BIRTH (2004)

Une jeune veuve reçoit un jour la visite d’un garçon de dix ans qui affirme être la réincarnation de son époux décédé…

BIRTH

 

2004 – USA / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Jonathan Glazer

 

Avec Nicole Kidman, Cameron Bright, Danny Huston, Anne Heche, Lauren Bacall, Alison Elliott, Arliss Howard, Peter Stormare

 

THEMA MORT I ENFANTS

Le point de départ de Birth, réalisé par le jeune metteur en scène anglais Jonathan Glazer, attise immédiatement la curiosité. Alors qu’elle vient d’annoncer son mariage et qu’elle célèbre l’anniversaire de sa mère, Anna (Nicole Kidman) est interpellée par un garçon de dix ans qui affirme être son époux Sean mort une décennie plus tôt. Ce qui ressemble au fruit d’une imagination trop fertile ou à une blague de très mauvais goût prend une inquiétante tournure lorsque l’enfant s’avère connaître tout de Sean, de son entourage et de sa relation passée avec Anna. Cette dernière avait mis tellement longtemps à faire son deuil de l’amour de sa vie, foudroyé par une crise cardiaque, que cet étrange événement va la bouleverser. Birth bénéficie d’un casting et d’une direction d’acteurs irréprochables. Seule tête d’affiche du film, Nicole Kidman révèle une subtilité et une sensibilité que la plupart de ses autres rôles ne laissaient guère imaginer. Dans le rôle du garçon habité par l’âme du défunt, Cameron Bright est époustouflant, suscitant auprès des protagonistes et des spectateurs des sentiments à mi-chemin entre la fascination et l’inquiétude.

Au détour de la distribution, on trouve quelques visages familiers, comme Peter Stormare (Minority Report) en témoin du mariage de Sean et Anna, Ted Levine (Le Silence des agneaux) en père de l’enfant aux yeux d’adulte, Anne Heche (Psycho) en femme tourmentée au lourd secret, et surtout une Lauren Bacall encore pleine de vigueur dans le rôle de la pragmatique mère d’Anna. Tout ce beau monde participe pleinement à la crédibilité du film, le scénario leur réservant des réactions logiques dans un contexte qui ne l’est guère. Voilà la grande force du film. Mais c’est également sa faiblesse, paradoxalement, car au-delà du trouble jeté par l’enfant, la situation n’évolue guère. On aurait espéré que le vernis craque dans cette famille bourgeoise bien sous tous rapports, que les véritables visages se révèlent. D’autant que le scénariste de Birth, Jean-Claude Carrière, était un collaborateur fidèle de Luis Buñuel, dont l’exercice favori consistait justement à égratigner la haute société. Il y a bien cette scène marquante, au cours de laquelle le futur mari s’emporte soudain et octroie en public une fessée à son « rival », comme pour se convaincre lui-même qu’il ne s’agit que d’un enfant de dix ans, mais elle fait figure hélas d’acte isolé.

Tout en retenue

Au diapason de la mise en scène subtile de Glazer, Alexandre Desplat compose une partition entêtante présentant des réminiscences avec le Bernard Herrman de Vertigo. « Malgré les grandes formations orchestrales avec lesquelles je travaille souvent, j’ai tendance à mettre la sourdine sur les cordes et à éviter les vibratos », révèle ce dernier. « La subtilité consiste alors à bénéficier de toute la force d’un orchestre, mais de la retenir, de faire sentir au spectateur sa puissance sans la lâcher trop tôt. » (1) Hélas, emporté par son sujet, le réalisateur se laisse souvent aller à l’autosatisfaction, privilégiant souvent d’interminables plans-séquences contemplatifs. Quant au dénouement, il constitue certes une intéressante surprise, mais il est amené par un rebondissement scénaristique très artificiel, et s’avère finalement peu gratifiant pour un public du coup quelque peu frustré.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mars 2005

 

© Gilles Penso


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S.O.S. FANTÔMES : L’HÉRITAGE (2021)

Un prolongement nostalgique, surprenant, drôle et émouvant du film culte de 1984, signé par le fils du réalisateur original…

GHOSTBUSTERS : AFTERLIFE

 

2021 – USA

 

Réalisé par Jason Reitman

 

Avec McKenna Grace, Finn Wolfhard, Carrie Coon, Paul Rudd, Logan Kim, Celeste O’Connor, Bokeem Woodbine, Tracy Letts, Oliver Cooper

 

THEMA FANTÔMES I SAGA S.O.S. FANTÔMES

Oubliez le S.O.S. fantômes de 2016, un remake/reboot vain et à côté de la plaque sans âme ni vision. Oubliez même le S.O.S. fantômes 2 de 1989, une suite certes sympathique mais fixant déjà les limites d’un concept qui ne nécessitait pas de prolongements au-delà du film original. Le premier S.O.S fantômes était un miracle, un de ces moments de grâce rares où s’entrechoquaient la comédie et le fantastique sur la base d’une idée potache imaginée par Dan Aykroyd, co-écrite avec Harold Ramis, mise en scène par Ivan Reitman, portée par le charisme pince sans rire de Bill Murray, le grain de folie de Rick Moranis, le charme fou de Sigourney Weaver… Bref une conjonction de talents qui étaient là au bon endroit, au bon moment, et qui ravagèrent tout sur leur passage en 1984. Il faut pourtant croire qu’il y avait encore une histoire à raconter autour de ces chasseurs de fantômes, à condition d’y insuffler un souffle nouveau. Et pour s’emparer de cet héritage, comment imaginer mieux que Jason Reitman ? Non content d’être le fils du réalisateur original, Reitman Jr a révélé son propre talent avec des films d’une grande fraîcheur comme Thank You For Smoking, Juno ou In the Air. Restait à trouver un script cohérent jetant un pont entre le mythe créé en 1984 et les mentalités des années 2020. Jason Reitman s’associe donc avec Gil Kenan (Monster House, La Cité de l’ombre, Poltergeist 2015) pour co-écrire un récit en quête du juste équilibre.

Après un prologue plus volontiers axé sur l’épouvante que sur la comédie, et portant déjà en germe un certain nombre d’indices échappés du tout premier Ghostbusters, le ton et le décor changent du tout au tout. Nous découvrons une famille monoparentale en équilibre instable : Callie (Carrie Coon), une mère endettée et dépassée par les événements qui ne parvient plus à joindre les deux bouts ; Phoebe (McKenna Grace), une gamine passionnée par les sciences au point de vivre un peu enfermée dans son monde ; et Trevor (Finn Wolfhard), un adolescent qui cherche sa place, coincé dans cette période charnière à mi-chemin entre l’enfance et l’âge adulte. Le fait que ce dernier soit incarné par l’un des héros de Stranger Things et du Ça d’Andres Muschietti aurait pu laisser imaginer une volonté d’inscrire S.O.S. fantômes l’héritage dans cette mouvance récurrente du revival des années 80 façonnée par des œuvres comme le Super 8 de J.J. Abrams. Or si la nostalgie constelle effectivement la quasi-totalité du métrage, ce n’est pas à via un mimétisme stylistique des eighties mais plutôt à travers le thème de la transmission. Acculée, Callie est ainsi obligée de quitter la ville avec ses enfants pour s’établir dans la vieille maison qui appartenait à son père, dans une petite ville du fin fond de l’Amérique où il passait pour un vieux fou misanthrope et paranoïaque. Or c’est là, sous les couches de poussière de leur nouveau logement précaire, que les enfants découvrent un équipement de chasse aux fantômes…

Les fantômes du passé

S.O.S fantômes : l’héritage ne réitère pas le coup d’éclat du film original et ne s’inscrira évidemment pas dans l’inconscient collectif avec autant d’impact. Mais là n’est pas son intention. Au lieu de chercher à imiter les péripéties et les situations du premier S.O.S. fantômes, le film de Reitman Jr s’inscrit dans son prolongement et décline d’un bout à l’autre l’idée de la passation. Presque tout l’attirail iconique de rigueur est bel et bien là (l’ambulance estampillée du logo rouge et blanc, les panoplies des chasseurs de fantôme et leurs canons à effluves, une grande partie du bestiaire d’antan, une belle brochette de guest-stars) mais transporté dans un contexte rigoureusement différent (la grande ville cède le pas à une bourgade digne d’un western) face à des héros qui n’ont rien à voir avec le quatuor de 1984. Les protagonistes ne sont plus des scientifiques excentriques reconvertis en dératiseurs d’ectoplasmes mais des enfants assumant comme ils peuvent les responsabilités léguées par leurs aînés. Avec ce qu’une telle idée comporte de rires, de frissons et d’émotion. Car entre deux séquences ultra-spectaculaires ou joyeusement absurdes, une larmichette finit par perler chez des spectateurs qui n’imaginaient sans doute pas voir sollicitée leur corde sensible. Plus le film s’achemine vers son climax, plus il nous semble que tout le monde – l’ancienne et la nouvelle génération – ne s’est réuni que pour une seule raison fondamentale : rendre un ultime hommage au scénariste/réalisateur/comédien Harold Ramis, désopilant chasseur de spectres parti rejoindre en 2014 les fantômes du passé.

 

© Gilles Penso

 

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SHARKMAN (2005)

Jeffrey Combs incarne un savant fou qui crée un monstre hybride mixant l’anatomie de l’homme et du requin marteau…

HAMMERHEAD : SHARK FRENZY

 

2005 – USA / BULGARIE

 

Réalisé par Michael Oblowitz

 

Avec William Forsythe, Hunter Tylo, Jeffrey Combs, Elise Muller, Arthur Roberts, G.R. Johnson, Antony Agirov, Maria Ignatova

 

THEMA MONSTRES MARINS

La compagnie Nu Image ayant exploité jusqu’à plus soif les attaques d’animaux géants dans une série de petites productions destinées au marché de la vidéo, elle décida au milieu des années 2000 de varier les plaisirs en créant la collection « Génération Mutants » pour Sci-Fi Channel. Cette fois-ci, en accord avec la vogue lancée par les X-Men de Bryan Singer, nous avons affaire à des créatures hybrides. Dans la foulée de Morphman et Mosquito Man, voici donc Sharkman. Le drame prend ses racines dans les locaux du laboratoire Eeder-Bio-Corp, qui s’intéresse de près aux recherches du docteur King (alias Jeffrey Combs, dans un registre proche du Re-Animator qui le rendit célèbre). Le rêve de cet apprenti sorcier est un croisement contre-nature : « la force phénoménale du requin-marteau associée à l’intellect de l’être humain ». A peu près aussi fou que le Stromberg de L’Espion qui m’aimait, il s’est mis en tête de peupler les océans avec des hommes poissons, annonçant ainsi « l’aube d’une nouvelle Atlantide ». Cette idée saugrenue lui est venue en essayant de guérir son fils Paul, atteint d’un cancer du rein.

Les résultats encourageants que le savant exalté a obtenu en croisant les cellules du malade avec celles d’un requin-marteau le poussent maintenant à cette ambition peu orthodoxe : « Je vais faire évoluer la race humaine vers une nouvelle espèce ». En l’occurrence le « sphirna sapiens ». Pour ses expériences, il travaille à partir de cobayes humains et ne recule devant aucune extrémité, pratiquant des césariennes sans anesthésie et livrant plusieurs femmes non consentantes aux appétits du monstre hybride dans l’espoir qu’il s’accouple avec elles (hélas, notre homme-marteau, fin gourmet, préfère les manger !). L’intrigue se noue lorsqu’une demi-douzaine d’employés du labo lui rend visite sur l’île tropicale où il travaille, retiré du monde. King les a convoqués pour leur faire part de l’avancement de ses travaux, mais en réalité il cherche à se venger de chacun d’entre d’eux. Notre savant fou estime en effet qu’ils lui ont volé sa place dans leur société, volé ses travaux et condamné à l’exil. Il envisage donc de les servir à dîner à son fils.

Si j'avais un marteau…

Sharkman prend alors rapidement la tournure d’une course-poursuite au cours de laquelle les survivants du massacre tentent de s’échapper à travers la jungle, dans la mesure où le monstre est amphibie. Ce dernier, conçu en animatronique ou en images de synthèse selon les plans, n’est pas un homme avec une gueule de requin – contrairement à ce que montre l’affiche du film – mais un requin vaguement anthropomorphe qui n’apparaît finalement que de manière très furtive à l’écran. Ce choix de mise en scène – dicté par d’évidentes raisons budgétaires – s’avère très frustrant pour le spectateur. Comme en outre le scénario est bourré d’incohérences (comment King a-t-il les moyens de se payer une île, un labo high tech et une véritable armée équipée d’hélicoptères, de 4×4, de bateaux et d’armes à foison ?!!) et les acteurs très peu convaincants (à l’exception de Combs), Sharkman s’avère bien peu passionnant, malgré la beauté de ses décors extérieurs et la générosité de ses effets pyrotechniques.

 

© Gilles Penso

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STAY ALIVE (2006)

Et si la sanglante comtesse Bathory sévissait dans un jeu vidéo abolissant les frontières entre le réel et le virtuel ?

STAY ALIVE

 

2006 – USA

 

Réalisé par William Brent Bell

 

Avec Frankie Muniz, Jon Foster, Steve Zahn, Samaire Armstrong, Sophia Bush, Maria Kalinina, Milo Ventimiglia, Adam Goldberg

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I VAMPIRES

Stay Alive est avant tout le fruit d’un savant calcul marketing. Étant donné que les jeux vidéo connaissent un succès exponentiel et que les films d’horreur remplissent régulièrement les salles, pourquoi ne pas essayer de mixer les deux afin de s’attirer le plus large public ? Tel fut le raisonnement du réalisateur William Brent Bell et du producteur Matthew Peterman, concoctant à cet effet un scénario qui n’hésite pas à cultiver la sensation de déjà-vu. Bêta-testeur de jeux vidéo pas encore commercialisés, un jeune homme entre un jour en possession de « Stay Alive », un conte d’épouvante interactif au cours duquel il doit affronter la redoutable comtesse Bathory. Dès la première partie, son personnage tombe dans un piège et se retrouve pendu. Or quelques instants plus tard, le malheureux joueur connaît exactement le même sort dans la réalité. Après cette mort inexpliquée, cinq de ses amis mènent l’enquête et découvrent que « Stay Alive » abolit les frontières entre le monde virtuel et le monde réel.

Malgré ses fortes similitudes avec celle de Ring, la première séquence du film s’avère plutôt efficace, distillant sans peine son lot d’épouvante et de frissons. Le ton étant donné, le spectateur est conditionné et accepte bien volontiers de s’attacher aux cinq protagonistes qui, une fois n’est pas coutume, échappent aux archétypes beaux et musclés hérités du soap-opéra. Humains, crédibles, bardés de névroses et de défauts, ces personnages servent de véhicule idéal à l’identification du public. Hélas, passée une poignée de séquences habilement anxiogènes – dont l’une met en scène l’excellent Adam Goldberg, transfuge de la série Friends et d’Il faut sauver le soldat Ryan – l’intérêt commence à s’émousser. Car une fois la mécanique perverse du jeu mise à jour, nos héros ne sont plus que les instruments d’un scénario truffé d’invraisemblances et de raccourcis hasardeux. Sans compter les énormes libertés prises avec le personnage de la comtesse Elizabeth Bathory, célèbre pour avoir commis ses sanglantes exactions dans la Transylvanie du 17ème siècle, et que le script croit bon de déplacer géographiquement à la Nouvelle Orléans.

En manque de sang neuf

Plus le récit avance, plus l’originalité s’estompe et plus les points communs avec la saga Destination finale se font sentir. Stay Alive s’achemine ainsi sans éclat vers un dénouement décevant et prévisible. C’est dommage, car en quelques rares moments inspirés, le scénario se permet de belles trouvailles, notamment lorsque l’un des héros déambule dans le manoir de la comtesse à l’intérieur du jeu vidéo, tandis que deux de ses amis pénètrent dans le décor réel, leurs actions respectives s’influant l’une l’autre. Cet aller-retour entre réalité et virtualité, souligné par une partition de John Frizzell mixant les instruments symphoniques et les sonorités électroniques, est l’intérêt majeur de Stay Alive, et eut mérité un développement plus rigoureux. D’autant que l’idée d’une séculaire comtesse vampire cherchant ses juvéniles victimes parmi les amateurs de jeux vidéo était des plus séduisantes, et laissait présager un vrai renouveau du genre. En l’état, le film de William Brent Bell ne dépasse pourtant guère le statut de simple curiosité gentiment distrayante.

 

© Gilles Penso


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LA MALÉDICTION DE LA VALLÉE DES ROIS (1980)

Mike Newell adapte un roman de Bram Stoker pour mettre en scène une momie qui mène la vie dure à Charlton Heston…

THE AWAKENING

 

1980 – USA

 

Réalisé par Mike Newell

 

Avec Charlton Heston, Jill Townsend, Susannah York, Stephanie Zimbalist, Patrick Drury, Bruce Myers, Nadim Sawalha

 

THEMA MOMIES

Sous la barbe blanche de Moïse, Charlton Heston avait mis quarante jours pour quitter l’Égypte dans le monumental Les Dix Commandements de Cecil B. DeMille. Vingt-quatre ans plus tard, il y retourne gaiement dans la peau de l’archéologue quinquagénaire Matthew Corbeck. En quête de la tombe de la reine Kara, mentionnée dans les écrits du chercheur hollandais Van Hoorn, Corbeck développe une véritable obsession. Du coup, il délaisse carrément Anne (Jill Townsend), sa femme enceinte, comme si ses fouilles primaient sur le bébé qui ne saurait tarder à venir. La malheureuse en souffre, bien sûr. « Elle cherche à attirer l’attention d’un homme hanté par les morts » constate avec lucidité Jane Turner (Susannah York), son assistante. Le chercheur finit par dénicher le caveau de Kara. Or dès qu’il la met à jour, son épouse tombe malade et doit être hospitalisée d’urgence. Le montage parallèle, habile, alterne l’avancée de l’égyptologue dans le caveau antique et l’accouchement de son épouse, qui manque de tourner à la catastrophe. La récupération de la momie provoque la mort d’un homme qui, comme par hasard, voulait faire cesser les fouilles. N’en pouvant plus d’être délaissée, Anne s’enfuit avec le bébé.

18 ans plus tard, Corbeck est devenu un professeur presque aussi barbu et chenu que Moïse (décidément !) et retourne en Égypte, où Kara est exposée, car une bactérie inconnue provoque sa décomposition. C’est là qu’entre en scène sa fille Margaret, désormais une jolie jeune fille (Stephanie Zimbalist) qui semble avoir hérité de l’obsession de son père pour l’envoûtante Kara… C’est « Le Joyau des sept étoiles », écrit par Bram Stoker en 1903, qui sert d’inspiration à La Malédiction de la vallée des rois. Or ce roman fit déjà l’objet d’une adaptation sulfureuse huit ans plus tôt, La Momie sanglante, sous la direction de Seth Holt. Et face à ce prédécesseur prestigieux produit par le studio Hammer (avec en tête d’affiche l’inoubliable Valérie Léon), le film de Mike Newell fait pâle figure, malgré des moyens beaucoup plus conséquents. 

Les mystères de l’Égypte

La mise en scène manque d’éclat, la musique de Claude Bolling ne fait pas dans la finesse et l’on sent bien une volonté maladroite de capitaliser sur le succès de La Malédiction de Richard Donner (volonté que traduit de manière assez explicite le titre français du film). D’autre part, le scénario s’encombre de personnages superflus (comme le jeune chercheur Paul Whittier qui disparaît d’ailleurs en cours de route) et s’achemine vers une révélation finale que les spectateurs ont devinée dès les premières séquences. L’un des principaux atouts du film – sur lequel misa d’ailleurs beaucoup sa campagne de promotion – fut le choix d’utiliser comme lieux de tournage de véritables sites égyptiens, contrairement à la grande majorité des films de momies réalisés jusqu’alors, se contentant généralement de décors reconstitués en studio. Mike Newell, qui fait ici ses débuts au cinéma après une longue carrière de metteur en scène pour la télévision, réalisera plus tard des œuvres aussi disparates que Quatre mariages et un enterrementDonnie Brasco ou Harry Potter et la coupe de feu.

 

© Gilles Penso


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LE VOLEUR DE BAGDAD (1961)

Cette version italienne du célèbre conte oriental met en vedette Steve Reeves, alors habitué à bander ses muscles dans les péplums mythologiques

IL LADRO DI BAGDAD

 

1961 – ITALIE / USA / FRANCE

 

Réalisé par Arthur Lubin et Bruno Vailati

 

Avec Steve Reeves, Girogia Moll, Arturo Dominici, Edy Vessel, Georges Chamarat, Mohammed Agrebi, Antonio Battistella

 

THEMA MILLE ET UNE NUIT I VÉGÉTAUX I SORCELLERIE ET MAGIE

En pleine vogue du péplum fantastique, le cinéma Italien décide de varier les plaisirs en réinterprétant la légende du « Voleur de Bagdad » sous un jour quelque peu antique. D’où l’emploi en tête d’affiche de Steve Reeves, héros impeccable des Travaux d’Hercule et de Hercule et la reine de Lydie. Le scénario lui-même, co-écrit par Augusto Frassinetti, Filippo Sanjust et Bruno Vailati, s’inspire largement d’épisodes de la mythologie gréco-romaine, notamment l’Odyssée d’Ulysse. Un tel mixage contre-nature pouvait laisser craindre le pire, surtout après les deux magistrales versions du mythe conçues tour à tour en 1924 (avec Douglas Fairbanks) et en 1940 (avec Sabu et Tim Whelan). Or il faut reconnaître que ce Voleur de Bagdad à la sauce italienne, sans égaler ses prédécesseurs, se déguste sans le moindre déplaisir. Le producteur Joseph E. Levine (déjà à l’origine du succès des Travaux d’Hercule) s’arrange pour que son équipe parte tourner dans de véritables extérieurs tunisiens, afin de bénéficier de sites naturels parfaitement adaptés au récit, et l’auteur/réalisateur Bruno Vailati retrouve Reeves qu’il dirigeait deux ans plus tôt dans l’épique La Bataille de Marathon.

Troquant la peau de lion et la massue contre un pantalon bouffant et un sabre, Steve Reeves incarne donc Karim le voleur. Amoureux de la belle Amina (Giorgia Moll), fille du sultan de Bagdad, il doit se mettre à la recherche d’une rose bleue, seule capable de guérir sa bien-aimée du mal étrange qui la ronge. Sa quête s’avère riche en périls inattendus. Après avoir traversé une forêt infestée d’arbres vivants, il doit combattre un colosse doué d’une force redoutable, tous deux étant juchés sur une frêle passerelle au-dessus d’un vertigineux précipice. Karim échappe ensuite aux sortilèges de Kadeejah (Edy Vessel), une magicienne mi-Antinéa mi-Circée qui projetait de le transformer en statue de pierre comme les précédents visiteurs de sa cité perdue. Derrière une cage invisible accessible par un passage secret, notre voleur athlétique découvre alors un cheval ailé, cousin du Pégase de la légende de Persée, et l’enfourche de justesse alors qu’une armée de guerriers robotiques sans visages s’apprêtaient à s’emparer de lui pour le mettre en pièces. Entre-temps, telle la fidèle Pénélope, Amina résiste vaillamment aux assauts de nombreux prétendants qui tentent de la séduire avec de fausses roses bleues…

Steve Reeves multiplié par mille

Les trouvailles visuelles de ce Voleur de Bagdad se multiplient pour le plus grand bonheur des spectateurs, et même si plusieurs d’entre elles auraient mérité des trucages plus performants (on rêve à ce que Ray Harryhausen aurait pu tirer d’un tel récit), le savoir-faire technique de Tom Howard (qui faisait déjà partie de l’équipe des effets spéciaux du Voleur de Bagdad des frères Korda) et la mise en scène conjointe d’Arthur Lubin et Bruno Vailati savent les mettre en valeur. Du coup, le rythme ne défaillit pas, depuis les batailles chorégraphiées du début du film jusqu’aux combats impressionnants du climax, en passant par toutes les étapes surnaturelles qui jalonnent le parcours de Karim, jusqu’à ce climax en plein Bagdad où notre voleur amoureux fait surgir de terre une armée de mille soldats à son image grâce à une amulette magique pour renverser les barbares qui se sont emparés de la ville.

 

© Gilles Penso


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METAMORPHOSIS (1989)

En quête d’un remède contre le vieillissement, un scientifique teste un sérum qui le mue en monstre meurtrier…

METAMORPHOSIS

 

1989 – ITALIE

 

Réalisé par George Eastman

 

Avec Gene LeBrock, Catherine Baranov, Harry Cason, David Wicker, Jason Arnold, Stephen Brown, Tom Story

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Lorsque les fans de fantastique que nous sommes découvrirent que l’acteur George Eastman s’attaquait à la réalisation d’un film d’horreur, les débordements gore les plus extrêmes étaient à prévoir. Car Eastman (de son vrai nom Luigi Montefirori), comédien fétiche de Joe d’Amato, avait promené sa grande silhouette et sa barbe drue dans bon nombre de séries Z italiennes bien dégoulinantes, notamment Anthropophagous, Horrible et La Nuit fantastique des morts-vivants. Or étonnamment, ce Metamorphosis, qui s’inspire en vrac du thème de docteur Jekyll et Mister Hyde, d’Au-delà du réel de Ken Russel et de La Mouche de David Cronenberg, révèle une facture somme toute classique et une approche du genre pour le moins modérée. L’efficacité du film est d’emblée mise à mal par la bande originale médiocre de Luigi Ceccarelli (Les Rats de Manhattan, Jours tranquilles à Clichy) et par son interprète principal, le très peu expressif Gene LeBrock.

LeBrock interprète un chercheur en génétique à l’université de Virginie du nom de Peter Houseman. A l’issue de nombreuses expérimentations, notre bellâtre en blouse blanche parvient à mettre au point une substance interrompant le processus du vieillissement et décide en bon apprenti sorcier de tester cette découverte sur lui-même. Hélas, les effets secondaires du sérum provoquent des crises d’amnésie et des accès de fureur incontrôlables. Le voilà alors affublé du même regard blanc que celui du docteur Banner au moment des transformations de L’Incroyable Hulk. Au plus fort d’une des crises, il occis sans vergogne une de ses étudiantes. Arrêté par la police, Peter est conduit à l’hôpital pour y subir toute une batterie d’examens. Les médecins s’aperçoivent alors que le sérum produit les effets inverses de ceux que Peter escomptait. Du coup, il se mue rapidement en vieillard, via un maquillage riche en latex qui se démarque ouvertement des travaux de Dick Smith sur Little Big Man et Les Prédateurs.

Transformé en Godzilla !

Car le sérum, qui dans un premier temps avait effectivement stoppé le vieillissement des cellules, a réveillé une information génétique remontant aux temps de l’homme primitif. En pleine régression, Peter se transforme bientôt en un monstre aux pulsions incontrôlables. Il voit alors son visage se changer en bouillie de latex. Au stade final de la métamorphose, il prend carrément des allures de dinosaure, sous forme d’une réplique à taille humaine de Godzilla ! Comme si les limites de ce que le spectateur peut endurer sans éclater de rire n’avaient pas encore été atteintes, le malheureux finit le film avec l’aspect d’un mignon petit lézard ! À part quelques intéressants jeux sur la bande son et sur les flashbacks, le film de George Eastman se traîne sans conviction, ponctué d’un jargon pseudo-scientifique qui ne trompe personne. Quelques clins d’œil science-fictionnels pointent parfois le bout de leur nez au fil du métrage, comme l’affiche d’E.T., bien en vue dans l’une des pièces, ou le livre « The Terminal Man » de Michael Crichton dans la lecture duquel est plongé un gardien. On note que les costumes du film sont l’œuvre de Laura Gemser, vedette d’une série de films érotico-exotiques signés Joe d’Amato.

 

© Gilles Penso


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MAX, LE MEILLEUR AMI DE L’HOMME (1993)

Libéré d’un laboratoire d’expérimentations animales, un paisible toutou se transforme en redoutable machine à tuer…

MAN’S BEST FRIEND

 

1993 – USA

 

Réalisé par John Lafia

 

Avec Ally Sheedy, Lance Henriksen, Robert Costanzo, Frederic Lehne, John Cassini, J.D. Daniels, William Sanderson, Robin Frates

 

THEMA MAMMIFÈRES

Journaliste de télévision, Lori Tanner éprouve une répugnance pour la vivisection. Au cours d’un reportage, elle libère un chien prisonnier de sa cage et accoutré d’un attirail scientifique sophistiqué relié à un ordinateur. Le chien, Max, heureux de cette délivrance, s’attache à Lori. Tel est le point de départ de Max, le Meilleur Ami de l’Homme. Un film fantastique prêt à dénoncer les horreurs de la vivisection avait tout pour captiver l’intérêt. Mais on constate rapidement que ce sujet délicat n’est qu’un prétexte scénaristique, bien vite abandonné en cours de route. La trame se concentre d’abord sur les relations de Lori avec Max, qui s’avère très affectueux et extrêmement intelligent. Entre-temps, nous apprenons par l’intermédiaire du docteur Jarret, responsable du laboratoire, que Max a subi de nombreuses manipulations génétiques, ce qui le rend potentiellement très dangereux, d’autant que les sédatifs auxquels il a été soumis ne vont pas tarder à cesser d’agir. La mise en parallèle de ces informations alarmantes avec les agissements de Max, côtoyant enfants, animaux domestiques et banlieusards, déclenche un début de suspense pour le moins efficace. On peut à ce titre admirer le travail du dresseur Clint Rowe qui parvient à faire transparaître très sensiblement toute l’intelligence, la malice et la menace latente de Max.

Mais dès que le gentil toutou se transforme en bête féroce, l’intérêt se relâche car tous les lieux communs hérités de Dressé pour tuer et de Cujo s’accumulent rapidement, sans surprises tant au niveau du scénario que de la mise en scène. La seule idée réjouissante de cette seconde partie est une scène de séduction entre Max et une jolie chienne, filmée comme un vidéoclip, ce qui procure un effet comique des plus réussis. Kevin Yagher, qui avait collaboré avec John Lafia sur Chucky 2, conçoit pour les besoins du film toute une série de faux chiens mécaniques très convaincants, en particulier pour la scène où la bête avale entièrement un chat, ainsi que des maquillages faciaux impressionnants directement appliqués sur la tête de Max.

Super pouvoirs

En plus de son intelligence, de ses capacités de réflexion et de sa compréhension du langage humain, le scénario dote Max d’aptitudes physiques très étonnantes. Il peut ainsi grimper aux arbres grâce à des griffes rétractibles ou encore se fondre dans un décor par mimétisme. Cette idée, excellente, est desservie par un effet visuel certes saisissant – il s’agit d’un morphing – mais peu convaincant car trop excessif. Une autre déception relative provient des comédiens, mollement dirigés par un réalisateur visiblement peu concerné. Ally Sheedy héroïne de Short Circuit, est une assez fade Lori Tanner et Lance Henriksen, qui excelle habituellement dans les rôles de méchants, est hélas sous-exploité dans la peau du peu recommandable docteur Jarret. Les dernières péripéties du film se suivent avec entrain mais sans intérêt excessif, le climax qui s’ensuit déçoit quelque peu et le dénouement, certes comique, est tout de même des plus prévisibles. Max, le meilleur ami de l’homme s’achève donc sans tenir toutes ses promesses, malgré des intentions apparemment louables.

 

© Gilles Penso


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LA NUIT DU LOUP-GAROU (1961)

La Hammer Films s’empare du mythe du lycanthrope et transforme Oliver Reed en anti-héros aux dents longues et au pelage abondant…

THE CURSE OF THE WEREWOLF

 

1961 – GB

 

Réalisé par Terence Fisher

 

Avec Oliver Reed, Yvonne Romain, Clifford Evans, Catherine Feller, Anthony Dawson, Josephine Llewellyn, Richard Wordsworth

 

THEMA LOUPS-GAROUS

Moins révolutionnaire que Frankenstein s’est échappé ou Le Cauchemar de Dracula, cette production Hammer s’extrait plus difficilement de l’influence du studio Universal dans la mesure où l’aspect du monstre et l’esprit général du film ne sont pas vraiment éloignés du Loup-Garou de George Waggner. Le scénario, signé Anthony Hinds, adapte le roman « The Werewolf in Paris » de Guy Endore (auteur du script de La Marque du vampire et adaptateur des Mains d’Orlac). En toute logique, l’action du film aurait donc dû se situer en France, mais on opta finalement pour l’Espagne, afin de profiter des décors initialement édifiés pour un projet avorté sur l’inquisition. Le prologue de La Nuit du loup-garou dure presque un tiers du film. Raconté par la voix-off de l’un des protagonistes, ce premier acte est construit sur une structure elliptique et prend la tournure d’un conte de fées macabre. Le récit débute ainsi en Espagne au 18ème siècle. Le diabolique marquis Siniestro (Anthony Dawson), visiblement émule de son homologue Sade, humilie pendant son repas de noces un mendiant (Richard Wordsworth, inoubliable mutant dans Le Monstre de Val Guest) et le fait jeter au cachot.

Au bout de longues années, le mendiant devient dément et viole une servante sourde et muette (la toute belle Yvonne Romain) qui a été elle aussi emprisonnée pour avoir refusé les avances de Siniestro, alors atteint d’une syphilis avancée. Après l’étrange mort du mendiant libidineux, la jeune fille parvient enfin à s’enfuir. Elle est recueillie par le professeur Alfredo Colerdo (Clifford Evans) et meurt en donnant naissance à Léon, le futur loup-garou. Toutes les photos publicitaires montrant le loup-garou portant dans ses bras velus Yvonne Carlo en robe d’albâtre sont donc hautement fantaisistes puisque les deux personnages ne coexistent jamais à l’écran. Léon grandit et, dans le village, tout le monde s’inquiète bientôt de retrouver des brebis égorgées. Alors nous apparaît enfin le héros à l’âge adulte, c’est-à-dire le massif Oliver Reed, dont le physique ne s’apparente pas vraiment à celui d’un jeune premier, malgré son indiscutable charisme. Le professeur Colerdo découvre bien vite que Léon se transforme en loup-garou durant les nuits de pleine lune. Le jeune homme, qui est tombé amoureux de Cristina (Catherine Feller), la fille d’un commerçant, craint d’attaquer sa fiancée pendant ses métamorphoses lupines. Il demande donc à son père adoptif de lui venir en aide…

Du poil de la bête

Le monstre lui-même se fait beaucoup attendre, mais il faut reconnaître qu’il ne déçoit guère. Si aucune séquence de transformation spectaculaire ne survient à l’écran, le maquillage s’avère très réussi, œuvre d’un Roy Ashton au mieux de sa forme (sans conteste le plus talentueux des maquilleurs ayant œuvré pour la Hammer). À vrai dire, ce loup-garou évoque beaucoup la Bête de Jean Cocteau, chef d’œuvre du maquilleur Agop Arrakelian, d’autant que la chemise ample et déchirée d’Oliver Reed rappelle celle que portait Jean Marais quelque quinze ans auparavant. Dommage que la démarche et le corps du monstre restent parfaitement humanoïdes, un défaut déjà présent dans la création de Lon Chaney et Jack Pierce qui crée gros un décalage avec le maquillage bestial et ôte de la crédibilité à la créature. Le final, très classique, nous offre la traditionnelle sarabande des villageois armés de torches, prélude à l’incontournable sacrifice de la Bête. Contrairement à la plupart des autres monstres de la Hammer, le loup-garou de Terence Fisher restera le héros d’un seul film.

 

© Gilles Penso

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LES AVENTURES DE PINOCCHIO (1972)

Cette mini-série TV ramenée à la durée d’un long-métrage pour sa sortie en salles est probablement la plus belle des adaptations du conte de Collodi

LE AVVENTURE DU PINOCCHIO

 

1972 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Luigi Comencini

 

Avec Nino Manfredini, Gina Lollobrigida, Andréa Balestri, Ciccio Ingrassia, Damenico Santoro , Riccardo Billi, Mario Adorf

 

THEMA JOUETS I CONTES

Le grand public a une vision du conte « Pinocchio » quelque peu déformée par les adaptations édulcorées dont il fit l’objet, notamment le dessin animé produit en 1940 par les studios Disney. Or à l’origine, l’auteur Carlo Collodi (de son vrai nom Carlo Lorenzini), avait conçu cette histoire comme un pamphlet social aux fortes connotations anarchistes. Il fallait un réalisateur comme Luigi Comencini, habitué aux comédies dramatiques réalistes, pour redonner à l’histoire du pantin en bois toute sa crudité. Conçu comme une mini-série télévisée de 300 minutes ramenée ensuite à 130 minutes pour sa sortie en salles, Les Aventures de Pinocchio parvient donc à adapter les canons du néo-réalisme italien aux contraintes du conte de fées, sans que jamais ce mélange des genres ne perde de sa cohérence. Dès les premières minutes, la pauvreté, le froid et la misère sont palpables, tout comme l’indéfectible optimisme de Gepetto (Nino Manfredini), un vieux menuisier sans le sou qui trompe sa solitude en taillant une poupée dans un morceau de noyer. Or il s’agit d’un bois magique, doté de vie, de parole et d’une forte personnalité. Grâce à l’intervention d’une fée (Gina Lollobrigida), la marionnette prend les traits d’un petit garçon facétieux (Andrea Balestri). Prenant goût à la vie, le pantin, surnommé Pinocchio, découvre bien vite la désobéissance, les caprices, la liberté, l’insouciance… et tous les revers de la médaille.

Capturé par un propriétaire de cirque, menacé de mort par un chat et un renard appâtés par le gain, transformé en âne dans un parc d’attractions, il finit ses mésaventures avalé par une gigantesque baleine. Mais Gepetto ne l’a jamais abandonné, donnant enfin du sens à sa vie misérable en s’efforçant de retrouver le petit garçon turbulent et de le ramener dans le droit chemin… Plusieurs scènes du film témoignent des distances que le scénario prend avec l’uniformisation et la bien-pensance, comme ce moment savoureux où un professeur très sérieux exige que la marionnette reprenne forme humaine, dans la mesure où il est plus difficile de punir un enfant désobéissant s’il est en bois ! Ou cette description d’une école modèle où les élèves, tels des moutons, répètent stupidement les préceptes de leur maître, qui se résument à « celui qui ne travaille pas ne mange pas, et finit un jour ou l’autre à l’hôpital ou en prison ». En ce sens, l’esprit de Collodi est fort bien respecté.

Le début de l’aventure

Contournant habilement la modestie des moyens techniques mis à sa disposition, Comencini met en scène des effets spéciaux simples mais d’une grande beauté, notamment l’animation de la marionnette et les apparitions furtives du grillon en ombre portée. Certes, la baleine et le thon auraient probablement mérité un peu plus de finitions, même si leur look de marionnettes de parc d’attraction reste en accord avec l’aspect théâtral de leur intervention. Bien souvent, le film évoque d’ailleurs la commedia dell’arte, voire le cinéma de Fellini. A la fin du film, un carton nous annonce : « ainsi s’achèvent les aventures de Pinocchio, maintenant va commencer pour lui une autre belle aventure : la vie ». Loin du happy end traditionnel, le dénouement nous laisse en effet entendre que les problèmes ne font que commencer.

 

© Gilles Penso

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