MĀRAMA (2025)

Une histoire de vengeance et de recherche d’identité, sur fond de (dé)colonialisme et de culture māorie dans l’Angleterre victorienne…

MARAMA

 

2025 – NOUVELLE-ZÉLANDE / GB

 

Réalisé par Taratoa Stappard

 

Avec Ariana Osborne, Toby Stephens, Umi Myers, Evelyn Towersey, Erroll Shand, Jordan Mooney, Mihi Te Rauhi Daniels, Turia Schmidt-Peke

 

THEMA FANTÔMES

Avec ce premier long-métrage macabre, le réalisateur Taratoa Stappard marque le cinéma néozélandais avec superbe, tel un tatouage traditionnel. Il s’inscrit ainsi dans la lignée directe de Lee Tamahori qui, en 1994, bouleversait le cinéma mondial avec son puissant et inoubliable L’Âme des guerriers. Au milieu du 19ème siècle, en Nouvelle-Zélande, Mary Stevens, orpheline, ignore tout de ses origines quand elle reçoit une lettre la dépêchant de se rendre dans le nord du Yorkshire pour rencontrer son auteur, un inconnu qui aurait des révélations à lui faire sur ses origines. Lorsqu’elle arrive, l’homme, qui vivait dans un simple cabanon, est décédé. C’est alors qu’elle accepte un poste de nourrice dans le lugubre manoir de Sir Nathaniel Cole (Toby Stephens). Là, toute en robe bouffante et corsetée à la pointe de la mode victorienne, transcendée par la force d’une hérédité guerrière, elle affronte avec bravoure la révélation d’immondes secrets enfouis qui s’apprêtent à éclairer des points obscurs concernant sa généalogie. A mesure que le suspense se resserre dans les méandres du domaine, un voile glaçant se lève sur l’Histoire de la Nouvelle-Zélande, ou plutôt Aotearoa, telle qu’elle est nommée par son peuple autochtone.  

Le film emprunte aux codes de la littérature gothique, notamment à Jane Eyre (1847), mais en changeant la perspective de l’œuvre de Charlotte Brontë, comme l’avait fait Jean Rhys en 1966 dans La Prisonnière des Sargasses. « Le roman de Jean Rhys, qui explore le passé de la première épouse de Rochester en révélant que c’est lui le monstre, a été une influence majeure », nous confie le réalisateur. « Pour la forme, j’ai choisi de travailler avec la directrice de la photographie Gin Loane. Nous avons entièrement reconstruit le manoir en studio, en nous inspirant des Innocents de Jack Clayton et de Get Out de Jordan Peele. Chaque détail compte : la robe rouge de Mārama, conçue avec 27 mètres de soie de Chine, agit comme une armure. Le rouge symbolise les forces de vie dans le drapeau māori. » (1) Porté par un casting exemplaire, Mārama révèle un trafic morbide qui fait remonter à la surface la dérangeante « Affaire des têtes māories » conservées pendant plus d’un siècle dans les collections des musées nationaux, avant d’être restituées à la demande de leur pays d’origine. « La tête est la partie la plus sacrée du corps dans notre tradition », continue le cinéaste. « Voir ces têtes tatouées devenir des objets de curiosité au XIXe siècle est affreux. Je me suis beaucoup documenté, notamment sur la photo coloniale du major H.R. Robley posant devant 36 têtes coupées. Pour incarner le choc de cette mémoire, il fallait une immense actrice. Ariana Osborne a fait un travail extraordinaire, mais le tournage a été éprouvant spirituellement. Nous étions très encadrés par des experts culturels et suivions des rituels de prières quotidiens pour respecter les croyances. » (2)

L’âme des guerrières

Taratoa Stappard remonte aux origines de l’annexion de l’île par l’Empire britannique, et rend hommage à son héritage familial et culturel, à ses tūpuna, ses ancêtres. Tout comme le personnage principal de son film, il a pu ressentir qu’on l’avait amputé d’une part de lui-même en lui faisant majoritairement adopter la culture de son père anglais alors qu’il était bébé. Encore relié à ses origines par les récits de sa mère, il retrouve son pays natal à l’âge adulte et renoue avec des membres de sa famille maternelle. Stappard dédie son film à sa sœur disparue et le termine sur une note bouleversante avec un chant de sa mère, la chanteuse lyrique Hannah Tatana, enregistré en 1965 pour sa naissance. Sous des apparences de film classique d’épouvante gothique, dont l’atmosphère, l’horreur, les décors, les costumes et l’intrigue n’auraient pas dénoté dans le catalogue de la Hammer ou dans la filmographie de Mario Bava, ce premier long-métrage révèle des faits historiques dont le caractère sordide dépasse la fiction. Doté d’une photographie soignée qui sublime le jeu des acteurs et les paysages naturels vertigineux, ce récit horrifique puissant dénonce des vérités dérangeantes, et s’inscrit parmi les films de premier plan d’un cinéma māori rare. Les luttes vibrantes des femmes, aussi bien libératoires pour elles-mêmes que pour les hommes de leurs tribus, transcendent toutes les luttes pour défendre la vie et la liberté et nous toucher en plein cœur par leur résonance universelle.

 

(1) et (2) Propos recueillis par Quélou Parente en septembre 2025.

 

© Quélou Parente

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BARBARIAN QUEEN 2 (1990)

Dans cette fausse suite, la sculpturale Lana Clarkson reprend les armes aux côtés d’une armée de guerrières pour défaire un vil tyran…

BARBARIAN QUEEN II : THE EMPRESS STRIKES BACK

 

1990 – USA / MEXIQUE

 

Réalisé par Joe Finley

 

Avec Lana Clarkson, Greg Wrangler, Rebecca Wood, Elizabeth A. Jaeger, Roger Cudney, Alejandro Bracho, Cecilia Tijerina, Orietta Aguilar, Carolina Valero

 

THEMA HEROIC FANTASY

Contrairement à ce que son titre pourrait logiquement faire penser, Barbarian Queen 2 n’est pas une suite de Barbarian Queen mais une variante autour du même univers et des mêmes figures imposées. Le seul véritable point commun entre les deux films est l’actrice Lana Clarkson, qui reprend son rôle d’émule féminin d’Arnold Schwarzenegger sans qu’il s’agisse du même personnage (la villageoise Amethea du premier film cède ici le pas à la princesse Athalia). Mais la mécanique est la même, les costumes et les scènes de combat quasiment interchangeables, bref Roger Corman et son équipe font comme d’habitude du neuf avec du vieux. Le sous-titre original, The Empress Strikes Back, n’a d’autre raison d’être que son clin d’œil à L’Empire contre-attaque, dans la mesure où le film ne met en scène aucune impératrice. Mais bon, nous ne sommes plus à ça près. Si Howard R. Cohen, homme à tout faire au talent très discutable, reste en charge du scénario, la mise en scène est cette fois-ci confiée à Joe Finely, dont ce sera le seul film – il se spécialisera ensuite dans l’étalonnage, notamment pour des séries comme Battlestar Galactica, Colony, Game of Thrones ou Chucky. Tourné au Mexique en 1988, ce second opus restera plusieurs années dans un tiroir et ne sortira aux États-Unis qu’en 1992, directement en vidéo. Entretemps, l’engouement pour l’heroic fantasy post-Conan le barbare aura eu le temps de s’essouffler.

À la mort présumée du roi Ico, souverain aimé de son peuple, le royaume sombre dans le chaos. Profitant de l’absence du corps du monarque, le stratège mégalomane Ankaris (Alejandro Bracho, dont la perruque et la barbe lui donnent des faux airs de Jésus) s’empare du trône avec l’aide de son redoutable garde du corps Hofrax (Roger Cudney). Mais pour asseoir définitivement son pouvoir, il lui manque un élément essentiel : l’épée magique de l’ancien roi, une relique divine capable de rendre invincible celui qui en maîtrise le secret. Seule la princesse Athalia (Lana Clarkson) connaît le poème sacré permettant de libérer cette puissance. Refusant de trahir l’héritage de son père – qu’elle croit peut-être encore vivant -, la jeune femme défie Ankaris et devient aussitôt sa prisonnière. Tandis que Tamis (Cecilia Tijerina), la fille cruelle et capricieuse du nouveau tyran, tente de l’humilier pour s’emparer elle aussi de l’épée, Athalia échappe de peu à l’esclavage puis à une exécution publique programmée à l’aube. Traquée dans la forêt, la princesse est sauvée par Zieolia, une farouche chasseresse appartenant à une tribu de guerrières rebelles déterminées à renverser le royaume corrompu. D’abord accueillie avec méfiance, Athalia gagne leur respect après avoir affronté leur chef en combat singulier et devient la nouvelle meneuse des rebelles…

L’épée magique qui ne sert à rien

Crédité au générique comme compositeur, Christopher Young s’est probablement contenté de laisser la production utiliser des bouts de musiques qu’il co-écrivit à l’époque du premier Barbarian Queen, l’homme étant depuis passé dans la cour des grands (La Revanche de Freddy, L’Invasion vient de Mars, Hellraiser). Chez Corman, comme chacun sait, le recyclage est roi. Pour satisfaire un public peu regardant, Barbarian Queen 2 offre son lot généreux de séquences topless, mais aussi un combat de catch féminin dans la boue et des scènes de tortures médiévales dans un cachot sinistre (écho direct à l’un des passages les plus mémorables du premier film). Des araignées venimeuses et une épée magique dont le pouvoir nous échappe (et qui ne servira d’ailleurs strictement à rien dans le scénario) viennent se mêler à la fête. Si Greg Wrangler (échappé d’Amour, gloire et beauté) est un héros masculin franchement insipide, Roger Cudney (Remo sans arme et dangereux, Permis de tuer, Total Recall) se révèle très convainquant en vilain inflexible et charismatique. On se délecte aussi de la prestation de la jeune Cecilia Tijerina dans le rôle de l’insupportable gamine qui tyrannise tout le monde à la cour en attendant de devenir reine. Au cours du dernier acte du film, suite à un sortilège venu de nulle part, elle se transforme en femme adulte pour poursuivre discrètement ses exactions. Mal joué, mal écrit, terriblement cheap, Barbarian Queen 2 reste bizarrement sympathique pour qui ne place pas ses attentes trop haut. Dans la foulée, un Barbarian Queen 3 : Revenge of the She-King fut un temps annoncé, mais ce projet resta dans les cartons.

 

© Gilles Penso

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COLONY (2026)

Après Dernier train pour Busan, Seoul Station et Peninsula, les zombies coréens de Yeon Sang-ho sont de retour !

GUNCHE

 

2026 – CORÉE DU SUD

 

Réalisé par Yeon Sang-ho

 

Avec Jun Ji-hyun, Koo Kyo-hwan, Ji Chang-wook, Kim Shin-rock, Shin Hyeon-bin, Go Soo, Kim Hyung-mook

 

THEMA ZOMBIES

Avec Colony, Yeon Sang-ho, fer de lance d’une nouvelle vague sud-coréenne qui réinvente avec brio le film de zombies depuis la sortie de l’excellent et très graphique Dernier train pour Busan en 2016, a une nouvelle fois eu les honneurs de la sélection officielle du 79e Festival de Cannes, dans la catégorie des séances de minuit. Sous la maîtrise du cinéaste, le genre continue de se moderniser, au point de galvaniser une seconde fois le public du Palais des Festivals avant même la sortie française du film. La même année que Last Train to Busan, la préquelle animée Seoul Station était également présentée dans plusieurs festivals internationaux, notamment à Bruxelles, Annecy et Neuchâtel. En 2020, c’est Peninsula qui nous ramenait dans la continuité du même univers mais avec des personnages différents. Ce dernier opus n’était pas tout à fait une suite, malgré les apparences. Colony marque donc le retour attendu du réalisateur aux prises avec une nouvelle invasion de zombies. « On ne peut pas dire que tous les réalisateurs de films de zombies sont influencés par George Romero, car lui-même rebondissait sur des sujets d’actualité de son époque », explique le réalisateur quand on l’interroge sur ses influences. « Comme lui, j’ai donc voulu surtout traiter de la peur latente de la société actuelle et c’est ce à quoi j’ai beaucoup réfléchi pour Colony. » (1)

Cette fois, le film se détache entièrement des précédentes œuvres du cinéaste pour explorer de nouvelles thématiques, notamment celle de la communication entre les êtres vivants – jusqu’au blob, idée aussi fascinante qu’inattendue. Plus sociologique qu’intime, Colony déploie, sur fond de bioterrorisme, de révolution cognitive, de neurosciences et de contamination, une réflexion sur le phénomène du groupe, bénéfique ou délétère selon les circonstances et les points de vue. Dans sa dimension la plus positive, l’humanité « fait groupe » pour le plaisir d’être ensemble, de partager des connaissances, un savoir-faire/être, des valeurs ou une entraide, que ce soit dans un cadre ludique ou dans la poursuite d’un objectif élevé. Mais le groupe peut aussi se constituer pour le pire, parfois même pour résister à une domination oppressante. « Comme vous le savez, la société actuelle se distingue des autres époques par un immense échange d’informations », explique Yeon Sang-ho, « et dans ce contexte qui a vu la naissance de l’intelligence artificielle, l’individualité s’efface. » (2)

Les zombies du 21ème siècle

C’est donc sous l’angle de la métaphore que les zombies de Colony – qui évoquent les envahisseurs de L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel – ravivent l’éternelle nécessité de combattre le conformisme, l’abrutissement de masse et toute forme de déterminisme social. À travers l’alliance de personnages disparates, singuliers, et la revendication de leur individualité, le message porté par Yeon Sang-ho rejoint celui de John Carpenter dans Assaut, Invasion Los Angeles ou Los Angeles 2013. Sa philosophie humaniste rappelle avec sagesse que les droits de l’individu doivent primer pour le respect de sa liberté, de son intégrité et de ses valeurs propres, au risque de les voir absorbées par celles d’un groupe incertain. Surtout qu’ici, et c’est une grande nouveauté, les zombies modernes ne se contentent pas d’errer, décérébrés, voraces. Au contraire, grâce à la communication, ils évoluent rapidement. À l’instar des I.A, ils apprennent et vont très vite…

 

(1) et (2) Propos recueillis par Quélou Parente en mai 2026

 

© Quélou Parente

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THE LAST VIKING (2025)

Tout juste sorti de prison, un homme cherche à remettre la main sur un butin caché par son frère, un homme perturbé qui se prend pour John Lennon !

DEN SIDSTE VIKING

 

2025 – DANEMARK / SUÈDE

 

Réalisé par Anders Thomas Jensen

 

Avec Mads Mikkelsen, Sofie Gråbøl, Nikolaj Lie Kaas, Lars Ranthe, Nicolas Bro, Søren Malling, Lars Brygmann, Kardo Razzazi, Bodil Jørgensen, Anette Støvelbæk

 

THEMA TUEURS

Présenté hors compétition à la Mostra de Venise et nommé dans toutes les catégories majeures des Roberts – les récompenses décernées par la Film Academy du Danemark – notamment meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur, The Last Viking fait preuve, tout en affichant une horreur gore hyperbolique, d’une véritable philosophie humaniste qu’Anders Thomas Jensen s’amuse à explorer par l’absurde. Sélectionné aux Oscars dès ses premiers courts métrages, le cinéaste remportera d’ailleurs la statuette en 1999 avec Election Night. Le film met en vedette le charismatique Mads Mikkelsen, auréolé du Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes 2012 pour La Chasse. Quelques années plus tard, Thomas Vinterberg lui offrira à nouveau un rôle majeur dans Drunk, qui remportera l’Oscar du Meilleur film international ainsi que le César du Meilleur film étranger en 2021. Mikkelsen incarne ici Manfred, un homme atteint d’un trouble dissociatif de l’identité qui se prend désormais pour John Lennon et menace de se suicider dès que l’on remet en cause sa nouvelle personnalité. Face à lui, l’acteur danois Nikolaj Lie Kaas – vu dans le rôle de l’officier en chef Larsen dans le Frankenstein de Guillermo del Toro – interprète Anker, son frère tout juste sorti de prison après dix années passées derrière les barreaux pour un braquage de banque. Une partie du butin, toujours introuvable, a été secrètement cachée par Manfred/John. Ce dernier ayant vécu l’absence de son frère comme un abandon, les retrouvailles ne s’avèrent pas aussi simples que Anker l’espérait, et récupérer la part de l’argent qui lui revient est loin d’être gagné.

Entre la susceptibilité de son frère, les blessures enfouies qui se ravivent ou encore l’intervention de Flemming (Nicolas Bro, vu entre autres dans Cheval de guerre de Spielberg), un ancien complice cupide et sans scrupules qui vient menacer sa famille, Manfred va devoir affronter les traumas du passé. S’ensuit un road movie surréaliste et haletant qui les conduira au fin fond de la forêt entourant leur maison d’enfance, mais aussi dans un voyage temporel à l’intérieur de leur propre psyché. D’autres personnages tout aussi fantasques se joignent à l’aventure : une sœur légitimement anxieuse, écrasée par le devoir familial depuis que leurs parents ont tous deux disparus durant leur petite enfance ; un styliste raté, fanatique des Beatles, qui voudrait se reconvertir en écrivain pour la jeunesse ; des patients échappés d’un service psychiatrique sécurisé qui peuvent se prendre à la fois pour Björn (le chanteur-guitariste d’Abba), Ringo Starr, Paul McCartney, Jésus, John Wayne ou le footballeur Michael Laudrup… Nous retrouvons également, parmi cette famille recomposée sensible et improbable, un énigmatique thérapeute qui théorise avec une logique très personnelle sur le fait que « chacun a le droit de vivre dans sa propre réalité », car dans les feux intérieurs de la création, qui peut prétendre identifier la frontière de la folie ? Si, au moment de redonner vie aux Beatles à sa manière, le film pose ce genre de question existentielle, les solutions proposées pour y répondre ne dénoteraient pas dans une œuvre des Monty Python.

Une pépite du cinéma danois !

Le jeu des acteurs comme la photographie évoquent le classicisme formel des frères Coen ou des frères Farrelly. Quant au scénario, parfaitement orchestré, il semble tout droit sorti d’un récit cruel des EC Comics, tout en convoquant l’esprit des néo-westerns contemporains tels que Last Stop in Yuma County, dont il partage l’humour noir et l’ultraviolence graphique chère à Quentin Tarantino. Pour autant, le film ne se prive pas de faire sans cesse preuve d’une réelle tendresse envers ses personnages. Tous font preuve d’une bonne volonté désarmante pour tenter de panser les blessures, apaiser les douleurs et affronter les traumatismes du passé lorsqu’ils resurgissent des profondeurs de l’oubli ou du déni. Car au-delà de sa dimension parodique, le récit se distingue surtout par l’absence totale de jugement moral arbitraire. Une fois les émotions fortes passées, les protagonistes cherchent avant tout à réparer leurs fautes, leurs erreurs et le mal qu’ils ont pu causer. C’est cette ambiguïté de leurs (res)sentiments et de leurs contradictions qui les rend aussi drôles que touchants. Avec un cynisme savamment dosé, cette œuvre à la fois macabre et profondément humaine nous entraîne au plus profond de leurs troubles, pour révéler l’héroïsme généreux qui soude ce Last Viking à son entourage.

 

© Quélou Parente

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LADIES FIRST (2026)

Sacha Baron Cohen incarne un macho de la pire espèce qui se retrouve soudain plongé dans un monde parallèle dominé par les femmes…

LADIES FIRST

 

2026 – USA / GB

 

Réalisé par Thea Sharrock

 

Avec Sacha Baron Cohen, Rosamund Pike, Tom Davis, Emily Mortimer, Weruche Opia, Charles Dance, Fiona Shaw, Richard E. Grant, Red Tennant

 

THEMA MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS

La plupart de ceux qui se sont aventurés devant Ce que veulent les hommes, variante pachydermique de Ce que veulent les femmes, se souviennent encore des soupirs d’exaspération provoqués par cette tentative grotesque de retrouver la formule magique de l’excellente comédie fantastique de Nancy Meyers. Pourtant, la pantalonnade embarrassante d’Adam Shankman passerait presque pour un modèle de finesse à côté de Ladies First, qui cherche lui aussi, à sa manière, à dénoncer les travers sexistes de nos sociétés patriarcales. Les intentions sont évidemment louables, mais l’invraisemblable lourdeur du scénario, coécrit par Natalie Krinsky, Cinco Paul et Katie Silberman, finit par se révéler spectaculairement contre-productive. Au lieu de mettre en lumière les mécanismes de la domination masculine, Ladies First les caricature au point de les vider de toute réalité. À force de simplification et de démonstration appuyée, le film finit par décrédibiliser son propre propos et produit exactement l’inverse de l’effet recherché. Au passage, l’idée n’est pas nouvelle, puisque Ladies First est le remake d’un autre film Netflix, Je ne suis pas un homme facile d’Eléonore Pourriat (2018) avec Vincent Elbaz en tête d’affiche. L’original n’était déjà pas d’une grande subtilité, mais celui-ci bat tous les records.

Tout commence comme une parodie de James Bond – le « macho man » par excellence. Dans son beau smoking, Sacha Baron Cohen drague tout ce qui bouge au bord d’une piscine, conduit un bolide luxueux, se prélasse à bord d’un yacht… Mais dès l’entame, une voix off insistante nous explique que cet homme est un sale type et qu’il n’aura bientôt que ce qu’il mérite. Le ton du film est donc donné : il s’agira de surligner toutes les péripéties, d’accentuer tous les effets comiques, d’enfoncer toutes les portes ouvertes pour s’assurer que les spectateurs – manifestement considérés comme faibles d’esprit – puissent bien tout comprendre. Difficile de jouer le jeu dans ces conditions. Le postulat de départ nous offre exactement ce que nous attendons : Cohen campe Damien Sachs, cadre d’une agence de publicité n’offrant aux femmes que des rôles subalternes. Mais un jour, il se cogne la tête et se trouve plongé dans un monde inversé où ce sont les femmes qui dominent la société…

La farandole des clichés

Au-delà de l’emprunt d’une infinité d’idées – notamment la concurrence hommes/femmes dans le milieu publicitaire – à Ce que veulent les femmes, Ladies First s’échine à arpenter tous les sentiers battus, son scénario s’acheminant exactement là où on imagine qu’il ira. Le comble de ce refus de la surprise et de l’audace intervient lorsque Damien rencontre un SDF « magique » qui sait tout et qui lui annonce carrément la suite du synopsis : s’il veut sortir de cette situation, il va devoir changer. Et donc… il va changer. Et tout va rentrer dans l’ordre. Et le happy end sera dégoulinant de bons sentiments. Sans doute les comédiens talentueux qui ont accepté d’intégrer ce projet – Rosamund Pike, Charles Dance, Fiona Shaw – pensaient-ils agir pour la bonne cause. Mais rien ne fonctionne dans Ladies First. Même Baron Cohen nous semble en total sous-régime, y compris lorsqu’il endosse l’improbable tenue d’un cowboy stripteaseur, joue les pianistes romantiques caricaturaux ou gémit face aux séances d’épilation. Qu’il nous semble loin, l’incontrôlable trublion de Borat ! Décidément, personne n’a encore réussi à faire mieux que Nancy Meyers sur son propre terrain. 26 ans plus tard, la cause féministe et la lutte pour l’égalité ne méritaient-elle pas une vraie comédie fantastique digne de ce nom : fine, drôle, sensible et écrite avec un minimum de justesse ?

 

© Gilles Penso

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PHANTASM 2 (1988)

Le croque-mort géant, les nains démoniaques et les boules volantes perforatrices sont de retour dans cette suite explosive…

PHANTASM 2

 

1988 – USA

 

Réalisé par Don Coscarelli

 

Avec James Le Gros, Reggie Bannister, Angus Scrimm, Paula Irvine, Samantha Philips, Kenneth Tigar, Ruth C. Engel, Mark Major, Rubin Kushner, Stacey Davis

 

THEMA MORT I SAGA PHANTASM

Véritable OVNI dans le paysage cinématographique de la fin des années 70, Phantasm s’était taillé une belle réputation auprès des amateurs de films d’horreur, séduits par son originalité, son caractère surréaliste et son refus d’entrer dans les cases. Plusieurs studios s’intéressent alors à son instigateur Don Coscarelli, notamment Universal qui lui propose d’en produire une suite, avec l’idée à plus ou moins long terme de créer une nouvelle franchise juteuse. La somme débloquée pour le film, estimée à trois millions de dollars, est dérisoire pour Universal (aucun de leurs longs-métrages produits dans les années 80 n’a un budget aussi faible), mais c’est un pont d’or aux yeux du réalisateur, qui avait bricolé le premier Phantasm avec dix fois moins d’argent. Le ténor des maquillages spéciaux Mark Shostrom (From Beyond, Freddy 3, Evil Dead 2) est embauché à l’occasion pour les différents effets cosmétiques du film. Mais tous ces atouts ne sont pas sans revers. En acceptant les facilités que lui offre le studio, Coscarelli doit faire de nombreuses concessions : construire une intrigue plus linéaire que dans le premier film, intégrer des voix off explicatives dans sa narration, supprimer les séquences de rêves, ajouter un rôle féminin principal pour créer une love story, et surtout donner les rôles principaux à deux acteurs plus connus. Car Michael Baldwin et Reggie Bannister ne sont pas assez « bankables » aux yeux d’Universal.

Si Coscarelli cède à de nombreux compromis, il a du mal à accepter le changement de casting et propose finalement une solution intermédiaire : son ami Reggie Bannister reste présent en tête d’affiche, et Michael Baldwin est remplacé par James Le Gros. Futur acteur récurrent de la série Ally McBeal à partir de la quatrième saison, Le Gros est alors apparu dans plusieurs séries (K 2000, Simon et Simon, Punky Brewster) mais aussi dans Aux frontières de l’aube et Miracle sur la huitième rue. Ce nouveau visage n’est pas du goût d’une partie des spectateurs, qui auront tendance à bouder la prestation pourtant honorable de Le Gros. Ce dernier reprend en effet avec une indéniable conviction le rôle du jeune Mike Pearson, rejoint par Reggie pour s’en aller combattre le redoutable croque-mort Tall Man (Angus Scrimm) et son armée de nains maléfiques, tout en communiquant par télépathie avec une jeune femme, Liz Reynolds (Paula Irvine), qui s’apprête à participer au combat. La première moitié du film prend les allures d’une sorte de road movie macabre, au milieu de villes fantômes sinistres et de cimetières profanés. Ce parti-pris, inspiré à Coscarelli par la lecture du Fléau de Stephen King, pousse les voix off de Michael à donner dans le lyrisme morbide. « Les petites villes sont comme les gens », dit-il ainsi en sillonnant une bourgade désertée. « Certaines meurent de vieillesse, d’autres sont assassinées. »  

Clins d’œil et gore excessif

Les références du réalisateur s’affichent parfois sous forme de clins d’œil à l’écran, notamment le nom d’Alex Murphy (le héros de Robocop) sur une pierre tombale ou celui de Sam Raimi sur une étiquette mortuaire. Phantasm 2 nous offre des passages d’angoisse diffuse et insolite, comme ce cadavre nu d’une femme à la morgue qui disparaît soudain sans aucune explication puis réapparaît plus tard sous les traits d’une autostoppeuse, ou ce cercueil couvert de terre fumante qui git seul au fond d’un couloir et renferme un corps poignardé. Mais à mi-parcours, l’horreur se révèle beaucoup plus graphique. Ainsi avons-nous droit à la vision délirante d’une créature monstrueuse (sorte de Freddy Krueger rabougri) qui surgit du dos déchiré de Liz, ou d’un appendice gluant et insectoïde émergeant du front du Tall Man. C’est dans cette même logique excessive que réapparaissent les nains sinistres, cachant sous leur capuche des corps hideux, ou les fameuses boules volantes, perforant les corps et les crânes en expulsant d’abondants jets d’hémoglobine. Certes, Phantasm 2 n’apporte pas beaucoup de plus-value au premier film, qui se suffisait amplement à lui-même en se nourrissant de sa propre étrangeté. Mais sa tendance à pousser plus loin encore le délire (explosions massives, cascades automobiles, combats de tronçonneuses, gore exubérant) rend son visionnage très distrayant. Plusieurs suites seront produites dans la foulée, conformément au désir initial d’Universal.

 

© Gilles Penso

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LES DOIGTS DU DIABLE (1981)

Une main coupée démoniaque, découverte dans une ancienne mine, possède un à un tous ceux qui entrent en contact avec elle…

DEMONOID / MACABRA

 

1981 – MEXIQUE / USA

 

Réalisé par Alfredo Zacarias

 

Avec Samantha Eggar, Stuart Whitman, Roy Jenson, Narciso Busquets, Erika Carlsson, Lew Saunders, José Chavez, Ted White, Hajo Catton, George Soviak

 

THEMA MAINS VIVANTES I DIABLE ET DÉMONS

Sous ses allures de film d’épouvante « respectable » post-La Malédiction, donnant la vedette à deux acteurs de renommée internationale, Les Doigts du diable est en réalité un sympathique nanar au concept joyeusement farfelu. Il faut dire que Samantha Eggar et Stuart Whitman, alors en seconde – troisième ? – partie de carrière, sont manifestement moins regardants sur les films qu’ils acceptent, nous donnant ici la nette impression de jouer en « pilote automatique ». Et s’ils se sont chacun frotté au genre fantastique avec des cinéastes tels que David Cronenberg ou Tobe Hooper (Chromosome 3 pour Eggar, Le Crocodile de la mort pour Whitman), le réalisateur mexicain Alfredo Zacarias n’est pas du même calibre, malgré sa longue expérience. Il s’agit en effet de son vingtième long-métrage, réalisé dans la foulée du film d’attaque animale Les Abeilles. L’idée des Doigts du diable lui serait venue après une conversation avec un ami psychiatre au sujet des personnalités multiples. Zacarias envisage un temps de confier la distribution du film à Roger Corman, puis se ravise et décide de gérer lui-même sa sortie en salles. Le tournage principal des Doigts du diable commence au Mexique en octobre 1979, principalement à Mexico City et Guanajuato, puis s’achève deux mois plus tard par des prises de vues additionnelles en Californie.

Le prologue se situe trois cents ans dans le passé, au cœur d’une mine située à Guanajuato. Une femme aux seins nus y est enchaînée par des hommes encapuchonnés, membres d’une secte satanique, qui lui tranchent la main gauche… laquelle rampe aussitôt sur le sol et prend la fuite. Les adorateurs du diable poignardent alors la main récalcitrante et l’enferment dans un coffret. Voilà une belle entrée en matière qui donne assez bien le ton du reste du film. Lorsque l’intrigue nous transporte dans les années 80, nous faisons connaissance de Mark Baines (Roy Jenson), à la tête d’une équipe de mineurs, et de son épouse Jennifer (Samantha Eggar). Tous deux explorent le temple du prégénérique et y découvrent le petit coffret qu’ils rapportent dans leur chambre d’hôtel. À l’intérieur, il n’y a que de la poussière. Mais la nuit venue, via un effet spécial des plus rudimentaires (une succession de fondus enchaînés), la poussière redevient une main sectionnée, qui bouge soudain comme si elle s’était échappée d’un épisode de La Famille Addams, attaque Mark et altère son esprit. En désespoir de cause, Jennifer fait appel au père Cunningham (Stuart Whitman) pour l’aider à combattre ce fléau diabolique…

La main baladeuse

Les amateurs de séries Z seront aux anges avec Les Doigts du diable, qui multiplie généreusement les séquences improbables : la main baladeuse qui décide de se promener sur les jambes de Samantha Eggar dans son lit, Roy Jenson qui surgit de sa tombe en bondissant puis se transforme en zombie calciné, la main coupée qui tire au pistolet sur une infirmière puis saute au visage d’un policier, un chirurgien esthétique qui tente des amputations sans anesthésie… Pour dynamiser l’ensemble, Zacarias insère régulièrement dans son montage l’image subliminale du diable en contre-jour, et nous offre une poursuite de voitures héritée des seventies – avec cascades en série et musique funky, comme il se doit. Au beau milieu de ces péripéties sans queue ni tête, nous sommes un peu embrassés face aux prestations sans conviction des deux acteurs principaux, qui débitent des dialogues absurdes et se prêtent mollement aux séquences d’action, tandis que le comportement des « possédés » qui se dressent sur leur chemin nous semble de plus en plus incompréhensible. On sent bien qu’Eggar et Whitman n’y croient pas du tout et assurent le service minimum en attendant de toucher leur chèque. Le visionnage des Doigts du diable n’en est que plus drôle, à condition de l’appréhender bien sûr au second degré.

 

© Gilles Penso

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LE RÉVEIL DE LA MOMIE (2026)

Le réalisateur d’Evil Dead Rise revisite sous un jour inattendu et très inquiétant l’un des mythes les plus classiques du cinéma fantastique…

LEE CRONIN’S THE MUMMY

 

2026 – USA / IRLANDE

 

Réalisé par Lee Cronin

 

Avec Jack Reynor, Laia Costa, May Calamawy, Natalie Grace, Shylo Molina, Billie Roy, Veronica Falcón, Hayat Kamille, May Elghety, Emily Mitchell, Husam Chadat

 

THEMA MOMIES

Oubliez l’Im-Ho-Tep gothique campé par Boris Karloff, son impressionnant successeur incarné par Christopher Lee, la trilogie récréative portée par Brendan Fraser ou la version ratée avec Tom Cruise. Le Réveil de la momie ne cherche pas la continuité avec ses prédécesseurs, ni même à s’imposer comme un remake modernisé ou un reboot. C’est à une toute nouvelle lecture du mythe que nous invite Lee Cronin, motivé par les producteurs James Wan et Jason Blum qui lui laissent une totale liberté créative. Wan prend d’ailleurs bien garde de ne pas fourvoyer les spectateurs en insistant pour que le titre original du film soit Lee Cronin’s The Mummy. Flatté, le réalisateur d’Evil Dead Rise s’efforce de se montrer digne de la confiance qu’on lui accorde en cherchant l’inspiration ailleurs, notamment du côté de Poltergeist (pour le drame surnaturel qui frappe une cellule familiale) et de Seven (pour l’ambiance oppressante). Une expérience personnelle douloureuse – le décès et les funérailles de sa mère – nourrit aussi l’écriture du scénario qu’il rédige lui-même et qu’il souhaite à la fois surprenant et viscéral. En étudiant de près les corps momifiés des « hommes des tourbières » préservés dans le Musée national d’Irlande, il s’en sert de base pour le design de sa créature, qu’il confie au maquilleur Arjen Tuiten (Le Labyrinthe de Pan, Maléfique, Wolf Man). C’est en Irlande et en Espagne que se déroule le tournage du Réveil de la momie, entre mars et juin 2025.

Dès l’entame, nous comprenons que Le Réveil de la momie va nous emmener sur des territoires inconnus et se révèlera imprévisible. Tout commence à Assouan, en Égypte. La jeune Layla, accompagné de ses parents et de ses deux frères, découvre chez elle que leur oiseau de compagnie est mort. Aussitôt, son père et sa mère se précipitent dans la cave, construite sur une pyramide à moitié enfouie. À l’intérieur, un sarcophage de basalte noir renferme des restes humains momifiés qui se mettent soudain à bouger. Après ce prologue choc, qui s’achève de manière sanglante et spectaculaire, l’intrigue se déplace au Caire et une autre famille occupe le centre de l’action. Charlie Cannon (Jack Reynor), journaliste d’investigation pour la télévision, y vit avec sa femme enceinte Larissa (Laia Costa) et leurs enfants Katie (Emily Mitchell) et Sebastián (Dean Allen Williams). Les petites tracasseries quotidiennes alimentent leur vie tranquille. Mais soudain, un drame frappe les Cannon, et le cauchemar s’installe alors lentement mais sûrement… Déjouant les attentes des spectateurs et rejetant ouvertement l’influence des variantes précédentes de La Momie, le film de Cronin demeure longtemps insaisissable. Il nous semble même très éloigné du thème qu’annonce le titre, malgré son prologue et la localisation du début de ses péripéties en Égypte.

Le démon intérieur

Le Réveil de la momie nous prend donc pas surprise, dans la mesure où il est longtemps difficile de savoir ce qui va se passer et par quel bout le récit va s’y prendre pour introduire sa créature. L’intrigue est avant tout centrée sur une famille, ses liens, ses déséquilibres, ses forces et ses failles, portée par des acteurs particulièrement convaincants et une mise en scène solide dont l’efficacité n’a rien d’ostentatoire. Certes, on sent bien l’influence du travail de James Wan, et même des exercices de style auxquels Cronin s’était lui-même prêté dans sa réappropriation de la franchise Evil Dead. Mais la peur qui nous saisit est irrépressible parce qu’elle touche à ce que chacun a de plus cher au sein d’un foyer : ses propres enfants. Relocalisé, le monstre n’est plus un être inconnu venu du fond des âges mais un démon qui ronge les protagonistes de l’intérieur. La force du film repose sur cet équilibre permanent entre l’horreur viscérale et le drame intime. La chair se putréfie et se déchire en même temps que s’approfondissent les failles psychologiques et que se creuse le fossé entre des parents soudain désemparés et leur progéniture méconnaissable. Dérangeant et inconfortable, Le Réveil de la momie nous parle en filigrane de maltraitance, de maladie et de deuil. Lorsqu’il s’achemine vers son climax, le film n’évite pas quelques lieux communs empruntés à La Malédiction et surtout à L’Exorciste. Mais sa singularité n’en est pas particulièrement altérée. Par son audace, sa radicalité et son refus de tout compromis, le film de Cronin s’impose indiscutablement comme une réussite majeure du genre.

 

© Gilles Penso

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GLISSEMENTS PROGRESSIFS DU PLAISIR (1974)

Accusée de meurtre, une jeune femme altère le comportement des juges, des policiers et des prêtres… S’agit-il d’une sorcière ?

GLISSEMENTS PROGRESSIFS DU PLAISIR

 

1974 – FRANCE

 

Réalisé par Alain Robbe-Grillet

 

Avec Anicée Alvina, Olga Georges-Picot, Michael Lonsdale, Jean Martin, Marianne Eggerickx, Isabelle Huppert, Claude Marcault, Jean-Louis Trintignant

 

THEMA TUEURS I SORCELLERIE ET MAGIE

Glissements progressifs du plaisir est né d’un pari. Un soir, au cours d’un dîner, le scénariste et réalisateur Alain Robbe-Grillet discute avec son ami producteur André Cohen, frustré de n’investir que dans des films à gros budget qui ne rapportent pas grand-chose (il sort tout juste du polar Trois milliards dans l’ascenseur, avec Michel Bouquet, Dany Carrel et Serge Reggiani). Robbe-Grillet lui assure qu’il sera capable de faire un film pour 500 000 francs seulement. Le pari est tenu. Dans la foulée de son sulfureux L’Eden et après, le cinéaste concocte une nouvelle œuvre expérimentale aux confins du fantastique, de l’horreur et de l’érotisme, inspirée du livre La Sorcière de Jules Michelet, pour laquelle il lui faut une actrice principale très peu pudique. C’est son épouse Catherine Robbe-Grillet qui repère Anicée Alvina (vingt ans à peine) dans le drame Le Rempart des Béguines. Le réalisateur tombe immédiatement sous le charme et construit entièrement le film autour d’elle. Malgré les faibles moyens débloqués par la production, le tournage se déroule dans la bonne humeur pendant seize jours consécutifs, en extérieurs naturels à Paris, dans le donjon de Vincennes et sur les falaises d’Étretat. Alvina joue Alice, une jeune femme soupçonnée d’être une espèce de sorcière des temps modernes. Sa colocataire Nora (Olga Georges-Picot) a été retrouvée morte, une paire de ciseaux enfoncée dans le cœur, alors qu’elle était attachée aux montants du lit. La jeune fille possèderait-elle des pouvoirs démoniaques ?

Alain Robbe-Grillet joue habilement avec la fausse ingénuité de sa jeune actrice et même avec sa relative inexpérience – elle prononce ses dialogues comme une fillette, multiplie les moues naïves – pour mieux décrire le trouble qu’elle provoque chez ses interlocuteurs. Ce sont principalement les hommes qui tombent comme des mouches face à ces sortilèges dont on ne saurait dire s’ils sont réels ou imaginaires. Trois figures d’autorité – le policier, le prêtre et le magistrat – se heurtent ainsi aux murs invisibles qui entourent cette fille à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession et n’en ressortent pas indemnes. On apprécie au passage la prestation de Jean-Louis Trintignant, vedette invitée au look de policier caricatural à mi-chemin entre l’inspecteur Clouzeau et l’inspecteur Gadget (grand pardessus, chapeau mou, moustache, lunettes teintées), et de Michael Lonsdale qui promène ici sa grande silhouette en démontrant une fois de plus l’étonnant éclectisme de ses choix de carrière : cinq ans plus tôt il partageait la vedette avec Louis de Funès dans Hibernatus, et cinq ans plus tard il allait affronter James Bond dans Moonraker ! Les décors du film, réduits à leur plus simple expression, induisent une certaine théâtralité et détournent les contraintes budgétaires qui imposent un tel minimalisme pour les muer en choix artistiques.

Un film condamné au bûcher

Dès les premières minutes, les gros plans, les éclairages colorés, le montage déstabilisant, les effets sonores excessifs ou encore l’entremêlement de l’érotisme et de la mort portent la signature du cinéaste, annonçant les effets de style d’Hélène Cattet et Bruno Forzani (Amer, L’Étrange couleur des larmes de ton corps). Certaines images macabro-surréalistes évoquent aussi des cinéastes aussi disparates que Jean Rollin ou Luis Buñuel. Mais Robbe-Grillet possède un style bien à lui, jouant sans cesse à désorienter ses spectateurs. La peinture et le vin rouge se transforment en sang, les corps inertes des mannequins et ceux des femmes en chair et en os se confondent, la réalité et le fantasme ne font plus qu’un, le temps et l’espace s’abolissent. Osant tout ce que cette époque de libertés artistique lui permet, le cinéaste compose des tableaux de femmes suppliciées dans une ambiance médiévale, frôlant parfois les codes des films de prisons de femmes ou de « nunsploitation » ou s’adonnant à des séquences fétichistes bizarres, comme celle des œufs cassés sur le corps nu d’Olga Georges-Picot. Le film s’autorise aussi des touches d’humour surprenantes, notamment via le personnage du policier qui, d’emblée, se lance dans un interrogatoire absurde aux allures d’inventaire à la Prévert. Mais tout le monde ne sera pas sensible à cette gaudriole. Plusieurs mouvements féministes français attaquent le film, et l’Italie l’interdit purement et simplement sur son territoire en le condamnant pour outrage aux mœurs. Des autodafés sont même organisés en place publique pour détruire toutes les copies de cette œuvre déclarée impie ! Ce qui n’empêchera pas Glissements progressifs du plaisir d’être un succès en salles et de se transformer peu après en ciné-roman publié par les Éditions de Minuit.

 

© Gilles Penso

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SEEDING OF A GHOST (1983)

Dévasté par la mort de sa femme, un chauffeur de taxi sollicite un sorcier adepte de la magie noire afin de punir les responsables…

ZHONG GUI

 

1983 – HONG-KONG

 

Réalisé par Kuen Yeung

 

Avec Norman Chu, Philip Ko, Maria Jo, Jung Wang, Mi Tien, Hussein Abu Hassan, Hsin-Nan Hung, Man-Biu Pak, Ling-Chi Fu, Jaime Mei-Chun Chik, Wai Lam

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I FANTÔMES

À l’orée des années 1980, le cinéma hongkongais traverse une zone de turbulence. Longtemps omniprésente, la Shaw Brothers voit son empire vaciller sous les coups de boutoir de la concurrence de la Golden Harvest, de la montée du piratage favorisée par l’arrivée de la VHS et de l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes. Pour survivre, le mythique studio se replie progressivement sur la production de séries B outrancières. C’est dans ce contexte que naît Seeding of a Ghost, l’un des derniers avatars d’un sous-genre alors très en vogue à Hong Kong : les films de magie noire. Depuis le succès de Black Magic en 1975, la Shaw Brothers avait multiplié les récits mêlant la sorcellerie, l’érotisme et le gore. Lorsque Seeding of a Ghost sort sur les écrans, la fermeture imminente du département cinéma de la Shaw est déjà actée en coulisses. Le studio prépare sa reconversion vers la télévision, tandis que le public se passionne désormais pour les cascades de Jackie Chan et les polars nerveux. Se lancer dans un film d’horreur aussi excessif ressemble alors à une tentative désespérée de renouer avec les heures glorieuses du studio. Sollicité pour la mise en scène, Kuen Yeung pousse tous les curseurs dans le rouge, bien avant l’apparition de la Catégorie III en 1988 – à laquelle le film sera rétroactivement rattaché. À cette occasion, le long métrage réunit deux figures importantes du cinéma d’arts martiaux, Philip Ko et Norman Chu, qui troquent ici les affrontements traditionnels contre une violence plus sèche et plus nerveuse.

Chau Zhou (Philip Ko), chauffeur de taxi à Hong Kong, voit sa vie basculer le soir où un mystérieux sorcier pratiquant la magie noire (Hussein Abu Hassan) surgit devant son véhicule après avoir été pourchassé par une foule en colère. Avant de disparaître, cet étrange shaman lui annonce qu’une terrible malédiction plane désormais sur lui. Peu après, nous découvrons qu’Irene (Maria Jo), la femme de Chau, employée comme croupière dans un casino, entretient une liaison avec Fang (Norman Chu), un joueur fortuné qui refuse de quitter son épouse. Humiliée et en colère après une dispute, elle erre seule dans les rues nocturnes d’un quartier mal famé et tombe entre les griffes de deux voyous qui la violent avant de provoquer accidentellement sa mort. Dévasté par ce drame et confronté à l’impuissance de la police, Chau n’a plus qu’une idée en tête : se venger. Persuadé que le sorcier qu’il avait fortuitement rencontré détient le pouvoir de punir les responsables, il le retrouve et insiste pour utiliser ses rituels interdits. D’abord réticent face aux dangers de la magie noire, le vieil homme finit par céder à l’obsession de Chau. Une mécanique infernale se met alors en marche…

Tous les délires sont permis !

Seeding of a Ghost est un film déstabilisant, c’est le moins qu’on puisse dire. La première partie prend les allures d’une sorte de mélodrame érotique, avec une bonne dose de séquences de nudité parfaitement gratuites (douches, coucheries, courses au ralenti les seins à l’air). Puis l’histoire bifurque soudain vers le récit criminel, en s’agrémentant de quelques scènes de bastons particulièrement brutales, au cours desquelles Philip Ko et Norman Chu peuvent tirer parti de leur expérience en matière de combats musclés. Mais déjà, le fantastique s’immisce discrètement, dans la mesure où la défunte Irène communique avec son époux en laissant sa voix d’outre-tombe s’infiltrer dans les appels de sa CB. Dès que la magie noire s’active, à mi-parcours du métrage, tous les délires sont désormais permis : un homme crache des vers de terre vivants, un autre dévore sans s’en apercevoir le cerveau pantelant d’un crâne humain, une femme possédée agresse son époux avec une allumette géante, une autre étrangle son frère avec son soutien-gorge, un dos se déchire pour laisser apparaître une colonne vertébrale, un corps astral en dessin animé s’accouple avec un cadavre desséché revenu à la vie, le ventre du femme enceinte explose pour expulser un monstre tentaculaire digne de The Thing… Il n’est pas interdit de lire, derrière tous ces excès grandguignolesques, une métaphore des effets autodestructeurs de la soif de vengeance. Sans doute trop à contre-courant des tendances de son époque, Seeding of a Ghost sera un échec commercial à sa sortie et disparaîtra des écrans après seulement deux semaines d’exploitation. C’est le marché vidéo qui lui donnera une seconde vie et le transformera en objet de culte, témoignage de l’ultime coup de folie d’un studio légendaire vivant là ses derniers soubresauts.

 

© Gilles Penso

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