WONKA (2023)

Timothée Chalamet incarne le plus célèbre des chocolatiers dans cette aventure qui précède celle de Charlie…

WONKA

 

2023 – USA

 

Réalisé par Paul King

 

Avec Timothée Chalamet, Calah Lane, Keegan-Michael Key, Paterson Joseph, Matt Lucas, Mathew Baynton, Sally Hawkins, Rowan Atkinson, Jim Carter, Hugh Grant

 

THEMA CONTES

Honnêtement, qui avait spécialement envie de savoir ce qui s’était passé avant Charlie et la Chocolaterie ? À part une triviale démarche commerciale cherchant à capitaliser à tout prix sur une franchise bien établie auprès du grand public, quelle pouvait être la plus-value d’une telle prequel ? La question se posait d’autant plus que Tim Burton, dans sa propre adaptation du célèbre roman de Roald Dahl, nous racontait déjà par l’entremise de plusieurs flash-backs le passé tourmenté de Willy Wonka (ses relations conflictuelles avec son père, ses expéditions exotiques en quête du meilleur chocolat possible, la création de son usine). Or malgré ce que pouvait laisser imaginer une campagne marketing capitalisant habilement sur le film de Burton, le long-métrage de Paul King (Paddington 1 et 2) se réfère beaucoup moins à cette version qu’à celle qui la précéda, réalisée en 1971 par Mel Stuart. À tel point d’ailleurs que plusieurs designs s’en inspirent et que quelques chansons en sont directement reprises. Car Wonka est une comédie musicale, ponctuant régulièrement sa narration de numéros musicaux qui alternent les réinterprétations de ceux de 1971 avec de tous nouveaux morceaux écrits par Neil Hannon sur une musique de Joby Talbot.

C’est donc en musique que commence le film, lorsque Wonka, aspirant magicien, inventeur et chocolatier, entonne tout guilleret une chansonnette, accroché au mat d’un navire, tandis qu’il débarque en Europe dans l’espoir d’ouvrir sa propre chocolaterie. Son rêve ? S’installer dans les prestigieuses Galeries Gourmet. Mais la concurrence est rude. Rapidement sans le sou après avoir épuisé ses maigres économies, Wonka s’installe dans la pension tenue par la sinistre Madame Scrubitt et son homme de main Bleacher. Là, il rencontre une galerie de pauvres hères qui, comme lui, sont incapables de payer les frais exorbitants demandés par les aubergistes et se retrouvent contraints de travailler du soir au matin dans le sous-sol reconverti en blanchisserie. Mais le brave Willy refuse d’abandonner ses rêves et fomente un plan pour s’évader…

Un chocolat fade

Conformément aux intentions initiales du réalisateur, le Wonka que joue Timothée Chalamet est un doux-dingue naïf et candide plus proche de celui campé par Gene Wilder que de celui – un tantinet inquiétant – qu’incarnait Johnny Depp. Cette naïveté truculente s’inspire largement de Charlie Chaplin mais aussi d’une certaine frange du cinéma de Frank Capra. « La plus grande référence que j’ai donnée à Timothée Chalamet était Monsieur Smith au Sénat », confirme Paul King. « Ces films sont très chers à mon cœur. Le petit gars dans le grand monde effrayant que Capra a si brillamment mis en scène correspondait vraiment à la sensation que je recherchais dans ce film » (1). On pense aussi à l’univers de Charles Dickens et même aux « Misérables » à travers ces vils aubergistes dignes des Thénardier. Plusieurs idées joyeusement absurdes ponctuent le film, comme le cercle secret des puissants chocolatiers qui se réunit dans un repaire souterrain sous une église pour comploter contre la concurrence, quelques flash-backs très graphiques ou encore les nombreux gadgets que Wonka semble sortir de nulle part : un chapeau aux mille ressources façon Mary Poppins, un bocal plein d’œufs en chocolat volants, une usine miniature pliable. Quelques guest stars viennent participer à la fête, comme Rowan Atkinson en curé corrompu, Hugh Grant en Oompa Loompa et surtout Keegan-Michael Key en policier accro au chocolat. Toute cette générosité se met hélas au service d’un scénario puéril ne facilitant guère l’implication des spectateurs, fait aggravé par des numéros musicaux quelconques et sans éclat. Wonka s’oublie donc aussitôt après son visionnage et n’arrive à la cheville ni du Charlie et la chocolaterie de 1971, ni de celui de 2005.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur le site du British Film Institute en décembre 2023

 

© Gilles Penso


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LES AUTRES (2001)

Alejandro Amenabar nous plonge dans un conte d’épouvante gothique oppressant porté à fleur de peau par Nicole Kidman…

THE OTHERS / LOS OTROS

 

2001 – USA

 

Réalisé par Alejandro Amenabar

 

Avec Nicole Kidman, Christopher Eccleston, Fionnula Flanagan, Alakina Mann, James Bentley, Alexander Vince, Eric Sykes, Elaine Cassidy, Keith Allen

 

THEMA FANTÔMES

En gros plan, Nicole Kidman pousse un hurlement déchirant puis revient lentement à elle, visiblement secouée par un cauchemar intense. Voilà comment commence Les Autres. Il ne faut donc pas longtemps à Alejandro Amenabar pour installer le climat anxiogène dans lequel baignera son film jusqu’à un dénouement choc qui a marqué les mémoires. L’angoisse est là dès l’entame, palpable, insidieuse, omniprésente. Les trois domestiques tapant spontanément à la porte d’une vieille demeure gothique perdue dans la campagne de Jersey, cette île anglo-normande occupée par les Allemands pendant la seconde guerre mondiale, ne nous inspirent pas foncièrement confiance, malgré les airs affables de la vénérable gouvernante Bertha (Fionnula Flanagan) et du sympathique jardinier Edmund (Eric Sykes). Sans doute la présence de Lydia (Elaine Cassidy), la jeune servante muette au visage blafard, concourt-elle à créer le malaise. Mais la maîtresse des lieux, Grace Stewart, campée par une Nicole Kidman glaciale, n’est pas non plus très avenante. Stricte, sévère, bigote, migraineuse, à fleur de peau, elle semble vivre dans une anxiété permanente due à la disparition de son époux au front et à la faiblesse de ses deux enfants, Anne et Nicholas, frappés d’une curieuse maladie qui leur interdit toute exposition à la lumière.

Cette idée scénaristique surprenante pousse l’homme-orchestre Amenabar (réalisateur, scénariste, compositeur) et son directeur de la photographie Javier Aguirresarobe à plonger la grande majorité des séquences du film dans la pénombre. C’est le moyen idéal d’alimenter ce climat de peur sourde, mais aussi de rendre hommage à plusieurs grands peintres maîtres du clair-obscur, les sources de lumière étant souvent de frêles bougies ou de simples lanternes vacillantes. Peu à peu, le sentiment d’isolation se renforce inexorablement. Les enfants ne peuvent pas sortir à cause de leur maladie, un épais brouillard encercle la maison… « Je me sens coupée du monde », avoue Grace dans un soupir. Elle ne croit pas si bien dire. C’est là que surviennent les phénomènes inexpliqués : des bruits de cavalcades dans les étages, des objets qui tombent, des portes qui s’ouvrent et se referment, des soupirs et des chuchotements, un piano qui semble jouer seul… S’agit-il de fantômes, comme finit par le croire Nicholas ? Qui sont ces visiteurs inconnus qui hantent les lieux et qu’Anne affirme apercevoir régulièrement ?

L’enfer, c’est les autres

Les Autres est un film concept qui ne révèle ses secrets qu’au moment de sa chute, sauf pour les quelques spectateurs perspicaces qui auront compris le fin mot de l’histoire à mi-parcours. Pour ces derniers, l’œuvre minutieuse d’Alejandro Amenabar perd beaucoup de sa force, s’appuyant tellement sur son ultime révélation qu’elle en oublie d’offrir au public la possibilité d’éprouver de l’empathie pour des personnages somme toute très hermétiques. Reste une mise en forme impeccable, une performance d’acteur impressionnante (Kidman en tête bien sûr, soutenue par son époux d’alors, Tom Cruise, ici producteur) et une intéressante opposition entre la foi catholique rigide et l’acceptation de phénomènes surnaturels. Lorsque la gouvernante avance « Je crois que parfois le monde des morts se mélange avec celui des vivants », Garce s’empresse de répondre « Le Seigneur ne permettrait jamais une telle aberration ». Or tout semble démentir ce qu’elle affirme. Amenabar met là à profit l’expérience de sa propre éducation catholique et ses convictions agnostiques personnelles. Nommé pour quinze Goyas (les Oscars espagnols) et récompensé dans huit catégories, dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur, Les Autres fut un colossal succès au box-office, provoquant dans les salles de cinéma un véritable raz de marée de spectateurs enthousiastes.

 

© Gilles Penso


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ACIDE (2023)

Après La Nuée, Just Philippot continue d’aborder le genre fantastique sous un angle ultra-réaliste en imaginant une terrible catastrophe écologique…

ACIDE

 

2023 – FRANCE

 

Réalisé par Just Philippot

 

Avec Guillaume Canet, Laetitia Dosch, Patience Munchenbach, Sulianne Brahim, Marie Jung, Martin Verset, Clément Bresson

 

THEMA CATASTROPHES

Acide est au départ un court-métrage que Just Philippot réalise en 2018 et qui remporte un certain succès. L’idée de l’adapter sous forme de long-métrage le titille dès 2019, mais les complications budgétaires qu’entraîneraient un tel projet le freinent dans son élan, le poussant à réaliser un film fantastique moins gourmand en effets spéciaux : La Nuée. L’idée d’Acide revient pourtant vite sur le tapis. En revoyant certaines de ses ambitions à la baisse (notamment concernant la visualisation du cataclysme, envisagée d’abord à beaucoup plus grande échelle), Philippot parvient à monter le film financièrement, avec l’aide du CNC et de la région Île-de-France. Si le scénario reprend le principe des pluies acides (déjà décliné entre autres dans le téléfilm Dark Skies de Ron Oliver en 2009), les personnages ne sont pas ceux du court-métrage initial. Avec l’aide de son co-scénariste Yacine Badday (Sous le ciel d’Alice, L’Été éternité), Philippot revisite donc son œuvre de 2018 en imaginant une nouvelle poignée de protagonistes plongés dans la tourmente. « J’y parle d’une famille décimée qui essaye de sortir d’une catastrophe », dit-il pour définir son second long-métrage. « C’est un film tendu, un drame familial fantastique » (1).

C’est sous un angle social, terre-à-terre, profondément ancré dans le réel, que Just Philippot fait démarrer Acide. À travers les images captées de manière accidentelle par des smartphones et des caméras embarquées, selon le principe du « found footage », une violente altercation entre un patron, ses ouvriers puis des CRS nous saute aux yeux. L’accident de travail de Karin (Sulianne Brahim) a provoqué la colère de tous ses collègues, notamment de Michal (Guillaume Canet) dont le comportement extrêmement brutal lui vaut des démêlées avec la justice. Désormais assigné à résidence avec un bracelet électronique, il gère comme il peut sa vie complexe entre une petite amie hospitalisée, une fille adolescente en révolte et une ex-femme dépassée par la situation. La tension monte sérieusement d’un cran lorsque des nuages de pluies acides dévastatrices s’abattent sur la région, provoquant mort et destruction sur leur passage…

Après eux… le déluge

Dès lors, le moindre nuage devient menaçant, chaque grondement du ciel est porteur d’inquiétude, et lorsque finalement la pluie se mue en vitriol mortellement corrosif, la panique s’empare du monde. Le portrait que le cinéaste dresse de son prochain n’est guère reluisant. Plongé dans une catastrophe dont il est seul responsable – à force de laisser sa planète dépérir en rejetant dans l’air tous les produits toxiques possibles et imaginables -, l’homme révèle des instincts primaires égoïstes. C’est le règne du « chacun pour soi », du « après moi le déluge ». Les transhumances forcées sont filmées avec beaucoup de réalisme, mot d’ordre du film qui refuse d’emprunter les voies classiques – ultra-spectaculaires et archétypales – du cinéma catastrophe traditionnel. Le film doit faire vrai parce que ce qu’il raconte est plausible, ce qui ne l’empêche pas de recourir à toute une batterie d’effets spéciaux (numériques, physiques, pyrotechniques, cosmétiques) pour asseoir visuellement sa crédibilité. Rien n’empêche par ailleurs d’appréhender ces pluies diluviennes fatales comme l’équivalent moderne de celles décrites dans la Bible, lavant la Terre de tout ce que l’être humain compte d’irresponsabilités, de bêtise et d’inconscience. Le drame ne se dénoue d’ailleurs pas vraiment, laissant le spectateur sur une note finale amère et désenchantée.

 

(1) Extrait d’un entretien publié dans « La Nouvelle République » en février 2021.

 

© Gilles Penso

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LE JOUR DE LA FIN DU MONDE (1980)

Paul Newman et Jacqueline Bisset s’allient à un casting de superstars pour affronter la monstrueuse éruption d’un volcan sur une île du Pacifique…

WHEN TIME RAN OUT…

 

1980 – USA

 

Réalisé par James Goldstone

 

Avec Paul Newman, Jacqueline Bisset, James Franciscus, William Holden, Barbara Carrera, Ernest Borgnine, Burgess Meredith

 

THEMA CATASTROPHES

Irwin Allen est le producteur de deux des plus grands films catastrophes de tous les temps : L’Aventure du Poséidon et La Tour infernale. Au tout début des années 80, alors que cette vogue commence à sérieusement décliner, il tente de varier les plaisirs en s’appuyant très librement sur le roman « The Day the World Ended » de Gordon Thomas et Max Morgan Witts, qui décrivait sous un angle quasiment documentaire la terrible éruption du Mont Pelé en Martinique. Le scénario du film, lui, se situe sur une île touristique du Pacifique et prend le temps de nous présenter une poignée de protagonistes et leurs histoires intimes avant que n’éclate le drame, conformément aux conventions immuables du genre. Nous apprenons ainsi que le businessman prospère Shelby Gilmore (William Holden) veut épouser son assistante Kay Kirby (Jacqueline Bisset), mais que celle-ci ne peut pas s’engager parce qu’elle vit une relation complexe avec l’ingénieur Hank Anderson (Paul Newman). Pendant ce temps, la belle polynésienne Iolani (Barbara Carrera) décide de repousser la date de son mariage, au grand dam de son fiancé Brian (Edward Albert), car elle a une liaison avec le scientifique Bob Spangler (James Franciscus), lui-même en couple avec Nikki (Veronica Hamel) !

Nous nageons donc en plein soap opera sur fond de tropiques. Cet imbroglio amoureux verse volontiers dans la caricature et n’incite guère à l’implication des spectateurs, malgré un casting extrêmement solide dominé par le charisme magnétique toujours intact de Paul Newman. A ce jeu des chaises musicales sentimentales viennent s’ajouter d’autres préoccupations. Un puits de pétrole vient ainsi de donner d’excellents résultats sur l’île, mais l’activité sismique souterraine est inquiétante. Faut-il poursuivre le forage ou tout stopper ? Paul Newman, qui a déjà vécu les tourments de La Tour infernale, craint que le grand volcan en sommeil qui se dresse à l’horizon n’entre en éruption. James Franciscus, qui affrontait des dinosaures dans La Vallée de Gwangi et des gorilles virulents dans Le Secret de la planète des singes, pense au contraire qu’il ne faut pas s’alarmer. C’est évidemment le premier qui a raison. Le désastre survient au beau milieu du film, à grand renfort de maquettes, d’effets pyrotechniques, de matte paintings et d’incrustations qui ne parviennent pas toujours à nous convaincre de leur réalité, à cause d’un budget limité.

Magma mia !

Car si Irwin Allen peut se payer une poignée de superstars qu’il a encore sous contrat, il lui faut resserrer les cordons de la bourse du côté des effets spéciaux. Le vétéran L.B. Abbott et son équipe font donc ce qu’ils peuvent avec les moyens à leur disposition. Le problème, c’est que les acteurs eux-mêmes ne semblent qu’à moitié convaincus par ces explosions de magma, ces tsunamis, ces pluies incandescentes et ces coulées de lave, visiblement pressés d’honorer au plus vite l’engagement qui les lie au producteur pour pouvoir passer à autre chose. Surtout habitué à la télévision (Au-delà du réel, Le Fugitif, Voyage au fond des mers, Star Trek), même s’il s’était déjà frotté au genre catastrophe avec Le Toboggan de la mort en 1977, le réalisateur James Goldstone emballe les scènes d’action, de suspense et de cascades (la cohue qui provoque un crash d’hélicoptère, la traversée du pont au-dessus de la lave) avec soin mais sans génie et livre un long-métrage très générique qui serait sans doute passé inaperçu sans ses têtes d’affiche. Résultat des courses : Le Jour de la fin du monde connaîtra un échec cuisant au box-office, ce qui aura deux conséquences majeures : la cessation des activités d’Irwin Allen pour le grand écran et la fin de la vogue du cinéma catastrophe amorcée au début des années 70.

 

© Gilles Penso

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LE MOULIN DES SUPPLICES (1960)

Dans ce classique de l’épouvante italienne, un écrivain fait la connaissance d’un étrange sculpteur qui semble partager avec sa fille un terrible secret…

IL MULINO DELLE DONNE DI PIETA

 

1960 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Giorgio Ferroni

 

Avec Pierre Brice, Scilla Gabel, Dany Carrel, Wolfgang Preiss, Robert Boehm, Liana Orfei, Marco Guglielmi, Olga Solbelli, Alberto Archetti

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Écrit à huit mains par Remigio Del Grosso, Giorgio Ferroni, Ugo Liberatore et Giorgio Stegani, le scénario du Moulin des supplices s’amorce de manière très anodine puis s’achemine habilement vers son argument fantastique, qui évoque à la fois Les Yeux sans visage (la transfusion sanguine remplaçant ici la greffe de peau) et L’Homme au masque de cire (les statues d’un carrousel se substituant aux figures du musée de cire). Le générique cite un livre qui aurait servi d’inspiration au film, « Les Contes flamands » de Pieter van Weigen, mais nul ne sait si cet ouvrage existe réellement. Toute jeune comédienne à l’époque, Dany Carrel, qui incarne une étudiante échappant de justesse à une mort horrible, se remémorait avec beaucoup de bonheur cette expérience cinématographique plusieurs décennies plus tard. « S’il est un cinéma que j’affectionne, c’est le cinéma fantastique, le cinéma de tous les possibles, de tous les rêves, des truquages les plus fous aux histoires les plus délirantes », affirmait-elle. « Le Moulin aux supplices était une histoire folle de savant fou, pour un film totalement fou. Modèle du cinéma fantastique italien, valeur sûre des cinémathèques, le film est aujourd’hui considéré comme un chef-d’œuvre du film de terreur. » (1)

Quelle est donc cette « histoire folle » ? C’est d’abord celle de l’écrivain Hans Van Arnam (Pierre Brice) qui, à la demande de son éditeur, débarque à Veeze, une petite bourgade près d’Amsterdam, dans le but d’y rencontrer le sculpteur Gregorius Wahl (Robert Boehm, ex-docteur Mabuse), à l’occasion du centenaire d’un célèbre carillon. Reclus dans un vieux moulin reconverti en macabre musée de cire, surnommé « le moulin aux femmes de pierre » par les gens du village, Wahl vit avec le docteur Bolem (Wolfgang Preiss) et sa fille Elfie (Scilla Gabel), une jeune femme superbe mais atteinte d’une maladie mystérieuse et incurable. Un soir, la belle fait des avances à Hans avant de trépasser subitement sous ses yeux. A peine remis du choc, Hans la retrouve plus tard en parfaite santé. Est-il en train de devenir fou, ou le moulin cache-t-il un terrible secret ? Et comment expliquer ces nombreuses disparitions de plusieurs femmes dans la région ?

Le carrousel macabre

Cette co-production franco-italienne, qui n’est pas très éloignée dans son atmosphère des travaux de Mario Bava, Antonio Margheriti ou Riccardo Freda, bénéficie d’une très belle photographie de Pierre Ludovico Pavoni (Le Monstre aux yeux verts) et de somptueux décors gothiques conçus par Arrigo Equini (Hercule contre Moloch). L’usage de la couleur évoque une autre référence : les films de la Hammer, que Giorgio Ferroni semble garder à l’esprit pendant une bonne partie du métrage. Difficile de ne pas tomber sous le charme de Scilla Gabel, une beauté brune à la Martine Beswick qui prête ses traits envoûtants à la fille du sculpteur. Les spectateurs allaient plus tard la retrouver dans le rôle d’Hélène de Troie dans la mini-série L’Odyssée. Au cours du final, le carrousel macabre des statues de suppliciés s’anime une dernière fois au milieu des flammes, dans une très belle scène où apparaissent, derrière le matériau fondu, les crânes des victimes du sculpteur, comme dans le dénouement de How to Make a Monster. L’incontournable incendie final du moulin, qui nous renvoie directement au Frankenstein de James Whale, clôt en beauté cette œuvre très soignée et finalement très singulière, malgré toutes celles auxquelles elle se réfère.

 

(1) Extraits des mémoires de Dany Carrel, éditées chez Robert Laffont en 1991.

 

© Gilles Penso


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CHÉRIE, JE ME SENS RAJEUNIR ! (1952)

Howard Hawks dirige Cary Grant, Marilyn Monroe et Ginger Rogers dans cette comédie fantastique où un singe invente par accident un élixir de jeunesse…

MONKEY BUSINESS

 

1952 – USA

 

Réalisé par Howard Hawks

 

Avec Cary Grant, Marilyn Monroe, Ginger Rogers, Charles Coburn, Hugh Marlowe, Henri Letondal, Robert Cornthwaite, Larry Keating

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Chérie, je me sens rajeunir ! s’inscrit dans un cycle de comédies américaines dont raffolait le cinéma des années 50, aux côtés des chefs d’œuvre de Billy Wilder ou Frank Capra. S’il reste encore dans les mémoires, aux côtés de ses prestigieux confrères de la grande époque, ce n’est pas tant pour la mise en scène d’Howard Hawks ou la prestation de Cary Grant (un duo que les spectateurs découvrirent dans un registre bien plus « sérieux » avec Seuls les anges ont des ailes treize ans plus tôt), ni même pour la présence pétillante et très glamour de Ginger Rogers et Marilyn Monroe (cette dernière, dans un second rôle, était alors sur le point de devenir une superstar), mais surtout pour l’argument fantastique qui anime son scénario, co-écrit par un trio d’auteurs prestigieux : Ben Hecht (Scarface, Les Enchaînés), Charles Lederer (La Chose d’un autre monde, Les Hommes préfèrent les blondes) et I.A.L. Diamond (Certains l’aiment chaud, La vie privée de Sherlock Holmes). Monkey Business étant aussi le titre d’un film des Marx Brothers sorti en 1931 (qui fut logiquement traduit en France par Monnaie de singe), Chérie, je me sens rajeunir est souvent cité sous l’appelation Howard Hawks’ Monkey Business aux États-Unis, ce qui évite la confusion tout en dotant le film d’une patine de prestige grâce au nom de son réalisateur. Les distributeurs belges, de leur côté, choisiront Fais pas le singe !

Cary Grant incarne le docteur Barnaby Fulton, un scientifique distrait qui travaille pour la société chimique Oxley et tente de mettre au point un élixir de jouvence, sous les encouragements enthousiastes de son patron, Oliver Oxley (Charles Coburn). Or c’est Esther, l’un des chimpanzés de Barnaby, qui va trouver la formule miracle par accident. Le singe s’échappe du laboratoire, mixe au hasard toutes sortes de produits liquides avant de verser le mélange dans un distributeur d’eau potable, au cours d’une des séquences les plus drôles du film. Ignorant les frasques d’Esther, Barnaby teste sa dernière concoction expérimentale sur lui-même et l’arrose avec l’eau de la fontaine. Le voilà qui commence bientôt à se comporter comme un jeune homme de 20 ans et passe la journée en ville avec la secrétaire de son patron, Lois Laurel (Marilyn Monroe). Lorsque la femme de Barnaby, Edwina (Ginger Rogers), apprend que l’élixir « fonctionne », elle en boit à son tour avec l’eau de la fontaine et se transforme en écolière farceuse… A partir de là, évidemment, la situation devient incontrôlable.

Singeries

Le moteur comique du film repose donc sur un quiproquo (on attribue les effets de jouvence à la formule en réalité inefficace du savant maladroit) et sur les rajeunissements eux-mêmes. Ceux-ci s’opèrent mentalement, sans altérer le physique des gens touchés, et nous valent quelques séquences savoureuses comme l’escapade de Cary Grant avec la pétillante Marilyn, la nuit que passent les époux à l’hôtel ou encore la réunion très officielle dans laquelle le savant et son épouse agissent comme des enfants turbulents de dix ans. Après un final frénétique au cours duquel tout le monde rajeunit tandis que le singe décidément impétueux voltige dans le laboratoire comme s’il était au cœur de la jungle, les choses rentrent à peu près dans l’ordre. Contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer, Chérie, je me sens rajeunir ! ne fit pas l’objet d’un remake, malgré le gros potentiel de son concept propice à toutes les variantes. En revanche, son argument fantastique inspira partiellement le scénario du Cocoon de Ron Howard, qui le recycla avec bonheur sous un angle plus frontalement rattaché à la science-fiction.

 

© Gilles Penso


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CE QUE VEULENT LES HOMMES (2019)

Dans ce remake raté de l’excellent Ce que veulent les femmes de Nancy Meyers, Taraji P. Henson essaie en vain de nous faire rire…

WHAT MEN WANT

 

2019 – USA

 

Réalisé par Adam Shankman

 

Avec Taraji P. Henson, Aldis Hodge, Josh Brener, Erykah Badu, Richard Roundtree, Tracy Morgan, Shane Paul McGhie, Pete Davidson, Auston Jon Moore

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

C’était de toute évidence une fausse bonne idée. Mais les voies du box-office sont impénétrables. Sorti en 2000, Ce que veulent les femmes est un gigantesque succès qui remplit les salles de cinéma et les tiroirs-caisses. Les clefs de sa réussite ? Un concept résolument original, un casting de premier ordre, un scénario ciselé au millimètre et une mise en scène tout en subtilité. Initié en 2017 par la Paramount, le remake officiel de ce parfait croisement entre la comédie romantique et le conte fantastique (après plusieurs imitations produites un peu partout dans le monde) se contente de conserver le premier élément – le concept – et d’oublier tout le reste. Car on ne peut pas vraiment dire que Ce que veulent les hommes se distingue par ses acteurs, son script ou sa réalisation. Les scénaristes Jas Waters et Tina Gordon Chism croient pourtant avoir trouvé l’idée du siècle en inversant les sexes. Cette fois-ci, ce n’est pas un homme qui lit les pensées des femmes mais le contraire. Pourquoi pas ? Encore eut-il fallu que cette redistribution des rôles permette d’enrichir le discours lié aux différences entre les raisonnements masculins et féminins tout en offrant de nouvelles situations comiques savoureuses. Il n’en est rien hélas.

Taraji P. Henson (qu’on a pu voir entre autres dans L’Étrange histoire de Benjamin Button et dans la série Empire) incarne ici Ali Davis, un agent sportif qui se démène dans un environnement presqu’exclusivement masculin et rêve d’une promotion chez Summit Worldwide Management qui lui passe finalement sous le nez. L’argument de son patron est sans appel : elle ne comprend pas assez comment pensent les hommes. Le soir de l’enterrement de vie de jeune fille d’une de ses amies, elle rencontre une médium excentrique (Erykah Badu, en parfaite émule de Whoopi Goldberg dans Ghost) qui lui fait absorber un thé aux vertus étranges. Plus tard dans la soirée, alors qu’elle s’agite sur la piste de danse, elle se cogne la tête et perd connaissance. À son réveil, Ali se découvre une incroyable capacité : elle est désormais capable d’entendre les pensées intimes de tous les hommes qu’elle croise…

Ce que veulent les spectateurs ? Un bon film…

Si Nancy Meyers se livrait à une analyse fine de la psychologie féminine et de son apparente incompatibilité avec le mode de pensée masculin, le réalisateur Adam Shankman se contente d’enfoncer les portes ouvertes en accumulant tous les lieux communs sans une once de demi-mesure. Au comique de situation du film original, ce remake préfère l’humour gras, les gags situés en dessous de la ceinture, la vulgarité, l’excès et la caricature. Pire : il transforme son héroïne en nymphomane égoïste et hystérique qui ne suscite pas la moindre empathie. Le fait que Taraji P. Henson ne semble pas du tout dirigée par son metteur en scène, se livrant de fait à des numéros en roue libre tous plus embarrassants les uns que les autres, n’arrange évidemment pas les choses. Dans le film original, le machisme primaire de Mel Gibson nous touchait parce qu’il s’agissait en réalité d’une carapace masquant des failles et un évident manque d’assurance. Rien de tel ici. Ali se comporte en dépit du bon sens, dans l’espoir vain que ses mimiques outrancières et sa gestuelle balourde fassent rire les spectateurs. Pour couronner le tout, Ce que veulent les hommes accumule tant de clichés idiots qu’il finit par devenir ce qu’il semblait vouloir dénoncer : misogyne, raciste, homophobe et sexiste. Un sacré palmarès !

 

© Gilles Penso


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LA FOLIE DU DOCTEUR TUBE (1915)

En tout début de carrière, le réalisateur Abel Gance raconte les étranges expériences d’un savant fou à l’aide de trucages optiques d’avant-garde…

LA FOLIE DU DOCTEUR TUBE

 

1915 – FRANCE

 

Réalisé par Abel Gance

 

Avec Albert Dieudonné, Séverin-Mars

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

La Folie du docteur Tube s’inscrit à l’aune de la carrière du cinéaste Abel Gance, alors qu’il expérimentait principalement les possibilités techniques offertes par le support filmique. Entre La Fleur des ruines et Le Masque de la falaise, tous deux réalisés en 1915, il s’essayait ainsi à une amusante variante de six minutes sur la thématique du savant fou. Pour être tout à fait honnête, le seul véritable intérêt de La Folie du docteur Tube, produit par Louis Nalpas pour la compagnie « Le Film d’Art » et mis en lumière par Léonce-Henri Burel, est son jeu permanent avec les miroirs déformants. Une copie de ce film vénérable fut récupérée par la Cinémathèque française en 1944 et sauvegardée par Henri Langlois pour pouvoir assurer la postérité de cette œuvre insolite menacée de sombrer dans l’oubli. « Ils ont des yeux pour voir et ils ne voient point, dit l’Évangile, alors on inventa pour eux les objectifs et toutes sortes d’objets de verre et de cristal », disait Langlois non sans humour pour décrire les expérimentations du film. « Et les têtes se déformèrent, s’allongèrent, grossirent ou diminuèrent devant les juges d’instruction » (1).

Sous le prétexte d’une poudre aux vertus étranges inventée par le médecin du titre (que d’aucuns se sont empressés d’interpréter comme étant de la cocaïne !), tous les personnages du film (Tube, son petit serviteur, deux jeunes femmes, leurs prétendants, un chien et un chat) se transforment en nabots au corps aplati. Selon le miroir utilisé, l’effet est plus ou moins concluant. Si certaines visions ont un effet comique indéniable (les deux femmes qui entrent dans l’appartement), d’autres, à peine lisibles à cause du degré élevé de déformation de l’image, sont difficiles à apprécier. Le fait que toute l’image (en particulier le mobilier et le décor) soit déformée en même temps que les personnages ôte pas mal d’efficacité à l’effet. Mais le découpage et la mise en scène sont suffisamment explicites pour que le film puisse se passer de sous-titres. Le docteur Tube est interprété par Albert Dieudonné, un acteur hystérique et longiligne, au regard fou et à la dentition irrégulière, affublé d’un faux crâne en forme d’œuf aux raccords parfaitement visibles. Les acteurs du film surjouent d’ailleurs à outrance, ce qui a pour effet de désamorcer fâcheusement l’impact comique des situations.

Un film boudé… puis redécouvert

C’est probablement l’une des raisons qui poussèrent le public à bouder cette pantalonnade fantastique lors de sa sortie sur les écrans. Le producteur lui-même ne sut trop quoi faire de ce film trop étrange à son goût et le rangea prudemment dans un tiroir. Quelques années plus tard, Abel Gance allait s’extraire de l’influence de Georges Méliès – clairement décelable ici – pour s’atteler à des œuvres moins anecdotiques, notamment J’accuse (1919), La Roue (1920), et le célébrissime Napoléon (1925) donnant à nouveau la vedette à Albert Dieudonné, au point que le réalisateur fut plus tard considéré comme l’un des plus grands noms de l’histoire du cinéma muet, aux côtés de D.W. Griffith et S.M. Eisenstein. De nombreux cinéastes prestigieux, de la trempe d’Akira Kurosawa, Ingmar Bergman, Stanley Kubrick ou Francis Ford Coppola, le citent souvent comme l’une de leurs plus grandes influences. Cette empreinte indélébile dans l’histoire du 7ème art est bien sûr difficile à anticiper lorsqu’on découvre ce sympathique mais très anecdotique Docteur Tube. Mais il faut bien faire ses premières armes avant d’entrer dans la cour des grands…

 

(1) Henri Langlois, cartel de l’exposition « Images du cinéma français » au Musée des Beaux-Arts de Lausanne, septembre 1945.

 

© Gilles Penso


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LE CHIEN DES BASKERVILLE (1939)

Pour la plus fantastique de ses aventures, le détective Sherlock Holmes trouve son interprète idéal sous les traits anguleux de Basil Rathbone…

THE HOUND OF THE BASKERVILLES

 

1939 – USA

 

Réalisé par Sidney Lanfield

 

Avec Basil Rathbone, Nigel Bruce, Richard Greene, Wendy Barrie, Lionel Atwill, John Carradine, Barlowe Borland, Morton Lowry, Eily Malyon, Beryl Mercer

 

THEMA MAMMIFÈRES

Le Chien des Baskerville de Sidney Lanfield est loin d’être la première des adaptations à l’écran d’une aventure de Sherlock Holmes, mais ce film fait tout de même office de pionnier d’une certaine manière. En effet, si toutes les versions précédentes modernisaient leur cadre pour en faire des récits contemporains, celle-ci prend le parti d’installer son intrigue dans le même contexte que celui décrit dans les romans, c’est-à-dire l’Angleterre victorienne. Tout commence donc en 1899 dans la sinistre lande de Datmoor, au cœur du Devonshire. Dès les premières secondes, une atmosphère inquiétante et irréelle s’installe, via ce manoir lugubre (une très belle maquette) niché au milieu d’arbrisseaux noyés de brume. Soudain, un homme court à perdre haleine et s’écroule dans la lande, mort. Il s’agit de Sir Charles Baskerville (Ian Maclaren), victime d’une crise cardiaque d’après le diagnostic du docteur Mortimer (Lionel Atwill, qui campait la même année le mémorable inspecteur Krogh dans Le Fils de Frankenstein). Après cette brutale entrée en matière, nous voilà à Londres, dans le mythique appartement du 221B Baker Street où Sherlock Holmes et John Watson nous apparaissent sous les traits de Basil Rathbone et Nigel Bruce. Il ne faut pas longtemps aux spectateurs pour constater que les deux personnages viennent de trouver là leurs interprètes idéaux.

Si le docteur Mortimer rend visite au célèbre détective, c’est pour lui avouer qu’il a caché un détail à la police : à côté du corps de Sir Charles se trouvaient les empreintes d’un chien gigantesque. Craignant que personne ne prenne son témoignage au sérieux, il n’en a rien dit. Or il existe une légende autour de la famille Baskerville qui remonte au 16ème siècle, époque où le vil Sir Hugo (Ralph Forbes) kidnappa une servante. Cette dernière prit la fuite, mais lorsqu’Hugo se lança à ses trousses, ce fut pour retrouver son corps sans vie avant d’être lui-même déchiqueté par un chien monstrueux. Charles aurait-il été occis par la même créature ? Alors que le mystère s’épaissit, l’héritier de la famille, Sir Henry Baskerville (Richard Greene), revient du Canada pour prendre possession des biens et du titre de son oncle. Mais lorsqu’il arrive dans le domaine familial, il reçoit une lettre de menaces et risque de se faire tuer. Sherlock Holmes décide alors de mener l’enquête…

Le début d’une longue série

Le Chien des Baskerville nous séduit d’emblée par sa reconstitution soignée du Londres embrumé du 19ème siècle. Si la mise en scène de Sidney Lanfield reste relativement académique, le cinéaste parvient à composer de très belles séquences chorales (avec parfois dix personnages actifs en même temps dans le même cadre) mais aussi d’intéressants gros plans s’attardant sur des regards qui en disent souvent bien plus long que ce que les mots prononcent. Sans doute Lanfield travaille-t-il alors sous l’influence d’Alfred Hitchcock, déjà virtuose dans ce type d’exercice. Les seconds rôles du film se révèlent savoureux, du sinistre couple de majordomes, incarné par John Carradine et Eily Malyon, à l’inquiétant mendiant barbu, qui n’est pas sans rappeler le Ygor du Fils de Frankenstein, en passant par le jeune scientifique Stapleton (Morton Lowry), sa charmante demi-sœur (Wendy Barrie), qui vit de l’autre côté de la lande, ou encore l’épouse du médecin (Beryl Mercer), adepte des séances de spiritisme. Peu confiant dans le succès du film, le studio Fox préfère capitaliser sur le nom de l’acteur Richard Greene en le plaçant en haut de l’affiche, reléguant Basil Rathbone et Nigel Bruce au second plan. Mais le public se déplace en masse et positionne Le Chien des Baskerville en tête du box-office. Rathbone et Bruce incarneront à nouveau Holmes et Watson dans treize autre films… et leurs noms occuperont cette fois-ci la place qu’ils méritent sur chacun des posters.

 

© Gilles Penso


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LES VALEURS DE LA FAMILLE ADDAMS (1993)

Le réalisateur Barry Sonnenfeld et son excellent casting se réunissent pour une seconde aventure macabre parfaitement délirante…

ADDAMS FAMILY VALUES

 

1993 – USA

 

Réalisé par Barry Sonnenfeld

 

Avec Raul Julia, Anjelica Huston, Christopher Lloyd, Joan Cusack, Christina Ricci, Carol Kane, Jimmy Workman, Carel Struycken, Peter MacNicol

 

THEMA FREAKS I MAINS VIVANTES

On ne change pas une équipe qui gagne. Barry Sonnenfeld reprend donc du service pour les besoins de ce second opus qui pousse encore plus loin le délire, ce qu’annonce d’emblée son titre détournant une expression chère aux défenseurs des bonnes vieilles « valeurs familiales » américaines. Comme nous l’annonçait le final de La Famille Addams, la petite tribu menée par les irrésistibles Gomez et Morticia s’agrandit avec la naissance de Pubert, troisième rejeton du clan, un adorable bébé au visage blafard avec une moustache et des cheveux gominés ! Si cette arrivée ravit les parents, on ne peut pas en dire autant de Mercredi et Pugsley, tellement jaloux qu’ils fomentent des stratagèmes dignes de Vil Coyote dans les Looney Tunes pour se débarrasser de ce petit frère encombrant. Morticia fait donc appel à une baby-sitter pour lui prêter main-forte. Après un hilarant défilé de candidates refroidies par l’accueil glacial de Mercredi et Pugsley, une nouvelle venue se présente et remporte tous les suffrages. Il s’agit de la candide Debbie (Joan Cusack), dont le sex-appeal ne laisse pas indifférent l’oncle Fester. Bientôt une idylle improbable naît entre la nounou pétillante et le freak imberbe. Mais Debbie est en réalité un être vil appâté par le gain qui assassine tous ses maris pour récupérer leur fortune…

Manifestement plus libre de ses mouvements, Sonnenfeld se livre ici à un humour plus adulte, plus macabre et encore moins politiquement correct que dans le premier Famille Addams, quitte à consteller son film d’allusions sexuelles déviantes. Quelques gags référentiels ponctuent aussi le métrage, comme cette allusion au Silence des agneaux, ce jeu de cartes à collectionner consacré aux tueurs en série les plus célèbres de tous les temps, cette apparition de Peter Graves en présentateur d’émissions d’enquêtes policières, ce clin d’œil final à Carrie ou cette photo de Michael Jackson. Le « roi de la pop » avait d’ailleurs été engagé pour écrire et interpréter une chanson destinée au film, projet que des complexités contractuelles empêchèrent finalement. La chanson existe pourtant. Il s’agit de « Is it Scary », qui sera intégrée dans le court-métrage Ghost et dans l’album « History in the Mix ». Jackson et Sonnenfeld auront l’occasion de se retrouver très brièvement le temps d’un gag furtif de Men in Black II.

Les jolies colonies de vacances

Les Valeurs de la famille Addams confirme surtout la perfection de son casting. Quelles que soient les versions ultérieures, aucun des membres de la famille Addams ne trouvera meilleur interprète que Raul Julia (Gomez), Anjelica Huston (Morticia), Christina Ricci (Mercredi), Christopher Lloyd (Fester), Jimmy Workman (Pugsley), Carel Struycken (Lurch) ou Judith Malina (la grand-mère). Il faut aussi saluer la prestation savoureuse de Joan Cusack en veuve noire dégoulinante de duplicité. Comme dans le film précédent, l’intrigue tourne d’ailleurs autour des problèmes de Fester et de sa capacité à être manipulé par les femmes (sa fausse mère dans le film précédent, sa nouvelle épouse dans celui-ci). On se régale aussi de la présence du fabuleux Peter MacNicol (Ally McBeal, S.O.S fantômes 2), irrésistible en responsable de camp d’été pour ados qui, engoncé dans sa tenue ridicule de chef scout étriqué, gesticule et se heurte aux facéties morbides de Mercredi et Pugsley. Cette colonie de vacances donne une fois de plus l’occasion à Sonnenfeld de moquer la bien-pensance et le racisme feutré de la « bonne société » américaine. Le film sera endeuillé par la mort de Raul Julia, formidable Gomez qui souffrit beaucoup de sa maladie pendant le tournage et s’éteignit quelques mois après la sortie en salles des Valeurs de la famille Addams, juste avant une dernière apparition posthume dans Street Fighter.

 

© Gilles Penso


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