HELL HOUSE LLC LINEAGE (2025)

Ce cinquième opus abandonne la technique du found footage et tente de relier entre elles toutes les intrigues précédentes…

HELL HOUSE LLC LINEAGE

 

2025 – USA

 

Réalisé par Stephen Cognetti

 

Avec Elizabeth Vermilyea, Searra Sawka, Mike Sutton, Joe Bandelli, Cayla Berejikian, Victoria Andrunik, Gideon Berger, Bridget Rose Perrotta

 

THEMA FANTÔMES I CLOWNS I SAGA HELL HOUSE

Dans la foulée des trois premiers Hell House, qui constituaient un récit complet bouclé sur lui-même, Stephen Cognetti envisage d’élaborer une nouvelle trilogie centrée sur un autre lieu que l’hôtel Abaddon, en l’occurrence le manoir Carmichael. Hell House LLC Origins : The Carmichael Manor est donc censé être le premier volet d’un triptyque. Mais pendant l’écriture de sa suite, Hell House LLC Lineage, Cognetti décide de changer son fusil d’épaule. Ce cinquième opus sera finalement le dernier de la saga. Il s’agira donc de refermer toutes les portes narratives et de relier l’ensemble des événements racontés dans les films précédents. Et pour éviter tout sentiment de redite, Cognetti prend le parti d’abandonner ce qui constituait l’essence même de cette franchise, autrement dit la technique du « found footage » (un montage de fausses images vidéo amateur et de pseudo-documentaires), au profit d’une mise en scène de fiction plus traditionnelle. « Il m’a fallu environ six à huit mois, voire presque un an, avant que le scénario ne soit finalisé », explique-t-il. « J’ai commencé à l’écrire juste après Origins et j’étais très satisfait de l’avancement du projet. J’avais hâte de le tourner et d’essayer autre chose que le found footage. En tant que scénariste et réalisateur, j’aime la nouveauté et je déteste la répétition. Je me suis dit que la meilleure façon de préserver l’originalité de Hell House était d’essayer de faire peur aux gens d’une nouvelle manière. Voilà pourquoi j’ai choisi que m’éloigner du found footage. » (1)

Le personnage central de ce cinquième épisode est l’ancienne animatrice de télévision Vanessa Shepherd (Elizabeth Vermilyea) qui était déjà l’héroïne de Hell House LLC 3. Plusieurs années après avoir frôlé la mort, elle reste hantée par des visions et des cauchemars récurrents liés aux événements traumatisants qu’elle a vécus. Installée dans la ville d’Abaddon, elle semble prisonnière d’une emprise inexplicable qui la rattache à ce lieu maudit. Lorsque des morts mystérieuses commencent à frapper son entourage, elle comprend peu à peu que son passé est intimement lié à l’hôtel Abaddon, au sinistre manoir Carmichael et à une série de meurtres inexpliqués qui ensanglantent la région depuis des décennies. Déterminée à comprendre ce qui lui est arrivé et à briser le cycle de la terreur, Vanessa entreprend d’enquêter sur ces événements avec l’aide d’Alicia Cavalini (Searra Sawka), une journaliste tenace en quête de vérité. Ensemble, elles vont se plonger dans les secrets les plus sombres de la ville et remonter la piste d’un mal dont l’influence semble s’étendre bien au-delà de ce qu’elles imaginaient…

Les liens du sang

Le passage du médium « found footage » à une narration plus classique permet à Cognetti de varier les plaisirs, en soignant tout particulièrement sa photographie et ses ambiances sonores. On découvre ainsi que son savoir-faire dépasse l’exercice de la caméra subjective accidentée et s’ouvre vers une esthétique plus sophistiquée. Ce choix artistique crée chez les spectateurs familiers avec la franchise un certain trouble, dans la mesure où ils revoient des scènes, des lieux et des situations qu’ils connaissaient déjà, mais mises en scène cette fois-ci sous un autre angle, avec un autre regard. Cette démarche finit même par susciter une interrogation plus large liée à ce qu’est la réalité elle-même, ou du moins son simulacre. Les fausses images captées au caméscope sont-elles plus réalistes que celles cadrées et découpées selon un langage filmique plus conventionnel ? Du point de vue du récit lui-même, la nouveauté vient de l’inversion des figures. Ici, ce ne sont plus les protagonistes qui entrent dans des lieux hantés, mais les spectres masqués, les démons, les clowns sanglants et les balles rouges qui viennent contaminer le monde réel. Ce ne sont donc plus les lieux qui sont hantés, mais les gens eux-mêmes, via un principe de « contamination surnaturelle » qui nous rappelle la saga Ju-On. De son côté, le Lineage du titre évoque un enchevêtrement de connections entre différentes personnes liées au drame survenu en 1989 (la mort de Margaret Carmichael heurtée par une camionnette). Tous ceux qui périrent dans l’hôtel Abandon ou dans le manoir Carmichael semblent s’y rattacher d’une manière ou d’une autre. Cognetti fait ici preuve d’une belle inventivité le poussant à relier toutes les péripéties des quatre films précédents en un tout cohérent. S’agit-il pour autant de l’ultime opus de la franchise ? Sa fin très ouverte laisse en tout cas entrevoir plusieurs possibilités de nouvelles suites…

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur ScriptMag en août 2025

 

© Gilles Penso

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THE GOOD BOY (2025)

Un jeune voyou est séquestré par une famille « bien comme il faut » qui décide de le ramener dans le droit chemin par tous les moyens…

GOOD BOY / HEEL

2025 – POLOGNE / GB

Réalisé par Jan Komasa

Avec Stephen Graham, Andrea Riseborough, Anson Boon, Kit Rakusen, Monika Frajczyk, Savannah Steyn, Mila Jankowska, Callum Booth-Ford, Noah Valentine

THEMA TUEURS

La genèse de Good Boy (qui a été rebaptisé Heel aux Etats-Unis pour éviter la confusion avec le film homonyme de Ben Leonberg) remonte à la rencontre entre le producteur Jerzy Skolimowski et le réalisateur Jan Komasa, alors que ce dernier assurait la promotion de Corpus Christi, en 2019. Skolimowski lui soumet un scénario de thriller qui n’a alors que peu de choses en commun avec le film final. Écrit en polonais, il raconte l’histoire d’un hooligan dans les rues de Varsovie. Séduit par le projet, Komasa accepte de le reprendre, mais sa transposition en anglais et son déplacement dans le Yorkshire britannique vont profondément en modifier la tonalité. Pour le cinéaste, il s’agit d’une première expérience de réalisation en langue anglaise, avec l’ambition de toucher un public international. Ce changement de décor s’accompagne d’un adoucissement relatif du récit. Dans la version originale, Tommy se livrait pendant la première moitié du film à des actes d’une brutalité extrême. « En Pologne, nous avons une plus grande tolérance à la violence dans notre cinéma », explique Komasa. « Tommy était épouvantable pendant quarante minutes : il faisait des trucs complètement dingues et s’en prenait aux gens dans la rue. C’était insupportable, mais j’adorais ça! » (1) Réduite à un montage de cinq minutes dans le film définitif, cette introduction donne néanmoins le ton sans se réfréner sur la cruauté et sur la nature sauvage et incontrôlable de son protagoniste.

Notre protagoniste est donc Tommy (Anson Boon), 19 ans, un jeune délinquant toxicomane qui cultive la provocation et la violence, dont il filme les débordements pour les diffuser sur les réseaux sociaux. Un soir, après avoir enchaîné alcool, drogues et comportements agressifs en boîte de nuit, il se retrouve séparé de ses amis et disparaît, enlevé par un mystérieux inconnu. À son réveil, il découvre qu’il est enchaîné comme un animal au sous-sol d’une demeure isolée du Yorkshire. Ses ravisseurs, Chris (Stephen Graham) et Kathryn (Andrea Riseborough), forment un couple aussi respectable en apparence qu’inquiétant. Leur objectif : rééduquer Tommy afin de pouvoir le réintégrer dans la société. Malgré ses hurlements et ses tentatives de rébellion, ses geôliers affichent un calme imperturbable, nous laissant imaginer que cette expérience n’est pas la première du genre. Leur fils, Jonathan (Kit Rakusen), un garçon au comportement étrangement impassible, semble lui aussi prisonnier de cet univers familial opaque. C’est alors que Rina (Monika Frajczyk), une jeune Macédonienne venue répondre à une annonce pour un poste de femme de ménage, découvre Tommy enchaîné dans la cave et devient malgré elle le témoin de cette invraisemblable entreprise de dressage humain…

L'humain reconditionné

Le tour de force du film consiste à nous attacher à des personnages qui n’ont rien pour susciter l’empathie: Tommy est un sale gosse violent et autodestructeur qui ne respecte rien ni personne, Chris cache sous ses airs affables l’âme autoritaire d’un homme au bord de la psychopathie, son épouse est prostrée et à moitié folle, leur fils tellement souriant et euphorique qu’il en devient glaçant. Seule Rina attire un peu notre sympathie, même si le scénario ne nous confie pas beaucoup d’éléments à son sujet. Le passé et les secrets des personnages restent d’ailleurs partiellement enfouis, éveillant la curiosité et sollicitant l’imagination des spectateurs. Ce refus d’un manichéisme trop marqué n’était pas un choix simple de la part de Jan Komasa. Le public aurait tout aussi bien pu se désintéresser du sort des personnages. Après tout, ce voyou n’a-t-il pas ce qu’il mérite ? Cette « famille modèle » n’aurait-elle pas sa place dans un hôpital psychiatrique ? Mais les rapports de forces finissent par changer, les failles affleurent de chaque côté, notamment chez Tommy qui, peu à peu, s’assagit, sans que nous ne sachions pleinement s’il s’agit de simulation et de manipulation, d’un syndrome de Stockholm finissant par l’attacher à ses geôliers, ou d’un véritable abaissement de ses barrières. Cet enfermement radical aurait-il finalement les vertus thérapeutiques espérées ? Ou est-ce le contraire qui est en train de se produire ? L’exercice de style est fascinant, le suspense souvent à son comble, les acteurs formidables et le dénouement à la fois savoureux et saisissant.

(1) Extrait d’une interview publiée sur Dazed en mars 2026

© Gilles Penso

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RECLUSE (2026)

Venue au chevet de son père artiste peintre, une technicienne qui travaille dans le cinéma fait face à d’étranges phénomènes…

RECLUSE

2026 – USA

Réalisé par Henry Chaisson

Avec Sasha Frolova, Kimball Farley, Toby Poser, Mia Vallet, Xander Berkeley, Thomas Cancellara, Gillian Cooper, Christine Nyland, Aidan Peluso, James M. Reilly

THEMA FANTÔMES

Scénariste du film d’horreur Affamés et de plusieurs épisodes de Servant, produits respectivement par Guillermo Del Toro et M. Night Shyamalan, Henry Chaisson décide de passer à la mise en scène en 2026, après avoir fait ses armes sur plusieurs courts-métrages. Son crédo reste l’épouvante atmosphérique et le fantastique minimaliste, maîtres mots de Recluse dont il signe à la fois l’écriture et la réalisation mais aussi la bande originale. « J’adore les films d’horreur qui jouent sur le son, car c’est un peu ambigu et on n’est pas tout à fait sûr de ce qu’on entend », explique-t-il. « Avec la maison d’un artiste comme décor principal, il était possible de créer une couche sonore ambiguë laissant entendre aux spectateurs que quelque chose de vraiment grave s’était déroulé sur place dans le passé. C’est évidemment une expérience plus intéressante si le film est vu dans une salle de cinéma, de préférence avec un son Surround. » (1) Pour écrire le script de Recluse, Chaisson s’inspire de ses propres souvenirs d’enfance, lorsqu’il s’amusait à chasser les fantômes chez ses grands-parents avec un magnétophone. « Une fois, j’ai enregistré une voix bizarre et je ne sais toujours pas si c’était un voisin ou un cousin qui me faisait une blague, ou si c’était autre chose », raconte-t-il. « Ça m’a longtemps hanté. » (2) Pour la patine visuelle du film, le réalisateur se laisse influencer par les peintures d’Edward Hopper et Andrew Wyeth, ainsi que par tout un pan du cinéma gothique anglo-saxon.

Joan (Sasha Frolova), ingénieure du son solitaire et mal à l’aise dans le monde qui l’entoure, apprend que son père, Lawrence Wyatt (Xander Berkeley), un célèbre artiste fasciné par l’occultisme, a été grièvement brûlé dans un incendie. Alors qu’il lutte entre la vie et la mort, elle retourne dans le manoir familial, en Nouvelle-Angleterre, qu’elle a quitté depuis longtemps. Accueillie par Lydia (Toby Poser), la gouvernante de son père, et Emily (Mia Vallet), une infirmière dévouée, Joan retrouve une demeure envahie par les œuvres inquiétantes de Lawrence et chargée d’un passé qu’elle n’a jamais réussi à éclaircir. Depuis son arrivée, d’étranges phénomènes troublent ses perceptions. Des voix résonnent dans les pièces désertes, des sons semblent surgir de nulle part et son père évoque entre deux râles une présence mystérieuse au sein de la maison. Joan y reconnaît peut-être l’écho de sa mère, disparue lorsqu’elle était enfant. En explorant les lieux à l’aide de son matériel d’enregistrement, elle tente de capter les traces d’une présence invisible. De vieilles cassettes lui révèlent peu à peu les raisons du départ de sa mère, qui semblait elle-même percevoir quelque chose de profondément inquiétant dans cette demeure…

Voix d'outre-tombe

Sur la forme, il n’y a rien à dire. Les acteurs sont très investis, la photo est somptueuse, la bande son extrêmement travaillée, bref Henry Chaisson parvient sans mal à construire un climat d’épouvante réussi, avec son lot de frissons insidieux, d’ombres furtives, de bruits, de voix et d’apparitions soudaines. Les statues effrayantes qui se dressent dans les arrière-plans ne semblent demander qu’à s’animer dès que les personnages ont le dos tourné, ce qui contribue grandement à l’atmosphère anxiogène, tout comme le masque blafard que porte le peintre pour dissimuler son visage calciné. Ces deux éléments picturaux ont d’ailleurs été conçus et sculptés par l’acteur Xander Berkeley lui-même. Le problème, c’est qu’il nous semble avoir déjà vu tout ça ailleurs. Alors certes, le dernier tiers parvient à nous prendre par surprise en multipliant les révélations et les rebondissements. Mais le film ne raconte rien de foncièrement mémorable, se contentant la plupart du temps de son ambiance et de ses circonvolutions scénaristiques finales. Autre souci, et pas des moindres : le métier d’ingénieure du son de l’héroïne et sa propension à tout enregistrer et tout écouter ne nous mène finalement nulle part. On aurait imaginé des indices collectés dans ces enregistrements – façon Blow Out – afin de faire avancer les investigations, des révélations et des surprises nées de ces captations audio. Or cet élément aurait tout aussi pu être supprimé de l’intrigue sans changer son déroulement. C’est plus que dommage.

(1) et (2) Extraits d’une interview parue dans Dread Central en juin 2026

© Gilles Penso

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HOT SPOT (2026)

Dans un monde futuriste gangréné par la crise énergétique, les humains sont connectés à une I.A. qui régit leurs vies…

HOT SPOT

2026 – POLOGNE / NORVÈGE / GRÈCE

Réalisé par Agnieszka Smoczynska

Avec Andrzej Konopka, Noomi Rapace, Reina Kirishma, George Aurimas Cris, Filippa Kaye, Niki Sereti, Ektor Liatsos, Rasmi Tsopela, Eleni Tzangka

THEMA FUTUR

Non, ce Hot Spot n’est pas le remake de l’excellent polar homonyme réalisé par Dennis Hopper en 1990. Il s’agit d’un thriller futuriste né après une longue maturation, auquel la réalisatrice polonaise Agnieszka Smoczyńska a consacré plusieurs années de sa vie en s’appuyant sur un scénario de Robert Bolesto, son collaborateur sur The Lure. Le projet est né au début des années 2020, bien avant que ChatGPT ne popularise l’intelligence artificielle. Pourtant, l’IA toute-puissante qui occupe le cœur du récit nous semble aujourd’hui singulièrement prémonitoire. À l’origine du film se trouve une réflexion de Bolesto sur la désinformation et l’effacement progressif des frontières entre réalité et fiction. Lorsque Smoczyńska découvre son histoire de cyber-sorcière vivant dans un camp de réfugiés, elle décide aussitôt d’en tirer un film. Hot Spot est conçu pour faire converger les grandes inquiétudes contemporaines – surveillance, guerres, crise climatique et emprise technologique – dans un univers où la sorcellerie et les algorithmes deviennent indissociables. Pour donner corps à ce monde désenchanté, la réalisatrice choisit Athènes comme décor naturel. Les vestiges de la crise économique, les bâtiments abandonnés et les infrastructures fatiguées lui offrent le cadre idéal du futur délabré qu’elle a en tête. Cette vision radicale s’accompagne d’un défi humain particulier : les rôles principaux sont tenus par des interprètes polonais, suédois, japonais et grecs, parlant quatre langues différentes. Le thème de l’incommunicabilité se propage donc même dans les coulisses du film.

Dans un futur proche, l’humanité est entièrement soumise à « La Tête », une intelligence artificielle consciente qui régit chaque aspect de l’existence. Tous les citoyens sont connectés à elle grâce à un nano-bio-organisme implanté dans leur corps, qu’ils doivent entretenir quotidiennement en consommant un « jelly bean ». Cette connexion leur permet de communiquer par la pensée, comme si chacun avait en permanence des voix dans la tête. Mais quiconque refuse de se soumettre à ce système est condamné à être éliminé. Les corps sont ensuite recyclés en eau et en énergie. Un jour, sur le site d’un aéroport désaffecté transformé en camp de réfugiés, une femme est sauvagement assassinée selon un rituel macabre. Les autorités chargées de l’immigration signalent le crime à « La Tête », qui confie l’enquête au détective privé Jan 623 (Andrzej Konopka). Le camp abrite les Néoâmes, des réfugiés qui refusent de se connecter par conviction religieuse. Parmi eux, Rana (Noomi Rapace) attire rapidement les soupçons de Jan. Énigmatique, elle semble posséder des pouvoirs surnaturels qui pourraient menacer l’ordre numérique établi.

Le droit à la déconnexion

« La Tête » étant à la fois décrite comme un dieu et une sorte d’émule du Big Brother de 1984, le sujet de notre dépendance à l’IA prend ici une dimension particulièrement inquiétante. Les individus, eux, ne sont plus que les pions d’un système qu’ils ne maîtrisent plus. D’autant que s’ils se déconnectent de « La Tête » (entendez « la matrice »), ils risquent leur vie. Comme pour entrer en rupture avec cette digitalisation du monde, la mise en scène d’Agnieszka Smoczynska évoque une bestialité enfouie au plus profond de certains humains. Notre protagoniste, notamment, possède des attributs physiques de fauve, tandis que la bande son l’accompagne de ronronnements et de rugissements. Une scène de forêt nocturne le mue même furtivement en félin, tandis que son épouse prend les traits d’un cervidé. Sans concession, Hot Spot s’autorise des écarts très brutaux, comme ces têtes qui explosent façon Scanners, cette victime horriblement mutilée (dont la tête arrachée a été attachée à la place du sexe), ces larves géantes qui dévorent les cadavres gloutonnement, ou encore ce visage dévoré en gros plan lors du climax. Toutes ces idées originales ne nous mènent hélas nulle part, d’autant que la véritable nature de Jan nous échappe totalement. Ses looks improbables (combinaison en cuir, kilt, mulet blond, boucles d’oreille, vernis à ongles) lui ôtent toute crédibilité et ses transformations progressives en fauve demeurent incompréhensibles.On ne peut pas reprocher à Smoczynska son manque d’ambitions artistiques, mais l’univers singulier qu’elle bâtit dans Hot Spot est finalement trop abscons et trop hermétique pour pleinement nous convaincre.

© Gilles Penso

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WICKED LAKE (2008)

Quatre jeunes femmes partent en week-end dans une cabane près d’un lac où des hommes lubriques les agressent, jusqu’à ce que la menace s’inverse…

WICKED LAKE

2008 – USA

Réalisé par Zach Passero

Avec Carlene Baker, Eryn Joslyn, Eve Mauro, Robin Sydney, Michael Esparza, J.D. Brown, Will Keenan, Tim Thomerson, Angela Bettis, Marc Senter, Luke Y. Thompson

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I CANNIBALES

Wicked Lake ayant été sélectionné dans plusieurs festivals internationaux et s’étant vu doter d’une belle édition en DVD et en Blu-Ray, nous étions légitimement prêts à découvrir une œuvre intéressante et singulière. Rien ne nous préparait donc à l’impensable désastre artistique que représente cette série Z bâclée avec un budget quasi-inexistant par le réalisateur Zach Passero, surtout connu pour ses activités de monteur sur des films aussi variés que The Woman, Ghoul, Tales of Halloween ou L’Homme qui a tué Hitler et puis le Bigfoot. Le premier plan du film annonce la couleur. Ilene, une jeune femme incarnée par Robin Sydney, habituée des productions Charles Band (les sagas Evil Bong, et Gingerdead Man), y pose entièrement nue pour les besoins d’un cours de dessin. Tandis que la caméra s’attarde plus que de raison sur chaque détail de son anatomie, l’un des élèves, Caleb (Marc Senter), habillé comme Prince et agité de tremblements compulsifs, s’active sur sa planche à dessin en imaginant que la jeune femme se caresse langoureusement en lui adressant des messages salaces. Puis il la suit à la sortie du cours, la démarche claudicante, le phrasé saccadé, la raccompagne chez elle, la supplie pour toucher l’un de ses seins et s’enfuit en courant quand il constate qu’elle partage son appartement avec trois girondes colocataires.

Lorsque nous nous retrouvons en présence de la famille de Caleb, des rednecks dégénérés et hystériques, nous comprenons définitivement que la finesse ne sera pas de mise et que Wicked Lake sera un film sans queue ni tête. La séquence suivante, d’une gratuité qui laisse rêveur, montre Ilene et ses trois amies Jill (Eve Mauro), Helen (Eryn Joslyn) et Mary (Carlee Baker), se complaire dans une grande orgie conçue manifestement pour titiller la libido du public masculin et l’inciter à regarder la suite. Car n’importe quel spectateur normalement constitué pourrait être tenté de lâcher l’affaire. C’est d’un œil très distrait que nous suivons ensuite les quatre jeunes femmes s’embarquer pour un road trip qui les mènera dans une maison au bord d’un lac. Au programme : un week-end de nudisme et de détente. Mais la famille de Caleb les a suivies et entend bien se livrer à quelques viols, tortures et assassinats sur les ingénues. Pour compliquer les choses, un duo de ploucs échappés de la station-service du coin décide de se mêler à la fête. Comme si ça ne suffisait pas, deux flics sont également sur les traces de nos protagonistes…

Les sorcières cannibales

Le film semble donc vouloir prendre la forme d’une variante de I Spit on Your Grave qui multiplierait par quatre le nombre des victimes. Mais le scénario nous apprend qu’à minuit, les jeunes femmes révèleront leur vraie nature et pourront retourner la situation. Ce sont en effet de redoutables créatures soudain dotées d’immortalité et d’un appétit anthropophage insatiable. S’agit-il de sorcières, comme le suggèrent les dialogues (« nous ne voyageons pas sur des balais, nous préférons les voitures »), de cannibales ou de vampires ? Nous ne le saurons jamais vraiment, et après tout qu’importe. À ce stade, l’amateur de gore a droit à quelques excès amusants et à une poignée de séquences outrancières (les furies qui aspirent le cerveau d’une de leur victime avec une paille ou qui font cuire la tête coupée d’un autre dans un four à micro-ondes, le malheureux Caleb qui se retrouve cloué contre la porte et n’en finit plus d’agoniser) mais c’est bien maigre pour justifier ne serait-ce que l’existence d’un tel nanar. Extrêmement mal joué (les femmes multiplient les éclats de rire forcés, les hommes grognent comme des bêtes lubriques), filmé n’importe comment, monté en dépit du bon sens, Wicked Lake traîne en longueur et ne va nulle part. En guest-stars, nous apercevons Tim Thomerson, lui aussi familier des films de Charles Band (Zone Troopers, Dollman, Future Cop) et Angela Bettis (May, Carrie), sans que leur présence n’apporte la moindre plus-value à ce film calamiteux.

© Gilles Penso

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HELL HOUSE LLC ORIGINS – THE CARMICHAEL MANOR (2023)

Dans ce quatrième opus, l’action change de décor pour s’installer dans un grand manoir hanté où deux jeunes femmes mènent l’enquête…

HELL HOUSE LLC ORIGINS – THE CARMICHAEL MANOR

2023 – USA

Réalisé par Stephen Cognetti

Avec Bridget Rose Perrotta, Destiny Leilani Brown, James Liddell, Gideon Berger, Cayla Berejikian, Victoria Andrunik, Darin F. Earl II, Searra Sawka, Thomas J. Cipriano

THEMA FANTÔMES I CLOWNS I SAGA HELL HOUSE

Les trois premiers volets de la saga Hell House constituaient une trilogie cohérente qui n’appelait aucune suite particulière. Mais le succès de la franchise sur les plateformes de streaming titille son créateur Stephen Cognetti, qui se demande s’il n’y aurait pas moyen de la relancer en variant les plaisirs. Problème : comment éviter les redites et la lassitude des spectateurs ? Pour y parvenir, Cognetti décide de changer de décor en mettant en scène une maison hantée complètement différente. Il se met également en tête de faire passer sur le devant de la scène le clown macabre qui, jusqu’alors, se contentait de faire de la figuration en arrière-plan. « Je ne me suis pas facilité la tâche en appelant ce film The Carmichael Manor, parce que maintenant il fallait que je trouve un véritable manoir », raconte-t-il. « J’ai commencé à écrire le script en mars 2022 et, dès l’automne/hiver 2022, j’ai estimé que j’avais un premier jet suffisamment abouti pour pouvoir attaquer à la fois le casting et la recherche de lieux de tournage. J’ai donc commencé à chercher frénétiquement partout près de New York. En janvier 2023, je suis tombé sur un magnifique manoir qui semblait trop parfait pour être vrai, et le mieux dans tout ça, c’est qu’il se trouvait à deux pas de chez moi, près de Scranton, en Pennsylvanie. » (1) Hell House LLC Origins est donc tourné dans le domaine de Fern Hall, une grande maison construite en 1916 et située au milieu de 100 hectares de forêt.

C’est un nouveau faux documentaire qui sert de structure narrative à ce quatrième Hell House. Nous y apprenons qu’un jour d’octobre 1989, la police découvrit les cadavres horriblement mutilés d’Eleanor Carmichael et de sa fille Catherine dans leur manoir isolé au milieu des bois, loin de la civilisation. Suspect numéro 1 de ce double homicide, le père de la famille, Arthur, était porté disparu. Peu avant ce massacre, un autre drame avait frappé les Carmichael, puisque les deux autres enfants de la famille, Margaret et Patrick, y furent victime d’un violent accident de voiture. Margaret n’en réchappa pas et son frère, blessé, disparut sans laisser de trace quelques temps plus tard. Bientôt se propagea l’idée que les lieux étaient hantés. Aujourd’hui, deux amies spécialisées dans les investigations sur les lieux de crimes, Margot Bentley (Bridget Rose Perrotta) et Rebecca Vickers (Destiny Leilani Brown), décident de passer quatre nuits dans le manoir Carmichael pour y mener une enquête. Elles sont bientôt rejointes par Chase (James Liddell), le frère de Margot. Mais on retrouve leurs cadavres peu après. Que s’est-il passé sur place? Les vidéos qu’elles ont enregistrées avec leurs caméscopes le révèlent…

La maison du diable

Le changement radical de décor est une excellente idée, permettant à Cognetti de jouer la carte de la nouveauté pour s’efforcer, comme le titre du film l’indique, de nous raconter les origines du mal. Nous nous apprêtons donc à découvrir d’où viennent les clowns, la mélodie obsédante au piano, mais aussi les faits et gestes du sataniste Andrew Tully. Plus l’enquête de Margot et Rebecca avance, plus les liens entre la manoir Carmichael et l’hôtel Abandon se tissent. Plusieurs échos avec Hell House 3 résonnent dans les flash-backs situés en 1989, notamment le personnage de Margaret qui a joué dans une adaptation de Faust et tient un masque semblable à celui que porte le public du spectacle « Insomnia ». Ce quatrième opus multiplie les séquences d’épouvante simples mais efficaces, comme cette ombre indéterminée qui se déplace contre un mur, cette balle qui roule toute seule sur le sol, cette silhouette féminine masquée qui apparaît furtivement au bout d’un couloir, sans compter les mannequins de clowns effrayants qui continuent à apparaître et disparaître subitement. Autres passages mémorables : le cadavre ensanglanté qui occupe soudain un lit que nous avions vu propre quelques seconde plus tôt, ou cette conférence vidéo qui prend une tournure angoissante. The Carmichael Manor est peut-être l’épisode le plus effrayant de la série, parce que ses mécanismes de peur s’appuient sur l’unité de lieu, de temps et de personnages. Là où les trois autres films multipliaient les angles de vue et les médias, celui-ci se concentre majoritairement sur trois protagonistes et un site unique. Dans la foulée de ce volet très réussi, Cognetti prendra le pari d’abandonner les codes du found footage pour un cinquième opus reliant entre eux tous les films de la franchise.

© Gilles Penso

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GIRL IN THE NIGHT (2026)

Le modeste employé d’une supérette est fasciné par une jeune fille taciturne qui passe ses nuits à réparer les injustices. S’agit-il d’une super-héroïne ?

DEKLE NOCI

2026 – SLOVÉNIE

Réalisé par Luka Marcetic

Avec Urban Kuntaric, Lara Wolf, Rok Roudi, Nej Jezernik, Doroteja Nadrah, Maja Sever, Marko Mandir, Nina Valic, Ana Facchini, Niko Zagode

THEMA SUPER-HÉROS

Pour son deuxième long-métrage, le scénariste et réalisateur Luka Marcetic décide de détourner les codes des films de super-héros pour livrer une réflexion douce-amère sur la banalité de la vie moderne, plongeant les individus dans l’anonymat et la solitude, le tout ponctué d’humour pince-sans-rire. Il développe les premières ébauches du scénario en 2017, bien conscient qu’il va lui falloir réfréner ses ambitions s’il veut pouvoir concrétiser un tel projet. « Nous vivons en Slovénie », explique-t-il. « C’est un tout petit pays qui ne dispose pas d’un budget très important pour le cinéma. Quand j’ai eu l’idée de Girl in the Night, le premier défi a donc été de trouver comment créer un film de super-héros slovène qui soit crédible à l’écran. Au départ, cela semblait presque impossible, c’est pourquoi cette contrainte de production s’est glissée dans l’écriture de mon scénario. » (1) La difficulté finit par se muer en atout, puisque la sobriété et le minimalisme deviennent les maîtres-mots du film et participent grandement à sa personnalité. Les scènes d’action suivent la même logique. « Elles sont souvent cadrées en plan fixe et en ombres chinoises », commente Marcetic. « Il y a deux raisons à ça : d’une part, j’aime beaucoup regarder les scènes d’action d’un film de manière statique, sans caméra tremblante ni autres artifices. Et d’autre part, j’apprécie particulièrement les silhouettes. » (2) Le réalisateur et sa petite équipe emballent Girl in the Night avec un budget très restreint, tirant partie de la photogénie un peu triste des décors nocturnes des cités slovènes que le directeur de la photographie Lev Predan Kowarsk saisit avec beaucoup d’acuité.

Pour tromper son ennui, Rok (Urban Kuntaric), employé dans une supérette de nuit, vole des tablettes de chocolat, traîne avec son colocataire Kremen (Rok Roudi) et laisse le temps s’écouler sous les néons blafards. Son quotidien monotone bascule lorsqu’une mystérieuse jeune femme (Lara Wolf) fait irruption dans le magasin, le visage couvert de bleus. Insaisissable, elle ne semble vivre que la nuit et prétend posséder des super-pouvoirs. Est-ce une mythomane ? Toujours est-il qu’elle s’est réellement fixé pour mission de rendre une justice expéditive à ceux qui lui ont fait du tort, ainsi qu’à d’autres victimes du quartier. Fasciné par cette fille dont le comportement échappe à toute logique, Rok cherche un moyen de la revoir. Il décide donc de subtiliser son vélo et de proposer ses services pour l’aider à retrouver le voleur. Le voilà devenu co-équipier de cette « super-héroïne » taciturne qui va lui permettre d’égayer ses nuits mais risque aussi de l’entraîner dans des situations de plus en plus périlleuses…

Le voleur de bicyclette

Cultivant volontairement une atmosphère maussade et tristounette, Girl in the Night aborde frontalement les thèmes de la solitude, de l’ennui et de l’incommunicabilité. Dans ce monde mutique qui semble représenter à petite échelle tous les probe!mes de notre société abrutissante, on se parle par monosyllabes pour échanger des banalités et les silences s’installent pesamment. Girl in the Night met ainsi en scène l’une des soirées d’anniversaire les plus glauques et en même temps les plus touchantes qui soient. C’est là toute l’étrangeté de ce film, sans cesse partagé entre l’humour et  la morosité. Avec sa haute stature et sa mâchoire carrée digne du Schwarzenegger des années 80, Urban Kuntaric campe à merveille cet individu noyé dans la masse et coincé dans une routine sans fantaisie. On comprend forcément son attirance pour cette fille qui semble libre de n’en faire qu’à sa tête. Le duo parfaitement improbable qu’ils forment – elle Batman et lui Robin, en quelque sorte – est d’autant plus grotesque qu’il fait presque deux fois sa taille. Mais c’est lui le passif, l’apathique, et elle la combattante pugnace. Pas facile d’accès, le film de Luka Marcetic prend le risque d’installer la lassitude chez les spectateurs et de les empêcher de s’attacher pleinement à des protagonistes uniformément moroses. Mais il va au bout de sa démarche singulière, bousculant volontairement tous les clichés du genre. Présenté au Fantastic Fest d’Austin, Girl in the Night y remporta le prix du meilleur long métrage.

(1) et (2) Extraits d’une interview publiée sur Eye For Film en septembre 2026

© Gilles Penso

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BREEDER (2026)

Jusqu’où seriez-vous prêt à aller pour faire financer un coûteux projet scientifique qui vous tient particulièrement à cœur ?

BREEDER

2026 – USA / CANADA

Réalisé par Alex Goyette

Avec Daniel Doheny, Dot-Marie Jones, Maddie Phillips, Paige McGarvin, Tanaya Beatty, Carmen Moore, Charlotte Kavanagh, John Murphy, Lilian Doucet-Roche

THEMA TUEURS

Alex Goyette est du genre précoce. À onze ans, il tourne déjà sa propre parodie de Il faut sauver le soldat Ryan. Après des études de cinéma à la California State University de Northridge, il inonde massivement YouTube avec des vidéos humoristiques au succès croissant. Parallèlement, cette star montante des réseaux sociaux multiplie les courts-métrages, les épisodes de séries TV et même un premier long encore confidentiel en 2014, la comédie lycéenne Expelled, preuve d’une boulimie créative en ébullition permanente. Breeder s’inscrit dans cette continuité mais mettra du temps à se concrétiser. Le scénario de ce long-métrage est d’abord pitché en 2019 au Tribeca Creators Market, puis remporte en 2023 le grand prix du concours Cinequest avant d’entrer dans le cercle très fermé de la « Black List » (les scripts les plus prometteurs non encore produits). Le film entre finalement en production en Colombie-Britannique, au Canada, en février 2025, porté notamment par les producteurs Ian Start, Byron Ashley et K. Asher Levin. Homme à tout faire, Goyette en assure l’écriture, la réalisation et le montage. Et c’est logiquement à Tribeca, là où tout a commencé, qu’il est projeté en avant-première mondiale. Dès lors, il fait la tournée des festivals en soulevant beaucoup d’enthousiasme,  grâce à son mélange habile de comédie, de suspense, de satire sociale et d’horreur.

Russell (Daniel Doheny), ancien étudiant du MIT, n’a qu’une obsession : obtenir les fonds nécessaires pour sauver des espèces d’abeilles rares menacées d’extinction. Alors qu’il peine à convaincre les investisseurs du bien-fondé de son projet, une occasion inespérée se présente sous les traits de Patti (Dot-Marie Jones), une éleveuse de caniches qui lui promet un financement conséquent en échange d’un simple dîner. Malgré les réticences de sa fiancée (Tanaya Beatty), qui soupçonne un coup fourré, Russell accepte de la rencontrer, persuadé de tenir enfin sa chance. Mais derrière la façade impeccable de Patti se cache un projet pour le moins dérangeant. Car cette championne des concours canins nourrit une ambition bien plus grande : elle souhaite maintenant appliquer aux êtres humains les méthodes qu’elle a perfectionnées avec ses chiens. Elle accepte donc de financer intégralement le projet de Russell à condition qu’il devienne son nouvel « étalon » et s’accouple avec l’une de ses filles adoptives…

Le chienchien à sa mémère

Avec sa tendance à balader ses spectateurs d’une péripétie à l’autre sans leur laisser le loisir d’imaginer où se dirige cette intrigue tordue, Alex Goyette marche ici sur les traces de Zach Cregger, dont Barbare et Évanouis cultivaient le même goût de la surprise et des ruptures de ton. Drôle, inquiétant, horrifique, tendu et très prenant, Breeder rebondit donc sans cesse, poussant son concept fou jusqu’au bout. Peu à peu, la situation de départ devient insolite, puis suscite le malaise, avant de basculer pleinement dans le cauchemar. Daniel Doheny excelle dans le rôle de cet homme simple et sympathique soumis à l’impensable. Sans cesse confronté à des choix moraux décisifs, il constate bientôt que chacune de ses décision – toutes plus mauvaises les unes que les autres – a des conséquences irréversibles. Mais la vraie révélation est Dot-Marie Jones, une sorte de Michael Rooker au féminin qui nous terrifie à chacune de ses apparitions. La mécanique qui se met en branle évoque celle de Misery, mais le scénario nous emmène ailleurs, plaçant l’eugénisme et ses dérives au centre d’un débat plus large sur la corruption et la gangrène mentale que procure l’appât du gain. Car ce que Breeder dresse, sous ses apparats récréatifs, est le portrait extrêmement cynique d’une société malade où tout peut s’acheter et se vendre, y compris l’intégrité, les valeurs morales et les êtres humains.

© Gilles Penso

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BLOODY MARY 3D (2011)

Ce nanar érotico-sanglant reprend à son compte la légende de la fameuse revenante qui s’attaque ici à une équipe de tournage…

BLOODY MARY

2011 – USA

Réalisé par Charlie Vaughn

Avec Veronica Ricci, Alena Savostikova, Derek Jameson, Bear Badeaux, Shannon Bobo, Michael Simon, Natalie SHaheen, Ryan Barry McCarthy, Genna McCohen

THEMA FANTÔMES

Dans l’imaginaire populaire anglo-saxon, Bloody Mary est une entité surnaturelle que l’on fait surgir en prononçant son nom devant un miroir, généralement au beau milieu d’une pièce plongée dans l’obscurité. Selon les versions, son invocation provoque l’apparition d’un visage terrifiant, d’un spectre ensanglanté ou d’une femme animée par une soif de vengeance. Certains récits prétendent qu’elle s’attaque violemment à ceux qui osent l’appeler, tandis que d’autres lui attribuent le pouvoir de révéler leur avenir. Contrairement aux légendes dont les origines peuvent être rattachées à un récit fondateur clairement identifié, cette « Marie sanglante » ne possède ni version unique, ni origine définitivement établie. Son histoire s’est transmise au fil du temps, évoluant au gré des témoignages, des traditions orales et des interprétations populaires. Le cinéma d’horreur s’en est naturellement emparé pour l’accommoder à toutes les sauces, et force est de constater que le Bloody Mary 3D de Charlie Vaughn est sans doute l’une de ses déclinaisons les plus calamiteuses. Si le nom du réalisateur ne nous dit pas grand-chose, son monteur Mark Polonia est un stakhanoviste spécialisé dans les séries Z fantastico-horrifico-ridicules (il en a monté et/ou réalisé des centaines). Tourné en 3D – sans aucune autre raison qu’un vague argument marketing -, ce nanar de haut vol existe aussi en 2D, les deux versions différant d’une vingtaine de secondes à peine.

Le carton d’introduction nous annonce que nous sommes à Los Angeles en 1904, même si l’image vidéo, les costumes et les décors n’évoquent absolument pas le début du siècle. Aucun effort de direction artistique n’est visiblement fait pour essayer de nous y faire croire un tant soit peu. Les cinq premières minutes du film cherchent ailleurs l’attention du spectateur, s’attardant sur deux demoiselles qui se dénudent et s’accouplent langoureusement en poussant des gémissements. Soudain, le mari évangéliste de Mary Worth, l’une des deux polissonnes, débarque, s’écrie « tu es souillée par le péché ! » et les tue toutes les deux. Les péripéties suivantes restent localisées à Los Angeles mais se déroulent un siècle plus tard. Deux jeunes femmes pénètrent dans les coulisses d’un studio de tournage dans l’espoir d’y rencontrer leur idole, le chanteur Matt Elias. Plus gourde l’une que l’autre, elles décident d’invoquer Bloody Mary pour rire, en prononçant trois fois son nom devant un miroir – façon Candyman ou Beetlejuice. Aussitôt, la revenante apparaît et les zigouille. Peu après débarque sur les lieux une équipe de bras cassée embauchée pour tourner le nouveau vidéoclip du chanteur vedette. Le massacre va donc pouvoir tranquillement continuer…

Vidéoslip

Quand le producteur du clip déclare à la cantonade « nous avons besoin de quelque chose de rapide et de pas cher » pour évoquer ce qu’ils s’apprêtent à tourner, il pourrait tout aussi bien parler du film lui-même. Car tout fait bâclé et amateur dans Bloody Mary 3D : les décors, la photo, le montage, la prise de son, la musique, les acteurs, bref rien ne va. Le réalisateur fait même du remplissage en laissant traîner en longueur des images touristiques de Los Angeles et surtout en nous assénant plusieurs clips du chanteur Matt Elias (joué par Derek Jameson), dont l’un qui dure 3 minutes 30 montre en main ! Bloody Mary, elle, est incarnée par une actrice fort peu pudique (Veronica Ricci) qui avance mollement vers ses victimes sans trop y croire, errant dans des couloirs moches au milieu des pelles, des balais, des radiateurs et des prises électriques. La plupart du temps nue et ensanglantée, elle porte aussi une robe de soirée ou un simple slip, au bon vouloir d’un scénario qui s’improvise manifestement au fur et à mesure. Mal filmés, mal montés et extrêmement mal joués, les meurtres se commettent à mains nues, au couteau, au tournevis ou à la corde de guitare, sans que ni le fan de films d’horreur ni l’amateur de films érotiques n’y trouve son compte. C’est légèrement amusant au second degré, mais pas suffisamment pour justifier le visionnage intégral de cette purge extrêmement facultative.

© Gilles Penso

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BLOODY TENNIS (2026)

Une joueuse de tennis intègre un centre de formation aux règles très strictes qui abrite secrètement d’inquiétantes activités…

BLOODY TENNIS

2026 – ALLEMAGNE

Réalisé par Nikias Chryssos

Avec Sandra Guldberg Camp, Elina Löwensohn, Tracy Gotoas, Lily Taieb, Juliana Vieira-Guerra, Helena Zengel, Lucie Zhang, Vincent Romeo, Zlatko Buric

THEMA CANNIBALES I TUEURS

Le réalisateur allemand Nikias Chryssos aime mettre en scène des microcosmes, comme s’il prenait un malin plaisir à étudier ses protagonistes reclus dans un cercle fermé, tel un entomologiste muni d’une caméra. Après la famille de Der Bunker, la communauté religieuse de The Pure Place et le club techno dans Rave On, place à un centre de formation pour sportives. Notre homme ne connaît pourtant pas grand-chose aux raquettes et aux balles, mais ce sport le fascine. « Ce que je trouve intéressant dans le tennis, c’est qu’il s’agit d’un duel, mais sans contact physique », explique-t-il. « Ce ne sont que deux personnes qui s’affrontent. On ne bénéficie du soutien d’aucun autre coéquipier. De plus, c’est un sport souvent réservé à la classe aisée. Ce n’est pas un sport populaire. Il y a un certain code de conduite, notamment à Wimbledon, où il existe des règles précises concernant la tenue des joueurs, le public qui s’y rend, etc. J’ai pensé qu’il serait intéressant d’envoyer quelqu’un issu d’un milieu différent dans cette académie et dans cet univers-là. » (1) Au début, Chryssos envisage d’exploiter ce sujet à travers une variante du mythe de Frankenstein. Il change finalement son fusil d’épaule pour s’orienter vers le « film de pensionnat », avec en tête quelques fleurons du genre comme Suspiria, Phenomena, La Résidence ou plus récemment The Neon Demon.

Tourné aux îles Canaries (pour les extérieurs) et en Allemagne (pour les intérieurs), Bloody Tennis se déroule dans une région reculée d’Europe. Une prestigieuse académie de tennis y accueille de jeunes joueuses prêtes à tout pour atteindre l’excellence. À sa tête, la directrice Mary (Elina Löwensohn) impose à ses pensionnaires un entraînement aussi impitoyable qu’atypique. Pendant six semaines, elles vont se disputer une opportunité exceptionnelle : remporter le tournoi de l’académie et décrocher une invitation pour Wimbledon qui pourrait changer leur vie. Venue de Détroit, Sophie (Sandra Guldberg Kampp) est la dernière recrue de ce programme d’élite, arrivée pour remplacer une participante partie prématurément. D’abord déconcertée par les méthodes étranges de Mary et de son entraîneur Stavkos (Zlatko Burić), Sophie comprend peu à peu que la quête de la victoire exige bien plus que du talent et de la discipline. Dans cet univers clos où la pression, la rivalité et les sacrifices poussent le bouchon très loin, elle va repousser ses limites physiques et mentales, quitte à découvrir que le prix de l’excellence pourrait être beaucoup plus élevé qu’elle ne l’imaginait…

Du sang sur la terre battue

D’emblée, l’étrangeté excessive de cet établissement très sélect nous interpelle. N’importe quelle jeune sportive normalement constituée tournerait immédiatement les talons face à ces maltraitances, ces méthodes tyranniques ou ces rituels louches (un smoothie rouge sang chaque matin, des soins à base de sangsues, des humiliations à n’en plus finir). Le fait que Sophie, notre pôle d’identification, accepte de jouer le jeu prouve non seulement son esprit de compétition mais aussi son envie – implicite et sans doute inconsciente dans un premier temps – d’appartenir à un cercle aux intentions douteuses, pour ne pas dire inavouables. Pour s’accorder au caractère baroque du scénario, le compositeur Jim Williams se laisse aller à l’emphase, s’approchant volontairement de certains travaux du groupe Goblin. Chaque match de tennis est ici filmé comme un duel de western spaghetti, Nikias Chryssos exacerbant les regards et les effets sonores. Dans ce domaine, l’affrontement entre Sophie et Bana (Tracy Gotoas) est un véritable morceau de bravoure. D’autant que le réalisateur s’intéresse ici beaucoup moins aux gestes sportifs qu’aux émotions exprimées par les adversaires : l’une reste de marbre et contient sa rage, tandis que l’autre la laisse exploser et perd sa connexion avec le monde réel. Quant à l’ultime duel, il pousse les excès très loin, jusqu’à se laisser inspirer par le Sam Raimi de Mort ou vif. Pétri de bonnes idées, égayé de personnages secondaires savoureux, Bloody Tennis est hélas affaibli par son hésitation permanente entre plusieurs tons, optant tour à tour pout l’épouvante psychologique insidieuse et le grand-guignol sanglant sans vraiment parvenir à se décider. Le scénario lui-même finit par prendre l’eau en se souciant moins de cohérence que d’exubérance. Le formidable potentiel du film s’épuise donc malheureusement à mi-parcours.

(1) Extrait d’une interview publiée sur Médium.com en septembre 2026

© Gilles Penso

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