ODDITY (2024)

Une maison isolée, deux sœurs jumelles, un psychiatre, une statue en bois, un tueur énigmatique : tels sont les ingrédients de ce film-puzzle déstabilisant…

ODDITY

 

2024 – IRLANDE

 

Réalisé par Damian McCarthy

 

Avec Carolyn Bracken, Gwilym Lee, Steve Wall, Joe Rooney, Tadhg Murphy, Caroline Menton, Johnny French, Ivan de Wergifosse, Shane Whisker

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I OBJETS VIVANTS I FANTÔMES

Depuis le début des années 2000, le cinéma irlandais se fend de nombreuses pépites dans les domaines du fantastique, de l’horreur et de la science-fiction, reflets de la personnalité forte d’une poignée de réalisateurs au style très affirmé. Aux côtés de figures telles que Billy O’Brien (Isolation, I Am Not a Serial Killer), Paddy Breathnach (Shrooms), David Keating (Wake Wood), Liam Gavin (A Dark Song), Jon Wright (Grabbers) ou Lorcan Finnegan (Vivarium), il faut désormais ajouter le nom de Damian McCarthy. Après avoir signé toute une série de courts-métrages, McCarthy passe au format long avec Caveat en 2020 et nous offre quatre ans plus tard cet étonnant Oddity qui laisse augurer une prometteuse suite de carrière. L’homme ayant de la suite dans les idées, Oddity recycle plusieurs éléments de Caveat (le même décor de grange reconvertie dans le comté de Cork, un certain nombre d’accessoires) et fait même suite à l’un de ses films courts, How Olin Lost His Eye (2013), dont il reprend le protagoniste pour en faire ici un personnage secondaire au rôle déterminant. Il existe donc une sorte de « Damian McCarthy Cinematic Universe » dont Oddity serait en quelque sorte le point d’orgue. Pour autant, le film s’apprécie de manière tout à fait autonome.

À l’instar des films de Zach Cregger (Barbare, Évanouis) ou de son ami Drew Hancock (Companion), Oddity ne cesse de rebondir, multipliant les fausses pistes pour mieux mener les spectateurs en bateau. Son intrigue insaisissable progresse ainsi sans jamais laisser deviner la direction qu’elle empruntera. Il est longtemps difficile de savoir si nous avons affaire à une histoire de tueur psychopathe, de fantômes, de pouvoirs paranormaux ou d’objets ensorcelés. Tout commence une nuit, dans une grande maison à la périphérie de Cork où viennent de s’installer le psychiatre Ted Timmis (Gwilym Lee) et sa femme Dani (Carolyn Bracken). De garde dans un hôpital psychiatrique, Ted laisse son épouse seule et s’en va soigner ses malades. Peu après son départ, quelqu’un frappe à la porte. Méfiante, Dani refuse d’ouvrir. De l’autre côté se trouve Olin Boole (Tadhg Murphy), l’un des patients de Ted, qui affirme qu’un intrus s’est introduit chez elle et va tenter de la tuer…

Faux semblants

Oddity s’appuie d’abord sur la qualité de ses interprètes, notamment Carolyn Bracken qui se livre ici à une impressionnante double prestation. Les sœurs jumelles qu’elle incarne, l’une brune au look moderne, l’autre blonde au chignon strict, ne sont pas sans nous rappeler les deux visages de Kim Novak dans Sueurs froides. Par extension, le récit tourmenté d’Oddity évoque les machinations et les faux-semblants à répétition du cinéma d’Alfred Hitchcock et des écrits de Boileau et Narcejac. Personne ne semble être vraiment ce qu’il prétend, chacun cache manifestement quelque chose, et l’on se perd longtemps en conjectures quant au véritable protagoniste de cette intrigue. À l’avenant, la mise en scène de McCarthy opère des ruptures déstabilisantes, occultant volontairement les passages les plus violents pour laisser travailler l’imagination des spectateurs, tout en focalisant l’angoisse latente sur un objet insolite : une statue en bois grandeur nature dont le faciès grimaçant provoque d’irrépressibles frissons. Oddity joue ainsi le grand écart entre l’épouvante à l’ancienne (on pense aux films de la Amicus façon Frissons d’outre-tombe, aux histoires courtes satiriques de Roald Dahl) et une approche résolument moderne du genre, dans la mouvance des expérimentations d’Ari Aster, Robert Eggers ou des frères Philippou. Excellente surprise, Oddity s’achève sur une image particulièrement savoureuse qui boucle la boucle en beauté.

 

© Gilles Penso

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RATMAN (1988)

Un scientifique conçoit une créature qui mêle les gênes d’un rat avec ceux d’un singe. Mais le petit monstre vorace s’échappe et sème la panique…

QUELLA VILLA IN FONDO AL PARCO

 

1988 – ITALIE

 

Réalisé par Giuliano Carnimeo

 

Avec Nelson de la Rosa, David Warbeck, Jent Agren, Eva Grimaldi, Luisa Menon, Werner Pochath, Anna Silvia Grullon, Pepito Guerra, Jose Reies, Victor Pujols

 

THEMA MUTATIONS I PETITS MONSTRES

Si tous les noms qui apparaissent au générique de Ratman ont des consonances américaines, ce n’est qu’un leurre : il s’agit en effet d’une production 100% italienne. Le réalisateur Anthony Ascott, le scénariste David Parker Jr., le directeur de la photographie Robert Garder et le monteur Vincent P. Thomas sont en réalité – et respectivement – Giuliano Carnimeo, Dardano Sacchetti, Roberto Girometti et Vincenzo Tomassi. Le producteur Fabrizio De Angelis, en revanche, se passe de pseudonyme. Vieux routier du cinéma de genre transalpin, il accompagna Lucio Fulci sur L’Enfer des zombies, L’Au-delà, La Maison près du cimetière, L’Éventreur de New York et La Malédiction du pharaon. Grand spécialiste des séries B d’exploitation volontiers inspirées des succès américains, il initia aussi des films tels que La Terreur des zombies, Les Guerriers du Bronx, Les Nouveaux barbares, Paganini Horror ou Killer Crocodile. Le titre original de Ratman, que l’on pourrait traduire par « La villa au fond du parc », semble vouloir évoquer La Dernière maison sur la gauche, gros succès mondial qui inspira aussi La Maison au fond du parc de Ruggero Deodato. Pour autant, le concept de Ratman est plutôt singulier, sorte de mélange contre-nature entre un slasher bizarre et L’Île du docteur Moreau.

Entièrement postsynchronisé – de manière souvent approximative, ce qui n’aide pas à sa crédibilité déjà très fragile -, Ratman nous raconte l’histoire du professeur Olman (Pepito Guerra). Après vingt ans de tests et d’expérimentations, ce scientifique réfugié dans la ville de Saint Martin a inséminé l’ovule d’un singe avec le sperme d’un rat pour voir ce que ça donnait. Le résultat est Mousy, une créature qui, malgré son petit nom affectueux, est un monstre hybride aux traits bestiaux, aux crocs pointus et aux ongles acérés. Tout fier, notre savant exalté s’apprête à présenter sa création au prochain congrès de la génétique et rêve déjà du prix Nobel. Mais la bête s’échappe de sa cage et décide d’aller massacrer tous ceux qui passent à sa portée. Le film met alors en scène les futurs acteurs du drame : le photographe Mark (Werner Pochath), les mannequins Peggy et Marilyn (Luisa Menon et Eva Grimaldi), la sœur de cette dernière (Janet Agren) et un auteur de romans policiers (David Warbeck). Tout ce beau monde ne va pas tarder à croiser les griffes de la petite créature affamée…

Le rongeur simiesque

Tout l’intérêt du film repose sur la prestation de Nelson de la Rosa, un acteur dominicain de 71 cm de haut reconnu à l’époque comme l’un des plus petits hommes du monde. Le fait que le monstre ne soit pas incarné par une marionnette mais par un être en chair et en os donne lieu à des séquences follement surréalistes, comme ce passage qui semble échappé de Ghoulies dans lequel Mousy surgit d’une cuvette de toilettes. Dommage que le temps de présence du « rongeur simiesque » reste finalement très limité, la mise en scène préférant souvent privilégier les gros plans en insert (un œil, une griffe, des crocs), les ombres portées, les vues subjectives au ras du sol et les petits couinements aigus. Il faut bien avouer que les autres personnages ne sont pas follement intéressants. Eva Grimaldi contrebalance son charisme tout relatif par un exhibitionnisme savant (scène de douche comprise). David Warbeck et Janet Agren, de leur côté, pourraient tout à fait disparaître du montage sans que l’intrigue en soit beaucoup altérée. Quant au savant fou que campe Pepito Guerra, il n’aurait pas dépareillé dans un film d’Ed Wood. Et que dire de ces policiers incompétents qui n’en finissent plus de demander à une jeune femme d’identifier le cadavre de sa sœur, en se trompant à chaque fois sur l’identité de la victime ? Le réalisateur Giuliano Carnimeo nous semblait plus à son aise lorsqu’il imitait Mad Max 2 avec Les Exterminateurs de l’an 3000. Il n’empêche que ce singe-rat a peut-être inspiré Peter Jackson lorsqu’il conçut un monstre similaire – en stop-motion cette fois-ci – pour Braindead.

 

© Gilles Penso

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LA TARENTULE AU VENTRE NOIR (1971)

Un policier enquête sur une série de meurtres particulièrement morbides commis par un assassin qui paralyse ses victimes…

LA TARANTOLA DAL VENTRE NERO

 

1971 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Paolo Cavara

 

Avec Giancarlo Giannini, Barbara Bouchet, Claudine Auger, Barbara Bach, Rossela Falk, Silvano Tranquilli, Annabella Incontrera, Ezio Marano, Stefania Sandrelli

 

THEMA TUEURS

Au départ, La Tarentule au ventre noir naît d’une démarche ouvertement opportuniste. Sensibilisé par le succès international de L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento, Marcelo Danon, futur producteur de La Cage aux folles, cherche à lancer un giallo qui obéisse aux mêmes recettes. D’où le titre animalier énigmatique (la tarentule remplace l’oiseau) et la sollicitation du compositeur Ennio Morricone, alors en pleine période expérimentale. La réalisation est confiée à Paolo Cavara, que Danon connaît bien et qui a commencé sa carrière avec plusieurs documentaires à scandale (Mondo Cane, La Femme à travers le monde, I Malamondo, Witchdoctor in Tails). Pour le scénario, la production sollicite le prestigieux Tonio Guerra, auteur pour Fellini et Antonioni, qui accepte de superviser l’écriture mais laisse Lucile Laks rédiger le script définitif. Ce mélange de talents disparates va finalement accoucher d’une œuvre singulière, échappant à sa simple vocation de plagiat pour exhaler sa propre personnalité. La Tarentule au ventre noir se distingue aussi par la présence face à la caméra d’un trio de James Bond Girls : Claudine Auger (Opération tonnerre), Barbara Bouchet (Casino Royale) et Barbara Bach (L’Espion qui m’aimait). Les trois comédiennes apportent une indiscutable touche de glamour au film, surtout Bouchet qui n’a visiblement aucun problème de pudeur.

Le film commence par une séance de massage très sensuelle, pratiquée par un aveugle (Ezio Marano) sur une femme nue qui nous semble extatique (Barbara Bouchet), aux accents d’une mélopée langoureuse de Morricone. D’emblée, La Tarentule au ventre noir assume ainsi un caractère érotique bien plus exacerbé que dans L’Oiseau au plumage de cristal, qui lui sert pourtant de modèle. Lorsque la jeune femme est retrouvée assassinée, son ex-mari le courtier en assurances Paolo Zani (Silvano Tranquilli) devient le principal suspect de l’inspecteur Tellini (Giancarlo Giannini), chargé bien malgré lui de cette affaire sordide. Un peu plus tard, la vendeuse Mirta Ricci (Annabella Incontrera) est assassinée selon la même méthode : les deux victimes ont été paralysées par des aiguilles d’acupuncture empoisonnées introduites dans leur cou, puis les malheureuses ont été éventrées à l’aide d’un couteau acéré alors qu’elles étaient encore en vie et conscientes, de la même manière que les araignées sont immobilisées et tuées progressivement par les guêpes…

Pris dans la toile

Si le film dévoile peu à peu deux sous-intrigues qui semblent le rattacher au genre policier – un maître-chanteur et un trafic de drogue -, le mode opératoire du tueur et la mise en scène baroque de ses exactions nous transportent illico sur le terrain de l’horreur. Le principe des mises à mort se révèle en effet particulièrement morbide et la mise en scène de certains meurtres ne recule pas devant une pointe de gore. Mais La Tarentule au ventre noir ne se contente pas d’une seule partition. A mi-chemin entre le giallo pur et dur (la scène des mannequins et le look du criminel évoquent beaucoup Six femmes pour l’assassin), le polar musclé (la poursuite haletante sur les toits et dans la rue préfigure les acrobaties de Peur sur la ville) et le thriller introspectif (la recherche des indices dans les détails des photos nous ramène à Blow Up), le film de Paolo Cavara devient insaisissable. Sa plus grande originalité tient sans doute au traitement de son protagoniste. Ici, le héros policier ne cesse de remettre en cause sa mission et sa vocation. La caméra s’attarde sur ses moments intimes et quotidiens, loin de la tourmente des enquêtes. Il finit d’ailleurs par se noyer dans la masse des habitants de Rome, le temps d’un plan final presque documentaire dont la banalité est soudain brisée par l’animation d’une toile d’araignée stylisée qui recouvre tout l’écran. C’est ce jeu constant de ruptures et de mélanges de genres qui permet à La Tarentule au ventre noir de de se démarquer parmi les innombrables giallos ayant inondé les écrans en Italie dans les années 70.

 

© Gilles Penso

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LE SENS DE LA VIE (1983)

Dans ce film à sketches délirant, les Monty Pythons repoussent toutes les limites en s’interrogeant sur la finalité de notre existence en ce bas-monde…

THE MEANING OF LIFE

 

1983 – GB

 

Réalisé par Terry Jones

 

Avec Graham Chapman, John Cleese, Terry Gilliam, Eric Idle, Terry Jones, Michael Palin, Carol Cleveland, Simon Jones, Patricia Quinn, Judy Loe, Andrew MacLachlan

 

THEMA DIEU, LES ANGES ET LA BIBLE I MÉDECINE EN FOLIE I MORT

Après leur double coup d’éclat sur grand écran – Sacré Graal et La Vie de Brian -, les Monty Pythons n’entendent pas s’arrêter en si bon chemin et commencent à réfléchir à un nouveau long-métrage loufoque. Ils envisagent d’abord de mettre en scène des armées sponsorisées et des soldats portant des uniformes militaires couverts de publicités, en pleine troisième guerre mondiale. Mais le scénario peine à se développer. Leur seconde idée consiste à les montrer en train de simuler le tournage d’une adaptation de Hamlet dans les Caraïbes pour prouver qu’ils ne cherchent pas à échapper aux impôts. Cette intrigue ne mène nulle part non plus. Face à ce cul de sac artistique, les Pythons constatent qu’il leur reste sous le coude des dizaines de gags disparates non encore utilisés. La solution s’impose alors d’elle-même : un film à sketches qui relierait entre elles de nombreuses scènes absurdes sans rapport les unes avec les autres. Ainsi naît Le Sens de la vie. Tout commence par un faux court-métrage dans lequel les vieux employés d’une compagnie d’assurance se révoltent contre leurs nouveaux patrons. Par le biais d’un remarquable travail de décors, d’effets spéciaux et de maquettes, le vénérable immeuble se mue en galion pirate qui s’arrache au bitume et vogue pour partir à l’abordage d’un quartier d’affaires moderne.

Place ensuite à six poissons dans un aquarium qui, via un trucage hilarant, ont les têtes des Monty Pythons. En voyant l’un des leurs se faire déguster dans un restaurant, ils s’interrogent sur le sens de la vie. Dès lors, les sketches démentiels s’enchaînent au hasard d’un fil conducteur extrêmement ténu. La première partie, consacrée au « miracle de la naissance », nous montre un accouchement pratiqué par deux médecins grotesques puis se transforme en comédie musicale où le père d’une famille de soixante enfants (Michael Palin), dans un quartier pauvre du Yorkshire, chante avec enthousiasme « chaque sperme est sacré ». La deuxième partie, « croissance et éducation », s’intéresse à un cours d’éducation sexuelle dans un collège guindé qui s’achève par une démo « grandeur nature » devant les élèves par le professeur (John Cleese) et son épouse. La troisième partie, dédiée au « combat », ridiculise l’armée avec panache. On y voit une bataille dans les tranchées qui se transforme en pot de départ à la retraite, puis une guerre acharnée au cœur de l’Afrique où les fiers officiers britanniques gardent leur flegme en toutes circonstances puis rencontrent un faux tigre. La quatrième partie, « le moyen-âge », met en scène un repas hawaïen pour touristes dans un donjon médiéval où sont torturés des suppliciés et où on ne commande pas des plats mais des sujets de conversation.

Noël au Paradis

L’outrance, l’excès et le gore éclaboussent joyeusement les deux sketches suivants. Dans la cinquième partie, « don d’organes », deux hommes viennent en effet prélever le foie d’un donneur d’organe (Terry Gilliam) de son vivant ! Mais ce n’est rien à côté de la sixième partie, « le troisième âge », située dans un restaurant français très huppé. Un pianiste (Eric Idle) y chante des odes au pénis, puis un homme monstrueusement ventripotent, Monsieur Creosote (Terry Jones), s’installe et commande un repas gargantuesque, vomissant avec une abondance qui ferait pâlir la Regan de L’Exorciste. Dans le chapitre final titré « la mort », un criminel (Graham Chapman) choisit sa propre exécution : être poursuivi par une armada de jeunes femmes à moitié nues avant de se précipiter dans le vide jusque dans sa tombe. Puis la Faucheuse débarque et s’invite dans un dîner mondain entre gens snobs, avant que tout s’achève par un grand numéro musical hallucinant : « c’est Noël au Paradis ». Si Le Sens de la vie peut sembler plus décousu que Sacré Graal et La Vie de Brian, le grain de folie des Pythons y est toujours aussi vivace, aidé ici par une augmentation conséquente du budget qui leur permet d’accéder à de vastes décors, une figuration importante, des trucages de haut niveau et toute une série de maquillages spéciaux impressionnants. Le plus mémorable d’entre eux est bien sûr celui de l’immonde Monsieur Creosote, conçu par Chris Tucker (Elephant Man, La Compagnie des loups) qui culmine vers une épouvantable explosion verdâtre. Ce déluge de délires surréalistes permettra aux six trublions de remporter le Grand Prix spécial du Festival de Cannes en 1983.

© Gilles Penso

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28 ANS PLUS TARD : LE TEMPLE DES MORTS (2026)

Cette suite directe de 28 ans plus tard se lance dans un audacieux grand écart entre la violence la plus crue et des élans de poésie quasi-métaphysiques…

28 YEARS LATER : THE BONE TEMPLE

 

2026 – GB

 

Réalisé par Nia DaCosta

 

Avec Ralph Fiennes, Jack O’Connell, Alfie Williams, Erin Kellyman, Chi Lewis-Parry, Emma Laird, Sam Locke, Robert Rhodes, Ghazi Al Ruffai, Maura Bird

 

THEMA ZOMBIES I SAGA 28 JOURS PLUS TARD

Dès les préparatifs de 28 ans plus tard, le réalisateur Danny Boyle et le scénariste Alex Garland envisagent cette suite tardive de 28 jours plus tard comme une trilogie. Les événements décrits dans 28 semaines plus tard, quant à eux, sont un peu laissés de côté, sans pour autant entrer en contradiction avec la cohérence globale de la saga. Si Boyle met lui-même en scène le premier opus de ce triptyque, il cède la place à Nia DaCosta pour Le Temple des morts. La talentueuse réalisatrice du western moderne Little Woods et du drame psychologique Hedda s’était déjà frottée aux franchises préexistantes avec plus ou moins de bonheur (l’intéressant Candyman d’un côté, l’anecdotique The Marvels de l’autre). Ici, elle se voit offrir une très grande liberté et peut donc pleinement exprimer sa propre sensibilité. DaCosta tient à respecter l’esprit du travail de Boyle tout en envisageant de se lancer dans un film « déjanté, singulier et artistiquement personnel », pour reprendre ses propres termes. Et pour bien marquer une rupture stylistique, les outils de prise de vue ne sont plus les mêmes. Après les iPhones 15 Pro du premier 28 ans plus tard, 28 ans plus tard : le temple des morts emploie des caméras numériques Arri Alexa 35, plus proches des goûts esthétiques de la cinéaste.

La tonalité elle aussi a changé. Le jeune Spike (Alfie Williams) est encore au cœur de l’intrigue, mais il passe souvent au second plan pour que les nouveaux enjeux de cette séquelle puissent se développer. Après la description d’une famille dysfonctionnelle, place à une autre thématique, beaucoup plus sombre : la nature du Mal avec un grand M. Le scénario de Garland s’intéresse ainsi à deux trajectoires parallèles. La première est celle des « Doigts », une secte d’enfants tueurs que mène le sataniste Sir Lord Jimmy Crystal (Jack O’Connell) et dans laquelle s’est embrigadé Spike bien malgré lui. La seconde suit le docteur Ian Kelson (Ralph Fiennes) qui règne toujours sur son « Temple des Morts », le corps peinturluré d’iode écarlate pour lutter contre les effets du virus de la rage. Ce dernier brise sa solitude en amadouant Samson (Chi Lewis-Parry), un redoutable alpha infecté, grâce à une drogue à base de morphine qui apaise ses souffrances et réveille chez lui les bribes de son humanité perdue. Inévitable, la rencontre entre les adorateurs du diable – qui sèment la terreur en rase campagne – et le médecin athée – qui honore les morts en leur érigeant des monuments – s’apprête à prendre une tournure inattendue…

Memento Mori

Le film de Nia DaCosta ne se réfrène ni sur la violence sanglante, ni sur le gore douloureux. Et si les infectés continuent à massacrer à tour de bras pour alimenter leur insatiable faim anthropophage, ce sont les exactions des humains qui se révèlent finalement les plus brutales. Voir ces enfants sauvages se livrer aux pires actes de cruautés, sous la houlette d’un illuminé biberonné aux Télétubbies, a quelque chose de profondément dérangeant. Cette barbarie contraste forcément avec la tranquille sérénité du docteur Kelson, qui s’efforce non seulement de comprendre les raisons de l’infection ayant transformé les humains en zombies mais aussi d’en enrayer les effets. Le temps d’une poignée de séquences vertigineuses, nous sommes alors transportés à l’intérieur de l’esprit des infectés pour découvrir leur perception altérée du monde. Lorsque la folie meurtrière s’invite dans le « Memento Mori » érigé par Kelson, le film atteint son point de bascule, via une séquence délirante au cours de laquelle « The Number of the Beast » d’Iron Maiden occupe soudain tout l’espace sonore. Au risque de s’aliéner une partie du public, DaCosta ose ainsi le grand-écart entre l’horreur, l’action, l’humour noir et la poésie macabre. Radical, déstabilisant, sans concession, délibérément éloigné des codes d’un blockbuster classique, 28 ans plus tard : le temple des morts finit par boucler la boucle de la saga à travers un épilogue faussement apaisé qui laisse une porte grande ouverte vers le troisième opus.

 

© Gilles Penso

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ITOKA, LE MONSTRE DES GALAXIES (1967)

Une spore extra-terrestre, ramenée sur Terre par des astronautes, entre en contact avec l’atmosphère et se transforme en monstre géant…

UCHU DAIKAIJU GUILALA

 

1967 – JAPON

 

Réalisé par Kazui Nihonmatsu

 

Avec Eiji Okada, Toshiya Wazaki, Peggy Neal, Schinichi Yanagisawa, Itoko Harada, Franz Gruber, Mike Danning

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Depuis 1954 et le succès de Godzilla, la réalisation de longs-métrages mettant en vedette des grands monstres attaquant les cités est devenue un véritable sport national au Japon. Si les deux compagnies principales pourvoyeuses de titans gargantuesques sont la Toho et sa concurrente la Daiei, d’autres société de production finissent par entrer dans la danse. C’est le cas de la Shochiku qui, profitant de l’engouement du public pour la conquête spatiale et pour les thèmes extra-terrestres, nous offre cet inénarrable Itoka, le monstre des galaxies. Une chanson d’opérette improbable accompagne le générique de début sur fond de constellations, des voix exaltées s’y exclamant : « Regarde, c’est notre Terre ! Regarde, vois comme elle scintille ! Regarde, c’est notre univers ! Regarde, c’est ainsi depuis toujours, c’est l’avenir de tous ! Allez, embrassons-le gaiement ! » La kitscherie inhérente au projet ne fait donc aucun doute. Pourtant, la première moitié du film se veut relativement sérieuse, sollicitant des maquettes franchement réussies pour visualiser les rampes de lancement des fusées, les vaisseaux cosmiques, les bases spatiales ou les sorties extravéhiculaires. Nous ne sommes pas éloignés du charme des effets visuels de Danger planète inconnue, On ne vit que deux fois ou Cosmos 1999.

Après le générique chantant, des hommes trimballent hors d’un hélicoptère un caisson qu’ils manipulent avec précaution, sous la haute surveillance d’un éminent scientifique. Il s’agit d’un combustible nucléaire enrichi, le XTU249, futur carburant d’une expédition spatiale que le gouvernement japonais prépare à destination de la planète Mars. L’Astro-Boat AAB-Gamma est le nom du vaisseau atomique qui s’apprête à décoller. L’équipage est constitué du capitaine Sano, de l’exobiologiste Lisa, du docteur Shioda et du chef des transmissions Miyamoto. Les expéditions précédentes ont échoué, apparemment à cause de la présence d’Ovnis à proximité, mais cette nouvelle équipe entend bien arriver à destination. Or au milieu du voyage, une sorte de soucoupe volante lumineuse brouille leurs signaux. Après une escale sur une base lunaire afin de soigner l’un des membres de l’équipe, la mission repart et croise à nouveau l’Ovni qui recouvre leur vaisseau d’une spore étrange. Cette mission sur Mars est donc un nouvel échec, mais nos astronautes ramènent tout de même sur Terre un morceau de cette spore, persuadés qu’il s’agit d’une découverte scientifique de premier ordre. Or en entrant en contact avec l’atmosphère terrestre, cette substance ne tarde pas à donner naissance à un monstre…

Le bibendum venu d’ailleurs

Passée cette première partie axée sur l’exploration spatiale – dont elle nous donne une vision souvent désinvolte, comme en témoigne cette scène où les astronautes s’amusent à sauter sur le sol lunaire comme sur un trampoline, sur fond de bossa nova joyeuse -, le monstre parait enfin. Et là, rien ne va plus. Toute tentative de réalisme s’efface en effet pour céder la place à un bibendum en caoutchouc au corps godzillesque, aux yeux lumineux, au bec de perroquet, aux oreilles pointues et au crâne hérissé d’antennes. Cette bête invraisemblable, qui n’aurait pas dépareillé dans un épisode d’Ultraman ou de Spectreman, figure en bonne place sur la liste des « kaijus » les plus ridicules de l’histoire du cinéma. Les hautes autorités le baptisent Guilala, mais les traducteurs français lui préfèrent bizarrement le nom d’Itoka. Haut de 60 mètres et lourd de 15 000 tonnes, d’après ce que nous apprennent les journaux télévisés du film, le bougre est insensible aux tirs de l’armée, crache du feu, se charge d’énergie nucléaire et se transforme en boule lumineuse volante. Fidèle à la grande tradition inaugurée par Godzilla, il détruit tout : les immeubles, les tanks, les avions, les bateaux, les usines, les barrages, les fusées, bref c’est un festival du piétinement de maquettes. Amusant mais très anecdotique, Itoka le monstre des galaxies aura droit à une suite parodique tardive en 2008 : Monster X Strikes Back.

 

© Gilles Penso

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GRAVE ENCOUNTERS (2011)

Pour les besoins d’une émission consacrée au paranormal, une équipe d’enquêteurs s’isole dans un hôpital psychiatrique supposé être hanté…

GRAVE ENCOUNTERS

 

2011 – CANADA

 

Réalisé par Colin Minhan et Stuart Ortiz

 

Avec Benjamin Wilkinson, Sean Rogerson, Ashleigh Gryzko, Merwin Mondesir, Juan Riedinger, Shawn Macdonald, Arthur Corber, Bob Rathie, Fred Keating, Max Train

 

THEMA FANTÔMES


Grave Encounters est signé par The Vicious Brothers », un surnom collectif énigmatique derrière lequel se cachent les réalisateurs canadiens Colin Minhan et Stuart Ortiz. Avant cette œuvre à quatre mains, Minhan avait mis en scène près d’une trentaine de courts-métrages et Ortiz avait dirigé le drame Far West, un moyen métrage de 2005 lié aux traumatismes de la guerre d’Irak. Grave Encounters est donc leur plongeon commun dans « la cour des grands ». Pour autant, la production reste très modeste. Tourné pendant dix nuits et deux jours avec un budget de 120 000 dollars, ce « found footage » s’inspire d’un programme télévisé réel, Ghost Adventures, qui suit les enquêtes d’un groupe de chasseurs de fantômes dans des lieux supposément hantés. Les gimmicks et les effets de styles de cette série documentaire alimentent largement le scénario de Grave Encounters et permettent de mieux caractériser les protagonistes. Le décor fictif du film, l’hôpital psychiatrique Collingwood situé dans le Maryland, est en réalité l’hôpital Riverview, un établissement abandonné situé à Coquitlam, en Colombie-Britannique, construit au début du 20ème siècle et fermé en 2012. Sa photogénie délabrée servit déjà d’écrin à d’autres productions beaucoup plus fortunées tournées au Canada, notamment le Watchmen de Zack Snyder ou les X-Files.

Le prologue nous apprend que Grave Encounters est le nom d’une émission télévisée à succès consacrée au paranormal, dont la programmation fut annulée après cinq épisodes à la suite de la disparition de l’équipe. Le producteur de la série, Jerry Hartfield, nous présente alors des scènes brutes tirées des images récupérées du sixième et dernier épisode. Nous y voyons le chasseur de fantômes Lance Preston, la spécialiste de l’occulte Sasha Parker, l’opérateur de surveillance Matt White, le caméraman T. C. Gibson et le médium Houston Gray, invités à examiner l’hôpital psychiatrique abandonné de Collingwood, où des phénomènes inexpliqués sont signalés depuis des années. Après avoir visité les lieux en compagnie du gardien de cet hôpital sinistre, où furent apparemment pratiquées des expériences médicales contraires à l’éthique la plus élémentaire, nos enquêteurs s’enferment pour commencer leurs investigations nocturnes. Au début, rien de spécial ne se manifeste dans les lieux. Mais la situation ne tarde pas à dégénérer…

L’hôpital et ses fantômes

Puisque ce film est censé nous montrer les rushes d’un reportage professionnel, le spectateur est en droit de se demander pourquoi la caméra n’arrête pas de bouger, de zoomer, de refaire la mise au point, de se recadrer, même dans les moments les plus calme. On se doute qu’il s’agit de donner le sentiment que toutes ces images sont prises sur le vif, mais aucun cameraman digne de ce nom – à moins qu’il ne souffre de la maladie de Parkinson – ne filmerait de cette manière de simples scènes de discussions. Le dispositif nous apparaît donc d’emblée comme artificiel et met à mal notre suspension d’incrédulité. Dommage, parce que Grave Encounters ne manque pas d’attraits. L’une des idées les plus intéressantes consiste par exemple à montrer que l’équipe truque certains témoignages ou sollicite un faux médium pour faire mousser son émission. Les atouts majeurs du film sont ses acteurs, qui jouent avec beaucoup de naturel. Par leur biais, quelques passages anxiogènes se révèlent très efficaces (le fauteuil roulant qui se met en branle, les cheveux remués par une force invisible) et l’angoisse s’accroit à mesure que les notions de temps et d’espace s’abolissent, coupant non seulement tout repère mais aussi tout espoir d’échappatoire. Au cours du dernier acte, les manifestations surnaturelles deviennent beaucoup plus frontales et spectaculaires. Alors certes, nous n’évitons pas la routine des caméras qui remuent, des gens qui crient en courant dans les couloirs ou des confessions face à l’objectif façon Blair Witch. Mais Grave Encounters, malgré cette accumulation de « passages obligatoires », remplit pleinement son contrat de « film de flippe en vue subjective ». Une suite sera mise en chantier l’année suivante.

 

© Gilles Penso

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DOGHOUSE (2009)

Un groupe d’amis, parti séjourner dans un petit village pour consoler l’un d’entre eux de sa rupture, se heurte à une armada de femmes zombies…

DOGHOUSE

 

2009 – GB

 

Réalisé par Jake West

 

Avec Danny Dyer, Noel Clarke, Lee Ingleby, Keith-Lee Castle, Emil Marwa, Neil Maskell, Stephen Graham

 

THEMA ZOMBIES

Doghouse s’inscrit dans la veine de la comédie horrifique britannique, un genre qui a littéralement explosé en Angleterre depuis le succès de Shaun of the Dead en 2004. Réalisé par Jake West (qui s’est distingué auprès des amateurs du cinéma de genre avec des titres comme Razor Blade Smile, Evil Aliens ou Pumpkinhead : Ashes to Ashes), le film explore avec ironie la guerre des sexes et les anxiétés masculines contemporaines. L’intrigue, qui se résume finalement à peu de choses, tourne autour de Vince (Stephen Graham), un trentenaire qui vient de se heurter à une rupture brutale, et de ses amis, un groupe de sportifs amateurs de bière. Pour le distraire et panser son cœur brisé, ses compagnons organisent un week-end « entre hommes » dans le village de Moodley, supposé être un havre de détente. Le nombre de femmes y étant quatre fois plus élevé que celui des hommes, le séjour s’annonce prometteur en conquêtes potentielles. Mais à leur arrivée, le décor est tout sauf idyllique. Un virus mystérieux, provoqué par des recherches militaires expérimentales, a en effet transformé toutes les femmes du village en zombies anthropophages…

Le concept du film serait né le jour où le scénariste Dan Schaffer observa sa compagne grippée, dont l’aspect lui évoqua l’image d’un zombie. En empruntant une mécanique narrative très proche de celle de Lesbian Vampire Killers, sorti à peine quelques mois plus tôt, Doghouse fonctionne sur plusieurs niveaux. Derrière les explosions de sang et les gags visuels se cache visiblement une réflexion sur la crainte masculine de la domination féminine, du mariage et de l’engagement. Ces morts-vivantes déchaînées se muent ainsi en métaphores des tensions et des insécurités qui jalonnent les relations amoureuses, offrant au film un sous-texte plus subtil qu’on ne l’aurait imaginé. Jake West joue ici l’équilibriste avec une certaine virtuosité. Les séquences gore généreuses alternent habilement avec des passages burlesques et des scènes de suspense où le spectateur finit par s’inquiéter réellement du sort des personnages. Cette tonalité multiple fonctionne grâce à une caractérisation soignée. Chaque membre du groupe possède sa personnalité propre, de l’ami dragueur et irresponsable au compagnon anxieux et maladroit, permettant un efficace phénomène d’empathie et d’identification.

La nuit des mortes-vivantes

Les performances des acteurs contribuent également à la réussite du film. Les dialogues oscillent entre l’humour gras, les sarcasmes et les moments sincèrement touchants, évitant de fait que les personnages ne sombrent trop radicalement dans la caricature, même si nous sommes toujours sur un fil, de ce côté-là. La bourgade anglaise isolée, transformée en zone de chasse pour les femmes zombies, devient ici le terrain idéal d’une satire sur la masculinité et les clichés liés aux week-ends entre hommes. Pour autant, West ne perd jamais de vue l’objectif numéro un de son film, conservant donc un rythme effréné et une approche visuelle volontairement outrancière, en s’appuyant sur des maquillages spéciaux et des effets sanglants particulièrement soignés. Quant au comique de situation – une tête décapitée utilisée pour tromper les zombies ou une voiture télécommandée servant de diversion – il emprunte souvent sa dynamique à celle des cartoons. Beaucoup moins primaire et misogyne qu’il pourrait paraître de prime abord, Doghouse est donc une vraie bonne surprise.

 

© Gilles Penso

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IRON LUNG (2026)

Dans ce huis-clos claustrophobique tiré d’un jeu vidéo d’horreur, un détenu enfermé dans un sous-marin rétrofuturiste explore un océan de sang…

IRON LUNG

 

2026 – USA

 

Réalisé par Mark Fischbach

 

Avec Mark Fischbach, Caroline Kaplan, Troy Baker, Elsie Lovelock, Elle LaMont, Mick lauer, Dave Pettitt, Holt Boggs, Isaac McKee, Roman Parsons Crow

 

THEMA FUTUR

Grand spécialiste des tests de jeux vidéo – de préférences ceux qui se rattachent à l’horreur et sont produits par des compagnies indépendantes -, Mark Fischbach s’est mué en véritable phénomène depuis son arrivée sur YouTube en 2012 sous le pseudonyme de Markiplier. Le succès de sa série de vidéos « Let’s Play » est tel qu’il finit par cumuler 38 millions d’abonnés, reçoit plusieurs prix prestigieux, engrange une petite fortune et devient l’une des stars les plus populaires de la plateforme. Après avoir réalisé une grande quantité de films courts diffusés en ligne, son envie de cinéma commence sérieusement à le titiller. Lorsqu’il teste le jeu Iron Lung, une aventure de science-fiction oppressante au concept minimaliste et au graphisme volontairement simpliste, il décide de se lancer. Cet univers conçu par David Szymanski le séduit suffisamment pour qu’il décide d’en faire l’objet de son premier long-métrage. Pour conserver un contrôle total – mais aussi parce qu’aucun studio n’aurait sans doute osé le suivre -, il décide d’écrire, de réaliser, de produire et de distribuer lui-même Iron Lung, dont il tient aussi le rôle principal. Financé à hauteur de trois millions de dollars, le film est tourné dans un décor unique édifié sur les plateaux de Troublemaker Studios, la société de Robert Rodriguez. Le pari était osé, mais Markiplier a vu juste. Grâce à son immense communauté de followers, son modeste long-métrage se hisse au sommet du box-office et se mue en véritable petit phénomène.

Conformément aux informations que nous donne le jeu Iron Lung en début de partie, un texte introductif nous annonce le contexte peu reluisant dans lequel va se dérouler le film. Nous sommes dans le futur. Les étoiles ont cessé de briller, les planètes se sont éteintes et seuls quelques survivants flottent encore, à bord de stations abandonnées ou de vaisseaux dérivant dans le vide, observant gravement cette fin du monde à laquelle ils ont donné un nom imagé : « le rapt silencieux. » Alors que toutes les structures s’effondrent les unes après les autres, la compagnie Iron Consolidation fait une découverte singulière sur la lune désolée AT-5 : un océan de sang. Une expédition y est immédiatement lancée, dans l’espoir de mettre la main sur des ressources vitales et peut-être de renverser le cours de l’anéantissement. Pour l’explorer, un sous-marin est construit et un prisonnier y est enfermé avec pour mission d’aller sonder les profondeurs. S’il survit, il retrouvera sa liberté. Sinon, un autre prendra sa place…

La mésaventure intérieure

Contrairement au jeu, d’autres personnages que le détenu enfermé dans son submersible apparaissent dans Iron Lung, mais surtout sous forme de voix off (à travers les fragiles canaux de communication installés à bord) ou de silhouettes derrière le hublot. Le reste du temps, Markiplier occupe tout l’écran et nous sert donc d’unique pole d’identification. Il faut moins y voir un « ego trip » qu’une pleine implication de l’acteur/réalisateur, manifestement trop heureux de pouvoir concrétiser son rêve à l’écran. Iron Lung est pétri de qualités et d’audaces : son design rétro-futuriste, son atmosphère oppressante, ses connotations lovecraftiennes, sa mise en scène solide et inventive. Il faut aussi saluer l’extrême radicalité du concept, qui consiste à enfermer les spectateurs avec un personnage unique pendant toute la durée du film – comme jadis Mélanie Laurent dans Oxygène ou Ryan Reynolds dans Buried. La musique électronique d’Andrew Hulshult, l’appareil photo qui saisit les immenses clichés rétroéclairés d’un inquiétant squelette surdimensionné, le sang qui commence à s’immiscer partout dans les coursives sont autant de gimmicks qui contribuent à renforcer le caractère anxiogène du récit. Mais avec ses 125 minutes, Iron Lung joue les prolongations avec excès et finit par susciter une sacrée dose de patience. Car le spectacle est somme toute limité en termes de situations et de rebondissements. Ce travers est d’autant plus étonnant qu’une partie d’Iron Lung se joue en trois-quarts d’heure à peine. Cette première œuvre n’est donc pas exempte de maladresses, mais son audace et son culot forcent le respect.

 

© Gilles Penso

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MANIAC NURSES (1990)

Une armada d’infirmières psychopathe sévit dans une forteresse et y multiplie les meurtres et les sévices en toute impunité…

MANIAC NURSES FIND ECSTAZY

 

1990 – USA

 

Réalisé par Léon Paul De Bruyn

 

Avec Susanna Makay, Hajni Brown, Celia Farago, Nicole A. Gyony, Magdalena Ryman, Any Schultz, Agatha Palace, Mercedes Klein, Otto B. Leitner, Martha Fun

 

THEMA TUEURS

Écrit, produit et réalisé par le Belge Léon Paul De Bruyn, sous le pseudonyme de Harry M. Love, Maniac Nurses est un long-métrage franchement calamiteux qui respecte certes son quota de femmes semi-dénudées et de séquences d’horreur, mais avec un tel amateurisme et une telle désinvolture scénaristique que le résultat laisse au mieux perplexe, au pire léthargique. La compagnie Troma, spécialisée dans les séries Z décomplexées, y trouve tout de même son compte et décide de distribuer cette pellicule approximative dans les rayons vidéo. La petite campagne marketing déployée à l’époque tente même de faire croire que Maniac Nurses est la suite d’un autre film d’exploitation de Troma, Bloodsucking Freaks, alors que les deux métrages n’ont strictement aucun lien. Le film de Léon Paul De Bruyn puise une partie de son inspiration dans les films de prisons de femme et les chefs de file de la « nazisploitation » qui fleurissaient dans les années 70, souvent sous les bons auspices du réalisateur Jess Franco. Ainsi trouve-ton parmi les protagonistes des prénoms imagés tels que Ilsa, Greta et Gretchen. « Nous vous invitons maintenant à un voyage au cœur de la folie, dans un monde de sexe et de violence », dit dès l’entame la voix off qui nous accompagnera pendant tout le film, sur un ton ridiculement sentencieux qui nous rappelle les grandes heures d’Ed Wood.

Le pseudo-scénario qui sert à agencer maladroitement les scènes du film s’appuie sur la présence dans une clinique d’une femme médecin autoritaire et sadique, Ilsa (Hajni Brown), qui dirige d’une poigne de fer une armée de jeunes femmes psychopathes, épaulée par la fidèle Greta (Celia Farago). Le but de ces furies armées jusqu’aux dents nous échappe, mais elles s’adonnent de temps en temps à des expériences chirurgicales sanglantes visant manifestement à transformer leurs victimes en « jouets dociles »… expériences qui se révèlent des échecs cuisants. Le reste du temps, elles tuent ceux qui croisent leur route, mangent de la viande humaine, fouettent leurs prisonniers ou s’adonnent à des jeux sadomasochistes. L’intrigue finit par tourner timidement autour de Sabrina (Susanna Makey), la fille d’Ilsa (qui semble pourtant avoir quasiment le même âge qu’elle), laquelle passe son temps à lire des bandes dessinées de guerre quand elle ne joue pas de la gâchette ou du couteau pour satisfaire ses penchants meurtriers…

Tromatologie

Un film qui s’appelle Maniac Nurses ne laisse évidemment guère planer de doute quant à ses ambitions artistiques ou intellectuelles. On était pourtant en droit d’attendre qu’il honore au moins la promesse de son titre : celle de mettre en scène des infirmières tueuses. Or les héroïnes de ce nanar mal-fichu n’ont d’infirmières que le costume – et encore, lorsqu’elles ne préfèrent pas s’habiller en ersatz court-vêtus de Rambo – et évoluent dans un décor qui évoque tout sauf une clinique. Du reste, on n’y trouve pas le moindre patient. Léon Paul De Bruyn tente tant bien que mal d’aligner les ingrédients du parfait petit film d’exploitation : de l’érotisme déviant (une fille en uniforme militaire qui en fouette une autre en petite tenue), du gore généreux (tête qui explose, étripage, empalement, égorgement), des gags supposément drôles (le jardinier qui éructe en astiquant des nains de jardin), des effets de mise en scène incongrus (une spirale hypnotique qui se surimpressionne pendant un strip-tease, des textes qui s’affichent à l’écran pour commenter l’action). Filmé sans prise de son, affligé d’une post-synchronisation catastrophique et tourné dans des décors hongrois banals avec un format vidéo d’une laideur abyssale, Maniac Nurses s’achève sur une chasse à l’homme totalement dénuée de sens. Pour couronner le tout, le film accumule malgré sa courte durée d’invraisemblables longueurs, notamment d’inutiles séquences de rues tournées à Pigalle pour rallonger inutilement la sauce. Bref, du grand n’importe quoi !

 

© Gilles Penso

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