LA VEILLÉE (1985)

Dans ce film à sketch structuré autour de cinq récits contés dans la vieille maison d’un village espagnol, les fantômes du passé refont surface…

EL FILANDRON

 

1985 – ESPAGNE / FRANCE

 

Réalisé par José Maria Martino Sarmiento

 

Avec Dionisio Alvarez, Santiago Alvarez, Mercedes Calvete, Felix Canal, Isabel Cueto, Luis Mateo Diez

 

THEMA FANTÔMES

Chaque fois que la cloche de la chapelle d’un petit village espagnol tinte toute seule et que l’eau de la rivière devient rouge sang, la coutume veut qu’une veillée soit organisée en l’honneur de Saint Pélage, au cours de laquelle cinq histoires sont racontées. Cette tradition se déroule en souvenir des cinq jours pendant lesquels le saint retint le chef militaire Almanzor par ses contes, facilitant ainsi la lutte de ses compagnons chrétiens contre les Maures, pendant la Reconquête. Des écrivains sont donc sollicités à l’occasion et se réunissent dans une mansarde, de nuit, pour conter leurs récits. La Veillée se structure alors sous forme d’un film à sketches, au rythme de chacune des histoires narrées pendant la veillée. « Des conséquences de haïr les crabes pour un chanoine gourmand » est le titre de la première histoire, au cours de laquelle un curé, après avoir été ridiculisé par un corbeau alors qu’il était en plein sermon, capture tous ses congénères et les mange. Peu à peu il se met à adopter lui-même les allures d’un volatile. Ce premier sketch, mêlant l’humour et l’étrangeté, donne le ton et annonce aux spectateurs ce qui les attend…

Dans le second récit, « Du danger de sauver et recueillir une jeune fille en danger de mort », un homme tue un inconnu qui s’apprêtait à assassiner dans les bois une jeune fille sourde et muette. Après l’avoir secourue, il la recueille et la baptise Lancara. Mais l’ingénue adopte bientôt un comportement des plus inquiétants. La troisième histoire s’appelle « Quand un fruit aussi délicieux qu’une poire devient écœurant ». Après une récolte florissante, une famille se retrouve dans l’incapacité de vendre son stock de poires à cause de la concurrence. Chacun se voit donc obligé d’en manger à tous les repas, jusqu’à développer une aversion contre les poires… « Un déserteur républicain durant la guerre d’Espagne refuse la mort » est le titre du quatrième sketch. Pendant la guerre, un soldat quitte le champ de bataille pour s’en aller retrouver son épouse. Mais son geste ne sera pas sans conséquence. Enfin, « L’appel d’un village englouti par les eaux d’un barrage » s’intéresse à un homme qui décide de retourner dans la bourgade qui l’a vue naître. Or celle-ci a été submergée par les flots…

Le berceau des légendes

Comme pour ne pas troubler la tranquillité des petits villages ibériques campagnards dans lesquels se déroulent ses cinq sketches, le film écrit et réalisé par José Maria Martino Sarmiento adopte un rythme lent et paisible, auquel on adhère assez facilement. Le fantastique est omniprésent à travers les histoires de cette veillée, mais il n’apparaît jamais ouvertement. Ainsi, le curé se muant presque en corbeau, la jeune fille diabolique, le soldat fantôme ou le village endormi sous les eaux sont-ils amenés en douceur, presque avec naturel, dans un contexte qui, malgré son réalisme – voire son naturalisme – est prêt à accueillir facilement la légende. L’une des idées brillantes du film réside dans le fait que chaque sketch fait allusion au précédent par le biais d’un détail. Ainsi Lancara apparaît-elle au début de la récolte des poires – seul sketch non fantastique, dans lequel on fait également allusion au curé mangeur de corbeaux -, le sac de poires abandonnées joue-t-il un rôle dans le village des femmes pendant la guerre, et le couple de vieux endormis de ce sketch réapparaît-il dans le dernier, le plus poétique et le plus court des cinq. Comédie presque burlesque, angoisse, parfum de nostalgie légèrement érotique, mélancolie et onirisme se partagent donc la vedette de cette bien curieuse Veillée.

 

© Gilles Penso


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LE MANOIR DES FANTASMES (1974)

Christopher Lee, Joan Collins et Jane Birkin partagent l’affiche de cette histoire trouble de maison hantée et de possession…

DARK PLACES

 

1974 – GB

 

Réalisé par Don Sharp

 

Avec Robert Hardy, Christopher Lee, Joan Collins, Herbert Lom, Jane Birkin, Jean Marsh, Carleton Hobbs, Roy Evans

 

THEMA FANTÔMES

Réalisateur de plusieurs épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir mais aussi de quelques films d’épouvante marquants des années 60 (Le Baiser du vampire, La Malédiction de la mouche, Le Masque de Fu Manchu, Raspoutine le moine fou), Don Sharp accepte de tourner Le Manoir des fantasmes pour honorer un contrat qui le lie à l’époque la compagnie Scotia, elle-même redevable au producteur James Hannah. « C’était une production très étrange », se souvient Sharp. « Le producteur lui-même était un homme excentrique dont personne ne comprenait pourquoi il faisait ce film. Selon certaines rumeurs, la raison principale était d’ordre fiscal » (1). Pour les besoins du tournage, l’équipe s’installe dans un ancien institut psychiatrique abandonné près d’Uxbridge. Le scénario, co-écrit par Ed Brennan et Joseph Van Winkle s’intéresse à Edward Foster (Robert Hardy), un homme qui vient de se voir léguer par un ami décédé dans un asile d’aliénés le manoir « Marr’s Grove ». Avant de rendre son dernier souffle, le moribond lui a révélé que plus de deux millions de livres sterling étaient cachées quelque part dans la vieille demeure. Mais Edward n’est pas le seul à chercher le magot. L’étrange docteur Ian Mandeville (Christopher Lee), sa sœur Sarah (Joan Collins) et le notaire Prescott (Herbert Lom) sont aussi sur le coup…

Ce qui pourrait n’être qu’une histoire de viles cupidités prend une nouvelle tournure lorsque nous apprenons que le manoir a été jadis témoin d’un crime atroce à l’origine de la folie de son ancien propriétaire. « Des choses arrivent, des gens se blessent », prévient un autochtone en voyant arriver Edward. Effectivement, en arrivant sur les lieux, ce dernier passe à travers les planches du pont devant la bâtisse et se meurtrit la jambe. C’est là qu’entre en scène le docteur Ian Mandeville, médecin du coin, qui semble apporter quelques crédits aux superstitions locales, déconseillant à Foster de s’installer dans le manoir. Les lieux montrent en effet très tôt des signes d’étrangeté : une silhouette féminine qui apparaît à la fenêtre, les portes qui se ferment toutes seules, la présence d’un tableau qui provoque un malaise, un blason qui semble avoir été tout récemment dessiné dans la poussière, des poupées qui se brisent sur le sol, des voix inexpliquées, des bruits de pas… Et si le manoir était hanté par des enfants assassinés, comme le prétend Mandeville ?

Un faux slasher

Alors que Foster se laisse progressivement posséder par l’esprit du colonel Andrew Marr, son prédécesseur, d’habiles montages parallèles entre le présent et le passé permettent de découvrir Alta, la jeune épouse de l’ancien maître des lieux, incarnée par une toute jeune Jane Birkin. Malgré quelques trouvailles de mise en scène, Le Manoir des fantasmes souffre d’un rythme lent qui édulcore une grande partie de son impact. En outre, pour gagner en efficacité, le film eut sans doute mérité une direction artistique plus soignée et une lumière plus stylisée, dans l’esprit des travaux du réalisateur Terence Fisher pour les productions Hammer de la décennie précédente. Soigné mais pas foncièrement mémorable (d’autant qu’il n’évite pas les lieux communs des récits de maisons hantées), Le Manoir des fantasmes est donc une œuvre mineure dans la filmographie de Don Sharp. En France, le film connut une sortie tardive dans l’année 1979 (soit cinq ans après sa réalisation), à l’heure où le fantastique gothique anglais venait de perdre sa suprématie au profit du slasher américain. D’où un poster cherchant à capitaliser sur le succès récent de La Nuit des masques, avec une silhouette menaçante armée d’une pioche et Jane Birkin en victime offerte à l’avant-plan.

 

(1) Extrait d’une interview publiée en novembre 1993 dans le cadre du « British Entertainment History Project ».

 

© Gilles Penso


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SÉMINAIRE (2023)

Un petit groupe d’employés municipaux se retrouve pour une session de « team building » qui bascule dans l’horreur…

KONFERENSEN

 

2023 – SUÈDE

 

Réalisé par Patrik Eklund

 

Avec Katia Winter, Eva Melander, Adam Lundgren, Lola Zackow, Cecilia Nilsson, Cristoffer Nordenrot, Maria Sid, Amed Bozan, Jimmy Lindstöm, Margatera Pettersson

 

THEMA TUEURS

Adapté du roman éponyme de Mats Strandberg, Séminaire est une production calibrée pour enrichir le catalogue horrifique de Netflix. Depuis longtemps, l’incontournable plateforme de streaming investit dans les films de genre de toutes nationalités, avec plus ou moins de succès. Si l’ADN du géant américain reste la diffusion et la production de séries, avec de très beaux succès critiques et publics comme Stranger Things ou Squid Game, ses films « maison » peinent encore à convaincre et constituent une sorte de plafond de verre que la marque au N rouge n’arrive pas à briser, malgré la présence de grands noms comme David Fincher, Martin Scorsese ou encore Zack Snyder dans leur écurie. Pourtant, en 2017, Okja, fable écologiste et fantastique produite par la firme californienne, avait su créer la surprise et susciter l’adhésion des critiques et des abonnés. Depuis, l’exploit ne semble plus vouloir se renouveler. Cependant, il arrive parfois qu’un de ces films fasse parler de lui sur les réseaux, comme Massacre à la tronçonneuse (2022), avec sa séquence gore dans un bus, ou Séminaire, justement, pour son ton sarcastique sur le monde du travail.

Le métrage de Patrik Eklund possède quelques atouts pour plaire. Il peut déjà compter sur un casting expérimenté avec Katia Winter, vue notamment dans les séries américaines extrêmement populaires Dexter et NCIS, Adam Lundgren (Chernobyl) ou encore Eva Melander (Real Humans : 100% humains), et s’appuyer sur son point de départ plutôt original pour un slasher : pas de groupe d’ados attardés mais des employés de mairie, guère plus intelligents au demeurant. En rase campagne, cette équipe municipale quelque peu dysfonctionnelle se retrouve dans un complexe hôtelier pour un séjour de team building et la célébration d’un projet de construction d’un centre commercial. Mais alors que les activités s’enchaînent, une des employées met au jour les malversations d’un de ses collègues, tandis qu’un tueur masqué commence à semer la mort autour d’eux… 

The Office contre Michael Myers

Les premières minutes annoncent déjà la couleur : aucun de ces personnages naviguant entre incompétence, stupidité et ambition veule n’est à sauver, hormis peut-être l’héroïne. Le propos est résolument cynique, propulsant le film dans la farce macabre. Les futures victimes du tueur masqué sont toutes détestables et caricaturales, comme en atteste la drôlissime introduction, avec ce malaise propre à un certain humour anglais. Et ce décalage frisant l’absurde par moments va hanter le récit, même dans les scènes les plus dramatiques. Les protagonistes, parqués dans des chalets rappelant Crystal Lake, vont devoir affronter cette menace qui, avouons-le, ne brille pas non plus par son efficacité. On est loin d’un Jason Voorhees ou de The Shape et le scénario, de manière assez maligne, le justifie très bien. La toile de fond mêlant corruption, malversations et mépris de la population rurale nous ferait presque prendre parti pour ce tueur qui, le temps d’une courte séquence, s’humanise plus que ceux qu’il poursuit sans relâche. Et si tous ces éléments spécifiques sont à mettre à son crédit, Séminaire reste somme toute assez classique dans son exécution et plutôt sage dans les séquences horrifiques. N’offrant pas de scènes particulièrement mémorables ou réellement effrayantes, la réalisation est néanmoins efficace et sait ménager quelques belles fulgurances dans son dernier tiers, grâce à une photographie et un montage pertinents. Avec une fin cruellement satisfaisante, ce petit film d’horreur au ton parfois inégal et au démarrage relativement lent propose un excellent moment, sinon de frisson, au moins de sourire un peu cynique devant ce massacre d’employés idiots et antipathiques.

 

© Christophe Descouzères 


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KICK-ASS (2010)

Un lycéen amateur de comic books décide de devenir un super-héros… mais il ne possède aucun super-pouvoir !

KICK-ASS

 

2010 – USA

 

Réalisé par Matthew Vaughn

 

Avec Aaron Johnson, Christopher Mintz-Plasse, Mark Strong, Chloë Grace Moretz, Nicolas Cage, Lyndsy Fonseca, Clark Duke, Evan Peters, Sophie Wu

 

THEMA SUPER-HÉROS

C’est pendant la première de Stardust, son deuxième long-métrage, que Matthew Vaughn rencontre l’auteur de bandes dessinées Mark Millar. Celui-ci lui parle du concept de « Kick-Ass » qu’il est alors en train de développer, l’histoire d’un lycéen désireux de se transformer en super-héros malgré son absence de super-pouvoirs. « Nous avons écrit le film et la bande dessinée en même temps », raconte Vaugh. « C’était donc un processus très collaboratif et organique. Il m’a proposé l’idée. J’ai dit : « C’est super ! » Il a ensuite écrit un synopsis. J’ai dit : « C’est génial, allons-y maintenant ! Tu écris le comics et j’écris le scénario » » (1). Alors que la BD prend forme sous les traits de crayon du talentueux John Romita Jr, Vaughn se met en quête d’un producteur et d’un distributeur. Sony, avec qui il avait collaboré pour son premier film Layer Cake, apprécie le scénario mais bloque sur deux aspects : le film est trop violent et le personnage de Hit-Girl, une tueuse en culottes courtes, est beaucoup trop jeune. Mais le réalisateur refuse de céder. Tous les autres studios auxquels il s’adresse ont la même réaction. Vaughn décide alors de financer son film lui-même et de le produire de manière indépendante, ce qui lui permettra de jouir d’une liberté totale sur la tonalité de Kick-Ass. C’est finalement Lions Gate qui distribuera le film en salles.

Dave Lizewski (Aaron Johnson) est un adolescent ordinaire qui vit à Staten Island, New York. Il est timide, discret, maladroit, invisible pour les filles, maltraité par les brutes, ami avec une paire de geeks, bref n’a rien de particulièrement remarquable. Grand amateur de bandes dessinées, Dave envisage de casser cette routine en devenant un véritable super-héros. Il achète et modifie donc une tenue de plongée et s’arme de bâtons. Sa première sortie est un échec cuisant. En voulant jouer les justiciers, il est poignardé et renversé par une voiture. Mais il se rétablit et acquiert même une capacité à supporter la douleur (ses terminaisons nerveuses y ont laissé des plumes) et à tenir le choc (certains de ses os ont été remplacés par du métal). Remis sur pied, il décide de lutter à nouveau contre le crime et s’affuble du nom de « Kick-Ass » (que nous traduirons par « le botteur de fesses » pour garder un langage châtié). Son chemin va croiser celui de deux autres super-héros bien plus expérimentés que lui, Big Daddy (Nicolas Cage) et sa fille Hit-Girl (Chloë Grace Moretz), mais aussi d’un redoutable mafieux qui règne sur la pègre de la ville, Frank D’Amico (Mark Strong)…

Liberté, folie et violence

En totale roue libre, Matthew Vaughn se lâche avec une exubérance qui fait chaud au cœur, car on le sent heureux de pouvoir exhiber son univers, ses goûts, son style et sa vision sans la moindre contrainte. La violence éclate certes avec fracas (le sang gicle, le « body count » est hallucinant), mais c’est moins par volonté de choquer que par souci d’honnêteté (la brutalité et la mort étant inhérentes au scénario, pourquoi les cacher ?). Le cinéma de Vaughn est fait de coups d’éclat, de fulgurances, de virtuosité et d’humour alternant souvent avec la gravité. Sur ce dernier point, seul James Gunn parvient aussi bien à équilibrer de telles ruptures de ton (il réalisera d’ailleurs lui aussi son propre film de « faux super-héros », Super, sorti quasiment en même temps sur les écrans). La réussite de Kick-Ass repose aussi sur un casting extrêmement judicieux. Aaron Johnson personnifie à merveille ce lycéen maladroit gagné par une irrationnelle pulsion de super-héroïsme, Mark Strong (acteur fétiche de Vaughn) est parfait en roi de la pègre sans foi ni loi, Nicolas Cage nous surprend dans un registre plus subtil qu’il n’y paraît… Mais la véritable révélation du film est Chloë Grace Moretz, interprète de cette Hit-Girl qui fit tant grincer des dents les producteurs. Il faut dire que cette gamine de treize ans qui massacre à tour de bras et lâche de nombreux jurons n’est pas du tout politiquement correcte. Tant mieux : les grains de folie cinématographiques ne sont jamais aussi savoureux que lorsqu’ils se libèrent de la bien-pensance imposée par les grands studios.

 

(1) Extrait d’une interview parue dans « Comic Book Resources » en mars 2010.

 

© Gilles Penso


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MÉMOIRE EFFACÉE (2004)

Julianne Moore incarne une mère bouleversée par la disparition de son fils… dont elle semble être la seule à se souvenir !

THE FORGOTTEN

 

2004 – USA

 

Réalisé par Joseph Ruben

 

Avec Julianne Moore, Dominic West, Gary Sinise, Anthony Edwards, Alfre Woodard, Christopher Kovaleski, Jessica Hecht

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Mémoire effacée est un scénario signé Gerald Di Pego, auteur de deux téléfilms consacrés au géant vert de chez Marvel (Le Procès de l’incroyable Hulk, La Mort de l’incroyable Hulk) ainsi que d’une poignée de longs-métrages aux concepts originaux portés par des superstars, comme Phénomène avec John Travolta ou Instinct avec Anthony Hopkins. Ce script est acheté par Revolution Studios en 2001 avec la ferme volonté d’en donner le premier rôle à Nicole Kidman. Mais l’actrice de Eyes Wide Shut et Les Autres décline la proposition. Le projet traîne donc jusqu’à ce que Julianne Moore ne soit annoncée comme la tête d’affiche officielle du film. Moins prestigieuse que Kidman, Moore est cependant un excellent « plan B » et permet à Mémoire effacée de redémarrer. Alors que le scénario est officieusement révisé par Zak Penn (Last Action Hero, X-Men 2), la réalisation en est confiée à Joseph Ruben. Signataire de films aussi variés que Dreamscape, Le Beau-père, Les Nuits avec mon ennemi, Le Bon fils ou Money Train, Ruben est un metteur en scène solide mais sans univers particulier, sans style marqué, sans « vision » à proprement parler. Il n’était donc pas simple d’anticiper sur ce que donnerait le résultat final.

Julianne Moore incarne Telly Paretta, éditrice de livres à New York, hantée par la mort de son fils de huit ans, Sam, tué dans un accident d’avion quatorze mois plus tôt. Mais soudain, elle découvre que Sam a disparu de toutes les photos qu’elle a de lui et que les cassettes vidéo et les albums de photos de sa famille sont désormais vierges de sa présence. Bouleversée, elle accuse son mari Jim (Anthony Edwards), mais celui-ci insiste sur le fait qu’ils n’ont jamais eu de fils. Son psychiatre le docteur Munce (Gary Sinise) lui apprend à son tour que son fils n’a jamais existé et qu’elle est probablement sujette à des hallucinations. Elle s’est, selon lui, forgé des souvenirs de toutes pièces suite au traumatisme d’une fausse couche. Telly commence sérieusement à douter de sa santé mentale jusqu’à ce qu’elle rencontre Ash Correll (Dominic West), le père d’une autre victime du crash. Ensemble, ils vont essayer de prouver que leurs enfants ont bien existé pour mettre fin au cauchemar…

Folie ou amnésie ?

Mémoire effacée commence comme un thriller psychologique dont le postulat évoque irrésistiblement Bunny Lake a disparu. Mais le film change ensuite plusieurs fois de cap, s’orientant vers une histoire d’amnésie post-Memento avant de se muer en récit de complot gouvernemental façon Ennemi d’Etat puis de basculer gentiment vers la science-fiction paranoïaque héritée de X-Files. Le mélange des genres était une bonne idée en soi, relançant l’intrigue là où on ne l’attendait pas et ménageant de nombreuses surprises aux spectateurs. Mais la mayonnaise ne prend pas, à cause d’un scénario qui perd peu à peu toute crédibilité en accumulant les invraisemblances, et ce malgré un casting impeccable dominé par le jeu toujours très convaincant de Julianne Moore. Le caractère purement fantastique du film ne semble pas totalement assumé, comme s’il était presque « honteux ». On évoque donc l’origine des phénomènes inexpliqués du bout des lèvres, jusqu’à ce que des effets spéciaux au contraire très démonstratifs n’entrent en jeu pour annihiler les dernières brides de crédibilité du récit et le faire définitivement basculer dans le grotesque. Le compositeur James Horner lui-même, d’habitude très inspiré, se contente ici d’une bande originale discrète et presque transparente, se hasardant par moment dans des envolées synthétiques du plus mauvais effet. Finalement, le titre du film était prophétique, puisqu’il semble aujourd’hui avoir complètement été effacé des mémoires.

 

© Gilles Penso


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VOLCANO (1997)

Tommy Lee Jones et Anne Heche affrontent un gigantesque volcan qui vient d’entrer en éruption au milieu de Los Angeles !

VOLCANO

 

1997 – USA

 

Réalisé par Mick Jackson

 

Avec Tommy Lee Jones, Anne Heche, Gaby Hoffmann, Don Cheadle, Keith David, Jacqueline Kim, John Corbett, Michael Rispoli, John Carroll Lynch, Laurie Lathem

 

THEMA CATASTROPHES

Dans la course aux films de volcans, Volcano est arrivé juste après Le Pic de Dante, les sorties de ces deux longs-métrages concurrents ayant été séparées d’à peine deux mois. L’idée de celui-ci s’inspire d’une monstrueuse éruption volcanique survenue au Mexique en 1943. Mais ce fait réel n’est qu’un prétexte pour que les scénaristes Jerome Armstrong et Billy Ray se laissent aller à tous les excès dans l’espoir que les spectateurs puissent en prendre plein la vue. Tout commence par un tremblement de terre qui frappe le centre de Los Angeles. Aussitôt, Mike Roark (Tommy Lee Jones), le directeur du bureau de gestion des urgences de la ville, insiste pour venir aider à résoudre la crise, bien qu’il soit en vacances avec sa fille Kelly (Gaby Hoffmann). Le séisme semble ne pas avoir causé de dégâts majeurs, mais sept travailleurs des services publics sont retrouvés brûlés à mort dans un collecteur d’eaux pluviales au parc MacArthur. Dépêchée sur place, la sismologue Amy Barnes (Anne Heche) pense qu’un volcan est en train de se former sous la ville, à cause d’une fissure provoquée par le tremblement de terre. Bien sûr, la suite des événements va lui donner raison. Et c’est parti pour 100 minutes de destructions en cascade orchestrées par Mick Jackson, surtout connu pour avoir été le réalisateur du thriller pour midinettes Bodyguard avec Whitney Houston et Kevin Costner.

La musique d’Alan Silvestri, presque guillerette en début de métrage, devient pesante et hurlante lorsque la lave surgit du sol, comme pour traduire la monstruosité du phénomène et lui donner les allures d’un titan destructeur animé d’une vie propre. Cette symphonie soudain fantastique pourrait tout aussi bien accompagner les pas de King Kong ou de Godzilla. La bande son ne rechigne d’ailleurs pas à solliciter des rugissements de fauves pour accompagner la progression du feu. La séquence dantesque au cours de laquelle la lave se déploie inexorablement sur le bitume, engloutissant les voitures qui se trouvent sur son passage, tandis que les flammes montent vers les cieux et que des météores incandescents surgissent du sol pour frapper les bâtiments, est assurément l’un des moments forts du film. Pour que le spectacle soit total, tous les moyens sont bons : des maquettes miniatures, des coulées de lave en méthylcellulose, des pluies de cendres en papier journal, un recours massif aux effets spéciaux pyrotechniques, l’édification de nombreux décors grandeur nature en studio et le déploiement généreux d’effets numériques et d’images de synthèse.

Feu à volonté !

Tommy Lee Jones excelle dans le rôle de l’homme opiniâtre qui ne se démonte jamais et s’adapte à toutes les situations, une caractérisation qui lui colle à la peau depuis Le Fugitif. Il prend donc les choses en main, donne les ordres, mène les hommes d’une poigne de fer en aboyant des instructions que personne n’oserait contester. En filigrane, le film tente d’aborder les dilemmes d’un homme partagé entre sa responsabilité de père et la sécurisation d’une ville entière. Il est aussi question d’un passage forcé à l’âge adulte, la fille de notre héros étant contrainte de sortir plus tôt que prévu de son enfance pour s’occuper de plus petits et de plus faibles qu’elle. Mais les choses restent superficielles, parce que seul le spectacle prime dans un film comme Volcano, ce que Mick Garris et ses scénaristes assument pleinement. D’où quelques séquences de suspense inventives à défaut d’être crédibles comme celle des héros suspendus à l’échelle de pompier au-desus d’une mare de magma incandescent qui ne demande qu’à les engloutir, ou encore la course désespérée pour ne pas se faire écrabouiller par un gratte-ciel de vingt étages qui s’effondre. Nous aurions presque tendance à préférer ce rollercoaster faisant fi de toute logique à l’approche pseudo-naturaliste du Pic de Dante, même si ses péripéties insensées et son final aberrant nous laissent perplexes et parfaitement incrédules.

 

© Gilles Penso

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L’AMOUR EN L’AN 2000 (1930)

Cette comédie musicale bourrée d’effets spéciaux spectaculaires tente de nous donner un aperçu de ce que sera notre monde dans le futur…

JUST IMAGINE

 

1930 – USA

 

Réalisé par David Butler

 

Avec John Garrick, Maureen O’Sullivan, El Brendel, Marjorie White, Frank Albertson, Hobart Bosworth, Kenneth Thomson, Mischa Auer, Ivan Linow, Joyzelle Joyner

 

THEMA FUTUR

L’Amour en l’an 2000 est une épopée de science-fiction extrêmement ambitieuse doublée d’un mélodrame, d’une romance, d’un vaudeville et d’une comédie musicale. Autant dire que le long-métrage de David Butler (un cinéaste à l’œuvre depuis la fin des années 20) n’entre pas facilement dans les cases et fait figure d’exception tant il s’amuse à mélanger les genres. Tout commence par des images du New York de 1880. Les chevaux battent le pavé en trainant leurs carioles, les passants déambulent paisiblement, les vélos glissent sur la chaussée… Puis nous faisons un bond en avant de cinq décennies. En 1930, le même quartier a bien changé. Un trafic ininterrompu de voitures et d’autobus sature les rues, les klaxons retentissent, les passants slaloment dangereusement entre les véhicules lancés à vive allure… Sur sa lancée, le film propose de faire un nouveau bond dans le temps de cinquante ans. Nous voilà donc dans le lointain futur… de l’année 1980. Les gens n’ont plus de noms mais des numéros, le gouvernement décide qui doit épouser qui, des pilules ont remplacé les aliments et les bébés s’achètent dans des distributeurs. Désormais, on ne se déplace plus en voiture mais en aéroplane. D’où de très impressionnants panoramas où des avions traversent les cieux par centaines au milieu de buildings gigantesques tandis que les métros se faufilent comme des serpents géants sur des ponts aériens.

Ces visions fantastiques, qui évoquent beaucoup Metropolis et dont la direction artistique est assurée par Stephen Goosson (Horizons perdus), sont obtenues à l’aide de maquettes et de peintures sur verre conçues par une poignée de génies d’effets spéciaux comme Ralph Hammeras (20 000 lieues sous les mers), Willis O’Brien et Marcel Delgado (King Kong). Plusieurs technologies futuristes exhibées dans le film s’avèrent étonnamment prophétiques, du sèche-mains électrique au visiophone en passant par les vidéo-conférences. D’autres sont parfaitement fantaisistes, comme la machinerie utilisée par un médecin pour ramener à la vie un homme mort en 1930 grâce à des rayons de son invention. On note que l’équipement électrique mis en scène dans cette séquence est l’œuvre de Kenneth Strickfaden, qui le réutilisera un an plus tard dans le Frankenstein de James Whale. L’Amour en l’an 2000 (un titre français un peu à côté de la plaque) nous subjugue donc régulièrement par ses trucages étonnants, ses mille trouvailles visuelles et ses superbes designs art-déco réinventant sous un jour futuriste les tendances esthétiques des années 30.

Détour vers le futur

Tout cet arsenal ne parvient pas totalement à masquer le simplisme du scénario, qui s’attache principalement aux amours contrariés de J-21 (John Garrick) et LN-18 (Maureen O’Sullivan, la future Jane de Tarzan). Les passages du film qui ont le plus mal vieilli sont certainement les séquences humoristiques assurées par El Brendel, rapidement pénible dans son long sketch de faire-valoir idiot au fort accent suédois (qui exprime sa nostalgie des années 30 à travers la réplique récurrente « redonnez-moi le bon vieux temps ! »). Œuvre composite, le long-métrage de David Butler est aussi une comédie musicale, interrompant donc régulièrement le fil de sa narration pour intercaler des chansons d’opérette susurrées par les protagonistes. Le film vire même au space opera au moment où nos héros s’envolent vers la planète Mars pour y découvrir de belles indigènes en tenues exotiques et une tribu primitive agressive, avec en prime un spectaculaire numéro musical tribal se déployant au pied d’une gigantesque statue au regard menaçant. Nous voilà soudain à mi-chemin entre Georges Méliès et Buck Rogers. Le vaisseau spatial créé pour le film (en version miniature et grandeur nature) sera d’ailleurs réutilisé dans le sérial Flash Gordon de 1936. Alors certes, L’amour en l’an 2000 est un film imparfait et souvent dénué de finesse. Mais quel spectacle ! Quelle démesure ! Quelle générosité ! Redécouvrir cette œuvre bien des années plus tard permet de mesurer la folle audace de cette superproduction délirante dont on ne connaît pas d’équivalent.

 

© Gilles Penso


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SCARY MOVIE 3 (2003)

David Zucker reprend en main la saga pour un troisième épisode mixant maladroitement des parodies de The Ring, Signes, 8 Miles et Matrix

SCARY MOVIE

 

2003 – USA

 

Réalisé par David Zucker

 

Avec Anna Faris, Anthony Anderson, Leslie Nielsen, Camryn Manheim, Simon Rex, Regina Hall, Charlie Sheen, Queen Latifah

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I FANTÔMES I SAGA SCARY MOVIE

Les deux premiers Scary Movie ayant remporté un franc succès, il fallait battre le fer tant qu’il était chaud. Dimension Films annonce donc rapidement la mise en route d’un troisième épisode, mais sans les frères Wayans cette fois-ci. Les scénaristes Jason Friedberg et Aaron Seltzer voient là l’opportunité de reprendre la franchise en main, non seulement en tant qu’auteurs mais aussi que réalisateurs. Ce nouvel épisode devrait ainsi marquer leurs premiers pas dans la mise en scène. Leur script s’appelle Scary Movie 3 : Episode 1 – Lord of the Brooms (« Le Seigneur des balais ») et, comme son titre l’indique assez explicitement, s’attache à parodier les sagas Star Wars, Le Seigneur des anneaux et Harry Potter. Mais le producteur Harvey Weinstein n’est pas très amateur de cette idée, préférant continuer à pasticher les films d’horreur en conservant une formule qui a fait ses preuves. Exit donc Friedberg et Seltzer, place au réalisateur David Zucker. Non content d’avoir été l’un des membres du trio détonnant ZAZ (Y a-t-il un pilote dans l’avion ?, Police Squad, Top Secret !), Zucker a réalisé en solo Y a-t-il un filc pour sauver la reine ? et Y a-t-il un flic pour sauver le président ? Parfaitement dans son élément, il embarque avec lui les scénaristes Pat Proft et Craig Mazin.

Le prologue de Scary Movie est une parodie directe de The Ring – Le Cercle, puisque la jeune journaliste Cindy (Anna Faris, toujours fidèle au poste), a visionné une cassette vidéo au pouvoir démoniaque. Si elle ne veut pas finir comme sa copine Brenda (Regina Hall), il lui faut absolument découvrir le secret de cette effroyable prophétie qui ne lui laisse que sept jours à vivre. Mais l’énigme est loin d’être simple et Cindy doit faire face à d’autres mystérieux phénomènes. Le film prend alors pour cible Signes, avec Charlie Sheen dans le rôle d’un émule de Mel Gibson dont le champ se retrouve couvert d’un message géant laissé par des extra-terrestres. La suite est une interminable et affligeante parodie de 8 Miles à travers un concours de rap qui vient s’intégrer n’importe comment dans l’intrigue. Nous aurons également droit à des allusions à Matrix Reloaded, via la visite de l’Oracle et la reprise de la séquence de l’architecte. Les clins d’œil aux succès cinématographiques du moment se juxtaposent donc les uns après les autres avec une maladresse qui finit par devenir très embarrassante.

Tout tombe à plat

Il y avait certes un vrai potentiel comique dans ce film, notamment avec le détournement des fameuses images de la cassette VHS, mais tout ou presque tombe à plat. Au lieu des sourires escomptés, le film n’arrache que des soupirs, et Scary Movie 3 se révèle plus mauvais encore que ses prédécesseurs. David Zucker avait pourtant sollicité deux visages connus : non seulement Charlie Sheen, transfuge de l’irrésistible diptyque Hot Shots, mais aussi Leslie Nielsen, parfait en président des États-Unis complètement dépassé par les événements. Ce dernier nous offre au passage une petite allusion à Y a-t-il un pilote dans l’avion ? le temps d’entrouvrir une porte pour dire aux héros : « encore bonne chance, nous sommes avec vous ». Il y a bien quelques gags qui surnagent dans le film (les portraits des anciens présidents sur les murs de la Maison Blanche dont celui d’Harrison Ford, la bataille du prompteur avec les présentateurs du journal télévisé, le petit garçon éjecté de la voiture), mais c’est très insuffisant pour satisfaire un public un minimum exigeant. Scary Movie 3 sera pourtant un succès, rapportant presque cinq fois son budget initial. Zucker signera donc pour réaliser un quatrième opus.

 

© Gilles Penso


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L’ÎLE MYSTÉRIEUSE (1929)

Une adaptation extrêmement libre du roman de Jules Verne, généreuse en scènes de batailles et en créatures sous-marines fantastiques…

THE MYSTERIOUS ISLAND

 

1929 – USA

 

Réalisé par Lucien Hubbard

 

Avec Lionel Barrymore, Jacqueline Gadsdon, Lloyd Hughes, Montagu Love, Harry Gribbon, Snitz Edwards, Gibson Gowland, Dolores Brinkman, Karl Dane

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I MONSTRES MARINS

Malgré son titre, cette Île mystérieuse n’a pas grand-chose à voir avec le roman de Jules Verne dont elle est censée s’inspirer, si ce n’est la présence du capitaine Nemo, ici rebaptisé Dakkar (le véritable nom du personnage, conformément à ce que nous apprenions de la plume même de Verne). Pour le reste, il s’agit d’une aventure exotico-fantastique délirante réalisée dans des conditions aussi épiques que le film lui-même. Budgété à 1 130 000 dollars, L’Île mystérieuse entre en production en 1926 et collectionne d’emblée les problèmes logistiques et techniques, au point que trois réalisateurs se succèdent à tour de rôle derrière la caméra : Maurice Tourneur (La Main du diable), Benjamin Christensen (La Sorcellerie à travers les âges) et le beaucoup moins connu Lucien Hubbard qui sera le seul crédité au générique. Le tournage s’étire tant qu’entre-temps le cinéma devient parlant. Embarrassée avec cette superproduction muette qui risque d’être soudain datée, la MGM fait donc ajouter des séquences parlantes, accentuant la singularité du film qui, majoritairement muet et ponctué d’intertitres, nous laisse parfois entendre le dialogue des personnages.

L’île mystérieuse du titre n’entretient donc aucun lien avec celle où s’échouent les Confédérés du roman de Verne. Il s’agit ici d’une terre volcanique entourée de flots sur laquelle s’est établi le comte Dakkar (Lionel Barrymore), un scientifique passionné par les fonds marins qui règne avec bienveillance sur tous les habitants de l’île œuvrant pour lui. Persuadé qu’une espèce voisine de la race humaine a évolué parallèlement à nous dans les océans, il a fait fabriquer deux sous-marins avant-gardistes avec l’aide de sa fille Sonia (Jacqueline Gadsdon) et de l’ingénieur en chef Nikolaï (Lloyd Hughes). Mais alors qu’ils s’apprêtent à explorer les fonds marins, le vil baron Falon (Montagu Love), ancien ami de Dakkar, débarque avec ses troupes et sème la terreur, bien décidé à s’emparer des inventions de Dakkar pour conquérir le monde. La bataille va se poursuivre plusieurs milliers de lieues sous les mers, là où vivent de bien étranges créatures…

Le peuple des abysses

Honnêtement, L’île mystérieuse aurait parfaitement pu se passer de ses scènes de dialogues, ajoutées artificiellement dans l’intrigue et accusant un certain statisme. D’autant que dans celles-ci, Lionel Barrymore se livre à une prestation très étrange. Bardé de tics nerveux, le cheveu en bataille, le regard vitreux et la veste trop grande, il ressemble plus à un ancêtre de l’inspecteur Columbo qu’à un éminent scientifique doublé d’un comte de haut rang. Si les grandes scènes de cavalcade et de combats se révèlent spectaculaire, la partie la plus divertissante du film se déroule sous l’eau. Là, les sous-marins sont de jolies maquettes évoluant dans des décors miniatures, les héros s’engoncent dans des scaphandres énormes annonçant le look de Robby le robot, le peuple des abysses qui les attaque a les allures d’hommes trapus de petite taille aux yeux brillants et aux pieds palmés, et quelques monstres démesurés se mêlent à cette joyeuse farandole : une pieuvre géante héritée de toute évidence de « 20 000 lieues sous les mers » et une sorte de dinosaure sous-marin. Il s’agit en réalité un petit crocodile affublé de prothèses qui hérissent son dos et son crâne de protubérances pseudo-préhistoriques. De la stop-motion façon Willis O’Brien aurait été bien plus efficace que ce saurien qui avance à pas de fourmi, mais sa présence reste visuellement frappante. Riche en effets visuels ambitieux, le dernier acte de L’Île mystérieuse est donc un spectacle étonnant qui paie son tribut aux tours de magie de Georges Méliès et mérite à lui seul le visionnage de ce film extravagant coincé entre deux époques.

 

© Gilles Penso


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PRIEST (2011)

Dans un futur dystopique, une guerre séculaire entre vampires et humains a poussé ces derniers à se réfugier dans des cités fortifiées…

PRIEST

 

2011 – USA

 

Réalisé par Scott Charles Stewart

 

Avec Paul Bettany, Karl Urban, Cam Gigandet, Maggie Q, Luly Collins, Brad DOurif, Stephen Moyer, Christopher Plummer, Alan Dale, Mädchen Amick, Jacob Hopkins

 

THEMA VAMPIRES I FUTUR

Adapté d’un manhwa (manga coréen), Priest est co-scénarisé par l’auteur lui-même, Min-Woo Hyung, ainsi que par Cory Goodman, lequel œuvrera plus tard sur la franchise vampirique bien connue Underworld, avec l’opus Blood Wars (2016). Côté réalisation, on trouve un ancien spécialiste des effets visuels (Mars Attacks, Superman Returns, Sin City…), Scott Charles Stewart, passé derrière la caméra avec Légion, l’armée des anges (2009), comptant déjà Paul Bettany au générique. Avec son univers aux airs de western post-apocalyptique mâtiné de fantastique et de réflexion sur la religion, Priest baigne dans une noirceur qui le rapproche de la saga emmenée par Kate Beckinsale, mais aussi du tout premier métrage de Scott Stewart dans sa thématique théologique. Priest se voulait être le premier d’une nouvelle franchise, mais son échec au box-office, avec soixante-cinq millions de dollars de recettes pour un budget quasi-équivalent, en décidera autrement. Le film nous plonge dans un futur quasi-orwellien, après un conflit dévastateur tant pour l’humanité que pour son environnement, cloisonnant les survivants dans des cités-forteresses dirigées par l’Église, entité religieuse tutélaire et autoritaire. Sans plus aucun but après avoir mené la guerre contre les vampires, les prêtres-guerriers dont l’ordre a été dissous peinent à trouver une place dans une société qui les rejette et les tient à l’écart. Mais une brutale attaque de vampires et l’enlèvement d’une jeune femme va pousser l’un d’entre eux à affronter ses supérieurs et partir à la recherche de la captive… 

Si l’esthétique est léchée, avec une photographie soignée, aux couleurs désaturées qui soulignent le désespoir de l’humanité poussée dans ses derniers retranchements, l’amateur de récit vampirique risque de rester quelque peu dubitatif face à cette nouvelle mouture du mythe des suceurs de sang. Car ici, exit la sensualité de la créature de Bram Stocker, telle qu’elle s’exprimait dans le Dracula de Coppola : les vampires sont des monstres informes qui évoluent en ruches, sous la coupe d’une reine que l’on apercevra au détour d’une scène mais dont on ne saura rien, puisque l’antagoniste véritable est un « hybride » humain-vampire. Le principal souci de cette adaptation est le manque de contextualisation, d’explication de l’univers présenté. On découvre, sans le moindre indice auparavant, les pouvoirs des prêtres qui défient les lois de la physique jusqu’à l’absurde. Il s’agit là de l’une des problématiques lorsqu’on adapte une œuvre qui compte une quinzaine de volumes et qui a le temps, elle, de déployer et détailler son univers. Priest ne dure que quatre-vingt-sept petites minutes et sacrifie donc beaucoup d’exposition pour se concentrer sur l’action, et reste par conséquent avant tout destiné aux fans du manhwa.

Pour les accrocs des crocs ?

Les effets visuels sont réussis, les scènes de combats également, même si elles souffrent d’inévitables comparaisons avec quelques prestigieux prédécesseurs tel que Blade. Le casting, Paul Bettany et Maggie Q en tête, tient l’ensemble, avec un Karl Urban peut-être un peu trop sous-exploité. Malgré tout, le film laisse le spectateur sur sa faim. Car après un excitant prologue sous forme de dessin animé, réalisé par Genndy Tartakovsky (Star Wars : Clone Wars, Primal : Tales of Savagery), la suite ne sera malheureusement jamais aussi sanglante, et la première apparition des vampires dans le film, conçue poue être une révélation, tombe à plat, par la faute même de ce prologue. Outre le manque d’exposition et de contexte pour les néophytes, l’histoire en elle-même, qui rappelle le principe du mythique western La prisonnière du désert (1956), est cousue de fil blanc et n’apporte aucune surprise. Priest reste donc un honnête film de vampires, stylisé et bien réalisé, mais qui s’adresse davantage aux fans de la bande dessinée dont il est issu qu’aux amateurs du genre.

 

© Christophe Descouzères 


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