DOOM (2005)

Cette adaptation du célèbre jeu vidéo met en vedette The Rock en chef de commando musclé luttant contre des mutants monstrueux…

DOOM

 

2005 – USA

 

Réalisé par Andrzej Barthoviak

 

Avec The Rock, Karl Urban, Rosamund Pike, Ben Daniels, Deobia Oparej, Razaaq Adoti, Richard Brake, Dexter Fletcher

 

THEMA MUTATIONS

Doom s’engouffre la tête la première dans le piège généralement tendu aux adaptations de jeux vidéo : les aficionados de la console crient à la trahison en ne retrouvant aucune des émotions fortes véhiculées par ce classique du FPS (« tir à la première personne »), et les néophytes ne comprennent guère l’intérêt d’un film de SF aussi décérébré. Dès les premières minutes, le film affiche – volontairement ? – sa référence principale, en l’occurrence Aliens de James Cameron. Un commando de marines est en effet sollicité d’urgence pour une mission de sauvetage. La station de recherche scientifique Olduvai, basée sur la planète Mars, vient de subir une mise en quarantaine suite à l’attaque de créatures monstrueuses non identifiées. Sarge (l’ex-catcheur The Rock, qui ne se faisait pas encore appeler Dwayne Johnson) et son équipe de gros bras quittent la Terre à l’aide d’une arche spatio-temporelle tout droit échappée de Stargate et sont accueillis sur Mars par Samantha Grimm (Rosamund Pike), membre de l’équipe scientifique qui a mis à jour les dépouilles d’une race humanoïde modifiée génétiquement à l’aide d’un chromosome supplémentaire. Ce que Samantha ignore, c’est que ses employeurs ont ordonné des tests sur des condamnés à mort, leur injectant le 24ème chromosome. D’horribles mutations suivies de la contamination des scientifiques sont les conséquences de ces expériences contre-nature.

D’où la présence de monstres hideux (mixage étrange entre l’homme, le requin et le dinosaure) crachant des parasites qui pénètrent sous la peau des hôtes humains, lesquels se comportent comme des zombies assoiffés de chair fraîche avant la métamorphose définitive. Concepteur des créatures d’Aliens et Predator, Stan Winston est sollicité en toute logique pour donner vie à ces bestioles plutôt impressionnantes. The Rock tente pour sa part de s’imposer en digne successeur d’Arnold Schwarzenegger. Mais son inexpressivité joue sérieusement en sa défaveur, même si son personnage révèle en cours de route une facette inattendue qui complique un peu les enjeux de la mission. Le colosse s’était d’ailleurs vu initialement proposer le rôle plus positif de John Grimm, le frère de Samantha (incarné finalement par Karl Urban), et c’est sa lecture du scénario qui l’incita à opter finalement pour l’ambigu Sarge.

Les gentils et les méchants

Mais le manichéisme du film demeure atterrant. En effet, les méchants à qui on injecte le C-24 se muent invariablement en monstres voraces tandis que les gentils, en revanche, deviennent des surhommes ! Le jugement dernier ne se joue donc plus sur le seuil de l’au-delà  mais à la pointe d’une seringue. Un quart d’heure avant la fin, le metteur en scène nous offre enfin le gimmick tant attendu : une vue subjective en plan-séquence du héros qui, l’arme à l’avant-plan, dégomme du monstre à tour de bras le long des coursives. Mais l’effet – dont John Woo avait savamment exploité le potentiel dramatique dans le climax hallucinant d’À toute épreuve – se limite ici à un gadget visuel sans conséquence. Andrzej Barthoviak semble d’ailleurs tellement embarrassé par ce « passage obligatoire » qu’il n’utilise cet axe de prise de vue que pendant cinq minutes, préférant achever son film par un ridicule combat à mains nues. Sur un registre voisin, même le médiocre Resident Evil parvenait à nous captiver davantage.

 

© Gilles Penso


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L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU (1977)

Cette seconde adaptation du classique de H.G. Wells met en scène Burt Lancaster en savant fou et Barbara Carrera en troublante beauté exotique…

THE ISLAND OF DR. MOREAU

 

1977 – USA

 

Réalisé par Don Taylor

 

Avec Burt Lancaster, Michael York, Barbara Carrera, Richard Basehart, Nigel Davenport, Nick Cravat, Bob Ozman

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Ancien acteur chez Jules Dassin et Otto Preminger, Don Taylor s’est forgé au fil des ans une réputation de solide technicien spécialisé dans le film d’aventure des années 70 (Les Évadés de la planète des singes, Damien, Nimitz retour vers l’enfer) n’imprimant pas toujours à ses films l’empreinte d’une forte personnalité. Il en aurait pourtant fallu pour succéder à L’île du docteur Moreau d’Erle C. Kenton, véritable chef d’œuvre d’effroi et de malaise. Sans doute le casting décalé de cette deuxième adaptation officielle du roman de H.G. Wells ne facilite-t-il guère l’implication des spectateurs. L’immense Burt Lancaster manque étrangement de panache sous la blouse du docteur Moreau (après que de nombreux comédiens britanniques aient décliné le rôle). Michael York lui-même (héros de L’Âge de cristal un an plus tôt) n’a pas beaucoup de charisme sous la défroque de l’aventurier Andrew Braddock, échoué sur cette fameuse île mystérieuse après un naufrage et la mort de ses deux compagnons. Même le vénérable Richard Basehart (Ishmael dans le Moby Dick de John Huston), dans la peau de l’homme-loup qui récite la loi des « humanimaux », a toutes les peines du monde à nous faire oublier l’hallucinante prestation de Bela Lugosi.

Seule Barbara Carrera (déjà troublante dans Embryo) se détache du lot dans le rôle de Maria. Sa beauté exotique et quelque peu sauvage est une véritable oasis dans cette œuvrette dont l’un des principaux mérites aura été de faire découvrir le roman de Wells à toute une génération n’ayant pas connu l’adaptation de 1933. Il est tout de même dommage que le scénariste John Herman Shaner n’ait pas cède à la tentation de muer Maria en femme-panthère comme la Lota d’Erle C. Kenton, malgré une légère ambiguïté laissée en suspens. Le dénouement lui aussi dénonce une étrange faute de goût. Car le héros s’y enfuit en mer en se transformant en bête à son tour avant de redevenir humain, un rebondissement gratuit et incohérent. À l’origine, une autre chute, tournée mais non montée dans le film, montrait Maria retrouver sa bestialité première et égorger l’infortuné naufragé. Voilà qui aurait certes eu plus d’impact que la version édulcorée que nous connaissons.

Dieu a horreur de la concurrence

L’une des qualités indiscutables de cette version 1977, tournée dans l’archipel des îles Vierges, réside sans doute dans la beauté des maquillages spéciaux, œuvre de Tom Burman et Dan Striepeke. Leurs travaux cosmétiques inventifs mixent habilement les morphologies de l’homme avec celles des taureaux, des tigres ou des loups. Il faut aussi reconnaître que l’approche tempérée du caractère docteur Moreau, si elle accuse une certaine « fadeur », permet tout de même d’approfondir les tourments d’un personnage qu’on a connu plus malsain et moins réfléchi. Le savant incarné par Lancaster se rapproche d’une certaine manière de celui imaginé originellement par Wells. Car ses expériences, plus liées à la génétique qu’à la chirurgie (signe des temps), sont censées, à terme, éviter les malformations et autres drames physiologiques générés par la nature. Mais la fin justifie-t-elle toujours les moyens ? Quelles que soient les adaptations – officielles ou officieuses – du roman, la réponse demeure invariablement négative. L’apprenti-sorcier jouant avec Mère Nature est rarement bien loti en pareil contexte, d’autant que, comme l’affirmera avec cynisme l’un des slogans de Re-Animator, « Dieu a horreur de la concurrence ». Pour enfoncer le clou, Montgomery (Nigel Davenport), le cynique compagnon de Moreau, surnomme d’ailleurs son île « le jardin d’Eden ».

 

© Gilles Penso

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DUNE WORLD (2021)

Pour surfer sur la sortie de Dune, Anthony et Mark Polonia concoctent cette micro-production de science-fiction d’une désarmante maladresse…

DUNE WORLD

 

2021 – USA

 

Réalisé par Anthony et Mark Polonia

 

Avec Samantha Coolidge, Houston Baker, Ryan Dalton, Cassandra Hayes, Jeff Kirkendall, Drew Patrick

 

THEMA SPACE OPERA

Anthony et Mark Polonia se sont spécialisés dans les films d’horreur et de science-fiction aux grandes ambitions malgré des budgets indécents leur permettant à peine d’acheter des sandwiches pour leur équipe. Avec toute la bonne volonté du monde, ils ne peuvent pas faire de miracles. Bigfoot Vs. Zombies, Ghost of Camp Blood, Amityville Island, Shark Encounters of the Third Kind ou Invasion of the Empire of the Apes (pour n’en citer qu’une poignée) rivalisent donc de maladresse et d’amateurisme. Leur confrère et ami Brett Piper leur prête souvent main-forte pour créer des monstres pittoresques permettant d’égayer un peu le spectacle, mais rien n’y fait : ces films tournés à la va vite sont souvent laids et indigestes. Désireux de suivre la voie de Roger Corman ou de la compagnie Asylum, les frères Polonia se laissent volontiers inspirer par la sortie médiatisée des superproductions du moment pour mettre en chantier des imitations « low cost ». Le Dune de Denis Villeneuve motive ainsi la réalisation de cet effroyable Dune World qui, à l’exception d’une planète désertique et de quelques pseudo-vers de sables, n’entretient aucun rapport avec le classique de Frank Herbert.

Dès les premières secondes, rien ne fonctionne : ni cette musique pompeuse jouée par un synthétiseur qui essaie de se faire passer pour un orchestre symphonique, ni ces images spatiales nébuleuses et répétitives, ni ce visage flottant sur fond d’images parasites qui déclame des phrases incompréhensibles philosophico-lyriques. Mais c’est la mise en scène des héros dans leur vaisseau spatial qui permet vraiment de mesurer l’ampleur des dégâts. Ce tableau de bord bricolé avec le clavier d’une régie vidéo, ces murs en papier aluminium, ces costumes de la NASA qui semblent avoir été chinés aux puces ou encore ce robot interprété par un acteur affublé d’une capuche argentée et d’un masque informe en disent long sur le soin apporté à la « direction artistique » du film. Frappé par un rayon venu d’on ne sait où, le vaisseau atterrit en catastrophe sur Caliban, une planète recouverte de sable où une précédente expédition semble s’être déjà rendue vingt ans plus tôt. Les cinq membres de l’équipage explorent les lieux et ne sont pas au bout de leurs surprises… Les spectateurs non plus !

Des effets très « spéciaux »

Entre deux interminables dialogues pseudo-techniques dénués du moindre intérêt, les cinq comédiens évoluent mollement devant un fond bleu où s’incrustent des décors de désert avec une telle maladresse que le résultat en devient presque surréaliste. La production n’ayant visiblement pas eu le temps ou les moyens de fabriquer des casques d’astronautes, nos héros se contentent de masques chirurgicaux et de lunettes de soleil, brandissant des armes en plastique qui ressemblent fortement à des pistolets à eau. De temps en temps, un ver des sables géant surgit pour les faire hurler puis s’éloigne quelques secondes plus tard. Il s’agit d’une petite marionnette en latex fabriquée à la va vite par Brett Piper (visiblement inspiré par les « Veaux Lunaires » des Premiers hommes dans la Lune) et agitée vaguement devant la caméra. Le reste des effets spéciaux (vues spatiales, panoramas désertiques, explosions, fumées, poussière en suspension, images de synthèse psychédéliques) proviennent de banques d’image tout public et sont réutilisés inlassablement tout au long du montage. La majeure partie du métrage se déroule cependant dans une sorte d’abri souterrain qui n’a rien de dépaysant puisque l’équipe s’est contentée de filmer dans des salles de réunion, des bureaux et des locaux techniques. Les « décorateurs » n’ont même pas pris la peine de déplacer les chaises, les écrans de vidéoprojection, les pots de crayon et les rouleaux d’essuie-tout ! Bref, un grand moment de n’importe quoi.

 

© Gilles Penso


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SPIDER-MAN FAR FROM HOME (2019)

Peter Parker nous invite à un grand tour d’Europe où il tente de faire les yeux doux à MJ et rencontre l’énigmatique Mysterio…

SPIDER-MAN FAR FROM HOME

 

2019 – USA

 

Réalisé par Jon Watts

 

Avec Tom Holland, Samuel L. Jackson, Zendaya, Jake Gyllenhaal, Jacob Batalon, Cobie Smulders, Jon Favreau, J.B. Smoove, Martin Starr, Marisa Tomei, Numan Acar

 

THEMA SUPER-HÉROS I ARAIGNÉES I SAGA MARVEL I SPIDER-MAN I AVENGERS

Vingt-troisième épisode de la saga Marvel et dernier opus de la « phase III » de ce vaste univers cinématique, Spider-Man Far From Home cherche à inscrire son intrigue dans le traumatisme lié à la disparition de Tony Stark à la fin de Avengers Endgame. Tom Holland campe donc un Peter Parker meurtri par la mort de son mentor. L’idée de la perte d’un modèle masculin adulte comme moteur d’une prise de responsabilité aurait pu ramener dans la vie du « tisseur de toile » les enjeux dramatiques initialement imaginés par Stan Lee, ceux qui avaient été oubliés dans Spider-Man Homecoming. Mais la mort de Tony Stark n’a pas du tout le même effet que celle de l’oncle Ben. Certes, Peter craint de devoir supporter le poids des responsabilités qui lui incombent depuis la dissolution des Avengers, mais les mêmes travers que le film précédent affleurent : les décisions du jeune héros continuent de dépendre de celles des aînés, l’empêchant d’acquérir la moindre autonomie. Les seuls véritables conflits vécus par ce personnage désespérément dénué d’aspérités sont ses envies de séduire MJ (Zendaya) au cours d’un voyage scolaire organisé en Europe par son lycée. On conviendra que c’est un peu maigre. Partant de ce postulat, Spider-Man Far From Home est un épisode globe-trotter qui nous emmène de New York à Londres en passant par Venise, l’Autriche, Prague, Berlin et la Hollande.

Les péripéties imaginées par les scénaristes Chris McKenna et Erik Sommers permettent de créer quelques dilemmes intéressants – reflets pour le coup assez fidèles des pages du comic book original – où Peter est obligé de choisir entre son devoir de super-héros et sa romance naissante. Car à peine arrivé à Venise, le petit groupe de lycéens assiste au surgissement d’un monstre aquatique monumental (visiblement inspiré du Hydro-Man créé par le scénariste Dennis O’Neil et le dessinateur John Romita en 1981) et d’un surhomme énigmatique seul capable visiblement de l’affronter : Mysterio (Jake Gyllenhaal). Contre son gré, Spider-Man est sollicité par Nick Fury pour prêter main forte à Mysterio et éviter que d’autres monstres du même acabit ne viennent mettre en péril la planète toute entière. Peter est donc contraint de s’éclipser régulièrement pour endosser son costume de super-héros. Ces situations embarrassante compliquent logiquement sa vie privée. Mais le parti pris de révéler l’identité de Spidey à un maximum de protagonistes (sa tante, son entourage proche, toute l’équipe de Nick Fury, Mysterio) annule tout bonnement l’un des ressorts dramatiques les plus prometteurs de l’intrigue. C’est une flagrante erreur d’écriture qui achève de faire de Parker un héros lisse et sans faille.

Petites intrigues anecdotiques

D’ailleurs, le traitement de la plupart des personnages de l’intrigue finit par poser problème. Tante May (Marisa Tomei) n’ayant plus aucune faiblesse (elle a une santé de fer et un moral d’acier), on se demande légitimement à quoi elle sert, si ce n’est à gêner son neveu avec la romance improbable qui la lie au balourd Happy (Jon Favreau). Mysterio n’est pas beaucoup mieux loti. Que l’on connaisse ou non le personnage réel de la BD, on ne peut qu’être perplexe face à la prestation de Jake Gyllenhaal qui ne rend pas du tout justice au personnage, malgré son costume exubérant fidèlement calqué sur celui dessiné jadis par Steve Ditko. Le côté grand frère amical et confident venu d’un monde parallèle est un peu difficile à avaler. Certes, il y a ce coup de théâtre à mi-parcours du métrage qui remet les choses en perspective, mais il est amené avec tant de maladresses – un long monologue qui explique tout à des gens qui sont déjà au courant – qu’il ne passe pas du tout. Finalement, la seule chose un peu réjouissante dans Spider-Man Far From Home, ce sont ces petite intrigues toutes bêtes entre adolescents, le jeu du chat et de la souris entre Peter et MJ, le couple désespérément mièvre de Ned (Jacob Batalon) et Betty (Angourie Rice), la maladresse pathétique des professeurs… Cet aspect comique, pour anecdotique qu’il soit, est plutôt bien géré. Tout le reste ressemble à un enchaînement de passages obligatoires auxquels personne – ni le réalisateur, ni les scénaristes, ni les comédiens – ne semble croire. Même Michael Giacchino ne sait visiblement pas où donner de la tête, composant une musique pompeuse indigne de son talent.

 

© Gilles Penso

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BODY SNATCHERS (1993)

Abel Ferrara propose sa propre version d’un classique de la science-fiction déjà mis en scène par Don Siegel et Philip Kaufman…

BODY SNATCHERS

 

1993 – USA

 

Réalisé par Abel Ferrara

 

Avec Terry Kinney, Meg Tilly, Gabrielle Anwar, Reilly Murphy, Billy Wirth, Christine Elise, Forest Whitaker, R. Lee Ermey, Meg Tilly

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Le roman « Invasion of the Body Snatchers » de Jack Finney avait déjà fait l’objet de deux remarquables adaptations complémentaires considérées toutes deux comme des classiques du genre : L’Invasion des profanateurs de sépulture de Don Siegel et L’Invasion des profanateurs de Philip Kaufman. Une nouvelle version était-elle utile ? Le film de Siegel s’inscrivant dans une paranoïa liée à la guerre froide et celui de Kaufman dans un désenchantement successif à la guerre du Vietnam, une relecture du même thème au lendemain de la Guerre du Golfe pouvait s’avérer intéressante. De fait, l’intrigue change de cadre, s’éloignant des maisons de banlieue ou des appartements pour se transporter sur une base militaire. Stuart Gordon et Dennis Paoli, qui écrivirent à quatre mains Re-Animator et From Beyond, sont en charge du scénario, s’appuyant sur une histoire de Raymond Cistheri et Larry Cohen. Charge à ces quatre auteurs d’inventer de nouveaux personnages pour les adapter à un cadre différent de celui décrit dans le roman original. Au départ, Gordon est censé réaliser le film. Mais plusieurs changements dans la production bouleversent les plans initiaux et c’est finalement Abel Ferrara qui hérite de la mise en scène. Un choix qui peut sembler singulier, puisque ce réalisateur résolument indépendant, qui vient alors de signer le sulfureux Bad Lieutenant, ne semble en phase ni avec la science-fiction, ni avec les contraintes d’un film de studio. Le voilà pourtant à la tête de Body Snatchers, ce qui entraîne l’ajout d’un scénariste additionnel avec lequel il a l’habitude de collaborer : Nicholas St John.

Accompagné de sa fille Marty (Gabrielle Anwar), de sa seconde femme Carol (Meg Tilly) et de leur fils Andy (Reilly Murphy), le scientifique Steve Malone (Terry Kinney), qui travaille pour l’agence pour la protection de l’environnement, débarque dans une base militaire d’Alabama pour contrôler un dépôt de produits toxiques. L’isolement dans le camp ne facilite pas la consolidation de cette cellule familiale déjà fragile. Pendant que Steve se livre aux analyses, le major Collins (Forest Whitaker) lui fait part de ses inquiétudes envers le comportement étrange de quelques soldats. Marti elle aussi doute de la lucidité de plusieurs militaires. La première journée de maternelle d’Andy se terminant par une séance de dessin traumatisante, la tension monte d’un cran. Que se passe-t-il vraiment dans les coulisses de cette base où le secret militaire semble être un prétexte bien pratique pour masquer des activités très inquiétantes ?

La nuit de la métamorphose

Quand on sait quelle conjonction de talents s’est réunie pour écrire le scénario de Body Snatchers, on est surpris par le manque de rigueur, d’ambition et de cohérence du résultat final. Le choix d’un site militaire comme cadre du récit atténue déjà largement le propos. Faire surgir cette invasion extraterrestre insidieuse en pleine ville, au milieu de personnages ordinaires, avait bien plus d’impact que dans un lieux auquel il est logiquement plus difficile de s’identifier. D’autant que la différence de comportements des militaires avant ou après leur remplacement par des entités venues d’ailleurs n’est pas flagrante. Leurs gestes robotiques et leur inexpressivité restent quasiment identiques. Pour contrer ce script qui patine et se développe avec difficulté, Abel Ferrara sort le grand jeu : cadres minutieusement composés en Cinemascope, superbe photographie privilégiant les crépuscules et les contre-jours, décadrages et bascules de la caméra renforçant le sentiment d’anormalité et de malaise… Mais cette mise en scène reste distante, tournant autour des personnages sans totalement s’en approcher, creusant de fait un fossé entre les spectateurs et l’action. La réalisation et le scénario souffrent finalement du même syndrome : une absence de point de vue. Restent quelques moments forts, qu’il faut principalement attribuer au créateur d’effets spéciaux Tom Burman (déjà en charge des effets de la version de Kaufman). Pour la première fois, nous assistons de manière détaillée au phénomène qui précède la duplication des humains, à travers cette vision perturbante d’embryons se formant à l’intérieur d’une cosse végétale. La scène où surviennent ces effets pour la première fois semble faire écho aux Griffes de la nuit, puisque le jeune héroïne s’endort dans son bain, un casque sur les oreilles, tandis que la menace surgit de l’eau pour l’entraîner dans le cauchemar. Wes Craven s’étant lui-même inspiré de L’Invasion des profanateurs de sépultures pour le leitmotiv « Ne dormez pas ! », la boucle est bouclée. Quelques autres passages mémorables ponctuent le film (la scène de la garderie, le craquage de Forest Whitaker, l’évanescence troublante de Meg Tilly), mais Body Snatchers ne décolle jamais et s’achève sur un climax frustrant expédié avec quelques explosions, trois fondus enchaînés et un morceau de voix off.

 

© Gilles Penso

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LA GUERRE DES MONSTRES (1966)

Deux monstres géants et velus s’affrontent dans cette suite de Frankenstein conquiert le monde qui ne recule devant aucun excès…

FURAKENSHUTAÏN NO KAIJU / SANDA TAÏ GAILAH

 

1966 – JAPON

 

Réalisé par Inoshiro Honda

 

Avec Russ Tamblyn, Kumi Mizuno, Kenji Sahara, Kipp Hamilton, Jun Tazaki, Nobuo Nakamara, Hisaya Ito, Yoshifumi Tajima

 

THEMA FRANKENSTEIN

Un an après Frankenstein conquiert le monde, Inoshiro Honda en réalise une suite directe, sous l’impulsion de la Toho et du producteur Henry G. Saperstein. Le film met cette fois en scène deux sortes de monstres de Frankenstein. Le premier, Sanda, est le « héros » du film précédent, couvert ici d’un pelage brun. Le second, Gailah, verdâtre, s’est généré à partir d’une main coupée de Sanda dans le premier film. Sa mutation, combinée avec de la prolifération de plancton, lui donne les allures étranges d’une créature amphibie couverte d’algues. Le film démarre avec l’arrivée du docteur Paul Stewart (Russ Tamblyn) et de son assistante au Japon pour enquêter sur les décès inexpliqués survenus sur la côte de Kyoto. Peu après, le spectateur fan de films de grands monstres nippons peut admirer Gailah en train de détruire un navire, des trains et des buildings le long de la côte japonaise et à Tokyo. Le colosse est invulnérable face aux tirs de l’armée. Stewart préconise de cesser le feu, car d’après lui d’autres monstres pourraient se régénérer à partir des restes de celui-ci. Gailah est finalement endormi par un rayon laser. Sanda, plus pacifique que son frère, traverse les montagnes pour l’aider et le ramener sur le droit chemin. Mais Gailah refuse, et les deux monstres s’affrontent, histoire de justifier le titre du film.

Sous la décision du producteur américain Henry Saperstein, la version américaine de ce Furakenshutaïn no Kaiju, et donc celle qui nous parvint en France, efface tous les liens avec le premier film et toutes les références à Frankenstein. Le remontage de La Guerre des monstres ne présente donc plus aucun rapport avec la créature de Mary Shelley et se rapproche bien plus de King Kong. D’autant qu’ici, pour des raisons inexplicables, le colosse du film précédent et son jumeau sont affublés de longs poils, ce qui leur donne des allures de gorilles géants. Le flash-back entretient la confusion, présentant Sanda sous l’apparence d’une sorte de petit singe, alors qu’il ressemblait jadis à un enfant au visage karloffien. Russ Tamblyn remplace au pied levé Nick Adams, reprenant son rôle et se promenant sans conviction entre deux scènes de monstres.

Le combat des Gargantuas

Au cours d’une séquence mémorable, un groupe de joyeux randonneurs chante une ode à leur pays natal avant de s’enfuir à toutes jambes face à Gailah. Les effets spéciaux d’Eiji Tsuburaya oscillent entre la réussite (l’attaque de la pieuvre récupérée du film précédent, les décors miniatures, quelques plans composites) et le ratage (le look des monstres, les maquettes d’hélicoptères suspendues par des fils visibles, les incrustations catastrophiques sur fond bleu). La musique d’Akira Ifukube, quant à elle, évoque Bernard Herrmann pendant la belle scène d’ouverture, puis nous refait le coup classique de la marche militaire enjouée à chaque intervention de l’armée. En très grande forme, Gailah balance des tanks sur des maisons et attrape les hélicoptères au vol, puis les colosses disparaissent finalement dans un volcan monumental, certes improbable d’un point de vue géologique mais indéniablement très graphique. Aux États-Unis, le film sortira sous le titre War of the Gargantuas. Inoshiro Honda associé à Rabelais, qui l’eut cru ?

 

© Gilles Penso


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LONG WEEK-END (1978)

Un couple en pleine crise s’isole dans la nature pour tenter de reconstruire, mais la nature accepte mal cette intrusion…

LONG WEEK-END

 

1978 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Colin Eggleston

 

Avec Briony Behets, John Hardgreaves, Michael MacEwen, Michael Altkins, Roy Day, Sue Kiss Von Soly

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I MAMMIFÈRES I VÉGÉTAUX

Entre le milieu des années 70 et celui des années 80, le cinéma fantastique australien connut un véritable âge d’or, porté par des cinéastes tels que Peter Weir, George Miller ou Russel Mulcahy. C’est au sein de cette période riche en créativité que s’épanouit le talent d’Everett de Roche, déjà scénariste de l’étonnant Patrick de Richard Franklin. Avec Long Week-End, il aborde sous un angle insolite les rapports complexes que l’homme entretient avec son environnement naturel, un thème en prise avec les préoccupations quotidiennes des habitants du continent océanien. S’emparant du script de De Roche, le réalisateur Colin Eggleston oppose nature et civilisation dès les premières images du film, via un montage parallèle habile qui instille déjà un malaise indicible. Les éléments naturels y font obstacle à la vision du spectateur, arbres, pluie ou feuillages s’interposant entre la caméra et les acteurs. Ce ne sont apparemment que des effets de style, mais tout le sujet de Long Week-End est déjà là. Briony Behets et John Hardgreaves incarnent Marcia et Peter, un couple au bord de la rupture qui part s’isoler sur une plage déserte d’Australie pour tenter de se reconstruire après un traumatisme récent qui ne nous sera révélé que tardivement.

La tension est forte, les oppositions sont de plus en plus fréquentes, et le sentiment d’inconfort du spectateur est renforcé par la difficulté de s’attacher à des personnages franchement antipathiques. Une série d’hostilités à l’encontre de l’environnement sont déclenchées par le couple : une cigarette jetée sur le bas-côté qui embrase une touffe d’herbe et semble brûler l’objectif de la caméra, un marsupial heurté sur la route par l’arrogant 4×4 de Peter, des bouteilles abandonnées sur la plage, des coups de fusil tirés dans l’eau, des flèches plantées dans un arbre… Lorsque Marcia, dans un élan de colère, brise l’œuf d’un aigle, la guerre est officiellement déclarée. Dès lors, la nature réagit, même si cette « révolte » reste insidieuse.

La faune et la flore se révoltent

C’est un aigle qui attaque soudain Peter, un opossum qui devient très agressif, des branches d’arbre qui tombent. Les choses empirent lorsqu’un énorme dugong s’échoue sur le sable et agonise lentement en poussant d’atroces gémissements trop proches des cris d’un bébé pour que les nerfs de Marcia soient épargnés. Volontairement, la lisière entre le réel et le surnaturel demeure floue. Tout semble bizarre dans le comportement de la faune et de la flore, mais cette bizarrerie n’est-elle pas exacerbée par l’attitude des humains ? Lorsque Peter se retrouve prisonnier dans le labyrinthe noueux d’une forêt dans laquelle les arbres forment une barrière infranchissable où même la lumière du soleil refuse de pénétrer, les notions de temps et d’espace s’effacent et le film bascule dans un cauchemar à l’issue cruellement ironique. Long Week-End déstabilise ouvertement ses spectateurs et n’entre dans aucune case, ce qui explique probablement son échec retentissant au moment de sa sortie en salles en Australie. Nul n’étant prophète en son pays, le film de Colin Eggleston fut très remarqué à l’étranger où il devint culte, et remporta même plusieurs prix, notamment aux festivals du film fantastique de Paris, Avoriaz et Sitges.

 

© Gilles Penso

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ALPHAVILLE, UNE ÉTRANGE AVENTURE DE LEMMY CAUTION (1965)

Un polar futuriste situé sur une planète déshumanisée et réalisé par Jean-Luc Godard…

ALPHAVILLE, UNE ÉTRANGE AVENTURE DE LEMMY CAUTION

 

1965 – FRANCE / ITALIE

 

Réalisé par Jean-Luc Godard

 

Avec Eddie Constantine, Anna Karina, Akim Tamiroff, Jean-Pierre Léaud, Howard Vernon, Jean-Louis Comolli

 

THEMA FUTUR

Lorsque le chef de file de la Nouvelle Vague s’attaque à la science-fiction, il ne faut pas s’attendre à un space opera flamboyant mais plutôt à une fable d’anticipation évasive gorgée de considérations intellectuelles absconses et d’allusions éparses à l’univers de la bande-dessinée des sixties. Même ceux qui s’extasient devant la beauté plastique du Mépris et se laissent porter par le rythme trépidant d’À bout de souffle n’accorderont probablement qu’un regard amusé à Alphaville, film de détectives vaguement futuriste tourné à la va vite, avec peu de moyens et sans la moindre direction artistique, dans des décors parisiens réels et contemporains. Sans compter que le film souffre d’une interprétation, d’une photographie, d’un montage et d’une bande son très approximatifs. Eddie Constantine prête son physique rugueux et son accent américain au détective du futur Lemmy Caution (personnage qu’il incarna une demi-douzaine de fois depuis le début des années 50), sans sembler extrêmement convaincu par les scènes qu’on lui demande de jouer.

Lemmy Caution quitte la Terre pour une mission secrète sur Alphaville. Les habitants humanoïdes de cette planète sont dominés par Alpha 60, un ordinateur omniscient, qui assène généreusement sa sagesse et sa logique binaires. « Le temps est une substance avec laquelle je suis fait », déclame-t-il en paraphrasant Luis Borges. « Le temps est une rivière qui me transporte. Mais je suis le temps. C’est un tigre qui me déchiquette, mais je suis le tigre. » L’individualisme est banni sur Alphaville. Les citoyens de cette dystopie classique sont donc heureux mais passifs. La Bible / dictionnaire est réécrite chaque jour, modifiant le sens de certains mots et en bannissant d’autres, à la manière du « 1984 » de George Orwell. La mission de Lemmy est de ramener ou d’éliminer le professeur Von Braun, le scientifique qui a inventé Alpha 60, avant qu’il ne puisse détruire l’univers. Le véritable nom de Von Braun est d’ailleurs Léonard Nosferatu, ce qui en dit long sur son potentiel néfaste ! Mais un problème inattendu entrave le bon fonctionnement de cette mission : Lemmy tombe amoureux de Natascha, la fille de Von Braun (« son sourire et ses petites dents pointues me rappellent les vieux films de vampires », dit-il).

Les yeux d’Anna Karina

Le véritable enchantement d’Alphaville réside d’ailleurs dans les yeux d’Anna Karina, que l’on contemple sans se lasser tout au long des gros plans que Godard lui dédie généreusement. Parmi les idées amusantes du scénario, riche en références et en clins d’œil, on retiendra la nouvelle définition d’HLM (Hôpital Longues Maladies), le « Figaro Pravda » pour lequel Caution fait croire qu’il est envoyé en se faisant passer pour un journaliste, la « Ford Galaxie » qui est son véhicule favori, Guy l’éclair et Dick Tracy dont il demande des nouvelles à l’un de ses amis, ou encore deux professeurs inséparables qui se nomment Heckle et Jeckle. Au détour de son intrigue farfelue, Alphaville semble vouloir prôner l’individualisme et ridiculiser le totalitarisme. Les intentions sont louables, mais le résultat est d’une désarmante maladresse.

 

© Gilles Penso

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FROM BEYOND, LES PORTES DE L’AU-DELÀ (1986)

L’équipe de Re-Animator se réunit pour une nouvelle adaptation délirante d’un récit de H.P. Lovecraft

FROM BEYOND

 

1986 – USA

 

Réalisé par Stuart Gordon

 

Avec Jeffrey Combs, Barbara Crampton, Ken Foree, Ted Sorel, Carolyn Purdy-Gordon, Bunny Summers, Bruce McGuire

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I LOVECRAFT I SAGA CHARLES BAND

Le coup d’essai de Re-Animator était un coup de maître. Partis en si bon chemin, le producteur Brian Yuzna, le producteur exécutif Charles Band, le réalisateur Stuart Gordon, le scénariste Dennis Paoli, le compositeur Richard Band, le directeur de la photographie Mac Ahlberg et le duo d’acteurs Jeffrey Combs et Barbara Crampton se réunissent pour une autre adaptation d’un récit de H.P. Lovecraft. Il s’agit cette fois-ci de la nouvelle « De l’au-delà », parue en 1920 dans le même recueil que celui où fut publié « Herbert West, réanimateur ». Le texte initial étant très court (moins de dix pages), Paoli doit redoubler d’inventivité pour ajouter de nouvelles péripéties, de nouveaux personnages, et – comme à l’époque de Re-Animator – deux composantes résolument absentes des écrits de Lovecraft : l’érotisme et l’humour. Pour que le budget de From Beyond reste raisonnable, le film n’est pas tourné aux États-Unis mais en Italie, sur un plateau construit par le producteur Dino de Laurentiis dans la périphérie de Rome puis racheté par la compagnie Empire. Pour économiser davantage les coûts et profiter de plusieurs membres de la même équipe technique et artistique, From Beyond est tourné quasi-simultanément à Dolls, les poupées, toujours sous la direction de Stuart Gordon.

Attiré par des sons étranges provenant d’une vieille maison de Benevolent Street non loin de chez elle, une femme découvre le corps décapité du docteur Edward Pretorius (Ted Sorel). Son assistant Crawford Tillinghast (Jeffrey Combs) est accusé du meurtre. Il clame pourtant son innocence, affirmant que la machine avec laquelle ils pratiquaient des expériences, le Resonator, a ouvert les portes d’un monde parallèle et libéré des créatures voraces qui l’ont dévoré. Fascinée par son témoignage, le docteur Katherine Michaels (Barbara Crampton), jeune et brillante psychiatre, essaie de l’innocenter. Accompagnée par le policier Bubba Brownee (Ken Foree, héros du Zombie de George Romero), elle emmène donc Tillinghast dans la vieille demeure de Pretorius. Là, il remet en marche le Resonator à sa demande. Aussitôt, d’étranges créatures aux allures de méduses, d’anguilles et de lamproies surgissent et se mettent à flotter dans les airs. Plus inquiétant encore, le docteur Pretorius réapparaît sous une forme en perpétuelle mutation.

Grand-guignol

Ce qui frappe d’emblée, dans From Beyond, c’est la simplicité assumée de la mise en scène de Stuart Gordon. Ce minimalisme rappelle le passé du cinéaste dans le théâtre, retrouvant ici la « pureté » d’une relation directe entre un metteur en scène et ses comédiens. La limitation du nombre de décors, dictée principalement pour des raisons budgétaires, finit du même coup par devenir un atout. Cela dit, s’il fallait rapprocher From Beyond d’une forme théâtrale, ce serait sans conteste du Grand-Guignol. En ce sens, le travail effectué sur les effets spéciaux horrifiques s’avère particulièrement impressionnant, œuvre conjointe des ateliers dirigés par John Buechler, Mark Shostrom, John Naulin et Anthony Doublin. Chaque nouvelle apparition du machiavélique Pretorius constitue ainsi une surprise de taille, sa morphologie s’éloignant progressivement de celle d’un organisme humain pour muter vers d’indescriptibles abominations. Ces visions délirantes évoquent parfois celles de The Thing, se prolongeront dans Society et influenceront directement Horribilis. À ces métamorphoses surréalistes s’ajoutent toutes sortes de créatures hybrides et un certain nombre de séquences gore assez gratinées (un homme rongé jusqu’à l’os, une femme dont on dévore la moitié du visage, des têtes arrachées…). Cet équilibre étonnant entre l’économie des effets de style de Gordon et l’outrance des effets spéciaux dote From Beyond d’une singularité étonnante que renforce la bande originale de Richard Band. Au sommet de son art, le compositeur mélange les clavecins, les boîtes à musiques, les pianos, les violons, la basse, la batterie et les sons électroniques en une orgie sonore enivrante. Les nombreux amateurs du film sont bien sûr très attachés à la présence de la belle Barbara Crampton qui, après avoir été dénudée et agressée sexuellement par une tête décapitée dans Re-Animator, subit ici les outrages de l’homme dégoulinant qu’est devenu Pretorius avant de se laisser elle-même gagner par d’étranges pulsions et se livrer à un « relooking » fétichiste mémorable. Nous sommes certes loin de Lovecraft, mais cette séquence a définitivement mué la comédienne en l’une des « scream queens » les plus populaires des années 80.

 

© Gilles Penso

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CONEHEADS (1993)

Les extra-terrestres au crâne en pain de sucre échappés du Saturday Night Live débarquent sur les grands écrans…

CONEHEADS

 

1993 – USA

 

Réalisé par Steve Barron

 

Avec Dan Aykroyd, Jane Curtin, Michelle Burke, Michael McKean, Phil Hartman, Jason Alexander, Lisa Jane Persky

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

A l’origine, les « Coneheads » font partie des nombreux intervenants comiques du « Saturday Night Live », un show télévisé faisant la part belle à la parodie et aux guest stars, devenu un véritable objet de culte pour les téléspectateurs américains depuis ses premières diffusions dans les années 70. D’innombrables stars du cinéma comique US y ont fait leurs débuts. Les interventions absurdes des « têtes de cônes » (!), sous forme d’extra-terrestres au crâne en pain de sucre se faisant passer pour des Français et capables d’engloutir à une allure hallucinante boissons et nourritures en quantités astronomiques, provoquaient des rires peut-être pas très subtils mais en tout cas francs. Hélas ! Leur transposition sur grand écran, confiée à Steve Barron, dont l’œuvre s’échelonne entre le sympathique (Electric Dreams) et le dérisoire (Les Tortues Ninja), n’offre qu’un intérêt très limité.

Certes, les performances techniques abondent : les maquillages impeccables des encéphales coniques ; les visions dantesques de la planète Remulak, à grand renfort de foules bigarrées, de décors grandioses, de costumes étranges, de maquettes et de peintures sur verre ; les flottes spatiales impressionnantes qui se déploient dans le ciel étoilé ; et surtout le combat final contre un monstre animé image par image par le très talentueux Phil Tippett… « C’était une demande spécifique de Dan Aykroyd qui voulait absolument se battre avec un monstre animé image par image, comme dans les films de Ray Harryhausen », nous raconte Tippett. « Les producteurs n’étaient pas vraiment d’accord, mais il a réussi à les convaincre. Le design de ce monstre, baptisé Garthok, mêle le centaure du Voyage fantastique de Sinbad avec une espèce de molosse gigantesque. Et je dois avouer que refaire de la bonne vieille animation à l’ancienne avait quelque chose de très rafraîchissant après mon expérience avec les images de synthèse de Jurassic Park » (1)

Anecdotique

Du point de vue technique, il n’y a donc rien à dire, et toutes ces visions spectaculaires sont inédites pour les habitués de la version télévisée. Mais cela n’enlève rien au fond du problème : Coneheads laisse indifférent parce qu’il ne raconte rien, si ce n’est la vie quotidienne d’un couple d’habitants de la planète Remulak venu sur Terre pour l’envahir puis devenu on ne sait trop pourquoi une famille d’Américains moyens. Le petit film de famille en super 8 qui décrit la naissance de la petite dernière (incarnée dans un premier temps par la propre fille de Dan Aykroyd), projeté avec en fond musical le « Kodachrome » de Paul Simon, est éloquent à cet égard : joli, enjoué, mais parfaitement anecdotique. De plus, même en tenant compte de son aspect comique, comment croire à cette histoire dans laquelle aucun des êtres humains ne s’étonne une seconde de voir des concitoyens munis d’un crâne aussi inhabituel ? Restent donc quelques moments indépendamment attrayants, comme les scènes d’effets spéciaux citées plus haut, le jeu allègre de Dan Aykroyd et Jane Curtin, qui créèrent les personnages pour la TV, ou les dialogues gentiment comiques, en particulier lorsque les E.T. parlent en français pour convaincre le responsable de l’immigration de leur origine hexagonale. Mais c’est bien maigre.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso


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