 

© Quélou Parente

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THE JURASSIC GAMES EXTINCTION (2025)

Les concepteurs d’un jeu télévisé futuriste, qui consiste à lutter à mort contre des dinosaures, deviennent malgré eux les nouveaux participants…

JURASSIC GAMES EXTINCTION

 

2025 – USA

 

Réalisé par Ryan Bellgardt

 

Avec Adam Hampton, Katie Burgess, Leila Annastasia Scott, Brandon Stanley, Ryan Francis, Todd Jenkins, Ben Hall, Abby Miner, Leah N. H. Philpott, Sophie Proctor

 

THEMA DINOSAURES I FUTUR I MONDES PARALLÈLES ET VIRTUELS

Sorti en 2018 – pile poil pour se synchroniser avec l’arrivée en fanfare de Jurassic Park : Fallen Kingdom -, The Jurassic Games avait fait son petit effet. Pas un gros succès, certes, mais au regard de son faible budget, l’accueil s’était révélé plutôt encourageant. Son instigateur, le couteau-suisse Ryan Bellgardt (scénariste, réalisateur, concepteur d’effets spéciaux) remet donc le couvert avec The Jurassic Games Extinction, une suite directe qui reprend une partie du casting du film précédent et s’appuie sur le même concept, c’est-à-dire une sorte de cocktail audacieux mélangeant Running Man, Tron et Jurassic Park. Bellgardt est manifestement obsédé par les grosses bêtes préhistoriques, puisque nous lui devons aussi Dinosaur World et la trilogie Jurassic Pet. Ici, il calcule son coup pour que son film sorte en même temps que Jurassic World : Renaissance, avec un bel opportunisme qui aurait pu faire pâlir d’envie Roger Corman ou l’équipe de The Asylum. Mais si le scénario semble être un patchwork délirant et si l’enveloppe budgétaire reste très mince, Bellgardt (qui œuvre la même année sur les effets visuels très réussis de Bambi : la vengeance) tient à soigner du mieux qu’il peut ce Jurassic Games Extinction. Notre homme met du cœur à l’ouvrage, et ça se voit.

L’entrée en matière semblera familière à ceux qui ont vu le premier The Jurassic Games. Nous sommes dans un futur proche, où les condamnés à mort sont exécutés en direct à la télévision via une émission extrêmement populaire. Ceux qui succombent aux dangers de ce monde virtuel peuplé de dinosaures meurent pour de bon. Le dernier survivant, lui, a le droit de regagner la liberté. Le générique d’ouverture, qui enchaîne les journaux télévisés futuristes, nous apprend qu’Adrian Cane, fondateur du jeu, a été forcé par des pirates informatiques surnommés The Cavemen de pénétrer dans le jeu et y a trouvé la mort face aux caméras. Mais « the show must go on ». Dix nouveaux condamnés s’apprêtent donc à entrer dans le jeu pour une nouvelle partie. Les Cavemen, de leur côté, entendent bien contre-attaquer pour annuler une bonne fois pour toutes ces épreuves mortelles diffusées en live et décident d’y envoyer Tucker (Adam Hampton), un ancien détenu ayant survécu à la saison précédente. Alors que cinq testeurs se rendent à l’intérieur du jeu pour vérifier plusieurs dysfonctionnements, quelque chose se dérègle et ce sont eux qui deviennent les vrais participants, soudain lâchés dans une jungle hostile antédiluvienne aux côtés de Tucker et de la redoutable joueuse Joy (Katie Burgess)…

Dino Player One

Si les effets visuels ont été améliorés depuis le premier The Jurassic Games, les images de synthèses manquent encore de crédibilité, un défaut compensé par le fait que toutes les scènes préhistoriques sont censées se dérouler dans un univers virtuel. Conscient de ses limitations, Ryan Bellgardt fait d’ailleurs dire à l’un de ses personnages : « Nous sommes capables de créer des dinosaures réalistes… enfin presque réalistes. » Ce qui n’empêche pas le film de multiplier les séquences d’action ambitieuses et dynamiques : des dinosaures lancés aux trousses des motos volantes, la traversée d’un champ pullulant de brontosaures, les jets de lave provenant d’un volcan en éruption, le combat d’une horde de raptors contre un mammouth ou encore l’affrontement entre un T-rex armé de canons et une mecha-suit. L’idée que les joueurs eux-mêmes puissent se transformer en dinosaures ajoute un peu de fun à l’ensemble. Le fait que le l’I.A. créée pour simuler ce monde préhistorique s’appelle G.O.D. (Games Operating Device) ne manque pas d’ironie et nous rappelle l’une des célèbres répliques de Jeff Goldblum dans Jurassic Park : « Dieu crée les dinosaures, Dieu tue les dinosaures, Dieu crée l’homme, l’homme tue Dieu, l’homme crée les dinosaures. » Autre ironie intéressante : ici, ce sont les concepteurs du jeu qui sont victimes de leur propre création. Le scénario essaie d’approfondir un peu ses personnages et leurs conflits internes, même si les caractérisations restent schématiques, souvent éclipsées par une action foisonnante et généreuse. De ce point de vue, et à condition de ne pas placer trop haut ses exigences techniques et artistiques, The Jurassic Games Extinction est un spectacle raisonnablement agréable.

 

© Gilles Penso

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DELTA DELTA DIE (2003)

Les filles d’une petite sororité universitaire californienne attirent les étudiants dans leur repaire pour dévorer leur chair…

DELTA DELTA DIE

 

2003 – USA

 

Réalisé par Devin Hamilton

 

Avec Julie Strain, Brinke Stevens, Joe Dain, Steve Malis, Karen A. Smith, Tiffany Shepis, Rachel Myers, Lizzy Strain, Jennifer L. Johnson, Kathryn Adams

 

THEMA CANNIBALES I SAGA CHARLES BAND

Après deux films de commande conçus à l’initiative du producteur Charles Band pour surfer sur les succès du moment, Bleed (un slasher inspiré par Scream) et Birth Rite (une histoire de sorcellerie sous l’influence de Dangereuse alliance), le réalisateur Devin Hamilton estime qu’il a suffisamment fait ses preuves pour proposer un sujet plus original et plus proche de ses propres goûts, autrement dit une comédie horrifique qu’il envisage comme une sorte de mixage délirant entre Atomic College et Sorority Babes in the Slimeball Bowl-o-rama. Band donne son feu vert et Hamilton en profite pour solliciter deux fameuses « scream queens » qu’il avait déjà dirigées dans ses films précédents : Julie Strain (Morgana, How to Make a Monster) et Brinke Stevens (Slave Girls, Sideshow, Horrorvision, Hell Asylum, Mega Scorpions). Deux rôles sont donc spécialement écrits pour elles et convergent vers une confrontation finale mouvementée. D’abord titré Eat Me U avant d’être rebaptisé Delta Delta Die pour mieux se conformer à l’univers des sororités étudiantes dans lequel se déroule l’intrigue, le film est tourné en neuf jours pour un budget extrêmement limité de 75 000 dollars.

Au sein de la discrète sororité universitaire Delta Delta Pi, Marilyn Finch (Julie Strain), la charismatique mère de la maison, initie ses étudiantes à un rituel secret et macabre : le cannibalisme. Aidées par un doyen complice (Steve Malis), les jeunes femmes attirent des garçons sans méfiance dans leur repaire, les assassinent… puis les cuisinent. Leurs victimes finissent même transformées en tartes distribuées innocemment sur le campus. Même si toutes les adeptes de Madame Finch s’amusent comme des folles en se prenant pour des émules d’Hannibal Lecter, la discipline chez les Delta Dalta Pi reste stricte. L’une des membres est ainsi sévèrement punie pour avoir consommé une partie jugée « impure » du corps humain, autrement dit un pénis – au cours d’un prologue qui donne tout de suite le ton du film. Alors que les disparitions se multiplient parmi ses camarades, Tobias (Joe Dain), un étudiant qui assiste le doyen, soupçonne que des choses sinistres se trament à l’approche du vingtième anniversaire de la sororité. Opiniâtre, il fait appel à Rhonda Cooper (Brinke Stevens), une ancienne Delta Delta Pi, pour l’aider à mettre fin aux agissements de cette confrérie anthropophage.

Cannibal Girls

On sent bien chez Devin Hamilton l’envie de se lâcher dès que l’occasion le lui permet. Le gore est donc de la partie, la nudité aussi, quitte à monter sous forme de vidéoclips des séquences de strip-tease parfaitement gratuites. Lorsque Julie Strain se déhanche à moitié nue, les yeux dissimulés derrière des lunettes de soudeur, hache de la viande humaine et la goûte au bout de la lame de son couteau sur le tempo tonitruant d’un morceau de metal, nous nageons dans un délire très proche des films Troma – justement l’une des références d’Hamilton. Strain ne recule d’ailleurs devant aucune grimace carnassière pour nous faire comprendre qu’elle est très très méchante. Tous ces passages déjantés sont amusants mais nous semblent surtout faire office de remplissage et n’aident pas beaucoup au développement d’une intrigue qui partait pourtant avec un beau potentiel. Le flashback improbable qui nous raconte les origines de cet étrange culte du cannibalisme, né d’un accident qui rappelle l’histoire de Sweeney Todd, laissait pourtant la porte ouverte vers un scénario plus intéressant. Mais Delta Delta Die se contente de son concept sans vraiment le faire évoluer et se termine par un crêpage de chignons gentiment ridicule. Dans la foulée, Hamilton prévoyait un quatrième film pour Charles Band, une variante polissonne du mythe de Jekyll et Hyde baptisée Roid Rage, mais le projet fut abandonné juste avant son tournage.

 

© Gilles Penso

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DEATHSTALKER 4 (1991)

Pour sa quatrième aventure, le barbare guerrier participe à un grand tournoi organisé par une châtelaine maléfique…

DEATHSTALKER IV – MATCH OF THE TITANS

 

1991 – USA / BULGARIE

 

Réalisé par Howard R. Cohen

 

Avec Rick Hill, Maria Ford, Brett Baxter Clark, Michelle Moffett, Anya Pencheva, Djoko Rosic, Kosta Karageorgiev, Jenny Philipova, Rumen Dimitrov

 

THEMA HEROIC FANTASY I SAGA DEATHSTALKER

Deathstalker et sa suite s’étaient révélé des bonnes affaires pour Roger Corman : une exploitation de la vogue de l’heroic fantasy créée par le succès de Conan le barbare, des budgets très raisonnables, beaucoup de recyclage et le tour était joué. Mais la formule magique ne pouvait pas marcher à chaque fois, comme le prouvait un Deathstalker 3 fauché et bien peu palpitant qui fixait les limites du concept. Corman n’entend pourtant pas lâcher totalement l’affaire. En se serrant encore la ceinture et en convoquant l’acteur principal du tout premier film, le massif Rick Hill, il espère encore attiser les dernières flammes du genre, malgré l’arrivée des années 90 qui marquent le changement de goût du public. Voici donc un Deathstalker 4 que personne n’attendait particulièrement et qui s’efforce d’oublier les variantes joyeuse et sautillantes proposées dans les opus 2 et 3 pour un retour du héros barbare, musclé et monolithique. Restrictions budgétaires obligent, le recours aux stock-shots est plus flagrant que jamais, cet épisode reprenant de larges extraits de Deathstalker et Deathstalker 2 pour une partie des séquences de tournois, de batailles et d’orgies, tandis qu’une voix off narratrice s’efforce de fluidifier ce patchwork d’images disparates.

Tout commence comme d’habitude : Deathstalker sauve une demoiselle en péril, menacée ici d’être violée par trois hommes-fauves qui grognent. Puis notre voleur musclé se met en quête de son ami guerrier Aldilar (Stancho Stanchev), qui possède son épée. Sur le chemin, il rencontre Vaniak (Brett Baxter Clark), un athlète qui se prépare pour l’événement du moment : un grand tournoi organisé par Kana (Michelle Moffett), la châtelaine du coin. Tous les guerriers de la région semblent d’ailleurs s’être donné le mot pour participer à cette série d’affrontements violents mano a mano, y compris la vaillante Dionara (Maria Ford), remplaçant au pied levé sa sœur tombée au combat. Deathstalker finit par se rendre compte que les vainqueurs disparaissent les uns après les autres et que Kana est en réalité une sorcière masquant derrière ces épreuves sportives des activités démoniaques…

« Ce n’est pas facile d’être un héros »

Après l’Argentine et le Mexique des opus précédents, l’équipe de tournage s’installe cette fois-ci en Bulgarie pour donner corps à ce scénario aux enjeux franchement très peu palpitants. Rick Hill est toujours aussi monolithique, même si le scénario l’affuble de petites phrases supposément comiques façon Arnold Schwarzenegger. Le voilà donc qui débite des punchlines improbables (« et dire qu’on pense que les chats sont mignons ! » après avoir tué des hommes félins féroces) ou qui exprime ses pensées en voix off (« ce n’est pas facile d’être un héros »). Les filles, elles, sont plutôt faciles, en accord avec la vision macho que défend la saga depuis ses débuts. Dionara, que Deathstalker veut entraîner au maniement de l’épée, lui répond donc, langoureuse : « ce n’est pas le type d’apprentissage que j’avais en tête pour ce soir. » La reine Kana vient ensuite le draguer dans son lit. Quant à la redoutable guerrière Janeris, elle n’a rien contre quelques orgies entre deux combats. Le quota de nudité est respecté, le gore pointe le bout de son nez (un combattant réduit à l’état de flaque de sang poisseuse après avoir été écrasé à coups de masse) et l’humour fait parfois mouche, comme lorsque le héros essaie d’apprendre au chaste Vaniak comment séduire les femmes. Maladroit, affublé d’ellipses parfois incompréhensibles (Deathstalker et Dionara sont coincés dans une grotte dont l’issue est bloquée, puis se retrouvent soudain à cheval dans la forêt), Deathstalker 4 se révèle toutefois plus réussi et plus distrayant que son prédécesseur, assumant pleinement son caractère fantastique avec ces créatures mi-humaines mi-félines, ce miroir magique qui agit comme des caméras de vidéosurveillance ou cette armée d’hommes pétrifiés. La saga Deathstalker s’arrêtera là, avant la mise en chantier tardive d’un remake du premier opus en 2025

 

© Gilles Penso

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