COCOON (1985)

Des cocons abritant des formes de vie extraterrestres sont entreposés dans une piscine en Floride et provoquent d’étranges phénomènes…

COCOON

 

1985 – USA

 

Réalisé par Ron Howard

 

Avec Don Ameche, Wilford Brimley, Hume Cronyn, Brian Dennehy, Jack Gilford, Steve Guttenberg, Tahnee Welch

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

C’est Robert Zemeckis qui devait au départ réaliser Cocoon. Alors qu’il était en train de finaliser À la poursuite du diamant vert, le studio 20th Century Fox lui confia ce scénario prometteur écrit par Tom Benedek d’après un roman de David Saperstein. Zemeckis y passa beaucoup de temps, séduit par ce mélange de comédie et de science-fiction visiblement très influencé par l’univers de son mentor Steven Spielberg. Le récit de Cocoon regorge en effet de références à Rencontres du troisième type et à E.T., mais aussi au second sketch de La Quatrième dimension. Mais lorsqu’un premier montage d’À la poursuite du diamant vert fut projeté aux cadres de la Fox, ils détestèrent le résultat (ignorant évidemment que ce délicieux film d’aventure allait conquérir le grand public et secouer le box-office, si les costumes-cravates des grands studios avaient du flair ça se saurait !). Comme en outre les deux précédents longs-métrages de Zemeckis, Crazy Day et La Grosse magouille, ne déplacèrent pas les foules, le réalisateur fut gentiment remercié et dépossédé du projet… pour s’en aller triompher avec Retour vers le futur produit par le studio concurrent Universal ! Entretemps, Cocoon fut confié à Ron Howard, qui venait alors de signer Splash !

L’histoire de Coccon commence au large de la Floride, dans les ruines d’un temple sous-marin. Là reposent vingt sarcophages de pierre incrustés de coquillages. Au cœur de ces lourds « cocons » sommeillent depuis dix mille ans d’étranges créatures venues d’une autre planète. Leur secret : l’éternelle jeunesse. A quelques kilomètres de là se trouve une coquette maison de repos. Trois inséparables amis, Art (Don Ameche), Ben (Wilford Brimley) et Joe (Hume Cronyn), y coulent des jours paisibles avers leurs compagnes Bess (Gwen Verdon), Mary (Maureen Stapleton) et Alma (Jessica Tandy). Sémillants, farceurs et enjoués, ils s’introduisent clandestinement dans une propriété limitrophe à leur établissement pour profiter de la piscine. Mais au fond de l’eau ont été déposés les « cocons ». Ben, Art et Joe, sans que leur corps ne se modifie, commencent alors à rajeunir intérieurement, ignorant que cette cure de jouvence inattendue a des origines extraterrestres.

Cure de jouvence

Parallèlement aux aventures de nos joyeux retraités, qui livrent aux spectateurs une vision optimiste et réaliste de la vieillesse, réservant – une fois n’est pas coutume – au « troisième âge » un rôle de premier plan dans un film de science-fiction, Cocoon s’intéresse à un sympathique capitaine de bateau, Jack Bonner (Steve Guttenberg, tout juste échappé de Police Academy) et à sa romance naissance avec l’énigmatique Kitty (Tahnee Welch, qui a de toute évidence hérité des charmes de sa mère Raquel). Les deux intrigues finissent par se rejoindre lorsque se révèle l’origine extra-terrestre de la belle inconnue. Drôle, tendre, surprenant, léger et résolument divertissant, Cocoon est un cocktail parfaitement équilibré qui sut séduire le grand public et s’imposa comme l’un des « feel good movies » favoris du public des années 80. Cocoon marque aussi la première collaboration de Ron Howard avec le compositeur James Horner, qui l’accompagnera ensuite sur de nombreux films (notamment Willow, Apollo 13, Le Grinch et Un homme d’exception). Pour l’anecdote, Wilford Brimley n’avait que quarante-neuf ans au moment du tournage, teignant ses cheveux en gris pour avoir l’air aussi âgé que ses camarades. Quant à Don Ameche, il remporta un Oscar pour son rôle dans le film. Trois ans plus tard, une suite anecdotique sera réalisée par Daniel Petrie sous le titre Cocoon le retour.

 

 

© Gilles Penso


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2000 MANIACS ! (1964)

L’inventeur du cinéma gore imagine un conte sanglant au cours duquel un groupe de touristes s’égare dans une petite ville de Floride…

2000 MANIACS !

 

1964 – USA

 

Réalisé par Herschell Gordon Lewis

 

Avec William Kerwin, Connie Mason, Jeffrey Allen, Ben Moore, Gary Bakerman, Jerome Eden, Shelby Livingston

 

THEMA FANTÔMES

Un an après le très sanglant Blood Feast, marquant officiellement les premiers pas du cinéma gore, le réalisateur Herschell Gordon Lewis décide de creuser le même sillon avec le bien nommé 2000 Maniacs ! dont le titre promet un programme réjouissant. Aussi étrange que ça puisse paraître, le scénario de ce nouveau délire saignant est largement inspiré par la comédie musicale « Brigadoon » de Lerner et Loewe, que Vincente Minelli adapta à l’écran en 1954 avec Gene Kelly et Cyd Charisse. Évidemment, passé à la moulinette de Lewis, le gentil conte féerique se transforme en jeu de massacre. Tourné en quinze jours au début de l’année 1964, 2000 Maniacs ! bénéficie d’un budget un peu plus confortable que Blood Feast, ce qui permet au réalisateur de soigner sa mise en scène et d’élargir ses ambitions. Sa petite équipe s’installe dans la ville de St. Cloud, en Floride, et bénéficie du soutien d’une grande partie des habitants et de la municipalité. Déjà héros de Blood Feast, William Kerwin et Connie Mason reviennent en tête d’affiche, cette dernière ayant entretemps fait la couverture du magazine Playboy puisqu’elle fut la playmate du mois de juin 1963.

À cause de panneaux de déviation installés par deux rednecks parfaitement caricaturaux (Gary Bakeman et Ben Moore), six touristes s’égarent dans une région perdue de Floride et se retrouvent dans le petit village de Pleasant Valley, en Géorgie. À leur arrivée, ils sont chaleureusement accueillis par les habitants et présentés au maire de la ville, Earl Buckman (Jeffrey Allen). Les touristes sont invités à être des invités d’honneur pour la célébration du centenaire de la ville, alors en pleins préparatifs. Le maire promet de leur offrir des chambres d’hôtel gratuites, de la nourriture à foison et des divertissements pendant toute la durée de la fête. Comment refuser une telle proposition ? Mais les nouveaux venus ne tardent pas à s’apercevoir qu’il se passe quelque chose d’inquiétant et de mystérieux dans cette bourgade d’allure si sympathique. Tout bascule lorsque John (Jerome Eden) et Béa (Shelby Livingstone) sont brutalement assassinés. Un horrible piège se referme alors sur le petit groupe qui comprend que les habitants ne sont que des spectres malfaisants, revenus à la vie pour célébrer à leur manière une sanglante vengeance !

Maniaques d’outre-tombe

Mieux écrit et mieux réalisé que Blood Feast, 2000 Maniacs ! continue à cultiver les gimmicks du Grand-Guignol en ménageant quelques passages gore mémorables. Le plus gratiné d’entre eux montre le découpage méthodique d’une victime féminine pour les préparatifs d’un futur barbecue : d’abord le pouce au couteau puis le bras entier à la hache… Les autres meurtres, tout aussi spectaculaires, sont montrés moins explicitement : un homme écartelé par quatre chevaux, un autre percé par des clous dans un tonneau jeté du haut d’une colline ou encore une femme écrasée par un gros rocher. Le film prend un peu plus de temps que Blood Feast pour développer son intrigue et pour détailler sa galerie de villageois insolites revenus d’outre-tombe. Il faut bien reconnaître que l’interprétation n’est pas le point fort du film et que le couple incarné par Willliam Kerwin et Connie Mason n’a pas une once de crédibilité. La musique, signée H.G. Lewis, laisse la part belle aux balades country, en particulier pendant la veillée autour du barbecue humain. Malgré son extrême linéarité et ses temps morts, le scénario de 2000 Maniacs ! égrène quelques idées inventives et une poignée de scènes de suspense réussies, comme celle de l’enfant qui cherche désespérément des clefs de voiture. Principalement projeté à travers le réseau des cinémas de drive-in en plein air, 2000 Maniacs ! a remporté un succès très honorable, notamment dans le sud des États-Unis, et a même fait l’objet d’un remake en 2005 sous le titre de 2001 Maniacs.

 

© Gilles Penso


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WARBIRDS (2008)

En plein second conflit mondial, des pilotes de l’armée de l’air, des officiers de l’OSS et des soldats japonais luttent contre des ptérodactyles géants…

WARBIRDS

 

2008 – USA

 

Réalisé par Kevin Gendreau

 

Avec Jamie Elle Mann, Brian Krause, Tohoru Masamune, Lucy Faust, David Jensen, Gizza Elizondo, Stephanie Honore

 

THEMA DINOSAURES

Des dinosaures volants qui affrontent des bombardiers de la seconde guerre mondiale ? Voilà un concept alléchant, qui évoque les couvertures des pulps d’antan, notamment les romans d’Edgar Rice Burroughs adaptés au cinéma dans les années 70. Le Continent oublié de Kevin Connor, par exemple, nous offrait déjà le spectacle d’aviateurs assaillis par un immense ptérodactyle. Trente ans plus tard, cette imagerie ressurgit donc dans cette petite série B réalisée par Kevin Gendreau, ancien spécialiste des effets visuels ayant œuvré sur des productions telles que La Nuit des chauve-souris, la mini-série Dune, Scary Movie 2, Rose Red, Boa vs. Python ou Un coup de tonnerre. Le scénario, écrit par Gendreau lui-même, se situe pendant les derniers jours de la deuxième guerre mondiale. Max West (Jamie Elle Mann) et son escouade de pilotes exclusivement féminines, le Woman’s Air Corp, reçoivent l’ordre d’accompagner un officier de l’OSS, le colonel Jack Toller (Brian Krause, ex-héros de La Nuit déchirée), ainsi que son équipe et sa cargaison pour une mission secrète. C’est ainsi que commence Warbirds, son titre jouant le jeu du double sens. Le terme désigne en effet les vieux avions militaires mais aussi plus frontalement des « oiseaux de guerre ».

Embarqués à bord d’un bombardier B 29, les pilotes, les officiers et leurs précieuse cargaison sont attaqués par une force mystérieuse et atterrissent en catastrophe sur une île isolée du Pacifique. Toller ordonne une reconnaissance de la zone et découvre bientôt une petite base gravement endommagée. Or les dégâts ne semblent pas avoir été occasionnés par des projectiles. Nos héros capturent bientôt un escadron de pilotes japonais dirigé par le capitaine Ozu (Tohoru Masamune) et découvrent avec stupeur que l’île abrite de gigantesques reptiles volants préhistoriques particulièrement voraces et avides de chair humaine. Après une tentative ratée de faire décoller un zéro pour aller chercher de l’aide, les Américains poursuivent leur plan de réparation de leur bombardier endommagé avec l’aide des Japonais. Bientôt, tous vont devoir unir leurs forces face aux monstres qui règnent dans les parages…

Oiseaux de mauvais augure

Le scénario de Warbirds est réduit à sa plus simple expression et s’affuble de quelques dialogues gentiment ridicules, comme lorsqu’un militaire se jette en pâture aux monstres en souvenir de la jeune pilote qui s’était amourachée de lui et lâche « ton baiser était si doux » avant de se faire dépecer. Warbirds est exagérément ambitieux au regard de son budget modeste (1 500 000 dollars), et chaque scène trahit ce cruel manque de moyens : décors et costumes extrêmement sommaires, jungle tropicale reconstituée dans une petite forêt locale, casting de douze acteurs grand maximum, musique synthétique… Mais du côté des effets spéciaux, on ne se laisse pas impressionner par les restrictions financières. Le film nous offre donc quelques très belles scènes de batailles aériennes entre les monstres et les bombardiers. Il faut dire que les créatures volantes sont de belles réussites, même si leur design évoque plus volontiers les dragons que les ptérosaures de l’ère secondaire. Très divertissante à défaut d’être mémorable, cette sympathique micro-production conçue directement pour le marché vidéo se regarde distraitement… puis s’oublie aussitôt.

 

© Gilles Penso


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BABEL (1999)

Pour son premier et unique long-métrage, Gérard Pullicino met en scène des gnomes bizarres dans un conte biblique confus…

BABEL

 

1999 – FRANCE / CANADA

 

Réalisé par Gérard Pullicino

 

Avec Mitchell David Rothpan, Maria de Medeiros, Tcheky Karyo, Michel Jonasz, Browen Booth, Sheen Larkin, Gary Robins

 

THEMA DIEU, LES ANGES, LA BIBLE I CONTES I PETITS MONSTRES 

C’est en mai 1995 que germe l’idée de Babel. En quête d’un film pour enfants, le producteur Georges Benayoun (Mina Tannenbaum, L’Appartement) soumet au réalisateur Gérard Pullicino l’idée d’une aventure vécue par un petit garçon et son institutrice. Le cinéaste, vétéran de la télévision (Taratata, La Télé des Inconnus) mais nouveau venu au grand écran, s’empare de l’idée et y mêle l’histoire biblique de la tour de Babel. Le scénario passe successivement entre les mains de Serge Richez et Vinvcent Lambert. Le récit imagine que cette fameuse tour a été commandité par les hommes à un peuple étrange nommé… les Babels. Jusque-là, c’est assez logique. Lorsque Dieu s’enflamme face à ce projet aussi fou que présomptueux, il divise les hommes en leur donnant des langues différentes, égare la pierre posée au sommet de la tour et condamne les Babels à errer sous terre. Plusieurs siècles plus tard, à l’aube de l’an 2000, le maléfique Nemrod (Tchéky Karyo) décide de retrouver la pierre de Babel afin de régner sur le monde. Les Babels, le petit David (Mitchell David Rothpan) et son institutrice Alice (Maria de Medeiros) vont s’y opposer…

« Quand un petit garçon perce le plus ancien secret du monde… » affirme l’accroche de l’affiche de Babel, dont le graphisme naïf et coloré semble vouloir évoquer tout un pan du cinéma fantastique tout public des années 80, notamment les productions Amblin et L’Histoire sans fin. Car la production est ambitieuse, au point que Georges Benayoun négocie une coproduction avec la Canada. Après deux années de préparation et un tournage localisé à Montréal entre novembre 1997 et mars 1998, 10 millions de francs (soit un huitième du budget total du film) sont nécessaires pour la conception des effets visuels, supervisés par le vétéran Christian Guillon. Trucages numériques, images de synthèse, matte paintings, incrustations, effets 2D… La palette des effets déployés dans le film est impressionnante (surtout pour un film français de la fin des années 90), répartie entre quatre compagnies spécifiques : L’E.S.T., Ex Machina, Mikros Image et Eclair. Combats de fluides d’énergie magique, objets en apesanteur, effets d’hyper-vitesse, décors baroques titanesques, morphings… Babel entend bien en mettre plein la vue à ses spectateurs.

Une fausse bonne idée

Les stars de Babel sont les petites créatures qui donnent leur nom au film. Ces gnomes étranges et barbus aux faciès cartoonesque sont incarnés par des acteurs de petite taille affublés de têtes animatroniques sophistiquées. « Chaque tête était équipée d’une quarantaine de servomoteurs », explique leur concepteur Jacques Gastineau. « Les plus petits mesuraient deux centimètres de long. Chaque moteur possédait son propre émetteur. Les personnages étaient donc complètement autonomes. » (1) Gastineau n’en est certes pas à son coup d’essai (il a notamment exercé son savoir-faire sur Terminus, Ma vie est un enfer et Les Visiteurs), mais force est de constater que ses « Babels » n’ont pas une once de crédibilité. Leur visage caoutchouteux, leurs traits grossiers et leurs mouvements de lèvres mécaniques (à peine synchronisés avec les dialogues) jouent sérieusement en leur défaveur. Tout le film est à l’avenant : pétri de bonnes intentions mais pesant, lourd, embarrassant. L’histoire ne mène nulle part – sans oublier d’accumuler tous les clichés d’usage -, les acteurs en roue libre débitent des dialogues absurdes sans la moindre conviction, la direction artistique se perd dans des excès multicolores d’un goût douteux… Bref Babel était de toute évidence une fausse bonne idée. Tout le monde semble d’ailleurs avoir oublié ce film aujourd’hui et Gérard Pullicino est revenu à ses premières amours : la réalisation d’émissions télévisées et de spectacles musicaux.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1999

 

© Gilles Penso


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Y’A-T-IL UN EXORCISTE POUR SAUVER LE MONDE ? (1990)

Linda Blair reprend le rôle de possédée qu’elle tenait dans L’Exorciste dans cette parodie poussive où Leslie Nielsen joue les prêtres excentriques…

REPOSSESSED

 

1990 – USA

 

Réalisé par Bob Logan

 

Avec Leslie Nielsen, Linda Blair, Ned Beatty, Anthony Starke, Thom Sharp, Lana Schwab, Benj Thall, Dove Dellos

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Depuis Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Jim Abrahams, David et Jerry Zucker ont fait école, générant une foule d’imitateurs lancés dans le recyclage plus ou moins adroit de leur sens du burlesque. Ken Finkleman (Airplane 2), Les Nuls (La Cité de la peur) et, dans une moindre mesure, Gene Quintano (Alarme fatale) ont bien compris la leçon. Bob Logan, scénariste des séries animées Ghostbusters, Popples et Denis la malice, tente sa chance à son tour avec Repossessed (littéralement « Repossédée ») que les distributeurs français rebaptisent L’Exorciste en folie pour sa sortie en salles puis Y’a-t-il un exorciste pour sauver le monde ? pour son exploitation en vidéo (au moins, la référence est claire !). Le projet est principalement motivé par l’idée de confier à Linda Blair un rôle qui pastiche celui qu’elle tenait dans L’Exorciste. Logan ayant déjà dirigé la comédienne dans la comédie Up Your Alley et dans le programme télévisé How to Get… Revenge, il n’a aucun mal à la convaincre de le suivre dans cette aventure. Ce sera pour elle une revanche sur le film de William Friedkin, qui reste un souvenir de tournage très éprouvant (même si elle accepta ensuite de jouer dans la suite Exorciste II : l’hérétique). C’est elle qui suggère de contacter Leslie Nielsen pour incarner l’exorciste de cette parodie. Le trublion aux cheveux blancs, alors âgé de 64 ans, accepte aussitôt.

Tout commence par un flash-back : en 1973, le père Jebedaiah Mayii réussit à exorciser Nancy, une fillette possédée par le diable, et sort de cette épreuve avec un cœur très fragile. Dix-sept ans plus tard, Nancy, devenue une mère de famille, est repossédée par l’intermédiaire de la télévision. Le père Mayii est à nouveau appelé à la rescousse, mais il préfère se décharger sur un jeune prêtre dont la foi est chancelante. Certes, l’idée de parodier le classique de Friedkin en confiant à l’inénarrable héros de Police Squad et de la saga Y’a-t-il un flic… ? le rôle de l’exorciste et en sollicitant Linda Blair pour qu’elle réitère sa célèbre performance dix-sept ans plus tard était prometteuse. D’autant que cet Exorciste en folie était programmé pour sortir en salles un mois seulement après L’Exorciste : la suite, en un joyeux pied de nez à la franchise originale. La satire acerbe des reality-shows et des évangélistes du petit écran, induite par le scénario, présageait également de belles réjouissances.

Une possession très facultative

Hélas, le résultat est plus embarrassant que drôle, suscitant trop souvent l’ennui au lieu du rire. Les allusions à L’Exorciste (le visage tuméfié de Linda Blair, la tête tournant à 180°, les jets de bile spectaculaires, le lit qui gigote), les numéros musicaux (Nielsen chantant du « rock » déguisé en Elton John et en Michael Jackson), le recours aux sosies (essentiellement celui de Jean-Paul II) et la quasi-totalité des gags du film tombent tristement à plat. Alors, que sauver de ce très facultatif Repossessed ? Deux ou trois gags réussis : une parodie prégénérique du logo THX (s’achevant sur un pet en stéréo à la demande expresse de Leslie Nielsen), la mention « Attention aux pneus en reculant » à l’entrée d’un parking (la voiture recule et une dizaine de pneus tombent sur ses occupants), ou encore les places de garage réservées aux handicapés, logo à l’appui (occupées non pas par des voitures mais par de grosses répliques des logos). C’est à peu près tout.  De là à dire que ça suffit pour justifier le déplacement…

 

© Gilles Penso

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THOR LE GUERRIER (1983)

Un énième sous-Conan le barbare qui déborde de maladresses, de combats répétitifs, de phénomènes surnaturels absurdes et de misogynie !

THOR IL CONQUISTATORE

 

1983 – ITALIE

 

Réalisé par Tonino Ricci

 

Avec Bruno Minniti, Maria Romano, Malisa Longo, Raf Baldassarre, Angelo Ragusa, Rosalba Ciofalo, Elena Wiedermann, Luigi Mezzanotte, Artemio Antonini

 

THEMA HEROIC-FANTASY

Contrairement à ce que pourrait faire croire son titre, Thor le guerrier n’a rien à voir avec la mythologie nordique mais s’inscrit dans un monde ancien et brutal indéterminé, à mi-chemin entre la préhistoire et le moyen-âge. L’objectif est ici d’imiter Conan le barbare en surfant sur son succès, exercice dans lequel le cinéma bis italien était devenu coutumier dans les années 80. Dès l’entame du film, nous comprenons à quoi nous attendre. Pendant qu’une sorte de symphonie épique retentit avec emphase, trois personnages en haillons trottinent lentement dans la campagne en plan large pendant plus de deux minutes, montre en main. Bref, on se croirait dans un film des Monty Pythons ! Assailli par une horde de barbares maquillés en blanc, un homme qui ressemble à Francis Lalanne en peaux de bête rend son dernier souffle tandis que le magicien Etna (Luigi Mezzanotte) sauve son nouveau-né. Quelques années plus tard, le bébé devient un grand jeune homme tout musclé, Thor (Bruno Minniti, empruntant à l’occasion le pseudonyme de Conrad Nichols), qui gambade torse nu et mange des poissons crus à pleines dents. Le dieu Teisha lui confie une mission : partir à la recherche de l’épée de son père et des semences dorées, ce qui lui permettra de venger la mort de ses parents, de détruire le maléfique Gnut (Raf Baldassarre) et de ramener la paix sur ses terres.

Le film est ponctué de scènes de combat répétitives et ennuyeuses où les belligérants se battent à coups d’épée, de lances, de hache ou de poings en éructant comme des gorets en rut. Riche en éléments fantastiques et en phénomènes surnaturels, Thor le guerrier nous offre en vrac un magicien capable de se transformer en chouette, une épée qui se mue en serpent, des pouvoirs télékinétiques, un guerrier difforme qui se téléporte et émet des ondes électromagnétiques, du venin de serpent aux pouvoirs magiques ou encore un cheval blanc qui surgit de nulle part pour servir de monture au héros. On retiendra notamment cette scène parfaitement absurde où Thor est assailli dans une caverne par des apparitions fantomatiques de masques de carnaval en caoutchouc et de squelettes en plastique qui sont censés le terroriser – et qui provoquent hélas des fous-rires irrépressibles chez les spectateurs.

Un homme, un vrai !

Primaire au-delà de toute mesure, le scénario de Tito Carpi ne cherche jamais à dissimuler sa misogynie. « Non Thor, elle n’est pas à manger », dit le sorcier/mentor au héros qui n’a jamais vu de femme sa vie et qui vient d’en ramener une dans sa grotte. « Tu dois manier cette chose avec un peu plus de douceur », reprend-il, « car elle est faite pour le plaisir. La femelle est une chose stupide, mais elle t’appartient désormais. Prends-là ! La femelle doit t’obéir et être à ton service, un point c’est tout. » S’ensuit une langoureuse scène d’amour où la captive tombe raide dingue du mâle musclé et s’offre à lui. Après la mort de celle-ci – qui le laisse tranquillement indifférent – Thor viole une guerrière dans la forêt et fait d’elle son esclave. Comme il est valeureux et athlétique, elle finit par s’éprendre de lui, devient sa servante servile et sa maîtresse énamourée. « C’est ainsi que Thor le conquérant connut l’amour » dit alors la voix off du mentor/narrateur. Ce qui n’empêche pas notre héros de coucher aussi avec la première vierge qui lui tombe sous la main, avec l’assentiment de sa compagne désormais enceinte ! Au second degré, Thor le guerrier est donc une comédie désopilante. Ce n’était évidemment pas son intention première, mais comment prendre au sérieux un tel nanar ?

 

© Gilles Penso

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ANGOISSE (1987)

Un film d’horreur vertigineux dans lequel plusieurs assassins sévissent dans plusieurs salles de cinéma en un cauchemardesque jeu de poupées russes…

ANGUSTIA

 

1987 – ESPAGNE

 

Réalisé par Bigas Luna

 

Avec Zelda Rubinstein, Michael Lerner, Talia Paul, Angel Jove, Clara Pastor, Isabel Garcia Lorca, Nat Baker, Edward Ledden, Gustavo Gili, Antonio Regueiro

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION I TUEURS

« Pendant le film que vous allez voir, vous serez soumis à des messages subliminaux et à une légère hypnose. Cela ne vous causera aucun dommage physique ou effet durable, mais si, pour une raison quelconque, vous perdez le contrôle ou sentez que votre esprit quitte votre corps, quittez la salle immédiatement. » Ce texte, qui s’affiche au tout début d’Angoisse, donne d’emblée le ton : nous nous apprêtons à visionner un film atypique, proche de l’expérience interactive. Pour enfoncer le clou, un narrateur entre alors dans le champ pour nous conseiller vivement de faire attention à notre environnement une fois que le film a commencé et surtout d’éviter d’engager la conversation avec des individus inconnus pendant toute la durée du film. En quelques minutes, Bigas Luna plonge ainsi ses spectateurs dans une atmosphère étrange. Cet ancien décorateur d’intérieur et artiste conceptuel se reconvertit dans le cinéma à la fin des années 70, enchaînant les œuvres singulières dans lesquelles l’érotisme occupe souvent une place centrale. Après Bilbao, Tatouage, Caniche, Reborn et Lola, le réalisateur catalan décide de détourner les codes du cinéma d’horreur avec Angoisse.

Dominé par une mère très inquiétante qui le pousse à tuer pour récupérer des yeux, un assistant-ophtalmologue à la mine patibulaire et au regard myope va commettre un carnage dans une salle de cinéma, assassinant les gens sans scrupule pour les énucléer. Il nous semble donc être plongés dans une série B horrifique bizarre et malsaine émaillée de visages familiers. La mère dominatrice est en effet incarnée par Zelda Rubinstein, la fameuse médium de Poltergeist (le rôle était initialement prévu pour Bette Davis), et le fils assassin par Michael Lerner, l’un des interprètes principaux du Facteur sonne toujours deux fois de Bob Rafelson. Soudain, le second degré saute aux yeux du spectateur : cette histoire de vol de globes oculaires n’est qu’un film d’épouvante projeté dans une salle de cinéma. Fort de ce recul, le public découvre donc les vrais héros du film, à savoir des spectateurs, comme lui. Mais les choses se compliquent lorsqu’un véritable assassin s’introduit dans la salle de cinéma et tue quelques-uns des spectateurs avec un revolver…

Le film dans le film… dans le film

Le jeu de la mise en abyme fonctionne à merveille pour les spectateurs (les vrais !) qui se surprennent bientôt à regarder autour d’eux dans la salle… On ne sait jamais ! D’autant que Bigas Luna, malin, se sert du Dolby Stereo pour répartir les effets de la bande son dans la salle. Mais le réalisateur va encore plus loin lorsque l’assassin patibulaire (celui du film dans le film) entre à son tour dans une salle de cinéma (où l’on projette Le Monde perdu de Harry O’Hoyt) à la recherche de nouvelles victimes ! Le plus insolite provient alors de ces plans larges dans lesquels s’enfilent en perspective les écrans et les spectateurs. L’intérêt majeur d’Angoisse réside dans cette idée vertigineuse, laquelle, à vrai dire, a été recyclée à partir de quelques films d’épouvante antérieurs (on se souvient par exemple du Blob qui attaquait une salle de cinéma dans Danger planétaire). Mais le visionnage de cette œuvre expérimentale vaut largement le détour, à condition, bien sûr, d’aller voir ce film au cinéma ! Angoisse sera fort remarqué au cours du festival du cinéma fantastique d’Avoriaz, en 1988, où il se verra décerner un prix spécial pour sa photographie. Il remportera également le Goya des meilleurs effets spéciaux et le grand prix du BIFFF.

 

© Gilles Penso


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THE STORMRIDERS (1998)

Un conte fantastique made in Hong-Kong qui mélange allègrement les arts martiaux, les sorts magiques et les créatures surnaturelles…

FENG YUN XIONG BA TIAN XIA

 

1998 – HONG-KONG

 

Réalisé par Waï Keung Lau

 

Avec Aaron Kwok, Ekin Cheng, Sonny Chiba, Kristy Yang, Qi Shu, Michael Tse, Rongguang Yu, Anthony Wong Chau-Sang

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I DRAGONS

Conçu pour reconquérir le jeune public chinois désertant peu à peu les salles de cinéma, The Stormriders puise son inspiration dans la culture populaire japonaise, autrement dit les mangas et les jeux vidéo. Ainsi, même si le scénario, adapté d’une bande dessinée de Ma Wing Shing, compose avec les éléments récurrents des contes chinois traditionnels, ici on cherche avant tout à moderniser le propos et la mise en scène, quitte à frôler l’anachronisme. La compagnie de production Golden Harvest et la société d’effets spéciaux Centro n’y sont donc pas allé de main morte, armées d’un budget estimé à plus de dix millions de dollars. Le personnage central est un puissant seigneur répondant au doux nom de Dominateur, et interprété par le vétéran Sonny Chiba. Son but dans la vie est de devenir le maître du monde, ni plus ni moins. Pour y parvenir, il doit former deux disciples nommés Vent d’Ouest et Nuage. Mais la prophétie – il y a toujours une prophétie dans ces cas-là – dit que dans dix ans, tous deux se mueront en redoutables guerriers qui causeront sa perte.

Tel est le point de départ de The Stormriders, et le prétexte est suffisant pour accumuler les scènes de combats, d’action et d’effets spéciaux en tous genres. Les amateurs d’arts martiaux déchantent rapidement, car la performance physique des comédiens et des cascadeurs est effacée sous des tonnes de trucages numériques, histoire de séduire les fans de Playstation et de Nintendo. Montage épileptique, ralentis stylisés, bonds prodigieux, boules d’énergie, explosions monumentales, tout y est. Ce parti pris est pour le moins discutable, car outre le sérieux manque de crédibilité des combats et la lisibilité rendue difficile de certaines actions, c’est toute l’esthétique des wu xia pan (appellation générique des films de cape et d’épée chinois) qui en prend un sacré coup. On en vient à regretter les bons vieux coups de tatane à l’ancienne et les scènes d’escrime plus traditionnelles.

Le dragon incandescent

Les batailles qui scandent le récit sont toutes nimbées de magie, voire de sorcellerie, notamment lorsque Vent d’Ouest fait léviter de l’eau pour la jeter sur ses adversaires, provoque des geysers par ses accès de fureur ou se déplace en volant dans une sphère transparente. La séquence la plus étonnante de ces 127 minutes frénétiques est l’affrontement de Nuage contre un dragon dans une caverne immémoriale. La bête, conçue dans une 3D d’aspect cartoon, a les allures d’un chien féroce, la taille d’un cheval, et le corps semblable à une gigantesque torche. Gardien d’un trésor, comme la plupart de ses congénères, le dragon s’avère être un adversaire redoutable, et notre héros n’en vient à bout qu’après une lutte épique, en le précipitant dans les eaux. Dommage que The Stormriders ait évacué toute finesse au profit du spectaculaire, car il contenait en substance tous les attraits d’un grand film épique et fantastique. Ce qui n’empêcha pas le film de remporter un colossal succès en Asie, relançant un genre en perte de vitesse et propulsant les effets spéciaux numériques au rang de nouveaux acteurs clefs du wu xia pan.

 

© Gilles Penso


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CROCODILE 2 (2002)

Cette suite du film de Tobe Hooper surpasse son modèle en opposant les survivants d’un crash d’avion à un monstrueux saurien affamé…

CROCODILE 2 : DEATH SWAMP

 

2002 – USA

 

Réalisé par Gary Jones

 

Avec Heidi Lenhart, Chuck Walczak, Jon Sklaroff, Darryl Theirse, David Valcin, James Parks, Martin Kove

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

La fin de Crocodile laissait grande ouverte la possibilité d’une suite. Pourtant, selon un principe éprouvé par les productions Nu Image, le numéro 2 du titre ne signifie pas que nous avons affaire à une séquelle mais plutôt à une variante sur la même thématique. Exit donc les adolescents décérébrés en vacances au pays du « Chien du Fleuve » égyptien, place aux passagers d’un vol à destination d’Acapulco. Gary Jones, le talentueux réalisateur de Spiders, prend le relais de Tobe Hooper, et le dynamisme décomplexé de la mise en scène s’en ressent. Après un hold-up explosif en guise de séquence d’introduction, le film nous brosse un portrait rapide de ses protagonistes, façon film catastrophe des années 70 (le jeune vainqueur d’un jeu télévisé, l’hôtesse courageuse, sa collègue trouillarde, le pilote sympathique, l’avocat bavard), sans s’appesantir outre mesure, car ici c’est l’action qui prime de toute évidence. Une action brute de décoffrage, ne s’embarrassant ni de finesse, ni de cohérence.

Ainsi, les quatre malfrats qui ont dévalisé la banque pendant le générique de début, agacés par une météo défavorable, détournent subitement l’avion qui les transportait au Mexique. Qu’est-ce qui les pousse à faire une chose aussi absurde ? Comment ont-ils pu transporter des armes à feu en cabine sans se faire repérer ? Allez savoir. Toujours est-il que l’avion finit par se crasher à proximité d’un étang, sous une pluie battante et au milieu de nulle part. Là sévit un monstrueux crocodile qui va les pourchasser sans relâche, tandis que Zack, le petit ami d’une des hôtesses de l’air, paie un « traqueur » pour la retrouver. Une nouvelle légende entoure ce reptile démesuré et vorace. Après les crocodiles du Nil chevauchés jadis par les Pharaons, nous avons ici affaire à ce que les conquistadors prirent pour un dragon sanguinaire quelques siècles plus tôt, tandis que les indigènes adulaient le monstre qu’ils considéraient comme un chasseur de démons, psalmodiant inlassablement « Aligarto Diablo ».

« Aligarto Diablo »

Une fois n’est pas coutume, la séquelle est plus réussie que l’original, d’autant que les effets spéciaux qui donnent vie au monstre – cette fois-ci plus animatronique que numérique – s’avèrent très performants. Quelques visions gore furtives (des restes humains abandonnés sur la rive, un homme qui se fait dévorer tandis que son bras déchiqueté pendouille lamentablement) agrémentent de surcroît le spectacle. A la manière d’Octopus, ce Crocodile deuxième du nom s’efforce d’intégrer sa créature dans une intrigue de film d’action nerveux dont elle constitue l’attraction principale. Évidemment, pour apprécier une œuvrette de cet acabit, un seuil d’indulgence non négligeable est requis. Mais si l’on accepte de passer outre les multiples invraisemblances qui truffent le scénario, un jeu d’acteurs très approximatif, des dialogues d’une rare pauvreté (« sors de ma vie espèce de brute ! » lance avec aplomb l’héroïne avant d’occire définitivement la bête) et une poignée de trucages à la limite de l’amateurisme (le crash de l’avion, l’explosion de l’hélicoptère), Crocodile 2 reste malgré tout un divertissement franchement sympathique.

 

 

© Gilles Penso

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RED WATER (2003)

Un monstrueux « requin taureau » capable de nager en eaux douces sème la panique en copiant fidèlement le grand blanc des Dents de la mer…

RED WATER

 

2003 – USA

 

Réalisé par Charles Robert Carner

 

Avec Lou Diamond Phillips, Coolio, Kristy Swanson, Dennis Haskins, Garth Collins, Langley Kirkwood

 

THEMA MONSTRES MARINS

Red Water a été directement conçu pour le petit écran et ne se distingue guère des Shark Attack et autres imitations tardives des Dents de la mer, sa seule véritable singularité consistant à mettre en vedette un requin taureau – au lieu du sempiternel grand blanc – et de le doter de la capacité de nager en eau douce. Rédigé à la va vite par J.D. Feigelson (le peu mémorable Chiller de Wes Craven) et Chris Mack (auteur d’un Vampire Vermont inconnu au bataillon), le scénario de Red Water entremêle deux intrigues parallèles qui, de prime abord, n’ont rien à voir avec un requin géant mangeur d’hommes. D’un côté, nous avons John Sanders (Lou Diamond Philips, qui chassait les volatiles dans La Nuit des chauves-souris), ancien foreur devenu pêcheur sans le sou suite à un accident, qui accepte de trimballer son ex-femme Kelli (Kristy Swanson, l’originale Buffy tueuse de vampires) venue faire des relevés dans les eaux du Mississipi pour une compagnie pétrolière. De l’autre côté, nous trouvons Ice (l’affligeant Coolio), un gangster à la petite semaine à la recherche d’un magot de trois millions de dollars caché quelque part sous la surface.

Les présentations étant – longuement et pesamment – faites, le requin peut enfin montrer le bout de ses mâchoires. Ses deux premières attaques sont tout simplement calquées sur celles des Dents de la mer, avec une aliénation qui confine tranquillement au plagiat. Ainsi avons-nous droit à une grosse panique dans une baie due à l’apparition d’un aileron menaçant (il ne manque plus que le shérif Martin Brody pour que l’imitation soit complète), puis à un vieux pêcheur renversé dans sa barque par le grand méchant poisson (comme dans l’attraction du parc Universal). Les attaques suivantes sont heureusement un peu plus novatrices, en particulier la guide touristique qui finit happée alors qu’elle traverse un pont, ou les plongeurs sauvagement agressés sous les eaux. Conçu en images de synthèse dans tous les plans larges (sous la supervision d’Hitoshi Inoue, qui participa notamment à Titanic, Soldier et Hypnose), le monstre révèle bien trop souvent sa nature numérique pour convaincre, malgré le dynamisme et la nervosité de son animation. Sans doute est-ce la raison pour laquelle le film refuse de se concentrer sur la bête.

Péripéties improbables

La leçon de Steven Spielberg était pourtant concluante : malgré des effets spéciaux limités à l’époque des Dents de la mer (quelques marionnettes animatroniques pas vraiment mobiles), il parvenait à terrifier ses spectateurs en concentrant ses deux heures de film sur un requin anthropophage qu’on voyait finalement très peu. Mais encore fallait-il un scénario en béton armé et une mise en scène millimétrée. Tout étant approximatif ici, les péripéties artificielles s’efforcent de distraire le spectateur et de relancer l’intérêt. D’où l’explosion colossale d’un puits de pétrole et la prise d’otage des héros qui s’insèrent au forceps dans cette intrigue déficiente. Red Water s’apprécie donc principalement pour son sens indéniable de l’action et de la pyrotechnie, et s’achève sur une mise à mort du monstre plutôt originale. Pour le reste, mieux vaut revoir les classiques, comme toujours.

 

© Gilles Penso


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