THEY WILL KILL YOU (2026)

Une jeune femme postule pour devenir femme de chambre dans un vieil immeuble luxueux situé à New York… et se jette dans la gueule du loup !

THEY WILL KILL YOU

 

2026 – USA / AFRIQUE DU SUD / CANADA

 

Réalisé par Kirill Sokolov

 

Avec Zazie Beetz, Patricia Arquette, Myha’la, Paterson Joseph, Tom Felton, Heather Graham, Willie Ludik, David Viviers, Gabe Gabriel, Viktoria Korotkova, James Remar

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

They Will Kill You est le troisième long-métrage de Kirill Sokolov, après les comédies noires mouvementées Why Don’t You Just Die et No Looking Back. « Ma femme et moi avons déménagé dans une autre ville de Russie et loué un appartement dans un immense immeuble de 17 étages comptant des centaines de logements », raconte le réalisateur. « On avait fini par plaisanter régulièrement en se disant que tout l’immeuble appartenait sûrement à une secte et qu’un jour ils viendraient nous chercher pour nous sacrifier. Puis j’ai regardé Rosemary’s Baby et je me suis dit : “Mon Dieu… j’étais dans cet immeuble ! J’étais exactement dans la même situation.” D’accord, ce n’était pas suffisant pour mettre l’Antéchrist au monde, mais c’est comme ça que ce film est né. » (1) Résultat : un scénario déjanté qui mélange la comédie, le suspense, l’horreur et les arts martiaux et qui séduit immédiatement Andy Muschietti (le réalisateur de Ça) et son épouse Barbara, justement en quête de nouveaux projets pour leur société de production Nocturna. Voilà comment se monte le projet. Vue dans Joker et Deadpool 2, Zazie Beetz y tient son premier rôle principal, pour un tournage marathon éprouvant qui démarre au Cap, en Afrique du Sud, fin 2024. À ses côtés, l’amateur reconnaîtra les visages familiers de Patricia Arquette et Heather Graham.

Mieux vaut ne pas trop révéler l’intrigue afin de préserver l’effet de surprise, dans la mesure où le scénario de They Will Kill You ne cesse de rebondir en opérant toutes les 10 minutes un virage à 180 degrés pour prendre une direction différente. Donnons simplement la situation de départ. Asia Reaves et sa sœur, Maria, tentent de fuir leur père violent, mais se retrouvent acculées dans un magasin. Alors qu’il s’apprête à remettre la main sur elles, Asia lui tire dessus et prend la fuite, laissant Maria aux griffes du paternel blessé et furieux. Voilà pour l’entrée en matière, qui semble s’inscrire dans une logique de drame social mâtiné de thriller mais détonne en réalité avec le reste du métrage. Dix années passent et nous retrouvons Asia, qui n’a pas beaucoup changé (puisque c’est toujours Zazie Beetz qui l’interprète). La jeune femme débarque au Virgil, un luxueux immeuble newyorkais, pour y travailler comme femme de ménage. À partir de là, les choses prennent une tournure pour le moins inattendue…

Le sang qui gicle et l’œil qui rampe

Sur un postulat qui évoque un peu celui de Wedding Nightmare, Kirill Sokolov concocte un véritable shot d’adrénaline qui se révèle aussi inventif dans ses péripéties que dans ses idées de mise en scène. Tandis que la caméra se livre à des acrobaties dignes du Sam Raimi de Mort sur le gril, les choix musicaux singuliers jouent sans cesse la carte de la rupture et du décalage. Quant aux effets spéciaux, ils privilégient chaque fois que possible le recours aux techniques à l’ancienne, poussant très loin les délires gore cartoonesques (têtes explosées, membres tranchés, corps déchiquetés, jusqu’à cet œil arraché qui se promène dans les conduits d’aération !) et se laissent volontiers inspirer par le cinéma d’exploitation japonais. D’où ces corps coupés en deux dans le sens de la hauteur ou ce sang qui gicle en geysers comme du liquide gazeux sous pression. Visiblement féru de cinéma de genre, Sokolov paie son tribut à ses aînés sans pour autant chercher à s’y référer directement. L’influence de films comme The Thing ou Hellraiser est manifeste, tout comme cette tendance kubrickienne à se focaliser sur la symétrie des décors – d’où ces couloirs d’immeuble d’un autre âge qui nous évoquent irrésistiblement l’hôtel de Shining. They Will Kill You finit hélas par se prendre un peu les pieds dans le tapis, privilégiant sans cesse l’effet immédiat au détriment de caractérisations qui auraient renforcé l’empathie des spectateurs. En l’état, le sort d’Asia ne nous inquiète pas plus que ça, et le climax bascule dans des excès franchement ridicules. Pour autant, on ne peut pas reprocher au film son manque d’ambition, d’originalité, de folie et d’énergie.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans SFX en avril 2026

 

© Gilles Penso

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ZEDER (1983)

Un écrivain enquête sur les expériences d’un professeur ayant apparemment découvert le moyen de ressusciter les morts…

ZEDER

 

1983 – ITALIE

 

Réalisé par Pupi Avati

 

Avec Gabriele Lavia, Anne Canovas, Paola Tanziani, Cesare Barbetti, Bob Tonelli, Ferdinando Orlandi, Enea Ferrario, John Stacy, Alex Partexano, Marcello Tusco

 

THEMA ZOMBIES

Pupi Avati a toujours eu des affinités avec le fantastique. Réalisateur de Balsamus : l’homme de Satan et La Maison aux fenêtres qui rient, scénariste de Baiser macabre, il effectue au début des années 80 des recherches intensives en vue d’un film qui aborderait le thème de la vie après la mort. Très ambitieux, son projet tourne autour de l’ordre des Chevaliers du Temple de Salomon, de l’alchimiste Fulcanelli et de l’Arche d’Alliance. Mais la sortie des Aventuriers de l’arche perdue l’empêche d’aller plus loin, de peur de passer pour un plagiaire. Cette idée continue pourtant à trotter dans sa tête. C’est en la remaniant qu’il finit par accoucher du scénario de Zeder. Refusant l’approche gothique habituelle des films d’épouvante italiens classiques, et encore moins les excès gore de ses compatriotes déployés dans la mouvance des films de Lucio Fulci, Avati choisit la voie du mystère et de la science-fiction. D’où certaines réminiscences des récits d’H.P. Lovecraft, notamment Herbert West, réanimateur. L’un des lieux de tournage clé de Zeder est un bâtiment abandonné qui apparaît lors du dernier tiers du film et qui, au-delà de sa sinistre photogénie, est le témoin d’un lourd passé. Ouvert en tant que complexe de vacances de l’ère fasciste en 1938, il ferma ses portes deux ans plus tard après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, fut utilisé comme prison et hôpital pour les troupes allemandes, puis définitivement abandonné dans les années 1950.

L’entrée en matière paie son tribut à un certain classicisme old school, puisqu’il se déroule en 1956, dans une immense demeure située à Chartes. Une jeune fille dotée apparemment de pouvoirs psychiques y est attaquée par une créature invisible et emmenée dans l’hôpital le plus proche. Dans le sous-sol du bâtiment, un scientifique qui menait une expérience visant à tester les capacités de la jeune cobaye fait creuser la terre et y découvre un cadavre. Le portefeuille trouvé à proximité identifie le corps comme celui d’un certain professeur Paolo Zeder. La suite du film s’inscrit dans l’époque contemporaine, autrement dit au début des années 1980, au cœur de la ville de Bologne. L’écrivain Stefano (Gabriele Lavia) se voit offrir par sa femme Alessandra (Anne Canovas) une vieille machine à écrire en guise de cadeau d’anniversaire. Une nuit, alors qu’il cherche l’inspiration, Stefano découvre une série de lettres tapées sur le ruban de la machine à écrire. En décryptant le texte, il constate qu’il s’agit d’un essai rédigé par le scientifique Paolo Zeder traitant de l’existence des « zones K » : des endroits où les défunts mis en terre peuvent ressusciter…

Ré-animations

Si les distributeurs américains se sont efforcés de faire passer Zeder pour un émule des films de George Romero, en le rebaptisant Revenge of the Dead et en l’affublant d’un poster outrancier digne des EC Comics, le film de Pupi Avati ne combat clairement pas dans cette catégorie. Nous n’avons pas affaire à une imitation de Zombie ou de Creepshow mais à une sorte d’enquête policière qui s’achemine lentement mais sûrement vers une révélation surnaturelle. Au fil des maigres indices que collecte notre protagoniste – émule du David Hemmings de Blow Out ou des Frissons de l’angoisse – se devine un secret inavouable dont les enjeux sont complexes. Le récit est donc intriguant, mais finit aussi hélas par générer une certaine lassitude, tant Zeder se révèle chiche en péripéties, malgré les efforts déployés par la bande originale de Riz Ortolani pour faire monter la pression. Le film ne manque certes pas d’idées surprenantes, cultivant une atmosphère anxiogène héritée du cinéma de Jacques Tourneur (avec un hommage direct à La Féline lors de la scène de la piscine) et égrenant quelques séquences insolites (notamment cet épilogue qui annonce celui de Re-Animator tout en évoquant fortement le concept de Simetierre). Mais le film refuse de laisser l’enquête révéler tous ses secrets et génère au bout du compte une inévitable frustration. L’échec commercial de Zeder poussera Pupi Avati à s’aventurer sur d’autres territoires, avec des œuvres intimistes propres à séduire enfin la critique et le public, comme La Balade inoubliable, Une saison italienne ou Histoires de garçons et de filles.

 

© Gilles Penso

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HOBO WITH A SHOTGUN (2011)

Face à la violence qui s’est emparée du monde, un sans-abri s’empare d’un fusil à pompe et décide de faire régner l’ordre en inondant les rues de sang…

HOBO WITH A SHOTGUN

 

2011 – USA / CANADA

 

Réalisé par Jason Eisener

 

Avec Rutger Hauer, Pasha Ebrahimi, Robb Wells, Brian Downey, Gregory Smith, Nick Bateman, Drew O’Hara, Molly Dunsworth, Jeremy Akerman, Andre Haines

 

THEMA TUEURS

Lorsqu’ils lancent l’idée de créer des fausses bandes annonces pour agrémenter le double programme Grindhouse, constitué des deux films Boulevard de la mort et Planète terreur, Quentin Tarantino et Robert Rodriguez imaginent simplement des petites virgules humoristiques conçues comme des hommages aux cinémas de quartier d’antan. Ces trailers parodiques sont réalisés par Rodriguez (Machete), Rob Zombie (Werewolf Women of the S.S.), Edgard Wright (Don’t) et Eli Roth (Thanksgiving). Répondant à un concours organisé dans le cadre de ce programme, le « petit nouveau » Jason Eisener, qui n’a alors à son actif que des courts et moyens métrages, se prête lui aussi au jeu en réalisant la bande-annonce d’un film fictif, Hobo with a Shotgun, dans laquelle un clochard armé d’un fusil à pompe fait régner l’ordre dans la ville. Gore, burlesque et excessif, ce pastiche fait son petit effet. Face à l’accueil enthousiaste de cette série de faux teasers – rapidement devenus cultes auprès d’une communauté d’aficionados -, la blague cinéphilique prend de plus amples proportions. Rodriguez finit même par transformer Machete en « vrai film » en 2010. Et Jason Eisener prend le relais en faisant à son tour passer Hobo with a Shotgun au format long. Tourné pendant 24 jours à Halifax, le premier long-métrage d’Eisener commence sur une musique empruntée à un film d’exploitation des années 70 : La Marque du diable de Michael Armstrong.

C’est Rutger Hauer qui reprend le rôle du sans-abri tenu par David Brunt dans la bande-annonce. Débarqué d’un train, cet homme taciturne et sans nom, dont nous ne savons pas grand-chose, se retrouve dans la ville de Hope Town, dirigée par un baron du crime impitoyable surnommé « The Drake » (Brian Downey) et ses fils sadiques, Ivan (Nick Bateman) et Slick (Gregory Smith). Partout où il promène sa silhouette fatiguée, notre clochard ne croise que violence et dépravation. Décapitations en public, passages à tabac filmés au camescope, tortures, trafics et corruptions sont le quotidien de cette cité déliquescente. Notre homme baisse les yeux, détourne le regard et traîne des pieds. Il semble n’avoir qu’un objectif en tête : réunir assez d’argent pour acheter une tondeuse à gazon. Mais lorsqu’il assiste au braquage de trop, il sort de ses gonds, empoigne un fusil à pompe et démastique les agresseurs. Désormais, il y a un nouveau justicier dans la ville, et rien ne semble pouvoir l’arrêter…

Tous aux abris !

Même si le postulat de Hobo with a Shotgun évoque les films d’autojustice radicaux tels que Le Droit de tuer, Vigilante ou Un justicier dans la ville, nous sommes ici beaucoup plus proches de l’ambiance d’un film Troma que de celle d’une pellicule grindhouse brutale des années 70/80. Les vilains sont extrêmement caricaturaux, le gore est omniprésent et souvent burlesque, personne n’est épargné (les mères, les enfants, les mendiants), bref le film de Jason Eisener cultive ouvertement un esprit « sale gosse ». Même le traitement des images (filmées avec une caméra Red Epic puis altérées en post-production) donne un rendu saturé et outrancier qui amplifie le caractère « cinéma bis » de l’entreprise. Bizarrement, le personnage principal, lui, entre en rupture avec ce côté potache qui tâche. Car Rutger Hauer joue volontairement au premier degré, promenant au beau milieu de ce chaos foutraque sa silhouette lasse, son regard d’acier et son charisme intact. Le décalage qui en résulte donne au film un caractère très singulier. Et puis soudain, Hobo with a Shotgun bascule ouvertement dans le fantastique en laissant surgir deux démons cuirassés qui semblent emprunter leur look à un sous-Mad Max post-apocalyptique. Ces tueurs à gage surnaturels, qui répondent au doux nom de « La Peste », ont manifestement traversé les âges pour cibler plusieurs personnages historiques (Abraham Lincoln, Jeanne d’Arc, Charles Darwin, Jésus-Christ) et nous apparaissent même furtivement aux prises avec une pieuvre géante ! Partagé entre son ultraviolence sans concession, ses écarts cartoonesques et son tableau désenchanté de la lie de l’humanité, Hobo with a Shotgun est un film décidément indéfinissable, qui ne rameutera guère les foules au cinéma mais se muera plus tard en petit objet de culte.

 

© Gilles Penso

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LA BÊTE ET L’ÉPÉE MAGIQUE (1983)

Frappé de lycanthropie suite à une malédiction, Waldemar Daninsky part au Japon à la recherche d’un samouraï capable de le soigner…

LA BESTIA Y LA ESPADA MÁGICA

 

1983 – ESPAGNE

 

Réalisé par Paul Naschy

 

Avec Paul Naschy, Shigeru Amachi, Beatriz Escudero, Junki Asahina, Violeta Cela, Y^pko Fuji, Conrado San Martin, Gérard Tichy, José Vivó, Yoshirô Kitamachi

 

THEMA LOUPS-GAROUS I SAGA WALDEMAR DANINSKY

Après le double coup d’éclat de Hurlements et du Loup-garou de Londres, qui redynamisèrent de manière irréversible le traitement des lycanthropes au cinéma, il semblait difficile pour Paul Naschy de continuer à véhiculer une imagerie rétro héritée des Universal Monsters d’antan. Mais le scénariste/acteur/réalisateur n’entend pourtant pas changer son fusil d’épaule. Le loup-garou Waldemar Daninsky, qu’il s’apprête à interpréter ici pour la neuvième fois consécutive, conserve donc son look « old school » sans recourir aux spectaculaires effets de métamorphoses popularisés par John Landis et Joe Dante (grâce au génie des maquilleurs Rick Baker et Rob Bottin). Pour autant, Naschy souhaite varier les plaisirs, de peur de lasser les spectateurs. Il se laisse donc inspirer par les films de sabre nippons et décide d’aller tourner La Bête et l’épée magique au Japon. Son équipe, sa famille et lui s’installent donc à Tokyo, dans les studios du légendaire acteur japonais Toshiro Mifune (Rashomon, Les 7 Samouraïs, La Forteresse cachée). Sur place, Naschy trouve des décors et des costumes médiévaux prêts à l’emploi, qu’une équipe locale très motivée est prête à entièrement réadapter pour les besoins du scénario de son film.

La Bête et l’épée magique commence en l’an 938 et s’applique une nouvelle fois à réinventer les origines de l’homme-loup incarné par Naschy. Au cours d’un duel, un robuste guerrier nommé Irineus Daninsky tue un chef mongol accusé de pactiser avec le diable, ce qui met en rage la compagne de ce dernier, une redoutable sorcière locale. En remerciement de la victoire d’Irineus, le roi lui permet d’épouser sa fille. Mais la sœur endeuillée réclame vengeance et jette un sort sur toute la lignée des Daninsky en mordant le ventre de la femme enceinte d’Irineus avec le crâne d’un loup-garou. Les gardes du roi tuent la sorcière à coups de flèches, mais il est trop tard pour empêcher la malédiction de se réaliser. Des siècles plus tard, au milieu du 16ème siècle, à Tolède, Waldemar Daninsky, descendant d’Irineus, découvre ainsi qu’il est un loup-garou et se rend chez un vieux rabbin nommé Salom Jehuda pour trouver un remède. Malheureusement, le rabbin est tué par un groupe de villageois racistes, mais pas avant d’avoir dit à Daninsky d’aller chercher un sage japonais nommé Kian dans le village de Kyoto. Il s’agit manifestement de la seule personne susceptible de mettre fin à la malédiction.

Pleine Lune au pays du Soleil Levant

Au cours de sa première partie, le film aborde frontalement les thèmes du racisme, de l’intolérance et du fanatisme, notamment à travers la cabale menée par les villageois bigots et superstitieux contre le rabbin. Ce pourrait n’être qu’une des nombreuses péripéties imaginées par Naschy, mais son traitement réaliste étonne et tranche même avec le reste du métrage, volontiers plus rocambolesque. Il nous faut attendre plus d’une demi-heure pour que le loup-garou montre enfin sa frimousse velue. Semant une belle panique dans une taverne japonaise, il plante ses crocs sur tout ce qui bouge et dévêt au passage une demoiselle ou deux, fidèle au mélange de violence et de nudité qui caractérise la saga depuis ses débuts. Généreux en séquences mouvementées, La Bête et l’épée magique enchaîne les batailles de samouraïs, les luttes contre des ninjas, les apparitions de créatures fantomatiques ou mort-vivantes. Le clou du spectacle est sans conteste le combat du lycanthrope contre un tigre, une scène que Naschy a tenu à jouer lui-même sans doublure… à condition que le félin soit nourri avec 25 poulets avant le tournage pour éviter qu’il transforme son adversaire en casse-croûte ! Malgré cette profusion d’action et de rebondissements, La Bête et l’épée magique n’aura pas le succès escompté. Quasiment pas exploité en dehors de l’Espagne, il ne sera découvert que bien plus tard dans le reste du monde et mettra donc fin à la série des aventures du loup-garou Waldemar Daninsky… jusqu’à une reprise tardive pour deux ultimes épisodes un peu confidentiels, l’un en 1996, l’autre en 2004.

 

© Gilles Penso

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LE SECRET DU LAC (1986)

Un jeune garçon décide de mener l’enquête sur un étang sinistre qui, selon les légendes aborigènes, abrite un monstre aquatique…

FROG DREAMING

 

1986 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Brian Trenchard-Smith

 

Avec Henry Thomas, Tony Barry, Rachel Friend, Tamsin West, Dempsey Knight, John Ewart, Chris Gregory, Mark Knight, Dennis Miller, Katy Manning

 

THEMA MONSTRES MARINS

À priori, Le Secret du lac est une réponse australienne à Goonies, comme en témoignent cette mise en scène sous influence des productions Amblin (les gamins à vélo, les grands mouvements de grue, les nuits bleutés, la musique ample et symphonique), ce poster se référant ouvertement au film de Richard Donner ou le premier rôle tenu par Henry Thomas, devenu superstar grâce à E.T. l’extra-terrestre. Mais ce film d’aventures insolite porte surtout l’empreinte de son producteur et scénariste, Everett De Roche, figure clé de la « Ozploitation » des années 70 et 80 à qui nous devons notamment les histoires de Patrick, Long week-end, Harlequin, Déviation mortelle, Razorback et Link. Le film est d’abord confié à Russell Hagg, réalisateur discret signataire de quelques épisodes de séries TV, d’un téléfilm et d’un western, mais dont le CV s’orne tout de même de la direction artistique d’Orange mécanique. De Roche le connaît notamment grâce à son travail de script sur Harlequin et Le Survivant d’un monde parallèle, mais Hagg ne fournit manifestement pas un travail suffisamment satisfaisant. Il est donc remplacé par le réalisateur vétéran Brian Trenchard-Smith, spécialiste du cinéma d’action qui dirigea plus de soixante longs-métrages, dont le mythique Les Traqués de l’an 2000, hit des vidéoclubs au début des années 80.

Henry Thomas incarne ici Cody, un garçon américain de 14 ans dont les parents sont décédés. Il vit désormais dans une petite ville australienne avec son tuteur Gaza (Tony Barry), qui fut le meilleur ami de son père et lui laisse une grande liberté. Particulièrement imaginatif, inventif et curieux, Cody construit toutes sortes d’objets et de gadgets dans son garage, notamment un vélo-rail qu’il utilise pour se déplacer le long de la voie de chemin de fer. En se promenant avec son amie Wendy (Rachel Friend) et sa petite sœur Jane (Tamsin West) dans le parc national de Devil’s Knob, le territoire du « rêve des grenouilles » selon les légendes, il découvre près d’un lac qui ne figure sur aucune carte le cadavre desséché d’un marin. Alors que la police locale classe l’affaire, le garçon décide de continuer à mener l’enquête et de se renseigner auprès de la population aborigène sur la légende du Donkedin, un monstre aquatique mythique qui semble sévir tout au fond du lac. Ses investigations le mènent jusqu’à un certain Charlie Pride (Dempsey Knight). Mais celui-ci ne répond que par énigmes. Cody se fabrique alors un équipement spécial et part chasser le monstre…

Le rêve des grenouilles

D’emblée, le film installe une atmosphère fantastique, à la lisière de l’épouvante, avec ces gros plans de reptiles et de batraciens, ces bulles menaçantes sous l’eau trouble, ce moulin qui grince, cette musique inquiétante composée par Brian May (Mad Max, Patrick, Soif de sang). Il nous semble apercevoir un monstre rugissant prêt à surgir du lac pour engloutir un pauvre pêcheur, lequel prend aussitôt la poudre d’escampette dans sa barque avant de pousser un hurlement. Si la suite du métrage est plus « bucolique », l’inquiétude demeure, et la convocation des légendes aborigènes n’est pas sans rappeler La Dernière vague de Peter Weir. Le Secret du lac joue jusqu’au bout la carte du mystère, poussant les spectateurs à s’identifier au jeune héros et à s’interroger comme lui sur la nature de ce qui repose au fond de l’étang sinistre. S’agit-il d’un émule de L’Étrange créature du lac noir ou du monstre du Loch Ness ? Petit à petit, au fil d’une mise en scène instinctive s’attardant souvent sur les créatures de la forêt – nous pensons alors à Long week-end -, le film s’achemine vers un climax spectaculaire qui interroge notre suspension d’incrédulité et notre regard, pointant la distance qui sépare ce que nous voyons réellement de ce que nous avons envie de voir. Le fin mot de l’histoire est-il rationnel ou convoque-t-il des croyances plus anciennes, comme semble vouloir le dire le regard appuyé de cet aborigène drapé de mystère ? Si le scénario nous donne le sentiment de trancher, la conclusion laisse volontairement planer l’ambiguïté. Ce n’est pas le moindre atout de ce conte atemporel injustement passé sous les radars.

 

© Gilles Penso

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MY DOLL (2020)

Un étudiant hanté par un traumatisme d’enfance reçoit un jour un colis contenant une poupée-robot prête à assouvir tous ses désirs …

PHROM RUK YA TUKKATA SON RAK

 

2020 – THAILANDE

 

Réalisé par Athip Ketubol et Phakhawat Phakanan

 

Avec Piamchon Damrongsunthornchai, Pichana Yoosuk, Suchada Pramoulkan, David Adavanond, Ladapa Ratchataamonchot, Ballchon Tanawat Cheawaram

 

THEMA ROBOTS

Avec les avancées inexorables de l’intelligence artificielle et de la robotique, il était normal que le cinéma s’empare du thème des poupées sexuelles – parfaitement ancré dans la réalité, preuve d’un désert affectif croissant dans nos sociétés hyperconnectées – pour en tirer les scénarios les plus fantaisistes. Que se passerait-il si de tels objets, conçus pour imiter à la perfection le corps humains et satisfaire des besoins purement physiques, étaient soudain doués d’intelligence… et d’esprit ? La science-fiction et l’horreur sont propices à toutes les extrapolations en ce domaine. Mais lorsqu’ils se penchent sur le sujet, les réalisateurs thaïlandais Athip Ketubol et Phakhawat Phakanan souhaitent avant tout signer une comédie légère centrée sur les appétits sexuels des adolescents et sur le fossé souvent abyssal qui sépare le fantasme de la réalité. Pour autant, My Doll (contraction du titre international My Sex Doll Bodyguard, volontiers plus explicite) n’entend pas aborder cette histoire sous l’angle de la chronique sociale réaliste. Tous les excès sont en effet permis dans My Doll, et tant pis si la finesse et le bon goût sont laissés au placard.

Hanté depuis son enfance par des rêves traumatisants dans lesquels un homme masqué comme le diable s’en prend à lui, Ith n’a pas une adolescence simple. Le fait que son père soit une star du cinéma porno n’arrange pas les choses. Par conséquent, le jeune homme a une sexualité inexistante et même de très gros problèmes gastriques lorsque sa libido est titillée. Un jour, son père meurt en pleine extase, au milieu d’un tournage, figé avec un sourire béat – et avec une érection bien visible, même sous le drap mortuaire ! Peu de temps après, Ith reçoit un grand colis mystérieux en provenance du Vagina Lab. À l’intérieur se trouve Anna, une poupée sexuelle grandeur nature équipée d’une intelligence artificielle. Destinée à être testée par son défunt père, en prévision d’une commercialisation à grande échelle, elle choisit désormais Ith comme propriétaire et se montre aussitôt très entreprenante. Paniqué, notre héros n’a pas du tout l’intention de perdre sa virginité avec un robot. Mais rien ne semble susceptible de pouvoir arrêter Anna dans sa mission…

Trop sage ou pas assez ?

On le voit, la subtilité n’est pas particulièrement au programme de My Doll, qui cumule un maximum de gags en dessous de la ceinture, à base de fausses masturbations, de coucheries contrariées et de flatulences à répétition. À l’avenant, la grande majorité du casting a tendance à débiter ses répliques de manière hystérique. Mais on apprécie tout de même la prestation de Pichana Yoosuk, plutôt crédible en poupée grandeur nature qui s’éveille peu à peu aux sentiments humains. Il faut reconnaître au film son rythme enlevé, son dynamisme indéniable (amorcé dès le générique en dessin animé), son absence de prétention et ses effets visuels efficaces dotant Anna d’un regard électronique ou affichant sur sa peau des informations liées à son redémarrage ou à la charge de ses batteries. Le film parle beaucoup de sexe – on s’en doute – mais n’en montre jamais, la jolie femme-objet se trémoussant de manière suggestive tout en conservant pudiquement ses sous-vêtements. My Doll se positionne donc de manière incertaine vis-vis de la cible visée, sans doute trop sage pour un public ado/adulte et trop graveleux pour des spectateurs plus jeunes. D’autant qu’à mi-parcours, la tonalité change, la loufoquerie cède le pas à la romance et les grands sentiments s’exacerbent, chansons sirupeuses à l’appui. Sympathique mais loin d’être inoubliable, My Doll aura droit à une suite trois ans plus tard, avec un autre réalisateur et des comédiens différents.

 

© Gilles Penso

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ALADIN OU LA LAMPE MERVEILLEUSE (1945)

Une version multicolore, féerique, comique et hautement fantaisiste du célèbre conte des mille et une nuits…

A THOUSAND AND ONE NIGHTS

 

1945 – USA

 

Réalisé par Alfred E. Green

 

Avec Cornel Wilde, Evelyn Keyes, Phil Silvers, Adele Jergens, Dusty Anderson, Dennis Hoey, Philip Van Zandt, Gus Schilling, Shelley Winters, Rex Ingram

 

THEMA MILLE ET UNE NUITS

Au milieu des années 40, comme tous les grands studios de l’époque, la Columbia a sous contrat plusieurs acteurs prometteurs et entend bien capitaliser sur leur potentiel. Le jeune premier Cornel Wilde ayant prouvé ses aptitudes à la fois dans des rôles très physiques et des prestations plus intériorisées (il fut Frédéric Chopin dans La Chanson du souvenir), le voilà promu tête d’affiche d’Aladin ou la lampe merveilleuse. Pour jouer à ses côtés, le studio mise sur l’abatage de l’humoriste Phil Silvers, futur héros d’une sitcom très populaire portant son nom. Les atouts de charme féminins sont assurés par la sculpturale Adele Jergens, ancienne danseuse et mannequin qui entre ici dans la peau de la princesse énamourée, et la pétillante Evelyn Keyes, qui jouait la sœur de Vivian Leigh dans Autant en emporte le vent. Pour mener ces comédiens pleins d’allant, le très prolifique Alfred E. Green prend la barre du projet. La filmographie de ce vétéran, qui a touché à tous les genres et dirigé des stars de la trempe de Mary Pickford, Barbara Stanwyck ou Bette Davis, compte près de 120 titres, sur une carrière qui s’étend entre 1916 et 1958. Contrairement à beaucoup de productions hollywoodiennes délaissant l’aspect purement fantastique des contes des 1001 nuits pour se contenter d’un joli décor exotique dans lequel s’animent les acteurs en pantalons bouffants, Aladin ou la lampe merveilleuse assume pleinement les monstres et merveilles inhérents à cet univers. Certes, nous ne sommes pas chez Ray Harryhausen, mais la magie opère tout de même ici à grande échelle.

Cornel Wilde campe un Aladin chantant, qui écume les marchés dans sa tenue élimée en séduisant les demoiselles grâce à sa voix de soliste d’opérette. Lorsqu’il ne compte pas fleurette, Aladin veille à ce que son ami Abdullah (Phil Silvers), un pickpocket excentrique, évite de s’attirer des ennuis. Mais lui-même n’hésite pas à courir tous les risques lorsque la situation l’exige. Ainsi se faufile-t-il dans la litière de la princesse Armina (Adele Jergens), la fille du sultan, profitant de sa visite dans les rues de la ville pour tenter de la charmer. Troublée, elle accepte de lever son voile pour lui montrer son visage et, le soir même, succombe au son manifestement irrésistible de ses chansons sirupeuses. Mais les gardes du sultan ne l’entendent pas de cette oreille, et c’est de justesse qu’Aladin et Abdullah parviennent à s’échapper, trouvant refuge dans une vieille grotte où – comme on l’imagine – ils finissent par tomber sur la lampe magique. Pendant ce temps, à la cour, le frère jumeau du sultan complote contre lui avec la complicité du vizir, à qui il promet la main d’Armina. Il emprisonne donc son frère et se fait passer pour lui.

L’Orient façon Hollywood

Aladin ou la lampe merveilleuse nous surprend d’abord par ses partis-pris ouvertement anachroniques. Sous prétexte que son personnage prétend être né avec 1200 ans d’avance, Phil Silvers véhicule un humour newyorkais parfaitement décalé, portant des lunettes, parlant un argot moderne, évoquant la télévision et les grandes actrices hollywoodiennes, bref enchaînant les clins d’œil autoparodiques. Côté « coups de coude » à l’attention du spectateur, on appréciera particulièrement le surgissement dans la grotte d’un géant qu’incarne Rex Ingram, habillé et maquillé exactement comme le génie titanesque qu’il incarnait cinq ans plus tôt dans Le Voleur de Bagdad. Du coup, le vrai génie, lui, n’a pas du tout le look attendu. C’est une jeune femme fougueuse (Evelyn Keyes) qui se fait appeler Babs et s’éprend d’Aladin. Au-delà de sa touche d’originalité, cette idée crée une rivalité amoureuse avec la princesse, ainsi que des situations comiques multiples dans la mesure où notre héros est le seul à pouvoir la voir et l’entendre. C’est aussi par Babs que s’expriment les passages les plus fantastiques du film, notamment les métamorphoses d’Aladdin en prince… ou en petit chien pour entrer discrètement dans le harem ! Serti dans un superbe Technicolor, orné de décors et de costumes somptueux, Aladin ou la lampe merveilleuse ne fait certes pas dans la finesse et « hollywoodise » plus que de raison les contes orientaux (les danses du ventre revisitées façon cabaret, les chansonnettes romantiques entonnées régulièrement par le héros), mais sa mission divertissante est allègrement remplie. Sa flamboyance, son humour et ses passages musicaux semblent d’ailleurs avoir partiellement servi d’inspiration au Aladdin des studios Disney.

© Gilles Penso

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TEX ET LE SEIGNEUR DES ABYSSES (1985)

Sous haute influence d’Indiana Jones, ce western spaghetti des années 80 met en scène une secte diabolique capable de pétrifier ses victimes…

TEX E IL SIGNORE DEGLI ABISSI

 

1985 – ITALIE

 

Réalisé par Duccio Tessari

 

Avec Giuliano Gemma, William Berger, Carlo Mucari, Isabel Russinova, Peter Berling, Flavio Bucci, Aldo Sambrell, José Luis de Vilallonga, Riccardo Petrazzi

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

En Italie, Tex Willer est une institution. Ce cowboy dur à cuire multiplie les exploits musclés depuis 1948, date de la première publication des albums de bandes dessinées qui lui sont consacrés. À la fin des années 60, plusieurs tentatives d’adapter ses aventures à l’écran sont envisagées. Mais le projet ne se concrétise finalement qu’au milieu des années 80, en grande partie grâce au succès des Aventuriers de l’arche perdue et d’Indiana Jones et le temple maudit qui relancent alors dans le monde entier la vogue des héros « à l’ancienne ». Tex et le seigneur des abysses entre donc en piste. La RAI finance en partie le film, conçu au départ comme le pilote d’une future série TV, et c’est le vétéran Duccio Tessari qui se retrouve aux commandes. Signataire d’une foule de westerns, de films d’aventures et de polars, Tessari est rompu à tous les exercices et embarque avec lui l’un de ses acteurs fétiches, Guliano Gemma. Ce dernier ayant souvent joué les cowboys, les héros antiques et les baroudeurs (ainsi qu’un policier dans Ténèbres de Dario Argento), le rôle de Tex semble taillé sur mesure pour lui. Tourné entre mai et juin 1985 en Italie et en Espagne, Tex et le seigneur des abysses s’inspire de trois albums teintés d’éléments fantastiques, écrits par Bonelli et dessinés par Guglielmo Letteri : « El Morisco », « Sierra Encantada » et « Il Signore dell’abisso ».

Tex Willer est un cowboy qui n’a peur de rien et que ses amis les Navajos ont surnommé « Aigle de nuit ». Après avoir réglé leur compte à une bande de trafiquants d’alcool patibulaires, il reçoit la visite de Kit Carson, alias « Cheveux d’argent », un de ses collègues rangers au service de l’armée. Kit lui demande de l’aider à enquêter sur le vol d’un chargement d’armes. Mais cette affaire est beaucoup moins banale qu’elle n’en a l’air. Épaulés par l’Indien Tigla, les voilà bientôt sur la trace d’une redoutable tribu : les disciples de la divinité aztèque Xiuhteculti, qui pratiquent les sacrifices humains, se réfugient dans un temple bâti au sommet d’une montagne et utilisent une pierre volcanique pour pétrifier leurs victimes. Grâce à cette « pierre de mort », qui leur a été léguée selon eux par une entité démoniaque surnommée « Le seigneur des abysses », ils entendent bien exterminer tous les Occidentaux qui foulent leur territoire et rebâtir un nouvel empire : celui des « fils du soleil ».

Le temple du soleil

Bagarres, fusillades, poursuites à cheval… Tous les codes du western spaghetti sont convoqués et exécutés avec efficacité par un Duccio Tessari qui en a vu d’autres. Mais le film se laisse aussi largement influencer par la seconde aventure d’Indiana Jones dont il reprend bon nombre d’ingrédients. D’où ce temple maudit, cette secte d’adorateurs d’une divinité maléfique, ce grand puits incandescent, ces artefacts antiques et ces morts surnaturelles. En ce domaine, le film n’y va pas avec le dos de la cuiller, exhibant des cadavres décomposés recouverts d’insectes, des corps momifiés, ou encore le spectacle surréaliste d’un homme atteint par le projectile empoisonné d’une sarbacane qui se dessèche en accéléré et se pétrifie en grimaçant. D’autres scènes étranges ponctuent le film, comme les agresseurs cachés sous le sable qui surgissent tels des morts-vivants pour attaquer nos héros. Le grand méchant est un gourou exalté et chevelu dont le physique évoque un croisement contre-nature entre Christopher Lee et Francis Lalane ! Constatant en cours de route que le film manque cruellement d’élément féminin, Tessari et ses scénaristes inventent à la dernière minute une belle prêtresse qui trône au milieu des adorateurs de Xiuhteculti et n’a – avouons-le – pas grand-chose à faire à part déambuler dans le temple enfumé. Malgré sa fin très ouverte, Tex et le seigneur des abysses restera sans suite et ne donnera pas naissance à la série initialement envisagée, à cause de ses piètres résultats au box-office.

 

© Gilles Penso

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L’EDEN ET APRÈS (1970)

Pour son quatrième long-métrage, Alain Robbe-Grillet nous plonge dans les fantasmes surréalistes et érotico-horrifiques d’une jeune femme…

L’EDEN ET APRÈS

 

1970 – FRANCE / TCHECOSLOVAQUIE / TUNISIE

 

Réalisé par Alain Robbe-Grillet

 

Avec Catherine Jourdan, Lorraine Rainer, Pierre Zimmer, Richard Leduc, Catherine Robe-Grillet, Sylvain Corthay, Juraj Kukura, Yarmila Kolenicova

 

THEMA RÊVES

Alain Robbe-Grillet publie son premier livre en 1953 et devient aussitôt chef de file d’un mouvement qui ne tardera pas à s’appeler « nouveau roman », dans la mesure où sa manière d’écrire brise toutes les règles de la littérature traditionnelle. Son style séduit Alain Resnais qui, en 1961, lui propose de rédiger pour lui le script de L’Année dernière à Marienbad. Résultat : un Lion d’or à la Mostra de Venise et une nomination à l’Oscar du meilleur scénario original. Robbe-Grillet décide alors de se lancer lui-même dans la réalisation. L’Eden et après est son quatrième long-métrage, après L’Immortelle, Trans-Europ-Express et L’Homme qui ment. On y trouve les composantes préférées du cinéaste : un érotisme onirique, un collage de vignettes bousculant la notion d’espace-temps et un jeu de confusion savamment alimenté qui brise les frontières entre le monde réel et celui du fantasme. Ses deux acteurs principaux viennent du cinéma de Jean-Pierre Melville. Catherine Jourdan a en effet démarré sa carrière dans Le Samouraï et Pierre Zimmer dans Le Deuxième souffle. Mais l’univers dans lequel va les plonger Robbe-Grillet n’a pas grand-chose à voir avec l’ascèse de Melville. Pour donner corps à ce récit alambiqué, l’équipe de L’Eden et après plante ses caméras à Bratislava et à Djerba, le film étant une coproduction entre la France, la Tchécoslovaquie et la Tunisie.

Violette (Jourdan) fait partie d’une bande d’étudiants qui a l’habitude de se réunir dans un café appelé L’Éden. Pour tromper leur ennui, ils y imaginent des projets libres, inventant des saynètes de jeu et de fantaisie souvent morbides. Il y est question d’agressions, de courses-poursuites, de mises à mort ou d’empoisonnements. Un soir, un étranger qui se fait appeler Duchemin (Zimmer), de dix ans leur aîné, les observe et leur parle de ses souvenirs dans une Afrique mystérieuse. Par jeu, il leur propose de goûter à la « poudre de peur », une substance blanche qu’il a ramenée avec lui. Violette accepte, en absorbe un peu et se retrouve soudain frappée d’hallucinations effrayantes : des femmes en cage, des crochets, des chaînes, du sang, un scorpion menaçant, des tortures, des sacrifices… Puis tout redevient normal. À la fermeture du café, Duchemin propose à Violette de le retrouver près d’une usine désaffectée. Lorsque la jeune femme s’y rend, elle y voit des ombres inquiétantes et se perd dans les dédales du lieu. Puis au petit matin, elle découvre le corps sans vie de l’étranger…

Cadavres exquis

Le temps et l’espace s’abolissant volontiers face à la caméra de Robbe-Grillet, on ne saurait dire si le film met en scène des flash-backs, des flash-forward, des rêves ou des hallucinations. Peut-être un peu tout ça à la fois, puisque le cinéaste semble prendre un malin plaisir à brouiller les cartes sans donner la moindre clé aux spectateurs. Lorsque les pérégrinations de Violette se poursuivent en Tunisie, où ses anciens camarades la traquent, l’enferment et la questionnent pour retrouver la trace d’un tableau disparu, la confusion s’accroit de plus belle. Et le cinéaste d’enchaîner les séquences fétichistes, les délires SM, les tableaux macabres, le dénudement languide de ses comédiennes… Il y a certes un caractère hypnotique intéressant dans cet assemblage bizarre de cadavres exquis, mais les divagations conceptuelles du film finissent par lui donner les allures d’une parodie involontaire. Ces répliques aléatoires énoncés par des voix inexpressives (toutes très approximativement post-synchronisées), cette musique expérimentale, ce jeu d’acteur sans émotion, ces scènes sans queue ni tête finissent par provoquer une irrépressible lassitude. La voix off neurasthénique de Catherine Jourdain, qui assure une narration superficielle, n’aide évidemment pas à dynamiser l’ensemble. Dans la foulée, Robbe-Grillet se livrera à un exercice intéressant, consistant à monter les images de L’Eden et après dans un ordre différent, en adoptant un autre point de vue. Ce « film-anagramme » sortira en 1971 sous le titre N a pris les dés.

 

© Gilles Penso

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LE CHEVALIER DU MONDE PERDU (1983)

Dans cet énième sous-Mad Max, un motard se joint à un mouvement de résistance pour renverser le régime fasciste qui règne sur le monde…

WARRIOR OF THE LOST WORLD / IL PREDATORI DELL’ANNO OMEGA

 

1983 – ITALIE

 

Réalisé par David Worth

 

Avec Robert Ginty, Persis Khambatta, Donald Pleasence, Fred Williamson, Harrison Muller, Philip Dallas, Laura Nucci, Vinicio Ricchi, Consuelo Maraccini

 

THEMA FUTUR

Le Chevalier du monde perdu est né de la fusion de deux idées. Il y a d’abord le producteur Edward Sarlui, qui essaie de lever des fonds pour un film post-apocalyptique inspiré de Mad Max 2, sans scénario mais avec un poster qui représente un motard masqué dans un paysage futuriste. Or les investisseurs se montrent frileux, sans doute parce que Sarlui n’a encore rien produit pour le cinéma. Parallèlement, le directeur de la photographie David Worth, qui vient alors d’enchaîner deux films avec Clint Eastwood (Bronco Billy et Ça va cogner), imagine le scénario d’un film qu’il aimerait réaliser lui-même, et qu’il définit comme une sorte de « Homme des hautes plaines à moto ». Mais ce projet non plus n’avance guère. C’est la rencontre des deux hommes qui va permettre au Chevalier du monde perdu de se concrétiser. Lorsque Sarlui tombe sur le scénario de Worth, il décide de se lancer avec lui dans l’aventure, à condition que son histoire soit retravaillée pour se dérouler dans le futur. Porté par un producteur débutant et un vieux routier du cinéma d’action, le film trouve enfin son financement. Pour le rôle principal, Worth choisit Robert Ginty, qui l’a beaucoup impressionné dans Le Droit de tuer. D’autres visages familiers lui donnent la réplique, comme Persis Khambatta (l’inoubliable Ilya de Star Trek le film), ce bon vieux Donald Pleasence (qui boucle le tournage de ses séquences en trois jours) et Fred Williamson (qui insiste pour jouer dans le film afin de prolonger son séjour en Italie).

Le film s’ouvre sur un interminable texte d’introduction qui nous donne le contexte post-apocalyptique et dystopique du récit. Nous sommes dans un futur peu reluisant dont le régime dictatorial Omega est mené par le tyran Prossor (Pleasence), tandis que des hordes de hors-la-loi et de marginaux végètent dans les parties les plus sauvages de la planète. C’est là que surgit « le motard » (Ginty), chevauchant sa bécane ultramoderne équipée d’un ordinateur baptisé Einstein. Après une série de poursuites et de fusillades qui paient ouvertement leur tribut à Mad Max 2, notre héros fonce tout droit vers une paroi rocheuse. L’accident devrait logiquement le laisser pour mort. Mais voilà qu’il se retrouve dans une sorte d’au-delà brumeux et bizarre. Nous apprenons qu’il a franchi « le mur de l’illusion », où des anciens sages en toge le soignent et lui donnent une mission : mener leur combat contre Prossor. Après cette parenthèse surnaturelle (qui dénote totalement avec le reste du film), le motard s’allie avec Nastasia (Khambatta), la fille d’un scientifique kidnappé, et pénètre dans le QG d’Omega. Nous nous retrouvons alors dans un univers proche de celui de THX 1138, avec des employés serviles, des décors aseptisés et des policiers casqués tout de noir vêtus. Les malheureux sujets qui sont jugés inefficaces y sont exécutés publiquement, dans une ambiance fasciste qui détourne l’imagerie nazie…

Des mutants, des punks et des karatékas

Noyé dans la masse abondante d’imitations du classique de George Miller qui pullulent alors sur les écrans du monde entier, Le Chevalier du monde perdu ne sort pas vraiment du lot. Certes, ses chassés croisés sur la route sont généreux, mêlant des voitures, des motos, des camions, des dragsters, un hélicoptère et même – clou du spectacle – un énorme véhicule blindé. Mais nous avons déjà vu tout ça ailleurs, et le choix de saturer la bande son de bruitages électroniques pseudo-futuristes (les voyants des tableaux de bord font « bip-bip », les pistolets « ptiou ptiou ») ridiculise les séquences d’action au lieu de les renforcer. En ce domaine, le pire vient sans doute d’Enstein, l’intelligence artificielle qui tente de nous faire rire avec sa voix cartoonesque et ses interjections enfantines. Pour varier les plaisirs, David Worth met en scène toutes sortes de guerriers improbables (des amazones, des karatékas, des camionneurs, des punks) mais aussi des mutants difformes aux allures de zombies ou les danseurs d’un club SM. C’est distrayant, certes, mais pas franchement mémorable. D’autant que même les acteurs n’ont l’air d’y croire qu’à moitié. Robert Ginty trimballe sa silhouette de baroudeur barbu en lâchant ses dialogues d’une voix incroyablement lasse, Donald Pleasence joue les méchants caricaturaux dans une tenue qui rappelle Blofeld dans On ne vit que deux fois, Fred Williamson reste sagement à l’arrière-plan et Persis Khambatta donne le sentiment de ne pas trop savoir ce qu’elle fait dans ce film. Et que dire de cette invraisemblable chanson finale, où tous les résistants se tiennent par les épaules en chantant la fraternité des hommes et l’amour de la Terre ? Reste un petit twist final amusant, ouvert vers une suite qui ne verra jamais le jour.

 

© Gilles Penso

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