ARMAGEDDON (1998)

Bruce Willis dirige une équipe excentrique de spécialistes du forage pour dynamiter de l’intérieur un astéroïde qui menace de détruire la Terre…

ARMAGEDDON

 

1998 – USA

 

Réalisé par Michael Bay

 

Avec Bruce Willis, Billy Bob Thornton, Liv Tyler, Ben Affleck, Will Patton, Steve Buscemi, Jason Isaacs, Peter Stormare, Owen Wilson, William Fichtner, Michael Clarke Duncan

 

THEMA CATASTROPHES

« Et ça a été des éclairs, des voix, des tonnerres, et ça a été une grande secousse telle qu’il n’a pas été pareille secousse, aussi grande, depuis que l’homme a été sur terre. » C’est en ces termes que l’Apocalypse de Jean décrit l’« Armageddon », autrement dit la fin du monde. Reprenant ce motif à son compte tout en évacuant les références bibliques au profit d’un argument de science-fiction plus classique, Michael Bay signe ici un film dont les points communs avec Deep Impact laissent songeur. Car en ces temps de remise au goût du jour du cinéma catastrophe, l’effet de déjà-vu guettait régulièrement les spectateurs, qui voyaient déjà double avec les sorties successives du Pic de Dante et de Volcano. Si Mimi Leder partait en quête d’une approche mélodramatique et relativement réaliste de son sujet, Michael Bay n’a pas autant de scrupule. Son ambition est d’en mettre plein la vue aux spectateurs, de les faire rire, de flatter le patriotisme américain et d’exacerber les émotions jusqu’à la caricature. Galvanisé par les succès de Bad Boys et Rock, l’ancien spécialiste du vidéoclip accède ici à un budget colossal de 140 millions de dollars et à un casting quatre étoiles gorgé de stars qui, pour la plupart, avouèrent avoir accepté uniquement parce que le salaire était très généreux. « Je voulais une plus grande maison » affirmait à ce propos Steve Buscemi !

La voix off du prologue nous raconte que le choc provoqué par la chute de la comète qui frappa la Terre à l’époque des dinosaures équivalait à la puissance de 10 000 têtes nucléaires, images spatiales et partition emphatique de Trevor Rabin à l’appui. Le narrateur achève son explication en affirmant que « ce qui s’est déjà produit peut se produire à nouveau… reste à savoir quand ». La suite ne donne pas dans la demi-mesure. Une mission de routine en orbite au-dessus de la Terre tourne à la catastrophe : la navette Atlantis et ses occupants sont pulvérisés par ce qui ressemble à des projectiles. Puis vient cette scène mémorable où la cité de New York se déchiquète sous l’assaut d’objets tombés du ciel. Le World Trade Center est touché et les immeubles s’effondrent, jetant dans le vide leurs occupants. « C’est peut-être un attentat terroriste » dit un chauffeur de taxi. Rétrospectivement, cette réplique nous laisse un goût un peu amer. Car trois ans plus tard, de telles images – non truquées cette fois-ci – satureront les écrans du monde entier. Mais ici, nous sommes encore dans la science-fiction. Les objets destructeurs ne sont pas des avions kamikazes mais des météorites. Et la séquence reste aujourd’hui encore toujours aussi spectaculaire. D’autant que cette pluie de pierres spatiales n’est qu’un apéritif. Le plat de résistance arrive : un astéroïde de la taille du Texas qui se dirige droit vers la Terre à 35 000 kilomètres à l’heure et menace de détruire toute forme de vie à la surface…

Les patriotes

Il devient vite évident que tout l’arsenal de l’armée ne ferait que ricocher sur cet astéroïde, dont l’inévitable collision avec la Terre est prévue dans 18 jours. Le seul moyen de détruire ce « global killer » serait de le faire sauter de l’intérieur. On sollicite donc le meilleur expert du forage disponible pour partir dans l’espace avec son équipe et placer dans le cœur de l’astéroïde une charge nucléaire. Encore faut-il entraîner ce petit groupe excentrique aux voyages dans l’espace. Sans doute aurait-il été plus sensé de former des astronautes à l’art du forage (objection que Ben Affleck aurait d’ailleurs formulée à la lecture du pitch), mais le scénario de Jonathan Hensleigh et J.J. Abrams se soucie bien peu d’une quelconque logique. Seul prime le divertissement. Et de ce point de vue, Armageddon nous en donne largement pour notre argent. La combinaison des maquettes, de la pyrotechnie, des matte paintings et des effets numériques permet de donner toute l’ampleur requise aux nombreux passages apocalyptiques du film, qui se pare de très efficaces moments de suspense au moment de son dernier acte. Mais il est difficile de ne pas grincer des dents face à cet américano-centrisme outrancier qui transforme les États-Unis en sauveurs de la planète et offre une vision d’Épinal des autres pays du monde (une Chine encore médiévale, une France des années 40). Malgré tout, la qualité du spectacle reste de très haute tenue, nous incitant à l’indulgence face à ces énormités éléphantesques qui hélas finiront par phagocyter jusqu’à l’écœurement les films suivants de Michael Bay.

 

© Gilles Penso

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SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN (1964)

L’une des œuvres les plus mémorables de Mario Bava raconte les méfaits sanglants d’un tueur masqué dans le milieu de la haute couture…

SEI DONNE PER L’ASSASSINO

 

1964 – ITALIE / FRANCE / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Mario Bava

 

Avec Cameron Mitchell, Eva Bartok, Thomas Reiner, Ariana Gorini, Dante DiPaolo, Mary Arden, Franco Ressel

 

THEMA TUEURS

Depuis le début des années soixante, Mario Bava s’est érigé comme un maître incontournable du cinéma d’épouvante italien, signant des œuvres aussi influentes que Le Masque du démon, Hercule contre les vampires, La Fille qui en savait trop, Les Trois visages de la peur ou Le Corps et le fouet. Avec Six femmes pour l’assassin, le cinéaste pousse les expérimentations encore plus loin, donnant naissance aux codes visuels d’un genre cinématographique alors en plein devenir : le « giallo ». Ce mot italien, qui fait référence à la couleur jaune des couvertures d’une fameuse collection de romans noirs, est devenu un genre cinématographique à part entière mêlant l’horreur et l’enquête policière. Six femmes pour l’assassin n’est pas à proprement parler le tout premier – les historiens se perdent en conjecture pour déterminer le pionnier en la matière – mais c’est en tout cas celui qui en a fixé les règles graphiques et les mécanismes. Le tueur ganté de noir assassinant de manière régulière, violente et inventive de jolies victimes féminines est depuis devenu un leitmotiv repris par de nombreux successeurs de Bava. L’esthétisation du crime est ici d’autant plus marquée que l’intrigue se situe dans le monde de la mode. Le réalisateur en profite pour jouer avec une figure récurrente de son cinéma : le simulacre humain inanimé. Les ateliers de couture sont en effet ornés de nombreux mannequins au milieu desquels, le temps du générique, se figent aussi les acteurs principaux du film. Le tueur lui-même, au masque lisse et blanc, prend les allures d’un mannequin soudain animé d’une vie mécanique… tout comme cette armure médiévale qui se met soudain à bouger dans un magasin d’antiquité le temps d’une scène mémorable.

Imaginée par Marcello Fondato, l’intrigue de Six femmes pour l’assassin s’intéresse à la comtesse Cristiana Cuomo (Eva Bartok), qui se remet à peine de son veuvage et dirige une maison de haute couture dans un hôtel particulier de la banlieue romaine, assistée par Massimo Morlacchi (Cameron Mitchell, que Bava avait déjà dirigé dans La Ruée des Vikings). Une nuit, Isabella (Francesca Ungaro), l’un des mannequins, est assassinée dans le parc par un individu masqué. Malgré l’affliction qui frappe tous les employés et l’enquête que commence à mener la police pour élucider ce meurtre abrupt et inexpliqué, les défilés ne peuvent pas s’interrompre. C’est alors que Nicole (Arianna Gorini), l’un des modèles, découvre le journal intime de la victime. Elle le conserve sous prétexte de le remettre en main propre aux policiers. Mais ce journal semble contenir beaucoup d’informations compromettantes. Le tueur masqué refait alors son apparition et ensanglante de manière de plus en plus répétée et de plus en plus brutale toutes les femmes qui s’approchent de trop près de ce fameux journal…

Meurtres à la mode

Six femmes pour l’assassin est probablement l’une des plus belles réussites de Mario Bava, dont la filmographie est pourtant constellée de joyaux filmiques. Assumant plus que jamais la simplicité de son récit, le cinéaste soigne tellement la mise en forme de son long-métrage que chaque plan ressemble à une peinture baroque qui pourrait s’exposer dans une galerie. La somptueuse photographie en Technicolor et en Cinémascope laisse la part belle aux ombres portées, aux touches de couleur saturées et aux jeux de reflets. La bande son n’est pas en reste, le film s’appuyant sur des effets volontairement appuyés (l’enseigne qui grince dans le vent dès le prologue nous plonge tout de suite dans l’ambiance) et sur une bande originale entêtante déclinée sur un rythme de mambo. Si les meurtres en série de l’assassin au masque blanc sont violents, Bava joue le plus souvent possible la carte de la suggestion. Ses « fils spirituels » (Dario Argento d’abord, puis les réalisateurs de slashers) se montreront beaucoup plus explicites en la matière. Bava s’amuse aussi à bâtir des séquences de suspense intenses directement héritées d’Alfred Hitchcock, notamment lorsqu’il filme sous une multitude d’angles de prise de vue un sac à main qui attire brusquement toutes les convoitises, gros plans de visages contrits à l’appui. Car dans cette maison de haute-couture (temple de l’apparence et du faux-semblant), tout le monde semble avoir quelque chose à cacher. Six femmes pour l’assassin est donc une œuvre d’exception qui se bonifie avec le temps et ne cesse de ravir les sens des amateurs du cinéma de genre.

 

© Gilles Penso

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MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE (2022)

Une énième relecture du mythe créé par Tobe Hooper qui sort du lot par sa brutalité et son efficacité, malgré un final bâclé…

TEXAS CHAINSAW MASSACRE

 

2022 – USA

 

Réalisé par David Blue Garcia

 

Avec Sarah Yarkin, Elsie Fisher, Mark Burnham, Jacob Latimore, Moe Dunford, Olwen Fouéré, Alice Krige, Jessica Allain

 

THEMA TUEURS I SAGA MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE

Le cas du Halloween 2018 fait école. Malgré une approche artistique et narrative très discutable, la suite tardive du classique de John Carpenter par David Gordon Green sert désormais d’exemple, comme le prouve de manière frappante ce Massacre à la tronçonneuse version 2022. Les ingrédients de mise pour un tel cocktail sont donc sagement réunis : 1) On ne tient compte que du premier film de la franchise, comme si tous les autres (suites, remakes, prequels, reboots) n’existaient pas. 2) Le tueur est maintenant un sexagénaire, ce qui n’enlève rien à sa virulence et son pouvoir de destruction. 3) Sa victime originelle s’est transformée en personnage badass à qui il ne faut pas chercher de noises. 4) Pourquoi perdre du temps à chercher un nouveau titre, reprenons celui du premier film ! Voilà qui n’augure rien de très réjouissant. Autre élément d’inquiétude : une diffusion directe sur la plateforme Netflix qui, à de rares exceptions près, ne brille pas par l’exigence éditoriale de ses contenus cinématographiques. Troisième facteur d’inquiétude : le renvoi des deux réalisateurs initiaux, Ryan et Andy Tohill, dont les rushes déplaisent au studio Legendary. David Blue Garcia (signataire du thriller Tejano) leur succède donc et reprend le tournage à zéro, sous la houlette du producteur Fede Alvarez (à qui nous devons le remake de Evil Dead).

Les premières images du film sont les mêmes que celles du Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Plus qu’un hommage, il s’agit presque d’une relecture post-moderne du classique de 1974, puisque nous sommes en présence d’un documentaire consacré aux faits sanglants survenus au Texas cinquante ans plus tôt. Ce programme est diffusé sur le téléviseur d’une boutique qui déploie un merchandising varié (t-shirts, goodies, tire-bouchons en forme de tronçonneuse !) autour de ce drame devenu célèbre. L’entrée en matière est savoureuse, prélude à l’arrivée de nos protagonistes : quatre citadins dans l’air du temps qui débarquent dans la région pour transformer Harlow, devenue une ville fantôme, en nouveau centre attractif et branché avec des restaurants, des boutiques et des galeries d’art. Bien sûr, le choc culturel avec la population locale est inévitable. Mais les vrais problèmes surviennent bien sûr lorsque ce bon vieux Leatherface refait son apparition, sa vrombissante tronçonneuse à la main…

Le boucher des vanités

D’une manière intéressante – et plutôt inattendue -, David Blue Garcia nous entraîne d’emblée sur un terrain moins manichéen qu’il n’y paraît. Il semblerait logique de s’attacher à ce quatuor d’amis sympathiques et idéalistes qui veulent changer le monde et par conséquent de mépriser les texans bourrus, racistes, pollueurs, à la gâchette facile, qu’ils trouvent sur leur chemin. Mais peu à peu les clichés volent en éclat et les cartes se brouillent. Ces jeunes entrepreneurs ne sont-ils pas des capitalistes vaniteux aux dents longues ? Les cowboys du coin se limitent-ils à l’image patibulaire qu’ils renvoient ? Ce n’est pas l’un des moindres atouts de ce Massacre à la tronçonneuse qui, lorsqu’il s’agit de mettre en scène les meurtres brutaux de Leatherface, n’y va pas avec le dos de la cuiller. Les mises à mort sont brutales et gore, avec un point culminant au moment de la séquence d’anthologie du film située dans un car. À cette approche radicale d’une violence décomplexée, que rythment des moments de suspense très réussis, Garcia ajoute une touche œdipienne qui nous ramène aux origines du mythe, autrement dit l’histoire vraie d’Ed Gein, et opère donc un rapprochement furtif avec Psychose. On regrette d’autant plus un dernier acte qui cède à toutes les facilités, s’autorise des comportements absurdes chez les protagonistes – mention spéciale à la Sally du film original, incarnée ici par Olwen Fouéré – ainsi que plusieurs rebondissements invraisemblables. On peut aussi grincer des dents face au rapport douteux que le scénario entretient avec les armes à feu, osant le grand écart entre le traumatisme réel des massacres lycéens et l’iconisation extrême d’un fusil devenu « le mal nécessaire ». Il n’en demeure pas moins que nous sommes ici en présence d’un slasher de très bonne facture, qui aurait largement mérité une sortie en salles et dont le défaut majeur est finalement de s’appeler Massacre à la tronçonneuse. Sans doute le film de David Blue Garcia aurait-il gagné à exister par lui-même, avec un nouveau croquemitaine indépendant, au lieu de se rattacher à une franchise qui a depuis trop longtemps le goût de la viande avariée.

 

© Gilles Penso

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CLASS OF 1999 (1990)

La suite de Class 1984 est une série B de science-fiction pure et dure à mi-chemin entre Terminator et Mad Max 2

CLASS OF 1999

 

1990 – USA

 

Réalisé par Mark L. Lester

 

Avec Bradley Gregg, Traci Lind, John P. Ryan, Pam Grier, Patrick Kilpatrick, Stacy Keach, Malcolm McDowell, James Medina, Joshua John Miller, Jason Oliver

 

THEMA FUTUR I ROBOTS

Class 1984 avait ouvert les portes d’Hollywood à Mark L. Lester, qui enchaîna dans la foulée Firestarter d’après Stephen King et Commando avec Arnold Schwarzenegger. Mais le talentueux cinéaste ne parvint pas à rebondir avec autant de panache par la suite, tournant la comédie policière Armed and Dangerous qui, malgré la présence de John Candy et Meg Ryan, passa inaperçue. Pour retomber sur ses pattes, Lester décide de donner une suite au film qui le fit connaître du grand public. Quoique « suite » soit un mot un peu excessif, Class of 1999 ne reprenant qu’une poignée d’idées narratives de Class 1984 pour bâtir une série B de science-fiction totalement décomplexée. Même si le réalisateur affirme s’être une fois de plus inspiré de faits réels, en l’occurrence la prolifération de gangs tenant sous leur coupe plusieurs quartiers urbains d’Amérique, on ne peut pas dire que le discours social de Class of 1999 saute aux yeux. Le scénario écrit par C. Courtney Joyner (Nuits sanglantes, Prison) ressemble surtout à un défouloir taillé sur mesure pour un public adolescent, dont le principe est gentiment basique : des lycéens qui affrontent des professeurs robotiques psychopathes. Malgré le tout petit budget que lui alloue la compagnie de production Vestron, Mark Lester fait des merveilles, multipliant avec une générosité sans borne les cascades, les fusillades, les poursuites de voiture, les explosions et les effets spéciaux audacieux.

Dès l’entame, le changement de ton est spectaculaire. Au réalisme légèrement futuriste de Class 1984, Class of 1999 oppose un univers post-apocalyptique exubérant et excessif où les véhicules sont customisés, où la plupart des quartiers sont à feu et à sang et où les modes vestimentaires ont pris une tournure invraisemblable. Le décalage stylistique qui oppose les deux films rappelle le grand écart séparant le premier Mad Max du second. Si ce n’est que Lester ne cherche pas à révolutionner le genre comme le fit George Miller en son temps, se contentant de bidouiller un petit film d’autant plus réjouissant qu’il assume son côté bis jusqu’au bout. Nous sommes donc en 1999 et la violence s’est répandue comme une traînée de poudre à travers les États-Unis. Les seuls lycées qui tiennent encore debout sont aux mains des gangs et se situent dans des zones de « libre feu » où la police ne s’aventure pas (et où les panneaux à l’entrée annoncent : « à vos risques et périls »). Pour tenter de reprendre les choses en main, le gouvernement sollicite la compagnie MegaTech qui reprogramme trois androïdes de l’armée pour les transformer en enseignants destinés à faire régner l’ordre parmi les lycéens. Mais les machines se dérèglent et le programme éducatif avant-gardiste se transforme en gigantesque bain de sang…

Zéro de conduite

Au-delà de son plongeon sans garde-fou dans la science-fiction débridée, Class of 1999 se distingue de Class 1984 par une radicale différence de point de vue. Au lieu de nous faire entrer dans la peau d’un professeur en bute à une jeunesse délinquante muée en archétype du mal, cette fausse suite prend pour héros un adolescent en pleine rédemption (ancien repris de justice, tout juste sorti de prison, désarmé face à sa famille junkie et son environnement déprimant) qui se heurte au monde adulte, lequel, via un renversement de situation, joue cette fois le rôle d’antagoniste. C’est justement du côté des adultes que le casting nous réserve quelques surprises. Si Malcolm McDowell endosse sans beaucoup d’éclat le rôle du principal du lycée dépassé par les évènements (il cachetonne visiblement, sans réaliser que sa présence assure le lien avec l’une des influences premières de Mark Lester, Orange mécanique), Stacy Keach cabotine sans retenue dans le rôle d’un savant fou albinos au look impensable. Mais les vraies stars, ce sont les trois robots incarnés respectivement par Pam Grier (Coffy, Foxy Brown), John P. Ryan (Le Monstre est vivant, Runaway Train) et l’impressionnant Patrick Kilpatrick (Remo sans arme et dangereux, Presidio). Adeptes du châtiment corporel, ces trois machines à tuer entrent en guerre avec les lycéens et nous offrent un spectacle qui ne recule devant aucun effet gore (un corps plié en deux, des cadavres ensanglantés, un crâne perforé, une tête qui explose, une poitrine transpercée). Le dernier acte, au cours duquel leurs bras se transforment en mitraillettes, en lance-flammes, en lance-roquettes ou en pinces géantes, s’achève sur un hommage direct à Terminator, à l’aide d’effets spéciaux sommaires mais très inventifs conçus par Eric Allard et Rick Stratton. Voilà donc un petit plaisir régressif très recommandable, que suivra un inévitable Class of 2001 réalisé par le cascadeur Spiro Razatos.

 

 

© Gilles Penso


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CLASS 1984 (1982)

Dans un futur très proche, la violence gangrène un lycée américain jusqu’à atteindre le point de non-retour…

CLASS OF 1984

 

1982 – USA / CANADA

 

Réalisé par Mark L. Lester

 

Avec Perry King, Merrie Lynn Ross, Timothy Van Patten, Roddy McDowall, Stefan Arngrim, Michael J. Fox, Keith Knight, Lisa Langlois, Neil Clifford, Al Waxman

 

THEMA TUEURS I FUTUR

Pur produit du cinéma d’exploitation des seventies, Mark Lester signe depuis le début de la décennie des œuvres aux titres aussi imagés que La Bombe humaine, Ça cogne et ça rigole chez les routiers ou Les Risque-tout. À l’aube des années 80, il visite le lycée où il sévissait pendant son adolescence et remarque à quel point les choses se sont dégradées du point de vue de la discipline et de l’autorité. Ce constat, mêlé à son envie de moderniser les films de jeunesse rebelle comme le fameux Graine de violence de Richard Brooks, permet d’ébaucher ce qui deviendra Class 1984. Pour donner forme au scénario qu’il a en tête, il s’adjoint les services de Tom Holland, futur réalisateur de Vampire vous avez dit vampire et Jeu d’enfant. Les deux hommes concoctent un récit très légèrement futuriste situé dans un lycée où la violence est singulièrement montée d’un cran. Un portique détecte les métaux à l’entrée, des caméras de vidéo-surveillance sont installées un peu partout, la drogue se vend dans les couloirs, des gardiens armés sillonnent l’établissement. Force est de constater que ce qui avait des allures d’extrapolations de science-fiction en 1982 s’est quasiment concrétisé dans le monde réel. En ce sens, Class 1984 se sera avéré prophétique, annonçant dès son texte d’introduction : « Malheureusement, ce film s’inspire de faits réels. Heureusement, très peu d’écoles sont à l’image de Lincoln High… pour l’instant. »

Class 1984 donne la vedette à Perry King (Mandingo, Bande de flics, Search and Destroy) dans le rôle du professeur de musique Andy Norris, nommé remplaçant au lycée Abraham Lincoln après que son prédécesseur ait été victime d’une chute dans un escalier. Si quelques élèves attentifs s’efforcent de suivre les cours (parmi lesquels on reconnaît un tout jeune Michael J. Fox), Norris se heurte rapidement à une bande de délinquants menés par le redoutable Peter Stegman (Timothy Van Patten). La tension s’installe dès le premier cours, car ces graines de nazis adeptes du salut SS et de la croix gammée règnent visiblement sur ce lycée sans aucune entrave. Ils s’adonnent au trafic de drogue, à la prostitution, au racket, au viol, aux affrontements entre bandes, tandis que les autorités ferment les yeux ou détournent le regard (avec sans cesse le même refrain : « on ne peut rien faire, ils sont mineurs »). Et puis vient ce moment mémorable où le professeur de biologie Terry Corrigan (Roddy McDowall) craque, donnant cours à ses élèves avec à la main un pistolet chargé qu’il menace d’utiliser s’ils ne donnent pas les bonnes réponses ! Bientôt, la mort commence à ensanglanter l’établissement et la violence grimpe inexorablement jusqu’à atteindre un point de non-retour.

« Je suis le futur »

S’il baigne dans une ambiance presque post-apocalyptique dans ses moments les plus extrêmes (via notamment son détournement de l’imagerie punk chère à Mad Max 2 et New York 1997), le cadre de Class 1984 reste très réaliste. Nous voilà donc plongés dans un film hybride, quelque part à mi-chemin entre Orange mécanique et Un Justicier dans la ville. Le choix d’un tournage à Toronto, en extérieurs naturels et dans un vrai lycée, prioritairement motivé pour des raisons budgétaires, ajoute à la crédibilité des événements narrés, même si le dernier acte se laisse aller à des outrances spectaculaires jusqu’à un grand final en plein concert classique qui semble presque cligner de l’œil vers Alfred Hitchcock. La phrase que prononce Stegman de manière répétitive, « je suis le futur », est devenue le slogan du film. Au-delà de son impact immédiat, cette réplique devenue mythique laisse craindre l’émergence d’une génération ultra-violente dénuée de repères moraux, chose d’autant plus étonnante que ce chef de bande est un garçon de bonne famille élevé dans un milieu petit-bourgeois sans histoire. D’où cette propension au mal peut-elle donc venir ? La question reste sans réponse, accroissant le trouble. Rythmé sur une musique anxiogène de Lalo Schifrin – qui compose la chanson générique « I Am the Future » interprétée par Alice Cooper -, Class 1984 remporte un succès planétaire qui permet à Mark Lester d’entrer dans la cour des grands pour réaliser dans la foulée Firestarter et Commando.

 

© Gilles Penso

 

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MA SUPER EX (2006)

Face à la caméra d’Ivan Reitman, Uma Thurman incarne une super-héroïne très puissante… et très susceptible !

MY SUPER EX-GIRLFRIEND

 

2006 – USA

 

Réalisé par Ivan Reitman

 

Avec Uma Thurman, Luke Wilson, Anna Faris, Rainn Wilson, Eddie Izzard, Stelio Savante, Mike Iorio, Mark Consuelos, Wanda Sykes

 

THEMA SUPER-HÉROS

Quand une ex-petite amie décide de se venger de son ancien copain en révélant d’inquiétantes tendances sociopathes, la situation est déjà très tendue. Mais si en plus l’ex en question a les mêmes pouvoirs que Superman, les choses se compliquent sérieusement. Sur la base de ce pitch, Don Payne, alors en plein travail sur Les Simpsons, élabore un scénario titré d’abord Super Ex. Séduits par ce concept, le réalisateur Ivan Reitman et la compagnie Regency Enterprises décident de lancer à toute allure la production du film qui sera tourné en un temps record de quatre semaines dans la ville de New York. Comme il l’avait fait pour S.O.S. fantômes, S.O.S. fantômes 2, Junior, Évolution et même – dans une moindre mesure – Cannibal Girls, Reitman mixe ses deux genres favoris, la comédie et le fantastique, qu’il s’efforce d’équilibrer en s’appuyant sur un duo d’acteurs solide : Luke Wilson, parfait dans le registre du célibataire maladroit et sympathique, et Uma Thurman, saisissante émule de Supergirl dangereusement soupe au lait. Ma super ex est dans l’air du temps, dans la mesure où les longs-métrages dédiés aux super-héros sont alors en train de gagner du terrain sur tous les écrans de cinéma du monde, boostés par les succès respectifs de Blade, X-Men et Spider-Man.

Luke Wilson incarne Matt Saunders, employé d’un bureau d’architecture qui n’a plus de vie amoureuse depuis six bons mois et n’est pas insensible aux charmes de sa collègue Hannah (Anna Faris). Mais celle-ci est déjà en couple, et Matt s’enferme donc un peu plus dans son célibat. Un jour, convaincu par les insistances de son ami Vaughn (Rainn Wilson), il ose aborder une jeune femme timide dans le métro, Jenny (Uma Thurman), qui travaille dans une galerie d’art et se laisse séduire lorsqu’il prend tous les risques pour récupérer le sac qu’un voleur lui a subtilisé. Tous deux entament une relation passionnée et Jenny révèle alors à Matt son secret : elle n’est autre que G-Girl, la célèbre super-héroïne qui sillonne régulièrement les cieux de New York pour sauver les habitants lorsqu’ils sont en danger. Mais être le petit-ami d’une super-héroïne n’est pas de tout repos, surtout lorsque celle-ci se révèle maladivement jalouse et particulièrement susceptible…

Une Supergirl névrotique

À cheval entre deux genres, Ma super ex va jusqu’au bout de son concept. Tous les codes de la comédie romantique sont convoqués, du bon copain lourdaud et salace qui sert de confident à la collègue de bureau séduisante en passant par les scènes de jalousie, les disputes, les réconciliations et même les panoramas nocturnes aériens de New York. Les ingrédients traditionnels des films de super-héros sont aussi de la partie : l’identité secrète, le flash-back qui révèle les origines des super-pouvoirs, le super-vilain et même l’équivalent de la kryptonite. Le cocktail fonctionne bien, même si nous nageons forcément en terrain connu. Car au-delà de la juxtaposition étonnante d’univers filmiques distincts qu’on n’a guère l’habitude de voir entremêlés de la sorte, les clichés se succèdent sans beaucoup de surprise. La seconde moitié du métrage sort heureusement des lieux communs pour développer l’idée la plus intéressante du scénario. Le postulat de Ma super ex est en effet qu’un super-héros est fatalement un peu névrotique, surtout en cas de chagrin d’amour. D’où un enchaînement de séquences joyeusement délirantes, du « jet de requin » au Vaudeville sur la terrasse en passant par un improbable affrontement final. Certes, ce n’est pas la comédie du siècle, mais Ma super ex garantit ses 90 minutes règlementaires de bonne humeur communicative.

 

© Gilles Penso


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LE SYNDROME DE STENDHAL (1996)

Dario Argento dirige pour la seconde fois sa fille Asia dans ce thriller d’horreur psychotique où les œuvres d’art créent un malaise obsessionnel…

LA SINDROME DI STENDHAL

1996 – ITALIE

Réalisé par Dario Argento

 Avec Asia Argento, Thomas Kretschmann, Marco Leonardi, Luigi Diberti, Paolo Bonacelli, Julien Lambroschini, John Quentin, Franco Diogene

THEMA TUEURS I SAGA DARIO ARGENTO

Si la musique joue un rôle prépondérant dans l’œuvre de Dario Argento, l’influence de la peinture classique y est aussi très présente. Tôt ou tard, il était évident que le cinéaste allait lui consacrer un film à part entière. « L’art, l’architecture, la sculpture, la peinture ocupent une place à part dans mes films », confirme-t-il. « Je les ai notamment réunis dans Le Syndrome de Stendhal, dans lequel ma référence picturale principale était l’œuvre de Rembrandt. C’est un film dans lequel l’art tourne à l’obsession. » (1) Tiré du roman homonyme de Graziella Margherini, Le Syndrome de Stendhal offre à Argento la seconde occasion de diriger sa fille Asia, après une première expérience heureuse sur Trauma. Dès l’entame du film, celle-ci se fond dans la foule des touristes venus visiter Florence et entre dans la Galerie des Offices, accompagnée par une musique envoûtante d’Ennio Morricone laissant la part belle aux chœurs féminins. « Ce qui est intéressant est le fait que le morceau qu’il a composé pour cette scène pouvait être joué aussi bien à l’endroit qu’à l’envers », nous explique Dario Argento. « C’était une expérience musicale étonnante, qui procure inconsciemment un effet de trouble obsédant. Lorsque je vois ma fille Asia qui se promène au milieu de tous ces chefs d’œuvres de la peinture, accompagnée par la merveilleuse musique de Morricone, je me dis que cette scène est sans doute l’un des plus beaux moments de ma carrière de metteur en scène. » (2)

D’emblée, on sent un certain trouble chez la jeune femme. Entourée de sculptures monumentales, de bas-reliefs, de fresques magnifiques, elle semble s’imprégner des œuvres, en imagine les sons (cris de batailles, vent qui souffle, sabots de chevaux). Elle finit par perdre pied et s’évanouit dans une sorte de rêve hallucinatoire où elle plonge littéralement dans une peinture, flottant dans un univers aquatique surréaliste où vient l’embrasser un énorme poisson. Exempte de dialogue, cette entrée en matière prodigieuse est un moment de cinéma pur et nous rappelle à quel point Dario Argento est un réalisateur d’exception. Aussi étrange semble-t-elle, cette séquence repose sur des faits bien tangibles qui, par leur nature, ne pouvaient que fasciner le cinéaste. « Le principe scénaristique du Syndrome de Stendhal s’appuie sur une théorie réelle selon laquelle l’art peut être dangereux s’il est exposé à des esprits faibles ou déséquilibrés », dit-il. « Lorsqu’une œuvre approche du sublime, son impact peut être trop fort, et ses conséquences imprévisibles. Freud avait écrit un essai racontant que sa première visite au Parthénon l’avait tellement impressionné qu’il en était tombé malade. Et pourtant, Freud était loin d’être un esprit faible. » (3) Dans le cas présent, le choc est si fort que notre héroïne ne sait plus qui elle est. Il lui faut du temps pour que les souvenirs reviennent, au cours d’une séquence onirique où sa chambre d’hôtel florentine ouvre une porte sur une ruelle de Rome. Elle est Anna Manni, inspectrice de police adjointe menant l’enquête sur un serial killer responsable d’une série de viols et de meurtres. Aussitôt, ce dernier la retrouve et l’agresse…

L’ombre d’Hitchcock

Dario filme Asia tour à tour avec tendresse et brutalité, osant franchir des limites qu’on imagine délicates entre un père et sa fille. Assez curieusement, le syndrome qui donne son titre au film disparaît progressivement pour céder le pas à une autre obsession : celle du tueur pour sa victime… et vice versa. En agressant Anna, l’assassin pénètre de force dans son intimité non seulement physiquement mais aussi mentalement. Déstabilisée, perdant pied, elle ressent le besoin de changer d’apparence. À ce stade, Le Syndrome de Stendhal rejoint Alfred Hitchcock. Lorsque la jeune femme brune devient blonde, l’ombre de Sueurs froides plane sur le film, une référence déjà assumée lors du fameux prologue dans le musée (avec cette bande originale cultivant justement le sens du vertige). Plus tard, c’est l’influence de Psychose qui s’immiscera progressivement, preuve qu’Hitchcock reste une source d’inspiration récurrente pour Argento. Après tout, le tueur ne s’appelle-t-il pas Alfredo ? En s’appuyant sur l’inventivité (toujours poétique à défaut d’être subtile) du créateur d’effets spéciaux Sergio Stivaletti, le cinéaste offre aux spectateurs une collection de visions insolites dont il a le secret : les gros plans de cachets qui entrent dans une gorge, un tableau qui se liquéfie pour se transformer en porte, une balle de pistolet qui pénètre à l’intérieur d’un visage, des graphs urbains qui prennent vie… Le Syndrome de Stendhal est sans doute l’une des dernières œuvres maîtresses du grand Dario, avant ce qu’il est difficile d’appréhender autrement que comme une dégringolade artistique.

 

(1), (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2016

 

© Gilles Penso

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HELLBOY (2004)

Guillermo del Toro porte à l’écran la bande dessinée culte de Mike Mignola et offre à Ron Perlman l’un de ses rôles les plus emblématiques…

HELLBOY

 

2004 – USA

 

Réalisé par Guillermo del Toro

 

Avec Ron Perlman, John Hurt, Selma Blair, Rupert Evans, Karel Roden, Jeffrey Tambor, Doug Jones, Brian Steele, Ladislav Beran

 

THEMA SUPER-HÉROS I DIABLE ET DÉMONS I SAGA HELLBOY

Le parcours de Guillermo del Toro est d’une remarquable cohérence. Passionné par les monstres et le fantastique, il fait ses débuts dans les effets spéciaux puis réalise son premier long-métrage dans son Mexique natal, Cronos. Dès lors, il alterne les grosses productions hollywoodiennes (Mimic, Blade II) et les films plus modestes (L’Échine du diable) en les imprégnant tous de ses goûts, sa sensibilité et sa forte personnalité. Hellboy, son cinquième long-métrage, appartient à la catégorie des « gros films ». Mais c’est aussi un rêve de longue date pour Del Toro, désireux de rendre hommage à la série de romans graphiques créés par Mike Mignola en 1994 pour Dark Horse Comics. Le cinéaste éprouve une empathie irrépressible pour ce monstre héroïque, ce « freak » aux allures de démon qui lime ses immenses cornes pour pouvoir mieux s’intégrer parmi les humains. Et pour incarner « le garçon de l’enfer », Del Toro n’a qu’un seul nom en tête : Ron Perlman. Le massif comédien qu’il dirigea dans Cronos et Blade II a selon lui le charisme et la présence physique nécessaires pour endosser un tel rôle. Perlman accepte de bonne grâce, se soumet à des sessions de maquillage éprouvantes sous les mains expertes de Mike Elizalde et devient l’incarnation parfaite d’Hellboy.

Spectaculaire, l’entame d’Hellboy se déroule en pleine seconde guerre mondiale. En octobre 1944, le jeune Trevor Bruttenholm assiste à une tentative d’ouverture d’un portail par des agents nazis dirigés par le redoutable Raspoutine lui-même (Karel Roden), afin de libérer les créatures d’une autre dimension. Les forces alliées déjouent le plan, mais l’expérience laisse derrière elle un petit démon, que les soldats prennent sous leur coupe et surnomment Hellboy. L’action se transporte alors de nos jours, où nous faisons connaissance avec le bureau de recherche et de défense contre le paranormal, un organisme top secret dirigé par Bruttenholm (à qui John Hurt prête ses traits vénérables) dans lequel Hellboy, désormais adulte, travaille selon des méthodes très particulières. En menant l’enquête sur un monstre démoniaque qui a été abandonné lors du vol d’un musée, Hellboy et Bruttenholm réalisent qu’ils ont affaire à la menace renouvelée de Raspoutine et de ses associés nazis, déterminés à accomplir les rituels qu’ils avaient laissés inachevés en 1944.

Monstres et merveilles

Pour Guillermo del Toro, entrer dans l’univers d’Hellboy est l’occasion rêvée de construire un bestiaire inventif s’appuyant sur un mélange habile d’effets visuels et de maquillages spéciaux. Parmi ces créatures mémorables, il y a Abe (Doug Jones), l’homme poisson aux perceptions extra-sensorielles qui s’exprime avec un accent british très distingué, Kroenen (Ladislas Beran), le tueur nazi au masque à gaz et aux bras armés de lances qui respire comme Dark Vador, ou encore Sammael le cerbère de la résurrection (qui rappelle les chiens de la terreur de S.O.S. fantômes), un abominable molosse à la gueule démesurée hérissée de tentacules et arborant une interminable langue, dont les combats spectaculaires avec Hellboy scandent régulièrement le film. Sans compter ce monstre final colossal, tentaculaire et indescriptible qui semble tout droit échappé des pages de Lovecraft. Extrêmement distrayant, sans cesse surprenant, monté sur un rythme d’enfer aux rythmes d’une emphatique partition de Marco Beltrami, Hellboy est une nouvelle preuve de la capacité d’adaptation de l’univers si particulier de Guillermo del Toro aux canons d’une superproduction hollywoodienne. Certes, le film n’est pas exempt d’incohérences et de raccourcis scénaristiques, mais ces défauts restent mineurs et le tir sera rectifié à l’occasion d’une suite réjouissante, Hellboy 2 : les légions d’or maudites.

 

© Gilles Penso

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CANNIBAL GIRLS (1973)

Dix ans avant S.O.S. fantômes, Ivan Reitman mettait en scène trois jeunes femmes anthropophages dans ce film d’horreur insolite gorgé d’humour noir…

CANNIBAL GIRLS

 

1973 – CANADA

 

Réalisé par Ivan Reitman

 

Avec Eugene Levy, Andrea Martin, Ronald Ulrich, Randall Carpenter, Bonnie Neilson, Mira Pawluk, Bob McHeady

 

THEMA TUEURS I CANNIBALES

Né en Tchécoslovaquie, Ivan Reitman fait ses débuts professionnels à Toronto sur la chaîne City-TV où il rencontre Dan Aykroyd. Prolixe, il produit plusieurs shows, participe au magazine satirique « National Lampoon » puis fait ses premières armes de réalisateur. Après la comédie Foxy Lady, il décide de s’attaquer à un pur film d’horreur dans l’esprit des productions « Grindhouse » qui pullulaient au début des années 70. Ainsi naît Cannibal Girls. Le budget à sa disposition est anémique, équivalent à moins de 15 000 dollars. Quant à son planning de tournage, il se résume à une petite dizaine de jours. Pour parvenir à boucler le film dans des conditions aussi précaires, Reitman choisit des décors naturels canadiens et décide de diriger ses comédiens selon une méthode expérimentale. Ainsi, même si le scénario est rédigé par Robert Sandler, Daniel Goldberg et lui-même, une grande liberté est laissée aux acteurs qui sont invités à inventer eux-mêmes leurs dialogues à partir des situations prédéfinies. En laissant sa caméra capter en plan-séquence plusieurs « tranches de vie » improvisées au fur et à mesure par son casting, le réalisateur gagne ainsi du temps et obtient un résultat très spontané. Et comme Reitman est un grand amateur de comédie, ce que démontrera la suite de sa carrière, il laisse la porte ouverte à de nombreux éléments d’humour malgré la noirceur de son sujet.

Si le titre Cannibal Girls peut à priori prêter à rire, le film aborde d’abord l’horreur au premier degré. Filmés caméra à l’épaule, deux amoureux s’enlacent tendrement jusqu’à ce qu’une tueuse dont on ne voit pas le visage assassine l’homme d’un coup de pioche et dénude la femme qui hurle en gros plan. La légèreté s’installe par la suite à travers l’arrivée de Cliff et Gloria, un couple incarné avec fraîcheur par Eugene Levy et Andrea Martin. À la recherche d’un coin tranquille où passer quelques jours de vacances, ils s’aventurent dans la petite ville enneigée de Farnhamville. La propriétaire du motel où ils s’installent leur parle alors de la légende locale. Il y a bien longtemps, trois jolies jeunes filles s’étaient établies dans une maison pour y attirer des hommes, les tuer à coups de ciseaux, de couteau ou de hache puis les dévorer, le tout avec l’assistance d’un simple d’esprit chargé de stocker la viande ! Un flash-back gratiné nous donne un aperçu de la situation, avec en prime une sorte de cérémonie rituelle où les belles anthropophages se dénudent en psalmodiant : « à l’intérieur et à l’extérieur de mon corps, je rends hommage au sang qui m’a donné la vie. » Cette maison est aujourd’hui un restaurant réputé où Cliff et Gloria décident d’aller dîner. Mais les trois « Cannibal Girls » sont toujours là…

Chair fraîche

Le second long-métrage d’Ivan Reitman se pare d’une petite galerie de personnages hauts en couleur, du flic acariâtre au garagiste bourru en passant par cet improbable « révérend » aux mains baladeuses qui tient les filles cannibales sous sa coupe et les empêche de vieillir grâce à leur régime alimentaire à base de chair fraîche. Désireux de cocher toutes les cases du cinéma s’exploitation des seventies, le réalisateur aborde la violence et l’érotisme frontalement (les corps saignent, les poitrines se dénudent) tout en cultivant un humour bizarre un peu indéfinissable. Sa mise en scène brute et instinctive n’est pas dénuée de charme, mais le scénario semble avancer à l’aveuglette, accusant des longueurs et des pertes de rythme malgré la courte durée du film. Après cette œuvrette gentiment déviante, Reitman produira deux films d’horreur de David Cronenberg, Frissons et Rage, puis s’assagira en dirigeant les comédies Arrête de ramer t’es sur le sable et Les Bleus. Son film suivant, S.O.S. fantômes, fera de lui une superstar. Mais Ivan Reitman n’a jamais oublié d’où il venait. Pour preuve : dans une des séquences de panique de S.O.S. fantômes 2, il montre une salle de cinéma dans laquelle est projeté Cannibal Girls !

 

© Gilles Penso

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BLUE HOLOCAUST (1979)

L’histoire glauque, malsaine et gore d’un jeune homme qui embaume le corps de sa défunte fiancée et bascule dans la folie meurtrière…

BUIO OMEGA

 

1979 – ITALIE

 

Réalisé par Joe d’Amato

 

Avec Kieran Canter, Cinzi Monreale, Franca Stoppi, Sam Modesto, Anna Cardini, Lucia D’Elia, Mario Pezzin, Walter Tribus, Klaus Rainer

 

THEMA TUEURS

Aristide Massacessi (plus connu sous son pseudonyme de Joe d’Amato) commença sa carrière au début des années 70 en tournant quelques westerns spaghetti modestes avant de se spécialiser dans l’érotisme. Après avoir affiché à sa filmographie une vingtaine de titres délicieux tels que Emmanuelle et Françoise, Black Emanuelle en Orient, Voluptueuse Laura, Les amours interdites d’une religieuse ou Le Gynécologue de ces dames (et oui !), il décida à la fin de cette décennie décomplexée de s’adonner à un autre genre alors très en vogue : l’horreur. Sa première incursion dans ce domaine portait encore les stigmates de sa spécialité première, puisqu’il s’agissait d’Emanuelle et les derniers cannibales, où le gore s’immisçait entre deux scènes de fesses. En 1980, il allait mixer une fois de plus les genres avec La Nuit fantastique des morts-vivants (connu aussi sous le titre de La Nuit érotique des morts-vivants). Mais en s’attaquant à Blue Holocaust, d’Amato souhaite mettre en scène un film d’horreur pur et dur, sans se départir bien sûr de son goût pour la provocation et pour sa propension à repousser les limites de ce qui est montrable sur un écran de cinéma (en ce sens, il ira très loin l’année suivante avec Anthropophagous, son « œuvre phare »).

Blue Holocaust s’appuie sur un scénario d’Ottavio Fabbri lui-même tiré d’une histoire originale de Giacomo Guerrini. Anna (Cinzi Monreale), la fiancée chérie de Francesco (Kieran Canter), est à l’hôpital et va mourir. Francesco ne peut admettre que ce corps tant aimé puisse être enterré et perdu à jamais. Après avoir subrepticement injecté dans le corps d’Anna un sérum pour sa conservation, il va, le soir même de l’enterrement, déterrer le cadavre pour le ramener chez lui et l’embaumer. Dès lors, il installe dans son lit ce corps inanimé pour qui il perd complètement la tête. Ne sachant plus à quel sein se vouer, notre homme trouve refuge dans le corsage de la gouvernante (Franca Stoppi) qui l’a élevé depuis qu’il est enfant et avec qui il entretient d’étranges rapports à la lisière de l’inceste. Puis il bascule dans la folie meurtrière, assassinant toutes les jeunes femmes qui auront la faiblesse de lui céder avant de découper méthodiquement leur cadavre et d’en dissoudre les morceaux dans une baignoire pleine d’acide…

À gore et à travers

Plutôt qu’exploiter pleinement le potentiel de cette histoire trouble, d’Amato s’en sert simplement de fil conducteur pour relier entre elles chacune des scènes d’horreur. On sent bien que le cinéaste n’attache que peu d’importance à la rigueur narrative, quitte à multiplier les invraisemblances. Ainsi, alors que Francesco trimballe dans sa camionnette le cadavre de sa dulcinée pour l’embaumer, il commet l’erreur de prendre une auto-stoppeuse. Au lieu d’essayer de s’en débarrasser au plus tôt, il la laisse endormie dans son garage, enlève le cadavre sous son nez et commence tranquillement l’embaumement. Après avoir vidé les viscères d’Anna (images chirurgicales intercalées à l’appui), Francesco replace les yeux préalablement énucléés sur le visage de l’actrice (ses paupières closes ont été peinturlurées en noir pour simuler des orbites vides). Quant à la longue cicatrice que Francesco a faite sur le corps d’Anna, elle apparaît et disparaît au bon gré du montage. Lorsqu’enfin l’auto-stoppeuse (que tout le monde avait oublié) se réveille et comprend à qui elle a affaire, la voilà qui demande au dément de lui ouvrir la porte, plutôt qu’essayer de s’enfuir. Las d’être dérangé en plein travail (on le comprend), Francesco lui arrache les ongles, sur lesquels les gros plans deviennent subitement flous, comme si le cadreur perdait la maîtrise de son focus. Une autre victime, dont la gorge a été arrachée, trouve encore le moyen de gesticuler dans un four crématoire ! Tout le film est à l’avenant, assumant son laxisme et son mauvais goût sur le tempo entêtant d’une bande originale inventive signée par le groupe Goblin.

 

© Gilles Penso


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