BIRTH RITE (2003)

Une lycéenne hérite de l’amulette de ses parents sorciers et découvre qu’elle possède désormais de redoutables pouvoirs…

BIRTH RITE

 

2003 – USA

 

Réalisé par Devin Hamilton

 

Avec Natalie Sutherland, Danny Wolske, Laura Nativo, Brinke Stevens, Larry Dirk, Julie Strain, Ronnie Gene Blevins, Kyle Lupo, Skye Stafford, Jennifer L. Johnson

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA CHARLES BAND

Birth Rite est le second long-métrage de Devin Hamilton qui soit produit et distribué par Charles Band, après le slasher Bleed. Et c’est à nouveau une réponse aux demandes des vidéoclubs soucieux de surfer sur les tendances du moment. Après la vogue des tueurs masqués relancée par la saga Scream, Hamilton se penche cette fois-ci sur la sorcellerie pour adolescents, dans la mouvance des succès de Dangereuse alliance et de la série Charmed – une recette qui motiva déjà la mise en chantier de Teen Sorcery quatre ans plus tôt. Avec à sa disposition un modeste budget de 75 000 dollars, Hamilton s’efforce de bâtir une histoire qui tienne la route et qui s’appuie sur de véritables faits liés aux pratiques occultes, aux sortilèges et aux envoûtements. Il accouche donc du scénario de Birth Rite après s’être massivement documenté sur le sujet. Le prologue nous montre un groupe de policiers qui débarque au beau milieu d’une cérémonie bizarre où des sorciers en soutane adorateurs d’Astaroth semblent sur le point de sacrifier une fillette de six ans. L’intervention tourne au bain de sang, mais la gamine parvient à en réchapper saine et sauve. Elle est aussitôt adoptée par l’un des policiers.

Douze ans plus tard, la jeune survivante, Rebecca (Natalie Sutherland), s’apprête à fêter ses 18 ans dans sa famille adoptive. Mais un jeune homme mystérieux (Danny Wolske), qui semble capable d’apparaître et de disparaître à sa guise d’un simple claquement de doigts, vient à sa rencontre. Rebecca est troublée par la présence de ce beau gosse ténébreux qui lui dit se prénommer Roman et tout connaître de son passé. Un soir, il lui donne rendez-vous dans un jardin public et lui raconte son passé. Rebecca apprend qu’elle est la fille de deux puissants sorciers et que l’amulette de sa défunte mère lui revient désormais. Grâce à ce précieux pendentif, la lycéenne s’apprête à posséder de très grands pouvoirs. Incrédule, elle s’amuse à déplacer des objets à distances (des balançoires, un ballon, des cerceaux) et découvre que Roman disait vrai. Grisée par ses nouvelles capacités, elle finit par perdre tout sens moral, provoque plusieurs trépas violents et pervertit même son demi-frère…

Aspirée dans la cuvette des toilettes !

Les mises à mort du film sont plutôt originales, et si les effets spéciaux ont du mal à les visualiser correctement faute de moyens, elles restent joyeusement outrancières : un homme décapité par une vitre (façon La Malédiction), une fille aux bras arrachés, ou encore une lycéenne aspirée dans la cuvette des toilettes du lycée ! À ces écarts presque gore s’ajoute les intéressants dilemmes moraux de l’héroïne, en proie à des sentiments contraires qui la poussent aux pires exactions avant d’être prise de remords. Mais le scénario peine à se construire de manière cohérente, peu aidé par le jeu très approximatifs de ses acteurs. Natalie Sutherland essaie en vain de jouer les méchantes, Laura Nativo passe son temps à pleurnicher. Quant aux jeunes hommes (Danny Wolske, Kyle Lupo), ils n’hésitent pas à tomber la chemise pour exhiber leurs torses musclés, comme si Birth Rite était sous l’influence du style de David DeCoteau. Le film est aussi entravé par ses longues séquences de dialogue statiques qui semblent faire office de remplissage. Et que dire de ce climax ridicule et parfaitement improbable au cours duquel l’affrontement entre la demi-sœur de l’héroïne et le sorcier prend la tournure d’un spectacle de fin d’année à mi-chemin entre le combat de kung-fu, la démonstration de capoeira et l’épreuve de gymnastique rythmique ? Dommage, le potentiel du film laissait espérer quelque chose de plus solide.

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PRIMATE (2025)

Ben, un chimpanzé amical, est mordu par une mangouste enragée et se transforme aussitôt en monstre assoiffé de sang…

PRIMATE

 

2025 – USA

 

Réalisé par Johannes Roberts

 

Avec Johnny Sequoyah, Jess Alexander, Troy Kotsur, Victoria Wyant, Gia Hunter, Benjamin Cheng, Charlie Mann, Tienne Simon, Miguel Torres Umba, Amina Abdi

 

THEMA SINGES

Depuis bien longtemps, l’attaque animale s’est muée en véritable sous-genre du cinéma d’horreur, permettant aux grands classiques, aux séries B honorables et aux nanars invraisemblables de se côtoyer joyeusement au milieu des écailles, des plumes, des poils, des griffes et des crocs. Au sein de ce sous-genre bestial existe un « sous-sous-genre » (eh oui !) consacré aux singes. Quelques titres émergent de la masse velue, comme le séminal Double assassinat dans la rue Morgue ou les plus récents Link, Incident de parcours ou Shakma (King Kong est hors compétition, ou alors dans la catégorie poids très lourds). Pouvait-on encore nous surprendre et nous effrayer dans un tel registre ? Le réalisateur Johannes Roberts (Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City) et son coscénariste Ernest Riera (Nowhere) en sont persuadés, à condition de concevoir un primate agressif ultra-réaliste et de confiner les infortunés protagonistes devenus ses proies dans un huis-clos oppressant. Pour aller vite, on pourrait dire que Primate est une sorte de Cujo avec un chimpanzé à la place du Saint-Bernard, le refuge des survivants n’étant pas ici une voiture mais une piscine. Il y a de ça, c’est certain, et la référence est totalement assumée par Roberts et Riera (qui concoctent même une séquence hommage au shocker de Lewis Teague). Mais Primate dépasse fort heureusement le simple statut de lettre d’amour à Cujo pour affirmer sa propre personnalité avec un seul objectif en tête : secouer les spectateurs et leur couper le souffle.

Après la mort de leur mère, la famille Pinborough peine à se reconstruire. Adam (Troy Kotsur), le père, écrivain à succès, s’est muré dans le travail pour faire face à la perte, tandis que Lucy (Johnny Sequoyah), l’aînée, a quitté le foyer pour entrer à l’université, creusant malgré elle un fossé au sein de la famille. De retour à Hawaï après sa première année d’études, Lucy se réjouit de retrouver sa sœur Erin (Gia Hunter), ses amis Hannah (Jess Alexander), Kate (Victoria Wyant) et Nick (Benjamin Cheng), ainsi que Ben, le chimpanzé adoré de la famille. Recueilli bébé par leur mère, professeure de linguistique passionnée par la communication entre humains et primates, Ben a été élevé comme un véritable membre du foyer. Grâce à la langue des signes et à un clavier spécialisé, il a appris à communiquer, développant un lien fusionnel avec Lucy et Erin, qui ne l’ont jamais considéré comme un simple animal mais comme un petit frère. Lorsqu’Adam doit s’absenter pour une conférence, Lucy profite de cette parenthèse estivale pour passer du temps avec ses proches dans la maison familiale, perchée sur une falaise isolée. Mais les retrouvailles avec Ben prennent rapidement une tournure inquiétante. D’abord affectueux, le chimpanzé adopte peu à peu un comportement étrange, puis ouvertement agressif…

« Quelque chose cloche avec Ben… »

Le premier parti pris artistique fort de Primate est de s’appuyer majoritairement sur des effets spéciaux physiques. Alors que la saga La Planète des singes a prouvé la viabilité de simiens 100% crédibles conçus via la performance capture et les images de synthèse, Johannes Roberts veut des costumes et de l’animatronique. Au-delà de l’envie de rendre hommage aux films d’horreur des années 80 qui l’ont bercé, le réalisateur pense pouvoir obtenir par ce biais une terreur plus viscérale, plus tangible et plus palpable. Pari réussi. Les combinaisons impressionnantes de réalisme, conçues par l’équipe de Millennium FX (Ex Machina, Doctor Who, The Witcher, Alien Earth) et endossées par l’acteur et mime Miguel Torres Umba, font immédiatement mouche. Ben est un personnage auquel le spectateur croit d’emblée. D’autant plus que ses accès de violence sont révélés dès les premières minutes, au cours d’une scène d’ouverture évoquant celle de Jurassic Park. La menace qu’il représente n’a donc rien d’abstrait. D’autres choix radicaux viennent renforcer la puissance du film, notamment un recours assumé à une violence graphique sans concession – certaines mises à mort s’avèrent particulièrement gratinées – et une montée en tension qui emprunte autant aux codes du film de monstre qu’à ceux du slasher. Les séquences de suspense extrême se succèdent, celles qui accélèrent le rythme cardiaque, nouent l’estomac et font frissonner la nuque d’un public pourtant bien installé dans son fauteuil mais pleinement immergé dans ce climat de danger permanent. Il y avait longtemps que nous n’avions pas ressenti une telle pression. À ce titre, Primate est une franche réussite.

 

© Gilles Penso

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LE MYSTÈRE DE TARZAN (1943)

Dans cette aventure délirante, Tarzan et Boy affrontent des nazis, des dinosaures, des plantes carnivores et une araignée géante…

TARZAN’S DESERT MYSTERY

 

1943 – USA

 

Réalisé par William Thiele

 

Avec Johnny Weissmuler, Nancy Kelly, Johnny Sheffield, Otto Kruger, Joe Sawyer, Robert Lowery, Lloyd Corrigan, Frank Puglia, Philip Van Zandt, Bobby Barber

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I DINOSAURES I ARAIGNÉES I TARZAN

Les grands méchants du Triomphe de Tarzan étaient déjà des nazis, mais le producteur Sol Lesser s’est sans doute dit que ça ne suffisait pas pour continuer à captiver les spectateurs. Le Mystère de Tarzan, huitième incarnation à l’écran du roi de la jungle par Johnny Weissmuller, ne recule donc devant aucun rebondissement extravagant. Le prologue exhale quelques relents de déjà-vu, puisque nous y voyons une scène familière : Boy, assis sur le dos de l’éléphanteau Buli, s’amuse avec Cheeta dans une savane africaine de studio puis aperçoit un avion qui traverse le ciel. Mais cette fois-ci, l’engin volant ne fait que passer, le temps pour ses pilotes de parachuter une lettre écrite par Jane à l’attention de Tarzan et Boy. En la lisant, ils découvrent qu’elle est toujours immobilisée à Londres, où elle soigne les blessés de la guerre de Birmanie. Pour leur prodiguer les soins nécessaires, il lui faut des plantes médicinales capables de soigner la malaria. Tarzan, Boy et Cheeta partent donc à la recherche des végétaux en question et se retrouvent en plein désert. À partir de là, nous quittons la jungle habituelle pour nous retrouver dans une ambiance de conte des mille et une nuits, au sein du village arabe de Birherari, autrement dit un décor exotique construit en 1927 par Cecil B. DeMille pour le film Le Roi des rois.

En chemin, nos héros rencontrent Connie Bryce (Nancy Kelly), une artiste de music-hall venue se produire à la cour du prince Selim (Lloyd Corrigan). En réalité, c’est une espionne envoyée par les Alliés pour dénoncer les actes malfaisants de Paul Hendrix (Otto Kruger) et Karl Straeder (Joe Sawyer), deux nazis qui se font passer pour des notables américains. Mais ces derniers assassinent le prince et font porter le chapeau à Connie, aussitôt condamnée à être pendue dès le lendemain matin. La suite des péripéties transporte le film dans un univers purement fantastique, proche de certains récits d’Edgar Rice Burroughs mais en rupture avec les films précédents de la série qui n’osaient tout de même pas pousser le bouchon aussi loin. En effet, au-delà du désert balayé par les tempêtes de sable, nous découvrons soudain un panorama exotique peuplé de monstres préhistoriques.

Voyage dans la préhistoire

Tarzan se mue alors en émule de l’homme des cavernes musclé incarné par Victor Mature dans Tumak fils de la jungle. C’est d’ailleurs au film d’Hal Roach que sont empruntées les séquences où apparaissent les dinosaures belliqueux (des reptiles agrandis à l’écran et rétro-projetés derrière nos héros). Les autres dangers de cette forêt antédiluvienne sont des plantes carnivores tentaculaires qui menacent d’engloutir Tarzan (des marionnettes grandeur nature animées par câbles) et une araignée géante qui capture Boy dans sa toile (un monstre mécanique pas follement convaincant). Ce dernier acte est entièrement repensé par Sol Lesser après la fin du tournage. Déçu par les intrigues plus conventionnelles initialement prévues (Connie recapturée par les nazis et l’intervention secourable d’un cheikh), il décide d’organiser un tournage additionnel et d’intégrer tous ces nouveaux éléments fantasmagoriques. Ces ajouts bizarres permettent au film de sortir de la routine. Associé aux nouvelles singeries de Cheeta (notamment une démonstration de funambulisme acrobatique et le vol de tous les turbans du village pour aider Tarzan et Boy à s’évader), ce virage vers le « pulp » exubérant nous offre un spectacle finalement très divertissant.

 

© Gilles Penso

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DEAD & ROTTING (2002)

Une vieille sorcière qui vit dans une maison isolée décide de se venger de trois hommes qui sont venus chercher des noises à son fils…

DEAD AND ROTTING

 

2002 – USA

 

Réalisé par David P. Barton

 

Avec Stephen O’Mahoney, Tom Hoover, Debbie Rochon, Trent Haaga, Jeff Dylan Graham, Barbara Katz-Norrod, Christopher Suciu, Beth Biasella, Tammi Sutton

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA CHARLES BAND

Dead & Rotting est le premier (et seul) film de David P. Barton, expert des effets spéciaux ayant œuvré pour des pointures comme l’atelier KNB (House 3, Leatherface), Steve Johnson (La Cité des monstres, Necronomicon), Kevin Yagher (Le Dentiste, Volte/Face, Starship Troopers) ou Greg Cannom (Dracula). C’est son ami d’enfance J.R. Bookwalter, avec qui il a grandi dans l’Ohio et partagé quelques films amateurs en super 8, qui organise sa rencontre avec David DeCoteau et Charles Band au début des années 2000. Avec des budgets étriqués mais un contrôle plus grand que sur ses films précédents, Barton conçoit ainsi le monstre mécanique de Horrorvision, les créatures de Witchouse 2 ou encore les maquillages de Stitches. La compagnie Full Moon finit par lui proposer de passer à la mise en scène. D’où Dead & Rotting, qu’il co-écrit avec Douglas Snauffer. Le tournage se déroule en huit jours dans l’Ohio et Bookwalter assure la production. En toute logique, Barton supervise les maquillages spéciaux de son propre film, en utilisant comme pseudonyme son nom inversé : Nortrab Divad. Quant au casting, il mêle des acteurs locaux avec plusieurs habitués de Full Moon, notamment Debbie Rochon, Tammi Sutton et Trent Haaga, tous les trois présents au générique de Killjoy 2 la même année.

Trois copains farceurs plus idiots les uns que les autres (Stephen O’Mahony, Trent Haaga et Tom Hoover), qui travaillent ensemble dans une petite entreprise de construction, partent pour une virée nocturne dans leur camion, se mettant au défi d’aller voir une maison isolée dans les bois dont la rumeur dit qu’elle appartient à une sorcière. Mais avant qu’ils ne puissent s’en approcher, ils rencontrent Pox (Christopher Suciu), un homme étrange à l’hygiène très discutable qui les chasse de la propriété en grognant. De retour chez eux, ils se rendent comptent que ce type louche fréquente le même bar qu’eux, ne se change jamais et boit du lait dans un bol comme un animal. Ils ont alors une altercation avec lui et le passent à tabac. Lorsqu’il retourne voir sa mère, la vieille sorcière fumeuse de pipe Abigail (Barbara Katz-Norrod), nous découvrons qu’il s’agit en réalité d’un chat qui, de temps en temps, est capable de prendre une apparence humaine. Pour venger l’offense faite à son fils/animal de compagnie, la sorcière part à la rencontre des trois hommes, leur demande « Savez-vous ce que c’est que d’être mort et de pourrir ? » et leur lance un sort. La punition qu’ils subissent est désagréable mais ne prête pas trop à conséquence. Quelques pustules, un estomac retourné, une nuit fiévreuse et on n’en parle plus. Mais notre trio apprécie très peu cette situation et demande à deux vauriens d’aller casser quelque chose chez elle pour se venger. À partir de là, un engrenage infernal se met en branle…

Vivre et laisser pourrir

Sur un point de départ qui pourrait faire penser – toutes proportions gardées – à La Peau sur les os ou Jusqu’en enfer, Dead & Rotting développe son intrigue de manière très bizarre, comme si le scénario s’élaborait au fur et à mesure, en écriture automatique. Chaque séquence est en effet plus aberrante que la précédente. Lorsque les voyous tuent accidentellement le chat de la sorcière, celle-ci entre dans sa baignoire puis change d’apparence pour prendre les traits fort avenants de Debbie Rochon. Elle entreprend ensuite de séduire les trois coupables pour qu’ils lui fassent l’amour à tour de rôle. De retour chez elle, son corps expulse une matière visqueuse dont elle recouvre un squelette de bébé qu’elle place à l’intérieur d’une citrouille. Puis elle enterre le fruit dans le sol en disant « que la punition soit à la hauteur de l’offense ». Et voici que trois zombies végétaux en salopette, armés de faux et de faucilles, surgissent du sol ! Le mode opératoire de notre sorcière est donc particulièrement alambiqué, et l’on se demande honnêtement quelles substances David P. Barton a absorbées avant de se mettre à l’écriture ! Dead & Rotting souffre d’une mise en forme très approximative : une caméra accidentée, une lumière sans grâce, des nuits américaines peu crédibles, une bande son déficiente… Fort heureusement, Barton se rattrape par des visions macabres surréalistes comme un corps à moitié décomposé qui s’agite dans un placard, des hommes dont le crâne ouvert est hérissé de branches tordues, des cadavres putréfiés dignes de Lucio Fulci ou encore un hideux homuncule squelettique. On ne pourra en tout cas pas reprocher à Dead & Rotting son manque d’originalité ou d’extravagance.

 

© Gilles Penso

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FUNNY MAN (1994)

Un homme gagne au poker une grande maison au fin fond de la campagne anglaise et s’y installe avec sa famille, mais une étrange créature les y attend…

FUNNY MAN

 

1994 – GB

 

Réalisé par Simon Sprackling

 

Avec Tim James, Benny Young, Ingrid Lacey, Christopher Lee, Pauline Black, Matthew Devitt, Chris Walker, Rhona Cameron, George Morton, Jamie Heard

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Quel film bizarre ! On sent bien l’envie de créer une nouvelle franchise horrifico-comique, une sorte de variante anglaise de Freddy Krueger ou de Chucky, mais hélas rien ne tient la route dans ce Funny Man sans queue ni tête. Connu aussi en France sous le titre Le Bouffon de l’horreur, Funny Man est le premier film de Simon Sprackling, d’après son court-métrage homonyme de 1992 dont il reprend non seulement le principe mais aussi une partie du casting. Au départ, le film est censé aborder l’horreur sous un angle relativement sérieux, mais les intentions changent en cours de route. L’acteur principal Tim James ayant considérablement fait évoluer son personnage pendant le tournage, Sprackling finit par le laisser en roue libre, quitte à improviser un grand nombre de scènes et à ne plus suivre du tout le scénario. Voilà qui permet de mieux comprendre le manque de cohérence de l’ensemble. Quand on sait – de l’aveu même du réalisateur – qu’une grande partie des membres de l’équipe a travaillé sous l’emprise de la drogue pendant la production, tout finit par s’éclairer : Funny Man est le fruit contre-nature d’intentions contradictoires noyées dans un nuage de substances douteuses aux effets incontrôlables. Parfois, le fruit d’un tel cocktail se révèle merveilleusement hallucinogène. Dans le cas présent, c’est plutôt l’embarras qui nous saisit.

Christopher Lee, qui se retrouve dans cette galère pour des raisons obscures, occupe le haut de l’affiche mais n’apparaît en réalité qu’une poignée de minutes à l’écran, toutes ses séquences étant emballées en une seule journée. L’ex-superstar de la Hammer incarne Callum Chance, un homme mystérieux et taciturne qui, après avoir perdu une partie de poker, cède sa maison ancestrale à Max Taylor, un producteur musical cynique qui lâche aussitôt en souriant : « J’espère que vous avez fait la poussière avant de partir. » Ce à quoi Chance répond avec flegme : « Vous êtes drôle Monsieur Taylor, mais je connais quelqu’un de plus drôle encore, et bientôt vous le connaîtrez aussi. » Le vainqueur s’installe bientôt avec sa femme et son fils dans la vaste demeure, tandis que son frère est chargé d’emmener toutes ses affaires dans son van, accompagnée d’une ribambelle d’autostoppeurs déjantés. Mais une créature démoniaque aux allures de bouffon se réveille bientôt et entame un jeu de massacre burlesque…

Têtes coupées et pénis crochu

Très tôt, nous sommes déstabilisés face à la tonalité insaisissable du film. Trop absurde pour être effrayant, trop bizarre pour être drôle, il semble naviguer entre deux eaux, comme si son croquemitaine jouait aux funambules sur une corde tendue à mi-chemin entre l’horreur et la comédie. Le bouffon nous adresse souvent des regards complices pendant qu’il commet ses forfaits, agit parfois comme un mime à la pantomime excessive, déclame d’autres fois des phrases sibyllines, adopte toutes sortes de costumes ridicules (baigneur, strip-teaseuse, cowboy mexicain, rasta, rocker blond), se retrouve au cœur de situations grotesques (il urine sur le van avec son pénis crochu, joue au foot avec une tête coupée), mais les rires attendus peinent à fuser. Tous les personnages ont d’ailleurs des comportements bizarres et outranciers dans ce film, comme si les acteurs participaient à une sorte de spectacle d’improvisation en roue libre. Entre la liseuse de tarot jamaïcaine stéréotypée, le montreur de marionnettes introverti, le macho vulgaire ou la fille habillée comme la Vera de Scooby Doo, nous sommes servis. De temps en temps, la voix profonde de Christopher Lee déclame des poèmes macabres, ce qui contribue certes à une atmosphère intéressante mais n’aide pas tellement l’histoire à avancer. On pourra se rabattre sur la très belle photographie du film, sur ses décors grandioses, sur une poignée de séquences visuellement audacieuses (le surgissement du bouffon depuis les entrailles de la terre, la descente vertigineuse le long d’une sorte d’escalier abyssal, le personnage coincé dans un mur malléable) et sur une pincée de gore cartoonesque, mais est-ce suffisant pour que Funny Man marque les mémoires ? Non, hélas. Le film restera d’ailleurs sans suite.

 

© Gilles Penso

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SCARED (2002)

Dans ce slasher sous haute influence de Scream, le plateau de tournage d’un film d’horreur est ensanglanté par un tueur masqué…

SCARED / CUT THROAT

 

2002 – USA

 

Réalisé par Keith Walley

 

Avec Luciano Saber, Kate Norby, Cory Almeida, Raquel Horton, Doug Cole, J. Robin Miller, Paityn James, Brad Lockerman, Kim Ryan, Butch Hammett, Dayna O’Brien

 

THEMA TUEURS I CINÉMA ET TÉLÉVISION I SAGA CHARLES BAND

Producteur pour Brian Yuzna (Society, Re-Animator 2) mais aussi pour d’autres praticiens du cinéma de genre (on le trouve au générique de Nightwish, Parasite et Le Clan des vampires), Keith Walley passe à la mise en scène au début des années 2000 et réalise coup sur coup deux films d’horreur : Speck et Scared, dont Charles Band assure la distribution. Si Speck s’inspire des méfaits d’un vrai tueur en série et prend le parti d’une approche réaliste, Scared se veut beaucoup plus récréatif. Band y trouve le moyen de satisfaire la chaîne de vidéoclubs Blockbuster Vidéo, toujours à la recherche de slashers reprenant les recettes de la franchise Scream (dans l’esprit de Final Scream et Bleed). Tourné en 35 mm dans les studios de Sony et connu également sous le titre alternatif Cut Throat (que Band trouve plus « impactant »), Scared remplit parfaitement le cahier des charges attendu, reprenant quasiment à l’identique la scène de Drew Barrymore au téléphone en guise d’introduction et citant directement ses sources dans ses dialogues, notamment lorsqu’un producteur se lamente auprès d’un réalisateur et d’un scénariste en leur disant : « Vous m’avez pitché votre film comme le prochain Scream ou le prochain Souviens-toi l’été dernier ! »

Scared se déroule en effet dans les coulisses du tournage d’un film d’horreur, ce qui permet de multiplier les clins d’œil et les références au genre. Nick (Luciano Saber), le scénariste du slasher « Death Blade », n’apprécie pas beaucoup que Hamlin (Cory Almeida), le réalisateur roublard embauché pour le mettre en scène, ait trahi son script. Plus problématique encore : Hunter (Doug Cole), le producteur, annonce qu’il n’y a plus d’argent pour terminer le film, puisque l’intégralité du budget a été dépensée dans la scène d’ouverture. Les deux hommes décident de trouver malgré tout un moyen de continuer le tournage. Mais le lendemain, sur le plateau, quelqu’un emprunte le costume du tueur masqué de « Death Blade » et assassine non seulement l’acteur qui incarne le psychopathe mais aussi la star du film. L’affaire attire l’attention de la presse et déclenche une enquête policière. En attendant, il faut trouver une nouvelle actrice principale. C’est finalement Samantha (Kate Norby), l’ex-petite amie du réalisateur, qui se voit proposer le rôle, tandis que sa copine un peu cruche Heather (Raquel Horton) est engagée pour jouer l’une des victimes. Ce qui n’empêche pas les meurtres de continuer de plus belle, bien au contraire…

Coupez !

Au-delà des allusions aux néo-slashers des années 90-2000, Keith Walley s’amuse à jouer la carte de l’auto-référence en montrant des posters de Re-Animator 2, Nightwish et Parasite dans l’un des bureaux de la production, ou à donner au cascadeur qui joue le tueur le nom Colt Seavers, comme Lee Majors dans L’Homme qui tombe à pic. Grâce au dispositif narratif du « film dans le film », Scared s’amuse sans cesse avec l’effet miroir et la mise en abyme. Le vrai et le faux tueur, les cris des acteurs et ceux des vraies victimes, les assassinats authentiques et simulés s’entremêlent ainsi au fil d’une intrigue qui, par moments, nous évoque la séquence du décor de cinéma de Scream 3. L’ombre de Wes Craven plane donc tout au long du film. Y compris lorsque la révélation finale, pataude, laisse la place à de longs monologues explicatifs justifiant les motivations et les actes derrière ce massacre en série. Ces effets faciles, couplés à des défaillances techniques dues sans doute à la maigreur famélique du budget (notamment une prise de son souvent défaillante), jouent en défaveur du film. Malgré tout, Walley ose quelques petites prouesses visuelles, comme ce plan-séquence minutieusement millimétré au milieu des membres de l’équipe sur le plateau de tournage. Bref, s’il manque de finesse, Scared reste l’un des sous-Scream les plus divertissants du catalogue de Charles Band. La barre n’était certes pas très haute, mais c’est tout de même appréciable.

 

© Gilles Penso

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SUBMERSION (2025)

À Séoul, une jeune femme et son fils se retrouvent piégés dans un immeuble envahi par les eaux pendant un monstrueux déluge…

DAEHONGSU / THE GREAT FLOOD

 

2025 – CORÉE DU SUD

 

Réalisé par Byung-woo Kim

 

Avec Kim Da-mi, Park Hae-soo, Kwon Eun-sung, Yuna, Kim Min-Gwi, Ahn Hyun Ho, Kim Kyu-na, Jung Min-joon, Park Mi-hyeon, Lee Dong-chan, Lee Hak-joo

 

THEMA CATASTROPHES

Lorsqu’il s’attèle au scénario de Submersion, le cinéaste coréen Byung-woo Kim a trois mots en tête : le déluge, l’évolution et la maternité. Auteur du drame Ri-teun, du thriller The Terror Live, du film d’action PCM et du survival fantastique The Prophecy, Kim n’est plus à un défi près. Cette fois-ci, il se met en tête de combiner les codes du cinéma catastrophe avec ceux de la science-fiction, en abordant non seulement le thème de la crise environnementale mais aussi une réflexion sur l’intelligence artificielle et sur la nature humaine. Pour y parvenir, il réinvente l’Arche de Noé à sa manière et s’appuie sur l’imagerie d’un désastre diluvien. « Au cours des catastrophes naturelles, l’eau est parfois qualifiée de “démon aquatique“, mais elle est également source de vie », explique-t-il. « J’ai voulu jouer sur ce double visage. Je me suis également dit que si les émotions humaines pouvaient être exprimées visuellement, elles se matérialiseraient peut-être sous forme d’une vague gigantesque et déferlante. » (1) La pluie cataclysmique et les raz de marée prennent ainsi une tournure symbolique dans Submersion, qui bénéficie d’effets visuels extrêmement ambitieux, de deux têtes d’affiches coréennes de premier plan (Kim Da-mi est l’héroïne du diptyque The Witch, Park Hae-soo est l’un des concurrents de Squid Game) et d’une distribution internationale assurée par la plateforme Netflix.

Récemment veuve suite à un accident de voiture ayant coûté la vie de son époux, An-na (Kim Da-mi) vit avec son fils de six ans Ja-in (Kwon Eun-sung) dans un grand complexe immobilier de trente étages, au cœur de Séoul. Un matin, elle constate que son appartement est inondé. Un coup d’œil à la fenêtre lui permet aussitôt de prendre conscience de l’ampleur du drame : une pluie monstrueuse est en train de s’abattre sur la ville et les eaux montent dangereusement d’étage en étage. Menacée par un gigantesque tsunami, elle essaie de gagner le toit avec son fils, mais les obstacles ne cessent de se dresser sur son chemin. C’est alors qu’un agent de sécurité qu’elle ne connaît pas, Hee-jo (Park Hae-soo), entre en contact avec elle pour la prévenir qu’un hélicoptère l’attend pour pouvoir la transporter ailleurs. An-na est en effet une chercheuse dont les travaux sont manifestement très précieux. Or la catastrophe qui est en train de s’abattre a pris des proportions planétaires et menace l’humanité toute entière…

La dernière vague

Virtuose, acrobatique, truffée de plans-séquence impossibles, la mise en scène de Byung-woo Kim n’est pas ostensible pour autant, dans la mesure où sa caméra reste sans cesse attachée à son héroïne, renforçant le phénomène d’identification et l’implication des spectateurs. La minutie et la fluidité de la réalisation s’effacent ainsi derrière la dramaturgie. Car malgré les proportions apocalyptiques que prend le scénario, le film s’efforce de rester à échelle humaine et de centrer ses enjeux sur cette mère et son enfant. À ce titre, l’implication physique et émotionnelle de Kim Da-mi est impressionnante. C’est elle qui porte une grande partie de l’impact du film sur ses épaules. D’autant que la situation dans laquelle est immergée (au sens propre et figuré) son personnage se révèle riche en dilemmes moraux insolubles, soulevant sans cesse la question de l’altruisme et de la prévalence de l’intérêt général sur l’auto-sauvegarde. « Je suis désolée » n’en finit pas de déplorer An-na en abandonnant derrière elle les gens qu’elle sait condamnés. C’est bien la nature humaine qui est au cœur de tous les enjeux de Submersion, à toutes les échelles. Alors qu’on pouvait s’attendre à un film catastrophe « classique », relatant la révolte de la nature face au dérèglement climatique, l’intrigue prend très vite une dimension science-fictionnelle audacieuse. Un virage qui n’est pas sans risque : le spectateur pourrait refuser d’adhérer à la tournure que prennent les choses, perdre sa suspension d’incrédulité et voir s’effondrer tout l’édifice dramaturgique. Mais ce choix artistique est pleinement assumé par Submersion, qui nous entraîne là où on ne l’attend pas, alignant son ambition visuelle sur celle d’un récit à tiroirs aux implications vertigineuses.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur Soompi en novembre 2025

 

© Gilles Penso

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GROOM LAKE (2002)

Cette histoire de science-fiction à tout petit budget, réalisée par William Shatner, raconte une opération secrète liée à des activités extra-terrestres…

GROOM LAKE

 

2002 – USA

 

Réalisé par William Shatner

 

Avec William Shatner, Dan Gauthier, Amy Acker, Tom Towles, Dick Van Patten, John Prosky, Dan Martin, Rickey Medlocke, Duane Whitaker, Brenda Bakke

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

Après avoir fait ses débuts de metteur en scène sur la série Hooker, William Shatner passe au format long avec Star Trek 5, sans beaucoup de succès. Tant et si bien que sa carrière de réalisateur se poursuit alors timidement sur les petits écrans. Mais le capitaine Kirk a plein de projets dans ses cartons, notamment le film de science-fiction Groom Lake qu’il essaie désespérément de vendre un peu partout. En désespoir de cause, il se tourne vers la très modeste compagnie de production Full Moon, qui lui ouvre grand la porte. Pour l’occasion, Charles Band alloue au projet un budget de 200 000 dollars et un planning de tournage de 22 jours. C’est colossal selon les canons des films Full Moon, mais aux yeux de Shatner, de tels moyens sont dérisoires. Et c’est là que commencent les problèmes. J.R. Bookwalter, chargé de produire le film, se heurte quotidiennement aux frustrations de l’acteur/réalisateur dont les sautes d’humeur finissent par entacher sérieusement l’ambiance du tournage. A tel point que tous ceux qui ont participé de près ou de loin à cette étrange aventure préfèrent l’oublier poliment. Le résultat n’est certes pas honteux, mais Groom Lake souffre clairement de l’écart abyssal qui sépare ses ambitions de ses moyens, et s’oublie rapidement après son visionnage.

Le film s’intéresse d’abord à un camionneur qui aperçoit des lumières bizarres scintiller derrière une montagne, arrête son véhicule et hurle vers le ciel « Je suis là, prenez-moi ! », tandis qu’une étrange lueur colorée se dépose sur ses mains. Puis nous voilà en présence des deux héros du film, Kate (Amy Acker, vue notamment dans Alias et La Cabane dans les bois) et son époux Andy (Dan Gauthier, habitué des soap operas tels que Beverly Hills ou Melrose Place). En virée dans un road trip au beau milieu du désert d’Arizona, ils se dirigent vers Groom Lake, à proximité de la fameuse Zone 51. Un flash-back cotonneux nous apprend que les médecins ont diagnostiqué une forme de lupus incurable chez Kate et que ses jours sont comptés. Cette quête d’une région où ont été signalées des présences extra-terrestres est donc un moyen désespéré, pour la jeune femme, d’entrer en contact avec d’autres formes de vies et, pourquoi pas, de découvrir ce qui se passe au-delà de cet univers. Parallèlement, le film s’intéresse au général Gossner (William Shatner) qui dirige un centre militaire top secret à Groom Lake et cherche à renvoyer vers sa planète une entité extra-terrestre qu’il garde sous sa protection…

Rencontres du troisième cheap

Si Shatner se laissait inspirer par 2001 l’odyssée de l’espace pour concocter son peu convaincant Star Trek 5, sa référence principale ici est de toute évidence Rencontres du troisième type : les lumières derrière la montagne, les scientifiques qui s’affairent en secret, le couple qui tente d’atteindre le sommet pour découvrir le secret venu des étoiles, les populations fascinées qui se regroupent dans le désert… Malheureusement, les effets spéciaux ont bien du mal à suivre. Ce vieil homme qui émet une lueur phosphorescente disgracieuse, cet OVNI mi-tambour mi-méduse en affreuses images de synthèse ou cette combinaison extra-terrestre qui n’aurait pas dépareillé dans un épisode de X-Or auraient plutôt tendance à provoquer le rire que la fascination. Sans compter les idées bizarres et glauques qui éloignent définitivement le film du grand public auquel il semblait pourtant destiné, comme cet homme calciné en gros plan contre un portail électrifié où ces cowboys qui violent l’héroïne dans leur camionnette. Mal fichu malgré ses intentions initiales et malgré toute la « production value » que J.R. Bookwalter parvient péniblement à mettre au service de la mise en scène (hélicoptères, cascades automobiles, scènes de foules), Groom Lake connaîtra une sortie vidéo très discrète et tombera dans l’oubli. En dépit de cette expérience décevante, Shatner continuera à animer pour Charles Band l’émission Full Moon’s Fright Night sur la chaîne Sci-Fi Channel.

 

© Gilles Penso

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THE R.I.P. MAN (2025)

Un tueur psychopathe, obsédé par la chirurgie dentaire sans anesthésie, se livre à un massacre méthodique dans une petite ville anglaise…

THE R.I.P. MAN

 

2025 – GB

 

Réalisé par Jamie Langlands

 

Avec Owen Llewelyn, Maximus Polling, Jasmine Kheen, Bruno Cryan, Mia Bowd, Callum Chapman, August Porter, Matt Weyland, Jamie Langlands, Paul Coster

 

THEMA TUEURS

En 2020, le producteur et scénariste Rhys Thompson commence à concevoir l’idée de ce qui deviendra The R.I.P. Man. « Un soir d’hiver, je zappais sur les chaînes de télé et je suis tombé par hasard sur un documentaire consacré à une maladie buccale rare appelée anodontie », raconte-t-il. « Une idée m’est alors venue à l’esprit : et si mon antagoniste en était atteint et l’assumait pleinement ? Petit à petit se sont assemblées les pièces du puzzle, comme ce protège-dents personnalisé et effrayant ou encore ces SMS annonçant la date du décès des victimes. » (1) Mais une bonne idée ne suffit pas. Pour aider à convaincre des investisseurs de s’embarquer dans cette aventure, Rhys Thompson et le réalisateur Jamie Langlands (The Cellar) se lancent dans un court-métrage/teaser dans le but d’aider à boucler le financement nécessaire à l’élaboration du long. A force de persévérance, The R.I.P. Man voit enfin le jour sous son format définitif grâce à un budget pourtant extrêmement modeste estimé à 20 000 £. Si Thompson cite parmi ses influences Halloween, Le Silence des agneaux, Scream ou Les Griffes de la nuit, l’envie qui sous-tend ce film est le lancement d’un tout nouveau croquemitaine suffisamment marquant et original pour donner naissance – pourquoi pas ? – à une franchise.

L’intrigue se situe dans la ville fictive de Tarkers, au cœur du Sussex. La caméra s’intéresse d’abord à une jeune femme, Abigail (August Porter), qui semble se préparer pour une sortie, mais dont les plans sont violemment contrariés par l’intrusion d’un homme chez elle. Notre tueur fou apparaît ainsi dès les premières minutes, à visage découvert. Contrairement à ses « confrères » volontiers masqués, Alden Pick (Owen Llewelyn) ne dissimule pas son faciès blafard et chauve. Muet, affublé de cette fameuse anodontie génétique caractérisée par l’absence congénitale de toutes les dents primaires, il bave, ricane et massacre à tour de bras. Sa première victime est donc Abigail, dont il perce la mâchoire à l’aide d’une sorte de chignole pour pouvoir lui extraire une dent. C’est le triste sort qui attend tous les amis de la malheureuse, entrés à leur tour dans sa ligne de mire, y compris Jaden (Bruno Cryan), le petit-ami de la défunte, rendu inconsolable après sa mort. En menant ses investigations, la police rapproche le mode opératoire du tueur des pratiques d’une secte italienne médiévale connue sous le nom de « Dentes »…

Les dents de la mort

Les différents gimmicks qui annoncent l’entrée en scène du tueur sont savamment calculés pour entrer dans la tête des spectateurs et ménager des moments de suspense efficaces. Il y a d’abord ce dentier à ressort posé chez les futures victimes, qui n’est pas sans rappeler la nouvelle Le Dentier claqueur de Stephen King – publiée dans le recueil Rêves et cauchemars et adaptée par Mick Garris dans le film Quicksilver Highway. Puis vient le SMS funeste, sur lequel apparaît le nom des cibles infortunées de l’assassin édenté, leur date de naissance, leur date de mort, un émoji en forme de dent et la mention « R.I.P. » qui peut se traduire de différentes manières : le traditionnel « Rest in Peace » (« Repose en paix »), la variante affichée sur les posters du film « Rest in Pain » (« Repose dans la douleur ») ou encore le verbe anglais « rip » (à prendre ici au sens « arracher »). Ajoutez à ça le rire lugubre d’Alden Pick et vous obtenez la recette infaillible de ce slasher bizarre qui, certes, n’évite pas la mécanique habituelle du genre – on isole les jeunes héros un à un puis on les tue, pendant que l’enquête policière patine – mais se distingue par la singularité de son psycho-killer et par le soin apporté à sa mise en forme. Malgré un budget anémique – que trahit notamment une bande son constellée d’imperfections -, Jamie Langlands sertit en effet l’action dans un beau format Cinemascope et renforce chaque fois qu’il le peut la photogénie des décors. Riche en rebondissements, The R.I.P. Man s’achève sur une fin ouverte. La suite potentielle se concrétisera d’ailleurs dans la foulée, une campagne de financement participatif ayant permis de lancer la production de The R.I.P. Man 2.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur Search My Trash en septembre 2024

 

© Gilles Penso

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ANCIENT EVIL (2000)

Récemment découverte dans les ruines d’un temple aztèque, une momie se réveille et attaque les étudiants censés l’examiner…

ANCIENT EVIL : SCREAM OF THE MUMMY

 

2000 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Ariauna Albright, Trent Latta, Michael Lutz, Jeff Peterson, Michelle Erickson, Russell Richardson, Brenda Blondell

 

THEMA MOMIES I SAGA CHARLES BAND

Si l’on excepte l’amusant The Creeps, qui réinventait plusieurs monstres du répertoire classique dans une version « demi-portion », Charles Band et ses productions Full Moon ne s’étaient encore jamais frottés au thème des momies. Ancient Evil comble cette lacune, même si Band est ici un producteur exécutif officieux, dans la mesure où ce n’est pas sa compagnie qui prend en charge le film. En revanche, plusieurs de ses collaborateurs attitrés se retrouvent derrière la caméra, notamment le réalisateur David DeCoteau, qui n’a que quatre jours pour tourner ce petit film d’horreur motivé par le succès récent de La Momie de Stephen Sommers. En si peu de temps, il est évidemment impossible de faire des miracles, d’autant que plusieurs imprévus vont compliquer les choses du côté du casting. Il y a d’abord Michelle Nordin, l’une des jeunes comédiennes du film qui, à peine débarquée de son Brésil natal, s’avère incapable de parler anglais. Elle prononce donc ses dialogues en phonétique, lesquels seront ensuite post-synchronisés (et ça s’entend !). Plus compliqué : l’acteur censé jouer Norman, l’un des personnages clés de l’intrigue, se désiste à la dernière seconde. Lorsque son remplaçant Trent Latta débarque, le tournage a déjà été largement entamé et l’équipe doit se soumettre à des journées interminables pour boucler dans les temps toutes les scènes nécessaires.

Le scénario co-écrit par David DeCoteau et Matthew Jason Walsh nous apprend qu’une momie en parfait état a été découverte dans un ancien temple aztèque au Mexique. Il s’agissait manifestement d’un serviteur dédié à Tlaloc, le dieu de la pluie, momifié vivant et enterré avec ses bijoux. Avant que la dépouille soit exposée dans un musée, Madame Cyphers (Brenda Blondell), professeure d’archéologie, est chargée de l’étudier avec plusieurs de ses étudiants. Mais l’un d’eux, l’athlétique et stupide Morris (Michael Lutz), subtilise l’amulette que la momie porte au poignet pour l’offrir à la fille qu’il cherche à séduire. Or l’un de ses camarades, Norman (Trent Latta), un jeune homme bizarre et très réservé, a tout vu. Au lieu de dénoncer Morris ou de chercher à le raisonner, Norman rend visite à la créature qui, soudain, revient à la vie. Le garçon ne s’en étonne pas le moins du monde, car il est en réalité le dernier descendant de la lignée des prêtres adorateurs de Tlaloc. Sous ses ordres, la momie commence à massacrer tout le monde à tour de bras, armée d’un couteau recourbé à la lame acérée.

Momie Blues

Une belle musique de Jared DePasquale (Witchouse, Les Morts haïssent les vivants) ouvre le film avec des accents apocalyptiques qui ne sont pas sans évoquer la bande originale de L’Armée des ténèbres, nous laissant presque espérer un spectacle de qualité. Mais dès que les acteurs entrent en scène, l’enthousiasme s’évapore. Tout le monde surjoue, personne n’a l’air de croire – ou même de comprendre – les enjeux de cette histoire somme toute très basique, et DeCoteau lui-même, visiblement ailleurs, se laisse aller à ses goûts pour l’anatomie masculine en exhibant son casting mâle en sous-vêtements ou en débardeur moulant. Du reste, comment croire une seule seconde à cette histoire de momie antique d’une valeur inestimable, qu’on nous montre ici simplement allongée sous un drap, dans une salle sans surveillance et à la portée de tous ? Comment ne pas rire devant ce pseudo-descendant de prêtre aztèque affublé d’une tenue « traditionnelle » constituée d’une jupe à franges et de bracelets en fourrure avec des motifs léopard ? La créature elle-même, œuvre conjointe de Christopher Bergschneider et Jeff Farley, possède un faciès grimaçant plutôt impressionnant. Mais son costume corpulent (endossé par Bergschneider lui-même) lui donne des allures pataudes qui annihilent tout sentiment de menace. Pour combler un peu le vide, le réalisateur sature l’image d’éclairs et la bande son de coups de tonnerre, un vieux truc déjà utilisé dans Witchouse. Bizarrement, cet Ancient Evil très facultatif est sorti en Angleterre sous le titre Bram Stoker’s Legend of the Mummy 2, comme s’il s’agissait d’une suite du déjà très passable Legend of the Mummy de Jeff Obrow.

 

© Gilles Penso

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