THE ODYSSEY (2026)

La compagnie The Asylum ne pouvait pas rester indifférente face au blockbuster de Christopher Nolan. Voici donc Ulysse version discount…

THE ODYSSEY

 

2026 – USA

 

Réalisé par Marcel Walz

 

Avec Myriam Kingery, Morgan Flanagan, Patrick M. Byrnes, Dominic Keating, Llana Barron, Jordan Iverach, Tony Wood, Ashton Rogers, Angelo Kern

 

THEMA MYTHOLOGIE

Ayant depuis longtemps érigé le plagiat en modèle économique, les fantassins de la société de production The Asylum continuent tranquillement à piller tous les blockbusters qui sortent sur les grands écrans en proposant leurs propres versions au rabais. Lorsque L’Odyssée de Christopher Nolan se prépare à débarquer avec perte et fracas, la compagnie de David Michael Latt s’active donc pour pouvoir préparer sa propre aventure mythologique avec pour objectif une sortie le 3 juillet 2026, soit deux semaines avant la superproduction de Nolan. Cette relecture cheap d’Homère est confiée à Marcel Walz, un habitué de l’exercice. Après avoir signé une quinzaine de films d’horreur à tout petit budget dans son Allemagne natale, il s’était attaqué au remake de Blood Feast en 2016. Installé dès lors à Hollywood, le voilà mué en poulain de The Asylum, pour qui il réalise plusieurs mockbusters tels que Jurassic Reborn, Ice-Pocalypse, The Anacondas, Shark Thrash ou sa propre version des Maîtres de l’univers. The Odyssey est donc taillé sur mesure pour lui. Tourné à Martinsburg, en Virginie-Occidentale, le film met en scène un Ulysse bâti comme un catcheur (Myriam Kingery) qui, avec ses allures de Philippe Etchebest barbu, a bien du mal à nous convaincre. À ses côtés, Morgan Flanagan (Les Maîtres de l’univers) campe Pénélope, Patrick M. Byrnes (Undercover : Caught on Tape) est le jeune Télémaque et Llana Barron (Death Streamer) incarne une Athéna éthérée qui, à l’instar du génie d’Aladin, propose à notre héros d’exaucer trois de ses vœux.

Même si elle capitalise consciemment sur la confusion des spectateurs, cette démarche de « contrefaçon » n’est pas choquante en soi, dans la mesure où The Asylum trouvera toujours un moyen de contourner la loi, arguant que le texte d’Homère est dans le domaine public et appartient donc à tout le monde. De fait, rien ne ressemble moins au film de Christopher Nolan que celui de Marcel Walz. Ce qui prête plus au débat, c’est le recours quasi-systématique à l’intelligence artificielle générative pour les nombreux effets visuels de The Odyssey. Nous franchissons donc un cap où les petites productions ne cherchent plus à rivaliser avec les grandes via des images de synthèse médiocres mais avec de l’IA. Certes, le résultat peut donner le sentiment d’un plus grand foisonnement visuel (les foules de combattants, les navires par centaines, Troie ravagée par les flammes, les rives d’Ithaque) et les monstres ont un panache qui aurait sans doute été impossible d’obtenir autrement dans le cadre d’une telle micro-production. Mais la paresse d’un tel procédé technique ne force aucune admiration, d’autant que n’importe qui, avec son ordinateur ou son téléphone, est désormais capable de faire exactement la même chose. Les trucages ratés des films précédents d’Asylum avaient au moins le mérite de solliciter des artistes spécialisés, même si leur talent était fatalement entravé par des budgets dérisoires. Ici, de simples prompts semblent faire l’affaire.

Ithaque en toc

The Asylum avait déjà ouvert cette voix douteuse le mois précédent avec New Toy Story, une imitation sans âme ni charme de la saga de Pixar, qui laissait déjà l’IA faire le plus gros du travail. Même logique ici. Il suffit d’ailleurs de jeter un coup d’œil au générique de fin : aucun superviseur d’effets visuel, aucun graphiste, aucun nom associé aux postes de la modélisation, du compositing ou de l’animation. Neuf personnes sont simplement créditées sous l’appellation « visual effects artists ». Entendez « prompteurs ». Alors certes, Polyphème est raisonnablement impressionnant (calquant une partie de sa morphologie sur celle du cyclope du 7ème voyage de Sinbad), les monstres Charybde (un poisson géant lovecraftien affublé de tentacules, d’une gueule pleine de crocs acérés et d’yeux multiples) et Scylla (une gigantesque hydre à sept têtes) font leur petit effet et même les sirènes (enchanteresses créatures révélant soudain des traits monstrueux) savent nous égayer. Mais nous ne sommes pas dupes, et le décalage entre cette IA miraculeuse et les prises de vues réelles devient abyssal. Si les plans larges exhibent des nuées de navire traversant les flots avec des centaines d’homme à bord, les séquences filmées « pour de vrai » ne nous montrent que trois membres d’équipage, serrés dans ce qui ressemble à une minuscule barque ! Même constat à Ithaque. Les panoramas de l’immense palais d’Ulysse tranchent avec ces séquences ultra-minimalistes où nous ne voyons que Pénélope, Télémaque et un seul prétendant. Où sont les domestiques, les villageois, les centaines de soupirants ? En se parant d’une « production value » artificielle, The Odyssey ne parvient finalement qu’à renforcer son caractère cheap et à dévoiler l’anémie de son budget.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

SEULS TWO (2008)

Pour leur premier film en tant que réalisateurs, Éric et Ramzy incarnent un policier et un gangster qui se retrouvent soudain seuls dans les rues de Paris…

SEULS TWO

 

2008 – FRANCE

 

Réalisé par Éric Judor et Ramzy Bedia

 

Avec Éric Judor, Ramzy Bedia, Benoît Magimel, Kristin Scott Thomas, Elodie Bouchez, Edouard Baer, Fred Testot, Omar Sy, François Damiens, MC Jean Gab’1

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES

Leur cote de popularité étant en forte croissance, notamment grâce au succès de La Tour Montparnasse infernale, Eric Judor et Ramzy Bedia décident de se lancer dans une comédie fantastique très ambitieuse, dont ils rêvaient depuis plusieurs années mais qui semblait impossible à concrétiser faute de moyens. Cette idée leur vient d’un rêve d’enfant : se retrouver tout seul dans un grand magasin et pouvoir s’y promener en toute liberté. Ainsi naît le concept de Seuls Two, sorte de version live d’une aventure de Tom et Jerry dans laquelle un gendarme et un voleur se courent après dans un Paris soudain vidé de ses habitants. Après avoir rencontré plusieurs réalisateurs susceptibles de prendre en charge un tel projet, Eric et Ramzy en arrivent à la conclusion qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Les duettistes passent ainsi pour la première fois derrière la caméra, portant donc à la fois la casquette de scénaristes, de metteurs en scène et bien sûr d’acteurs principaux. Le postulat étant très proche de celui de la bande dessinée Seuls de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti, publiée en 2006, le premier titre envisagé (Seuls) devient Seuls Two, une appellation bilingue singulière qui peut aussi s’appréhender comme le verlan de « Tout seuls ». Le producteur Alain Attal croit au projet et lui alloue un confortable budget de 18 millions d’euros. Eric et Ramzy vont donc pouvoir se faire plaisir et jouer aux enfants gâtés, comme le jeune héros du Jouet de Francis Veber.

Judor entre dans la peau de l’inspecteur Gervais, un policier médiocre, gentiment stupide et très à cheval sur le règlement. Raillé par ses collègues du commissariat du 1er arrondissement de Paris, il s’est fixé une mission qui est en train de virer à l’obsession : arrêter Curtis (Ramzy), un cambrioleur insaisissable qui lui échappe depuis longtemps et s’amuse à le narguer. Un beau jour, alors que Gervais poursuit Curtis et semble enfin sur le point d’atteindre son but, il se retrouve sur l’avenue des Champs-Élysées vidée de ses habitants. Incrédule, le policier constate que toute la ville de Paris est soudain désertée. Plus un seul être humain à l’horizon… enfin presque. Car il entend bientôt vrombir le moteur d’une Formule 1 sur les quais de Seine : Curtis est là, lui aussi, et semble vouloir profiter de cette situation insolite pour s’amuser comme un gamin. Sont-ils désormais les deux seuls êtres humains sur Terre ? En attendant de pouvoir répondre à cette question, Gervais décide de poursuivre son objectif malgré tout et d’attraper le délinquant…

Quand la ville dort

Comme on peut s’y attendre, Éric et Ramzy ne se départissent pas des rôles d’idiots congénitaux qui leur collent à la peau depuis le début de leur carrière. Les voir jouer les benêts et multiplier les blagues puériles – en brocardant au passage les clichés racistes, même si nous ne sommes parfois pas très loin de l’humour daté de Michel Leeb ! – est toujours amusant, certes, mais l’exercice atteint rapidement ses limites. D’autant que si la stupidité du personnage de Gervais est simple à appréhender, celle de Curtis n’obéit à aucune logique. On ne comprend rien à ses motivations ni à son comportement. Voilà qui n’aide pas beaucoup à entrer dans le délire. Avant que le scénario ne vire au fantastique en effaçant toute la population de la surface de la planète, Seuls Two se paie les apparitions furtives d’Omar Sy, Fred Testot, François Damiens et Edouard Baer, mais aussi d’acteurs habitués à des registres plus sérieux comme Benoît Magimel, Kristin Scott Thomas ou Elodie Bouchez. Au-delà du plaisir de partager l’écran avec ces pointures, Éric et Ramzy savent qu’ils peuvent profiter de leurs noms pour augmenter le potentiel commercial du film et donc se donner les moyens de leurs ambitions. D’où un gros déploiement d’effets spéciaux et de cascades dès l’entame, lorsque Curtis arrache avec sa voiture un distributeur automatique et fonce dans les rues de Paris. Mais les passages les plus spectaculaires restent ces visions de la capitale complètement désertée. Voir Les Champs-Élysées, Barbès, la place de la Concorde, le jardin du Luxembourg, Montmartre ou Beaubourg aussi vides que pendant le Covid (avec plus de dix ans d’avance) a quelque chose de très perturbant. Pour y parvenir, les deux réalisateurs sollicitent des effets visuels mais surtout une organisation militaire : des tournages très tôt le matin, réduits à quelques minutes filmées par plusieurs caméras simultanées, pendant que des centaines de « bloqueurs » empêchent les passants et les voitures d’entrer dans le champ. Le résultat est payant. Si le phénomène paranormal n’est jamais expliqué dans le film, il se complexifie en cours de route, laissant imaginer que l’opposition entre le gendarme et le voleur est au cœur de ce basculement dans le néant démographique. L’idée est intéressante mais très peu exploitée, Judor et Bédia n’utilisant leur « high concept » que pour s’amuser comme des fous – sans parvenir totalement à nous communiquer leur enthousiasme.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

LA MORSURE (1989)

Après avoir été mordu par un serpent radioactif, un jeune homme se transforme en créature reptilienne mutante et vorace…

CURSE II – THE BITE

1989 – USA / ITALIE

Réalisé par Federico Prosperi

Avec Jill Schoelen, J. Eddie Peck, Jamie Farr, Savina Gersak, Marianne Muellerleile, Al Fann, Sydney Lassick, Terrence Evans, Sandra Sexton, Bruce Marchiano

THEMA REPTILES ET VOLATILES

Contrairement à ce que son titre original laisse penser, Curse II : The Bite n’a jamais été conçu comme la suite de The Curse (La Malédiction céleste), adaptation libre de La Couleur tombée du ciel de H.P. Lovecraft. Le film est d’abord un projet écrit par Susan Zealouf sous le titre The Reptile Man, qu’Ovidio G. Assonitis produit de manière indépendante en le rebaptisant The Bite. Si la mise en scène est confiée à Federico Prosperi, c’est parce que ce dernier avait déjà eu affaire à des séquences complexes mettant en scène des bêtes agressives sur le film Les Animaux attaquent, dont il fut producteur. Avec The Bite (La Morsure en France), Prosperi passe pour la première fois derrière la caméra sous le pseudonyme de Fred Goodwin, mais il ne transformera pas l’essai. Ce sera son unique long-métrage en tant que réalisateur. Au moment où The Bite passe entre les mains des distributeurs américains, ces derniers décident de capitaliser sur le succès de The Curse sur le marché vidéo et le nomment donc Curse II : The Bite, même si les deux films n’ont strictement rien à voir. Cette stratégie avait déjà été expérimentée avec Beyond the Door (Le Démon aux tripes), gros succès produit par Assonitis en 1974 qui fut affublé de deux fausses suites : Beyond the Door II (en réalité Les Démons de la nuit de Mario Bava) et Beyond the Door III (Train de l’enfer de Jeff Kwitny). Les voies du marketing sont parfois impénétrables !

Tourné à Las Cruces, au Nouveau-Mexique, La Morsure ressemble à une variante modernisée de L’Homme alligator, petit classique du cinéma d’épouvante des années 50. On y trouve aussi des réminiscences du Spasms de William Fruet. Clark Newman (J. Eddie Peck) et sa petite amie Lisa Snipes (Jill Schoelen) traversent l’Arizona en voiture, au fil d’un road trip qui s’annonce romantique. Mais Clark a la mauvaise idée de prendre un raccourci en passant par le site d’essais nucléaires de Yellow Sands, malgré les avertissements répétés d’un pompiste. En chemin, ils croisent des centaines de serpents qui traversent la route. Or l’un de ces reptiles irradiés s’introduit dans la voiture et mord Clark à la main. Alors qu’ils passent la nuit dans un motel, Harry Morton (Jamie Farr), un commercial, leur propose son aide et injecte à Clark un sérum antivenimeux. Mais le lendemain matin, alors qu’ils reprennent la route, Harry se rend compte qu’il a administré le mauvais antidote à Clark et se lance donc à sa poursuite, craignant qu’un procès entache sa réputation. Au fil du trajet, la morsure de serpent sous le pansement de Clark commence à muter : sa main se transforme progressivement en reptile monstrueux. Le shérif local (Bo Svenson) et ses adjoints se lancent bientôt aux trousses de Clark afin de sauver Lisa et de détruire la créature…

La main qui tue

On peut regretter que Federico Prosperi n’ait qu’un seul film à son actif, car il faut lui reconnaître d’indiscutables talents de metteur en scène. Solide, efficace, sa réalisation s’appuie sur une très belle photographie de Roberto D’Ettorre Piazzoli (Tentacules, Star Crash, Piranhas 2) et crée d’emblée le malaise en exhibant une nuée de serpents infestant les routes désertiques du Sud-Ouest des Etats-Unis. Même si elles sont excessives, les séquences de suspense sollicitant la caméra subjective pour évoquer les évolutions du reptile contaminé savent provoquer quelques frissons. La première créature mutante visible dans le film est un « chien-serpent » dont on ne voit que le museau dans l’obscurité, mais qui révèle déjà une inquiétante monstruosité. Puis la main gauche de Clark commence à être animée d’une vie propre – un peu comme celle d’Ash dans Evil Dead 2 – pour se transformer peu à peu en saurien et agresser plusieurs personnes. Malheureusement, les effets de ralentis saccadés amenuisent l’impact et la lisibilité des scènes d’attaques. Lorsque la « main-serpent » entre dans la gorge de ses victimes, les étrangle avec sa langue télescopique ou leur crache du venin au visage, force est de constater que nous basculons dans une dimension involontairement comique qui frôle la nanardise. Fort heureusement, le génial maquilleur Screaming Mad George peut se lâcher au cours de LA scène d’anthologie du film, celle de la métamorphose finale. Le visage de Clark se déforme, ses yeux et sa langue se détachent pour se transformer en créatures rampantes, sa gorge enfle en expulsant un bloc gélatineux d’où surgissent des dizaines de serpents qui gesticulent… Et pour que la scène conserve jusqu’au bout un caractère cauchemardesque, la pauvre Lisa est obligée de ramper en petite tenue dans une marre de boue qui entrave tous ses mouvements tandis que des serpents de plus en plus gros et de plus nombreux rampent à ses côtés. La Morsure s’achève un peu à la manière de La Mouche, nous laissant l’impression d’avoir assisté à un spectacle bizarre et inclassable, typique de la génération vidéoclub des années 80.

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

A THOUSAND PLEASURES (1968)

Un homme qui vient d’assassiner son épouse tombe entre les griffes d’un groupe de femmes aux mœurs très étranges…

A THOUSAND PLEASURES

1968 – USA

Réalisé par Michael Findlay

Avec Janet Banzet, Uta Erickson, Michael Findlay, Linda Boyce, Kim Lewis, Donna Stone, John Amero, Roberta Findlay

THEMA TUEURS

Michael Findlay est une personnalité à part du cinéma des années 60 et 70. Réalisateur, producteur, scénariste et acteur, il s’est spécialisé dans les films d’exploitation sulfureux et underground, mêlant les codes de l’érotisme et de l’horreur à des intrigues étranges, principalement conçues pour multiplier les séquences provocantes. L’une de ses œuvres les plus mémorables reste le slasher The Slaughter, que le distributeur Allan Shackleton remontera pour en faire Snuff. Comme pour nombre de ses films, il signe la mise en scène de A Thousand Pleasures sous le pseudonyme de Julian Marsh et y tient également le rôle principal, sous le nom de Robert Wuesterwurst. Il est épaulé par son épouse Roberta Findlay, qui assure à la fois la photographie, le scénario, la coproduction, l’éclairage, la musique et la voix off de l’un des personnages. Le couple fait également appel à deux de ses actrices fétiches, Janet Banzet et Uta Erickson, créditées ici sous les noms respectifs de Marie Brent et Artemidia Grillet. Habitué aux rôles déshabillés et aux codes racoleurs du cinéma grindhouse de l’époque, tout ce petit monde se lance dans un film particulièrement déroutant, où le sexe, la violence et la mort cohabitent tant bien que mal. Le tout est emballé en quelques jours avec un budget dérisoire, selon une méthode économique que les époux Findlay maîtrisent depuis les débuts de leur carrière, entamée avec Body of a Female en 1964.

Exaspéré par les brimades incessantes de son épouse, Richard Davis (Michael Findlay) l’assassine à coups de couteau, charge son cadavre dans le coffre de son break et prend la route à la recherche d’un endroit où s’en débarrasser. Son escapade macabre prend une tournure inattendue lorsqu’il prend en stop deux jeunes femmes, Maggie (Uta Erickson) et Jackie (Linda Boyce). En découvrant le corps dissimulé à l’arrière du véhicule, elles ne préviennent pas la police mais contraignent Richard à les suivre jusqu’à une mystérieuse île située au large de Cape Ann. Le féminicide tombe alors sur une étrange communauté dirigée par ses deux auto-stoppeuses, qui vouent une véritable haine aux hommes. Autour d’elles gravite une galerie de personnages aussi inquiétants que fantasques : une adulte qui se comporte comme un bébé (Kim Lewid), une femme névrosée qui la materne jour et nuit (Janet Banzet), une gouvernante gironde et très entreprenante (Donna Stone) ainsi qu’un homme de main chargé de maintenir l’ordre dans cette maison de fous (John Amero). Rapidement drogué puis retenu prisonnier, Richard comprend qu’il n’est pas arrivé là par hasard. Maggie et Jackie ont besoin de lui pour accomplir un projet bien particulier : récupérer sa semence afin d’obtenir une descendance. Comme les Amazones de la mythologie, elles noieront l’enfant si c’est un garçon et l’élèveront si c’est une fille. Captif de cette étrange « famille », Richard doit désormais composer avec leurs règles radicales, leurs jeux de domination et leur penchant pour la torture…

Sexploitation

Les premières secondes trahissent déjà les conditions précaires dans lesquelles le film a été réalisé. Aucune prise de son directe n’ayant été effectuée pendant le tournage, tout est – mal – post synchronisé : non seulement les dialogues mais aussi les voix off du personnage principal, qui semblent avoir été enregistrées dans une salle de bains ou un placard ! A Thousand Pleasures est principalement constitué de longues séquences érotiques qui ne font pas avancer l’histoire mais justifient le parfum de scandale cher aux époux Findlay : une femme nue qui danse devant un miroir pendant le générique de début, la « femme-bébé » dénudée qui se roule par terre en jouant avec une bougie phallique, des accouplements dans tous les sens… L’intrigue squelettique s’interrompt donc pour se transformer en festival de vignettes sexy bizarres et déviantes, notamment cette scène interminable au cours de laquelle « Baby » tête goulument l’une des deux dominatrices tandis que l’autre la fouette sans discontinuer. Après cette infinité de grivoiseries pernicieuses, le dernier acte retrouve les codes du cinéma d’horreur. Les deux geôlières ayant fait subir à leur prisonnier toutes sortes de maltraitantes physiques (visage frappé à coups de pelle, pieds brûlés dans une cheminée, cigarette écrasée sur la joue), celui-ci retrouve ses instincts homicides et s’en va massacrer à tour de rôle toutes les femmes qu’il croise dans cette maison perverse… jusqu’à ce que la féminité elle-même – ironie symbolique suprême – lui fasse rendre son dernier souffle. Il trépassera en effet en étouffant sous la poitrine volumineuse de la gouvernante qu’il avait lui-même surnommée « Boobarella » ! Cet imbroglio n’a aucun sens et croule sous les maladresses (erreurs de raccord, plans flous, jeu d’acteur catastrophique), mais toutes les cases de la « sexploitation » sont soigneusement cochées.

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

ALTER EGO (2026)

Alex est très perturbé : le nouveau voisin qui vient de s’installer en face de chez lui est son parfait sosie, dans une version « améliorée »…

ALTER EGO

2026 – FRANCE

Réalisé par Nicolas Charlet et Bruno Lavaine

Avec Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Olga Kurylenko, Marc Fraize, Zabou Breitman, Bertand Goncalves, Giovanni Pucci, Léo Garcia, Olivier Brabant, Olivier Bayart

THEMA DOUBLES

18 ans après La Personne aux deux personnes, 13 ans après Le Grand méchant loup, Nicolas Charlet et Bruno Lavaine – alias Nicolas & Bruno -, trublions spécialisés dans le détournement d’images d’archives qu’ils caviardent de voix off hilarantes, s’attaquent avec Alter Ego à leur troisième long-métrage. L’idée du dédoublement, déjà au cœur de leur premier film, prend ici une tournure vertigineuse, puisque deux hommes que tout oppose et qui se ressemblent pourtant comme deux gouttes d’eau cohabitent à l’écran. « Quand on écrit un scénario, on essaye de ne pas penser au casting », explique Bruno Lavaine. « L’idée, c’est de faire venir l’acteur au personnage et non l’inverse. » Mais dans le cas d’Alter Ego, l’acteur idéal s’impose naturellement à eux en cours d’écriture. « Il y a eu une exception car, en approchant de la fin, nous étions tous les deux d’accord sur le nom de Laurent Lafitte. » (1) Un dédoublement dans un film nécessite généralement une quantité importante d’effets visuels, mais Nicolas & Bruno n’ont ni les moyens, ni l’intention de multiplier les trucages. Leur mise en scène s’appuie donc majoritairement sur la double performance de Lafitte, de simples champs et contrechamps, des « split-screens » lorsqu’il faut voir les deux personnages ensemble dans le même plan, et la présence discrète mais indispensable d’une doublure tout juste sortie du Conservatoire d’Art Dramatique, en l’occurence Ahmed Hammadi Chassin.

Alex Floutard vit avec son épouse Nathalie (Blanche Gardin) dans une zone pavillonnaire. Proche de la cinquantaine, il travaille pour la Cogip, une entreprise locale, et mène une existence tranquille. Mais un jour, un nouveau voisin, Axel Chambon, s’installe dans une maison jumelée. Or Axel est son sosie parfait. A l’exception de leur implantation capillaire (Alex est chauve, Axel a une chevelure parfaite) et de leur style (l’un est engoncé dans des habits quelconques et trop grands, l’autre porte des costumes chic et élégants), ils sont physiquement identiques. Mais personne, sauf Alex, ne semble se rendre compte de cette ressemblance troublante. En découvrant l’épouse de ce nouveau voisin (la ravissante Olga Kurylenko, James Bond Girl de Quantum of Solace), sa belle voiture, sa grande cave à vin, son sens de la fête, son charme fou, Alex en tire un amer constat : « Ce type, c’est moi… en mieux. » Le sentiment de jalousie qui commence à se développer lentement mais sûrement vire à la paranoïa et à la panique lorsqu’Alex se rend compte qu’Axel travaille lui aussi à la Cogip et pourrait bien mettre en péril sa propre situation professionnelle…

Double jeu

Le scénario aurait pu patiner sans parvenir à se déployer de manière satisfaisante au-delà de la drôlerie de son concept. Mais Nicolas et Bruno parviennent à exploiter l’idée jusqu’au bout, profitant du postulat absurde d’Alter Ego pour brocarder la jalousie et la frustration chères à la nature humaine, illustrant à merveille l’adage selon lequel « l’herbe n’est pas plus verte ailleurs ». Au cœur de l’intrigue, l’obsession de la comparaison, l’envie, la convoitise et la rancœur rongent peu à peu notre personnage principal jusqu’à faire vaciller sa raison. La mise en scène joue alors la carte de la symétrie, plaçant dans le même cadre les deux maisons voisines qui sont collées, identiques et séparées par une haie, comme si l’une était le reflet exact de l’autre. Même sentiment de réciprocité visuelle lorsque nos deux sosies se font face, chacun assis à son bureau, dans une composition que n’aurait pas reniée Wes Anderson. Et l’on finit par découvrir que, de l’autre côté du miroir, les choses ne sont pas forcément ce qu’elles semblent être, que les apparences peuvent se révéler trompeuses. Parfaitement à l’aise dans un registre comique excessif, Laurent Lafitte crève doublement l’écran, agitant autant nos zygomatiques en bellâtre au sourire éclatant qu’en homme quelconque frustré par sa propre banalité. Et bien sûr, les fans de la première heure de Nicolas & Bruno se délecteront de la présence de la Cogip, cette fameuse entreprise factice qui sert de siège aux multiples délires du mythique programme télévisé Message à caractère informatif. À mi-chemin entre le fantastique et la comédie, Alter Ego eut logiquement les honneurs de deux festivals respectivement consacrés à ces deux genres, puisqu’il fut présenté en avant-première à la fois à Gerardmer et à l’Alpe d’Huez, où Lafitte remporta le prix d’interprétation masculine pour sa double prestation.

(1) Extrait d’une interview publiée sur Le Blog du cinéma en mars 2026. Lien vers l’article ici.

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

LA FIN D’OAK STREET (2026)

Après avoir été téléportée à l’époque jurassique, une famille doit affronter les dinosaures qui rôdent désormais dans son quartier…

THE END OF OAK STREET

2026 –  USA

Réalisé par David Robert Mitchell

Avec Anne Hathaway, Ewan McGregor, Maisy Stella, Christian Convery, Jordan Alexa Davis, P.J. Byrne, Anne Gee Byrd, Emily Kuroda

THEMA DINOSAURES I VOYAGES DANS LE TEMPS

Après It follows en 2014 et Under the Silver Lake en 2018, on commençait à désespérer de voir un nouveau film de David Robert Mitchell. D’autant que, cas plutôt rare, il avait déjà 40 ans lorsqu’il réalisa le premier, une maturité qui bénéficia à ces deux titres dans lesquels la dimension philosophique (voire ésotérique pour le second) transcendait la forme sans jamais la phagocyter. La bande-annonce de La Fin d’Oak Street pouvait surprendre avec ses allures de blockbuster estival lambda : en 1982, un quartier résidentiel américain est transporté à l’ère jurassique, des dinosaures arpentant désormais les rues en menaçant de dévorer les banlieusards incrédules, notamment Denise Platt (Anne Hathaway), son époux Greg (Ewan McGregor) et leurs deux enfants. Un postulat de départ qui synthétise et coche toutes les cases de la vague de nostalgie des productions des années 80 type Amblin, ou plus précisément un mélange entre Stranger Things et Jurassic Park. L’action de It follows se situant dans cette même décennie, il était permis d’espérer que Mitchell en prolongerait la description pas si innocente, loin des couleurs fluorescentes qu’on lui associe aujourd’hui. C’était oublier qu’il s’agit avant tout d’une production Bad Robot, annonçant le retour en « Force » de J.J. Abrams qui pansait ses plaies depuis la lapidation critique de L’Ascension de Skywalker en 2019. Des vents contraires semblent en effet avoir soufflé sur La Fin d’Oak Street, et le bébé ressemble plus à son producteur qu’à son réalisateur.

J.J. Abrams semble avoir imposé ici le concept de « mystery box » cher à son oeuvre, où les questions priment sur les réponses. Dans l’absolu, l’approche fait sens, sauf que trop souvent, les productions Bad Robot admettent ouvertement l’absence d’explication, comme pour se couvrir face aux « plaintes » des spectateurs inquisiteurs. Dans La Fin d’Oak Street, un journaliste annonce textuellement à la télévision que personne ne comprend ce qui se passe. Mais la fille des héros s’intéresse comme par hasard à l’astronomie et plus particulièrement aux trous de vers. Dans les faits, elle se contente de regurgiter quelques considérations scientifiques entendues dans Interstellar et Event Horizon. Autre recyclage scientifico-cinématographique : certains dinosaures ont ici des plumes, une représentation basée sur des théories paléontologiques que Steven Spielberg avait considérées pour Jurassic Park avant revenir au look reptilien classique. Les sauriens de Mitchell et Abrams ont de l’allure et l’action diurne permet d’en apprécier chaque pixel, affranchis des contraintes technologiques des films des années 80. De ce point de vue, c’est réussi et les petites têtes blondes y trouveront leur compte. Sauf qu’une scène gentiment gore, tombant comme un cheveu dans la soupe lors une tentative maladroite de mêler humour noir, comédie et drame, a vu le film écoper d’une interdiction aux moins de 13 ans aux États-Unis. Dès lors, on se demande à qui s’adresse Mitchell. Dans les productions Amblin, la banlieue résidentielle américaine était un ennuyeux théâtre que des situations fantastiques allaient chambouler et remettre en question. Bien que les dinosaures sèment la panique dans Oak Street, c’est sur les dysfonctionnements du couple formé par Anne Hathaway et Ewan Mc Gregor que se concentre Mitchell, à moins qu’il ne s’agisse encore d’un emprunt thématique de J.J. Abrams au cinéma de Spielberg ? Les dinosaures restent donc souvent gentiment à l’extérieur et la plupart des confrontations semblent artificiellement provoquées, comme lorsque le gamin s’éclipse par la fenêtre de sa chambre sans prévenir ses parents pour aller chercher son chien.

Les moyens justifient-ils la fin ?

Il serait injuste d’accuser J.J. Abrams de tous les maux du projet, et David Robert Mitchell n’est peut-être pas un cinéaste à l’aise dans les grands élans spectaculaires que lui permet son budget confortable de 85 Millions de dollars (l’équivalent de huit fois le budget cumulé de ses deux premiers longs-métrages). Les enjeux semblent étriqués et renvoient plutôt à Jumanji qu’à Jurassic World : le monde d’après. D’ailleurs, impasse est faite sur le deuxième sujet suggéré en creux par l’histoire, puisque pendant que les Platt affrontent des dinosaures à la préhistoire, leurs voisins restés en 1982 ont dû être étonnés de voir des ptérodactyles picorer dans leurs mangeoires à oiseaux. Le fantastique ne semble qu’être une toile de fond, Mitchell faisant d’Anne Hathaway le point d’ancrage du récit. Mère de famille avant tout, elle écrit secrètement un roman, qu’elle partage avec une voisine au sens littéraire affûté. Cette dernière y perçoit la frustration d’une femme prisonnière de son foyer : une analyse intradiégétique qui épargne au spectateur tout effort de compréhension du personnage. Quant à Ewan McGregor, il incarne un père abattu par la perte de son emploi, obligé d’accepter un travail temporaire de livreur de pizzas pour subvenir aux besoins d’une famille à qui il ne peut plus garantir le train de vie que l’orgueil consumériste a érigé en réussite. Monsieur allume le barbecue à la fête du quartier et tente par tous les moyens de faire rentrer l’argent pendant que Madame s’occupe de la maison, travaillant en secret son roman dans la buanderie ou elle prétend repasser le linge. Et lorsque les parents se disputent, les enfants osent à peine prononcer le vilain mot « divorce ». Mitchell souhaite-t-il signifier que les années 80, c’était encore un peu la préhistoire ? L’aventure s’avèrera émancipatrice pour la mère qui reconsidèrera toutefois son envie de tout quitter et réévaluera ses sentiments envers son mari… une réflexion appuyée par une scène cocasse (ou ridicule) voyant Anne Hathaway prendre en photo Ewan Mc Gregor posant fièrement devant deux brontosaures en plein accouplement. Difficile de ne pas voir la patte de J.J. Abrams dans le produit fini, et bien qu’en interview David Robert Mitchell affirme avoir réalisé un film pour l’enfant qu’il était en situant l’action dans les années 80, l’esprit général appartient pourtant bien à l’ère post-COVID. Bien que la situation impacte toute la communauté (très WASP), le film ne se focalise que sur une unique famille – chacun pour soi, chacun chez soi ! Quant aux deux ou trois voisins introduits au début du film, ils finiront dévorés sans que cela n’émeuve ni le spectateur, ni les personnages, comme également cette adolescente ayant perdu ses deux parents mais prenant la chose plutôt bien. Pour finir sur une note (de musique) positive, on apprécie le score orchestral composé par Michael Giacchino, fidèle collaborateur et ami de J.J. Abrams, imposé sur le projet et toujours efficace à défaut de réussir à accoucher de thèmes vraiment marquants quand il ne travaille pas sur une production Pixar.

© Jérôme Muslewski

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

AVALANCHE SHARKS (2014)

Dans une station de sports d’hiver californienne, des requins monstrueux se cachent sous la neige et attaquent les vacanciers…

AVALANCHE SHARKS

2014 – CANADA

Réalisé par Scott Wheeler

Avec Alexander Menedeluk, Kate Nauta, Benjamin Easterday, Eric Scott Woods, Kelle Cantrell, Richard Gleason, Amy Ninh, James Quimet, Nicole Helen

THEMA MONSTRES MARINS

Dès juillet 2013, le succès tout à fait improbable de Sharknado pousse la chaîne de télévision Syfy à annoncer la mise en chantier d’une suite. Aussitôt, toutes les petites sociétés de production activent leurs méninges pour proposer leur propre variante sur le thème des requins et des catastrophes naturelles. Au mois d’octobre est donc officiellement lancé Sharkavalanche, qui deviendra finalement Avalanche Sharks. Dans un premier temps, ce film est envisagé comme une suite directe de Sand Sharks, dans lequel le shérif d’une ville balnéaire et une biologiste marine unissaient leurs forces contre des requins mutants nageant sous le sable. Mais Brooke Hogan, l’interprète de la scientifique, n’est pas disponible. Les producteurs changent donc leur fusil d’épaule. Si un shérif et une spécialiste des animaux marins sont bien présents en tant que couple dans Avalanche Sharks, ce ne sont pas les mêmes personnages, incarnés donc par des acteurs différents. Tourné sur le domaine skiable de Mammoth Mountain, en Californie, le film est confié à Scott Wheeler. Réalisateur d’une poignée de fausse superproductions pour la compagnie The Asylum (Voyage au centre de la terre, Transmorphers : Robots Invasion), Wheeler a aussi une solide expérience en tant que superviseur d’effets visuels, non seulement pour de nombreuses séries TV (Dark Skies, X-Files, Buffy contre les vampires, Millenium, Dune, Battlestar Galactica) mais aussi pour une grande quantité de micro-productions aux budgets minuscules.

Sand Sharks démarrait à 100 km/heure grâce au montage syncopé d’une course entre deux motocross sur le sable d’une plage. Avalanche Sharks prend le même chemin, suivant cette fois-ci la descente très rapide de deux snowboarders praticiens du hors-piste. Et la scène se termine de la même manière : les deux adeptes du sport extrême sont soudain engloutis par des requins bizarres qui surgissent du sol. Or les vacances de printemps approchent, et la station de sports d’hiver de Mammoth Mountain s’apprête à accueillir de nombreux étudiants venus festoyer. Alors que l’un des habitants, Wade (Alexander Mendeluk), s’inquiète de la disparition de son frère (l’un des deux snowboarders du prologue), il se heurte à l’inefficacité du secouriste de la station, Dale (Eric Scott Woods), plus préoccupé par le bronzage et la drague que par les missions de sauvetage. Bientôt, d’autres disparitions mystérieuses s’enchaînent. Le shérif local (Richard Gleason) décide donc de prendre les choses en main, quitte à faire fermer les pistes s’il le faut. Bien sûr, le directeur de la station (Benjamin Easterday) et le maire de la ville (Mike Kennedy) veulent à tout prix dédramatiser la situation pour éviter un manque à gagner financier sur la saison. Et pendant ce temps, les « requins des neiges » continuent leur massacre…

Les requins font du ski

Ce qui nous frappe immédiatement dans Avalanche Sharks, au-delà de l’incroyable médiocrité des images de synthèse censées représenter les monstres, c’est la stupidité généralisée de l’ensemble des personnages du film. Les garçons en rut, les filles qui gloussent bêtement, le secouriste béat, le shérif inexpressif, tous rivalisent de bêtise, comme s’ils participaient au concours du Q.I. le plus faible. On croirait assister à la réunion des candidats d’une télé-réalité lâchés sur des pistes de ski. La VF grossit davantage le trait en rajoutant un maximum de gags absurdes dans les dialogues. Exemple : après avoir été coupée en deux par un requin, une jeune femme agonisante, qui voit son petit-ami prendre ses jambes à son cou, lui lance « Et voilà, comme d’habitude, tu fuis tes responsabilités ! ». Lorsque celui-ci, paniqué, raconte à ses amis ce qui vient de se passer, il leur dit : « Elle s’est fait déchiqueter, il en restait juste assez pour faire un kebab ! ». Voilà pour la tonalité du film. Le scénario lui-même hésite sans cesse sur l’origine des créatures. Si Sand Sharks s’en tenait à une seule explication (une espèce préhistorique ayant évolué pour pouvoir se déplacer sous le sable), Avalanche Sharks mélange plusieurs idées, comme si le scénariste n’avait pas réussi à trancher. On évoque donc à la fois la légende locale du Skookum (une entité revancharde invoquée par un chaman après le massacre des tribus locales par des chercheurs d’or), des créatures extra-terrestres qui auraient quitté leur planète pour s’installer sur la nôtre, ou encore des êtres interdimensionnels capables de se téléporter. Bref on n’y comprend rien, et les deux versions du montage (la courte pour le streaming et la longue pour l’exploitation en DVD) n’arrangent pas les choses, puisqu’elles se contredisent, ajoutant ou retranchant des séquences, dont un épilogue bizarre situé sur Mars.

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

SAND SHARKS (2012)

Des requins préhistoriques capables de nager sous le sable s’en prennent aux habitants d’une petite cité balnéaire…

SAND SHARKS

2012 – USA

Réalisé par Mark Atkins

Avec Corin Nemec, Brooke Hogan, Vanessa Evigan, Eric Scott Woods, Gina Holden, Edgar Allan Poe IV, Robert Pike Daniel, Hilary Cruz, Delpaneaux Wills, Julie Berman

THEMA MONSTRES MARINS

Sand Sharks est une micro-production gentiment absurde qui semble vouloir voguer à sa manière sur le succès de Piranha 3D tout en annonçant les délires à base de requins qui déferleront dans le sillage de la saga Sharknado. À la tête de cette série B sans prétention, on retrouve un grand habitué des « mockbusters » (ces imitations fauchées des blockbusters du moment) : Mark Atkins, réalisateur de titres aussi pittoresques que Allan Quatermain et le temple des crânes, Dragonquest, Les Chroniques de Mars ou encore Lords of the Dragon. Toute ressemblance avec des films déjà existants n’est évidemment pas fortuite. Dans le cas de Sand Sharks, nous voici face à une œuvre au concept délirant, quelque part à mi-chemin entre La Plage sanglante et Tremors. Comme le titre l’indique, nous avons en effet affaire à des requins qui ne nagent pas sous l’eau mais sous le sable ! Au détour du casting, on trouve l’acteur Edgar Allan Poe IV, qui serait le descendant du célèbre écrivain (même si aucune source généalogique officielle ne semble l’attester). Jouant sur cette homonymie et sur cette supposée ascendance, il interpréta d’ailleurs lui-même l’auteur des Histoires extraordinaires à plusieurs reprise, notamment dans Monkeybone et dans la série Sabrina l’apprentie-sorcière. Abonné aux petits rôles (Les Nerfs à vif, My Girl), il interprète ici le maire de la bourgade balnéaire de White Sands. Son fils Jimmy prend les traits de Corin Nemec, acteur récurrent de la série Stargate SG-1.

Le film démarre sur des chapeaux de roue, au sens propre. Deux praticiens du motocross roulent à tombeaux ouverts sur la plage de White Sands, et sont soudain attaqués par un prédateur invisible. Le shérif local John Stone (Eric Scott Woods) et son adjointe et sœur Brenda (Vanessa Evigan) mènent l’enquête. Si John est convaincu qu’il s’agit d’un double meurtre, Brenda pense plutôt à une attaque animale. Elle contacte alors Sandy Powers (Brooke Hogan), une experte en requins, afin d’avoir son avis sur cette étrange affaire. C’est là que le maire et son fils Jimmy entrent en jeu. Petit escroc appâté par le gain, ce dernier essaie de convaincre son père d’organiser une grande fête sur la plage afin de renflouer les caisses de White Sands. Refrain connu : le maire est d’accord mais la police préfèrerait fermer les plages, le temps d’identifier et d’éliminer la menace. D’autant que d’autres victimes des monstres cachés sous terre se multiplient dangereusement. Or les étudiants commencent à affluer dans la bourgade pour participer à ce qui s’annonce comme un mémorable springbreak.

Les dents de la plage

Pillant allègrement celui des Dents de la mer, le scénario de Sand Sharks cultive tranquillement le sentiment de déjà vu : les oppositions entre le shérif et le maire, la fermeture des plages, les commerçants locaux mécontents, le vieux pêcheur spécialiste des squales, l’intervention d’un expert en requins, la récompense offerte pour tuer le prédateur, le « faux coupable » accroché par les chasseurs de prime et exhibé dans le port… Toutes ces similitudes pousseront les distributeurs français à exploiter parfois le film sous le titre Les Dents de la plage. Ajoutez à ça des acteurs qui surjouent, des situations absurdes et des effets spéciaux à la ramasse, et vous obtenez tous les ingrédients du parfait nanar estival. Fort heureusement, le film ne se prend jamais au sérieux, bien conscient de ses faiblesses, et joue même le jeu des clins d’œil à l’attention des cinéphiles. On cite donc Apocalypse Now et Terminator, et la scientifique dit même au shérif « Ne commencez pas à jouer les Roger Corman avec moi » lorsqu’il suggère avoir affaire à un « Dinoshark ». Le look des requins des sables n’est pas inintéressant, avec cette peau reptilienne qui leur donne presque des allures de dinosaures. Le scénario suggère d’ailleurs qu’il s’agit de créatures d’origine préhistorique, enfouies sous le sable depuis des millions d’années, qui auraient évolué en développant des écailles sur leur peau leur permettant de se glisser sous terre. Mais les images de synthèse sont vraiment trop passables pour entretenir ne serait-ce qu’un semblant d’illusion. Tout le film est à l’avenant, trahissant cruellement son manque de moyens. Les scènes de foule sont sans doute celles qui souffrent le plus des restrictions budgétaires : une dizaine de figurants pour montrer tous les habitants de l’île massés à la mairie, ou une vingtaine de teenagers en maillot pour simuler les milliers d’étudiants venus participer au springbreak. Facultatif et très vite oublié, Sand Shark entraînera pourtant une suite au titre qui laisse rêveur : Avalanche Sharks !

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

VIDEO DEAD (1987)

Un vieux poste de télévision hanté abrite une horde de zombies qui ne tardent pas à traverser l’écran pour venir envahir notre monde…

THE VIDEO DEAD

1987 – USA

Réalisé par Robert Scott

Avec Roxanna Augesen, Rocky Duvall, Vickie Bastel, Sam David McClelland, Michael St. Michaels, Jennifer Miro, Thaddeus Golas, Cliff Watts, Al Millan

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION I ZOMBIES

Video Dead est le premier long-métrage de Robert Scott, qui allait plus tard poursuivre sa carrière en tant qu’assistant réalisateur, principalement pour la télévision. Le budget du film étant de 80 000 dollars, le cinéaste doit travailler dans des conditions précaires et bricoler avec les moyens du bord. L’équipe et les comédiens étant quasiment bénévoles, ils ne peuvent participer aux prises de vues que pendant les week-end, ce qui explique pourquoi le tournage s’étale pendant plus d’un an. Ce qui n’empêche pas Scott de voir les choses en grand. Dans la première version de son scénario, une bonne quinzaine de zombies au look spectaculaire sont censés attaquer les protagonistes. Mais la quantité d’effets spéciaux de maquillage nécessitée par de telles créatures oblige le réalisateur à revoir ses ambitions à la baisse. Après révision du script, il n’y aura finalement que cinq morts-vivants principaux. Parmi les acteurs dissimulés sous les prothèses en mousse de latex, on note la présence d’Anthony C. Ferrante, futur maître d’œuvre de la saga Sharknado. Le film commence par la livraison d’un vieux téléviseur à un écrivain (Michael St. Michaels) qui n’a pourtant rien commandé. L’homme installe le poste dans son salon et constate qu’il ne capte qu’un seul programme : un film d’horreur en noir et blanc baptisé Zombie Blood Nightmare. Même lorsqu’il débranche le téléviseur, celui-ci se remet en marche. Bientôt, les zombies du film traversent l’écran et le massacrent.

Trois mois plus tard, la maison du drame est rachetée par la famille Blair, qui prévoit de s’y installer très prochainement. En attendant que leurs parents les rejoignent après plusieurs années passées à l’étranger, Zoe (Roxanna Augesen) et Jeff (Rocky Duvall) prennent possession des lieux. En fouillant dans le grenier, Jeff tombe sur la vieille télévision et a la mauvaise idée de l’allumer. Comme on l’imagine, les parasites cèdent bientôt la place à Zombie Blood Nightmare et à sa cohorte de cadavres ambulants qui gémissent en imitant ceux de George Romero. Sans se douter du mal qu’il vient de réveiller, le jeune homme se lie d’amitié avec sa voisine April (Victoria Bastel) qui vient lui rendre visite en laissant le chien dont elle s’occupe se promener librement dans les bois. Aussitôt, le sympathique canin tombe nez à museau avec l’un des zombies qui errent dans les bois et qui le transforme en chair à pâté. Il ne faut pas longtemps à nos héros pour constater que le voisinage est infesté de morts-vivants sanguinaires que rien ne semble pouvoir arrêter. Leur seul salut vient sans doute de Joshua Daniels (Sam David McClelland), une sorte de Van Helsing texan qui connaît visiblement l’origine de ces monstres et le moyen de s’en débarrasser…

Zombie TV

Lorsque le premier zombie traverse le petit écran dans un nuage de fumée – une scène qui a failli faire s’évanouir son interprète, Jack Stellman, en raison de la grande quantité de CO₂ utilisée pour créer l’effet de brouillard -, on pense immédiatement à Démons 2 de Lamberto Bava, qui s’ouvre de manière assez similaire. Le look particulièrement excessif des créatures évoque d’ailleurs les maquillages de Sergio Stivaletti. Chaque mort-vivant possède sa propre identité visuelle – ainsi qu’un petit nom utilisé affectueusement par les membres de l’équipe du film : « Jack » avec sa bouche décharnée et son bras en moins, la « Fiancée » affublée d’un voile de mariée et d’une perruque, « Jimmy D » aux allures de rocker bleuâtre en décomposition, « Ironhead » avec un fer à repasser planté dans le crâne et « Half-Creeper » coupé en deux au niveau du torse. À cette sarabande s’ajoute une jeune femme mystérieuse qui apparaît et disparaît dans la télé hantée ou en dehors, au gré des caprices d’un scénario évasif. Car le comportement des monstres est relativement incompréhensible. Contrairement à leurs homologues traditionnels, ils ne dévorent pas la chair humaine et ne semblent animés que par l’envie de tuer les vivants. Quelques effets gore ayant été ajoutés à la demande du distributeur Manson International, qui octroie à l’occasion une rallonge budgétaire, nous avons droit à une main arrachée, un cadavre mutilé, un corps découpé à la tronçonneuse ou encore une décapitation à la machette. Mais l’effet comique prime toujours sur le caractère horrifique du film. Sauf que les gags n’ont rien de particulièrement drôle, que les mises à mort manquent d’originalité et que les acteurs jouent comme des savates, poussant les spectateurs à regarder tout ça d’un œil distrait et distant. Une suite fut un temps envisagée – inversant le concept en plongeant des humains dans le monde télévisé des zombies -, mais elle ne vit jamais le jour, faute d’un budget suffisant.

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

LE CHIEN DES BASKERVILLE (1929)

Le dernier film muet consacré à Sherlock Holmes est une adaptation allemande de sa célèbre confrontation avec un molosse surnaturel…

DER HUND VON BASKERVILLE

1929 – ALLEMAGNE

Réalisé par Richard Oswald

Avec Carlyle Blackwell, Alexander Murski, Livio Pavanelli, Betty Bird, Fritz Rasp, George Seroff, Valy Arnheim, Alma Taylor, Carla Bartheel, Jaro Fürth

THEMA MAMMIFÈRES

En 1914, soit douze ans après sa publication, le roman Le Chien des Baskerville d’Arthur Conan Doyle connaît sa première adaptation à l’écran sous forme d’un film allemand réalisé par Rudolf Meinert et écrit par Richard Oswald. La trame de ce long-métrage étant relativement éloignée de celle du texte original, Oswald semble vouloir revoir sa copie en réadaptant le livre dans une nouvelle version muette, en 1929, dont il signe non seulement le scénario mais aussi la mise en scène. La fidélité n’est certes pas absolue, mais nous sommes ici clairement beaucoup plus proches de la prose de Conan Doyle. Pour le casting, la production fait le choix d’un panel d’acteurs venus des quatre coins du monde, sans doute pour offrir au film un meilleur potentiel d’exploitation internationale. L’interprète de Sherlock Holmes est donc un Américain installé en Grande-Bretagne (Carlyle Blackwell), Henry Baskerville est italien (Livio Pavanelli), Watson (George Seroff) et Charles Baskerville (Alexander Murski) viennent de Russie, l’inquiétant Stapleton est allemand (Fritz Rasp), la mystérieuse Beryl est autrichienne (Betty Bird), le domestique Barrymore est estonien (Valy Arnheim) et son épouse anglaise (Alma Taylor). Tout ce beau monde est mis en scène dans des somptueux décors conçus par le designer Willy Schiller et édifiés sur les plateaux du studio Staaken à Berlin.

Le film raconte donc l’enquête de Sherlock Holmes liée à la mort mystérieuse de Sir Charles Baskerville, que l’on pense provoquée par un chien surnaturel qui hanterait la famille depuis des générations. Conformément à ce que dit la légende, ce trépas violent est survenu alors que la victime se promenait seule dans la lande voisine du domaine des Baskerville. Au tout début, Holmes et Watson prennent un peu cette affaire à la légère. « Les chiens surnaturels ne laissent pas d’empreintes », lance le premier en écoutant le récit de la mort de Sir Charles. « Les fantômes n’écrivent pas de lettres » enchérit le second face à un message anonyme laissé à l’attention de Sir Henry. Mais la suite des événements prend une tournure de plus en plus inquiétante, et Watson se retrouve bientôt en première ligne, Holmes étant contraint de se retirer à cause d’affaires qui le retiennent à Londres. Or la lande semble bel et bien « maudite », dans la mesure où la mort guette tous ceux qui s’y aventurent seuls…

Lande of the Dead

Dernière adaptation muette du célèbre roman, Le Chien des Baskerville porte encore les stigmates du cinéma expressionniste allemand : contreplongées extrêmes sur des visages blafards, très belles compositions verticales, ombres portées démesurées projetées sur les murs – dont une scène de montée d’escalier qui fait écho à l’un des passages les plus célèbres de Nosferatu. Mais la mise en scène d’Oswald fait également preuve de modernité. Pour compenser l’absence de son, le réalisateur recourt à des artifices particulièrement efficaces comme les éclats intermittents de la foudre à travers les grandes fenêtres du manoir, qui nous donnent presque l’impression d’entendre les coups de tonnerre. Il n’hésite pas non plus à mettre sa caméra en mouvement, pour accompagner les acteurs dans les scènes d’action ou se rapprocher d’eux et accentuer la tension. En équilibre permanent entre réalisme et théâtralité, les décors, intérieurs comme extérieurs, se révèlent particulièrement réussis et donnent lieu à de mémorables séquences de suspense, notamment plusieurs poursuites dans la lande nocturne, auxquelles s’ajoutent des passages secrets et des pièces piégées dignes d’un serial rocambolesque. Quant au chien, il n’apparaît que furtivement, en très gros plan et souvent dans le flou, au détour de plans brefs qui évoquent moins sa présence physique que ses hurlements angoissants. Cette très honorable adaptation fut longtemps considérée comme perdue, jusqu’à ce qu’une bobine 35 mm soit miraculeusement retrouvée en 2009 dans le sous-sol d’une église polonaise. Dix ans plus tard, une version restaurée du film était enfin rendue accessible au public.

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article