DISCLOSURE DAY (2026)

Après s’être dévoilé sans fard dans le très introspectif The Fabelmans, Spielberg nous offre une œuvre somme fusionnant toutes ses obsessions et tous ses univers…

DISCLOSURE DAY

 

2026 – USA

 

Réalisé par Steven Spielberg

 

Avec Emily Blunt, Josh O’Connor, Colin Firth, Eve Hewson, Colman Domingo

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA STEVEN SPIELBERG

Peu de cinéastes auront exploré avec autant de constance la question extraterrestre. Elle est déjà au cœur du tout premier long métrage de Steven Spielberg, Firelight. Aujourd’hui perdu, ce film de science-fiction tourné en 8 mm alors qu’il n’était encore qu’adolescent apparaît rétrospectivement comme une esquisse de son futur chef-d’œuvre, Rencontres du troisième type. Depuis, le sujet revient s’imposer à lui sous des formes diverses. Si l’émerveillement est encore au cœur d’E.T. l’extra-terrestre, c’est l’angoisse post-11 septembre qui nourrit la vision terrifiante de La Guerre des mondes, où les aliens semblent avant tout servir de révélateurs à la violence que les humains s’infligent à eux-mêmes. Inscrits dans la mythologie populaire à l’occasion d’Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, ils sacrifient surtout à une volonté ferme de George Lucas – à qui Spielberg n’a jamais su dire non ! Avec Disclosure Day, le cinéaste revient à l’une de ses obsessions fondatrices tout en lui donnant une nouvelle orientation.  Les extra-terrestres ne sont plus traités sous l’angle de la rencontre mais sous celui du secret d’état, entrant en résonnance directe avec l’actualité géopolitique. Pour l’accompagner dans cette aventure, Spielberg s’appuie sur des collaborateurs fidèles : le compositeur John Williams, le directeur de la photographie Janusz Kaminski, le scénariste David Koepp… Notre homme aime travailler en famille, surtout lorsque les sujets de ses films le touchent de manière aussi personnelle.

Ceux qui sont familiers avec la filmographie de Spielberg auront le sentiment, en découvrant Disclosure Day, d’y trouver un concentré de tous les grands motifs de son cinéma. Après l’introspection de The Fabelmans, nous voici face à une œuvre somme. Le réalisateur y fusionne son obsession des OVNIs avec le goût du cinéma d’espionnage qu’il a exploré dans des films tels que Munich, Pentagon Papers ou Le Pont des espions. Quelques clins d’œil semblent même destinés aux spectateurs les plus fidèles. Une voiture y est ainsi poussée vers une voie ferrée au moment où surgit un train lancé à pleine vitesse, exactement comme dans Duel. Mais la référence remonte plus loin encore : l’accident qui s’ensuit évoque celui que Spielberg filmait déjà enfant avec sa caméra 8 mm, lui-même inspiré du final de Sous le plus grand chapiteau du monde. La mise en abyme en devient vertigineuse. Et que dire de ce motel qui s’appelle… Inn-Di-Ana ? Plus que de simples coups de coude, ces références témoignent d’une volonté assumée de faire converger tous les univers qui composent son œuvre. Disclosure Day donne ainsi le sentiment de synthétiser cinquante ans de carrière. Jamais les reflets dans les vitres et les miroirs n’ont autant joué ce double rôle de révélateurs et de dissimulateurs. Jamais la lumière n’a été à ce point associée à une forme d’illumination presque mystique. Elle aveugle et dévoile à la fois. Elle irradie même tout l’écran dans les moments où cette vérité si dérangeante – celle qui est « ailleurs » selon les X-Files – semble trop proche. Comme Lorsque Jane (Eve Hewson) s’apprête à voir ce que contiennent les clés USB volées de Daniel (Josh O’Connor). Ou lorsque Margaret (Emily Blunt) entre dans un simulacre de sa maison d’enfance pour y chercher un secret longtemps enfoui.

La vérité est ici

Autres éléments récurrents de l’œuvre de Spielberg : ici aussi, comme souvent, c’est l’enfant qui s’apprête à sauver l’adulte. Le souvenir oublié d’une révélation survenue au plus tendre âge permettra enfin d’ouvrir les yeux du monde entier. Rien n’empêche d’ailleurs d’y voir l’écho de la propre fascination de Spielberg, enfant, lorsque son père lui fit découvrir une pluie d’étoiles filantes au milieu de la nuit. Et comme dans Rencontres du troisième type, c’est encore la fusion des mathématiques et de la musique qui ouvrira les portes de la communication. Les deux « élus » sont Daniel – un surdoué des chiffres qui lit dans les formules mathématiques comme dans un livre ouvert – et Margaret – qui chantait quand elle était petite fille, est en couple avec un musicien et ne s’apaise après une crise d’angoisse que lorsqu’elle entre en contact avec des instruments de musique. C’est là que Disclosure Day semble aussi épouser The Fabelmans, qui racontait sans fard la rupture des parents du cinéaste à cause d’un mur d’incompréhension dressé entre leurs deux esprits : celui d’un scientifique et d’une artiste. John Williams, au génie toujours intact, entre en phase avec cette thématique en laissant s’épouser deux thèmes musicaux symétriques mais dissemblables La richesse de sa partition ne se révèle d’ailleurs pas entièrement dès la première écoute. Le film joue beaucoup sur l’attente et demande au spectateur, en échange, de jouer le jeu et de suspendre son incrédulité, comme à la fin de Rencontres du troisième type. Ceux qui accepteront de lâcher prise vivront sans doute un enchantement : le miracle d’un spectacle concocté par un cinéaste qui, à presque 80 ans, continue à titiller le gamin qui sommeille en chacun de nous.

 

© Gilles Penso

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L’ANTICHAMBRE DE L’ENFER (1987)

Lamberto Bava plonge cinq jeunes amis dans des catacombes sinistres où les morts ont tendance à ressusciter…

UNA NOTTE AL CIMITERO / GRAVEYARD DISTURBANCE

 

1987 – ITALIE

 

Réalisé par Lamberto Bava

 

Avec Gregory Lech Taddeus, Lea Martino, Beatrice Ring, Gianmarco Tognazzi, Karl Zinny, Lino Salemme, Giampaolo Saccarola, Mirella Pedetti, Lamberto Bava

 

THEMA ZOMBIES

Grâce au succès de Démons et de Démons 2, produits par Dario Argento, Lamberto Bava a prouvé qu’il n’était pas seulement le fils du grand Mario Bava mais aussi un cinéaste à part entière, capable d’insuffler un style personnel et un grand sens de l’esthétisme à ses propres films d’horreur, tout en capitalisant sur les tendances de son époque : des acteurs jeunes auxquels le public peut s’identifier, une musique rock dans l’air du temps et des effets spéciaux spectaculaires. Face à ce constat, la société de production italienne Reteitalia décide de lancer en juillet 1986 une collection de téléfilms réunis sous le titre Brivido Giallo (littéralement « frissons jaunes »), dont les cinq opus sont confiés à Lamberto Bava. L’Antichambre de l’enfer inaugure la série, dont les épisodes suivants seront L’Auberge de la vengeance, La Maison de l’ogre et Le Château de Yurek. En s’attelant à ce premier opus, Bava entend bien réutiliser les recettes du diptyque Démons et Démons 2 tout en mettant la pédale douce sur l’horreur pour privilégier l’humour. C’est donc presque dans l’ambiance d’un épisode de Scoubidou ou de Chair de poule que se déroule L’Antichambre de l’enfer (tourné sous le titre Dentro il cimitero, puis rebaptisé Una notte al comitero), dont les extérieurs naturels sont captés dans la région de Rome et de Bolsena.

Après avoir commis un vol à l’étalage dans un supermarché, cinq jeunes gens s’échappent dans une camionnette mais s’égarent dans la forêt et embourbent leur véhicule au milieu d’un étang. Plusieurs détails bizarres ponctuent cette randonnée forcée : l’apparition d’une carriole d’un autre âge tirée par des chevaux sans cocher, l’errance d’un vagabond lugubre, les cris d’un loup, les traces d’un animal indéterminé… Nos amis finissent par se réfugier dans un endroit lugubre près des ruines d’une ancienne bâtisse. Incapables de dormir, ils s’aperçoivent bientôt qu’il y a une auberge à proximité et décident d’y faire une halte. Là, les cinq compagnons remarquent dans un coin une sphère en verre remplie d’argent, de bijoux et de divers objets de valeur. Face à leur surprise, le gérant – un homme sinistre au visage à moitié défiguré – leur raconte une histoire étrange : ce trésor est le prix que remportera quiconque est capable de passer une nuit dans les catacombes situées sous l’auberge. Tous les cinq décident de relever le défi, même si l’on raconte que personne n’est jamais revenu de ce lieu maudit. Or dans la crypte, les évènements inquiétants ne vont pas tarder à se produire…

Le train fantôme

Peut-être Lamberto Bava s’est-il dit qu’une bande de jeunes qui volent dans les magasins en gloussant, le walkman collé sur les oreilles, et se font des blagues idiotes étaient forcément des personnages cool. Le problème, c’est que la stupidité congénitale qu’ils affichent dès les premières secondes nous les rendent tout sauf attachants. Et de fait, leur sort nous indiffère totalement. Le film se rattrape un peu avec ses qualités plastiques. Les décors conçus par Antonello Geleng (Frayeurs, Crime au cimetière étrusque, Hercule) et éclairés par Gianlorenzo Battaglia (Inferno, Démons, Phenomena) sont en effet de toute beauté, qu’il s’agisse des ruines brumeuses, de la taverne sinistre, de la crypte ou des catacombes. Les toiles d’araignée abondantes, les fumigènes, les rats qui couinent, les tarentules baladeuses, les têtes de mort aux mâchoires qui claquent et les chandeliers nous plongent alors dans une ambiance de train fantôme que ne contredit pas la suite des événements. Nous avons en effet droit à une sarabande digne d’un parc d’attractions : un zombie momifié aux dents de vampire sortant de son cercueil (et se montrant un peu trop entreprenant avec une morte-vivante qui le rembarre d’une gifle), d’autres cadavres ambulants plus ou moins décomposés, un marécage plein de squelettes d’où émerge un globe oculaire autonome et rampant, le corps desséché de pendus qui s’agitent, le repas immonde d’une famille de monstres aristocrates au look invraisemblable (dont une espèce de marquise emperruquée affublée de quatre paire d’yeux)… Particulièrement inventifs, les maquillages spéciaux sont l’œuvre de Fabrizio Sforza (2019 après la chute de New York, Le Tueur de la pleine lune, Les Aventures du baron de Munchausen). Malheureusement, L’Antichambre de l’enfer ne fait pas du tout peur, et encore moins rire, malgré l’infinité de clins d’œil qui ponctuent les dialogues. Projeté une première fois au Festival de Sitges, le film y reçoit un accueil glacial, ce qui ne l’empêchera de connaître une belle carrière télévisuelle à travers le monde.

 

© Gilles Penso

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CAVEAT (2020)

Pour son premier long-métrage, Damian McCarthy construit un huis-clos oppressant où les objets semblent vivants et les morts prêts à se ranimer…

CAVEAT

 

2020 – Irlande / GB

 

Réalisé par Damian McCarthy

 

Avec Ben Caplan, Johnny French, Leila Sykes, Inma Pavon, Conor Dwane, Siobhan Burton, Sam White

 

THEMA FANTÔMES

Si Caveat est le premier long-métrage de Damian McCarthy, il ne s’agit pas pour autant de son coup d’essai. Sa solide expérience dans le court-métrage a forgé l’univers atypique de ce réalisateur irlandais féru d’atmosphères délétères, de concepts originaux et d’une tendance à effacer un maximum d’éléments technologiques de ses récits pour se soustraire aux repères temporels. C’est exactement dans cet esprit qu’est conçu Caveat, bricolé avec un budget d’environ 250 000 livres sterling réunies par le producteur britannique Justin Hyne, par l’intermédiaire de sa société HyneSight Films. Pour pouvoir s’en tirer avec des moyens aussi limités, McCarthy confine son intrigue principale dans un lieu unique où s’affrontent deux personnages principaux. Le décor en question est une maison bien réelle appartenant à l’un des amis du réalisateur qui n’a finalement qu’un défaut : être trop « propre » ! McCarthy et son chef décorateur Damian Draven passent donc beaucoup de temps à la rendre sinistre, décrépie et angoissante. Pari réussi : on croirait presque sentir l’odeur du moisi face à ces murs sales, ces meubles biscornus et ces lampes tordues. Quant au titre énigmatique du film, « caveat », il s’agit d’un mot latin signifiant « mise en garde » ou « avertissement ». Nous voilà prévenus…

Le point de départ du film est intriguant et nécessite de la part du spectateur une importante suspension d’incrédulité. Car les réactions et les décisions du personnage principal nous semblent souvent bizarres, voire illogiques. Ce protagoniste, c’est Isaac (Johnny French), un homme dont on ne sait pas grand-chose. Le regard un peu perdu, la barbe abondante, il est plongé en début de métrage dans une discussion avec Moe (Ben Caplan) qui se comporte comme un bon ami. Pourtant, tout semble les séparer. Moe est engoncé dans un costume bon marché, tout sourire, comme un vendeur de voiture. Ce qu’il demande à Isaac est atypique : surveiller sa nièce Olga pendant quelques jours dans sa maison isolée. La jeune femme est en effet très instable, d’autant que son père s’est suicidé et que sa mère a disparu sans laisser de trace. Il y a de l’argent à la clé, alors Isaac accepte de jouer les baby-sitter. Sauf qu’en arrivant sur place, il découvre que la maison se trouve sur une île au milieu de nulle part. Or il ne sait pas nager. La maison elle-même est un taudis lugubre et la nièce en question (Leila Sykes) passe ses journées prostrée dans sa chambre. Mais la plus grosse bizarrerie est une contrainte qui lui est imposée : Isaac doit porter un harnais relié à une chaîne qui limite ses déplacements à certaines parties de la maison. N’importe qui aurait tourné les talons en refusant l’offre. Mais Isaac accepte, et le cauchemar commence…

Une autre réalité

Tout l’art de McCarthy consiste à nous faire accepter l’inacceptable, comme si ce personnage résigné n’avait pas d’autre choix que plonger dans cette situation absurde et oppressante. Le film se déconnecte d’ailleurs très tôt d’une quelconque quête de réalisme. Sur le bateau qui emmène Isaac vers la fameuse île, il n’y a pas le moindre vêtement. Dans la maison, la cuisine est vide. Comment compte-t-il se nourrir ou se changer pendant cinq jours ? Le harnais lui-même va l’empêcher de se laver. Et d’ailleurs, avec une telle entrave, que pourrait-il faire en cas de problème ? Mais ces considérations terre-à-terre sont balayées d’un revers de main, comme si Caveat se plaçait sur un autre pan de réalité. Dans ce monde « alternatif », les objets eux-mêmes semblent animés d’une vie propre. Comme ce tableau sinistre qui s’obstine à se décrocher du mur d’une chambre et à se retourner. Ou cet horrible lapin mécanique aux yeux presque humains qui bat la mesure sur son petit tambour, variante du fameux singe à cymbales de Stephen King. Le réalisateur esquisse ici les effets de style qui deviendront sa marque de fabrique : le sens de la rupture (visuelle, sonore, rythmique) et les analogies visuelles (un trou dans un mur qui se raccorde sur un judas). Mais la mise en scène de Caveat reste sobre, s’échinant surtout à bâtir un climat anxiogène qui n’en finit plus de resserrer son étau sur les personnages et les spectateurs. Cette belle réussite formelle offrira à McCarthy un véritable tremplin, prélude à une carrière jalonnée de succès artistiques tels qu’Oddity ou Hokum.

 

© Gilles Penso

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FORBIDDEN ZONE (1980)

Pour leurs premiers pas au cinéma, Richard Elfman et son frère Danny transposent à l’écran le grain de folie de leur groupe Oingo Boingo…

FORBIDDEN ZONE

 

1980 – USA

 

Réalisé par Richard Elfman

 

Avec Marie-Pascale Elfman, Susan Tyrrell, Hervé Villechaize, Gisele Lindley, Jan Stuart Schwartz, Virginia Rose, Gene Cunningham, Phil Gordon, Hyman Diamond

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES I DIABLE ET DÉMONS

Fondé en 1972, le groupe Mystic Knights of the Oingo Boingo – rebaptisé plus tard Oingo Boingo – est une troupe de théâtre musical à l’univers surréaliste et expérimental, spécialisé notamment dans la reprise de standards des années 30 et 40. Mais à la fin des seventies, son fondateur Richard Elfman s’intéresse au cinéma et cède la direction du groupe à son jeune frère Danny pour pouvoir se concentrer sur ses projets de films. Il souhaite en effet se lancer dans une comédie délirante composée de douze numéros musicaux reliés entre eux par une intrigue très évasive. L’idée est de tourner en 16 mm et de tout bricoler avec les moyens du bord. Marie-Pascale Elfman, l’épouse de Richard, cumule ainsi les postes, notamment le rôle principal du film, la création des décors et la production. Peu à peu, le projet prend de l’ampleur et passe au format 35 mm, tandis que le premier titre envisagé, The Hercules Family, est remplacé par Forbidden Zone. Lorsque les finances commencent à se tarir, Richard et Marie-Pascale Elfman réunissent tout l’argent qu’ils peuvent grâce à leur activité parallèle – la vente de maisons – jusqu’à ce que le producteur Carl Borack apporte sa propre contribution et permette au film de s’achever, trois ans après sa mise en chantier.

Difficile de résumer l’intrigue de Forbidden Zone, tant le film part dans tous les sens. La famille Hercule, constituée de Frenchy (Marie-Pascale Elfman), de son frère Flash (Phil Gordon), de leurs parents (Virginia Rose et Gene Cunningham) et d’un grand-père lubrique (Hyman Diamond), vit dans une maison ayant jadis appartenu à un souteneur, trafiquant de stupéfiants et marchand de sommeil. En explorant la cave, Frenchy est propulsée dans la sixième dimension. Capturée par une princesse qui se promène systématiquement les seins nus (Gisele Lindley), elle est conduite devant les souverains de ce monde bizarre : le roi nain Fausto (Hervé Villechaize) et l’exubérante reine Doris (Susan Tyrrell). Or le roi s’éprend de la nouvelle-venue, ce qui provoque la terrible jalousie de son épouse. Pendant ce temps, les autres membres de la famille Hercule décident d’emprunter à leur tour le passage secret souterrain pour venir à la rescousse de Frenchy…

Bienvenue dans la sixième dimension

Le côté « fait main » de Forbidden Zone est sans conteste son point le plus fort. Ces décors en papier et en carton, ces costumes qui recyclent tout et n’importe quoi, ces maquillages qui semblent improvisés à l’arrache créent une proximité avec le spectateur, qui devient presque complice de cette pantalonnade absurde. L’inventivité déborde dans chaque plan, y compris dans ces géniales séquences d’animation conçues par John Muto, sorte de croisement contre-nature entre les univers de Terry Gilliam et des frères Fleischer. L’inspiration, elle, semble venir autant du cinéma burlesque muet que des trois Stooges, d’Hellzapoppin et des Monty Pythons. Pour ses premiers pas en tant que compositeur de musique de film, Danny Elfman touche à tous les styles (punk, scat, opérette, rumba, rock, funk, pop, ska, charleston)… Un patchwork dont on retrouvera de lointaines traces dans les chansons des Oompas Lompas qu’il écrira pour Charlie et la chocolaterie. Quant à sa réinterprétation d’un standard de Cab Calloway,  à laquelle il se livre grimé en Satan, elle annonce la chanson d’Oogie Boogie dans L’Étrange Noël de Monsieur Jack. Tout est permis dans Forbidden Zone, y compris des gags qui ne passeraient plus du tout aujourd’hui (des blagues racistes, sexistes, graveleuses) mais qui démontrent la liberté totale dont jouirent Elfman et sa joyeuse bande. Car on trouve de tout dans Forbidden Zone : un danseur à tête de grenouille, des filles topless, un homme suspendu au plafond pour faire office de lustre, une institutrice armée d’une mitraillette, un type en costume de gorille, des boxeurs chanteurs, une poule qui parle, une tête volante, des pistolets laser, Joe Spinell en marin ivre, de la pixillation… Le film deviendra culte et lancera la carrière prometteuse de Danny, sans que son grand frère ne parvienne vraiment, quant à lui, à transformer l’essai.

 

© Gilles Penso

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LA PETITE SŒUR DU DIABLE (1979)

Antita Ekberg, l’héroïne de La Dolce Vita, incarne une religieuse profondément perturbée qui se transforme en tueuse psychopathe…

SUOR OMICIDI

 

1979 – ITALIE

 

Réalisé par Giulio Berruti

 

Avec Anita Ekberg, Joe Dallesandro, Paola Morra, Alida Valli, Massimo Serato, Daniele Dublino, Laura Nucci, Alice Gherardi, Ileana Fraia, Lee De Barriault

 

THEMA TUEURS

« Ce film s’inspire d’événements réels qui se sont déroulés dans un pays d’Europe centrale il y a quelques années à peine », nous annonce le texte introductif de La Petite sœur du diable, aux accents d’un chœur religieux manifestement inspiré par la bande originale de La Malédiction. Mais si le succès du film de Richard Donner est alors dans toutes les mémoires, le diable qui s’immisce ici – et que le titre français reprend à son compte – n’a rien de surnaturel. Du moins pas frontalement. Car il est question de tentation, de névrose et de basculement progressif dans la folie meurtrière. De fait, l’annonce racoleuse qui sert de prologue à La Petite sœur du diable n’est pas un simple argument marketing. Le scénario co-écrit par Giulio Berruti et Alberto Tarallo s’inspire librement de l’histoire sordide mais bien réelle de Cécile Bombeek, une religieuse devenue dépendante à la morphine qui commit plus de trente meurtres dans un hôpital gériatrique de Wetteren, en Belgique, entre 1976 et 1977. Et c’est Anita Ekberg, l’héroïne de La Dolce Vita, qui accepte d’endosser ce rôle ingrat. La Petite sœur du diable est l’un des deux seuls films de fiction réalisés par Berruti, après la comédie Noi siam come le lucciole, l’homme ayant œuvré par ailleurs comme monteur et assistant réalisateur entre 1966 et 1979. Ce Killer Nun (tel qu’il fut baptisé outre-Atlantique) est sans doute son travail le plus connu… et le plus sulfureux.

Ekberg, alors presque quinquagénaire, campe Sœur Gertrude, une religieuse qui a repris son service dans un hôpital catholique pour personnes âgées, après une opération qui permit de lui retirer une tumeur au cerveau. Or depuis son intervention, elle souffre d’une profonde anxiété. Persuadée que son cancer est revenu, malgré les assurances du médecin-chef de l’établissement, le docteur Poirret (Massimo Serato), qui affirme qu’aucun élément ne va dans ce sens, Gertrude se montre de plus en plus instable. La Mère supérieure du couvent (Alida Valli) balaie également ses craintes, les attribuant à de l’hypocondrie. Seule Sœur Mathieu (Paola Morra), qui éprouve pour Gertrude une attirance secrète, estime que son inquiétude est fondée. Irritable, exagérément sévère avec les patients, Gertrude s’inquiète sans cesse pour sa santé physique et mentale. À l’insu du couvent, elle décide de mener une double vie, s’aventurant en ville pour s’adonner aux plaisirs sexuels dans les bras du premier inconnu venu. Elle commence également à consommer de la morphine et de l’héroïne par injection intraveineuse, substances que Sœur Mathieu dérobe pour elle à l’hôpital. Bientôt, un meurtre particulièrement violent frappe l’hôpital. Ce sera le premier d’une longue série…

Péché mortel

Même s’il se révèle moins provocant que les fleurons du genre « nunsploitation » (Le Couvent de la bête sacrée, Intérieur d’un couvent, On l’appelle Sœur Désir), La Petite sœur du diable sacrifie tout de même à un certain nombre de passages obligatoires. Et si Anita Ekberg reste pudique à l’écran, sa collègue Paola Morra n’a pas tant de retenue. Celle-ci apparaît donc régulièrement dans son plus simple appareil, s’efforçant d’aguicher son aînée dès que l’occasion se présente. Plusieurs séquences de débauche (dont l’une assez gratinée avec un paralytique) ponctuent par ailleurs le métrage. Si la brutalité des mises à mort reste la plupart du temps suggérée, nous avons tout de même droit à une scène de cauchemar excessive avec un crâne ouvert et un cerveau à vif, mais aussi à la torture d’une patiente en gros plan avec des épingles et un scalpel. Mais finalement, c’est surtout la descente aux enfers à l’intérieur du crâne de son héroïne qui semble intéresser Giulio Berruti, plus que la démonstration graphique de ses forfaits. Plus complexe qu’il n’y paraît, le film ne manque pas d’humour, notamment à travers le portrait de sa petite galerie de patients sans âge au langage souvent fleuri et à l’extraversion rafraîchissante. Quant au twist final, il ne nous surprend qu’à moitié mais permet de donner au récit tout son sens, en poussant jusqu’au bout le concept d’une schizophrénie devenue incontrôlable.

 

© Gilles Penso

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LA TOUR DE GLACE (2025)

Une jeune orpheline assiste au tournage d’une nouvelle adaptation de La Reine des Neiges et tombe sous le charme vénéneux de l’actrice principale…

LA TOUR DE GLACE

 

2025 – FRANCE

 

Réalisé par Lucile Hadzihalilovic

 

Avec Marion Cotillard, Clara Pacini, August Diehl, Aurélia Petit, Cassandre Louis Urbain, Laurent Lufroy, Valentina Vezzoso, Marine Gesbert, Dounia Sichov

 

THEMA CONTES

Après The Ugly Stepsister de la Norvégienne Emilie Blichfeldt, c’est au tour de la réalisatrice française Lucile Hadzihalilovic de revisiter un conte du 19ème siècle, non pas des frères Grimm mais du danois Hans Christian Andersen, dont la libre adaptation de La Reine des Neiges a valu au studio Walt Disney un de ses plus grands succès commerciaux. Ici, Marion Cotillard fait chavirer le cœur d’une adolescente, qui au contraire d’une jeune Heidi, redescend de sa montagne, pleine de son imaginaire, pour explorer avec envie les artifices du monde d’en bas. Comme un papillon à peine sorti de sa chrysalide, attiré par la lumière d’une flamme, il s’agira pour elle de ne pas rater son envol et de garder ses ailes intactes. Avec ce quatrième film, tourné en partie dans la montagne, Lucile Hadzihalilovic semble avoir fait le tour d’un cycle de saisons hors du monde réel, qui aurait commencé au printemps avec Innocence, aurait continué en été avec Évolution, en automne avec Earwig, pour s’achever en hiver avec La Tour de Glace. Comme une mise en abîme de son propre cinéma intimiste, la réalisatrice met en scène apparences et faux-semblants qui troublent encore plus le difficile passage à l’âge adulte. Celui-ci demanderait une certaine mise à mort impossible de l’enfance, qui ne pourrait s’accomplir que dans une violence froide et passive – des thèmes de prédilection pour la cinéaste, dont l’œuvre convoque aussi bien parfois un surréalisme buñuelien qu’une poésie picturale à la Tarkovski. Un univers où le spectateur se perd ou se laisse porter par ce cinéma de la lenteur aux accents uniques en leur genre. 

La Tour de Glace nous immerge donc dans l’univers cruel des contes pour enfants par la magie de ses images féériques, de ses décors somptueux, de la musique envoutante de Messiaen, aussi bien que par ses silences et ses sons minimalistes. Si une table entourée d’orphelins dans une maison d’accueil dans la montagne enneigée nous évoque le 19ème siècle de Dickens, nous sommes bien ici dans les années 1970, non pas criardes et débridées mais contemplatives et sobres, comme un envers du décor qui tranche avec son époque. Nous y suivons les péripéties de Jeanne (Clara Pacini), une jeune orpheline à la fois timide et intrépide, qui fugue dans la neige pour espérer rejoindre la vie d’autres adolescents de son âge, reflétée, dans son rêve d’émancipation, par la patinoire de Noël. Sans endroit pour dormir, elle échouera dans les coulisses d’un tournage où règne une actrice névrosée et tyrannique, Cristina (Marion Cotillard), qui y incarne la Reine des neiges d’Andersen, le personnage favori de la jeune fille. Sous le charme de cette image féérique, l’enfant, en quête d’une mère de substitution, va devoir en fait affronter une ogresse menaçante et tragique qui apparait comme une mise en garde de ce que le monde pourrait réserver. Si l’univers de la réalisatrice est résolument claustrophobe, ambigu, déroutant, et si la participation d’enfants et adolescents dans des films destinés aux adultes perturbe volontairement, la réalisatrice a le grand mérite d’imposer sa marque film après film, au point de constituer une œuvre unique. Sa cinématographie personnelle envoute encore tout en tranchant avec le reste de sa filmographie, non pas dans sa forme, mais dans le sens où ici Jeanne évolue dans un monde réel qui ne laisse aucune ambigüité. Lorsqu’elle sommeille et qu’on la croit rêver, c’est en fait la réalité du plateau qui apparait sous nos yeux. Peut-être parce que plus adolescente qu’enfant, avec un regard plus lucide, Jeanne ne cesse de s’enfuir devant les dangers qui la menacent.

Un conte pernicieusement enchanté !

La reine Marion Cotillard, actrice accomplie, ensorcèle dans le film la jeune Clara Pacini dont c’est le premier long-métrage. Le duo fascine avec un jeu d’actrices dans la retenue mais dont l’intensité est à son paroxysme. À noter dans des rôles secondaires Gaspar Noé en réalisateur inquiet devant les colères d’une star capricieuse, et August Diehl en complice de la vedette, prêt à satisfaire toutes ses demandes, tout en n’ignorant rien de la noirceur de sa psyché. Le film multiplie les références, notamment à Hitchcock. On reconnait le chignon de Vertigo, l’enjeu scénaristique autour de la double personnalité, le trauma enfoui. De plus, le traitement d’une actrice blessée sur le tournage ne va pas sans évoquer le cauchemar de Tippi Hedren sur Les Oiseaux, comme l’idée d’un « droit de cuissage » pour être actrice. Parmi les autres références, outre le cinéma de Powell et Pressburger notifié par l’apparition d’une splendide affiche des Chaussons rouges, on y reconnait les goûts de l’actrice pour la vampire saphique et sensuelle d’Harry Kümel incarnée par Delphine Seyrig dans Les Lèvres rouges, dont elle reprend la coiffure et l’apparence pour le personnage de Cristina. Et ses plans de neige, vraie ou artificielle, évoquent aussi bien l’époque des grands studios hollywoodiens que le cinéma japonais, dont la cinéaste revendique l’influence poétique. Dans les cristaux magiques de cette Tour de Glace où se crée l’illusion, comme le susurre sensuellement la chanteuse glamour Marie France dans le Barocco de Téchiné : « On se voit se voir… »

 

© Quélou Parente

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LE VERTIGE (2026)

Quentin Dupieux ressuscite l’esthétique des débuts de la 3D et métamorphose Alain Chabat et Jonathan Cohen en curieuses créatures polygonales…

LE VERTIGE

 

2026 – FRANCE

 

Réalisé par Quentin Dupieux

 

Avec Alain Chabat, Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier, Jean-Marie Winling

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES

Quentin Dupieux est un boulimique. À raison d’au moins un long-métrage par an, l’ex-Monsieur Oizo tourne sans discontinuer depuis le début de sa carrière de cinéaste, moins parce qu’il se sent investi d’une mission que parce que le geste artistique semble chez lui irréfrénable. Ses détracteurs associent forcément cette surproductivité à du bâclage et ses admirateurs à du génie, mais il y a fort à parier que Dupieux lui-même ne place pas sa réflexion aussi loin – ou du moins n’a pas de véritable recul sur l’énergie à laquelle il carbure. Il aime tourner vite et passer sans cesse d’un projet à l’autre, avec une frénésie qu’il appliquait déjà à sa production musicale. Seulement voilà : quand l’envie soudaine de réaliser un film d’animation le saisit, rien ne va plus. Car un film d’animation ne s’improvise pas, nécessite généralement une grosse équipe, des moyens relativement conséquents et des process de travail extrêmement hiérarchisés. Bref, tout le contraire de la « méthode Dupieux ». Bien décidé à prendre le contrepied de la sophistication des films animés traditionnels, notre homme cherche à retrouver l’esthétique des jeux vidéo du milieu des années 90, notamment ceux de la Playstation 1. La démarche semble complètement aberrante, mais le réalisateur de Rubber n’est plus à une folie près, et le fidèle producteur Hugo Sélignac le suit une fois de plus dans le délire, quitte à financer le projet avec ses fonds propres.

Le Vertige est donc réalisé en prises de vues réelles avec une poignée de comédiens habitués au travail du réalisateur, principalement Alain Chabat, Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier et Jean-Marie Winling. Puis cinq jeunes infographistes, Yann Roussel, Rémy Alleman, Solane Duval et Max Nicolas, tout juste sortis de l’école, prennent le relais et transforment les acteurs en personnages 3D à l’aide du logiciel Blender. Résultat : il nous semble revivre la grande période des Sims (ceux du début des années 2000 bien sûr) ! Et c’est sous cette forme délibérément « low-tech » qu’il nous faut apprécier le film de Quentin Dupieux, qui continue à tourner le dos aux canons du cinéma d’animation en adoptant une mise en scène extrêmement scolaire : champs et contre-champs statiques, lumière banale, décors de cuisines, d’appartements et de rues parisiennes. Bref, de quoi rebuter le plus courageux des spectateurs. Au début, c’est surtout la curiosité qui nous saisit. Jacques (un Alain Chabat en polygones) traverse la rue et se rend chez son ami Bruno (un Jonathan Cohen cubique) pour lui annoncer une nouvelle de la plus grande importance : selon les centaines de preuves qu’il a accumulées, il est persuadé que l’humanité toute entière vit dans une simulation…

Une ode à l’imperfection ?

Nous sommes évidemment piqués aux vifs, désireux de savoir où ce point de départ étrange va nous mener. Mais comme Dupieux a l’habitude de ne pas tenir les promesses de ses pitchs accrocheurs pour se contenter souvent de nourrir son propre goût de l’absurde – avec, dans le meilleur des cas, un plongeon dans une divagation surréaliste presque digne du dessinateur Edika -, difficile de savoir si ce prologue n’est pas un simple prétexte. Or le scénario s’efforce de développer cette idée et de la pousser même assez loin. Consciemment ou pas, le réalisateur s’attaque ici à un sujet dans l’air du temps. Le concept d’entités conscientes simulées alimente en effet les débats les plus sérieux au sein de la Silicon Valley. Bien sûr, la démarche de Dupieux n’est ni scientifique, ni technologique. Rien n’empêche cependant d’y trouver une dimension philosophique, voire métaphysique. Les questionnements liés à la place de l’homme dans l’univers finissent toujours par provoquer le vertige, d’où le titre du film. Bien sûr, le public hermétique à l’austérité gentiment extravagante de Dupieux n’y trouveront pas leur compte. Les autres seront peut-être sensibles à la poésie bizarre que dégage Le Vertige. Nous serions même tentés de lire entre les pixels de ces animations volontairement disgracieuses une ode à l’artisanat et à l’imperfection, à une époque où la quête un peu vaine de l’image parfaite générée par I.A. semble être devenue le graal de tant de « nouveaux artistes ».

 

© Gilles Penso

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DOMINIQUE (1979)

Une femme se donne la mort puis revient hanter son époux dans ce film tortueux où rien ne semble être ce qu’il est vraiment…

DOMINIQUE

 

1979 – GB

 

Réalisé par Michael Anderson

 

Avec Cliff Robertson, Jean Simmons, Jenny Agutter, Simon Ward, Flora Robson, Ron Moody, Michael Jayston

 

THEMA FANTÔMES

Produit par la prestigieuse firme britannique Amicus, Dominique brode une intrigue machiavélique qui accommode à sa sauce les recettes des Diaboliques de Henri-Georges Clouzot, comme le firent avant lui de nombreux thrillers horrifico-psychologiques britanniques tels que Hurler de peur, Maniac ou Fanatic. Le scénario s’inspire d’un roman écrit en 1948 par l’auteur américain Harold Lawlor, What Beckoning Ghost, et fera l’objet d’une novélisation signée Ronald Chetwynd-Hayes. Pour l’anecdote, le roman fut déjà adapté en 1960 pour l’un des épisodes de la série anglaise Thriller, en 1960. Fort de son éclectisme efficace, Michael Anderson (1984, Le Tour du monde en 80 jours, Orca) hérite de la mise en scène et d’un casting de premier ordre. Cliff Robertson (après sa mémorable prestation dans Obsession de Brian de Palma) y donne la réplique à Jean Simmons (vue dans Spartacus, et reprenant un rôle refusé par Lee Remick), à Jennifer Agutter (qu’Anderson dirigea dans L’Âge de cristal) et à Simon Ward (que les fantasticophiles purent apprécier dans Le Retour de Frankenstein et Dracula et ses femmes vampires). Tout ce beau monde se retrouve dans les studios Shepperton en septembre 1977, point de départ d’un tournage qui dure six semaines. Pour Anderson, l’expérience ne sera pas des plus heureuses, dans la mesure où le montage final sera remanié contre sa volonté.

Dominique Ballard (Jean Simmons) serait-elle en train de perdre la tête ? Elle ne se souvient pas avoir congédié son chauffeur ni avoir emprunté la broche d’une de ses amies. Perturbée au milieu de la nuit, elle voit un squelette pendu dans sa verrière, entend des voix inquiétantes dans son sommeil. Pourtant, Dominique jurerait que sa santé mentale n’est pas en cause. Et si son mari David (Cliff Robertson), dont les affaires battent de l’aile, était en train de manigancer tout ça pour s’approprier sa fortune personnelle ? Seule consolation à ses yeux : le piano, sur lequel elle joue en boucle les mêmes morceaux mélancoliques, encore et encore. Mais la névrose l’emporte, et Dominique finit par se suicider. Voilà désormais David seul dans sa grande et luxueuse maison, avec ses domestiques et son nouveau chauffeur (Simon Ward). Bientôt, d’étranges phénomènes surviennent, de manière de plus en plus alarmante. David est-il en train de sombrer à son tour dans la paranoïa, ou le fantôme de Dominique s’apprête-t-il à réclamer vengeance ?

Fantôme ou machination ?

Michael Anderson est un solide professionnel mais pas un grand styliste. Le classicisme élégant mais sans personnalité de sa mise en scène est l’un des points faibles du film. Là où des partis pris forts auraient pu transcender les nombreux rebondissements du scénario, Anderson reste en retrait, s’appuyant sur la magnifique photographie de Ted Moore (chef opérateur de sept James Bond et des derniers films de Ray Harryhausen) sans chercher à apposer sur le récit un vrai point de vue de metteur en scène. Sans forcément jouer dans la même cour qu’Alfred Hitchcock, un peu plus d’audace visuelle n’aurait pas nui. Reconnaissons tout de même au réalisateur sa capacité à bâtir un climat étrange et oppressant. On note même quelques influences puisées du côté du giallo, notamment via cette séquence de meurtre en caméra subjective ou ces éclairages bleus saturés dignes de Mario Bava et Dario Argento. Si Cliff Robertson n’est pas d’une folle expressivité et si Jenny Agutter n’a pas grand-chose à défendre, Simon Ward excelle en chauffeur flegmatique et obséquieux à l’accent anglais à couper au couteau. C’est tout de même un peu court pour subjuguer les spectateurs. Cela dit, le plus gros défaut de Dominique est sans doute son caractère « old school » forcément dépassé à la fin des années 70. Alors que Massacre à la tronçonneuse et Halloween ont radicalement redéfini les codes du slasher, ce « film de couloirs » s’appuyant sur un coup de théâtre capillotracté semble alors d’un autre âge. Dominique a été réévalué avec le temps. Sans atteindre le statut de classique du genre, il est aujourd’hui considéré comme une œuvre tout à fait recommandable pour les amateurs d’épouvante à l’ancienne.

 

© Gilles Penso

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VHS 2 (2013)

Cinq histoires macabres, gore, drôles et mouvementées surgissent au milieu des parasites d’une nouvelle série de cassettes vidéo maudites…

VHS 2

 

2013 – USA

 

Réalisé par Simon Barrett, Jason Eisener, Gareth Evans, Gregg Hale, Eduardo Sanchez, Timo Tjahjanto, Adam Wingard

 

Avec Lawrence Michael Levine, Simon Barrett, Mindy Robinson, Adam Wingard, Hannah Hughes, John T. Woods, Brian Udovich, John Karyus, Casey Adams

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION I MÉDECINE EN FOLIE I FANTÔMES I ZOMBIES I DIABLE ET DÉMONS I EXTRA-TERRESTRES I SAGA VHS

L’accueil très chaleureux reçu par le film à sketches VHS appelait une suite, que l’équipe de Bloody Disgusting et les producteurs Brad Miska et Roxanne Benjamin s’empressent de mettre en chantier, en envisageant d’abord le titre de S-VHS avant d’opter pour le plus classique VHS 2. Tourné à toute vitesse pour pouvoir être présenté en avant-première au Library Center Theatre de Park City, dans le cadre du Festival du film de Sundance 2013, VHS 2 sollicite une nouvelle équipe de réalisateurs venus d’horizons divers. Seul Adam Wingard rempile après avoir dirigé le fil conducteur du premier VHS. Fidèle collaborateur de Wingard, Simon Barrett signe le prologue, « Cassette 49 », qui servira de fil rouge à l’ensemble du film. Il nous semble d’abord entrer dans la peau d’un voyeur qui filme au camescope les ébats d’un couple adultère. Mais c’est en réalité le travail de Larry (Lawrence Michael Levine), un détective privé qui monnaye cher ce genre de preuve accablante. Embauché avec sa collègue Ayesha (Kelsy Abbott) pour retrouver la trace d’un étudiant disparu, il entre par effraction dans une maison abandonnée où plusieurs téléviseurs sont allumés et diffusent des parasites. Tandis que Larry inspecte les lieux, Ayesha entreprend de visionner les cassettes VHS qui traînent dans le salon.

Wingard réalise le premier sketch, « Essais cliniques de phase I », dans lequel il joue également le rôle principal, celui d’Herman Middleton. Après avoir perdu son œil droit dans un accident de voiture, ce jeune homme accepte de se faire poser un implant oculaire cybernétique qui filme en continu. La société qui l’a fabriqué enregistre en effet ses données à des fins de recherche. Mais dès qu’il est de retour chez lui, Herman est assailli par des visions furtives de personnages blafards et inquiétants hantant les recoins obscurs de son appartement… Très efficace, ce premier récit délivre son lot de frissons en nous plongeant en continu dans la subjectivité de son personnage déstabilisé. Après cette entrée en matière réussie, Eduardo Sanchez et Gregg Hale (respectivement co-réalisateur et producteur du Projet Blair Witch) signent « A Ride in a Park ». Drôle, gore et même émouvant, ce segment nous raconte une attaque de zombies vue depuis la go-pro d’un cycliste qui, lui aussi, subit la terrible mutation. C’est l’occasion audacieuse de nous faire vivre de l’intérieur la lente contamination qui transforme un être humain en mort-vivant.

Soyez sympa, rembobinez !

Dans « Safe Haven », Timo Tjahjanto (Headshot) et Gareth Huw Evans (The Raid) mettent à contribution leur sens de l’action et du rythme pour raconter la mésaventure d’une équipe de tournage venue enquêter sur Paradise Gates, une secte indonésienne aux activités louches. Le principe des multicaméras permet de faire monter la tension en montage parallèle, tout en volant des instants de confessions intimes qui bouleversent les liens entre les protagonistes. La seconde partie du segment vire à la course-poursuite haletante et au massacre hystérique.  Un petit cran au-dessous malgré son concept amusant – filmer des ados attaqués par des extra-terrestres depuis une caméra embarquée sur le dos d’un chien -, « Slumber Party Alien Abduction » est l’œuvre de Jason Eisener (Hobo With a Shotgun) qui en tirera en 2022 un long-métrage : Kids vs Aliens. Le niveau général des sketches de VHS 2 se révèle très au-dessus de la moyenne, équilibrant parfaitement l’horreur graphique, l’humour, le suspense et l’effet de surprise. Comme dans le premier film, la VHS elle-même n’est qu’un prétexte, puisqu’aucun de ces « found footage » n’est tourné avec ce format. Les vidéos proviennent en effet de camescopes, de caméras de surveillance, de go-pros, ou d’implants high-tech. Mais c’est une concession que le spectateur accepte, et qui portera encore ses fruits sur les opus ultérieurs de la saga.

© Gilles Penso

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SLIPSTREAM, LE SOUFFLE DU FUTUR (1989)

Une curiosité de science-fiction que l’on croyait définitivement oubliée, signée par le réalisateur de Tron, avec Mark Hamill en tête d’affiche…

SLIPSTREAM

 

1989 – GB

 

Réalisé par Steven Lisberger

 

Avec Bob Peck, Mark Hamill, Kitty Aldridge, Bill Paxton, Susan Leong, Alkis Kritikos, Tony Alleff, Ricco Ross, Robbie Coltrane, Ben Kinglsey, F. Murray Abraham

 

THEMA FUTUR

Dans ce qui semble être une Grande-Bretagne post-apocalyptique, nous apprenons qu’une catastrophe appelée « Convergence Harmonique », un changement climatique majeur, a exterminé la presque totalité de la civilisation humaine. Un vaste courant de vent ceinture désormais notre planète où quelques groupes disparates tentent de survivre. La séquence d’ouverture nous montre un petit avion au look futuriste poursuivant un homme en costume sombre dans un paysage de montagnes. À bord, deux chasseurs de primes, Will Tasker (Mark Hamill, qui n’avait plus joué dans un film de cinéma depuis Le Retour du Jedi) et sa comparse Belitski (Kitty Aldridge, future épouse de Mark Knopfler, l’ex-leader de Dire Straits), traquent Byron, un androïde coupable du meurtre d’un vieil homme. Ce dernier est joué par Bob Peck, que l’on retrouvera quelques années plus tard en garde-chasse de Richard Attenborough dans Jurassic Park de Steven Spielberg. Nous apprenons que Tasker et Belitski font partie d’un organisme tentant de faire appliquer la loi dans ce monde en décomposition. Après avoir capturé Byron, qui cite régulièrement l’aviateur et poète John Gillepsie Mac-Gee Jr, le duo se restaure dans le restaurant d’un petit aérodrome et croise la route de Matt Owens, un petit marchand d’armes sans envergure, incarné par le regretté Bill Paxton, qui a ici troqué sa tenue de Marine d’Aliens pour une coiffure mulet. Ce dernier finit par soustraire Byron à ses geôliers pour s’approprier à leur place la récompense.

Dès lors, commence une course-poursuite où vont se succéder des personnages hauts en couleur, notamment des populations troglodytes ou un groupe d’aristocrates et de notables vivant dans un musée fortifié : une ambiance de fin du monde qui embrasse allégrement le surréalisme. Et c’est malheureusement cette dualité qui handicape ce métrage mis en scène par Steven Lisberger (qui réalisa six ans plus tôt le génialissime Tron) et scénarisé par Charles Pogue, qui avait pourtant réussi un coup de maitre avec le scénario de La Mouche de David Cronenberg en 1986. Malgré un budget de 15 millions de dollars (énorme pour l’époque) et une musique d’Elmer Bernstein (qui tombe un peu à plat), Slipstream s’avère donc être un film plutôt ennuyeux au montage parfois approximatif.

Des acteurs pas vraiment à leur avantage

Si le casting est de qualité, les comédiens donnent l’impression de surjouer avec des situations qui ne les mettent pas forcément à leur avantage (le doublage français s’avère également assez catastrophique). À commencer par Mark Hamill qui, teint en blond platine et avec une barbe, joue le méchant de service mais ne donne pas vraiment l’impression d’y croire lui-même. De son côté, Bob Peck évoque plus un Pinocchio adulte qu’un androïde découvrant son humanité et son sentiment amoureux pour la belle Ariel, incarnée par l’actrice britannique Eleanor David (sosie de Gillian Anderson que l’on avait notamment pu voir en épouse délaissée de Bob Geldof dans Pink Floyd The Wall en 1982). Malgré les évidentes maladresses de l’écriture, Bill Paxton est celui qui s’en sort le mieux, de même que certains visages connus dont deux acteurs oscarisés : Ben Kingsley pour Ghandi (1983) et F. Murray Abraham pour Amadeus (1985). Autre point positif : les splendides décors naturels localisés en Irlande ou encore le cirque naturel du Malham Cove dans le Yorkshire. Mais cela ne suffit pas à faire de Slipstream un succès. Il ne bénéficiera que d’une sortie limitée au Royaume-Uni et se soldera par un échec commercial particulièrement cuisant.

 

© Antoine Meunier

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