SEEDING OF A GHOST (1983)

Dévasté par la mort de sa femme, un chauffeur de taxi sollicite un sorcier adepte de la magie noire afin de punir les responsables…

ZHONG GUI

 

1983 – HONG-KONG

 

Réalisé par Kuen Yeung

 

Avec Norman Chu, Philip Ko, Maria Jo, Jung Wang, Mi Tien, Hussein Abu Hassan, Hsin-Nan Hung, Man-Biu Pak, Ling-Chi Fu, Jaime Mei-Chun Chik, Wai Lam

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I FANTÔMES

À l’orée des années 1980, le cinéma hongkongais traverse une zone de turbulence. Longtemps omniprésente, la Shaw Brothers voit son empire vaciller sous les coups de boutoir de la concurrence de la Golden Harvest, de la montée du piratage favorisée par l’arrivée de la VHS et de l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes. Pour survivre, le mythique studio se replie progressivement sur la production de séries B outrancières. C’est dans ce contexte que naît Seeding of a Ghost, l’un des derniers avatars d’un sous-genre alors très en vogue à Hong Kong : les films de magie noire. Depuis le succès de Black Magic en 1975, la Shaw Brothers avait multiplié les récits mêlant la sorcellerie, l’érotisme et le gore. Lorsque Seeding of a Ghost sort sur les écrans, la fermeture imminente du département cinéma de la Shaw est déjà actée en coulisses. Le studio prépare sa reconversion vers la télévision, tandis que le public se passionne désormais pour les cascades de Jackie Chan et les polars nerveux. Se lancer dans un film d’horreur aussi excessif ressemble alors à une tentative désespérée de renouer avec les heures glorieuses du studio. Sollicité pour la mise en scène, Kuen Yeung pousse tous les curseurs dans le rouge, bien avant l’apparition de la Catégorie III en 1988 – à laquelle le film sera rétroactivement rattaché. À cette occasion, le long métrage réunit deux figures importantes du cinéma d’arts martiaux, Philip Ko et Norman Chu, qui troquent ici les affrontements traditionnels contre une violence plus sèche et plus nerveuse.

Chau Zhou (Philip Ko), chauffeur de taxi à Hong Kong, voit sa vie basculer le soir où un mystérieux sorcier pratiquant la magie noire (Hussein Abu Hassan) surgit devant son véhicule après avoir été pourchassé par une foule en colère. Avant de disparaître, cet étrange shaman lui annonce qu’une terrible malédiction plane désormais sur lui. Peu après, nous découvrons qu’Irene (Maria Jo), la femme de Chau, employée comme croupière dans un casino, entretient une liaison avec Fang (Norman Chu), un joueur fortuné qui refuse de quitter son épouse. Humiliée et en colère après une dispute, elle erre seule dans les rues nocturnes d’un quartier mal famé et tombe entre les griffes de deux voyous qui la violent avant de provoquer accidentellement sa mort. Dévasté par ce drame et confronté à l’impuissance de la police, Chau n’a plus qu’une idée en tête : se venger. Persuadé que le sorcier qu’il avait fortuitement rencontré détient le pouvoir de punir les responsables, il le retrouve et insiste pour utiliser ses rituels interdits. D’abord réticent face aux dangers de la magie noire, le vieil homme finit par céder à l’obsession de Chau. Une mécanique infernale se met alors en marche…

Tous les délires sont permis !

Seeding of a Ghost est un film déstabilisant, c’est le moins qu’on puisse dire. La première partie prend les allures d’une sorte de mélodrame érotique, avec une bonne dose de séquences de nudité parfaitement gratuites (douches, coucheries, courses au ralenti les seins à l’air). Puis l’histoire bifurque soudain vers le récit criminel, en s’agrémentant de quelques scènes de bastons particulièrement brutales, au cours desquelles Philip Ko et Norman Chu peuvent tirer parti de leur expérience en matière de combats musclés. Mais déjà, le fantastique s’immisce discrètement, dans la mesure où la défunte Irène communique avec son époux en laissant sa voix d’outre-tombe s’infiltrer dans les appels de sa CB. Dès que la magie noire s’active, à mi-parcours du métrage, tous les délires sont désormais permis : un homme crache des vers de terre vivants, un autre dévore sans s’en apercevoir le cerveau pantelant d’un crâne humain, une femme possédée agresse son époux avec une allumette géante, une autre étrangle son frère avec son soutien-gorge, un dos se déchire pour laisser apparaître une colonne vertébrale, un corps astral en dessin animé s’accouple avec un cadavre desséché revenu à la vie, le ventre du femme enceinte explose pour expulser un monstre tentaculaire digne de The Thing… Il n’est pas interdit de lire, derrière tous ces excès grandguignolesques, une métaphore des effets autodestructeurs de la soif de vengeance. Sans doute trop à contre-courant des tendances de son époque, Seeding of a Ghost sera un échec commercial à sa sortie et disparaîtra des écrans après seulement deux semaines d’exploitation. C’est le marché vidéo qui lui donnera une seconde vie et le transformera en objet de culte, témoignage de l’ultime coup de folie d’un studio légendaire vivant là ses derniers soubresauts.

 

© Gilles Penso

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CENTRAL PARK DRIVER (1986)

Un chauffeur de taxi sillonne les rues de New York en pleine nuit, à la recherche de nouvelles victimes dont il pourrait boire le sang…

GRAVEYARD SHIFT

 

1986 – CANADA

 

Réalisé par Jerry Ciccoritti

 

Avec Michael A. Miranda, Helen Papas, Cliff Stoker, Dorin Ferber, Dan Rose, John Haslett, Don James, Michael Bokner, Lesley Kelly, Marton Bockner, Frank Procopio

 

THEMA VAMPIRES

Après avoir signé plusieurs épisodes de la série Le Voyageur puis le slasher parodique Psycho Girls, le réalisateur canadien Jerry Ciccoritti s’attaque au thème du vampirisme avec Graveyard Shift, qui sera rebaptisé Central Park Drifter lors de son exploitation vidéo. Ce changement de titre vise sans doute à éviter toute confusion avec La Créature du cimetière de Ralph S. Singleton, qui porte déjà le titre original Graveyard Shift. En France, cette nouvelle appellation est légèrement modifiée pour une meilleure compréhension du public local. Central Park Drifter (« le vagabond de Central Park ») devient donc Central Park Driver (« le chauffeur de Central Park »), accompagné d’un superbe poster signé Laurent Melki, maître incontesté des jaquettes vidéo accrocheuses et des affiches de cinéma flamboyantes. Tourné fin 1985 grâce à des fonds privés réunis par les producteurs new-yorkais Arnold H. Bruck et Stephen R. Flaks, le film de Ciccoritti – qui choisit d’être crédité ici avec le prénom Gerard – est donc une série B modeste s’efforçant de masquer ses faibles moyens avec toutes sortes d’effets de style esthétisants. L’acteur principal, Michael A. Miranda, opte lui aussi pour un pseudonyme, probablement en hommage à ses origines italiennes. Il est donc mentionné au générique sous le nom de Silvio Oliviero.

Miranda/Oliviero incarne Stephen Tsepes (clin d’œil à Vlad Tepes, le « vrai » Dracula historique), un vampire vieux de plusieurs siècles qui traverse toutes les nuits les rues de New York, au volant de son taxi, en quête de nouvelles victimes à vampiriser. Celles-ci sont exclusivement féminines et viennent peu à peu grossir les rangs d’une sorte de harem assoiffé de sang. Les cadavres mutilés commencent à sérieusement encombrer les rues de la ville et inquiètent la police, qui mène mollement l’enquête pour tenter d’élucider ces massacres en série. Entretemps, Stephen rencontre Michelle (Helen Papas), une réalisatrice de clips musicaux au bout du rouleau. Déçue par l’arrêt de son émission, trompée par un mari volage et atteinte d’une maladie incurable, la malheureuse n’attend donc plus rien de la vie. Attendri, notre taxi driver amateur d’hémoglobine s’apprête à la tuer, mais il tombe amoureux d’elle et finit par perdre le contrôle de la situation. C’est le moment que choisissent toutes ses femmes vampires pour se déchaîner…

La révolte des femmes vampires

Central Park Driver est un pur produit des années 80. Sa musique synthétique tapageuse, ses projecteurs colorés, ses fumigènes et ses nuits bleutées en font un véritable cas d’école. Mais tous ces effets de style ne sont pas de simples maniérismes cachant la misère d’un budget anémique. La narration du film s’en nourrit parfois de manière singulière. La première séquence d’envoûtement/vampirisation, par exemple, laisse le décor s’évanouir pour plonger les personnages dans un environnement noir et abstrait. Au-delà du détournement des codes graphiques des vidéoclips, ce parti-pris suggère l’abolition des notions d’espace et de temps, au cœur justement des préoccupations de nos immortels aux dents longues. Plus tard, un montage parallèle sensuel juxtapose une scène d’amour avec deux séquences de séduction qui s’achèvent dans un bain de sang. Mais cette esthétique moderne et chic n’évacue pas totalement le classicisme, puisque Stephen dort tous les soirs dans un bon vieux cercueil. Et lorsqu’il est invité à une soirée, il porte une cape digne de celle de Bela Lugosi. L’aspect le plus étonnant du personnage est son choix de s’attaquer aux causes perdues. Il ne vampirise en effet que les femmes désespérées, désireuses d’en finir avec la vie ou condamnées. « Je viens vers mes maîtresses quand elles approchent du cycle de la mort », explique-t-il à Michelle. Cet « humanisme » inattendu tranche avec ses congénères. Toutes ces belles idées sont hélas un peu gâchées par les errances d’un scénario qui finit par céder à la confusion et par des acteurs pas particulièrement expressifs. Aujourd’hui, Central Park Driver se redécouvre comme une étrange bulle temporelle, nimbée du charme singulier des curiosités de l’époque vidéoclub.

 

© Gilles Penso

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THE MANDALORIAN & GROGU (2026)

Le célèbre guerrier casqué et son fidèle « bébé Yoda » jaillissent hors des écrans télévisés pour connaître leur première aventure au cinéma…

THE MANDALORIAN & GROGU

 

2026 – USA

 

Réalisé par Jon Favreau

 

Avec Pedro Pascal, Sigourney Weaver, Jeremy Allen White, Steve Blum, Martin Scorsese, Matthew Willig, Hemky Madera, Jonny Coyne, Myles Humphus

 

THEMA SPACE OPERA I SAGA STAR WARS

Si The Mandalorian & Grogu est le premier film Star Wars à débarquer sur les grands écrans depuis L’Ascension de Skywalker (sorti sept ans plus tôt), sa genèse remonte à 2017. À cette époque, Jon Favreau propose à Kathleen Kennedy une série centrée sur les Mandaloriens. En parallèle, Dave Filoni développe lui aussi une idée proche après son travail sur les séries animées Star Wars. Kennedy pousse alors les deux créateurs à unir leurs visions. De cette collaboration naît la série The Mandalorian, lancée en novembre 2019 avec Disney+, et rapidement devenue un phénomène culturel grâce au personnage de Grogu, alias « Bébé Yoda ». Le succès colossal de la série incite Lucasfilm à envisager une adaptation cinématographique, mais la transition du petit au grand écran ne se fait pas immédiatement. Favreau et Filoni travaillent d’abord sur une quatrième saison, dont les scripts sont achevés début 2023. Lorsque les grèves hollywoodiennes ralentissent la production, le studio revoit ses priorités et décide de faire le grand saut : au lieu d’une saison 4, la suite des aventures de Din Djarin et de Grogu se déroulera dans les salles de cinéma. Ce passage du petit au grand écran impose bien sûr un gros travail de réécriture, mais les intrigues feuilletonnantes de la série n’ont pas été abandonnées pour autant.

De fait, le film prend vite les allures d’une saison entière de la série ramenée à une durée de 132 minutes. Tout se passe comme si les scénarios écrits pour la télé avaient été compressés et artificiellement collés entre eux. Fatalement, les péripéties s’enchaînent de manière un peu aléatoire, sautant d’un enjeu immédiat à un autre sans nous offrir une intrigue solide ou une construction dramatique digne de ce nom. C’est le défaut majeur de The Mandalorian & Grogu, l’autre étant sans conteste son abandon corps et âme à la cause du fan service. Rarement film aura été autant conditionné par son envie de titiller la fibre nostalgique, de saturer l’écran de « cadeaux » conçus sur mesure pour les aficionados… et accessoirement de vendre un maximum de produits dérivés. Il faut sans doute remonter à Spider-Man No Way Home pour retrouver une telle propension à l’euphorie immédiate et sans conséquences. Dans certains cas, l’exercice fait son petit effet : comment ne pas soupirer de joie dans une séquence comme celle du Dejarik grandeur nature, convoquant avec une boulimie jouissive une partie du bestiaire de La Guerre des étoiles ? Dans d’autres cas, nous sommes plus perplexes. Le traitement des Hutt – et notamment de Rotta, le fils de Jabba – nous embarrasse plus qu’il ne nous enthousiasme.

Une saison complète en un film

On peut aussi regretter que Martin Scorsese n’ait pas été mieux exploité. Avoir une personnalité aussi prestigieuse dans son casting et se contenter de donner sa voix à un alien de seconde zone au lieu de lui offrir un rôle digne de ce nom – un redoutable baron du crime à la solde de l’Empire, par exemple – relève du crime de lèse-majesté ! Bien sûr, le savoir-faire de Jon Favreau et de son équipe reste intact. La direction artistique de Doug Chiang et Andrew L. Jones, les effets visuels supervisés par John Knoll et les images de synthèse animées sous la direction de Hal Hickel rivalisent de beauté, nous offrant de nouveaux panoramas extra-terrestres mémorables, mais aussi des créatures inédites particulièrement impressionnantes. La plastique du film est donc irréprochable, s’offrant même des élans « old school » du plus bel effet, comme le combat contre les robots en stop-motion conçus par le Tippett Studio, réminiscence de Robocop 2 et du Talos de Jason et les Argonautes. À un bémol près – la musique de Ludwig Göransson qui, lorsqu’elle ne se repose pas sur les acquis de la série, se lance dans des variantes hip-hop ou manouches complètement à côté de la plaque -, The Mandalorian & Grogu est un film de très haute tenue d’un point de vue artistique. Dommage que sa structure narrative soit si évasive et ne nous propose pas autre chose qu’un épisode rallongé de la série. Le potentiel était pourtant énorme. L’occasion nous semble partiellement manquée, ce qui n’ôte rien au plaisir régressif irrépressible que les fans de la première heure ressentiront face à ce spectacle extrêmement généreux.

 

© Gilles Penso

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LA MALÉDICTION DE L’HOMME SANS VISAGE (1958)

Le corps pétrifié d’un homme vieux de 2000 ans est retrouvé dans les ruines de Pompéi… et revient soudain à la vie !

CURSE OF THE FACELESS MAN

 

1958 – USA

 

Réalisé par Edward L. Cahn

 

Avec Richard Anderson, Adele Mara, Elaine Edwards, Bob Bryant, Luis Van Rooten, Felix Locher, Gar Moore, Jan Arvan, Morris Ankrum, George Sawaya

 

THEMA MOMIES

Pendant près de trente ans, Edward L. Cahn aura été l’un des grands artisans anonymes du cinéma américain. Ancien monteur devenu réalisateur au début des années 1930, il traverse l’âge d’or hollywoodien sans jamais accéder au rang des cinéastes prestigieux et trouve finalement sa place dans les marges de l’industrie, là où se fabriquent les séries B à la chaîne (sa filmographie en compte près de 130, tournées entre 1931 et 1962). S’il a touché à tous les genres, ce sont ses films d’horreur et de science-fiction qui auront le plus durablement marqué les mémoires, tous tournés en quatrième vitesse et avec des moyens très limités. Après Le Tueur au cerveau atomique, The She-Creature, Les Fantômes de Mora Tau, Voodoo Woman, Invasion extraterrestre et La Fusée de l’épouvante, le voilà qui s’attaque à La Malédiction de l’homme sans visage. Si cette variante sur le thème classique de la momie puise ses origines dans la cité antique de Pompéi plutôt qu’en Égypte, le mécanisme narratif demeure rigoureusement identique à celui popularisé par La Momie de Karl Freund. Tourné en sept jours avec un budget modeste de 100 000 dollars, La Malédiction de l’homme sans visage s’appuie sur un scénario de Jerome Bixby, futur auteur du script du Voyage fantastique et de quelques épisodes de Star Trek.

Richard Anderson, qui tient la vedette du film, avouera plus tard : « C’est l’une de ces choses que je faisais en attendant de pouvoir aller ailleurs, une expérience qui m’a finalement servi d’apprentissage pour la télévision » (1). Quelques années plus tard, il allait incarner le fameux Oscar Goldman de L’Homme qui valait trois milliards et Super Jaimie. Ici, il entre dans la peau du docteur Paul Mallon, expert dans la conservation des cellules. Notre homme est dépêché par le musée de Naples après la découverte d’un homme pétrifié dans les anciennes rues de la cité de Pompéi, détruite 2000 ans plus tôt à cause de l’éruption du Vésuve. Aux côtés du corps se trouve un coffret empli de pierres précieuses. Les archéologues qui examinent cet étrange spécimen arrivent à la conclusion qu’il s’agit d’un ancien gladiateur révolté, du nom de Quintillus Aurelius. C’était à prévoir, le pétrifié revient à la vie et ne tarde pas à enlever Tina Enright (Elaine Edwards), la fiancée du docteur Mallon, en qui il croit reconnaître la fille dont il était épris quelque deux mille ans plus tôt.

La statue qui marche

La Malédiction de l’homme sans visage est conforme à la majorité des films d’épouvante de Cahn : fauché, saugrenu mais souvent réjouissant au second degré. Comme toujours, les effets spéciaux ont du mal à suivre. S’il fait illusion lorsqu’il est figé et immobile, « l’homme volcanique » arrache plus de rire que de cris d’effroi dès qu’il s’anime. L’acteur et cascadeur Bob Bryant (choisi pour sa grande taille) tente bien de nous effrayer avec sa démarche inspirée de celle de Boris Karloff, mais le costume en caoutchouc dont il est affublé (conçu par Charles Gemora, grand spécialiste des rôles de gorilles) et le maquillage informe qui lui masque le visage (créé par Layne Britton) n’ont pas l’once d’une finesse. Le charabia pseudo-scientifique que Cahn place dans la bouche de ses acteurs et la voix off sentencieuse qui paraphrase inutilement ce qui se passe à l’écran n’arrangent rien. Il y a pourtant quelques idées intéressantes dans La Malédiction de l’homme sans visage, comme la connexion mentale qui s’établit entre l’homme de pierre et celle qu’il prend pour la descendante de sa promise : elle rêve de lui, réalise son portrait sur une toile et raconte sous hypnose leur romance contrariée. Par ailleurs, la mécanique qui régit les agissements du monstre ne manque pas de singularité, puisque le corps de la momie s’anime pour attaquer ses victimes, puis redevient régulièrement inerte comme une statue sans vie. Présenté à l’époque en double-programme avec La Fusée de l’épouvante, La Malédiction de l’homme sans visage se redécouvre aujourd’hui comme une curiosité naïve et récréative, typique d’une certaine frange du cinéma fantastique des années 50.

 

(1) Extrait d’une interview parue dans They Fought in the Creature Features de Tom Weaver, 1995.

 

© Gilles Penso

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CHERRY 2000 (1987)

Pour remplacer sa compagne robot défectueuse, un homme engage une « traqueuse » et traverse un désert post-apocalyptique truffé de dangers…

CHERRY 2000

 

1987 – USA

 

Réalisé par Steve de Jarnatt

 

Avec Melanie Griffith, David Andrews, Tim Thomerson, Pamela Gidley, Harry Carrey Jr., Jennifer Mayo, Ben Johnson, Brion James, Marshall Bell, Laurence Fishburne

 

THEMA ROBOTS I FUTUR

Cherry 2000 est le premier long-métrage de Steve de Jarnatt, qui signera dans la foulée la fable de science-fiction Appel d’urgence avant de se spécialiser dans la réalisation d’épisodes de séries TV jusqu’à la fin de sa carrière. Le scénario est l’œuvre commune de Lloyd Fonvielle (La Loi des seigneurs, La Promise) et Michael Almereyda (Jusqu’au bout du monde). Tourné fin 1985 dans le Nevada, le film capitalise beaucoup sur la présence de Melanie Griffith, sulfureuse « femme fantasme » du Body Double de Brian de Palma, qui crèvera ensuite les écrans dans Dangereuse sous tous rapports de Jonathan Demme et Working Girl de Mike Nichols. Alors jeune maman, l’actrice emmène son fils tous les jours sur le plateau de Cherry 2000 pour l’allaiter, avec la bénédiction du producteur Edward Pressman. Nantie d’un confortable budget de 10 millions de dollars, cette aventure futuriste sous influence partielle de Mad Max restera bizarrement sur les étagères de la compagnie Orion et sortira d’abord en Europe en 1987, puis aux Etats-Unis un an plus tard dans un circuit très limité. Cette distribution tardive et une campagne de promotion malhabile, ayant visiblement du mal à positionner correctement le film auprès du public, expliquent sans doute son cuisant échec au box-office. Ce n’est que plus tard, à travers sa commercialisation en vidéo, que Cherry 2000 sera auréolé d’un petit culte.

Dans un monde futur ravagé par l’effondrement économique et social, les États-Unis ne sont plus qu’un patchwork de zones civilisées encerclées par des terres désertiques et anarchiques. Tandis que la technologie du XXe siècle est continuellement recyclée, les relations humaines s’effacent peu à peu au profit d’une société froide, bureaucratique et artificielle (où même un simple rencard est soumis à la signature d’un contrat en présence d’un juriste). C’est dans ce contexte que Sam Treadwell (David Andrews), cadre dans une entreprise de recyclage, mène une existence solitaire aux côtés de Cherry 2000 (Pamela Gidley), un androïde conçu pour remplacer l’épouse idéale. Mais après un court-circuit ayant accidentellement détruit la jolie machine, Sam constate que son modèle est devenu introuvable. Seule subsiste sa mémoire numérique, contenant toute sa personnalité. Déterminé à la ramener à la vie coûte que coûte, notre bureaucrate apprend que les derniers modèles Cherry 2000 reposent dans un ancien complexe industriel perdu au cœur de la dangereuse Zone 7, un territoire hors-la-loi infesté de pillards et de mercenaires. Pour atteindre cette région mortelle, il fait appel à Edith “E” Johnson (Melanie Griffith), une guide et chasseuse de primes qui n’a pas froid aux yeux…

La quête de la femme parfaite

Si Melanie Griffith campe ici une fort convaincante baroudeuse dure à cuire aux allures de Mad Max féminin, David Andrews, qui partage l’affiche avec elle, ne nous bouleverse pas particulièrement par son charisme. Comme en outre la quête de son personnage nous semble très futile, l’empathie ne fonctionne pas à plein régime. Cela dit, la « transparence » de ce protagoniste masculin finit presque par jouer en faveur du film, dans la mesure où le scénario dénonce gentiment les travers d’une société devenue superficielle. Car la morale de l’histoire, qu’on voit venir dès les premières minutes, se résume à un axiome d’une simplicité imparable : l’amour artificiel ne vaut pas les relations entre humains. Griffith, avec son look de garçon manqué et ses manières rudes, va donc devoir lutter contre la « femme parfaite » : belle, souriante, soumise, heureuse… mais aussi désespérément creuse. Garni de séquences d’action souvent audacieuses (la voiture accrochée à une grue au milieu des explosions) et de décors étonnants (l’antre d’un marginal reclus transformée en caverne d’Ali Baba post-apocalyptique, un « Sky Ranch » pop aux allures de camp de vacances, les derniers vestiges de Las Vegas qui émergent du sable), Cherry 2000 ne se prend jamais trop au sérieux et se permet même quelques clins d’œil à l’attention des amateurs de science-fiction. Le plus savoureux d’entre eux ? L’apparition de Robbie le robot et de Gort, échappés respectivement de Planète interdite et du Jour où la Terre s’arrêta, dans l’atelier d’un fabricant de robots. Cherry 2000 ne révolutionne certes pas le cinéma de SF mais offre un spectacle très distrayant, dans lequel Tim Thomerson (héros de la saga Future Cop) campe un super-vilain caricatural, mi-gourou hippie mi-psychopathe capricieux.

 

© Gilles Penso

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L’ÉPÉE ENCHANTÉE (1962)

Grand pourvoyeur de films de monstres géants dans les années 50, Bert I. Gordon se penche ici sur la légende de Saint Georges et du dragon…

THE MAGIC SWORD

 

1962 – USA

 

Réalisé par Bert I. Gordon

 

Avec Basil Rathbone, Estelle Winwood, Gary Lockwood, Anne Helm, Liam Sullivan, John Mauldin, Jacques Gallo, Leroy Johnson

 

THEMA CONTES I DRAGONS

Bert I. Gordon s’est taillé dès les débuts de sa carrière une réputation de spécialiste des films de monstres, avec une prédilection pour le gigantisme qui lui a valu le surnom de « BIG » (d’après ses trois initiales). Après Le Roi des dinosaures, Le Début de la fin, Le Cyclope, Le Fantastique homme colosse, Le Retour de l’homme colosse, La Révolte des poupées et The Spider, purs produits des fifties, notre homme entame les années 60 en changeant un peu de registre. S’il ne néglige pas les créatures fantastiques, son champ créatif s’élargit. D’où L’Épée magique, une adaptation libre de la légende médiévale de Saint Georges et du dragon qu’il truffe de héros archétypaux, de sorcellerie et d’un bestiaire fantastique varié. Fidèle à ses habitudes, Gordon écrit, réalise, produit et supervise les nombreux effets visuels qui permettent notamment de donner vie à cette ménagerie fantasmagorique, à base de maquillages spéciaux, de trucages mécaniques, de marionnettes et d’astucieux effets artisanaux. Connu sous plusieurs titres anglophones alternatifs (The Magic Sword, St. George and the Dragon, St. George and the Seven Curses, The Seven Curses of Lodac), L’Épée enchantée est tourné début 1961 sur les plateaux des studios Goldwyn et dans divers extérieurs californiens à proximité de Los Angeles.

Dans l’Angleterre du IVe siècle, le maléfique sorcier Lodac (Basil Rathbone) enlève la princesse Hélène (Anne Helm), fille du roi, avant d’annoncer au souverain son intention de la livrer à son gigantesque dragon à deux têtes. Désespéré, le monarque promet alors la main de sa fille et la moitié de son royaume à quiconque parviendra à la sauver. Tandis que Sir Branton (Liam Sullivan), un courtisan aussi ambitieux qu’avide de pouvoir, accepte la mission, le jeune Georges (Gary Lockwood), fils adoptif de l’enchanteresse Sybil (Estelle, Winwood) et secrètement amoureux d’Hélène, décide lui aussi de partir à sa recherche. Avant son départ, Georges reçoit de puissants artefacts magiques : Bayard, le cheval le plus rapide du monde, l’épée enchantée Ascalon ainsi qu’une armure et un bouclier capables de le rendre invulnérable. Grâce à Ascalon, il ressuscite également six valeureux chevaliers pour l’accompagner dans une quête semée de sept terribles malédictions. Mais alors que Lodac prépare son piège mortel, Georges et ses compagnons s’apprêtent à affronter de redoutables épreuves avant le combat final contre le dragon bicéphale prêt à dévorer la princesse…

La ménagerie fantastique

D’autant plus impressionnant qu’il surgit au milieu de la nuit, ce monstre ultime (une création mécanique particulièrement soignée) dresse sinistrement ses deux têtes écailleuses et hérissées d’épines. Chevauchant son blanc destrier, le preux Georges s’interpose alors entre la belle et la bête, une lance à la main, évitant les jets de flammes exhalés par les nasaux du monstre. Bien sûr, la bête n’a pas la mobilité d’une création en stop-motion et reste cantonnée à sa position initiale, les têtes s’agitant sans que le corps ne bouge. Mais Bert I. Gordon sait tirer parti du cadrage, du montage et de l’éclairage pour que la séquence demeure dynamique et impressionnante. Les autres créatures mémorables du film sont un ogre géant à l’apparence brutale et au visage difforme, un peuple de petits êtres rappelant les nains et lutins féeriques du folklore européen, les sinistres spectres des cavernes ou encore les serviteurs monstrueux qui hantent le château de Lodac (certains arborent des faciès évoquant des oiseaux, un autre est doté de deux têtes partageant le même corps). À cette galerie surréaliste s’ajoutent les dangers surnaturels que représentent les fameuses « Sept Malédictions de Lodac » : phénomènes magiques, pièges mystérieux et manifestations capables d’altérer la réalité elle-même. Bref, le spectacle est riche, généreux et particulièrement imaginatif, le recul ayant doté L’Épée enchantée d’un charme suranné du plus bel effet.

 

© Gilles Penso

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THEY WILL KILL YOU (2026)

Une jeune femme postule pour devenir femme de chambre dans un vieil immeuble luxueux situé à New York… et se jette dans la gueule du loup !

THEY WILL KILL YOU

 

2026 – USA / AFRIQUE DU SUD / CANADA

 

Réalisé par Kirill Sokolov

 

Avec Zazie Beetz, Patricia Arquette, Myha’la, Paterson Joseph, Tom Felton, Heather Graham, Willie Ludik, David Viviers, Gabe Gabriel, Viktoria Korotkova, James Remar

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

They Will Kill You est le troisième long-métrage de Kirill Sokolov, après les comédies noires mouvementées Why Don’t You Just Die et No Looking Back. « Ma femme et moi avons déménagé dans une autre ville de Russie et loué un appartement dans un immense immeuble de 17 étages comptant des centaines de logements », raconte le réalisateur. « On avait fini par plaisanter régulièrement en se disant que tout l’immeuble appartenait sûrement à une secte et qu’un jour ils viendraient nous chercher pour nous sacrifier. Puis j’ai regardé Rosemary’s Baby et je me suis dit : “Mon Dieu… j’étais dans cet immeuble ! J’étais exactement dans la même situation.” D’accord, ce n’était pas suffisant pour mettre l’Antéchrist au monde, mais c’est comme ça que ce film est né. » (1) Résultat : un scénario déjanté qui mélange la comédie, le suspense, l’horreur et les arts martiaux et qui séduit immédiatement Andy Muschietti (le réalisateur de Ça) et son épouse Barbara, justement en quête de nouveaux projets pour leur société de production Nocturna. Voilà comment se monte le projet. Vue dans Joker et Deadpool 2, Zazie Beetz y tient son premier rôle principal, pour un tournage marathon éprouvant qui démarre au Cap, en Afrique du Sud, fin 2024. À ses côtés, l’amateur reconnaîtra les visages familiers de Patricia Arquette et Heather Graham.

Mieux vaut ne pas trop révéler l’intrigue afin de préserver l’effet de surprise, dans la mesure où le scénario de They Will Kill You ne cesse de rebondir en opérant toutes les 10 minutes un virage à 180 degrés pour prendre une direction différente. Donnons simplement la situation de départ. Asia Reaves et sa sœur, Maria, tentent de fuir leur père violent, mais se retrouvent acculées dans un magasin. Alors qu’il s’apprête à remettre la main sur elles, Asia lui tire dessus et prend la fuite, laissant Maria aux griffes du paternel blessé et furieux. Voilà pour l’entrée en matière, qui semble s’inscrire dans une logique de drame social mâtiné de thriller mais détonne en réalité avec le reste du métrage. Dix années passent et nous retrouvons Asia, qui n’a pas beaucoup changé (puisque c’est toujours Zazie Beetz qui l’interprète). La jeune femme débarque au Virgil, un luxueux immeuble newyorkais, pour y travailler comme femme de ménage. À partir de là, les choses prennent une tournure pour le moins inattendue…

Le sang qui gicle et l’œil qui rampe

Sur un postulat qui évoque un peu celui de Wedding Nightmare, Kirill Sokolov concocte un véritable shot d’adrénaline qui se révèle aussi inventif dans ses péripéties que dans ses idées de mise en scène. Tandis que la caméra se livre à des acrobaties dignes du Sam Raimi de Mort sur le gril, les choix musicaux singuliers jouent sans cesse la carte de la rupture et du décalage. Quant aux effets spéciaux, ils privilégient chaque fois que possible le recours aux techniques à l’ancienne, poussant très loin les délires gore cartoonesques (têtes explosées, membres tranchés, corps déchiquetés, jusqu’à cet œil arraché qui se promène dans les conduits d’aération !) et se laissent volontiers inspirer par le cinéma d’exploitation japonais. D’où ces corps coupés en deux dans le sens de la hauteur ou ce sang qui gicle en geysers comme du liquide gazeux sous pression. Visiblement féru de cinéma de genre, Sokolov paie son tribut à ses aînés sans pour autant chercher à s’y référer directement. L’influence de films comme The Thing ou Hellraiser est manifeste, tout comme cette tendance kubrickienne à se focaliser sur la symétrie des décors – d’où ces couloirs d’immeuble d’un autre âge qui nous évoquent irrésistiblement l’hôtel de Shining. They Will Kill You finit hélas par se prendre un peu les pieds dans le tapis, privilégiant sans cesse l’effet immédiat au détriment de caractérisations qui auraient renforcé l’empathie des spectateurs. En l’état, le sort d’Asia ne nous inquiète pas plus que ça, et le climax bascule dans des excès franchement ridicules. Pour autant, on ne peut pas reprocher au film son manque d’ambition, d’originalité, de folie et d’énergie.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans SFX en avril 2026

 

© Gilles Penso

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ZEDER (1983)

Un écrivain enquête sur les expériences d’un professeur ayant apparemment découvert le moyen de ressusciter les morts…

ZEDER

 

1983 – ITALIE

 

Réalisé par Pupi Avati

 

Avec Gabriele Lavia, Anne Canovas, Paola Tanziani, Cesare Barbetti, Bob Tonelli, Ferdinando Orlandi, Enea Ferrario, John Stacy, Alex Partexano, Marcello Tusco

 

THEMA ZOMBIES

Pupi Avati a toujours eu des affinités avec le fantastique. Réalisateur de Balsamus : l’homme de Satan et La Maison aux fenêtres qui rient, scénariste de Baiser macabre, il effectue au début des années 80 des recherches intensives en vue d’un film qui aborderait le thème de la vie après la mort. Très ambitieux, son projet tourne autour de l’ordre des Chevaliers du Temple de Salomon, de l’alchimiste Fulcanelli et de l’Arche d’Alliance. Mais la sortie des Aventuriers de l’arche perdue l’empêche d’aller plus loin, de peur de passer pour un plagiaire. Cette idée continue pourtant à trotter dans sa tête. C’est en la remaniant qu’il finit par accoucher du scénario de Zeder. Refusant l’approche gothique habituelle des films d’épouvante italiens classiques, et encore moins les excès gore de ses compatriotes déployés dans la mouvance des films de Lucio Fulci, Avati choisit la voie du mystère et de la science-fiction. D’où certaines réminiscences des récits d’H.P. Lovecraft, notamment Herbert West, réanimateur. L’un des lieux de tournage clé de Zeder est un bâtiment abandonné qui apparaît lors du dernier tiers du film et qui, au-delà de sa sinistre photogénie, est le témoin d’un lourd passé. Ouvert en tant que complexe de vacances de l’ère fasciste en 1938, il ferma ses portes deux ans plus tard après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, fut utilisé comme prison et hôpital pour les troupes allemandes, puis définitivement abandonné dans les années 1950.

L’entrée en matière paie son tribut à un certain classicisme old school, puisqu’il se déroule en 1956, dans une immense demeure située à Chartes. Une jeune fille dotée apparemment de pouvoirs psychiques y est attaquée par une créature invisible et emmenée dans l’hôpital le plus proche. Dans le sous-sol du bâtiment, un scientifique qui menait une expérience visant à tester les capacités de la jeune cobaye fait creuser la terre et y découvre un cadavre. Le portefeuille trouvé à proximité identifie le corps comme celui d’un certain professeur Paolo Zeder. La suite du film s’inscrit dans l’époque contemporaine, autrement dit au début des années 1980, au cœur de la ville de Bologne. L’écrivain Stefano (Gabriele Lavia) se voit offrir par sa femme Alessandra (Anne Canovas) une vieille machine à écrire en guise de cadeau d’anniversaire. Une nuit, alors qu’il cherche l’inspiration, Stefano découvre une série de lettres tapées sur le ruban de la machine à écrire. En décryptant le texte, il constate qu’il s’agit d’un essai rédigé par le scientifique Paolo Zeder traitant de l’existence des « zones K » : des endroits où les défunts mis en terre peuvent ressusciter…

Ré-animations

Si les distributeurs américains se sont efforcés de faire passer Zeder pour un émule des films de George Romero, en le rebaptisant Revenge of the Dead et en l’affublant d’un poster outrancier digne des EC Comics, le film de Pupi Avati ne combat clairement pas dans cette catégorie. Nous n’avons pas affaire à une imitation de Zombie ou de Creepshow mais à une sorte d’enquête policière qui s’achemine lentement mais sûrement vers une révélation surnaturelle. Au fil des maigres indices que collecte notre protagoniste – émule du David Hemmings de Blow Out ou des Frissons de l’angoisse – se devine un secret inavouable dont les enjeux sont complexes. Le récit est donc intriguant, mais finit aussi hélas par générer une certaine lassitude, tant Zeder se révèle chiche en péripéties, malgré les efforts déployés par la bande originale de Riz Ortolani pour faire monter la pression. Le film ne manque certes pas d’idées surprenantes, cultivant une atmosphère anxiogène héritée du cinéma de Jacques Tourneur (avec un hommage direct à La Féline lors de la scène de la piscine) et égrenant quelques séquences insolites (notamment cet épilogue qui annonce celui de Re-Animator tout en évoquant fortement le concept de Simetierre). Mais le film refuse de laisser l’enquête révéler tous ses secrets et génère au bout du compte une inévitable frustration. L’échec commercial de Zeder poussera Pupi Avati à s’aventurer sur d’autres territoires, avec des œuvres intimistes propres à séduire enfin la critique et le public, comme La Balade inoubliable, Une saison italienne ou Histoires de garçons et de filles.

 

© Gilles Penso

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HOBO WITH A SHOTGUN (2011)

Face à la violence qui s’est emparée du monde, un sans-abri s’empare d’un fusil à pompe et décide de faire régner l’ordre en inondant les rues de sang…

HOBO WITH A SHOTGUN

 

2011 – USA / CANADA

 

Réalisé par Jason Eisener

 

Avec Rutger Hauer, Pasha Ebrahimi, Robb Wells, Brian Downey, Gregory Smith, Nick Bateman, Drew O’Hara, Molly Dunsworth, Jeremy Akerman, Andre Haines

 

THEMA TUEURS

Lorsqu’ils lancent l’idée de créer des fausses bandes annonces pour agrémenter le double programme Grindhouse, constitué des deux films Boulevard de la mort et Planète terreur, Quentin Tarantino et Robert Rodriguez imaginent simplement des petites virgules humoristiques conçues comme des hommages aux cinémas de quartier d’antan. Ces trailers parodiques sont réalisés par Rodriguez (Machete), Rob Zombie (Werewolf Women of the S.S.), Edgard Wright (Don’t) et Eli Roth (Thanksgiving). Répondant à un concours organisé dans le cadre de ce programme, le « petit nouveau » Jason Eisener, qui n’a alors à son actif que des courts et moyens métrages, se prête lui aussi au jeu en réalisant la bande-annonce d’un film fictif, Hobo with a Shotgun, dans laquelle un clochard armé d’un fusil à pompe fait régner l’ordre dans la ville. Gore, burlesque et excessif, ce pastiche fait son petit effet. Face à l’accueil enthousiaste de cette série de faux teasers – rapidement devenus cultes auprès d’une communauté d’aficionados -, la blague cinéphilique prend de plus amples proportions. Rodriguez finit même par transformer Machete en « vrai film » en 2010. Et Jason Eisener prend le relais en faisant à son tour passer Hobo with a Shotgun au format long. Tourné pendant 24 jours à Halifax, le premier long-métrage d’Eisener commence sur une musique empruntée à un film d’exploitation des années 70 : La Marque du diable de Michael Armstrong.

C’est Rutger Hauer qui reprend le rôle du sans-abri tenu par David Brunt dans la bande-annonce. Débarqué d’un train, cet homme taciturne et sans nom, dont nous ne savons pas grand-chose, se retrouve dans la ville de Hope Town, dirigée par un baron du crime impitoyable surnommé « The Drake » (Brian Downey) et ses fils sadiques, Ivan (Nick Bateman) et Slick (Gregory Smith). Partout où il promène sa silhouette fatiguée, notre clochard ne croise que violence et dépravation. Décapitations en public, passages à tabac filmés au camescope, tortures, trafics et corruptions sont le quotidien de cette cité déliquescente. Notre homme baisse les yeux, détourne le regard et traîne des pieds. Il semble n’avoir qu’un objectif en tête : réunir assez d’argent pour acheter une tondeuse à gazon. Mais lorsqu’il assiste au braquage de trop, il sort de ses gonds, empoigne un fusil à pompe et démastique les agresseurs. Désormais, il y a un nouveau justicier dans la ville, et rien ne semble pouvoir l’arrêter…

Tous aux abris !

Même si le postulat de Hobo with a Shotgun évoque les films d’autojustice radicaux tels que Le Droit de tuer, Vigilante ou Un justicier dans la ville, nous sommes ici beaucoup plus proches de l’ambiance d’un film Troma que de celle d’une pellicule grindhouse brutale des années 70/80. Les vilains sont extrêmement caricaturaux, le gore est omniprésent et souvent burlesque, personne n’est épargné (les mères, les enfants, les mendiants), bref le film de Jason Eisener cultive ouvertement un esprit « sale gosse ». Même le traitement des images (filmées avec une caméra Red Epic puis altérées en post-production) donne un rendu saturé et outrancier qui amplifie le caractère « cinéma bis » de l’entreprise. Bizarrement, le personnage principal, lui, entre en rupture avec ce côté potache qui tâche. Car Rutger Hauer joue volontairement au premier degré, promenant au beau milieu de ce chaos foutraque sa silhouette lasse, son regard d’acier et son charisme intact. Le décalage qui en résulte donne au film un caractère très singulier. Et puis soudain, Hobo with a Shotgun bascule ouvertement dans le fantastique en laissant surgir deux démons cuirassés qui semblent emprunter leur look à un sous-Mad Max post-apocalyptique. Ces tueurs à gage surnaturels, qui répondent au doux nom de « La Peste », ont manifestement traversé les âges pour cibler plusieurs personnages historiques (Abraham Lincoln, Jeanne d’Arc, Charles Darwin, Jésus-Christ) et nous apparaissent même furtivement aux prises avec une pieuvre géante ! Partagé entre son ultraviolence sans concession, ses écarts cartoonesques et son tableau désenchanté de la lie de l’humanité, Hobo with a Shotgun est un film décidément indéfinissable, qui ne rameutera guère les foules au cinéma mais se muera plus tard en petit objet de culte.

 

© Gilles Penso

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LA BÊTE ET L’ÉPÉE MAGIQUE (1983)

Frappé de lycanthropie suite à une malédiction, Waldemar Daninsky part au Japon à la recherche d’un samouraï capable de le soigner…

LA BESTIA Y LA ESPADA MÁGICA

 

1983 – ESPAGNE

 

Réalisé par Paul Naschy

 

Avec Paul Naschy, Shigeru Amachi, Beatriz Escudero, Junki Asahina, Violeta Cela, Y^pko Fuji, Conrado San Martin, Gérard Tichy, José Vivó, Yoshirô Kitamachi

 

THEMA LOUPS-GAROUS I SAGA WALDEMAR DANINSKY

Après le double coup d’éclat de Hurlements et du Loup-garou de Londres, qui redynamisèrent de manière irréversible le traitement des lycanthropes au cinéma, il semblait difficile pour Paul Naschy de continuer à véhiculer une imagerie rétro héritée des Universal Monsters d’antan. Mais le scénariste/acteur/réalisateur n’entend pourtant pas changer son fusil d’épaule. Le loup-garou Waldemar Daninsky, qu’il s’apprête à interpréter ici pour la neuvième fois consécutive, conserve donc son look « old school » sans recourir aux spectaculaires effets de métamorphoses popularisés par John Landis et Joe Dante (grâce au génie des maquilleurs Rick Baker et Rob Bottin). Pour autant, Naschy souhaite varier les plaisirs, de peur de lasser les spectateurs. Il se laisse donc inspirer par les films de sabre nippons et décide d’aller tourner La Bête et l’épée magique au Japon. Son équipe, sa famille et lui s’installent donc à Tokyo, dans les studios du légendaire acteur japonais Toshiro Mifune (Rashomon, Les 7 Samouraïs, La Forteresse cachée). Sur place, Naschy trouve des décors et des costumes médiévaux prêts à l’emploi, qu’une équipe locale très motivée est prête à entièrement réadapter pour les besoins du scénario de son film.

La Bête et l’épée magique commence en l’an 938 et s’applique une nouvelle fois à réinventer les origines de l’homme-loup incarné par Naschy. Au cours d’un duel, un robuste guerrier nommé Irineus Daninsky tue un chef mongol accusé de pactiser avec le diable, ce qui met en rage la compagne de ce dernier, une redoutable sorcière locale. En remerciement de la victoire d’Irineus, le roi lui permet d’épouser sa fille. Mais la sœur endeuillée réclame vengeance et jette un sort sur toute la lignée des Daninsky en mordant le ventre de la femme enceinte d’Irineus avec le crâne d’un loup-garou. Les gardes du roi tuent la sorcière à coups de flèches, mais il est trop tard pour empêcher la malédiction de se réaliser. Des siècles plus tard, au milieu du 16ème siècle, à Tolède, Waldemar Daninsky, descendant d’Irineus, découvre ainsi qu’il est un loup-garou et se rend chez un vieux rabbin nommé Salom Jehuda pour trouver un remède. Malheureusement, le rabbin est tué par un groupe de villageois racistes, mais pas avant d’avoir dit à Daninsky d’aller chercher un sage japonais nommé Kian dans le village de Kyoto. Il s’agit manifestement de la seule personne susceptible de mettre fin à la malédiction.

Pleine Lune au pays du Soleil Levant

Au cours de sa première partie, le film aborde frontalement les thèmes du racisme, de l’intolérance et du fanatisme, notamment à travers la cabale menée par les villageois bigots et superstitieux contre le rabbin. Ce pourrait n’être qu’une des nombreuses péripéties imaginées par Naschy, mais son traitement réaliste étonne et tranche même avec le reste du métrage, volontiers plus rocambolesque. Il nous faut attendre plus d’une demi-heure pour que le loup-garou montre enfin sa frimousse velue. Semant une belle panique dans une taverne japonaise, il plante ses crocs sur tout ce qui bouge et dévêt au passage une demoiselle ou deux, fidèle au mélange de violence et de nudité qui caractérise la saga depuis ses débuts. Généreux en séquences mouvementées, La Bête et l’épée magique enchaîne les batailles de samouraïs, les luttes contre des ninjas, les apparitions de créatures fantomatiques ou mort-vivantes. Le clou du spectacle est sans conteste le combat du lycanthrope contre un tigre, une scène que Naschy a tenu à jouer lui-même sans doublure… à condition que le félin soit nourri avec 25 poulets avant le tournage pour éviter qu’il transforme son adversaire en casse-croûte ! Malgré cette profusion d’action et de rebondissements, La Bête et l’épée magique n’aura pas le succès escompté. Quasiment pas exploité en dehors de l’Espagne, il ne sera découvert que bien plus tard dans le reste du monde et mettra donc fin à la série des aventures du loup-garou Waldemar Daninsky… jusqu’à une reprise tardive pour deux ultimes épisodes un peu confidentiels, l’un en 1996, l’autre en 2004.

 

© Gilles Penso

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