DINOSAUR VALLEY GIRLS (1996)

Un acteur hollywoodien obsédé par des visions de la préhistoire se retrouve propulsé dans une vallée peuplée de dinosaures et de tribus sauvages…

DINOSAUR VALLEY GIRLS

 

1996 – USA

 

Réalisé par Donald F. Glut

 

Avec Jeff Rector, William Marshall, Griffin Drew, Harrison Ray, Elizabeth Landau, Carrie Vanston, Shirlee Jean Brown, Tony Clay, Joan Gregory, Yvonne Green

 

THEMA DINOSAURES

Don Glut a été biberonné aux films de monstres, aux comics et à la science-fiction sous toutes ses formes. Entre 1953 et 1969, il réalise une quarantaine de films amateurs qui finissent par attirer l’attention de Forrest J. Ackerman, l’éditeur du célèbre magazine Famous Monsters of Filmland. Celui-ci va l’aider à se faire connaître et à se frotter au monde professionnel. Glut devient ainsi scénariste pour la télévision (sur des séries live ou animées telles que Land of the Lost, L’Araignée, Transformers ou G.I. Joe), écrit une soixantaine d’ouvrages (dont la novélisation officielle de L’Empire contre-attaque tout de même), bref se révèle extrêmement prolifique. Avec Dinosaur Valley Girls, il passe enfin au long-métrage, même si le budget reste anémique et les moyens techniques très limités. C’est l’occasion pour lui de rendre hommage aux films de Ray Harryhausen, d’appliquer à grande échelle sa passion sans borne pour les dinosaures (auxquels il a consacré un grand nombre de livres), de mettre en scène une brochette de jolies filles en peaux de bêtes et de faire apparaître quelques guest-stars. Forrest J. Ackerman joue donc furtivement les passants et l’actrice Karen Black (747 en péril, La Poupée de la terreur, Trauma, Capricorn One) entre dans la peau d’une des femmes préhistoriques.

Le scénario concocté par Glut ne s’embarrasse ni de cohérence, ni de fioritures. Autant aller directement à l’essentiel. Son héros, Tony Markham (Jeff Rector), est une star hollywoodienne qui travaille sur son nouveau film d’action, Feet of Fury 4. Mais depuis quelques temps, il est perturbé par des rêves et des hallucinations dans lesquels il voit des dinosaures s’ébattre dans la nature et une jolie pin-up préhistorique, Hea-Thor (Denise Ames), qui semble l’inviter à la rejoindre. Alors qu’une journaliste lui propose une interview pour évoquer sa carrière, il l’emmène dans un musée d’histoire naturelle pour aller voir de plus près les squelettes de dinosaures. En découvrant un étrange talisman dans la pièce où sont stockés les artefacts les plus anciens, il formule le vœu de rejoindre la fille préhistorique de ses rêves… et se retrouve aussitôt propulsé dans « la vallée des dinosaures », un lieu sauvage où cohabitent des espèces appartenant à plusieurs époques…

Jurassic Girls

Comme à l’époque de Un million d’années avant JC ou Quand les dinosaures dominaient le monde, les deux attractions principales du film sont les playmates préhistoriques en bikini fourré (ici beaucoup moins pudiques que Raquel Welch ou Victoria Vetri) et les créatures antédiluviennes. La stop-motion qui leur donne vie est maladroite et saccadée mais ne manque pas de charme. Dans des décors miniatures minimalistes s’animent ainsi des ptérosaures, un brontosaure, un stégosaure, un camposaure et surtout un redoutable allosaure qui représente la menace principale de ce monde sauvage improbable. Quelques accessoires mécaniques sont également sollicités, notamment une marionnette pour que la tête de l’allosaure bave et une griffe grandeur nature pour qu’il puisse arracher les soutien-gorge des sauvageonnes ! Pour compléter le tableau, Don Glut sollicite un véritable iguane qu’il fait passer pour un reptile géant, dans l’esprit de Tumak fils de la jungle et Voyage au centre de la Terre. Les traits d’humour patauds du film sont principalement véhiculés par la tribu d’hommes préhistoriques flatulents qui vivent séparément des femmes et grognent dans un sabir inventé de toutes pièces. Dinosaur Valley Girls est une œuvrette sympathique mais qui n’a pas grand-chose à raconter. En plein milieu du métrage, sans doute pour faire office de remplissage, Glut insère d’ailleurs un clip avec la chanson « Jurassic Punk », dans lequel les filles dansent les seins nus pendant que les dinosaures se baladent dans la forêt. Le film a au moins le mérite d’afficher clairement ses modestes ambitions et nous évoque irrésistiblement le Dinosaur Babes de Brett Piper, sorti la même année, qui repose sur les mêmes ingrédients.

 

© Gilles Penso

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LEPRECHAUN 2 (1994)

Le lutin grimaçant aux pouvoir magiques est de retour dans le Los Angeles des années 90 pour obliger une jeune femme à l’épouser…

LEPRECHAUN 2

 

1994 – USA

 

Réalisé par Rodman Flender

 

Avec Warwick Davis, Charlie Heath, Shevonne Durkin, Sandy Baron, Adam Biesk, James Lancaster, Linda Hopkins, Arturo Gil, Kimmy Robertson, Clint Howard

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I PETITS MONSTRES I SAGA LEPRECHAUN

Malgré ses modestes ambitions, Leprechaun connut un certain succès auprès des amateurs de films d’horreur comiques et décomplexés, poussant son scénariste et réalisateur Mark Jones à en initier une suite. Mais Jones est alors occupé à écrire Rumpelstiltskin, qui repose sur les mêmes ingrédients et qu’il espère doter du potentiel d’une nouvelle franchise. Il reste donc producteur de Leprechaun 2 mais cède la mise en scène à Rodman Flender, futur réalisateur de La Main qui tue et d’un paquet d’épisodes de séries TV. Co-écrit par Turi Meyer et Alfredo Septién (qui deviendront des piliers de la série Smallville), le scénario balbutie un peu avant de trouver sa forme définitive. L’une des idées initiales est de fait revenir le personnage de Tory Redding, incarné par Jennifer Aniston dans le premier film, pour que le Leprechaun cherche à se venger d’elle en l’obligeant à l’épouser. La jeune actrice se voit offrir 25 000 dollars pour reprendre le rôle, mais la série Friends accapare alors tout son temps et s’apprête à devenir le triomphe que l’on sait. Le récit est donc retravaillé pour intégrer un nouveau personnage. Son rôle est d’abord confié à Denise Richards, laquelle se révèle indisponible (elle sera la même année à l’affiche de l’hallucinant Tammy and the T-Rex). C’est finalement Shevonne Durkin qui tiendra le haut de l’affiche de Leprechaun 2.

Le prologue du film se situe en Irlande, en l’an 994. Le jour de la Saint-Patrick, le Leprechaun (Warwick Davis, toujours) s’apprête à célébrer son millième anniversaire et décide de prendre femme. Il jette son dévolu sur une jolie jeune fille en fleur (Shevonne Durkin) qui s’avère être la fille de William O’Day (James Lancaster), un pauvre hère à son service. Si la malheureuse éternue trois fois d’affilée, elle sera liée pour toujours au redoutable lutin. Mais en criant « à tes souhaits ! », son père la sauve des griffes du Leprechaun, qui le tue aussitôt et fait le serment d’épouser une descendante de la famille O’Day lors de son prochain millième anniversaire. La petite créature grimaçante est donc patiente et tenace ! Nous voilà donc transportés dans le Los Angeles de 1994, le jour de la Saint Patrick. Le Leprechaun ressurgit comme prévu et trouve sa proie : Bridget, qui ressemble trait pour trait à sa lointaine ancêtre (et pour cause, c’est la même actrice) et qu’il décide cette fois-ci de ne pas laisser filer entre ses griffes…

La fiancée du lutin

Comme le premier Leprechaun, cette suite est très sympathique, certes, mais pas foncièrement passionnante, et l’on se perd encore en conjectures sur l’incroyable longévité de cette saga au concept pourtant si limité. Warwick Davis semble toujours s’amuser dans le rôle du petit monstre, soutenu par l’excellent maquillage de Gabe Bartalos. Quelques mises à mort originales ponctuent par ailleurs le métrage, notamment ce garçon qui croit embrasser les seins d’une fille alors qu’il s’agit de deux hélices sur le point de le déchiqueter. Car notre Leprechaun est toujours maître dans l’art de créer des illusions, mais aussi de se rendre invisible ou de déplacer les objets à distance, son seul point faible étant manifestement le contact avec du fer forgé – qui semble être la kryptonite des lutins de son espèce. Son repaire, dans lequel se déroule le dernier acte du film, prend les allures d’un décor de train fantôme, les protagonistes traversant inlassablement le même couloir pour nous faire croire à un souterrain labyrinthique. Nous avons même droit à un squelette vivant et menaçant, qui aurait bien sûr gagné à être animé en stop-motion – façon Ray Harryhausen – plutôt que sous forme d’une marionnette mécanique très restreinte dans ses mouvements. Au détour du casting, le spectateur attentif reconnaîtra les visages furtifs de Clint Howard (le psychopathe de Ice Cream Man) et Kimmy Robertson (la Lucy de Twin Peaks) dans le rôle de deux touristes. Après cet opus, sorti dans les salles américaines en avril 1994, les suivants seront directement distribués en vidéo.

 

© Gilles Penso

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CASTLE FREAK (2020)

Un monstre erre en grognant au fin fond d’un vaste château albanais dans ce remake d’un film d’horreur lovecraftien de Stuart Gordon…

CASTLE FREAK

 

2020 – USA

 

Réalisé par Tate Steinsiek

 

Avec Clair Catherine, Jake Horowitz, Kika Magalhães, Chris Galust, Emily Sweet, Omar Brunson, Elisha Pratt, Genti Kame, Klodian Hoxha, Klodjana Keco, Josif Sina

 

THEMA FREAKS I DIABLE ET DÉMONS I LOVECRAFT I SAGA CHARLES BAND

Dans la foulée de Puppet Master : The Littlest Reich, qui réinventait à sa manière la longue saga des poupées tueuses initiée à la fin des années 1989, la branche cinéma du magazine culte Fangoria initie une autre variante d’un des films produits par Charles Band : Castle Freak. L’original, réalisé par Stuart Gordon en 1995, était une adaptation libre de la nouvelle Je suis d’ailleurs de H.P. Lovecraft, avec en tête d’affiche Jeffrey Combs et Barbara Crampton (qui tenaient déjà la vedette de Re-Animator et From Beyond pour Gordon). Ce remake change de casting mais conserve Crampton au poste de coproductrice. Quant à la réalisation, elle échoit à Tate Steinsiek, expert des maquillages spéciaux (Zombie Honeymoon, Sharknado 2, Puppet Master : The Littlest Reich) qui passa à la mise en scène à l’occasion du thriller Addiction. « C’est un tel honneur de reprendre non seulement un classique de Stuart Gordon, mais aussi d’embrasser l’univers de Lovecraft » s’enthousiasmait Steinsiek sur Instagram pour annoncer officiellement le lancement du film. Le scénario de ce second Castle Freak, confié à Kathy Charles, s’inspire cette fois-ci non seulement de Je suis d’ailleurs mais aussi d’un autre texte mythique de Lovecraft, L’Abomination de Dunwitch.

Rebecca Riley (Clair Catherine) a perdu la vue dans un accident de la route causé par son petit ami John (Jake Horowitz), qui conduisait sous la double emprise de l’alcool et de la drogue. Leur relation survit tant bien que mal à cette épreuve. C’est alors que l’agent immobilier Marku (Genti Kame) annonce à Rebecca que sa mère biologique, Lavinia Whateley (Kika Magalhães), est décédée, lui léguant un grand château situé en Albanie. Le jeune couple américain débarque donc dans les Balkans pour prendre possession des lieux. John aimerait vendre rapidement le château et tout ce qu’il contient pour en tirer un maximum de profit. Rebecca n’est pas contre, mais elle souhaite en savoir plus sur Lavinia, et comprendre notamment pourquoi elle fut abandonnée dans un orphelinat. Or le château abrite une créature monstrueuse qui vient de se libérer de ses chaînes et erre désormais dans les couloirs. Lorsqu’un groupe d’amis du couple vient leur rendre visite dans le château pour les aider à en faire l’inventaire, les choses ne tardent pas à dégénérer…

Lovecraft Actually

On sent bien, dans le scénario de ce second Castle Freak, la volonté d’embrasser l’univers de Lovecraft dans son entièreté. Ainsi évoque-t-on tour à tour la ville de Dunwich, l’université de Miskatonic, la famille Whateley, Yog-Sothoth, Cthulhu, le Necronomicon, le retour des Grands Anciens, sans oublier ce clin d’œil savoureux post-générique. La mise en scène élégante de Steinsiek tire parti de très beaux décors naturels captés en Albanie, et notamment de l’impressionnant château Gjirokastër où se déroule la grande majorité de l’intrigue. L’ambiance oppressante se révèle particulièrement soignée et les acteurs plutôt convaincants, même si le personnage répondant au surnom de « professeur » (joué par Chris Galust) nous semble beaucoup trop jeune pour endosser ce rôle de sage et d’érudit. Il faut aussi saluer la bande originale « old school » de Fabio Frizzi, le compositeur attitré de Lucio Fulci, qui mettait déjà en musique Puppet Master : The Littlest Reich, et des maquillages spéciaux à l’ancienne très efficaces. Castle Freak n’étant pas bridé par les contraintes d’un grand studio, le film ne se réfrène pas sur l’horreur déviante, notamment au cours d’une poignée de séquences combinant l’érotisme et l’abomination en un cocktail volontairement grandguignolesque. Les puristes lui préfèreront sans doute la version de Stuart Gordon, mais ce remake ne manque ni d’atout ni de charme.

 

© Gilles Penso

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DEAD BY DAWN (2025)

Dans ce giallo polonais expérimental, une troupe de comédiens est méthodiquement massacrée par un tueur sanguinaire…

MARTWI PRZED SWITEM / DEAD BY DAWN

 

2025 – POLOGNE

 

Réalisé par Dawid Torrone

 

Avec Sylwia Boron, Monika Frajczyk, Adam Machalica, Piotr Nerlewski, Lukasz Szczepanowski, Bartlomiej Topa, Paulina Zwierz

 

THEMA TUEURS I DIABLE ET DÉMONS

Pour son premier long-métrage, le réalisateur Dawid Torrone entend bien frapper fort en proposant quelque chose de nouveau sur le marché du cinéma polonais, tout en rendant hommage aux films de genre qu’il chérit tant. Si le titre international Dead By Dawn évoque naturellement Evil Dead 2, c’est surtout du côté de l’Europe – et tout particulièrement de l’Italie – que Torrone puise son inspiration, au point de ranger son film dans une catégorie imaginaire qu’il surnomme avec auto-dérision « Giallo Pollo ». Dead By Dawn s’affirme donc comme un « giallo polonais », empruntant aux œuvres de Mario Bava et Dario Argento le caractère baroque de ses scènes de meurtres tout en se fendant de plusieurs références frontales. Le scénario s’appuie ainsi sur le même dispositif narratif que celui de Bloody Bird, tandis que le dernier acte reprend sans vergogne l’un des motifs visuels les plus fameux de Terreur à l’opéra. Tourné majoritairement dans le Palais de la Culture de Zagłębie, dont l’architecture monumentale offre à l’intrigue un écrin propice à l’exubérance dramaturgique, Dead By Dawn joue la carte de l’unité de lieu, de temps et d’action en gorgeant son atmosphère de tension, nuit d’orage à l’appui.

Les protagonistes du film sont un groupe de comédiens invités à répéter une nouvelle pièce dans le mystérieux théâtre appartenant à la famille Heissenhoff, une dynastie artistique bien connue qui aurait tissé des liens avec l’occultisme. Plusieurs drames ont eu lieu sur place dans le passé, notamment des arrêts cardiaques à répétition et la pendaison d’un exorciste paraplégique. L’endroit est donc chargé d’un lourd passé. Le tonnerre qui gronde cette nuit-là, provoquant une coupure partielle de l’électricité dans le théâtre et ses coulisses, renforce le caractère pesant de l’ambiance. La petite troupe n’en est pas plus affectée pour autant et décide de se mettre le plus rapidement possible au travail, d’autant que deux semaines les séparent de la grande première. Mais la répétition théâtrale se transforme bientôt en un jeu désespéré de survie lorsqu’un tueur masqué commence à les traquer et à les massacrer l’un après l’autre. Qui est-il ? Que veut-il ? Et comment échapper au carnage ?

La bête aux cent yeux

Divisé en actes, comme pour faire écho au milieu théâtral dans lequel il se déroule, Dead By Dawn dégage quelque chose de profondément atemporel. Les smartphones sont là, certes, mais aussi un vieux téléphone à cadran circulaire et une télévision cathodique aux images saturées de parasites analogiques, comme si deux courants technologiques cohabitaient. Les artefacts des cassettes VHS deviennent d’ailleurs un élément esthétique récurrent du film. Ce « choc des époques » transpire tout au long du métrage, dont la mise en scène sensorielle convoque aussi bien les œuvres des cinéastes italiens des années 70 que les expérimentations sonores et visuelles d’Hélène Cattet et Bruno Forzani (Amer, Reflet dans un diamant mort). Dawid Torrone soigne tout particulièrement la mise en forme de son film, serti dans un classieux format Cinemascope où s’invitent des couleurs saturées excessives. De fait, Dead By Dawn s’affranchit volontairement des contraintes du monde réel : les comédiens semblent soudain possédés dès qu’ils montent sur scène, un tueur psychopathe au look résolument surréaliste (dont le masque est constellé de centaines de globes oculaires) surgit comme une figure cauchemardesque, et les scènes de meurtres volontiers gore frôlent parfois l’abstraction pure. Le grand final, quant à lui, bascule dans une apothéose opératique délirante, quelque part à mi-chemin entre Lucio Fulci, Sam Raimi et David Lynch. Voilà donc une œuvre hautement recommandable, qui ne parvient certes pas toujours à transcender ses sources d’inspiration mais présente le mérite de nous offrir un spectacle radical, viscéral et déroutant.

 

© Gilles Penso

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DEADLY END (2005)

Un jeune couple emménage dans un quartier tranquille de la banlieue californienne, mais l’un des voisins s’apprête à transformer leur vie en cauchemar…

DEADLY END / NEIGHBORHOOD WATCH

 

2005 – USA

 

Réalisé par Graeme Whifler

 

Avec Jack Huston, Pell James, Nick Searcy, Terry Becker, Anina Lincoln, Meredith Morton, John Ennis, De Anna Joy Brooks, Irwin Keyes, Randall Bosley, Gil Glasgow

 

THEMA TUEURS I SAGA CHARLES BAND

Artiste atypique aux goûts singuliers, le scénariste et réalisateur Graeme Whifler réalise un certain nombre de clips musicaux bizarres dans les années 80, avant de tenter sa chance à Hollywood en écrivant les scénarios de Sonny Boy et Docteur Rictus. Puis il décide franchir le pas et de diriger son premier long-métrage avec Neighborhood Watch. « C’était inspiré de deux histoires vraies », raconte-t-il. « Dans les deux cas, des personnes souffrant de troubles mentaux graves ont discrètement commis des actes pervers et répugnants avant d’être arrêtées. J’ai fusionné ces deux cas pathologiques en un seul personnage nommé Adrien, qui déborde d’obsessions, de compulsions et de conflits. Je l’ai placé dans un quartier de banlieue et lui ai donné un jeune couple sympathique sur lequel il pouvait se focaliser. À partir de là, le scénario s’est plus ou moins écrit tout seul. » (1) Cette histoire malsaine a du mal à trouver preneur, jusqu’à ce que Jeff Kirshbaum, un ami de Whifler, accepte de le produire. Tourné dans la périphérie de Victorville, en Californie, le film bénéficie de quelques talents inattendus pour ce type de production, notamment le directeur de la photographie Bernd Heinl (Bagdad Café) et le monteur David Rawlins (La Fièvre du samedi soir). Une fois terminé, le film fait la tournée des festivals mais effraie les distributeurs. C’est grâce au réalisateur Stuart Gordon (Re-Animator), enthousiasmé par le visionnage du film, que Whifler et Kirshbaum rencontrent Charles Band, qui accepte de distribuer directement en vidéo Neighborhood Watch sous un autre titre : Deadly End.

Bob Petersen (Jack Huston, le petit-fils de John) et sa femme Wendy (Pell James, vue dans Zodiac) viennent d’emménager dans le quartier californien apparemment simple et banal de Wormwood Drive. Certes, l’environnement immédiat n’est pas particulièrement engageant (des pancartes « ne pas entrer » placardées devant une maison barricadée, des appareils électroménagers abandonnés dans un jardin), mais pour le démarrage dans la vie de ce jeune couple éperdument amoureux, ça semble tout à fait suffisant. Bob commence son nouveau travail chez Zeecor, une grande entreprise industrielle, tandis que Wendy s’occupe de déballer les cartons et de commencer à peindre les murs de leur nouvelle maison en attendant de pouvoir trouver elle-même un job dans le coin. Mais bientôt, la jeune femme est troublée par le comportement très étrange des voisins, notamment d’Adrien Trumbull (Nick Searcy), un homme solitaire qui tient absolument à leur offrir des cadeaux de bienvenue mais qui cache derrière son sourire accueillant une sombre obsession pour le poison et l’automutilation…

Les banlieusards

C’est par petites touches insolites et insidieuses que Deadly End instille le malaise auprès des spectateurs : le regard libidineux d’un employé du gaz, l’attitude aliénée d’un couple de vieux voisins muets, le cadavre d’un animal grouillant de vermine qui traîne sous l’évier, des arbres foudroyés qui écrasent des maisons devenues désertes… Mais l’angoisse monte sérieusement d’un cran lorsque la caméra s’attarde sur Adrien Trumbull, le sociopathe qui s’est mis en tête de « purifier » son entourage immédiat. Reclus dans une bicoque insalubre qu’on imagine nauséabonde, caché derrière des coupures de journaux qui oblitèrent ses fenêtres, abruti par l’écoute en boucle d’une émission radiophonique religieuse, il ne nous illusionne pas longtemps avec ses faux airs affables. Lorsque nous le découvrons en train d’enfoncer son doigt dans une plaie béante ouverte dans son abdomen tout en se repassant l’enregistrement audio des exultations de Bob et Wendy en train de faire l’amour, nous comprenons que Deadly End n’entend pas se réfréner sur sa description des pires travers de cet homme passablement dérangé. Et de fait, rien ne nous est épargné lorsqu’il s’agit de montrer les conséquences des actes malfaisants de ce voisin épouvantable, des pustules envahissants aux jets de vomi à répétition en passant par les effets d’une diarrhée incontrôlable ! Le point de non-retour est cependant atteint lors du dernier acte, qui bascule dans le gore chirurgical le plus extrême via d’impressionnant effets spéciaux de maquillage signés Leonard MacDonald (L’Emprise des ténèbres, Flic ou zombie, Innocent Blood). Le film souffre de son manque évident de moyen, mais sa radicalité surprend agréablement. Graeme Whifler ne transformera pourtant pas l’essai et s’en tiendra à cet unique long-métrage.

 

(1) Propos extraits du livre It Came From the Video Aisle ! (2017)

 

© Gilles Penso

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LE ROI DES ZOMBIES (1941)

En pleine seconde guerre mondiale, trois hommes atterrissent sur une île isolée où un médecin pratique d’étranges expériences…

KING OF THE ZOMBIES

 

1941 – USA

 

Réalisé par Jean Yarborough

 

Avec Dick Purcell, Joan Woodbury, Mantan Moreland, Henry Victor, John Archer, Patricia Stacey, Guy Usher

 

THEMA ZOMBIES

Le Roi des Zombies n’est pas le film qu’il était censé être lorsque Monogram en lança la production. Au départ, il s’agit d’une histoire d’horreur classique, largement inspirée par Les Morts vivants de Victor Halperin. Mais entretemps, la comédie d’épouvante Le Mystère du château maudit, avec Bob Hope et Paulette Goddard, cartonne et emplit généreusement les caisses de la Paramount. Pour surfer sur ce succès, Le Roi des zombies oublie donc une partie de son caractère sérieux et intègre des éléments humoristiques. Jugeant que le premier réalisateur annoncé, Howard Bretherton (Return of the Terror, Les Bandits du désert), ne sera pas à l’aise avec ce mélange des genres, on le remplace par Jean Yarborough, qui a déjà signé plusieurs films comiques. Le monteur lui-même, Richard C. Currier, est choisi pour ses affinités avec la comédie (qu’il a pratiquée notamment pour le producteur Hal Roach). Un nouveau personnage est même inventé de toutes pièces : le valet trouillard et roublard Jeff, interprété par le volubile Mantan Moreland. Pour incarner le savant fou, Bela Lugosi et Peter Lorre sont les favoris sur la liste des producteurs, mais aucun des deux n’est disponible. C’est finalement le vétéran Henry Victor (L’Hercule de Freaks) qui hérite du rôle, quelques jours à peine avant le début du tournage.

En pleine seconde guerre mondiale, un petit avion qui se dirige vers les Bahamas est pris par une violente tempête et atterrit en catastrophe sur une île au large de l’Amérique du Sud. Les trois passagers, Bill Summers (John Archer), son pilote James « Mac » McCarthy (Dick Purcell) et son valet Jefferson « Jeff » Jackson (Mantan Moreland), trouvent refuge dans la demeure d’un médecin étrange d’origine autrichienne, le docteur Micklos Sangre (Henry Victor). Les rumeurs locales parlent d’esprits maléfiques qui hantent les lieux, tandis que l’épouse du médecin (Patricia Stacey) semble végéter dans un état second étrange et que Jeff commence à voir des zombies partout. Bientôt, le secret de cette île se révèle dans toute sa folie : Sangre sollicite les pratiques vaudou pour transférer les cerveaux d’êtres humains dans des corps de zombies afin d’obtenir des soldats invincibles et de livrer des secrets militaires aux forces ennemies. Bien sûr, l’’intervention des visiteurs imprévus va bouleverser ses plans…

Vaudouville

Même si l’on sent le potentiel horrifique de cette intrigue rocambolesque, tout est ici tourné en dérision, et ce dès l’entame où Jeff, après le crash, se réveille contre une pierre tombale où est gravée la phrase « Rest in Peace », puis croit voir un fantôme lorsque Mac essaie de se dépêtrer d’une toile de parachute. Les zombies eux-mêmes sont traités comme des éléments comiques, de grands dadais qui effraient Mantan Moreland et provoquent ses réactions outrancières, un peu comme les monstres Universal face à Abbott et Costello dans la longue saga des Deux nigauds. Le Roi des zombies s’appuie donc avant tout sur une mécanique de Vaudeville, tandis que les rites vaudou, les morts-vivants, l’hypnose et la « transmigration » s’entremêlent confusément dans un scénario abracadabrant. Tout s’achève par une cérémonie fantaisiste au cours de laquelle notre savant fou se pare d’un casque tribal excessif avant de finir dans les flammes, victime de ses propres monstres – refrain connu au pays des apprentis sorciers. Les grimaces répétitives de Mantan Moreland peuvent exaspérer, tout comme cette représentation très datée de l’homme noir cantonné au rôle de serviteur des fiers Occidentaux blancs. Sans doute faut-il replacer ce film sans ce contexte pour mieux l’apprécier. Une suite non officielle, sollicitant une fois de plus les pitreries de Moreland, sortira en 1943 sous le titre Revenge of the Zombies.

 

© Gilles Penso

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ESCAPE FROM PLEASURE PLANET (2016)

Une princesse cosmique et sa garde du corps sont prises en chasse par une extra-terrestre qui veut dominer la galaxie et se réfugient sur Terre…

ESCAPE FROM PLEASURE PLANET

 

2016 – USA

 

Réalisé par Terrance Ryker

 

Avec Blair Williams, Vanessa Cage, Veronica Vain, Erika Jordan, Karlie Montana, Darcie Dolce, Micahel Thomas, Andrew Espinoza Long, Michael Gaglio

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

Directeur de la photographie habitué aux séries B et aux petits budgets, Terrance Ryker a signé les images de nombreuses productions de Charles Band telles que Ghost Poker, Les Geôles du diable, The Dead Want Women, Reel Evil, mais aussi plusieurs films des sagas Evil Bong, Puppet Master, Gingerdead Man, Demonic Toys et Killjoy. En 2016, notre homme passe à la mise en scène en réalisant conjointement deux films érotico-fantastiques produits par Retromedia Entertainment et distribués par Full Moon Features : l’histoire de fantômes Paranormal Sexperiments et le space opera Escape From Pleasure Planet. Homme à tout faire, Ryker en signe également la photographie et la coproduction. Contrairement à la plupart des grivoiseries cosmiques produites par Charles Band depuis le début des années 70 – Les Créatures de l’au-delà, Femalien, Andromina, Lolita 2000 et des dizaines d’autres titres du même acabit – Escape From Pleasure Planet assume pleinement son caractère science-fictionnel. Certes, nous ne sommes pas dans Star Wars, mais Terrance Ryker sollicite tout de même des maquettes, des effets visuels, des batailles spatiales et des séquences de vols au milieu des étoiles. Malgré l’extrême naïveté de tous ces trucages bricolés à la va-vite, l’effort est appréciable, d’autant que le film ne se prend jamais au sérieux et donne volontiers dans l’autodérision.

La princesse extra-terrestre Dyanna (Blair Williams) et sa garde du corps Tara (Vanessa Cage) débarquent dans une « station de plaisir » intergalactique où la jeune altesse compte passer un peu de bon temps. Toutes deux sont accueillies par Cassia (Veronica Vain), dont l’opulente poitrine menace à tout moment de jaillir hors de sa combinaison argentée et qui orne généreusement les posters du film. Pendant que Dyanna exulte sous les assauts d’une « androïde de plaisir » (Darcie Dolce) dans une grotte aquatique, Cassia complote avec Aria (Erika Jordan), une extra-terrestre renégate qui projette de kidnapper la princesse dans le but de déployer sa propre flotte spatiale et de conquérir la galaxie. À vrai dire, ce plan machiavélique n’est pas très clair, mais après tout qu’importe ? Toujours est-il que Dyanna et Tara parviennent à s’échapper de justesse à bord de leur vaisseau. Mais dans leur fuite, elles heurtent une ceinture d’astéroïdes et sont contraintes d’atterrir en catastrophe sur la première planète venue…

Sex-Files

On note que pendant toute la première partie du film, l’intégralité du casting est féminin, comme si les hommes n’existaient pas parmi les races extra-terrestres en présence. Nos charmantes donzelles n’ont pas froid aux yeux pour autant et n’ont manifestement besoin d’aucune présence masculine pour s’adonner aux plaisirs de la chair. Mais lorsque la princesse et sa garde rapprochée se retrouvent sur Terre, la donne change, dans la mesure où quelques mâles parfaitement équipés entrent désormais dans la danse. C’est le cas de Jake (Michael Thomas), qui dirige une petite station de surveillance des OVNIS et se prend pour Fox Mulder (avec le poster « I Want To Believe » dans son bureau), et de l’agent spécial Daniels (Andrew Espinoza), un « Man in Black » envoyé enquêter sur les étranges lumières dans le ciel. Pour compliquer les choses, la vile Cassia débarque elle aussi sur notre planète pour récupérer les fugitives. À partir de là, le semblant de scénario qui s’ébauchait lors de la première partie du film se désagrège tranquillement pour céder la place à des séquences de galipettes délurées à répétition. Le grand final assume même pleinement l’abandon de toute velléité narrative, puisque tous les personnages oublient leurs missions premières pour pouvoir s’adonner à une grande orgie où se mêlent humains et aliens, en une belle démonstration de rapprochement des peuples !

 

© Gilles Penso

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TENTACULES (1977)

Les Dents de la mer cartonne au box-office ? Aussitôt, le producteur/réalisateur Ovidio G. Assonitis lance une pieuvre géante sur les écrans…

TENTACOLI / TENTACLES

 

1977 – ITALIE

 

Réalisé par Ovidio G. Assonitis

 

Avec Bo Hopkins, John Huston, Shelley Winters, Henry Fonda, Dellia Boccardo, Cesare Danova, Alan Boyd, Sherry Buchanan, Franco Diogene, Claude Akins

 

THEMA MONSTRES MARINS

En 1977, dans le sillage du raz-de-marée provoqué par Les Dents de la mer, un étrange monstre marin surgit à son tour des profondeurs dans Tentacules. Derrière cette production aux allures hollywoodiennes se cache un projet 100% italien. Produit et réalisé par Ovidio G. Assonitis – qui signe ici sous le pseudonyme d’Oliver Hellman – le film est entièrement tourné en Californie. Si les seconds rôles sont en majorité campés par des acteurs transalpins, les têtes d’affiche, elles, sont bien américaines. Le premier choix d’Assonitis, John Wayne, accepte le rôle principal, avant que le cinéaste ne découvre que l’acteur, très affaibli, est incapable de tourner. Il se rabat alors sur Henry Fonda, qui, victime d’une crise cardiaque, se voit relégué au second plan dans un rôle statique — celui d’un businessman grognon, filmé en gros plan, la plupart du temps au téléphone. C’est finalement à John Huston (qui dirigea lui-même un mythique monstre marin dans Moby Dick) qu’est confié le rôle du journaliste en quête de vérité. À ses côtés s’agite un casting hétéroclite : Shelley Winters (qui faisait déjà le grand plongeon dans L’Aventure du Poséidon) en improbable mère sexagénaire d’un enfant en bas âge, Claude Akins en shérif dur à cuire, et Bo Hopkins en océanographe qui murmure à l’oreille des orques.

À Solana Beach, paisible station balnéaire californienne, l’été vire au cauchemar lorsque des cadavres atrocement mutilés sont retrouvés. Peau arrachée, os rongés jusqu’à la moelle : un véritable carnage. Le shérif local est dépassé et les autorités pataugent. Seul Ned Turner, journaliste pugnace, flaire une piste : la société Trojan, en plein chantier sous-marin pour la construction d’un tunnel, pourrait être liée à ces drames. Mais son patron, le glacial M. Whitehead, nie en bloc et tente de le faire taire. Alors que les morts s’accumulent, Turner fait appel à Will Gleason, océanographe réputé et dresseur d’orques. Sceptique au départ, Gleason change de ton lorsque deux de ses plongeurs disparaissent à leur tour. En analysant les données, il découvre que les forages de Trojan utilisent des ultrasons d’une intensité démesurée, perturbant gravement l’écosystème marin. Ces ondes ont réveillé une pieuvre gigantesque. Pendant ce temps, la foule se presse pour assister à une grande course de bateaux pour enfants… sans savoir que, sous la surface, un monstre tentaculaire les guette.

« Il s’agit d’un monstre diabolique ! »

Au début, on a encore envie d’accorder le bénéfice du doute à Assonitis. Certes, Les Dents de la mer est pillé en long et en large (les vues subjectives de la bête, le surgissement en gros plan de la tête énuclée d’un pêcheur) et les dialogues donnent parfois dans la grandiloquence risible (« Croyez-moi, il s’agit d’un monstre sans aucun doute, un monstre diabolique » lance ainsi John Houston dans un élan lyrique). Mais quelques idées de mise en scène intéressantes surnagent, comme la disparition du bébé sous nos yeux, escamotée par le passage des véhicules sur la route, ou le motif de cinq notes au clavecin qu’utilise le compositeur Stelvio Cipriani pour évoquer la présence de la bête. On note aussi cette double scène d’attaque en mer qui s’efforce audacieusement d’assembler les images d’une pieuvre réelle, de faux tentacules grandeur nature, de rétro-projections et de maquettes. Mais à mi-parcours, Tentacules s’enfonce dans la nanardise pour ne plus jamais en ressortir. La séquence de panique pendant la course de bateau – qu’on imaginait être le moment le plus fort du film – est filmée et montée n’importe comment, envahie par une insupportable musique symphonico-disco kitsch et truffée de choix de montage incompréhensibles (coupure du son pendant les dialogues, arrêts sur image en pleine action), tandis qu’une tête en plastique censée représenter le monstre glisse dans l’eau et que la pieuvre rugit de colère ! Le climax s’enfonce d’avantage, porté par une partition de péplum complètement hors-sujet (avec trompettes et chœurs), et précédé par une séquence de dialogue invraisemblable au cours de laquelle l’océanographe vedette demande à ses orques d’avoir la gentillesse de tuer le monstre !

 

© Gilles Penso

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L’ATTAQUE DE LA POM-POM GIRL GÉANTE (2012)

Pour intégrer l’équipe des cheerleaders de son lycée, une fille complexée par son physique s’injecte un sérum expérimental et atteint une taille colossale…

ATTACK OF THE 50 FOOT CHEERLEADER

 

2012 – USA

 

Réalisé par Kevin O’Neill

 

Avec Jena Sims, Sean Young, Treat Williams, Sasha Jackson, Olivia Alexander, Ryan Merriman, Ted Raimi, Anne McDaniels, Mary Woronov, Paula Trickey

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I ARAIGNÉES

Attack of the 50 Foot Woman, le sympathique nanar de Nathan Juran, eut droit à un remake à grande échelle en 1993, avec Daryl Hannah en tête d’affiche. Toujours sur les bons coups, Roger Corman décida de surfer sur le thème de la « femme géante sexy et revancharde » en produisant dans la foulée L’Attaque de la pin-up géante. Il faut croire que le sujet se prêtait encore à quelques déclinaisons burlesques, puisque Corman revient à la charge plus de quinze ans plus tard avec une variante « cheerleader ». Entretemps, Avatar est sorti sur les écrans du monde entier et a provoqué un soudain regain d’intérêt pour la 3D. Qu’à cela ne tienne : L’Attaque de la pom-pom girl géante sera tourné en relief ! Ce sera l’occasion de balancer à la figure des spectateurs les courbes généreuses des actrices impudiques qui apparaissent dans le film, notamment bien sûr la protagoniste gigantesque et sa rivale, incarnées respectivement par Jena Sims et Olivia Alexander. La mise en scène est confiée à Kevin O’Neill, qui dirige la société d’effets spéciaux Flat Earth (logiquement en charge des nombreux trucages du film) et s’est parallèlement spécialisé dans la réalisation de séries Z à base de grands monstres : Dinocroc, Dinoshark, Dracano, Sharktopus vs Pteracuda, Sharktopus vs Whalewolf, bref un beau palmarès.

Tourné sur les campus de l’U.C.L.A. et du Santa Ana College, L’Attaque de la pom-pom girl géante s’intéresse à Cassie Stratford (Jena Sims), une étudiante désireuse de marcher dans les pas de sa mère, ancienne figure emblématique de l’université, couronnée reine des cheerleaders et membre influente d’une prestigieuse confrérie. Mais Cassie est complexée par son physique, son acné et sa maladresse. A tel point qu’elle devient la bête noire de Brittany (Olivia Alexander), capitaine des pom-pom girls qui règne avec autorité sur la sororité Beta Mu. Entre deux cours, Cassie travaille comme assistante d’un labo de biochimie qui teste un médicament expérimental, le « sérum renouveau », conçu pour régénérer les cellules. Un soir, en désespoir de cause, elle décide de s’injecter le produit dans les veines. Le résultat est au-delà de toutes les espérances : la voici désormais sûre d’elle et rayonnante (autrement dit l’actrice a retiré ses énormes lunettes, s’est lavé les cheveux et s’est maquillée). « Ce sérum t’a carrément transformée en Barbie en une nuit », constate sa meilleure amie. Mais ce médicament a un effet secondaire imprévu : Cassie se met progressivement à grandir jusqu’à atteindre la taille de King Kong.

De la nudité, des guests et une araignée géante

Drôle, rythmé, léger, ne reculant pas devant les scènes dénudées gratuites, L’Attaque de la pom-pom girl géante se révèle bien mieux fichu que les variantes sur le même sujet que réaliseront plus tard Jeff Leroy (Giantess Attack) ou Jim Wynorski (Attack of the 50 Foot Camgirl). Le budget n’est pourtant pas immense, mais l’équipe de Flat Earth s’en sort plutôt bien, gérant habilement les perspectives forcées pour crédibiliser les premières étapes de la croissance accélérée de Cassie, puis recourant de manière intensive aux incrustations sur fond vert lorsqu’elle atteint les quinze mètres de haut. Cette générosité visuelle n’exclut pas quelques scories, comme cette araignée géante en images de synthèse bien peu crédible, mais ces approximations sont tolérables dans un film qui ne se prend jamais au sérieux. Les plus attentifs repèreront des autocitations (le poster de Dinocroc dans un coin de décor), un clin d’œil à Spider-Man (Cassie voit soudain flou avec ses lunettes et réalise qu’elle n’en a plus besoin) et quelques guest stars savoureuses. On apprécie ainsi les interventions de Treat Williams en businessman colérique, Ted Raimi en savant dépassé par les événements, Roger Corman en doyen du lycée, John Landis en enseignant ordurier ou Sean Young en mère indélicate. Avec au passage quelques dialogues fleuris comme « Je suis la version pétasse de la Statue de la Liberté » ou « son vagin sert de caisse de résonnance » ! Rien de bien inoubliable, certes, mais avec un titre pareil, on ne s’attend pas non plus à voir Citizen Kane.

 

© Gilles Penso

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LA NUIT DE LA MÉTAMORPHOSE (1976)

Dans une petite ville croate qui a sombré dans la misère, un écrivain découvre que des rats sont en train de se substituer aux humains…

IZBAVITLEJ

 

1976 – YOUGOSLAVIE

 

Réalisé par Krsto Papic

 

Avec Ivica Vidovic, Mirjana Majurec, Relja Basic, Fabijan Sovagovic, Ilja Ivezic, Branko Spoljar, Petar Dobric, Edo Perocevic, Ana Hercigonja, Zvonimir Ferencic

 

THEMA MAMMIFÈRES

La Nuit de la métamorphose est né au cours d’une période charnière du cinéma yougoslave, à la fois sur le plan artistique et politique. Le film s’inspire du livre Pacolovac (littéralement « Le Chasseur de rats »), écrit dans les années 1920 par le romancier russe Alexandre Grine. Le cinéaste Krsto Papić et le scénariste Ivo Brešan y trouvent la matière nécessaire pour bâtir une œuvre fantasmagorique dérangeante. Tourné presque intégralement à Zagreb, alors capitale de la République socialiste de Croatie, La Nuit de la métamorphose compense son budget limité par une mise en scène sèche et une atmosphère oppressante. Le contexte politique joue un rôle essentiel dans la genèse du film. Le début des années 1970 est en effet marqué par le « Printemps croate », mouvement revendiquant une plus grande autonomie face au pouvoir fédéral. La réforme constitutionnelle de 1974 assouplit le contrôle de l’État, notamment sur la création artistique, ouvrant une brèche dont le cinéma va s’emparer. Papić choisit alors la voie de l’allégorie horrifique, forme idéale pour dissimuler une critique acérée du collectivisme et de la déshumanisation qu’il engendre. Sous couvert d’un récit fantastique, La Nuit de la métamorphose dénonce la dissolution de l’individu au profit d’un corps social monstrueux. Visionnaire, le film semble déjà annoncer les fissures d’un bloc de l’Est qui ne tardera pas à s’effondrer.

Le générique, sur fond de musique expérimentale, se promène sur des peintures surréalistes effrayantes et instille déjà un certain malaise. Le monde que nous décrit le début du film n’a rien de très engageant. Nous sommes dans une petite ville croate des années 20 où la situation économique semble s’être brutalement effondrée. Les gens vivent dans la misère, les habitants cherchent désespérément du travail, les commerces mettent la clé sous la porte, les vieillards se raccrochent à la soupe populaire… Ivan Gajski (Ivica Vidovic), écrivain sans le sou incapable de payer son loyer, est un individu ordinaire noyé dans cet océan de désenchantement. Contraint de dormir dehors après avoir été expulsé de son appartement, Ivan trouve refuge dans un grand bâtiment abandonné auquel on accède par les égouts. Là, il assiste nuitamment à un bien étrange spectacle : des dizaines de gens fortunés et insouciants se livrent à des orgies en rupture brutale avec ce que vivent la plupart des autres habitants. Ils valsent sur de la musique enjouée, se repaissent dans des banquets fastueux, s’accouplent sans la moindre retenue. La mise en scène saupoudre alors quelques détails insolites et furtifs : des dents qui ressemblent à celles des rongeurs, des touffes de poils bizarres sur les visages. Ivan découvre alors l’impensable : ces gens sont en réalité des rats qui empruntent l’apparence des humains pour mieux les dominer…

Rat People

Si ce concept de métamorphose – que met en avant le titre français du film – peut faire penser au Rhinocéros de Ionesco, une autre source littéraire nous vient conjointement à l’esprit : The Body Snatchers de Jack Finney. De fait, le sentiment de paranoïa diffus qui se propage tout au long du récit n’est pas sans évoquer L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel, tout en annonçant la version que réalisera en 1978 Philip Kaufman. La parabole de science-fiction est ici renforcée par un sous-texte social et politique inhérent à l’Europe de l’Est du milieu des années 1970. La société misérable que nous décrit Krsto Papic est le terreau idéal pour la prolifération insidieuse du fascisme. Et de ce point de vue, le film se veut très explicite : les sbires du « chef des rats » portent de longs manteaux en cuir noir, la grande table du banquet ressemble à une demi-croix gammée et le climax annonce l’arrivée imminente d’un dictateur impitoyable. Malgré des moyens limités, La Nuit de la métamorphose s’offre quelques effets spéciaux de maquillage discrets mais efficaces, évoquant parfois le lycanthrope du Monstre de Londres. La Nuit de la métamorphose sera primé comme meilleur film au Festival international du film de science-fiction de Trieste en 1977, au Festival international du film fantastique et de science-fiction de Paris en 1980 et au Fantasporto en 1982. Cette triple récompense permettra au film de s’exposer sur la scène internationale et de franchir les frontières.

 

© Gilles Penso

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