LE DERNIER VOYAGE DU DEMETER (2023)

Que s’est-il réellement passé à bord du navire qui transportait Dracula depuis la Transylvanie jusqu’à Londres ?

THE LAST VOYAGE OF THE DEMETER

 

2023 – USA

 

Réalisé par André Øvredal

 

Avec Corey Hawkins, Aisling Franciosi, Liam Cunningham, David Dastmalchian, Javier Botet, Woody Norman, Jon Jon Briones, Stefan Kapicic, Nikolai Nikolaeff

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES

Dans la mythologie grecque, Demeter est l’une des sœurs de Zeus, Hadès et Poséidon, déesse de l’agriculture et des moissons. Rien de bien inquiétant à priori. Mais Demeter est aussi le nom du navire qui, dans le « Dracula » de Bram Stoker, transporte le cercueil du comte vampire depuis sa Transylvanie natale jusqu’en Angleterre. Cet épisode maritime macabre fait l’objet d’un chapitre important du roman, « The Demeter Log », et apparaît de manière plus ou moins détaillée dans les diverses adaptations cinématographiques du livre. Mais pour le producteur et scénariste Bragi Schut Jr., cette mésaventure mérite un long-métrage à part entière. L’idée lui vient au début des années 1990, alors qu’un de ses collègues travaille sur les effets spéciaux du Dracula de Francis Ford Coppola. En découvrant la maquette du Demeter qui apparaîtra dans le film, son cerveau fait « tilt ». Schut effectue de nombreuses recherches sur le 19ème siècle afin d’assurer à son scénario un maximum d’authenticité historique. Mais son projet ne se concrétisera qu’au bout de deux décennies. Après qu’un nombre incalculable de réalisateurs aient été attachés au film, Le Dernier voyage du Demeter atterrit finalement entre les mains d’André Øvredal, dont la filmographie collectionne les films-concepts audacieux tels que Troll Hunter, The Jane Doe Identity, Scary Stories ou Mortal.

Le 6 août 1897, le navire marchand Demeter s’échoue en Angleterre. Parmi les débris retrouvés par la police figure le journal de bord du capitaine, dont la plume tourmentée décrit un voyage cauchemardesque. Quatre semaines plus tôt, le Demeter fait escale à Varna, en Bulgarie, où il prend en charge une cargaison destinée à Londres. Ce chargement énigmatique est constitué de plusieurs grandes caisses en bois au contenu inconnu et sur lesquelles apparaît un emblème en forme de dragon. L’équipage est constitué de cinq marins, d’un médecin de bord, de deux seconds, d’un cuisinier, du capitaine et de son petit-fils. Le voyage du Demeter commence bien, jusqu’à ce que les choses prennent une tournure plus inquiétante. Un soir, tout le bétail à bord s’affole sans raison. Puis le médecin découvre le corps d’une passagère clandestine visiblement frappée par une sérieuse infection. Lorsque tous les animaux du bateau sont retrouvés massacrés, la panique finit par se répandre comme une traînée de poudre. « Le mal est à bord » en conclut l’un des marins. Il ne croit pas si bien dire…

« Le mal est à bord »

Le Dernier voyage du Demeter nous séduit d’abord par sa mise en forme impeccable : une reconstitution historique minutieuse, la photographie somptueuse de Tom Stern (fidèle collaborateur de Clint Eastwood), la bande originale tourmentée de Bear McCreary (The Walking Dead, Outlander), les décors ultra-réalistes d’Edward Thomas (Doctor Who, Da Vinci’s Demons), un casting solide dominé par Corey Hawkins (Kong : Skull Island, Macbeth)… Une fois ce contexte mis en place, le surnaturel peut s’inviter. À bord du navire, le cartésianisme et la superstition se livrent bientôt à un bras de fer inévitable tandis que la menace s’intensifie. « Une femme et un Noir à bord, ça porte malheur ! » finissent par s’inquiéter les matelots bigots. Ce sont pourtant les seuls qui semblent capables de sauver la situation. Le Dracula du film n’est ni l’être romantique décrit par Francis Coppola et John Badham, ni le seigneur altier campé par Christopher Lee ou Bela Lugosi, ni même le non-mort blafard qu’incarnaient Max Schreck et Klaus Kinski. C’est une bête sauvage et affamée, un monstre livide qui se repaît du sang des autres comme le ferait un vulgaire parasite. Sa bestialité rampante s’immisce dans chaque recoin sombre du navire. D’où le choix de Javier Botet pour l’incarner, un acteur étonnant capable de distendre sa morphologie longiligne pour épouser les contorsions insectoïdes de la bête. Une telle approche est conforme avec le cahier des charges tel qu’il fut établi par Bragi Schut Jr. et André Øvredal : un Alien situé dans un bateau en 1897. Il n’était pas évident de parvenir à nous surprendre avec une histoire qu’il nous semblait connaître par cœur et qui fut déjà si souvent portée à l’écran, même de manière concise. Le Dernier voyage du Demeter y parvient pourtant, nous offrant une variante passionnante qui n’aura hélas pas su attirer le public malgré ses nombreuses qualités.

 

© Gilles Penso

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EN EAUX TRÈS TROUBLES (2023)

Trois fois plus de monstres marins, trois fois plus de cascades et un Jason Statham déchaîné sont au programme de cette suite excessive…

MEG 2 : THE TRENCH

 

2023 – USA

 

Réalisé par Ben Wheatley

 

Avec Jason Statham, Wu Jing, Shuya Sophia Cai, Page Kennedy, Sergio Peris-Mencheta, Skyler Samuels, Cliff Curtis, Sienna Guillory, Melissanthi Mahut

 

THEMA MONSTRES MARINS I DINOSAURES

Attention : l’eau était trouble, maintenant elle est très trouble ! On sent bien l’embarras des distributeurs français face à la traduction du titre de ce Meg 2 et leur penchant vers un second degré salvateur. En eaux troubles aurait pu n’être qu’un cas isolé, mais face à son gros succès en salles, une suite s’imposait. Officiellement, ce second épisode s’inspire du roman de Steve Alten, qui lui-même succédait au premier « The Meg » et qui sortit en 1999 sous le titre « The Trench ». En réalité, le scénario de Jon Hoeber, Erich Hoeber et Dean Georgaris (déjà co-auteurs du premier film) cherche surtout à capitaliser sur le statut de star d’action de Jason Statham en ne reculant devant aucune surenchère. Succédant à Jon Turtlebaub, le réalisateur Ben Wheatley se retrouve aux commandes, ce qui peut surprendre dans la mesure où son registre semblait plutôt être jusqu’alors le film d’épouvante ou de science-fiction intimiste (Kill List, High-Rise, In the Earth). Mais Wheatley est un grand fan du premier En eaux troubles et s’embarque donc avec enthousiasme dans l’aventure, nanti d’un confortable budget de 130 millions de dollars. Si Statham s’investit à fond et tient à réaliser un maximum de cascades lui-même, le scénario joue la carte du collectif en donnant la vedette à ses co-équipiers, des scientifiques amenés eux aussi à jouer les casse-cous, notamment Jing Wu, Cliff Curtis, Page Kennedy et Skyler Samuels.

Un prologue situé en pleine préhistoire, plus précisément au Crétacé, illustre l’impitoyable loi du plus fort de manière récréative. Un moustique est avalé par une libellule, qui est mangée par un lézard, que croque un carnassier quadrupède, lui-même dévoré par un T-rex. Ce dernier semble être au sommet de la chaîne alimentaire, mais c’était compter sans le mégalodon qui n’en fait qu’une bouchée ! Nous voilà conditionnés. Place ensuite à notre héros, l’intrépide Jonas Taylor qui s’embarque clandestinement sur un navire en pleine mer des Philippines pour dénoncer le largage dans l’océan de déchets toxiques, ce qui lui vaut le surnom de « James Bond écolo ». Jonas travaille désormais dans un centre océanographique qui possède son propre Mégalodon femelle apprivoisé. Alors qu’il part explorer avec ses collègues une faille sous-marine, il découvre l’installation illégale de grands méchants qui veulent extraire un minerai rare et précieux et provoquent une immense explosion sous-marine, libérant plusieurs créatures préhistoriques affamées…

Les dents de la Meg

C’est sans conteste la grande séquence d’exploration sous-marine, occupant une bonne moitié du métrage, qui reste l’élément le plus novateur et le plus réjouissant de ce second Meg. Les images joliment surréalistes des petits submersibles évoluant dans cet univers abyssal étrange évoquent presque les visions microscopiques du Voyage fantastique ou de L’Aventure intérieure. Dans cette faille se mettent en place des séquences de suspense diablement efficaces qui ne sont pas sans évoquer Underwater. Revers de la médaille : les antagonistes d’En eaux très troubles étant avant tout humains (des terroristes appâtés par le gain qui semblent hérités de Die Hard), les requins géants et autres créatures sous-marines voraces ne font plus que de la figuration dans le film. Il faut attendre la dernière demi-heure pour que la faune antédiluvienne se déchaîne enfin vraiment, payant son tribut non seulement aux Dents de la mer mais aussi à Jurassic Park, puisque les monstres tapis jusqu’alors sous la « thermocline » peuvent désormais surgir au milieu des humains. Des tentacules, des ailerons et des mâchoires s’agitent en tous sens, dans un déferlement d’effets visuels spectaculaires et de séquences d’actions qui tentent un peu en vain de nous faire oublier que le scénario n’est pas beaucoup plus élaboré que celui d’un des films de monstres aux micro-budgets produits à la chaîne par des compagnies low-cost comme The Asylum. Paradoxalement, c’est donc ce climax riche en bébêtes géantes qui s’avère le passage le plus faible du film, accumulant les incohérences, les comportements absurdes et les gags faciles pour amuser un spectateur jugé visiblement peu regardant. Dommage, car la première partie du métrage laissait espérer autre chose qu’une version à gros budget de Mega Shark Versus Giant Octopus.

 

© Gilles Penso

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LE TRÉSOR DES QUATRE COURONNES (1983)

Inspirée par le succès des Aventuriers de l’arche perdue, cette improbable aventure en relief met ses héros sur la trace d’artefacts surnaturels…

EL TRESORO DE LAS CUATRO CORONAS / TREASURE OF THE FOUR CROWNS

 

1983 – ITALIE / USA / ESPAGNE

 

Réalisé par Ferdinando Baldi

 

Avec Tony Anthony, Ana Obregon, Gene Quintano, Jerry Lazarus, Francisco Rabal, Emiliano Redondo, Francisco Villena, Lewis Gordon

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

En 1981, le film Western (Comin’ at Ya!) crée un petit événement au moment de sa sortie au cinéma dans la mesure où il ravive un procédé de projection alors tombé en désuétude : le relief. Le succès inattendu de ce western spaghetti hispano-américano-italien relance la vogue de la 3D qui se décline alors à toutes les sauces (de Meurtres en trois dimensions à Amityville 3 en passant par Les Dents de la mer 3). Le réalisateur Ferdinando Baldi, le scénariste Lloyd Battista, l’auteur/comédien Gene Quintano et le co-scénariste/ producteur/acteur Tony Anthony ne peuvent pas s’arrêter en si bon chemin. Les voilà donc repartis tous ensemble pour une nouvelle aventure cinématographique en relief, cette fois-ci largement inspirée par le succès des Aventuriers de l’arche perdue. Cerise sur le gâteau : la musique du film est composée par l’immense Ennio Morricone. Alléchant n’est-ce pas ? Pourtant, Le Trésor des quatre couronnes est un nanar de compétition dont les choix artistiques laissent particulièrement perplexe. Tout commence par un texte qui défile sur fond spatial, comme dans La Guerre des étoiles. « Dans l’univers, il y a des choses que l’homme ne peut espérer comprendre, des pouvoirs qu’il ne peut espérer posséder, qu’il ne peut espérer contrôler », y apprend-on. « Les quatre couronnes font partie de ces choses. » Nous voilà prévenus.

Tony Anthony débarque alors, dans le rôle de l’intrépide aventurier J.T. Striker. Alors qu’il pénètre dans l’enceinte d’un château médiéval, il se retrouve enfermé dans un sous-sol plein de pièges : des trappes, des lances, des grilles, un gros serpent, des chiens méchants, des rapaces et même un petit ptérodactyle qui lui cherche des noises ! Arrivé au bout de son parcours du combattant, notre explorateur peu scrupuleux fait exploser le couvercle d’un vieux tombeau et poursuit ses dégâts à coups de hache afin de récupérer une clé ayant appartenu à un chevalier du moyen-âge. Aussitôt, un squelette et une armure s’animent, des hurlements lugubres retentissent, des fumigènes se déversent partout, des arbalètes se mettent à flotter dans les airs et à le bombarder de flèches acérées. Puis ce sont des espèces de mugissements de vache qui résonnent tout autour de lui tandis que de nouveaux pièges se déploient : une poutre hérissée de pointes, des boules de feu… Bref c’est un véritable festival de tout et n’importe quoi. Les éclats de rire involontaires des spectateurs résonnent déjà face à cette séquence impensable. Et nous n’en sommes encore qu’au début du film.

Les aventuriers du nanar perdu

Dès ce prologue, Tony Anthony nous abasourdit par son absence spectaculaire de charisme, grimaçant hideusement pour nous signifier les efforts physiques qu’il déploie lors de ses exploits. Mais la plupart du temps, bien malin sera celui qui comprendra quels sentiments sont censés exprimer ses mimiques étranges. Le premier dialogue du film ne s’entend qu’à partir de 22 minutes de film, le temps pour le scénario de nous expliquer la mission de J.T. Striker. La clé qu’il a ramenée est en lien avec quatre couronnes d’or aux pouvoirs magiques fabriquées par les Wisigoths au 6ème siècle. Il doit maintenant rassembler un groupe de voleurs professionnels afin de retrouver les autres couronnes, jalousement gardées dans une forteresse par le gourou maléfique d’une secte illuminée. L’équipe de bras cassés réunie par Striker est constituée d’un ancien poivrot, d’un hercule de foire vieillissant et d’une trapéziste de cirque. Le film mixe alors l’influence d’Indiana Jones avec celle de la série Mission impossible. Le relief est un gadget pratique pour envoyer à la figure des spectateurs des éclats de verre, des flèches, des épées, des flammes, toutes sortes de projectiles, sans compter les innombrables plans où les acteurs pointent un objet vers la caméra. Quant au climax du film, il semble vouloir décupler celui des Aventuriers de l’arche perdue en partant dans tous les sens. Le héros voit donc sa tête tourner comme une toupie puis son visage se liquéfier et ses mains se transformer en lance-flammes tandis que tous les méchants partent en fumée et que la peau du super-vilain s’émiette au ralenti ! Après ce film, Gene Quintano écrira deux autres imitations d’Indiana Jones, Alan Quatermain et les mines du roi Salomon et Alan Quatermain et la cité de l’or perdu, trois épisodes de la saga Police Academy et la parodie Alarme fatale dont il signera également la mise en scène.

 

© Gilles Penso


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NOTZILLA (2020)

Un œuf venu du Japon éclot dans l’Amérique des années 1960 et laisse émerger une créature qui grandit chaque fois qu’elle absorbe de la bière…

NOTZILLA

 

2020 – USA

 

Réalisé par Mitch Teemley

 

Avec Frederic Eng-Li, Tifani Ahren Davis, Tim Bensch, Samantha Russell, Michael Bath, Becca Kravitz, Spencer Lackey

 

THEMA DINOSAURES

« Notzilla » est le surnom que beaucoup de fans ont donné au Godzilla de Roland Emmerich pour signifier leur mécontentement et renier son appartenance au mythe créé par Inoshiro Honda. Pour le réalisateur et scénariste Mitch Teemley, c’est le titre d’un projet sur lequel il travaille pendant des dizaines d’années avec son ami Jeff Haberman. Les premiers jets du scénario s’écrivent alors qu’il est encore au lycée. Il aura donc fallu du temps et de l’opiniâtreté pour mettre sur pied cette parodie de Godzilla au sein de laquelle Teemely tient à injecter tout son amour pour les films de monstres japonais de la grande époque. Pour concevoir le costume de sa créature vedette, le réalisateur embauche Jacob Baker après avoir vu la panoplie en latex qu’il avait fabriquée pour une convention de fans. Non content de construire la tenue de ce « non-Godzilla », Baker est aussi chargé d’interpréter lui-même la créature. Tourné pendant dix-neuf jours en août 2018, avec un budget réduit à sa plus simple expression, Notzilla est un film d’époque puisqu’il se déroule en 1962, année de la crise des missiles de Cuba et de la sortie de King Kong contre Godzilla.

Incarné par Frederic Eng-Li, le héros de Notzilla s’appelle Itchihiro Honda, en hommage au père de Godzilla. Paléontologue passionné par son métier, il assiste à la destruction d’un grand monstre par les autorités japonaises et a tout juste le temps de sauver son œuf, qu’il emmène aux États-Unis. Mais l’œuf tombe accidentellement dans les toilettes de l’avion qui le transporte jusqu’en Amérique et atterrit au bord d’un fleuve de l’Ohio. Chef de la « Secret Nuclear Underground Government Installation » de Cincinnati, le scientifique Richard Blowheart (Tim Bensch) et son assistante Shirley Yujest (Tifani Ahren Davis) récupèrent cet étrange objet qui éclot bientôt et révèle une mignonne créature aux allures de reptile préhistorique. Honda a tout juste le temps de les retrouver pour leur expliquer que cette créature, un « Notzillasaurus Partiontildon », prend des proportions anormales si elle absorbe de l’alcool. Or le petit monstre vient de vider toutes les canettes de bière qui traînaient dans le bureau du docteur Blowheart. Notzilla atteint donc bientôt la taille d’une montagne…

Old school

L’un des aspects les plus réjouissants de Notzilla est sa volonté d’employer des techniques d’effets spéciaux à l’ancienne pour se conformer au style des films qu’il parodie. Le monstre vedette est donc une petite marionnette mécanique (lorsqu’il s’agit encore d’un bébé) puis un costume en caoutchouc (dont la fermeture éclair est volontairement apparente) et la grande majorité des incrustations n’est pas réalisée avec un fond bleu ou vert mais à l’aide d’écrans de rétroprojection. Mais c’est l’usage des maquettes qui est sans doute le plus drôle dans le film. Ne cherchant jamais à cacher leur nature de modèles réduits malgré le soin apporté à leur éclairage et leur mise en situation, elles remplacent les voitures, les avions, les navires, les ballons dirigeables, les trains, les tanks, les missiles, les bâtiments et même les soldats (via une irrésistible armée de fantassins en plastique qui semble échappée de Toy Story) en parodiant les trucages rétros d’Eiji Tsuburaya. Si le manque de moyens de Notzilla saute aux yeux, sa volonté de bien faire emporte l’adhésion, ses gags récurrents font mouche (la une d’un journal qui commente les points clés de l’intrigue, les sous-titres qui dialoguent avec les comédiens, les flash-backs dans les miroirs), ses clins d’œil référentiels nous égaient (« les docteurs Mothra et Rodan sont demandés à l’accueil ! », l’affiche d’un film qui s’appelle « Attack of the 60 Foot Woman With a College Degree ») et la satire du machisme patriotique cher à l’Amérique des années 1960 est bien sentie. Sans être la parodie du siècle, Notzilla a donc beaucoup d’atouts en poche et se déguste avec délectation.

 

© Gilles Penso


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TRANSMORPHERS (2007)

Relisez-bien le titre : il ne s’agit pas de Transformers mais d’une imitation low-cost mise en chantier par les joyeux dingues de la compagnie The Asylum…

TRANSMORPHERS

 

2007 – USA

 

Réalisé par Leigh Scott

 

Avec Matthew Wolf, Amy Weber, Shaley Scott, Eliza Swenson, Griff Furst, Michael Tower, Sarah Hall, Erin Evans, Noel Thurman, Troy Thomas, Dennis Kinard

 

THEMA ROBOTS I EXTRA-TERRESTRES

Transmorphers est un film qui prouve à quel point la société de production The Asylum n’a peur de rien : ni de se lancer dans une grande épopée de science-fiction avec un budget d’à peine 300 000 dollars, ni de risquer une action en justice pour plagiat. Car même si l’on n’est pas dyslexique, comment ne pas se laisser abuser par ce poster et par ce titre qui, à une inversion de lettres près, est identique à celui de Transformers ? La démarche est ici la même que celle de Roger Corman lorsqu’il initia Carnosaur à toute allure pour pouvoir sortir sa petite série B avant même que Jurassic Park soit distribué en salles. Dans un esprit voisin, Transmorphers alimente les bacs vidéo deux jours avant la sortie officielle de Transformers. Pour y parvenir, le scénariste/réalisateur Leigh Scott (Le Seigneur du monde perdu, Frankenstein Reborn) bricole en vitesse cette fable futuriste sans avoir la moindre idée de l’intrigue du blockbuster de Michael Bay qu’il est censé imiter. L’histoire de Transmorphers commence en 2009, lorsque des robots extra-terrestres géants attaquent notre planète, détruisent toutes les grandes cités et obligent les survivants à se réfugier sous terre. Alors qu’à la surface règnent une nuit et une tempête permanentes, l’humanité s’est déployée dans des bunkers pendant plusieurs générations. Plus de 300 ans après l’attaque, un petit groupe de rebelles humains projette de reprendre le monde aux envahisseurs mécaniques…

Conscient de ses limitations budgétaires, Leigh Scott concocte un film très bavard. La grande majorité des séquences est donc constituée de dialogues dans un décor de bunker futuriste emprunté à la série Firefly. On débat, on obéit aux ordres, on boit un coup, on se dispute, on se prépare au combat, on se re-dispute, on se réconcilie, on s’entraîne… La patience du spectateur est donc soumise à rude épreuve. Lorsque le petit commando sort enfin de son repaire pour aller « casser du robot », il devient évident que la source d’inspiration principale de Transmorphers est le cinéma de James Cameron, bien plus que celui de Michael Bay. On pense beaucoup à Terminator (les rebelles qui luttent contre l’oppresseur robotique dans des ruines futuristes) et à Aliens (le commando de durs à cuire armé jusqu’aux dents qui veut en découdre avec l’ennemi extra-terrestre). Un coup de théâtre à mi-parcours laisse affleurer une autre source d’inspiration : Blade Runner. Sur le papier, tout ceci peut sembler prometteur. À l’écran, c’est une autre histoire…

Rien ne se perd, tout se transmorphe

On ne peut certes pas reprocher aux séquences d’effets spéciaux leur manque d’ambition, mais le résultat est tellement maladroit qu’il en devient embarrassant. Les images de synthèse qui donnent corps aux Z-Bots (les androïdes bipèdes agressifs), aux Heavy Mechs (les robots géants qui se transforment en tanks ou en canons) et aux ARV (les engins volants) sont toutes plus laides les unes que les autres, tout comme les horribles incrustations des comédiens dans des décors numériques (le clou du spectacle en ce domaine étant la poursuite en scooters volants, un grand moment d’humour involontaire). Il y a certes un joli panorama large du monde souterrain futuriste, à mi-chemin entre Metropolis, Blade Runner et Matrix, mais le montage le réutilise tant de fois qu’il finit par lasser. Pour le reste, l’ennui s’installe rapidement. Même les scènes de bagarres entre humains sont ratées, malgré les mouvements de caméra accidentés, le montage nerveux et l’effet ralenti qui essaient de camoufler la chorégraphie très approximative des comédiens. Transmorphers est donc un film pataud et mal-fichu qu’on aurait aimé pourtant aimer, ne serait-ce que pour le culot de son titre. Les distributeurs français, plus prudents, ont préféré le rebaptiser Robot War pour sa sortie en DVD.

 

© Gilles Penso


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ALICE AU PAYS DES MERVEILLES (1933)

Un casting quatre étoiles tient la vedette dans cette adaptation de Lewis Carroll co-écrite par Joseph Mankiewicz et William Cameron Menzies…

ALICE IN WONDERLAND

 

1933 – USA

 

Réalisé par Norman Z. McLeod

 

Avec Charlotte Henry, Richard Arlen, Roscoe Ates, Gary Cooper, Leon Errol, Louise Fazenda, W.C. Fields, Skeets Gallagher, Cary Grant, Raymond Hatton

 

THEMA CONTES

Par son casting quatre étoiles, son ampleur et sa richesse visuelle, cette transcription sur grand écran des écrits de Lewis Carroll demeure probablement l’une des plus marquantes de toutes. Et pourtant l’histoire du cinéma n’en manque pas ! Le vétéran Norman Z. McLeod assure la mise en scène en s’appuyant sur un scénario co-écrit par Joseph L. Mankiewicz et William Cameron Menzies (respectivement futurs réalisateurs de Cléopâtre et des Envahisseurs de la planète rouge). Leur script adapte non seulement « Alice au Pays des Merveilles », paru en 1865, mais aussi « De l’autre côté du miroir », la suite que l’auteur écrivit six ans plus tard. Le film s’inspire aussi beaucoup de l’adaptation théâtrale conçue pour Broadway par Eva Le Gallienne et Florida Friebus, alors toute récente. Si le rôle principal est tenu par la débutante Charlotte Henry (choisie parmi des milliers de postulantes), tout un parterre de stars lui donne la réplique en incarnant à tour de rôle les créatures fantastiques disséminées sur son chemin. W.C. Fields (David Copperfield) joue Humpty Dumpty, Edna May Oliver (Les Quatre filles du docteur March) la reine rouge, Cary Grant (La Mort aux trousses) la tortue, Gary Cooper (Le Train sifflera trois fois) le valet blanc, Edward Everett Horton (Arsenic et vieilles dentelles) le chapelier fou, Charles Ruggles (L’Impossible Monsieur Bébé) le lièvre de mars et Richard Arlen (L’île du docteur Moreau) le chat du Cheshire.

Lorsque le film commence, la jeune Alice se languit dans une grande maison victorienne, tandis qu’au dehors la pluie s’abat sur les rues. Pour tromper son ennui, elle essaie d’imaginer à quoi le monde ressemble de l’autre côté du grand miroir qui orne le salon. Pour répondre à cette question, elle va devoir s’endormir dans son fauteuil et entrer dans l’univers des songes. Refrain connu, la jeune fille fait d’abord la rencontre du lapin blanc qu’elle suit jusque dans un terrier où elle tombe. Elle boit ensuite une potion et mange un gâteau qui la font grandir et rapetisser, nage dans une mer de larmes et croise la route de toute une faune excentrique. Au beau milieu d’une partie de croquet avec le roi et la reine de cœur, elle se retrouve inexplicablement condamnée à avoir la tête tranchée. C’est le moment idéal pour se réveiller…

Il faut sauver la Paramount !

L’image noir et blanc inhérente aux années 1930 se prête fort bien à un récit qu’on imagine pourtant généralement sous un aspect très coloré, car tout se passe ici comme si les célèbres illustrations d’époque de John Tenniel prenaient vie sous nos yeux. La naïveté des costumes donnant vie à l’incroyable bestiaire du film se combine à une grande quantité d’effets visuels de haute tenue pour offrir au public un spectacle hybride, à mi-chemin entre le luxe d’une superproduction et l’artisanat fait-main, très en accord avec le sens de l’absurde, de l’humour et de la poésie qu’affectionnait Lewis Carroll. Il est heureux que le studio Paramount, à la tête de cette production, ait damé le pion de Walt Disney qui prévoyait à la même époque de mettre en chantier sa propre adaptation en mêlant prises de vues réelles et dessin animé. Le Alice au pays des merveilles de Disney ne sortira finalement que deux décennies plus tard, intégralement animé. Après un premier montage d’une durée de 90 minutes, le film de Norman McLeod est distribué sous son format final de 77 minutes. Paramount, alors en pleines difficultés financières, espère que le casting prestigieux attirera les foules. Hélas, personne ne les reconnaît sous leurs costumes extravagants ! Alice au pays des merveilles ne sauvera donc pas de la banqueroute Paramount, qui ne s’en sortira que grâce aux succès surprise de deux comédies avec Mae West, Lady Lou et Je ne suis pas un ange.

 

© Gilles Penso

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LE GÉANT DE LA STEPPE (1956)

Une gigantesque épopée russe dans laquelle un chevalier légendaire rencontre des créatures fantastiques et des barbares assoiffés de sang…

ILYA MUROMETS

 

1956 – RUSSIE

 

Réalisé par Aleksandr Ptushko

 

Avec Boris Andreyev, Shukur Burkhanov, Andrei Abrikosov, Natalya Medvedeva, Ninel Myshkova, Sergey Martinson, Georgi Dyomin, Aleksandr Shvorin

 

THEMA HEROIC FANTASY I CONTES I DRAGONS

Le Géant de la steppe est un film monstre, une superproduction aux proportions colossales réalisée par le célèbre réalisateur russe Aleksandr Ptushko pour le compte de la compagnie Mosfilm, alors très fière de faire la démonstration de son système Cinémascope baptisé Sovscope. Cette grande aventure fantastique s’appuie sur une série de poèmes épiques ancrés depuis des siècles dans la culture populaire soviétique. Son héros est le légendaire guerrier Ilya Muromets. Pour donner corps à cette épopée sur grand écran, Mosfilm met le paquet : de très gros moyens (les chiffres effarants de 100 000 figurants et de 11 000 chevaux circulaient à l’époque), des effets spéciaux à grande échelle, des décors somptueux et des costumes majestueux inspirés du tableau « Bogatyrs » peint en 1898 par Viktos Vasnetsov. Le Géant de la steppe se déroule au cœur d’une terre enchanteresse où la nature est chatoyante et où scintillent les lacs dorés. Cette belle harmonie est menacée par le redoutable Kalin, à la tête d’une horde barbare qui pille et brûle tout sur son passage. Ce sont les terrifiants Kougars. « C’était l’époque des géants et des dragons » nous annonce la voix off, alors que l’action se transporte dans un petit village.

La séquence suivante, superbement surréaliste, montre un chevalier titanesque marcher au milieu des montagnes. Rejoint par des hommes minuscules qui réclament son aide, le géant plante son épée dans le sol, les enjoint à trouver un héros susceptible de les protéger, puis se fond dans le paysage. Notre héros fait alors son apparition. Jusqu’alors paralysé, Ilya Ivanovich Muromets (Boris Andreyev) retrouve sa force et récupère l’épée magique. Capable d’arracher des arbres à mains nues ou de soulever des rochers, Ilya voit son petit poulain se muer en grand destrier, se laisse guider par les oiseaux qui indiquent son chemin et voit son trajet semé de nombreuses embûches et d’un généreux bestiaire fantastique emprunté à la mythologie russe. Avant de devenir le sauveur que chanteront de nombreux poèmes, Ilya trouve une épouse à qui il donne un fils, affronte une première fois Kalin, se heurte au prince Vladimir (Andrei Abrikosov) qui le prend pour un traitre et le fait enfermer avant de comprendre sa méprise puis finit par lever une armée qui se prépare à la plus gigantesque des batailles…

L’ancêtre de Ghidrah

Ce récit folklorique est régulièrement ponctué par l’apparition de créatures imaginaires qui ne peuvent qu’égayer l’amateur de fantasmagories. Outre le chevalier géant des montagnes qui ouvre le bal, on note un démon aux allures d’homme de Neandertal qui souffle de redoutables rafales de vent (via des prothèses mécaniques étonnantes) ou encore un colosse grimaçant aux allures de Bouddha soutenu par une horde de serviteurs (une marionnette grandeur nature actionnée de l’intérieur). Il faut cependant attendre la bataille finale pour que surgisse le clou du spectacle, autrement dit un impressionnant dragon tricéphale qui vaut au film son titre international : The Sword and the Dragon. Cet ancêtre du Ghidrah japonais fend les airs en battant des ailes tandis que ses têtes crachent du feu. Le film abonde alors de visions surréalistes, comme celle de la gigantesque silhouette du monstre qui vole derrière les belligérants, plane au-dessus des décors enfumés ou enflamme champs et drakkars. Conçu tour à tour à l’aide d’une maquette miniature et d’une marionnette grandeur nature, ce monstre reptilien finira triplement décapité à l’issue d’un combat particulièrement mouvementé. Riche en sentiments patriotiques exacerbés (« c’est la terre que j’aime et que défendrai contre les envahisseurs » dit l’un des dialogues), ponctué d’humour et même de quelques chansons, Le Géant de la steppe est un spectacle unique en son genre qui se bonifie à chaque visionnage malgré son idéologie aujourd’hui datée.

 

© Gilles Penso

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METAL MAN (2008)

Une imitation fauchée d’Iron Man dans laquelle un justicier dans une armure en plastique lutte contre des gangsters et un robot…

METAL MAN

 

2008 – USA

 

Réalisé par Ron Karkoska

 

Avec Samuel Nathan Hoffmire, Reggie Bannister, P. David Miller, Jill Shackelford, Leah Grimsson, Katherine Pawlak, Shane Russeck, Jed Rowen, Anthony Antonucci

 

THEMA SUPER-HÉROS

Ron Karkosa fréquente les plateaux de cinéma depuis le début des années 2000. Maquilleur prosthétique sur Faust, 2001 Maniacs, Tamara, D-War, Evil Twins, créateur d’effets spéciaux pour Wishmaster 3, Reeker, Le Pacte et même A.I. Intelligence artificielle de Steven Spielberg (tout de même !), il décide de passer à la mise en scène en 2008. On aurait pu penser que son expérience acquise au fil des ans auprès de toutes sortes de réalisateurs aurait porté ses fruits. Or cette première « œuvre » nous abasourdit par son amateurisme. L’image est hideuse, la prise de son catastrophique, les acteurs mauvais comme des cochons, le montage aux fraises… Bref rien ne va ! Le concept du film lui-même laisse perplexe : une imitation dénuée du moindre scrupule d’Iron Man. Si encore le projet avait une vocation parodique, sa mise en chantier aurait pu faire sens. Or Metal Man se prend très au sérieux, ce qui renforce évidemment son énorme potentiel comique au douzième degré. Le héros de ce long-métrage improbable est Kyle Finn, un étudiant incarné sans la moindre conviction par un « acteur » trentenaire pataud. Kyle est secrètement amoureux de sa camarade Julie (Leah Grimson), mais il n’ose lui déclarer sa flamme. Ce qui nous donne droit à une palpitante séquence de discussion sur le chemin de l’école qui se résume à peu près à ça : « Ça va ? », « Oui ça va et toi ? », « Moi ça va », « Okay », (silence) « Tu y vas, là ? », « Oui, j’y vais », « Ah », (silence) « Bon ben je vais y aller alors », « D’accord », (silence) « Allez j’y vais », « Okay ».

Kyle travaille pour un scientifique excentrique, le docteur Arthur Blake (Reggie Bannister, acteur récurrent de la franchise Phantasm). Ce dernier a conçu une armure high-tech mais son ancien associé, le vil Sebastian (P. David Miller), veut utiliser son invention à des fins militaires. Comme il est très méchant, il brutalise Blake qui meurt aussitôt. Les parents de Kyle eux-mêmes sont sauvagement assassinés par les vilains. Les deux acteurs sont donc couverts de ketchup et essaient vaguement de rester immobiles pour sembler morts. Revêtu de sa belle combinaison en plastique imitation métal à mi-chemin entre Iron Man, Robocop et Bio-Man, Kyle va dès lors jouer les redresseurs de tort, guidé par une intelligence artificielle à l’effigie de Blake qui communique avec lui dans son casque (c’est-à-dire une image vidéo pixellisée qui aurait même semblé datée dans les années 1980).

super zéro

Le merveilleux scénario écrit par Carlos Perez, Ted Chalmers et Novin Shakiba (oui, ils s’y sont mis à trois !) nous offre des rebondissements parfaitement inutiles, comme la capacité du héros à changer de visage pour passer inaperçu, ainsi que de longues scènes de dialogue inintéressantes, filmées avec les pieds et quasiment inaudibles (il n’y a visiblement pas de budget pour payer un ingénieur du son). Des combats d’une mollesse impensable opposent le fier « homme métal » à des adeptes des arts martiaux, des petites frappes aux gros bras et un robot, le tout dans les décors les plus banals et les moins photogéniques du monde. En parfait décalage avec l’absurdité générale du film, l’actrice Jill Shackelford (dans le rôle de la fille du savant assassiné) joue ses séquences avec une intensité qui laisse imaginer qu’elle se croit dans une œuvre oscarisable. Elle récite ses répliques avec passion, crie, s’émeut, pleure, bref nous livre une bande-démo presque convaincante qui n’aidera pourtant pas sa carrière future. Qui voudrait d’un Metal Man dans son C.V. ? Fort heureusement, Ron Karkoska abandonnera la réalisation après ce galop d’essai pour revenir plus raisonnablement à ses activités dans les effets spéciaux.

 

© Gilles Penso

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DAYLIGHT (1996)

Suite à une monstrueuse explosion, un tunnel s’effondre et la vie d’une poignée de survivants ne tient qu’à un fil… Mais Sylvester Stallone est là !

DAYLIGHT

 

1996 – USA

 

Réalisé par Rob Cohen

 

Avec Sylvester Stallone, Amy Brenneman, Viggo Mortensen, Dan Hedaya, Jay O. Sanders, Karen Young, Claire Bloom, Vanessa Bell Calloway, Renoly Santiago

 

THEMA CATASTROPHES

Les années 1990 auront marqué la renaissance d’un genre cinématographique quasiment disparu depuis le début de la décennie précédente : le film catastrophe. Avec l’arrivée des effets spéciaux numériques et la redéfinition du cinéma d’action par les productions de Joel Silver, de nouveaux désastres à grande échelle recommencent à gagner les écrans. C’est ainsi que naît le projet Daylight, écrit par Leslie Bohem (House 3, Cavale sans issue) et confié au réalisateur Rob Cohen (qui vient de réaliser Dragon : l’histoire de Bruce Lee et Cœur de dragon). Pour tenir le rôle principal de son film, Cohen pense à Nicolas Cage. Mais la star de Leaving Las Vegas n’a pas encore montré son potentiel de héros de film d’action (Michael Bay s’apprête à le faire tourner dans The Rock) et le studio Universal préfère se tourner vers une valeur plus sûre en ce domaine, en l’occurrence Sylvester Stallone. Ce dernier, alors âgé de 49 ans, envisage d’abandonner progressivement les rôles « musclés », mais le scénario de Daylight le séduit et il accepte. « J’ai senti qu’il était temps pour moi de jouer un personnage un peu différent », nous confiait-il au moment de la sortie du film. « Pas un super-héros, mais un homme plus ordinaire, auquel on pourrait s’identifier plus facilement. Je ne rajeunis pas, et ce choix me paraît du coup plus crédible. » (1)

S’il sacrifie aux habitudes du genre qui consistent à nous présenter tous les acteurs du drame avant que survienne la catastrophe, Rob Cohen ne perd pas de temps. Il lui faut moins de dix minutes pour faire découvrir à ses spectateurs les futurs protagonistes de Daylight : une apprentie dramaturge qui vit dans un appartement insalubre (Amy Brenneman), une star des sports extrêmes (Viggo Mortensen), un couple âgé et son chien, un mari infidèle accompagné par son épouse et sa fille, les passagers d’un bus pénitentiaire (parmi lesquels on reconnaît Sage Stallone, le fils de Sylvester), les chauffeurs d’un convoi de camions transportant des déchets toxiques et trois malfrats qui viennent de voler une voiture et une valise pleine de pierres précieuses. Ces derniers zigzaguent à vive allure dans le tunnel qui relie Manhattan et le New Jersey pour échapper à la police, heurtent les camions transportant les fûts toxiques… et c’est la catastrophe.

« Ensemble, on peut tout faire ! »

La séquence de la monstrueuse déflagration dans le tunnel et des destructions qui s’ensuivent est extrêmement spectaculaire, concrétisée en grande partie grâce à un remarquable travail de maquettes et de pyrotechnie miniature. Le souffle de l’explosion et les dégâts titanesques qu’elle entraîne n’ont rien perdu de leur impact aujourd’hui. C’est là que Stallone entre en piste, dans le rôle de Kit Latura. Ancien chef du service médical d’urgence de la ville de New York tombé en disgrâce à cause d’un accident dont il fut jugé responsable, Kit est désormais chauffeur de taxi. Mais face à la catastrophe, ses anciens réflexes prennent le dessus et il se mue en sauveur de l’humanité. Daylight glorifie alors l’héroïsme ordinaire, ce qui est louable en soi, mais les méthodes qu’il emploie pour y parvenir manquent cruellement de subtilité (un défaut souvent imputable à Rob Cohen). D’où les envolées exagérément épiques de la musique de Randy Edelman, les répliques qui enfoncent les portes ouvertes (« Ensemble, on peut tout faire ! »), l’exacerbation du sens du sacrifice et de la rédemption, et même une grande statue de Jésus qui montre symboliquement un chemin vers le salut. Tous ces surlignements judéo-chrétiens, doublés de la séquence obligatoire du chien qu’il faut sauver, sont un peu exaspérants mais ne gâchent pas la qualité du spectacle. Les séquences de suspense originales (la traversée des ventilateurs géants), les destructions à échelle réelle filmées à Cinecitta et le parcours du combattant dans le tunnel immergé (qui évoque beaucoup L’Aventure du Poséidon) parviennent donc à tenir jusqu’au bout les spectateurs en haleine. De ce point de vue, la mission est accomplie. Pour le reste, il faudra attendre que James Cameron réinvente une bonne fois pour toutes le cinéma catastrophe quelques années plus tard.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en novembre 1996

 

© Gilles Penso

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LA CHASSE SANGLANTE (1974)

Trois pères de famille ordinaires s’octroient une fois par an une virée dans la nature où ils se livrent à d’impitoyables chasses à l’homme…

OPEN SEASON / LOS CAZADORES

 

1974 – ESPAGNE / GB / SUISSE / USA / ARGENTINE

 

Réalisé par Peter Collinson

 

Avec Peter Fonda, Cornelia Sharpe, John Philip Law, Richard Lynch, Alberto de Mendoza, William Holden, Helga Liné, Didi Sherman, Concha Cuetos

 

THEMA TUEURS

Auteur du palpitant roman « Open Season », David D. Osborn en tire lui-même un scénario qu’il co-écrit avec son épouse Liz Charles Williams (tous deux avaient signé ensemble les scripts du diptyque Plus féroces que les mâles et Dieu pardonne, elles jamais !) La mise en scène de cette Chasse sanglante (que l’on connaît aussi en France sous le titre La Chasse est ouverte) est confiée à Peter Collinson, réalisateur de nombreux polars, westerns et films d’aventure comme L’Or se barre, Les Baroudeurs, Nid d’espions à Istambul ou Les Colts au soleil. Le premier long-métrage de Collinson, La Nuit des alligators, abordait déjà plusieurs des thématiques sulfureuses traitées dans La Chasse sanglante. Il était donc le candidat idéal pour diriger cette œuvre brutale, tournée sur des sites espagnols et anglais censés représenter l’arrière-pays américain. Trois acteurs de renom se partagent la vedette de La Chasse sanglante : Peter Fonda (Easy Rider), John Philip Law (Barbarella) et Richard Lynch (L’épouvantail). « Qu’est-ce que je me suis amusé sur ce tournage ! », racontait Fonda quinze ans après sa sortie. « C’était la première fois que j’avais l’occasion de jouer un type vraiment méchant. J’aime beaucoup ce film. » (1)

La Chasse sanglante est une chronique de la « violence masculine primaire », celle que décrivaient déjà Sam Peckinpah dans Les Chiens de paille ou Wes Craven dans La Dernière maison sur le gauche, et qu’allaient décliner Serge Leroy et Meir Zarchi dans des films comme La Traque ou I Spit on Your Grave. La cruelle ironie de ce portrait d’une Amérique gangrénée par ses propres déviances saute aux yeux dès le premier plan du film : un drapeau des Etats-Unis qui flotte fièrement au sommet de son mat. Nous sommes dans le bureau d’un district attorney expliquant calmement à une mère qu’il ne peut condamner les trois jeunes hommes qui ont violé sa fille parce qu’ils font partie du club de football local et qu’aucun juré ne voudrait reconnaître coupables ces représentants de « la jeunesse américaine la plus sérieuse » ! Ces trois « modèles » nous sont montrés quelques années plus tard. Ce sont Ken (Peter Fonda), Greg (John Philip Law) et Arthur (Richard Lynch), des pères de famille exemplaires qui, une fois par an, s’offrent un séjour dans la nature où ils s’adonnent à leurs activités préférées : le kidnapping, l’humiliation, la manipulation et la chasse à l’homme dans les bois…

Chasse, nature et tradition

Loin de leurs familles, ces « mâles alpha » redeviennent donc des bêtes mues par les instincts les plus bas. Le pire est peut-être la désinvolture et la légèreté avec lesquelles ils mènent leurs exactions. Tout est prétexte à rire et à échanger des plaisanteries salaces, comme si leurs jeux cruels et meurtriers étaient aussi innocents qu’une partie de Monopoly. C’est pourtant la mort qui se joue au bout de leurs fusils, en une sorte de remake des Chasses du comte Zaroff qui aurait été débarrassé de toute patine gothique ou exotique. Pour accroitre encore le malaise, Peter Collinson et ses scénaristes obligent les spectateurs à s’identifier aux bourreaux, dans la mesure où la caractérisation de leurs victimes (un homme d’âge mûr et sa jeune maîtresse) est volontairement réduite à sa plus simple expression. Plusieurs composantes du film évoquent le Délivrance de John Boorman (notamment la traversée symbolique des eaux et l’emploi d’une musique country en guise de bande originale), si ce n’est qu’ici les citadins en quête d’un retour à la nature et les agresseurs primitifs ont fusionné. Bien plus que la simple série B horrifique annoncée par les jaquettes françaises du film lors de sa distribution vidéo en 1982, La Chasse sanglante est un redoutable pamphlet contre les dérives d’une génération ayant érigé les armes, le phallocentrisme et le patriotisme au sommet de sa chaîne de valeurs.

 

(1) Extrait d’une interview parue dans le magazine « Psychotronic Video » en 1990.

 

© Gilles Penso


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