COYOTE VS. ACME (2026)

Lassé de voir tous ses gadgets lui exploser à la figure ou le précipiter dans le vide, Will Coyote décide de traîner en justice la compagnie qui les commercialise…

COYOTE VS. ACME

2026 – USA

Réalisé par Dave Green

Avec Will Forte, Lana Condor, John Cena, Tone Bell, Martha Kelly, Luis Guzman, P.J. Byrne, John Early, Nancy Lineman Charles, Kenneth Choi, Ernie Vigil

THEMA MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES

Tout commence sous forme d’une blague. En 1990, le magazine The New Yorker publie un texte de Ian Frazier imaginant les déboires judiciaires de Wil Coyote face à la société Acme, responsable de toutes les inventions qui explosent, se retournent contre lui ou échouent au pire moment. Près de trente ans plus tard, Warner Bros. décide d’en faire un film. Le développement de Coyote vs. Acme débute en 2018. James Gunn participe à l’histoire, Samy Burch signe le scénario et Dave Green prend en charge la réalisation. Le principe consiste à mélanger prises de vues réelles et animation pour raconter cette histoire de procès surréaliste. Le tournage a lieu au Nouveau-Mexique au printemps 2022, pour un budget estimé à 70 millions de dollars. Mais une fois le film terminé, rien ne va plus. En novembre 2023, Warner Bros. annonce qu’il ne sortira pas. Le studio entend inscrire environ 30 millions de dollars en déduction fiscale, dans le cadre d’une stratégie de réduction des coûts qui avait déjà conduit à l’abandon de Batgirl et de Scoob! Holiday Haunt. Cette décision provoque une vive réaction à Hollywood, d’autant que Coyote vs. Acme a alors déjà été montré à un public test enthousiaste. Face à la polémique, Warner finit par autoriser les producteurs à chercher un autre distributeur. Amazon, Apple et Netflix examinent le film, sans conclure d’accord. Pendant plus d’un an, ce long-métrage achevé reste donc invisible. Jusqu’en mars 2025 où le distributeur indépendant Ketchup Entertainment acquiert les droits pour environ 50 millions de dollars. S’il n’aura pas droit à une exploitation salles en France, contrairement aux États-Unis,  Coyote vs. Acme sort tout de même des limbes pour pouvoir – enfin ! – rencontrer son public.

Le film commence en 1992, dans un monde où les personnages de dessins animés cohabitent avec les humains. Le docteur Lorre, un scientifique toon employé chez Acme Corporation, transmet en secret un message à un contact inconnu avant d’être capturé et emprisonné dans un trou portable. Trente ans plus tard, Will Coyote, lassé de ne jamais parvenir à attraper Bip-Bip, découvre à la télévision une publicité pour Avery, Jones & Maltese, un cabinet d’avocats d’Albuquerque spécialisé dans les affaires de dommages corporels liées à la violence dans les dessins animés impliquant des produits Acme. Le Coyote part alors à la rencontre l’associé principal, Kevin Avery (Will Forte), dans l’espoir de poursuivre Acme en justice pour les différents appareils défectueux qui lui portent préjudice. Alors que Paige (Lana Condor), la nièce de Kevin et stagiaire au cabinet, est impatiente de traîner Acme devant les tribunaux, Kevin préfère conclure un accord à l’amiable pour éviter un procès risqué. Mais le toon opiniâtre rejette l’accord proposé par l’avocat d’Acme, Buddy Crane (John Cena), ce qui conduit inévitablement à un procès manifestement perdu d’avance…

Qui veut la peau de Will Coyote ?

D’autant plus drôle qu’il est parfaitement invraisemblable, le concept du film nous renvoie bien sûr à Qui veut la peau de Roger Rabbit ? qui, lui aussi, nous plongeait dans une enquête mêlant toons et humains dans un univers parallèle possédant sa propre cohérence. Si les gags de Coyote vs. Acme fonctionnent si bien, c’est parce qu’ils parviennent presque miraculeusement à retrouver l’esprit et le timing des folies d’un Chuck Jones. On apprécie d’ailleurs la direction artistique qui redonne aux toons leur look 2D original, tout en les intégrant parfaitement dans les prises de vues réelles. Un choix esthétique d’autant plus appréciables que les Looney Tunes contemporains ont trop tendance à vouloir les muer en personnages 3D et à perdre en cours de route la simplicité du trait qui les caractérise. Là où le film surprend le plus, c’est par l’émotion qu’il génère. Car le Coyote et Bip-Bip se révèlent très attachés l’un à l’autre, meilleurs ennemis qui semblent ne trouver une raison d’être qu’en se courant inlassablement après. Ce qui induit certes des séquences d’action et de poursuite effrénées, mais aussi des ruptures de rythme au cours desquelles le film n’hésite pas à prendre son temps. Sans chercher à jouer la carte méta et la mise en abîme, Coyote vs. Acme nous interroge sur notre joie simple de voir ces personnages jouer au chat et à la souris et sur le cynisme d’une corporation qui les exploite jusqu’à l’os pour servir la cause commerciale. Difficile de ne pas voir chez la corporation Acme le miroir déformant de la Warner. On comprend mieux pourquoi le studio, face à ce résultat impertinent, à contre-courant total de ce qu’on pourrait attendre d’une exploitation « confortable » des Looney Tunes (façon Space Jam), a décidé d’enterrer le film six pieds sous terre. Voir ce film hybride, étrange et nostalgique revenir d’entre les morts et jaillir sur les écrans – fussent-ils petits dans la plupart des territoires – est d’autant plus réjouissant.

© Gilles Penso

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GENESIS 2 (1973)

Quelques années après Star Trek, Gene Roddenberry développe un nouveau concept futuriste qui restera à l’état de pilote télévisé…

GENESIS II

 

1973 – USA

 

Réalisé par John Llewelyn Moyey

 

Avec Alex Cord, Ted Cassidy, Harvey Jason, Bill Striglos, Harry Raybould, Bevlah Quo, Marguerite Hartley

 

THEMA FUTUR I VOYAGES DANS LE TEMPS

Après avoir révolutionné la science-fiction télévisuelle avec Star Trek, Gene Roddenberry cherche au début des années 1970 à retrouver la formule qui lui a permis d’imaginer, semaine après semaine, des sociétés alternatives pour mieux interroger la nôtre. Derrière les aventures spatiales du capitaine Kirk et de son équipage se cachaient souvent des réflexions sur le racisme, la guerre, le totalitarisme, la religion ou encore les dangers d’une société soumise aveuglément à la technologie. Lorsqu’il imagine Genesis II, c’est en partie pour prolonger cette approche humaniste. Diffusé par CBS en mars 1973, ce téléfilm est conçu pour donner naissance à une nouvelle série, une sorte de Star Trek terrestre dont le protagoniste serait amené à rencontrer au fil des épisodes différentes communautés et différentes formes de société. Parmi les transfuges de Star Trek, on retrouve William Ware Theiss aux costumes et Gerald Perry Finnerman à la photographie, tout comme les acteurs Mariette Hartley, Ted Cassidy, Percy Rodrigues et Majel Barrett. CBS croit suffisamment au potentiel de Genesis II pour commander le développement d’une série. Mais le projet ne verra jamais le jour sous cette forme. Un second pilote, Planète Terre, sera tourné en 1974 avec John Saxon dans le rôle de Dylan Hunt. Mais entre-temps, le succès des rediffusions de La Planète des singes pousse CBS à privilégier cette autre franchise pour le petit écran. Genesis II restera donc à l’état de prototype.

Tout commence dans un 20ème siècle légèrement futuriste où le scientifique Dylan Hunt (Alex Cord) accepte de participer à une expérience d’hibernation. Son objectif est de se réveiller à une époque où la médecine et les connaissances humaines auront considérablement progressé. Mais lorsqu’il ouvre les yeux, nous sommes en 2133 et le monde qu’il connaissait n’existe plus. Une catastrophe nucléaire a en effet ravagé la civilisation. Les grandes villes ont disparu, les infrastructures se sont effondrées et l’humanité s’est fragmentée en communautés qui ont développé leurs propres systèmes politiques et sociaux. Hunt finit par rencontrer les membres de PAX, une organisation scientifique souterraine qui s’est donné pour mission de préserver les connaissances et de reconstruire progressivement la civilisation. Son périple le conduit cependant vers une société radicalement différente, Tyrania. Dirigée par une élite autoritaire, celle-ci repose sur un système de domination et d’esclavage. Capturé, Hunt utilise ses connaissances pour encourager une révolte et tenter de renverser l’ordre établi…

La femme aux deux nombrils

En tentant de reproduire la formule qui lui valut le succès, Roddenberry se place à contre-courant de ses contemporains dans sa manière d’appréhender la science-fiction. Alors que des films comme 2001 l’odyssée de l’espace, THX 1138 ou Le Mystère Andromède expriment une méfiance croissante envers les sociétés technologiques, Genesis II défend au contraire une vision optimiste. Ici, la connaissance scientifique peut sauver l’humanité si elle est mise au service de valeurs humanistes. Sur le papier, le postulat est prometteur. À l’écran, c’est nettement plus laborieux. Les décors sentent le bricolage et les effets spéciaux sont réduits au strict minimum. Mais là n’est pas le problème principal de ce téléfilm, qui s’offre tout de même quelques trouvailles visuelles attrayantes comme les véhicules souterrains rétro-futuristes de PAX. Le souci majeur vient surtout du récit, qui semble se contenter de recycler les idées maîtresses de Star Trek en changeant simplement de décor. Le manque de charisme du moustachu Alex Cord n’arrange rien. On se rabat alors sur les personnages secondaires, notamment la ravissante mutante Lyra-a (Marielle Hartley) qui, dans l’une des scènes les plus amusantes du métrage, exhibe ses deux nombrils. Ce détail extravagant résume à lui seul ce que Genesis II aurait pu être s’il avait osé pousser plus loin son imagination. Tel est finalement le défaut principal de ce téléfilm : son idée de départ est plus audacieuse que son exécution. Un peu plus de folies et d’exubérances n’auraient pas nui. Au début des années 2000, la série Andromeda reprendra une partie du concept de Genesis II, un autre Dylan Hunt (incarné cette fois par Kevin Sorbo) se réveillant à son tour dans un avenir où la civilisation humaine s’est disloquée.

 

© Gilles Penso

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FANTÔME AVEC CHAUFFEUR (1996)

En fin de carrière, Gérard Oury transforme Philippe Noiret et Gérard Jugnot en spectres désireux de régler leurs comptes avec le monde des vivants…

FANTÔME AVEC CHAUFFEUR

 

1996 – USA

 

Réalisé par Gérard Oury

 

Avec Philippe Noiret, Gérard Jugnot, Jean-Luc Bideau, Charlotte Kady, Daniel Russo, Daniel Gélin, Sophie Desmaret

 

THEMA FANTÔMES

Lorsqu’il se lance dans Fantôme avec chauffeur, Gérard Oury n’est plus le jeune metteur en scène qui, deux décennies plus tôt, faisait exploser les compteurs du box-office avec Le Corniaud et La Grande vadrouille. Né en 1919, passé par le Conservatoire et d’abord comédien avant de devenir scénariste puis réalisateur, Oury s’est imposé comme l’un des grands architectes de la comédie populaire française. Ses films ont cumulé près de 69 millions d’entrées en France et associé son nom à un cinéma spectaculaire, fondé sur les duos d’acteurs, les situations burlesques et une mécanique comique savamment huilée. Au début des années 1990, pourtant, le cinéaste connaît un passage à vide. Vanille fraise, en 1989, est une déconvenue, tandis que La Soif de l’or, sorti en 1993, lui permet de retrouver quelque peu les faveurs du public. Fasciné par les possibilités des trucages numériques qu’il expérimenta justement pour la première fois à l’occasion de cette comédie mettant en vedette un harpagon incarné par Christian Clavier, il réfléchit à un moyen de les exploiter sur une plus grande échelle. Les succès des Visiteurs et des Anges gardiens le confortent dans cette idée. En 1994, il imagine donc une comédie fantastique qui permettrait aux personnages de traverser les murs, de disparaître ou de côtoyer les vivants sans pouvoir être vus. Fait rare dans sa carrière : il ne participe pas directement à l’écriture du scénario et laisse Francis Veber s’en charger.

Tout commence par deux morts. Philippe Bruneau-Teissier (Philippe Noiret), grand patron d’un empire industriel, et son chauffeur Georges Morel (Gérard Jugnot) sont assassinés l’un après l’autre. De leur vivant, les deux hommes entretenaient une relation strictement professionnelle : le patron commandait, le chauffeur exécutait. Rien, ou presque, ne semblait devoir les rapprocher. La mort va pourtant bouleverser cette hiérarchie. Désormais débarrassés de leurs enveloppes charnelles, Bruneau-Teissier et Georges errent parmi les vivants sans parvenir à communiquer avec eux. Ils assistent impuissants aux conséquences de leur disparition et découvrent qu’ils disposent d’un délai limité avant de devoir définitivement quitter le monde des vivants : quarante-huit heures pour comprendre ce qui leur arrive et régler les affaires qu’ils ont laissées derrière eux. Pour Bruneau-Teissier, la plus importante concerne son fils. Le jeune homme, passionné de jeux vidéo, vit largement dans une réalité virtuelle qui l’a éloigné de son père. Entre eux, les années ont creusé un fossé. La mort va paradoxalement offrir au grand patron une dernière chance de renouer avec lui.

La petite vadrouille

Difficile de défendre Fantôme avec chauffeur comme l’un des sommets de la filmographie de Gérard Oury. La mécanique comique est inégale, certains gags ont lourdement vieilli et le scénario de Francis Veber, indigne du talent que nous lui connaissons, peine à exploiter jusqu’au bout son idée fantastique. Le personnage de Georges s’encombre notamment de sous-intrigues – histoires de sexe, trafic de drogue et petites combines – qui détournent le film de ce qui en constitue le véritable intérêt. Car c’est bien la relation entre le père distant et le fils lointain qui devrait logiquement faire battre le cœur de cette intrigue. Âgé alors de 76 ans, Gérard Oury nous parle du vieillissement, de la mort, de la filiation, des regrets et de l’amour paternel. Le vénérable cinéaste semble finalement moins intéressé par les fantômes que par ce que leur disparition révèle des vivants. Les effets numériques, eux, accusent leur âge. Variantes cheap de celles de Ghost, les apparitions, les traversées de murs et les interactions entre morts et vivants auraient plutôt tendance à nous évoquer les tours de passe-passe visuels de Garou-Garou, le passe-muraille, sans pour autant exhaler le même charme ou la même poésie. Le résultat est donc très maladroit, mais pas totalement dénué de charme. D’autant que Fantôme avec chauffeur prend aujourd’hui des allures de film testamentaire. Oury semble filmer là un monde en train de disparaître et une génération appelée à laisser sa place à une autre, plus jeune et plus technologique. L’accueil du public et de la critique sera glacial. Oury aura encore le temps de réaliser Le Schpountz en 1999 avant de tirer définitivement sa révérence.

 

© Gilles Penso

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GHOSTKEEPER (1981)

Trois jeunes amis égarés dans une montagne enneigée trouvent refuge dans un vieil hôtel où sévit une créature anthropophage…

GHOSTKEEPER

 

1981 – CANADA

 

Réalisé par James Makichuk

 

Avec Riva Spier, Murray Ord, Sheri McFadden, Georgie Collins, Les Kimber, Bill Grove, John MacMillan

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Curiosité du cinéma fantastique canadien, Ghostkeeper est né comme un film d’épouvante gothique, mais ses moyens ultra-limités et son sens de la bricole l’ont mué en objet bizarre pétri de maladresses, dans lequel l’atmosphère finit par prendre le pas sur la logique narrative. Son réalisateur James « Jim » Makichuk n’arrive pas tout à fait de nulle part. Né au Manitoba et élevé en Ontario, il travaille à la télévision avant de s’installer en Alberta. Il y réalise des publicités et des films institutionnels, avant de créer sa propre société en 1979, Badland Pictures. Ghostkeeper est son premier long métrage. Le projet démarre avec le scénariste Doug MacLeod. Les deux hommes veulent profiter de l’engouement suscité par le cinéma d’horreur post-Halloween et imaginent un film fantastique peu coûteux, tourné dans un lieu unique avec une distribution réduite. Leur choix se porte sur le Deer Lodge, un hôtel isolé de Lake Louise, en Alberta. Mais le tournage, amorcé à l’hiver 1980, prend rapidement les allures d’une épreuve de survie. Le budget s’épuise avant que le scénario ne soit réellement achevé. Makichuk doit alors choisir entre arrêter le film ou continuer avec les moyens du bord. Il choisit la seconde option. La suite des prises de vues est donc élaborée pratiquement au jour le jour, avec des scènes écrites au fur et à mesure. Ce contexte explique en grande partie la forme singulière du résultat final. Malgré l’indiscutable photogénie des lieux, la photographie atmosphérique de John Holbrook et la musique anxiogène de Paul Zaza, Ghostkeeper ploie sous le poids de ses entraves.

Le film commence un soir de Nouvel An. Jenny (Riva Spier), son compagnon Marty (Murray Ord) et leur amie Chrissy (Sheri McFadden) sillonnent les montagnes canadiennes en motoneige. Lorsqu’un problème mécanique les contraint à s’arrêter, tous trois découvrent un immense hôtel isolé et apparemment abandonné. Plutôt que de passer la nuit dans le froid, ils décident d’y chercher refuge. C’est évidemment une mauvaise idée. Car l’endroit n’est pas aussi désert qu’il en a l’air. Une vieille femme (Georgie Collins) y vit encore. Elle accueille les trois visiteurs avec une hospitalité qui ne tarde pas à devenir suspecte. Car cette étrange hôtesse n’est pas simplement la propriétaire d’un hôtel perdu au milieu des Rocheuses : elle est la « Ghostkeeper », la gardienne d’une créature surnaturelle enfermée dans les entrailles du bâtiment. Dans une pièce glaciale, elle conserve en effet le Wendigo, une entité avide de chair humaine. Son fils Danny (Bill Grove) se charge de lui fournir régulièrement de nouvelles victimes. Nos trois protagonistes constituent donc des proies toutes désignées…

Viande surgelée

Hésitant sans cesse entre les codes du slasher et ceux du film de monstre, Ghostkeeper souffre d’une intrigue chaotique qui le rend difficile à suivre. Le Wendigo lui-même est paradoxalement l’un des éléments les moins impressionnants du film. Cette entité monstrueuse reste largement en retrait, tandis que la violence graphique demeure limitée. Ceux qui attendent un déferlement de meurtres et de sang risquent donc de rester sur leur faim. C’est d’autant plus dommage que la légende liée à cette créature surnaturelle, issue de la mythologie des premières nations algonquiennes du Canada, possédait un énorme potentiel pas encore vraiment traité à l’écran jusqu’alors – si l’on excepte l’obscur Wendigo de Roger Darbonne (1978). Il faut tout de même reconnaître à James Makichuk sa capacité à créer un sentiment d’isolement et de malaise. L’hôtel où se déroule le drame devient progressivement un personnage à part entière. Ses couloirs sombres, ses pièces glaciales, son mobilier inquiétant et son architecture labyrinthique installent une ambiance intéressante qui évoque inévitablement Shining – toutes proportions gardées bien sûr. Si le casting est sans éclat, on salue tout de même la prestation de Georgie Collins qui, dans le rôle de la vieille gardienne, impose une présence autrement plus inquiétante que celle du monstre. Ghostkeeper reste donc extrêmement anecdotique, même si son climat insolite explique sans doute qu’il ait survécu dans les mémoires de quelques amateurs du genre au-delà de sa première exploitation en vidéo et à la télévision.

 

© Gilles Penso

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PINOCCHIO DÉCHAÎNÉ (2026)

La marionnette fabriquée par Gepetto a changé de ton : désormais, elle se met en quête de chair humaine pour se transformer en vrai garçon…

PINOCCHIO UNSTRUNG

 

2026 – USA / GB

 

Réalisé par Rhys Frake-Waterfield

 

Avec Jude Evan Lloyd, Richard Brake, Robert Englund, Cameron Bell, Jessica Balmer, Karolina Knight, Mya Brown, Peter DeSouza-Feighoney, Jack Art Gray

 

THEMA JOUETS

Le « Twisted Childhood Universe » (entendez “L’univers de l’enfance pervertie”) continue à se développer en s’employant méticuleusement à transformer les icônes de nos jeunes années en monstres assoiffées de sang. Après les deux Winnie the Pooh : Blood and Honey, Le Cauchemar de Peter Pan et Bambi : la vengeance, place donc à Pinocchio déchaîné. À vrai dire, ce n’est pas la première fois que le sympathique pantin en bois imaginé par Carlo Collodi se mue en personnage de film d’horreur, puisque La Revanche de Pinocchio de Kevin Tenney est déjà passé par là en 1996. Mais Rhys Frake-Waterfield (réalisateur des variantes déviantes de Winnie l’ourson mais aussi de Killing Tree, Firenado et Sky Monster) entend aller beaucoup plus loin en poussant à fond tous les curseurs des jets d’hémoglobine. Pour donner corps à sa vision écarlate des aventures de la marionnette vivante, le scénariste/réalisateur s’allie quelques guest stars habituées au genre, notamment Richard Brake, l’un des acteurs fétiches de Rob Zombie (Halloween 2, 31, 3 From Hell, The Munsters), dans le rôle de Gepetto, et Robert Englund (Freddy Krueger en personne) pour prêter sa voix au criquet. Et pour s’amuser à croiser les personnages de cet univers partagé, façon Marvel Cinematic Universe, il sollicite DeSouza-Feighoney et Christopher Chambers qui reprennent furtivement les rôles de Michael Darling et Christopher Robin qu’ils tenaient respectivement dans Le Cauchemar de Peter Pan et Winnie the Pooh : Blood and Honey 2.

Après la mort tragique de ses parents dans un accident de voiture, James (Cameron Bell), 14 ans, est envoyé vivre chez son grand-père Geppetto (Richard Brake). Traumatisé et solitaire, il se lie d’amitié avec un garçon qui succombe à un cancer en phase terminale. James est donc une nouvelle fois confronté à la perte d’un être cher. Déterminé à ne plus voir son petit-fils souffrir, Geppetto se promet de fabriquer un ami qui ne l’abandonnera jamais. Un an plus tard, réveillé en pleine nuit par d’étranges bruits provenant du sous-sol, James découvre la surprenante création de son grand-père : Pinocchio, une marionnette en bois douée de conscience, dont le nez s’allonge chaque fois qu’elle ment (et à qui Jude Evan Lloyd prête sa voix). Conçu pour devenir le compagnon de James, Pinocchio noue rapidement avec lui une relation fraternelle. Fasciné par les humains, il rêve bientôt de devenir un véritable petit garçon. Alors que James est à l’école, Pinocchio explore le sous-sol et découvre une créature de bois défigurée qui se présente comme sa « Mère en Bois » (Emma Tate). Celle-ci lui révèle qu’il ne sera jamais considéré comme un égal de James tant qu’il restera une marionnette. Pour devenir humain, il devra se procurer des organes et de la peau prélevés sur des spécimens vivants.

Gueule de bois

L’un des partis pris artistiques majeurs adoptés par Rhys Frake-Waterfield est l’emploi d’un maximum d’effets spéciaux pratiques. Pinocchio est donc une marionnette animatronique, comme l’inquiétante « Mère en Bois » et le sinistre criquet, le tout sous la supervision du vétéran Todd Masters (Necronomicon, Horribilis, Child’s Play). Le cinéaste insiste sur ce point, concevant même un générique de fin entièrement dédié aux coulisses du tournage. Le ton est d’ailleurs donné dès le générique de début, conçu de manière artisanale avec des marionnettes découpées et filmées en ombres chinoises. La même philosophie est adaptée aux effets gore, qui éclaboussent régulièrement l’écran avec un sens de la démesure qui n’est pas sans rappeler les débordements de la saga Terrifier. Certaines séquences, comme celle de la salle de sport (digne de Destination finale), de l’hôpital, du cabinet de dentiste ou de la piscine, poussent le délire horrifique assez loin. Ces effets spéciaux excessifs constituent l’intérêt principal du film, car le scénario assure le service minimum malgré une intéressante tendance à briser tout le manichéisme inhérent au conte original. Ainsi, au-delà du pantin mué en tueur en série et au criquet agissant comme une mauvaise conscience déviante, le personnage de Gepetto se révèle être le vrai super-vilain du film, une sorte de docteur Frankenstein psychopathe tellement obsédé par la vie après la mort qu’il perd toute notion de bien et de mal. Dans le rôle, Richard Brake est parfait, même si les ambitions narratives du film auraient gagné à dépasser le simple exercice de style sanglant et provocateur. Dommage, parce que Rhys Frake-Waterfield n’est pas passé loin d’un véritable petit classique de l’horreur.

 

© Gilles Penso

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CALMOS (1976)

Deux hommes abandonnent leur devoir conjugal pour se réfugier dans la campagne, mais cet acte aura des répercussions gigantesques…

CALMOS

 

1976 – FRANCE

 

Réalisé par Bertrand Blier

 

Avec Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Bernard Blier, Brigitte Fossey, Claude Piéplu, Pierre Bertin, Michel Peyrelon, Dora Doll, Gérard Jugnot, Dominique Lavanant

 

THEMA POLITIQUE FICTION

Porté par le succès des Valseuses, Bertrand Blier s’attelle aussitôt au scénario de Préparez vos mouchoirs pour pouvoir retrouver son trio fétiche : Gérard Depardieu, Miou-Miou et Patrick Dewaere. Mais l’actualité lui souffle bientôt une autre idée. En effet, l’ONU vient de proclamer 1975 « Année internationale des femmes ». Blier et son coscénariste Philippe Dumarçay décident d’en profiter pour jeter un joyeux pavé dans la mare : et si, sous couvert de célébrer la femme, ils s’attaquaient frontalement aux excès du féminisme ? Ainsi naît Calmos, conçu comme une farce sexiste absurde. Blier rêve alors d’un Orange mécanique à la française : une variante franchouillarde et paillarde, avec une esthétique pop et futuriste. Le manque de budget lui fera tout de même revoir ses ambitions à la baisse. « Calmos doit être pris comme une farce énorme, écrite avec la plus entière mauvaise foi et qui, par le biais de cette mauvaise foi, débouche sur l’humour », résume Blier. « Nous avons trouvé intéressant de déclencher une épidémie universelle de rejet sexuel. » (1) Pour incarner respectivement un bellâtre blasé et un gynécologue lassé, tous deux en rupture avec le monde féminin, Blier pense d’abord à Jean-Paul Belmondo et Jean Yanne. Mais les deux comédiens déclinent la proposition. Le réalisateur se rabat alors sur Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle, dont la popularité est à son zénith. Leur duo improbable sera l’un des principaux ressorts comiques du film.

La première séquence de Calmos est déjà un morceau d’anthologie. Marielle, sous la blouse du gynécologue parisien Paul, se prépare de généreuses tartines de foie gras arrosées d’un bon vin, face à une patiente qui, entièrement nue, les jambes écartées sur des étriers, attend patiemment qu’on s’occupe d’elle. N’en pouvant plus, le médecin fuit son cabinet. Lassé de son métier comme des exigences de la vie conjugale, il aspire à une existence débarrassée de toute contrainte. Sa rencontre avec Albert (Rochefort), un parfait inconnu avec lequel il se découvre une étrange communauté d’esprit, agit comme un révélateur. Albert, lui, a longtemps vécu de ses charmes, mais cette existence lui pèse désormais. Entre les deux hommes, le constat est sans appel : ils en ont assez des femmes et des obligations qui rythment leur quotidien. Sur un coup de tête, Paul et Albert prennent la direction de la Bourgogne et trouvent refuge à Fiancey, un village imaginaire perdu dans la campagne, où ils entreprennent de mener une existence entièrement consacrée au repos et aux plaisirs de la table. Leur retraite attire bientôt des adeptes. Des milliers d’hommes quittent à leur tour les villes et abandonnent leurs compagnes pour rejoindre cette nouvelle communauté masculine. Ce qui n’était au départ qu’une fugue devient un phénomène de société. La révolte prend une ampleur incontrôlable et se transforme en guerre des sexes. Tandis que les hommes désertent leurs foyers, les femmes s’organisent et passent à la contre-offensive…

La guerre des sexes

Si Les Valseuses avait collé à Blier une étiquette de « cinéaste misogyne », ce n’est évidemment pas Calmos qui contredira cette réputation peu flatteuse. Féru de provocation, le réalisateur n’en a cure, tout en inversant les conventions. Ici, ce sont les femmes qui sont assoiffées de sexe et poursuivent les hommes de leurs ardeurs, retournant le rapport de forces qui était justement au cœur des Valseuses. C’est dans sa première moitié que Calmos trouve sa meilleure inspiration. Lorsque Paul et Albert se retirent du monde pour s’installer à la campagne, le film s’attache à décrire le bonheur très primaire de ne plus avoir à rendre de comptes à personne. Cette philosophie mi-épicurienne mi-rabelaisienne, que cultivait déjà Yves Robert dans Alexandre le bienheureux, permet à Marielle et Rochefort de s’en donner à cœur joie. Le premier s’amuse manifestement de chacune des absurdités que le dialogue lui offre, tandis que Rochefort excelle dans le registre de la gravité pince-sans-rire. Mais lorsque le scope du film s’élargit et que la simple fable campagnarde bascule dans la science-fiction la plus exubérante, Blier nous donne le sentiment de perdre le fil. On savoure certes les prestations de Claude Piéplu en maquisard ravitailleur, de Gérard Jugnot en suiveur râleur, de Brigitte Fossey en épouse nymphomane ou de Bernard Blier en curé adepte de la bonne chère, mais l’impact de Calmos s’amenuise au fur et à mesure de son décollement de la réalité. Pourtant, le film ne manque pas de scènes follement ambitieuses : l’exode massif des mâles sur la voie ferrée, l’attaque du tank en rase campagne, le laboratoire futuriste où des milliers de femmes nues se jettent à tour de rôle sur nos pauvres hommes-objets, l’envolée finale en deltaplane ou cet impensable épilogue qui revisite à sa manière Le Voyage fantastique. Mais Calmos nous semble alors s’empêtrer dans sa propre surenchère. « Calmos est la grosse connerie de ma vie », dira rétrospectivement Blier. « Tout ça manquait de vigueur, de folie. C’était un film “kubrickien”, vous savez, avec tout un univers à construire, sauf qu’on n’avait pas les moyens de Kubrick. Et que je n’avais pas son talent. » (2)

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans L’Aurore en février 1976.

(2) Extrait d’une interview publiée dans Télérama en août 2010.

 

© Gilles Penso

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RESIDENT EVIL (2026)

Avec ce second reboot de la franchise, Zach Cregger propose une approche atmosphérique retranscrivant l’expérience immersive de jeu à l’écran…

RESIDENT EVIL

 

2026 – USA

 

Réalisé par Zach Cregger

 

Avec Austin Abrams, Zach Cherry, Kali Reis, Paul Walter Hauser, Will Merrick, Karel Dobry, Islae Mc Rae

 

THEMA ZOMBIES I SAGA RESIDENT EVIL

Avec Barbare et Évanouis, la carrière de Zach Cregger a commencé sur les chapeaux de roue, même s’il avait déjà 41 ans lors de la sortie du premier en 2022, ce qui explique un certain classicisme où écriture, mise en scène et direction d’acteurs vont de pair. Après ces deux succès critiques et publics et l’Oscar du meilleur second rôle pour Amy Madigan à la clé, Cregger se voit dès lors courtisé par les studios et signe avec Playstation Studio et Capcom pour un nouveau reboot de la franchise Resident Evil, après un Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City aux allures de pétard mouillé, sorti en 2021et aussitôt oublié. Le scénariste-réalisateur clame haut et fort sa passion pour le jeu d’origine, et s’est déjà attiré les foudres de certains fans en optant pour une histoire originale plutôt que l’adaptation d’un épisode vidéoludique existant. Le film introduit ainsi d’emblée son protagoniste (voire son « joueur ») : un quidam, Bryan (Austin Abrams vu dans Évanouis et Euphoria), coursier de son état, acceptant une nouvelle course/quête : braver la tempête de neige qui s’abat sur la région pour livrer un colis aussi urgent que sensible à l’hôpital de Raccon City. Les chose déraillent vite après qu’il ait renversé une femme sur une route sinueuse de forêt. Le comportement de cette dernière s’avère aussi erratique que menaçant malgré ses blessures mortelles. Bryan va donc passer la pire nuit de sa vie, affrontant des créatures mutantes et mettant tout en œuvre pour honorer la livraison de son colis. Conscience, quand tu nous tiens !

La narration emprunte ouvertement une approche vidéoludique, et Resident Evil donne même l’impression de regarder une partie en « live » (une occupation déjà populaire sur Youtube ou la plateforme Twitch). Cregger colle ainsi au point de vue unique de Bryan, mais se refuse toutefois à l’esbroufe du plan-séquence, une idée déjà menée à bien par 1917 et Hardcore Henry. S’autorisant donc des options de montage, la caméra ne lâche jamais le personnage principal, ce qui s’avère particulièrement efficace lors de l’approche d’une gloumoute, le spectateur disposant des mêmes informations limitées que Bryan. Le réalisateur a digéré la mécanique et la grammaire visuelle du jeu vidéo et en émule certains principes, notamment l’utilisation d’objets pour progresser ou la recherche répétée de clés pour ouvrir des cadenas. Lors de saillies méta pas très subtiles, Bryan remarque même qu’il y a des cadenas partout et se félicite d’avoir appris à viser dans les jeux vidéo. La progression rappelle ainsi parfois un escape game. Plus caustique, Cregger s’amuse aussi de la logique parfois relative des jeux lorsque le héros/joueur ouvre le frigidaire à la recherche de munitions ! Autre clin d’œil aux gamers lorsque Bryan monte en voiture à mi-parcours avec des PNJ (« Personnage Non Jouable », terme désormais intégré au vocabulaire courant de la Gen Z), à la manière d’une cinématique pendant le chargement du prochain niveau du jeu. Cregger parvient également à retranscrire la temporalité particulière des jeux, l’action semblant se dérouler en temps réel bien que plus de douze heures s’écoulent effectivement à l’écran au cours des 100 minutes de projection, un tour de passe-passe narratif déjà opéré par Sam Mendès dans 1917.

Résident en ville

Sur la forme, Resident Evil a tout pour satisfaire les gamers et les non-initiés, grâce en partie au travail sur les cadres et la lumière de Dariusz Wolski (The Crown, la trilogie Pirates des Caraïbes de Gore Verbinski, Sweeney Todd, Prometheus parmi tant d’autres) qui parvient à faire ressentir le froid et l’humidité de la campagne enneigée lors des scènes nocturnes de la première partie. Sur le fond, on pouvait craindre que le cahier des charges inhérent à toute franchise vienne entraver le talent de Zach Cregger. Celui-ci a déclaré que si le film s’est monté si vite, c’est parce qu’il s’est contenté d’utiliser un scénario existant pour l’adapter à l’univers de la saga. Ceci explique ainsi que l’on retrouve les ruptures tonales de Barbare et Évanouis, pour le meilleur – avec humour et frissons se juxtaposant harmonieusement – et le moins bon – le dénouement versant à nouveau dans des débordements graphiques pas forcément du meilleur goût, et détonnant avec l’atmosphère instaurée jusque-là. Dans sa première partie, Resident Evil fait la part belle à une horreur gothique, avec cette vieille ferme ou le tunnel encombré de voitures accidentées. Les basses synthétiques évoquent John Carpenter, une référence appuyée par une menace canine et la neige qui renvoient à The Thing. La seconde partie lorgne ensuite du côté de New York 1997, l’aventure se déplaçant en milieu urbain hostile et la survie de Bryan étant soumise à un compte-à-rebours vital pour accomplir sa mission, comme un émule de Snake Plissken qui serait interprété par Simon Pegg – auquel le jeu d’acteur de Austin Abrams fait penser. L’origine biologique des monstres est également révélée et le film retombe alors (lourdement ?) sur le plancher des vaches, pour embrayer dans son dernier acte sur un remake gore de Piège de cristal. Ce glissement stylistique plombait déjà les jeux originaux, les manoirs lugubres finissant toujours par céder la place aux complexes scientifiques stériles de la Umbrella Coporation. Pourtant, cette rupture n’est pas forcément du fait des producteurs puisque Cregger y a eu recours dans ses deux premiers films, prenant le risque de perdre en route une partie des spectateurs. Il réussit néanmoins ici à aller jusqu’au bout de ses expérimentations sur le point de vue subjectif et unique. Barbare avait en effet recours à un montage parallèle avec le petit ami de l’héroïne, tandis qu’Évanouis multipliait les personnages et donc les points de vue. Ici, Bryan est à l’écran du premier au dernier plan et le spectateur est parfaitement identifié au personnage, tel un joueur et son avatar. Au-delà de la réussite conceptuelle, le résultat s’avère en revanche vain sur le plan thématique, Resident Evil ne racontant rien au-delà de l’expérience immersive offerte. Spielberg, suivant la même approche, avait accouché d’une Guerre des mondes aussi riche sur le fond que sur la forme. Faut-il d’ailleurs voir un aveu de la vacuité de l’entreprise dans les répliques de Bryan, constituées à 90% de variations fleuries autour de « putain », « merde », « bordel » ? Souhaitons que Cregger revienne à ses propres marottes et ne restera pas prisonnier de la franchise, le talent déployé au fil de ses trois premiers films en faisant un cinéaste prometteur que l’on aimerait voir développer une œuvre personnelle.

 

 © Jérôme Muslewski

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LEVITICUS (2026)

Dans une petite communauté de chrétiens évangéliques, un « guérisseur » pratique des rites de conversion aux conséquences terrifiantes…

LEVITICUS

 

2026 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Adrian Chiarella

 

Avec Joe Bird, Stacy Clausen, Tyallah Bullock, Ewen Leslie, Mia Wasikowska, Jeremy Blewitt, Davida McKenzie, Julia Grace, Hyu Motoki, Edwina Wren

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Adrian Chiarella est tombé dans la potion magique du cinéma d’horreur quand il était tout petit. Ses souvenirs émus des descentes secrètes au rez-de-chaussée de chez ses parents, en pleine nuit, pour regarder des films comme Les Griffes de la nuit ou Halloween, sont encore vivaces. Plus tard, il comprendra que les monstres, les créatures infernales et les démons symbolisent la plupart du temps des traumatismes bien réels et semblent conçus pour pouvoir les exorciser. Après quelques courts-métrages et une poignée d’épisodes de séries TV, Chiarella décide d’attaquer son premier long en s’appuyant sur son vécu personnel pour concocter ce qu’il définit comme « un film d’horreur sociale queer ». Ses influences ont depuis évolué, se nourrissant de quelques classiques contemporains tels que It Follows ou The Witch. Le titre de son film, Leviticus, se réfère au Lévitique, l’un des livres de la Bible souvent cité par les conservateurs religieux comme preuve de l’interdiction divine de l’homosexualité. En quête d’authenticité et de réalisme, Chiarella pousse ses recherches assez loin, s’inspirant notamment de témoignages réels liés aux thérapies de conversions pratiquées dans différentes cultures à travers le monde pour s’efforcer de ramener « dans le droit chemin » les brebis égarées. Son scénario fait mouche, lui permettant d’obtenir un financement dans le cadre de la programmation 2024-2025 de Screen Australia et d’être coproduit par deux compagnies australiennes : Causeway Films et Samira Productions.

Après la mort de son père, Naim Reid (Joe Bird), un adolescent timide, s’installe avec sa mère Arlene (Mia Wasikowska, l’héroïne du Alice au pays des merveilles de Tim Burton) dans une petite ville de l’État de Victoria, dominée par une communauté de fervents chrétiens évangéliques. En quête de repères, Naim se rapproche de Ryan Whelan (Stacy Clausen), un garçon de son âge. Une relation secrète naît entre eux, mais leur histoire est rapidement menacée lorsqu’ils découvrent que Ryan entretient également une relation avec Hunter (Jeremy Blewitt), le fils du pasteur. Blessé et jaloux, Naim révèle leur liaison aux parents de Hunter, déclenchant une réaction radicale. Convaincus que les garçons doivent être « soignés » de leurs désirs homosexuels, les parents de Hunter font appel à un guérisseur. Au cours d’une éprouvante séance d’exorcisme, Ryan et Hunter sont soumis à un rituel censé les purifier. Mais alors que leurs corps sont secoués de convulsions et que leurs cris de douleur résonnent dans la pièce, quelque chose semble se libérer. Dès lors, Naim est témoin de phénomènes inquiétants. Ryan parle en effet à une présence invisible, comme s’il n’était plus seul. Une présence qui va se révéler démoniaque et destructrice…

Le droit chemin

Le concept qui sous-tend le scénario de Leviticus se révèle à la fois original et déstabilisant. Ici, les « exorcisés » ne sont pas possédés par un démon intérieur mais se laissent tromper par une entité redoutable qui adopte les traits de l’être qu’ils aiment le plus. « Il prend toujours l’apparence de la personne qui nous fait de l’effet » s’exclame ainsi l’un des personnages du film ayant lui-même été témoin de l’inquiétant rituel. Une insidieuse paranoïa se développe ainsi au fil du récit. Car face à ce monstre insaisissable, chacun est désarmé. Comment faire confiance à celui ou celle qu’on apprécie le plus ? Comment savoir si l’on croise l’être aimé ou son avatar maléfique ? Le désir se mue alors en danger. « C’est exactement ce qu’ils cherchaient, qu’on ait peur l’un de l’autre », résume Ryan face à un Naim terrorisé. Même le repli sur soi-même devient risqué, puisque l’alter-ego démoniaque surgi lorsqu’on est isolé. Le seul moyen de se protéger semble alors être de se mêler à la foule, au prix du renoncement à toute intimité et à tout jardin secret. Pour tirer de ses comédiens la prestation la plus réaliste et la plus crédible possible, Adrian Chiarella précède le tournage de deux semaines de répétition en petit comité, puis laisse une grande place à l’improvisation face à la caméra. Résultat : un drame horrifique à fleur de peau qui brocarde l’intolérance religieuse avec une redoutable efficacité.

 

© Gilles Penso

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BIGFOOT (1970)

Une famille de chaînons manquants velus s’est établie dans la montagne et kidnappe des jeunes femmes pour assurer sa descendance…

BIGFOOT

 

1970 – USA

 

Réalisé par Robert F. Slatzer

 

Avec John Carradine, Joi Lansing, Judy Jordan, John Mitchum, James Craig, Chris Mitchum, Joy Wilkerson, Lindsay Crosby, Ken Maynard, Dorothy Keller

 

THEMA YÉTIS ET CHAÎNONS MANQUANTS

Si le Yéti himalayen a fait ses premiers pas officiels au cinéma dans L’Abominable homme des neiges de W. Lee Wilder en 1954 – précédé quatre décennies plus tôt par une variante colossale apparue dans À la conquête du Pôle de Georges Méliès -, son confrère américain s’est montré plus timide. Mais en 1967, un célèbre film amateur, montrant une créature velue bipède qui avance puis se tourne brièvement vers la caméra, fait le tour du monde. Tourné en Californie du Nord par Roger Patterson et Bob Gimlin, ce bout de pellicule a une authenticité toute relative et alimente d’emblée les controverses. Mais il présente le mérite de remettre le Bigfoot sur le devant de la scène, et motive donc la mise en chantier d’un petit film d’horreur tout entier dédié aux chaînons manquants aux grands pieds. Voici donc le bien-nommé Bigfoot, réalisé par Robert F. Saltzer, dont il s’agit du second long-métrage après l’anecdotique film de motards The Hellcats sorti en 1968. S’il bénéficie d’un budget anémique et de deux semaines seulement pour mettre la chose en boîte, Saltzer tient à installer ses caméras dans les régions montagneuses sauvages du nord de la Californie, précisément là où Patterson et Gimlin filmèrent leur grand homme velu et où de nombreuses observations de Bigfoots – ou de Sasquatchs – ont été rapportées au fil des années. Il ne faut pas pour autant s’attendre à un film cultivant le réalisme. Nous sommes au contraire en présence d’un délicieux nanar au scénario parfaitement délirant.

La pilote Joi Landis (Joi Lansing) survole la forêt d’une région sauvage et isolée, à bord de son petit avion, lorsqu’une panne moteur la contraint à sauter en parachute. À peine a-t-elle touché le sol qu’une créature monstrueuse surgit des bois et l’attaque. Peu après, le motard Rick (Chris Mitchum) débarque dans le coin avec sa petite amie Chris (Judy Jordan). En explorant les bois, Chris découvre par hasard un lieu macabre où sont enterrés plusieurs Bigfoots. Avant qu’elle puisse comprendre ce qu’elle vient de découvrir, l’un des monstres l’attaque et l’entraîne avec elle dans les profondeurs de la forêt. Alertés par la disparition des deux jeunes femmes, le bureau du shérif et les gardes forestiers organisent quelques recherches, sans grand enthousiasme. Faute de pistes, les autorités finissent rapidement par abandonner les recherches, convaincues qu’il ne s’agit que d’une affaire banale. Rick, lui, refuse de renoncer. Désespéré, il cherche de l’aide et finit par croiser Jasper B. Hawks (John Carradine), un personnage aussi exubérant que roublard. Contrairement aux autorités, Hawks croit immédiatement au récit de Rick. Mais s’il accepte de partir à la recherche des deux captives, ce n’est pas par héroïsme : il voit dans cette affaire l’occasion rêvée de capturer un Bigfoot vivant et de l’exhiber ensuite dans un cirque…

La huitième merveille du monde ?

Bigfoot est truffé de longueurs qui rendent son visionnage particulièrement assommant. Le générique de début lui-même, qui dure presque trois minutes, annonce la couleur. Puis ce sont les interminables promenades dans la forêt, les fastidieuses virées des motards en rase campagne ou encore les dialogues sans fin dans la boutique du coin. Fort heureusement, les bigfoots viennent régulièrement nous distraire en faisant grrr grrr dans leurs costumes poilus, en capturant les jolies filles et en estourbissant leurs petits-amis. Attachées à des poteaux dans le repaire brumeux des bêtes, les prisonnières se montrent plutôt stoïques. « Que nous veulent ces créatures ? » demande l’une d’elles. « Je pense que c’est une race en voie d’extinction, et qu’ils veulent se reproduire pour prolonger leur espèce », répond l’autre, manifestement peu effarouchée à l’idée de devoir s’accoupler avec un émule de Chewbacca. Le grand moment – involontairement drôle – du film paie maladroitement son tribut à King Kong : le grand Bigfoot martèle sa poitrine puis affronte un un ours, face à sa blonde captive qui hurle, attachée à un arbre. Comme si l’allusion ne suffisait pas, John Carradine baptise cette créature « la huitième merveille du monde » et ose même la réplique référentielle ultime : « ce n’est pas vous qui l’avez tué, c’est la Belle. » Cabotinant comme un fou, l’acteur semble assumer sans le moindre complexe la tournure invraisemblable que prit à l’époque sa carrière. Car l’ex-vétéran des classiques d’Universal montrait alors sa trogne dans tous les nanars possibles et imaginables, de Billy the Kid contre Dracula à Astro Zombies en passant par Horror of the Blood Monsters.

 

© Gilles Penso

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FORNACIS (2018)

Un premier long-métrage envoûtant qui se vit comme un road trip morbide et hypnotisant, le long d’une route semée de visions oniriques…

FORNACIS

 

2018 – RÉUNION / FRANCE

 

Réalisé par Aurélia Mengin

 

Avec Philippe Nahon, Anna D’Annunzio, Emmanuel Bonami, Aurélia Mengin, Alexandre Billaudaz, Aliénor Billaudaz, Vincent Bouyer, Sylvère Chartier

 

THEMA FANTÔMES

Il y a des films qui naissent dans le confort d’une industrie avec ses financements, ses équipes et ses réseaux. Et puis il y a Fornacis. Conçu presque à contre-courant, ce long-métrage entièrement indépendant et 100% autoproduit est porté à bout de bras par Aurélia Mengin, qui s’impose à cette occasion comme la première cinéaste réunionnaise à réaliser un film de fiction pour le cinéma. Elle n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Entre 2011 et 2015, Aurélia Mengin réalise plusieurs courts métrages, sélectionnés dans de nombreux festivals internationaux, avant de se lancer dans l’aventure autrement plus périlleuse du format long. Lorsqu’en 2018 elle tourne Fornacis, c’est animée par la volonté de créer un univers fantastique singulier avec des moyens artisanaux. La démarche finit par payer. Remarqué et primé à l’international, Fornacis décrochera pas moins de 21 sélections officielles et représente la France dans des festivals aux États-Unis, en Angleterre, en Espagne, en Roumanie, en Italie, en Inde, en Afrique du Sud, au Mexique ou encore en Colombie. Le titre du film, énigmatique, signifie « fournaise » en latin. On peut y voir une allusion au caractère volcanique de l’île de la Réunion, aux cendres qui jouent un rôle clé dans le scénario, mais aussi à ce feu intérieur qui aura permis à Aurélia Mengin de bousculer le cadre rigide d’un milieu souvent très fermé pour s’y faire une place.

« Où se réfugier, quand le chaos c’est soi-même ? » Cette phrase, qui ouvre les hostilités et qu’on réentendra à mi-parcours du métrage, donne à la fois le ton et l’atmosphère du film. Fornacis est avant tout le récit d’une femme qui se lance dans une fuite en avant, sans pour autant être capable de chasser les démons intérieurs qui la tourmentent. Cette femme, c’est Anya, qu’interprète la réalisatrice elle-même. Au volant de sa décapotable, des lunettes de soleil masquant son regard, elle avance, puis s’arrête momentanément pour se lancer dans un chassé-croisé au milieu des bois avec une autre femme, mystérieuse et muette. Il ne nous faut pas longtemps pour comprendre qu’Anya court après le fantôme de Frida (Anna D’Annunzio), celle qu’elle aimait et dont elle transporte les cendres sur le siège passager de sa voiture.  « Frida, mon sang, mon souffle », peut-on lire sur le socle de l’urne. Divisé en sept chapitres, le film prend à la fois les allures d’un road movie macabre et d’une quête initiatique, à l’issue de laquelle Anya sera enfin délivrée ou définitivement condamnée à errer comme une âme en peine…

Celle qui n’était plus

Aurélia Mengin est de toute évidence une cinéaste sous influence. Mais ses sources d’inspiration – disparates et variées – sont suffisamment digérées pour ne jamais apparaître frontalement. D’ailleurs, comme pour s’en débarrasser une bonne fois pour toutes, elle couvre le décor du bar qui porte justement le nom de « Fornacis » de posters de films. Ainsi aperçoit-on pêle-mêle les affiches de Et mourir de plaisir, La Vallée de la mort ou Pour une poignée d’or, tandis que le personnage joué par Philippe Nahon évolue dans les ténèbres en s’éclairant seulement d’un néon, comme s’il prenait la relève du Christophe Lambert de Subway. La réalisatrice nous propose surtout un cinéma sensitif, bien plus poétique que narratif. Dénué de dialogues, porté par une voix off éthérée, Fornacis exprime les sentiments de ses personnages par les regards, la gestuelle et le langage corporel. Il nous semble presque assister à une performance d’art contemporain. Alors que les éclairages rouge et bleu extrêmes, dignes du Dario Argento de Suspiria, muent presque les visages en abstractions féeriques, la bande son expérimentale nous envoûte, nous hypnotise, nous agresse même parfois lorsqu’un cri déchirant accompagne les apparitions du « spectre ». Le deuil et le manque, au cœur du récit, finissent par contaminer les corps, comme lorsque David Cronenberg traduit les tourments psychologiques de ses personnages par des altérations anatomiques. Ceux qui attendaient, de la part d’une cinéaste réunionnaise, un film lumineux, solaire et paradisiaque, tomberont de haut. Aurélia Mengin nous invite au contraire à un voyage nocturne à la lisière du cauchemar. Quelques années après ce galop d’essai, elle enchaînera avec Scarlet Blue.

 

© Gilles Penso

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