CŒUR DE DRAGON (1996)

Dennis Quaid et un sympathique dragon qui parle avec la voix de Sean Connery affrontent un prince maléfique

DRAGONHEART

1996 – USA

Réalisé par Rob Cohen

Avec Dennis Quaid, David Thewlis, Pete Postlethwaite, Dina Meyer, Jason Isaacs, et la voix de Sean Connery

THEMA HEROIC FANTASY I DRAGONS

Imaginée par l’étudiant en cinéma Patrick Reed Johnson en 1989, l’histoire de Cœur de Dragon prend place au sein de l’Angleterre médiévale, où le preux Bowen (Dennis Quaid) enseigne au jeune prince Einon (Lee Oakes) l’art de la chevalerie. Mais au cours d’une bataille, Einon est mortellement blessé, et c’est l’intervention de Draco, dragon sage et vénérable, qui le sauve, en n’hésitant pas à lui donner la moitié de son cœur. Hélas, Einon, en grandissant, développe une nature maléfique qui le mue bientôt en tyran impitoyable. Il prend dès lors les traits du comédien David Thewlis. Persuadé que Draco est en cause, Bowen décide de débarrasser la terre de tous les dragons qui la peuplent. Il y parvient presque, mais Draco lui échappe, et leur longue confrontation lui fait comprendre que la méchanceté d’Einon n’est due qu’à sa nature propre, et pas à la moitié de cœur dont le dragon l’a généreusement doté. Bowen et Draco sympathisent peu à peu, et s’allient bientôt pour faire cesser les sanglants agissements de celui qui fut leur protégé… 

Le réalisateur Rob Cohen, auteur d’une biographie de Bruce Lee (baptisée Dragon, ça ne s’invente pas !), avouait n’avoir jamais eu affaire jusqu’alors à des effets spéciaux, en dehors de quelques fondus enchaînés. Il s’en est donc remis aux génies d’ILM, lesquels confièrent le look du héros reptilien au talentueux Phil Tippett, celui qui avait donné vie au Dragon du Lac de Feu et au monstre bicéphale de Willow« Nous avons imaginé un dragon plus proche de l’imagerie asiatique qu’européenne », nous raconte Tippett. « C’est pour cette raison qu’il est moins reptilien et moins effrayant que celui du Dragon du Lac de Feu par exemple. Il a des attitudes plutôt félines, et son museau s’inspirait à la fois de la bouche d’un gorille et de celle d’un homme, étant donné que cette créature parlait tout au long du film. » (1) Même si au final Draco sent encore un peu l’image de synthèse, dans sa texture, ses mouvements et ses yeux, et même si son design hybride n’est pas toujours très convainquant, nous sommes là dans le domaine de la 3D hyper-réaliste. Un comble lorsqu’il s’agit de visualiser un être aussi peu réaliste qu’un dragon cracheur de feu, voltigeant et déclamant ses répliques avec la voix de Sean Connery !

Entre le conte léger et la tragédie classique

Quelques images, comme Draco protégeant sous son aile Bowen par une nuit pluvieuse, ou surgissant en ombre chinoise dans le ciel rouge du crépuscule, sont de toute beauté. La partition de Randy Edelman nous gratifie en prime d’envolées lyriques du plus bel effet (elle sera ensuite réutilisée à outrance dans moult bandes-annonces hollywoodiennes). Le scénario, lui, n’est pas toujours à l’avenant, piétinant quelque peu, souffrant d’une carence de souffle épique et semblant hésiter entre le conte léger et la tragédie classique, sans réussir par là même à trouver un public. Dommage, car Quaid et Thewlis sont excellents, comme à leur habitude, et les séquences où Bowen feint de tuer Draco pour empocher les récompenses sont plutôt savoureuses. Le film de Rob Cohen sera suivi quatre ans après sa sortie d’une séquelle directement conçue pour la vidéo, Cœur de Dragon, un nouveau départ, avec un casting différent et Doug Lefler derrière la caméra.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998.

 

© Gilles Penso

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THE 7 ADVENTURES OF SINBAD (2010)

Un hommage modernisé aux films des 1001 Nuits de Ray Harryhausen, pétri de bonnes intentions mais désespérément raté

THE 7 ADVENTURES OF SINBAD

2010 – USA

Réalisé par Ben Hayflick et Adam Silver

Avec Patrick Muldoon, Sarah Desage, Bo Svenson, Kelly O’Leary, Dylan Jones, Berne Velasquez, Peter Greathouse, Clifford Garbutt

THEMA MILLE ET UNE NUITS

Que The 7 Adventures of Sinbad ait été conçu comme un hommage au travail de Ray Harryhausen en général et au 7ème Voyage de Sinbad en particulier, cela ne fait aucun doute. Le titre et le poster du film sont suffisamment explicites à ce sujet. Mais la compagnie de production The Asylum ne s’est jamais distinguée par la finesse de ses œuvres. Et lorsqu’on découvre, perplexe, ce qui se cache derrière cette affiche alléchante, force est de constater que le génial créateur des effets spéciaux de Jason et les Argonautes aurait allègrement pu se passer d’une telle descendance. D’ailleurs, il semblerait que la mise en chantier de cette étrange aventure des 1001 nuits ait surtout été motivée par la sortie d’un blockbuster hollywoodien, en l’occurrence Prince of Persia. L’activité principale de The Asylum étant le plagiat à moindres frais des succès potentiels du moment, ceci explique cela. Ici, Sinbad ne porte ni le pantalon bouffant, ni le sabre, puisque c’est un businessman du 21ème siècle, lointain descendant du célèbre marin aventurier. Lorsqu’il apprend qu’un de ses pétroliers a été pris d’assaut par un gang armé jusqu’aux dents, notre héros quitte son bureau du Qatar et traverse les cieux en hélicoptère, malgré la redoutable tempête qui menace…

La première partie du film ressemble presque à un remake de L’Île Mystérieuse de Cy Endfield. Tous les ingrédients semblent réunis : les naufragés qui s’échouent sur une île inconnue du Pacifique, les pirates, le bateau coulé qu’il faut renflouer, le céphalopode monstrueux, le crabe géant sur la plage, le cataclysme imminent… Hélas, la mise en scène paresseuse, les acteurs transparents et surtout l’effroyable médiocrité des effets spéciaux relèguent illico ce « direct to video » au statut de nanar absolu. Le scénario évoque sept prophéties qui annoncent la fin du monde. Parallèlement aux aventures de Sinbad, des séismes et des catastrophes naturelles frappent ainsi le monde, ce qui permet à The Asylum de recycler quelques séquences de désastres bricolées pour d’autres productions maison.  

Le 7ème naufrage de Sinbad

Alors qu’une sauvageonne surgit de nulle part pour se joindre à notre héros et que l’île sur laquelle il était échoué s’avère être une baleine géante (une belle idée gâchée par un trucage épouvantable), les six autres aventures s’enchaînent joyeusement : l’attaque de reptiles volants à mi-chemin entre des gargouilles et des ptérodactyles (dont la morphologie évoque les monstres d’un projet avorté de Ray Harryhausen baptisé The Elementals), la confrontation contre un cyclope géant particulièrement disgracieux, l’intervention de démones sexy qui envoûtent les hommes, le débarquement d’une armée de soldats mués en membres d’une secte utopiste, le surgissement d’une créature ailée infernale aux allures de démon cornu cracheur de feu (le Balrog du Seigneur des Anneaux n’est pas loin), la fuite finale à bord d’un ballon dirigeable (nouvel hommage à L’Île Mystérieuse)… Bref, The 7 Adventures of Sinbad cherche l’inspiration partout, des Mille et Une Nuits à la mythologie grecque en passant par Jules Verne, Jonathan Swift et J.R.R. Tolkien. James Cameron lui-même est convoqué à travers une espèce de remake d’Abyss en fin de métrage. Ce qu’il ne peut offrir à ses spectateurs dans la qualité, le film de Ben Hayflick et Adam Silver le propose donc dans la quantité, avec une générosité qui forcerait presque le respect. Mais avec autant d’images de synthèse hideuses et de péripéties grotesques, c’est l’indigestion assurée.

 

© Gilles Penso

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FRISSONS (1974)

Le premier opus d'une série de longs-métrages que David Cronenberg consacrera à l'horreur organique

SHIVERS / THE PARASITE MURDERS

1974 – CANADA

Réalisé par David Cronenberg

Avec Paul Hampton, Joe Silver, Lynn Lowry, Allan Kolman, Susan Petrie, Barbara Steele, Ronald Mlodzik, Barry Baldaro

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I MUTATIONS 

Ce premier film commercial de David Cronenberg contient en germe (c’est le cas de le dire) toutes ses obsessions, en particulier une angoisse viscérale liée à la médecine et à la chirurgie. Passionné par le corps humain et ses mutations, le cinéaste donnera plus tard le nom d’ « horreur organique » (ou « body horror ») à ce sous-genre de l’épouvante qu’il n’a jamais cessé de décliner par la suite. Le prologue de Frissons marque d’emblée un contraste. D’un côté une voix off rassurante nous décrit les bienfaits d’une toute nouvelle résidence située sur l’île Saint Laurent, havre de paix et de tranquillité. De l’autre un homme fou furieux agresse violemment une jeune fille, la tue, la dénude et lui ouvre le ventre, puis s’égorge ! L’assassin était un scientifique de renom, le docteur Carl Hobbs, à l’œuvre sur la création de parasites aux vertus thérapeutiques, capables de remplacer des organes défectueux. Il introduisit expérimentalement l’un de ces parasites dans le corps de sa victime avant de comprendre les conséquences de son acte et de la tuer. Mais auparavant, la jeune femme a fréquenté de nombreux hommes dans la résidence. Or le virus se manifeste par des monstres parasites qui se reproduisent très vite, rampent sous l’épiderme de leurs hôtes involontaires et sortent de leur bouche pour se propager. 

Les habitants de l’île, contaminés, sont alors poussés à commettre des actes de violence et des agressions sexuelles. C’est l’occasion pour le maquilleur Joe Blasco d’inventer les « bladders », ces fameux effets spéciaux à base de poches gonflables qui allaient révolutionner les maquillages spéciaux par la suite et que notamment Rick Baker et Rob Bottin allaient reprendre à leur compte. Transfuge du cinéma d’épouvante des années soixante, Barbara Steele incarne Betts, l’une des résidentes de l’île Saint Laurent. Cronenberg nous la présente d’emblée comme une femme forte, indépendante et sûre d’elle. Elle semble passer ses journées dans son appartement, en peignoir, à siroter de l’alcool en aguichant Janine (Susan Petrie), l’une de ses voisines, suscitant entre elles une atmosphère ambigüe. Un jour, alors qu’elle prend son bain, un des parasites entre dans sa baignoire, glisse entre les jambes et pénètre en elle. Désormais contaminée, Betts fait l’amour avec Janine et propage l’infection. 

L'expérience interdite

Beaucoup de visions dérangeantes ponctuent Frissonscomme ces parasites surgissant des bouches des contaminés, ces viols en série dans l’immeuble, ces enfants tenus en laisse et aboyant comme des chiens, ce vieil homme qui embrasse sa propre fille… « Même lorsque je traite de sujets universels comme la violence ou la sexualité, je n’ai jamais la prétention de véhiculer un quelconque message », avoue le réalisateur. « Si c’était le cas, cela signifierait que j’ai la réponse aux questions que je soulève, et que je vais donner des conseils aux spectateurs. Or réaliser des films, pour moi, c’est plutôt le reflet d’une discussion que j’ai avec moi-même. » (1) Cronenberg nous offre des visions dignes de l’apocalypse telle que l’imagine la Bible, et un final nihiliste évoquant tour à tour La Nuit des morts-vivantsJe suis une légende et L’Invasion des profanateurs de sépultures.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2005.

© Gilles Penso

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SOLO : A STAR WARS STORY (2018)

Après Rogue One, la saga Star Wars s'offre un second spin-off consacré cette fois à la jeunesse de Han Solo

SOLO: A STAR WARS STORY

2018 – USA

Réalisé par Ron Howard

Avec Alden Ehrenreich, Emilia Clarke, Donald Glover, Woody Harrelson, Joonas Suotamo, Thandie Newton, Paul Bettany

THEMA SPACE OPERA I SAGA STAR WARS

Depuis la reprise de la franchise Star Wars par Disney, les épisodes de la saga s’enchaînent à une telle vitesse sur les écrans qu’ils ne créent plus vraiment l’événement. L’époque où les spectateurs fébriles devaient attendre trois ans pour que se résolve le terrible suspense final de L’Empire Contre-Attaque est bien lointaine. Désormais, un nouveau Star Wars sort tous les six mois, suivant deux trajectoires distinctes : les épisodes numérotés reprenant la chronologie établie initialement par George Lucas et les films isolés s’attardant sur des morceaux d’histoire non encore racontés. C’est dans cette optique que s’inscrit Solo, conçu pour narrer les aventures du fringuant Han avant qu’il ne rencontre Luke Skywalker dans La Guerre des Etoiles

Pour tout dire, une telle entreprise ne suscitait pas un fol enthousiasme : son concept même avait de quoi laisser perplexe, le choix du comédien principal n’était à priori pas très convaincant et le changement de réalisateur à la dernière minute n’avait rien de très rassurant. Pourtant, force est de constater que Solo dégage une indéniable sympathie, sans doute parce qu’il se positionne ouvertement comme un chapitre « mineur » de la saga et qu’il place ses ambitions narratives loin des combats quasi-métaphysiques opposant les Jedi des deux côtés de la force. La nature même du personnage principal pousse l’intrigue sur la voie du western, du film de guerre et du serial d’aventure, incitant John Powell à composer une bande originale trépidante à mi-chemin entre le space opera et le film de pirates.

Les pirates de l'espace

Plusieurs morceaux de bravoure ponctuent le métrage, notamment une incroyable course-poursuite sur un train futuriste, un chassé-croisé cosmique dans une nébuleuse digne de Star Trek 2 de laquelle émerge une abomination tentaculaire qui n’aurait pas dépareillé dans les écrits de H.P. Lovecraft ou encore la première rencontre entre Solo et Chewbacca (sans doute l’une des séquences les plus réjouissantes du film). L’intervention de Lando Carlissian lui-même (fort bien interprété par Donald Glover) offre au film de beaux moments de comédie. Tout en assumant pleinement son caractère « pulp », Solo nous offre une vision étonnamment réaliste de ce que serait un monde sous le régime de l’Empire. Les soldats grivois infestant les cantinas ont les allures familières d’officiers nazis se pavanant sous l’occupation, les films de propagande enjoignant la jeunesse à s’enrôler dans les armées impériales nous ramènent huit décennies en arrière et les scènes de combat au corps à corps dans les tranchées trouvent leurs échos chez les poilus de la grande guerre. Dommage que le personnage incarné par Emilia Clarke soit si peu crédible et que les ultimes rebondissements versent autant dans la caricature. Car l’enthousiasme de Ron Howard est franchement communicatif, le cinéaste retrouvant là la fougue de Willow (l’intervention furtive du comédien Warwick Davis n’est certainement pas innocente) avec une légèreté et une absence de prétention bien agréables. Certes, Solo est sans doute l’un des opus les plus facultatifs et les plus anecdotiques de la saga Star Wars, mais c’est aussi le plus décomplexé et le plus désinvolte. Pourquoi refuser un plaisir si simple ?

© Gilles Penso

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LE CHIEN DES BASKERVILLE (1959)

La plus fantastique des aventures de Sherlock Holmes portée par le trio Terence Fisher, Peter Cushing et Christopher Lee

HOUND OF THE BASKERVILLE

1959 – GB

Réalisé par Terence Fisher

Avec Peter Cushing, Christopher Lee, André Morell, Marla Landi, David Oxley, Francis De Wolff, Miles Malleson, Ewen Solon

THEMA MAMMIFÈRES

Après avoir respectivement excellé dans les rôles titres de Frankenstein s’est échappé et Le Cauchemar de Dracula, Peter Cushing et Christopher Lee trouvent à nouveau des rôles à la mesure de leur talent et de leur prestance dans cette très élégante version du fameux roman d’Arthur Conan Doyle. Cushing y campe un Sherlock Holmes imbu de lui-même au flegme délicieusement irritant, et Lee un Henry Baskerville taciturne à la haute stature et au charme ténébreux. Celui-ci revient dans la maison de ses ancêtres au beau milieu de la lande écossaise, après que son oncle Charles ait été retrouvé mort dans d’étranges circonstances. D’aucuns attribuent ce décès à la malédiction qui frappe la famille Baskerville depuis que le détestable Sir Hugo a assassiné une jeune paysanne qui se refusait à lui. Selon la légende, cette malédiction prend la forme d’un chien assoiffé de sang venu tout droit de l’enfer. Holmes mène donc l’enquête, accompagné du docteur Watson, interprété avec beaucoup de finesse par André Morell. 

Le film laissant la part belle à ses extraordinaires comédiens et à de savoureux dialogues (au cours desquels Cushing prononce avec délectation le fameux « élémentaire mon cher Watson »), les scènes d’action et d’épouvante restent discrètes et se voient réserver la portion congrue. Elles s’avèrent cependant très efficaces, notamment le prologue qui conte les méfaits sanguinaires de Hugo Baskerville, ou cette séquence londonienne qui semble annoncer l’un des moments forts de James Bond contre Docteur No et dans laquelle Henry est menacé par une redoutable tarentule. D’un bout à l’autre du métrage, la mise en scène de Terence Fisher s’avère inspirée, fluide et judicieusement dynamique. On émettra plus de réserves sur le fameux chien du titre, qui n’apparaît furtivement qu’à la toute fin du film, et dont la tête disproportionnée aux oreilles dressées lui donne un peu les allures d’une chèvre ! Nous sommes bien loin de la description de Conan Doyle, qui affirmait tout de même : « jamais aucun rêve délirant d’un cerveau dérangé ne créa vision plus sauvage, plus fantastique,
plus infernale que cette bête qui dévalait du brouillard. » Les fantasticophiles de tous poils étaient donc en droit d’espérer une vision plus marquante que ce pauvre cabot vaguement grimé pour symboliser le chien de l’enfer, d’autant que l’un des posters les plus connus du film exhibait un molosse baveux aux crocs acérés autrement plus terrifiant… 

L'une des meilleures incarnations de Holmes à l'écran

Cette maladresse mise à part, Le Chien des Baskerville de Fisher demeurera sans doute l’une des meilleures incarnations à l’écran de Sherlock Holmes. Ce fut d’ailleurs, pour l’anecdote, la première adaptation en couleurs d’une aventure du célèbre détective. La Hammer envisageait d’ailleurs d’enchaîner avec d’autres films mettant en vedette Peter Cushing dans le rôle du héros fétiche de Conan Doyle, mais le fond de commerce de la compagnie britannique étant les monstres, les autres romans n’offrirent pas la matière nécessaire à de nouveaux développements fantastiques. Le Chien des Baskerville de Terence Fisher demeura donc une tentative isolée.
 
© Gilles Penso

 

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TEEN WOLF (1985)

Dans la foulée du triomphe de Retour vers le futur, Michael J. Fox se transforme en lycéen loup-garou

TEEN WOLF

1985 – USA

Réalisé par Rod Daniel

Avec Michael J. Fox, James Hampton, Susan Ursitti, Jerry Levine, Scott Paulin, Lorri Griffin, Mark Arnold, Jim Mackwell

THEMA LOUPS-GAROUS

Le succès fulgurant de Retour vers le Futur fit monter en flèche la cote de Michael J. Fox, qui se vit logiquement proposer d’autres comédies fantastiques. Le voilà donc à l’affiche d’un Teen Wolf recyclant sans finesse les thématiques d’I Was a Teenage Werewolf, notamment l’emploi de la lycanthropie comme métaphore des métamorphoses de l’adolescence. L’ex-Marty McFly incarne ici Scott Howard, un lycéen banal amoureux de la blonde Pamela, laquelle n’a d’yeux que pour le musclé Mick, alors que Scott, lui, est aimé en secret par la discrète Myriam. D’emblée, on sent que les choses s’apprêtent à voler haut. Le film nous livre alors les principales préoccupations de ses protagonistes : se faire inviter à une fête, acheter de la bière alors qu’on n’est pas encore majeur, participer à des jeux stupides, ou encore danser sur le toit d’une camionnette qui roule en pleine ville (via une scène pesante qui utilise le tube « Surf in USA » en guise de bande originale). 

Membre d’une exécrable équipe de basket, Scott découvre avec stupeur qu’il est en train de changer. Des poils lui poussent sur le torse et les mains, les ultrasons le titillent, son dos le gratte, ses oreilles commencent à ressembler à celles de Monsieur Spock… Il tente bien d’en parler avec son père, brave propriétaire d’une quincaillerie, ou son entraîneur (le seul personnage vraiment drôle du film), mais personne n’y prête vraiment attention. Or un soir, après une fête très années 80, il se métamorphose totalement. Ses dents s’affûtent comme celles de Dracula, ses ongles poussent, son visage se déforme avec des bladders, et le voilà finalement affublé d’un visage et de mains de loup-garou, un maquillage épuré de Tom Burman qui semble imiter celui de Roy Ashton dans La Nuit du Loup-Garou. Là, il faut tout de même reconnaître que Teen Wolf nous offre un gag très réussi, car au moment où son père frappe à la porte pour voir Scott, celui-ci refuse obstinément puis finit par céder… Et le face à face qui s’ensuit, que nous ne révèlerons pas ici, vaut son pesant de cacahuètes. A l’issue de quoi Scott s’entend dire par son géniteur : « ayant ce grand pouvoir, tu auras de grandes responsabilités », clin d’œil au célèbre leitmotiv des aventures de Spider-Man. 

Un basketteur au poil

Cette métamorphose n’étant à priori que physique, dans la mesure où le personnage ne change pas de comportement, le symbole de la puberté perd tout son sel. Comme en outre tout le monde admet sans problème que Scott est un loup-garou, dès sa première transformation publique en plein match de basket, la carte du quiproquo et des situations comiques n’est même pas exploitée par le film. Reste donc une série de séquences ineptes où le jeune loup-garou devient un sportif de haut niveau, est adulé par les foules, dragué par la fille de ses rêves, admiré par les professeurs, sollicité pour des autographes, tandis que son ami Steve vend des produits dérivés aux lycéens. Le spectateur, dont la patience est mise à rude épreuve, doit encore supporter un bal de fin d’années et un interminable match de basket pour que lui soit enfin assénée la morale de l’histoire : « il faut avoir confiance en soi et savoir rester soi-même ». Une séquelle, Teen Wolf Too, verra le
jour en 1987, avec Jason Bateman dans le rôle du cousin de Scott.

© Gilles Penso

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LA PEAU SUR LES OS (1996)

Le réalisateur du premier Chucky adapte Stephen King et nous révèle les secrets d'un régime redoutablement efficace !

THINNER

1996 – USA

Réalisé par Tom Holland

Avec Robert John Burke, Joe Mantegna, Lucinda Jenney, Michael Constantine, Kari Wuhrer, Joie Lenz, Time Winters

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA STEPHEN KING

Un an après s’être attaqué à l’adaptation des “Langoliers“, le cinéaste Tom Holland se penche sur une autre œuvre de Stephen King en portant à l’écran “La Peau sur les Os“, un roman que l’écrivain signa Richard Bachman en 1984. Le héros de ce récit cruel est un homme en surpoids qui, suite à un maléfice, maigrit de manière inexorable. Pour le rôle principal, King verrait bien John Goodman, dont l’embonpoint est alors légendaire. Mais comment le faire maigrir ? On opte finalement pour la solution inverse, bien plus logique : choisir un acteur de gabarit moyen et le faire grossir grâce à des prothèses. Le comédien sélectionné est Robert John Burke, que les fantasticophiles connaissent pour le rôle principal qu’il tint dans Robocop 3, remplaçant au pied levé Peter Weller sous l’armure du policier cyborg. Le talentueux Greg Cannom (Cocoonle Dracula de Coppola, The Mask) est chargé de muer Burke en bibendum mais aussi de visualiser les différentes mutations décrites dans le scénario. Son travail s’avère assez spectaculaire, bien qu’un peu trop excessif pour convaincre totalement. Directement destiné au marché vidéo, La Peau sur les Os se pare aussi d’une très belle bande originale de Daniel Licht, sous l’influence manifeste de Bernard Herrmann et Danny Elfman. 

Le personnage principal de La Peau sur les Os est donc Billy Halleck, un avocat obèse peu embarrassé par les problèmes d’éthique liés à son métier. Il défend ainsi le gangster Richie Ginelli  (Joe Mantegna) et le fait innocenter. C’est alors qu’une foire de gitans s’installe en ville, juste devant son cabinet. Un soir, son épouse lui prodigue une petite gâterie pendant qu’il est au volant. Distrait, il ne voit pas une vieille gitane qui traverse la route et l’écrase. Le procès qui s’ensuit le disculpe de toute accusation, avec la complicité d’un juge complaisant (John Horton). Tadzu Lempke (Michael Constantine), le vénérable gitan dont la victime était la femme, décide alors de se venger en jetant un sort aux complices de cet homicide. Il rend ainsi visite au juge en le touchant au ventre et en lui murmurant le mot « lézard ». Puis il vient à la rencontre de Billy et effleure sa joue en prononçant le mot « maigris ». Il procède de manière assez similaire avec le policier qui a témoigné en faveur de Billy. 

« C'est l'évolution à l'envers ! »

Les effets de cette triple incantation ne tardent pas à se faire sentir. Le juge développe sur son torse une sorte de psoriasis qui ressemble de plus en plus à des écailles. « C’est l’évolution à l’envers ! » s’exclame son épouse. Le policier, de son côté, voit sa peau se recouvrir d’horribles boursouflures. Quant à Billy, il commence à maigrir, alors que son alimentation d’ogre reste la même. Hélas, malgré un point de départ plutôt intriguant, le concept de La Peau sur les Os fixe ses propres limites au bout d’environ trente minutes. A partir de ce premier tiers de métrage, le scénario commence à tourner en rond et les derniers rebondissements deviennent ridicules, au mépris de la logique et de la psychologie la plus élémentaire. On note que Stephen King fait ici une petite apparition dans le rôle d’un pharmacien nommé Bangor.

 

© Gilles Penso

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LE RETOUR DE CHUCKY (2017)

Le septième opus de la saga Chucky joue la carte du huis-clos en multipliant les massacres dans un institut psychiatrique

CULT OF CHUCKY

2017 – USA

Réalisé par Don Mancini

Avec Fiona Dourif, Alex Vincent, Jennifer Tilly, Michael Therriault et la voix de Brad Dourif

THEMA JOUETS I SAGA CHUCKY

Scénariste débutant à l’époque de Jeu d’Enfant (dont le script fut largement réécrit par Tom Holland), Don Mancini s’est érigé depuis Le Fils de Chucky en « autorité suprême » de la saga de la poupée tueuse, ne laissant plus personne que lui écrire ou réaliser les épisodes de la franchise. Quatre ans après une Malédiction de Chucky ayant laissé aux spectateurs un sentiment un peu mitigé, Mancini redonne la vedette au personnage de Mica (Fiona Dourif, dont les traits ressemblent de plus en plus à ceux de son père le comédien Brad Dourif). Accusée de tous les meurtres de Chucky, diagnostiquée schizophrène, elle a été internée dans une institution psychiatrique. Selon les médecins, la poupée vivante n’est qu’une hallucination permettant à la jeune femme de se déresponsabiliser de ses actes meurtriers. Après quatre ans, on estime qu’elle a fait
suffisamment de progrès pour être transférée dans un centre de sécurité moyenne. 

Jennifer Tilly, qui jouait le rôle de Tiffany dans La Fiancée de Chucky puis son propre rôle dans Le Fils de Chuckyhérite ici d’un troisième personnage : Madame Valentine, tutrice de la nièce de Nica. Ce triple rôle successif est un peu déstabilisant, et Mancini croit bon de cligner de l’œil à l’attention du spectateur avec une réplique directement adressée à la comédienne : « on vous a déjà dit que vous ressembliez à Jennifer Tilly ? » L’intrigue démarre vraiment lorsque deux poupées Chucky viennent prendre place dans l’établissement. L’une est utilisée par le psychiatre pour la thérapie de Nica, l’autre est apportée par Madame Valentine. Quand les meurtres recommencent, la confusion devient totale. Car ici, Chucky semble capable d’habiter plusieurs corps en même temps, qu’ils soient en plastique ou en chair vivante. 

Deux poupées pour le prix d'une

Les rebondissements n’ont bientôt plus aucun sens et les nouveaux pouvoirs démoniaques de la poupée sanglante entrent en totale contradiction avec le concept initialement établi en 1988. Le film cherche pourtant à retourner aux sources en convoquant Alex Vincent, qui jouait Andy dans Jeu d’Enfant et qui reprend son rôle à l’âge adulte en ne reculant devant aucun excès archétypal. Son personnage vit en effet reclus dans une cabane truffée d’armes et garde dans un coffre fort la tête défigurée – et encore vivante – de Chucky. Signés Tony Gardner, les effets spéciaux de maquillage jouent la carte du gore excessif, notamment lors des nombreuses mises à mort de ce nouveau Chucky doué d’ubiquité. La mise en scène, de son côté, hésite entre plusieurs styles, se laissant tour à tour influencer par Brian de Palma (la séquence de suspense en split-screen), Dario Argento (la vitre brisée d’un plafond qui décapite une victime façon Suspiria) et Alfred Hitchcock (la découverte d’un cadavre ensanglanté à la manière des Oiseaux), tandis que le compositeur Joseph LoDuca rend hommage à Bernard Herrman (et notamment à Psychose) pendant le générique. Maladroit, poussif, absurde, Le Retour de Chucky continue donc de déprécier une franchise n’ayant connu finalement que deux véritables éclats : Jeu d’Enfant et La Fiancée de Chucky.
 
© Gilles Penso

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LES LANGOLIERS (1995)

Un long téléfilm qui s'efforce maladroitement de rendre justice à un roman de SF de Stephen King

THE LANGOLIERS

1995 – USA

Réalisé par Tom Holland

Avec David Morse, Dean Stockwell, Patricia Wettig, Kate Maberly, Bronson Pinchot, Christopher Collet, Kimber Riddle

THEMA MONDES PARALLELES ET MONDES VIRTUELS I SAGA STEPHEN KING

Stephen King n’a jamais caché ses sources d’inspiration. Lorsqu’il écrit le court roman “Les Langoliers“, publié dans le recueil “Minuit 2“ en 1990, il joue à faire glisser ses personnages dans un dérèglement de la réalité, suivant ainsi la trace des récits de H.P. Lovecraft et de la série mythique La Quatrième Dimension. Dans “Les Langoliers“, les passagers d’un avion se retrouvent dans une sorte de monde alternatif où des entités extraterrestres dévoreuses de mondes sont à leur poursuite. Pour transformer ce récit en téléfilm en deux parties d’une heure trente chacune, on sollicite Tom Holland, réalisateur de deux longs-métrages qui occupent une place particulière dans le cœur des fantasticophiles : Vampires vous avez dit vampire et Jeu d’Enfant

Dans un vol qui quitte Los Angeles à destination de Boston, dix passagers se réveillent et découvrent que tous les autres ont disparu en laissant sur place leurs affaires personnelles (y compris l’argent, les bijoux, les lunettes, les appareils dentaires et les perruques). Même le cockpit est vide. La radio est en panne et l’avion est en pilotage automatique. A travers les hublots, seuls des nuages sont visibles. Que s’est-il passé ? Le monde aurait-il disparu ? Le pilote Brian Engle (David Morse) prend les commandes et fait atterrir l’appareil à Bangor, dans le Maine. Or l’aéroport est totalement vide. Autres bizarreries : on n’entend aucun écho et les aliments n’ont pas de goût. L’écrivain Bob Jenkins (Dean Stockwell) développe une théorie : ils sont victimes d’une déchirure dans le temps, plongés dans un passé sans sensibilité ni saveur. Le banquier Craig Toomeey (Bronson Pinchot) commence à être victime d’hallucinations. Il voit des monstres à la place des passagers, est assailli par des souvenirs d’enfance traumatisants, revoit son père qui le tyrannise. 

Des mâchoires volantes en image de synthèse

Maladroits et surabondants, les dialogues ne facilitent pas la crédibilité déjà bien émoussée du récit. « J’ai écrit quarante romans sur le mystère, mais aucun ne l’est autant que ceci », entend-on par exemple de la bouche de Dean Stockwell qui devine tout avant tout le monde. Chacun raconte à tour de rôle une tranche de sa vie, sous forme de confessions aussi mécaniques qu’artificielles, et l’on sent bien que le scénariste parle par la bouche de ses personnages pour tenter de construire leur personnalité puis de nous expliquer laborieusement les théories de science-fiction qui sous-tendent l’histoire. Lorsque vers la fin du métrage les pylônes des lignes à hautes tension vacillent puis se tordent sous le poids d’une entité invisible, un regain d’espoir gagne le spectateur, prêt à découvrir des créatures de la teneur du Monstre de l’Id de Planète Interdite. Hélas, au moment précis où les entités extraterrestres entrent dans le champ, les dernières bribes de vraisemblance des Langoliers volent en éclat. Comment pourrait-il en être autrement face à ces grandes mâchoires volantes qui figurent sans conteste parmi les images de synthèses les plus hideuses et les plus mal animées jamais vues sur un écran ? Il s’agit donc d’un ratage en bonne et due forme, indigne du talent et du savoir-faire de Tom Holland, dont les crédits de scénariste comptent aussi les remarquables Class 1984 et Psychose 2.

 

© Gilles Penso

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STAR WARS EPISODE VIII – LES DERNIERS JEDI (2017)

Rian Johnson prend le relais de J.J. Abrams pour redéfinir sous un angle surprenant les codes et l'esthétisme de la saga

STAR WARS : EPISODE VIII – THE LAST JEDI

2017 – USA

Réalisé par Rian Johnson

Avec Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Adam Driver, Mark Hamill, Carrie Fisher, Joonas Suotamo, Gwendoline Christie, Andy Serkis, Domhnall Gleeson, Anthony Daniels, Jimmy Vee, Laura Dern, Benicio del Toro

THEMA SPACE OPERA I SAGA STAR WARS

Conscient de certaines des faiblesses narratives du Réveil de la Force, Rian Johnson a trouvé le moyen de les justifier habilement dans Les Derniers Jedi, voire de les tourner gentiment en dérision, en un exercice de haute voltige scénaristique assez étourdissant. Le traitement des nombreux personnages s’affrontant dans ce huitième épisode témoigne de cet état de fait. Si Rey (Daisy Ridley) et Finn (John Boyega) demeurent les figures centrales de l’intrigue, le cinéaste n’hésite pas à les reléguer parfois à l’arrière-plan pour mieux développer les autres personnages. Gauche et peu crédible dans Le Réveil de la Force, Kylo Renn (Adam Driver) s’étoffe. Ses conflits intérieurs et ses prises de position parfois irrationnelles révèlent leur propre cohérence, au sein d’un parcours psychologique semé d’obstacles. Snoke (Andy Serkis) n’est plus un simple ersatz de l’Empereur mais une entité maléfique à part entière, partagée entre la duplicité et la toute-puissance. De l’autre côté de la Force, nous redécouvrons enfin une Princesse Leïa en pleine possession de ses moyens. Si rigide chez J.J. Abrams, la regrettée Carrie Fisher prend l’ampleur qu’elle mérite et révèle même des capacités insoupçonnées lors d’une démonstration inattendue de l’utilisation de la Force, au cours d’une séquence très risquée qui aurait pu sombrer dans le grotesque si Rian Johnson ne l’avait pas nimbée de poésie et de beauté. Luke Skywalker lui-même, resté en suspens deux ans plus tôt, a désormais l’âge et l’expérience du vieil Obi Wan Kenobi, mais a-t-il acquis sa sagesse ? Il est permis d’en douter, et le rôle majeur qu’il s’apprête à jouer dans le dénouement du conflit demeure incertain. Très en retrait jusqu’alors, le pilote Poe Dameron (Oscar Isaac) se révèle être l’un des personnages clés de cette nouvelle guerre des étoiles. Tête brûlée aux décisions souvent impulsives, il rappelle par certains traits de son caractère la fougue de Han Solo sans pour autant chercher à l’imiter. 

Car Rian Johnson a compris qu’il n’était plus nécessaire de calquer les épisodes de la trilogie originale pour développer la saga. Le cinéaste la transporte donc dans des territoires inexplorés, resserrant l’intrigue jusqu’à la muer en une sorte de compte à rebours infernal au cours duquel les jours de la Résistance semblent comptés. Ce sentiment d’urgence est perceptible dès l’incroyable bataille spatiale du prologue où des bombardiers rebelles sont lâchés sur un destroyer impérial afin de le détruire, aux accents de la symphonie spatiale d’un John Williams plus inspiré que jamais. « John Williams a la réputation d’être un homme d’une grande gentillesse », nous confie Rian Johnson. « Il l’est encore dix fois plus que ce que vous pouvez imaginer. Nous avons eu quelques désaccords, notamment par rapport à l’émotion que je souhaitais exprimer dans certaines séquences. Mais la plupart du temps, je me contentais d’écouter ses propositions, toutes plus belles les unes que les autres. » (1) Avec l’apport du directeur artistique Rick Heinrichs, Rian Johnson brosse des tableaux rivalisant de beauté plastique, notamment la cour écarlate de Snoke flanqué de ses gardes samouraïs, l’époustouflante bataille finale sur une planète recouverte d’une pellicule de sel immaculé qui, lorsqu’on le heurte, révèle une couche de terre rouge (la planète semble saigner, au cœur d’une échauffourée basculant quasiment dans le surréalisme), ou encore cette séquence à couper le souffle dans laquelle l’emploi de l’hyper-vitesse provoque une réaction en chaine incroyable. 

Un vent de fraîcheur inattendu

Certes, tout n’est pas parfait dans Les Derniers Jedi. Nous nous serions par exemple passés de cette énième imitation de la Cantina sise dans une planète luxueuse où les nantis dépensent des fortunes dans les casinos locaux. La laideur des décors et des créatures est en partie assumée – puisqu’il est question ici de vulgarité – mais le résultat ne convainc guère, d’autant que l’intrigue ralentit et patine un peu à ce stade du récit. Ce passage anecdotique présente tout de même l’intérêt de soulever une thématique jamais abordée jusqu’alors dans la saga : l’activité des marchands d’armes à qui profite la guerre puisqu’ils fournissent aussi bien les Rebelles que l’Empire. Soucieux de capturer l’essence des Star Wars de la première heure, Johnson sollicite l’expertise du superviseur des effets visuels Dennis Muren, vétéran de la saga. « Il m’a donné de précieux conseils pour faire ressentir aux spectateurs la vitesse des flottes de vaisseaux spatiaux, ce qui n’est pas si simple », explique-t-il. « Avec un fond spatial, vous n’avez pas de repère pour appréhender la vitesse des déplacements ». (2) Face à la flamboyance de la mise en scène de Rian Johnson, à la force nouvellement acquise des ses personnages, à la redoutable efficacité de ses moments de suspense et à l’originalité de son approche, nous nous laissons allègrement séduire et transporter par Les Derniers Jedi. Tant pis pour les esprits chagrins sans doute trop bridés par leur allégeance aux épisodes précédents pour accepter ce vent de fraîcheur.

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en décembre 2017

 

© Gilles Penso

 

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