DOGHOUSE (2009)

Un groupe d’amis, parti séjourner dans un petit village pour consoler l’un d’entre eux de sa rupture, se heurte à une armada de femmes zombies…

DOGHOUSE

 

2009 – GB

 

Réalisé par Jake West

 

Avec Danny Dyer, Noel Clarke, Lee Ingleby, Keith-Lee Castle, Emil Marwa, Neil Maskell, Stephen Graham

 

THEMA ZOMBIES

Doghouse s’inscrit dans la veine de la comédie horrifique britannique, un genre qui a littéralement explosé en Angleterre depuis le succès de Shaun of the Dead en 2004. Réalisé par Jake West (qui s’est distingué auprès des amateurs du cinéma de genre avec des titres comme Razor Blade Smile, Evil Aliens ou Pumpkinhead : Ashes to Ashes), le film explore avec ironie la guerre des sexes et les anxiétés masculines contemporaines. L’intrigue, qui se résume finalement à peu de choses, tourne autour de Vince (Stephen Graham), un trentenaire qui vient de se heurter à une rupture brutale, et de ses amis, un groupe de sportifs amateurs de bière. Pour le distraire et panser son cœur brisé, ses compagnons organisent un week-end « entre hommes » dans le village de Moodley, supposé être un havre de détente. Le nombre de femmes y étant quatre fois plus élevé que celui des hommes, le séjour s’annonce prometteur en conquêtes potentielles. Mais à leur arrivée, le décor est tout sauf idyllique. Un virus mystérieux, provoqué par des recherches militaires expérimentales, a en effet transformé toutes les femmes du village en zombies anthropophages…

Le concept du film serait né le jour où le scénariste Dan Schaffer observa sa compagne grippée, dont l’aspect lui évoqua l’image d’un zombie. En empruntant une mécanique narrative très proche de celle de Lesbian Vampire Killers, sorti à peine quelques mois plus tôt, Doghouse fonctionne sur plusieurs niveaux. Derrière les explosions de sang et les gags visuels se cache visiblement une réflexion sur la crainte masculine de la domination féminine, du mariage et de l’engagement. Ces morts-vivantes déchaînées se muent ainsi en métaphores des tensions et des insécurités qui jalonnent les relations amoureuses, offrant au film un sous-texte plus subtil qu’on ne l’aurait imaginé. Jake West joue ici l’équilibriste avec une certaine virtuosité. Les séquences gore généreuses alternent habilement avec des passages burlesques et des scènes de suspense où le spectateur finit par s’inquiéter réellement du sort des personnages. Cette tonalité multiple fonctionne grâce à une caractérisation soignée. Chaque membre du groupe possède sa personnalité propre, de l’ami dragueur et irresponsable au compagnon anxieux et maladroit, permettant un efficace phénomène d’empathie et d’identification.

La nuit des mortes-vivantes

Les performances des acteurs contribuent également à la réussite du film. Les dialogues oscillent entre l’humour gras, les sarcasmes et les moments sincèrement touchants, évitant de fait que les personnages ne sombrent trop radicalement dans la caricature, même si nous sommes toujours sur un fil, de ce côté-là. La bourgade anglaise isolée, transformée en zone de chasse pour les femmes zombies, devient ici le terrain idéal d’une satire sur la masculinité et les clichés liés aux week-ends entre hommes. Pour autant, West ne perd jamais de vue l’objectif numéro un de son film, conservant donc un rythme effréné et une approche visuelle volontairement outrancière, en s’appuyant sur des maquillages spéciaux et des effets sanglants particulièrement soignés. Quant au comique de situation – une tête décapitée utilisée pour tromper les zombies ou une voiture télécommandée servant de diversion – il emprunte souvent sa dynamique à celle des cartoons. Beaucoup moins primaire et misogyne qu’il pourrait paraître de prime abord, Doghouse est donc une vraie bonne surprise.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

IRON LUNG (2026)

Dans ce huis-clos claustrophobique tiré d’un jeu vidéo d’horreur, un détenu enfermé dans un sous-marin rétrofuturiste explore un océan de sang…

IRON LUNG

 

2026 – USA

 

Réalisé par Mark Fischbach

 

Avec Mark Fischbach, Caroline Kaplan, Troy Baker, Elsie Lovelock, Elle LaMont, Mick lauer, Dave Pettitt, Holt Boggs, Isaac McKee, Roman Parsons Crow

 

THEMA FUTUR

Grand spécialiste des tests de jeux vidéo – de préférences ceux qui se rattachent à l’horreur et sont produits par des compagnies indépendantes -, Mark Fischbach s’est mué en véritable phénomène depuis son arrivée sur YouTube en 2012 sous le pseudonyme de Markiplier. Le succès de sa série de vidéos « Let’s Play » est tel qu’il finit par cumuler 38 millions d’abonnés, reçoit plusieurs prix prestigieux, engrange une petite fortune et devient l’une des stars les plus populaires de la plateforme. Après avoir réalisé une grande quantité de films courts diffusés en ligne, son envie de cinéma commence sérieusement à le titiller. Lorsqu’il teste le jeu Iron Lung, une aventure de science-fiction oppressante au concept minimaliste et au graphisme volontairement simpliste, il décide de se lancer. Cet univers conçu par David Szymanski le séduit suffisamment pour qu’il décide d’en faire l’objet de son premier long-métrage. Pour conserver un contrôle total – mais aussi parce qu’aucun studio n’aurait sans doute osé le suivre -, il décide d’écrire, de réaliser, de produire et de distribuer lui-même Iron Lung, dont il tient aussi le rôle principal. Financé à hauteur de trois millions de dollars, le film est tourné dans un décor unique édifié sur les plateaux de Troublemaker Studios, la société de Robert Rodriguez. Le pari était osé, mais Markiplier a vu juste. Grâce à son immense communauté de followers, son modeste long-métrage se hisse au sommet du box-office et se mue en véritable petit phénomène.

Conformément aux informations que nous donne le jeu Iron Lung en début de partie, un texte introductif nous annonce le contexte peu reluisant dans lequel va se dérouler le film. Nous sommes dans le futur. Les étoiles ont cessé de briller, les planètes se sont éteintes et seuls quelques survivants flottent encore, à bord de stations abandonnées ou de vaisseaux dérivant dans le vide, observant gravement cette fin du monde à laquelle ils ont donné un nom imagé : « le rapt silencieux. » Alors que toutes les structures s’effondrent les unes après les autres, la compagnie Iron Consolidation fait une découverte singulière sur la lune désolée AT-5 : un océan de sang. Une expédition y est immédiatement lancée, dans l’espoir de mettre la main sur des ressources vitales et peut-être de renverser le cours de l’anéantissement. Pour l’explorer, un sous-marin est construit et un prisonnier y est enfermé avec pour mission d’aller sonder les profondeurs. S’il survit, il retrouvera sa liberté. Sinon, un autre prendra sa place…

La mésaventure intérieure

Contrairement au jeu, d’autres personnages que le détenu enfermé dans son submersible apparaissent dans Iron Lung, mais surtout sous forme de voix off (à travers les fragiles canaux de communication installés à bord) ou de silhouettes derrière le hublot. Le reste du temps, Markiplier occupe tout l’écran et nous sert donc d’unique pole d’identification. Il faut moins y voir un « ego trip » qu’une pleine implication de l’acteur/réalisateur, manifestement trop heureux de pouvoir concrétiser son rêve à l’écran. Iron Lung est pétri de qualités et d’audaces : son design rétro-futuriste, son atmosphère oppressante, ses connotations lovecraftiennes, sa mise en scène solide et inventive. Il faut aussi saluer l’extrême radicalité du concept, qui consiste à enfermer les spectateurs avec un personnage unique pendant toute la durée du film – comme jadis Mélanie Laurent dans Oxygène ou Ryan Reynolds dans Buried. La musique électronique d’Andrew Hulshult, l’appareil photo qui saisit les immenses clichés rétroéclairés d’un inquiétant squelette surdimensionné, le sang qui commence à s’immiscer partout dans les coursives sont autant de gimmicks qui contribuent à renforcer le caractère anxiogène du récit. Mais avec ses 125 minutes, Iron Lung joue les prolongations avec excès et finit par susciter une sacrée dose de patience. Car le spectacle est somme toute limité en termes de situations et de rebondissements. Ce travers est d’autant plus étonnant qu’une partie d’Iron Lung se joue en trois-quarts d’heure à peine. Cette première œuvre n’est donc pas exempte de maladresses, mais son audace et son culot forcent le respect.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

MANIAC NURSES (1990)

Une armada d’infirmières psychopathe sévit dans une forteresse et y multiplie les meurtres et les sévices en toute impunité…

MANIAC NURSES FIND ECSTAZY

 

1990 – USA

 

Réalisé par Léon Paul De Bruyn

 

Avec Susanna Makay, Hajni Brown, Celia Farago, Nicole A. Gyony, Magdalena Ryman, Any Schultz, Agatha Palace, Mercedes Klein, Otto B. Leitner, Martha Fun

 

THEMA TUEURS

Écrit, produit et réalisé par le Belge Léon Paul De Bruyn, sous le pseudonyme de Harry M. Love, Maniac Nurses est un long-métrage franchement calamiteux qui respecte certes son quota de femmes semi-dénudées et de séquences d’horreur, mais avec un tel amateurisme et une telle désinvolture scénaristique que le résultat laisse au mieux perplexe, au pire léthargique. La compagnie Troma, spécialisée dans les séries Z décomplexées, y trouve tout de même son compte et décide de distribuer cette pellicule approximative dans les rayons vidéo. La petite campagne marketing déployée à l’époque tente même de faire croire que Maniac Nurses est la suite d’un autre film d’exploitation de Troma, Bloodsucking Freaks, alors que les deux métrages n’ont strictement aucun lien. Le film de Léon Paul De Bruyn puise une partie de son inspiration dans les films de prisons de femme et les chefs de file de la « nazisploitation » qui fleurissaient dans les années 70, souvent sous les bons auspices du réalisateur Jess Franco. Ainsi trouve-ton parmi les protagonistes des prénoms imagés tels que Ilsa, Greta et Gretchen. « Nous vous invitons maintenant à un voyage au cœur de la folie, dans un monde de sexe et de violence », dit dès l’entame la voix off qui nous accompagnera pendant tout le film, sur un ton ridiculement sentencieux qui nous rappelle les grandes heures d’Ed Wood.

Le pseudo-scénario qui sert à agencer maladroitement les scènes du film s’appuie sur la présence dans une clinique d’une femme médecin autoritaire et sadique, Ilsa (Hajni Brown), qui dirige d’une poigne de fer une armée de jeunes femmes psychopathes, épaulée par la fidèle Greta (Celia Farago). Le but de ces furies armées jusqu’aux dents nous échappe, mais elles s’adonnent de temps en temps à des expériences chirurgicales sanglantes visant manifestement à transformer leurs victimes en « jouets dociles »… expériences qui se révèlent des échecs cuisants. Le reste du temps, elles tuent ceux qui croisent leur route, mangent de la viande humaine, fouettent leurs prisonniers ou s’adonnent à des jeux sadomasochistes. L’intrigue finit par tourner timidement autour de Sabrina (Susanna Makey), la fille d’Ilsa (qui semble pourtant avoir quasiment le même âge qu’elle), laquelle passe son temps à lire des bandes dessinées de guerre quand elle ne joue pas de la gâchette ou du couteau pour satisfaire ses penchants meurtriers…

Tromatologie

Un film qui s’appelle Maniac Nurses ne laisse évidemment guère planer de doute quant à ses ambitions artistiques ou intellectuelles. On était pourtant en droit d’attendre qu’il honore au moins la promesse de son titre : celle de mettre en scène des infirmières tueuses. Or les héroïnes de ce nanar mal-fichu n’ont d’infirmières que le costume – et encore, lorsqu’elles ne préfèrent pas s’habiller en ersatz court-vêtus de Rambo – et évoluent dans un décor qui évoque tout sauf une clinique. Du reste, on n’y trouve pas le moindre patient. Léon Paul De Bruyn tente tant bien que mal d’aligner les ingrédients du parfait petit film d’exploitation : de l’érotisme déviant (une fille en uniforme militaire qui en fouette une autre en petite tenue), du gore généreux (tête qui explose, étripage, empalement, égorgement), des gags supposément drôles (le jardinier qui éructe en astiquant des nains de jardin), des effets de mise en scène incongrus (une spirale hypnotique qui se surimpressionne pendant un strip-tease, des textes qui s’affichent à l’écran pour commenter l’action). Filmé sans prise de son, affligé d’une post-synchronisation catastrophique et tourné dans des décors hongrois banals avec un format vidéo d’une laideur abyssale, Maniac Nurses s’achève sur une chasse à l’homme totalement dénuée de sens. Pour couronner le tout, le film accumule malgré sa courte durée d’invraisemblables longueurs, notamment d’inutiles séquences de rues tournées à Pigalle pour rallonger inutilement la sauce. Bref, du grand n’importe quoi !

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

MAIS QU’AVEZ-VOUS FAIT À SOLANGE ? (1972)

Alors qu’une série de meurtres sordides frappe les étudiantes d’une école londonienne, un professeur décide de mener l’enquête…

COSA AVETE FATTO A SOLANGE ?

 

1972 – ITALIE / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Massimo Dallamano

 

Avec Fabio Testi, Karin Baal, Cristina Galbo, Joachim Fluchsberger, Günter Stoll, Claudia Butenuth, Camille Keaton, Maria Monti, Giancarlo Badessi, Pilar Castel

 

THEMA TUEURS

Prestigieux directeur de la photographie à l’œuvre en Italie depuis le milieu des années 40 (Tarass Boulba, Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus) Massimo Dallamano signa lui-même la mise en scène de plusieurs films de genre, notamment une version sulfureuse de Dorian Gray avec Helmut Berger. Avec Mais qu’avez-vous fait à Solange ?, il se lance dans une coproduction entre l’Allemagne et l’Italie dont le tournage se déroule à Londres. Le scénario d’inspire vaguement d’un roman d’Edgar Wallace, The Clue of the New Pin, ce qui pousse les distributeurs allemands à axer leur campagne marketing autour du nom du célèbre écrivain, d’autant que deux acteurs présents au casting de Mais qu’avez-vous fait à Solange ?, Joachim Fuchsberger et Karin Baal, avaient déjà joué dans plusieurs adaptations des écrits de Wallace. Au générique du film, les amateurs reconnaîtront au moins deux noms importants : le compositeur Ennio Morricone – qui fréquente alors assidument les giallo italiens (L’Oiseau au plumage de cristal, Le Chat à neuf queues, Le Venin de la peur, La Tarentule au ventre noir, Je suis vivant !, Quatre mouches de velours gris) – et le directeur de la photographie Joe d’Amato, futur réalisateur de Blue Holocaust et Anthropophagous qui signe ici sous son vrai nom Aristide Massaccesi.

Nous sommes à Londres. Enrico Rosseni (Fabio Testi), professeur d’Italien dans l’université catholique pour jeunes filles Sainte Marie, est marié avec sa collègue allemande Herta (Karin Baal), ce qui ne l’empêche pas de flirter en douce avec Elizabeth (Cristina Galbo), l’une de ses étudiantes. Alors que les amants s’enlacent tendrement dans une barque qui glisse paresseusement sur la Tamise, Elizabeth pousse soudain un cri : il lui semble avoir vu près du rivage une jeune femme en fuite et un agresseur armé d’un couteau. Cet incident coupe cours aux velléités amoureuses d’Enrico. Lorsque celui-ci retrouve son épouse, avec laquelle la relation n’est manifestement pas au beau fixe, c’est pour apprendre par la radio qu’un meurtre a bel et bien eu lieu au bord de la Tamise et que la victime est une étudiante de Sainte Marie. Dès lors, Elizabeth est prise de cauchemars récurrents dans lesquels elle revoit l’agression, tandis que les meurtres du même acabit s’enchaînent. Scotland Yard est sur les dents, l’étau se resserre et les soupçons finissent par se porter sur Enrico lui-même. En menant l’enquête de son côté, il découvre que cette série d’assassinats sordides est lié à une mystérieuse jeune fille prénommée Solange…

Sex Crimes

L’entame du film développe un thème cher aux premiers giallos de Dario Argento : le témoin d’un acte criminel à qui il manque un élément pour comprendre ce qu’il a vraiment vu. Pour autant, Massimo Dallamano ne cherche pas à styliser sa mise en scène comme le fait son éminent confrère. Son approche se veut plus crue, plus réaliste, moins expérimentale. Ce refus du baroque et de l’excès graphique n’empêche pas le cinéaste de recourir à plusieurs astuces de montage, comme les cris d’une victime qui s’enchaînent avec ceux d’Elizabeth au sortir d’un cauchemar. Plus troublant encore : cette séquence où l’étudiante fait l’amour à Enrico dans sa garçonnière, musique langoureuse de Morricone à l’appui, et dans laquelle s’insèrent des plans très brefs de la première agression. Or les meurtres ont tous ici un caractère sexuel, puisqu’un grand couteau acéré est systématiquement enfoncé entre les jambes des trépassées. Cette idée scénaristique peut sembler provocatrice, voire racoleuse, mais elle est en réalité justifiée par une révélation finale glaçante qui permet de comprendre pleinement les motivations de l’assassin et de structurer avec cohérence l’enquête policière – une qualité pas si fréquente dans l’univers du giallo, souvent plus propice à la poésie macabre qu’au réalisme. Dans le rôle de l’étrange Solange, les spectateurs reconnaîtront la débutante Camille Keaton, future héroïne du mythique I Spit on Your Grave.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

NIGHT OF THE REAPER (2025)

Dans une petite ville américaine, au cœur des années 80, un tueur masqué sème la terreur et se joue des forces de police…

NIGHT OF THE REAPER

 

2025 – USA

 

Réalisé par Brandon Christensen

 

Avec Jessica Clement, Ryan Robbins, Summer H. Howell, Keegan Connor Tracy, Matty Finochio, Max Christensen, Ben Cockell, David Feehan, Bryn Samuel

 

THEMA TUEURS

Si le réalisateur Brandon Christensen n’est pas une superstar du cinéma fantastique, il œuvre dans le genre avec une constance qui force le respect, malgré des moyens souvent limités et des exploitations parfois confidentielles. L’homme à qui nous devons le thriller horrifique Superhost, le film de possession The Puppet Man et le found footage Bodycam se lance avec Night of the Reaper dans un slasher « à l’ancienne » qui assume pleinement ses références : l’intrigue se situe dans les années 80, les télés diffusent des clips de MTV, des posters de Robocop et Massacre à la tronçonneuse 2 s’affichent dans les chambres, le magazine Fangoria traîne sur un bureau… Christensen pousse la démarche jusqu’à adopter un format Cinémascope et une bande originale synthétique façon John Carpenter, à isoler des baby-sitters en pleine nuit d’Halloween ou à utiliser des artefacts de cassettes VHS pour habiller le générique de son film. Cette démarche – qui évoque par moments celle de Ti West dans House of the Devil – semble de prime abord emboîter le pas de la « eightiesmania » déclenchée par Super 8, Ça, Stranger Things et consorts. Mais il ne faut pas forcément se fier aux apparences. Si Christensen déclare ouvertement sa flamme aux années vidéoclub, il ne s’en tient pas là…

Tout commence pourtant de manière très classique, c’est le moins qu’on puisse dire. Les dix premières minutes s’attachent à Emily Golding (Summer H. Howell), une baby-sitter harcelée, menacée puis assassinée par un tueur habillé en Camarde (d’où le titre du film, qui peut se traduire par « La Nuit de la Faucheuse »). Non contente de multiplier les meurtres, cette figure fantomatique prend un malin plaisir à filmer ses exactions au caméscope et à se jouer du shérif local, le chef Rodney Arnold (Ryan Robbins), en semant sur son chemin des cassettes vidéo détaillant les méfaits sanglants en vue subjective, façon « snuff movie ». Sur les nerfs, ce policier volontiers impulsif, veuf depuis peu, doit travailler en pleine nuit et sollicite donc une baby-sitter pour surveiller son fils Max (Max Christensen). La jeune fille habituelle étant indisposée, c’est sa meilleure amie Deena (Jessica Clement) qui est sollicitée d’urgence. Celle-ci vient tout juste de débarquer dans la petite ville natale après son diplôme universitaire et accepte la mission un peu à contrecœur. Or dès la nuit tombée, le tueur masqué refait son apparition…

Déjà-vu ?

L’inconvénient principal d’un film comme Night of the Reaper est le sentiment de déjà-vu qui l’irrigue abondamment. Les personnages principaux (la baby-sitter sage et sérieuse, son amie délurée, le jeune geek accro à la vidéo, le footballer star de la fac, le shérif bourru et son adjoint sympathique) cumulent tous les stéréotypes attendus sans chercher à s’en affranchir. Les méfaits du tueur eux-mêmes nous semblent très familiers, tout comme sa tenue qui rappelle furieusement celle du premier opus de la petite saga Fear Street. Les spectateurs sentent donc qu’ils ont toujours un coup d’avance sur les personnages et qu’ils peuvent tout prévoir à l’avance. C’est là que Brandon Christensen nous prend par surprise. Car au cours de son troisième acte, le scénario rebondit de manière spectaculaire et réorganise toutes les pièces de l’échiquier. Le twist est franchement inattendu. Revers de la médaille : il nous semble tiré par les cheveux et manque de crédibilité. Mais si l’on se prend au jeu, les ultimes rebondissements ont quelque chose de jouissif – avec en prime une mise à mort cartoonesque sous forme de gag macabre. Tout ce catalogue de clichés prend alors une toute nouvelle tournure, et le cadre même des années 80 se justifie pleinement. Transposé à l’ère des smartphones et des réseaux sociaux, le récit verrait en effet la majorité de ses péripéties court-circuitées. Night of the Reaper ne fera certes pas date dans l’histoire du slasher, mais les astuces de son intrigue et de sa mise en scène rendent son visionnage hautement recommandable.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

MONSTRES INVISIBLES (1958)

Un scientifique passionné de télékinésie donne naissance à des monstres rampants qui dévorent les cerveaux de leurs victimes…

FIEND WITHOUT A FACE

 

1958 – GB

 

Réalisé par Arthur Crabtree

 

Avec Marshall Thompson, Kynaston Reeves, Kim Parker, Stanley Maxted, Terry Kilburn, James Dyrenforth, Robert MacKenzie, Gil Winfield, Michael Balfour

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Alors que la paranoïa chère aux années 50 bat son plein en Occident, tous les moyens sont bons pour capitaliser sur les peurs du public en s’appuyant sur les concepts de science-fiction les plus farfelus. Voici donc venir Monstres invisibles, qui s’ouvre sur une série de décès mystérieux autour d’une base de l’Air Force dans le Manitoba, au Canada. Le cerveau et la moelle épinière des victimes ont purement et simplement disparu. Le major Jeff Cummings (Marshall Thompson), chargé de l’enquête, découvre bientôt l’impensable : ces crimes sont liés aux expériences du professeur Walgate (Kynaston Reeves), un vieux savant qui, en explorant les capacités de la télékinésie, a donné naissance à des créatures invisibles constituées de « pure pensée ». Affamées d’énergie atomique et de cerveaux humains, ces entités échappent rapidement à tout contrôle, battent la campagne et répandent la terreur… Produit en Angleterre mais conçu pour séduire le public américain, Monstres invisibles coche toutes les cases des séries B de SF de son époque. On y retrouve donc la peur de l’énergie nucléaire, la méfiance envers les savants et la crainte d’une pensée collective qui pourrait se retourner contre la démocratie. 

Arthur Crabtree, à qui l’on confie le film, est un réalisateur britannique plutôt habitué aux thrillers et pas franchement à l’aise avec la science-fiction. A peine le tournage commencé, il tourne les talons et décrète qu’il n’est pas l’homme de la situation. Ce n’est qu’après avoir lourdement insisté – et rappelé qu’il était lié au film contractuellement, qu’il le veuille ou non -, que les producteurs parviennent à le ramener sur le plateau. Crabtree tourne donc Les Monstres invisibles de mauvaise grâce, adoptant un style sobre et linéaire, sans véritable coup d’éclat. La première partie du film alterne ainsi les scènes d’exposition et les dialogues explicatifs. Fort heureusement, ces longueurs sont compensées par une atmosphère de tension efficace. Car l’ombre des monstres impalpables plane sur chaque scène : les objets bougent, la végétation se plie et des cris lointains suggèrent la présence des créatures avant même que celles-ci ne se montrent.

L’attaque des cerveaux vivants

Le véritable moment de magie survient dans le dernier quart d’heure. Les monstres, enfin visibles, prennent alors la forme de matières grises vivantes, affublées de petites antennes, de divers appendices articulés et d’une moelle épinière qui traîne comme une queue de serpent. Le responsable des séquences mettant en scène ces bestioles insolites est l’Allemand Florenz von Nordhoff, qui décide de recourir à la stop-motion et en confie l’animation à son partenaire Karl-Ludwig Ruppel. Ce dernier met en place un studio spécialement équipé à Munich et anime près de 70 plans pour les besoins du film, ce qui est colossal pour une série B de cette nature (budgétée à 50 000 livres à peine). Grâce à son travail, les spectateurs peuvent voir les cerveaux rampants se déplacer avec frénésie, agiter leurs appendices en tous sens et interagir avec les humains par l’entremise de rétroprojections miniatures. Ruppel anime également en stop-motion le sang qui coule sur les bêtes lorsqu’elles sont atteintes par des armes à feu, ainsi que leur décomposition finale. Ces séquences délirantes auraient visiblement choqué le public de l’époque, pas préparé à un tel choc. Aujourd’hui, le résultat aurait plutôt tendance à prêter à rire. Il n’empêche que Les Monstres invisibles s’est drapé d’un certain culte, et que Joe Dante revisitera ses fameux monstres dans la scène de la zone 52 du délirant Les Looney Tunes passent à l’action.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

CROISIÈRES SIDÉRALES (1942)

Œuvre insolite du cinéma français des années 40, ce space opera abandonne bien vite le réalisme pour basculer dans la fantaisie débridée…

CROISIÈRES SIDÉRALES

 

1942 – FRANCE

 

Réalisé par André Zwoboda

 

Avec Madeleine Sologne, Jean Marchat, Julien Carette, Robert Arnoux, Simone Allain, Auguste Bovério, Violette Briet, Jean Dasté, Luce Ferrald, Richard Francœur

 

THEMA SPACE OPERA

Au début des années 1940, le cinéma français se retrouve dans une position paradoxale. Sous l’occupation allemande, la production est tellement contrôlée et surveillée que toute allusion à la guerre ou à la situation politique est strictement proscrite. Les cinéastes se retrouvent alors souvent contraints d’explorer des territoires imaginatifs en se détachant de la réalité immédiate. C’est dans ce cadre qu’émerge Croisières sidérales, premier véritable space opera français (si l’on excepte l’incontournable Voyage dans la Lune de Méliès), qui tente d’aborder l’exploration de mondes inconnus sous un angle scientifique. André Zwoboda, ancien assistant de Jean Renoir, profite de cette marge de manœuvre pour dépasser les conventions du cinéma hexagonal de l’époque. En guise d’accroche, un carton d’introduction prévient le spectateur : tout ce que nous allons voir repose sur des données scientifiques exactes. Cette promesse de rigueur pseudo-scientifique tient la route pendant à peu près un quart d’heure. Croisières sidérales s’ouvre en effet comme un film d’aventure réaliste, en s’attachant aux préparatifs minutieux d’un couple d’aéronautes, Robert et Françoise Monier (Jean Marchat et Madeleine Sologne), bien décidés à battre un record d’altitude. Ils décollent alors à bord de la « stratosphère », un ballon dirigeable sphérique qui quitte le sol pour atteindre l’espace.

Une séquence d’apesanteur, qui montre les comédiens la tête en bas tandis qu’une cigarette flotte dans les airs, anticipe mine de rien sur le trucage de la « pièce tournante » qu’utilisera Stanley Kubrick dans 2001 l’odyssée de l’espace. Après cette simulation de la gravité zéro, la rigueur annoncée vole définitivement en éclat. Françoise et son assistant Lucien (Julien Carette, cabotin et gouailleur à souhait) redescendent sur Terre après ce qui leur semble deux semaines de vol… pour découvrir qu’ils ont atterri vingt-cinq ans plus tard, en 1967. Le film bascule alors dans l’anticipation improbable. Les voitures ressemblent à des boîtes de conserve, les costumes sont faits d’aluminium et les avions sillonnent tranquillement le ciel. Mais le délire atteint son comble au moment de l’atterrissage sur Venus, avec une forêt de studio où l’on respire librement et où les Vénusiennes, drapées de peaux de bêtes et entourées de poneys et de colombes, parlent un français impeccable. Mais d’où proviennent donc les données scientifiques exactes promises au début du film ? Ne nous aurait-on pas trompés sur la marchandise ?

Plus de fiction que de science

Malgré sa naïveté, Croisières sidérales conserve un charme indiscutable. On y sent l’enthousiasme d’un cinéma français encore jeune face à la conquête spatiale, bien avant que les Américains ne s’en emparent définitivement. Même lorsque les effets spéciaux trahissent leur pauvreté, le film respire la curiosité et la foi dans un certain progrès. Derrière ses maladresses et ses invraisemblances se dégage donc une forme de poésie artisanale, presque surréaliste. Le jeu des acteurs, lui, reste souvent exagérément théâtral. Madeleine Sologne, héroïne romantique par excellence, apporte certes une sorte de grâce tragique à son personnage, mais Carette, fidèle à son registre comique, en fait des tonnes jusqu’à épuiser le spectateur. Cette disparité de ton finit fatalement par entacher la cohérence d’un film à l’équilibre déjà très fragile. S’il demeure aujourd’hui caché dans les marges de l’histoire du cinéma et donc largement méconnu, le film de Zwoboda mérite sans doute d’être redécouvert comme un jalon fondateur du cinéma de science-fiction français.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

L’HOMME SANS MÉMOIRE (1974)

Un ancien gangster devenu amnésique après un accident retrouve la trace de sa femme et d’un redoutable tueur lancé à ses trousses…

L’UOMO SENZA MEMORIA

 

1974 – ITALIE

 

Réalisé par Duccio Tessari

 

Avec Senta Berger, Luc Merenda, Umberto Orsini, Anita Strindberg, Bruno Corazzari, Rosario Borelli, Manfred Feryberger, Tom Felleghy, Carla Mancini

 

THEMA TUEURS

Scénariste et réalisateur particulièrement éclectique, Duccio Tessari fait ses débuts derrière la caméra avec le péplum mythologique Les Titans, puis touche à tous les genres : les fresques historiques (Le Procès des Doges), les westerns spaghetti (Un pistolet pour Ringo, Le Retour de Ringo, La Chevauchée vers l’Ouest), les polars (Le Papillon aux ailes ensanglantées, Les Grands fusils, Les Durs), toujours avec une solide maîtrise de son sujet et un savoir-faire indiscutable. La qualité de certaines de ses œuvres prouvent qu’il aurait pu aisément atteindre le statut de « grand réalisateur », de ceux qu’on admire dans les cinémathèques. Mais Tessari préfère jouer la prudence et accumuler les succès populaires, quitte à délaisser les honneurs au profit de séries B efficaces et rentables. C’est dans cet état d’esprit qu’il s’attaque à L’Homme sans mémoire, dont il co-écrit le scénario avec Bruno di Geronimo (Mais qu’avez-vous fait à Solange ?) et Ernesto Gastaldi (Mon nom est personne), d’après une histoire de Roberto Infascelli (La Bête tue de sang-froid). À la croisée des genres – un pied dans le thriller psychologique, un autre dans l’épouvante -, le film aura porté de nombreux titres plus ou moins fantaisistes au gré de ses distributions. Si les Américains optent pour le sobre et judicieux Puzzle, les éditeurs vidéo français ne reculent devant rien lorsqu’il s’agit de promouvoir de la VHS, quitte à choisir des appellations aussi étranges qu’Attention tueur ou La Trancheuse infernale ! Nous préférons nous en tenir à L’Homme sans mémoire, titre de sa première exploitation hexagonale.

L’amnésique au cœur de cette intrigue à tiroirs est un certain Peter Smith, incarné par Luc Merenda (un beau gosse qui jouait les espions vedette dans OSS 117 prend des vacances). Cet homme a perdu la mémoire suite à un accident de voiture et travaille désormais dans un magasin d’antiquités à Londres. Mais son passé ne va pas tarder à le rattraper. Il y a d’abord un homme qui s’introduit chez lui, le menace avec une arme à feu puis finit abattu par un tireur inconnu. Puis ce télégramme de son épouse l’invitant à venir la rejoindre à Portofino, en Italie. À son arrivée, il découvre que son vrai nom est Ted Walden et que sa femme Sara (Senta Berger, vue dans Matt Helm traqué) n’était pas au courant du télégramme. Il est clair que quelqu’un d’autre a organisé cette rencontre. À partir de là, les choses se compliquent. Un homme nommé George (Bruno Corazzari) leur révèle que Ted est en possession de sept kilos d’héroïne d’une valeur d’un million de dollars. À moins que la drogue ou l’argent ne soient remis dans un délai d’une semaine, tous deux seront tués. Or la mémoire de notre protagoniste reste désespérément vierge. Bientôt, un mystérieux assassin armé d’un rasoir ne tarde pas à menacer tout ce beau monde…

Souvenirs perdus

Si le scénario de L’Homme sans mémoire s’inscrit dans une tradition policière somme toute classique – avec son lot de machinations et de faux-semblants hérités d’Alfred Hitchcock et des récits de Boileau et Narcejac -, Tessari se laisse volontiers influencer par les codes du giallo, en plein essor sur les écrans italiens depuis le milieu des années 60. Le tueur à l’arme blanche, le souvenir enfoui qui peine à refaire surface, la mélodie obsédante d’une boîte à musique ou la progression d’indices distillés au compte-goutte rapprochent le film des figures de style popularisées par Mario Bava et Dario Argento. S’il ne combat pas dans la même catégorie horrifico-baroque, L’Homme sans mémoire adopte néanmoins une mise en scène résolument sensorielle qui l’éloigne régulièrement d’un strict ancrage réaliste. Les jeux répétés sur les regards, les très gros plans, les objets à l’avant-plan, les reports de mise au point, les plongées et contre-plongées extrêmes, les ralentis sont autant d’artifices qui ajoutent une surcouche presque surréaliste à cette histoire de trafiquants de drogues. Sans compter le surgissement furtif de souvenirs sanglants qui évoquent presque Lucio Fulci, ou ce grand final quasiment granguignolesque qui bascule dans une violence exubérante. Ciselé dans une très belle photographie de Giulio Albonico, rythmé par une musique envoûtante de Luciano Martino, L’Homme sans mémoire est une œuvre passée souvent au second plan mais qui mérite largement d’être redécouverte.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

VOYAGE VERS LA SEPTIÈME PLANÈTE (1962)

Dans un monde futur pacifié, une expédition d’astronautes se rend sur Uranus et y affronte des créatures très perturbantes…

JOURNEY TO THE SEVENTH PLANET

 

1962 – DANEMARK / USA

 

Réalisé par Sidney Pink

 

Avec John Agar, Carl Ottosen, Ove Sprogøe, Louis Miehe-Renard, Peter Mönch, Greta Thyssen, Ann Smyrner, Mimi Heinrich, Annie Birgit Garde, Ulla Moritz

 

THEMA SPACE OPERA

La science-fiction de série B danoise existe ! Ib Melchior et Sidney Pink le prouvent, à travers des œuvres pittoresques telles que Reptilicus ou La Planète rouge. Dans la foulée, ils se lancent en 1962 dans Voyage vers la septième planète, écrit par le premier et réalisé par le second. Le sujet s’appuie sur un concept qui n’est pas sans rappeler le roman Solaris de Stanislas Lem, alors tout juste sorti en librairies, et dont Andreï Tarkovsky tirera une adaptation officielle dix ans plus tard. L’acteur principal de cette aventure exotique est John Agar, qui en a vu d’autres puisqu’il fut le héros de nombreux westerns mais aussi de Tarantula, du Peuple de l’enfer et de La Révolte des poupées. Nous sommes en l’an 2001, dans un futur utopique où la guerre n’existe plus. Cinq hommes des Nations Unies débarquent sur Uranus et découvrent que la planète est tempérée et verdoyante. Mais ce n’est qu’une illusion, créée par un cerveau géant désireux de chasser les intrus. Entre autres hallucinations, les astronautes retrouvent des femmes issues de leur passé, et font de moins agréables rencontres. C’est là que les effets spéciaux exubérants entrent en scène.

Parmi les monstres qui croisent leur chemin, on note un étrange cyclope aux proportions respectables. « À l’origine, cette séquence a été filmée en studio avec un animal réel dans un décor miniature », raconte Jim Danforth, futur maître d’œuvre des effets visuels de Quand les dinosaures dominaient le monde. « Si je m’en souviens bien, cet animal était un kinkajou. Le studio n’a pas aimé cette séquence, alors elle a été refaite avec une créature que j’ai animée en stop-motion. Elle était fabriquée à partir de l’armature du dragon volant de Jack le tueur de géants. Une fois de plus, les producteurs n’ont pas aimé le résultat. Ils trouvaient que cette créature ressemblait à un ours en peluche. Wah Chang a donc fabriqué de la peau en latex avec une texture écailleuse et en a recouvert la figurine que j’ai animée une fois de plus. A ce stade-là, vous pouvez imaginer que nous avions largement dépassé le planning. J’ai donc dû travailler sans m’arrêter pendant de longues heures. C’est finalement cette troisième version qui apparaît dans le film. » (1) Dans son aspect définitif, le monstre ressemble à une sorte de rat grand comme un tyrannosaure arborant un œil unique. Revisitant sous un angle moderne l’épisode de Polyphème dans L’Odyssée, les explorateurs aveuglent le cyclope avec leurs pistolets laser puis prennent la fuite. 

Recyclages intempestifs

Tourné à l’économie, Voyage vers la septième planète joue souvent la carte du recyclage, « empruntant » les cris du ptérodactyle de Rodan pour le cyclope, réutilisant une poignée d’effets visuels de La Planète rouge ou détournant des extincteurs de leur fonction première pour les transformer en caissons à oxygène pour les combinaisons des astronautes. Quant à l’araignée géante qui attaque nos héros, il s’agit d’extraits du film en noir et blanc The Spider de Bert I. Gordon, colorisés pour l’occasion et affublant le monstre de hurlements du plus curieux effet. Une société d’effets spéciaux danoise était à l’origine chargée de tous les trucages du film, mais leur travail se révéla insatisfaisant et justifia donc tous ces bricolages de dernière minute. Le clou du spectacle est une sorte d’œil géant s’ouvrant et se fermant au beau milieu d’une masse gélatineuse aux vagues allures de cerveau. Il n’empêche que sous ses allures joyeusement « pulp », Voyage vers la septième planète développe des idées passionnantes dont on trouvera des échos futurs dans des films de science-fiction horrifiques tels que La Galaxie de la terreur ou Event Horizon.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LAISSE-MOI ENTRER (2010)

Le réalisateur de Cloverfield dirige deux tout jeunes acteurs dans cet excellent remake de Morse produit par Hammer Films…

LET ME IN

 

2010 – GB / USA / SUÈDE

 

Réalisé par Matt Reeves

 

Avec Kodi Smit-McPhee, Chloë Grace Moretz, Richard Jenkins, Cara Buono, Elias Koteas, Sasha Barrese, Dylan Kenin, Chris Browning, Ritchie Coster, Dylan Minnette

 

THEMA VAMPIRES

L’initiative d’un remake de Morse est d’abord née pour des raisons purement triviales. La qualité du film de Tomas Alfredson étant indéniable mais son exploitation internationale jugée restreinte, pourquoi ne pas produire une version en langue anglaise susceptible d’attirer le public le plus large possible ? En 2008, la Hammer Films (qui vient alors tout juste de renaître de ses cendres) en acquiert donc les droits. Le premier réalisateur envisagé est Alfredson lui-même, qui décline poliment l’invitation. « Je suis trop vieux pour refaire deux fois le même film et j’ai d’autres histoires que je souhaite raconter », explique-t-il à l’époque (1). Le second choix est Matt Reeves, frais émoulu de son travail sur Cloverfield. Mais Reeves hésite. Morse lui semble intouchable et ne justifie selon lui aucun remake. Par acquis de conscience, il lit tout de même le roman de John Ajvide Lindqvist dont est tiré le film original et finit par changer d’avis. Il y a finalement peut-être un nouveau long-métrage à faire autour du même matériau littéraire, qui soit à la fois très respectueux de la vision de Tomas Alfredson tout en s’alignant à la fois sur la sensibilité de Reeves et sur les goûts du public anglo-saxon. Cela passera par quelques ajustements, notamment la relocalisation de l’intrigue à Los Alamos (au lieu de Stockholm) et une vision un peu plus romantique et un peu moins glaciale du lien unissant ses deux personnages principaux.

Si Morse plongeait le spectateur dans une chronologie sèche et immédiate, Matt Reeves choisit d’ouvrir Laisse-moi entrer sur un flash-forward, balisant d’emblée son récit comme une tragédie annoncée. Après la mort énigmatique d’un homme défiguré sur lequel enquête un inspecteur de police, le scénario rembobine pour s’intéresser à Owen, un garçon de 12 ans solitaire et malheureux, négligé par ses parents en instance de divorce. Martyrisé à l’école par des garçons brutaux, Owen sympathise avec Abby, une fille de son âge qui vient d’emménager dans son immeuble en compagnie d’un homme qui semble être son père. Pour donner un visage aux enfants qui tiennent la vedette de son film, Reeves cherche deux perles rares qui ont déjà flirté avec le fantastique. Il les trouve chez Kodi Smit-McPhee (tout juste échappé de La Route avec Viggo Mortensen) et Chloë Grace Moretz (qui joue la même année la « hit girl » de Kick-Ass). Cette dernière poursuivra une carrière à succès jalonnée d’autres remakes de classiques du genre, comme Dark Shadows, Carrie la vengeance ou Suspiria. Reeves ne pouvait rêver mieux. C’est, selon ses propres dires, le « casting parfait ».

Les solitaires

Ces stars en herbe incarnent à merveille deux solitudes qui s’entrechoquent : d’un côté le garçon marginal dont le foyer familial s’étiole, de l’autre l’immortelle vampire coincée dans un corps d’enfant et condamnée à ne pouvoir se lier avec personne. Le statut de monstre d’Abby nous est révélé assez tôt, ne laissant aucune ambiguïté sur sa nature de monstre assoiffé de sang. Mais sa rencontre avec Owen lui donne des envies de normalité, fussent-elles fugaces, quitte à dangereusement s’empoisonner en avalant un bonbon, ou plus tard entrer chez le garçon sans y être invitée, au risque d’y laisser sa peau. Nous sommes donc très proche du film original, que Matt Reeves n’ambitionne jamais de dépasser, mais qu’il revisite en y apposant son propre style. Ainsi peut-on lire dans cette nouvelle version un hommage répété à Alfred Hitchcock – et notamment à Fenêtre sur cour – lors des nombreuses séquences au cours desquelles Owen espionne son voisinage avec un petit télescope. Reeves révèle sa propre personnalité par petites touches, comme en témoignent l’élan de virtuosité qui le pousse à filmer un accident de voiture en caméra embarquée pour mieux immerger ses spectateurs dans le chaos, ou le parti pris osé de ne jamais montrer frontalement la mère d’Owen autrement que dans le flou ou le hors-champ. Suite à ce remarquable remake, la Hammer poursuivra sa renaissance avec des œuvres telles que La Dame en noir ou La Locataire.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur Total Sci-Fi Online en avril 2009

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article