LA SEPTIÈME PROPHÉTIE (1988)

Alors que des catastrophes en série frappent la planète, un jeune couple qui attend l’arrivée d’un enfant accueille un locataire énigmatique…

THE SEVENTH SIGN

 

1988 – USA

 

Réalisé par Carl Schultz

 

Avec Demi Moore, Michael Biehn, Jurgen Prochnow, Peter Friedman, Manny Jacobs, John Taylor, Lee Garlington, Akosuka Busia, Harry Basil, Arnold Johnson

 

THEMA DIEU, LES ANGES, LA BIBLE

Inscrit dans la vogue d’un cinéma biblico-apocalyptique qui connut son apogée avec La Malédiction de Richard Donner, La Septième prophétie est d’abord un scénario co-écrit par Ellen Green et Clifford Green (qui signèrent quelques années plus tôt celui de Baby, le secret de la légende oubliée). Le titre original The Seventh Sign fait référence aux sceaux mentionnés dans le dernier livre du Nouveau Testament. En découvrant ce script, Carl Schultz se laisse aussitôt séduire. Ce réalisateur d’origine hongroise, qui s’était distingué jusqu’alors avec des drames réalistes, appréhende d’ailleurs moins La Septième prophétie comme un film fantastique que comme un thriller psychologique. « Ce qui ma attiré, cest lhistoire intérieure », explique-t-il. « On peut linterpréter comme quelque chose qui se passe réellement ou comme le fruit de limagination de lhéroïne. » (1) L’ambiguïté quant à la teneur paranormale des phénomènes de plus en plus inquiétants décrits dans le film est donc au cœur du récit et finit par nourrir toute la narration. D’où une approche volontairement minimaliste des effets spéciaux, même si ces derniers sont confiés à des ténors comme Kevin Yagher et Craig Reardon (pour les maquillages spéciaux) et l’équipe de Dream Quest (pour les effets visuels). « Je trouve souvent quil vaut mieux laisser les choses à limagination du public plutôt que de les montrer littéralement », reprend Schultz. « Les monstres les plus terrifiants sont ceux que lon ne voit pas. Nous voulions créer quelque chose d’étrange, dinhabituel, mais qui ait néanmoins lair réel. » (2)

La Septième prophétie nous interpelle dès son entrée en matière, en nous laissant comprendre que d’étranges phénomènes se multiplient aux quatre coins du monde. En Haïti, des milliers de poissons meurent mystérieusement dans une mer devenue brûlante. Au Moyen-Orient, une vague de froid d’une violence sans précédent gèle littéralement un village dans le désert. Et partout où survient l’un de ces événements, un mystérieux voyageur (Jurgen Prochnow) apparaît quelques instants auparavant, ouvre une enveloppe scellée puis disparaît. Au Vatican, le père Lucci (Peter Friedman) est chargé d’enquêter sur ces manifestations qui semblent reproduire les signes annonciateurs de l’Apocalypse biblique. Sceptique, le prêtre refuse pourtant d’y voir une intervention divine et cherche à leur trouver des explications rationnelles. Le scénario s’intéresse alors à Abby (Demi Moore), une jeune californienne enceinte de son premier enfant qui mène une existence tranquille avec son mari Russell (Michael Biehn), un avocat. Pour mettre un peu de beurre dans les épinards, Abby et Russell décident de louer une chambre de leur maison à un homme qui se présente sous le nom de David Bannon… le fameux voyageur qui nous apparaissait en début de métrage. Bientôt, Abby est en proie à des cauchemars récurrents. Alors que les phénomènes catastrophiques se multiplient à travers le monde, elle comprend peu à peu que sa grossesse pourrait être liée à quelque chose qui la dépasse…

Apocalypse Now ?

Après avoir joué les « femmes-enfants » un peu désinvoltes en début de carrière (C’est la faute à Rio, Le Feu de Saint-Elmo, Un été fou fou fou), Demi Moore accède ici pour la première fois à un rôle « adulte », celui d’une future mère de 26 ans qui lui permettra d’élargir son registre et d’entrer officiellement dans la cour des grands. Deux ans plus tard, elle se muera en superstar grâce à Ghost. Frais émoulu de Terminator et Aliens, Michael Biehn forme avec elle un couple crédible, le jeu naturaliste des deux acteurs se heurtant au charisme mystérieux, ténébreux et impénétrable de Jürgen Prochnow (La Forteresse noire, Dune). Selon un schéma avec lequel nous a familiarisés Rosemary’s Baby, la jeune femme enceinte qui sert de point d’ancrage émotionnel est la seule à venir voir le danger surnaturel et bascule dans une sorte de paranoïa qui l’ostracise, dans la mesure où personne, pas même son mari aimant, ne semble prendre ses inquiétudes bizarres au sérieux. Les médecins parlent d’hallucinations, de stress, de culpabilité. Le personnage du prêtre sceptique lui-même trouve des explications triviales et des coïncidences derrière chaque signe ou chaque phénomène attribué à la colère divine, mettant à mal les théories liées à une apocalypse imminente. Mais l’on sent bien que ce qui se prépare transcende la compréhension humaine, que cet homme d’église cache bien son jeu et que David n’a rien d’un locataire ordinaire. Le Jugement Dernier qui semble se préparer met dos à dos toutes les religions, avec à la clé une question cruciale : qui sera sauvé ? Carl Schultz met tout son savoir-faire au service de ce récit oppressant, opérant une montée lente et progressive d’un malaise diffus et insaisissable. Mais les scénaristes, déçus du résultat final, préfèreront être crédités sous des pseudonymes : W.W. Wicket et George Kaplan (clin d’œil à « l’homme qui n’existe pas » dans La Mort aux trousses).

 

(1) et (2) Extraits d’une interview parue dans Cinefantastique en mai 1988.

 

© Gilles Penso

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THE HOLY BOY (2025)

Un enseignant endeuillé est muté dans un village italien où les habitants semblent vouer un culte à un jeune garçon doté de pouvoirs de guérison…

LA VALLE DEI SORRISI

 

2025 – ITALIE

 

Réalisé par Paolo Strippoli

 

Avec Michele Riondino, Romana Maggiora Vergano, Roberto Citran, Giulio Feltri, Sergio Romano, Anna Bellato, Sandra Toffolatti, Gabriele Benedetti, Diego Nardini

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

Après des études en Arts et Sciences du spectacle, Paolo Strippoli poursuit sa formation en réalisation au Centre Expérimental de Cinématographie de Rome. Là, il va faire la rencontre des scénaristes Jacopo del Giudice et Milo Tissone. À la fin de leur parcours, afin de mettre à profit cette période de latence qui marque la fin de l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte et la vie active, ils décident d’écrire ensemble. Mettant en commun leurs idées, les jeunes diplômés réfléchissent lors de séances de brainstorming à ce que les êtres humains sont capables de mettre en œuvre pour se sentir bien et heureux, quitte à abuser des ressources du monde, tout comme des leurs lorsqu’ils plongent dans la religion, la drogue, ou dans d’autres addictions et excès qui peuvent être aussi le téléphone, la cigarette ou le sexe, que le réalisateur appelle ses « raccourcis » pour éviter toute souffrance psychique. L’essence de La Valle dei Sorrisi, le titre original de The Holy Boy, se profile déjà alors que le trio remporte le Prix Franco Solinas du meilleur scénario en 2019 pour L’Angelo infelice. L’année suivante, le réalisateur se fait remarquer avec un premier film coréalisé avec Roberto de Feo pour Netflix : A Classic Horror Story, Prix de la meilleure réalisation de la 67ème édition du Taormina Film Festival en Sicile. C’est après Piove, un deuxième long métrage en 2022, qu’il tourne The Holy Boy en 2024 dans la région d’Udine dans le nord de l’Italie.

Sélectionné au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg en 2025, avant de multiplier d’autres succès dans les festivals internationaux, The Holy Boy remporte le glorieux Mélies d’argent du Meilleur Film Fantastique ainsi que l’élogieux et convoité Prix du Public, ceci après une première mondiale toute aussi prestigieuse à la Mostra de Venise. Le film nous présente Sergio Rossetti, un judoka professeur d’EPS, interprété par Michele Riondino. En dépression depuis la mort de son fils unique, il est muté à Remis, un petit village italien isolé dans la montagne. Il voit dans ce déménagement l’occasion de prendre du recul avec le passé qui le hante, de tenter de faire son deuil, et pourquoi pas d’envisager une nouvelle vie ? D’autant que Remis, surnommé « La Vallée des sourires », est réputée pour abriter les habitants les plus heureux de la contrée. Mais cette communauté cache un secret qui sera bientôt révélé à Sergio. Torturé par la perte de son enfant et sa mauvaise conscience, le père endolori est un candidat idéal pour se laisser entraîner par les recommandations de ses nouvelles connaissances. C’est notamment le cas de l’engageante et compatissante Michela (Romana Maggiora Vergano), dont Sergio ne tarde pas à se rapprocher et à devenir intime. Elle lui recommande de consulter un jeune garçon aux pouvoirs étranges de guérison, Matteo Corbin, un adolescent de quinze ans qui joue un rôle central dans la vie des villageois.

L’adolescence et la douleur du monde

Paolo Strippoli, en jouant avec les codes de l’horreur et des thèmes de l’emprise, du sectarisme, du lavage de cerveau et du vampirisme, se penche avec sollicitude sur la fragilité des êtres humains qui se débattent avec leurs émotions et leurs souffrances respectives. Mais il nous montre aussi ici comment, pour se « sauver » de son mal-être, chacun peut se nourrir de l’autre et le sacrifier, tout en demeurant aveugle quant à sa propre cruauté et perversité. Avec sa double identité d’éducateur et de parent, Sergio, qui se ressent en échec en tant que père, va vouloir, pour protéger Matteo, lutter contre l’engrenage de ses démons qui le relient à la foule extasiée des endoctrinés de cette étrange forme de religion. Affronter son propre vide affectif et sa souffrance, avec lucidité et combativité, va lui permettre de résister à la tentation délétère de plonger dans le même bonheur béat et illusoire qui, de toute évidence, nuit à tous. Derrière ces sourires se dévoile donc en effet une réalité glaçante, masquée par les apparences qui se jouent comme une pièce de théâtre mortifère.

 

© Quélou Parente

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THE CURSE OF HER FLESH (1968)

Laissé pour mort, un tueur psychopathe poursuit sa croisade sanglante contre les femmes en se cachant sous l’identité d’un patron de club de strip-tease…

THE CURSE OF HER FLESH

 

1968 – USA

 

Réalisé par Michael Findlay

 

Avec Michael Findlay, Eve Bork, Ron Scardera, Linda Boyce, Sally Farb, John Amero, Jane Bond, Vivian Del Rio, Uta Erickson, Angelique Pettyjohn

 

THEMA TUEURS I SAGA FLESH

Lee succès inespéré de The Touch of Her Flesh, minuscule film d’horreur érotique bricolé en quelques jours par les époux Michael et Roberta Findlay, les poussa logiquement à en réaliser une suite dès l’année suivante. Le modèle économique des longs-métrages de Findlay, qui amorcèrent leur carrière en 1964 avec Body of a Female, repose sur une mécanique bien huilée : ils assurent tous deux la grande majorité des postes artistiques et techniques, sollicitent quelques filles sexy et impudiques pour les déshabiller à l’écran, brodent des intrigues squelettiques dans lesquelles s’entremêlent la luxure et la violence, et emballent le tout en un temps record. Après The Touch of Her Flesh (« Le contact de sa chair »), place donc à The Curse of Her Flesh (« La malédiction de sa chair »). Le film commence par le show d’une strip-teaseuse sur scène, accompagnée par un big band endiablé. Puis un homme fait ses besoins dans les toilettes du club, sur le mur desquels est écrit le générique du film, tandis que résonne le bruit de l’urine qui coule ! Cette entrée en matière culottée laisse entrevoir la malice des Findlay, qui manifestement ne se prennent pas trop au sérieux et entendent bien le faire savoir aux spectateurs. La voix off de Roberta Findlay nous résume alors les faits survenus dans le film précédent, autrement dit les déboires de Richard Jennings (joué par Michael Findlay lui-même), mari cocu devenu assassin psychopathe.

Très évasif, le scénario ne nous explique jamais comment le tueur a survécu, puisque nous le quittions abattu par un carreau d’arbalète à la fin de The Touch of Her Flesh, ni de quelle manière il est devenu propriétaire d’un club de strip-tease, ni même pourquoi son œil crevé est soudain valide, ce qui ne l’empêche pas pour autant de conserver la plupart du temps son patch de pirate ! Désormais dissimulé sous le pseudonyme de Joe Davidson, il poursuit sa croisade contre les femmes « impures » en sollicitant les armes les plus improbables : une machette, du poison versé sur les pattes d’un chat, des strings empoisonnés ou encore un godemichet piégé qui se transforme en poignard ! Notre homme s’improvise aussi médecin (il répare l’hymen d’une jeune femme pour faire croire à sa virginité au sein d’une machination alambiquée) et cinéaste amateur (il projette à un époux les ébats sexuels de sa femme avec une courge phallique). Malgré le caractère particulièrement glauque de cette histoire de vengeance, les Findlay conservent l’approche au second degré qu’annonçait le générique du film. Pour preuve ce dialogue bourré de sous-entendus salaces (digne d’un Austin Powers) à propos de la gloutonnerie de la chatte d’une jeune femme.

Le nettoyeur

Dommage que le récit des exactions machiavéliques de Jennings/Davidson – qui constitue la partie la plus intéressante du film – n’occupe qu’environ 20% du métrage, les 80% restants étant consacrés à des séquences de strip-tease, de déshabillages ou de coucheries qui finissent par traîner en longueur. Sans compter ces passages incompréhensibles – le monologue de l’ivrogne sur une scène de théâtre – ou ces numéros fétichistes excessifs – notamment une scène SM pseudo-gothique à faire pâlir Jess Franco lui-même. Ces polissonneries à répétition empêchent The Curse of Her Flesh d’atteindre la folie horrifique d’un Abominable docteur Phibes ou d’un Crime au musée des horreurs, dont le film de Findlay possède pourtant le potentiel. « Ne réalises-tu pas que je rends un service à cette ville en la débarrassant de cette écume nacrée ? » s’exclame d’ailleurs le super-vilain exalté face à un policier qui le soupçonne. Le film se distingue de son prédécesseur par des moyens manifestement plus importants. L’amélioration la plus importante, par rapport à The Touch of Her Flesh, est une prise de son professionnelle, qui permet aux personnages de dialoguer de manière plus concluante. On note aussi une certaine audace dans la mise en scène, notamment lors d’un affrontement final entre le tueur et l’homme qu’il juge responsable de tous ses malheurs, embarqués à l’arrière d’un camion qui fonce dans les rues de New York. Un troisième volet étant d’ores et déjà en préparation, le générique de fin nous annonce la couleur avec emphase : « Cela mettra-t-il fin à la carrière sanglante de Richard Jennings ? Sa soif de sang de jeunes filles nues a-t-elle été assouvie ? Ne manquez pas The Kiss of Her Flesh, bientôt à l’affiche de ce cinéma ! »

 

© Gilles Penso

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FLUSH (2025)

Menacé par des trafiquants de drogue, un homme se retrouve la tête coincée dans les toilettes d’un bar sordide et lutte pour sa survie !

FLUSH

 

2025 – FRANCE / UK

 

Réalisé par Gregory Morin

 

Avec Jonathan Lambert, Elodie Navarre, Elliot Jenicot, Remy Adriaens, Christophe Bier, Vincent Bekaert, Lena Kovski

 

THEMA TUEURS

Gregory Morin n’est pas un inconnu. Ses courts-métrages ont retenu l’attention d’un public exigeant dans plusieurs festivals, de Sitges à Tokyo et ont tous été diffusés sur les chaînes hertziennes. Paris by Night of the Living Dead, le dernier, comme son titre l’indique, était un survival façon jeu vidéo où un jeune couple se retrouve acculé dans la capitale infectée de zombies. Il y a donc de quoi être enthousiaste et confiant à l’idée d’aller découvrir le premier long-métrage du réalisateur, même si le sujet laisse pantois. En effet, l’action se déroule dans le décor unique de toilettes à la turque, et le héros, pensant doubler un dealer, s’y retrouve la tête coincée dans la cuvette ! Ce pitch improbable évoque les courts-métrages trashs de Stéphane Ambiel ou ceux des débuts de son mentor John Waters, et on se prépare à voir un film conceptuel et grand guignolesque, tout plutôt qu’une comédie dramatique qui tient en haleine. Pourtant, ce qui va se jouer à l’écran est bien au-delà de toute attente. « C’est un film autoproduit à 100%, d’abord avec des amis autour de moi, et par extension, par la suite, avec des amis d’amis », raconte Gregory Morin. « On a compris que personne ne nous attendait et on a décidé de se lancer seuls avec la volonté de ne pas céder à la facilité, et de s’attacher à faire un bon film malgré les restrictions budgétaires. Ce qui revenait à soigner la cinématographie, la photo, la direction d’acteurs et disposer d’un scénario abouti et d’un super son. On a donc décidé de se lancer dans un film concept et de commencer par trouver une idée de scénario en huis-clos qui marche bien en général dans les films d’horreur et qui ne coûte pas cher : un seul décor, et une action centrée sur un personnage principal.» (1)

David Neiss, scénariste attitré du réalisateur, a fait ses classes comme auteur chez Ubisoft (Rayman, Splinter Cell, XIII, Ghost Recon), et sur le petit écran, notamment sur des séries d’animation (Chasseurs de Dragons, Mission invisible etc.), des épisodes de séries ou des téléfilms. Il signe ici une histoire à suspense exaltante parfaitement écrite et construite, qui tient en haleine le spectateur tout au long du métrage. Les personnages se dévoilent au fur et à mesure et suscitent un intérêt constant sans pour autant plonger « tête baissée » (sans jeu de mots) dans un grotesque ou une caricature attendue. En effet, Luc et son ex-compagne Val forment un couple pathétique mais qui nous implique dans ce concours de circonstances qui va étrangement et momentanément les rapprocher pour le pire. Si le comique de situation est omniprésent, il n’efface jamais la dimension dramatique du récit. Au contraire, le personnage de Luc suscite notre empathie, et sa sincérité finit même par nous émouvoir au premier degré.

Flush Dance

« On avait déjà adopté, avec David, ce mélange d’horreur et d’humour il y a quelques années dans un court-métrage antérieur : Dernier cri avec Joe Prestia et Pierre Bellemare », explique Grégory Morin. « C’est un ton que l’on aimait beaucoup mais qui est un peu compliqué et avec lequel il faut faire attention si on veut bien l’employer. Mais lorsqu’il fonctionne, il porte vraiment ses fruits. Comme on est fans tous les deux de films d’horreur, on avait comme référence Le Loup-garou de Londres. C’est le genre de film où l’équilibre est vraiment intéressant. » (2) Jonathan Lambert interprète le rôle principal avec comme partenaire « de crime » Elodie Navarre dont le jeu vient rajouter du burlesque à une situation des plus cocasses. L’entrée en scène de deux acolytes, Elliot Jenicot dans le rôle de Sam et Remy Adriaens dans le rôle de Dindon, va donner à l’action une tournure dangereusement irrémédiable qui va évoluer vers une ultra violence tarantinoesque. A noter le travail sur les effets spéciaux de maquillage, réalisés de mains de maîtres par deux des grands talents contemporains des SFX en direct : Jacques-Olivier Molon et David Scherer. Pour finir, la bande originale et l’ambiance sonore de Mike Theis et Luc Rougy permettent d’harmoniser et de rendre crédible l’entièreté de ce petit chef-d’œuvre qui, en évitant tout effet poussif, propulse le cinéaste français dans la cour des grands.

 

(1) et (2) Extraits d’une interview réalisée par Quélou Parente en septembre 2025 pour L’Écran fantastique

 

@Quélou Parente

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STANLEY ET SON DRAGON (1994)

Un étudiant américain trouve l’œuf d’une créature mythique dans une grotte britannique et tente de garder cette découverte secrète…

STANLEY’S DRAGON

 

1994 – GB

 

Réalisé par Gerry Poulson

 

Avec Judd Trichter, Mia Fothergill, Milton Johns, Paul Venables, Jeremy Nicholas, Carol MacReady, Peter Cellier, David Roper, David Ellison, Valerie Minifie

 

THEMA CONTES I DRAGONS

Stanley et son dragon est au départ une mini-série écrite par Richard Carpenter et réalisé par Gerry Poulson, deux spécialistes des programmes pour la jeunesse qui avaient déjà travaillé ensemble sur les séries TV Prince noir et Dick le rebelle. Entièrement financée au Royaume-Uni, la production dispose d’un budget d’un million de livres sterling. Le tournage investit plusieurs décors britanniques, de Nottingham au Jardin botanique de Birmingham en passant par le zoo de Twycross et Black Rocks. Il s’achève à la fin de l’année 1993, quelques mois avant la diffusion de la série sur la chaîne ITV. Le principal défi de Stanley et son dragon consiste à donner corps à son monstre vedette. Trois modèles grandeur nature sont donc conçus par l’équipe de Bob Keen (L’Histoire sans fin, Krull, Cabal), mobilisant vingt-cinq personnes pendant douze semaines. La plus imposante des trois marionnettes atteint près de dix mètres de long. Elle est dotée d’une tête et d’un visage articulés et peut même cracher du feu. Ces créations mécaniques doivent accompagner les différentes étapes de la croissance du dragon au fil du récit. Leur conception constitue donc un élément essentiel de la production, qui mise sur des effets pratiques ambitieux malgré un budget limité. Stanley et son dragon débarque finalement sur ITV le 7 avril 1994. La série est diffusée sous la forme de quatre épisodes de vingt-cinq minutes, qui seront ensuite remontés pour constituer un long-métrage destiné à l’exploitation vidéo. C’est dans ce format que l’aventure de Stanley et de son dragon sera principalement diffusée par la suite.

Dans l’Angleterre contemporaine, Stanley (Judd Trichter), un étudiant américain en plein programme d’échange, se retrouve séparé de ses camarades lors d’une excursion dans une grotte. Au cours de ses recherches, il découvre une étrange pierre qu’il décide de rapporter chez lui avec son amie Rosie (Mia Fothergill). En la nettoyant, les deux adolescents comprennent qu’il ne s’agit pas d’une pierre, mais d’un œuf. Daterait-il de l’époque des dinosaures ? Lorsque la coquille se brise, elle laisse apparaître un dragon. Stanley et Rosie baptisent leur nouveau compagnon Olly. Encore minuscule, la jeune créature se révèle gourmande, joueuse et particulièrement turbulente. Mais sa croissance rapide complique bientôt la tâche des deux enfants, qui peinent à dissimuler son existence. Le secret finit par être découvert et les autorités locales interviennent. Considéré comme un animal dangereux et surtout comme une curiosité exceptionnelle, Olly est capturé puis placé dans un zoo. Pour Stanley, cette décision est inacceptable. Il soupçonne en effet qu’Olly pourrait être le dernier représentant de son espèce. Il va donc tout mettre en œuvre pour libérer son compagnon…

Mon ami Olly

L’ombre d’E.T. plane lourdement sur Stanley et son dragon. On y retrouve le gamin qui découvre une créature extraordinaire, s’y attache et doit la protéger d’adultes qui cherchent à la capturer. Le film n’évite donc pas les ressorts classiques du cinéma fantastique familial, ni quelques gags prévisibles, voire éléphantesques, mais il bénéficie d’un rythme efficace qui lui permet de progresser sans véritable temps mort. Son principal intérêt réside dans l’évolution d’Olly. Car à mesure que le dragon grandit, les effets spéciaux changent d’échelle. Le problème, c’est que les marionnettes manquent singulièrement de réalisme, souvent entravées dans leurs mouvements par des mécanismes limités. La petitesse du budget est manifestement en cause, dans la mesure où le travail de Bob Keen est habituellement de très haute tenue. Stanley et son dragon souffre aussi inévitablement de « l’effet Jurassic Park », le blockbuster de Spielberg ayant soudain donné un coup de vieux à tous les grands monstres old school. Le jeune Judd Trichter compense en partie ces faiblesses par son enthousiasme et son énergie, le film trouvant ses meilleurs moments dans les séquences de complicité entre Stanley et Olly. Ce conte moral simple mais efficace sera nommé aux BAFTA TV Awards dans la catégorie du meilleur programme pour enfants. Dans un registre similaire, on préfèrera sans doute Le Château du petit dragon de Ted Nicolaou, une production Charles Band qui sollicite aussi des marionnettes mais aussi quelques jolis plans en stop-motion animés par plusieurs ténors de la discipline.

 

© Gilles Penso

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ADÈLE N’A PAS ENCORE DÎNÉ (1978)

Un célèbre détective privé new-yorkais part en mission à Prague pour s’opposer à un savant fou qui possède une redoutable plante carnivore…

ADÉLA JESTE NEVERCERELA

 

1978 – TCHECOSLOVAQUIE

 

Réalisé par Oldrich Lipsky

 

Avec Michael Docolomansky, Rudolf Hrusinsky, Milos Kopecky, Vaclav Lohnisky, Ladislav Pesek, Nad’a Konvalinkova, Kveta Fialova, Martin Ruzek, Olga Schoberova

 

THEMA VÉGÉTAUX

Au cours de sa longue et prolifique carrière, le réalisateur tchèque Oldrich Lipsky aura eu plusieurs fois l’occasion de se frotter à l’exercice de la parodie. La première fois, ce fut en 1964 avec le western comique Joe Limonade. Douze ans plus tard, il s’attaquait au délirant film de détective Adèle n’a pas encore dîné. Puis il enchaînait en 1981 avec la fable gothique Le Château des Carpathes. Souvent appréhendés comme les trois volets d’une trilogie, ces pastiches n’ont pourtant aucun lien direct, si ce n’est leur tonalité burlesque et la présence de nombreux acteurs et techniciens en commun. Dans le cas de Adèle n’a pas encore dîné, Lipsky et son coscénariste Jiri Brdecka tirent leur inspiration du personnage de Nick Carter, héros de récits rocambolesques inventé en 1886 par l’écrivain John R. Coryell. Ce justicier très sérieux, qui apparut dans plusieurs feuilletons radiophoniques et une poignée de films (dont l’un signé Jacques Tourneur en 1939), se transforme ici en clown blanc, ne perdant jamais son flegme ni son premier degré malgré l’avalanche de gags absurdes qui sèment son parcours. Le rôle est confié à Michal Dočolomanský, un acteur polonais au charisme impeccable mais qui se révèle incapable de parler tchèque sans un fort accent slovaque. Il est donc doublé dans la version originale du film par František Němec.

L’intrigue se situe au tournant du 19ème et du 20ème siècle. Nick Carter nous apparaît dans son bureau newyorkais où, dès le prologue, il se débarrasse de trois tueurs qui pénètrent chez lui sans se lever de son siège. Le ton est donné, quelque part à mi-chemin entre Blake Edwards et Mel Brooks. La comtesse Thun (Kveta Fialova) le contacte alors et lui demande de se rendre à Prague afin de laider à résoudre l’étrange disparition de son chien Gert. Face au caractère très mystérieux de cette affaire, Carter accepte. Sur place, il est secondé par le commissaire Ledvina (Rudolf Hrusinsky), beaucoup plus préoccupé par la quantité de saucisses qu’il ingurgite que par l’avancée de l’enquête. Le coupable va s’avérer être le baron Von Kratzmar (Milos Kopecky), alias « le jardinier », un botaniste fou qui possède Adèle, une plante carnivore à l’appétit insatiable. Dès qu’il fait jouer sur son gramophone la berceuse Schlafe, mein Prinzchen de Bernhard Flies, Adèle ouvre grand sa gueule végétale, prête à engloutir tous ceux qui passent à sa portée. Or Von Kratzmar entend bien se venger de Nick Carter en le livrant à la gloutonnerie de sa plante anthropophage…

Jardin secret

Les moyens conséquents déployés pour les besoins du film nous sautent tout de suite aux yeux : grosse reconstitution historique avec figurants costumés, train à vapeur, rues peuplées de voitures avec cochers et de chevaux… Sorte d’Inspecteur Gadget à l’ancienne, Nick Carter est ici équipé d’un attirail très varié qui lui permet de déjouer ses ennemis sans jamais se départir de sa désinvolture : chapeau truffé de pièges, pistolets cachés sous les aisselles, cigare explosif, chaussures ventouses, fusil solaire, armure qui le transforme en « homme-hélicoptère », plus toutes sortes d’accessoires excentriques pour communiquer à distance ou détecter la présence de bombes. Et il faut voir sa méthode particulièrement farfelue pour créer un masque à son effigie afin que le commissaire Ledvina se fasse passer pour lui ! Ou encore sa manière de bondir de toit en toit dans une tenue invraisemblable qui fait de lui un émule bizarre de Fantomas. Les passages les plus follement poétiques du film sont conçus avec l’aide du savoir-faire de l’artiste surréaliste tchèque Jan Švankmajer, auteur d’un Alice mémorable. En plus de contribuer aux gadgets de Carter, il réalise une savoureuse séquence en dessin animé qui raconte les origines du super-vilain, initié au pouvoir de la plante carnivore par des Indiens d’Amazonie, puis devenu spécialiste de la culture de plantes mutantes afin de pouvoir multiplier ses forfaits (lianes grimpantes pour cambrioler les immeubles, épines empoisonnées pour faire succomber les dames de la haute société) avant d’être laissé pour mort dans un marécage. Švankmajer conçoit aussi tous les plans en stop-motion qui permettent de donner vie à Adèle et de visualiser sa gloutonnerie sans limite. Follement inventif, bourré de rebondissements dignes d’un sérial – avec une invraisemblable poursuite aérienne en guise de climax – , Adèle n’a pas encore dîné est un véritable régal qu’il convient de redécouvrir toutes affaires cessantes. En 2008, une adaptation sous forme de comédie musicale sera montée sur les planches du Broadway Theatre de Prague.

 

© Gilles Penso

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THE TOUCH OF HER FLESH (1967)

Depuis qu’il a découvert que son épouse le trompait, un homme frappé de folie meurtrière décide d’assassiner les femmes aux mœurs légères…

 THE TOUCH OF HER FLESH

1967 – USA

Réalisé par Michael Findlay

Avec Suzanne Marre, Angelique Pettyjohn, Michael Findlay, Vivian Del Rio, Peggy Steffans, Ron Scardera, Rit Dexter, Roberta Findlay, Sally Farb 

THEMA TUEURS I SAGA FLESH

Figures clé du cinéma underground de la fin des années 1960 jusqu’au milieu des années 1970, le réalisateur Michael Findlay et son épouse Roberta, habitués aux budgets étriqués qui les poussent à cumuler à eux deux la grande majorité des postes-clés de leurs films, démarrent leur carrière suite à une discussion avec leur ami George Weiss. Producteur de l’inénarrable Glen or Glenda de Ed Wood, il leur vante les mérites de la « sexploitation » : un sous-genre qui coûte peu et rapporte souvent beaucoup. Son principe ? Mêler l’érotisme le plus suggestif et la violence crue, au sein de scénarios filiformes empruntant leurs codes aux thrillers et aux films d’horreur. Les Findlay se lancent en 1964 avec Body of a Female, l’histoire d’un psychopathe qui retient plusieurs femmes prisonnières. Sur leur lancée, ils enchaînent en 1965 avec The Sin Syndicate et Satan’s Bed (dans lequel joue une jeune Yoko Ono pas encore égérie de John Lennon), puis avec Take Me Naked en 1966. Si leurs films restent alors très confidentiels, ils vont accéder à une notoriété un peu plus importante grâce au premier volet de ce qui se transformera en trilogie : The Touch of Her Flesh (dont le titre pourrait se traduire par « Le contact de sa chair »). Michael Findlay coproduit, écrit, réalise, monte, joue le premier rôle, tandis que Roberta produit avec lui, assure les prises de vues, l’éclairage, la musique et prête même son corps à une série de vignettes érotiques.

The Touch of Her Flesh raconte l’histoire de Richard Jennings (Michael Findlay, sous le pseudonyme de Robert West), un grand spécialiste des armes en tous genres auxquelles il a consacré plusieurs ouvrages. Un matin, il quitte son épouse Claudia (Angelique Pettyjohn) pour s’en aller participer à une conférence. Mais sur le chemin, il constate qu’il lui manque un document important et rebrousse chemin. Là, il découvre l’impensable : sa chère et tendre le trompe avec un type qui la couvre de caresses et de baisers. N’en croyant pas ses yeux, notre brave homme quitte le domicile en courant comme un fou, traverse les rues de la ville et tombe sous les roues d’une voiture. Il s’en sort mal en point mais vivant. Ses jambes endolories le condamnent à rester pendant quelques temps sur un fauteuil roulant, tandis que l’accident l’a privé d’un œil. Pendant sa convalescence, Richard développe une haine croissante non seulement envers son épouse mais aussi contre toutes les femmes au mœurs légères. Une fois sorti de l’hôpital, il se lance dans une série de meurtres, assassinant des prostituées et des strip-teaseuses à l’aide d’une variété d’instruments insolites, notamment des épines de rose empoisonnées, une fléchette tirée par une sarbacane, un cimeterre acéré et une scie circulaire…

Œil pour œil

Le scénario de The Touch of Her Flesh semble préfigurer ceux des slashers qui fleuriront sur les écrans du monde entier au cours de la décennie suivante. Nous avons en effet affaire à un tueur psychopathe qui rivalise d’inventivité pour massacrer les jeunes femmes délurées responsables selon lui de tous les maux du monde. Le look de l’assassin, cloué sur un fauteuil roulant, un bandeau sur l’œil, lui donne d’ailleurs les allures d’une sorte de super-vilain revanchard. Mais si ce récit se rattache ouvertement au genre horrifique, le but premier de Michael Findlay est d’enchaîner les séquences de nudité féminine pour attirer le public friand de ce type de gauloiseries. Le générique de début annonce d’ailleurs la couleur, variante olé-olé de ceux des James Bond dans lequel les textes sont projetés sur le corps entièrement nu d’une jeune femme (en l’occurrence Roberta Findlay). Si les meurtres s’enchaînent avec régularité, ce sont les longues scènes de strip-tease qui occupent la grande majorité du métrage. Aucune prise de son directe n’ayant été effectuée pendant le tournage, les dialogues sont principalement prononcés hors-champ, dotant le film d’un caractère semi-amateur renforcé par le jeu très approximatif des comédiens et le montage pétri de maladresses. The Touch of Her Flesh connaîtra tout de même un succès très honorable, entraînant la mise en production de deux suites : The Curse of Her Flesh et The Kiss of Her Flesh, toutes deux sorties en 1968.

© Gilles Penso

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THE ODYSSEY (2026)

La compagnie The Asylum ne pouvait pas rester indifférente face au blockbuster de Christopher Nolan. Voici donc Ulysse version discount…

THE ODYSSEY

 

2026 – USA

 

Réalisé par Marcel Walz

 

Avec Myriam Kingery, Morgan Flanagan, Patrick M. Byrnes, Dominic Keating, Llana Barron, Jordan Iverach, Tony Wood, Ashton Rogers, Angelo Kern

 

THEMA MYTHOLOGIE

Ayant depuis longtemps érigé le plagiat en modèle économique, les fantassins de la société de production The Asylum continuent tranquillement à piller tous les blockbusters qui sortent sur les grands écrans en proposant leurs propres versions au rabais. Lorsque L’Odyssée de Christopher Nolan se prépare à débarquer avec perte et fracas, la compagnie de David Michael Latt s’active donc pour pouvoir préparer sa propre aventure mythologique avec pour objectif une sortie le 3 juillet 2026, soit deux semaines avant la superproduction de Nolan. Cette relecture cheap d’Homère est confiée à Marcel Walz, un habitué de l’exercice. Après avoir signé une quinzaine de films d’horreur à tout petit budget dans son Allemagne natale, il s’était attaqué au remake de Blood Feast en 2016. Installé dès lors à Hollywood, le voilà mué en poulain de The Asylum, pour qui il réalise plusieurs mockbusters tels que Jurassic Reborn, Ice-Pocalypse, The Anacondas, Shark Thrash ou sa propre version des Maîtres de l’univers. The Odyssey est donc taillé sur mesure pour lui. Tourné à Martinsburg, en Virginie-Occidentale, le film met en scène un Ulysse bâti comme un catcheur (Myriam Kingery) qui, avec ses allures de Philippe Etchebest barbu, a bien du mal à nous convaincre. À ses côtés, Morgan Flanagan (Les Maîtres de l’univers) campe Pénélope, Patrick M. Byrnes (Undercover : Caught on Tape) est le jeune Télémaque et Llana Barron (Death Streamer) incarne une Athéna éthérée qui, à l’instar du génie d’Aladin, propose à notre héros d’exaucer trois de ses vœux.

Même si elle capitalise consciemment sur la confusion des spectateurs, cette démarche de « contrefaçon » n’est pas choquante en soi, dans la mesure où The Asylum trouvera toujours un moyen de contourner la loi, arguant que le texte d’Homère est dans le domaine public et appartient donc à tout le monde. De fait, rien ne ressemble moins au film de Christopher Nolan que celui de Marcel Walz. Ce qui prête plus au débat, c’est le recours quasi-systématique à l’intelligence artificielle générative pour les nombreux effets visuels de The Odyssey. Nous franchissons donc un cap où les petites productions ne cherchent plus à rivaliser avec les grandes via des images de synthèse médiocres mais avec de l’IA. Certes, le résultat peut donner le sentiment d’un plus grand foisonnement visuel (les foules de combattants, les navires par centaines, Troie ravagée par les flammes, les rives d’Ithaque) et les monstres ont un panache qui aurait sans doute été impossible d’obtenir autrement dans le cadre d’une telle micro-production. Mais la paresse d’un tel procédé technique ne force aucune admiration, d’autant que n’importe qui, avec son ordinateur ou son téléphone, est désormais capable de faire exactement la même chose. Les trucages ratés des films précédents d’Asylum avaient au moins le mérite de solliciter des artistes spécialisés, même si leur talent était fatalement entravé par des budgets dérisoires. Ici, de simples prompts semblent faire l’affaire.

Ithaque en toc

The Asylum avait déjà ouvert cette voix douteuse le mois précédent avec New Toy Story, une imitation sans âme ni charme de la saga de Pixar, qui laissait déjà l’IA faire le plus gros du travail. Même logique ici. Il suffit d’ailleurs de jeter un coup d’œil au générique de fin : aucun superviseur d’effets visuel, aucun graphiste, aucun nom associé aux postes de la modélisation, du compositing ou de l’animation. Neuf personnes sont simplement créditées sous l’appellation « visual effects artists ». Entendez « prompteurs ». Alors certes, Polyphème est raisonnablement impressionnant (calquant une partie de sa morphologie sur celle du cyclope du 7ème voyage de Sinbad), les monstres Charybde (un poisson géant lovecraftien affublé de tentacules, d’une gueule pleine de crocs acérés et d’yeux multiples) et Scylla (une gigantesque hydre à sept têtes) font leur petit effet et même les sirènes (enchanteresses créatures révélant soudain des traits monstrueux) savent nous égayer. Mais nous ne sommes pas dupes, et le décalage entre cette IA miraculeuse et les prises de vues réelles devient abyssal. Si les plans larges exhibent des nuées de navire traversant les flots avec des centaines d’homme à bord, les séquences filmées « pour de vrai » ne nous montrent que trois membres d’équipage, serrés dans ce qui ressemble à une minuscule barque ! Même constat à Ithaque. Les panoramas de l’immense palais d’Ulysse tranchent avec ces séquences ultra-minimalistes où nous ne voyons que Pénélope, Télémaque et un seul prétendant. Où sont les domestiques, les villageois, les centaines de soupirants ? En se parant d’une « production value » artificielle, The Odyssey ne parvient finalement qu’à renforcer son caractère cheap et à dévoiler l’anémie de son budget.

 

© Gilles Penso

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SEULS TWO (2008)

Pour leur premier film en tant que réalisateurs, Éric et Ramzy incarnent un policier et un gangster qui se retrouvent soudain seuls dans les rues de Paris…

SEULS TWO

 

2008 – FRANCE

 

Réalisé par Éric Judor et Ramzy Bedia

 

Avec Éric Judor, Ramzy Bedia, Benoît Magimel, Kristin Scott Thomas, Elodie Bouchez, Edouard Baer, Fred Testot, Omar Sy, François Damiens, MC Jean Gab’1

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES

Leur cote de popularité étant en forte croissance, notamment grâce au succès de La Tour Montparnasse infernale, Eric Judor et Ramzy Bedia décident de se lancer dans une comédie fantastique très ambitieuse, dont ils rêvaient depuis plusieurs années mais qui semblait impossible à concrétiser faute de moyens. Cette idée leur vient d’un rêve d’enfant : se retrouver tout seul dans un grand magasin et pouvoir s’y promener en toute liberté. Ainsi naît le concept de Seuls Two, sorte de version live d’une aventure de Tom et Jerry dans laquelle un gendarme et un voleur se courent après dans un Paris soudain vidé de ses habitants. Après avoir rencontré plusieurs réalisateurs susceptibles de prendre en charge un tel projet, Eric et Ramzy en arrivent à la conclusion qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Les duettistes passent ainsi pour la première fois derrière la caméra, portant donc à la fois la casquette de scénaristes, de metteurs en scène et bien sûr d’acteurs principaux. Le postulat étant très proche de celui de la bande dessinée Seuls de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti, publiée en 2006, le premier titre envisagé (Seuls) devient Seuls Two, une appellation bilingue singulière qui peut aussi s’appréhender comme le verlan de « Tout seuls ». Le producteur Alain Attal croit au projet et lui alloue un confortable budget de 18 millions d’euros. Eric et Ramzy vont donc pouvoir se faire plaisir et jouer aux enfants gâtés, comme le jeune héros du Jouet de Francis Veber.

Judor entre dans la peau de l’inspecteur Gervais, un policier médiocre, gentiment stupide et très à cheval sur le règlement. Raillé par ses collègues du commissariat du 1er arrondissement de Paris, il s’est fixé une mission qui est en train de virer à l’obsession : arrêter Curtis (Ramzy), un cambrioleur insaisissable qui lui échappe depuis longtemps et s’amuse à le narguer. Un beau jour, alors que Gervais poursuit Curtis et semble enfin sur le point d’atteindre son but, il se retrouve sur l’avenue des Champs-Élysées vidée de ses habitants. Incrédule, le policier constate que toute la ville de Paris est soudain désertée. Plus un seul être humain à l’horizon… enfin presque. Car il entend bientôt vrombir le moteur d’une Formule 1 sur les quais de Seine : Curtis est là, lui aussi, et semble vouloir profiter de cette situation insolite pour s’amuser comme un gamin. Sont-ils désormais les deux seuls êtres humains sur Terre ? En attendant de pouvoir répondre à cette question, Gervais décide de poursuivre son objectif malgré tout et d’attraper le délinquant…

Quand la ville dort

Comme on peut s’y attendre, Éric et Ramzy ne se départissent pas des rôles d’idiots congénitaux qui leur collent à la peau depuis le début de leur carrière. Les voir jouer les benêts et multiplier les blagues puériles – en brocardant au passage les clichés racistes, même si nous ne sommes parfois pas très loin de l’humour daté de Michel Leeb ! – est toujours amusant, certes, mais l’exercice atteint rapidement ses limites. D’autant que si la stupidité du personnage de Gervais est simple à appréhender, celle de Curtis n’obéit à aucune logique. On ne comprend rien à ses motivations ni à son comportement. Voilà qui n’aide pas beaucoup à entrer dans le délire. Avant que le scénario ne vire au fantastique en effaçant toute la population de la surface de la planète, Seuls Two se paie les apparitions furtives d’Omar Sy, Fred Testot, François Damiens et Edouard Baer, mais aussi d’acteurs habitués à des registres plus sérieux comme Benoît Magimel, Kristin Scott Thomas ou Elodie Bouchez. Au-delà du plaisir de partager l’écran avec ces pointures, Éric et Ramzy savent qu’ils peuvent profiter de leurs noms pour augmenter le potentiel commercial du film et donc se donner les moyens de leurs ambitions. D’où un gros déploiement d’effets spéciaux et de cascades dès l’entame, lorsque Curtis arrache avec sa voiture un distributeur automatique et fonce dans les rues de Paris. Mais les passages les plus spectaculaires restent ces visions de la capitale complètement désertée. Voir Les Champs-Élysées, Barbès, la place de la Concorde, le jardin du Luxembourg, Montmartre ou Beaubourg aussi vides que pendant le Covid (avec plus de dix ans d’avance) a quelque chose de très perturbant. Pour y parvenir, les deux réalisateurs sollicitent des effets visuels mais surtout une organisation militaire : des tournages très tôt le matin, réduits à quelques minutes filmées par plusieurs caméras simultanées, pendant que des centaines de « bloqueurs » empêchent les passants et les voitures d’entrer dans le champ. Le résultat est payant. Si le phénomène paranormal n’est jamais expliqué dans le film, il se complexifie en cours de route, laissant imaginer que l’opposition entre le gendarme et le voleur est au cœur de ce basculement dans le néant démographique. L’idée est intéressante mais très peu exploitée, Judor et Bédia n’utilisant leur « high concept » que pour s’amuser comme des fous – sans parvenir totalement à nous communiquer leur enthousiasme.

 

© Gilles Penso

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LA MORSURE (1989)

Après avoir été mordu par un serpent radioactif, un jeune homme se transforme en créature reptilienne mutante et vorace…

CURSE II – THE BITE

1989 – USA / ITALIE

Réalisé par Federico Prosperi

Avec Jill Schoelen, J. Eddie Peck, Jamie Farr, Savina Gersak, Marianne Muellerleile, Al Fann, Sydney Lassick, Terrence Evans, Sandra Sexton, Bruce Marchiano

THEMA REPTILES ET VOLATILES

Contrairement à ce que son titre original laisse penser, Curse II : The Bite n’a jamais été conçu comme la suite de The Curse (La Malédiction céleste), adaptation libre de La Couleur tombée du ciel de H.P. Lovecraft. Le film est d’abord un projet écrit par Susan Zealouf sous le titre The Reptile Man, qu’Ovidio G. Assonitis produit de manière indépendante en le rebaptisant The Bite. Si la mise en scène est confiée à Federico Prosperi, c’est parce que ce dernier avait déjà eu affaire à des séquences complexes mettant en scène des bêtes agressives sur le film Les Animaux attaquent, dont il fut producteur. Avec The Bite (La Morsure en France), Prosperi passe pour la première fois derrière la caméra sous le pseudonyme de Fred Goodwin, mais il ne transformera pas l’essai. Ce sera son unique long-métrage en tant que réalisateur. Au moment où The Bite passe entre les mains des distributeurs américains, ces derniers décident de capitaliser sur le succès de The Curse sur le marché vidéo et le nomment donc Curse II : The Bite, même si les deux films n’ont strictement rien à voir. Cette stratégie avait déjà été expérimentée avec Beyond the Door (Le Démon aux tripes), gros succès produit par Assonitis en 1974 qui fut affublé de deux fausses suites : Beyond the Door II (en réalité Les Démons de la nuit de Mario Bava) et Beyond the Door III (Train de l’enfer de Jeff Kwitny). Les voies du marketing sont parfois impénétrables !

Tourné à Las Cruces, au Nouveau-Mexique, La Morsure ressemble à une variante modernisée de L’Homme alligator, petit classique du cinéma d’épouvante des années 50. On y trouve aussi des réminiscences du Spasms de William Fruet. Clark Newman (J. Eddie Peck) et sa petite amie Lisa Snipes (Jill Schoelen) traversent l’Arizona en voiture, au fil d’un road trip qui s’annonce romantique. Mais Clark a la mauvaise idée de prendre un raccourci en passant par le site d’essais nucléaires de Yellow Sands, malgré les avertissements répétés d’un pompiste. En chemin, ils croisent des centaines de serpents qui traversent la route. Or l’un de ces reptiles irradiés s’introduit dans la voiture et mord Clark à la main. Alors qu’ils passent la nuit dans un motel, Harry Morton (Jamie Farr), un commercial, leur propose son aide et injecte à Clark un sérum antivenimeux. Mais le lendemain matin, alors qu’ils reprennent la route, Harry se rend compte qu’il a administré le mauvais antidote à Clark et se lance donc à sa poursuite, craignant qu’un procès entache sa réputation. Au fil du trajet, la morsure de serpent sous le pansement de Clark commence à muter : sa main se transforme progressivement en reptile monstrueux. Le shérif local (Bo Svenson) et ses adjoints se lancent bientôt aux trousses de Clark afin de sauver Lisa et de détruire la créature…

La main qui tue

On peut regretter que Federico Prosperi n’ait qu’un seul film à son actif, car il faut lui reconnaître d’indiscutables talents de metteur en scène. Solide, efficace, sa réalisation s’appuie sur une très belle photographie de Roberto D’Ettorre Piazzoli (Tentacules, Star Crash, Piranhas 2) et crée d’emblée le malaise en exhibant une nuée de serpents infestant les routes désertiques du Sud-Ouest des Etats-Unis. Même si elles sont excessives, les séquences de suspense sollicitant la caméra subjective pour évoquer les évolutions du reptile contaminé savent provoquer quelques frissons. La première créature mutante visible dans le film est un « chien-serpent » dont on ne voit que le museau dans l’obscurité, mais qui révèle déjà une inquiétante monstruosité. Puis la main gauche de Clark commence à être animée d’une vie propre – un peu comme celle d’Ash dans Evil Dead 2 – pour se transformer peu à peu en saurien et agresser plusieurs personnes. Malheureusement, les effets de ralentis saccadés amenuisent l’impact et la lisibilité des scènes d’attaques. Lorsque la « main-serpent » entre dans la gorge de ses victimes, les étrangle avec sa langue télescopique ou leur crache du venin au visage, force est de constater que nous basculons dans une dimension involontairement comique qui frôle la nanardise. Fort heureusement, le génial maquilleur Screaming Mad George peut se lâcher au cours de LA scène d’anthologie du film, celle de la métamorphose finale. Le visage de Clark se déforme, ses yeux et sa langue se détachent pour se transformer en créatures rampantes, sa gorge enfle en expulsant un bloc gélatineux d’où surgissent des dizaines de serpents qui gesticulent… Et pour que la scène conserve jusqu’au bout un caractère cauchemardesque, la pauvre Lisa est obligée de ramper en petite tenue dans une marre de boue qui entrave tous ses mouvements tandis que des serpents de plus en plus gros et de plus nombreux rampent à ses côtés. La Morsure s’achève un peu à la manière de La Mouche, nous laissant l’impression d’avoir assisté à un spectacle bizarre et inclassable, typique de la génération vidéoclub des années 80.

© Gilles Penso

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