ROBOT WARS (1993)

Une production Charles Band à tout petit budget où deux robots géants s’affrontent dans un monde futuriste…

ROBOT WARS

 

1993 – USA

 

Réalisé par Albert Band

 

Avec Don Michael, Barbara Crampton, James Staley, Lisa Rinna, Danny Okumoto, J. Downing, Peter Haskell, Sam Scarber

 

THEMA ROBOTS I FUTUR I SAGA CHARLES BAND

Dans la foulée de Robot Jox et Synthoid 2030, le producteur Charles Band se dit que le filon des robots géants n’est peut-être pas encore totalement épuisé et mérite sans doute un opus supplémentaire. Il se lance donc dans Robot Wars qu’il ne peut pas réaliser lui-même, faute de temps, et confie donc à son père Albert Band. Le film se donne d’emblée des allures de superproduction, avec un générique de plus de trois minutes qui défile sur des gros plans de cuirasses robotiques, aux accents d’une musique pompeuse au synthétiseur de David Arkenstone s’efforçant d’imiter un grand orchestre symphonique. Le ton est donné, et le décalage entre les ambitions et les moyens s’annonce cruel. Rédigé par Jackson Barr (Future Cop 2, Subspecies), le scénario nous projette en 2041. Après une guerre entre les États-Unis et l’Asie, le général Wa-Lee, un dignitaire asiatique peu scrupuleux, s’empare du dernier modèle de robot géant le MRAS-2. Avec cette arme absolue, il menace les habitants de l’alliance de l’Est. Une seule force est capable de l’arrêter : le robot MEGA 1, qui est abandonné dans un souterrain et qu’il faut réactiver. Une équipe formée d’un pilote mercenaire (Don Michael Paul), d’un mécanicien rigolo (James Staley) et d’une brillante archéologue (Barbara Crampton, beaucoup plus habillée que dans Re-Animator et From Beyond) est chargée de rétablir la paix par la force. Une lutte titanesque s’engage alors entre les deux robots géants.

Prometteur, n’est-ce pas ? Mais comme on s’en doute, le seul véritable intérêt de cette production Full Moon est le travail de David Allen, chargé de donner vie aux robots du film. Le MRAS-2 est une machine aux allures de scorpion géant dont les mouvements, la forme du cockpit et même les effets sonores sont directement inspirés par les At-At de L’Empire contre-attaque. Cette belle bête est animée en stop-motion dans des plans tous très réussis quoiqu’un peu répétitifs. Le MEGA 1, de son côté, a une forme plus humanoïde, ou plutôt simiesque. Ses longs bras, ses jambes courtes et son torse en V lui donnent en effet les allures d’un gorille. « Nous avons modifié légèrement le look du robot de Crash and Burn afin de le réutiliser dans ce film », nous révélait David Allen (1). Une tête a en effet été ajoutée au modèle initial, qui n’était animé que de manière mécanique, et très furtivement dans le film précédent de Charles Band. Ici, il a plutôt fière allure dans la poignée de plans en stop-motion où il apparaît. « C’était une sorte de Robot Jox à petit budget », reprend Allen à propos de Robot Wars. « Mais ce n’est pas un film très intéressant. Et le plan final de l’explosion du robot, réalisé par le département des effets optiques, est très décevant. » (2)

Robot-scorpion contre robot-gorille

Il faut bien reconnaître qu’entre deux séquences mettant en scène les deux colosses mécaniques, on s’ennuie ferme dans Robot Wars. Même les batailles à base de pistolets laser manquent de punch. Mal montées, mal chorégraphiées, pas crédibles pour un sou, elles tombent à l’eau. Il faut dire que les acteurs n’y mettent pas vraiment du leur, surtout Don Michael, insupportable de cris exaltés et de gesticulations permanentes dans son rôle de macho arrogant dont s’éprend une Barbara Crampton qu’on a connu plus farouche. Pour que le spectateur n’ait pas trop à se creuser les méninges, on lui facilite la tâche en identifiant clairement les méchants : ils ont des capuches et des lunettes noires. On ne peut s’empêcher au passage d’appréhender avec une certaine perplexité ce scénario manichéen exhalant un racisme anti-asiatique patent. Le super-vilain n’a pas plus de crédibilité que dans une bande dessinée, mais tout de même. De toutes façons, rien n’est à prendre au sérieux ici, comme le confirme ce clin d’œil potache dans une ville désaffectée visitée par un groupe de touristes où un cinéma affiche Puppet Master 54 ! Robot Wars reste mieux fagoté et un peu plus intéressant que Synthoid 2030, nous offrant un très sympathique combat final tout à fait digne de ceux de Robot Jox. C’est toujours ça de pris.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso

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ILSA, LA TIGRESSE DU GOULAG (1977)

Dans cette troisième aventure sanglante et débridée, la blonde tortionnaire incarnée par Dyanne Thorne sévit dans la Sibérie des années 50…

ILSA, TIGRESS OF SIBERIA

 

1977 – CANADA

 

Réalisé par Jean Lafleur

 

Avec Dyanne Thorne, Michel-René Labelle, Gilbert Beaumont, Jean-Guy Latour, Ray Landry, Terry Haig, Jacques Morin

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA ILSA

Après avoir été assassinée dans les années 40 à la fin d’Ilsa, la louve des SS, puis s’être retrouvée enfermée dans les geôles d’un palais arabe au beau milieu des seventies dans Ilsa, gardienne de harem, la blonde tortionnaire est de retour dans Ilsa la tigresse du goulag où elle mène la vie dure aux prisonniers politiques dans la Sibérie de 1953. On le voit, la logique et le sens de la chronologie n’ont pas droit de cité dans cette série bizarre qui s’évertue à mêler érotisme et horreur en un douteux mixage contre-nature. Cette fois-ci, la mise en scène a été reprise par Jean Lafleur, ancien collaborateur de David Cronenberg, et il faut bien avouer que ce troisième épisode, toujours produit par la compagnie canadienne Cinepix, n’y a gagné ni en rythme, ni en inventivité. La première partie du film nous plonge en terrain connu. La maléfique Ilsa dirige désormais un goulag, où la torture punitive est quotidiennement pratiquée. C’est donc reparti pour un festival d’atrocités, cette fois-ci réservées uniquement aux mâles, contrairement aux deux épisodes précédents dans lesquels c’est majoritairement la gent féminine qui passait un mauvais quart d’heure.

À défaut d’être subtils, les effets spéciaux s’avèrent efficaces et bien saignants : bras de fer dont le perdant a le poignet tranché par une tronçonneuse, victimes jetées vivantes dans la gueule d’un tigre affamé, prisonnier évadé à la tête transpercée par une lance puis fracassée par une masse, rebelle noyé dans l’eau glacée… Un beau jour, on apprend la mort de Staline et l’arrivée imminente d’un général opposé au régime. Le goulag est donc mis à feu et à sang et les tortionnaires s’enfuient. Le film semble terminé, mais nous ne sommes qu’à une quarantaine de minutes de métrage, ce qui est tout de même un peu court. L’action se transporte alors à Montréal en 1977. Ilsa y poursuit des activités criminelles, sous la couverture officielle d’une maison close, et n’a pas perdu la main côté libido. En effet, chaque soir, elle choisit deux hommes parmi ses collaborateurs patibulaires et passe une nuit fort agitée avec eux.

Tortures high-tech

Modernisation oblige, la « super-vilaine » emploie désormais des moyens high-tech pour torturer ses victimes, notamment un ordinateur capable de déceler les phobies des gens pour pouvoir ensuite les plonger dans un monde virtuel où ils se croient victimes desdites phobies. Ainsi, une jeune donzelle soumise à cette machine mine de rien très avant-gardiste se voit elle envahie de serpents et de lézards en tous genres, les reptiles étant ce qu’elle redoute le plus au monde. Lorsque vient le tour du héros, ancien prisonnier du goulag du début y ayant échappé par miracle, la phobie révélée est tout autre : il ne craint  qu’une seule chose, la castration ! Une fois de plus, tout s’achève par une fusillade générale, provoquée par un commando influencé à nouveau par les James Bond, tandis qu’Ilsa se retrouve abandonnée au beau milieu d’un désert de glace, la jambe cassée, et obligée de faire brûler tout l’argent qu’elle a extorqué pour pouvoir se réchauffer. Ce sera l’avant-dernière aventure d’une super-vilaine prompte à flatter les instincts les plus bas du public des années 70.

 

© Gilles Penso

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ROBOCOP 3 (1993)

Un troisième opus aseptisé qui annihile toute violence et toute satire au profit d’une aventure très anecdotique…

ROBOCOP 3

 

1993 – USA

 

Réalisé par Fred Dekker

 

Avec Robert Burke, Mario Machado, Remy Ryan, Jodi Long, John Posey, Rip Torn, Mako, John Castle, CCH Pounder, Jill Hennessy

 

THEMA ROBOTS I FUTUR I SAGA ROBOCOP

Le personnage de Robocop s’étant peu à peu mué en franchise pour le studio Orion, Fred Dekker et Frank Miller se lancent dans l’écriture d’une seconde séquelle du film de Paul Verhoeven visant à mettre de nouveaux obstacles dans les pattes du policier cyborg. La multinationale OCP, rachetée par un groupe japonais, veut toujours construire Delta City sur les ruines du vieux Detroit. OCP a l’argent, le pouvoir mais très peu de temps pour mettre son plan à exécution. Un commando vide donc le quartier à la manière forte. Un groupe d’habitants résiste malgré tout, mené par la vénérable Bertha (CCH Pounder) et aidé par Nikko (Remy Ryan), petite génie de l’informatique dont les parents ont été expulsés et déportés. Leur action risque de faire échouer OCP, qui décide alors de reprogrammer Robocop pour qu’il chasse les rebelles. Mais le docteur Lazarus (Jill Hennessy), chargée de l’entretien de Robocop, refuse d’effacer la mémoire d’Alex Murphy, l’homme qu’il était avant de devenir un cyborg. Grâce à ses souvenirs d’être humain, Robocop se retourne donc contre l’OCP pour aider les habitants de Detroit.

Le second Robocop n’apportait déjà pas grand-chose au personnage imaginé par Edward Neumeier et Michael Miner, mais Irvin Kershner s’était au moins attaché à respecter l’esprit cynique du film original. Il en résultait un épisode plein de folie et de fureur, débordant de morceaux d’anthologie et ne reculant jamais devant les effusions de sang et les salves d’humour noir. En ce sens, l’esprit du premier Robocop était préservé. Fred Dekker, pour sa part, édulcore tellement le potentiel du sujet et fait tant régresser son protagoniste que le résultat fait peine à voir. La satire, la violence et l’intensité des deux premiers Robocop s’est ici évanouie au profit d’une aventure infantilisante dans laquelle Alex Murphy fait office de super-héros déshumanisé et triomphant. Nouvel interprète de Murphy après le départ de Peter Weller, Robert Burke mime avec un talent étonnant la gestuelle robotique et présente de troublantes ressemblances physiques avec son prédécesseur (ce qui motiva bien sûr son embauche), mais il s’avère incapable d’insuffler à son personnage une véritable humanité.

Terminator contre Transformers

Les facilités scénaristiques abondent sans vergogne (la petite fille qui possède des connaissances informatiques parfaitement invraisemblables) et même les faux spots publicitaires – marque de fabrique de la série – ont perdu tout leur piquant. L’impressionnant Ed-209 en est réduit à une minuscule apparition en guest-star, laissant la vedette à une série d’automates japonais à figure humaine très inspirés par Terminator (ils possèdent d’ailleurs la même vision rouge). Au cours du final, Robocop se mue en véritable Transformer. Soucieux de s’attirer les faveurs du tout jeune public et des fabricants de jouets, Frank Miller imagine ainsi un réacteur dorsal permettant au cyborg de s’envoler comme Superman, et Fred Dekker un bras-canon capable de tirer des balles, des flammes ou des roquettes. Très peu sollicité par cet opus, le génie des effets spéciaux Phil Tippett – qui fut maître d’œuvre des trucages de Robocop et Robocop 2 – est cependant appelé à la rescousse à la dernière minute pour animer des plans du héros qui vole dans l’espoir de dynamiser le climax. « Les gros plans de cette séquence avaient été obtenus avec un cascadeur filmé sur fond bleu, mais les projections tests ont révélé des réactions négatives face à ces plans », explique-t-il. « Les gens trouvaient ça trop statique. J’ai donc dû refaire la plupart d’entre eux en animation. Mais le budget alloué par Orion était très faible sur Robocop 3. Tout a donc été minimisé sur cette deuxième séquelle. Je ne suis pas allé sur le tournage et je n’ai même pas rencontré le réalisateur Fred Dekker ! » (1) Rien ne va donc plus dans ce troisième Robocop, qui sera le dernier film de la série, avant que le personnage ne poursuive ses exploits sur le petit écran.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso


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WARLOCK 2 (1993)

Un deuxième épisode violent et spectaculaire qui met une nouvelle fois en vedette le diabolique sorcier incarné par Julian Sands…

WARLOCK : THE ARMAGEDDON

 

1993 – USA

 

Réalisé par Anthony Hickox

 

Avec Julian Sands, Chris Young, Paula Marshall, Joanna Pacula, Steve Kahan, R.G. Armstrong, Charles Hallahan

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I DIABLE ET DÉMONS I SAGA WARLOCK

C’est en 1989 que le premier Warlock sort les écrans, narrant face à la caméra inspirée de Steve Miner la lutte d’un couple contre un redoutable sorcier incarné par Julian Sands. Produit par une compagnie New World Pictures en plein déclin, le film connaît une première distribution discrète avant d’être repris en main par la société Trimark Pictures qui lui offre une sortie mieux orchestrée – avec à la clef un certain succès d’estime bien mérité. D’où la mise en chantier de ce second opus, confiée cette fois-ci à Anthony Hickox (Waxwork, Waxwork 2, Hellraiser 3, Full Eclipse). À dire vrai, il est difficile de considérer Warlock 2 comme une véritable suite du premier, dans la mesure où le scénario, le style de la mise en scène et la structure narrative des deux films n’ont rien en commun, le seul lien étant assuré par le diabolique héros interprété par Julian Sands. Finalement, Warlock 2 est plutôt un remake (ou même un « reboot », mais le mot n’était pas encore entré dans le langage hollywoodien à l’époque) de son prédécesseur, et peut donc s’appréhender de manière autonome.

Dans un passé lointain, des druides ont empêché l’ascension du fils de Satan en utilisant six pierres runiques magiques capables de créer une lumière renversant les ténèbres. Alors que ces druides sont persécutés par des chrétiens persuadés qu’ils ont affaire à des sorciers païens, la plupart d’entre eux meurent et les pierres sont dispersées. Après ce prologue d’un autre âge, nous voilà dans le présent. Nous y découvrons Kenny (Chris Young) et Samantha (Paula Marshall), deux jeunes amoureux qui, justement, sont les descendants de ces fameux druides. Or le redoutable Warlock vient de ressusciter, à l’issue d’une scène d’accouchement sordide qui semble puiser ses racines dans Alien. À peine surgi des entrailles de la malheureuse ayant servi malgré elle de mère porteuse, le fils du diable n’a désormais plus qu’une idée en tête : retrouver dans les six jours qui viennent les six pierres runiques. Kenny et Samantha vont devoir s’initier à la magie pour se mettre en travers de son chemin…

Mon sorcier mal aimé

Là où Steve Miner faisait mouche, maniant allègrement l’humour, l’horreur et le fantastique, il faut avouer qu’Anthony Hickox se casse les dents, desservi il faut l’avouer par une intrigue peu propice à d’intéressants développements. Warlock 2 évolue en effet avec une terrible linéarité, alternant mécaniquement la quête des pierres par le « super-vilain » et l’apprentissage spirituel des deux jeunes guerriers appelés à l’affronter (façon chevaliers Jedi). D’un côté, nous suivons donc les méfaits d’un Julian Sands prompt à multiplier les victimes avec une cruelle imagination digne de Freddy Krueger (avec une mention spéciale pour la transformation d’un collectionneur d’art en statue à la Picasso, ou la métamorphose d’un directeur de cirque en fantôme hantant le palais des glaces). De l’autre, nous assistons à l’apprentissage de nos deux tourtereaux découvrant les joies de la télékinésie via des images de synthèse assez peu réalistes (pour figurer les objets en lévitation). Les autres effets spéciaux du film sont plus heureux, mixant les trucages numériques (le Warlock passe à travers une branche plantée dans son corps comme le T 1000 de Terminator 2), les effets optiques (Sands voltige dans les airs et descend même dans le ciel sur un escalier invisible), et de croustillants maquillages spéciaux jouant volontiers la carte du gore. Le fait que le diable, sur le point de paraître, soit chassé par de simples phares de voiture et que notre Warlock soit anéanti par un petit poignard ôte au dénouement toute crédibilité et laisse donc les spectateurs sur une impression mitigée. Bien sûr, le dénouement de Warlock 2 laisse la porte ouverte vers une nouvelle suite potentielle. Elle se concrétisera en 1999.

 

© Gilles Penso


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ROBOCOP 2 (1990)

Le réalisateur de L’Empire contre-attaque prend la relève de Paul Verhoeven pour cette suite qui met en scène un robot psychopathe très impressionnant…

ROBOCOP 2

 

1990 – USA

 

Réalisé par Irvin Kershner

 

Avec Peter Weller, Nancy Allen, Dan O’Herlihy, Tom Noonan, Robert DoQui, Felton Perry, Tom Rosales

 

THEMA ROBOTS I FUTUR I SAGA ROBOCOP

A la fin des années 80, le succès de Robocop déclenche naturellement chez la compagnie de production Orion l’envie d’en tourner une suite. Paul Verhoeven étant parti filmer d’autres horizons futuristes avec Total Recall, c’est Irvin Kershner qui est chargé de le remplacer. Avec L’Empire contre-attaque et Jamais plus jamais dans sa filmographie, le cinéaste semble tout à fait à la hauteur. Si ce n’est qu’il est engagé quelques semaines seulement avant le début du tournage, après le départ précipité de Tim Hunter, le premier réalisateur pressenti. Avec en main un scénario à peine rédigé, le vénérable cinéaste craint de se laisser dépasser par la charge de travail. D’autant qu’il souhaite un peu édulcorer la violence présente dans le premier Robocop pour pratiquer un humour noir plus proche de celui d’une bande dessinée. La présence de Frank Miller à l’écriture le conforte dans cette idée. Kershner sait surtout qu’il peut s’appuyer sur le talent créatif de Phil Tippett, avec qui il collabora une décennie plus tôt sur L’Empire contre-attaque, et qui monte à l’occasion de Robocop 2 une équipe imposante afin d’englober l’énorme masse d’effets spéciaux requis par le film. Car si ED-209, l’opposant de Peter Weller dans le premier Robocop, était un monstre bipède tenant la vedette d’une poignée de séquences mémorables, son successeur est prévu pour être une machine beaucoup plus complexe.

Cette nouvelle créature métallique passe par de nombreux designs avant de trouver son look définitif, défini par l’artiste Craig Hayes. « Il est un peu inspiré des jouets japonais, notamment les robots Transformers, mais aussi du corps des bodybuilders et des armures médiévales », nous explique Phil Tippett. « Il est doté de quatre bras de tailles différentes montés sur une tourelle tournante, et chacun de ses membres peut s’articuler dans tous les sens. C’est un design particulièrement complexe. En fait, sa forme précise n’est pas lisible immédiatement. Il faut attendre quelques plans avant de comprendre à quoi il ressemble vraiment. Et il a un plus gros potentiel effrayant que ED-209, qui prêtait parfois à rire » (1). À ce physique cauchemardesque s’ajoute un comportement effrayant, dans la mesure où ce robot possède le cerveau d’un criminel psychopathe nommé Cain (et incarné par Tom Noonan, le serial killer du Sixième sens). Le monstre intervient dans une série de séquences incroyables repoussant les limites de ce qui avait été fait jusqu’alors dans le domaine de la stop-motion. Sa première apparition se situe dans un hangar sombre, les jeux d’ombres laissant encore planer un doute sur sa morphologie précise. La séquence est extrêmement dynamique, mais ce n’est rien à côté du climax du film qui décrit l’affrontement homérique entre Robocop et Cain et multiplie jusqu’à l’excès les impacts de balle et les destructions. Tout au long de ces folles séquences, Phil Tippett et son équipe réussissent à faire passer toute une gamme d’expressions dans cet amas sauvage de métal : la surprise, l’envie, la satisfaction, la colère…

Métal hurlant

Grâce au savoir-faire et à l’inventivité de Tippett, qui assure aussi la réalisation de deuxième équipe et gère seul toutes les scènes à effets spéciaux, Kershner peut se concentrer sur les comédiens malgré les délais très serrés qui lui sont impartis et parvient presque à calquer son style sur celui de Paul Verhoeven. La satire sociale est toujours aussi cinglante, la violence visuelle guère édulcorée, mais il manque au film une vision et une singularité. Kershner n’ayant pas eu le temps d’apposer un point de vue vraiment personnel sur le sujet, Robocop 2 sent un peu la redite. Le guet-apens tendu à Robocop et son démembrement remplacent ainsi la mise à mort d’Alex Murphy dans le premier film, Tom Noonan reprend le rôle du gangster tenu précédemment par Kurtwood Smith, les spots publicitaires et les flashs d’information n’ont pas changé de ton… Bref, nous sommes en terrain connu. Seule véritable nouveauté : Robocop, reprogrammé, se transforme en boy-scout caricatural et ridicule. Reste également la patte Frank Miller et quelques extravagances qui semblent directement issues des pages d’un comic book, comme ce cerveau et cette moelle épinière flottant dans un bocal. Dommage, par exemple, que cette suite n’ait pas plus creusé les possibilités d’humanisation que laissaient espérer les scènes du début. Au jeu de la comparaison, Robocop 2 ne fait donc pas le poids face à son prédécesseur. Mais la folle ambition de ses séquences d’action, la redoutable monstruosité de son super-vilain mécanique et sa description désenchantée d’une société à peine futuriste gangrénée par la corruption sont d’inestimables atouts qui le placent au-dessus du lot… surtout si l’on tient compte du dérisoire Robocop 3.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso


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DEMONIC TOYS (1992)

Réfugiés dans un entrepôt sinistre, des gangsters et des policiers sont attaqués par des jouets possédés par un esprit maléfique…

DEMONIC TOYS

 

1992 – USA

 

Réalisé par Peter Manoogian

 

Avec Tracy Scoggins, Bentley Mitchum, Daniel Cerny, Michael Russo, Barry Lynch, Ellen Dunning, Pete Schrum, Jeff Weston, Richard Speight

 

THEMA JOUETS I CLOWNS I SAGA CHARLES BAND I DEMONIC TOYS

C’est à David S. Goyer, futur scénariste des trilogies Blade et The Dark Night, que nous devons l’histoire de Demonic Toys, tentative manifeste de la part du producteur Charles Band de capitaliser sur l’idée des jouets maléfiques popularisée par la saga Puppet Master. Fan de Re-Animator et de From Beyond, Goyer est ravi lorsque Band le contacte et lui propose d’écrire deux films pour lui, avec la promesse de réaliser l’un d’entre eux. L’une des méthodes habituelles de ce roi du marketing est de faire dessiner des posters alléchants sans aucun scénario et de vendre les films sur ces simples visuels. Goyer observe donc la généreuse collection d’affiches prometteuses de projets qui trônent dans le bureau de Band et en choisit deux : Arena et Demonic Toys. La grosse difficulté est qu’il n’a que deux semaines pour écrire les deux films ! Il s’acquitte non sans mal de cette tâche délicate, scénarisant Arena pour le réalisateur Albert Pyun et Demonic Toys pour lui-même. Mais au dernier moment, Goyer craint de ne pas être capable d’apporter une quelconque plus-value en tant que réalisateur, dans la mesure où tous les membres de l’équipe lui sont imposés, ainsi qu’un grand nombre de choix artistiques. Il passe donc son tour et livre son scénario à Charles Band, qui en confiera finalement la mise en scène à Peter Manoogian.

Pris en chasse par un duo de policiers qui leur ont tendu un piège, des gangsters en cavale se réfugient dans un entrepôt où sont stockés de vieux jouets. Blessé, l’un d’entre eux perd son sang, éveillant un esprit maléfique en sommeil. Celui-ci anime un clown carnassier, un bébé de plastique grimaçant, un ours en peluche anthropophage et un robot équipé de bras canons. L’influence de Jeu d’enfant, point de départ d’une autre célèbre franchise à base de jouets démoniaques, semble ainsi s’être taillée une part importante dans le scénario de Goyer, que Manoogian retravaille de son côté pour mieux s’approprier cette histoire improbable. Petit budget oblige, la quasi-totalité de l’intrigue se situe dans un lieu unique et s’appuie sur une mécanique efficace à défaut d’être innovante : les adultes piégés dans cet entrepôt sont massacrés un à un par les jouets monstrueux ramenés à la vie.

Le clown, le bébé, l’ours et le robot

Les personnages humains étant aussi transparents qu’une feuille de papier calque (malgré les efforts redoublés du scénariste et du réalisateur pour tenter de les épaissir un peu), c’est naturellement vers les jouets qu’est attirée l’attention des spectateurs. Conçus conjointement par Dennis Gordon, Hervey Mayo, Mark Rappaport et John Carl Buechler, ils savent égailler le métrage d’une poignée de séquences horrifiques originales mettant à contribution d’habiles effets mécaniques, des marionnettes et des costumes spéciaux. La stop-motion intervient de son côté pour mettre en mouvement des cubes qui écrivent des messages de menace aux protagonistes. Puis elle permet de donner vie à un petit soldat de bois qui sort de sa boîte pour contrer les forces du mal. Cette séquence n’est pas sans rappeler Les Puppetoons et Les Aventures de Tom Pouce, l’hommage aux féeries de George Pal s’avérant surprenant dans le contexte d’un tel film. On regrette surtout que David Allen, maître d’œuvre des trucages de la saga Puppet Master, n’ait pas pu mettre son grain de sel dans le film pour donner un peu plus de dynamique à ces jouets agressifs. Sympathique à défaut d’être inoubliable, Demonic Toys sera rebaptisé Jouets démoniaques lors de sa première distribution en VHS en France.

 

© Gilles Penso

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PRIS AU PIÈGE (2017)

Alex de la Iglesia isole dans un bar huit personnes disparates qui doivent s’enfermer si elles veulent rester en vie…

EL BAR

 

2017 – ARGENTINE / ESPAGNE

 

Réalisé par Alex de la Iglesia

 

Avec Blanca Suarez, Mario Casas, Jaime Ordoñez, Carmen Machi, Terele Pavez, Secun de la Rosa, Alejandro Awada, Joaquin Climent

 

THEMA CATASTROPHE

Cinéaste de tous les excès, de toutes les exubérances et de toutes les folies, Alex de la Iglesia s’est toujours amusé à mélanger les genres pour mieux déconcerter ses spectateurs, avec une prédilection pour la comédie, l’horreur, le thriller et parfois même la science-fiction. Une fois de plus, il brouille ici les pistes en jouant d’abord la carte de l’humour pour progressivement teinter son œuvre de noirceur jusqu’à un point de non-retour. Avec son fidèle coscénariste Jorge Guerricaechevarria, le réalisateur d’Action Mutante et Le Jour de la bête inscrit son intrigue dans un Madrid contemporain et familier duquel surgiront l’insolite et l’inexpliqué. Dès son entame, Pris au piège annonce la couleur. Le générique se déroule sur la vue microscopique de divers organismes mono ou pluricellulaires, un choix visuel déconcertant qui évoque autant les composantes d’un virus (le « McGuffin » du scénario) que l’étude scientifique d’espèces animales en lieu clos. Or Pris au piège va justement s’employer à isoler plusieurs individus pour analyser leur comportement, adoptant presque une approche ethnologique. L’ouverture du film est d’ailleurs un plan-séquence virtuose en pleine rue englobant un microcosme de personnages dans le même espace-temps, la caméra passant de l’un à l’autre en s’accrochant à leurs bribes de conversations.

D’emblée, nous comprenons que notre point de repère dans ce récit pluriel sera Elena (Blanca Suarez), en chemin pour un rendez-vous galant. La jeune femme fait halte momentanément dans un bar pour y recharger son téléphone portable et découvre les futurs acteurs du drame qui ne saurait tarder à se jouer : la gérante Amparo, le barman Satur, le hipster Nacho, l’accro aux jeux d’argent Trini, le mendiant fanatique religieux Israel, les clients Sergio et Andres, ainsi qu’un homme malade qui se précipite en hâte dans les toilettes. Huit personnes, un décor simple, une situation banale. En quelques minutes, Alex de la Iglesia met en place son unité de lieu et de temps. Les choses basculent soudain lorsqu’un homme d’affaire qui sort du bar est aussitôt atteint d’un coup de feu en pleine tête. Que s’est-il passé ? Que faire ? Un homme qui se dévoue pour porter secours à la victime est brutalement abattu de la même façon. Paniqués, les occupants du bar décident de ne plus sortir en attendant de comprendre ce qui se passe…

Piliers de comptoir

Alex de la Iglesia profite de ce huis-clos quasiment théâtral pour se jouer des clichés et mener ses spectateurs en bateau. Car pendant longtemps, on ne sait pas où se dirige cette intrigue. S’agit-il d’un film d’horreur ? De science-fiction ? D’autre chose ? L’imagerie familière des histoires de zombies et de contagion s’invite bientôt, mais les choses ne sont pas aussi simples. Et comme dans tout film catastrophe qui se respecte, la situation extrême révèle les personnalités, attise les tensions et fait craquer le vernis. Le courage, la lâcheté, l’agressivité, tout s’exacerbe. « La peur nous change », dira Elena, avant de s’entendre répondre : « Non, la peur nous montre qui on est vraiment ». Reprenant certaines des thématiques développées dans ses comédies noires Mes chers voisins et Le Crime farpait, le cinéaste prouve une fois de plus que la mesquinerie et l’égoïsme n’ont d’autre issue que le chaos. Pour renforcer son propos, il ne cesse de restreindre l’espace de jeu de ses « héros », rétrécissant peu à peu le décor, éliminant un à un les protagonistes, nouant la tragédie à l’extrême. Remarquable dans son équilibrage permanent entre la comédie et le drame, Pris au piège s’appréhende rétrospectivement avec un certain trouble. Deux ans avant la crise du Covid 19, Alex de la Iglesia nous parlait en effet de virus, de contamination, de confinement et de luttes autour d’une vaccination…

 

© Gilles Penso

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SHAKMA (1990)

Un singe qui a servi de cobaye à des expérimentations médicales s’échappe de sa cage et entame un massacre méthodique…

SHAKMA

 

1990 – USA

 

Réalisé par Hugh Parks et Tom Logan

 

Avec Christopher Atkins, Amanda Wyss, Ari Meyers, Roddy McDowall, Robb Morris, Tre Laughlin, Greg Flowers, Ann Kymberlie, Donna Jarrett

 

THEMA SINGES

Tourné aux studios Universal de Floride pour un budget estimé à un million et demi de dollars, ce modeste film d’horreur tente un curieux mélange. Si son intrigue s’appuie sur la mécanique classique de l’attaque animale, le scénario de Roger Engle (dont ce sera le seul « titre de gloire ») cherche aussi à capitaliser sur la vogue croissante des jeux vidéo, des jeux de rôle et de l’avènement de l’informatique à l’aube des années 90. Il en résulte un « shocker » un peu hybride co-réalisé par Hugh Parks et Tom Logan qui, quelques mois plus tôt, signaient l’obscure comédie Dream Trap. Shakma s’intéresse au professeur Sorenson (Roddy McDowall) et à six de ses étudiants. Ces derniers conduisent plusieurs expériences sur des animaux dans le but d’abolir leur hormone d’agressivité. Ils injectent ainsi le produit de leur invention, la corticotropine, à l’un de leurs cobayes, le babouin Shakma. Bien sûr, chaque habitué du cinéma fantastique sait qu’il n’est jamais bon de jouer à l’apprenti-sorcier. Mais nos protagonistes n’en sont visiblement pas conscients. Le résultat de leurs expérimentations sera donc l’inverse de celui qu’ils escomptent.

 

À ce stade du récit, Shakma tente d’apporter un peu d’originalité à travers la traditionnelle soirée de jeu de rôle à laquelle participe le groupe d’étudiants dans les locaux du laboratoire. Un jeu qui, avouons-le, semble ennuyeux à mourir, au point qu’il nous semble improbable que les étudiants puissent s’y adonner avec autant de passion. Mais bon, admettons. Cette distraction ludique n’est de toutes façons qu’un prétexte à détourner l’attention des spectateurs, puisque le singe Shakma ne tarde pas à s’échapper pour roder dans les couloirs en quête de proies dans lesquelles planter ses crocs. Le jeune Sam (Christopher Atkins), organisateur du jeu et responsable du soin des animaux, va bientôt regretter de ne pas avoir euthanasié le quadrumane, comme le lui avait demandé initialement le professeur.

Malin comme un singe

L’intrigue n’étant pas foncièrement palpitante, seules les agressions du babouin nous secouent un peu de notre torpeur, même si elles sont filmées sans inventivité. Car la mise en scène de Parks et Logan est relativement anonyme, souffrant en outre d’une lumière télévisuelle et d’une affreuse bande originale synthétique. Une ou deux scènes de suspense dans les couloirs fonctionnent tout de même assez bien et quelques trouvailles visuelles surnagent, notamment la gueule ensanglantée du monstre qui occupe tout l’avant-plan tandis qu’une fille terrorisée hurle à l’arrière-plan. Le babouin lui-même s’avère impressionnant lorsqu’il pique des crises d’hystérie, se met à attaquer tout ce qui entre dans son champ de vision, court à toute allure dans les corridors ou tape frénétiquement contre les portes en sautant dans tous les sens. Il faut à ce titre saluer le travail remarquable du dresseur Gerry Therrien et de son singe savant Typhoon, qui jouait aussi dans La Mouche de David Cronenberg. Shakma s’offre quelques écarts gore (deux ou trois cadavres sont assez gratinés) et développe même une idée qui sera reprise dans Jurassic Park : la créature est capable d’ouvrir des portes. Le film nous offre surtout la joie ironique de retrouver Roddy McDowall, l’éternel Cornelius de La Planète des singes, dans un film où le « héros » est justement un primate.

 

© Gilles Penso

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SYNTHOID 2030 (1990)

Dans un monde futuriste où la couche d’ozone a disparu, un petit groupe de rebelles affronte un robot tueur caché parmi eux…

CRASH AND BURN

 

1990 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Paul Ganus, Megan Ward, Bill Moseley, Eva LaRue, Jack McGee, Ralph Waite, Elizabeth MacIellan, Katherine Armstrong, John David Chandler

 

THEMA ROBOTS I FUTUR I SAGA CHARLES BAND

Au début des années 90, Charles Band est dans sa période « gros robots ». Dans la foulée de son projet surdimensionné Robot Jox, réalisé par Stuart Gordon sous la bannière de sa compagnie en pleine faillite Empire Pictures, il décide de s’atteler à un film au sujet voisin conçu cette fois-ci avec un budget minuscule. À vrai dire, Crash and Burn (que les distributeurs vidéo français affublèrent du titre surréaliste Synthoid 2030) n’entretient que très peu de liens avec Robot Jox, mais Band alimente la confusion pour profiter de la campagne marketing du film de Gordon. Sur certains territoires, Crash and Burn sera d’ailleurs titré Robot Jox 2. Le scénario original, écrit par John S. Cardone puis révisé par David Pabian, se situe dans un futur post-apocalyptique désertique qui n’est pas sans rappeler celui de Parasite, une autre micro-production de Charles Band. Tourné dans le site d’Alabama Hills, où furent jadis filmés de nombreux western, le film prend place dans un monde guère engageant où la couche d’ozone n’existe quasiment plus et où ceux qui s’aventurent en plein jour sans combinaison spéciale s’exposent à des rayons ultra-violets particulièrement corrosifs.

C’est dans ce contexte pessimiste que s’active « l’Union pour la Liberté de Conscience », une troupe de rebelles qui tentent de résister contre le pouvoir en place, autrement dit le groupe Unicom. Employé de cette compagnie surpuissante, le motard Tyson Keen (Paul Ganus) finit par se rallier à la « bonne cause » lorsqu’il rend visite à une jeune fille et à son grand-père qui ont monté un studio de télévision autonome dans une ancienne usine désaffectée. Sur le terrain voisin trône la carcasse d’un ancien robot géant, du type de ceux que le gouvernement utilisait jadis dans les mines d’uranium. Une tempête thermique menaçant au loin, la petite équipe reste sur place. Synthoid 2030 prend alors la tournure d’un film de couloirs ennuyeux où tout le monde cherche tout le monde dans la pénombre moite tandis qu’un mystérieux tueur rôde dans les coursives.

L’éveil tardif du robot géant

Les influences du film sont mixtes, notamment Terminator (l’androïde assassin qui menace les héros) et The Thing (le test qui permet de déterminer qui est le monstre parmi les membres de l’équipe). Quelques clins d’œil émaillent le métrage (le poster de The Angry Red Planet qui trône dans une des chambres) mais son visionnage s’avère être une épreuve soporifique. Les acteurs sont insipides, les dialogues creux, les situations répétitives, les décors banals, bref l’ennui se propage à la vitesse grand V. Charles Band tente bien d’exhiber quelques seins nus et de saupoudrer le film d’effets gore (conçus par le futur maestro Greg Cannom), mais rien n’y fait. La seule attraction à laquelle le spectateur puisse se rattacher est le DV-8, ce fameux robot géant qui git au milieu des décombres et sort de sa léthargie pour venir en aide aux héros. C’est une jolie création de David Allen, dans l’esprit des créatures qu’il avait conçues pour Robot Jox, mais son intervention est extrêmement frustrante, puisqu’elle ne dure que trois minutes, montre en main ! D’autant que Charles Band ne laisse à Allen ni le temps ni l’argent nécessaires pour animer le géant de fer en stop-motion. La marionnette remue donc timidement au cours d’un climax qui nous sort à peine de notre torpeur.

 

© Gilles Penso

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ILSA, GARDIENNE DE HAREM (1976)

La super-vilaine tortionnaire est de retour dans une séquelle délirante qui mêle une fois de plus l’horreur et l’érotisme dans un cadre désormais exotique…

ILSA, HAREM KEEPER OF THE OIL SHEKS

 

1976 – USA

 

Réalisé par Don Edmonds

 

Avec Dyanne Thorne, Michael R. Thayer, Spalding Gray, Uschi Digard, Sharon Kelly, Haji Cat, Tanya Boyd, Marilyn Joi, Su Ling

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA ILSA

Moins malsain et plus récréatif que son prédécesseur, Ilsa gardienne de harem fut initié par la société de production Cinepix suite au succès inespéré d’Ilsa la louve des SS. Don Edmonds reprend le poste du réalisateur, mais le producteur David F. Friedman n’est plus de la partie. Cette séquelle démarre sur une séquence presque burlesque qui témoigne d’une sensible augmentation budgétaire et d’une volonté manifeste de changer un peu de ton. On y voit un cavalier traverser le désert au galop, tandis qu’un hélicoptère transporte trois caisses étiquetées « fragile ». Les caisses sont ramenées en camion par un groupe de mercenaires jusqu’à un palais arabe. Lorsqu’elles sont ouvertes, on y trouve trois femmes nues, kidnappées en Occident pour venir gonfler les rangs du harem du cheikh El Sharif (Jerry Delony, camouflé ici sous le pseudonyme de Victor Alexander). Comme le titre l’indique, c’est la redoutable Ilsa qui mène avec autorité ces femmes soumises au bon plaisir de leur maître.

Ainsi, au mépris de toute logique, la blonde dominatrice abattue en pleine seconde guerre mondiale à la fin d’Ilsa la louve des SS est ici de retour, intacte et sans une ride, au beau milieu des années 70. Comme si elle était devenue un personnage générique, une incarnation du mal traversant les genres et les époques à la manière d’un Monstre de Frankenstein. Penchant oriental des deux ariennes qui secondaient jadis Ilsa, deux Africaines athlétiques prénommées Velours et Satin servent d’assistantes à la blonde matrone, et sont interprétées avec fougue par Marilyn Joi et Tanya Boyd. Visiblement inspirées par Bambi et Perle Noire, les deux lutteuses qui attaquaient Sean Connery dans Les Diamants sont éternels, elles se livrent ici à un sanglant combat de catch contre un massif renégat. James Bond et les serials semblent d’ailleurs avoir marqué de leur empreinte cette séquelle exotique, comme en témoignent certaines séquences archétypiques : le retour du prince déchu, la danseuse du ventre qui cache un micro dans le diamant sur son nombril ou la tête du héros enfermée dans une cage qui libèrera une tarentule affamée dès que la flamme d’une bougie aura fait brûler la corde qui la retient prisonnière.

Le désert des barbares

Les scènes de tortures extrêmes, marque de fabrique de la série, sont toujours de mise, notamment sur une victime féminine aux seins écrasés dans un étau, à l’œil arraché, au corps envahi de fourmis carnivores, ou encore au sexe empli d’une charge explosive ! Sans compter cette esclave aux dents brisées à coups de marteau, ce voleur à la main tranchée avec un sabre ou cet autre homme couvert de pétrole puis immolé… Et c’est toujours le maquilleur Joe Blasco qui orchestre ce festival du gore crasseux. Comme dans le premier film, Ilsa se laisse soumettre par un athlétique Américain, le commandant Adam de l’US Navy (Max Thayer) venu rendre visite au cheikh en compagnie du diplomate Kaiser (Wolfgang Roehm) afin de le faire chanter et de lui soutirer son pétrole. Comme dans le film précédent, tout s’achève par une rébellion générale, avec force gunfights et explosions hérités eux aussi de la saga 007.

 

© Gilles Penso


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