LA ROSE POURPRE DU CAIRE (1985)

Le personnage d’un film d’aventures des années 30 crève l’écran pour déclarer sa flamme à une spectatrice

THE PURPLE ROSE OF CAIRO

 

1985 – USA

 

Réalisé par Woody Allen

 

Avec Mia Farrow, Jeff Daniels, Danny Aiello, Irving Metzman, Dianne Wiest, Van Johnson, Zoe Caldwell, John Wood, Deborah Rush, Edward Herrmann

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION

L’idée de La Rose pourpre du Caire est venue assez rapidement à Woody Allen, qui reconnaît parmi ses sources d’inspiration le Sherlock Jr de Buster Keaton et surtout la pièce « Six personnages en quête d’auteur » de Luigi Pirandello. Mais alors qu’il s’isole pour écrire le scénario, il bute à mi-parcours. Le concept initial d’un personnage de cinéma surgissant de l’écran pour déclarer sa flamme à une spectatrice est séduisant, mais comment faire progresser l’intrigue ? Allen ne tient la clé de son scénario que bien plus tard, lorsqu’il comprend qu’il faut faire intervenir l’acteur qui joue le personnage sorti du film. Pour le double rôle du comédien et de son alter-ego fictif, le cinéaste envisage Michael Keaton et commence d’ailleurs le tournage avec lui. Mais si le futur Batman de Tim Burton tire habilement son épingle du jeu, il ne colle pas à l’époque dans laquelle se déroule le film. Visiblement trop « moderne » dans son jeu, il est remercié et remplacé par Jeff Daniels. Le comédien qui s’illustrera plus tard dans Dumb et Dumber, Arachnophie et Pleasantville est de toute évidence le choix idéal, même s’il est alors très peu connu du public, malgré ses prestations dans Ragtime et Tendres passions. Pour le rôle féminin principal, pas d’hésitation : Allen choisit son actrice fétiche Mia Farrow, qu’il a déjà dirigée à trois reprises et qu’il fera tourner encore une dizaine de fois. Il confie même à sa jeune sœur Stephanie Farrow le rôle… de sa sœur à l’écran. Le temps d’une scène conçue comme un clin d’œil, les deux comédiennes évoquent le film Okay America dont le rôle principal est tenu par Maureen O’Sullivan, autrement dit leur propre mère.

Nous sommes en 1935, dans une Amérique frappée par la Dépression. Cecilia (Mia Farrow) gagne modestement sa vie dans un snack tandis que son mari chômeur Monk (Danny Aiello) se complait dans l’oisiveté, quand il ne court pas effrontément les jupons. Pour échapper à ce quotidien morose, Cecilia passe tout son temps libre au cinéma Jewel. C’est ainsi qu’elle regarde pour la cinquième fois consécutive La Rose pourpre du Caire, une aventure romantico-exotique joyeusement dépaysante. Mais au beau milieu de la cinquième séance, Tom Baxter, le héros explorateur de ce long-métrage désuet, la remarque parmi les autres spectateurs. Fasciné, il surgit de l’écran et lui déclare sa flamme. C’est donc à une traversée du miroir que nous convie Woody Allen. Sauf que dans le cas présent, c’est le « Pays des merveilles » qui s’invite dans le monde de l’héroïne, le temps d’un déchirement du voile de la réalité d’autant plus surprenant qu’il est traité avec naturalisme et sobriété, loin de tout effet spectaculaire. Dès lors, le film décrit en parallèle la romance impossible qui se tisse entre Cecilia et Tom Baxter et le désarroi de ses partenaires à l’écran. Coincés au milieu d’un scénario qui n’avance plus, ces derniers s’ennuient et désespèrent, au grand dam des spectateurs qui leur reprochent leur manque d’action. Et tandis que l’on s’affole du côté du studio qui a produit La Rose pourpre du Caire, Gil Shepherd, l’acteur qui incarne Tom à l’écran, intervient pour tenter de raisonner son clone fictif…

L’illusion ou la réalité ?

Particulièrement inspiré, Woody Allen explore toutes les possibilités offertes par ce scénario en perpétuel rebond, promenant sa caméra des deux côtés de ce miroir aux alouettes qu’est l’écran de cinéma. Le jeu du « poisson hors de l’eau » fonctionne à plein régime. Délicieusement candide, Tom Baxter croit que ses billets de banque sont réels, que les voitures roulent sans clé, que chaque baiser doit se terminer par un fondu au noir… Mais Cecilia a-t-elle raison de s’attacher à une illusion ? Ne devrait-elle pas choisir son âme sœur dans la réalité : revenir sagement auprès de son propre époux, voire s’envoler à Hollywood avec le séduisant acteur qui incarne Tom et qui vient lui conter fleurette ? Le symbole de l’illusion perdue prend à l’écran la forme de ce parc d’attraction abandonné où errent les amants impossibles (des séquences tournées dans le Parc Bertrand Island qui venait alors de fermer ses portes). Lorsque Tom est assis dans un train de Grand huit désespérément immobile, on sent bien que cette histoire est sans issue, que ce rêve n’appartient plus à notre monde. Guère optimiste face aux vicissitudes du quotidien, Woody Allen semble pourtant vouloir nous dire que c’est le seul monde possible, et qu’il faut l’accepter tel quel. En ce sens, chacun sera libre d’interpréter le final comme un dénouement triste ou heureux… Baignant son film dans cette ambiance jazz rétro qu’il affectionne tant, justifiée ici par le contexte historique et mise en musique par Dick Hyman, Woody Allen cite souvent La Rose pourpre du Caire comme son film le plus réussi. Nous serions tentés de lui donner raison. Il remportera le BAFTA du meilleur film et du meilleur scénario en 1985, puis le César du meilleur film étranger l’année suivante. Son trio d’acteurs vedettes se retrouvera en 1987 dans Radio Days.

 

© Gilles Penso

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REMO, SANS ARME ET DANGEREUX (1985)

Laissé pour mort, un policier coriace se transforme en agent secret doué de capacités surhumaines

REMO WILLIAMS : THE ADVENTURE BEGINS

 

1985 – USA

 

Réalisé par Guy Hamilton

 

Avec Fred Ward, Joel Grey, Wilford Brimley, J.A. Preston, Kate Mulgrew, Charles Cioffi

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I POUVOIRS PARANORMAUX

Un an après le succès-surprise de Karaté Kid, Orion Pictures, firme comprenant des cadres dirigeants de United Artists (distributeur mythique de James Bond), surfe opportunément sur la vague en s’intéressant à l’adaptation de la série de romans « The Destroyer » (publiés en France sous le titre « L’Implacable »), qui voient un Maître coréen former des assassins et les fournir à une association secrète. Passif oblige, les membres du studio désirent créer une franchise d’espionnage mettant en scène un 007 prolétaire, anti-héros mal embouché. Ils recrutent logiquement Christopher Wood, l’un des plus généreux scénaristes Bondiens (L’Espion qui m’aimait, Moonraker) et le réalisateur de Goldfinger et Vivre et laisser mourir, Guy Hamilton. Wood gomme les aspects fantasques des livres qui voyaient s’agiter androïdes et savants fous, se concentrant sur le recrutement du héros, flic de choc que l’on fait passer pour mort, puis sur son entraînement à la dure avec Chiun, expert dans l’art ancestral du Sinanju, suivi de sa toute première mission.

Les auditions pour le rôle-titre débutent, voyant débarquer de nombreux spécialistes autoproclamés du Sinanju, ne sachant visiblement pas que la discipline est purement fictive. Le jeune Bruce Willis, alors au début de la série Clair de Lune, passe le casting, puis Ed Harris est pressenti, mais les producteurs lui préfèrent le côté malicieux de Fred Ward, son collègue astronaute de L’étoffe des héros, qui signe un contrat pour trois films et s’impliquera énormément dans les cascades. La tâche est plus ardue lorsqu’il s’agit de trouver celui qui incarnera son mentor : devant l’incapacité de recruter un comédien coréen et malgré la polémique qui en découle, les regards se tournent vers le yiddish Joel Grey, père de Jennifer, oscarisé pour sa prestation dans Cabaret. Ce dernier refuse, se sentant trop éloigné du personnage et n’ayant aucune aptitude martiale. Il changera d’avis face aux compétences de Carl Fullerton, maquilleur émérite ayant œuvré sur la saga Vendredi 13, qui parvient, à l’issue de 4h30 quotidiennes de travail acharné, à le transformer en asiatique de 80 ans (Fullerton récoltera une nomination aux Oscars mais perdra face à l’enfant monstrueux de Mask).

« Tu conduis comme un macaque en rut ! »

Fidèle à la décomplexion des années 80 (on passe sans sourciller du polar urbain à un esprit BD) et propulsé par le score galvanisant de Craig Safan, le film enchaîne des morceaux de bravoure que n’aurait pas reniés Roger Moore : une empoignade vertigineuse sur une Statue de la Liberté en rénovation (séquence imaginée par Hamilton lui-même), une folle poursuite avec des dobermans tenaces, une évasion permise par le diamant dentaire d’un homme de main, l’invention du « bullet time » bien avant Matrix, une marche sur l’eau qui flirte avec le fantastique et une escapade forestière aux allures guerrières magnifiée par la photographie granuleuse d’Andrew Laszlo, le chef opérateur de Rambo et Sans retour (déjà avec Ward). L’action trépidante n’empêche pas un humour omniprésent, à travers la décontraction de Remo (loués soient la VF et Yves Rénier, qui rendra tout aussi cool par la suite Crocodile Dundee ou le James Woods de Vampires) et ses rapports aussi houleux qu’hilarants avec Chiun, tueur impitoyable fan de soap opera. Ces chien et chat au grand cœur ne cessent de s’éreinter à coup de punchlines dévastatrices (« Tu bouges comme une guenon enceinte », « Tu conduis comme un macaque en rut »), et leur relation ambiguë se teinte progressivement d’une émotion palpable, élevant quasiment ce rapport père/fils à la hauteur de l’amitié respectueuse de Mickey Goldmill et Rocky Balboa. Ce coup d’éclat ne rencontrera pas son public, tuant dans l’œuf les épisodes prévus et une série dérivée dont seul subsiste un pilote réalisé par Christian I. Niby II (fils du metteur en scène de La Chose d’un autre monde), avec Jeffrey Meek et Roddy McDowall. Une injustice de taille, quelque peu rattrapée avec le temps, Remo étant devenu culte en vidéo et à la télévision. On attend cependant toujours une édition française de cette perle rare, proche dans son ton iconoclaste, son métissage d’influences et son héros dépassé par les mystères orientaux, d’un autre triste échec au box-office, Les Aventures de Jack Burton dans Les griffes du Mandarin.

 

© Julien Cassarino

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NEKROMANTIK (1987)

Le réalisateur allemand Jörg Buttgereit utilise le prétexte de la nécrophilie pour composer un film d’horreur poisseux au parfum de scandale

NEKROMANTIK

 

1987 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Jörg Buttgereit

 

Avec Bernd Daktari Lorenz, Beatrice Manowski, Harald Lundt, Colloseo Schulzendorf, Henri Boeck, Clemens Schwender

 

THEMA MORT

En s’attaquant frontalement au thème complexe de la nécrophilie, le réalisateur allemand Jörg Buttgereit n’avait pas pour objectif la moindre étude psychologique, pas plus qu’il ne se souciait d’en saisir les implications morales ou pathologiques. Si Nekromantik peut être appréhendé comme une chronique du mal-être et de l’exclusion, le cinéaste avance ses arguments sans la moindre quête de subtilité. Son but principal est manifeste dès les premières minutes du métrage : choquer les spectateurs. D’ailleurs, le texte qui ouvre le film fait plus office d’accroche publicitaire que de véritable avertissement. « Attention », y lit-on, « ce film peut être considéré comme très offensant et ne doit pas être montré à des mineurs !!! » (avec trois points d’exclamation). En quelques minutes, le ton est donné : une femme urine en très gros plan dans la campagne, puis rejoint son compagnon en voiture, juste avant un accident brutal qui les laisse dans un piteux état, lui énucléé, elle coupée en deux et les viscères à l’air. Le choc que pourrait susciter une telle entrée en matière est considérablement amenuisé par l’amateurisme de la mise en forme : un tournage au format super-8, des cadrages hésitants, une lumière déficiente, un montage approximatif, une musique synthétique affreuse…

Les « héros » de Nekromantik sont Rob et Betty, un couple amoureux des cadavres… au sens propre. Rob (incarné par Daktari Lorenz, également co-compositeur de la bande originale et co-créateur des effets spéciaux) travaille dans une entreprise chargée de nettoyer les scènes d’accidents, ce qui lui permet de ramener chez lui des morceaux d’organes pour les immerger dans le formol et les collectionner. Un jour, il rapporte un cadavre décomposé et gluant à souhait, à la grande joie de Betty qui se met à palper langoureusement sa peau flétrie et son œil saillant. Bientôt, elle fait l’amour avec lui, un tuyau coiffé d’un préservatif remplaçant son pénis défaillant ! Conscient qu’il tient là l’une des scènes emblématiques de son film, Buttgereit ne nous épargne aucun détail sordide (tout le monde se lèche, l’œil décomposé est gobé puis replacé dans son orbite d’un coup de langue) et croit en décupler l’impact en utilisant une ritournelle romantique au piano et des effets de ralenti particulièrement hideux.

Onirisme macabre et gore grand-guignolesque

Le jour où Rob est renvoyé, Betty le quitte et son équilibre mental, déjà très vacillant, s’effondre définitivement. Pour déranger son public, le cinéaste s’en donne à cœur joie : l’onirisme macabre (un cadavre semi-décomposé sort d’un sac plastique et s’amuse à envoyer une tête coupée à une jeune femme comme s’il s’agissait d’un ballon), le gore grand-guignolesque (un homme décapité d’un coup de pelle en pleine mâchoire), les délires horrifiques en tout genre (Rob massacre son chat, l’éventre et se frotte le corps avec ses entrailles) et même le snuff (les flash-backs du lapin égorgé et écorché). Le summum est atteint avec un climax sans retenue où la semence et le sang éclaboussent l’écran sans la moindre retenue, Eros et Thanatos s’accouplant en une excessive orgie finale. Buttgereit aura finalement atteint son but : créer l’événement et muer son délire en œuvre culte auprès d’une petite communauté de fans hardcore. Projeté au cinéma de manière relativement confidentielle pendant deux ans, à une époque où le mur de Berlin est encore debout, Nekromantik aura maille à partir avec la censure, ce qui n’empêchera pas son réalisateur d’en initier dans la foulée une suite encore plus provocante.

 

© Gilles Penso

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GODZILLA CONTRE SPACE GODZILLA (1994)

Godzilla affronte une version mutante de lui-même née d’une de ses propres cellules irradiée par des rayons cosmiques

GOJIRA TAÏ SUPESUGODZILLA

 

1994 – JAPON

 

Réalisé par Kensho Yamashita

 

Avec Megumi Odaka, Jun Hashizume, Zenkichi Yoneyama, Akira Emoto, Towako Yoshikawa, Yosuke Saito, Kenji Sahara

 

THEMA DINOSAURES I ROBOT I SAGA GODZILLA

Redoublant d’imagination et d’inventivité, les scénaristes de la Toho s’amusent, depuis la résurrection de Godzilla en 1984, à lui opposer des ennemis mixant les monstres de la première série (Ghidrah, Mothra, Mecha-Godzilla) et de toutes nouvelles créations, comme c’est le cas ici. Au début du film, scientifiques et militaires se sont mis en tête de régler le « problème Godzilla », mais en optant pour deux solutions incompatibles. La première consiste à prendre le contrôle du dinosaure par télépathie. La seconde vise son élimination pure et simple, à l’aide d’une invention prodigieuse baptisée Mogera. Héritée des dessins animés Transformers, cette machine prend tour à tour les allures d’un vaisseau spatial ou d’un robot bipède empruntant sa morphologie à celui de Prisonnières des Martiens. Elle peut aussi se diviser en deux, une moitié se muant en bombardier futuriste, l’autre en tank-foreuse. Godzilla, lui, ne fait son apparition qu’au bout de vingt minutes de film, surgissant de l’océan de fort majestueuse manière, sa queue ondulant comme un serpent de mer, sa petite gueule carnassière hurlant au sommet de sa colossale stature.

Quarante ans après sa naissance, le saurien nippon n’a rien perdu de sa superbe, aidé par un relookage accentuant sa bestialité. On ne peut pas en dire autant, hélas, de son fils, un baby Godzilla rondouillard et anthropomorphe à peu près aussi grotesque que celui de La Planète des monstres, qui fait ici de la figuration en sautillant joyeusement. Le scénario prend une nouvelle tournure lorsqu’une jeune médium a une vision de Mothra, le papillon géant, et des Alienas, les deux jumelles miniatures qui l’accompagnent. Celles-ci lui révèlent qu’il faut protéger Godzilla, car lui seul pourra sauver la Terre du péril qui la menace. Effectivement, un nouveau monstre surgit cosmos et sème la terreur. Sorte de sosie agressif de Godzilla, il a le dos hérissé de cristaux spatiaux et possède un gigantesque pouvoir de destruction. Son origine est des plus curieuses : il serait en effet né d’une cellule de Godzilla, envoyée dans l’espace lors d’un combat précédent, absorbée par un trou noir et irradiée par une explosion d’étoiles. Il s’agit donc d’un clone cosmique de notre bon vieux dinosaure, qui répond en toute logique au nom de Space-Godzilla.

L’art de la démesure

Au cours du premier combat opposant le Roi des Monstres et son alter-ego maléfique, baby Godzilla est sérieusement blessé. Godzilla n’a dès lors plus qu’une idée en tête : éliminer cette menace spatiale. D’où un titanesque pugilat final, au beau milieu des buildings d’une île japonaise vouée au carnage massif. Mogera prête main forte à Godzilla pour éradiquer ce monstre tenace, qui s’abrite derrière un champ de force en forme de cristaux. Comme toujours, le scénario n’exclut ni la naïveté extrême, ni les incohérences. Mais le charme opère toujours, grâce à une mise en scène ne reculant devant aucune démesure et à des effets spéciaux volontiers spectaculaires. Quant à la partition emphatique de Takayuki Hattori, elle dramatise à outrance chaque séquence en empruntant ses accents symphoniques aux plus grands : John Williams, John Barry et Jerry Goldsmith, rien que ça !

 

© Gilles Penso

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LA VAMPIRE NUE (1969)

Un faux film de vampires dans lequel Jean Rollin ne recule devant aucune situation absurde pour assouvir son goût conjoint de l’épouvante et de l’érotisme

LA VAMPIRE NUE

 

1969 – FRANCE

 

Réalisé par Jean Rollin

 

Avec Caroline Cartier, Maurice Lemaitre, Olivier Martin, Ly Lestrong, Bernard Musson, Jean Aron, Ursule Pauly

 

THEMA MUTATIONS I SAGA JEAN ROLLIN

La Vampire nue figure indiscutablement parmi les films les plus incohérents, les plus mal fichus et les plus involontairement drôles de toute la carrière de Jean Rollin, ce qui n’est pas peu dire. En résumer le scénario relève déjà de la gageure. Le héros est un jeune fils à papa du nom de Pierre Radamante. Alors qu’il se promène une nuit sur l’île Saint-Louis, en plein Paris, il tombe nez à nez avec une magnifique jeune fille, nue sous sa toge rouge transparente, et traquée par des individus affublés de masques d’animaux (un clin d’œil au Judex de Georges Franju ?) qui finissent par lui tirer dessus. De retour chez lui, où il se prélasse auprès de deux sœurs jumelles qui semblent jouer le rôle de domestiques sexuelles dans la maison (!), Pierre finit par découvrir que son père, Georges Radamante, est directement concerné par les étranges événements de la nuit précédente. En effet, celui-ci a constitué une secte d’adorateurs de la jeune femme en rouge, qui s’avère immortelle et est donc considérée comme une déesse. Ça commence donc assez fort. Et ce n’est que le début…

Au cours de cérémonies étranges, les membres de la secte se suicident et la belle se repaît de leur sang. Car Radamante senior est persuadé qu’il s’agit d’une femme vampire et entend bien percer le secret de son immortalité. Pour y parvenir, il analyse régulièrement son sang, espérant pouvoir l’accoupler avec un autre vampire. Il s’est donc adjoint les services de deux savants qui, comme le spectateur, ne comprennent pas grand-chose à ce qui se passe. Transférant ses activités depuis son hôtel particulier jusqu’à un grand château en pleine campagne, Radamante doit bientôt faire face à des dizaines d’individus bizarres, vêtus de capes blanches ou torse nu selon la fantaisie du costumier. Ils réclament la jeune fille car elle est l’une des leurs. Et effectivement, eux aussi sont insensibles aux balles. Il s’avère finalement (coup de théâtre incroyable, roulement de tambour) que tous ces immortels ne sont pas des vampires mais des mutants, censés représenter le prochain stade de l’évolution de l’humanité.

Les mutants sont parmi nous

L’absurdité du scénario le dispute à l’indigence des dialogues et l’amateurisme de l’ensemble des comédiens, incapables de prononcer une seule réplique sans jouer faux. Le film contient son quota de filles dénudées, qui se trémoussent régulièrement sans faire avancer l’intrigue d’un pouce. Le scénario est d’ailleurs tellement succinct que Jean Rollin est obligé d’accumuler les séquences interminables de traversées des corridors ou des descentes et montées d’escaliers en temps réel pour combler les vides. Parmi les moments les plus grotesques de cette Vampire nue, on gardera en mémoire ces suicides où les comédiens collent un pistolet en plastique sur leur tempe puis s’écroulent en mimant la mort, ou encore la « cascade » des jumelles qui dévalent lamentablement un grand escalier. Mais la palme revient sans conteste au plan final, où le chef des mutants regarde la caméra, dans sa belle cape blanche, et récite sans conviction un texte annonçant l’ère future des mutants sur la Terre. Ceux qui considèrent Plan 9 From Outer Space ou Robot Monster comme des candidats possibles à l’élection du plus mauvais film de tous les temps devraient tout de même jeter un coup d’œil à cette Vampire nue, qui a toutes les chances de figurer au palmarès.

 

© Gilles Penso

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SCHLOCK (1973)

John Landis met en scène – et interprète – un monstre velu qui sème la panique pour assouvir son appétit insatiable de bananes

SCHLOCK

 

1973 – USA

 

Réalisé par John Landis

 

Avec John Landis, Saul Kahan, Eliza Garrett, Joseph Piantadosi, Eric Allison, Enrica Blankey, Charles Villiers, Forrest J. Ackerman, John CHambers

 

THEMA YÉTIS ET CHAÎNONS MANQUANTS

Bien avant Les Blues Brothers, Le Loup-garou de Londres et Un Fauteuil pour deux qui lui vaudront la célébrité, John Landis, à peine âgé de 21 ans, écrivait et réalisait cette parodie simiesque témoignant déjà de sa cinéphilie sans borne. Très motivé, le jeune touche à tout (cumulant à l’époque les postes de coursier, assistant réalisateur, cascadeur ou assistant de production) réunit un très modeste budget de 60 000 dollars en sollicitant sa famille et ses amis. Le schlock qui donne son nom au film est un chaînon manquant entre l’homme et le singe, que Landis lui-même interprète sous un costume signé Rick Baker, futur génie des effets spéciaux de maquillage. La bête surgit un beau jour de sa caverne et sème la panique dans son entourage, tellement avide de bananes qu’elle ne recule devant aucun meurtre pour s’en procurer. Le film commence d’ailleurs par un long travelling révélant des centaines de corps de jeunes gens gisant sur le sol d’un quartier pavillonnaire. La presse appelle cette hécatombe les « banana murders » (les victimes sont en effet couvertes de peaux de banane). Aussitôt, la télévision locale organise un jeu télévisé baptisé « body count contest ». Après avoir occis 799 personnes en trois semaines, le schlock tombe amoureux de Mindy, une belle adolescente aveugle qui le prend de prime abord pour un grand chien velu. Il l’emmène bientôt jusque sur les toits de la ville d’où l’armée, très motivée, s’efforce de le déloger.

John Landis connaissant ses classiques, Schlock se moque allègrement – mais non sans un respect touchant – de King Kong (dont une photo se glisse parmi les portraits robots établis par la police) et de Monsieur Joe (qui apparaît sur un cliché chez un spécialiste des singes), tout en rendant hommage à d’autres classiques du fantastique, notamment les trois premiers Frankenstein d’Universal (la petite fille au bord de l’eau, l’aveugle), 2001 l’odyssée de l’espace (le schlock qui brandit un os pour briser une vitre de magasin) ou encore Danger planétaire et Les Monstres de l’île en feu (qui jouent en double-programme dans un cinéma où se réfugie le monstre). Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, le jeune réalisateur passe également à la moulinette bon nombre de ses concitoyens (lorsque le schlock se faufile parmi les curieux, une femme outrée lui dit au sévèrement : « allez chez le coiffeur, trouvez-vous du travail ! »). Landis règle aussi leurs comptes aux programmes télévisés américains, qui seront la cible de son second long-métrage, le fameux Hamburger Film Sandwich (où un autre primate sèmera une belle panique). Toute l’action du film est d’ailleurs commentée par un animateur télé souriant et bien peigné.

Délires tous azimuts

Au détour du casting, le fan reconnaît deux figures incontournables du cinéma fantastique : Forrest J. Ackerman, éditeur de la revue « Famous Monsters », dans le rôle d’un spectateur avide de pop-corn, et John Chambers, créateur des maquillages de La Planète des singes, incarnant le capitaine de la Garde Nationale. Film aux inspirations multiples, Schlock accumule les gags nonsensiques, quelque part à mi-chemin entre le trio Zucker/Abrahams/Zucker (les dialogues absurdes débités avec un sérieux imperturbable), les Monty Pythons, Tex Avery et même un soupçon du Louis de Funès de Fantomas (le commissaire qui donne des instructions à ses hommes avec des coups de sifflet stridents). Quelques situations traînent certes en longueur (la scène un peu interminable dans le cinéma) et  l’on sent que le rythme mériterait de temps en temps d’être resserré. Mais le film est frais, drôle, impertinent, et témoigne d’une folle liberté non encore entravée par le système des studios hollywoodiens. Du coup, on en vient à regretter que l’imaginaire Son of Schlock, annoncé « prochainement » à la fin du film, n’ait jamais été réalisé.

 

© Gilles Penso

 

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IT FOLLOWS (2014)

Après avoir couché avec son petit ami, la jeune Jay est poursuivie par une entité maléfique pouvant changer d’apparence…

IT FOLLOWS

 

2014 – USA

 

Réalisé par David Robert Mitchell

 

Avec Maika Monroe, Lili Sepe, Jake Weary, Keir Gilchrist, Greg Hannigan, Olivia Luccardi, Daniel Zovatto

 

THEMA MORT

Depuis la sortie de Scream et son approche « méta », les néo-slashers se sont sentis obligés de jouer avec les codes du genre pour lui prouver leur allégeance et flatter un public supposé connaisseur. Il est ainsi de bon ton pour les réalisateurs de citer à tour de bras Halloween, La Dernière maison sur la gauche et ou Les Griffes de la nuit. Malgré ces bonnes intentions, le 21ème siècle n’avait pas encore accouché d’une nouvelle œuvre digne de figurer au rang de classique du slasher jusqu’à la sortie de It Follows en 2014. Rien ne semble pourtant le distinguer des formules dérivatives habituelles, sur le fond comme sur la forme : Eros et Thanatos sont toujours au rendez-vous, mais contrairement aux nombreuses itérations de Halloween ou Vendredi 13, leur fatale alliance ne fait pas ici partie du sous-texte mais constitue la trame principale. Un peu comme si David Robert Mitchell revenait aux fondements de nos peurs existentielles plutôt que d’en reprendre les formes métaphoriques utilisées habituellement dans l’horreur. Bien qu’il ne s’agisse que de son second film, le réalisateur n’est pourtant pas un jeunot, puisqu’il est âgé de 40 ans au moment de la sortie de It Follows. Le recul lié à sa maturité lui permet de dresser une peinture réaliste de l’adolescence, loin des clichés des pom-pom girls et des joueurs de football du teen-cinéma. Il teinte aussi son film d’une mélancolie ne pouvant que provenir des réflexions d’un quadragénaire puisant dans ses propres souvenirs. De ce fait, l’influence du cinéma de John Carpenter (Cinemascope et musique synthétique de rigueur) tient plus de la filiation assumée que de la simple émulation servile d’un fan-boy.

David Robert Mitchell ouvre le film par un effet de mise en scène qui ponctuera le film : un lent panoramique circulaire à 360 degrés dans un lieu anodin, provoquant une insécurité sourde pour le spectateur qui guette la moindre anomalie sous le calme apparent. La première séquence est aussi sobre qu’efficace : respectant le cahier des charges du slasher classique, l’action démarre sans aucune forme d’introduction avec une jeune fille fuyant un poursuivant invisible. Nous la retrouverons morte une minute plus tard, dans une posture défiant les règles élémentaires de l’anatomie. La véritable héroïne, Jay (Maike Monroe), est introduite dans la scène suivante comme la parfaite innocente victime. Classique. Sauf que Jay et ses amis ne sont pas des adolescents « cool ». Mitchell montre l’oisiveté érigée en mode de vie dans ce quartier résidentiel de la banlieue de Détroit ou tout parait immuable, hors du temps. D’ailleurs, nous ne savons pas en quelle année le film se passe, la direction artistique brouillant habilement les pistes en mêlant des éléments des années 70 jusqu’aux années 2000. Jay a un petit ami avec qui elle se rend au cinéma le soir même. Pendant la séance, celui-ci aperçoit une fille que Jay jure ne pas voir et lui demande de quitter la salle. Le lendemain, après avoir couché avec Jay, il lui avoue lui avoir transmis une malédiction : Elle sera désormais poursuivie par une « chose » pouvant prendre l’apparence de n’importe qui pour la tuer. Le seul moyen de s’en débarrasser est de la transmettre à son tour en couchant avec quelqu’un d’autre. Si elle ne le fait pas, la chose la poursuivra sans relâche… Tout le talent de Mitchell est de ne jamais chercher à faire plus compliqué que nécesssaire. Si ses personnages sont décrits avec un réel souci d’économie, ils n’en sont que d’autant plus crédibles. Quant au récit, il avance au même rythme que la Mort qui marche à la poursuite de Jay – lentement mais surement ! Il se dégage une certaine forme de langueur tout au long du film, qui préfère à l’habituel tour de montagne russe l’installation d’une ambiance délayée dans le temps.

La Mort aux trousses

La mise en scène semble avoir été pensée dans son entièreté : Mitchell cadre toujours Jay en plein centre de l’image, dégageant les côtés du cadre pour créer un sentiment anxiogène.  Car si cette « distance de sécurité » devrait nous permettre d’anticiper toute intrusion de la Mort dans le cadre, elle développe aussi une forme de paranoïa chez le spectateur, qui participe de façon presque interactive au récit en scrutant en permanence les arrière-plans. Le moindre figurant traversant la rue devient suspect. L’usage systématique du grand angle en extérieur ne fait qu’augmenter la taille de l’espace à surveiller. Il écrase aussi nos héros dans un environnement trop grand pour eux, une métaphore visuelle d’un monde dans lequel ils n’ont pas encore pris leurs marques. Cette opposition constitue d’ailleurs le thème central de It Follows. La relation sexuelle, rite de passage symbolique à l’âge adulte, est associée à la prise de conscience de sa propre mortalité et déclenche le compte-à-rebours inéluctable de la vie/mort. Car l’entité qui poursuit Jay, même si elle n’est jamais désignée comme telle, symbolise la Grande Faucheuse. Touchant à l’œdipe, elle prendra même l’apparence de la mère d’un voisin qui en sera temporairement la cible. Les dialogues sont aussi riches de sens : lors de leur sortie au cinéma, le petit ami de Jay, se sachant poursuivi avant d’avoir pu coucher avec elle, observe un petit garçon avec ses parents et explique qu’il aimerait « être à sa place car il a encore toute la vie devant lui ». C’est cette angoisse de mort et son inéluctabilité qui constituent la véritable menace d’It Follows. Autre image édifiante : après avoir échappé une première fois à ce Terminator freudien, Jay trouve refuge dans un parc pour enfants où elle reprend ses esprits, assise sur une balançoire. Mais elle doit continuer d’avancer avec – littéralement – la Mort aux trousses. Et lorsque ses amis décident de fuir en voiture pour gagner du temps, ils traversent des quartiers de Détroit désolés, délabrés, peuplés de sans-abris. Une ville fantôme, vision horrifique du monde réel – le monde adulte – hors de la bulle que constituait leur banlieue pour classe moyenne. David Robert Mitchell réussit son pari d’instaurer un malaise sur la longueur plutôt que de jouer sur les effets-chocs. Cerise sur le gâteau, il parvient à clore son histoire de façon cohérente et satisfaisante, là où la résolution de nombreux films d’horreur les fait dégringoler avant d’atteindre leur pinacle.

 

© Jérôme Muslewski

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GODZILLA CONTRE MECHAGODZILLA (1993)

La même année que Jurassic Park, Godzilla renaît de ses cendres pour affronter son célèbre double robotique

GOJIRA TAÏ MEKAGOJIRA

 

1993 – JAPON

 

Réalisé par Takao Ogawara

 

Avec Masahiro Takashima, Ryoko Sano, Megumi Odaka, Yusuke Kawazu, Kenji Sahara, Akira Nakao, Koichi Ueda

 

THEMA DINOSAURES I ROBOTS I SAGA GODZILLA

Contrairement à Godzilla contre Mothra, ce Godzilla contre MechaGodzilla ne présente quasiment aucun rapport avec son modèle réalisé dans les années 70, si ce n’est la présence du fameux robot géant. Car si, dans Godzilla contre Mecanik Monster, cette bête métallique avait des origines extra-terrestres, ici elle est de fabrication terrienne et vise le statut d’ultime machine de guerre anti-Godzilla. Son armure est en alliage, son cœur est un réacteur atomique, et les techniciens de la « Force G » l’ont créé en s’inspirant de la technologie futuriste ayant donné naissance au King Ghidroah cyborg (deux films plus tôt, pour ceux qui suivent). À l’exception d’une tête plus effilée et de cuisses plus larges qui lui donnent les proportions générales d’une sorte de fusée, le design de ce monstre mécanique est très proche de celui qui le précéda quelque vingt ans plus tôt. Tandis que les derniers rouages sont huilés, une expédition scientifique découvre sur une île de la mer de Bering un œuf géant.

Alors que les savants s’apprêtent à ramener l’œuf en ville, Godzilla et le ptéranodon géant Rodan font leur apparition et s’affrontent au cours d’un pugilat nocturne riche en étincelles et en nuages de poussière. Rodan est laissé pour mort, et l’œuf est transporté à Kyoto. Tout le monde s’attend à en voir sortir un cousin de Rodan, or lorsqu’il éclot, c’est un dinosaure bipède qui fait son apparition. A peine moins ridicule que le bébé Godzilla des films précédents, cet étrange bestiau est aussitôt identifié par les savants comme un godzillasaurus, autrement dit un cousin de la famille de Godzilla mais plus mignon, plus inoffensif, et végétarien de surcroît ! Lorsque le grand dinosaure radio-actif se met à provoquer des explosions en chaîne sur les docks voisins, au cours d’une séquence fort spectaculaire, MechaGodzilla intervient et la première manche a lieu dans le bruit et la fureur. Le robot vole, lance des rayons thermiques par la gueule, des lasers par les yeux, des grenades plasma par le ventre, des missiles paralysants par les épaules et des câbles à électrochocs par les doigts, rien que ça ! Godzilla passe donc un mauvais quart d’heure, mais il en a vu d’autres, et finit par mettre son adversaire hors d’état de nuire.

Place à… SuperMechaGodzilla !

Les scénaristes assemblent alors leurs folles idées éparses au cours d’un climax tonitruant au cours duquel Rodan s’éveille sur son île, se gonfle d’énergie radioactive, survole les villes en détruisant tout sur son passage (en un remake fort bien troussé des meilleures séquences du Rodan de 1956) et capture le bébé godzillausaurus. Après une révision complète, Mecha-Godzilla vient lui botter les fesses, aidé du vaisseau Garuda qu’on croirait issu de la série San Ku Kaï. Lorsque Godzilla refait son apparition, le robot et le vaisseau s’assemblent comme de bons vieux Transformers, donnant naissance à SuperMechaGodzilla (!), et tout s’achève dans un festival de rayons destructeurs et d’explosions, au son de la partition martiale d’Akira Ifukube. Bien moins sérieux que Godzilla contre Mothra, ce nouvel épisode s’avère surtout beaucoup plus délirant et autrement plus distrayant, témoin de brainstormings fumants dans les salles de réunion de la Toho.

 

© Gilles Penso

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LE VIOL DU VAMPIRE (1968)

Le premier d’une longue série de films d’horreur érotiques concoctés par un Jean Rollin particulièrement prolifique

LE VIOL DU VAMPIRE

 

1968 – FRANCE

 

Réalisé par Jean Rollin

 

Avec Jacqueline Sieger, Bernard Letrou, Solange Pardel, Nicole Romain, Catherine Deville

 

THEMA VAMPIRES I SAGA JEAN ROLLIN

Joyeusement sous-titré « Un mélodrame en deux parties », Le Viol du vampire porte en germe toutes les composantes de l’œuvre à venir du cinéaste Jean Rollin : fantastique onirique, érotisme morbide, décors naturels captés dans la campagne française, musique expérimentale, photographie relativement soignée, acteurs qui jouent comme Jean-Pierre Léaud, dialogues nébuleux… Qu’on essaie un instant d’imaginer le mixage de tous ces éléments disparates, et on aura une petite idée de l’incroyable fourre-tout que constitue Le Viol du vampire, mélange contre-nature de la Nouvelle Vague de Jean-Luc Godard et du serial à la Fantomas version Feuillade. Tourné dans un noir et blanc granuleux typique de la fin des années 60, le récit se concentre dans un premier temps sur trois jeunes parisiens qui débarquent dans un vieux château habité par quatre sœurs au comportement pour le moins étrange. L’un des visiteurs, psychanalyste, s’est fixé pour but de prouver à ses jeunes hôtesses qu’elles ne sont pas des vampires. Or celles-ci sont persuadées du contraire. L’une d’elles aurait même été violée par les villageois, il y a plusieurs siècles de ça, d’où le titre du film.

Le jeune médecin parvient presque à les convaincre de sa théorie… Sauf que les quatre sœurs sont bel et bien des vampires, sinon ça ne serait pas drôle, et ce film n’aurait rien à faire en ces pages. Dès lors, et sans crier gare, le film se laisse aller au délire le plus total, abaissant tous ses garde-fous sans la moindre retenue. Car après les morts violentes des quatre sœurs, l’intrigue se transpose soudain sur une plage normande, celle de Pourville-Les-Dieppe qui resservira de cadre à d’innombrables séquences tournées dans les futurs films de Jean Rollin. Là, nous entrons de plain-pied dans une seconde partie sous-titrée « Les Femmes Vampires » dans laquelle une reine des vampires costumée comme une Cléopâtre d’opérette dirige une armée de suceuses de sang encapuchonnées.

Une succession évasive de tableaux bizarroïdes

A partir de cette surréaliste apparition, le scénario ne s’embarrasse même plus du semblant de cohérence qui l’animait vaguement jusqu’alors, et nous suivons sans vraiment comprendre les aventures de ces femmes vampires qu’on croirait issues d’un Santo mexicain ou d’un Maciste italien, parallèlement aux recherches d’un groupe de scientifiques s’efforçant de trouver un antidote contre le vampirisme. Le Viol du vampire se regarde alors d’un œil très distant, comme une succession évasive de tableaux bizarroïdes aussi peu limpides qu’un texte de Marguerite Duras, jusqu’à un final totalement absurde où les vampires se retrouvent sur la scène d’un théâtre, devant une grande chauve-souris en carton-pâte, avant qu’une fusillade n’éclate et ne vire à la débandade générale. L’absence de lien apparent entre les deux moitiés du film s’explique en partie par leur nature initiale. Car à l’origine, Le Viol du vampire était un court-métrage d’une demi-heure, auquel Jean Rollin ajouta une heure supplémentaire pour pouvoir l’exploiter en salle. Visiblement content de ce premier essai, le cinéaste poursuivra dès lors inlassablement ses expérimentations hasardeuses dans le domaine du vampirisme féminin et dénudé.

 

© Gilles Penso

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GODZILLA CONTRE MOTHRA: LA BATAILLE POUR LA TERRE (1992)

Godzilla ressuscite une fois de plus pour affronter deux papillons géants qui lui donnent du fil à retordre

GOJIRA TAÏ MOSURA

 

1992 – JAPON

 

Réalisé par Takao Ogawara

 

Avec Tetsuya Bessho, Satomi Kobayashi, Takehiro Murata, Saburo Shinoda, Akiji Kobayashi, Akira Takarada, Makoto Otake

 

THEMA DINOSAURES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I SAGA GODZILLA

Alors que Godzilla contre King Ghidorah inventait une histoire complète en réinventant le monstre de Ghidrah le monstre à trois têtes et ses origines, ce nouvel épisode se présente comme un remake de Mothra contre Godzilla (1964). Le scénario n’y est pas similaire, certes, mais la structure et les séquences principales y sont répétées avec une fidélité qui confine à la duplication. La chute d’une météorite provoque maints dérèglements un peu partout sur la Terre, mettant à jour un œuf gigantesque sur une île isolée. Une petite expédition s’y rend et découvre deux minuscules entités féminines, les « Cosmos », leur annonçant l’existence de deux créatures sur le point de revenir sur Terre : Mothra et Battra. Toutes deux ont le même objectif – la protection de notre planète – mais pas les mêmes méthodes. Car si Mothra, sur le point d’éclore, prône le pacifisme, Battra, en route vers le Japon, est prêt à détruire l’humanité pour parvenir à ses fins. Entre-temps, le vénérable Godzilla revient à la vie et vient compliquer les choses…

Visiblement, les derniers succès en date du cinéma américain semblent conditionner les scénarios des Godzilla de l’ère « Heisei » (le cycle produit entre 1984 et 1995). Ainsi, alors que l’épisode précédent clignait ouvertement de l’œil vers Terminator 2, celui-ci semble faire écho à la sortie récente d’Indiana Jones et la dernière croisade à travers ce héros archéologue à la fois intrépide, maladroit et malchanceux avec les femmes. Toutes les figures imposées sont de la partie au début du film, de l’idole récupérée dans le temple en train de s’effondrer jusqu’au pont suspendu dans la jungle qui s’écroule, en passant par la chambre souterraine dans laquelle la lumière du soleil crée un rayon révélateur. Contrairement aux deux films précédents, l’intrigue humaine est ici simplifiée à l’extrême, les tortueux rebondissements science-fictionnels mâtinés d’espionnage s’étant estompés au profit d’une linéarité finalement assez rafraichissante.

La foire aux monstres

Du côté des monstres, on déchante quelque peu. Car Battra est loin de convaincre, sous sa forme d’amas de latex trapu et cornu aux petites pattes crochues et à la gueule démesurée garnie de mandibules. Mothra lui-même a les allures d’une grosse chenille en plastique rigide du plus ridicule effet. Au cours de son premier affrontement avec Godzilla, il se défend en lui crachant du fil et en lui mordant la queue (!), puis s’installe en ville pour fabriquer son cocon. Sous son aspect de papillon, hélas, la créature n’est guère plus crédible, prenant les allures de bête de fête foraine en peluche multicolore affublée de grands yeux et d’un gros museau. Tout se passe comme si les effets spéciaux n’avaient guère évolué depuis 1964. Au cours du climax, Battra se métamorphose en hideux papillon de nuit et les deux insectes géants s’affrontent avant de s’unir pour défaire un Godzilla plus menaçant que jamais. Naïf, sérieux comme un pape et exagérément lyrique, Godzilla contre Mothra défend des valeurs certes louables – la sauvegarde de l’environnement, la dénonciation des multinationales appâtées par le gain à tout prix – mais le manque de subtilité du message en annihile fortement l’impact. Les dernières images semblent se calquer sur celles de Rencontres du 3ème type, le vaisseau mère extra-terrestre se muant ici en papillon géant qui traverse le cosmos au son d’une partition exagérément emphatique.

 

© Gilles Penso

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